Joyeux anniversaire ! (et bonjour, accessoirement)

Il y a un an j'ai commencé cette histoire, et publié un prologue un peu bizarre... James avait onze ans, les frères Zigaro n'existaient pas encore et tout allait bien. Et puis tout est parti en vrille. Un rythme de publication en dents de scie, des chapitres de plus en plus longs, du sang, des larmes, des Buses, de l'amuuur... Et un clifhanger sadique qui laissait entendre que James était mort... Mais non, il n'a pas assez souffert pour mourir, ce petit chiot ! Et c'est avec lui, fil conducteur de cette fic, que je voulais souffler cette première bougie. Et avec vous. Surtout avec vous.

Alors merci à ceux et celles qui lisent, qui mettent cette fic dans leurs favoris, qui la suivent et, plus que tout, à celles et ceux qui m'aident à vivre cette aventure, de par leurs avis, leurs remarques et leurs critiques.

Joyeux anniversaire à vous et bonne lecture !


En prélude à ce chapitre, un mémo spécial « corps enseignant de Poudlard » :

Robert Glacey : Directeur de la maison Gryffondor et professeur de Métamorphose, Robert Glacey est enseignant à Poudlard depuis une dizaine d'années et a donc remplacé Minerva Mac Gonagall.

Abhi Ganesh : Directeur de la maison Serdaigle et professeur d'Histoire de la Magie à Poudlard depuis une dizaine d'années, il a révolutionné les cours d'Histoire qui étaient jusqu'à son arrivée enseignés par un fantôme. Père de Keanu (ami de James à Serdaigle).

Mireille Wine : Directrice de la maison Poufsouffle et professeur de Potions, Mireille Wine est une femme d'un certain âge, douce et attentive avec tous les élèves. Grande amie de Minerva Mac Gonagall, elle a accepté de prendre la relève du professeur Horace Slughorn lorsque celui-ci a pris sa retraite, peu de temps après la guerre.

Margaret Slopa : Directrice de la maison Serpentard et professeur d'Enchantements (Sortilèges), le professeur Slopa est sévère et très exigeante. Arrivée à Pourdlard un an après le professeur Wine, elle a mis au point un système pour effrayer ses élèves, le Tableau d'Honneur (surnommé par les élèves « tableau de la honte ») où elle inscrit les noms des moins bons élèves de la semaine. Si le professeur Wine fait l'unanimité auprès des élèves, de par sa gentillesse et sa bonhomie, le professeur Slopa est LE professeur que tout le monde craint.

Franck Gash : Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Ancien Auror, le professeur Gash fait partie des « trois G » avec les professeurs Glacey et Ganesh, ils ont le même âge, sont arrivés au même moment à Poudlard et partagent les mêmes valeurs. Et un côté mystérieux, non sans raison. Les « trois G » ne sont définitivement pas à Poudlard pour rien...

Neville Londubat : Professeur de Botanique, célèbre ami du Survivant Harry Potter. Il remplace à ce poste Pomona Chourave qui a pris une retraite bien méritée. Père d'Alice, Franck et Annie.

Nathalia Morrow : Professeur d'Astronomie.

Tim Brinks : Professeur d'Arithmancie et de vol sur balais, c'est le professeur le plus jeune et le plus apprécié par les élèves. Il instaure une relation de confiance mutuelle en classe et demande à ses élèves qu'ils l'appellent par son prénom et qu'ils le tutoient.

Gertrud Strudell : Professeur d'Etude des Runes. D'origine Autrichienne, cette très vieille dame est à la fois très exigeante et très patiente avec ses élèves.

John Handmade : Professeurs d'Etudes Moldues. Le professeur Handmade est généralement très apprécié par ses élèves qu'il fait rire. Il est en effet un véritable gaffeur maladroit mais est un véritable spécialiste des Moldus. Historiquement, il existait une cinquième option nommée « Etude des Moldus », il s'agissait alors d'étudier les us et coutumes des Moldus. Au jour d'aujourd'hui le cours d'Etudes Moldues résume en quelque sorte les cours que suivent les adolescents Moldus (littérature, mathématiques, sciences, etc.) et le professeur Handmade aborde toujours les us et coutumes des Moldus puisque certains apprentis sorciers n'ont jamais vécu avec des Moldus.

+ Sybille Trelawney et Firenze (Divination), Rubeus Hagrid (Créatures magiques) + Miss Tulipe et le professeur Shiitake (infirmière et guérisseur de Poudlard)


19. La vérité sur JSP – Partie 3

Les pépins du Grenat

« Je t'interdis d'être amie avec cette fille. »

A peine quelques mots, crachés à la va-vite entre deux portes, à l'abri des regards de leurs parents et de leur frère aîné. Quelques mots et rien de plus. Les seuls mots que prononcerait Albus à Lily durant des jours.

Il ne voulait pas qu'elle se rapproche de celle qui avait été sa victime, il ne voulait pas qu'elle devienne amie avec Serena Velsen, cette fille que lui seul avait fait souffrir, laissant sans remords son frère et sa sœur prendre sa place sur le banc des accusés. Voilà comment la remerciait Albus de s'être accusée à sa place. Voilà le frère qu'il était vraiment.

Elle n'en avait pas parlé à James. Elle savait qu'il aurait pris la défense d'Albus, sans pour autant la détourner de Serena. Lui était ravi de cette nouvelle amitié, lui s'enthousiasmait pour deux, pour trois, pour dix. Elle ne voulait pas voir James inventer à Albus des circonstances atténuantes. Elle ne voulait pas le rendre plus malheureux qu'il ne l'était déjà. Il avait d'autres croups à fouetter.

- Voyons, Lily, arrête de bouder.

- Je peux aller chez Luna ?

- Nous en avons déjà parlé Lily, et la réponse est toujours non.

Elle étouffait. Désormais, l'ambiance lugubre du manoir, qui avait été le cadre parfait pour ses jeux d'enfants, l'asphyxiait. Dans cette maison où les couleurs se faisaient rares, Lily se retrouvait vite entourée d'ombres, d'humidité et de bruits à l'origine plus que douteuse.

Lily suffoquait. Lily rêvait de grands espaces, de pluie et de soleil, d'un vent fou et incontrôlable. Lily voulait retrouver les prairies à perte de vue, les forêts de bois tendre, la couleur inimitable des lacs salés. Lily voulait surtout retrouver Lorcan, leurs courses folles, les défis qu'ils se lançaient et qu'ils peinaient toujours à relever, le sourire rassurant de Lysandre, les gâteaux trop secs de Rolf, les histoires merveilleuses de Luna.

- C'est dégueulasse.

Sa mère, occupée à contrôler la perfection de son reflet dans l'immense miroir à pied de sa chambre, lui lança un très bref regard noir. Elle ne prit pas le temps de marmonner le pamphlet habituel selon lequel la fille du Survivant se devait de parler avec courtoisie, de se montrer douce et conciliante. Irréprochable, ajoutait Ginny en séparant chaque syllabe. Lisse et sans âme, pensait Lily.

- Le ministre et le directeur de Poudlard ne vous ont pas offert ces quelques jours pour que vous partiez à l'aventure à dos de sombrals. Tu n'avais qu'à rejoindre Hugo au Terrier...

- Rose est bien chez les Kandinsky, elle.

- Elle ne pouvait pas rester seule chez elle. Hermione nous accompagne, soupira Ginny.

Lily haussa un sourcil, visiblement surprise.

- Il faut qu'un membre du ministère soit présent et Hermione s'est proposée, expliqua sa mère.

- C'est bien pour James. Hermione sera sans doute plus attentionnée que…

- Ton frère n'avait pas qu'à tricher ! On ne va pas le plaindre alors que…

Vive et déterminée, Lily jeta son verre contre le mur de la chambre, interrompant la satire de sa mère qui se figea devant le cristal précieux éclaté en mille morceaux.

- James n'a pas triché, annonça Lily d'une voix étonnement calme. Je le sais et tu le sais aussi. Vous vous servez de lui parce que papa veut détourner l'attention de la presse des attaques, parce que tout le monde s'attend à ce qu'il trouve un coupable et qu'il a autant de chance de le trouver que moi de réussir mes Aspics dans un mois.

- Ne parle pas de ton père comme…

- Tu devrais avoir honte, maman. Ne pas l'aimer est une chose. On ne choisit pas ceux qu'on aime et, même si c'est dommage pour lui, tu ne peux pas te forcer à aimer James. Mais laisser papa se servir de lui c'est… De la méchanceté. Pure et simple. Et il le sait. Les profs étaient contre cette mascarade de Buses à repasser mais James a accepté. Pour vous. Pour papa.

- Lily…

- Je ne te le pardonnerai pas, tu sais. Le jour où James partira, le jour où il vous fuira et qu'on se retrouvera sans nouvelles de lui… Je ne te le pardonnerai pas. Il n'est peut-être pas ton fils mais il reste mon frère. Pour toujours.

Le frère de Lily, le « presque-frère » de Rose, de Lucy. De Fred. Le cousin de Molly, de Louis, de Roxanne. Dans cette famille fourmillante de membres de tous âges, James ne possédait pas beaucoup d'alliés. Mais ceux-ci possédaient une force de caractère et une loyauté sincères.

Ginny n'avait pas répondu, Lily n'avait rien ajouté. L'inévitable se préparait, sans que ni l'une ni l'autre n'en puisse appréhender les conséquences.

ooOOoo

Un lac artificiel, un parc, des jeux d'enfants, un parcours de santé, des coureurs et des sportifs, des enfants par dizaines. Du bruit et de la poussière. Rose Weasley était entourée de bruit et de poussière.

- Tu veux boire quelque chose, ma Rosie ?

- Non merci, madame Kandinsky, j'ai tout ce qu'il me faut.

- Tu es sûre ? Tu es bien pâle. Et bien silencieuse.

Rose éternua. Toute cette poussière la rendait légèrement malade, elle dont la peau blanche et fragile ne supportait la moindre agression.

Katarina Kandinsky, qui arborait comme en toute circonstance un sourire heureux et comblé, s'installa près de Rose, sans même veiller à viser le plaid étendu sur le sol sableux. Rose s'étonnait toujours de la simplicité de ses hôtes, elle qui veillait à ce qu'aucun grain de sable ne la touche.

- Pourquoi n'irais-tu pas les rejoindre ? Tu sais qu'ils se calmeraient si tu les rejoignais. Ce serait préférable, d'ailleurs.

La voix de Katarina restait amusée, bien loin de l'ai réprobateur qu'aurait arboré Hermione Weasley si ses enfants avaient agi comme les enfants Kandinsky.

Aux abords du lac qui s'étendait devant elles, Anastasia, Natasha et Isidore se livraient une bataille dont eux seuls semblaient en comprendre les règles. Roulant les uns contre les autres, couverts de sable humide, il était quasiment impossible de deviner à qui appartenait ce bout de jambe qui ne trouvait pas d'appui ou ce coude qui se battait seul contre le vent. Sautant à cloche-pied autour d'eux, Irina souriait au soleil.

Rose n'avait jamais agi de la sorte. Pas même avec Hugo. Jamais ils ne s'étaient roulés dans la boue, jamais ils ne s'étaient battus ou même chamaillés en riant.

Jamais ils n'avaient ri ensemble. De façon mesurée, peut-être, quelques années auparavant. Mais jamais à gorge déployée, jamais avec cette insouciance qui ne quittait jamais la fratrie Kandinsky.

- Tout va très bien, madame.

Elle ne trompa personne. Ni Katarina, qui l'affubla d'un sourire un peu triste, ni Natasha qui releva la tête, l'animal en elle ressentant la solitude et le mal être de sa meilleure amie. Ni une, ni deux, Natasha sauta sur ses pieds et accourut vers Rose, sans même un soupçon d'explication à l'adresse de son frère et ses deux sœurs.

- N'époussette pas tout le sable sur Rose, ma chérie, la prévint sa mère.

- Ce n'est rien, madame Kandinsky, intervint Rose. Juste du sable.

- Tu devrais aller laver ta frimousse, conseilla tout de même Katarina à sa fille en lui ébouriffant tendrement les cheveux.

Des conseils, un avis, un sentiment. Jamais d'ordre ni de menace. L'éducation des Kandinsky incarnait un équilibre stable et rassurant, bien loin des règles strictes sans discussion d'Hermione et du laxisme amical et irresponsable de Ron.

Natasha, consciente de davantage ressembler à un ogre qu'à une adolescente, chercha la réponse dans les yeux azur de Rose, prête à se plier à ses quatre volontés. Rose se contenta d'acquiescer en remuant doucement les lèvres.

Son sourire était revenu. Le deuxième, seulement, depuis cinq jours. Le premier était né à la lecture de la lettre magnifique que lui avait écrite James, une lettre dans laquelle il ne se plaignait jamais, lui assurait tout son amour et ne lui souhaitait que de bonnes choses.

Comment parvenait-il à se montrer si bon avec elle alors qu'il était l'objet de manipulations ministérielles intolérables ?

- Tu dois beaucoup tenir à lui pour garder cette lettre près de toi jour et nuit, remarqua Katarina Kandinsky avec douceur.

- Je… Vous savez de qui…

- James Potter. Ton cousin a une façon très personnelle de dessiner la première lettre de ton prénom. Je n'oublie jamais une écriture. Antan ça faisait partie de mon travail.

Même nostalgique Katarina demeurait gaie et souriante. Rose ne l'avait jamais entendue se plaindre. Pas plus que les autres membres de la famille.

- Ce fameux James Potter, reprit Katarina. Un jeune homme peu commun. Je ne suis pas très étonnée que Natasha soit éprise de lui.

Sonnée, Rose garda le silence.

- C'est un bon garçon. J'ai le sentiment que tu peux lui faire confiance, Rose.

- Je le sais ! Il ne faut pas écouter ce que disent les gens, ce que raconte la presse, ce sont des…

- Je ne lis pas la presse sorcière, Rose. Et je n'écoute que ce que me disent mes enfants. Isidore parle toujours de lui avec respect. Il m'a fait grande impression. Et j'ai toute confiance en Natasha. Elle a une force de jugement très pertinente, ma Rosie. Je me réjouis autant de ce qu'elle éprouve pour James que de ce qu'elle éprouve pour toi. Ils t'aiment, tous les deux. Et tu les aimes, tous les deux. Et ils s'aiment. Tous les deux.

Le silence. Pour Natasha. Pour James. Pour ces deux personnes qui la soutenaient et rendaient sa vie plus douce.

- Tu ne devrais pas être si inquiète, ma Rosie. Ils seront là pour toi. Quoi que tu fasses…

- Mais… Les autres…

- Les autres ne devraient pas t'inquiéter. Tu n'es pas seule, Rose, et James et Natasha t'apprécient pour ce que tu es, ce que tu dégages, ce qui te constitue. Montre aux autres ce que tu montres à ceux qui t'aiment déjà.

- Et si… si ça ne marche pas ?

- Pourquoi crois-tu que nous t'avons invitée ? Il y a bien longtemps que tu es plus que la meilleure amie de notre fille à nos yeux. Parce que tu te montres, avec nous, comme tu l'es avec elle. Sincère et sans détour.

- Merci Katarina, souffla Rose, émue. Et je… Pour James… Vous… Natasha…

- Ne t'inquiète donc pas pour ça. Natasha n'a pas encore pris conscience de ce qui me semble évident. C'est tout à fait normal, elle est jeune et… Elle pense avoir le temps. Dans un sens, je la comprends. Elle a toute la vie devant elle. Mais dans le cas précis qui la lie à James… La vie de ce garçon est bien difficile. C'est un cas à part.

- C'est justement ce qu'il déplore, soupira Rose. Il ne demande qu'à être regardé comme un garçon normal…

- On ne lui a malheureusement pas demandé son avis. On a choisi pour lui. La vie donne parfois l'impression d'être injuste. Mais ce n'est pas le cas, Rose. Ce sont les gens qui sont injustes.

- Vous… Vous croyez que James et Natasha…

- Oui. Je lis dans les yeux de ce jeune homme la même adoration que celle que j'ai toujours éprouvée pour Ivan. Et je revois Ivan dans tous les regards de Natasha. Cet air buté et parfois aveugle, cette auto-persuasion.

- C'est mal parti, quand même.

- En Russie, on dit « Mal parti bien terminé », sourit Katarina. Tu crois que tu pourras t'y faire ?

- Je ne vous cache pas que ça me ferait… que ça me fera bizarre de les voir ensemble. Surtout au début. Mais après… Je veux bien me bagarrer contre Ana et Irina pour être la marraine de leurs enfants, ajouta Rose avec un sourire.

- Même dans la boue ?, demanda Katarina avec un rire. Sache que mes filles seront prêtes à tout…

- Même dans la boue, affirma Rose avec détermination.

- Qui va se battre dans la boue ?, s'étonna Natasha en accourant près d'elles.

Rose l'observa. Intensément. Avec un recul nouveau.

Natasha avait attaché ses cheveux mouillés sans se soucier de la forme qu'ils prendraient, son t-shirt un peu trop court laissait voir des muscles fermes mais légèrement nuancés par les litres de crème glacée qu'elle avait ingurgités tout l'été – « trois entraînements de quidditch et ce sera vite oublié », en avait-elle plaisanté quelques jours auparavant.

Rose la redécouvrait sans se laisser surprendre. Des qualités et des défauts par dizaines, une explosion d'émotions, une palette de possibles.

Ce n'était ni plus ni moins que la même fille qui l'avait prise sous son aile, l'avait accompagnée chaque jour depuis des années, l'avait soutenue… et la soutiendrait toujours.

La même fille en un peu plus grande, un peu plus mature, un peu plus forte.

Une force de caractère capable de tout endurer. Un côté farouche et sauvage. Animal. Un tempérament de feu, une droite du tonnerre. Une douceur et une sensibilité appréciables malgré leur rareté.

- Rose, affirma Katarina en se redressant.

- Rose ?, s'étonna Natasha. Pourquoi Rose devrait-elle se battre ? Et avec qui ?

Sa voix s'était faite menaçante et protectrice, comme se tenant prête à protéger sa meilleure amie du monde entier. Elle était tout aussi impressionnante et effrayante sans qu'avec sa batte.

- Contre tes sœurs, répondit sa mère, laconique.

- Hein ?

- Toutes trois voudront être la marraine de ton premier enfant.

- Euh… On a encore le temps, vous croyez pas ?!

- J'espère bien, ma chérie. Et il ne faut pas oublier la petite Lily. Et James a beaucoup d'amies, n'est-ce pas ? Quand on est venues te voir jouer il y avait tout un tas de filles qui riaient avec lui.

- Quel… Quel est le rapport avec…

La voix de Natasha s'éteignit. D'ordinaire, elle parvenait sans mal à dissimuler ses émotions et à forcer un désintérêt agressif ou boudeur. Mais plus depuis la rentrée. C'était comme si son amour avait pris tant d'importance en elle qu'elle ne parvenait plus à faire semblant. Et la tristesse prenait place. Ses joues se creusaient, son regard se faisait douloureux. Ses efforts l'épuisaient. Et James n'était pas là pour la prendre dans ses bras. Par sa faute.

Elle avait refusé.

La surprise l'avait rendue muette quelques minutes, le temps qu'elle réalise que Nalani Jordan et Keanu Ganesh se tenaient face à elles, au beau milieu du salon des Kandinsky.

Katarina arrivait déjà avec une théière, Ivan accourait avec les tasses, Irina taillait une tarte maison en parts égales. Et Natasha restait figée.

Ils partaient trois jours. Tous, ensemble, avait dit Nalani Jordan. Keanu Ganesh avait enchaîné, expliquant à la jeune Kandinsky, et à Rose qui se tenait près d'elle, que James faisait l'objet de manipulations intolérables.

- Mael et Susie suivent l'affaire de très près, chacun de leur côté. Mael, par ce que lui dit James et Susie grâce aux infos qu'elle entend de la bouche de son père. Le bureau des Aurors est sous pression à cause de ce qu'ils appellent « le virus de la magie » et…

- Ce même virus qui a frappé J… Potter après la première tâche du Tournoi ?, avait coupé Natasha, les sourcils plus froncés que jamais.

La respiration de Rose s'était coupée, comme lors de chaque allusion à l'un des épisodes les plus traumatisants de sa vie. Depuis qu'elle apprenait à intégrer James à sa vie, après avoir passé toute son enfance à le mépriser, elle prenait douloureusement conscience du danger qu'avait couru ce nouveau pilier de sa vie, devenu immuable. James avait failli mourir. Et, visiblement, ses amis n'avaient jamais cessé d'enquêter à ce sujet, prouvant là une amitié solide et sincère. Visiblement aussi, et Rose en fut très étonnée, Natasha avait suivi cette enquête de près.

- Le virus ne semble pas « frapper » les sorciers d'une seule manière. Ou alors, ajouta Keanu en nuançant ses propres propos, ce sont les sorciers frappés qui ne réagissent pas tous de la même manière. C'est, du moins, l'avis de Solenne.

Toujours étonnée, Rose vit Natasha acquiescer, comme si elle connaissait d'emblée l'avis de Solenne Oranche.

Nalani Jordan, à l'inverse, ne semblait pas vouloir s'appesantir sur le sujet, qu'elle balaya d'un geste sec.

- Revenons à l'essentiel, Ken, on n'a pas beaucoup de temps.

- C'est vrai, acquiesça Keanu. On doit encore rendre visite à quelques-uns de nos amis, expliqua-t-il à l'adresse de Rose et Natasha. Et nous ne voudrions pas abuser de votre gentillesse, ajouta-t-il en souriant aux Kandinsky.

- Les coéquipiers de nos enfants seront toujours les bienvenus, voyons !, s'exclama Ivan d'une voix suffisamment forte pour faire trembler les vitres.

Keanu, après avoir sursauté, n'osa pas faire remarquer que lui-même ne jouait pas dans l'équipe de quidditch de Serdaigle et jeta un œil rassuré à sa montre. A ses côtés, trépignant d'impatience, Nalani tendit deux feuillets épais à ses cadettes.

- C'est le plan. A ne dévoiler à personne. On a déjà eu du mal à prendre la décision, vous concernant, on ne va pas…

- La décision ?, l'interrompit Natasha avec un sérieux que Rose ne lui connaissait pas. Quelle décision ?

- De vous inclure au… projet. Mael pense que James en serait ravi, Keith le soutient dans son idée. Forcément. Alice…

- On part trois jours en Écosse aider James à préparer ses Buses, coupa Keanu.

- Ses Buses ? Vous les avez passées en juin, vos Buses, vous…

Natasha s'interrompit. Il ne lui fallut pas plus longtemps pour comprendre et, à défaut de pouvoir détruire le mobilier de ses parents, elle hurla de toutes ses forces. Sous le coup de la surprise et de la peur, Rose en serait tombée si Isidore ne l'avait pas retenue.

Vêtu de sa plus belle cape – un cadeau de ses parents pour l'obtention de ses Aspics -, Isidore venait de rentrer de ce qu'il appelait son « job étudiant ». Bien décidé à financer lui-même le prolongement de ses études, dans le domaine de la joaillerie Gobeline, Isidore avait trouvé une place de vendeur de prêt-à-porter sorcier, poste qui le ravissait et lui permettait, à terme, d'acquérir une expérience commerciale qui serait un plus indéniable lorsqu'il aurait récolté les fonds nécessaires pour ouvrir sa propre boutique.

L'esprit tourmenté, Isidore désigna la première page de la Gazette, où James et Harry faisaient une nouvelle fois la une. Avant que Natasha s'en empare, Rose eut le temps d'en lire le titre. Et son cœur s'emballa.

- Ce crétin, cria Natasha en déchirant en mille morceaux la photographie du Survivant.

- Harry Potter est acculé par les hauts membres du ministère pour trouver l'origine et, s'il y a lieu, le coupable, de ces attaques. La Gazette insinue que les Aurors n'ont pas la moindre piste, que Harry Potter est dépassé, affaibli par le temps, limite sénile. D'autres journaux, un peu plus fiables, accusent le ministère de refuser de travailler main dans la main avec les autres pays touchés par ce… « virus ». D'autres, enfin, sous-entendent que les moldus seraient à l'origine de ces maux et que Harry Potter n'est pas prêt à l'accepter et à le reconnaître et qu'il va précipiter le monde sorcier à sa perte… Des conneries du… pardon, des bêtises, quoi.

- Du coup, continua Nalani, prenant le relais pendant que Keanu buvait une gorgée de thé, les Aurors cherchent à détourner l'opinion publique de cette affaire. Et ils ont trouvé que torturer James serait un excellent moyen de parvenir à leur fin.

- Ils l'accusent d'avoir triché à ses Buses, reprit Keanu. Ils…

- C'est possible, ça ?, s'étonna le père de la famille Kandinsky.

- James n'aurait jamais fait ça !, scanda Nalani avec verve.

- Mon père n'accuse pas J… Potter, la calma Natasha. C'est juste que… Les Buses sont hyper contrôlées, non ? I pas seulement les professeurs mais des examinateurs de grand prestige, des jurys, des… Je suis sûre que le château-même saurait se défendre contre les tricheurs…

- C'est impossible de tricher, confirma Rose.

- Les professeurs vont prendre la défense de James, assura Ivan en semblant l'espérer de tout son cœur.

- Ca ne suffira malheureusement pas, contra Keanu avec regret. Les Aurors ont bien fait les choses, ils ont inventé toute une histoire pour que l'opinion publique ne remette pas en question l'impossibilité de tricher à Poudlard mais pour qu'elle croit quand même que James…

- Ils veulent vraiment qu'on le prenne pour un nouveau mage noir, par Merlin !?, s'emporta Natasha.

Nalani Jordan nia, les yeux légèrement humides, et Rose se sentit plus mal encore. Les amis de James affirmaient que ni la presse ni le ministère ne voulaient véhiculer l'image d'un James Potter féru de magie noire, parce que l'associer à Voldemort, en plus de noircir l'image du Survivant, était déjà trop valorisante pour celui qui devait passer aux yeux de tous pour un incapable. Un benêt ignare, médiocre, intolérant et turbulent. Une image lisse et dégradante sur laquelle ils pourraient baser des dizaines d'articles diffamatoires.

- Voldemort était un bon élève, Nat, comprit Isidore.

- James aussi !, le défendit Natasha.

- Pour toi, pour moi, pour ceux qui le connaissent vraiment. Les autres verront de lui ce que la presse voudra bien écrire… Qu'il est instable et prêt à tout pour se pavaner sous les feux des projecteurs parce qu'il n'a aucun talent et qu'il comble son vide abyssal par des bêtises…

- Tout à fait, confirma Keanu.

- Et le pire, dans tout ça, c'est qu'il est d'accord !, cracha Nalani. Il a donné son accord, par Merlin !

- Mais, ses parents…

- C'est justement pour aller dans leur sens que James a accepté, maman !

- Ce n'est pas possible, soupira Katarina, sous le choc. Ses parents ne peuvent quand même pas être aussi…

- Si, madame, répondit Keanu avec émotion. Le père d'une de nos amies est le second de Harry Potter et le lui a confirmé.

Habituées au stress des compétitions sportives, Natasha et Nalani bouillaient. Keanu était plus peiné qu'autre chose. Les Kandinsky se regardaient, démunis, comme semblant vouloir adopter ce garçon qui n'était déjà plus un enfant.

Et au beau milieu de tout ce monde, Rose sentait que le pire restait à venir.

- On part trois jours, donc. Pour le soutenir, pour l'aider à obtenir un Optimal à chaque matière, histoire de dégoûter ses parents et de donner du fil à retordre à la presse à scandale. Mael s'occupera des Etudes Moldues, Oscar et Alice de la défense, Louis et moi des sortilèges… Bref, vous avez compris l'essentiel. Trois jours dans une clairière, au beau milieu d'une forêt Ecossaise. La sœur d'Oscar et le frère de Nalani seront avec nous. Ils ont le droit d'utiliser la magie, eux, et puis…

- En quoi ça nous concerne ?, coupa Natasha brusquement.

- On vous propose de venir avec…

- Pourquoi ?, insista Natasha. On ne passera nos Buses que l'an prochain, on a deux ans de moins que vous, on…

- Pour James, naturellement, répondit Nalani avec évidence.

- On ne lui… On ne vous servira à rien.

- Je suis certain qu'il préfèrerait que tu sois là, expliqua Keanu avec douceur. Et Rose, aussi, bien ...

- Non.

Le refus de Natasha ne surprit personne. Son regard fuyant, en revanche…

- Tu devrais y réfléchir, ma chérie, intervint sa mère.

- Je suis d'accord, affirma Ivan. Ce garçon a bien besoin de soutien.

- Tu n'as qu'à y aller alors, rétorqua Natasha. Moi j'ai pris ma décision. Rosie ?

Un moyen de détourner l'attention d'elle, de son refus. Une échappatoire. Un rôle que, d'ordinaire, Rose aurait tenu avec fierté et compassion. Mais il s'agissait de James. Et Rose n'était pas sûre de vouloir tenir ce rôle.

- Je ne sais pas. J'imagine qu'on n'a pas beaucoup de temps pour réfléchir ?

- Non, cracha Nalani, visiblement blessée qu'elles n'aient pas accepté spontanément.

- Trois heures, murmura Keanu, compréhensif. On part ce soir. Si vous acceptez, Nalani reviendra avec son frère qui vous fera transplaner jusqu'à…

- C'est inutile, affirma Natasha. On apporterait plus de gêne que de soutien. Franchement, Nalani, insista la jeune fille d'une voix douce, il n'a pas besoin de… Il est assez perturbé pour…

James aussi avait refusé. Mael s'était introduit chez les Potter grâce à la complicité d'un de leurs elfes et avait profité de l'absence des Potter pour tenter de convaincre son meilleur ami qui, lui, tentait de l'en dissuader. Aux yeux de James, la proposition de ses amis lui paraissait trop ardue, difficile à mettre en place, périlleuse… Inutile. Il ne comprenait toujours pas pourquoi ses amis se donnaient toujours tant de mal pour l'aider.

Mael avait trouvé les mots justes. Mael s'était montré rassurant. Mael avait parlé d'évidence là où James demeurait ébahi. Mael avait promis qu'il en serait toujours ainsi.

Oui, James avait refusé. Mais ses amis ne lui avaient pas laissé le choix.

- … et puis je croyais qu'il y avait du poison dans l'antidote entre vous ? Vous vous êtes disputés, vous…

- Notre amitié dépasse les petites disputes Nat, coupa Nalani avec fermeté. Comme votre amour, d'ailleurs.

Comme Rose s'y attendait, Natasha pâlit et se tendit, jetant un bref regard vers ses parents qui étaient toute ouïe.

- Alors ?, insista Keanu.

- C'est toujours non, soupira Natasha. Il vaut mieux qu'on ne vienne pas. Ce ne…

- Je viens, coupa Rose.

Cette décision, clamée sans nulle forme de réserve, surprit tout le monde. La famille Kandinsky, les amis de James, Natasha… Surtout Natasha. Et Rose elle-même.

Mais elle ne reviendrait pas sur sa décision. James lui avait prouvé qu'il serait toujours là pour elle.

Il était temps qu'elle lui prouve la réciprocité de leurs sentiments.

Il était temps qu'enfin, James ne connaisse pas seulement l'illusion de l'amour à sens unique.

« Il doit pleuvoir en Ecosse. »

Rose chassa ses souvenirs avant de se tourner vers sa meilleure amie. Assise contre elle, Natasha observait le ciel orageux avec une crainte à peine dissimulée.

- Je suis certaine qu'ils sont à l'abri. Louis m'a dit qu'il aurait la Grande Salle pour lui tout seul. Il en sait quelque chose, il a suivi James à Poudlard. Mael aussi. James a essayé de les convaincre que… Mais Mael était sûr de lui. Du coup, Alice Londubat l'a fusillé du regard et a vite crié qu'elle serait là aussi. Pour James. Les autres aussi voulaient venir le soutenir mais James les a convaincus de rentrer chez eux. Mais moi…

- Tu n'as pas à te justifier, Rosie, je t'ai déjà dit que tu pouvais venir quand tu veux. Mes parents n'ont pas arrêté de te le…

- C'est juste que… Mon père n'arrête pas de répéter qu'il faut que j'ai de meilleurs résultats que Scor… Malefoy, mes grands-parents me gavent comme une oie, mon frère… et ma mère est à Poudlard, soupira Rose.

- A Poudlard ?, s'étonna Natasha.

- Avec les parents de James. Elle a insisté pour représenter le ministère mais je crois surtout qu'elle veut être là au cas où ça tourne mal.

- Mais… Elle n'a pas pu intervenir, elle ? Empêcher tout ça…

- Trop de soupçons pesaient sur James, avec le tôlé de Hugh Irving, la fin du Tournoi, les accusations de triche… Ses parents ne lui font pas confiance.

- La situation les arrange bien surtout, grogna Natasha.

- Et ma mère qui les soutient… !

Sa voix restait amère, Rose ne pouvait s'en empêcher. Et les trois jours qu'elle avait passés avec James et ses amis ne l'avaient pas apaisée, loin de là. Elle avait tenté de comprendre pourquoi son cousin avait accepté de se laisser manipuler par le ministre, par les Aurors. Par son père. Et puis elle avait réalisé qu'elle en aurait fait de même, à sa place. Ils étaient des « fils de », ils avaient été éduqués de la sorte, sans même s'en apercevoir. La prise de conscience n'avait eu d'autre effet que de les rendre tristes et amers. Ils préféraient continuer de suivre les règles dictées depuis leur plus jeune âge, persuadés qu'ils étaient d'être dépossédés de la moindre once de courage et de force morale. Persuadés de n'avoir d'autre choix.

D'autres avaient pris la relève. Alice Londubat, qui hurlait. Nalani Jordan qui regardait James avec colère. Oscar Dubois qui se montrait insistant. Et tous les autres, qui tentaient de comprendre. En vain.

James préférait fuir les questions, James préférait se plonger dans un livre, s'isoler avec l'un ou l'autre de ses amis pour réviser telle ou telle matière. S'abrutir de travail pour ne penser à rien d'autre.

L'ambiance fut studieuse le jour, maussade la nuit. Ceux parmi la joyeuse bande qui avaient vu en ce voyage forcé le moyen de se réconcilier s'étaient trompés. Des Serpentard, seule Juliet Hawkes avait fait le déplacement. Et quel déplacement, s'était dit Rose qui avait rencontré l'ancienne élève et l'avait appréciée dans l'instant. Par amitié, Juliet n'avait pas hésité à traverser le monde d'un bout à l'autre, prenant les correspondants de James avec elle, retrouvant ses amis de toujours avec émotion.

Mateus et Sian, qui correspondaient avec James depuis près de six ans, s'étaient fait une joie de rencontrer toute la bande, les auréolant de quelques anecdotes loufoques et leur faisant goutter des spécialités bien de chez eux, qui retournèrent l'estomac fragile de Rose.

Le dernier soir, Juliet et James s'étaient isolés, la première coiffant le second, tous deux murmurant des paroles qui n'appartenaient qu'à eux. D'autres en avaient profité pour parler. Mael avait présenté ses excuses à Susie et Oscar. Rose n'avait pas très bien compris pourquoi, mais Nalani l'avait très mal pris, surtout lorsque Susie serra très fort Mael dans ses bras. La poursuiveuse de Serdaigle était partie bien avant les autres, clamant haut et fort qu'elle était impatiente de retrouver Fred. Si haut et si fort que Keanu et Solenne en avaient soupiré. Si haut et si fort que Keith en avait pressé l'épaule de Mael avec compassion.

Rose ne comprenait pas grand-chose de ce qui se passait entre eux tous. Elle aurait voulu en parler avec Natasha mais celle-ci le lui refusait. Elle en avait envie, Rose pouvait le lire dans ses yeux, mais Natasha n'était pas certaine de pouvoir supporter le mal qu'elle ressentirait alors.

Rose se demandait parfois ce qui blesserait le plus sa meilleure amie : de savoir James malheureux et résigné ? De savoir que la bande ne s'était pas ressoudée ? De savoir que Juliet Hawkes avait beaucoup grandi et semblait plus proche que jamais de James ?

- Elle est comment ?, murmura Natasha à contrecœur.

- Elle est très grande. Elle fait à peu près sa taille. Les cheveux coupés au carré, d'un très joli blond vénitien. Elle a les yeux bleus, doux et rieurs. Elle parle un peu comme lui. Susie Finigan dit qu'ils ont un dialecte qu'eux seuls peuvent comprendre. Ça a énervé Alice Londubat, elle est partie au bout d'une nuit parce que James a préféré dormir avec…

- C'est bon, coupa Natasha précipitamment.

- Avec Mael, ajouta Rose avec un petit sourire. James a dormi avec Mael. Les deux soirs. Il appelle Juliet « cousine » parce qu'elle le fait rire à dire qu'il a trop de cousins et cousines. Elle est beaucoup moins jolie que toi. Et elle a embrassé Keith Corner à deux reprises.

Natasha esquissa un triste sourire. Rose n'était pas habituée à la voir si mélancolique et, même si la famille de sa meilleure amie lui avaient confié demeurer aussi démunis qu'elle, Rose ne désespérait pas d'un jour trouver un manuel expliquant en dix chapitres comment « réparer » le soleil que pouvait, que devait être Natasha.

- J'ai fait quelques recherches pendant que tu étais là-bas avec J… tout le monde. Et j'ai peut-être trouvé quelque chose…

- J'ai comme l'impression que ce « quelque chose » n'a rien à voir avec les cours, lança Rose.

Le regard hagard, les gestes hésitants, Natasha triturait un vieux grimoire qu'elle serrait fort contre son ventre. Elle sembla tergiverser quelques secondes, puis posa le grimoire devant elles-deux, à distance égale de leurs deux corps. Avant même de poser les yeux sur le livre, Rose comprit que les ennuis continueraient, que James en serait forcément mêlé et qu'elle n'avait pas fini de redouter autant qu'espérer ce que voudrait bien lui léguer la vie.

Le titre ne fit que conforter ses craintes et ses espoirs.

Deux mots.

Memento Mori.

ooOOoo

L'aube pointait le bout de son nez lorsque Ginny et Harry Potter franchirent les portes du château. Ils furent accueillis par le directeur Briscard qui les mena jusqu'à la Grande Salle, aménagée en salle d'examen. Quelques élèves et professeurs y étaient déjà présents, les amis de James – Louis, Mael, Alice – parlaient à voix basse dans un coin de la pièce, non loin des professeurs Wine, Glacey, Gash, Ganesh et Slopa. Le directeur Briscard présenta Harry et Ginny aux professeurs et aux quelques examinateurs qui avaient fait l'effort de se déplacer à nouveau.

Le directeur de Poudlard, souriant et avenant avec tout un chacun, ignora pourtant volontairement une vingtaine de personnes, journalistes, photographes et membres du ministère de la magie.

A huit heures précises, le professeur Glacey fit entrer James. Le jeune homme avait fait un effort de présentation et portait une élégante tenue moldue sous une robe de sorcier vert foncée.

- Bienvenue monsieur Potter, commença le directeur Briscard. Nous avons été contraints de vous faire repasser votre examen de Buses et comme vous pouvez l'imaginer, il n'a pas été aisé de faire se déplacer l'ensemble des examinateurs nécessaires. Vous avez passé hier vos épreuves théoriques ainsi que l'épreuve pratique nocturne d'Astronomie. Par mesure de précaution, veuillez me dire quelles matières vous souhaitez présenter.

- Métamorphoses, Sortilèges, Potions, Botanique, Défense contre les forces du mal, Astronomie, Histoire de la Magie, Etudes Moldues, Soins aux créatures magiques, Arithmancie, Divination, Etude des Runes Anciennes, récita James sans qu'aucune expression ne le trahisse.

Le professeur Briscard vérifia la liste dans un dossier de parchemins et acquiesça.

- Les professeurs Flitwick, Mac Gonagall, Slughorn, Chourave, Vector, Gobe-Planche, Babbling et Sinistra ont accepté d'être présents, ainsi que l'Auror Titus Ammaniti, l'historienne Nicoletta Niccolo, le spécialiste d'Us et Coutumes Moldus Dan Ferrah et la célèbre voyante Agnès Vablatsky. Tous auront l'extrême privilège de vous examiner sous la direction du professeur Rogue, conclut le directeur Briscard en montrant le tableau du célèbre directeur de Poudlard.

James jeta un œil inquiet au tableau. Severus Rogue semblait le juger du regard avec une petite moue moqueuse. James serra les dents et se prépara mentalement à la douloureuse épreuve qu'il s'apprêtait à vivre.

- Je propose que nous commencions dès à présent si vous êtes prêt monsieur Potter.

- Je le suis monsieur le directeur, affirma James d'une voix calme et décidée.

- Commençons par la Métamorphose, de loin ma matière préférée, ajouta le directeur en souriant.

James s'approcha de l'espace d'examen. Plus large que les box qu'il avait connu lors de son premier examen, il permettait sans doute plus de liberté mais beaucoup moins de discrétion. D'un coup d'œil, James vit les encouragements muets mais convaincants de ses amis et un peu plus loin, la mine concentrée et un brin gênée de sa mère, entourée de son père et de sa marraine Hermione qui représentait le Ministère de la Magie.

- Bonjour monsieur Potter, l'accueillit le professeur Mac Gonagall. Je vais vous demander trois exercices. Le premier, métamorphoser ce croup en pot de chambre.

James retint au dernier moment un soupir de lassitude. Il maîtrisait ce sortilège, bien sûr, mais les croups étaient souvent agités lorsqu'ils étaient entourés par trop de personnes et la présence de nés moldus – que les croups n'appréciaient pas vraiment – ne faciliterait pas la tâche. Cependant, dès le premier essai, James réussit sa transfiguration et s'octroya même le privilège de tenter quelques sortilèges de transfert en « collant » des images de croups sur son magnifique pot de chambre.

- Eh bien, je n'avais pas vu de si beau pot de chambre depuis… Passons à la seconde épreuve si vous le voulez bien. Faites-moi disparaitre cet iguane, monsieur Potter.

James pâlit. Il y était arrivé quelques mois auparavant mais c'était avant de savoir que son père avait subi la même épreuve lors de ses propres buses. « Je ne suis pas seulement le fils de mon père, récita James. Je suis James, seulement James ». Et son iguane disparut.

- Excellent, nota le professeur Mac Gonagall en souriant. Et maintenant, monsieur Potter, j'aimerais vous voir porter deux signes distinctifs d'un animal de la forêt.

James tiqua et haussa les sourcils. Il avait très bien compris ce qu'on attendait de lui mais la métamorphose humaine n'était pas abordée en cinquième année, aussi, il se demandait si son examinatrice n'avait pas eu vent de son don d'Animagus en devenir. Il chercha des yeux l'aval des professeurs Gash et Glacey qui hochèrent la tête en souriant. Fermant les yeux, James se concentra avec douceur sur ce que lui inspirait la forêt, il sentit l'humidité de la mousse qu'il aimait humer, il sentit les feuilles rêches lui chatouiller le visage et les branches portées par la brise du vent… Les exclamations de surprise lui firent ouvrir les yeux trop tôt à son goût pour s'apercevoir, portant des sabots et des bois sur le sommet de son crâne.

- Épatant !, ne put s'empêcher de reconnaître son examinatrice.

- Et sans baguette en plus, nota Severus Rogue avec un sourire narquois.

- En effet, monsieur Potter, se reprit l'examinatrice, vous n'avez pas utilisé votre baguette. Pourquoi ?

- Euh… fit James.

- C'est moi qui ait enseigné ceci à monsieur Potter, coupa le professeur Glacey. James témoigne de qualités indéniables dans le domaine de la Métamorphose, aussi…

- Je vois professeur Glacey, coupa l'examinatrice. Passons aux questions, Potter.

- Hum hum, fit le directeur Briscard. Monsieur Potter, en raison des soupçons de tricherie qui pèsent sur vous, les examinateurs vous poseront quelques questions en plus d'évaluer votre niveau pratique.

- D'accord, fit James un brin énervé.

Il ne s'était pas imaginé devoir montrer ses aptitudes devant tant de personnes rassemblées autour de lui et encore moins de devoir répondre à des questions sans la réflexion que permettait le devoir sur table.

- Monsieur Potter, comment distingue-t-on un sortilège de transfert corrélatif d'un transfert absolu ?

- Le sortilège de Transfert dit corrélatif permet de transposer une partie d'un objet ou d'un animal sur un tout alors que l'absolu exige de transformer un objet ou un animal en un autre. L'un est partiel, l'autre exige l'entité.

- Que me répondriez-vous si je vous demandais de transformer ce manche à balai en pierre ?

- Je vous répondrai qu'il ne s'agit point d'un transfert mais de métamorphose élémentaire, aussi, si le procédé reste identique, la métamorphose élémentaire nécessite davantage de capacités et de réflexion. En effet, si l'on ne maîtrise pas la métamorphose élémentaire, le simple fait de transformer le bois en pierre ne dénature pas l'objet car on distingue la matière de la nature.

- Citez un contre-exemple à la maxime : « La Métamorphose est aisée lorsqu'on ne touche à l'humain. »

- Le sortilège de Têtenbulle ?

- Pourquoi ?, insista l'examinatrice.

- Car c'est un sortilège relativement simple à réaliser, pourtant on se le lance nous-même. Il y a d'autres exemples bien sûr, le Maquiladoras qui permet de se lancer un maquillage permanent ou l'Encornet.

- L'Encornet ?, s'étonna l'examinatrice.

- C'est un sortilège très célèbre dans l'école de sorcellerie de Chypre où les élèves ont pris l'habitude de se démarquer les uns les autres. Depuis l'arrivée au pouvoir du jeune et célèbre Icare Troix, la « mode » est de faire apparaître des cornes plus ou moins visibles sur son visage et ses avant-bras.

- Je vois. Ce sont de bons exemples. Imaginez qu'un de vos amis souhaite devenir Auror, lui conseillerez-vous de poursuivre l'étude de la Métamorphose ?

- Certainement. Comme nous venons de le dire, maîtriser la Métamorphose peut nous être utile, aussi bien pour se défendre que pour attaquer mais le niveau que nous atteignons en cinquième année n'est pas assez soutenu, ce n'est qu'en sixième et septième année que nous abordons la métamorphose élémentaire qui peut s'avérer beaucoup plus utile que les Transferts et…

- Pourquoi ?

- Pour transformer une haie en mur de pierre par exemple et pouvoir s'y cacher ou protéger un camarade blessé. Et je me permettrai d'aborder également la Métamorphomagie qui peut s'avérer être une alliée de marque pour la formation de filature et tapinois car, même si peu de sorciers atteignent un niveau satisfaisant dans ce domaine difficile on n'a pas toujours un flacon de Polynectar et quelques cheveux sur soi.

James se tut, attendant la prochaine question. Il évita de regarder le professeur MacGonagall dans les yeux, cette sorcière si célèbre l'impressionnait beaucoup, cependant celle-ci se contenta de hocher la tête.

- Monsieur Potter, je vous remercie, j'ai terminé avec vous.

- Ah… euh… très bien. Merci professeur Mac Gonagall.

- Vous aurez vos notes ultérieurement, reprit l'ancienne directrice avec un petit sourire.

James dut ensuite se plier à son examen de Sortilèges. Le professeur Slopa était présente, elle se tenait derrière le professeur Flitwick et paraissait encore plus stressée que James.

Il s'appliqua avec sérieux à faire danser sa tasse de thé puis à la faire grimper une montagne de livres sous les couinements appréciatifs de son examinateur. Il lança ensuite quelques sortilèges de mutisme bien dosés et changea la couleur d'un vase, d'une tortue des mers oubliées et d'une dizaine de fourmifolles.

- En près de cent ans de métier, j'ai rarement vu un sorcier capable d'ensorceler autant de fourmifolles en si peu de temps ! Bravo monsieur Potter ! Un petit sortilège d'attraction, pour terminer ? Ou peut-être un sortilège libre ?

James connaissait parfaitement cette pratique, il ne fallait pas se tromper, il savait qu'il n'avait pas droit à l'erreur. Il savait aussi que la journée serait longue aussi bien pour lui que pour les examinateurs qui étaient présents et que ceux-ci seraient sans doute heureux de voir un peu d'action.

James attira alors une toile d'araignée qu'il ensorcela pour qu'elle apparaisse plus grosse et plus solide, il se lança un sortilège collant doublé d'un sortilège rebondissant, s'agrippa à la toile, rebondit sur tous les murs de la Grande Salle jusqu'à l'immense Plafond Magique d'où il déclencha un feu d'artifice de météo feu-follet. Le soleil, la pluie, le vent, les nuages se mêlèrent en une explosion de sons et de couleurs qui n'arrivaient pas à couvrir les exclamations de surprise des examinateurs. James dissimula un sourire satisfait lorsqu'il consentit à retrouver le sol.

- Brillant !, couina l'examinateur. Un futur grand Enchanteur que voilà ! Bravo, bravo monsieur Potter.

James sourit et chercha des yeux l'appréciation du professeur Slopa. Celle-ci était radieuse mais se reprit lorsque tous entendirent Severus Rogue marmonner « les Potter et leur fichue manie de toujours en faire trop. Quelle arrogance ! Et les questions Filius ? »

- Oh oui ! J'oubliais les questions… Et si nous corsions un peu la chose, monsieur Potter ? Vous parliez de Métamorphose Elémentaire… Que cela vous inspire-t-il dans le domaine des Enchantements ?

- Deux choses, répondit James calmement. Tout d'abord les sortilèges qui utilisent les différents éléments primaires comme le feu, l'air, la terre et l'eau ou secondaires comme le bois, la pierre ou le métal. Il peut s'agir d'un Aguamenti, d'un Incendio ou de n'importe quel sortilège qui invoque l'un de ces éléments. Ces sortilèges sont à distinguer des Enchantements Elémentaires qui sont un domaine indépendant qui requiert un très haut niveau.

- Bravo ! On dit souvent qu'il y a plusieurs niveaux de difficulté pour aborder de pareils enchantements…

- En effet, professeur, pour travailler l'un des Eléments, l'eau par exemple, un sorcier éprouvera plus de facilité si cet élément se trouve à proximité. Travailler l'Enchantement du Feu en plein océan sera bien plus difficile.

- C'est parfait !, conclut le professeur Flitwick avec un grand sourire.

Joignant le geste à la parole, l'examinateur serra la main de James et laissa la place au directeur qui s'apprêtait à reprendre la parole lorsqu'il fut interrompu par Severus Rogue.

- Un Auror a-t-il le droit de pratiquer les Maléfices, Potter ?

James baissa les yeux, concentré et tendu comme un arc.

- Bien sûr, professeur Rogue.

Celui-ci leva si haut les sourcils qu'ils disparurent dans le cadre du tableau. Sur sa droite, James vit son père bouger mais il l'ignora, préférant s'expliquer au mieux auprès de ses examinateurs.

- Le propre d'un Auror est de combattre le mal, il peut certes le faire en usant de différents sortilèges mais utiliser un maléfice est un excellent moyen de…

- Les Aurors ne sont-ils pas censés combattre la magie noire au lieu de l'employer ?, insista Rogue, intrigué.

- C'est ce que je vous répondrai si je considérais que magies blanche et noire sont parfaitement distinctes, mais nous savons vous et moi que ce n'est pas le cas. Nombre de maléfices emploient la magie blanche et vice versa, ce n'est pas tant le sortilège qui compte mais l'intention du sorcier. La volonté est autrement plus importante que l'exécution, c'est pourquoi quelqu'un de bon – Auror ou pas – peut être amené à utiliser la Magie Noire car il pense vouloir faire du mal au mal, et donc ainsi faire le bien.

La plupart des examinateurs hochèrent la tête avec satisfaction et Severus Rogue ne répondit pas. Il se contenta d'observer James sans aucune moquerie mais plutôt avec un soudain intérêt et peut-être même un soupçon de stupéfaction.

- Passons aux Potions, dit le directeur Briscard. Voilà qui devrait vous réjouir, Severus. Bien, monsieur Potter, je vous laisse entre les mains du professeur Slughorn qui enseignait à Poudlard avant le professeur Wine.

James sourit timidement au professeur Slughorn et au professeur Wine qui se tenait un peu en retrait.

- Mon cher ami, je suis ravi de faire enfin votre connaissance !, s'exclama le professeur Slughorn. Vous ne manquez pas d'audace et de talent et on dit que vos résultats sont tout aussi brillants sur un terrain de…

- Hum hum, fit Severus Rogue. Mon cher ancien collègue, m'autorisez-vous à procéder moi-même à cet examen ?

- Bien évidemment, Severus, faites, faites.

- Potter, commença Severus Rogue avec une voix sifflante. Vous allez préparer une version allégée d'un Philtre de Paix

James tiqua. C'était une potion délicate à préparer et il avait toujours quelques difficultés à préparer sa version allégée. S'agenouillant au-dessus de la petite valise d'apothicaire qu'il s'était préparée, il sortit les principaux ingrédients en réfléchissant au meilleur temps d'ébullition lorsque Severus Rogue reprit la parole.

- Pendant ce temps, vous répondrez également à quelques-unes de mes questions. Pourquoi n'utilisons-nous jamais de cervelle de crapaud cornu dans les philtres de jazzification ?

Écoutant d'une oreille attentive la question de son examinateur, James n'en oubliait pas moins sa potion. Il prépara son chaudron et alluma un feu magique en utilisant un sortilège informulé avant de répondre.

- Il y a trois réponses à votre question, professeur Rogue, dit James en préparant les premiers ingrédients de sa potion. Le crapaud cornu a des particularités certaines lorsqu'il est utilisé vivant mais est inutilisable une fois mort, sa cervelle n'a donc que très peu d'intérêt. Enfin, les cervelles de batracien que nous utilisons pour certains philtres – notamment de confusion - sont appelées à tort des cervelles de crapaud alors que nous savons tous deux que seules les cervelles de grenouilles sont utilisées pour ces philtres.

- Et la troisième réponse ?, lâcha Severus Rogue avec beaucoup d'étonnement.

- J'y viens professeur, dit James en se concentrant afin de verser seulement quelques gouttes d'essence d'hellébore à l'intérieur de son chaudron. Le philtre de jazzification comporte seulement et simplement des ingrédients provenant de végétaux.

James ignora le regard surpris de Rogue et coupa avec sérieux ses différentes racines tout en baissant le feu sous son chaudron. Pour le moment sa potion avait une couleur orangée et James savait qu'il devait atténuer la couleur au bon moment.

- Quel ingrédient nécessaire à la préparation du Polynectar doit cuire pendant vingt-et-un jours et pourquoi ?

- Les chrysopes, professeur. Elles cuisent vingt-et-une journées pour faire disparaître toute trace de venin susceptible de contrecarrer les effets du polygonum.

- Qu'ajoute-t-on en même temps que les figues pelées lors de la préparation d'une potion de ratatinage ?

James prit le temps de plier convenablement sa peau de serpent en huit avant de l'ajouter au bon moment, tout en réfléchissant à sa réponse. Voilà plus d'un an qu'il n'avait plus préparé de potion de ratatinage mais il se souvenait l'avoir parfaitement réussie alors qu'il travaillait avec Alice et Mael.

- Les racines de marguerites coupées et les chenilles en tranches, professeur Rogue. C'est une des raisons pour lesquelles il est préférable de ne pas la préparer seul. La Potion est déjà en ébullition lorsque nous rajoutons ces trois ingrédients et chacun sait combien il est parfois ardu de peler des figues et de découper les chenilles en tranches d'apparences égales. Bien évidemment, heureux est celui qui a pour épreuve de couper les racines de marguerite, récita James en reprenant le fameux proverbe.

- A quoi nous servent les différentes parties du rat ?, poursuivit Severus Rogue, un brin énervé.

- Bien qu'on le croie lorsqu'on commence à préparer des potions, le rat est très peu utilisé. Son foie est cela dit très utile pour épaissir plusieurs potions sommaires et la queue est utilisée dans la potion à faire pousser les cheveux.

Après une heure de préparation et de questions toujours plus ardues, James ajouta le dernier ingrédient à sa potion qui prit la teinte espérée. Le professeur Slughorn s'approcha du chaudron et en huma le contenu, la mine réjouie. Cela dit, Severus Rogue n'en avait pas terminé avec James.

- Que pouvez-vous nous dire sur le prix du foie de dragon ?

- On aurait pu s'attendre à ce qu'il grimpe en flèche. En effet, dans les années soixante-dix les sorciers payaient douze noises les cinquante grammes mais la hausse des prix de quatre-vingt-quatre a surévalué le gramme puisqu'on atteint les dix-sept mornilles pour trente grammes en quatre-vingt-onze. Après la Bataille de Poudlard, les prix sont montés en flèche puis redescendus grâce à la loi Granger & Zébrons. Aujourd'hui le foie de dragons se vend un gallion et quinze mornilles les cinquante grammes.

- Quels sont les effets de la potion de Felix Felicis ?, continua Severus Rogue.

Le professeur Slughorn s'éclaircit la gorge et nota qu'on dépassait le niveau des Buses mais James reprit la parole.

- Jusqu'à ce qu'ils se dissipent, tout ce qu'entreprend celui qui la boit est couronné de succès. Une fois assimilée, la potion provoque une sensation enivrante qu'un nombre infini de possibilités s'ouvrent devant soi, comme si on pouvait soudain absolument tout faire. Mais si on en boit trop, elle provoque des étourdissements, une tendance à l'imprudence et un excès de confiance en soi qui peut se révéler dangereux. Elle est aussi hautement toxique en grandes quantités.

- On pourrait presque croire que vous en avez déjà préparé, siffla Severus Rogue.

- Pas encore, professeur, mais j'ai pu en étudier l'ébullition avec le professeur Wine. Cette potion est magnifique lorsqu'elle est en court de préparation, elle a une couleur d'or fondu. Lorsqu'elle bout encore, de grosses gouttes sautent à la surface comme des poissons rouges, sans que la moindre particule ne déborde.

- Qu'obtient-on lorsque…

- Le temps est écoulé, Severus, coupa le directeur Briscard. Il me semble que monsieur Potter a suffisamment répondu à vos questions. Professeur Slughorn ?

- Je suis d'accord, monsieur le directeur et totalement satisfait de notre cher ami. Monsieur Potter, votre potion est parfaite, je…

- Elle n'est pas assez légère, rétorqua Severus Rogue.

- Mon cher Severus, seule votre ancienne camarade miss Trodhzieg parvenait à préparer un Philtre de Paix parfait, je crois même que celle de monsieur Potter n'a pas grand-chose à envier à celle que vous aviez vous-même préparée lors de votre examen de Buses. Je crois, monsieur Potter, ajouta Slughorn en un murmure, que vous obtiendrez un Optimal.

- Il serait peut-être temps d'enterrer la hache de guerre, Severus, conclut le directeur avec un petit regard sévère. Potter, quelque chose à ajouter ?

- Non, monsieur le directeur, répondit James avec courtoisie, je regrette simplement de ne pouvoir offrir un verre de ma potion au professeur Rogue.

Les examinateurs rirent de l'audace de James qui n'oubliait pas les conseils de Juliet d'essayer de « penser comme un Serpentard » et il se dit que la ruse, lorsque dénuée de toute perversité, était une délicieuse qualité. Il rencontra pour l'épreuve de Botanique le professeur Chourave qui commença par le féliciter pour son examen théorique.

Lançant un sourire moqueur aux membres du ministère, Pomona Chourave expliqua qu'elle n'avait pu réprimer un fou-rire à la lecture de ce qu'elle appelait « un trait d'esprit aussi succulent qu'un cri de Mandagore »

- Monsieur Potter aime visiblement agrémenter ses travaux de ses synthèses de recherches qui sont truffées d'anecdotes et figurez-vous mes chers collègues que…

James, plus amusé que gêné, s'octroya une petite pause. Il but les deux litres d'eau fraiche que lui porta un elfe et échangea un clin d'œil avec Mael.

- … et là le savant français Kyoko lui dit « c'est bien, fils, tu gères la fougère », poursuivait Pomona Chourave en se retenant difficilement de rire. Le pauvre malheureux a cru qu'il lui fallait ajouter des feuilles de fougère et… la potion a fait exploser tout le quartier !

Pomona Chourave essuya ses larmes de rire avec un pan de sa robe, avant de se reprendre, sous le regard mi sérieux mi amusé de Minerva Mac Gonagall.

C'est un James un peu plus fier de lui qui dut ensuite reconnaître certaines plantes – un géranium dentu, un figuier abyssinien, un Cranson officinal, une Asphodèle – et en expliquer chaque particularité. Il s'occupa ensuite de quelques Bulbes Sauteurs, d'un Puffapod et d'un Filet du diable et, tout en remplissant un calendrier de coupe de bois de baguettes, répondit à quelques questions posées par le professeur Chourave.

- Le sisymbre doit être cueilli à la pleine lune pour faire de l'effet, professeur Chourave.

- Dans quelle potion est-il principalement utilisé ?

La panique s'empara de James. Il avait parlé de cette plante avec Susie et celle-ci avait abordé une potion où le sisymbre était essentielle, bien plus que pour le Polynectar. Mais James n'arrivait pas à se rappeler du nom de cette potion.

- Le Polynectar, il me semble.

- On utilise en effet le sisymbre pour la préparation du Polynectar mais ce n'était pas la réponse que j'espérais, monsieur Potter. Le sisymbre est l'ingrédient principal de la Potion Loeselii. Vous avez terminé votre calendrier ?

- Oui, professeur.

- J'ai une dernière question à vous poser. Lors de votre cinquième année, vous avez eu des cours communs de Potions et Botanique. Les professeur Wine et Londubat vous ont enseigné comment mêler au mieux ces deux sciences pour, par exemple, guérir certaines maladies. Que conseillerez-vous, monsieur Potter, à un ami atteint d'une grippe de Zibralgo ?

C'était une question ardue, une de celles qui faisaient la différence entre un Acceptable – James savait qu'il avait fait quelques erreurs qui ne lui permettraient pas d'atteindre un Optimal – et un Effort Exceptionnel. Il n'avait jamais étudié la grippe de Zibralgo en cours car à ce moment-là il était à l'infirmerie, soigné après sa blessure lors du Tournoi, aussi il vit ses professeurs pâlir. Cependant, James avait pris soin de rattraper son retard et il se souvenait quelque peu des pages qui traitaient de cette maladie dans ses manuels. Sa note finale se jouait dans cette réponse.

- Pour répondre à votre question, professeur Chourave, il me faut distinguer les principaux maux liés à cette maladie. La grippe de Zibralgo, autrement appelée brûlure de morve pénétrante attaque le « patient » de diverses manières. L'état grippal, en premier lieu, n'est pas le plus compliqué à guérir. L'absorption combinée de Ravintsara, de Niaouli et d'Eucalyptus suffit généralement à…

- Lequel ?, coupa Severus Rogue.

- Eucalyptus Radiata, professeur, répondit James après quelques secondes de réflexion.

- Poursuivez, dit avec douceur le professeur Chourave.

- Tout cela combiné suffit généralement à l'élimination de l'état grippal.

- Comment vous procurez-vous du Ravintsara ?

- Le Ravintsara est une huile extraite des camphriers de Madagascar.

- Bien Potter. Comment soignerez-vous les autres symptômes ?

- Une fois l'état grippal soigné, je m'intéresserai sans doute aux maux les plus délicats. La grippe de Zibralog provoque de douloureuses brûlures et des hallucinations sévères. Concernant la désinfection et la cicatrisation des plaies, autrement dit le traitement de traumatisme externe, j'utiliserai une combinaison de plusieurs plantes : la Ciste Ladanifère qui provient des rameaux qui entourent les petits étangs comme on en voit très souvent au Pays de Galles, je prendrai également quelques fleurs séchées de Lavandula Angustifolia dont je mélangerai la concoction avec du thym thujanol ou de la marjolaine pour ses propriétés antiseptique.

- Comment utiliser au mieux un tel mélange ?

- Par fumigations, sans doute. Je m'occuperai en premier lieu de la Lavande, qui demande beaucoup plus de travail et terminerai par la Marjolaine qui est plus douce et délicate et aime qu'on s'occupe d'elle sans gants de protection. Enfin, et si vous me permettez cette pointe d'audace, j'utiliserai le Cajeput.

Le professeur Chourave témoigna autant de surprise que les professeurs Wine, Londubat et Rogue.

- Je sais qu'on ne l'utilise que très peu par ici, poursuivit James, mais cette plante a témoigné de son efficacité en Extrême-Orient, en Indonésie et en Australie. Difficile à appréhender en milieu sauvage, le Cajeput se laisse amadouer lorsqu'on lui parle avec courtoisie et douceur. Rien ne sert d'aiguiser sa baguette avec lui, il faut apparaître propre, bien habillé et bien parfumé et lui parler avec respect. Coutume étrange, je le reconnais, mais qui a fait ses preuves. J'ai eu l'immense privilège d'approcher un Cajeput dans une réserve sorcière en Grèce et le « mille-couches blanc » - c'est son nom Annamite – m'a permis de soigner quelques traumatismes externes. Enfin, en ce qui concerne l'aspect psychologique de la grippe de Zibralog, j'irais dans les marais recueillir quelques racines d'Anthemis Nobilis et en Provence Française, combattre un beau Cupressus Sempervirens.

- Pour ?, coupa Severus Rogue, qui cachait mal sa curiosité.

- En recueillit la sève, monsieur. Elle est précieuse, monsieur et bien souvent ce qui est précieux est aussi très rare. Il faut reconnaître que les Cupressus Sempervirens sont d'excellents combattants dont les ramifications causent des blessures difficiles à soigner. Je dois avouer que je préfèrerai avoir dans mes contacts un excellent Botaniste !

Les professeurs rirent et James reprit sa respiration et un soupçon de confiance en lui.

- Je me permettrai enfin d'ajouter quelques feuilles d'Origan, pour le bien-être et son côté tonique et stimulant. Notons également qu'en se procurant soi-même un Origanum Compactum – dans les plus petites clairières des forêts les plus denses – on peut lui ciseler les feuilles sans le blesser en plein cœur et conserver ainsi toute l'action antivirale de sa sève.

James se tut et observa la réaction de ses professeurs. Il savait qu'il aurait pu mieux faire et surtout moins en dire, vu qu'il ne pouvait espérer un Optimal mais il était plutôt satisfait de lui. Il but le verre d'eau qu'on lui offrait et accepta les cinq minutes de pause que nécessitaient ses professeurs pour le noter. Ignorant ses parents et sa marraine, James rejoignit ses amis qui l'accueillirent avec de grands sourires.

- Mon pote je suis bien heureux de ne pas passer après toi, s'exclama Mael en lui donnant une grande tape dans le dos.

- Tu es incroyable, James, renchérit Alice.

- Je comprends un peu mieux pourquoi et comment tu m'as battu, ajouta Louis avec un sourire sincère.

- Monsieur Potter ?, appela le directeur Briscard. Vos examinateurs se sont mis d'accord sur votre note, êtes-vous prêts à continuer ?

- Bien sûr, monsieur le directeur.

- Très bien, nous allons passer aux Etudes Moldues mais avant cela… Oui, il me semble que miss Nicoletta Niccolo a quelques questions à vous poser.

Une femme d'une taille impressionnante apparut à ses côtés. James s'en souvenait comme de l'historienne dont avait parlé le directeur lorsqu'il était arrivé.

- J'ai moi-même corrigé votre examen théorique, monsieur Potter et je voudrais vérifier quelque chose si vous êtes d'accord. Normalement i aucun examen pratique en Histoire de la Magie mais je dois reconnaître que je suis surprise par votre note. Aucun élève n'avait eu d'Optimal à sa Buse d'Histoire de la Magie depuis… Hermione Granger, si mes souvenirs sont bons.

- Ah, répondit James, faute de mieux.

- Acceptez-vous que je vous pose… disons… trois questions, monsieur Potter ?

- Bien sûr professeur…. Niccolo.

Nicoletta Niccolo haussa un sourcil et fit quelques gestes compliqués avec sa baguette magique. James songea que celle-ci devait mesurer près d'un demi-mètre. L'obscurité se fit et des images de guerre envahirent les murs de la Grande Salle. Il s'agissait, comme aurait dit Mael, d'une « énième guerre de gobelins ». Ce type de faits historiques n'était pas ce que préférait James, lui s'intéressait davantage à l'aspect mondial de l'Histoire, à…

- Reconnaissez-vous ce Gobelin, monsieur Potter ?

James se concentra. Nicoletta Niccolo montrait du doigt un gobelin particulièrement hideux qui dépareillait parmi l'assemblée guerrière. Alors que tous portaient des tenues de guerriers et des armes, celui-ci était vêtu plus simplement, de façon plus moderne aussi et tenait à la main un flacon qu'il semblait essayer de vendre à son vis-à-vis, un sombre guerrier trancheur de têtes. James pouffa en comprenant que l'historienne essayait de le piéger.

- C'est Alguff l'Affreux et il n'a rien à faire là, au beau milieu d'une Révolution qu'il n'a pas connue. Il est né – si mes souvenirs sont exacts – à peu près quatre cents ans après cette Révolution, dite de Sang et de Pierre.

Un sourire édenté éclaira le visage de Nicoletta Niccolo qui hocha la tête plusieurs fois. Derrière elle, le professeur Ganesh n'était pas peu fier de son élève et James gonfla sa poitrine de bonheur. Non, il n'était pas spécialiste d'Histoire mais il en adorait les anecdotes qu'il avait apprises au fil des mois derniers pour pouvoir espérer briller aux yeux du professeur Ganesh. Il avait toujours été fasciné par l'aura de son professeur qu'il rêvait de voir devenir son directeur de recherche.

- J'ai cru comprendre, reprit Nicoletta Niccolo, que vous souhaitiez vous professionnaliser dans les Relations Internationales.

- En effet, madame.

- D'où votre intérêt pour l'Histoire de la Magie.

James décida de ne pas nier, il ne servait à rien de cacher ce qui l'animait vraiment.

- Je vois, conclut Nicoletta avec un sourire, pour vous « punir » de cet affront – j'étais si heureuse d'avoir un jeune élève aussi brillant qui veuille devenir Historien… - je vais vous poser une question qui ne vous intéresse pas du tout. Que signifie F.D.G et que pouvez-vous me dire à son propos ?

- La Fraternité des Gobelins est un groupe luttant pour les droits des gobelins, incluant notamment le droit de faire usage de la baguette. Lorsqu'ils prirent conscience que les représentants du ministère n'exauceraient pas leur désir, une révolte éclata. Certains membres se procurèrent des baguettes et suivirent leur leader Bodrig le Bigleux à travers les rues, transformant quelques objets du quotidien en gnous, en chantant des slogans de la F.D.G. Et, contrairement à ce que j'ai laissé penser, madame, je suis intéressé par cela car divers pays – l'Arménie et la Hongrie par exemple – connaissent encore aujourd'hui ce type de mouvement.

- Exact Potter, fit l'examinatrice, surprise. Une question sur l' « International » et l'Histoire, maintenant. Pourquoi est-ce si important d'étudier les Géants ?

- Premièrement pour mieux comprendre notre propre histoire, mais également pour mieux appréhender les conflits qui tiraillent actuellement le Monténégro. Et enfin, car le ministère de la magie du Burkina Faso a fait signer un traité visant à inclure ce chapitre dans les programmes d'Histoire de la Magie.

- Une dernière question qui importe peu, vous avez depuis bien longtemps mérité votre Optimal… Pourquoi notre département de la coopération magique internationale est-il tellement décrié, et par qui ?

Cette fois, James pâlit. Premièrement, il savait que le professeur Ganesh lui conseillerait de ne pas tirer un trait définitif sur cette carrière et, secondement, l'oncle de James dirigeait ce département et Ginny était présente dans la salle. Une nouvelle fois, James choisit d'écouter son cœur.

- Je suis mal placé pour juger quiconque, madame, je sais seulement que les Ministères de Nouvelle Zélande et de Norvège sont les plus critiques. Le premier car Lopini Setaimata – directeur du département des Relations Internationales – regrette que les communautés au-dessus de quatre dans l'échelle de Byrug ne s'intéresse pas plus à celles qui n'ont pas cette chance. Enfin, il me semble que le Rayon International Norvégien émet l'idée que la communauté sorcière britannique est une des plus… centrée sur elle-même.

- Et vous, qu'en pensez-vous ?

- Je dois reconnaître qu'il est regrettable de devoir chercher des informations dans des livres anciens et souvent non exhaustifs alors que…

- Oui ?

- Eh bien il y aurait plusieurs choses à faire pour s'ouvrir aux autres. Organiser des rencontres, des colloques, créer de nouveaux cours, même. Je…

- Vous excuserez notre élève, madame Niccolo, coupa le professeur Ganesh. James n'a pas encore eu à rencontrer son directeur de recherche, il n'est donc pas très au fait de ce qu'il peut ou non dévoiler. Mais je crois sincèrement qu'il est dans son intérêt que son travail reste secret jusqu'à sa publication.

- Ce jeune homme va donc être publié ?, s'enthousiasma Nicoletta Niccolo.

- Il sera soumis au Jugement Suprême comme l'ensemble de ses camarades mais je ne doute pas de lui. Son travail sera publié, j'en mets mon bras dans la gueule du dragon.

Le professeur Ganesh croisa le regard de James et lui sourit avec fierté et soutien. Le jeune homme ressortit de ce bref échange grandi et plus serein, comme sentant un poids immense quitter ses épaules.

Le directeur présenta ensuite James à Dan Ferrah, spécialiste auprès du Ministère des Us et Coutumes Moldus. Lors de son épreuve théorique, James était parvenu à résoudre ses équations et à comparer deux textes anciens mais il n'avait aucune idée de ce qu'on allait lui demander lors de l'épreuve pratique.

- Monsieur Potter, merci de répondre à ces trois questions dans l'ordre qui vous conviendra : de quels sports moldus le quidditch s'inspire-t-il ? Si vous étiez moldu et que vous appreniez par hasard l'existence du monde magique, quelle matière vous intéresserait le plus ? Et enfin, trouvez-vous normal de cacher la magie aux yeux des moldus ?

Abasourdi, James regarda le professeur Handmade qui se tortillait les mains en dansant d'un pied sur l'autre. Lui non plus ne devait pas s'attendre à de pareilles questions. En tant que sorcier, James n'avait jamais comparé le quidditch aux sports moldus mais se souvenait tout particulièrement d'une discussion qu'il avait eue avec Mael.

- Concernant le quidditch, je dirai qu'il se rapproche du soccer – ou football – et du basket ball par ses règles et sa façon de marquer des points même si on ne peut totalement ignorer le rugby car le quidditch utilise beaucoup le corps-à-corps. Enfin, j'imagine qu'un joueur de tennis, de badminton, de ping-pong doit attacher autant d'importance à la précision que les batteurs.

- Question suivante, fit l'examinateur sans aucune émotion.

- Eh bien, si j'étais moldu et que je découvrais la magie… J'imagine que j'ignorerai dans un premier temps l'existence de la magie noire et donc de l'importance de la défense contre les forces du mal, alors je dirai les Sortilèges ou la Botanique.

- Pourquoi ?

- La Botanique car… Personnellement c'est dans cette matière que j'apprends quelques bases de médicomagie, ce qui peut être utile à tout un chacun, moldu ou sorcier. Les Sortilèges parce qu'ils permettent de faire énormément de choses différentes et qu'ils ont également un aspect léger et amusant qui peut plaire aux novices. La preuve en est que les élèves de première année adorent cette matière car la première fois qu'ils se servent de leur baguette est pour ouvrir ou fermer une porte ou faire léviter une plume.

- Je vois. Bonne réponse.

- Je dois reconnaître également qu'étant moldu je serai épaté par les balais volants et, bien que certainement effrayé par la brutalité du quidditch, j'aurais à cœur de voler le plus vite possible.

Dan Ferrah s'autorisa à sourire et fit signe à James de répondre à l'ultime question, celle que James redoutait justement.

- Ce n'est malheureusement pas la première fois qu'on me pose cette question, monsieur, commença James en faisant référence à l'ultime épreuve du Tournoi. Je dois vous avouer que je n'en sais toujours rien. Je pense qu'il faut avoir beaucoup étudié la question pour y répondre et je ne pense pas être mieux placé que deux mois en arrière pour en juger. Je pense que si des sorciers ont pris la décision de se cacher aux yeux des moldus c'est pour éviter qu'il y ait des quiproquos.

- Lesquels ?

- Par exemple, le fait qu'en tant que sorciers nous puissions avoir un pouvoir qu'ils n'ont pas.

- Vous ne voyez pas la magie comme un pouvoir ?

- Non, monsieur, je la vois plutôt comme une aptitude, une sorte de don, comme d'autres sont doués pour la musique ou le dessin.

- Suggérez-vous Potter que la magie n'est qu'un… loisir ?, souffla Severus Rogue.

- Pas du tout, professeur Rogue, je dis seulement qu'il ne faut pas la voir comme un pouvoir suprême que l'on pourrait utiliser pour asservir les moldus. Il me semble qu'ils ont des armes aussi efficaces que n'importe quel sortilège.

- Vous pensez donc qu'en se dévoilant au monde de la magie, poursuivit Ferrah en faisant taire Rogue d'un signe de la main, il pourrait y avoir ce que vous appelez des quiproquos qui entraîneraient… la guerre, par exemple ?

- J'imagine. Si je me mets à la place d'un moldu du même âge, allant à l'école et tout ça mais sans pratiquer la magie, ça m'effraierait de savoir que je peux rencontrer des jeunes de mon âge qui pourraient me faire du mal en agitant un bout de bois.

James se força à s'interrompre. Il réfléchissait longuement avant de prononcer chaque mot, de peur de faire allusion au Tournoi ou au jeune Hugh Irving qui rêvait de dévoiler aux moldus l'existence d'une communauté sorcier, de ses us et de ses coutumes. James avait peur de fauter. Il redoutait la réaction de ses professeurs. De ses parents. La sienne, aussi. Le Tournoi faisait toujours trembler sa voix et naitre ses larmes.

- Je vois, acquiesça Ferrah. Vous paraissez particulièrement sage pour votre âge, monsieur Potter. J'imagine que votre éducation…

- L'éducation ne fait pas tout, coupa Mael.

Bien qu'éloigné et n'ayant pas haussé la voix, sa remarque se fit entendre dans toute la salle.

- Qui êtes…

- Mael Thomas, répondit James. Mon meilleur ami. Et également un des élèves les plus doués de Poudlard. Je ne crois pas me tromper en affirmant qu'il a obtenu la meilleure note à ses Buses d'Etudes Moldues.

- En effet, reconnut Ferrah, une copie particulièrement brillante. La vôtre l'était également, monsieur Potter, aussi ça vous fera un nouvel Optimal.

Le directeur proposa de faire une pause, ce que tout le monde accepta avec bonheur. Une table fut installée et tous les adultes s'approchèrent avec appétit.

- Quant à vous jeunes gens, un repas vous attend dans la salle commune de Gryffondor, leur apprit le professeur Glacey. Vous avez une heure, Potter, profitez-en bien. Le mot de passe est « Injuste mais bénéfique ».

James et ses amis se hâtèrent de rejoindre leur salle commune. Il leur paraissait étrange de parcourir les couloirs vides du château, comme le fit remarquer Alice, mais cela leur permit d'arriver rapidement à destination. James donna le mot de passe et tous entrèrent dans la salle commune chaleureuse. Un feu avait été allumé et un copieux repas les attendait près de la cheminée.

- Curieux mot de passe, fit James, songeur en se servant d'un peu de tout.

- Fais attention à ce que tu manges, Jamesie, conseilla Alice. Il te reste encore pas mal d'épreuves à passer.

- Créatures magiques, Arithmancie, Divination, Runes et Défense, récita Louis. Et concernant le mot de passe, James, je ne crois pas que ce soit un hasard. Glacey a sûrement choisi ce mot de passe pour toi, James. Pour tes Buses, précisa-t-il. Injuste de les repasser mais bénéfique car tes parents sont là et qu'ils ne pourront plus te reprocher quoi que ce soit qui…

- Oh ne t'en fais pas pour eux, ils trouveront autre chose, râla James. Vous ne vous ennuyez pas trop ?, demanda-t-il pour changer de sujet.

- Au contraire, c'est génial ! s'écria Mael. Tu es génial, précisa-t-il avec un sourire complice.

L'heure passa particulièrement vite aux yeux de James qui traîna le pas en retournant à la Grande Salle. Les adultes buvaient un digestif et le professeur Slughorn en proposa un à James pour lui « donner du battant ».

- Et maintenant, passons aux options, s'enthousiasma le directeur. Monsieur Potter, je vous présente le professer Gobe-Blanche.

- Bonjour monsieur Potter. Étant donné que je trouve inadmissible de vous faire repasser ces épreuves, je vous demanderai de faire exactement ce que vous avez fait lors de votre premier examen.

James s'approcha d'une grande caisse dans laquelle il dut identifier un Noueux parmi plusieurs hérissons puis identifia les blessures et soigna un crabe de feu et un scroutt à pétard qui manqua de l'écraser contre le sol. Enfin, il rencontra Volodia, une licorne de la forêt de Poudlard dont il devait évaluer et soigner les blessures. Il se servit de ses aptitudes d'animagus, métamorphosant ses parties nasales et trouva rapidement la source des maux de l'animal.

- Alors monsieur Potter ?

- Il s'agit d'une morsure de Quintaped, professeur.

- Qui est ?, insista l'examinatrice.

- Une dangereuse créature carnivore couverte de poils roux et munie de cinq pattes terminées par des pieds bots dont on peut trouver des traces sur le corps de cette malheureuse licorne.

- Que proposez-vous pour la soigner ?

- Pour soigner cette blessure, réfléchit James, il faut quelque chose de chaud et de provenance animale, mais qui ne soit pas un excrément. Professeur, puis-je vous emprunter vos Botruc ?

- Allez-y, Potter.

James s'activa sous les regards surpris des examinateurs. Il recueillit quelques œufs de Botrucs, métamorphosa son chaudron en poêle en pierre brute, raviva le feu et jeta à la hâte les œufs de Botruc.

- Professeur, m'autorisez-vous à aller chercher un ingrédient ?

- Faites, Potter, répondit Severus Rogue à la surprise générale. Et avec la manière, ajouta-t-il avec ce qui ressemblait, à s'y méprendre, à un sourire.

James lui lança un sourire de conquérant et brandit sa baguette.

- Accio balai de James Sirius Potter ! Aprire !

Une fenêtre s'ouvrit et James sauta sur son Nimbus. Il disparut moins de deux minutes, à temps pour interrompre la cuisson de son omelette épaisse et juteuse qu'il apposa avec délicatesse sur la brûlure de la licorne. Tout en récitant des paroles en latin à la licorne, il attacha les plantes qu'il venait de rapporter en une tresse fine autour de l'omelette.

- Et voilà, dit-il en se relevant, s'époussetant ses mains noires de terre sur un coin de sa robe.

- Quelle plante avez-vous utilisée ?

- La Lavande Aspic qui est la seule plante antalgique et antitoxique de tous les venins d'animaux.

- Impressionnant, avoua le professeur Gobe-Planche. C'est un style… comment dire ? Très personnel. Mais efficace.

- Potter, reprit le professeur Chourave qui avait assisté à toute l'épreuve, n'avez-vous jamais envisagé de devenir Guérisseur ?

- Euh… jamais professeur. Je pense que chacun doit suivre sa voie et je suis convaincu que mon avenir se situe dans la Coopération Internationale mais je pense également que tous les sorciers devraient connaître bien plus que des bases de médicomagie. Connaître les principes de guérison et surtout comment mélanger ou alterner les plantes et potions, ça peut servir à beaucoup de professionnels, non ? Les sorciers qui voyagent, ceux qui ont tendance à se battre aussi.

- Vous avez parfaitement raison, Potter. Et je pense également que vous feriez un excellent Guérisseur.

- Si vous n'y voyez aucun inconvénient mes chers amis, nous allons poursuivre avec l'Arithmancie.

- Monsieur le directeur… intervint Hagrid. J'aimerais… Si vous le permettez j'ai dans la petite cour un Hippogriffe et…

- Excellente idée Hagrid, approuva le professeur Gobe-Planche. Nous allons voir comment se comporte monsieur Potter dans les airs.

- C'est ce qui peut faire la différence entre un Effort Exceptionnel et un Optimal, chuchota Hagrid à James en lui donnant une grande tape dans le dos, le propulsant en avant de plusieurs mètres.

Le directeur Briscard prit délicatement le tableau de Severus Rogue et emboîta le pas des examinateurs, entraînant derrière lui les Potter et Hermione ainsi que les amis de James. Celui-ci fit face à un Hippogriffe qu'il n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer.

- Allez-y Potter, vous pouvez parler si vous le souhaitez et nous expliquer ce que vous comptez faire.

- Je le fixe dans les yeux et m'apprête à le saluer, dit James d'une voix claire et décidée.

Contre toute attente l'Hippogriffe se cabra et rua avec force en montrant ses griffes acérées à James qui recula contre un muret.

- Vous êtes certains que c'est sans danger ?, intervint Ginny dont la voix, forcée, tremblait légèrement.

- Zèbre est une brave bête, Ginny, la rassura Hagrid.

Entendre la voix de sa mère avait perturbé James mais il se rappela qu'il se devait de montrer à ses parents qu'il n'avait jamais démérité et s'avança à nouveau vers Zèbre.

- Je ne suis pas ce que tu crois, Zèbre, dit-il pensant que l'hippogriffe devait sentir que James était en partie animal.

L'hippogriffe le fixait et semblait hésiter. James continua à approcher sans ciller et présenta sa nuque à Zèbre. Celui-ci témoigna son mécontentement puis sembla changer d'avis et se pencha jusqu'à s'allonger totalement aux pieds de James qui ne tarda pas à grimper sur son dos. L'idée était trop tentante et il avait bien le droit de voler un peu après tout.

- James, êtes-vous sûr que…

James ne sut pas qui avait pris la parole, Zèbre ébouriffa ses majestueuses ailes et s'envola vers le ciel. Son vol était dur, saccadé, comme s'il essayait de tester James qui s'accrocha en laissant crier ses émotions. Il ne ressentait aucune peur mais plutôt un frisson d'excitation qui le rasséréna jusqu'au moment où Zèbre tenta le test ultime et se débarrassa de son fardeau dix mètres au-dessus du ciel. Sans se laisser effrayer par la chute vertigineuse qui l'attendait, James s'accrocha à ce qu'il pouvait, quelques branches qui cassèrent sous son poids, une vieille pierre qui lui écorcha les doigts puis le sol sur lequel ses sabots le firent rebondir. Il n'avait métamorphosé que le bas de ses jambes mais ça lui avait permis d'amortir sa chute et de revenir guilleret vers l'attroupement qui l'attendait avec appréhension. James ignora sa mère mais rassura Alice d'un signe de main et sourit à Hagrid qui se sentait soudain très mal à l'aise.

- Que s'est-il passé ?, s'étonna le directeur. Hagrid, votre…

Ce fut le professeur Gash qui intervint afin d'expliquer au directeur que les aptitudes de James avaient inquiété Zèbre. Celui-ci devait sentir que James était à moitié homme et à moitié cervidé. Le directeur hocha la tête et s'approcha doucement de James.

- Souhaitez-vous une pause avant de poursuivre avec…

- Non, monsieur le directeur, ça va aller.

- Bien, professeur Vector, c'est à vous.

Une fois revenu dans la Grande Salle, James dut résoudre quelques équations d'Arithmancie Ancestrale puis expliquer les particularités d'un tableau de nombres extrêmement compliqué. Cette matière avait toujours plu à James qui pensait s'en être plutôt bien sorti. Il poursuivit avec la Divination.

- Je crois savoir, monsieur Potter, que vous n'avez pas assisté à beaucoup de cours, commença la voyante Agnès Vablatsky.

- En effet, professeur mais cette matière m'intéresse.

- Bien. J'ai ici un volontaire en papier. Vous allez lui lire les lignes de la main.

James acquiesça et s'approcha de l'être de papier. Il connaissait parfaitement la procédure pour en avoir souvent plaisanté avec Nolan Donovan.

- Êtes-vous droitier ou gaucher, monsieur ?

- Gaucher, répondit l'être de papier.

James s'empara de sa main gauche et détailla à son examinatrice les lignes de vie, de tête, de cœur, de soleil, de Mercure, de chance ainsi que l'anneau de Vénus. Il s'aperçut vite qu'il avait confondu deux lignes mais cela ne parut pas troubler son examinatrice qui ne cessait de le regarder étrangement. James se demanda un moment si elle ne tentait pas de lui faire du charme.

- Sa ligne de cœur est droite et courte. Notre volontaire possède peu d'intérêt pour le romantisme, commença James sans prêter attention aux petits rires étouffés d'Alice et Mael. Sa ligne de vie se courbe vers la droite, je pense à un changement soudain et radical de mode de vie. Heureusement il bénéficiera de l'appui certain de ses amis et de sa famille, comme nous l'indique sa ligne de destin.

- Excellent monsieur Potter, susurra l'examinatrice. Veuillez maintenant interpréter cette tasse de thé.

James avait vite compris que l'on pouvait tout voir et ne rien voir dans les célèbres feuilles de thé, seule l'imagination comptait. Bien sûr il connaissait l'interprétation de certains symboles mieux que d'autres, autrement dit, il savait d'emblée quels symboles il allait « voir » ou plutôt, faire semblant de voir.

- Je vois… un rapace, signe d'un ennemi de longue date. Certainement à Serdaigle. Mais également une petite lune et une fleur en forme de marguerite qui témoignent toutes deux d'une réévaluation d'une personne que je connais, certainement cette ennemie qui est à Serdaigle, continua-t-il en lançant de fréquents coups d'œil vers ses amis. Enfin, je vois le sabre, qui, pour les Egyptiens, est le signe de l'amour.

Comprenant parfaitement le subterfuge de son meilleur ami, Mael ne put s'empêcher de rire joyeusement. Avant de grogner tout aussi fort lorsqu'Alice et Louis l'eurent criblé de coups de coude.

La plupart des professeurs se contentèrent de hocher la tête de façon peu convaincue, ravis de passer à autre chose mais Agnès Vablatsky ne l'entendait pas ainsi.

- Enfin, regardez ce feu pendant six minutes et dites mois ce que vous voyez.

James n'avait bien évidemment jamais « lu » les signes du feu mais fut troublé par les flammes qui étaient soudain si près de lui qu'elles lui léchaient le visage. Ses quelques amis qui avaient choisi l'option de Divination étaient restés assez évasifs quant à cette pratique, rarement abordée à l'examen des Buses.

C'est donc un James particulièrement surpris et troublé qui découvrit son reflet à l'intérieur du feu, pleurant et criant, visiblement torturé par une sombre agonie. Et il se vit à nouveau mais différemment, comme si ce n'était pas vraiment lui, une sorte de double en quelques sortes.

- Peut-être s'agit-il de votre frère ?, proposa Agnès.

Il comprit qu'elle avait raison, son frère Albus le regardait souffrir et…

- Je lui demande de l'aide mais il ne me voit pas. Ou plutôt… Il ne peut pas m'aider.

- Il ne veut pas vous aider.

James garda le silence jusqu'à ce que les flammes s'éteignent. Contrairement à ce qu'il avait cru, il avait réellement « vu » quelque chose et ce quelque chose l'effrayait plus que de raison. Après tout il ne pouvait s'agir de l'avenir, James croyait peu aux pouvoirs divinatoires.

- Il n'est pas très développé mais vous possédez le don, c'est indéniable. Et c'est réellement dommage que vous ne l'ayez pas travaillé, ajouta l'examinatrice en apposant un Optimal à son épreuve pratique.

- Passons à l'épreuve d'Etude de Runes Anciennes. Monsieur Potter, comme vous le savez sans doute, nous testons les élèves par une épreuve théorique, aussi le professeur Babbling, ici présente, ne vous posera que quelques questions.

James avait lu quelques manuels de l'ancienne et célèbre professeur de Runes de Poudlard et savait que sa spécialité était les Runes particulières, différentes de celles qu'on avait l'habitude d'étudier. C'était une aubaine pour James qui avait connu certaines difficultés à traduire son texte en Runes simples – il trouvait toujours le moyen de les confondre et de s'emmêler les pinceaux. Le professeur Babbling commença par lui poser quelques questions historiques et James puisa dans ses souvenirs de troisième année pour y répondre avec sérieux et passion. Il eut ensuite à expliquer d'où proviennent les liens qui unissent les hiéroglyphes à certains logogrammes magiques puis dut expliquer pourquoi il était préférable d'inscrire les runes dans la pierre, plutôt que dans le bois, le métal et le cuir et raconta la légende d'Odin en citant Tacite. Enfin, le professeur Babbling lui donna une phrase à traduire en se servant de l'alphabet runique.

- Je crois savoir que vous avez une nette préférence pour les Runes Particulières, monsieur Potter, mais je me dois de vérifier votre niveau en Futhark.

James acquiesça et se concentra sur les quelques runes qu'il devait traduire. Sentant la présence curieuse de sa marraine, Hermione, dans son dos, il redoubla d'efforts et fut soulagé de reconnaître plusieurs runes dès le premier coup d'œil.

- Dois-je m'expliquer à voix haute, professeur ?

- Si vous le souhaitez.

- Eh bien, je pense que la première rune est un piège. Elle ne fait pas partie du Futhark mais de sa variante norvégienne/suédoise, la Brindille-courte. Et la seconde Rune n'en est pas vraiment une, c'est une Cirth bien qu'on puisse facilement la confondre avec la rune Dagaz dont la barre oblique est descendante et non montante.

- Vous connaissez l'alphabet Cirth ?, s'étonna l'examinatrice.

- Je l'ai appris en Grèce, répondit James. Le quatrième et le cinquième mots semblent liés et le dernier… si je ne me trompe pas, le dernier mot signifie « obtenir ». C'est une question. Quelle note vais-je obtenir ?

- Très bonne déduction, monsieur Potter. Parlez-moi quand même de cette rune.

- Hagalaz, difficile de la confondre de par sa forme très spéciale. Elle fait partie du système originel de Vieux Futhark et n'a pas été conservée dans les systèmes ultérieurs.

- Pouvez-vous me dessiner la rune qui a remplacé l'Hagalaz ?

James réfléchit et dessina une barre verticale, coupée en son milieu par deux barres plus fines et plus courtes qui se devaient d'être parfaitement perpendiculaires et donc de former une sorte de croix.

- Très bien. J'ai terminé, dit l'examinatrice au directeur Briscard.

- Vous ne répondez pas à la question, professeur ?, demanda James avec ruse.

- Je ne pense pas que ce soit de votre niveau mais soit. Si vous n'y arrivez pas, vous aurez la surprise, n'est-ce pas ?

Réprimant un sourire, l'ancien professeur fit venir à elle un morceau de roche et esquissa sa réponse. James en profita pour se désaltérer et recracha immédiatement l'eau qu'il avait bue lorsque Rubeus Hagrid lui administra une « petite tape amicale ». Il toussait toujours lorsqu'il fut invité à déchiffrer les runes qui apparaissaient désormais nettement dans la roche.

- Hum, fit James. Compliqué mais par déduction je dirai… Effort Exceptionnel.

- Parce qu'il y a beaucoup trop de Runes pour un Piètre ?, plaisanta le directeur.

- Non, à cause de la double présence de la Rune Sōwilō, répondit James avec un sourire.

Épaté, le directeur Briscard hocha la tête avec sympathie et ramena James dans un coin de la pièce. Il fit signe à ses amis de le rejoindre et de l'occuper pendant que les professeurs « prépareraient le terrain ».

- Le terrain ?, s'étonna James.

- L'épreuve pratique de défense contre les forces du mal, répondit Harry Potter en s'approchant de son fils aîné. Ils ont préparé une sorte de parcours truffé de pièges en tous genres.

- Ici ?, insista James, abasourdi.

- Le parcours ne sera pas très grand mais particulièrement rempli de choses et d'autres, de plantes, de sortilèges, de…

- N'en dis pas plus, je préfère voir ça par moi-même, coupa James.

- Bien, répondit Harry, gêné. La… La presse n'a pas fait le déplacement pour rien, tu sais ? Ils attendent un scoop, quelque chose à se mettre sous la dent. Tu ne leur as pas donné ce qu'ils attendaient alors…

- Il ne va quand même pas bousiller son épreuve pour leur faire plaisir !, s'emporta Mael.

Harry Potter observa durement le meilleur ami de son fils. Louis s'occupa d'amener Alice loin, très loin du Survivant. James, lui, demeura immobile. Il n'entendait ni les recommandations pressantes de Louis, ni les hurlements hystériques d'Alice. A peine était-il conscient des murmures des examinateurs qui, non loin de lui, débattaient de son avenir.

Il ferma son esprit et laissa l'animal prendre le pas en lui, fermant les yeux très fort. S'il avait pu, il aurait sauté d'une fenêtre et vagabondé pendant des heures au milieu des arbres et des feuilles mortes.

Il n'en fit rien.

Il s'était promis de tenir ses engagements, coûte que coûte.

Il avait certifié à ses parents qu'il se plierait à leurs souhaits, dans l'intérêt de la famille et des affaires professionnelles de son père. Il s'était engagé à repasser ses Buses, à laisser la presse s'en mêler, à laisser quiconque l'accuser d'être malhonnête, fourbe. Immoral.

Mais l'animal, en lui, faisait mugir son désaccord. La loyauté de Mael, la compassion de Louis, la colère d'Alice n'étaient pas nées de sa fourberie. La tendresse de Lily et la sollicitude de Rose ne s'étaient pas renforcées de par sa malhonnêteté.

Le lien si pur qui l'unissait à Natasha n'aurait pu éclore s'il avait été immoral.

Sa sœur, Rose, Louis, Lucy, ses amis et Natasha étaient celles et ceux qui le rendaient vivant, heureux. Comblé.

Avait-il besoin de la tendresse de sa mère lorsque Rose le serrait très fort dans ses bras ? Avait-il besoin du soutien de son père lorsque Mael demeurait à ses côtés, quels que soient ses choix et ses décisions ? Avait-il davantage besoin de l'amour de ses parents que de celui de Natasha ?

- Monsieur Potter ? Nous allons vous laisser entrer dans une sorte d'arène. Une épreuve inventée de toutes pièces par le bureau des Aurors. Une épreuve que nous désapprouvons totalement. Mais nous avons confiance en vous, James. Nous savons que vous pouvez réussir. Avec brio. Votre note dépendra du temps que vous passerez dans cette arène et des moyens que vous emploierez à rester en vie. Quand vous serez prêt…

- N'est-ce pas trop dangereux, monsieur le directeur ?, s'inquiéta Ginny.

Son regard faussement éploré – Ginny savait qu'elle devait battre les cils très vite et très fort pour faire monter de fausses larmes – attira les flashs des photographes et les quelques plumes-à-papotes se hâtèrent de griffer du parchemin.

- Je suis prêt, affirma James.

Il trouvait particulièrement détestable qu'elle profite de la présence des membres du ministère et de la presse pour passer pour la gentille maman inquiète pour son rejeton qu'elle avait la bonté de ne pas abandonner alors même qu'il véhiculait cette image d'idiot du village.

Et pourtant, ce fut l'intervention de sa mère qui le conforta dans son choix. Il tiendrait parole, ne trahirait pas ses engagements mais ne se laisserait pas manipuler davantage. « Même le plus idiot des ignorants peut avoir un sursaut de fierté », songea-t-il amèrement.

Il entra dans la fameuse arène et vit que, bien que de forme indistincte, elle n'était pas très grande.

- L'Auror Titus Ammaniti et le professeur Rogue vous noteront, expliqua le directeur Briscard qui avait pris de la hauteur.

Tous se retrouvaient à présent sur une sorte de passerelle d'où ils observaient James.

- Les professeurs Gash, Ganesh et Glacey changeront le climat et l'atmosphère de l'arène quand ils le souhaiteront. Vous pouvez à tout moment demander de l'aide. Un professeur viendra vous aider et l'épreuve prendra fin. Si vous avez vaincu tous les… pièges, l'épreuve se terminera au bout d'une heure normalement. Bonne chance, James.

James entendit comme un gong et vit la jungle autour de lui prendre vie, les arbres étranges étaient secoués par une chose qui paraissait énorme et James trembla légèrement.

Il pensa avec douleur au Tournoi, qui le tourmentait encore toutes les nuits, et avec amertume à ses parents, qui avaient laissé cette épreuve sans précédent être organisée pour redorer leur blason.

Plus résigné que meurtri, il se mit en position de combat. Ses muscles se contractèrent, son regard s'aiguisa. Quoiqu'il s'apprête à combattre, il n'allait pas tomber à genoux en attendant que son héros de paternel vienne le sauver. Il n'avait plus cinq ans. Il n'était pas une cause perdue, un enfant poursuivi par des forces obscures.

Quelque part au fond de son cœur, il avait enfin compris qu'il n'avait pas assez d'importance, aux yeux de son père, pour mériter son soutien.

Il chercha un endroit où s'abriter et trouva un rocher qui ferait parfaitement l'affaire. S'y cachant il comprit à quoi il avait affaire et s'élança.

- Absorptio !

L'ouragan s'ébranla et fut aspiré par la baguette de James qui en sentit un frisson de fierté. Il avait passé avec brio la première épreuve.

Entendant un bruit inquiétant, il chercha à nouveau un abri lui permettant de réfléchir pour appréhender au mieux ses futurs adversaires mais c'était sans compter sur ses professeurs qui lui jetèrent quelques sortilèges. James les para avec quelques charmes du Bouclier puis par quelques miroirs réflectifs, sortilège qu'il avait découvert durant son séjour en Grèce et dont il appréciait la redoutable efficacité. Il combattit ensuite une hydre de terre, une naïade qui tenta de le séduire, un filet du diable qui le cloua au sol près de deux minutes et un scroutt à pétard qu'il tâcha de ne pas trop amocher car il savait à quel point Rubeus Hagrid les prenait en affection.

Le décor changea brusquement, James ne vit plus que roche et flammes, et le souvenir douloureux de l'épreuve du feu du Tournoi lui revint en mémoire. Il comprit que le hasard y était étranger et qu'il se devait d'être efficace même lorsqu'il subissait de grands chamboulements émotionnels.

Il dut ensuite combattre quelques Mannerriers – des mannequins guerriers utilisés dans l'apprentissage des Aurors – et s'efforça d'utiliser des sortilèges variés pour montrer qu'il les maitrisait totalement.

Après avoir combattu une créature particulièrement velue, il entendit un cri et vit ses trois amis emprisonnés dans un filet au-dessus de trois acromantulas. Sachant très bien qu'il ne s'agissait que d'une épreuve et que ses amis ne risquaient rien, James agit avec sérénité et calme. Il lance un sortilège de lévitation pour mettre ses amis à l'abri et créa une barrière pour les séparer des acromantulas.

- Tout va bien ?

- Bien sûr, le rassura Louis. Ils ont endormi Mael pour te faire peur mais…

- Mael !, s'écria James en se précipitant. Revigor ! Enervatum !

Mael ouvrit les yeux et se moqua gentiment de son meilleur ami mais déjà Louis reprenait, sa voix tremblant légèrement.

- Je te dis que ça va, James, par contre toi…, dit-il en montrant les trois araignées.

- Crève-leur les yeux, conseilla Alice. Ensuite il te suffira de…

- Je ne vais pas leur faire de mal, calma James. Hagrid de s'en remettrait pas. T'inquiète, j'ai mon idée. Il reste combien de temps ?

- Tu es là depuis quarante minutes, dit Louis.

- Ok, j'y retourne.

- Prends ton temps, l'heure est bientôt écoulée, ils sont capables de t'envoyer un dragon après, s'emporta Alice.

- Trop cool !, s'exclama James en faisant disparaitre la barrière.

Serein, il en construisit deux autres pour séparer les araignées afin de les combattre l'une après l'autre, il tenta plusieurs sortilèges mineurs et veilla à toujours se lancer un charme du bouclier, il agissait avec rapidité et bondissait tout autour de l'araignée qui commençait à s'énerver. Il prit de la hauteur en sautant sur un rocher et profita que l'araignée veuille le suivre pour créer une étendue de glace sur le sol. L'araignée, prise au piège, glissa et s'assomma toute seule.

James avait déjà commencé à s'attaquer à la deuxième araignée tout en créant une étendue de gel sous la troisième. Il transforma le bas des pattes de l'araignée en une demi-douzaine de paires de patins à roulettes et sauta tranquillement de l'autre côté de la barrière en attendant la future attaque.

L'Auror Titus Ammaniti apparut avec le professeur Gash et lui demanda d'identifier diverses créatures parmi lesquelles James reconnut un Moremplis, un Cocatris et un Erkling avant de faire face à une créature étonnante. Son corps semblait celui d'un lion mais se terminait en une queue de scorpion et sa tête ressemblait à s'y méprendre à un visage d'homme.

- Alors monsieur Potter ?, s'impatienta l'Auror.

- C'est une Manticore, répondit James non sans un frisson.

- Et celle-ci ?

- Un Nundu, répondit James en reculant.

Il savait qu'il ne risquait rien mais n'était pas rassuré d'être si près de ces créatures effrayantes.

Le professeur Gash les fit disparaitre et se mit en position de combat. James comprit qu'il devait se battre avec son professeur et se mit lui aussi en position, se lançant un Charme du Bouclier. Il étudia la posture de son professeur, une attitude de défense, se dit James qui consentit à attaquer. Le professeur Gash dévia ses sortilèges de désarmement, de stupéfixion et d'entrave avant de lui lancer un sortilège informulé que James renvoya grâce au sortilège-miroir avant de s'en mordre les doigts en voyant l'entaille profonde qui s'étendait sur la joue de son professeur.

- Ça suffira pour aujourd'hui, ronchonna le professeur Gash. Potter, il vous reste cinq minutes, souhaitez-vous rester dans l'arène ?

- Oui, professeur, répondit James après quelques secondes de réflexion.

Il s'attendait à quelque chose d'exceptionnel, sans doute un dragon comme l'avait dit Alice mais à aucun moment il ne s'était attendu à devoir combattre deux détraqueurs. Ils avaient surgi soudainement, dès que l'Auror et le professeur Gash s'étaient éloignés et James avait reconnu le désespoir, le froid et la peur qu'il avait déjà subis lors du Tournoi.

Il s'efforça de trouver une image heureuse mais tout bonheur semblait avoir quitté son esprit, il n'entendait même plus les encouragements de ses amis et pourtant, c'est grâce à eux que James se ressaisit. Parce que l'animal en lui refusait de lâcher prise. Parce que l'animal en lui déployait des capacités hors du commun pour lui montrer ce qu'il avait de plus précieux au monde.

Ils étaient au beau milieu de la campagne écossaise. Les tentes formaient un amoncellement coloré inédit, dans cette clairière calme et finement boisée. Nalani s'improvisait clown, faisant rire aux éclats un cercle épars d'amis à la mine moqueuse. La pluie avait interrompu l'entrainement de James et Oscar et Keith, qui lui servaient de cobayes pour l'après-midi, n'en finissaient plus de grelotter.

- Tiens.

James avait pris le plaid cousu main que lui tendait son meilleur ami. Un plaid tricoté par sa Nadia Thomas, dite Pimprenelle. Un plaid orange, avec des motifs étranges et rigolos, à la laine épaisse et délicate. Un plaid plein de chaleur et de douceur. Un plaid cousu avec amour.

James et Mael s'étaient isolés. Sans se concerter. Sans étonner leurs amis.

- Tiens, répéta Mael.

Après avoir hésité quelques instants, Mael fixa son regard dans les yeux surpris de son meilleur ami. James pensa alors qu'il se souviendrait de cet instant jusqu'à sa mort. Il venait de comprendre à quel point le courage pouvait être polymorphe. Certains ne voyaient en cette qualité qu'une acceptation de se confronter au danger, quel qu'il soit, mais James comprit en cette pluvieuse journée de septembre que le courage pouvait tout aussi bien s'éprouver en donnant sa confiance à un ami, pleinement et sans détour.

Mael avait cette capacité à le regarder et lui parler franchement, sans jamais rien lui dissimuler.

Mael était là. Mael demeurait à ses côtés, où qu'il soit, où qu'il aille.

Mael n'avait pas peur de la vérité, de lui dire ce qu'il pensait, de le secouer s'il le fallait.

- Qu'est-ce que c'est ?

Mael attendit quelques instants, le temps que James se concentre sur la pierre qu'il tenait dans sa paume ouverte vers le ciel.

- Une pierre précieuse. Je possède la même, en quelque sorte.

Mael plongea la main dans sa poche et en ressortit une seconde pierre, de taille égale mais de forme et de couleur nettement différentes. James, qui avait étudié la signification de la litho-thérapie en Grèce, reconnut sans mal la nature des deux pierres. La sienne, brute et élaguée par le temps et les éléments, portait indéniablement la couleur du Grenat. Celle de Mael, plus lisse, plus claire, et striée de mille couleurs, était indubitablement une Calcédoine.

- C'est pas mon anniversaire.

- C'est pas Noël non plus. Ça fait trois ans que je cherche un cadeau… symbolique à t'offrir.

Symbolique, songea James. La Calcédoine était réputée pour nourrir et favoriser la fraternité et la bonne volonté. Elle aidait, disait-on, à atténuer l'hostilité, l'irritabilité et la mélancolie. Le Grenat, lui, était le symbole de la dévotion passionnée. A sa famille, à ses amis, à son destin. Les différentes communautés magiques prêtaient à la Calcédoine et au Grenat bien d'autres pouvoirs, très distincts en fonction des us et coutumes des contrées magiques, et James se promit d'entreprendre de nouvelles recherches. Pour lui, pour Mael. Pour leur amitié.

- Ca fait six ans que tu ne loupes pas une occasion de m'offrir un cadeau, Mael.

- Le temps que je trouve ce que je cherchais vraiment, je ne pouvais pas ne rien t'offrir. On offre toujours un cadeau à son frère à son anniversaire et à Noël, pour fêter et remercier sa naissance et parce que Noël est la fête de la famille, de l'amour. Je ne pouvais pas ne rien offrir à celui qui est devenu mon frère de cœur. Un frère que je me suis choisi et… et que j'aime. C'est aussi pour ça que j'ai continué à chercher, parce qu'on dit qu'on change en traversant l'adolescence et que certains pensaient que notre amitié n'y survivrait pas. Et même si les filles ne réalisent pas toujours que je suis plus beau que toi, elles ne nous sépareront jamais. Parce qu'on a beau laisser nos pauvres petits cœurs dans la maison des aigles, tu préfères t'acoquiner d'une gamine et moi d'une vraie dame. Et parce que rien ni personne ne nous séparera jamais. Je fais le mec serein, mais j'ai pas toujours été sûr de moi, tu sais ? J'ai eu peur, des fois. Mais ça, ajouta-t-il en désignant les deux pierres, ça m'a prouvé que j'avais plus à avoir peur. Plus jamais.

Emu, James prit le parchemin que lui tendait son meilleur ami. Son frère de cœur.

« L'enchantement des pierres liées a toujours existé. Bien avant la magie elle-même. Lorsque deux êtres possèdent deux pierres liées par un enchantement ancien, leurs âmes s'emmêlent, deviennent jumelles à vie. Vous qui lisez ces mots avez une chance immense. Vous pourrez à jamais compter avec et sur celui ou celle qui vous a fait lire ces quelques mots… »

- Je sais pas trop comment ça marche, avoua Mael. Mais leur pouvoir enchanteur est très fort.

- Où est-ce que tu as trouvé ça ?

- J'ai posé quelques annonces dans des journaux spécialisés. Partout, pas qu'en Angleterre. Et j'ai reçu une seule lettre, une seule réponse.

- La bonne, visiblement.

- Le type qui m'a aidé ne payait pas de mine. Il ne lui reste que trois dents. Mais il a des chiens. Beaucoup de chiens. Dont une magnifique chienne prénommée Athéna.

- Athéna, répéta James, ébahi.

- Je savais que tu ne m'avais pas menti mais ça m'a fait bizarre quand elle s'est mise à parler. Mais je crois bien qu'on peut lui faire confiance. Et à son maître aussi. Un peu dingue sur les bords mais… ça m'a fait bizarre. J'ai senti que c'était quelqu'un de bien, de sincère, de confiance. Il a des yeux vifs et intelligents. Il a les mêmes yeux que toi.

Mais James ne l'écoutait plus que d'une oreille, profondément ému par la petite pierre qui reposait au creux de sa paume. Une pierre qui ne le quitterait et qu'il ne quitterait jamais, il s'en faisait la promesse.

Une pierre qui lui apporterait toujours la preuve d'un sentiment très pur, dont la magie accepte d'être porteuse, et qui lie deux êtres. A tout jamais.

Mael était le pilier central de sa vie. Un pilier qu'il rêvait de voir grandir, évoluer, épouser Nalani et lui donner de merveilleux bambins. Un pilier pour lequel il était prêt à mourir, mais avec qui il voulait encore vivre mille aventures.

Ce pilier lui insuffla la force qui lui faisait défaut, et James, tout en se redressant vivement, se promit de rendre à Mael tout ce que celui-ci lui donnait sans compter, et de devenir, à son tour, le pilier de sa vie.

James s'aperçut qu'il était dos au mur et qu'il n'avait d'autre choix que d'avancer vers les deux horribles créatures. Il pensa à ses amis, qui n'avaient pas hésité à organiser ces « révisions de dingue », comme s'était écriée Nalani, et lança le sortilège une fois, deux fois, trois fois, autant de fois qu'il avait d'amis formidables.

Très vite une fumée fine sortit de sa baguette, lui redonnant un peu de force, assez pour que l'image d'une Natasha plus souriante et charmeuse que jamais surgisse devant lui.

- Spero Patronum !

Un chien majestueux prit corps et chassa les deux détraqueurs avec force. Se sentant légèrement mieux, James ne lâcha pas et fit reculer les détraqueurs jusqu'à les faire entrer dans une énorme malle ancienne. Un clic se fit entendre lorsque le professeur Gash referma la malle et James chancela légèrement.

- Mange ça, bonhomme, conseilla le professeur Gash avec une tape amicale sur l'épaule de son élève.

James mordilla son morceau de chocolat, assis contre l'armoire qui, quelques minutes auparavant lui avait semblé être un rocher si réel. Il demeura avachi au beau milieu des tables, des chaises, de tout ce mobilier qui avait été métamorphosé pour le plonger dans une ambiance austère et effrayante, en observant tout le monde envahir l'arène. Certains paraissaient très enthousiastes – surtout Alice qui regarda avec émerveillement chaque élément restant de l'arène magique – et le directeur Briscard s'enquit de l'état de James.

- Je vais très bien, monsieur le directeur. Je suis seulement un peu déçu, Alice avait parlé d'un dragon…

Tous rirent de sa remarque, sauf Alice qui piqua un fard avant de se jeter dans ses bras.

- C'était dément !, clama Mael en les rejoignant. Et écœurant, nuança-t-il dans l'instant. L'Auror qui travaille avec ton père a insisté pour pouvoir te lancer plein de sorts et…

- Et ton père était d'accord, cracha Louis, amer.

- Heureusement que les profs sont intervenus, reprit Mael. Ils ont préféré s'en charger, pour s'assurer que tu ne serais pas blessé.

- Ils n'y sont pas allés de main morte, quand même, soupira James en appuyant sur un point de côté qui lui déchirait les entrailles.

Ses amis gardèrent le silence mais, dans leurs yeux peinés, James put lire qu'ils pensaient tous trois qu'il valait mieux pour lui d'affronter trois professeurs aguerris que son propre père, qui se serait débattu pour le mettre à mal.

- Qu'en dit la presse ?, lâcha James pour clore le sujet de son père, bien trop douloureux à ses yeux.

- Ils sont dégoûtés !, se réjouit Mael.

- J'en ai entendu un prétendre que tu avais à nouveau corrompu le corps professoral, ajouta Louis en levant les yeux au ciel, et un autre qu'on t'avait aidé à distance…

- Et la replète, là-bas, ajouta Alice, est persuadée que tu couches avec Mac Gonagall et qu'elle t'avait filé toutes les réponses hier soir, lors de vos ébats en pleine forêt interdite.

Alice mima un haut-le-cœur et James ne put s'empêcher de rougir en regardant le professeur Mac Gonagall à la dérobée. Il était persuadé qu'elle avait tout entendu et s'empressa de se redresser, enhardi par la gêne.

- Ne fuyez pas si vite, monsieur Potter, le rattrapa un journaliste. Votre père s'oppose à ce qu'on vous pose quelques questions mais vous ne semblez pas éprouvé par cette folle journée, plus divertissante que pénible, pas vrai ?

- Vous auriez dû me faire la remarque plus tôt, je vous aurais volontiers laissé ma place, monsieur, rétorqua James avec fermeté.

Plus loin, son père le regarda avec révulsion. Sa mère, au contraire, semblait le redécouvrir, comme s'ils n'avaient pas vécu les seize dernières années ensemble. Hermione, elle, ne put réprimer un léger sourire.

- Monsieur Potter, j'insiste, notre lectorat est fleurissant…

- Grand bien vous fasse.

- Nos lectrices sont nombreuses et très jolies…

- Je n'en doute pas.

- Vous gagnerez à…

- A quoi, monsieur ?, s'emporta James. Vous voulez que je joue le rôle de ce gamin immature, sans cervelle et malveillant, parce qu'il vous sert, à vous. Parce que c'est cette image de moi que vous véhiculez, cette image dont vous vous servez pour manipuler les gens ! Ce que je suis vraiment, au fond de moi, ce que je peux ressentir en lisant tous ces articles où vous me trainez dans la boue pour votre bon plaisir… Vous vous moquez de ce que je pense, de ce que je veux, de ce que je ressens ! Alors continuez votre mascarade, mais ne me demandez pas de vous y aider ! Et profitez bien de la situation, tous autant que vous êtes, parce qu'elle ne va pas durer ! Je serai bientôt majeur et…

- Et vous resterez démuni et impuissant, coupa le journaliste narquoisement. Parce que vous ne pouvez contrôler la presse, parce que vous vous épuiserez à écrire démenti sur démenti. Et parce que la parole de votre père, le héros national, aura toujours bien plus de valeur que celle d'un gamin dans votre genre.

Sans quitter le journaliste des yeux, James retint Mael de brandir sa baguette. Il ne servait à rien d'envenimer une situation qui les dépassait tous deux. Qui les dépasserait toujours.

- Je n'attends rien de vous, affirma James d'une voix calme. Mes choix et mes décisions parleront pour moi. Libre à vous de vouloir manipuler les gens, monsieur, mais ne les croyez pas si crédules. Certains n'achètent votre torchon que pour éponger le café qu'ils versent par inadvertance. D'autres le posent sans même le lire, près de leur cheminée, en attendant l'hiver. Ils le brûleront sans pouvoir déprécier votre prose, comme tant d'autres personnes. D'autres, enfin, vous lisent et ne sont pas dupes. Ils vous plaignent plus qu'autre chose. Vous auriez préféré que je pleure devant vos photographes, que je crée un tôlé général que mon père aurait mis des semaines à enterrer, que je vous jette un sort, peut-être, mais… Je n'en ferai rien. Car je vous plains, monsieur. Sincèrement.

Il ne le vit pas mais, quelques mètres derrière lui, Minerva Mac Gonagall approuvait ses paroles d'un hochement de tête appréciatif. Comme l'ensemble des anciens professeurs de Poudlard, Severus Rogue y compris. Les professeurs actuels n'en pensaient pas moins. Leur fierté était palpable et réchauffa le cœur de Mael qui guettait leur réaction discrètement.

Le jeune homme n'avait jamais été aussi fier de son meilleur ami. « Le nouveau James est arrivé », murmurerait plus tard Louis à son oreille. Mael en était déjà convaincu. Cette épreuve avait vu naître une réaction, un écho, une prise de conscience en James, et s'il n'était visiblement pas encore prêt à s'opposer à sa famille, il se décidait enfin à ne plus se laisser totalement manipuler.

- L'examen est terminé, monsieur le directeur ?, demanda justement James d'une voix plus grave, plus mature.

- Eh bien Severus voulait vous poser quelques questions supplémentaires mais lui-même a reconnu que ce serait inutile en vous voyant dans l'arène. Tenez James, ce sont vos résultats. Encore plus brillants que les précédents, j'espère que cette fois personne ne remettra en question vos talents. Sachez toutefois que si la pression de cet évènement hors du commun vous aviez déstabilisé, le corps professoral et les examinateurs ici présents s'étaient mis d'accord sur l'annulation totale de ces épreuves. Nous aurions gardé, quoi qu'il se soit passé, vos meilleurs résultats, qu'importe l'opinion de ces personnes extérieures à Poudlard qui pensaient aisé de nous manipuler. Mais nous ne sommes pas des pantins, monsieur Potter. Et nous sommes de votre côté.

Le directeur Briscard, son bras droit collé à l'épaule de Minerva Mac Gonagall, n'hésita pas à sourire, un brin moqueur, à Harry Potter, aux membres du ministère et à ce journaliste qui avait attaqué James, leur signifiant avec malice qu'eux accorderaient toujours leur confiance en James, et non en ceux qui le manipulaient.

- Merci monsieur le directeur, répondit James avec émotion. Que dois-je faire à présent ?

- Vous êtes libres. Le train qui vous ramènera à Londres partira dans deux heures.

James prit le temps de remercier les examinateurs et ses professeurs et ignora les signes de sa mère et de sa marraine. Les photographes qui entouraient judicieusement les deux femmes parlaient pour elles, et James n'était plus à même de jouer les pantins.

Ses amis l'attendaient dans le hall d'entrée et tous les quatre se dirigèrent sans un mot vers l'extérieur du château où quelques infimes rayons de soleil les attendaient.

Une heure passa sans qu'ils ne parlent des épreuves, James avait enfoui ses résultats dans la poche de sa cape sans même les regarder. Il aurait tout le temps de le faire à la maison et préférait profiter de la présence de ses amis. Mael et Alice se disputaient sur les résultats du championnat de quidditch lorsqu'ils furent interrompus par Harry Potter qui s'éclaircit la voix près d'eux.

- Je suis d'accord avec Alice, je pense que le club des Tornades va remporter le championnat, dit-il en souriant. Je pensais que tu supportais les Harpies, Alice ?

- Ça c'était avant, répliqua Alice en détournant le regard.

Du plus loin que se souvenait James, Alice avait toujours été une fervente supportrice de l'ancienne équipe de sa marraine, Ginny, mais cela avait cessé depuis qu'elle déplorait la façon dont ses parents traitaient James.

- Vous ne vous êtes pas trop ennuyés aujourd'hui ?

- Au contraire. James a pris l'habitude de partager ses talents avec nous, reprit Alice avec fierté.

- C'est-à-dire ?, s'intéressa Harry en s'accroupissant près des quatre jeunes.

- C'est-à-dire oncle Harry, répondit calmement Louis, que James est de loin le meilleur élève de notre promotion et qu'au lieu de s'en vanter et de faire cavalier seul, il nous conseille et nous soutient. Sans aucune prétention, ajouta Louis en insistant sur chaque mot.

- James n'est pas seulement un excellent élève, ajouta Mael. C'est aussi le meilleur ami qu'on puisse avoir, un ami humble et patient, loyal et toujours présent, dynamique, enthousiaste et très complice. Tout l'inverse de vous, en somme.

- Je ne savais pas que l'on se connaissait si bien, Mael, répondit Harry avec une voix douce et calme. Peut-être te trompes-tu sur moi…

- Peut-être, avoua Mael, ce que je voulais dire c'est que vous connaissez mal votre fils.

- Et peut-être que je le connais mieux que toi.

- Ça m'étonnerait, répliqua Mael en haussant le ton. Quelle est sa matière préférée ? Quelle est sa couleur préférée ? Quel est son plat préféré ? Quel pays rêve-t-il de visiter ? De quelle jeune fille est-il amoureux ?

- Défense contre les forces du mal, le rouge, la tarte à la mêlasse de sa grand-mère, l'Italie pour voir Andy Genius attraper le vif d'or et… Natasha Kandinsky ?

James vit ses meilleurs amis échanger un regard surpris.

- Métamorphoses et Sortilèges, le fauve, la planche de Caesar, le Pérou et… citer Natasha n'était pas très compliqué, si tu posais la même question au contrôleur du Poudlard Express il la citerait aussi, répondit James en regardant son père droit dans les yeux. Ça fait un bail que tu ne sais plus rien de moi, papa, il ne sert à rien de prétendre le contraire.

- Suis-moi, répondit Harry.

Il n y avait plus aucune trace de son sourire lorsqu'il l'amena un peu plus loin.

- J'irai droit au but, James. Je ne veux plus que de tels évènements se produisent. Plus jamais. Tu m'as bien compris ?

- Je ne faisais que dire la vérité, je te…

- Je ne parle pas de cette stupide discussion mais des Buses que tu viens de repasser.

- Quoi ? Attends… Ne me dis pas que tu crois encore que j'ai triché !?

- Non je ne le crois plus. C'est justement là tout le problème, tu aurais dû nous dire que tu n'avais pas triché au lieu d'organiser cet…

- D'organiser… ? Mais ça ne va pas !? Tu oses prétendre que c'est moi qui aie insisté pour repasser mes Buses ?! Et puis… Je vous ai dit que je n'avais pas triché et… Tu te trompes de problème, se reprit James. Mael n'a pas eu à jurer à son père qu'il n'avait pas triché. Je veux dire, je n'aurais jamais eu à refaire tout ça si vous m'aviez cru maman et toi. La vraie question c'est pourquoi tu as cru que j'avais triché ? Pourquoi moi ? C'est cette question que tu dois te poser. Pourquoi as-tu fait comprendre à ton fils de seize ans que tu n'avais plus aucune confiance en lui ?

- Cesse de jouer les victimes, James.

- Et pourquoi ? C'est moi qui viens de repasser mes examens. Pas toi. Parce que moi je te crois quand tu dis que tu as réussi, je crois tout ce que tu dis parce que tu es mon père. Pourtant toi tu ne me fais plus confiance depuis longtemps.

- Tu n'as rien fait pour que je t'accorde ma confiance, répliqua Harry, vexé.

- Je pensais que le simple fait d'être ton fils suffirait. Je pensais qu'accepter de subir cette mascarade, que tu as orchestrée, suffirait. Je pensais que pardonner sans réfléchir à toutes tes piques blessantes et sans amour suffirait. Je pensais qu'un jour… Qu'un jour tu m'aimerais comme un fils. Avec douceur et tendresse, complicité et fierté. Je pensais qu'un jour tu me verrais autrement, comme un garçon normal qui fait ce qu'il peut pour éviter les erreurs, pour ne pas les reproduire, pour mener son équipe à la victoire, qui travaille dur pour ramener de bons résultats… Je pensais qu'un jour tu te dirais… « Il n'est pas parfait mais c'est mon fils et je l'aime. » Mais visiblement, je me suis trompé.

Alors qu'il tournait pour la première fois le dos à son père, alors qu'il marchait, mains dans les poches et tête baissée vers la forêt interdite, alors qu'il faisait mine de pas voir les regards tristes de ses amis, assis à quelques mètres de lui, James ne ressentit aucune fierté.

Il s'était opposé à son père, oui. Pour la première fois. Néanmoins, les regrets avaient chassé les remords, sans qu'il ne connaisse la douce quiétude qu'il avait tant espérée.

Il regrettait de ne pas avoir réagi plus tôt, de ne pas avoir refusé que cet évènement se produise.

Il regrettait d'avoir laissé la situation devenir si complexe qu'elle ne se résoudrait jamais.

Il regrettait d'espérer encore si fort que son père le retienne, accoure derrière lui, démente ses paroles.

Il savait, pourtant, que le Survivant n'en ferait rien. Il savait qu'il s'engouffrerait seul dans la forêt interdite et qu'il n'aurait pas la force de retenir les larmes. Il savait que son père ne réfuterait pas ses craintes, n'apaiserait pas son amertume.

Il regrettait que subsiste encore en lui un espoir de voir naitre l'amour dans les yeux de son père.

ooOOoo

- Un jour je tuerai cette camelote de Survivant.

La haine déformait ses traits, rendait plus rauque encore sa voix pleine d'aigreurs. Scorpius Malefoy en frissonna légèrement. Jamais son parrain n'avait paru plus effrayant qu'en cet instant précis.

- Tu n'en feras rien, fiston. Le petit aura bien besoin de toi et tu ne lui seras d'aucune utilité à Azkaban. Ils seraient fichus de t'y envoyer à vie et ce serait bien dommage, rappela le vieux James.

Blaise Zabini acquiesça, les yeux résolument fixés sur James, ce garçon qui avait tant besoin d'un père.

Non conscient qu'il était observé par un homme qui partageait sa douleur, un adolescent qui se serait volontiers glissé dans ses bras, un vieil homme édenté et deux de ses fidèles compagnons à quatre pattes, James s'introduisit dans la forêt. Seul.

L'attroupement inédit demeura à l'abri des bosquets, en toute illégalité.

- Va, Athéna. Va et suis-le de loin. Le petit a besoin d'être seul un moment. Va et protège-le. Protège celui qui sera bientôt ton maître.

Athéna pressa sa tête contre la jambe de son maître et se faufila entre les herbes, rapide et discrète.

La bouche du vieil homme se tordit en un sourire qui laissa entrevoir ses trois dents. Et Scorpius détourna le regard, gêné de ressentir un soupçon d'écœurement pour cet homme qu'il respectait pourtant. Et qu'il ne finissait pas de redécouvrir.

Quelle n'avait pas été sa surprise lorsque Drago Malefoy avait prononcé les premiers mots de la journée. « Blaise va venir te chercher. Il ne m'a pas dit où vous alliez mais il savait que tu viendrais. Il y avait un chien avec lui… Une femelle. Graziella. »

Le cœur de Scorpius avait fait un bond et il s'était empressé de se changer, arborant des vêtements plus pratiques, bien décidé à partir à l'aventure. Avec Graziella.

Quelle n'avait pas été sa surprise de revoir Poudlard. Encore. Tout le temps. D'y retrouver le vieux James et Athéna. De voir James de loin, de suivre son épreuve, de le soutenir sans qu'il ne le sache.

Quelle n'avait pas été sa surprise lorsque l'historienne Nicoletta Niccolo les avait rejoints. D'une taille impressionnante – Scorpius s'était tant penché en arrière pour entrevoir le visage de la vieille femme qu'il en était tombé – l'historienne semblait bien connaître le vieux James.

« Tous deux n'ont plus que trois dents, ça rapproche », avait murmuré Blaise, faisant rire Scorpius d'un éclat gêné.

- … et comme de par hasard, l'Auror qui jugeait le petit dans l'arène n'est autre que celui qui a pris en charge la formation d'Elvis Zigaro…

- Je m'en doutais un peu, avait avoué le vieux James.

- Ce qui explique ma présence ici, avait souri Nicoletta Niccolo, dévoilant ses trois dents. Il m'a prise pour une grabataire et j'en ai bien profité. C'est pas dit qu'il sorte facilement de ce placard à balais, mais sait-on jamais, c'est un Auror quand même, alors j'ai coloré ses cheveux en sorbet mangue…

- Ma couleur préférée !, se réjouit le vieux James.

- Trois mois sans pouvoir la retirer, ça lui fera les pieds à ce sorcier de pacotille !

- D'autres soupçons ? La truc-muche des arts divinatoires m'a semblé douteuse…

- Agnès Vablatsky l'a piégé, en effet, confirma l'historienne. Elle manipulait à distance son être de papier. Mais le jeune James l'a eue à son tour avec les feuilles de thé… J'ai bien rigolé ! Quant au feu sacré…

- Le feu sacré ne ment jamais, coupa douloureusement le vieux James.

Le sourire édenté de Nicoletta Niccolo s'était envolé. Le vieux James était plus grave que jamais. Scorpius, qui n'avait pas choisi l'option de Divination, ne comprenait pas leur grande inquiétude. Pas plus que Blaise, qui n'avait d'yeux que pour son fils.

- J'ai peur me tromper, leur murmura Blaise. Attendre sa majorité pour le rencontrer… J'ai peur d'arriver trop tard.

- Les sortilèges de protection qui l'entourent en raison de son présumé lien avec Harry Potter ne prendront fin qu'à sa majorité, fiston.

- Je le sais bien, soupira Blaise. Mais…

- Il est bien plus fort et persistant qu'il ne le croit. Garde confiance, fiston, en lui et en ses proches. Et en nous, aussi. Nous veillerons sur lui. Mais pas à ta manière. Tu dois congédier tes indics.

- Mais…

- Scorpius sera près de lui. Graziella lui apportera nos conseils. N'oublie jamais la force du lien qui les unit.

Scorpius sentit les yeux de Blaise le scruter minutieusement. L'aïeul édenté de Blaise, le « vieux James » leur avait compté une ancienne légende sorcière selon laquelle, à ce qu'avait compris Scorpius, le fils oublié et le filleul d'un homme seraient frères d'âme. C'était, du moins, ce qu'en avait retenu un Scorpius légèrement boudeur de se voir lier fraternellement avec celui qui, le temps d'un rêve, volait nu sur son balai, les cheveux plus ébouriffés que jamais par le vent.

Complice et attentionnée, Graziella frotta sa tête contre la jambe de Scorpius, lui apportant soutien et réconfort.

- Les choses ne devaient pas se passer ainsi, maugréa Blaise.

James englouti dans la forêt interdite, il avait reporté son attention sur l'entrée du château, où un Harry Potter enfantin, penaud et fautif se faisait réprimander par Minerva Mac Gonagall. La voix de l'ancienne professeur de Métamorphoses, qui hurlait à présent, parvint jusqu'à Scorpius.

- … s'il y a bien une personne qui pouvait le voir comme James, juste James, et pas comme James Potter, l'héritier dont on ne cessera de répéter qu'il a tout acquis dans la vie à cause de son nom de famille, c'est bien toi, Harry !

Tout d'abord surpris que Minerva Mac Gonagall tutoie Harry Potter malgré la centaine d'années qui les séparait, Scorpius réalisa qu'ils s'étaient battus côte à côté contre Voldemort, - et donc contre son propre père – et qu'ils avaient dû devenir amis. Ce qui n'empêchait désormais plus Minerva Mac Gonagall de remonter la baguette du Survivant. Et de remonter dans l'estime de Scorpius. Mais pas que.

- Cette vieille chouette fripée est ma nouvelle idole !, s'exclama Blaise.

Malheureusement son sourire s'éteignit aussitôt que Minerva Mac Gonagall se fut tournée vers Ginny Potter pour lui affirmer à quel point elle l'avait déçue.

- Elle a au moins eut le mérite de léguer au gamin sa ténacité, remarqua le vieux James.

- Il s'appelle James, rectifia Blaise. Il n'est plus un gamin. Et Ginny a bien d'autres qualités que…

- J'en doute. Mais je ne remets pas en doute sa ténacité. Toi, fiston, tu n'aurais pas repassé une telle épreuve en de telles circonstances.

- C'est certain, acquiesça Blaise. Il s'en est bien sorti, hein ?

- Mieux que bien, appuya Scorpius.

Le jeune Serpentard était agréablement surpris et impressionné par les prouesses, le talent et les efforts fournis par James. Et ce, dans de nombreuses matières. Si tout un chacun à Poudlard savait que Scorpius, au même titre que Rose Weasley et Natasha Kandinsky, était un élève brillant, notamment dans les Sortilèges, la Défense contre les Forces du Mal et les Potions, James conservait, bien malgré lui, l'étiquette de celui qui ne venait en cours qu'entre deux entrainements de quidditch, n'étudiait jamais et ne récoltait que des résultats moyens, dus à une facilité forcément héritée de son père, réputé comme si brillant.

Scorpius ne cessait de penser à ce que lui avait confié son père sur le potentiel et les résultats scolaires du Survivant – « un élève vraiment passable, tu peux me croire », d'autres parents avaient dû en parler à leurs enfants, mais la réputation du Survivant, comme celle de son héritier, demeurait, sans que nul ne la remette en question.

Et malgré ses excellentes notes, les graves accusations d'usurpation et de tricherie qui pesaient désormais sur James n'aideraient pas à changer l'opinion des gens. Il resterait, à leurs yeux, ce gamin paresseux n'ayant d'autres talents que ceux offerts par son héritage.

Mais pas aux yeux de tous, se dit Scorpius en jetant un regard amusé à un Blaise plus que fier.

- Mon fils est très intelligent, affirmait-il en bombant le torse.

Il regarda tour à tour Scorpius et Graziella, qui s'empressèrent d'acquiescer de bon cœur, et son aïeul, ce vieil édenté, le « vieux James aux mille animaux », cet homme qui, à défaut de tout savoir, déployait l'insouciance et l'enthousiasme de tout découvrir.

- Ce n'est pas l'intelligence qui fait la valeur d'un homme, fiston. C'est la façon dont il l'emploie.

- C'est beau, ne put s'empêcher de reconnaître Scorpius, admiratif.

- C'est pas de moi, c'est d'Einstein, s'esclaffa le vieux James. Une sorte d'alchimiste moldu. Un gros cerveau, comme ils disent.

- Un type dans ton genre, songea Blaise avec un sourire.

- Non, fiston, mon genre, notre genre, appuya-t-il en désignant la forêt qui abritait toujours James, c'est les grandes poches.

Le vieux James délogea un épais grimoire de la poche trouée du vieux jean moldu dont il était vêtu.

- Les gros cerveaux écrivent les gros livres. Les grands curieux s'en remplissent les poches.

Alors que Blaise et son grand-père continuaient de parler de James et des liens qui les unissaient, Graziella et Scorpius se dégourdirent les jambes, le garçon suivant la chienne qui, visiblement, voulait lui confier quelque chose.

- Tu es bien malicieuse, Graziella.

- As-tu lu le titre du livre que mon maître nous a montré ?

- Non, répondit Scorpius, surpris.

- Il n'a pas sorti celui-ci par hasard, pourtant, tu peux me croire. Quelque chose me dit que James, et donc toi, serez très vite intéressés par le sujet.

Scorpius fronça les sourcils mais demeura serein. Il n'était plus inquiet, depuis que Graziella faisait partie intégrante de sa vie.

Quelques mètres derrière lui, un vieil homme glissait un vieux grimoire dans sa poche.

Un grimoire qui n'avait été publié qu'en deux exemplaires.

Un grimoire dont le frère jumeau était posé sur le tapis d'une chambre exigüe et colorée, près de deux jeunes adolescentes, dont l'esprit inquiet voguait justement jusqu'à Poudlard.

Un grimoire au titre mystérieux.

Memento Mori.


Voilà. Un an après, le petit James a bien grandi. Et moi aussi, quelque part, je sors grandie de cette première année passée ici avec vous. 19 chapitres, 400 000 mots, et le mystère « Memento Mori » enfin arrivé. De quoi amorcer la seconde moitié de cette histoire ! Alors… à très vite :)