Hey hey ! Après qu'on m'ait chuchoté à l'oreille que deux semaines après un cliffhanger pareil, c'était vraiment sadique , voilà le chapitre 7 du Conte Ensanglanté pour la Chandeleur ! C'est un chapitre un peu transitoire, mais bon, pour arriver au plus intéressant, il faut bien passer par là !
Bonne lecture !
Le Conte Ensanglanté : Settimo Nocturno
Sarah resta sans voix, deux, trois secondes. Quant au vampire qui se tenait à la porte, la main toujours sur l'encadrement, il gardait cet air choqué au possible. La femme essaya d'évaluer ses possibilités, mais rien ne vint pour le moment.
Il l'avait vu.
Il l'avait vu en train de faire de la magie.
Il savait ce qu'elle était.
Vite. En une seconde, se fichant que sa vitesse soit considérée comme humaine ou non, elle se retrouva devant la porte, la main sur la poignée. Par réflexe, le vampire recula. Parfait. Elle essaya de paraître la plus effrayante possible :
« Oublie ce que tu as vu. Ne répète à personne ce que tu as vu ici. Personne, tu m'entends ? »
Elle claqua la porte, comme si mettre un obstacle entre Shiki et elle pourrait effacer les dernières minutes. Elle se jeta sur le lit, ses mains vinrent cacher son visage, l'anxiété après le choc commençant à monter en. Non non non… La seule chose qu'elle n'était pas censée révéler, venait d'éclater au grand jour.
Sarah avala mal sa salive, ne se souvenant que trop bien ce qui arrivait aux sorcières qui n'arrivaient pas à garder leurs secrets.
Reprends-toi, Sarah. Maintenant.
Elle plissa les yeux, son regard vairon eut un éclat de réflexion. Kaname Kuran était au courant, mais il n'avait rien dit, pour son propre bien… Et Senri Shiki ferait pareil.
Mais pour l'instant, elle allait essayer de l'éviter, le temps de voir ce qu'elle pourrait faire pour être sûre qu'il ne dirait rien. La fille aux yeux vairons pensait qu'il était encore trop sous le choc pour en parler à quelqu'un. Il était aussi du genre à garder les choses pour soi. Elle avait un petit lapse de temps…
Mais d'abord, elle allait devoir s'occuper de son bazar. Sarah se releva agilement et fusilla ses affaires au sol. Les dernières preuves de son acte. Elle aura au moins eu ses réponses. Ce qui lui faisait un souci en plus, d'ailleurs. La jeune femme pesta contre la situation qui allait de pire en pire.
N'empêche qu'il aurait pu s'annoncer, aussi.
Senri rentra dans sa chambre plus vite qu'il ne l'avait jamais fait auparavant, tout en se demandant s'il n'avait pas réveillé tout ce qu'il venait de voir. Heureusement pour lui, Takuma n'était pas là, sûrement encore en train de discuter avec Kaname. Parfait. Il ne serait pas totalement affolé en le voyant paniquer comme jamais.
Le vampire ferma la porte rapidement, essayant de se calmer un tant soit peu. Des objets qui lévitent. Sarah qui avait l'air de les contrôler comme lui aurait pu maîtriser son sang pour en faire un fouet. Jamais on n'avait vu cela chez un humain, en tout cas pas à sa connaissance. Senri passa une main dans ses cheveux, réussissant à retrouver une respiration normale.
Du sang. S'il mangeait, il serait capable de réfléchir un peu mieux à tout cela. Il alla se remplir un verre et y jeta des blood tablets. Quatre, sept ou dix, il ne saurait le dire. Senri but le verre d'une seule gorgée, faisant fit du goût atroce de celles-ci.
De la magie. De la foutue magie. Comme l'aurait fait ces horribles femmes dans les contes d'humains. Des sorcières ?... Il croyait que c'était ça, le mot exact. Peu importe. Son esprit se fit plus clair après quelques instants, et le vampire se rendit compte de la lettre qui traînait encore sur son bureau. Celle à laquelle il n'avait pas encore répondu. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette lettre lui faisait plus peur que ce dont il avait été témoin aujourd'hui. Depuis quand Senri avait-il commencé à avoir peur de sa mère ?
Peur, pitié, amertume. C'est ça qu'elle t'a appris, en même temps qu'elle te transformait en une poupée malléable.
Son éducation lui avait certes épargné des ennuis. Être discret, loin des projecteurs des politiciens vampiriques, tout en devenant le plus autonome possible dès son plus jeune âge… Dans ses derniers instants où sa mère avait eu toute sa tête, elle lui avait appris à se débrouiller. Puis, elle s'était servie de lui tout en le laissant lui-même bander ses blessures …Senri plissa un peu les lèvres, posant son regard fatigué vers cette lettre. Cette maudite lettre.
Il prit une feuille et relit la lettre, en eut l'estomac retourné, encore une fois. Cette fois, il devrait répondre. Peut-être que Senri pourrait encore reculer l'échéance aux prochaines vacances… Il soupira doucement, triturant le stylo plume, ayant couché le nom de sa mère, Mizuki Shiki.
Takuma choisit ce moment-là pour rentrer dans la chambre, et il fut surpris de voir son camarade de chambre assis au bureau. C'était rare, ça.
« Bah ? T'es couché à cette heure-là, Senri. Quelque chose ne va pas ? »
Le brun se retourna vers lui, reprenant son éternel air fatigué. Il haussa les épaules et répondit d'un ton las :
« J'avais encore quelque chose à faire. Je prends la salle de bains. »
Et Senri se leva, abandonnant la lettre au fin fond d'un tiroir : cela attendrait… Par contre, ce qu'il avait vu ce soir ne pouvait être reporté indéfiniment. Sarah Darkwing avait des comptes à rendre…
Il faisait encore nuit quand l'ascenseur s'ouvrit silencieusement, dans le couloir du dernier étage de la Guilde. Lentement, quelqu'un franchit le seuil de cette énorme cage en acier, et se traîna jusqu'aux doubles portes, au fond. La lumière qui passait à travers l'une des grandes fenêtres éclaira un instant une clé et avec un grincement, les bois laissèrent à la vue de tous un bureau imposant.
Un siège roulant fit son chemin avec un peu de mal jusqu'à l'énorme bureau en ébène, des mains commencèrent à chercher parmi les dossiers.
Allez, il doit bien avoir les dernières correspondances entre Père et le Sénat là-dedans…
Anya fronça les sourcils tout en essayant de ne pas déranger le bureau. Merci à quelques pots de vin, les Hunters de garde ne devraient pas passer pendant la prochaine demi-heure. Elle espérait avoir besoin que de ce temps-là pour trouver la preuve qu'Edouard prévoyait bien quelque chose par rapport à l'académie. Ça faisait quelques jours qu'il était facilement irrité et qu'il ne souhaitait parler qu'à Hélène, celle-ci devant faire des allers-retours éclairs entre le Sénat et la Guilde. Tout le monde fermait les yeux, malgré l'étrange aspect de la situation.
Pas elle. Terminé la confiance aveugle. Ses mains pausèrent pendant un court moment : un dossier qui avait été récemment ouvert. Confidentiel. Bingo. Anya sourit en coin et ouvrit pour trouver les pages les plus récentes, à la fin du dossier. Elle sentait encore l'odeur citronnée d'Hélène dessus.
Si je peux encore le sentir, c'est qu'elle les a apportés récemment…
La jeune femme rapprocha son fauteuil roulant et ouvrit enfin la lampe torche pour regarder de quoi il en retournait exactement. La dernière feuille, une copie d'une lettre, était signée Asatô Ichijo, et datait d'il y a deux jours. Anya aurait peut-être dû se dire que c'était bien trop facile, d'accéder aussi rapidement à ce qu'elle voulait. Mais ce qu'elle lut lui retourna l'estomac d'effroi.
« …. Nous avons retrouvé la trace de la très noble Hio Shizuka, restée alors introuvable depuis le tragique accident des Kiryu…. On l'aurait aperçu près de l'Académie Cross, à guetter les environs, accompagnée d'un homme […]. Comme convenu, je vous ai livré le détail de ses déplacements et les dernières personnes qu'elle a été voir. J'espère que vous tiendrez votre promesse, mon ami. »
L'Académie Cross ?...
Eh merde ! Sarah est-elle prévenue ?
Anya plissa les yeux, ses doigts feuilletèrent le dossier dans l'espoir de trouver autre chose, alors que ses pensées fusaient à cent à l'heure. Peu probable qu'il ne l'ait fait. Quant à sa « promesse » citée, elle voudrait bien mettre sa main au feu qu'il s'agissait de ne rien dire. Promesse qu'il avait tenue. Il n'avait pas eu trop de soucis, vu que personne ne le questionnait. Et dire qu'un sang-pur se dirigeait vers l'académie où résidait sa fille !
Je me fiche de savoir si ça fait encore partie d'un de ses plans. Il y a trop de vies en jeu… Bon sang, envoyer une cinglée de Sang-pur dans une académie remplie d'humains ! Il faut que je prévienne Sarah.
La lettre parlait d'un document joint… Pourtant, je ne le vois pas dans le dossier.
Anya plissa les yeux, oubliant sa colère contre son père deux secondes pour essayer de retrouver ce qui pourrait bien être une bonne piste pour savoir ce que préparait Hio. Entrer dans un territoire neutre ne serait pas facile, même pour elle. Et ça…ça pourrait bien être le document pour aider sa sœur à arrêter la sang-pure avant qu'elle ne ravage tout ce qui se trouverait sur son chemin.
Elle ferma le dossier et regarda le bureau encore une fois. Pas dessus… L'agenda ? Une survolée sur les documents dedans, elle ne trouva rien. Puis, ce fut le tour du classeur des codes confidentiels. Le petit faisceau que produisait la lampe fusa de droite à gauche, puis Anya ferma le porte-document avec violence. Non, pas ici ! La brune glissa un regard vers le tiroir et s'apprêta à l'ouvrir, avant de s'arrêter brusquement, tournant la tête vers la porte.
Des bruits de pas. Impossible que la demi-heure se soit passée si vite !
La princesse Hunter fronça les sourcils, son regard se posant à nouveau sur le tiroir. Avant qu'elle ne s'en détache et qu'elle remette un tant soit peu d'ordre sur le meuble, comme il l'était auparavant. Elle n'avait pas le temps. Elle ne pourrait aider personne si elle se faisait prendre. Vite, elle attrapa sa lampe torche et commença à rouler, fermant la porte avant de foncer vers l'ascenseur.
Les pas s'étaient arrêtés depuis un moment déjà. Quand l'ascenseur fut redescendu, les bruits réguliers reprirent, se rapprochant du bureau. Hélène sourit, en voyant qu'Anya n'avait pas refermé la porte derrière elle. C'était elle qui lui avait foutue une telle frayeur ?... Elle secoua la tête, avant d'entrer. Quatre enjambées et elle regarda le bureau, haussant un sourcil parfaitement dessiné. Le dossier confidentiel…Ah. Elle le replaça plus à droite. Voilà, parfait. La femme aux cheveux blancs s'affala dans le fauteuil confortable de son père, se demandant bien ce qu'elle allait faire maintenant.
Anya, Anya… Pourquoi tu t'es risquée à venir ici ?...
Le contenu de la dernière lettre, sûrement. Hélène devait l'avouer, sa petite sœur avait toujours eu des pressentiments qui se révélaient précis et exacts. Elle avait dû sentir le complot de son père. Et son instinct de maman poule lui avait aussi dit que ses informations pourraient aider Sarah, à tous les coups. L'aînée de la fratrie renifla, tout en tirant une cigarette de sa veste avant de se l'allumer.
Sa sœur était une idiote. Si leur cadette avait vraiment été en danger, leur père aurait fait quelque chose. Briser une promesse faite au Sénat n'avait jamais été un problème pour lui. Hélène tira une bouffée de fumée, ayant soudainement envie de rire. Quant on y pense, on se rend bien compte que la sang-pure court à sa perte. Elle-même devait bien savoir... Trop de pions sont contre elle. Shizuka Hio était parfaitement au courant que Kaname Kuran était là-bas, et si elle avait bien observée, elle savait que Sarah y était aussi.
Soit elle sait parfaitement ce qu'elle fait et compte tout simplement mettre en scène sa mort de façon théâtrale, à l'habitude des sang-purs… Soit Hio était devenue plus folle que l'on ne le dit et son envie de vengeance contre le dernier Kiryu aura été plus forte que son instinct de survie. Dans les deux cas, l'issue est la même pour elle.
Quant aux autres, tout dépend de comment ils réagiront afin de pouvoir tirer avantage de la situation…
Un autre test, encore un pour toi Sarah.
Hélène fit tomber la cendre dans une petite coupelle en cristal avant de soupirer et de remettre la cigarette à sa bouche. Elle était très attachée à Zero et Ichiru Kiryu, auparavant… Le but de son père sera sûrement de voir comment elle réagit en voyant les deux revenir à la charge dans une situation dangereuse.
Bah. Pas possible que cela se passe mal. Pour Anya par contre...
La blonde glaciale plissa les yeux au souvenir. C'est vrai. Père lui avait dit de le prévenir si Anya tentait autre chose, malgré son exil en résidence secondaire. De toute évidence, il avait eu raison de s'inquiéter…
Je laisse couler ou pas… ?
L'aînée ne savait pas ce que ferait son père s'il venait à savoir pour la « petite promenade nocturne » d'Anya. Sûrement quelque chose de sévère. Cependant, Anya allait tout dire à Sarah. Prise d'un doute, elle regarda le dossier.
Il n'y a pas la liste. Papa l'a donc bien rangée autre part. Voilà pourquoi elle s'est éternisée ici…
Sa « demi-heure » de liberté était largement écoulée, après tout. Hélène devrait se souvenir de payer grassement les officiers de garde, tiens. Si elle résumait bien, elle pouvait juste prévenir Sarah que Shizuka Hio était en direction de l'académie…Possiblement accompagnée.
Il n'y a pas assez d'informations pour que ce soit vraiment un gros problème, alors. Autant la fermer et satisfaire tout le monde…
Ça lui éviterait de mal dormir cette nuit. Elle écrasa son mégot dans la mini-coupelle, avant de réarranger encore une fois le bureau. Hélène se releva, admirant le travail. Parfait, au centimètre près. Satisfaite, elle jeta ses déchets et sortit du bureau, bouclant le tout à clé.
On verra bien ce que donneront les prochains jours, alors….
Le bruit insupportable de la Day Class fut étouffé par les portes du bâtiment de cours, Dieu merci. Les oreilles de Sarah n'en pouvaient plus, et vu les regards légèrement agacés des autres, elle n'était pas la seule à être gênée.
Arrête de te plaindre et vas plutôt t'asseoir comme une gentille fille. Tu n'es pas censée faire de vagues, en ce moment…
La jeune fille plissa les lèvres cependant, elle s'écouta et alla directement au deuxième rang, prête à écouter alors que les autres s'installaient paresseusement. Kain et Aido parlaient de leurs exploits de la Saint-Valentin – enfin, plus exactement Aido monologuait dessus, et Kain ne pouvait rien faire à part l'écouter-. Kuran passa près d'elle, Seiren, éternelle ombre à ses côtés, la regardant un instant avant de se reconcentrer sur son maître. On dirait qu'elle n'avait pas oublié ce qui s'était passé à l'anniversaire d'Ichijo, tiens. Sarah sortit son thermos pour se servir un chocolat chaud.
« Tu as répondu à ta mère ?...
-Non, pas encore… »
Deux chuchotements et pourtant cela suffit à faire frémir un tant soit peu Sarah, celle-ci glissant un coup d'œil à sa droite. Les deux modèles, toujours aussi nonchalants, allèrent s'installer au fond, comme si rien n'était. La rousse pouvait supposer qu'il n'avait rien dit, si les vampires n'avaient pas encore essayé de l'assassiner dans son sommeil. Elle ne savait pas si elle devait être contente ou non.
Quinze heures que Senri Shiki avait appris son vilain petit secret. Quinze heures depuis que la femme avait essayé de trouver le sommeil, sans y parvenir. Elle l'étudia de loin. Tranquille, affalé comme d'habitude sur le bureau, il sortit une boîte de Pocky. Il ne laissait rien transparaître, son masque de marbre étant comme toujours, son meilleur atout pour se cacher des autres.
Il s'est plutôt bien remis de son choc, tiens. Bonne nouvelle ou non ?...
Et bien sûr, c'est dans les moments où elle a le plus besoin de savoir ce qui pouvait bien se tramer dans la tête de quelqu'un qu'elle n'arrivait pas à le déchiffrer. Bravo, vraiment… Sarah le fusilla du regard. C'était frustrant. Essayer de décrypter quelqu'un et échouer, alors qu'on est généralement bon dans ce domaine-là.
Senri Shiki, tu es un emmerdeur, j'espère que tu t'en rends compte.
La rousse détourna les yeux quand il se rendit compte qu'elle le fixait. Heureusement pour elle, le prof entra à ce moment-là. Enfin, un peu de calm…
« A partir d'aujourd'hui, je vous enseignerai l'éthique. Mon nom est Yagari Toga. Ravi de travailler avec vous, Vampires. »
Sarah n'avait jamais tourné la tête aussi vite, fusillant du regard le bureau et l'homme qui s'y tenait. Quoi ? Ne lui dites pas qu'il allait rester ici indéfiniment !? Ce fut au tour de Yagari de plisser les yeux en la voyant, avant de faire un petit sourire narquois.
« Et mademoiselle Darkwing. Quelle…agréable surprise. »
Seulement pour toi.
Yagari Toga ne l'aimait pas, ce n'était pas nouveau. Elle était l'une des filles d'un homme qu'il exécrait et il n'appréciait pas particulièrement ses manières de faire. Ajoutons à cela ce qu'il s'est passé avec Zero et Ichiru… La jeune femme plissa les lèvres, tandis que les murmures s'élevaient. Yagari, comme le nom de l'Hunter numéro un de la guilde, demandaient-ils. Malheureusement pour eux, ils avaient raison. Sarah ne répondit pas, regardant simplement l'homme. C'est…surprenant. S'il devait avoir une couverture pour pouvoir rester, il aurait très bien pu se trouver un poste d'enseignant pour la Day Class. Là où était Zero.
A moins qu'il ne veuille surveiller aussi les vampires. A voir. De toute façon, il n'était là que pour ses propres raisons. A partir de là, je ne devrais pas de trop me concentrer sur son cas, ça ne va m'apporter que des ennuis.
« Que fait la meilleure chasseuse de son année ici ? Ton père était si désespéré que ça pour tes capacités en maths ? »
Ah, le salaud.
Elle plissa les yeux vers lui, sachant pertinemment qu'il avait l'attention de tout le monde. Elle répondit avec une certaine précaution :
« Que veux-tu, avoir un cursus un tant soit peu normal semblait une bonne idée. Fais attention à ce que tu dis Yagari. On m'a demandé de ne pas tuer de vampires ici, on ne m'a rien dit pour des Hunters effrontés… »
Il eut un petit sourire : apparemment, il ne s'attendait à rien de moins. Leur relation avait le mérite d'être clair. Sarah se redressa un peu sur sa chaise, sortant son carnet, alors qu'il se réadressait à la classe :
« Mettez-vous à l'aise, vous tous. A partir de maintenant, je suis un excellent professeur qui détient une licence d'enseignement. »
La Night Class dans son ensemble haussa les sourcils, légèrement sceptique à l'idée. La jeune femme ne les blâmait pas, sur ce coup-là. Elle eut un petit sourire, entendant alors Kuran parler :
« Espionneriez-vous la Night Class ? Ou y aurait-il un vampire que vous aimeriez tuer, Yagari-…sensei ?
-Ravi de te rencontrer, Kuran Kaname-kun. Malheureusement, la liste des exécutions est vide pour le moment. Mais si tu tentes de t'endormir pendant mon cours, je pourrai peut-être t'ajouter. »
Attention Toga, il y a des choses qu'il ne faut mieux que penser devant une meute de vampires nobles…
Ça ne tarda pas, Hanabusa et Ruka montèrent vite sur leurs grands chevaux pour sauver l'honneur de leur grand roi :
« Comment osez-vous le menacer ?
-Ruka, calmes-toi… »
A cela, Kaname ne fit que sourire tout en fermant son livre.
« Je tâcherai de m'y tenir, Yagari-sensei. »
Ce fut le dernier moment de tension dans cette pièce, avant que le chasseur ne commence le cours. Sarah écouta d'une oreille distraite -après tout, lui qui enseigne la morale et les principes de la société aux vampires ? C'était une belle ironie des choses. Elle secoua la tête distraitement, griffonnant des notes par-ci par-là alors qu'elle réfléchissait à sa situation toujours ambigüe.
Elle devrait aller voir Shiki, tenter la deuxième approche. En même temps, elle redoutait ce moment-là, et inconsciemment, elle faisait tout pour le retarder. Sarah soupira mentalement. Elle avait toujours eu une tendance à éloigner le plus possible les conflits, au lieu de crever l'abcès -chose qui serait, elle le savait, sans doute mieux dans la plupart des cas-. L'envie, c'est qu'elle n'avait pas l'avantage. Ses yeux vairons glissèrent jusqu'à regarder le fond de la pièce. Il était là, à grignoter des Pockys, avant de rencontrer son regard, comme s'il avait senti sa présence.
La jeune femme plissa les lèvres, le regardant deux, trois secondes avant de regarder à nouveau son carnet, où des notes rapides et pointues étaient disséminées. Ah. Elle allait encore avoir un mal fou à se relire…
Sarah essaya d'ignorer le regard bleu qui lui glaçait le sang, jusqu'à la fin du cours. Alors que Yagari allait s'en aller, elle lui demanda un mot. Ça paraîtrait suspect peut-être pour Kuran, mais tant pis.
« Toga. Je ne pensais pas te voir un jour enseigner à des vampires…
-Je ne pensais pas voir la princesse au milieu d'une classe de vampires. On est quittes on dirait. » fit-il, en haussant les épaules, allumant une cigarette une fois sorti de classe.
Sarah fronça les sourcils et regarda si les lourdes portes de la salle s'étaient bien refermées, alors elle baissa d'un ton, très peu contente :
« Baisse d'un ton, veux-tu bien. Ils ne savent pas pour mon rôle à la Guilde. D'ailleurs, ne fais pas l'innocent, le directeur a dû bien te dire que j'étais là… »
Vu comment Yagari Toga n'aimait pas la famille royale, ce qui l'impliquait elle, bien entendu, il aurait été de très mauvais goût de la part de Kaien de ne pas le mentionner. Yagari serait revenu lui mettre une balle entre les deux yeux pour la mauvaise surprise. La jeune fille regarda patiemment l'homme, avant de reprendre :
« Si tu es là, c'est pour Zero, non ? »
Question rhétorique. Sarah supposait que cela aurait été bizarre qu'elle ne le demande pas. Après tout, le chasseur n'était pas censé savoir qu'elle les avait espionnés pas plus tard que la veille… Yagari hocha la tête après avoir plissé les yeux en réaction à sa question :
« Pour quelle autre raison serais-je là sinon ? En quoi ça t'intéresse, chasseuse Darkwing ? Il me semble que tout ce qui t'intéresse, c'est chasser et ta famille. »
Sarah avala très difficilement la manière dont il prononça « chasseuse Darkwing ». Un mépris total. D'accord, elle n'avait pas toujours pas pris les bonnes décisions par le passé, surtout concernant Zero. Mais est-ce que ça suffisait pour engendrer tant de condescendance ? Faut croire. Elle secoua la tête, essayant de répondre calmement :
« On voit bien que tu me connais mal, Toga. Bien sûr que je m'inquiète pour lui. »
C'était mon meilleur ami, elle aurait bien rajouté, mais elle savait que cela ne lui vaudrait qu'un commentaire méchamment vrai de la part du chasseur. Elle laissa tomber. Plutôt, elle décida de mettre fin à la conversation :
« Un conseil, ne te moques pas indéfiniment de Kaname Kuran. Tu ne vas plus jamais pouvoir dormir sur tes deux oreilles sinon.
-C'est en jouant la gentille fille comme ça que tu trouves le sommeil parmi ces sangsues ? Tu me déçois. »
Ça fait bien longtemps que j'ai perdu une bonne partie de mon sommeil, crois-moi.
Elle ne fit que sourire et regarda l'heure. Bientôt l'heure du cours de Dessin. Enfin une chose qui s'annonçait bien ce soir. Sarah secoua la tête, son sourire en coin s'installa sur son visage, alors qu'elle fit un geste moqueur de la main – quelque chose qui transcrirait bien son attitude « normale » de princesse-.
« On se verra au prochain cours, sensei. »
Elle perdit le sourire une fois qu'elle eut prit le tournant du couloir. Elle était loin d'apprécier l'homme… Elle espérait juste qu'il s'amuserait à l'ignorer, comme à la Guilde. La jeune femme avait mieux à faire que de l'avoir dans ses pattes.
Au moins, il n'avait pas amené Ichiru sur la table…
Sarah secoua la tête, avant d'ouvrir la porte du deuxième atelier, celui réservé non pas à la peinture mais au dessin. La professeure n'était pas encore là, alors elle profita un peu du silence complet pour réfléchir. Avec le problème Shizuka qui allait arriver à un moment ou un autre, elle avait intérêt à se faire discrète. La dernière chose dont la rousse avait besoin serait que Shizuka la considère comme un grand danger. Ou qu'elle sache qu'elle avait l'intention d'aider Zero.
Non. Elle avait d'autres priorités pour le moment. Une d'entre elles s'installant justement avec flegme sur un des tabourets à côté d'elle. Sarah prit le temps de le détailler de la tête au pied, le temps d'un instant.
Il avait toujours l'air fatigué, c'était dingue ça. Pourtant il dormait à la plupart des cours le mannequinat devait vraiment être un boulot épuisant. Shiki pouvait remercier sa nature vampirique, sinon des cernes bien bleues ou violacées seraient sans doute visibles en dessous de ses yeux. Le modèle avait toujours le dos un peu courbé, les mains dans les poches, une attitude bien je-m'en-foutiste comme on les connait.
C'était précisément à cause de cela que Sarah se méfiait un peu de lui, maintenant. La posture, le regard dénué d'émotions – à part l'ennui -, son mutisme fréquent : ça en faisait quelqu'un d'imprévisible. On avait enseigné à la jeune fille à deviner les mouvements de son adversaire à l'avance, comme on le ferait durant une partie d'échec. Son père avait toujours dit que ce serait son meilleur moyen de renverser la situation à son avantage.
Et voilà qu'elle avait à débattre avec le seul qui puisse échapper à la règle : pas de mots, pas de réactions physiques, rien. Juste des yeux d'observateurs. Et parfois, une lueur qui elle aussi, était indéchiffrable.
Sarah avait jusque-là plutôt apprécié le côté nonchalant de ce vampire aux cheveux auburn. Mais là… Elle n'était plus aussi sûre de l'aimer.
On en rigole bien jusqu'à ce qu'on soit la victime de la blague, je suppose.
La jeune femme détourna le regard, encore une fois. Elle ne pouvait pas se permettre de ne pas agir. Elle allait devoir parler à Shiki, à se trouver un arrangement. Prendre le risque de lui faire confiance, et espérer qu'il n'aille pas tout raconter au chef de dortoir.
Sarah détestait ne pas contrôler la situation. Elle avait dû se mettre des esprits à dos manifestement : elle avait de plus en plus affaire à des évènements lui échappant du contrôle. Maudits soit le destin, et les vampires aussi, tiens. Elle secoua mentalement la tête et sortit ses affaires. Prions pour que le cours soit distrayant.
La rousse sortit de ses pensées quand la professeure arriva, ainsi que les élèves. A peine avait-il tous pris leurs places que la plus âgée passait déjà entre les tables, le sourire aux lèvres, pour déposer des petits papiers soigneusement pliés devant chaque étudiant. Elle avait l'air enjouée, tiens. Le professeur retourna ensuite à son bureau, annonçant de vive voix, bien enjouée :
« Aujourd'hui nous nous concentrerons sur des portraits. Je vous ai glissé à chacun un papier, dessus sera écrit un mot, un adjectif. Dessinez-moi la première personne qui vous vient à l'esprit quand vous lirez ce mot. Vous déciderez du cadrage, de la couleur, mais essayez de faire en sorte que ce soit réaliste. »
Rien de bien compliqué, ça va.
Sarah hocha légèrement la tête, appréciant le fait que toutes ces activités finalement restaient assez libres. Elle détestait quand on donnait des consignes trop restrictives quand il s'agissait de l'art. Les limites vont à l'encontre de la créativité recherchée. La jeune femme se tourna pour prendre le papier et le déplia.
La surprise, puis un sourire attendri lui vient au visage en lisant l'unique mot sur ce bout de papier. Altruisme… On dirait bien qu'elle n'avait pas le choix, il n'y avait qu'une seule personne qu'elle pouvait véritablement considérer comme altruiste. Sarah laissa le petit mot de côté et prit un crayon de bois, histoire de faire un rapide sketch de ce visage. Deux traits assez droits pour un cou fin, un visage en forme de cœur… Sarah se stoppa quelques secondes. Si elle se souvenait bien…Sa mère coiffait ses cheveux le plus souvent en une tresse, qu'elle replaçait sur une épaule. Il faut dire qu'elle avait une chevelure assez rebelle, alors des mèches rouge carmin s'échappaient facilement de la coiffure.
La jeune femme eut un sourire et se mit doucement au travail quand elle eut un croquis digne de ce nom, sortant les crayons de couleur. La tension disparaissait de son corps alors qu'elle couchait sur le papier le teint un peu bronzé de sa mère. Un retour en enfance, en quelque sorte. Sarah se fit un plaisir de colorier cette touffe de cheveux indomptables, si semblable à la sienne. Elle arqua doucement les sourcils de son portrait, y allant doucement, avant d'ombrer le nez légèrement retroussé de sa mère. Ce qui lui prit aussi du temps, ce fut de replacer les taches de rousseur éparses sur les joues de Jin Darkwing.
Et enfin, elle arriva aux yeux. Sarah hésita, avant de retravailler un peu leur forme : elle se souvenait très bien que son père comparait les yeux de sa mère à ceux d'une biche : en amande et bien ouverts. Elle avait aussi de longs cils, bien fournis. Elle noircit bien la pupille et s'apprêta à choisir son crayon pour colorier l'iris.
Elle se figea, hésitant entre le vert et le bleu.
… De quelle couleur étaient les yeux de maman ?
Une minute passa, puis deux. Sarah plissa les yeux, ayant soudainement envie de pleurer : toute la tension lui était retombée dessus. Comment diable avait-elle pu oublier ?... Elle avait mémorisé le visage de sa mère par cœur, jusqu'au nombre de ses taches de rousseur à la cicatrice au bas du menton. Et elle ne pouvait pas se rappeler de la couleur de ses yeux ?
La jeune femme prit une grande inspiration, essuyant distraitement une larme rageuse qui s'était échappée. Et merde. Découragée et déçue d'elle-même, elle rangea rapidement les crayons dans le tiroir et alla donner le projet au professeur, ne voyant pas quelqu'un glisser des bâtons de fusain dans son sac discrètement. La chargée de classe ne cacha pas sa surprise en voyant une élève qui avait déjà fini, mais Sarah s'en fichait. Elle récupéra son sac et s'enfuit le plus vite possible de cette salle.
Plus jamais elle ne pourrait dessiner sa mère…
« Allez, encore un peu trésor… Voilà, stop ! Je vais t'enlever le bandeau, maintenant ! »
La petite fille hocha vivement la tête, contente de pouvoir enfin voir la raison pour laquelle sa mère l'avait traînée dans toute la Guilde en l'aveuglant. Sarah pouvait dire qu'ils étaient passés par les arènes d'entraînements, vu le bruit du métal qui s'entrechoquaient -un bruit auquel la petite fille s'habituait de plus en plus-. Puis, l'administration, où les fenêtres toujours ouvertes faisaient entrer un air froid cet hiver, ce qui compensait la chaleur humaine que dégageaient les Hunters retirés du terrain pour faire de la paperasse. Ensuite, sa mère avait insisté pour la porter, et était allée doucement. Ça voulait dire qu'elles étaient passés par un escalier…
Et là, l'air était soudainement plus chaud. Sarah s'y sentait à l'aise. C'était une drôle de sensation… Le bandeau tomba, et elle ouvrit les yeux.
Une salle tout en rond, avec au centre une sorte de grosse cheminée. Tout était en pierre. C'était sans doute parce que ça devait être une des plus anciennes salles du bâtiment… Contrairement aux autres salles, elle était complètement déserte. Un grand feu brûlait à l'intérieur, ses lueurs attirèrent vite les yeux de la plus petite. C'était si chaud, si vif… Si vivant ? La petite avait définitivement l'impression que les flammes dansaient plus vite que toutes les autres qu'elle avait vu jusqu'à présent.
« On est où maman ?
-Au sous-sol de la Guilde. Tu vois ça ? C'est une fournaise. Un jour, ce sera à toi de la protéger. Comme ton père, et ta grand-mère avant lui. »
Jin Darkwing sourit un peu, voyant que sa fille semblait attirée par le feu. C'était prévisible… Sarah avança un petit pas, regardant de plus près cette cheminée de plus près – qui d'ailleurs ressemblait plus à un four à pain ancien-. Elle se demandait s'il y avait quelque chose à l'intérieur. Lentement, elle leva le bras. C'était si joli comme couleur, ce doré sombre qui passait au jaune canari ou au rouge…
Sa mère lui attrapa la main doucement, la baissant avec un sourire.
« Pas touche, chérie. Tu ne sens pas que c'est chaud ?... »
La petite fille la regarda un peu confuse, comme si non, elle n'avait pas senti. Pourtant, c'était quasi brûlant. Jin secoua la tête, avant de la reprendre dans ses bras et d'aller la mettre sur le socle où on mettait normalement l'enclume. La femme aux cheveux rouges sourit alors doucement et posa ses mains sur les genoux de sa fille :
« Est-ce que tu sais pourquoi je t'ai amené ici, trésor ?
-… Parce que ça fait partie de l'entraînement de Papa ? »
Sarah pencha la tête sur le côté. Depuis qu'elle avait atteint les 7 ans, son père avait décrété qu'elle était assez grande pour commencer un entraînement. Pour qu'elle devienne la meilleure princesse du monde, comme il disait. Pour l'instant, c'était plus qu'ennuyant qu'autre chose. Mais la petite aux yeux vairons était une gentille fille qui ne voulait pas causer de problèmes : ça, c'était le boulot d'Anya et de Kai…
Jin plissa d'amusement ses yeux, des rides apparaissant au coin de ceux-ci :
« Oui et non. Ça, c'est la raison pour laquelle on t'entraîne. Ça s'appelle la fournaise. C'est là qu'on fabrique les armes qui tuent les méchants vampires dehors.
-Ohh… »
Sarah cligna des yeux, alors qu'elle balançait tranquillement ses pieds, son regard repartant sur les flammes de la fournaise.
« Pourquoi c'est notre devoir de la protéger ? »
Sa mère s'interrompit, deux, trois secondes. C'était peut-être pour chercher ses mots. Elle leva la main pour aller caresser la joue de sa plus jeune fille, connectant les tâches de rousseurs entre elles. Puis, le doux mais triste sourire revint alors :
« Parce que c'est notre famille qui, au tout début de la création des vampires, a été choisi pour protéger les humains. Et cette fournaise, là, c'est la seule chose qui nous aide à repousser les Levels E. Tu comprends ? Si jamais le feu s'éteint, on sera tous sans défense.
-Mais les Levels E, ce sont les humains vampirisés par les sang-purs ? Ils ne peuvent pas s'en occuper ? Je croyais qu'on était en accord avec le Consul… »
Jin rit à cela. Sa pauvre fille, si innocente. Elle savait pourquoi Edouard voulait l'entraîner aussi tôt, mais de là à lui expliquer les relations tumultueuses entre les deux organisations… Pourtant, la mère allait devoir le faire. Au risque que son bien-aimé mari ne remplisse la tête de Sarah d'âneries dans le genre « tous les vampires sont mauvais de nature » ou « ne jamais leur faire confiance »… Elle ne donnerait que la vérité à sa petite princesse. Et la vérité, c'était qu'il fallait juger un vampire comme on le ferait avec un autre être humain : en le connaissant bien.
« C'est le Sénat, chérie. Et parfois, on ne peut pas totalement faire confiance aux vampires. Tout comme on ne peut pas toujours faire confiance à certains Hunters. Alors on doit vérifier et parfois faire le travail par nous-même. C'est la tâche que nous a donné la sang-pure qui s'est sacrifiée dans cette fournaise, pour nous donner nos précieuses armes. »
La petite stoppa ses mouvements, fixant sa mère de ses yeux vairons. Sarah resta silencieuse un moment, avant de regarder la fournaise. La couleur de loin ressemblait au rouge carmin de la chevelure de maman et juste un peu plus claire que ses propres cheveux.
« …Tu crois qu'elle a souffert ? La dame qui a donné sa vie pour nos armes ? »
Jin cligna des yeux, avant d'avoir un sourire triste en la prenant dans ses bras, ayant jugé qu'elles devaient maintenant remonter à l'air libre, là où son mari pourrait les voir. Nul doute qu'il allait lancer la moitié de la garde royale à leur recherche si elles disparaissaient pendant plus d'une heure…
« Oui, Sarah. Je crois d'ailleurs qu'elle souffre constamment, même encore maintenant.. »
Takuma se leva de son tabouret, enfin satisfait de sa peinture. Ça faisait certes longtemps qu'il n'avait pas vu son père, mais il pensait qu'après deux, trois essais, il avait réussi à bien rendre l'éclat des yeux vert-gris d'Haiko Ichijo, et les traits fins, presque enfantin de celui-ci. Le blond posa ses pinceaux, et prit précautionneusement la toile loin d'être sèche pour la mettre dans le hangar. Il était l'un des derniers dans la salle : d'abord Darkwing-san avait filé en vitesse, Senri parti presque à sa suite, laissant une page vierge derrière lui. Rima ne s'était pas attardé non plus. Elle avait déposé un croquis de lui, ce qui n'avait pas été sans surprendre le vice-président. Agréablement surpris, entendons-nous.
Il se pensait pourtant encore loin de la personne altruiste qu'il s'efforçait d'être pour tout le monde. Son père était bien meilleur que lui. Takuma aurait préféré qu'il puisse s'occuper de lui, au lieu de le laisser à son grand-père… Mais les déplacements et le travail caritatif n'attendent pas, même pour son fils adoré. Il eut un sourire discret en jonglant pour ouvrir la salle où on entreposait les peintures et autres projets.
Ce mini-atelier était normalement réservé au professeur, mais elle n'en avait pas l'utilité. Alors, elle y mettait plutôt les œuvres de ses élèves, histoire qu'ils puissent reprendre à tout moment leur travail au lieu d'aller chercher leurs toiles dans les entrepôts de l'autre côté du bâtiment. La lumière lunaire rentrait doucement par les fenêtres, celles dont Takuma vérifia bien la fermeture. Il serait dommage que trop d'humidité entre et ne vienne retarder le séchage des planches ! Le blond alla ensuite au fond, cherchant un chevalet de libre.
Ah, celui-là a l'air bien.
L'heureux élu était un peu mis à part des autres, à côté des tables où étaient disposées les feuilles de dessin. C'était l'espace accordé à ceux qui ne voulaient pas s'essayer à la peinture. Senri avait choisi cette année de rester fidèle aux crayons et au fusain. Takuma trouva ça un peu dommage : il avait déjà vu son meilleur ami peindre à l'huile, une fois. Le brun n'avait pas forcément une technique parfaite, mais il était infiniment doué pour retranscrire et partager des émotions dans ses dessins. Ironique, vu le peu de sentiments qu'il affichait sur son visage.
Takuma l'enviait pour cela. Il n'avait pas honte de le dire. Peu importe ce qu'il tentait, ses peintures à la technique parfaite manquait cet éclat qu'avait celles de Senri.
C'était peut-être ça, la différence entre le don inné et l'expérience maîtrisée de l'art.
Il soupira un peu, tournant la tête sur le côté. Il ne devrait pas penser comme ça. C'était de l'envie mal placée… Et une couleur attira son regard vers la table aux feuilles de dessin.
Tiens, ça fait beaucoup de rouge tout ça.
Il se rapprocha, curieux, et remarqua que cette importante masse de rouge étalée sur la feuille était en fait des cheveux. C'était le portrait d'une femme souriante, pas plus de la quarantaine, qui souriait doucement vers le spectateur. Elle rayonnait de gentillesse, mais ce qui frappa vraiment le blond, fut de se rendre compte que cette femme était quasiment une copie carbone de Sarah Darkwing.
Sa mère, il n'y a pas de doute là-dessus.
Avec une certaine hésitation, Takuma souleva le papier pour le regarder un peu mieux à la lumière de la lune. Maintenant, il pouvait voir la pluie de météores qu'étaient les tâches de rousseur de cette femme. Un visage un peu plus rond que celui de sa fille et comparé à Sarah, elle avait le teint plus bronzé. Cependant, plus Takuma regardait ce dessin, plus il avait l'impression d'avoir déjà vu cette femme. Il regarda alors les yeux, pour voir si elle lui disait vraiment quelque chose.
Ses yeux n'étaient pas colorés. Takuma fronça les sourcils, sachant que cette partie non-finie n'était pas dû à un manque de temps, puisque Sarah avait été la première à sortir. Des stries par-ci par-là marquaient les ombres dans les iris, et les pupilles étaient noires comme l'encre… Mais clairement, ce n'était pas fini.
Voilà qui était étrange. Le blond reposa la feuille, fronçant les sourcils. Malgré cela, ce visage lui disait quelque chose. Il avait déjà vu cette personne, il en était sûr. La bonne question, c'était où : les Hunters et les Vampires ne croisaient pas facilement leur chemin… Ils préféraient beaucoup plus s'éviter.
Peut-être à une soirée. Elle aurait pu être de garde. Son apparence est loin d'être discrète…
Takuma tourna les talons, les sourcils froncés. L'excuse était plausible. Très probable, en plus. Mais dans les heures qui suivirent, le vice-président n'arriva pas à s'empêcher à penser qu'il n'avait pas tout à fait mis le doigt sur ce qui le dérangeait.
Rien n'était aussi tranquille que le parc à cette heure de la journée. Exactement ce dont avait besoin Sarah en ce moment. La jeune fille fronça les sourcils en martyrisant la petite branche feuillie dont elle enlevait une par une les feuilles. Est-ce que les arbres souffraient eux aussi ? Bah. Ce n'est pas ça qui la fera culpabiliser.
Par contre, le fait d'avoir oublié la couleur des yeux de sa mère l'avait bouleversé. Elle arracha la branche et la tritura. Elle n'aurait jamais cru… Bleu ou Vert ? Peut-être gris… Sarah plissa les yeux. Non… ça ne lui revenait pas. De rage, elle balança cette foutue branche.
« Hé mais !
-Oups. »
Sarah cligna des yeux, avant de regarder vers le bas. La branche avait atterri sur une tête argentée bien connue, et pas sympathique pour un sou. Zero se retourna et lui jeta un regard à en pétrifier toute âme. La rousse fit une tête penaude, ayant bien l'impression de retourner en enfance : c'était le genre d'expression qu'elle voyait sur son visage quand elle faisait une connerie de ce genre.
« …Désolée ?
-Tu n'es pas censée être là. »
Outch. Toujours aussi direct, à ce qu'elle voyait. Sarah fronça les sourcils, le soudain mur entre eux étant comme réapparu après quelques secondes de tranquillité. La fille détourna le regard. Elle détestait cette sensation. Ou le sentiment qui lui prenait à la gorge à chaque fois qu'elle regardait dans ses yeux améthyste.
« Je sais. J'avais juste besoin de prendre l'air. Ce n'est pas comme si j'étais un danger pour la Day Class, si ? »
Le jeune homme ne fit que la fusiller du regard pendant quelques secondes, avant de se détendre, ne serait-ce qu'un peu. Sarah eut un petit sourire en le regardant droit dans les yeux, avant de baisser le regard.
« Ecoute, Zero, je suis désolée pour ce que tu as vécu. J'aurais voulu être là mais…
-Sarah, ne gaspilles pas ta salive. »
Le ton était revenu bien tranchant, comme Sarah s'en était doutée. La rousse plissa les lèvres, triturant à nouveau ses doigts et elle laissa lentement le silence s'installer entre eux, attendant qu'il parte.
Non seulement il resta à sa place, mais après un soupir, il se mit à parler :
« Ecoute, Sarah. Ce n'est pas oublié. Je ne pourrais jamais oublier que tu n'étais pas là quand j'ai eu le plus besoin de toi. Mais je peux essayer de comprendre. Tu as raté le timing il y a bien longtemps, mais tu ne peux pas te morfondre là-dessus éternellement. Je sais… que tu as morflé, toi aussi. »
Elle regarda le regard vers son ancien ami, voyant alors une expression qui ne lui plut pas énormément. De la pitié ?... Le visage de Sarah s'endurcit, le goût amer de déjà-vu lui vint à la bouche. Mais Zéro ne s'arrêta pas là :
« Je n'ai jamais eu l'occasion de te présenter mes condoléances, princesse.
On ne t'en a jamais laissé le temps, surtout. C'est rien… »
C'est ce qu'elle a dit, secouant la tête avec un discret sourire. Tout pour lui effacer cette expression de son visage. Zero sembla comprendre le message. Elle n'avait pas vraiment changé… Le jeune homme décida qu'il était temps de reprendre sa ronde. S'il était en retard, Yuuki allait encore lui percer les tympans avec ses réprimandes. Elle s'inquiétait de trop…
« Dis, Zero. Tu te souviens de la couleur des yeux de Maman ? »
Zero se retourna, pris par surprise par la question. Sarah le fixait de ses yeux vairons, ceux-là même qui lui avaient toujours donné le frisson. Il décida de ne pas poser de questions et de répondre, en haussant un sourcil :
« Elle avait les yeux bleus. Bleu clair. »
Sarah cligna des yeux, avant de retrouver un sourire. Bleu. Bleu clair. C'est vrai… Comme le ciel. Quand elle retourna les yeux vers le sol, Zero était parti et elle avait retrouvé un semblant de paix d'esprit.
C'était bien assez, pour le moment. Elle se leva de sa branche et sauta de son arbre. Sarah avait quelques exercices à faire, et elle n'était pas sûre que les faire juste avant de se réveiller soit la bonne chose à décider. La jeune femme sourit un peu à cela. Elle n'avait jamais été très bonne à régler les affaires à la dernière minute…Avec un dernier regard aux alentours, elle commença à traverser les bois en direction de son dortoir. Elle traversa le hall à pas de loup, trouvant le calme qui régnait dans la pièce. A cette heure-là, Hanabusa aurait dû être sur le canapé en train de titiller Ruka, alors qu'Akatsuki aurait essayé de détendre l'atmosphère. De la même manière, Takuma devrait être normalement en train d'essayer de convaincre Rima ou Senri de prendre du thé.
Cependant, il n'y avait personne. La fille aux cheveux rouges s'arrêta en plein milieu des escaliers, fronçant les sourcils à cela. C'était bien trop silencieux, et pesant de surcroît. Que se passait-il ? Kuran les aurait appelés pour leur dire de se coucher tôt ?... Impossible, Sarah aurait été mise au courant aussi.
Maintenant que tu le dis, l'atmosphère a quelque chose d'étrange dans ce pavillon.
L'étudiante essaya de détendre ses épaules. Cette sensation… Ah. C'est peut-être qu'elle qui se jouait des tours. Ce ne serait pas la première fois. Sarah se força à détourner le regard de ce foutu canapé vide pour rejoindre l'étage. Elle n'avait pas que ça à faire. Le couloir du dortoir était encore faiblement éclairé, et des voix se faisaient entendre dans les chambres, surtout celle de Kuran. Elle crut reconnaître le timbre spécifique d'Aido, ce qui relaxa la jeune femme. Ah. S'il se faisait encore disputer pour elle ne savait quelle raison, ça expliquait que personne ne soit dans le hall.
On ne peut pas nier qu'Aido attire souvent les gens, qu'il le veuille ou non. Autour de lui, il y aura toujours du bruit, des personnes, de la bonne humeur surtout.
Ce n'est pas très surprenant, vu à quel point il faisait idiot quand il n'était pas complètement sérieux. Sarah sourit un peu, avant d'entrer dans sa chambre. Le bordel au sol qu'elle avait laissé là après que Senri ne l'ait surprise était encore là, oublié. La rousse l'ignora, faisant une grande enjambée au-dessus pour finir sa route devant le bureau. Bon. Si elle ne faisait pas les exercices que Takuma avait demandé, il aurait sa tête demain. Quelle idée de lui demander de terminer des devoirs d'algèbre !
Arrête de te plaindre, t'iras trois fois plus vite si tu n'y penses pas…
Sarah fronça les sourcils. Ça lui faisait tellement penser à Anya. Voilà quelques jours déjà qu'elle n'avait pas reçu de réponses… La jeune fille se mordilla la lèvre, pensant d'un coup à ce qui pourrait se passer si son père découvrait ce qu'elle disait dans leur échange. Les informations qu'elle donnait à sa sœur tout en les cachant à son père, le roi. Après tout, maintenant elle savait qu'il était tout à fait capable d'arrêter ou de censurer des lettres… Elle ne comprenait toujours pas ses raisons derrière cela.
Et elle ne savait plus si elle voulait vraiment le savoir, finalement.
La jeune fille ouvrit les yeux brusquement, le pot à crayons devant elle arrêtant subitement de trembler. Il fallait qu'elle arrête. Sarah allait juste délayer sa réponse à plus tard, histoire de faire comprendre qu'elle n'était pas contente de ce qu'elle venait d'apprendre. C'était le mieux qu'elle puisse faire.
Une princesse ne vaut rien face à un roi. C'en est pitoyable, vraiment.
Un soupir, puis un froncement de sourcils. Même si elle le voulait, la pression sur ses épaules, posée au moment-même où son père lui avait dit qu'elle serait l'héritière, l'empêchait de faire bouger les choses de sa place actuelle. Sarah s'était résolue à être patiente, attendre la mort de son père (ce n'est pas comme s'il n'était pas évident qu'elle vivrait bien plus longtemps que lui de toute façon) pour ensuite imposer sa loi.
C'était sans compter ces derniers événements. Elle avait toujours douté de l'honnêteté de son père. Il n'était pas un très bon politicien pour rien. Maintenant qu'elle savait qu'il lui cachait bien des choses… La jeune femme ne savait pas quoi faire.
Au contraire, tu sais très bien ce que tu devrais faire. Te servir de lui. Te servir des autres, aussi. Faire jouer les événements en ta faveur. Prendre ce qui est tien depuis ta naissance.
Tu n'as juste pas assez de cran pour mettre tout cela en action.
La ferme. Sarah plissa les yeux, décidant qu'il était grand temps de se mettre au travail. Elle se pencha, récupérant le sac qu'elle avait laissé tomber à côté de sa chaise pour sortir de quoi écrire. Quand elle plongea la main dans le sac, elle fut bien surprise de ne pas trouver son critérium. Nan. Ce qu'elle attrapa était bien plus fin et plus fragile aussi. Que ?... Elle fronça les sourcils et regarda ce qu'elle avait pris.
Des fusains ? Qu'est-ce qu'ils foutent là ?...
Les bâtons noirs avaient laissé leurs pigments sur sa peau, roulant sur sa paume alors qu'elle les fixait du regard, confuse. La jeune femme aurait juré ne pas en avoir touché pendant la leçon. Ses yeux restèrent glués dessus, jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle avait sans faire exprès volé du matériel de classe. Et qu'elle avait tout intérêt à les rapporter avant que le chargé de l'inventaire ne se rende compte demain qu'il manque quelques bâtons de fusain.
Normalement, Sarah ne se serait pas pressée pour rapporter quelques malheureux bouts de fusain. Mais ce n'était vraiment pas le moment de se faire remarquer comme ça par le directeur, ou pire, Kuran. Ce qui voulait dire qu'elle allait devoir y aller cette nuit.
Et merde.
L'étudiante se maudit sous son souffle, manquant de réduire en poussière les bouts de pigments dans sa poigne. Fallait vraiment qu'elle soit aussi étourdie ? Sarah ouvrit les fenêtres, regardant déjà s'il y avait quelqu'un en bas avant de sauter du deuxième étage comme si rien n'était. La jeune fille refit le chemin jusqu'au bâtiment de cours, remerciant les cieux quand elle vit que non, les portes n'étaient pas fermées à clé pendant la période nocturne. Elle s'introduisit facilement dans les couloirs principaux pour rejoindre à grands pas les ateliers. La porte était entrouverte, non pas qu'elle s'en soucia plus que cela. A ce qu'elle avait pu constater, la sécurité était plus focalisée sur les dortoirs que sur les bâtiments.
En même temps, entre protéger le matériel des voleurs et les élèves de suceurs de sang…
Sarah ne put s'empêcher de faire un bruit moqueur à sa pensée. Oui, ça paraissait évident… En tout cas, elle n'aurait pas à s'inquiéter de croiser Yuuki ou Zero. Si ce dernier la revoyait une deuxième fois la même nuit, pas sûre qu'il soit très clément quant à ses « escapades » … Elle passa devant les différents chevalets vides de toutes peintures ou toiles, réalisant qu'elle n'avait pas vu ce qu'avaient fait les autres. Elle était curieuse, vu le thème particulier qu'on leur avait donné.
Un tour dans l'entrepôt ne ferait pas de mal…
Finalement, elle déposa les fusains dans leur carton, souriant à sa pensée. La prochaine fois, elle essaierait de faire mieux : contrôler ses émotions et passer pour une élève normale. Une étudiante qui pourrait échanger avec ses camarades sans qu'elle ait quelque chose à cacher.
Ah. Ça ne risque pas d'être possible.
La porte qui se ferma dans son dos la fit sortir de ses pensées et Sarah se retourna, pour voir que quelqu'un était entré dans la pièce. L'homme prit le temps de verrouiller tranquillement la porte, avant de se tourner vers elle. La jeune femme ne reconnut pas l'odeur, pas tout de suite du moins. Elle porta vite sa main vers sa manche d'uniforme, la poignée de son arme commençant à apparaître
« Rouvrez cette porte ou vous n'allez pas aimer ce qui va suivre.
Je ne crois pas que tu aies le droit de te servir de tes armes contre des camarades, Sarah-san. »
La voix stoppa Sarah dans son mouvement, sa main s'immobilisa et elle plissa les yeux vers la silhouette encore dans l'ombre. L'homme fit un pas, puis un deuxième. La main de Sarah retourna près de sa hanche, alors qu'elle reconnaissait les yeux bleu glacial de Senri Shiki.
Si c'est bien ce que je crois, je me suis faite avoir comme une bleue.
Le vampire la regarda revenir à une posture neutre, se détendant alors qu'il était sûr qu'elle n'allait pas sortir une arme d'il ne savait où. Il alla mécaniquement chercher la boîte de Pockys dans sa poche, ne pouvant pas faire face à ce qui pourrait bien être quelqu'un de plus puissant que lui sans un petit remontant. Rima aurait sûrement levé les yeux au ciel si elle savait ce qu'il était en train de faire.
Elle t'a toujours soupçonné d'avoir quelques pulsions suicidaires. Peut-être qu'elle n'avait pas tort.
Ce n'était pas sa faute s'il était attiré à ce qui pourrait bien lui être nuisible. Senri se dit sombrement qu'il devait tenir ça de sa mère. Mais ce n'était pas le moment de refléter sur ses pensées. Il tourna de nouveau le regard vers la fille aux cheveux rouges. Elle devait bien se douter de pourquoi il l'avait attiré ici. Mais juste pour meubler le silence qui devenait horriblement pesant, il parla :
« Je t'ai laissé assez de temps. Maintenant… Je veux que tu t'expliques, Sarah-san. »
Bizarrement, cette phrase fit le même effet qu'un verdict à mort pour la princesse devant lui.
ET FINI !
Bon, le chapitre 8 est bien entamé, donc je pense que la semaine prochaine il sera sorti ! J'espère que vous avez aimé celui-ci ( et que vous n'avez pas trop pleuré en voyant encore une fois que c'était un cliffhanger. Oups). Bonne fin de semaine à tous !
Alli'
