Salut !
Me revoilà comme promis avec un nouveau chapitre. Au menu, sans grande surprise, la fameuse nouvelle rentrée à Poudlard : la deuxième, pour Lily, la quatrième pour Albus et l'avant-dernière pour James. Snif. C'est qu'il grandit le petit chiot…
Pour la petite anecdote, je vous ai mis une sorte de « mémo » pour les personnages mais je ne sais pas trop si ça va vous aider. Si vous avez des idées, je suis ouverte à toute proposition !
Tous mes remerciements à Mayoune, FILK, Cat240 et bonne lecture à tou(te)s !
Mémo sur les personnages
Entourage de James : Louis et Fred Weasley (G) / Maël Thomas (G), Nalani Jordan (Serd), Susie Finigan (P), Oscar Dubois (P), fils et filles de membres de l'Armée de Dumbledore / Solenne Oranche (Serd) / Keith Corner (Serd), sang-mêlé, Jean-Paul Sphère (P), né-moldu / Keanu Ganesh (Serd), fils du professeur d'Histoire de la Magie de Poudlard / Alice Londubat (G), fille de Neville Londubat, professeur de Botanique / Nolan Donovan, Yelena Crivey, Dona Cole, Rita Coote, autres Gryffondor de sixième année / Vincent Goyle, Pepperina Marwick, dite Pepper et Clifford de Woodcroft (S)/ Lucy Weasley et Marcia Evans, Gryffondor, cinquième année
Entourage d'Albus : Jalil Lespare, Benoit Screta, Sally-Ann Perks (S) et son petit frère, Paul Arthur (Serd)
Entourage de Rose : Natasha Kandinsky, Océane Donovan, Fiona Barber, Chandika Gldstein, Dan Evans (Serd) / Franck Londubat, Roxanne Weasley (G)
Entourage de Scorpius : Non, c'est une blague, Scorpius n'a pas d'entourage.
Entourage de Lily et Hugo : Lorcan Scamander, Sébastian Rafa, Colin Crivey, Annie Londubat, David Dursley (fils de Dudley), Serena Velsen, Mary Lywood et Jessy Khrid, tous à Gryffondor.
17. Soupçons et innocence
Un vif soleil estival surplombait la campagne animée par les rires et les cris d'enfants. Une unique maison très étrange avait été construite là, au milieu de près verdoyants et deux tentes y avaient été accolées. Il n'était pas rare cet été-là de voir bon nombre de gens, adultes, adolescents, enfants, aller et venir en tenant dangereusement des tartes à la mélasse au-dessus de leurs têtes.
A quelques mètres de la maison, une jeune adolescente lisait un épais grimoire à l'ombre d'un chêne immense, ses cheveux d'un roux flamboyant contrastant avec le vert de l'herbe sur laquelle elle s'était allongée. Elle parvenait difficilement à se concentrer, jetant de fréquents coups d'œil vers la maison d'où s'échappaient des bribes de conversation plus ou moins fortes.
Désormais âgée de douze ans, Lily Luna Potter s'était isolée pour tenter de lire calmement L'Histoire de Poudlard, du nom de l'école dans laquelle elle suivait ses études depuis un an. Chaque membre de sa famille y avait suivi sa scolarité et pour chacun d'entre eux, Poudlard avait été plus qu'une école.
Ses grands-parents s'y étaient rencontrés, ses parents, ses oncles et tantes y avaient étudié les uns après les autres et, plusieurs années plus tard, avaient vu avec nostalgie leurs propres enfants partir à Poudlard. L'école avait été le témoin des vocations, des ambitions, des rencontres, des amitiés et accueillaient désormais les plus jeunes des douze petits-enfants de la famille Weasley.
Lily posa un moment son livre pour observer sa famille. Ses grands-parents parlaient avec leur fils ainé, Bill, et avec Charlie, qui était de passage pour les vacances. L'épouse de Bill, Fleur disputait une partie d'échecs contre sa fille cadette, Dominique, tout en couvant du regard sa fille ainée, Victoire, qui profitait d'un moment tranquille pour retrouver son petit-ami, Teddy. Près d'eux, l'oncle Percy vérifiait ce qui semblait être une liste de fournitures scolaires avec ses deux filles, Molly et Lucy. Les oncles Georges et Ron devaient discuter boulot et leur nouvelle invention paraissait beaucoup plaire à Roxanne, leur fille et filleule. Ils s'écartèrent pour laisser passer la femme de Georges, Angelina qui apportait le thé, accompagnée de Fred, son fils et d'Audrey, la femme de Percy. La mère de Lily, Ginny, parlait avec sa tante Hermione et son père Harry qui surveillait en même temps son neveu Louis et ses deux fils James et Albus qui nettoyaient leur balais. Oui, la famille Weasley était nombreuse et c'était aussi difficile qu'appréciable de pouvoir réunir tout le monde pour quelques semaines de vacances sous les tentes estivales.
Cet été-là, les adultes habitaient une tente et les plus jeunes la seconde, ce qui expliquait l'animation constante. Amusée, Lily vit son frère ainé s'envoler sur son balai et se replongea dans son livre. Au fil des pages, elle se demanda ce qu'aurait été sa vie sans magie. Car si Lily avait toujours su qu'elle deviendrait une sorcière, elle savait seulement depuis quelques mois qu'elle était également la descendante d'une des plus grandes familles sorcières et héritière du plus grand sorcier de l'époque, Harry Potter.
Lily ne cessait d'imaginer comment aurait été sa vie si elle avait été née moldue ou cracmol, si son père ne s'était pas appelé Harry Potter, s'il n'avait eu aucun destin à embrasser, si Voldemort n'avait jamais existé, ou si, au contraire, son père n'avait pu le tuer. Bien sûr il lui arrivait d'imaginer une vie totalement différente où les parents de son père seraient toujours en vie et où celui-ci se serait choisi d'autres amis que Ron et Hermione. Parfois elle imaginait même quel couple pourrait former son père avec une autre femme. Une fois elle l'avait même imaginé vivant avec son ennemi de toujours, Drago Malefoy.
Lorsqu'elle en parlait à ses frères, James la rassurait toujours alors qu'Albus se contentait de dire qu'il ne servait à rien d'imaginer une vie où elle n'aurait aucune existence.
« Si tu es là c'est que tout s'est déroulé d'une certaine façon. Il ne sert à rien d'imaginer les choses différemment. Tu es là parce que papa est exceptionnel, héroïque et célèbre. Tu n'as d'autre devoir que de t'en montrer fière ».
Exceptionnel, héroïque et célèbre, leur père l'avait toujours été mais Lily n'en avait réellement pris conscience qu'en arrivant à Poudlard.
Le père de Lily avait mis fin à une guerre horrible en participant à la chute du plus grand mage noire de tous les temps. Lily avait très vite compris que tous les sorciers n'étaient pas bons. A l'école élémentaire, déjà, certains élèves précoces embêtaient les autres avec leur magie spontanée. Elle avait aussi entendu des choses, chez elle ou lors de réunions familiales et avait vus des livres horribles dans la bibliothèque de ses parents. Mais Lily avait surtout réalisé que le bien et le mal subsisteraient toujours dès le moment où elle avait rejoint Poudlard. L'école même avait été fondée par quatre sorciers qui avaient passé une grande partie de leur vie à se combattre. L'école avait depuis été constituée de quatre maisons, des noms des fondateurs de Poudlard, Gryffondor la maison des courageux et téméraires, Serdaigle, la maison des sages et des réfléchis, Poufsouffle, la maison des honnêtes et travailleurs et Serpentard, la maison des rusés et des ambitieux, mais aussi la maison qui accueillit l'héritier de son fondateur, le plus grands des mages noirs, Lord Voldemort.
Alors qu'elle observait l'image des quatre fondateurs de Poudlard, Lily ne put que grimacer en pensant à ce que disaient ses parents, oncles et tantes sur les différentes maisons. Après la chute de Voldemort, les élèves furent un peu plus mélangés qu'auparavant, mais les tensions ne s'étaient pas arrêtées pour autant, bien au contraire et quoiqu'en pensent ses parents.
- Salut Lily. Qu'est-ce que tu lis ?
Lily montra la couverture du livre à son cousin Hugo, dernier représentant avec elle de la famille Weasley. Hugo avait le même âge que Lily et était dans sa classe à Poudlard. Ils avaient été répartis dans la même maison, mais alors qu'ils s'étaient toujours très bien entendus, ils étaient restés éloignés l'un de l'autre durant toute leur première année scolaire.
- L'Histoire de Poudlard ? Ma sœur l'a lu aussi, ma mère lui a offert pour ses onze ans. C'est intéressant ?
- Très. Mais ne le dis surtout pas à James et Albus, ils se moqueraient de moi.
James et Albus. Deux grands frères que tout opposait. L'histoire de son père l'avait certes surprise, il n'en demeurait pas moins que son plus grand choc lui était venu de ses frères. De ce que l'un était capable de faire et du dévouement de l'autre pour le protéger des autres, et de lui-même. De la manipulation de l'un et de la malléabilité de l'autre. De cette peur qu'avait fait naître Albus en elle, et de l'obstination de James à les accuser tous deux pour protéger son cadet. Elle n'en avait parlé à personne, pas même aux principaux concernés, et avait préféré fuir, prétextant vouloir en apprendre davantage sur elle-même et sur le semblant de don qu'elle développait avec les créatures magiques et trouvant refuge chez sa marraine, Luna Scamander.
Bizarrement, alors qu'elles étaient plutôt liées, sa mère avait donné son accord sans réfléchir. Elle lui avait rendu de nombreuses visites et semblait toujours éprouver un profond soulagement. Pas seulement de la voir mais surtout de quitter sa propre demeure. Et Lily avait lutté pour ne pas espionner sa mère et sa marraine qui s'isolaient souvent pour discuter, davantage pour se protéger elle-même que par respect pour la vie privée de sa mère. Lily pressentait des problèmes à venir, alors même qu'elle prenait seulement conscience des ombres du passé.
Hugo pressa gentiment son épaule, comme pour s'assurer que tout allait bien. Et Lily joua son rôle de reine du paraître, rôle savamment répété après douze ans de vie commune avec deux grands frères.
- Ce sont les fondateurs ?
- Oui. J'étais en train d'étudier les particularités de chaque maison.
- Ils étaient amis, non ?
- Oui, quatre sorciers extrêmement brillants et très amis. Jusqu'à ce qu'ils créent Poudlard et que Salazar Serpentard veuille refuser l'entrée aux élèves nés moldus.
Longtemps la « qualité » du sang des sorciers avait fait débat et pendant des années tous les sorciers n'avaient pas été égaux. Une différence avait été faite entre les enfants provenant d'une famille sorcière et ceux qui avaient été élevés par des moldus, des gens dépourvus de magie. Longtemps aussi, la famille Weasley avait eu la réputation de défendre les sorciers nés moldus. Longtemps enfin, Lily fut heureuse d'avoir pu être élevée par des gens tolérants et altruistes. Elle l'avait cru pendant dix ans. Et quelques mois avaient tout remis en question.
Un hululement la tira de sa réflexion. Trois magnifiques chouettes hulottes venaient déposer leur courrier.
- Je crois bien que c'est leur tour, soupira Hugo.
- Leur tour ?
- Ouais, on a déjà reçu nos lettres de Poudlard, mais Dominique doit recevoir ses résultats d'ASPICS et James, Fred et Louis leurs résultats de BUSES.
- Restons ici, alors, mieux vaut éviter l'engueulade qui va suivre.
Lily s'en voulut de ne pas s'avancer, elle se doutait bien que l'un de ses proches aurait bientôt besoin d'une présence amicale pour le soutenir. Mais elle n'avait que douze ans. Et une compréhension de la psychologie et des relations humaines aussi haute que les pâquerettes qui l'entouraient.
Près du Terrier, la tension était palpable. Dominique fut la première à ouvrir sa lettre et s'éloigna pour la lire tranquillement. Elle tendit ensuite ses résultats à sa mère qui attendait patiemment.
- Alors ?, demanda Bill.
- Ce n'est pas fameux. Un Optimal en Potions, un Acceptable en Sortilèges. C'est tout.
- Tu n'avais pas passé plus d'épreuves, Domi ?, s'étonna son père.
- Non.
Sur cette brève réponse, Dominique reprit sa lettre et quitta le petit groupe. Ça n'étonnait vraiment personne, Dominique avait beaucoup changé à sa rentrée à Poudlard. Elle qui avait été une petite fille agréable, quoique caractérielle, s'était renfermée dès sa première rentrée d'étude au grand désespoir de toute sa famille.
Fleur et Bill regardèrent leur fille partir avant de se tourner vers leur fils, Louis, qui tenait lui aussi sa lettre. Celui-ci se rapprocha de ses deux cousins, Fred et James, étrangement pâles eux aussi.
Ils restèrent un moment sans échanger le moindre mot, comme si leurs regards se suffisaient.
Devant l'empressement de leurs parents et comprenant qu'ils ne pouvaient faire machine arrière, les garçons ouvrirent leur lettre. On interrogea d'abord Louis, élève studieux, préfet investi, qui avait récolté neuf BUSES sur les onze matières qu'il avait étudiées.
- Deux O en Botanique et Soins aux créatures magiques, quatre E en Défense, Histoire, Divination et Métamorphose, trois A en Potions, Etudes Moldues, et Sortilèges. J'ai raté l'astronomie et l'arithmancie, récita-t-il.
Toute la famille le félicita et sa mère versa même une petite larme mais personne ne sut si c'était par fierté pour les excellentes notes de son fils ou de déception qu'il ait raté son examen d'arithmancie.
Le soulagement général ne surprit personne. Dès le lendemain, la presse s'emparerait des notes des Potter-Weasley et celles-ci seraient sans doute dévoilées en première page de la Gazette du Sorcier, comme il en avait été le cas pour Teddy et Victoire. Le premier n'avait pas connu l'excellence mais disposait de circonstances atténuantes, du fait de son passé d'orphelin que son parrain, Harry, n'oubliait jamais de relater dans la presse lorsqu'il le fallait. Et Victoire avait obtenu d'excellents résultats, faisant la joie et la fierté de la famille la plus célèbre de Grande-Bretagne.
Visiblement, si la famille aurait pu être trainée dans la boue à cause des deux seules notes de Dominique, Louis relevait le niveau et la matriarche, Molly, adressa un sourire à Fleur, reconnaissante d'avoir mis au monde deux enfants intelligents et sensés. Ce qui n'était pas le cas de tout le monde.
Fred s'était débarrassé de ses résultats en jetant directement sa lettre à sa mère et préféra se concentrer sur le reste du contenu de son enveloppe.
- Tu as… un A en Sortilèges et… un autre A en Défense. C'est tout ? D en Métamorphose, T en Potions, D en Botanique… Fred !
- Quoi ? Ah, oh… Ce n'est pas si grave, je vais… enfin… ça va quoi.
- Si tu ne passais pas ton temps à jouer au quidditch et à participer à des stupides fêtes !
- Angie, laisse-le donc tranquille, je ne vérifierai pas ses notes quand il voudra bosser à la boutique !
- Mais enfin, Georges !
- A James, maintenant, coupa Georges. On va bien rigoler, je sens !
Il était pourtant bien le seul. Les adultes avaient tous remarqué à quel point James était différent, tant physiquement – « un vrai jeune homme », avait bredouillé maladroitement Molly - que mentalement – « c'est cette Irlandaise qui a volé ta langue ?! Tu n'as pas décroché un mot depuis ton arrivée ! ».
Et pour cause.
Après des années à avoir quémandé l'intérêt de sa famille, James se fondait dans la masse, discret et silencieux. Il lisait beaucoup, et écrivait tout autant. Des notes pour son mémoire, et des lettres. A ses amis, à ses correspondants et ces quelques jeunes, Français, Bulgare et Irlandais qui, le temps d'un Tournoi, avaient vécu les mêmes épreuves, avaient connu les mêmes frayeurs et subissaient désormais les mêmes traumatismes que ceux qui le réveillaient chaque nuit.
Après des années à s'être plaint de son comportement, les adultes n'avaient pas prêté davantage d'attention à lui, lui reprochant de s'être acoquiné de Vivyan Parish, sans chercher à en comprendre les raisons, se moquant de ses cheveux trop longs et de sa voix qui n'en finissait pas de muer, profitant de la soudaine quiétude qu'il leur accordait enfin.
James sortit décacheta l'enveloppe avec peur. Il s'était toujours considéré quelque part entre Louis et Fred mais n'avait jamais vraiment été évalué dans un examen comme les BUSES. Il jeta un bref coup d'œil à ses notes avant que sa mère ne la lui retire des mains, énervée qu'il ne soit pas plus rapide.
- C'est pas en la gardant pliée que la lettre modifiera tes résultats ! C'est fait maintenant, il faut qu'on voie l'étendue des dégâts rapidement pour que les membres de l'Ordre puissent inventer une cause plausible à la nullité de tes résultats et…
Voyant à quel point son filleul était blessé, Hermione lança un sort d'attraction sur ses résultats. Elle lut ainsi à voix haute :
Métamorphose : Optimal
Sortilèges : Optimal
Potions : Effort Exceptionnel
Botanique : Effort Exceptionnel
Défense contre les forces du mal : Optimal
Astronomie : Effort Exceptionnel
Histoire de la magie : Optimal
Etudes Moldues : Optimal
Soins aux créatures magiques : Optimal
Arithmancie : Effort Exceptionnel
Divination : Acceptable
Etudes des Runes Anciennes : Acceptable
Le silence. Lourd, profond, tenace. Une stupéfaction sans pareille. James se passa nerveusement la main dans les cheveux, prenant doucement conscience de l'excellence de ses résultats. Mais son père ne lui en laissa pas le temps.
- Divination ? Je te revois encore bavasser que « je vous ai répété cent fois que je n'ai pas pris cette option, je suis les Runes et l'arithmancie », singea-t-il son fils d'une voix criarde et enfantine.
- Je… J'ai juste accompagné un ami. Nolan. J'ai…
- Accompagné un ami ?, releva Percy. Tu te rends compte de ce que tu dis !? On parle des Buses, pas d'un voyage scolaire !
- J'ai… Je comprends bien ce que tu me dis, oncle Percy, mais je n'ai pas… Le professeur Trelawney m'a laissé passer l'examen et…
- Cette femme n'a jamais été réputée pour son bon sens, grogna Percy.
- Et tu as réussi !, cria Rose en occultant volontairement son oncle. Douze BUSES ! C'est incroyable, James, bravo ! Tu as battu Teddy et même Victoire et Molly qui n'en ont eu que onze !
Rose criait, Rose pleurait de joie, Rose souriait comme jamais auparavant. Parce qu'il lui fallait sourire pour deux. Parce qu'il lui fallait sourire pour vingt. Le silence inhabituel la rendait pourtant bien mal à l'aise. Et triste, bien sûr. Triste pour son grand frère que l'on ne féliciterait jamais. Alors elle se mit à l'applaudir, pour rompre le silence, pour montrer l'exemple. L'applaudir comme lui-même n'avait pas hésité à le faire lorsque le Choixpeau l'avait répartie à Serdaigle, lorsqu'Albus avait rejoint les rangs de Serpentard.
Et, rapidement, d'autres mains se joignirent aux siennes. Des mains frêles et peu nombreuses, qui pallièrent leur rareté par une conviction sans limite.
- Six Optimal ! Ma parole tu places la barre si haut, James, le félicita Lucy.
- Et c'est quoi sa pire note ?
- Acceptable, tu te rends compte Molly ? T'avais eu un D non ?
- Oui, un seul D et puis je n'avais pas eu tant de O !
James esquissa enfin un léger sourire. Timide. Hésitant. Reconnaissant. S'il avait toujours été proche de Lucy, le Tournoi et les dangers qu'ils avaient traversé ensemble l'avaient rapproché de Molly. Pour le plus grand malheur de l'oncle Percy qui semblait se retenir de hurler.
- C'est en quoi qu'il a eu A ?, demanda Louis en se joignant à la timide euphorie.
- Divination et Runes Anciennes, grimaça Lucy.
- Tu sais au moins quelles matières laisser tomber à la rentrée !
Louis attira James contre lui, en une accolade masculine qui fit ricaner leurs cousines, surtout Lucy et Roxanne qui n'hésitèrent pas à leur sauter dessus. Fred lui pressa l'épaule, et même Victoire lui adressa un bref signe de la tête. Un exploit pour la reine des glaces.
- Bravo mon… Mon chéri, murmura leur grand-mère, encore abasourdie.
Arthur lui sourit, avec ce que James espérait être de la fierté mais étrangement ni sa mère ni son père ne semblaient heureux. Les adultes n'en finissaient plus de se regarder, visiblement inquiets.
- Il vous arrive quoi, là, à tous ?, s'étonna Roxanne.
Sa mère lui fit signe de garder le silence. Tous les regards étaient braqués sur James et celui-ci sentit la culpabilité l'envahir. Mais sa colère, elle, était plus forte encore. Que lui reprochaient-ils ? De ne pas être cet incapable que tous voyaient en lui ?
- Rassure-nous, James… Tu n'as pas triché ?
- Quoi !? cria James en éclatant de rire.
Un rire sombre. Un rire sans joie. Il se tourna vers sa cousine la plus proche, Lucy, mais celle-ci ne semblait pas partager son incrédulité. Elle le regardait, doucement gênée puis détourna les yeux.
- Quoi, t'es sérieux Percy ? Mais… Mais c'est impossible de tricher à Poudlard ! Tu le sais bien, entre les profs, les préfets qui nous surveillent, et puis le stress et … Mais vous pensez vraiment tous que j'ai triché ?, s'étonna James en regardant chaque adulte, un par un.
- Tes résultats sont extrêmement brillants, James, répondit doucement sa marraine, Hermione.
- Et alors toi aussi tu as eu douze BUSES non ? Et t'as eu de bien meilleurs résultats que…
- Ne te compare pas à Hermione, ordonna Ron.
- Maman, papa, vous… Ouais, inutile de vous poser la question. Pourtant vous, vous recevez tous mes résultats, j'ai toujours eu des bonnes notes, je…
- L'an dernier tu n'avais pas de si bonnes notes… La plupart du temps c'est toi qui nous informe de tes résultats, jeune homme, pas tes professeurs.
- Et j'ai menti, c'est ça ?
- Lors de la dernière réunion, le professeur Glacey ne semblait pas très…
- Mais t'as vu le début d'année pourri qu'on avait eu ? J'étais inquiet à ce moment-là et… Entre le Tournoi, les tâches annexes, les cours d'Animagus… J'étais déboussolé, j'avais juste besoin d'un peu de temps pour… Par Merlin, j'ai tout fait, toute l'année pour me rattraper ! Putain je n'y crois pas !
- Surveille ton langage. Et passe-moi l'enveloppe.
- Pourquoi ?! Papa, tu crois qu'il y a quoi d'autre dedans ? Une preuve que j'ai triché ou tué un prof ou mis feu à l'école ?
- Il y a une autre lettre dedans, je veux seulement la lire. Ah…
- Quoi ?
- Rien. Tu as été nommé capitaine de l'équipe de quidditch de Gryffondor.
- Rien ? Papa, c'est tout l'effet que ça te fait ?
- Quoi ?, s'offusqua Fred. Ça devait être moi !
- Là n'est pas la question les garçons, coupa Percy, James qu'as-tu à dire pour ta défense ?
Écœuré, James se contenta de les regarder, les uns après les autres. Pourquoi se trouvait-il là, au beau milieu d'un procès où son innocence importait si peu ? Pourquoi ne pouvait-il pas avoir une famille normale, où on l'aurait étreint simplement, sans douter de sa parole ? Ou on lui aurait préparé son gâteau préféré en lui confiant mille tactiques pour entrainer au mieux son équipe ?
- Le plus simple est de demander directement à ses cousins, trancha Fleur. Molly, tu…
- Demandons plutôt à Fred, réfléchit Percy, ils sont inséparables. Fred, nous t'écoutons, penses-tu que James a triché ?
Fred n'en finissait plus de fixer le badge de capitaine de l'équipe de quidditch de Gryffondor. Un badge dont il rêvait depuis des années. Un badge qui aurait dû lui revenir.
- Ce n'est pas impossible, affirma-t-il.
James le dévisagea, sonné. Il avait mis seize ans à prendre conscience du désamour et du désintérêt de sa famille. Il savait qu'il en mettrait tout autant à s'en remettre, à ne plus ressentir cette peine et ce sentiment d'abandon. Il savait, désormais. Il s'était fait à l'idée. Il s'était senti heureux de pouvoir compter sur sa deuxième famille, celle que formaient ses amis les plus chers. Il n'aurait jamais cru que l'un d'eux, son meilleur cousin de surcroit, aurait pu le trahir, sans qu'aucune honte ni aucun remord ne trahisse son regard.
Le visage fermé, James récupéra les lettres de la main de son père et rentra rapidement dans la tente. Il prit ses affaires et sortit sans un regard pour sa famille qui ne s'aperçut de rien tant Louis, Molly, Rose et Lucy s'égosillaient pour défendre le jeune homme. Près du grand chêne, Hugo et Lily discutaient toujours de L'Histoire de Poudlard et n'avaient donc pu suivre l'échange qui se déroulait à plusieurs mètres d'eux.
- Hugo ! Lily !
- Je crois que c'est l'heure d'y aller, Lil…
- Dommage, c'était sympa de passer les vacances en famille.
- Ouais mais on va retrouver Poudlard !, ajouta Hugo en se forçant à sourire.
Retrouver Poudlard… Pour Lily ça signifiait retrouver ses amis, des cours où elle apprenait des tas de choses et les créatures rares de Rubeus Hagrid, le professeur de soins aux créatures magiques. Mais retrouver Poudlard, ça signifiait également revoir des gens qui ne s'adressaient à elle qu'en tant que fille d'Harry Potter.
Retrouver Poudlard en fait ça signifiait tout simplement grandir, apprendre à devenir adulte et dire adieu chaque année davantage à son enfance et à ce qu'elle comporte d'insouciance.
ooOOoo
Passant sans le savoir devant Peter qui, son mégot à demi éteint tenu acrobatiquement entre deux doigts, ne les quittait pas des yeux, deux adultes et trois adolescents avançaient d'un pas rapide au travers des voyageurs pressés de King's Cross.
« Dépêchez-vous, vous allez rater le train.
- Tu nous répètes ça chaque année, maman.
- Le train part dans quelques minutes et si tu le rates, ça va être ta fête.
James baissa davantage le regard, les yeux toujours dissimulés sous ses mèches ébouriffées fraichement raccourcies.
Lily grimaça pour la énième fois ce matin. Elle traînait le pas derrière ses parents et ses deux frères qui tentaient de se frayer un chemin dans la gare de Kings Cross tout en jouant le jeu de la famille parfaite, comme chaque année.
- Lily, allons, dépêche-toi chérie !
Sa mère la tira de sa mauvaise humeur.
- Mais qu'as-tu donc, Lily ? Tu boudes depuis plusieurs jours !
- Les hormones adolescentes, glissa son frère aîné.
Ginny Potter lança un regard navré à son fils qui préféra détourner le regard. Tout plutôt que de lire l'évident manque d'amour de sa mère dans ses yeux qui ne prenaient même plus la peine de le dissimuler.
- File James ! Essaie plutôt de nous dégager un passage, rends-toi utile pour une fois. Lily ? Ça ne va pas ? Tu veux nous dire quelque chose ?
- Non. Je suis juste pressée de voir Poudlard.
- Tu n'as pas aimé les vacances ?
- Si beaucoup. Je suis juste fatiguée, maman, t'inquiète pas, je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit, le stress de la rentrée…
Lily mentait bien. Mieux que James et mieux qu'Albus, mieux que ses parents aussi. Elle ne savait pas de qui elle avait hérité ce défaut, mais elle aimait à croire que sur elle, c'était une qualité. Elle pouvait ainsi largement dissimuler son mal être. Non pas qu'elle ne puisse pas se confier à sa famille, si elle avait su ce qui la chagrinait ainsi elle l'aurait fait. Mais peut-être James avait-il raison, pour une fois, peut-être que le changement d'état, le passage de l'enfance à l'adolescence était la cause de son renfermement. Lily pensait secrètement qu'il y avait autre chose, une gêne, une peur, un pressentiment. Et pour quelqu'un d'aussi pragmatique que Lily, qui haïssait tout ce qui a trait à la divination, avoir un mauvais pressentiment était bien pire qu'un changement hormonal.
Albus pressa le pas, il poussait son chariot l'esprit occupé par la rentrée, sa quatrième rentrée. Il avait passé deux mois à peaufiner son nouveau plan. Et si tout se passait comme il le souhaitait… Non, il n'avait pas le choix, il fallait que tout se passe comme prévu. Mais pour cela il avait besoin de quelqu'un. Son frère.
Et celui-ci le rendait soucieux. Depuis la veille et leur départ précipité du Terrier, James n'avait pas décroché un mot. Il s'était muré dans le silence alors que chacun faisait ses bagages de son côté.
Il s'éloignait de sa famille, inexorablement. Et si Albus en ressentait une grande fierté, il ne voulait pas précipiter les choses. Pas tant qu'il aurait besoin de pouvoir manipuler James.
La famille Potter passa la barrière magique qui les menait au quai 9 ¾. Le Poudlard Express était assailli d'enfants et Lily reconnut plusieurs de ses camarades. Ils furent rapidement rejoints par Hermione qui accompagnait seule Hugo et Rose et par Bill et Fleur qui accompagnaient Louis, ses deux sœurs, Victoire et Dominique ayant déjà quitté Poudlard. Les étreintes et les dernières recommandations faites, Lily entra dans le train à la suite d'Albus et échangea un dernier signe avec ses parents avant que le train ne parte. Ils n'avaient pas vu James depuis plusieurs minutes. Celui-ci avait passé la barrière seul et avait disparu. Albus partit de son côté et Lily s'aperçut qu'elle n'avait encore vu aucun de ses amis. Seul Hugo restait près d'elle et la regardait d'un air gêné.
- On cherche un compartiment ?, proposa Lily.
- Ok, viens, il doit y avoir moins de monde là-bas.
- Je trouve qu'il y a étonnement personne aujourd'hui. Je n'ai pas vu Annie, ni Lorcan ni les autres.
- Tu les retrouveras ce soir, au diner. Je n'ai pas vu James entrer dans le train… Rose m'a expliqué pour hier… les parents ont parlé de ça toute la soirée. Il fait toujours la tête ?
- Ouais et c'est normal. Ok, il a fait des bêtises mais bon là c'est de l'acharnement. Moi à sa place je ne foutrai plus les pieds à la maison…
- Lily !
Surgissant de nulle part, Rose l'attira dans un compartiment. Elle avait son regard des mauvais jours, sévère et réprobateur.
- Tu ne devrais pas dire ce genre de choses dans le train, alors que tout le monde peut t'entendre, tu…
- Je suis la fille du Survivant et je dois me plier aux règles, oui, je sais. Salut Natasha.
La jeune fille avait bien grandi mais son sourire était toujours aussi chaleureux. Et espiègle. Comprenant que Lily se servait d'elle pour mettre fin au discours moralisateur de Rose, Natasha esquissa un discret clin d'œil et se déplaça sur la banquette.
- Salut Lily, salut Hugo ! Vous vous installez avec nous ? Ou vous préférez rejoindre vos amis, peut-être ?
- On ne les a pas vus.
- Et tes frères ils sont où ?
- Albus doit être avec Jalil et Sally-Ann.
Lily s'écroula sur son siège et regarda le paysage défiler. Un nouveau départ, un nouveau voyage, une nouvelle année…
- Comment elle va, Sally ?
- Bien. Elle vient de passer deux semaines chez ses grands-parents en Ecosse et avant elle était chez nous, elle est juste super cool ! On a vu son frère aussi, Paul-Arthur, qui est de notre année mais chez vous, à Serdaigle. En fait toute la famille Evans est venue à la maison, c'était super. Dan et Albus ont bien sympathisé.
Cette fois-ci Natasha veilla à tourner l'attention de Rose, qui s'était embrasée à la simple allusion de Dan Evans, l'un des deux garçons qui faisaient battre son cœur.
- Et ton prétentieux de frère ainé ?
- James ? Ben il a passé plusieurs jours avec Tallulah, notre sœur et des amis proches en Grèce. Il était tout content, il est revenu avec des tas de bouquins et des trucs qui doivent lui servir pour son mémoire. Et après on est parti chez nos grands-parents tout le mois d'août.
- Et ça s'est très mal terminé, continua Rose.
Celle-ci arborait un air grave qui inquiéta Natasha.
- Ah bon, pourquoi ?
- Les garçons ont reçu leurs résultats de BUSES.
- Ah oui c'est vrai ! Alors ?
- Louis a eu de très bons résultats, Fred en revanche n'a obtenu que deux BUSES.
- Et James ?, la pressa Natasha.
- Il a tout réussi, répondit Lily d'un ton nonchalant. Douze BUSES sur douze. Lui qui avait choisi trois options au lieu de deux, en plus des études moldues ! Il a réussi l'arithmancie, les créatures magiques et les runes ! Il a même réussi à être accepté en Divination alors qu'il n'avait suivi aucun cours. C'était un défi de Louis ou Nolan ou je ne sais plus qui…
- Mais… Je ne comprends pas… S'il a tout réussi qu'est-ce qu'il s'est passé ? C'est quoi le problème ?
- Notre oncle Percy l'a accusé d'avoir triché.
- Quoi ? James ? Mais … Et tes parents, Lily, ils ont dit quoi ?
- Rien, soupira Rose à la place de sa cousine. Ils croient Percy. Surtout que quand ils ont demandé son avis à Fred, il a répondu « ce n'est pas impossible ».
- … Je n'en reviens pas… Mais c'est impossible, non ? Il n'a pas triché ?
- Non ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi…
- Mais non Lily, excuse-moi, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire… Et… Et James, comment il a réagi ?
- Mal. Il ne parle plus depuis hier et là il a disparu avant de monter dans le train.
Lily se tut et ne participa plus vraiment aux conversations. Hugo, Natasha et Rose avaient tenté de changer de sujet et racontaient leurs vacances mais Lily restait plongée dans ses pensées. Que faisaient ses frères, où étaient ses amis, que laissait présager cette nouvelle année ?
ooOOoo
Après avoir rapidement revêtu leur uniforme, Lily, Hugo, Rose et Natasha sortirent du train et gagnèrent le château dans une diligence. La Grande Salle était anormalement vide ce soir et Lily n'y retrouva ni ses frères ni ses amis. Elle était plus inquiète que jamais et ne comprenait vraiment pas ce qu'il se passait. La répartition des nouveaux élèves n'avait pas eue lieu et le directeur de l'école n'avait pas été présent de toute la soirée. C'est totalement perdue que Lily gagna la salle commune de Gryffondor. Là, elle croisa deux camarades de dortoir, Jessy et Mary et, malgré son inimité pour les deux filles, elle fut heureuse et soulagée de les retrouver. Elle expédia cela dit les retrouvailles en allant rejoindre son cousin Louis.
- Ah, Lily, tu es là.
- Qu'est-ce qui se passe Louis ? Où sont les autres élèves ?
- Je ne sais pas grand-chose, Lil, mais a priori y a eu une attaque aujourd'hui, en Irlande. Quelque chose de grave. Je n'en sais pas plus…
- Et James ? Tu l'as vu ?
- Non. Pas depuis la gare. Excuse-moi mais il faut que j'assiste les autres préfets. Tu comprends, les nouveaux élèves, tout ça…, ajouta-t-il d'un air gêné.
- Quels nouveaux élèves ? Louis, attends !
Lily passa la nuit à chercher Louis, à chercher ses frères et ses amis, à cherche une réponse aux mille questions qui la taraudaient.
Heureusement pour elle, la réponse vint le lendemain, alors que les quelques élèves présents se pressaient dans la Grande Salle. Le directeur de l'école entra précipitamment et prit aussitôt la parole.
- Bonjour à tous. Vous aurez remarqué que bon nombre d'élèves manquent aujourd'hui. Je dois malheureusement vous annoncer que trois écoles de magie ont subi des accidents… particulièrement graves pour certaines. L'école de magie d'Irlande, celle de Beaux-Battons et celle de Bulgarie ont été touchées. Nous avons tenté d'apporter notre aide aux écoles touchées et une cellule d'action spéciale a été créée. Les élèves de première année n'ont pas pu faire leur rentrée comme il était prévu car le ministère de la magie avait peur que Poudlard soit également attaquée. Les cours sont annulés pour aujourd'hui alors je vous conseille de regagner vos salles communes et vos directeurs de maison viendront vous renseigner en temps voulu. Bonne journée !
Lily était complètement abasourdie et sembla se réveiller en voyant son professeur de botanique, Neville Londubat.
- Neville ! Professeur Londubat !
- Lily ! Bonjour, ma puce, j'étais inquiet de ne pas t'avoir vu hier soir…
- Où ça ?
- Eh bien à la cellule ! Tes cousins y étaient et tes parents et…
- Quoi ? Mais je n'étais pas au courant !
- Ah… Neville semblait vraiment surpris. Ton père a été prévenu pendant que vous étiez à la gare. J'avais moi aussi été prévenu alors que je partais de mon côté rejoindre l'école. On a tous eu peur pour vous et Fred devait tous vous prévenir. Ensuite…
- Je comprends mieux. Fred …
- Un problème avec lui ?
- Il s'est disputé avec mon frère. Enfin il a sous-entendu que James avait triché à ses BUSES.
- Oh…
Lily avait espéré qu'il réagisse, qu'il nie, qu'il s'empresse de clamer l'innocence de James. Au lieu de ça, ce fut Robert Glacey, professeur de Métamorphoses et directeur de la maison Gryffondor, qui s'exclama, profondément outré :
- James, triché ? C'est n'importe quoi ! J'ai surveillé la moitié de ses épreuves théoriques, j'étais présent pour toutes ses épreuves pratiques, il a fait preuve de beaucoup de talent !
Ses lunettes, de travers, dissimulaient mal des yeux fatigués. Lily comprit sans mal qu'il avait passé la nuit dans la « cellule » dont avait parlé Neville. Malgré tout, le professeur Glacey demeurait révolté. Presqu'autant que Lily.
- Faudrait dire ça à mes parents, pas à moi.
- Ils ne croient quand même pas que…
- Si.
Robert Glacey la scruta longuement, plus sérieux que jamais. Lily sentit qu'il usait de son instinct animal pour s'assurer de la véracité de ses paroles et le laissa officier, sereine.
- Je m'en occupe, affirma-t-il quelques secondes plus tard, l'air déterminé. Miss Potter, professeur Londubat.
Il prit congés d'eux et gagna son bureau d'une démarche sportive. Neville soupira.
- Je ne sais pas ce que ton frère a encore inventé mais il court vers de gros ennuis, tu peux me croire.
- Il n'a pas cherché à être soupçonné de tricherie, tu peux me croire, contra Lily en haussant le ton. Bon, tu pourrais me dire ce qui se passe ?! Elle était où cette fameuse cellule ?
- Près de la maison d'Hagrid.
- Et mes parents y sont toujours ? Et mes frères ?
- Non, ton père est en pleine enquête à l'école de magie d'Irlande et ta mère est partie avec ta tante Fleur aider à Beaux-Battons. Je pense que tes frères doivent être quelque part ici, dit-il en se tournant, je n'ai pas vu Albus mais tiens voilà …
Neville s'interrompit. Lily courrait déjà à travers la foule.
- James !, cria Lily en se jetant dans les bras de son frère. T'étais où ? James Sirius Potter t'a intérêt à tout m'expliquer !
- Ok, viens on va aller s'asseoir dans le parc. Il faut que je…
Il s'interrompit, son sourire se transformant en une étrange grimace que Lily n'eut aucun mal à interpréter en voyant Albus avancer vers eux. Un Albus souriant, inquiet et timide. Un Albus en mode « pile ».
- James ! T'étais où ? Il se passe quoi, là ? Il t'a dit quoi Neville, Lil's ?
Lily garda le silence, observant tour à tour ses deux frères, celui qui simulait une entente parfaite entre eux trois et celui qui existait aux yeux de son frère pour la première fois depuis des mois. Jamais Lily n'avait vu James aussi pantois. Ni aussi démuni.
- Nous aussi on aimerait bien savoir ce qui se passe !
Rose s'immobilisa près d'eux, élément central de la tornade rousse que formaient ses cheveux, plus libérés que jamais. Derrière elle, comme semblant vouloir disparaître de la surface de la Terre, Natasha semblait déjà regretter d'avoir suivi sa meilleure amie.
- James !, insista Rose.
Celui-ci, toujours pétri d'amour pour la belle Serdaigle, se dit Lily, sursauta.
- Salut Rose et… Natasha.
Natasha émit un grognement et fixa un point au loin. Très loin. James se passa une main dans les cheveux et laissa échapper un triste soupir avant de reprendre.
- Venez dans le parc, je vais tout vous raconter.
James leur raconta comment il avait appris, par Molly, que la plupart des élèves de sixième et septième années se rejoignaient à l'entrée du parc. Ils avaient eu très peu d'information si ce n'est que Poudlard risquait d'être attaqué et qu'il fallait jeter des sorts de protection sur le château.
- J'étais dans un groupe avec Molly et d'autres élèves de Serdaigle, on a suivi le professeur Ganesh qui nous a appris un sort. On a fait ce qu'il nous disait de faire et ensuite on a attendu, par groupes. Mais i pas eu d'attaques et on a eu le feu vert pour rentrer se coucher dans la nuit.
- Je ne t'ai pas vu rentrer et pourtant j'étais dans la salle commune, nota Lily.
- Je n'avais pas envie de rentrer… Je n'avais pas envie de voir Fred en fait. A priori et selon Ganesh, Nolan est à Beaux-Battons et … pas de nouvelle de la famille Thomas.
- Et Alice ? Je n'ai pas vu Annie. Ni Franck d'ailleurs.
- Neville a demandé à Hannah de venir les chercher. Ils arriveront aujourd'hui, sans doute. Pareil pour Keanu, mon ami de Serdaigle, le fils de Ganesh. Mais j'ai vu ta sœur Natasha. Elle était dans un autre groupe que moi mais je l'ai aperçue.
- Et alors ?
- Et alors… rien. Euh… Je voulais juste te le dire, comme ça, pour… Ça ne va pas ?
- Ça va très bien Potter ! A tout' Rosie, je file.
Comme à chaque fois qu'il était stressé, troublé, affamé ou dubitatif, James se passa la main dans ses cheveux bruns pour les ébouriffer davantage. Il s'agissait d'un tic nerveux qui affirmait chaque jour un peu plus à Lily à quel point son frère ne savait mentir, ni dissimuler le moindre de ses sentiments. Et un bref regard à un Albus satisfait lui donna la confirmation que lui aussi s'en était aperçu. Et sa moue laissait entrevoir son côté face - sa vraie personnalité, songea Lily avec inquiétude - parfaitement dissimulée sous un sourire redevenu faussement innocent.
- Lily !
- James !
- Albus ! Rose !
Les frères et sœurs Londubat venaient d'arriver et chacun s'étreignit avec joie. Alice confirma ce qu'avait raconté James. Son père avait été prévenu des attaques et avait demandé à ses enfants de rester hors de Poudlard. Maintenant que tout semblait entrer dans l'ordre, il leur avait donné le feu vert et ils venaient d'arriver par le Magicobus. Le groupe passa un moment ensemble puis chacun partit à la recherche de ses amis.
Alice et James cherchaient Maël, tout en se racontant les dernières nouvelles. Ni l'un ni l'autre n'avait fait allusion à leurs disputes passées et toute gêne entre eux semblait envolée.
- C'était bien le Portugal ?
- Bah, maman et Annie n'étaient pas là, elles gardaient le Chaudron et papa était à fond sur des espèces de plantes rares et en voie de disparition. On n'avait pas trop le droit d'aller loin avec Franck donc bon… On s'est un peu fait chier. Après, Yelena est venue passer une semaine au Chaudron avec sa famille, tu connais sa mère, elle réserve toujours pour une semaine, des fois qu'ils oublient un élément de la liste de Poudlard... Mais bon, on a passé quelques moments ensemble, c'était cool. On pensait vous voir d'ailleurs !
- Non, c'est ma mère qui est allée chercher nos fournitures cette année. On a passé le mois d'août au Terrier, comme souvent…
- Et la Grèce alors ? J'en revenais pas quand mes parents m'ont dit que tu partais !
Tous deux se crispèrent, leurs jambes refusant de les porter plus loin. D'ordinaire, ils profitaient ensemble des deux mois d'été pour faire les quatre cent coups et, lorsqu'ils ne pouvaient se voir, s'écrivaient beaucoup, parfois même pour ne rien dire d'important. Leur récente dispute avait changé la donne. James lança un timide sourire à sa meilleure amie qui déclara officiellement leur réconciliation par un coup d'épaule amical.
- Vas-y, fais mon rêver !
- C'était génial !
- Raconte !
Le sourire de James en disait long sur le bonheur qu'il avait ressenti lorsque ses parents avaient accepté qu'il parte en Grèce.
- J'y croyais plus vraiment… Ils m'avaient dit oui, puis non. Ils ont passé l'été à changer d'avis, en fait. Tallulah était déjà partie. Et puis ma mère a débarqué, un soir, et elle m'a dit que je partais le lendemain.
- Comme ça, sans explication ?
- On ne s'est pas beaucoup parlé… Enfin, Albus a dit à Lily que… Laisse tomber.
- Tu crois vraiment que tu peux me dire ça à moi, James ? Je vois bien que tu es inquiet…
L'orée de la forêt interdite n'était plus qu'à quelques pas. Ils y seraient tranquilles.
- A priori quelqu'un me recherche et ma mère ne veut pas que je le rencontre.
- Tu ne crois pas qu'Albus cherche à te faire peur ?
- J'en sais rien. Je cherche surtout le rapport, ajouta James avec ironie. Depuis quand ma mère se soucie de moi ? Si quelqu'un veut... je sais pas, moi, me tuer, elle devrait être ravie de pouvoir se débarrasser de moi...
- Peut-être que… Peut-être que cette personne ne te veut pas du mal mais du bien.
- Et ma propre mère préférerait m'envoyer en Grèce plutôt que me laisser rencontrer quelqu'un qui me veut du bien ? Super, merci Alice, tu me remontes drôlement le moral…
Loin de se sentir coupable, Alice se promit de mener son enquête. Mais pas tout de suite, parce que James avait besoin de parler de son voyage à quelqu'un et qu'après avoir passé un mois entouré de personnes qui n'en avaient rien à faire de lui, retrouver sa meilleure amie déliait sa langue. Et son bonheur.
- … Et j'ai rencontré une fille de notre âge et super sympa là-bas aussi. Elle était en vacances dans le même coin que nous et on a étudié la mythologie Grecque ensemble un long moment dans une bibliothèque moldue. Je crois d'ailleurs qu'elle est moldue, je n'ai pas parlé de magie devant elle au cas où.
- Ah ah ! Une fille ! ! Et elle est mignonne ?
- Sublime ! Un vrai soleil ! Et brillante je pense, en tout cas elle semblait drôlement calée… Elle m'a appris plein de trucs et on s'est rendu compte de similitudes entre… Bref, c'était chouette.
- Oh mais c'est la femme parfaite alors !
- Qui a parlé d'une femme parfaite ?
Certains l'appelaient « l'asperge de Potter », d'autres l'appréciaient à sa juste valeur. Mais personne d'autre que son meilleur ami ne pouvait offrir à Maël Thomas un sourire aussi sincère.
- Maël ! ! Mais où t'étais ? On s'est fait un sang d'encre !
- Enfin, surtout lui, nuança Alice, qui trouvait toujours le moment opportun pour rappeler à Mael qu'ils n'étaient pas vraiment amis.
- Ben j'imagine que vous savez qu'il y a eu plusieurs attaques hier, une de mes tantes donne des cours à Beaux-Battons... Ce matin mon père a contacté ton père, James et il nous a dit que tu étais là et … bref me voilà !
Les trois amis s'assirent tranquillement dans le parc en commentant ce qu'ils avaient comme information sur les attaques avant que Mael ne change radicalement de sujet.
- Et vos BUSES ?
- Ah oui, se rappela Alice, c'est vrai, j'avais complètement oublié…
- Pourtant on a eu nos résultats y a deux jours !
- Oui et ça a été folklo…
- Pourquoi ?
- Ben j'avais l'impression de bien avoir réussi la Botanique mais mon père m'a mis qu'un A.
- C'est pas ton père qui t'a noté, c'est l'examinateur qui...
- C'est pareil, voyons ! Tu ne te rends pas compte, Thomas, toi tu t'en fiches de la Botanique mais moi, mon père...
- Ça va t'as réussi, c'est le plus important ! Moi j'ai eu un D en Botanique… Et tes autres notes ?
James préférait ne pas participer à cette conversation, tant le souvenir de la réaction de ses parents était douloureux et détourna le regard, écoutant d'une oreille distraite ses deux meilleurs amis.
- J'ai eu A aussi en Métamorphoses, continuait Alice, et mon père était dégoûté ! Je ne comprends pas pourquoi cette matière est si importante pour lui ! Il ne m'a même pas félicitée pour le E que j'ai eu en Sortilèges ! Mais j'ai eu un O en Défense !
- Super !
- Oui, c'était le seul mais je suis bien contente ! Et ça a ravi mon père, je crois qu'il s'attend toujours à ce que je devienne Auror.
- Ça explique pourquoi il veut que tu aies des bonnes notes en Métamorphose, nota James.
- Pourquoi ?
- Ben, la métamorphose est une matière super importante, notamment pour la formation de filature et tapinois.
- Ah… Et vous alors ?
- Que des E, s'extasia Mael, et un O en Études Moldues !
- Arrête de te vanter ! Je suis sûre que t'as raté quelques épreuves, lâcha Alice avec espoir.
- La Botanique et l'Arithmancie, avoua-t-il.
- Moi j'ai raté l'Histoire et l'Astronomie, avoua à son tour Alice. Mais ça va, on s'en fiche, c'est pas des matières importantes comme... la Botanique par exemple. Et j'ai eu un A en arithmancie, moi.
- C'est pas une compétition, tu sais ?, souffla Mael, exaspéré. Et toi James ?
- Euh… j'ai réussi.
- Combien ? T'as eu des O ?
Au plus profond de lui, James entendait une toute petite voix lui rappeler que ses cheveux étaient assez ébouriffés comme ça et qu'après tout il était en présence de ses deux meilleurs amis, des amis fidèles qui lui avaient manqué tout l'été et en qui il avait toujours eu confiance.
- Oui, j'ai eu douze BUSES et six O.
Le silence se ses amis le troubla et il leur jeta un imperceptible coup d'œil. Mael était stoïque. Et Alice…
- Wahou mais c'est génial !, s'exclama-t-elle en levant les bras au ciel.
- Super ! renchérit Mael en lui donnant une grande tape dans le dos. T'as eu un nouveau balai pour fêter ça ?
- Non, les tricheurs n'ont pas de nouveau balai, murmura James en regardant une famille de fourmis avancer doucement sur le sol.
- Quoi !?
- Mes parents pensent que j'ai triché. Toute la famille le pense en fait, et quand ils ont demandé son avis à Fred, il a répondu « ce n'est pas impossible ».
- Quoi !?
- Ce n'est pas vrai ?
- Je n'ai pas envie d'en parler, les gars…
James s'en voulait. Les relations qui avaient jadis uni Mael et Fred s'étaient tendues, et Alice lui en voudrait aussi, par solidarité. Mais il ne pouvait non plus tout garder pour lui, pas après avoir passé le mois d'août seul et silencieux.
- Et il a eu quoi comme BUSES, ce crétin ?, demanda Alice après quelques minutes de silence.
- Deux A en Défense et Sortilèges.
- C'est tout ?, insista-t-elle.
- Ouais. Louis a eu neuf BUSES en revanche.
- Cool pour lui, nota Mael, il avait beaucoup bossé. Au fait ! Alors c'est qui la femme parfaite ?
- Le béguin d'été de James !
- Hey, il ne s'est strictement rien passé ! On a juste passé du temps ensemble !
- J'oubliais que tu n'es pas un cœur à prendre, plaisanta Alice en montrant Natasha d'un coup de tête.
- Elle ? Sûrement pas !, s'exclama James en rougissant, signe qu'il mentait. Affreusement mal, de surcroit.
- Quoi ! Vous vous êtes encore engueulés ?
- Non mais elle est hyper agressive. Enfin, en attendant je jette l'éponge. J'en ai marre de lui courir après pour rien.
- Surtout que maintenant toutes les filles vont vouloir être avec toi.
- Maintenant ? Maintenant que quoi ?
- Ben tu t'es vu ? T'as du prendre dix centimètres pendant l'été et t'as pas dû faire que bouquiner en Grèce vu comme tes muscles se sont développés. Sans compter que tu as beaucoup bronzé. Bref t'es à tomber par terre.
- Ben dis-donc, s'étonna Maël.
- Toi tu peux parler, t'as pas grandi cet été et c'est très bien, t'étais trop grand pour la plupart des filles. Mais tu es beaucoup plus musclé qu'avant, t'es canon toi aussi.
- C'est notre fête, répondit Maël en souriant.
- Toi aussi Alice tu t'es améliorée, affirma James.
- Quoi !?
- Ben tu as une jolie coupe de cheveux et puis tu as grandi aussi à ce niveau … enfin tu vois, ajouta James en regardant la poitrine d'Alice.
- Venant de toi, ça pourrait presque passer pour un compliment, dit-elle en se jetant sur lui pour le rouer de coups.
- Mais quoi ! Qu'est-ce que j'ai dit ? Arrête !
- Tu ne sauras jamais parler aux filles!, ajouta Alice en riant. Mais c'est aussi ce qui fait ton charme, beau gosse !
Mael observa James et Alice rouler dans l'herbe, comme deux gamins. Mais une ombre se glissa dans le tableau ensoleillé de leurs retrouvailles.
- Salut les gars !
- Dégage Fred, répondit durement Alice alors que ses deux meilleurs amis baissaient la tête.
- Je ne vous dérange pas au moins ? Vous avez l'air de bien vous marrer et pourtant vous faites ça sans le grand Fred Weasley !
- Tu sais ce qu'on lui dit au grand Fred Weasley ?, répondit férocement Mael.
- Oh Mael, que t'arrive-t-il mon pote ?
- Tu oses demander ça ? Après tout ce que tu fais, ce que tu dis contre nous ?
- Nous ? Je croyais en faire partie de ce « nous », Mael, je te signale même que j'y suis pour beaucoup dans la création de ce « nous » !
- Ben c'est toi qui t'es viré toi-même ! Et personnellement je ne te regrette pas ! Et après ce que tu as fait à James…
- Ahh… Je vois… Le célèbre Potter s'est plaint à ses petits valets et le petit valet prend la défense du grand James ! Et toi tu ne dis rien ? Tu laisses ton ami te défendre ? Ça m'étonne de toi… Ah, James… On était deux rois tous les deux. Mais il ne peut y avoir qu'un seul roi. Et la célébrité ne fait pas tout Potter !
- Potter ? Tu m'appelles Potter ?
- Dégage, Fred, franchement on ne veut plus te voir trainer avec nous !
- T'inquiète, Mael, tu te rendras vite compte que James n'est rien sans moi !
James et Mael regardèrent partir Fred avec un dégoût qu'ils ne se connaissaient pas. Et Alice n'aida pas à détendre l'atmosphère, loin de là. Ce n'était que le tout début de l'année et celle-ci s'annonçait mal. Très mal.
Les regards s'assombrirent, les conversations se firent plus rares, plus maussades, avant de s'estomper pour de bon. James repensait avec amertume à ses premières années à Poudlard. A l'époque, il en fallait davantage pour ternir leur plaisir et, malgré l'intervention de Fred qui les aurait chagrinés, les trois amis auraient continué de rire de tout, profitant du simple plaisir d'être ensemble. Leurs amis les auraient rejoints par petits groupes, et les rires auraient jaillis par dizaine.
Pourtant, lorsque leurs amis de Poufsouffle passèrent près d'eux, seul Jean-Paul s'arrêta pour les saluer. Oscar se contenta d'un bref signe de loin et suivit, visiblement gêné, la démarche rapide de Susie qui faisait mine de ne pas les avoir vus.
Mael se renfrogna mais refusa de donner une quelconque explication à un James plus peiné que jamais.
Les retrouvailles chaleureuses qu'il attendait d'ordinaire avec l'impatience d'un jeune daim, chacun racontant ses petites anecdotes de vacances et profitant pleinement de l'insouciance et du plaisir d'être à nouveau réunis, furent oubliées, à mesure que leurs amis d'antan passaient près d'eux sans s'arrêter.
Et Scorpius Malefoy, sa cape de camouflage nouée autour de son cou, songea avec tout autant d'aigreur aux maux qu'infligeaient parfois l'adolescence.
ooOOoo
L'arrivée de Lily dans la Grande Salle, ce soir-là, passa pratiquement inaperçue.
Protégée par ses deux meilleurs amis qui l'entouraient et qui la faisaient rire, elle atteignit rapidement la table des Gryffondor. Elle avait été si heureuse de les retrouver tous les deux sur le terrain de quidditch, Lorcan montrant à Sébastian son premier balai magique. Lily avait tenu à rentrer vite au château pour ne pas manquer une annonce de leur directeur et en entendant Sébastian raconter à Lorcan la blague qu'il avait faite à ses cousines pendant un repas familial et en les regardant tous les deux rire, Lily comprit à quel point ils lui avaient manqué. Pour Sébastian, qui avait retrouvé sa nombreuse famille et était parti en croisière moldue avec ses parents, le sentiment de manque était normal et justifiable, mais pour Lorcan… Lily avait passé le mois de juillet collée à lui, enivrée de bonheur. Et puis il avait fallu gagner le Terrier et Lorcan et son frère jumeau Lysandre avaient suivi leurs parents à la recherche d'un animal étrange au Guatemala. Et Lily avait enragé de ne pouvoir les suivre.
Annie Londubat les avait salués avec entrain avant de se jeter dans les bras de David Dursley qui était radieux et tenait à reproduire à l'exactitude les réactions de ses grands-parents paternels lorsqu'il leur avait annoncé qu'il était ravi de retrouver Poudlard. A ce que Lily comprit, Petunia et Vernon Dursley avaient espéré que David quitterait Poudlard assez vite. Ses grands-parents maternels étaient en revanche et de toute évidence emplis d'enthousiasme pour le monde magique.
- Ils veulent venir à Poudlard et voir les escaliers qui bougent tous seuls, ils veulent même rencontrer les profs… Je leur ai dit qu'ils ne pouvaient pas venir mais ils veulent que j'intègre l'équipe de quidditch, comme ça ils auront une excuse. Tu me vois dans l'équipe, franchement ? Mais c'était…
Lily se détourna en souriant pour accueillir son ami Colin. Elle avait eu peur qu'il ne revienne pas à Poudlard. Le père de Colin, l'Auror Dennis Crivey était de service au moment des attaques et c'est lui qui avait prévenu ses supérieurs. Il avait donc pu empêcher ses enfants de prendre le Poudlard Express et connaissant l'anxiété de la mère de Colin, Lily avait eu peur que celle-ci veuille retirer ses enfants de Poudlard. Heureusement, Colin venait de rougir en lui faisant pour la première fois la bise et semblait plus heureux que jamais de saluer la petite bande. L'attention de Lily se reportait sur la porte de la Grande Salle à chaque fois que quelqu'un entrait. Mais elle était à chaque fois plus inquiète.
- Laisse-lui le temps d'arriver, lui conseilla Lorcan.
Elle savait que lui seul pouvait la comprendre sans qu'elle ne parle. Avec le temps leurs amis s'y étaient faits. Colin s'était montré compréhensif, Annie, jalouse, et David en avait profité pour se rapprocher de Lorcan qui l'impressionnait beaucoup. David adorait Lily, pour lui, Lily et Lorcan étaient les vrais leaders de leur bande d'amis. Il trouvait Lily adorable avec lui et elle l'avait si vite intégré…
Et il avait compris que lorsque Lily pensait quelque chose, Lorcan le pensait aussi, il s'était donc un peu relaxé de voir que son ami l'appréciait aussi, que quoi qu'il se passe il pourrait compter sur le duo inséparable Lily-Lorcan. Sébastian aussi s'y était fait. Il avait une place à jouer dans ce duo, non à la manière d'un outsider mais plutôt à la manière d'un équilibre entre ses deux amis fusionnels mais dotés de fortes personnalités. Lily et Lorcan étaient aussi caractériels l'un que l'autre et la douceur et la neutralité de Sébastian les aidaient à rester en parfaite harmonie.
Lily leva une nouvelle fois la tête vers la porte et sourit en voyant sa cousine Rose en grande conversation avec Natasha Kandinsky. Lily jeta un bref coup d'œil à sa table, cherchant des yeux le regard énamouré de son frère aîné pour la belle jeune fille mais James n'était pas encore arrivé.
- Raté, il n'est pas là, comprit Annie en lui faisant un clin d'œil. Alice doit l'obliger à raconter dans les moindres détails son séjour en Grèce. Elle aime tellement les voyages… Mais regarde, voilà Albus.
ooOOoo
Ils l'avaient tous regardé passer avec animosité, à l'inverse de ces élèves qui se pressaient pour le voir, pour l'approcher, pour lui sourire. Pour être toujours plus près du charmant Albus Potter, digne fils du héros national.
- Crétin, grommela Keith Corner.
- Fais gaffe, Corner, prévint Pepper Marwick. L'Ours a des indics partout.
- M'en fiche. C'est un crétin, tout le monde devrait savoir ça.
Clifford de Woodcroft soupira. Depuis que Keith avait rejoint l'équipe de quidditch de Serdaigle, Natasha Kandinsky était devenue sa partenaire, son modèle. Son idole. Il prenait exemple sur sa vivacité, sa ténacité et son impétuosité, surtout depuis qu'elle avait doublement giflé ceux que tous, dans la petite bande, détestaient depuis longtemps. Tous, sauf James bien sûr.
- Vous vous fichez sans doute des répercussions mais on est à Serpentard, on prend bien plus de risques que chacun d'entre vous.
- Va dire ça à James et Louis, Pepper, contra Solenne Oranche.
Clifford avança machinalement la main vers Pepper, habitué à ce que la jeune fille réagisse dès qu'elle se sentait attaquée. Mais Pepper se contenta d'acquiescer nerveusement, car il s'agissait de Solenne. Si Clifford, comme Juliet Hawkes avant lui, développait une petite préférence pour leurs amis lions, Pepper était admirative des recherches intensives et non dénuées de danger qu'avaient entrepris Keanu Ganesh et Solenne Oranche.
Mais Pepper ne l'aurait avoué pour rien au monde. Parce qu'elle n'était pas de celles qui multiplient les compliments, ni de celles qui s'ouvrent aux autres. Et surtout parce qu'elle s'était promis d'en dire le moins possible pour ne jamais dévoiler par inadvertance qu'elle-même prenait des risques, de par sa condition, sa répartition à Serpentard et son admission dans une des confréries secrètes de Poudlard.
Personne ne devait le savoir. Personne. C'était là son seul moyen de s'assurer que rien n'arriverait jamais à ses amis. Juliet Hawkes, au départ. Juliet la courageuse, Juliet la tenace. Juliet la première amie. Juliet la meilleure amie. Vincent et Clifford, ensuite. Les piliers rassurants qui jamais ne la quittaient des yeux s'étaient-ils un jour demandé, ne serait-ce qu'un seul instant, pourquoi les Zigaro n'avaient jamais essayé de les approcher, de les recruter, de les intimider ?
Solenne, elle, savait. Solenne savait beaucoup de choses. Solenne était, aux yeux de Pepper, l'élément le plus solide de leur bande. Aussi intelligente que pouvaient l'être Louis Weasley et Keanu Ganesh, aussi loyale qu'Oscar Dubois et Keith Corner, aussi tempérante que Susie Finigan et Vincent Goyle. Solenne possédait une palette de qualités contre lesquelles la mauvaise humeur légendaire de Pepper restait impuissante. Un roc aussi innébranlable que Nalani Jordan, une voix aussi douce que celle de Jean-Paul Sphère, une présence sereine, solide et rassurante, à la manière de Mael Thomas.
Solenne n'était ni plus ni moins, aux yeux de la Serpentard aux cheveux roses, que le pendant de James Potter.
- Le voilà, marmonna Keith, peu rassuré.
Tous se tournèrent vers le hall où, parmi la foule éparse, James avançait, entouré de ses deux meilleurs amis.
- Quelqu'un lui a parlé depuis hier ?, demanda Keanu.
Des hochements de tête hasardeux, inquiets. Pepper soupira de colère. Clifford lui prit la main, doucement, discrètement. Elle allait enfoncer ses ongles acérés dans la peau du jeune homme lorsqu'elle prit conscience des tremblements de Clifford. Des tremblements qui faisaient écho aux siens. Il ne s'agissait pas de ses habituelles tentatives d'approche maladroites. Il ne la draguait pas. Il avait peur, pour la première fois. Peur de parler à James, peur des décisions de celui-ci, peur des conséquences d'une rupture. Peur de le perdre. Définitivement.
Ils lui avaient laissé du temps. A cause du Tournoi, de son frère, de son père, de ses déboires amoureux, des BUSES, de la vie qui s'était faite si dure, si blessante. Ils étaient en sixième année, désormais. Le Tournoi était terminé, les BUSES derrière eux. Et pourtant.
- Tu ne veux toujours pas nous dire pourquoi tu en veux autant à Mael ?, murmura Keanu.
Pepper haussa un sourcil et dévisagea les joues rougissantes de Susie Finigan. A ses côtés, un Oscar aux épaules récemment élargies s'approcha d'elle, comme pour la protéger. Et Pepper n'en soupira que davantage. Depuis quand avaient-ils besoin de se protéger les uns des autres ?
- Ça ne te regarde pas, Keanu.
- On se disait tout avant, contra Solenne d'une voix douce.
- On grandit, intervint Oscar. On n'est plus des gamins. On n'est pas obligés de…
- Personne n'a jamais forcé personne que je sache, coupa Solenne.
- Mael est venu chez moi la semaine dernière, souffla Susie en détournant les yeux. Avec sa famille. Son père et mon père étaient très amis du temps de Poudlard. Les meilleurs amis. Ils se voient beaucoup tous les deux. Mais voilà, d'habitude ils se voient seuls. On habite en plein quartier sorcier, ils habitent au beau milieu des moldus, l'un de mes frères fait toujours de la magie spontanée, incontrôlable, la mère de Mael est moldue, une de ses sœurs est cracmol… Mais mon père a insisté pour qu'on se voit tous. Tous ensemble. Ils sont venus manger, un soir. Mael rentrait d'un voyage en Espagne. J'étais assez contente de le voir, j'avais invité Oscar et Jean-Paul pour l'occasion, mais…
- Il a été odieux, coupa Oscar.
- Mael ?, s'étonna Solenne.
- Oui, Mael, grogna Oscar. Il a accusé Susie de préférer végéter au bord de la plage plutôt que d'être « avec vous ».
- Avec nous ?, répéta Solenne.
- Ouais. Comme si on ne faisait plus partie de ce « nous », tu vois. Sans doute parce qu'on n'est pas assez intelligents ou peut-être bien parce qu'on est à Poufsouffle, hein, qui s'en soucie, au fond ?
Pepper haussa son second sourcil. Jamais la voix d'Oscar, toujours joviale d'ordinaire, n'avait été aussi amère.
- Mael n'aurait jamais dit ça, affirma Keith en secouant la tête.
- Tu me traites de menteur ?!
- Arrête, Oscar, tu sais bien que non ! Vous avez dû mal vous comprendre, c'est tout !
- C'est tout ? Il n'avait même pas enlevé sa veste qu'il nous a pris à part, sans même saluer les parents de Susie, il a pris son bras et l'a traînée dehors, sans même s'excuser, il nous a crié dessus, parce qu'on n'est soi-disant pas aussi impliqués que vous, il n'arrêtait pas de répéter qu'il aurait dû envoyer une lettre à l'un de vous plutôt qu'à Susie, il…
- Une lettre ?
- Il dit qu'il m'a écrit, avant de partir en Espagne, marmonna Susie, au bord des larmes. Il a donné la lettre à son père qui devait me la donner. Mais son père ne m'a rien donné.
- Alors Susie lui a dit, ajouta Oscar, et il ne la croit pas ! Il dit qu'il a confiance en son père, qu'il ne l'aurait jamais trahi, que…
Oscar s'interrompit. Épaule contre épaule, et semblant n'écouter que d'une oreille les jérémiades d'Alice Londubat, James et Mael avançaient vers eux. Étonnés par leur soudain silence, les deux Gryffondor levèrent les yeux, d'un même mouvement. Et le malaise s'instaura, sans que quiconque ne trouve moyen d'y remédier.
Quelques filles les dépassèrent en gloussant mais les amis de toujours n'y prêtèrent qu'une bien maigre attention.
- C'est quoi le problème ?, grogna Alice. Juliet Hawkes s'est enfin fait bouffer par un Californien à queue-de-feu ?
- Très drôle, Londubat.
- Ça ne va pas, Pepper ?, s'inquiéta James, qui s'était attendu à ce que Pepper lance un sort à Alice, par habitude.
A la grande surprise des trois lions, Pepper détourna le regard. Clifford sentit ses doigts longs et fins raffermir leur prise et il eut la conviction qu'il devait intervenir. Bêtement. Par amour. Peu lui importaient à l'instant présent les conséquences de ses actes.
- Tu devrais apprendre à fermer ta grande gueule, Londubat. Tu n'as jamais apprécié Juliet, soit. Tu es la seule, soit. Mais sache qu'ici, à part James, tout le monde rêve de te voir te faire bouffer par n'importe quelle créature. Et tout le monde trouve dommage qu'elles aient trop peur de ne pas pouvoir digérer ton sale caractère.
La voix était froide, insensible, menaçante. Jamais ses amis ne l'avaient entendu parler ainsi. Pas même pour défendre une amie. James voulait intervenir. Mais les mots se perdaient avant même d'atteindre sa bouche. Et, lorsqu'il parvint à les contrôler, Pepper et Clifford avaient disparu.
- Je t'avais bien dit qu'on ne pouvait pas leur faire confiance, lâcha Alice, écœurée.
- C'est vrai que c'est votre truc, à vous, la confiance, intervint Oscar avec colère.
- Ça veut dire quoi ça ?, cracha Alice en cachant mal sa surprise.
- Laisse-les en dehors de tout ça, Oscar, souffla Mael. Dans l'intérêt de Susie.
- Elle n'a fait que dire la vérité, par Merlin ! Depuis quand…
- Laisse, Oscar. Si Mael pense ça de moi c'est que je me suis bien trompée à son sujet.
- Oscar, Susie… Mael…
James regardait tour à tour chacun de ses amis, profondément choqué.
- Désolé les gars mais vous réglerez vos petits problèmes plus tard, intervint Keanu. Il faut qu'on parle. Tous ensemble.
- Sans Clifford, Pepper et Vincent ?, contra Jean-Paul. Sans Nalani ?
- Vincent couvrait Pepper et Clifford. Et Nalani est avec Fred.
- Et ça ne te dérange pas d'avoir une discussion importante sans eux ?
- On n'a pas beaucoup de temps, le festin va commencer, on…
- On a toute l'année, soupira Mael. Si vous voulez…
- « Vous » ?, releva Oscar. Après nous avoir exclus du…
- Oscar !, cria Susie, les larmes aux yeux. Arrête !
- Exclus ?, répéta James. Mais qu'est-ce qui vous arrive, à tous ?
- L'évolution, James, ricana Alice, plutôt satisfaite de la situation. Gamins ils sont mignons, sympas et pas trop chiants. Et puis ils grandissent, ils ont des boutons partout et ils se plaignent au moindre problème. Tu verras qu'ils vont te sortir cette histoire de Clef pour que tu solutionnes les problèmes de tout le monde.
- Alice…
- Je t'assure, James, l'adolescence change les gens.
- Il faut vraiment qu'on parle, James.
L'intervention de Keanu eut le don d'énerver Alice au plus haut point. Lui d'habitude si attentif à tout un chacun avait volontairement occulté la diatribe d'Alice, comme si celle-ci ne l'intéressait tout simplement pas.
- Une autre fois, ok ?, proposa James, sans grande conviction.
- C'est important, insista Solenne.
- Vraiment important, ajouta Susie, pour calmer les aigreurs.
- Et c'est une experte en la matière qui l'affirme, grinça Mael.
- Les gars, par Merlin !
Keith s'avança, se plaçant volontairement entre Oscar, dont les yeux s'étaient faits menaçants, et Mael, qui avait sorti sa baguette. Les yeux rivés sur cette dernière, James perdit le peu de couleurs qui lui restaient.
Visiblement à bouts, et vive comme l'éclair, Solenne, sortit sa baguette et créa une bulle de silence autour d'eux, excluant volontairement Alice, en qui elle n'avait aucune confiance. Plus conciliant, Keanu ajouta la farouche lionne qui s'était mise à hurler à leur cercle épars et celle-ci se tourna vers lui, l'air vaguement surpris. Keanu se contenta de lui sourire et cette simple action eut don de calmer Alice qui détourne le regard. Ils avaient une influence sans commune mesure l'un sur l'autre, un lien que leurs amis avaient tout d'abord justifié par leur héritage – leurs pères étaient respectivement professeurs d'Histoire de la Magie et de Botanique – avant d'envisager une autre forme… d'attirance.
- De quoi veut parler le grand manitou des aigles ?, grogna Alice, sa lèvre inférieure tremblant légèrement.
- Des derniers évènements, attesta Keanu, laconique. Il faut qu'on réagisse avant que la presse, puis la communauté, s'emparent de l'affaire, qu'on en parle, qu'on trouve une solution, une…
- Une solution ?, coupa James.
- Toutes ces écoles attaquées… L'Irlande, la France, la Bulgarie… Comme par hasard. Et, bien sûr, aucune attaque ici, chez nous. Qui va-t-on accuser ? Nous. Ou toi. Ou les Champions. Mais…
- Peut-être qu'on a eu le temps de se défendre, de…
- Tu faisais partie des défenseurs, James, rétorqua Keanu. Tu étais présent, hier soir. Tu sais que nous n'avons pas été attaqués !
- Justement, ils voulaient peut-être attaquer Poudlard mais ils ont vu qu'on avait eu le temps de préparer notre défense, et…
James s'emmêlait les baguettes, parlait vite, regardait le mur. Keanu voulait le couper, Susie, Oscar et Keith voulaient s'en mêler, Mael s'adossait déjà au mur, Alice s'agitait. Mais James ne voulait pas les écouter. James ne voulait pas entendre ces mots, en deviner le sens, en appréhender les conséquences. Alors il parlait. Il multipliait les mots pour ne pas écouter.
- On a juste eu plus de temps que les autres, on s'est organisé et ils n'ont pas pu nous attaquer, ils…
- Ils ?, releva Solenne. C'est qui « ils » ?
James s'interrompit, la bouche légèrement ouverte, les yeux hagards. Pourtant, les filles qui passaient près d'eux continuaient de le montrer du doigt en gloussant.
- Comment veux-tu qu'il le sache ?, s'étonna Mael en se rapprochant de son meilleur ami.
- Parce que c'est lui qui affabule, qui continue de croire que… Voyons, James, ces mecs qui ont attaqué ces écoles ont profité du mécontentement des ministères pour qu'on croie justement qu'ils voulaient punir les écoles ! Ils nous croient malléables, ils pensent pouvoir nous manipuler mais…
- Oh là ! Solenne, voyons…
- Solenne n'est pas la seule à penser ça, James, coupa Keanu. On pense tous la même chose. Parce que c'est la vérité.
- Je crois que vous allez un peu loin, les gars.
- Ça ne te ressemble pas de te voiler la face.
Il y avait comme un semblant de déception dans la voix de Keanu. James baissa le regard. Il ne se passait pas une nuit sans qu'il ne rêve du Tournoi, pas un jour sans qu'il ne dévore les articles qui le salissaient d'une boue internationale. Il ne voulait pas d'une autre menace. Il se sentait incapable de l'affronter.
ooOOoo
L'arrivée d'Albus dans la Grande Salle fut particulièrement bruyante.
Sally, qu'il n'avait pas encore vue se jeta dans ses bras avant d'écraser à leur tour Jalil Lespare et Benoit Screta. Albus apprit que la famille Evans, qui recueillait depuis près d'un an le petit frère de la jeune fille, était venue chercher Sally et son frère chez leurs grands-parents et qu'ils avaient ensuite été avertis des attaques. Ils venaient tous de revenir à Poudlard, pour leur plus grand plaisir.
En effet, Dan Evans vint saluer Albus et ses amis et même Paul-Arthur, le petit frère de Sally lui sourit timidement. Celui-ci semblait aller mieux. Les retrouvailles avec leurs grands-parents avec qui ils n'avaient plus de contacts depuis très longtemps leur avait permis de passer un moment en famille. Sally avait beaucoup écrit à Albus pendant leurs deux semaines de séparation et lui avait décrit ce qu'elle avait ressenti en allant rendre visite à ses parents, maintenus dans un coma artificiel magique. Son frère n'avait pas pleuré, il lui parlait souvent de la famille Evans qui s'occupait si bien de lui, qui lui écrivait lorsqu'il était à Poudlard comme Ginny Potter écrivait à Sally.
Albus se força à mesurer son sourire. Il dominait tous ces élèves sans panache qui le dévoraient des yeux, le vénéraient tel un Dieu. La déveine de Sally-Ann l'aidait toujours plus dans la poursuite de ses ambitions, Dan Evans était un élève respecté et apprécié, Albus était satisfait de se l'être mis dans la poche. Quant au petit Paul-Arthur… Albus n'attendait plus qu'une chose, que celui-ci tente de se suicider. Albus n'aurait plus qu'à le sauver, reprenant enfin la place d'héritier héroïque que lui avait volé James l'année précédente en participant à ce maudit Tournoi.
Albus jeta un coup d'œil à la table de Gryffondor et se força à sourire à sa sœur, toujours si bien entourée d'amis qui paraissaient bons et attentionnés. Il ne put s'empêcher de rire devant tant de mièvreries mais tous les élèves alentours répondirent à son rire en voyant Lorcan et Sébastian faire les pitres.
« Ta sœur a de la chance de t'avoir, Albus. »
« Tu es si bon avec les tiens. Et avec tout le monde, bien sûr. »
« Lorcan et Sébastian sont les dignes successeurs de James et ses amis, pas vrai ? Reste plus qu'à espérer qu'ils ne tournent pas aussi mal qu'eux… »
Cette fois-ci Albus ne pensa pas à se retenir de sourire. Il était si heureux d'isoler son frère des siens… Mais il se reprit rapidement, affirmant avec une fausse naïveté que son frère pouvait également compter sur ses amis.
« Nous avons de la chance, tous les trois. La chance d'avoir rencontré des amis exceptionnels qui se moquent bien de la célébrité de notre père et qui… »
Les mots sortaient tous seuls, les joues avaient pris l'habitude de rougir. Ils furent une trentaine d'élèves à l'escorter à sa table, à se pousser les uns les autres pour être plus proches de lui, à boire ses paroles.
- Alors, Potter, tu rêvasses comme d'habitude ?
Lars Bear, dit « l'ours de Serpentard » trônait au milieu de la table, à la place habituelle de Théo Nott. Les principaux Basilics avaient quitté Poudlard et avaient trouvé des remplaçants qui n'effrayaient pas vraiment Albus. Robert Jameson et Victor Rosebury n'étaient pas spécialement violents, Lars Bear l'était mais manquait cruellement d'intelligence, tandis que les jumeaux Putinred… A eux deux ils avaient moins d'idées qu'un couple de véracrasses. Cette pensée fit sourire Albus et il eut la surprise de voir que Fedda Tanzakis, une fille de sa promotion à qui il n'avait jamais adressé le moindre mot, lui répondit d'un sourire gêné, tout en rougissant.
Cela étonna quelque peu Albus mais il s'en moquait, il avait déjà tant de sourires à simuler… A commencer par ceux qui s'étaient installés à ses côtés, Jalil Lespare et Sally-Ann Perks, qui se prenaient pour ses deux meilleurs amis, et Benoit Screta qui s'était installé en face de lui pour le faire rire durant tout le repas et puis… Il y avait son frère et sa sœur, ses cousines et leurs amis et… Scorpius. Celui-ci passa devant Albus et évita son regard. Pourtant, se dit Albus, son regard ne devait pas passer inaperçu tant il était subjugué par… le nouveau Scorpius. Le corps était toujours fin mais beaucoup plus musclé, mûr, affirmé, ses cheveux d'un blond très clair étaient plus longs, son visage était toujours si… heureusement Benoit, comme à son habitude, le sortit de sa torpeur.
- T'as avalé un pet de scroutt mon pauvre Albus ?
Albus rougit et tout en essayant de sourire à Benoit se rendit compte qu'il était en sueur et que son cœur battait anormalement vite. Pour ne laisser rien paraître de son malaise il se tourna vers l'entrée de la salle. Et la gêne s'empara définitivement de lui.
ooOOoo
L'arrivée de James dans la Grande Salle ne passa vraiment pas inaperçue.
Un groupe de neuf élèves de sixième année et de différentes maisons arrivant ensemble pouvait difficilement être invisible aux yeux des autres. En les regardant, James se rendit compte d'à quel point ses amis avaient changé.
Mael était toujours le plus grand de la bande mais son visage était plus carré et plus masculin, Keanu se passait négligemment la main sur le menton, apprivoisant sa première barbe, Keith avait laissé ses cheveux bruns bouclés pousser et avait acheté des nouvelles lunettes, plus modernes et plus viriles, Jean-Paul avait perdu ses rondeurs enfantines. Oscar était celui qui avait le plus changé. Lui qui avait longtemps été le plus petit de la bande avait gagné une bonne longueur en un an et ses récents exploits au quidditch avaient développé son corps. Il ressemblait comme deux gouttes d'eau à son père, qui avait longtemps eu sa place dans le classement des dix joueurs de quidditch les plus sexys, selon Sorcière Hebdo que James avait feuilleté en cachette cet été. La nouvelle apparence d'Oscar ne passait pas inaperçue, surtout auprès de Susie qui semblait lui sourire plus que jamais. James appréciait Oscar autant que Susie et était impatient de les voir enfin ensemble. Pour lui c'était inévitable, ses deux amis étaient faits l'un pour l'autre, un peu comme sa meilleure amie et Keanu qui gonflait sa poitrine à chaque regard de la belle Alice. Les filles aussi avaient beaucoup changé. Alice avait une coupe très féminine, Solenne avait beaucoup grandi, Susie semblait plus sûre d'elle-même.
James s'étonna de voir ses amis s'arrêter et le regarder en se moquant. Il s'aperçut du brouhaha qui augmentait autour de lui, agrémenté de quelques sifflements. Il se tourna, anxieux, et vit plusieurs filles le saluer puis glousser avec leurs amies.
- Mon pote, il semblerait bien que tu sois devenu une « DDP », l'informa Keith.
Les « divinités de Poudlard » étaient une sorte de concours officieux instauré une quinzaine d'années auparavant. Depuis, chaque année, les élèves les plus appréciés, que ce soit pour leur physique, leur personnalité, leurs talents ou leur grade en tant que préfet ou membre d'une équipe de quidditch, étaient nommés au rang de « divinité » de Poudlard.
Les cris reprirent de plus belle lorsque Louis arriva dans la salle. Il salua chaleureusement ses amis, ses cheveux châtains tombant nonchalamment sur ses yeux.
Comme à son habitude, James vérifia qu'Albus et Lily étaient bien entourés mais il ne put s'empêcher de remarquer qu'ils n'avaient pas l'air bien. Lily lui adressa un signe rassurant et Albus… Il gardait ses yeux ancrés dans les siens, comme un appel auquel James ne savait que répondre.
Sans se concerter, Mael l'entraîna à le suivre, faisant mine de vouloir saluer un de leurs condisciples de Serdaigle. James en comprit la raison en voyant Keanu et Keith s'installer près de Nalani, qui n'avait même pas pris le temps de se joindre à leur réunion improvisée.
« Peut-être qu'elle n'était pas au courant, murmura Mael rien que pour eux-deux.
- Peut-être, répondit James sur le même ton, par égard pour son meilleur ami.
En cherchant la réponse dans le comportement de Nalani, James croisa le regard furieux de Natasha. Elle avait changé elle aussi… Mais James tentait de ne pas trop penser à elle, il se devait de clore définitivement le sujet « Natasha ». L'éloignement forcé durant les deux mois de vacances ainsi que son voyage en Grèce lui avaient permis de visualiser enfin l'évidence. Ils n'avaient aucun avenir ensemble.
Il remarqua cela dit qu'Aldo était très éloigné d'elle et, bien qu'il s'en veuille de le penser, cela le rendit particulièrement heureux.
- Salut James !, cria Sally en le voyant approcher.
- Sally, je suis content de te voir ! Comment vas-tu ?
- Super bien, heureuse de retrouver Poudlard, comme d'hab !
- Et ton frère ?
- Ça va. On a passé des chouettes vacances tous les deux même si le Terrier me manquait et ta petite tête aussi !
- Ah ah, c'est toi la petite tête ! Salut Jalil, ça va ? Ton frère est entré au ministère alors ?
- Ouais, il suit une formation en Justice magique.
- Cool mais il va nous manquer.
- Faudra juste te trouver une bonne excuse maintenant pour perdre contre Serdaigle, répliqua Scorpius Malefoy.
- Aussi, c'est vrai mais on aura toujours autant de facilité à gagner contre Serpentard, donc ça va !
James perçut comme souvent le bref sourire de Scorpius Malefoy, alors que Jalil défendait son équipe avec vigueur. Albus, en revanche, semblait troublé, il ne regardait pas son frère directement. Bizarrement, il n'avait activé ni le mode pile ni le mode face. James s'approcha de lui assez près pour que lui seul entende.
- Ca ne va pas petit frère ?
Jamais l'aîné n'avait pesé autant ses mots, ni pris autant de précautions avant de s'adresser à son cadet.
- Si… si ça va.
Sa voix, naturelle pour la première fois en ces lieux, attira la curiosité de ses amis proches.
- T'es tout gêné !, remarqua à son tour Jalil. Oh ! Y aurait-il de la fille dans l'air ?
- Euh… ouais, c'est ça, mais on en reparlera plus tard, pas là quoi.
Comprenant soudainement sa gêne en suivant la brève œillade qu'il lança à Scorpius et apercevant le sourire moqueur de celui-ci, James se redressa. Il ne voulait pas éveiller les soupçons des amis de son frère, encore moins accentuer la gêne d'Albus. Il puisa au plus profond de son cœur le peu de courage qui subsistait et força un large sourire.
- Ok, frérot ! Salut les exceptions, salut Malefoy… Accroche-toi bien à ton balai pour le prochain match !
Cette fois-ci Scorpius se permit de lui sourire plus franchement, comme signifiant à James qu'il n'avait pas rêvé leur récent rapprochement. Le jeune Malefoy se reprit bien vite en insultant les Gryffondor, pour ne pas s'attirer les foudres de Lars Bear mais sa froideur restait dénuée de toute conviction. Et de toute virulence. Sa diatribe avait en outre eu l'avantage de détourner l'attention générale d'Albus qui rougissait de plus en plus en regardant les deux jeunes hommes.
- Au fait, je suis capitaine de l'équipe, dit James à ses amis en regagnant sa table.
- Super !, s'exclama Mael. J'avais peur que ce soit Fred, il ne m'aurait pas pris dans l'équipe. Enfin je ne veux pas dire que tu dois me prendre mais tu seras plus impartial que lui.
- Il était vraiment déçu, nota Louis.
Mais James ne répondit pas à Louis. Sa sœur venait de se lever très vite de table, les yeux rivés vers l'entrée de la salle et il fronça les sourcils en voyant qui se tenait devant la porte.
ooOOoo
Les yeux vairons du fox-terrier se fermèrent brièvement, en un clin d'œil que Serena Velsen interpréta sans mal. Autour d'elle les élèves affluaient, les voix joviales raisonnaient fort, lui donnant le tournis.
L'animal, qui s'était présenté sous le nom d'Atlas, ne l'avait pas effrayée. En sa condition de née-moldue, elle n'était pas plus surprise de l'existence de chiens dotés de la parole que de celle de licornes ou de dragons.
Elle n'avait donc pas sursauté lorsqu'Atlas s'était adressé à elle.
Songeant qu'il était vraiment mignon, avec son pelage châtaigné, et qu'elle n'aurait pas hésité longtemps avant de l'adopter, elle n'avait que peu écouté son charabia. Atlas ne cessait de parler de son maître et de regarder tout autour de lui, comme pour s'assurer que personne ne le découvre en ces lieux.
Et puis il avait prononcé ces mots qui avaient rassuré la jeune fille de douze ans.
« Tu n'es plus une cible. Mon maître s'en est assuré. Nos espions en ces lieux te protégeront. Et moi aussi. Je veillerai sur toi. De loin, tu ne me verras pas, mais je serai là. Je te le promets. »
Serena n'avait pas peur. Pas même de ces élèves qui s'en étaient pris à elle quelques mois auparavant. Elle aimait bien les chiens, elle avait confiance en eux. Et celui-ci lui plaisait d'autant plus.
Elle redressa le menton et délia la cape autour de ses épaules. Fier et majestueux, Poudlard était là, devant ses yeux. Elle s'y précipita avec l'impatience d'une lionne prête à croquer la vie à pleines dents.
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L'arrivée de Serena Velsen dans la Grande Salle ce soir-là se fit dans l'indifférence la plus totale, comme toujours.
La plupart des élèves de l'école étaient présents et s'étaient réunis par groupe, chacun retrouvant avec grand plaisir ses amis. Les élèves de Serpentard ne firent pas attention à elle. « Je ne suis plus leur cible, après tout », songea-t-elle en esquissant un léger sourire. Les Poufsouffle, comme les Serdaigle semblaient en grande discussion et la plupart des filles dévoraient des yeux les deux nouvelles divinités de Poudlard, James Potter et Louis Weasley. C'est ce que Serena avait entendu dans les toilettes des filles et elle en était un brin surprise.
Elle ne pouvait nier que les deux garçons possédaient un certain charme, mais Mael Thomas, Keanu Ganesh et surtout Nolan Donovan pouvaient largement postuler à ce titre idiot de « divinité de l'école ». Serena profita que personne ne la regarde pour observer les élèves de sa promotion qui étaient pratiquement tous présents à la table de Gryffondor. Elle grimaça en voyant Jessy et Mary faire les yeux doux à Louis Weasley, elle s'aperçut que le petit dernier des Weasley se tenait toujours très éloigné des élèves de son âge, elle vit ensuite Annie Londubat et David Dursley en grande discussion ainsi que Lorcan Scamander et Sébastian Rafa en plein éclat de rire. Colin Crivey, enfin semblait ennuyer à mourir Lily Potter, qui regardait d'un air triste tous ses amis autour d'elle.
Comme à chaque fois qu'elle voyait Lily triste, furieuse, gênée ou énervée, Serena se posa mille questions sur la raison du drame. Il en était de même quand Lily riait aux éclats ou souriait franchement. Mais ce soir-là, Serena trouva Lily anormalement calme et cela ne présageait rien de bon. Car si Lily passait par diverses émotions elle n'était jamais calme, qu'elle soit triste ou heureuse, elle était toujours une furie. Des gloussements la tirèrent de ses pensées. La quasi-totalité des filles de Poufsouffle avaient les yeux rivés sur Louis et James. Il se passa alors un évènement qui surprit au plus haut point Serena Velsen.
Alors que James Potter – qui avait beaucoup changé et ça lui allait plutôt bien, reconnut Serena – se tournait vers sa sœur, la surprise s'empara de lui. Et pour cause, Lily arborait un visage qu'on ne lui connaissait pas. Lily Potter n'était pas ennuyée par Colin Crivey, non. Lily Potter semblait inquiète. Terriblement inquiète. Et Colin Crivey tentait de lui remonter le moral, en vain. Il semblait si triste de ne pouvoir aider son amie que lorsque Serena le vit tourner les yeux vers elle, un immense sourire aux lèvres, elle ne comprit pas pourquoi il donna un si fort coup de coude à Lily en la montrant du doigt. Elle comprit encore moins pourquoi Lily Potter sembla si heureuse à ce moment-là et se leva en trombe pour venir la rejoindre.
Lily Potter s'arrêta devant Serena Velsen, cherchant ses mots, n'osant pas la regarder frontalement.
Serena, ne sachant trop comment réagir, se persuada qu'un « salut Potter » n'engageait à rien et qu'elle aurait tout le temps ensuite de s'enfuir en courant. Ou pas.
- Salut Serena !
La « blondinette des Gryffondor » n'en croyait pas ses yeux. Lily semblait si heureuse, si soulagée…
- J'ai eu si peur pour toi ! Je croyais… Je croyais que tu étais en Irlande et… il parait qu'il y a eu des morts, j'avais tellement… j'ai cru que…
- Tu te soucies de moi, maintenant ? C'est nouveau ça. Je suis l'objet d'un nouveau pari ?
- Ben non. Je croyais que… à la fin de l'année on a… on était…
- Abrège, coupa Serena froidement, se remémorant cette courte phrase qui l'avait tant blessée un an auparavant.
- Ben…, fit Lily en respirant un bon coup. On était devenues amies. Enfin, c'est ce que j'ai cru.
- Moi aussi je l'ai cru, mais… Tu ne m'as pas écrit de tout l'été. Ni répondu à mes lettres.
- Tes lettres ?
L'incompréhension de Lily semblait vraiment sincère, et Serena s'en voulut de la voir ainsi par sa faute. Mais il fallait qu'elle en ait le cœur net.
- Je t'ai écrit, oui, plusieurs fois même, en août. J'ai cherché un moment ton adresse postale, je n'ai pas de hiboux tu comprends et…
- Oh non ! Je… J'ai passé tout le mois d'août au Terrier, chez mes grands-parents et on est rentrés la veille de notre départ à Poudlard et mes parents n'ont pas dû… Je ne savais pas qu'on devait s'écrire !
- Ben on n'était pas obligées, c'est juste que ça me…
- Non mais ce que je veux dire c'est que je ne savais pas que les amies s'écrivent en temps normal ! James le fait mais c'est James, sa bande est toute bizarre, alors… Et Albus ne me dit jamais rien. J'aurais dû demander à Rose, tiens, elle doit écrire à Natasha et…
- Lily ! Stop !
La furie rousse avait un débit de paroles très personnel. Saccadé, véloce, sans queue ni tête. Et Serena Velsen n'arrivait toujours pas à la suivre.
- Pardon, souffla Lily en rougissant légèrement.
- Tu n'écris pas à Annie ?
- Ben non, on se voit souvent au Chaudron ou à la maison, elle est même venue au Terrier avec… ouais bref, tu t'en fous j'imagine.
- Un peu oui, répondit Serena, amusée de voir sa camarade agir ainsi.
- Alors… alors t'es revenue ?
- Oui. J'ai réfléchi et puis… J'aime bien Poudlard, tu le sais bien… Enfin, je te l'ai dit mais tu ne dois pas t'en…
- Si, si ! Tu hésitais à cause de tout ce qui s'est passé l'année dernière mais tu disais t'être attachée à Poudlard. Tu m'avais même parlé de l'Histoire de Poudlard, je l'ai lu, c'est génial !
- Tu l'as lu ?!
- Ouais, tu peux demander à Hugo, je lui ai parlé des fondateurs, tout ça…
- Ok…
- Euh… T'as peut-être envie de t'asseoir en même temps !
- Je ne sais pas, j'ai un peu froid, je vais sans doute aller au dortoir, chercher une…
- Je t'accompagne ! Enfin… je peux t'accompagner ? C'est un truc que font les amies en temps normal ? Je sais pas, moi à part les mecs et Annie mais ce n'est pas pareil… Tu veux que je demande à Rose si ça se fait ?
Serena se contenta de la fixer sans savoir quoi répondre. Lily Potter lui parlait. Sans soupirer. Sans s'énerver. Sans la fuir. Aux yeux de Serena c'était une situation bien plus surprenante que de rencontrer un chien doté de la parole.
- J'y vais si tu veux ?, insista Lily en se tournant vers la table des aigles.
- Non. Non, ça va aller, tu peux m'accompagner.
Et c'est ainsi que James et Albus Potter regardèrent leur sœur partir avec sa nouvelle amie, un magnifique sourire aux lèvres.
ooOOoo
Quiconque aurait arpenté le chemin qui menait les deux Gryffondor à leur salle commune aurait trouvé étrange de les voir ensemble. La mystérieuse Lily Potter, habituellement entourée de sa garde rapprochée, tentait de faire la discussion à celle qui avait été, aux yeux de tous, sa pire ennemie durant toute une année.
Après l'attaque par deux Serpentard dont Serena avait été la victime et dont James et Lily s'étaient accusés, la tension entre les jeunes filles avait considérablement augmenté. Serena, intimement persuadée que ni Lily ni James n'avait participé à son attaque, avait tenté pendant plusieurs mois de découvrir pourquoi ceux-ci couvraient le véritable coupable.
Elle avait enfin compris qu'il s'agissait d'Albus, lui-même agissant, avec plus ou moins de conviction – Serena était bien décidée à démêler le faux du vrai – sous les ordres d'une bande de Serpentard. Elle avait alors parlé avec Lily, cette fille qu'elle adorait sans véritable raison et dont elle devait se tenir éloignée. Et son acharnement avait payé. Du moins l'espérait-elle.
En arpentant les couloirs sombres de Poudlard, Serena n'écoutait que d'une oreille les argumentations de Lily sur chaque chapitre de L'Histoire de Poudlard mais elle avait dû quand même subir une sorte de visite guidée de la salle commune dans laquelle elle vivait pourtant depuis un an car Lily en avait découvert tous les secrets dans le livre.
- C'est pour ça que les garçons ne peuvent pas venir nous voir dans les dortoirs et que nous, si !
- Je sais L… Potter, moi aussi j'ai lu le livre.
- Tu vas continuer à m'appeler Potter ? Je dois t'appeler Velsen ? Il me semble que Rose…
- Mais cesse de prendre ta cousine pour exemple, voyons !
- Elle et Natasha…
- C'est elle et Natasha et toi tu es Lily, pas Rose ou Natasha ! Ok ?
Lily s'arrêta, surprise, et sourit. Un sourire sincère. Un sourire qu'elle réservait à une poignée de privilégiés.
Il n'était pas courant que quelqu'un ose clouer le bec de Lily Potter. La jeune fille gravit les marches qui menaient à leur dortoir, précédant une Serena rouge de confusion.
- Au fait, tu savais que Jessy nous avait piqué des affaires l'an dernier ? Elle les cache là, regarde. Ah tiens, mes vieux gants de quidditch ! Tu vas passer les sélections, toi ? Lorcan les passe, moi je ne sais pas… C'est mon frère le capitaine !
- C'est complètement dingue, s'exclama Serena devant la réserve secrète de leur camarade de dortoir. Des lettres, des robes et même… Ce n'est pas le soutien-gorge qu'avait reçu Mary à Noel ?
- Je crois bien que si ! C'est bien la seule du dortoir à en porter… Tu crois qu'elle lit nos lettres ?
- Moi ça ne risque pas.
- Pourquoi ? Tu ne reçois pas de lettre ? De tes parents… comment ils font pour t'écrire ?
- Oh je n'ai pas vraiment de parents. Enfin si, mes parents adoptifs mais ils divorcent en ce moment et je ne sais pas si… enfin bref, laisse tomber. Quand quelqu'un m'écrit je dois attendre que le courrier soit transmis à l'adresse postale de Poudlard et qu'après on me donne la lettre.
- Mais l'Auror moldu, enfin, comment tu disais déjà ? Le commissaire ? Ce n'est pas… ?
- C'est mon père adoptif, oui.
- Je ne savais pas que tu avais été adoptée.
- Tu sais ce n'est pas si grave, regarde ta « famille ajoutée » comme dit la presse, vous les aimez, non ? Et Sally Ann Perks, la sœur de Paul-Arthur, elle semble bien avec vous aussi.
- …
- Lily, tu m'inquiètes vraiment là ! J'ai passé un an à vouloir être amie avec une espèce de furie hyper bavarde, bordélique, intenable, incapable de se taire ou de se calmer…
- C'est comme ça que tu m'aimes ?
Serena écarquilla les yeux. Lily était si… spontanée, impulsive, franche et directe. C'était déstabilisant, bien sûr, mais pas désagréable. Oui, c'était comme ça qu'elle aimait Lily Potter.
- Ben… oui.
- Cool. Moi j'aime bien quand t'es franche aussi. Ce jour-là quand… quand tu m'as dit mes quatre vérités, on était là, dans le dortoir et t'avais l'air si… Et moi j'étais vraiment conne. Parce que je voulais faire qu'un truc et j'étais incapable de le faire. Même maintenant, je veux mais je n'arrête pas de me dire que… Tu sais Annie, je l'aime bien, mais parce que pour moi, les Londubat font partie de la famille. C'est des cousins comme tous les autres. James arrive à dissocier Alice mais considère Lorcan comme un petit frère, par exemple, moi j'arrive à dissocier Lorcan, mais pas Annie… David, c'est pareil, c'est mon cousin. Sébastian c'est un ami, on est différents et on s'entend bien, mais c'est un garçon. Colin c'est pareil. Toi…
- Quoi, moi ? Et puis je dois te dire que je ne comprends rien du tout ! Déjà que tu as une douzaine de cousins, si vous commencez tous à considérer les Londubat et les Scamander comme vos cousins…
- Ben c'est le cas, tu comprends nos parents sont amis avec leurs parents et nous on est amis avec eux ce qui fait que…
- Lily, stop ! Tu ne voulais pas me dire quelque chose de précis tout à l'heure ? Quelque chose que tu voulais faire mais que tu n'oses pas faire ?
- …
- Lily, imagine que tu puisses me dire tout ce que tu veux me dire et faire tout ce que tu veux faire…
- …
- Aller ! Il est où le courage des Griffon…
Sous le coup, Serena faillit perdre l'équilibre et tomber mais elle se rattrapa de justesse contre le mur, tout en se demandant ce qui lui arrivait. Les cheveux de Lily lui chatouillaient le visage et elle avait l'impression de ne pouvoir voir que ce rouge ambré teinté d'amarante, typique des beaux cheveux de Lily.
Lily l'avait prise dans ses bras, comme on serre une amie à qui l'on tient, comme on scelle une amitié. Et soudain, alors que Serena pensait que plus rien ne pouvait désormais la surprendre, Lily éclata en sanglots. Elle pleurait dans les bras de Serena qui n'avait jamais vu Lily verser une larme, ni lorsqu'on l'avait trouvée injuste d'avoir lâchement attaqué son cousin, ni quand on l'accusait d'avoir, à onze ans, enfermé une de ses camarades dans les cachots. Ni quand son frère avait failli mourir pendant une des taches du tournoi, ni quand celui-ci avait disparu pendant plusieurs heures dans la forêt interdite avec quatre de ses adversaires et était revenu amoché en la coupe du tournoi. Serena n'avait jamais vu Lily pleurer et pensait que Lily ne pleurait jamais.
Alors Serena lui caressa les cheveux et la serra contre elle, en lui murmurant des paroles sans sens, ne trouvant rien de mieux à dire que « ça va aller… je suis là… tout va bien se passer Lily… je suis là maintenant… ». Lily pleura quelques minutes avant de commencer à se calmer. Elle s'essuya le visage d'une manche en s'écartant doucement de sa nouvelle amie et Serena détourna le regard, entendant à peine le « merci » inaudible et enfoui dans un sanglot.
- Hum… ça va mieux ? Tu veux parler de… de… ce qui te fait pleurer ?
- Non… Je ne sais pas ce que j'ai eu, mais je suis désolée, ça ne m'arrive jamais d'habitude…
- Je sais. C'est peut-être pour ça, justement, faudrait que tu pleures davantage… enfin je veux dire…
- Ouais, ça doit être ça et puis… J'ai vraiment eu peur pour toi. Vraiment.
- Merci Lily. Mais je suis là maintenant et on va pouvoir apprendre à se connaitre si tu veux, passer du temps ensemble…
- Oui. Mais je suis déjà sûre d'une chose.
- Laquelle ?
- Je t'ai adoptée à mon tour. Je crois que ça fonctionne un peu comme ça, en fait, l'adoption. C'est un lien du cœur et c'est au moins aussi fort que le lien du sang, ajouta Lily en rougissant.
- Je ne t'ai jamais vue rougir. Ni pleurer. Mais je suis heureuse de cette adoption. Tellement heureuse, si tu savais…
- Je sais. Moi aussi, je le suis. Mais tu restes à Poudlard, hein ?
- Oui, je reste.
- Ok. Tant mieux. Super. Génial, même !
- Bon… faudrait peut-être retourner à la salle, tu ne crois pas ?
- Si. Si ! Tu as raison !, s'écria-t-elle. Et maintenant on va faire en sorte que toute la bande t'adopte ! Viens !
Quiconque aurait croisé les deux jeunes filles dans les couloirs de Poudlard aurait souri. Il ne pouvait en être autrement, tant le bonheur semblait émaner de cette nouvelle amitié, tant leurs sourires semblaient sincères, tant les yeux rougis de Lily trouvaient une réponse dans les yeux rieurs de Serena.
Oui, quiconque aurait souri en les voyant ainsi mais ça n'empêcherait pas leur retour dans la Grande Salle d'être un évènement qui ne passerait pas inaperçu.
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Peu à peu les tables s'étaient remplies, les retardataires avaient retrouvé leurs camarades et les professeurs s'installaient à leur tour. Il était désormais temps pour Brossard Pelphinius Briscard de prendre la parole devant son école.
- Bonsoir à tous ! Il me faut éclaircir quelques points avec vous. Je pense que vous savez désormais que trois écoles de magie ont été touchées par différents accidents. La simultanéité des accidents ne doit pas nous laisser croire qu'il s'agit de trois attaques préméditées.
La voix du directeur n'était pas aussi franche que d'ordinaire, il se contentait de réciter son discours, les yeux rivés sur un rouleau de parchemin sur lequel Keanu Ganesh aperçut le sigle du ministère de la magie. Non loin de la table des Serdaigle, James avait également compris que la situation n'avait rien de naturel.
D'ordinaire, Brossard Briscard officiait avec talent et grâce, insérant humour et esprit dans chacun de ses discours. Toujours naturel, il n'avait jamais eu besoin de se référer à un quelconque mémo. Certains élèves, parmi les plus proches amis de James, échangèrent un regard entendu. Leur directeur avait reçu des ordres et mettait tout en œuvre pour le signifier à ses élèves.
- Je me suis rendu aujourd'hui même en Irlande, en France et en Bulgarie et chaque école a été l'objet d'une attaque isolée, vous ne devez donc pas croire que quelqu'un est derrière tout ça. En Bulgarie, un atelier a pris feu de cause accidentelle et aucun élève n'a été blessé. En France, une partie du toit de l'école s'est effondrée ne causant que quelques blessés, heureusement sans gravité. Le toit s'est effondré après avoir reçu plusieurs sorts d'élèves qui se battaient en duel. En Irlande, la situation est beaucoup plus grave. Il faut…
Le directeur fut coupé par un grand éclat de rire et se tourna vers l'entrée de la salle. Les deux élèves qui se trouvaient là écarquillèrent les yeux et le fixèrent un moment avant qu'il ne reprenne la parole.
- Si mesdemoiselles Potter et Velsen veulent bien se donner la peine de regagner la table de Gryffondor, je pourrai reprendre ma lecture… Pardon, mon discours.
Alors que de plus en plus d'élèves fronçaient les sourcils, Lily et Serena se dépêchèrent de s'asseoir en bout de table, affreusement gênées.
- Bien. Je vous disais donc que l'école Irlandaise a subi une grande explosion en plein examen de rattrapage de Potions. Un ingrédient interdit a été utilisé par mégarde et a fait exploser cinq salles et deux couloirs qui donnaient sur le grand hall d'entrée de l'école qui a été complètement détruit, emportant avec lui les principales fondations de l'école. Malheureusement, il s'agissait d'un ingrédient explosif à répétition et les explosions ont duré plusieurs heures. Les élèves les plus jeunes ont pu être mis à l'abri et les élèves de première année n'étaient pas encore arrivés à l'école car il ne s'agissait que d'une prérentrée destinée à vérifier les niveaux de chaque classe. Les élèves plus âgés ont tenu à venir en aide à leurs professeurs et bon nombre d'entre eux ont été blessés. On déplore également la perte tragique de douze élèves. L'école étant totalement dévastée, des parents d'élèves vont se regrouper pour enseigner à quelques élèves. Les autres ont été invités à rejoindre Poudlard.
Le rouleau de parchemin s'envola, se consumant à mesure qu'il approchait de l'immense plafond magique de la Grande Salle.
- Je vous annonce par conséquent que de nouveaux élèves viendront suivre leurs études ici et avec vous. Compte tenu des évènements, nous leur avons laissé quelques jours pour se remettre de cette tragédie.
Stupéfaits, énervés ou pétris d'enthousiasme, les élèves ne purent se retenir. Les murmures devinrent des exclamations et le professeur Briscard avança de quelques pas, dominant l'ensemble de la salle de son aura.
- Silence ! Nous aurons besoin de temps, pour nous organiser. Le ministère insiste pour vous renvoyer chez vous quelques jours. Le Poudlard Express repartira donc vers Londres demain, à onze heures. Vos familles ont bien évidemment été prévenues et vous serez encadrés par le corps professoral… Silence ! J'attends de vous que vous vous montriez patients et compréhensifs mais surtout que vous profitiez de ces quelques jours de liberté pour repenser à tout cela. Réfléchissez et imaginez les conséquences qui auraient résulté d'une attaque de votre école. Comment auriez-vous réagi si vous aviez eu à changer d'école ? Qu'auriez-vous attendu, espéré, des élèves qui vous auraient accueilli ? Pensez à tout cela ces jours prochains. Bonne fin de soirée à tous, bon appétit et … j'attends miss Potter et miss Velsen dans mon bureau dans une heure pour la première retenue de l'année ! Bonsoir !
Lily et Serena échangèrent un regard. Lily était désolée pour Serena qui venait de recevoir la première retenue de sa vie, mais celle-ci lui sourit.
- Quoi de mieux qu'une retenue pour sceller une amitié ?
Autour d'elles les discussions avaient repris et chacun attendait avec impatience l'arrivée des élèves Irlandais. Personne ne se souciait plus de l'arrivée commune des meilleures ennemies de Gryffondor. Personne mis à part les amis de Lily. Sébastian jetait de fréquents coups d'œil à Lorcan qui avait les yeux rivés sur Lily. Celle-ci avait repris sa conversation avec une Serena qui semblait plus heureuse que jamais devant les yeux ébahis de Colin et ceux, plutôt ravis, de David. Seule Annie ne partageait ni la surprise ni la joie de ses amis.
- Lily ! Lily !, cria-t-elle.
- Oui, Annie ? Excuse-moi, j'écoutais cette histoire trop drôle sur le dentiste du village où habite Serena. Figure-toi que…
- Le dentiste ?
- Oui, tu sais ces moldus qui soignent les dents des…
- Ça va je sais ce qu'est un dentiste ! Depuis quand vous êtes amies toutes les deux ?!
- Ben… depuis une heure où depuis toujours, je ne sais pas, dit-elle en riant.
- Quoi !?
- Oh, ça va Annie, coupa David. Lily et Serena, c'était écrit depuis toujours !
Les amis échangèrent des regards surpris. David les surprendrait toujours. Mais sa réponse ne plaisait définitivement pas à Annie qui bouda durant le reste du repas.
A l'autre bout de la table, leur échange avait été suivi par quelques élèves de sixième année.
- Et c'est reparti, ma sœur boude encore et encore…, se plaignit Alice.
- Ben y a de quoi, ma sœur et Serena Velsen arrivant en plein milieu du discours de Briscard en rigolant comme si de rien était…
- En même temps elle s'attendait à quoi ? Faut bien que ta sœur se fasse des amies. Ok, elle a des copains très sympas, mais c'est bien pour elle aussi d'avoir des amies filles. Et tant pis si ma sœur boude. Elle a fait que ça tout l'été de toute manière, parce qu'elle ne pouvait pas écrire à David, parce que ta sœur ne faisait pas attention à elle, parce qu'elle restait au Chaudron alors que Franck et moi on partait au Portugal… Et tu sais ce qu'elle a fait quand papa lui a proposé de venir ? Elle a boudé parce qu'elle voulait rester au Chaudron… Non mais je te jure, elle m'exaspère !
- Pauvre Lily, compatit Lucy, une retenue dès la première semaine.
- Elle devrait prendre un abonnement ta sœur !
- Fred, ne me cherche pas, tu pourrais me trouver.
- Oh, pardon monsieur le célèbre James Potter !
- Lâche-nous par Merlin !, s'exclama Mael, exaspéré.
- Et non, monsieur le petit valet de monsieur Potter !
- Fred !
- Oui, Alice ?
- Ta gueule !
Fred et Alice continuèrent de se disputer sous le regard surpris de Lucy et sa meilleure amie Marcia Evans qui était aussi et depuis peu la petite amie de Louis. Celui-ci semblait plus énervé que jamais et le regard qu'échangèrent James et Mael en disait long sur ce qu'ils pensaient. L'époque des Nouveaux Maraudeurs était bel et bien finie. Ils ne supportaient plus Fred et même Louis semblait ne plus apprécier leur compagnie. Un Gryffondor de troisième année arriva à ce moment-là et ne sembla pas voir qu'il rompait un long moment de regards glacials.
- Je peux te parler Potter ?
- Oui… euh… Declan, c'est ça ?
- Ouais, je suis en troisième année et j'aimerais bien passer les sélections de quidditch.
- Euh… Ok.
- T'es bien le nouveau capitaine ?
- Oui.
- C'est quand alors les sélections ?
- Ah… Ben je n'ai pas encore …
- Vendredi prochain !, s'exclama Fred. Vendredi prochain à dix-neuf heures, sur le terrain !
- Ok merci Weasley, répondit le dénommé Declan en rejoignant ses amis.
- Fred, c'est moi le capitaine ! Je n'ai même pas encore demandé le terrain à Glacey !
Quelque part il comprenait l'attitude de Fred. Celui-ci était bien plus passionné de quidditch que James ou Mael, il ne pensait qu'à ça et n'avait pas d'autre passion, James comprenait qu'il aurait fait n'importe quoi pour devenir capitaine de l'équipe.
- Il arrive, reprit Fred avec enthousiasme. Attends… Professeur ! M'sieur Glacey !
- Weasley, je m'occupe des plus jeunes et je reviens, vous pouvez attendre cinq minutes…
- Non, m'sieur, c'est à propos de quidditch.
- Et ?
- On peut réserver le terrain vendredi prochain à dix-neuf heures pour les sélections ?
- Hum… Monsieur Weasley, il me semble avoir demandé à votre cousin d'être capitaine de l'équipe, et non à vous.
- Ouais mais je suis meilleur que lui et le temps qu'il se décide… et puis l'an dernier les Serpentard avaient un capitaine ET un entraineur, et je pense que…
- Vous pensez trop, Weasley, au quidditch, en tout cas. Il serait temps de vous inscrire au rattrapage de vos BUSES, au lieu de ne vous intéresser qu'au quidditch ! Potter, dois-je réserver le terrain pour vendredi prochain ?
- Si c'est possible, professeur.
- C'est noté. Tenez, Weasley, ajouta-t-il en s'adressant à Louis. Affichez ceci dans la salle commune. Lorsque vous reviendrez à Poudlard, vous devrez avoir choisi votre directeur de recherche. Toutes les informations sont sur cette fiche.
James se rapprocha de Louis et lut par-dessus son épaule. Les élèves avaient une semaine pour communiquer le nom du professeur du professeur qui encadrerait leurs devoirs de recherche.
L'enseignement, à Poudlard, était fait de plusieurs partitions. De la première à la quatrième année, les élèves suivaient un enseignement de base, renforcé dès la troisième année par deux, trois ou quatre nouvelles matières. En cinquième année, l'examen des BUSES notait les acquis de chacun. Ensuite les élèves se concentraient sur leur examen final, les ASPICS. Ils avaient le choix de continuer ou d'arrêter de suivre les différents cours basiques ainsi que les options qu'ils avaient choisies. Ils devaient également travailler sur un mémoire de recherche dont ils choisissaient le thème et le tuteur parmi leurs professeurs.
- Vous savez qui vous allez choisir ?, leur demanda Rita Coote.
- Brinks !, répondit Dona Cole. Il est tellement mignon !, ajouta-t-elle en regardant la réaction de James. Et toi ?
- Moi je vais sans doute demander à Sinistra, avoua Rita Coote. Je n'aime pas cette prof mais pour continuer l'astronomie je n'ai pas tellement le choix.
- Tu pourrais demander à travailler avec un centaure, proposa James en ignorant totalement Dona, son ancienne petite amie.
- Un centaure ? T'es sérieux, James ?
- Oui, ils ont une autre vision de l'astronomie et je crois qu'on peut demander à avoir un tuteur extérieur. Faut juste qu'un de nos professeurs accepte la codirection.
- Exact, Potter, confirma le professeur Glacey en passant près d'eux. Miss Coote, je pense que vous devriez suivre le conseil de votre camarade. Ça vous donnera une double expérience et pourra vous ouvrir davantage de portes.
- D'accord, je vais y réfléchir. Et toi James, tu vas étudier quoi ?
- L'international. Avec le professeur Ganesh, s'il accepte.
- Aucun risque qu'il refuse, affirma Yelena, avec les notes que tu as eues… Douze BUSES ! Vous vous rendez compte ? Personne n'a fait mieux, je suis sûre, toutes maisons confondues. Moi, en revanche…
- Tu veux demander à Ganesh ?
- J'aimerais bien mais je pense plutôt demander à Handmade. Mais je n'ai pas eu d'excellents résultats à son cours, alors j'espère que…
- C'est un mec bien, il se montrera compréhensif je pense.
Leur conversation, étonnamment studieuse pour un festin de rentrée, fut stoppée par un rire moqueur.
- T'es pire qu'un préfet, Jamesie, ricana Fred. Douze BUSES, et tu conseilles tout le monde…
- Tu sais ce qu'il te dit le préfet ?
Louis avait mis tant de haine dans sa phrase que Fred en resta bouche bée.
- Louis, c'est bon, calme t…
- Ferme la toi aussi James. Vous me fatiguez tous les deux.
- Mais qu'est-ce que t'as, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! ?
- Il y a que j'en ai marre de vous. Fred et son mépris, toi et ta facilité… Rose avait raison, tu méprises ceux qui travaillent et …
- Pardon ? Tu crois que je n'ai pas travaillé pour avoir mes BUSES ?
- Ben a priori t'as triché non ?!
- Tu le crois ? Toi aussi tu le crois ? Louis, allons, ne me dis pas ça ! Louis !
Mais Louis avait quitté la table et se dirigeait d'un pas rapide vers la sortie.
- Crétin, marmonna Alice. Laisse-le partir James.
- Mais…
- Je vais le voir, trancha Marcia.
- Personne ne me … Lucy, tu penses quoi toi ?
- Je sais que tu n'as pas triché, répondit celle-ci avec évidence. Louis le sait aussi. Mais…James je sais que tu as beaucoup travaillé avec Mael, mais Louis… Il a énormément bossé aussi, depuis toujours, regarde les résultats qu'a eus Victoire ! Fleur leur demande d'être au top. Et l'an dernier il a passé beaucoup de temps avec Marcia, j'en sais quelque chose… Et il passait plus de temps à nous aider pour nos cours qu'à réviser les siens.
- Mais je n'y suis pour rien ! Pourquoi m'en veut-il autant ?
- Tu sais à qui il me fait penser ?, songea Mael. A toi. Toujours à vouloir prouver quelque chose. On lui en demande trop à lui aussi. Il fait moins de bêtises que toi mais on lui demande d'avoir de meilleurs résultats, il faut qu'il soit un bon préfet mais il est toujours le premier à nous aider à enfreindre les règles quand il le faut.
- Mael a raison, ajouta Lucy. Il est constamment entre deux forces qu'il ne peut pas maitriser. Il n'est ni sage ni exubérant, il est un excellent élève mais pas le meilleur, il participe aux bêtises mais n'est jamais reconnu comme tel.
- Faudrait que j'aille lui parler.
- Non, laisse faire Marcia.
- Tu crois qu'elle aura de meilleurs arguments que moi, c'est ça ?
- Je ne pense pas, non, mais c'est ce que Louis aimerait qu'on pense.
James l'observa avec curiosité. S'ils n'étaient pas spécialement proches étant enfants, James, Lucy et Louis s'étaient beaucoup rapprochés à Poudlard, notamment l'année précédente qui avait vu l'entrée officielle de Lucy et de son amie Marcia dans la bande de James. Depuis celui-ci ne faisait plus de différence, Lucy et Marcia avaient peut-être un an de moins que les autres, elles n'en étaient pas moins des camarades plus qu'agréables. Depuis que Marcia et Louis sortaient ensemble, Lucy avait noué une amitié très forte avec Alice, Mael et James et celui-ci voyait en elle des qualités nouvelles, la tolérance, la détermination et un grand sens de l'observation.
- Je ne pense pas qu'il soit amoureux, tout simplement.
- Et elle ?
- Oh oui, je crois bien…
- Mais pourquoi il reste avec elle alors ? Ce n'est pas le genre de Louis de se servir d'une fille… pour… rien.
- Y a peut-être une raison en fait.
- Ouais j'en suis sûre moi aussi, renchérit Alice.
- Mais ça ne nous regarde pas, rappela Lucy.
- Exactement.
James les regarda, surpris.
- Les filles et les garçons n'ont pas la même compréhension de la vie, mon pote, t'en fais pas, le réconforta Mael.
- Tu sembles bien au courant toi, un bouquin à me conseiller ?
- James, je t'ai déjà dit d'extérioriser la part de féminité qui est en toi. Tu verras que tu te sentiras beaucoup mieux, conseilla Alice.
- Le livre d'or de la sorcière emballée…murmura Mael. Je te le passe quand tu veux.
C'est sur cette dernière phrase que les Gryffondor partirent regagner leur dortoir. James s'arrêta souhaiter bon courage à Lily et ne se rappelait plus de l'avoir déjà vue aussi épanouie, comme si Serena Velsen venait compléter sa vie et la rendre plus belle, plus douce, plus agréable.
Lily sourit à son frère avant de se tourner vers Serena.
- On y va ?
- Oui, je crois que c'est le moment…
- De sceller notre amitié. Salut les gars !
Lily et Serena rirent jusqu'au bureau directorial.
- On fait comment pour rentrer ?
- Aucune idée. Faut sûrement un mot de passe.
Elles attendirent une heure devant le bureau avant que le professeur Glacey leur apprenne que leur retenue était annulée. Il sembla très étonné de les voir rire sans davantage se soucier de lui mais ne les punit pas. Les deux Gryffondor avaient vécu une première année très difficile et il ne pouvait pas leur en vouloir d'être enfin insouciantes.
- On fait quoi maintenant Lily ? T'as envie de retourner au dortoir ?
- Bof… Mais on n'a pas vraiment le choix…
- Tu sais quoi, j'ai entendu Franck Londubat parler d'une salle spéciale, je crois savoir où elle est, ça te dit d'aller voir ?
- La salle sur demande ?, devina Lily.
- Tu connais ?
- Ouais, on y va !
Ce fut la première fois qu'elles mirent à l'épreuve leur complémentarité et ce fut un véritable succès. Serena avait trouvé l'endroit où se trouvait la Salle et Lily se souvenait de ce qu'en avait dit son père. Elles avaient passé plusieurs minutes à tenter plusieurs choses puis une porte s'était dessinée et elles s'étaient précipitées en criant leur joie.
Les filles passèrent une excellente soirée dans la salle, lui demandant nombre de choses plus loufoques les unes que les autres, écoutant de la musique moldue que connaissait Serena, dansant et riant comme jamais. Elles dormirent sur place, de peur de se faire prendre à une heure tardive dans les couloirs de l'école. Elles avaient évité une retenue mais elles n'auraient sans doute pas la même chance deux fois.
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- Je vais quand même aller voir, il a peut-être besoin de…
- Laisse le tranquille, Alice.
- Pour la dernière fois, Thomas, je fais ce que je veux ! James est MON meilleur ami, c'est…
Agacée par leur mésentente habituelle, Lucy Weasley se dressa entre Alice et Mael, ferme et décidée.
- J'en ai marre de vous deux. Vraiment marre. James va avoir dix-sept ans, il est quasiment majeur, il a failli mourir plein de fois, il est toujours en un seul morceau et c'est un grand garçon, il fait ce qu'il veut…
- Tu remarqueras que je n'ai jamais dit le contraire, grogna Mael.
- Il est plus de minuit !, s'énerva Alice.
- T'es pas sa mère, contra Lucy. Quant à toi, Mael, tu restes ici à l'attendre comme si tu le surveillais, tu…
- Toi aussi tu l'attends !
- Je laisse le dortoir à Marcia et Louis, nuance ! Tu…
- Fred est là-haut, coupa Mael. J'ai moyennement envie de me retrouver seul avec lui.
La voix peinée du garçon assombrit les trois élèves qui demeuraient seuls dans la salle commune de Gryffondor. Voilà plus d'une heure que James avait quitté les lieux, une heure que Mael l'attendait, une heure que Lucy se posait mille questions. Une heure durant laquelle Alice parlait de James comme d'un chiot qu'ils auraient abandonné face à un dragon.
Et Alice ne put s'empêcher de reprendre ses ronchonnements.
- Pour la dernière fois Alice, soupira Lucy, tout ira bien pour James. Il a combattu des créatures autrement plus flippantes que Scorpius Malefoy.
Lucy avait haussé la voix et raffermi sa prise sur sa baguette, pour faire passer toute envie à Alice de répondre. Celle-ci n'avait pas peur de Lucy. Ni de personne. Mais James était son pilier, et tous savaient qu'il n'aurait pas pardonné à sa meilleure amie d'avoir fait du mal à l'une de ses « presque-sœurs ».
Lorsque Scorpius Malefoy s'était présenté face à James, sollicitant une entrevue, Alice avait vu rouge. Un rouge qui ne s'était que vivifié en voyant le manque de réaction de Mael et Lucy.
Un Serpentard. Un Malefoy. Un fils de Mangemort. Le fils de l'ennemi de leurs pères.
Lucy avait beau répéter que Scorpius n'était pas son père, Mael pouvait bien prétendre que James appréciait suffisamment Scorpius pour accepter de s'entretenir seul à seul avec lui en pleine nuit, Alice n'en finissait plus d'enrager.
Et son meilleur ami demeurait aux hippogriffes absents.
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La forêt interdire les entourait. Menaçante. Bien que l'été touche à peine à sa fin, le soleil n'effleurait jamais cette partie-là du bois. Il y faisait toujours sombre, toujours froid. Et Scorpius ne pouvait s'empêcher de sursauter au moindre bruit.
Les jambes légèrement fléchies, les muscles tendus, le regard vif, James se tenait face à lui, rompu aux promenades aventureuses, à l'affut du moindre danger. Scorpius, connaissant son statut d'Animagus en devenir, se détendait peu à peu, apprenant à accorder sa confiance à celui qui la méritait indubitablement.
Les naseaux du daim. Les oreilles du chien. James n'avait cessé de pratiquer durant l'été. Parce qu'il avait envie de progresser. De faire naître la fierté de ses professeurs, à défaut de celle de ses parents. D'attiser l'intérêt de Natasha, aussi, bien sûr. Mais surtout parce qu'il rêvait de maîtriser son don à la perfection afin d'en appréhender le champ des possibles.
Il avait longuement parlé de sa condition avec Athéna. Ou plutôt s'était-il contenté de l'écouter parler. Sa réserve n'était pas liée à la nature d'Athéna. Il avait senti, instinctivement, qu'il pouvait lui faire confiance. Il n'avait pas été davantage méfiant lorsqu'il l'avait entendue parler de lui, de sa vie, de son enfance, de ses parents, du poids de l'héritage. Elle était au courant de tout, de sa condition d'Animagus en devenir aux sentiments profonds qu'il vouait à Natasha, en passant par les noms et prénoms de tous ses amis qu'elle citait sans même prendre le temps de la réflexion.
Elle semblait même avoir deviné qu'il lui refuserait l'essentiel. Elle possédait les réponses qu'il avait tant attendues, elle était prête à les lui offrir, et voilà qu'il s'était entendu lui répondre que non, il préférait ne pas l'écouter seul.
Parce que ses amis désiraient ces réponses, tout aussi fort que lui. Parce qu'il n'avait rien de plus que Solenne, Louis ou Susie. Parce qu'il ne voulait de ce rôle qui se dessinait pourtant.
Athéna avait acquiescé, comme à regret et, à la fin de sa diatribe, ne lui avait donné qu'un seul conseil. Un ordre à peine déguisé qui provenait de son maître, celui-là même qui avait fait passer le même message à Graziella. Message qu'elle s'était empressée de répandre auprès de son nouvel ami Scorpius.
- …pas vraiment peur de Graziella mais un peu. C'est surtout que la situation était…
- Etrange ?, proposa James avec un sourire.
Et le cœur de Scorpius rata un battement. James n'avait pas eu peur, il pouvait le lire dans ses yeux rieurs. James parlait de sa rencontre avec la sœur de Graziella comme s'il était naturel de rencontrer, et de converser avec une chienne dotée de la parole. James gesticulait, James souriait, James s'enthousiasmait. Et Scorpius ne l'en aimait que davantage.
Ils firent ce qu'Athéna et Graziella attendaient d'eux. Ils parlèrent sans crainte, sans honte, sans réserve. Ils se confièrent et s'amadouèrent, voyant naître sans même s'en étonner une bien curieuse amitié.
Scorpius, ne sachant pas que James avait refusé à Athéna de lui dévoiler les réponses qu'il attendait, menait la discussion vers l'Irlande. Et James, féru d'Histoire et débordant d'enthousiasme, faisait mine de ne rien voir des liens qui se tissaient entre leurs vifs esprits.
- La Reine Medb est sans doute la plus célèbre des Druidesses, affirmait James.
- Et une lointaine descendante de la famille de Tuan Mac Cairill, glissa Scorpius.
- Elle a enseigné au peuple magique Irlandais, longtemps. Elle disait qu'elle ne pouvait enseigner à ceux qui pensaient déjà tout savoir, c'est pourquoi elle n'enseigna qu'à l'une des fondatrices de Poudlard, celle qui était, selon elle, la plus prompte à l'écouter et à comprendre ses paroles.
Comme suivant une évidence qui ne méritait pas, à leurs yeux, davantage de réflexion, James et Scorpius s'accordèrent sur Rowena Serdaigle, éminente sorcière réputée pour sa sagesse et son discernement. La vérité, à l'importance pourtant vitale, ne serait révélée que bien des années plus tard.
- Il existe une tradition Irlandaise, alors que les Anglais sont beaucoup moins portés sur la mythologie, les croyances…
- C'est pour ça qu'il y a une telle scission ?
- Disons que c'en est la principale cause. Mais la scission n'est pas irrémédiable. Les rois se succèdent mais les Irlandais dépendent « politiquement » du ministère de la magie Britannique. Le Roi d'Irlande « règne mais ne gouverne pas ». Traditionnellement, les sorciers Irlandais pensent que leur pays est le pays « le plus magique » du Royaume-Uni et se veulent indépendants à l'Angleterre.
- C'est en Irlande que le coefficient sorcier/population est le plus fort, ajouta Scorpius, assez fier de lui.
- Tout à fait, confirma James. Longtemps, avant la création de l'école d'Irlande, seulement la moitié des enfants allait à Poudlard. L'autre moitié bénéficiait de l'enseignement des « héritiers de Medb ». Des précepteurs, en quelque sorte, ajouta James devant l'air surpris de Scorpius. Au début des années deux mille, le Roi d'Irlande a proposé de mettre à disposition de ces précepteurs une grande partie de son château, afin que les élèves se retrouvent et apprennent à vivre ensemble dans un cadre plus adapté à leur scolarité.
- Et plus « Anglais », comprit Scorpius.
- Tu ne crois pas si bien dire. Il a confié l'école à une directrice, ancienne élève du professeur Mac-Gonagall et celle-ci a accepté de les « aider » à mettre l'école sur de bons rails. C'est à ce moment-là qu'elle a quitté la direction de Poudlard.
- Le ministre a accepté ?
- Il était réfractaire, au départ. Mais on est une génération dorée, Scorpius et, comme en tout lendemain de guerre, les enfants sont de plus en plus nombreux. Ouvrir l'école Irlandaise permettait de ne pas doubler, à long terme, le nombre d'élèves à Poudlard. Le ministre a donc accepté la création de l'école et, bien sûr, les Irlandais souhaitant envoyer leurs enfants à Poudlard pouvaient continuer de le faire.
- Et la surveillance « à domicile », alors ?
- Je ne comprends pas.
- Graziella m'a parlé de ça, je viens seulement de faire le rapprochement… Si je comprends bien, le ministre a également accepté que les cours « à domicile » soient surveillés. Tu crois qu'il a peur d'un renversement ?
- Ca m'étonnerait, songea James. Les Irlandais sont un peuple à part, leur Roi est apprécié par tous les Irlandais, du Nord et du Sud, contrairement au système politique moldu.
- Athéna ne t'a rien dit à ce sujet ?
James l'observa un long moment, sans savoir que répondre. Scorpius, tout comme Athéna et Graziella, possédait les réponses qui le rendaient fou. Mais une petite voix au fond de lui insistait, répétant inlassablement qu'il n'avait pas le droit de tout découvrir sans ses amis.
- Athéna ne m'a rien dit, Scorpius. Elle me l'a proposé. Mais j'ai refusé.
- Pourquoi ?
- Parce que je… nous ne sommes pas les seuls à vouloir connaître la vérité. Je trouve injuste de l'apprendre sans… Mael, par exemple.
- Par Merlin, soupira Scorpius, décontenancé. I bien que toi pour douter de… toi-même.
- C'est-à-dire ?
- Tu es réellement la Clef du Rassemblement, James. Ça me paraît évident. C'est une évidence pour tout le monde. Sauf pour toi. Aller, viens, on devrait rentrer. J'aurais trop peur de te dévoiler ce que tu ne veux pas entendre sans tes cent vingt amis proches… Et il commence à faire frais. Et puis… Même si on repart demain, les profs sont fichus de nous coller. Mais…
- Oui ?
- J'sais pas… Je me disais que peut-être… Enfin, si t'es d'accord… Je ne pense pas qu'on puisse se débarrasser de nos deux sacs-a-puces, tu vois, et même si c'était le cas, j'aimerais pas trop ça. Je ne connais pas Athéna mais Graziella est… cool, avoua Scorpius en détournant les yeux. Elles vont vouloir nous parler à nouveau. Peut-être qu'Athéna vous parlera quand tu seras avec tes… amis. Et puis peut-être, si t'as envie, je ne sais pas trop pourquoi t'aurais envie mais moi j'aimerais bien… vite fait, quoi… qu'on se reparle. Tous les deux. Comme ce soir.
- Au beau milieu de la forêt interdite ?
- Ou ailleurs.
- C'est promis.
Il y avait tant de sérénité, d'engagement, de promesses dans la voix de James que Scorpius en fut rassuré dans l'instant. Bien sûr qu'il n'était pas Natasha Kandinsky, bien sûr qu'ils ne voulaient pas la même chose. Mais il savait, désormais, qu'il pouvait compter sur James, que celui-ci acceptait d'entrer dans sa vie, de s'y installer, d'y prendre place. Sans aucune réserve.
Scorpius ne doutait pas qu'un jour prochain, tous deux trouveraient un terrain d'entente, sans rien à attendre que l'autre ne pourrait lui offrir. Mais, en attendant, Scorpius était bien décidé à profiter de la différence de leurs sentiments pour taquiner le beau brun qui s'occupait d'assurer leur retour.
- T'as pas peur pour tes jolies petites fesses ?
- Petites ?, releva James en rougissant légèrement.
- Musclées, fermes, attirantes ou si tu préfères…
- Non, ça va aller, coupa James, visiblement gêné.
- Elle finira par y succomber, tu sais. Ta petite Serdaigle. Faut juste qu'elle prenne conscience de l'impossibilité de cette guerre qu'elle mène contre elle-même.
- C'est-à-dire ?
- Elle essaie de se persuader qu'elle peut être heureuse sans toi puisque, selon elle, votre relation est vouée à l'échec. Ca fait quelques années qu'elle s'entête, tout était très clair dans son esprit, très établi, sans espoir aucun. Mais ses fondations commencent à s'ébranler. Elle évolue, grandit, murit… Et t'es de plus en plus attirant. Arrête de t'obstiner, James. C'est elle qui viendra à toi, tu peux me croire.
- Ah… Euh… d'accord.
- Mais si tu veux en profiter un peu en l'attendant, j'suis là, hein, pas besoin d'aller chercher plus loin !
Ils gagnèrent le château, l'un en taquinant l'autre, inconscients de la présence d'Albus qui, les observant de loin, n'était que pure rage. Jaloux, colérique, écœuré, le disciple des frères Zigaro n'avait plus qu'un seul souhait : réaliser chaque tâche que lui imposeraient Tom et Elvis Zigaro afin de gravir les échelons au plus vite et de pouvoir, à son tour, imposer une certaine condition.
Eux seuls pouvaient définitivement séparer James de Scorpius. Et pour parvenir à ses fins, Albus n'envisageait qu'une seule issue. La mort.
ooOOoo
- Puis-je savoir ce que vous faites au beau milieu de ce couloir en pleine nuit, monsieur Potter ?
James s'immobilisa. Il n'était plus qu'à quelques mètres de la salle commune de Gryffondor. Quelques mètres qui faisaient toute la différence.
- Bonsoir, professeur Glacey. Je suis désolé, je... Je m'entraînais.
- Vous vous entraîniez ?
- A développer mon instinct animal et mes cinq sens. Entre autres.
Le directeur de la maison Gryffondor scruta son élève, conscient que celui-ci ne lui disait pas toute la vérité. Le visage baissé, James se maudissait de n'avoir été plus prudent. Il espérait surtout que Scorpius ait regagné les cachots sans problème. « Pas comme moi », songea-t-il, définitivement déçu de lui-même.
Néanmoins, et contrairement à ce qu'il avait imaginé, le professeur Glacey lui annonça qu'il ne le punirait pas.
- J'ai entendu votre sœur parler d'une présomption de tricherie. Selon elle, certains membres de votre famille vous soupçonnent d'avoir falsifié vos examens de fin d'année.
James préféra ne pas préciser que l'intégralité de sa famille le pensait capable de tricherie. Parce que, quelque part au fond de son cœur, la simple idée que Lily, Rose et Lucy restent convaincues de son innocence suffisait à le réconforter. Un peu.
- Sachez, monsieur Potter, que je trouve ces accusations grotesques. Tromper la vigilance des examinateurs est impossible. Vos parents, oncles et tantes devraient se souvenir que Poudlard a bien des moyens de se prémunir des tricheurs. Je les trouve ridicules de prétendre aujourd'hui le contraire. Et de remettre en doute votre parole. Et puis... J'ai confiance en vous. Je suis sûr et certain que de votre honnêteté. J'insiste, James, vous avez toute ma confiance.
- Merci professeur, murmura James, profondément ému.
- Si vous souhaitez vous confier, vous délester de cette amertume qui vous habite ou... évoquer votre frère, par exemple, sachez que je suis là.
- Merci, professeur mais tout va bien, je n'ai besoin de rien. Bon courage pour les prochains jours. Et merci encore. On se revoit la semaine prochaine, professeur.
Robert Glacey observa l'un de ses meilleurs élèves rebrousser chemin, pressant le pas, les épaules baissées sous le poids de la déception et des rancœurs.
- Je n'en serai pas si sûr si j'étais vous, soupira Robert.
Le professeur de Métamorphoses gagna son bureau où une lettre l'y attendait. Une lettre signée Harry Potter. Une lettre dans laquelle le héros national l'incitait à profiter des prochains jours pour refaire passer à James ses examens de Buses. Entre quelques formules de politesse, il évoquait les exigences du ministre, l'influence de la presse et l'opinion publique qui s'emparerait vite de l'affaire, oubliant temporairement les attaques. Il laissait entendre que Poudlard ne pouvait laisser croire qu'un élève, le fils du Survivant de surcroit, avait usurpé le symbole même de la communauté magique britannique, sans punition. Il prétendait que la seule solution pour Poudlard, pour la communauté magique, était de punir James. « L'obliger à repasser ses Buses… réparer une injustice… rétablir l'équilibre… les « fils de » se croient supérieurs… l'égalité entre tous les élèves… »
Et parmi ces mots qui s'étalaient sous ses yeux, Robert Glacey ne vit que ce qui était écrit entre les lignes.
A aucun moment, Harry Potter n'avait évoqué les répercussions qu'aurait forcément cet événement sans précédent sur son propre fils.
Au travers d'une indifférence sans détours, Harry Potter prouvait bien là une absence de sentiment à l'égard de son fils aîné. Et Robert Glacey ne put qu'espérer qu'un jour, quelqu'un, quelque part, prenne soin de ce garçon, et lui redonne à son tour un soupçon d'espoir.
Voilà une fin qui ne laisse rien présager de bon pour ce pauvre petit James... Comme d'habitude me direz-vous !
A très vite pour le prochain chapitre !
Mlle P-d-C
