Salut !

Non, vous ne rêvez pas, ce chapitre est très, très court ! Il n'apporte pas de réponses à tous les mystères que je vous sers depuis près d'un an mais il va vous plonger directement dans l'esprit d'un personnage que vous connaissez déjà plutôt bien et qui va prendre de plus en plus d'importance dans cette histoire…

Tous mes remerciements à Mayoune, FILK, Cat240 et Foloreille et bonne lecture à tou(te)s !


18. 'tie Rosie – Partie 1 : Encore un matin

Le soleil se levait sur le magnifique château de Poudlard et un de ses rayons vint sortir du sommeil une élève qui aurait volontiers dormi quelques heures de plus. Elle était couchée sur le ventre et pelotonnée sous sa couverture dont ne sortaient que ses épais cheveux roux.

Après la décision ministérielle de renvoyer les élèves chez eux, la jeune paresseuse songeait amèrement aux jours prochains. Elle n'avait ni l'envie ni la force de retrouver l'habituelle animosité de ses parents et de n'avoir pour seule compagnie qu'un petit frère taciturne. Que n'aurait-elle pas donné pour rester à Poudlard et pouvoir fantasmer en toute quiétude, telle l'adolescente rêveuse qu'elle était, au sujet des hommes de sa vie… Mais non, elle allait devoir se lever aux aurores et aider son grand-père à chasser les gnomes du jardin en friche sans même avoir la liberté de refuser d'ingurgiter toujours plus de tarte à la mêlasse parce que « tu es la filleule de Harry et il adore ça et tu es en pleine croissance, tu as besoin de manger et non de faire attention à ta ligne ! »

Le réveil d'une de ses camarades de dortoir sonna. Elle entendit sa propriétaire l'éteindre et se précipiter vers la salle de bains.

Après avoir émis un ultime grognement, la jeune rousse émergea de son lit et jeta un vague regard sur l'ensemble de la chambre. Après seulement quelques jours de présence les filles avaient mis plus de désordre qu'elle ne l'aurait cru. Ses camarades se réveillaient doucement à présent. L'une d'elle posa une fine cape indienne sur ses épaules dorées et gagna à son tour la salle de bains.

Un lit détonnait, au carré, vierge de toute présence, mais les filles présentes de s'en formalisèrent pas, sa propriétaire n'était point revenue à Poudlard et, déjà d'ordinaire, leur camarade s'absentait fréquemment de son dortoir. Pour aller où ? La jeune paresseuse n'en savait rien et, si elle avait dû se montrer parfaitement honnête, elle aurait avoué s'en moquer royalement.

La dernière des occupantes du dortoir remua sous sa couverture. Ses draps défaits, son oreiller tenant en équilibre contre sa table de chevet, son baldaquin déjà froissé témoignaient de l'énergie débordante de la jeune fille dont le tempérament ne connaissait jamais le calme, même la nuit.

Elle était toujours la moins pressée le matin. Elle cultivait une beauté qui lui était naturelle et n'avait pas besoin de passer des heures dans la salle de bains, en témoignait son visage parfait qui laissait échapper un bâillement. L'apparence lui importait peu, le paraître n'avait que peu de valeur à ses yeux. Elle ne se maquillait qu'à de rares occasions. Un léger trait pour souligner ses yeux avant de se rendre à un bal, une couleur plus soutenue sur les lèvres, avant une fête secrète. Un baume épais avant ses entraînements de quidditch, une goutte d'acérola chaque jour avant de rejoindre la Grande Salle.

Voyant que sa meilleure amie l'observait, elle lui sourit en la saluant, comme tous les matins.

– Salut ma belle, bien dormi ?

– Oui. Merci Nat'.

Rose s'observa brièvement dans son miroir avant de se tourner vers sa meilleure amie. Natasha et Rose étaient amies depuis leur premier soir à Poudlard et rien ne pouvait faire plus plaisir à Rose que cette si belle amitié.

Natasha et elle avaient tant de choses en commun… Une passion partagée pour la connaissance et la recherche avait consolidé leur amitié et les avait en même temps éloignées de la plupart de leurs camarades. La maison Serdaigle était réputée pour accueillir les plus intelligents, les plus sérieux, les plus studieux. Rose et Natasha étaient de ceux-là. Océane Donovan, qui était absente ce jour-là était un pur génie. Chandika Goldstein l'était un peu moins. Mais ce n'était rien face à la stupidité ambulante qu'était Fiona Barber.

Rose haïssait Fiona Barber. Sans raison apparente. Cela s'était fait dès le premier jour, alors que Fiona dévorait des yeux les cousins de Rose, le célèbre James, le sublime Louis, le malicieux Fred. Fiona plaisait beaucoup aux garçons et arrivait même à charmer certains professeurs. En revanche elle ne savait certainement pas où se trouvait la bibliothèque puisqu'elle inventait chaque soir une nouvelle excuse pour emprunter les devoirs de ses « amies » en revenant d'une chasse au prince charmant, qui lui aussi variait quotidiennement. Oui, c'était définitif, Rose détestait Fiona Barber.

Elle détestait aussi Océane Donovan ainsi que ses parfaits frères et sœurs. Arrivés à Poudlard voilà un an, les élèves s'extasiaient toujours sur leur intelligence, leur beauté, leur supériorité en tout et pour tout.

Chandika Goldstein lui plaisait davantage même si elle avait vite compris qu'une amitié à nombre impair était impossible. Il lui avait alors fallu ruser pour écarter Chandika de leur duo d'amies. Natasha avait paru surprise du revirement de situation et de l'éloignement de Chandika. Mais Rose s'en moquait. Elle avait une amie et ne voulait pas courir le risque de la perdre.

Enfant, elle s'était imaginé régnant au cœur d'une belle et grande bande d'amis, comme ses cousins, justement, que l'on voyait rarement entourés de moins de quatre ou cinq amis. Mais son cousin Albus avait été envoyé à Serpentard alors que Franck Londubat et Roxanne Weasley rejoignaient Gryffondor, laissant Rose toute seule dans cette maison dépeuplée de gens qu'elle connaissait.

Elle avait pourtant rêvé d'être répartie à Serdaigle et elle avait cru qu'Albus, toujours très discret et beaucoup plus sérieux que son frère, y serait également réparti. En vain.

Merlin soit loué, il y avait eu cette rencontre, ce regard, qui lui avait redonné espoir.

Elle qui n'avait jamais vraiment eu d'amis, à part les enfants des amis de ses parents qui étaient bien obligés de faire avec elle.

Elle qui était la timidité personnifiée.

Elle qui était ravie de se retrouver à Serdaigle mais découvrait que tout le monde s'y connaissait déjà et qu'il n'y avait bizarrement pas vraiment de place pour elle.

Le soir de sa répartition, ses nouveaux camarades n'avaient vu en elle que la « fille de » qui allait leur rapporter des points. Et des ennuis. A l'inverse des Poufsouffle qui étaient fiers et heureux de compter dans leurs rangs une héritière Weasley en la personne de Dominique, les Serdaigle auraient volontiers préféré que la logique soit respectée. Mais Rose, qui n'avait jamais envisagé comme « logique » d'être répartie à Gryffondor, avait omis les regards inquisiteurs. Elle aurait voulu profiter de sa soirée pour questionner quelques élèves plus âgés mais sa curiosité resta bloquée dans sa gorge en voyant qu'ils semblaient contrariés de devoir lui répondre au lieu de retrouver leurs amis.

En suivant les préfets qui les conduisaient à leur salle commune, elle avait été effarée de la stupidité dont faisait preuve cette Fiona Barber qui racontait sa vie au séduisant préfet. Alors elle avait échangé un regard avec Natasha. Cette fille avec qui elle avait échangé trois mots et qui était typiquement le type de fille qu'elle rêvait d'avoir pour amie mais qui ne faisait jamais attention à elle. Et Natasha lui avait souri.

L'amitié naissait peut-être souvent comme ça, par pur hasard.

Rose n'en savait rien, elle ne pouvait pas comparer, elle n'avait qu'une seule amie.

Au fil des ans Rose et Natasha avaient vu leur amitié renforcée par les qualités de cette dernière qui faisait preuve de patiente et de sollicitude envers Rose. Celle-ci s'était petit à petit ouverte aux autres et avait accepté de laisser entrer d'autres personnes, d'autres amis dans leur cercle. En contrepartie, Natasha lui avait prouvé qu'elles garderaient à jamais une relation particulière toutes les deux.

– T'es bien pensive ce matin. T'es sûre que ça va ?

– Oui, ne te fais pas de souci.

Natasha était très attentive avec sa meilleure amie. Elle savait que Rose en avait besoin.

Rose qui doute, Rose qui regrette, Rose qui s'énerve…

Rose qui méprise les autres filles et qui fait peur aux garçons.

Rose qui ne lève les yeux de son livre que pour critiquer.

Le Quidditch, les bêtises de James, le mystère de Lily, les éclats de rire et les impertinences.

Bien sûr qu'elle aimerait jouer au quidditch, ce sport fabuleux si prisé par la famille de son père. Mais elle est beaucoup trop timide pour essayer, passant volontiers, comme sa mère avant elle, pour la fille qui n'y comprend rien. Elle va voir les matchs, bien évidemment, pour voir son équipe jouer et surtout pour encourager Natasha qui excelle au poste de batteur.

Bien sûr que Rose adore les bêtises que font Fred et James, les fêtes qu'ils organisent et les regards émerveillés que leur portent leurs nombreux amis. Mais Rose ne fait pas de bêtises, elle doit se concentrer sur ses cours par peur d'accumuler un retard irrécupérable. Alors elle ne participe ni aux bêtises de ses cousins, ni à celles de Natasha qui, elle, arrive très bien à combiner les deux.

Bien sûr que Rose est surprise par la mystérieuse Lily, sa cousine qui est autant magnifique qu'énigmatique. Lily possède plusieurs dons et cette nonchalance que Rose adorerait avoir.

Bien sûr que Rose adore les éclats de rire et les impertinences de sa meilleure amie. Mais à l'inverse de Natasha, elle n'est ni drôle ni spontanée. Elle a besoin de réfléchir, comme dirait James, ce cousin qui l'a si longtemps exaspéré et qu'elle redécouvre de jours en jours, protecteur, sensible, intelligent, doué, bien loin du petit garçon prétentieux et fourbe dont elle oublie peu à peu le souvenir.

Albus et Lily ont de la chance d'avoir un grand frère qui les aime plus que tout. Hugo, lui, se cherche encore et Rose aurait bien besoin de quelqu'un qui la protège et non pas d'un petit garçon renfermé à protéger. Elle aime son frère bien sûr mais… elle envie quelques fois la fratrie Potter et leur « famille ajoutée ».

Rose désire avoir ce qu'elle n'aura jamais.

Elle voudrait posséder les belles boucles noires de Chandika ou la peau douce de Fiona. Elle voudrait les sublimes yeux verts foncés de Natasha, ou ses cheveux cuivrés dont les mèches rebelles tombent toujours là où il faut. Elle voudrait avoir sa répartie, sa joie de vivre, sa pertinence.

Elle envie même sa cousine Lily qui, de deux ans sa cadette, a déjà déployé plus de caractère, une personnalité plus riche et une beauté sauvage qui la rendent mille fois supérieures à Rose. Les cheveux de Lily sont roux aussi, mais d'une couleur ambrée, teintée de reflets amarante, loin du roux-caramel de Rose qu'elle trouve fade et insipide.

Rose se compare souvent à ses cousines.

Victoire, la plus âgée, est la plus belle de toutes avec ses gènes de vélane, sa blondeur angélique et ses yeux bleus magnifiques.

Dominique, sa sœur, est beaucoup moins belle que son aînée mais elle a sans doute le plus beau regard de la famille.

Molly est la copie parfaite de sa mère, la douce et délicieuse Audrey.

Lucy est une parfaite Weasley sublimée par le quidditch.

Roxanne a hérité de la peau mate de sa mère et des yeux clairs de son père, son visage rieur est constamment entouré de boucles noires aux reflets rouges.

Enfin Lily se distingue par son charme captivant et farouche de fauve indompté et Rose ne doute pas que sa jeune cousine deviendra une des « divinités » de Poudlard.

Rose déteste cette dénomination. Elle fait mine de ne pas comprendre qu'on puisse s'intéresser à quelque chose de si peu subtil qu'est le concours des divinités de Poudlard. Celui-ci a été créé quelques années après la Bataille de Poudlard, à l'époque de la révolution vestimentaire et de l'apparition des vêtements moldus dans la mode sorcière. Depuis, les élèves beaux, talentueux et célèbres sont les divinités de Poudlard. Teddy et Victoire ont été nommés divinités et maintenant James, Louis et bientôt Fred, Lucy, Roxanne et Lily seront nommés à leur tour. Natasha aussi, sans aucun doute. Mais pas Rose, ça c'est certain, se dit-elle.

Elle ne se plaît pas. Et cela ne concerne pas seulement son physique. Aux yeux des autres elle est l'élève ambitieuse et arrogante qui s'intéresse davantage aux livres qu'aux gens qui l'entourent. Et si elle était à la place de Natasha, elle s'insupporterait. Comment supporter une amie comme Rose ?

Râleuse et colérique, elle fait peur à ceux qui osent encore s'adresser à elles.

Soumise et conciliante, elle n'a pas le courage d'affronter ses peurs et ses parents et préfère enfouir ses passions et ses rêves en vue d'une vie grisonnante et sans joie.

Matérialiste et pragmatique, elle passe des heures à étudier pour accomplir ce qu'elle croit être un destin : donner raison à sa famille qui ne voit en elle que le cerveau du cousinage.

Rêveuse, romantique et utopiste, elle perd toute logique et toute perspicacité lorsqu'il s'agit de garçons. Surtout s'ils sont beaux et charismatiques.

Pourtant Natasha demeure à ses côtés. Mais Rose ne peut s'empêcher de redouter l'instant de trop, qui finira bien par arriver si Rose ne corrige ses imperfections. Natasha ne se montrera pas toujours patiente et compréhensive et, lorsqu'elle l'abandonnera, en toute logique, personne ne viendra sortir Rose de sa solitude.

Cet été sa mère, toujours pressée, toujours très occupée, a quand même compris que quelque chose n'allait pas. Alors elles ont parlé et sa mère a tenté de la réconforter. Mais rien n'y fait, en regardant sa meilleure amie se lever chaque matin, elle ne peut que se comparer à elle.

Elle n'envie pas les jolies filles comme Chandika ou les soi-disant bombes sexys comme Fiona.

Natasha n'est pas belle, elle est pleine de charme. Sa peau est dorée, contrairement à celle de Rose qui est blanche et pleine d'imperfections. Rose n'a même pas les sublimes petites taches de rousseur, typiques des Weasley, qui vont si bien à Lily et James ou à la peau mate de Roxane.

Roxane… Les deux cousines du même âge auraient pu être amies. Mais au lieu de ça… C'est Natasha qui lui apprend que Franck Londubat – un ami d'enfance de Rose qui ne lui adresse désormais pratiquement plus la parole – a le béguin pour Roxane. Natasha a appris ce « scoop » de Chandika. Mais lorsque Rose arrive, celle-ci s'enfuit à toute vitesse.

Natasha est sympathique et joviale avec tout le monde, surtout avec les Gryffondor et les Poufsouffle de leur année, et même avec certains Serpentard. Mais quand Rose arrive, elle a l'impression de casser l'ambiance et peu à peu elles se retrouvent seules.

I bien que la bande de James qui l'accepte telle qu'elle est. Pour faire plaisir à James, pour faire plaisir à Natasha. Parce que tous deux sont appréciés. Parce que tous deux sont les seules personnes à réellement apprécier Rose.

James est leur leader. Un leader charismatique et attirant. Natasha est leur camarade, leur partenaire, leur alliée. Leur amie. Natasha a « une droite d'enfer », Natasha « est la seule à pouvoir rendre James heureux ». Natasha les fait rire, Natasha leur fait la bise, Natasha est allée au bal avec eux. Bien que de deux ans leur cadette, Natasha ne dépareille pas parmi eux.

Le corps de Natasha est fin et musclé et ses formes féminines sont posées là où il faut, pas comme Rose qui doit faire attention à ce qu'elle mange si elle ne veut pas tout prendre là où il ne faut pas. « Merci papa », pense-t-elle en touchant son ventre qu'elle ne trouve jamais assez plat.

Et puis comme chaque matin elle oublie le baldaquin de son lit et se cogne la tête. Natasha se montre gentiment amusée comme toujours, elle sourit et ne critique pas la fâcheuse habitude de son amie à se cogner tous les matins la tempe.

Rose est grande. Elle fait deux têtes de plus que la plupart des élèves de son âge et même des garçons, ce qui est très énervant, surtout quand elle aimerait devenir plus qu'une camarade de classe.

Comment séduire le parfait Dan Evans ou le mystérieux Scorpius Malefoy quand on mesure dix centimètres de plus qu'eux ?

Natasha, elle, plaît aux garçons. Pas à tous, pas à la manière de Fiona Barber, mais elle est quand même sortie avec un garçon et plaît beaucoup au cousin de Rose, James, une des célébrités de l'école. Depuis quelques mois, elle se lâche de plus en plus et autour d'elle les regards se font plus tendres. Oui, c'est certain se répète Rose, Natasha risque bien de devenir une des divinités de l'école.

Évidemment pour Rose, c'est normal, Natasha est plus grande que la moyenne, mais toujours moins que Rose, et son corps est harmonieux. Elle ne ressemble pas à sa jument de meilleure amie.

Voilà à quoi pense Rose Weasley ce matin.

Voilà à quoi elle pense chaque matin.


Voilà, j'espère que vous avez aimé ce petit interlude dans les pensées de Rosie et je vous dis à samedi pour le prochain chapitre !

Mlle P-d-C