Salut !

Voilà le tout nouveau chapitre, tout chaud et tout...énorme. Plus de 30 000 mots.

Bon, je vous préviens tout de suite, c'est le chapitre des révélations ! Enfin presque. Disons que j'ouvre autant de portes que je n'en ferme, et que je dévoile tout plein de nouveaux OC… Ou presque. Disons que vous avez déjà rencontré ces OC jusque-là à peine évoqué au cous de cette fic et que j'ai eu cette envie soudaine et imprévue de leur donner une certaine tessiture. Vous allez vite comprendre pourquoi!

Un grand merci à FILK, Cat, Mayoune et EllieFowl (et un petit clin d'œil à Imthebest à qui je regrette de ne pouvoir répondre directement... Crée un compte ! ^^)

*instant pub* Si vous faites partie des quelques chanceux qui ne connaissent pas encore "Les Apparences" d'Asterie, dépêchez-vous de découvrir cette pépite. Une intrigue rondement menée, des OC denses et complexes... C'est un pur bijou ! *fin de l'instant pub*

Sur ce, bonne lecture !


20. Pur

Pur. Trois lettres. Trois lettres qui signifiaient l'essentiel, qui se suffisaient à elles-mêmes.

Trois lettres qui les avaient protégés, pendant des années.

Trois lettres qui les avaient exposés aux pires tourments, une fois proclamée la victoire du Survivant.

Trois lettres qui les plaçaient du côté de la puissance, de l'intolérance, de la malveillance.

Trois lettres synonymes de grandes fortunes, de manoirs lugubres, d'elfes traumatisés, de consanguinité. D'amalgames.

ooOOoo

Manoir des Vents Hurlants – Nord de l'Angleterre

Allongé sur l'épaisse couverture en plumes de paon, Scorpius Hyperion Malefoy pensait. Il n'avait fait que ça, depuis son retour de Poudlard, et ne ferait que ça, jusqu'à son retour à Poudlard.

Scorpius pensait à James.

Scorpius pensait à Prométhée et Deucalion.

Scorpius pensait à Portholon et Tuan Mac Cairill.

Scorpius pensait à Blaise, au vieux et au jeune James.

Tuan, à qui Portholon légua ses pouvoirs, fut le premier Druide que la terre ait porté et vécut si longtemps que la légende prétend qu'il en fut immortel et qu'il vivrait donc encore, quelque part sur les terres Irlandaises…

si Tuan n'avait pas survécu, la magie aurait disparu…

« Je fus cerf aux bois de vie
Et sanglier je m'en souviens
Et puis aiglon d'un blanc divin
Vautour aussi à l'œil de nuit
Saumon alors je devins,
Mangé par une reine au bel appétit
Passé neuf mois en son giron
Je fus humain et reçus nom
»

Tuan Mac Cairill. La même corpulence que Prométhée, les mêmes yeux que Deucalion. Les mêmes yeux que Blaise. Les mêmes yeux que James.

Scorpius pensait. A ses questions restées trop longtemps sans réponse. A ses sentiments qui falsifianet ses perceptions, sa capacité de jugement, son objectivité. Aux réponses qui étaient enfin arrivées et dont la portée et les conséquences donnaient envie à Scorpius de les oublier aussitôt.

Scorpius pensait. Au dernier exemplaire de la Gazette qu'il avait déchiqueté en mille morceaux sous le regard peiné de son père, alors que les cris de Blaise faisaient trembler les murs.

Scorpius pensait à James, à son parrain, à leur ancêtre édenté, aux chiens dotés de parole. Scorpius comparait les héritages, songeant à ce garçon aux cheveux trop longs et trop ébouriffés qui oscillait entre deux héritages aussi lourds à porter l'un que l'autre.

« Si James est le fils de Harry Potter, songeait Scopius à voix haute, il restera toujours le fils du héros, du Survivant, héritier de la famille la plus célèbre, la plus respectée. Ses faits et gestes seront observés, jugés, critiqués. La presse s'aemparera de ses histoires de cœur, l'opinion publique jugera son mariage, son projet professionnel. Et ses enfants connaîtront le même sort que lui.

Si James est le fils de Blaise, ses faits et gestes seront tout autant observés, jugés, critiqués. On trouvera des dissemblances évidentes, avec Harry Potter, avec Albus Potter. On prêtera à James une affinité avec la magie noire, on creusera ses origines, on redessinera son arbre généalogique. Les plus brillants des historiens tisseront les liens manquants.

Dans les deux cas il subira le poids d'un héritage hors du commun.

Dans les deux cas il devra tôt ou tard se confronter à des responsabilités pyramidales.

Et aux Confréries secrètes de Poudlard et d'ailleurs. »

ooOOoo

Pur.

Trois lettres tatouées sur trois enfants. Une lettre sur chaque enfant. Deux garçons et une fille. Trois destins brisés.

Ils s'appelaient James, Grace et Andrew.

James, Grace et Andrew Mac Cairill.

Leur famille, sans jamais s'être pliée aux sacro-saintes recommandations de pureté de sang, comptait des membres de tous pouvoirs et de toutes origines. Leur sang n'avait cessé de se mêler, de se métisser, et la famille demeurait forte, influente et respectée. Nombre de légendes entourait le nom des Mac Cairill.

Leur ancêtre commun, Tuan Mac Cairill, demeurait, selon les légendes magiques Celtes, l'ancêtre de toute forme de magie du Royaume-Uni.

Patron du Druidisme, souverain du plus grand berceau magique de l'univers, détenteur de mille pouvoirs, capable de mille prouesses…

L'un de ses descendants, Charles Mac-Cairill, installé en plein cœur de Londres depuis sa plus tendre enfance, avait assisté à la première montrée en puissance de Voldemort. Trop âgé pour se mêler aux combats, il avait œuvré dans un laboratoire de fortune, aux tréfonds de la forêt interdite, dans l'unique but de servir la soif de pouvoir de Voldemort.

Sa vie, il la dédiait à ses expérimentations et à transmettre le fruit de ses recherches à ceux qui lui succéderaient après sa mort.

De par son nom, de par son héritage, il avait attiré la bienveillance de Lord Voldemort et œuvrait en son nom loin des Mangemorts et de leurs attaques, dans la pénombre et l'humidité, entouré de chaudrons dans le seul but de trouver un antidote à la seule crainte de son maître, la mort.

Charles Mac-Cairill, fils unique de celle qu'il appelait « la branche la plus ancienne et la plus puissante du plus grand berceau de magie au monde », n'avait jamais perçu ses trois enfants comme légitimes du legs de ses ancêtres.

Il avait été déçu de voir que son aîné, Andrew-sans-le-sous, dénué de toute forme de jugeote, n'avait su emplir les missions de son maître et lui avait tourné le dos, avant de s'enticher d'une femme pour le moins douteuse. Charles, au nom de son maître le-tout-puissant-Lord, avait coupé les vivres de son fils. Avant de lui couper les mains et les oreilles. Il avait laissé les orteils à un Géant qui s'ennuyait.

Charles avait mieux à faire. A commencer par marier son unique fille, Grace-la-pucelle intelligemment. Son choix s'était porté sur la famille Delanikas, première famille de sang-pur hors Angleterre à avoir rejoint les rangs des Mangemorts.

Un mariage arrangé, un mariage destiné à rendre plus fort et plus puissant le Lord à qui tous se vouaient.

Charles avait espéré que son plus jeune fils, James-le-brillant, suive son exemple mais James restait muet, refusant toute rencontre avec le Lord.

En vérité, James n'avait pas supporté de n'avoir pas su veiller sur son frère et sa sœur. Il avait laissé faire. Et lorsqu'il s'était décidé à agir, il était déjà trop tard.

Charles Mac-Cairill l'avait déshérité, comme il était usage de le faire lorsqu'une famille de grande renommée donnait naissance à un botruc égaré.

Séparé de ses trois enfants, il dédia le reste de sa vie à ses expérimentations.

Sa vie, bien plus longue qu'il ne l'avait espéré, lui avait laissé croire avoir survécu à ses trois enfants. Andrew et Grace étaient morts jeunes et Charles pensait, à tort, que le petit James aux poches pleines de livres s'était laissé dévorer par ses chiens, uniques compagnons que son père lui connaissait.

Charles n'était pas sans savoir que James eut connu l'amour, le vrai, le bref, l'intense, en la personne d'une sorcière née-moldue, secrétaire du département des relations internationales. Pour punir la désobéissance et la perversion de James, son père fit assassiner sa femme, dans l'espoir d'esseuler son fils et de rompre à tout jamais cette branche de l'arbre généalogique des Mac-Cairill.

Jusqu'au jour où un jeune garçon toqua à sa porte. Un jeune élève de Poudlard, réparti à Serpentard, ami des Black et des Malefoy, engagé dans une guerre trop grande pour lui. Il disait avoir peur, il disait avoir besoin d'argent. Il disait que son père préférait vivre modestement, à l'écart des humains, près des vagues qui entrechoquaient la roche nuit et jour, sans se lasser. Il disait « vous en avez, vous, de l'argent, suffisamment pour que je Lui offre des cadeaux. »

Il parlait et son ami hochait la tête avec ferveur. Un grand dadais à la crinière reconnaissable des Black.

Il disait « C'est ce que fait Regulus, il offre au Seigneur des Ténèbres des présents, pour lui montrer son dévouement, et le Lord ne le marque pas tout de suite. On est trop jeunes, vous comprenez. Plus tard, peut-être… Enfin, bien sûr, qu'on le fera, mais pas tout de suite. On est trop jeunes. »

Charles Mac-Cairill percevait le doute, l'angoisse, la peur dans les quatre yeux braqués sur lui.

- Pourquoi je t'aiderai, gamin ?

- Parce que vous êtes mon grand-père.

Regulus avait hoché la tête, une nouvelle fois. Et Charles était resté hypnotisé par celui qui prétendait être son petit-fils. Le fils de James. Le descendant des Mac-Cairill. Les yeux du gamin étaient d'un brun chaleureux, deux noisettes dorées entourées d'un trait vif d'une magnifique couleur bleue nuit. Les yeux des Mac-Cairill.

ooOOoo

Green Claw Farm, près de Lizard, Cornwall

- Mon père l'a pris sous son aile, comme le petit Regulus. La suite de l'Histoire, tu la connais. Voldemort a chuté une première fois, ses petits copains aussi, et tous ceux qui hésitaient, qui avaient peur, qui ne le suivaient que par crainte se sont trouvés libérés. Mon père avait offert à mon fils un château grandiose, et tout le paquet de gallions qui va avec. Il s'est mis à faire des fêtes secrètes, où l'alcool et quelques potions douteuses circulaient librement. Les filles défilaient, il était jeune, il était ivre, il était beau. Une femme, parmi toutes les autres, a attiré son attention. Une beauté sans pareille, un don inégalé pour la création de poisons. Il n'a pas eu le temps de la présenter à Charles. La mort de son Lord avait tué ce vieux crétin. Bon débarras. Il n'a donc pu assister à leur mariage, à la naissance de leur unique enfant. Il n'a pas pu le protéger d'elle et de la goutte de poison qu'elle a versé dans son verre. Elle a hérité de tous ses biens. Mais ce n'était pas suffisant. Elle a abandonné le gamin dans ce manoir trop grand pour lui. Un gamin qui n'avait d'autre choix que de boire l'alcool de son père, attendre indéfiniment sa mère et, au lieu de lire ce qui lui tombait sous la main, il préférait traîner avec des crapules et jouer le dur. Jusqu'à ce qu'un chien lui sauve la vie, jusqu'à ce qu'il s'étonne de l'entendre parler, jusqu'à ce qu'il le suive jusqu'ici. Jusqu'à ce que tu viennes jusqu'ici.

- Pourquoi me racontes-tu tout ça aujourd'hui ?

- Parce que tu mérites de savoir. Parce que tu portes le nom de ta mère. Parce que je suis vieux et mortel. Parce que je refuse de mourir sans que vous sachiez, tous autant que vous êtes. Parce que l'histoire se répète toujours, fiston. Parce que le sang des Mac-Cairill coule dans tes veines même si tu portes le nom de ta mère. Parce que tu es un Mac-Cairill, Blaise.

La chemise, maculée de boue, se laissa soulever par les vents marins. Sur le buste de son grand-père édenté, Blaise Zabini aperçut une lettre, dessinée près de son cœur. Un « R » aux traits fins, auquel le vieux James avait ajouté quelques lettres, pour conjurer le sort, pour oublier. Pour ne jamais devenir cet esprit fermé dont avait rêvé son père.

« Rêveur » plutôt que « pur ». « Rêveur », un mot ouvert aux curiosités de ce monde. Un mot porteur d'espoir.

Près des deux hommes voletait l'édition du jour de la Gazette du Sorcier. En première page, l'héritier des Mac-Cairill, la légendaire première famille sorcière, se pliait sous le poids d'un tout autre héritage.

Londres, le 7 septembre 2021, par Li Bee. Accusé de tricherie, JAMES POTTER A REPASSE L'EXAMEN DES BUSES, sous la surveillance déçue et attristée de son père HARRY POTTER LE SURVIVANT

Nos reporters étaient sur place pour vous tenir informés. FAUX HERITIER VERITABLE USURPATEUR, découvrez enfin LA VERITE SUR JAMES SIRIUS POTTER…

ooOOoo

Angliká Paros – Cornouailles, sud-ouest de l'Angleterre, 31 août 2013

« Nous ne serons pas si loin. Tu n'auras qu'à m'appeler dans tes rêves, je prendrai mon balai et te rejoindrai.

- Les élèves de première année n'ont pas le droit d'amener leur balai à Poudlard. »

Amalthéa soupira. Sa petite sœur était décidément bien trop intelligente pour son jeune âge. Trois ans les séparaient, trois ans durant lesquels Amalthéa avait dû vivre seule, désemparée, jusqu'à entrevoir l'espoir. L'espoir avait différents visages, pour Amalthéa il avait celui de sa sœur. Des yeux bleu sale, un grain de beauté sous la narine gauche, de longs cheveux blonds légèrement ondulés, un lobe d'oreille légèrement plus grand que le second. Elle aimait à penser qu'elle savait tout de sa sœur, que celle-ci n'avait aucun secret pour elle. Pire, elle pensait qu'il était de son devoir de tout connaître d'elle. Comment la protéger, sinon ?

- Je suis grande, maintenant. Je resterai sage puisque tu ne seras plus là pour me surveiller, me gronder, rire de mes bêtises. Je lirai. Beaucoup. Pour m'instruire, ne pas te faire honte quand je te rejoindrai à Poudlard. Et si jamais... Eh bien je ferai comme avec toi mais sans toi. Je me réfugierai ici. Ils ne me trouveront pas, ils ne nous ont jamais trouvées. Je suis en sécurité, ici. Mais toi...

- La question ne se pose pas, je vais à Poudlard.

- Le mal est par tout, Amalthéa. Tu le sais aussi bien que moi. Qui veillera sur toi? Certainement pas Alex.

Sa voix était sûre, formelle, le ton évident, en rien teinté de regrets, à peine Amalthéa y décernait-elle un soupçon d'amertume. Alexios, leur frère aîné, celui qui n'avait jamais joué avec Amalthéa, qui n'avait jamais posé les yeux sur Briseis. Alexios était «Alex», un surnom facile, impersonnel, usuel. Briseis usait des surnoms, comme tous les jeunes de son âge, mais n'appelait jamais sa sœur autrement que par son prénom parce qu'elle en aimait la consonance pleine et entière.

Alexios Delenikas entrerait le lendemain en cinquième année à l'école de magie de Grande-Bretagne, Poudlard. Il avait été réparti à Serpentard, sans que personne ne s'en étonne. Son père, le puissant Yorgos Delanikas, y avait été envoyé avant lui et y avait brillé pendant sept ans, reconnaissable par son port de tête hautain, sa démarche fière, son regard froid. Sept ans à partager le trône avec ses associés, sept années à vouer une haine sans commune mesure aux enfants nés de parents dépourvus de pouvoir magique.

Sa mère, pourtant, était née moldue. Une honte, une hérésie pour cette famille au noble sang pur. Aujourd'hui personne ne soupçonnait que le grand Yorgos Delenikas puisse être le fruit d'un amour indigne. Lui le savait. Il avait aidé son père à tuer sa mère, il avait entendu les mots, les cris, la souffrance, les supplications.

La femme au sang impur s'était entichée du père de Yorgos dès qu'elle l'avait aperçu, lui avait caché ses origines pour pouvoir l'approcher, avait menti pour pouvoir l'épouser. Et puis Voldemort avait réapparu, la famille Delenikas s'était empressée de le rejoindre à nouveau et Bellatrix Lestrange, dont le flair était irréprochable, avait senti le sang souillé. La mère de Yorgos avait simplement avoué, donnant mille exemples qui faisaient d'elle une sorcière comme les autres. Selon elle. Personne ne partageait son avis. Son mari l'avait battue, fait violer par vingt, trente, cinquante hommes et sans doute même quelques elfes de maison avant de la faire tuer par son propre fils. Yorgos, lui, n'avait ressenti aucune peine, aucun remord. Il avait été élevé avec des idées claires et précises, il était de son devoir de purifier le monde magique de ces voleurs de magie. Sa mère n'était ni plus ni moins que l'une d'entre eux.

Le Seigneur des Ténèbres avait fait de Yorgos un exemple, se moquant de son statut de sang-mêlé, il avait été un des premiers de sa génération à se voir l'honneur de porter la marque des ténèbres. Ce tatouage, symbole de gloire et de puissance, il le vénérait chaque jour, à toute heure, en tuant et torturant pour son maître, ses idéaux, un monde meilleur. Yorgos n'était pas fait pour les choses de l'amour, il rencontrait quelques filles, rapidement, entre deux draps de soie mais rentrait seul le soir, dans son immense manoir où il contemplait sans fin la marque dessinée sur son bras. Il rêvait de son Seigneur, le vénérait, l'adulait. Il était loin d'être le seul. Pour rester dans ses bonnes grâces il devait tuer intelligemment, torturer à bon escient et préparer l'avenir. Il était jeune, talentueux, pas très beau à regarder, mais puissant. Son père lui présenta une riche famille de Mangemorts notoires dont la fille unique, de onze ans sa cadette, était encore élève de Poudlard.

« Elle est née quand je faisais mes premiers pas dans ce château », s'était-il dit, amusé. Il l'avait rencontrée, elle était mineure, pas très agréable à regarder non plus, il avait connu mieux, bien mieux, dans ces maisons closes de l'allée des embrumes, mais son sang et sa fortune feraient l'affaire.

- Je veux servir le Seigneur des Ténèbres. Sa cause est grande, je me battrai à ses côtés.

Il voyait qu'elle récitait, qu'il s'agissait sûrement de ce bout de parchemin qu'elle tenait maladroitement derrière son dos. Il s'en fichait. Il lui avait sorti son sourire, celui qui fonctionnait à tous les coups, elle avait légèrement rougi. Pour un peu il se serait cru en présence d'une Weasley et il faillit lui briser les os. Il aurait pu, elle n'était pas très épaisse ni trop grande. Il choisit d'ignorer son air légèrement rêveur, annonça à leurs familles respectives qu'il l'amenait visiter sa future demeure et l'entraîna à l'étage, directement dans sa chambre, sans ménagement. Elle voulut l'embrasser, il la jeta sur le lit. Son sourire s'était crispé, il le voyait, il n'en avait que faire. Il la viola trois fois. Il lui sembla qu'elle était quelque peu consentante la seconde fois. Il n'y réfléchit pas davantage, l'essentiel était fait. Elle était vierge avant de se donner à lui et lui convenait parfaitement pour une vie maritale. Il la tromperait, bien sûr, et bien des fois. Mais elle conviendrait.

Son elfe de maison rendit à nouveau sa promise convenable, il restait docile et respectueux mais son regard le trahissait.

- Je me devais de tester la marchandise, souffla Yorgos, amusé.

Ils se fianceraient le lendemain, après tout.

Elle avait fini par quitter Poudlard, en même temps qu'Harry Potter. Enceinte, il avait fallu avancer les noces, personne n'avait bronché, ni leurs familles respectives, ni leur Seigneur qui donna son assentiment d'un hochement de tête, froid et insensible. Ce jour-là, face à lui, Yorgos avait vu sa future épouse trembler. Soumise, mais hésitante. Vingt minutes plus tard elle gémissait à nouveau dans son lit, marmonnant qu'elle rêvait d'autre chose, d'amour et de paix, d'un avenir sans peur et empli de bonheur. Yorgos avait ri.

- Harry Potter n'est pas revenu à Poudlard pour sa septième et dernière année, il se cache quelque part et je dois le retrouver, pour mon Seigneur. Ça risque de prendre du temps, je rentrerai peut-être parfois, pour que tu me réchauffes et que tu t'offres à moi. Essaie de ne pas trop grossir. Tu as intérêt à ne pas me faire honte. Et à me donner un fils.

Alexios était né sept mois plus tard, au cours d'un accouchement éprouvant où mère et fils faillirent perdre la vie. Yorgos était absent. Il le serait toujours. Le pire était déjà arrivé, après tout, le Seigneur des Ténèbres était tombé, précédé ou suivi de près par nombre de ses fidèles. Yorgos et quelques autres avaient fui, le temps de mettre leur richesse à l'abri, le temps que la communauté magique britannique panse ses blessures. Le temps, également, de sentir le désir de vengeance bouillir en lui et en quelques autres, le temps d'une « bêtise » de plus, avait dit sa femme. Il l'avait blessée, forcée. Une fois de plus. Alexios était juste à côté. Il avait semblé à son père qu'il avait regardé la scène en souriant.

Yorgos était déjà en prison lorsqu'Amalthéa naquit. Il acceptait les visites de son épouse et de son fils, il les ordonnait, même. Pour éduquer Alexios, pour en faire le digne fils de son père. Pour honorer ses devoirs maritaux, aussi. Sa femme se laissait faire, elle abdiquait à chaque visite. Puis vint Briseis, conçue sans amour dans une cellule étroite et humide d'Azkaban. Dernière « bêtise » qui préserva la fille en emportant la mère.

Alexios avait sept ans, Amalthéa trois. Le père de Yorgos et sa nouvelle épouse se firent un devoir d'adopter leurs petits-enfants. C'étaient eux, désormais, qui rendaient visite à leur infortuné de fils, injustement retenu prisonnier, juste défenseur d'une cause qu'ils embrassaient tous. C'étaient eux, désormais, qu'Amalthéa haïssait en silence.

Son grand-père, qui multipliait les attouchements et les actes de cruauté.

Son père à qui elle devait rendre visite toutes les semaines. Son père qui la jaugeait du regard, qui faisait promettre à « grand-mère » Delenikas d'apprendre à Amalthéa comment bien se tenir, comment devenir la digne fille de son père puis, dans un futur proche, une fiancée irréprochable pour son futur époux, un fils de Mangemort qu'elle rencontrerait certainement à Poudlard.

Son frère dont elle devait supporter la présence, jour après jour. Son frère qui essayait ses maléfices sur ses sœurs, qui riait de leurs pleurs, de leurs cris, de leurs souffrances. Son frère qui considérait Briseis et ses récits censés de haut, tel l'ignorant qu'il était.

Et sa mère qui les avait abandonnées toutes les deux. Car elles n'étaient que deux, désormais. Sur qui d'autre pouvaient-elles compter ?

- Tout ira bien, promit Briseis en venant se lover dans les bras de sa sœur.

Une promesse au doux accent d'espoir.

ooOOoo

Grande-Salle de Poudlard, 1er septembre 2015

- Serpentard !

Elle ne leva pas le regard. Elle ne le faisait jamais. Elle sentit un être de faible corpulence s'installer près d'elle. Un parfum de menthe et de citron vert. Un léger tremblement du bras gauche. Un garçon. Déjà il répondait aux questions que lui posaient les élèves qui l'avaient précédé.

- Tes parents étaient-ils à Serpentard ? Ta famille est-elle connue ? Es-tu sang-pur ?

On lui avait posé les mêmes questions, elle s'était contentée de plonger son regard dans celui de ses vis-à-vis, ça avait suffi. Ça suffisait toujours. Ils s'y étaient fait, tous autant qu'ils étaient. Elle ramenait des notes moyennes, faisait gagner plus de points qu'elle n'en perdait, elle était une élève parmi tant d'autres, pressée de rejoindre Poudlard, hantée de devoir encore abandonner sa sœur. S'enfuir, se sauver, la condamner. Il en était ainsi, il leur faudrait encore attendre un an. Un an de silence, de souffrances étouffées, de sang à sécher sans jamais se plaindre. Un an de plus à serrer les dents. Puis Briseis s'assiérait sous ce maudit chapeau et elle serait répartie à Serdaigle. Amalthéa n'avait aucun doute, aucune hésitation. Elle n'en avait jamais.

- Tu devrais revenir parmi nous, princesse, ça devient intéressant.

Elle battit des cils le temps d'une seconde, inspirant discrètement. Lorsqu'elle releva son visage elle le vit. Il ne ressemblait pas tellement à son héros de père, il était tout aussi petit et anxieux que les autres élèves, même s'il essayait de faire croire le contraire. Elle s'était attendue à ce que le Choixpeau prenne sa décision rapidement, sans hésiter.

Autour de lui, le silence était total, complet, à peine quelques murmures hâtifs. Et Romy, qui, décidément, ne savait se taire.

- Et c'est là que le vieux Choixpeau l'envoie chez nous.

- No way, balaya Kynthia. Il ira à Gryffondor comme son...

- Gryffondor !

- Tu vois, je te l'avais dit. Sans surprise. Par contre, s'ils pouvaient la fermer, ça me...

- On dit « en revanche ».

Kynthia jeta un regard noir à Ollie, assise en face d'elle. Amalthéa l'entendit marmonner dans sa barbe et se détendit instantanément. Kynthia n'était pas du genre à répondre à l'indomptable Ollie. Les « Potter avec nous » raisonnèrent quelques minutes, le temps pour les professeurs de le congratuler avant d'intimer le silence. L'héritier du Survivant venait d'être réparti, les autres pouvaient bien attendre.

- Delenikas, réunion ce soir, là où tu sais.

Amalthéa acquiesça docilement. On ne refusait rien à Kirke Odell.

- Et ça recommence, ronchonna Romy contre son oreille.

Quant à savoir si mademoiselle se plaignait de la reprise de la répartition ou de celle des réunions secrètes de la « confrérie », Amalthéa n'en savait rien. Elle ne posait jamais de questions. Bizarrement cela convenait à ses camarades. Dès le premier soir Romy avait fait les présentations, elle semblait vouloir tout connaître de ses condisciples. Pearl s'était dévouée pour passer la première sous la curiosité débordante de Romy, Kynthia avait suivi bon gré mal gré, Ollie avait haussé les épaules avant de quitter le dortoir et Amalthéa s'était vue face à un premier choix. Etait-il si simple de se faire des amis ? Le pouvait-elle ? En avait-elle le droit, la capacité ?

- Je ne sais pas vraiment quoi vous répondre. J'y réfléchirai.

- C'est déjà mieux qu'un « non », avait répondu Romy avant d'ajouter, t'es plutôt marrante sous tes airs de reine de glace.

Elle était devenue, au fil des mois, ce qui ressemblait le plus à une meilleure amie, bien qu'Amalthéa apprécie tout autant la forte personnalité de Kynthia et l'émotive sensibilité de Pearl. Ollie était la seule à ne prendre part à leur bande, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi. Le fait est qu'elles s'attendaient chaque matin, rejoignaient ensemble la Grande Salle et s'asseyaient ensemble en cours.

ooOOoo

Salle aux dents de glace, Poudlard, 2 septembre 2015

- Nous lui laisserons donc un an. L'an prochain nous…

Un brouhaha habituel. Des débats, des avis par dizaines, par centaines. Ils étaient de plus en plus nombreux. Chaque départ voyait deux arrivées. Des garçons et des filles de toutes les maisons, de toutes les années. Une trentaine de regards rivés discrètement, jour après jour, sur un tout jeune élève de onze ans, aux cheveux bruns et à l'air fatigué.

- Il passe ses nuits à explorer le château avec les deux Weasley et l'autre gamin, Mael Thomas.

- Il finira par tomber sur nous avant même qu'on…

- Un an c'est beaucoup trop.

- Il ignore tout de la vie, du passé de sa famille, du rôle qu'a tenu son père. Laissons-lui le temps d'apprendre et de digérer.

- Parlons au moins avec l'un de ses cousins. L'un me semble plutôt sensé, l'autre un peu benêt.

- Manipulable, donc.

Amalthéa Delanikas s'adossa au mur en soupirant. Elle ne participait jamais aux débats. Elle en avait le droit, le « groupe » n'imposait que très peu de règles à ses membres et personne ne la jugeait jamais sévèrement. Tous savaient, au fond, pourquoi elle était des leurs. Tout comme ils savaient pourquoi elle faisait également partie de l'autre « club secret de Poudlard », sous l'égide des frères Zigaro. Pour tout savoir, pour appréhender le moindre danger. Pour Briseis.

ooOOoo

Grande Salle de Poudlard, 1er septembre 2016

- Delanikas Briseis !

La toute petite fille se détacha de la foule des jeunes nouveaux élèves de Poudlard et s'avança vers le Choixpeau, la démarche assurée et le dos droit. « Une vraie petite lionne », avait murmuré Romy.

Profondément angoissée pour sa sœur, Amalthéa n'avait même pas pris conscience des regards impressionnés et compatissants de ses camarades. Mais les maisons de Poudlard dansaient dans sa tête, sans qu'elle ne sache s'il valait mieux que Briseis soit répartie à Serdaigle, à Poufsouffle ou à Gryffondor.

A Serdaigle, Briseis serait entourée d'élèves intelligents, curieux et sensés. Le cru de la promotion précédente avait fait bonne impression à Amalthéa. Keanu Ganesh et Solenne Oranch lui plaisaient bien.

A Poufsouffle, Briseis serait entourée d'élèves bons et accueillants. Mais il y avait Ted Lupin, qu'Amalthéa abhorrait. Et Elvis Zigaro. Et Amalthéa craignait plus que tout que sa sœur se retrouve enrôlée dans une des « confréries », notamment sous le joug des Zigaro.

A Gryffondor, enfin, Briseis vivrait dans l'ombre de l'Héritier et de ses cousins Weasley. Une ombre que l'on aurait pu croire néfaste mais qui n'était pas si horrible, aux yeux d'Amalthéa. L'année qu'elle avait passée à l'observer avait modifié son point de vue sur James Potter.

- Serpentard !

Son sang se glaça. Le regard de Briseis se voila. La peur déformait ses traits. Les murmures naissaient, les regards la quittèrent pour venir se poser sur le côté droit de la table des serpents où, dressé sur la table et surplombant la Grande Salle, un garçon au regard mauvais essayait de se substituer au Choixpeau.

- Détend-toi, murmura Romy. Ce crétin n'est rien ni personne.

Ce crétin, comme disait Romy, n'était autre qu'Andros Delanikas, d'un an le cadet d'Amalthéa et à qui Alexios avait confié la surveillance et la « protection » de ses sœurs, avant de quitter Poudlard. Et de mourir.

« Un suicide de plus », avaient titré les journaux. Un meurtre habilement déguisé en suicide, avait songé Amalthéa avec soulagement. Elle avait eu quatre ans pour s'y préparé. Quatre ans durant lesquels elle ne s'était pas endormie sans y penser, encore et toujours. Elle avait tout préparé, tout envisagé. Elle s'était créé un alibi en béton, avait appris à reproduire l'écriture de son frère sans trembler et à effacer son empreinte magique. Elle avait attendu la dernière semaine, alors qu'Alexios se pavanait avec sa fiancée, riche héritière française, et se réjouissait de visiter son père en prison. Elle avait attendu qu'il passe ses Aspics, qu'il prépare ses grands adieux à Poudlard. Elle lui avait tendu un piège simpliste. Elle savait d'expérience que les pièges les plus simples étaient également les plus efficaces.

Elle s'était plongée dans l'obscurité de la Tour d'Astronomie en priant pour que les battements de son cœur ne trahissent pas sa présence. Elle l'avait désarmé en chuchotant, ne maîtrisant pas encore les sortilèges informulés. Elle l'avait poussé de la plus haute tour en espérant que Poudlard ne le sauve pas, que sa magie spontanée ne le sauve pas. Elle avait observé son corps quelques minutes durant sans rien éprouver d'autre qu'une immense peur de le voir se relever.

Il ne s'était pas relevé.

Le plus dur avait sans doute été de briser la baguette d'Alexios. Elle n'aurait jamais cru que ce puisse être si difficile de détruire un bout de bois. Mais elle y était parvenue, et avait éparpillé avec joie les brindilles autour du corps de son frère. Enfin, elle avait glissé une lettre sous la cape hors de prix d'Alex, assez près de lui pour ne pas risquer qu'elle se perde, assez éloignée pour qu'elle ne soit pas souillée par le sang qui coulait du corps d'Alexios.

Soucieuse d'accomplir à la perfection la réalisation de son rêve le plus cher depuis quatre ans, Amalthéa vérifia qu'elle n'avait rien oublié avant de regagner le château. Elle avait hâte de retrouver son dortoir. Elle avait bien mérité un peu de repos. Elle pressentait une interrogation surprise en Sortilèges, le lendemain, il lui faudrait être en forme.

Cette nuit-là le sommeil la gagna rapidement, son esprit nullement tourmenté par le fratricide qu'elle venait de commettre. Le lendemain le directeur de Poudlard annoncerait un énième suicide. Et la vie continuerait. Sans Alexios, enfin.

- Serdaigle !

Le cœur d'Amalthéa rata un battement. Briseis lui lança son plus beau sourire et s'installa près de Nalani Jordan qui lui souhaita gentiment la bienvenue. La main de Romy étreignit brièvement son épaule, complice. Amalthéa était tellement soulagée qu'elle ne fit attention ni à l'agitation suscitée par Lily Evans deuxième du nom, ni à celle de la répartition de Lucy Weasley. Tout allait bien.

Les jours, les semaines, les mois passaient, et Briseis s'épanouissait enfin. Amalthéa, bien que confiante, la quittait rarement des yeux. Il était de son devoir de veiller au bonheur de sa sœur. De son devoir, de se porter volontaire pour des missions qui la dépassaient mais qui avaient le mérite de laisser Briseis à l'écart des clubs secrets de Poudlard.

ooOOoo

Grande Salle de Poudlard, 1er septembre 2018

Certaines répartitions avaient plus d'impact que d'autres. Rose Weasley assise parmi les aigles, Albus Potter et Scorpius Malefoy nouveaux princes des serpents. La Jeune Armée des Ténèbres, groupuscule grandiloquent commandité par les frères Zigaro avaient fait des deux garçons leurs nouveaux membres-esclaves et s'étaient fait la promesse de terrifier en tous points la petite fille aux cheveux si roux qu'elle en avait écœuré Amalthéa des carottes pour une vie durant.

- Elvis veut que vous fassiez entrer une Coulobre. Tu feras équipe avec Ulrik Peers.

- Rose Weasley ne va pas être la seule terrorisée de...

- Tant mieux. Plus les élèves auront peur, plus ils placeront leurs attentes sur les frêles épaules des fils de. Nous verrons si James Potter et sa clique sont ce qu'ils prétendent être.

- A savoir des élèves normaux. Voyons, Tom, nous les avons suffisamment testés. Ils ne sont rien de plus que des...

- Tu me sembles bien compatissante, Delanikas. Sont-ce tes origines qui te font te sentir si concernée par le destin du pauvre petit James Potter ?

Le ton doucereux et ironique de Tom Zigaro fit trembler Amalthéa qui fronça légèrement les sourcils. Que sous-entendait donc le jeune homme ? Que savait-il qu'Amalthéa ignorait ?

- Ne me dis pas que tu ne sais pas ! Tu mènes pourtant tes recherches en solo. Ne crois pas que nous ne sachions pas, Elvis et moi. Nous savons ce qui t'anime, nous savons que tu ne nous es fidèle que pour protéger ta sœur. Tu ne joues ta carte d'espionne que pour la protéger elle, au péril de ta vie.

Le regard s'était froid. Moqueur. Méprisant. Il ne le proférait pas verbalement mais Tom Zigaro venait de la mettre en garde. De la menacer. Elle s'était engagée à espionner les autres regroupements, à intégrer les autres clubs, mais ne devait jamais oublier à qui elle avait prêté allégeance. A ces frères cruels aux idées horrifiantes.

- James Potter ne sait pas ce que nous savons. Sur ses origines, sur sa naissance. Figure-toi que sa naissance est un mystère. L'horrible rousse traitre-à-son-sang est bien sa mère. Mais son père... Deux hommes pourraient être son père. Et nous avons fait en sorte que jamais la vérité ne puisse éclater. Nous-mêmes ne savons pas si le gamin est le fils de l'Elu ou de... Blaise Zabini. Qu'est-il donc pour toi, ce vieux traitre ? Un oncle ? Un cousin éloigné ? J'aime ce que je vois sur ton visage. J'aime surprendre les gens, surtout ceux qui osent prétendre rester de marbre face à moi.

- Je n'y crois pas. Il lui ressemble, il...

- La magie, Amalthéa. La magie peut bien des choses. La magie l'a vu naître, la magie fait partie de lui, la magie le laissera douter...

- Ils ne laisseront pas ça arriver ! Tu penses bien, le Survivant, le héros de tout un monde, trompé par sa femme, alors que toutes les autres sorcières mourraient pour être à sa place ! Trompé pour un Serpentard, trompé pour un Mangemort ! Ça n'arrivera jamais.

- C'est déjà là, Amalthéa. Elvis et moi y veillons depuis toujours.

- Pourquoi ? Pourquoi s'acharner sur lui si vous n'êtes même pas certains qu'il soit son fils ?

- Premièrement pour le déstabiliser. Le forcer à nous rejoindre. Peu importent ses origines. Il est plus important que tu ne le crois.

- Il ne le fera pas, Tom. Il a refusé de le faire. Il...

- La nouvelle l'anéantira. Le doute le dévorera. Il cherchera à savoir. Il cherchera à comprendre. Il cherchera à prouver qu'il n'est pas le fils d'un serpent, d'un lâche, d'un traitre. Il cherchera à se rassurer, à se prouver qu'il est bien le fi-fils à son élu de père. Nous profiterons de son mal-être. Il nous rejoindra. Albus s'occupera de lui.

- Le petit Albus ?

- Petit garçon, grand manipulateur. Le « petit Albus », comme tu dis, nous a communiqué quantité d'informations croustillantes sur le passé de son père. Le « petit Albus », comme tu dis, nous est dévoué. Il déjoue la surveillance de Vincent Goyle, Pepper Warwick et tous les petits copains serpents de son frère qui ont promis à l'aîné de veiller sur le cadet. Le « petit Albus » est volontairement manipulable. Il pense même nous manipuler nous, ricana Tom. Nous le laisserons le croire tant que nous aurons besoin de lui. Nous lui érigerons un trône, nous l'aiderons à régner.

- Dans quel but ?

- Le mettre dans la lumière pour mieux agir dans l'ombre. Il nous les faut tous les deux. L'ambition de l'un, le courage de l'autre. Nous aiderons le petit Albus à s'élever. A écraser son frère. Il le tuera. Pour mieux sauver le monde.

- Je ne crois pas que James Potter devienne un jour un danger pour...

- Tu as utilisé le bon mot, Amalthéa. Tu ne le crois pas. Elvis et moi ferons en sorte que toi, Poudlard, l'Angleterre et le monde entier y croit. Albus deviendra un martyr. Un héros. La magie exigera sa vengeance. Et nous serons là pour nous en assurer.

- Vous vous servez d'un gamin de onze ans pour dominer le monde ? C'est d'un banal...

- Lui veut dominer le monde. Nous le contrôler.

- Tu ne me dis pas tout.

- Non, Amalthéa. A quoi me servirait de te mettre au courant ? La vérité est mon plus grand ennemi, ma chère. Le doute, la peur, l'angoisse, mes meilleures armes.

- Pour forcer les gens à espérer ?

- Oh non. L'espoir, je le laisse à James Potter. L'espoir mourra avec lui. Et quand i plus d'espoir, Amalthéa, que reste-t-il ?

- La peur.

- La peur, ma chère. Celle qui pousserait n'importe qui à croire. Et c'est là tout ce que nous voulons.

- Pourquoi me dis-tu tout ça, Tom ?

Il mit quelques secondes à répondre, se contentant d'afficher ce sourire froid qui le rendait inhumain, se délectant du supplice que vivait Amalthéa.

- Parce que ton père a fait son choix, Amalthéa. Parce que le mien a donné son accord. Parce qu'une fois sortie de Poudlard, tu m'épouseras.

ooOOoo

Devant la tapisserie du Gobelin enragé, quatrième étage de Poudlard, le 17 novembre 2018, minuit.

La ronde prenait fin. Enfin. Ou presque. Epuisée et frigorifiée, Amalthéa rêvait de se plonger sous sa couette. Mais la charmante compagnie de Malek Lespare rendait la ronde bien plus agréable qu'elle ne l'aurait cru. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient seuls, et si Amalthéa avait prévu d'effectuer sa ronde en silence, Malek Lespare s'était occupé de conjurer le sort, avec force sympathie.

- ... alors Isidore a répondu que c'était forcément le renard qui avait fendu le miroir et c'est là que le professeur Slopa a dit... James ?!

Surprise, Amalthéa suivit le regard du charmant préfet des Serdaigle. Et posa ses yeux sur James Potter.

Un James Potter éreinté et euphorique. Un James Potter qu'elle aurait cru drogué s'il n'avait pas tenu son bras blessé contre son buste.

- Que fais-tu ici James ?, demanda Malek. Que t'est-il arrivé ?

- Je... Je ne fais rien de mal, je vous le promets ! J'ai... J'ai une autorisation...

Elle tendit la main avant que Malek Lespare n'esquisse le moindre geste et, sans éprouver le recul qu'on attendait de lui face à n'importe quel Serpentard, James adressa un timide sourire à Amalthéa et lui légua le bout de parchemin.

- Il dit vrai. Le professeur Glacey l'autorise à parcourir Poudlard, sans pour autant en expliquer les raisons.

- Je...

- Tu n'es pas obligé de nous confier quoi que ce soit, James, le coupa Malek. Tu ne seras pas puni. En revanche, Amalthéa et moi allons t'accompagner à l'infirmerie.

Semblant vouloir protester, James jeta un bref regard à son bras avant de capituler. Et de tendre sa main vers la jeune préfète.

- Je suis ravi de faire ta connaissance, Amalthéa. Je m'appelle James.

- Je sais.

La rapidité et la froideur de sa réponse firent baisser les yeux au plus jeune. C'est sans doute à ce moment-là qu'Amalthéa éprouva une bouffée de compassion pour ce gamin hésitant en proie au doute et à l'incompréhension. C'est à ce moment-là, aussi, qu'elle eut son premier béguin amoureux en voyant Malek Lespare, déjà très grand pour un adolescent de quinze ans, se baisser pour être au niveau de James, qu'il dépassait largement.

- N'écoute pas tout ce qu'on raconte sur toi, James. Je sais que c'est difficile à faire et que je ne suis personne pour te donner des conseils mais tu...

- Au contraire, tu es préfet, s'enthousiasma James avec un semblant d'émerveillement. En plus tu joues dans l'équipe ! Tout le monde t'apprécie et...

- Je pensais que tu te rangerais du côté de Liko Jordan et Olivia Dubois, bafouilla Malek, légèrement surpris.

- Ils t'aiment bien Malek, tu sais. C'est juste une amicale rivalité entre joueurs qui...

L'écoutant parler de ces jeunes qui l'émerveillaient par leurs prouesses en vol, ce qui aux yeux d'Amalthéa n'avait que peu de valeur, la jeune fille se plongea dans de récents souvenirs.

« As-tu fait ton choix, Potter ? »

Une même question posée deux fois. Deux groupes qui le voulaient parmi eux. Deux groupes qui s'intéressaient à son nom, à son rôle. Deux groupes pour qui il n'était qu'un Potter.

- J'ai fait mon choix. Et la réponse est non.

Une même réponse, clamée deux fois. Une réponse qui dissimulait à peine sa véritable allégeance. Dans son groupe, à lui, les membres venaient de quatre différentes maisons. Dans son groupe à lui tous étaient à égalité. Dans son groupe à lui, il était James, un garçon parmi d'autres, sans rôle préconçu, sans responsabilité autre que de veiller sur ses amis, comme eux-mêmes veillaient sur lui.

Clifford de Woodcroft, le jeune cousin de Romy, à qui il racontait les moindres détails de sa vie, confiait régulièrement ses pensées et ses doutes quant à son appartenance à la bande la plus controversées de Poudlard.

Lorsqu'il lui avait parlé de la Coulobre, intégrée à Poudlard par les frères Zigaro pour terroriser les élèves et acculer les fils de héros, James n'avait pas hésité. Il n'était pas plus costaud que Keith, ni plus malin que Keanu, il dégainait moins vite sa baguette que Susie et réfléchissait beaucoup moins que Louis. Ensemble, ils devenaient plus forts. Ensemble, ils étaient complémentaires.

Et James, loin de s'en cacher ou de s'en vanter, revendiquait des liens profonds qui ne regardaient qu'eux. Peu lui importait la couleur de leur blason, peu lui importaient les rumeurs et les chuchotements. La tendresse, l'amitié, avaient bien plus de valeur à ses yeux. Un comportement qui touchait Amalthéa au plus profond de son cœur.

- Désolée, coupa rapidement Amalthéa en regardant James droit dans les yeux. Je n'aurais pas dû te parler comme ça tout-à-l'heure.

- Pourquoi ?, demanda James avec méfiance. Parce que je suis le fils de Harry Potter ? Parce que tu as peur que je te pousse à te suicider ?

L'aigreur et l'amertume ne lui allaient pas. Il avait l'âge et le visage d'un garçon qui aurait pu, qui aurait dû, se lancer dans la vie avec enthousiasme et non se justifier à chaque accusation. Le cœur d'Amalthéa se serra à nouveau. Comment pouvait-on accuser ce gamin d'être à l'origine de suicides ?

- Je sais que tu es innocent.

- Tout comme nous savons que tu as participé à cette expédition inconsciente pour faire sortir la Coulobre de Poudlard, soupira Malek, exaspéré. Oh, ne t'inquiète pas, je ne vous dénoncerai pas. Je vous apprécie, tu sais ? Pas seulement Nalani, Keith, Keanu... Tous autant que vous êtes, de toutes les maisons... Vous avez le courage de sortir des cases qu'on a fabriquées pour vous. Mais vous êtes inconscients et...

- Tout le monde croit que je suis comme mon père, vous savez. Et quand je dis que c'est un homme tout à fait normal, parce que je ne savais pas toutes ces choses sur... vous-savez-qui et la guerre... Personne ne me croit. Y a même une fille de sixième année qui a dit que je disais ça pour faire croire que j'étais meilleur que mon père ! C'est tellement ridicule ! J'ai treize ans et mon père s'occupe de rendre ce monde plus juste, comment je pourrais me croire meilleur que lui ?

Ne sachant que répondre, Malek Lespare soupira, haussant les épaules. L'infirmerie n'était plus très loin, tout comme les larmes au coin des yeux de James.

Amalthéa posa une main hésitante sur l'épaule du jeune garçon.

- Tu n'es pas meilleur que lui mais lui n'est pas non plus meilleur que toi. N'oublie jamais ça. C'est important.

Elle voulait insister, elle voulait lui faire entendre raison, mais déjà l'infirmière surgissait, les cheveux en bataille et sa cape attachée de travers. Déjà elle rouspétait après « ces élèves qui ne comprendront définitivement jamais qu'ils sont dans une école et non dans un parc d'attractions »

James fut entraîné loin d'elle et le silence reprit ses droits, nullement rompu par Malek Lespare qui lui jetait quelques regards surpris.

ooOOoo

Quelque part dans la noirceur du château, tard dans la nuit

- Quand les as-tu vus ici ?

- Hier. Un peu après minuit. Je suis revenu entre les cours et pendant les pauses. Personne n'est revenu. Pas quand j'étais là, du moins.

Amalthéa acquiesça d'un hochement sec du visage. Elle s'agenouilla, scrutant le point que lui avait désigné Scorpius Malefoy.

- Tu as raison, c'est bien une lettre.

- Un W, ajouta Scorpius, plus pour se donner une contenance que pour confirmer ce qui était devenu une évidence.

- Qui ont-ils envoyé ?

- Vincent Goyle. Drogué, comme d'habitude. Les Cocatrix gardaient Pepper Warwick et Clifford de Woodcroft à l'écart. Comme d'habitude, appuya Scorpius avec amertume. Je ne comprends pas pourquoi...

- Ils espèrent ainsi que tout retombe sur James Potter si quelqu'un commençait à soupçonner quelque chose. Ce qui n'est pas près d'arriver, tu peux me croire.

- Pourquoi tout retomberait sur James Potter ?, s'étonna Scorpius.

- Parce qu'il est pour la paix inter-maison, parce qu'il est un des seuls élèves dans cette école à avoir des amis partout, dans toutes les maisons. Parce qu'il a décidé que l'amitié de Juliet Hawkes était plus importante à ses yeux qu'une guerre puérile entre maisons.

- Je ne comprends pas...

- S'il advenait que quiconque, n'importe qui, doute des frères Zigaro, ceux-ci n'hésiteront pas à dire que James Potter a créé la JAT, pour protéger l'une des deux confréries de Poudlard. Qu'elle lui appartient. Et qu'il a lui-seul choisi de ne pas enrôler les seuls Serpentard qui lui tiennent à cœur, ses amis. Les rumeurs et la presse feront le reste.

- Mais Pepper Warwick...

- Pepper croit protéger ses amis. Pepper s'est enrôlée dans la Confrérie pour protéger Juliet Hawkes, Vincent Goyle et Clifford de Woodcroft. Mais tout ce qu'elle croit n'est que du vent. Quoi que tu fasses, Scorpius, n'oublie jamais qu'ils ont un train d'avance sur toi. Ils connaissent le moindre de tes rêves avant même que ton réveil ne sonne, ils savent ce que tu vas manger avant même que tu n'entres dans la Grande Salle.

- Ils te font peur ? C'est pour ça que tu les as rejoints ?

Amalthéa l'observa quelques secondes. Tous deux étaient membres de chaque organisation secrète de ce château, tous deux prenaient des risques, tous deux rêvaient d'un monde meilleur.

- Depuis qu'elle est toute petite ma sœur rêve d'un avenir heureux, du prince charmant, d'enfants, de vacances au bord de la mer. Au début j'ai cru qu'il serait plus simple de la protéger en intégrant le système. Je sais maintenant qu'ils la tueraient pour me punir d'en sortir.

Scorpius Malefoy déglutit. Il était rare qu'il laisse transparaître ses émotions. Parce qu'il n'en avait pas le droit. Parce qu'il était un Serpentard. Parce qu'il était un Malefoy. Et lorsqu'il les avait rejoints, sa crainte et son entêtement mélangés avaient touché Amalthéa. Elle n'avait pas eu à beaucoup insister pour le prendre sous son aile.

- J'aimerais qu'il le voie. James, ajouta Scorpius en désignant le W. Ce ne serait que justice et puis...

Scorpius déblatéra un argumentaire qu'il avait appris par cœur et Amalthéa se contenta de l'écouter d'une oreille. Le plus grand avait aidé l'autre à se relever, une fois, après qu'un Gryffondor un peu benêt ait poussé Scorpius dans les escaliers « parce que tu es à Serpentard, parce que tu as les mêmes idées que ton père. » James s'était excusé. Et lorsque Vincent Goyle s'en était étonné, James avait murmuré qu'il était de leur devoir, à tous, de veiller à faire disparaître les amalgames, le désir de vengeance et la haine.

- Ok, dis-lui, je garderai le secret.

Scorpius s'interrompit, les yeux écarquillés. Il était plutôt mignon à regarder pour un môme, songea Amalthéa. Elle l'aurait accepté comme beau-frère. Mais Briseis était dépossédée de certains atouts. Des atouts dont James Potter était doté.

- Tu lui fais confiance, affirma Scorpius en un murmure.

Cette affirmation, Amalthéa fit comme si elle ne l'avait pas entendue. Elle n'avait rien à répondre au jeune Malefoy.

Elle se contenta de le surveiller avec un peu plus d'attention que précédemment. De le suivre, aussi, jusque tard le soir. Il semblait hésiter, attendait le moment opportun. Comme Amalthéa, Scorpius avait fini par connaître la teneur des cours particuliers que suivait James, de nuit, au beau milieu de la forêt interdite. Comme elle, il n'avait pas été surpris d'apprendre que James Potter était un Animagus en devenir. Comme elle, il s'étonnait davantage que le garçon n'ait pas mis ses proches amis dans la confidence, lui qui partageait tout avec sa bande.

Comme elle, Scorpius savait que James Potter avait bien trop de responsabilités qui pesaient sur ses épaules. Comme elle, il savait que le jeune garçon ne méritait pas de tant subir le poids de l'héritage.

Il sembla changer d'avis au fil des jours. Jusqu'à ce jour où Tom exigea de lui qu'il s'engouffre dans le « passage du W », comme ils l'appelaient, faute de mieux. Amalthéa était arrivée trop tard et n'avait pu que guetter son retour. Un retour rapide, et douloureux.

Et celle qui s'était précipitée à son encontre dut battre en retraite, et se dissimuler derrière une gargouille en forme de sanglier.

- Malefoy. Tu es bien loin de ta salle commune. Tout va bien ?

- Potter.

Tous deux hésitaient, ne sachant pas comment poursuivre la conversation. La guerre, les on-dit, les rumeurs, le reste du monde s'attendaient à les voir brandir leurs baguettes et leurs poings. Au lieu de ça, James Potter se détendit, glissa ses mains dans ses poches, et esquissa un timide sourire.

- Je vais très bien, je te remercie. Bonne soirée, souffla Scorpius avec un semblant de regret dans la voix.

- Attends Scorpius...

Amalthéa vit l'animal s'insuffler en James, à mesure que celui-ci le laissait envahir ses sens. Et son flair.

- Tu es blessé ?

Scorpius passa nerveusement la main sur son bras. Il était soudain plus pâle encore que d'ordinaire.

Sa voix n'était pas aussi ferme que l'aurait voulu le jeune Malefoy, sa démarche pas aussi assurée qu'il l'aurait fallu et puis, bien sûr, puisqu'il ne pouvait rien faire d'autre, il appuya son regard sur la pierre. Suffisamment longtemps pour que James suive son regard.

Scorpius y était arrivé. Quelqu'un d'extérieur aux clubs secrets de Poudlard était au courant. Le cœur d'Amalthéa tambourina fort dans sa poitrine. Heureusement pour elle, le daim qui sommeillait en James n'était pas assez évolué pour percevoir sa présence.

Mais l'adolescent irréfléchi et impatient avait agi avec bien plus de hâte que Scorpius et elle l'auraient voulu.

- On fait quoi maintenant ?

- On les protège, soupira Amalthéa avec évidence. C'est pas comme si on avait le choix.

- Pourquoi ne protègent-ils pas leurs arrières ?!, s'énerva Scorpius. Ils ont des amis dans les autres maisons, ils auraient pu...

- Chut, ils arrivent. Mets-toi là-bas.

Amalthéa retrouva sa place in extremis derrière la gargouille en forme de sanglier. Ils étaient déjà arrivés près du « W » lorsqu'elle régula sa respiration.

- ...tu vois que ça a été rajouté après ?

- Les nuances de couleur ne sont pas les mêmes, tu le vois bien.

Ils étaient cinq. Le meilleur ami, la fille du professeur de Botanique, les deux cousins, et James. Un James paniqué, qui ne savait comment se sortir d'une pareille situation sans avouer comment et pourquoi ses yeux à lui voyaient ce qu'eux, simples sorciers sans fibre animale ne pouvaient voir. Et le soulagement vint de Mael. Une nouvelle fois.

- ...Non ! Mael ! Ne fais pas ça !

Amalthéa eut si peur qu'elle lutta pour ne pas se redresser. Elle imagina sans mal que Scorpius devait être dans le même état qu'elle. Qu'adviendrait-il d'eux si quatre élèves censés tout ignorer de ce mystère empruntaient le passage ?

Heureusement pour eux, Louis et James avaient convaincu Mael de ne pas appuyer sur le W en relief.

- Je sais que c'est tentant mais on ne sait pas ce qu'on trouvera de l'autre côté. Peut-être un simple raccourci, peut-être un passage secret de plus, mais en attendant...

- Comment le savoir si on n'y va pas !?, s'énerva Fred. On est seuls, ok ? On s'est pas trimballés les Serdaigle qui voudraient tout analyser ni les trouillards de Poufsouffle, on...

- Tu es injuste, coupa James. Nos amis...

- ...ne sont pas là ! On est entre lions, là, alors faisons honneur à notre maison !

- Fred, non !

Amalthéa ferma les yeux. Un bruit de succion se fit entendre, suivi par trois cris. Elle entendit Louis Weasley, la voix terriblement angoissée poser cette question inutile. « Où est James ? » Inutile, parce que James Potter n'était pas de ceux qui abandonnent leurs proches. Inutile, parce que celui-ci avait protégé Alice au détriment de lui-même. Inutile, parce qu'il aurait préféré protéger Mael que se protéger lui.

Amalthéa se redressa, dès les pas précipités d'Alice Londubat et Louis Weasley, estompés. Par acquis de conscience, elle vérifia que James avait bien pris le passage. En cet instant, elle aurait pu le maudire, le traiter de crétin, de véracrasse ou tant d'autres choses. Elle n'en fit rien. Elle était terrifiée. C'était la première fois qu'elle ressentait ce sentiment pour quelqu'un d'autre que sa sœur. Et Scorpius Malefoy, plus pâle et tremblant que jamais, semblait plus terrorisé encore qu'elle.

Elle fit alors ce qu'elle n'avait encore jamais fait avec un autre que sa sœur. Elle l'attira contre elle, tous deux inquiets pour ce garçon qui comptait bien plus à leurs yeux qu'il n'aurait pu l'imaginer.

L'attente leur avait paru interminable. Une demi-journée. Le temps de manquer trois cours et de se voir sévèrement punir. Scorpius s'en voulait un peu mais l'euphorie dans laquelle étaient les trois lions le rassura définitivement. Il était aussi drôle de voir Mael se vanter pour les beaux yeux de Nalani que touchant d'entendre James avouer à ses amis avoir eu « la trouille de ma vie ».

- C'était comme si je n'existais pas vraiment, je marchais et je voyais des gens agir, parler, vivre, mais personne ne me voyait, expliquait-il.

- Une peu comme si tu étais mort ?, demanda Keith les yeux exorbités.

Il reçut deux coups de coude peu discrets de la part de Nalani et Keanu mais n'en eut cure. Il s'agissait de James, un ami proche qui ne lui reprochait jamais la moindre de ses gaffes.

- C'est ça, confirma James, blanc comme neige. Mais je crois surtout que c'était comme un rite initiatique. Un test. Une épreuve à passer. Je n'en suis pas sûr mais...

- Il va falloir creuser là-dessus, lâcha Louis avec sérieux.

- Vous pensez que ça a un rapport avec les Zigaro ?, demanda Susie en se blottissant dans les bras de James.

- Sûrement, approuva Keith.

- Ça me paraît évident, cracha Alice. Vous avez tout oublié ou quoi ? T'es certain que tu veux marcher avec eux ?

Amalthéa et Scorpius échangèrent un regard incertain. Tous deux s'étaient avoué apprécier James Potter. Ni l'un ni l'autre n'avait besoin d'affirmer détester Alice Londubat. Et pourtant, celle-ci avait un pouvoir certain sur James. Tous deux s'entendaient comme un frère et une sœur, tous deux se passaient tout, se pardonnaient de tout.

Oui, James passait tout à sa meilleure amie. Il n y avait qu'un seul sujet sur lequel ils étaient en désaccord, un seul sujet pour lequel il n'acceptait pas de courber l'échine.

- Je ne marche pas avec eux, nous marchons tous ensemble. Ce n'est pas nouveau, Alice, ça fait plus de quatre ans que c'est ainsi et ça ne changera jamais. Du moins, je l'espère.

Amalthéa et Scorpius avaient détourné le regard en même temps. L'un comme l'autre ne voulait avouer ce qu'il pensait vraiment de l'annonce de James. Certains auraient pu trouver cela mièvre et complaisant. Eux étaient impressionnés par la confiance que James portait en l'amitié.

ooOOoo

Un an jour pour jour plus tard, au même endroit, à la même heure.

Un an s'était écoulé. Une année durant laquelle la bande de James Potter avait pensé être la seule à s'inquiéter des manigances des frères Zigaro, à les soupçonner, à avoir peur. Une année durant laquelle Amalthéa avait espéré qu'ils trouvent une piste à laquelle se raccrocher, un indice qui les pousse à mener leur enquête. En vain.

Ils avaient plus ou moins stoppé toute recherche dès que Tom Zigaro eut quitté Poudlard, vivant enfin quelques mois de pure tranquillité. Et puis Keanu Ganesh avait entraperçu Tom et Elvis Zigaro, au beau milieu de Poudlard, alors qu'ils n'en étaient plus élèves.

Ce fut ensuite Solenne Oranche, meilleure amie de Nalani, qui aperçut le plus vieux des frères Zigaro.

« Je rentrais de retenue et il était là, devant moi. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, je me suis demandé ce que faisait ce type, trop âgé pour être élève, trop jeune pour être un prof. C'est quand j'ai croisé son regard que j'ai compris. »

Solenne s'était enfuie en courant, effrayée par tout ce qu'elle avait appris de sa meilleure amie.

Et puis, fatalement, James fut le prochain.

Ereinté par son cours d'Animagus en devenir, il trainait les pieds dans les couloirs, lorsqu'il avait rencontré les perles outremer de Tom Zigaro. Abasourdi, James n'avait pas fui. Les deux garçons s'étaient regardés longtemps, suffisamment pour que James comprenne que Tom n'était pas dans son état normal.

- Zigaro.

- Maître, susurra Tom.

Amalthéa vit James frissonner. Le sourire diabolique qu'arborait Tom aurait dû le pousser à fuir à toutes jambes, il connaissait plus d'un passage secret et était plutôt rapide, il aurait pu semer Zigaro. Pourtant son instinct le poussait à rester.

- Tu n'es pas surpris. Tu ne cries même pas.

- Tu t'attendais à ce que je pleure, Zigaro ? Je sais que tu te fais appeler maître. Je trouve ça passé de mode mais chacun ses préférences.

- Passé de mode ? Tu en sais plus sur Voldemort que ton frère. C'était un Serpentard, pourtant.

- Ne me dis pas que tu veux reprendre le flambeau ?

- Tu sembles plus déçu qu'effrayé. Tu as du cran, Potter. Nous avons exigé cette dénomination parce qu'il est tellement facile de récupérer de cette manière ceux qui portent des noms de Mangemorts. Pas forcément parce qu'ils sont mauvais, ils ne le sont pas tous, mais parce que les gens comme ton père, Potter, ne leur ont rien offert d'autre. Quel choix de vie avaient-ils ? Aucun. Ils étaient destinés à être des fils de, eux aussi, leur réputation aurait toujours été mauvaise. Moi je leur ai montré qu'une autre voie, qu'une autre vie était possible.

- Mais... Pourquoi ?

- Parce que j'ai besoin de disciples. J'ai besoin de jeunes désespérés et eux ont besoin de croire qu'il leur reste un espoir.

- Pourquoi as-tu besoin d'eux ?

- Pour nourrir la Juste Cause.

- Tu es donc un croyant, Zigaro.

- Tu te crois malin, petit Potter... Mais tu mourras. Tu mourras comme tous les autres.

Un avertissement. Une menace. Une phrase à laquelle James choisit de répondre avec sagesse.

- Tout homme doit mourir, Zigaro.

Mais Tom ne l'écoutait plus. Ses iris s'étaient comme enflammés, en proie à une transe que James ne partageait pas et dont il semblait totalement exclu.

- C'était comme une sorte de baptême célébrant ma venue au monde, une renaissance... La Source m'a donné la trace invisible et lorsqu'elle a prononcé ces mots... « Tu possèdes la Trace, tu vogueras parmi les élus, tu entendras ma voix. Tu ne disparaîtras pas au moment de l'extinction. » Lorsque la Colossale s'abattra sur la Terre, je serai guidé vers l'un des îlots préservés et je vous regarderai crier, souffrir, mourir. Je ne tendrai aucune main. Et lorsque vous ne serez plus que des cadavres...J'accomplirai mon ultime devoir, repeupler la Terre des Élus. »

Tom avait fermé les yeux. Autour de lui la magie crépitait, les objets tremblaient, la poussière voletait, tels des milliers de paillettes dorées. Prenant peur, James avait pris ses jambes à son cou, traversant chaque couloir un peu plus vite, bousculant les élèves sans même s'en apercevoir.

Amalthéa, l'avait suivi. Pour bouger, pour avancer. Pour ne pas rester immobile. Pour ne pas rester figée à contempler ce garçon qu'elle était censée épouser.

Ses pas discrets l'avaient menée à l'orée de la forêt interdite, là où la bande de James Potter ne faisait plus qu'un.

- ... les croyants et les héros ne font pas bon ménage. Personne, ici, ne croit en cette satanée Source. Ne me dis pas que tu y crois, toi ?, demandait Nalani, plongeant ses yeux chocolat dans ceux de James.

- Je ne crois pas. Mais là n'est pas le plus important.

- Vas-tu finir par nous dire ce qui se passe ?, s'était emporté Fred.

- Il se passe qu'un Tsunami géant va éradiquer toute forme de vie sur Terre. On va tous y passer.

- Selon qui ?, avait insisté Nalani, alors que ses amis déglutissaient avec peine.

- Tom Zigaro. Il aurait reçu une trace invisible de la part de la Source. Une sorte de baptême, m'a-t-il dit, qui le protégerait du Tsunami.

- Qu'est-ce qu'on peut faire pour t'aider ?

La loyauté d'Oscar à son égard n'était nullement à remettre en doute, James le savait. Mais il ne voulait pas de ce rôle de leader qui trahissait parfois les paroles de ses amis.

- Je n'ai pas besoin d'aide, Oscar. Je voulais juste que vous le sachiez, qu'on en discute ensemble, qu'on mette nos idées en commun. Je ne suis pas un héros.

- Mais tu es la Clef du Rassemblement, avait affirmé Maël.

- Non, je...

- Maël a raison, avait clamé Nalani. C'est autour de toi qu'on s'est tous rassemblé, c'est ensemble qu'on percera ce mystère. Même si à mon avis, ce tsunami n'est fait que pour nous effrayer, nous...

- Sais-tu comment naissent les miracles, Nal ? Un croyant, ne voyant un miracle se produire, va le créer lui-même, pour que les autres y croient.

- Tu penses franchement que quelqu'un va éradiquer toute forme de vie pour...

- Tu penses que quelqu'un est assez puissant pour...

- Je pense que ceux qui sont derrière tout ça vont tout faire pour clamer haut et fort qu'on va tous mourir très vite, parce qu'ils savent très bien que c'est le meilleur moyen de rallier de nouveaux adeptes, parce qu'i pas grand chose de plus puissant que la peur.

- Il y a une chose de plus puissante que la peur, avait affirmé Maël, l'air résolu. L'espoir. »

Et l'espoir était toujours là, dans leurs retrouvailles, dans leurs recherches communes, dans cet objectif qu'ils poursuivaient et dont ils ignoraient jusqu'à la nature profonde. L'espoir, toujours. Parce qu'ils rêvaient d'un monde où ils n'auraient plus peur. Parce qu'ils avaient l'espoir de bâtir ce monde. Parce qu'ils avaient peur de voir s'éteindre le monde. Parce qu'ils n'avaient d'autre choix que d'espérer.

ooOOoo

Un peu partout dans Poudlard, d'octobre à juin 2020

Le Tournoi des Quatre Ecoles venait officiellement de débuter, avec la création des quatre équipes. Poudlard célébrait ses champions, Malek Lespare était plus séduisant que jamais et James Potter se faisait engueuler par sa mère.

- Elle n'est pas très maligne, lâcha Scorpius. Elle a beau avoir jeté un Assurdiato, on la voit crier.

- Personne ne les regarde. Personne ne regarde ailleurs. Harry Potter est au milieu de la salle, pourquoi voudrais-tu que quiconque détourne son regard de lui ?, railla Amalthéa.

Le temps fila rapidement, si vite que la première épreuve débuta sans qu'ils ne l'aient trop attendue. Amalthéa voyait sa sœur, assise très haut dans les gradins, près de ses amis, des Serdaigle, essentiellement et deux lionnes. Lily Evans et Soizic Azilis, toutes deux grimées comme seuls les lions acceptaient de l'être, étaient devenues, pour Briseis, « mes meilleures amies ! C'est pas ma faute si elles ont raté leur répartition ! Elles auraient dû être avec moi, à Serdaigle mais ça ne nous empêchera pas de rester amies ! »

Non loin d'elle, et tout aussi occupé à l'observer, Scorpius Malefoy avait délaissé ses Multiplettes. Sûrement un coup de la JAT qui n'autorisait aucun Serpentard à s'intéresser de trop près au Tournoi, puisqu'aucun serpent ne faisait partie de l'équipe qui représentait Poudlard.

- Encore une décision idiote du ministère, marmonna Kynthia. Et dire que certains croient encore qu'un jury totalement impartial a choisi les élus...

- Les préjugés finiront par disparaître, raisonnait Romy. Qui sait, peut-être que nos enfants seront fiers d'être envoyés à Serpentard et...

- D'en mourir ?, coupa Kynthia, railleuse. Aller, c'est fini. On va pouvoir rentrer et se réchau... Oh Merlin !

- Quoi ?, s'étonna Pearl.

- James Potter ! Il est tombé !

- Mais non, l'épreuve est terminée, il...

- Je te dis qu'il est tombé ! Et ça sent grave le roussi. C'est pas le genre de chute dont tu relèves, si tu vois ce que je veux dire.

Le cœur battant, Amalthéa cherchait des yeux le garçon aux cheveux ébouriffés. La foule, inconsciente de l'ultime événement, scandait les noms des champions et se réjouissait d'une possible fête. Et au beau milieu de tous ces sourires, l'inquiétude de Scorpius Malefoy arracha un haut-le-cœur à Amalthéa.

ooOOoo

- Ils disent qu'il est mort.

- Ne raconte pas de bêtise.

- Tu crois franchement que je raconterai des trucs pareils pour rien !?

Le cri de Scorpius, entremêlé de lourds sanglots, raisonna dans le couloir désert. Le jeune garçon se laissa glisser contre le mur, écrasant son visage contre ses jambes. Amalthéa ne bougeait plus. Amalthéa ne voulait plus rien dire, plus rien entendre.

Sauf la voix de sa sœur qui, deux heures plus tard, lui annonça la bonne nouvelle.

James Potter avait survécu, et tout Poudlard ou presque s'en réjouissait. Pour le plus grand malheur de son frère. Pour la plus grande joie de Scorpius et Amalthéa.

ooOOoo

- Bonsoir Amalthéa.

- Bonsoir Malek.

Les rondes qu'ils partageaient leur permettaient d'apprendre à se connaître. Elles permettaient surtout à Amalthéa d'apprendre à connaître Malek, car lui seul se confiait vraiment.

Qu'aurait-elle pu lui dire ? « Je m'appelle Amalthéa Delanikas, fille aînée d'une famille aisée, sang-pur, noble. J'ai été abusée sexuellement par mon grand-père pendant des années, je le suis toujours pendant les vacances scolaires, car il nous élève depuis la mort de ma mère et l'emprisonnement de mon père. C'était un Mangemort notable. Et j'ai tué mon frère. Mais n'aie crainte, je ne te veux aucun mal. Tu me plais depuis deux ans mais je ne pourrai jamais être avec toi car je suis fiancée à Tom Zigaro, tu sais, l'ancien Préfet-en-chef que tu hais. Je suis membre des deux confréries les plus secrètes de Poudlard. Et du monde entier. Je suis espionne à temps plein, pour l'une et l'autre des confréries dans le seul but de protéger ma sœur. »

C'était impossible. Elle représentait tout ce que le désormais préfet-en-chef détestait.

Alors elle l'écoutait parler des Aspics qui approchaient, du Tournoi qui le tourmentait, du quidditch qui le passionnait, des cours, des rumeurs, et du Bal. Le fameux Bal qui occupait tous les esprits.

- Dis-moi, Amalthéa... Je sais qu'il y a plus romantique qu'une ronde au quatrième étage et puis... Nous ne nous connaissons pas assez pour être romantiques, l'un avec l'autre. Mais quelques copains vont au Bal ensemble, entre amis. Et ton amie Ollie m'a confirmée que tu n'avais pas encore de cavalier. Alors je me demandais si...Tu accepterais d'être ma cavalière ?

Elle comprit ce jour-là ce qu'être une adolescente signifiait. Et quelques jours plus tard ce que l'amour avait de si précieux pour être le sujet d'étude de tant d'œuvres. Et quelques semaines plus tard que les chagrins d'amour existaient vraiment. Et quelques mois plus tard qu'il était plus que rare de tenir la promesse « on est plus ensemble mais on reste amis ».

Malek Lespare en aimait une autre et elle était destinée à cet ennemi qu'ils avaient en commun. La vie reprenait son cours, injuste et douloureuse.

- Mes chers élèves, un sorcier accompli doit savoir faire preuve de patience et de retenue, mais il doit également toujours se tenir prêt à agir. Ce soir les réflexes de nos Champions vont être mis à rude épreuve. La deuxième Tâche, l'épreuve du feu commencera dans une heure. Champions, supporters, spectateurs, rendez-vous sur le terrain de quidditch dans une heure.

Amalthéa laissa glisser ses yeux de la table de Serdaigle – où Malek essayait de garder contenance – à celle de Gryffondor, où James était stoïque.

Oui, la vie continuait. Injuste. Et douloureuse.

Mais pas toujours. Et pas pour tout le monde.

- J'ai été désigné pour faire partie de l'équipe de quidditch qui représentera Poudlard !

Amalthéa leva les yeux de son manuel de Potions pour prendre connaissance d'un Scorpius frétillant, au comble de la joie.

Une moue extatique qu'elle verrait quelques jours plus tard sur le visage de sa sœur, acceptée dans l'équipe artistique qui défendrait Poudlard. Puis de Pearl, qui officierait en tant qu'excellente joueuse d'échecs.

Amalthéa, elle, ne se présenta à aucune épreuve. Elle n'avait nullement envie de se glisser dans la lumière et ne possédait, selon elle, que bien peu de talents.

- Salut !

- Bonsoir Malek. Mes félicitations ! Il paraît que Brinks t'a désigné comme capitaine...

- Qui te l'a dit ?

- J'ai entendu la petite Kandinsky le raconter à Rose Weasley, mentit Amalthéa.

Malek, qui appréciait énormément les Kandinsky, se contenta de sourire trois fois plus.

- Tu penses que vous avez une chance de...

- Aucune. Mais on a déjà gagné, pas vrai ? On forme une super équipe, avec des joueurs des quatre maisons ! On est tous unis, fairplays et respectueux de nos adversaires, heureux de jouer tous ensemble... On a déjà gagné.

ooOOoo

Ils perdirent le premier match. Par manque d'habitude, parce que certains joueurs avaient déclaré forfait à la dernière minute. Notamment James, qui ne se remettait pas de son altercation avec son frère.

- … qu'il l'aime assez fort pour couvrir ses agissements, pour s'accuser à la place d'Albus, pour encaisser, pour prendre tous les coups. Il a dit que l'amour affaiblissait James, qu'il le rendait idiot. Avec Natasha, avec Alice, avec vous tous. Avec moi. Il a dit que l'amour et l'amitié n'étaient que des idioties, des sources de faiblesse. Il a parlé de leur enfance en le traitant d'idiot, encore et encore. J'aurais voulu… Mais j'étais là, figé, à entendre ce que ce petit merdeux déblatérait d'horreurs et je pensais à James, à ce qu'il devait ressentir. A la fin… Il a dit que James était sa chose. Une petite chose ridicule et insignifiante. Un tout petit cerveau mal irrigué. Un cœur qu'Albus aurait plaisir à vider…

Amalthéa avait entendu Mael Thomas prononcer ces mots à certains de leurs amis. Avec déception et écœurement. Avec émotion. Et Amalthéa ne cessait de se mettre à la place de James et d'imaginer le désarroi total dans lequel entendre ces mots de la bouche de Briseis la plongerait.

Malgré le Tournoi, malgré ses amis qui prenaient toujours sa défense, la mauvaise réputation de James ne fit qu'empirer. Et Albus se créa une place de choix dans le cœur de tous les élèves. Amalthéa fut immensément fière de Briseis lorsque celle-ci ferma le clapet d'une élève de sa promotion qui accusait James de brutaliser Albus. Et la joie s'empara définitivement d'elle lorsque Briseis acclama avec force et chaleur Natasha Kandinsky après l'épisode « de la double gifle » qu'évoquait le tout Poudlard.

La vie continuait, entre matchs et tâches, cours et révisions. Jalil Lespare avait quitté la JAT, épaulé par son frère et ses amis. Scorpius l'avait quittée à son tour, sauvé de la torture de l'Ours par James Potter et sa bande. Les gifles pleuvaient. Et le soleil annonçait l'été.

La dernière épreuve eut le mérite de tenir en haleine les élèves pendant de longues heures. Avant de les plonger dans l'incompréhension la plus totale. Hugh Irving fut sorti de la forêt en même temps que la Coupe, les représentants des quatre ministères faisaient grise mine et les Champions n'étaient que rage et soulagement. La victoire n'apporta pas le bonheur tant attendu. Mais elle eut le mérite de donner à Amalthéa une belle leçon de vie.

- Te voilà !, s'exclama Malek, tout sourire. Ponctuelle et élégante, comme d'habitude.

- L'infirmière a oublié de soigner le coup que tu as reçu à la tête, railla Amalthéa.

Elle s'en voulut dans l'instant, alors que le sourire de Malek s'éteignait.

- Tu ne veux pas me dire la vérité, à moi ? Je pensais qu'on était amis...

- La vérité je ne la sais pas, soupira Malek. Je sais juste qu'on a été choisis et manipulés, qu'on était libres de rien... Que ce monde ne tourne définitivement pas rond. Mais que je ferai tout ce qui est en mon possible pour le changer !

Elle l'aimait toujours. Elle l'aimait ainsi, sage et concerné, courageux et volontaire. Et cette crétine de Donovan qui ne lui tombait pas dans les bras malgré l'immense chance qu'elle avait qu'un homme aussi merveilleux soit épris d'elle…

- J'ai parlé avec Maelis. Maelis Donovan. Elle dit que je ne suis pas amoureux d'elle, qu'on serait ensemble si c'était le cas mais que je m'intéresse à elle parce qu'elle est comme moi. Elle dit que nos ressemblances me rassurent. Que je cherche à me rassurer en étant avec elle. Elle dit que c'est toi que j'aime mais que j'ai peur, parce que je te connais finalement si peu.

- Malek...

- Tu en penses quoi, toi ?

- Je... Tu... Peu importe. On a essayé, ça n'a pas marché. Et ne crois pas que je vais me satisfaire d'une place laissée vacante par cette psychomage de Donovan !

Elle ne savait plus ce qu'elle disait. Elle ne savait plus ce qu'elle faisait. Elle avait seulement conscience de son cœur qui battait plus vite que jamais.

- Waouh ! C'est la première fois que je te vois en colère !, sourit Malek, visiblement aux anges. Ça vaut le détour. Maelis avait peut-être raison, finalement...

Il laissa sa phrase en suspens, le temps que le sous-entendu termine son cheminement et atteigne son terme. Amalthéa se sentit rougir. Pour la première fois de sa vie.

- J'ai bien conscience d'être maladroit. Et sûrement totalement à côté de la plaque. Mais j'ai envie d'y croire. Tu sais, l'année touche à sa fin mais la vie continue. Je suis pris au ministère, au département de la justice magique. Je compte bien gravir les échelons le plus vite possible, histoire de faire du ménage et de passer à mes futurs collègues l'envie de manipuler et de terroriser des enfants. Ça va m'occuper bien plus longtemps que les horaires de bureau... Mais je compte bien continuer de voir Isidore. Et quelques autres amis. Même Dubois et Jordan, de Gryffondor, parce que le Tournoi n'a pas engendré que de mauvaises choses. Mais...

- C'est bien, tu seras occupé. C'est bien, ajouta Amalthéa, faute de mieux.

- Jamais pour toi. Je t'en fais la promesse. On pourrait... aller se balader. On pourrait aller au cinéma, toi qui n'y es jamais allée ! Y a cette vieille salle pas loin de chez moi qui passe des classiques. De purs bijoux. Tu connais Stanley Kubrick ? Non ? Faut que tu découvres ses films ! On pourrait aller voir des matchs, aussi. J'ai eu trois places pour le prochain match des Harpies, ça te dirait de nous accompagner Isi et moi ? C'est Gwenog Jones qui fera les commentaires ! Je t'ai déjà dit combien je l'adorais ? Je suis fan ! Et puis...

Amalthéa le laissa poursuivre, joyeux qu'il était de faire mille projets. Elle ne le coupa à aucun moment. Tout simplement parce qu'elle ne savait pas comment lui dire non. Tout simplement parce qu'elle ne voulait pas lui dire non.

L'espoir, parfois, survenait sans qu'on y soit préparé.

Grande Salle. Dernier jour à Poudlard.

- Félicitations.

- Merci Scorpius. J'espère pouvoir te les rendre dans quelques années.

- Je suis pas pressé, souffla Scorpius.

- Il te reste deux ans avant de passer tes Buses. Quatre avant tes Aspics. Tu survivras.

- J'en suis pas si sûr, grommela-t-il, jetant un regard furieux à la table des aigles.

Natasha Kandinsky l'avait giflé. Parce qu'il s'était moqué de Rose Weasley, parce qu'il avait reluqué les fesses de James Potter, et Amalthéa s'en amusait. Un peu trop, aux yeux de Scorpius qui se leva, vexé, et changea de place.

L'heure était arrivée pour elle de quitter Poudlard. De quitter Briseis. Elles avaient beau s'être promis mille fois de s'écrire tous les jours, Amalthéa avait cette impression tenace d'abandonner sa sœur. L'année qui venait de s'écouler ne lui avait que trop démontré à quel point le monde était semé d'embuches, mais elle n'avait d'autre choix que de partir. De tenir bon. De placer ses espoirs en quelques élèves qu'elle jugeait dignes de sa confiance. James et Scorpius, bien sûr.

Et Keith Corner, qui hocha discrètement la tête à l'adresse d'Amalthéa, en une promesse muette qui se passait de mots. Il s'était engagé. Après d'une Confrérie et auprès d'elle. Elle avait confiance en lui. Tout irait bien.

ooOOoo

Quelque part hors de Poudlard, un mois plus tard

Pearl méritait la douceur de son prénom. Pearl était une perle rare. Rare et précieuse. Pearl était douée, talentueuse, brillante. Pearl n'avait plus ni famille, ni attaches. Pearl n'avait plus que ces filles avec qui elle avait partagé plus qu'un dortoir.

« Je n'ai plus que vous. », avait-elle dit. Et sans trop savoir pourquoi ni comment, Amalthéa s'était trouvée privée de son fiancé, que ses anciennes camarades de dortoir réservaient à Pearl, la seule, selon elles, à pouvoir être suffisamment discrète et malléable pour supporter Tom Zigaro, tout en l'espionnant.

Séduire Tom Zigaro avait été un sombre échec. « Il n'aime personne, n'a jamais eu de vie sexuelle ni même un semblant de flirt. »

Il avait fallu utiliser la ruse. Romy et Kinthia avaient préparé un texte, Ollie s'était jointe à leur projet.

Tom avait refusé. Elvis avait posé ses conditions. Elles devaient les rejoindre. Toutes les cinq. Kinthia avait refusé. Elvis l'avait tuée. Elles devaient les rejoindre. Toutes les quatre. Romy avait pleuré. Elvis l'avait tuée. Elles devaient les rejoindre. Toutes les trois. Pearl avait acquiescé. Elvis l'avait torturée. « Je teste son allégeance », s'était-il expliqué, ses lèvres déformées en un sourire carnassier.

Pearl n'avait pas pleuré, pas crié. Les frères Zigaro avaient apprécié son abnégation. Leur mariage fut célébré en un temps record. La presse salua ce jeune couple parfait qui représentait à merveille l'avenir de toute une communauté. Harry Potter accepta de poser avec les jeunes mariés. La photographie fit la une de tous les journaux.

- Nous les vengerons, avait promis Ollie.

Elle était devenue une espionne, pour le compte d'une des Confréries secrètes à qui l'on prêtait le nom d'Armée Blanche. Elle ne dormait que trois heures par nuit, veillait le reste du temps, rapportait tout ce qui lui semblait intéressant, promettait vengeance et paix, des jours meilleurs que toutes trois attendaient sans trop y croire.

Pearl répétait « je me tiens prête ». Pearl parlait d'elle comme d'un puzzle qui ne pourrait s'assembler qu'une fois son mari endormi six pieds sous terre. Pearl avait offert son corps à son mari, Pearl avait légué son cœur à ses amies, Pearl gardait ses pensées pour elle-même. Ses peurs et son espoir grandissant.

Amalthéa ne disait rien, ne répondait rien. Amalthéa souffrait pour Pearl, Amalthéa redoutait pour Ollie. Amalthéa ne pouvait affirmer « je n'ai que vous », comme Pearl. C'était faux. Amalthéa ne pouvait assurer « je vous aime et vous défends comme deux sœurs », comme Ollie. C'aurait été leur mentir. Amalthéa avait quelqu'un de plus précieux que Pearl et Ollie. Amalthéa avait déjà une sœur. Et Briseis occupait toute sa conviction, son amour, son courage.

- Bonjour Amalthéa.

- Tom. Il est bien tard pour une visite de courtoisie.

- C'est que la courtoisie n'a pas grand-chose à voir avec mes attentions, vois-tu. Elvis et moi prenons en main nombre de missions. Un travail aussi gratifiant qu'épuisant. Je ramène chez moi l'euphorie de nos victoires, la conviction de nos missions. J'y pense sans cesse. Ce ne doit pas être très agréable pour notre chère Pearl mais... Que veux-tu, elle ne parvient pas à me détourner de mes pensées. C'est un flot sans cesse, vois-tu ? Un flot qui ne s'interrompt jamais. Elvis parvient à mettre de côté ses pensées bouillonnantes. Il me dit qu'il... Comment dit-il déjà ? Oui, voilà, il se vide. Pas dans n'importe quelle fille, ce serait idiot. Non, il prend cela comme nos missions. Il part en chasse. Il trouve une proie, l'effraie, la brutalise et... se vide en elle. J'ai choisi deux proies. Deux sœurs. J'ai une nette préférence pour la plus jeune. Elvis me dit qu'il est plus détendu lorsqu'il en chasse une de très jeune, de très inexpérimentée. Mais elle est à Poudlard, vois-tu et...

- Ne touche pas à Briseis ! Tom par pitié, je ferai tout ce que tu voudras, je...

- C'est bien dommage. Quel intérêt y a-t-il à prendre ce qu'on me donne ? Tu me déçois, Amalthéa. J'ai bien fait de choisir Pearl. Plus intelligente, plus maligne, plus rusée que toi. Plus jolie, aussi, ce qui ne gâche rien. J'irai à Poudlard, donc. Pas tout de suite, bien sûr, les amis de ce bon vieux James Potter surveillent mes allers et venues. Je m'occuperai de Briseis.

- Non... Je peux te résister !

- Ne me fais pas rire, Amal...

- Avada Ke...

Elle ne put le tuer. Elle ne put aller jusqu'au bout du maléfice. Le souffle la projeta contre le mur, plus violemment que jamais. Ce n'était pas la première fois qu'elle s'opposait aux Zigaro, pas la première fois qu'elle goûtait avec douleur à la puissance de leur magie. Elle sentit ses os craquer, ses poignets se relever, attachés au mur, ses vêtements brûler. Il la viola et elle se força à hurler le plus fort possible. Pas dans l'espoir qu'on lui vienne en aide, mais dans l'espoir qu'il prenne suffisamment de plaisir pour ne pas se tourner vers sa sœur.

- Briseis est en sursis, comprit-il en se rhabillant. Tu vois, ma chère, nous avons gagné tous les deux. Je ne la toucherai pas. Pas tant que tu me seras utile. Et dévouée. Au fait, ma douce...

Tom ferma les yeux, récitant quelques mots en langue elfique.

- Tu as peut-être refusé de m'épouser. Mais tu m'appartiens. Aujourd'hui et à tout jamais.

Il transplana, la laissant seule dans le petit salon dévasté. Elle prit son temps, gagna sa chambre, trouva des vêtements amples et chauds, remit le salon en état et réchauffa la soupe qu'elle s'était préparée. Elle n'esquissa pas le moindre regard vers son poignet. Elle savait ce que Tom avait dessiné sur elle. Un W.

ooOOoo

Saint Michael's Hospital, Southwell St - Bristol

L'hôpital moldu était aussi terne que le ciel, aussi maussade que l'humeur d'Amalthéa.

- Bonjour, je viens voir... Catherine Bones.

- Mademoiselle Bones a demandé que ses visiteurs nous communiquent un... mot de passe. Sinon, nous ne pouvons vous laisser entrer.

- La lettre X, lâcha Amalthéa d'une voix neutre.

Le médecin moldu esquissa un bref sourire et s'effaça, lui désignant la chambre qu'occupait Pearl, sous son nom d'emprunt. Amalthéa poussa la porte et traversa la chambre, jetant un bref regard à son amie.

- X, sérieusement ?

- Tu as trouvé !, s'enthousiasma Pearl.

- Ce qui vient après le W, ce qui le remplace... Ce qui l'efface et le supprime. Je commence à bien te connaître.

- C'est une très belle preuve d'amitié.

Amalthéa aurait pu nier. Par habitude. Mais le visage de Pearl ne méritait pas de grimacer. La balafre était boursouflée et la défigurait, du front au menton. Son unique œil pleurait, malgré le sourire tordu qu'elle s'efforçait de conserver.

- Ollie a promis de le tuer. J'espère qu'elle y arrivera, soupira Amalthéa.

- J'espère qu'elle ne le trouvera pas. Sinon c'est elle qui risque de mourir.

- Ce sera à moi, alors, de tuer Tom, affirma Amaltha avec conviction.

- Ne prononce pas son nom. Et ne promets rien de tel. Ollie s'est peut-être engagée auprès de l'Armée Blanche, elle a des libertés que tu n'as pas. Et toi des responsabilités qu'elle n'a pas. Briseis a besoin de toi.

- Tu me crois incapable de tuer Tom ?

Elle-même se savait incapable de le faire. Ce n'était pourtant pas les motivations qui lui manquaient, mais elle devait reconnaître que Tom possédait certains talents, des talents dont elle était démunie.

- Il t'a violée. Il me l'a dit. Pendant qu'il approchait le tisonnier de mon visage.

- Pourquoi, Pearl ? Pourquoi t'a-t-il…

Pearl détourna le regard. Ce simple mouvement lui tira une grimace douloureuse. Ses lèvres tremblaient légèrement.

- Il m'a demandé de propager le virus. J'ai aidé à contaminer la plupart des Champions de Poudlard. J'ai cru qu'il arrêterait après ça. Qu'il me laisserait continuer mes études, trouver du travail... Avoir des enfants, même. Je l'aurais trompé, bien sûr, pour qu'il ne perpétue pas ses gênes ignobles, mais...

- Il a lu dans ton esprit ?

- Oh non. Il m'a juste demandé de faire ce que je ne pouvais pas faire.

- Quoi ?

- Blesser les Champions des autres pays est une chose. Je ne les connaissais pas et... ça n'excuse pas tout mais... Faire mordre la poussière à Liko Jordan ne m'a pas dérangée plus que ça. Il a tellement créé d'ennuis à ceux de notre maison, juste parce qu'on était à Serpentard...

- Que t'a-t-il demandé, Pearl ?

- De tuer Malek.

- Malek...

Malek Lespare, celui qui continuait de la charmer, avec son sourire chaleureux et son envie perpétuelle de venir en aide aux gens. Malek, qui troquait un costume un peu trop guindé pour son éternel t-shirt vert à l'effigie de Gwenog Jones, célèbre joueuse des Harpies de Holyhead. Malek, qui l'amenait découvrir le cinéma moldu, dont ce film étrange avec des singes, un os et ce que les moldus appelaient « l'espace ». Amalthéa n'avait rien compris mais elle aimait bien le nom du cinéaste. Stanley Kubrick, ça sonnait bien. Et le simple fait d'en parler rendait Malek plus heureux.

- Oui. Ton Malek. Celui qui proclame haut et fort qu'il veut rendre le monde plus juste et plus tolérant. Les Zigaro veulent en faire un symbole, tu comprends ? Ne t'inquiète pas trop pour lui, mon cher mari s'est réconforté en m'ôtant un œil. Et en missionnant un de ses infiltrés au sein de Poudlard...

- Que s'est-il passé ?

- Pour l'instant, rien. L'espion va blesser la petite Adélaïde, la petite sœur de Malek. Et la dernière des Kandinsky, puisqu'elles sont toujours fourrées ensemble. Et monter un stratagème, un prétexte, une excuse. Deux innocentes manipulées. Comme nous autres l'avons été. Elles ne sont qu'en première année, tu te rends compte ?

Amalthéa songea un moment entrer en contact avec Scorpius. Voire avec James. Mais l'un comme l'autre avaient d'autres problèmes. Ils ne pouvaient, en plus, veiller sur deux gamines.

- N'y songe même pas, Amalthéa. Laisse faire l'espion. Même si ça me fait mal de dire ça, tu peux me croire... Il vaut mieux le laisser les blesser que de voir Malek mourir.

- Et s'il les tue ? Que…

Amalthéa n'ajouta rien. Que pouvait-elle ajouter d'autre ? Bien sûr, elle pouvait parler de la culpabilité qui les dévorerait si Adélaïde Lespare et Anastasia Kandinsky étaient plus que blessées. Mais Pearl n'avait pas besoin que son amie lui fasse la morale. Pearl venait de perdre un œil. Arraché par son mari, le diabolique Tom Zigaro. Et Amalthéa se fit la promesse de tuer de ses mains ces deux frères qui détruisaient tous ceux qui se trouvaient sur leur passage et ne laissaient que ruines et désespoir.

ooOOoo

13, Daenery Rd, Bristol

- Tu devrais déménager.

Comme à son habitude, Briseis avait apporté des fleurs fraîchement cueillies et fait entrer le soleil dans le petit appartement d'un coup de baguette décidé.

- Tu vas finir par arracher les rideaux, protesta Amalthéa.

- Vu comme ils sont moches… Franchement, Amalthéa, cet endroit est morbide.

Amalthéa secoua la tête, amusée, et servit un peu de thé dans deux tasses. Poudlard avait eu l'effet bénéfique escompté sur sa jeune sœur qui s'épanouissait jour après jour.

- Ulric m'a quittée, au fait. Ulric Peers, tu sais, le Poufsouffle qui…

- … qui a deux ans de plus que toi, oui, je sais.

- Quatorze mois, précisa Briseis avant d'éclater de rire. Tu l'as traumatisé, tu sais ? Je t'en veux un peu, il était gentil…

- Dois-je te rappeler son surnom ? Le « dépuceleur en série ».

- C'est un aveu !, s'écria Briseis avec fierté et amusement.

Prise au piège, Amalthéa ne put qu'acquiescer. Dès qu'elle avait su que sa jeune sœur côtoyait un garçon plus âgé à la réputation plus que douteuse, l'aînée avait vu rouge. Elle avait usé de stratagèmes complexes pour s'infiltrer à Poudlard et faire passer l'envie à ce goujat de faire souffrir sa sœur. Sa sœur, sa priorité. Le reste n'avait que peu d'importance à ses yeux.

Et la voilà qui brandissait la Gazette du jour avec fougue et panache. Une Gazette dont la première page était une nouvelle fois consacrée à James Potter. Le cœur d'Amalthéa se serra en observant la posture anxieuse du garçon, injustement accusé de tricherie. Et les quelques lignes apposées sous la photo mouvante ne la rassurèrent pas le moins du monde.

« Justice sera rendue pour tout le monde et les « fils de » ne seront pas épargnés. » Le ministre de la magie a parlé et James Potter en a payé le prix. Enfin ! Faux héritier, véritable usurpateur, James Potter se croyait libre de transgresser les lois mais justice a été rendue et James-l'héritier-déméritant a été justement puni…

- … te rends compte ? Lui faire repasser ses examens comme... Comme si c'était possible de tricher à Poudlard, franchement ! Je te raconte pas la réaction de madame Evans, la mère de Lily... Elle a carrément écrit aux Potter !

- Pour leur dire quoi ?

- Les bêtises habituelles, qu'elle les soutient, qu'elle les invite à boire le thé, que Lily apprécie beaucoup James...

- La mère de Lily envisage toujours de marier sa fille à James Potter ?

- Toujours, oui ! C'est tellement débile, tellement vieux jeu... En plus Lily préfère Mael Thomas. Mais sa mère ne veut rien entendre, tu penses bien... On la soutient comme on peut mais on est à court d'idées. Et Soizic s'est décidée à passer les sélections pour intégrer l'équipe de quidditch de Gryffondor ! Du coup je les passe aussi...

- Toi ? Mais enfin, Briseis, le quidditch...

- Est un sport dangereux, oui, je sais. Mais je ne vais pas m'arrêter de vivre, non plus. Je suis consciente de tous les sacrifices que tu fais, pour moi. Mais je sais que tu le fais pour que j'ai une vie meilleure, et pas pour que je suive ta vie de nonne.

Amalthéa haussa un sourcil vexé, ce qui fit rire sa petite sœur qui s'empressa de venir se blottir dans ses bras.

- Qui a été nommé capitaine ?

- Nalani Jordan. Et James Potter, chez Gryffondor. Je compte bien utiliser mes amitiés pour l'espionner. Je suis sûre que Nalani sera contente que je lui ramène des infos sur...

Amalthéa ferma les yeux, humant le discret parfum floral de sa toute petite sœur, sa merveille, qui faisait mille plans sur la comète pour intégrer l'équipe de quidditch de Serdaigle.

- Et ton boulot, alors ?

- Tout se passe très bien.

- Je ne comprends toujours pas ce que tu fais, tu sais ? J'ai carrément dit à quelques amis que tu ne travaillais pas parce que je suis incapable de leur expliquer ce que tu fais de tes journées…

Et pour cause. Amalthéa mentait à sa sœur depuis sa sortie de Poudlard. Pour la préserver. Parce qu'elle n'avait pas le choix. Son travail devait demeurer secret, coûte que coûte.

Et puis, si elle avait dû se montrer parfaitement honnête, Amalthéa aurait avoué ne pas comprendre grand-chose à ce qui occupait l'essentiel de ses journées. Ce travail, elle ne l'avait pas choisi par passion mais par conviction. Amalthéa avait des rêves et l'un d'eux était de rendre le monde plus pur et plus clément. Un monde où aucun enfant ne vivrait l'enfer et les horreurs qui avaient terrorisé Briseis. Et pour cela, Amalthéa était prête à tout. Même au pire.

ooOOoo

Green Claw Farm, près de Lizard, Cornwall

La lande s'étendait devant elle, sauvage et libre. La petite cabane en pierre se dessinait, entourée par les chiens qui couraient, jappaient sans que jamais leur queue ne cesse de remuer.

Amalthéa avança, paisible, comme en terrain conquis. Nulle part elle ne se sentait aussi sereine qu'en cet endroit. A part, sans doute, dans les bras de sa sœur.

- Bonjour Amalthéa, la salua Valentin, l'elfe toujours tiré à quatre baguettes. Il est parti cueillir des champignons, il ne devrait plus tarder.

Amalthéa acquiesça, s'installant sur un amas rocheux, dos à la mer. Fascinée par la puissance de l'eau, elle préférait se détourner de son habituelle adoration afin de rester sur le qui-vive. Elle avait manqué quelques fois de tomber face à Blaise Zabini, son cousin éloigné, elle ne voulait pas courir de risques inutiles, bien que l'homme la mette en confiance.

Elle n'accordait réellement sa confiance qu'à deux êtres en ce monde. Briseis et leur grand-oncle. Le vieux James.

C'était lui qui les avait aidées, soutenues, sans jamais rien attendre en retour. C'était lui qui les regardait toujours tristement, comme désolé des péchés de sa sœur, et de ses descendants. C'était lui qui protégeait Amalthéa, qui la sortait des pires galères, qui amoindrissait ses ennuis financiers et judiciaires. C'était lui qui l'écoutait, qui l'épaulait. Qui la prenait dans ses bras lorsqu'elle se montrait fragile.

C'était à lui qu'elle racontait toutes ces choses qu'elle faisait sans vraiment les comprendre. Son travail, ses missions. Ses expériences.

Tout en guettant une hypothétique apparition de Blaise Zabini, Amalthéa déplia la Gazette du jour qu'elle n'avait pas pris le temps de lire en sa totalité. Elle se rappela sans grande surprise que son « cousin » James Potter faisait la une. Encore. « Pour cette stupide présomption de tricherie », marmonna-t-elle, exaspérée par les inventions toujours plus morbides des manipulateurs.

« …pouvons nous demander si James Potter n'a pas poussé sa perversion à manipuler le corps professoral de Poudlard… Minerva-la-chouette avait-elle toute sa tête lorsqu'elle nomma Brossard Briscard à la tête de Poudlard ? Que savons-nous au juste de cet homme à qui nous confions dix mois par an la responsabilité de nos enfants ? Apparenté à Dolores Ombrage, membre authentifié d'un groupuscule dissident international… »

- GROUPUSCULE DISSIDENT INTERNATIONAL !?, s'exclama Amalthéa, outrée. Ils ne manquent pas d'air ces grattes-plume de pacotille !

La douce Graziella s'empressa de se coller à elle pour lui apporter un peu de réconfort, mais Amalthéa était en proie à une furie excessive. Suffisamment pour n'avoir point remarqué l'apparition de deux hommes sans âge.

- Votre sollicitude me touche, chère Amalthéa.

- C'est Delanikas pour vous, monsieur le directeur.

- Et c'est Briscard pour vous, ma chère amie. Je ne suis plus votre directeur. Mais soit, je ne veux point vous déranger. Ce fut un plaisir de vous revoir miss Delanikas.

- Plaisir partagé… monsieur.

- Quand à toi mon vieil ami nous nous reverrons donc à la prochaine rosée du Capricorne qui devrait, selon mes calculs, tomber dans…

- Exactement seize jours, coupa le vieux James d'un sourire édenté. Même heure, même endroit. Soit ponctuel, brownie. Et change de lunettes.

Brossard Briscard, vêtu bien plus modestement qu'à Poudlard, s'esclaffa joyeusement. Son panier ne contenait que trois giroles. Maigre récolte. Amatlhéa crut voir son ancien directeur sauter de joie lorsque le vieux James lui offrit quatre des vingt amanites des Césars que contenait son panier.

- Ce bon vieux Brossard ! Il se les est mis à dos en défendant mon gamin, soupira le vieux James en désignant la Gazette.

Amalthéa esquissa un bref sourire. Dès qu'il avait compris qui était réellement James Potter, et surtout, dès qu'il avait eu la certitude que celui-ci ne pouvait compter que sur lui-même, le jeune James était devenu « son gamin », un gamin qu'il soutenait avec tout l'amour qu'un vieil homme peut porter à son arrière-petit-fils.

- Tu as vu ça ma grande ?, reprit le vieux James en désignant un tout petit article de la Gazette. « …le bureau des Aurors refuse de répondre à nos questions mais l'on est en droit de se poser des questions. Pourquoi des sorciers enlèveraient-ils des jeunes femmes enceintes d'origine moldue ? Pourquoi leurs corps ne portent-ils aucune trace de leur mort ? Comment ont-elles été tuées ? Un maléfice pire encore que les sortilèges impardonnables a-t-il été inventé ? Et, plus terrible encore, que deviennent les bébés arrachés de force à ces pauvres innocentes ?... »

Amalthéa se contenta de renifler amèrement.

- Je ne participe pas aux meurtres, tu le sais bien. Et je n'ai encore tué aucun nourrisson…

- Mais tu les modifies. Tu altères leur…

- Tu altères bien la nature de tes chiens. Je sais bien que tu n'as jamais cherché à faire des émules, mon oncle, mais ne reproche pas aux autres ce que tu…

- J'ai adopté ces chiens dans des chenils, Amalthéa. Je ne les adopte que lorsque la jeune bénévole du refuge m'appelle à la rescousse parce que tel chien va être abattu le lendemain. Je ne vais pas les chercher dans le ventre de leur mère…

- Moi non plus. Je ne fais que mon travail.

- Tu pourrais en changer.

- Non. Pas tout de suite. Pas avant d'avoir suffisamment de connaissances. Sinon tout ça n'aura servi à rien.

- Tu prends énormément de risques. Ça ne me plaît guère.

- Ça ne me plait pas non plus. Mais… Si ce n'était pas moi, quelqu'un d'autre serait à ma place. Quelqu'un de plus violent, de plus immoral. Moi je sais pourquoi je le fais. Et tout ce que j'apprends servira à Ollie et à l'AB. Ça en vaut la peine, tu comprends ?

- Oui, soupira le vieil homme. Mais je me fais du mauvais sang quand même.

- Tu radotes.

- Et je continuerai de radoter jusqu'à ce que tu entendes raison.

- Aide-moi, plutôt. J'aimerais intervenir lors de la prochaine réunion et je ne…

- Je ne suis pas certain d'être de bon conseil…

- Ne me sors pas cette ineptie comme quoi tu ne fais pas partie de l'AB ! Tu en es l'un des plus brillants espions, tu es ami avec nombre de ses membres, tu… Et tu es mon oncle, par Merlin ! J'ai besoin de toi…

- Tout doux, petite, bien sûr que je t'aiderai si je le peux.

Le vieil homme et la jeune femme s'installèrent côte à côte, peu concernés par les nombreuses années qui les séparaient l'un de l'autre. Et Amalthéa commença son récit.

Elle avait entendu parler de ce travail « top-secret » par Ollie, son ancienne camarade de dortoir qui, après avoir rêvé travailler pour un organisme secret, avait fui cette mission qui la mettait bien trop mal à l'aise. Amalthéa, qui souhaitait œuvrer pour la paix en perçant à jour les pires manipulations de l'univers, sauta sur l'occasion et remplaça sa vieille amie sans écouter ses arguments contraires.

Le lieu de travail se trouvait non loin de Poudlard, une chance pour celle qui redoutait d'être séparée de sa sœur. Ils n'étaient que deux employés, un homme et une femme, sensiblement du même âge. Ayant prononcé leurs vœux de silence, ils ne firent aucune allusion au fait qu'ils s'étaient côtoyés maintes et maintes fois au sein de Poudlard. Elle savait de source sûre que ce jeune homme, Woody Ross, était un membre d'un des clubs secrets de Poudlard, celui qui était tombé dans les mains des frères Zigaro.

Woody était ni plus ni moins qu'un infiltré. Tout comme Amalthéa. Chacun se méfiait de l'autre mais tous deux travaillaient dans la courtoisie et le respect. Et l'incompréhension. Ils se voyaient confier des missions saugrenues qu'ils effectuaient avec perplexité.

« Imaginer l'enfance d'un jeune sorcier au Pays-de-Galles »

« Prendre le premier bus, dessiner le visage de deux fillettes d'une dizaine d'années. Créer un seul visage à partir de deux. »

« Créer un nombril artificiel »

« Rechercher comment, dans la magie ancestrale Amérindienne, les mages transfusaient la magie comme le sang, d'un corps à l'autre »

« Se créer une double identité de représentant de commerce et mener une enquête précise sur l'orphelinat Saint-Addanc »

Et tout autant de missions tirées par les cheveux, qu'Amalthéa notait précautionneusement dans un carnet dissimulé sous une latte du plancher de sa chambre. Tout autant de missions qu'elle effectuait sans en comprendre les causes et les aboutissants. Tout autant de mission qui avaient découlé sur une ultime. Plus troublante encore que toutes les précédentes. Car elle leur donnait enfin un sens. Un sens qu'Amalthéa ne voulait pas découvrir.

- Le messager ne nous a rien dit de plus. Le mot ne comportait qu'une phrase « mission du jour : garder l'un des deux sujets jusqu'à la prochaine mission. A dissimuler et à nourrir. » Woody a pris le garçon et moi la fille. Elle est chez moi. Avec Pearl et Ollie. Je leur ai dit que c'est une cousine éloignée, qu'elle est très malade, qu'elle doit rester alitée.

- Et si la gamine se réveille ?

- Aucun risque. En plus de la « nourrir », comme ils disent, je lui donne une potion. Six fois par jour. Ça l'assomme. Elle ne fait que dormir. Et grandir. Et changer d'apparence.

Blême, Amalthéa détourna le regard. Jamais le vieux James ne l'avait vue si fragile et désarmée.

- Tu as une bombe à retardement chez toi et tu ne sais même pas pourquoi, donc.

- Bien résumé. Je...

- Dis-leur. A ta réunion. Le moindre détail peut être une information de la plus haute importance pour un autre membre. Dis-leur. Et demande-leur de l'aide.

- Qu'est-ce qu'ils vont faire d'elle à ton avis ?

- Je ne sais pas, Amalthéa. Je ne sais pas. Mais ça n'augure rien de bon. Aller, viens petite.

Amalthéa fondit dans ses bras en fermant les yeux le plus fort possible, essayant de toutes ses forces d'oublier la fillette de onze ans qui dormait d'un sommeil artificiel au creux de ses draps. « Je ne suis pas sa mère. Je ne suis pas responsable d'elle. Je dois penser à ma sœur et mes objectifs. Je dois découvrir pourquoi elle a été créée. » Percevant sa détresse, le vieux James raffermit sa prise autour des épaules de sa petite nièce.

Il était leur seule famille. La seule famille aimante qu'elles aient connue. Et Amalthéa rêvait du jour où tout irait bien. Des dimanches en famille chez les Zabini, des parties de quidditch avec ses nombreux cousins éloignés, un vieux James enfin comblé.

Un futur doré, en lequel elle avait foi. Pour Briseis.

Le journal posé à même le sol fut oublié, alors qu'Amalthéa abandonnait sa réserve dans les bras rassurants de son grand-oncle. Sur l'herbe humide et légèrement salée, la une de la Gazette laissait entrevoir un jeune homme fébrile injustement soupçonné de tricherie. Un jeune daim pris au piège de chasseurs pervers. Un jeune homme aux iris brun clair, semblables à deux noisettes, entourées d'un trait pur d'un magnifique bleu nuit. Des yeux similaires à ceux qui observaient Amalthéa avec douceur.

Les yeux des Mac-Cairill.

ooOOoo

Péninsule de Dingle, Comté de Kerry, Irlande

Pur. Trois lettres griffonnées sur un vieux bout de parchemin usé par les pliures du temps.

Trois lettres. Pour apprendre. Pour réfléchir. Pour comprendre.

Daniel Redox s'était toujours considéré comme un garçon normal. Fils unique de parents sans histoire, sang mêlé. Sa mère, une moldue sans histoire. Son père, lui-même sang mêlé, ayant été réparti à Serdaigle quelques années avant que le Survivant n'arrive à Poudlard.

Un père dont Daniel avait décidé de retracer l'histoire. Pour comprendre.

Les grands-parents paternels de Daniel avaient fui, peu avant la guerre et s'étaient réfugiés en Australie, bien loin de Voldemort et de ses terribles Mangemorts. Une fois la guerre terminée, ils n'avaient pas voulu rejoindre l'Angleterre, de peur de toutes ces questions qu'on leur poserait alors.

Pourquoi ? Pourquoi avoir fui, pourquoi n'être pas resté pour se battre. Le grand-père de Daniel avait une réponse toute faite à l'ensemble de ces questions. Un prétexte. Sa femme, née moldue, aurait été une des innombrables proies du Seigneur des Ténèbres. Une raison louable et compréhensible, qui dissimulait à la perfection la véritable raison. La peur. La peur de se battre, de participer à une guerre dont l'issue était plus qu'incertaine. La peur d'être pris entre deux feux, d'avoir à choisir entre soutenir un mage noir aux idées effroyables ou reposer tous ses espoirs sur un adolescent nommé l'Elu qui avait lui-même fui Poudlard au moment d'y entamer sa dernière année.

Les Redox n'avaient pas assez de force, d'importance, pour être appelés au sein de l'Ordre du Phénix. Et si les membres de l'Ordre étaient protégés, ils n'étaient pas assez nombreux pour protéger les anonymes sans grand talent qui se pétrifiaient d'angoisse au moindre bruissement de cape.

L'Australie les avait accueillis, une Confrérie internationale méconnue les avait pris sous son aile, il y faisait bon, chaud, et ils avaient mis assez d'économies de côté pour s'acheter une maisonnée modeste suffisamment éloignée des villes mais suffisamment près pour suivre les dernières nouvelles.

- Qu'est-ce qui se passera s'il gagne, papa ?, demandait le père de Daniel jour après jour. Qu'est-ce qu'on fera s'il décide que le Royaume-Uni n'est pas assez grand pour sustenter son désir de pouvoir ?

- On vendra la maison et on partira.

- Où ? Où serons-nous libres et en sécurité ?

- Ailleurs. On trouvera. Ne t'inquiète pas pour ça, maintenant. Garde confiance en Harry Potter.

Le père de Daniel, alors âgé de vingt ans, ne trouvait rien à redire à son père. Mais il n'en pensait pas moins. Bien qu'ayant été réparti dans une autre maison, il avait vu Harry Potter, ils avaient vécu pendant des années dans le même château et, si Harry Potter était doué sur un balai et en cours de défense contre les forces du mal, il paraissait bien trop jeune et expérimenté pour anéantir le plus grand mage noir de tous les temps.

« Garde confiance en Harry Potter ». Une litanie quotidienne. Un sourire serein qui chassait, du moins le temps de quelques secondes, les inquiétudes de ses parents.

C'étaient les membres de cette confrérie secrète qui avaient greffé cette litanie dans l'esprit de son père.

Cette confrérie, qui portait nombre de noms et comptait des membres dans chaque communauté magique. Des sorciers et sorcières pour qui la coopération internationale prévalait sur tout le reste...

- Dumbledore nous connaît, Dumbledore sait qu'il peut compter sur des dizaines, des centaines de mages à travers le monde prêts à venir en aide à l'Ordre du Phénix. Des combattants, des politiciens, des enchanteurs, des métamorphomages, des guérisseurs et même de potentiels espions à l'esprit affûté. S'il n'accepte pas notre aide, s'il ne fait pas appel à nous, c'est qu'il possède des connaissances dont nous n'avons pas idée. S'il fait confiance à ce jeune Harry Potter, au risque de sacrifier tant de vies humaines, ce n'est pas pour rien. Et puis... Si le monde entier vient en aide à Harry Potter, les Mangemorts de Voldemort n'hésiteront pas longtemps avant de chercher des alliés dans les autres communautés magiques. Pour le moment, empreints qu'ils sont de certitudes grotesques, comme quoi le Royaume-Uni est le plus grand berceau magique, ils se croient supérieurs, de par leur naissance. Mais s'ils ont besoin d'étoffer leur armée... Ils trouveront des prétendants, malheureusement.

- Alors vous ne faites rien ?!, s' était offusqué le père de Daniel.

- Nous surveillons les probables alliances que pourraient former les Mangemorts à travers le monde. Nous les contrôlons, nous nous assurons que l'horreur ne dépasse pas les frontières du Royaume-Uni.

- Et le Royaume-Uni, justement !? Vous l'abandonnez ?

- Nous nous tenons informés, jeune homme. Et surtout, nous nous tenons prêts. A tout moment, nous répondrons à l'appel de l'Ordre et de n'importe quel sorcier qui aura besoin de forces vives pour le défendre.

- Pourquoi ? Qu'est-ce que vous y gagnez ?

- Nous ne nous sommes pas unis pour gagner quelque chose. Chacun de nous a un métier, une vie, de l'argent. Aucun de nous n'est rémunéré pour son appartenance ou les missions qu'il accepte ou qu'il refuse. Chacun est libre d'accepter ou de refuser de venir en aide à quelqu'un, tout comme tu es libre d'aider ou non une personne âgée qui manquerait de se faire renverser par un bus. Aucun de nous n'est plus ou moins brillant que toi. Nous mêlons seulement nos forces vives parce qu'il est plus simple d'aider beaucoup de monde à plusieurs.

La sonnerie du réveil ne le fit même pas tiquer. Daniel l'éteignit d'un mouvement leste, chassant les vieux souvenirs que son père lui avait transmis.

Le jeune homme de seize ans, déjà habillé depuis une heure, observa le soleil se lever, secouant sa couette à la fenêtre. Son oreiller y était passé, lui aussi. Il ne restait désormais plus aucune trace de la forme légèrement arrondie qu'avait découvert Daniel à son réveil. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus pleuré durant son sommeil. Six ans pour être tout à fait exact. Six ans qu'il avait quitté son pays de naissance, six ans qu'il avait quitté sa première maison, sa première école, son premier ami. Son seul ami. Six ans qu'ils ne s'étaient plus vus, six ans qu'il attendait une lettre. Il se rappelait encore des mots qu'avait prononcés son père. Des mots doux, compatissants, compréhensifs. Mais Daniel ne comprenait pas. Alors son père avait haussé la voix, prétendant qu'il ne servait à rien de ressasser le passer, qu'un enfant de dix ans avait toute la vie devant lui. Et Daniel demeurait sans comprendre.

C'était sans doute à cette époque que la curiosité et la soif de connaissance prirent davantage d'importance dans sa vie. C'était sans doute grâce à cela que le jeune garçon put se reconstruire dans cette nouvelle vie Irlandaise où il devait tout recommencer de zéro.

C'était également à cette époque que Daniel Redox avait écrit son premier journal intime.

Désormais âgé de seize ans, Daniel n'eut aucun mal à pousser l'armoire de sa chambre, un meuble qui l'avait pourtant tenu en échec durant des années, et derrière lequel il dissimulait ses journaux intimes. « Au cas où mes copains passent à la maison », avait-il confié à sa mère.

« Journal intime de Daniel Redox, dix ans.

Cher journal,

Je m'appelle Daniel et j'ai dix ans. (enfin je les aurai dans huit mois donc c'est pareil)

Je viens de déménager en Irlande, dans un endroit très joli qui s'appelle le Comté de Kerry. Je préfère habiter en ville mais maman dit que la ville la plus proche, Tralee, n'a rien à voir avec Londres.

Avant j'habitais à Londres. Un quartier sympa, près d'un square. La maison sentait bon la pomme, parce que la voisine cuisinait tout à la pomme. Elle sonnait et elle disait « je vous ai préparé une salade de fruits » mais en fait c'était une salade de pommes. Moi ça me dérangeait pas parce que j'aime la pomme mais elle confondait quand même les fruits et les pommes et ça m'étonne pas parce que maman disait toujours « la voisine elle a pas la lumière à tous les étages ». Quand j'étais petit je comprenais pas (la voisine habitait comme nous au rez-de-chaussée) mais après j'ai compris. C'est des choses qu'on comprend en grandissant.

Même si j'aimais bien l'odeur de pomme à la maison je sortais beaucoup. Maman disait « ce petit sort tout le temps, il va nous attraper un gros rhume ». Ça faisait rire papa, parce qu'il sait que les sorciers guérissent le rhume d'un coup de baguette. Papa il dit toujours « je vais arranger ça d'un coup de baguette ». Mais je crois que c'est surtout pour embêter maman, parce qu'elle est pas sorcière. Bref, j'en étais à dehors de la maison.

Il y avait ce garçon de mon âge qui traînait toujours tout seul au square Grimmaurd, avec des yeux d'une couleur originale, un peu bizarre. Il donnait l'impression de ne jamais se coiffer et il était pas bien grand, comme moi. Au début on s'installait en face l'un de l'autre et on s'observait. Je crois bien qu'il se demandait si j'étais un sorcier ou quoi parce qu'il me regardait sans venir me parler. Moi j'avais compris qu'il était sorcier parce que les moldus n'oseraient jamais sortir décoiffés comme lui.

C'est lui qui est venu me parler, un jour. Ça lui a pris comme ça, et on a joué ensemble pendant des heures.

On se voyait tous les jours, avec d'autres gamins du quartier. Y avait surtout des moldus qui nous apprenaient à jouer au ballon, aux cartes, aux billes mais ce qu'on préférait, nous, c'était parler. Il se posait des tas de questions, pire que moi, et on demandait le soir à nos parents. Papa me répondait ce qu'il pouvait mais pas ses parents à lui. Le garçon les défendait toujours, il disait : « Ils sont pressés, ils travaillent beaucoup, j'ai un petit frère et une petite sœur, en plus »

Il m'en parlait tout le temps de son petit frère et de sa petite sœur, mais ça avait pas l'air aussi bien que ce que je m'étais imaginé. En plus son petit frère me faisait un peu peur. J'étais bien content de pas en avoir un comme lui.

La petite sœur, ça allait, une jolie petite rousse avec tout plein de taches de rousseur. Mais elle était vraiment petite et c'était dur de jouer avec elle sans lui faire mal.

On était tous à l'école ensemble. On était une « bande inséparable », comme disait James. Moi j'étais surtout inséparable de lui, et d'une fille, Trisha, mais c'était pas pareil, parce que c'est une fille.

Y avait Eliott, aussi. Eliott Findlay. Le fils d'Edward Findlay, un hybride mi-sorcier mi-Gobelin (moi je m'en fiche, c'est papa qui dit toujours ça)

Et puis y avait d'autres gars et des filles aussi mais Trisha était la seule à rester avec nous tout le temps. Les autres filles disaient qu'on faisait trop de bruit. Et elles avaient peur d'Eliott, aussi, et de ses oreilles, surtout. C'était une école avec beaucoup de moldus, alors Eliott-un-quart-de-Gobelin leur faisait un peu peur.

Un monsieur était chargé de nous surveiller, de veiller à ce qu'on ne dévoile pas nos pouvoirs magiques. C'est ce qu'il disait tout le temps, « je suis chargé de vous surveiller et de veiller à ce que vous ne dévoiliez pas vos pouvoirs magiques à vos camarades moldus. » Dedalus Diggle, qu'il s'appelait. Papa disait que le ministère savait pas quoi faire de l'ordre du phénix et qu'il créait des postes pour eux parce que c'étaient des héros...

C'est pour ça qu'on restait souvent entre sorciers, même si on avait pas le même âge.

On s'invitait toujours les uns chez les autres, après l'école, pour le goûter et pour jouer. Moi je préférais aller à ma maison ou chez Trisha. Le papa de Trisha nous posait toujours plein de questions, parce qu'on est des garçons, il avait peur qu'on fasse des bêtises avec Trisha (beurk!)

J'aimais pas aller chez les Findlay. C'était sombre et froid et James disait toujours qu'il avait peur. Trisha aussi avait peur mais elle le disait pas, parce que les filles sont bizarres.

James essayait de nous inviter mais j'avais jamais le droit d'y aller. Papa me disait « Harry Potter préfère que son fils soit ami avec un descendant de Gobelin. Harry Potter n'acceptera jamais que tu sois ami avec James. Tu es trop... normal. »

Ça faisait pleurer James. Mais son père à James il s'en fichait de faire pleurer James. Il le faisait souvent et James pleurait souvent. Et papa disait tout le temps « il s'en fiche de faire de la peine à son fils ».

Premier journal, quelques mois plus tard.

« Cher journal,

Aujourd'hui j'ai lu un livre sur le père de James. Et sur le père du père de James, celui qui s'appelait James aussi. Papa m'a dit que le père de James l'avait appelé James pour rendre hommage à son père parce qu'il est mort. Je comprends pas l'intérêt. Si mon père meurt j'appellerai pas mon fils comme lui. J'aurai peur d'un mauvais présage, de lui porter malheur, un truc comme ça. En plus j'aime pas le prénom de papa. Bref.

Papa dit que Harry Potter est un héros très connu et que c'est pour ça qu'il y a plein de livres sur lui, même ici en Irlande alors qu'on est quand même super loin de l'Angleterre. Papa dit aussi qu'il faut pas croire tout ce que racontent les livres, sauf ceux de l'école.

Mais j'ai quand même lu le livre sur le grand-père mort de James. Et j'ai compris pourquoi le père de James ne voulait pas qu'on soit amis, James et moi. Je trouve ça bête, mais j'ai compris.

Harry Potter invitait toujours Hydrus chez lui. Hydrus c'était un garçon un peu bête de mon école en Angleterre que toutes les filles regardaient en gloussant. Il était grand par rapport à nous et il faisait ce truc avec les yeux, comme s'ils les fermaient mais sans les fermer vraiment. Ça s'appelle un regard ténébreux. Il avait les cheveux noirs et longs et James disait que ça plaisait aux filles. Je me souviens, un été, on avait laissé pousser nos cheveux. Sa mère s'en est même pas aperçue mais maman oui, parce qu'on a eu des poux tous les deux. A la rentrée on pleurait presque de devoir aller en classe avec nos cheveux coupés court. Et ça a pas loupé, les filles ont rigolé et Hydrus avait encore grandi. La vie est injuste parfois.

Harry Potter préférait Hydrus pour ça, parce qu'il était beau et moi pas. Quand j'en ai parlé à papa ce matin il m'a dit d'arrêter de lire « ce ramassis d'âneries » mais il a fini par dire que oui « Harry Potter préférait Hydrus parce que, dans son esprit, il représentait Sirius Black. »

Sirius c'est le deuxième prénom de James. Sirius c'était le parrain de son papa, le meilleur ami de son grand-père qui est mort.

C'est aussi pour ça que Harry Potter était content que James soit ami avec Eliott-un-quart-de-Gobelin. Parce que dans sa tête c'était le nouveau Remus Lupin.

Et moi j'étais le traître, le Peter Pettigrow de la bande, celui dont Harry Potter ne voulait pas.

C'était pourtant moi, le meilleur ami de James.

Ça m'a fait de la peine de penser à lui. Parce que justement c'était moi son meilleur ami. Il le disait pas comme ça mais on avait des blagues qui faisaient rire que nous et nos histoires qu'on racontait pas aux autres. Pour moi c'est ça un meilleur ami. Mais pour lui ça doit être autre chose. Sinon il m'écrirait. »

Second journal, septembre 2015.

« Cher journal,

Je me cache pour t'écrire parce que, ça y'est, je suis un apprenti sorcier Irlandais ! Je t'ai déjà raconté comment était ma baguette et j'aimerais bien continuer mais je suis trop content de pouvoir m'en servir enfin alors je vais te parler de ma nouvelle maison : mon école.

Avant je pensais aller à Poudlard. Papa dit que le Roi a changé, que l'ancien prince devenu roi a exigé au ministre de la magie de monter sa propre école comme bien d'autres le font en Europe et d'autres choses que je n'ai pas compris mais c'est pas important.

Papa est content que je sois là et moi aussi. Je me suis fait trois copains. Enfin surtout un, les deux autres sont des filles. Mais elles sont sympas pour des filles. Surtout Billie. En plus elle est vraiment jolie. Et quand Hydrus m'a dit bonjour, Billie a dit qu'elle avait acheté sa baguette en même temps que lui et qu'il est insupportable. J'étais très content comme tu peux l'imaginer mon cher journal. »

Second journal, octobre 2015.

« Cher journal,

Je ne comprends pas. Papa veut que je change d'amis. Encore ! Au début il était content quand je lui ai parlé d'eux dans mes lettres et maintenant il veut que j'arrête de leur parler. Enfin, « seulement » à William et Billie.

Tout ça parce que je lui ai dit comment ils s'appellent ! Tout ça parce qu'ils s'appellent tous les deux Weasley.

C'est vrai que tout le monde vient leur poser des questions et y a même une fille du pavillon ouest qui a demandé à William s'il connaissait bien James et sa famille. Mais William dit qu'ils ne se sont jamais rencontrés, qu'ils sont cousins très éloignés. Et il a insisté sur le « très ».

J'ai dit à papa que je voulais continuer de les avoir pour amis. Tous les trois. En plus si je parle plus à Billie et William je devrais rester qu'avec Dana et elle lit tout le temps les livres de la bibliothèque parce que « les examens » approchent. Elle est encore plus dingue que les autres filles si tu veux mon avis. »

Troisième journal, novembre 2016.

« Cher journal,

Je fais comme si tu étais toujours le même que les précédents alors que je t'ai acheté hier à Dublin. C'était un peu mon cadeau d'anniversaire à moi. Maman dit que je grandis trop vite mais j'en ai pas l'impression. L'âge peut-être mais pour ce qui est de la taille j'ai encore de la marge.

A défaut de recevoir des nouvelles de James, j'ai reçu une lettre de Trisha. Elle avait mis des pièges, des mots de passe et des énigmes pour être sûre que je sois le seul à lire. Billie a voulu m'aider et elle a une énorme bosse sur le front maintenant. Elle me fait la tête, j'espère qu'elle ne m'en voudra pas longtemps.

Trisha m'a posé beaucoup de questions. Je n'ai pas compris pourquoi et je ne savais pas trop quoi lui répondre. J'y ai pensé toute la journée - Billie me faisait toujours la tête - et après mûre réflexion, comme dit toujours maman, je crois que la lettre de Trisha me fait un peu peur. »

Troisième journal, mars 2017.

« Cher journal,

J'ai encore reçu une lettre de Trisha. C'est la cinquième et toutes ses questions me fichent la trouille. Elle me parle de croyance, d'oracle, de mortels qui se croient immortels et d'une source de la magie, une sorte de berceau auquel je serais lié. J'ose pas en parler à mes amis ni à papa et maman. »

Troisième journal, octobre 2017.

« Cher journal,

J'ai décidé de ne plus répondre à Trisha. Elle ne répond pas à mes questions et me demande toujours de faire des recherches pour elle, comme si j'avais que ça à faire franchement ! Billie a eu l'air contente quand je lui ai dit, du coup je lui ai proposé d'aller au cinéma tous les deux pendant la prochaine sortie à Dublin. Elle a dit qu'elle irait si William et Dana venaient aussi. Si elle croit que je la drague ou un truc du genre elle se trompe royalement. »

Troisième journal, février 2018.

« Cher journal,

Trisha m'a envoyé une autre lettre. Elle dit que c'est la dernière, qu'elle doit se cacher, qu'elle est en danger. Je ne comprends pas ce qu'elle a mais surtout je ne sais pas quoi faire pour l'aider. J'aimerais tant que tu puisses me répondre, me donner des conseils... »

Quatrième journal, juillet 2018.

« Cher journal,

Les vacances d'été avaient bien commencé. Jusqu'à hier en fait. On est allés à Londres pour la journée, avec papa, et on est tombés sur Hydrus. Ça commençait déjà mal. Ça a empiré quand on a vu Trisha. Elle aussi était avec son père, un moldu trop bizarre. Elle était habillée comme une sorte d'aventurière. Une aventurière qui n'a pas de piscine à débordement comme nous à l'école. Ou même de baignoire. Ou même une douche. Sa peau était vraiment très sale. Elle n'avait pas l'air malheureuse mais pas heureuse non plus. Elle fait très vieille pour son âge. Bien plus que moi. Je lui ai fait promettre de répondre à mes lettres. Elle a promis.

Ensuite on a vu Eliott, de loin. Papa m'a dit qu'il n'allait pas à Poudlard. Qu'il n'était pas scolarisé du tout en fait. Ça m'a fait drôlement bizarre de le voir. Il était triste et ça m'a rendu triste aussi.

Et puis, y a des jours comme ça où rien ne va. On est tombés sur James. J'avais même pas reconnu sa voix (il a mué plus vite que moi si tu veux mon avis), c'est papa qui l'a reconnu. Puis James m'a vu et il est direct venu vers nous avec un grand sourire. Il était avec une fille de son âge. Il a dit « c'est ma meilleure amie, Alice ». Elle a levé les bras au ciel en s'exclamant qu'elle était bien contente de récupérer la place de je sais plus trop qui et James a répondu « Mael est aussi mon meilleur ami, Alice ». J'ai bien vu qu'il voulait me poser des questions, s'intéresser à moi mais on était pressés et papa était très énervé et j'ai pensé à Eliott qui n'a pas la chance d'aller à l'école, à Trisha qui semble avoir de gros ennuis, à Hydrus qui est toujours aussi grand et toujours aussi beau, à Billie qui ne veut pas aller au cinéma avec moi et je me suis mis à crier aussi fort que papa.

Maintenant je regrette. James avait l'air surpris. Et un peu triste. Mais je me fais sans doute des idées, s'il s'intéressait à moi, j'aurais reçu une lettre depuis longtemps. »

Quatrième journal, septembre 2018.

« Cher journal,

Je ne parle plus à papa. Hier, avant de partir pour l'école, j'ai trouvé des lettres. De James, d'Eliott, de Trisha... Et même de Billie et William ! Papa les cachait pour pas que je les lise, parce que, selon lui, je dois « vivre une existence normale loin de ces personnes néfastes ». Je suis mort de honte. J'ai même pas osé avouer la vérité à Billie et William. Encore moins à James ou Trisha. Mais j'ai écrit à Eliott, parce qu'il est dans une situation bien plus triste et pénible que moi. J'espère qu'il me répondra. »

Quatrième journal, octobre 2018.

« Cher journal,

Eliott m'a répondu ! Il dit qu'il ne m'en veut pas et qu'il n'en veut pas à mon père (à qui je ne parle toujours pas). Il dit qu'il ne fait que me protéger mais je continue d'avoir honte... »

Cinquième journal, octobre 2018.

« Cher journal,

Les jumeaux Parish ont été sélectionnés pour représenter notre école au Tournoi des Quatre Ecoles ! Les jumeaux Parish, franchement... Les copains ne comprennent pas non plus. Dana dit que c'est le Roi qui l'a décidé, mais je ne comprends toujours pas. Il aurait pu choisir quelqu'un d'autre, un fils d'un des membres de sa cour, un fils de Chevalier, un Bayard... Pas les jumeaux Parish ! »

Cinquième journal, octobre 2018.

« Cher journal,

J'ai lu dans le journal que James avait été sélectionné pour représenter Poudlard. Dana dit qu'il fait la une de la Gazette une fois par mois, au moins. Peut-être que papa n'avait pas tort... J'ai bien fait de ne pas écrire à James pour lui avouer que papa avait caché ses lettres… »

Cinquième journal, novembre 2018.

« Cher journal,

Eliott m'a dit quelque chose qui m'a fait réfléchir. Il dit que James n'a pas demandé à être celui qu'il est et à être accusé de toutes ces choses horribles qu'on dit de lui. Si l'on en croit la Gazette (oui je me suis abonné en douce) il ne s'entoure que de fils de. Peut-être que papa a raison, que nous n'étions pas faits pour être amis.

Je n'ai toujours pas de nouvelles de Trisha... Je suis de plus en plus inquiet. »

Sixième journal, décembre 2018.

« Cher journal,

Je passe les vacances chez William vu que je ne parle toujours pas à papa et il nous est arrivé « un truc de dingue », hier. On rendait visite à l'un de ses oncles à l'hôpital et le couloir était rempli par tout un groupe, des proches d'un vieil homme très mal en point. Et au beau milieu de tout ce monde, qui je vois, tu ne vas pas me croire... Trisha !

William m'a dit que je n'aurais peut-être pas d'autre chance alors on lui a tendu un piège et elle a été obligée de me parler. Elle a beaucoup maigri, on dirait qu'elle a vingt ans (« on dirait une vieille », a dit William)

Elle et son père suivent un groupe de païens, « qui vogue de ports en ports », des vikings qui parcourent le monde... Ils se font appeler les Héritiers du Forn Siôr. Son père avait l'air étrange. Et Trisha a tout un tas de tatouages sur elle. J'ai l'impression qu'elle essayait de me faire passer un message. Ça n'augure rien de bon. »

Sixième journal, mai 2019.

« Cher journal,

Trisha ne m'écrit plus de lettres mais m'envoie régulièrement des listes. C'est bizarre, complexe et je ne sais pas encore où ça va me mener mais j'ai décidé de mener mon enquête, n'en déplaise à papa. »

Sixième journal, juin 2019.

« Cher journal,

Le concours est terminé, la presse fait plein d'allusions étranges et les jumeaux Parish ne se vantent même pas d'avoir sorti la Coupe de la forêt interdite de Poudlard. Ils étaient avec les autres plus jeunes Champions : un français, une Bulgare et James.

Partout on parle de manipulation et d'un né-moldu qui aurait voulu dévoiler la magie aux yeux des moldus.

William est inquiet. Billie et Dana le sont tout autant. J'aimerais bien en parler avec eux, tout ça, mais j'ai promis à Trisha de mener mon enquête. C'est ma nouvelle priorité. »

Sixième journal, juillet 2019.

« Cher journal,

L'enquête avance un peu trop vite à mes yeux. Les lieux que m'indiquent Trisha sont tous en lien avec des questions sans réponse. Des questions qui m'intriguent, et d'autres qui m'effraient. Partout dans le monde des espaces sont créés, des pensionnats sorciers, des écoles spécialisées. Cette expansion me laisse perplexe. Ces « centres » magiques m'inquiètent. Pourquoi sont-ils créés ?

Et puis il y a ces lieux bien plus proches, géographiquement parlant, de moi. Des lieux dont la presse fait écho. Les lieux dont Trisha me parle sont ceux où se déroulent ces crimes abominables qui touchent les moldus en ce moment. On a retrouvé une femme morte dans chacun de ces lieux. Une femme enceinte. Et on ne sait toujours pas ce que le meurtrier fait des bébés. »

Sixième journal, août 2019.

« Cher journal,

La mère de William nous a mis à la porte. Elle dit qu'on est beaucoup trop sérieux pour deux adolescents. On a rejoint les filles chez Dana. Billie portait une jolie robe d'été, qui n'avait de robe que le nom si tu veux mon avis. On est sortis manger une glace et des garçons ont sifflé Billie. C'était la première fois que je me battais. Heureusement que William était là, pour me séparer des deux garçons, je serais sans doute à l'hôpital sinon. »

Sixième journal, août 2019.

« Cher journal,

Les poings des deux garçons faisaient bien moins mal que la gifle de Billie. Et sa gifle m'a fait bien moins mal que ses mots. Elle m'a dit que je n'étais ni son père ni son frère. Elle a dit qu'on était amis, qu'on le serait toujours et qu'il n y aurait rien de plus entre nous.

Je ne pleure pas. Parce que William dort à côté et qu'il me regarde avec compassion.

Je crois que quelque chose s'est brisé entre nous tous. Je crois que tout est fini pour de bon entre Billie et moi. »

Sixième journal, septembre 2019.

« Cher journal,

Je suis vivant. Ça me semble être la seule chose palpable, concrète, réelle. L'école n'est plus que ruines et fumée. Billie, Dana et William vont bien. Secoués, comme nous le sommes tous, mais vivants.

Je suis rentré à la maison, comme tout le monde. La rentrée officielle est repoussée mais on ne sait pas si on pourra retourner à l'école « normalement ».

J'ai décidé de poser toutes mes questions à papa. Je veux savoir d'où je viens, je veux savoir si la pureté du sang a réellement quelque chose à voir avec la méchanceté dans ce monde de fous, je veux savoir qui a attaqué mon école, comment aider Trisha, si les fils de sont vraiment privilégiés. Il paraît que James a été accusé de tricherie et qu'il doit repasser ses Buses.

J'ai pris ma décision, cher journal. A partir d'aujourd'hui, je vais te ranger avec ceux qui t'ont précédé. J'arrête. Je veux me consacrer à mes recherches. Je veux comprendre, je veux savoir. Je crois que c'est ce qu'on appelle quitter l'enfance et passer à l'âge adulte. Dans ces moments-là on fait une sorte de bilan, mais je n'en ferai pas. Je ne suis pas très fier de moi et je n'ai pas beaucoup grandi. En taille, du moins. Au revoir, cher journal. Et merci. »

Sixième journal, septembre 2019.

« Cher journal,

Me revoilà, juste pour cette fois. Ils ont fermé l'école. Ils disent qu'il faudra plusieurs mois avant de la reconstruire. Certains partent en Espagne ou en France, la plupart vont avoir des précepteurs mais moi, comme la majorité, je vais découvrir Poudlard.

William dit que c'est une nouvelle vie, que nous devons nous réjouir.

Dana espère qu'on nous fasse passer les Buses ou des examens encore plus compliqués.

Billie a déjà bouclé sa malle.

Et moi j'ai envie de croire que ce changement est la représentation de ce passage dont je te parlais hier. Adieu, cher journal. »

Daniel repoussa l'armoire contre le mur, dissimulant ce qu'il avait de plus de précieux. Ses pensées, ses sentiments, ses craintes et ses angoisses. Son amitié pour Dana et William. Ces sentiments ambigus qu'il vouait à Billie. Son enfance et son adolescence, contenues dans une demi-douzaines de journaux.

ooOOoo

Daniel Redox pensait connaître l'histoire de ses ancêtres. Son histoire. Il ignorait pourtant que son arrière-grand-père n'était autre qu'Andrew Mac-Cairill, dit Andrew-sans-le-sous, et que la femme de celui-ci avait mis au monde des triplés, un garçon et deux filles, avant que le patriarche Charles Mac-Cairill ne les tue.

Les trois orphelins avaient été confiés au centre Saint-Addanc, orphelinat pour jeunes désorientés, où l'on comptait nombre de futurs sorciers, envoyés là par un membre du ministère de la magie que tous connaissaient sous le nom de Monsieur Zigaro. Ainsi noyés parmi les moldus, les futurs sorciers recevaient la visite illégale d'un précepteur qui n'avait d'autre mission que de les endoctriner pour le compte d'une confrérie secrète.

S'il était évident de dessiner l'arbre généalogique de l'unique garçon des triplés jusqu'à son dernier héritier, Daniel Redox, la vie et l'héritage de ses deux sœurs demeuraient flous, de par leurs unions et leurs filiations mêlées aux sans-pouvoir, autrement dit aux moldus.

Daniel Redox ignorait donc la complexité des liens familiaux qui l'unissaient à tant d'individus dissemblables. Le vieux James, Blaise Zabini, ses enfants. Amalthéa et Briseis Delanikas.

Les héritiers Mac-Cairill étaient éparpillés, ça et là. La vie s'était chargée de les mettre à l'abri, de les plonger dans l'ignorance, de les affubler de noms divers, de les conduire aux quatre coins des contrées celtiques. De les tenir éloignés d'un héritage insoupçonné.

ooOOoo

Pur. Un mot qui, pour elles, ne signifiait rien.

Un mot dont elles n'avaient parlé que rarement.

Un mot qui les renvoyaient certainement vers cette famille oubliée, ces ancêtres méconnus, ces aïeuls qui n'étaient, pour elles, que des noms, gribouillés sur du parchemin fané.

« Je n'ai pas de famille à part maman », disait la petite Soizic. Et sa mère d'acquiescer, avec un semblant de tristesse dans le regard. Un regard étrange, à l'héritage insoupçonné. Deux noisettes chaleureuses, entourées d'un trait outremer.

Les yeux d'Andrew-sans-le-sous Mac-Cairill. Les yeux d'une de ses filles, la cadette de ses triplés. Le regard des Mac Cairill.

De son père, Soizic ne gardait aucun souvenir. Soizic Azilis portait le nom de sa mère, Guérisseuse-en-chef du département des Blessures Complexes de l'hôpital Sainte-Mangouste. Ayant remporté brillamment tous ses Aspics, Cesaria Azilis avait vu son plus grand rêve se réaliser en rejoignant l'hôpital de la communauté magique Britannique. Sa formation de Guérisseuse fut longue et Cesaria dut, comme l'ensemble des apprentis Guérisseurs, fournir de nombreux efforts. Suffisamment pour ne s'octroyer qu'une demi-journée de libre, pour dormir. Elle n'avait pour ainsi dire qu'une minuscule vie sociale, visitant ses parents une fois par mois et déjeunant un midi par semaine avec une ancienne camarade de Poudlard. Mais ça ne la dérangeait pas, sa vie, elle avait décidé de la consacrer aux autres, à leurs blessures, à leur guérison.

Peu de temps après l'obtention de son diplôme, la jeune Hermione Granger, qu'elle avait eu la chance de côtoyer une année durant à Poudlard, modifia considérablement les lois sorcières de leur communauté concernant le traitement des êtres hybrides. Il n'était pas rare, alors, que la jeune femme profite de sa célébrité chèrement acquise pour améliorer des centaines de vies humaines. Ou presque. La condition de vie des loups-garous fut son premier véritable dossier professionnel, avant qu'elle ne mobilise ses forces pour abonnir le traitement des elfes de maison.

Le directeur de Sainte-Mangouste avait alors confié à Cesaria Azilis sa première Mission d'Apprentissage, celle de s'occuper de volontaires nés ou devenus hybrides dès leur plus jeune âge.

L'affection que le Survivant et ses amis, et donc toute la communauté, portaient au jeune Teddy Lupin et à ses défunts parents eut raison du projet initial de Cesaria. Celle qui rêvait de traiter des cas aussi diversifiés qu'une harpie et un vampire peuvent l'être, n'eut d'autre choix que de restreindre ses ambitions aux loup-garous. « Ça changera », lui promettait son supérieur. « Un jour viendra où vous pourrez aider tous les patients qui en auront besoin. Mais pas maintenant. Maintenant on fête la victoire, on célèbre la paix, et on remercie le Survivant et ses alliés sans qui cet hôpital serait devenu le terrain de jeux des Mangemorts. »

Cesaria Azilis eut bientôt douze patients sous sa responsabilité. Ayant choisi la recherche au détriment de la pratique, Cesaria se contentait de recevoir ses patients, seuls ou en groupe, et d'observer leur mode de vie, afin de l'améliorer. Elle fournissait un rapport mensuel détaillé au ministère de la magie, en vue de la création de nouveaux décrets par nulle autre qu'Hermione Granger, futurement Weasley.

Ce travail enthousiasmait particulièrement la jeune Guérisseuse, qui allait de surprises en découvertes. La famille Pellegrin, entièrement constituée de loups-garous, la jeune et jolie Sophia, qui rêvait de tuer le loup en elle pour épouser son fiancé, un charmant jeune homme qui la soutenait avec amour, ou encore le vieil Adam qui, pourtant âgé de soixante-dix ans, craignait encore avoir contaminé ses trois enfants qui ne cessaient de lui prouver le contraire.

Parmi ses patients, il en était un qui ne venait jamais accompagné. C'était, de loin, son patient le plus taciturne et désagréable. Le plus séduisant, aussi. En professionnelle compétente et dévouée, Cesaria préféra enfouir toute attirance et se contenta, avec force dévotion et patience, d'accompagner au mieux cet homme mystérieux. En vain. Il refusait son aide, niait une quelconque avancée et restait muet lorsque Cesaria l'interrogeait sur sa vie. Exaspérée, Cesaria ne put que le menacer de stopper le travail qu'ils avaient entrepris ensemble depuis des mois et qui, contrairement aux autres patients, n'aboutissait à rien.

- Je ne comprends pas ! Vous vous êtes porté volontaire ! Vous avez insisté pour participer à ce projet ! Vous étiez prêt à coopérer ! Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?

- Vous.

Ce jour-là, écrasée par une honte qu'elle n'avait jamais ressentie, Cesaria ne cessa de se remettre en question. Ses collègues la soutenaient, ses parents la réconfortaient, sa meilleure amie maudissait ce « loup mal léché ». Mais rien n'y faisait. Son premier échec professionnel lui fit énormément de peine. Et le fait que ce soit avec ce patient qui ne la laissait pas indifférente n'aidait pas, bien au contraire.

Elle s'était même mise à pleurer, au beau milieu de son bureau. Et c'est ce moment très précis que le patient en question avait choisi pour débarquer dans son bureau.

- Désolé de vous déranger, Doc, mais je vous dois des explications.

- Vous ne me devez rien. Vous n'êtes plus mon patient et je ne...

- Je suis tombé amoureux de vous quand vous avez accepté mon dossier, ce jour-là. Le premier jour. J'ai cru que ça passerait, parce que je ne suis pas habitué, à voir des femmes et à tomber amoureux. Mais les infirmières ne me font pas cet effet-là. Même la douce Lucy qui est très gentille avec moi. Alors je n'ai pas pu, vous comprenez ? Je n'ai pas pu vous raconter, vous parler de ma mère qui vit loin de moi, de mon père qui m'a abandonné quand j'ai été mordu et que... que ma mère a tué. Je ne pouvais pas vous dire que j'ai trois frères, quelque part, et que je ne les connais pas. Je ne pouvais pas vous parler de la cave qui me sert de maison et de l'elfe qui me sert de famille. Je ne pouvais pas vous montrer mes bras et mes jambes, vous qui sentez toujours si bon, vous dont la peau semble plus douce que la crème à la vanille. Et même si vous êtes habituée à voir l'horreur, vous méritez de voir des corps beaux et robustes, musclés et bronzés, le genre de corps que doit avoir l'infirmier du second qui vous drague tous les matins. Je voulais pas vous montrer mes bras parce qu'ils sont plein de griffures. Et c'est pire sur mes jambes. Elles sont moches mes jambes. Bien trop moches pour une femme aussi belle que vous. Je voulais pas vous dire tout ça, vous savez ? Mais un de mes frère a débarqué hier soir. On se ressemble vraiment pas mais c'est mon frère, y a pas de doute. Il est noir et grand et fort. Il n'a pas de griffure mais il sait écouter. Et il tient l'alcool aussi bien que moi. C'est lui qui m'a dit de venir vous voir et de tout vous raconter. Il a dit que c'était important, qu'il valait mieux avoir des remords que des regrets. Il a dit... Il a dit que vous me tomberiez dans les bras, que vous ne pouviez que succomber. Il est un peu crétin mais je l'aime bien.

Elle avait succombé. Elle lui était tombée dans les bras. Elle n'en avait parlé à personne et lui non plus, sauf peut-être à Blaise Zabini, ce demi-frère sorti de nulle part qui avait décidé de ressouder une fratrie disparate.

Ils n'avaient passé que quelques mois ensemble. Quelques mois à mentir et à se cacher. Quelques mois à rire et à s'étreindre. Quelques mois durant lesquels elle avait envisagé tirer un trait sur la solitude.

Les nausées étaient arrivées telle une douche glaciale dans une vie de draps froissés et de sueur permanente. A l'hôpital, elle courrait d'un patient à l'autre, sans voir l'heure tourner, sans compter ni son temps ni ses efforts. Mais à peine sortie du bâtiment, la hâte et l'impatience la gagnaient comme jamais et elle transplanait directement dans les bras de cet homme qui lui faisait l'amour avec douceur et bestialité. Une vie passionnante, une vie vibrante, ardente. Une vie à laquelle une autre s'était greffée, sans en demander l'autorisation. Une vie contenue dans son ventre, qui grossissait bien trop vite selon elle.

- Il sera comme moi, je le sais !

- Rien n'est sûr. Tu le sais aussi bien que moi.

- C'est pas à toi que je vais apprendre les risques, bordel ! Sors-le de là ! Ne lui fais pas vivre ça !

- C'est mon enfant aussi, je te rappelle. Notre enfant. L'enfant d'un homme et d'une femme qui s'aiment, et pas seulement d'un loup-garou et d'une Guérisseuse. Je veux le garder. Je veux la garder. Je reste persuadée que c'est une fille.

- Tu ne la garderas pas. Pas toute seule. Je le sais.

Il était parti. Elle était revenue du travail dans une maison vide, sans aucune lettre, aucun souvenir auquel se rattacher. Elle avait espéré. Elle avait même contacté ses frères. Il n'était jamais revenu. Elle avait pris rendez-vous dans un hôpital français, peu désireuse d'expliquer à l'un de ses collègues pourquoi elle souhaitait interrompre sa grossesse. Tout s'était déroulé parfaitement, lui avait-on dit.

Elle avait noyé sa peine dans le travail, avait confié les loups-garous à un jeune collègue et s'était tournée vers les harpies. Moins de risque, se disait-elle. Il l'avait quittée depuis huit mois lorsqu'elle fut transportée au service des urgences. Elle avait fait un malaise en pleine cafétéria, alors qu'elle dégustait rapidement sa soupe de treize heures. Ils lui avaient fait passer une batterie de tests, lui avaient posé cent fois la même question. « Mais par Merlin, Cesaria, pourquoi ne nous as-tu rien dit ?! » Elle ne comprenait pas. Elle avait peur. Le Guérisseur mit quelques heures à comprendre et à prononcer les mots qui allaient changer sa vie, à tout jamais.

- Tu as fait ce que les moldus appellent un déni de grossesse.

- C'est impossible, avait-elle pu marmonner après quelques minutes d'incompréhension.

- Ça arrive bien plus souvent qu'on le pense...

- Pas à moi. J'ai...

- Je sais. La magie laisse des traces et les français sont très pompeux dans la réalisation de leurs sorts. Il devait y en avoir deux ou... La magie est pleine de mystères, tu le sais autant que moi. Ta fille a eu l'audace de s'accrocher à la vie, coûte que coûte. Elle a fait son choix. C'est à ton tour, maintenant.

L'orphelinat, l'adoption, l'abandon. Tout autant de mots qu'elle refusait de prononcer. Elle ne ferait pas vivre à sa fille ce qu'avait vécu son père. Elle lui prouverait, au contraire, que les enfants ne reproduisent pas toujours les schémas parentaux.

Et Cesaria eut raison. Soizic était une petite fille ordinaire, elle dormait dans une chambre et ne se transformait en nulle autre créature qu'un petit démon lorsqu'il s'agissait de ranger sa chambre. Une petite fille ordinaire qui faisait la joie et la fierté de sa mère. Une fille qui n'avait jamais rencontré son père, et qui en ignorait l'identité. Une fille aujourd'hui âgée de treize ans, scolarisée à Poudlard, répartie deux ans auparavant à Gryffondor.

Une fille ouverte aux autres, qui aimait tout autant sa « meilleure amie la lionne », Lily Evans, que sa « meilleure amie l'aigle », Briseis Delanikas.

Une fille ordinaire, avec des rêves, des passions et une forme étrange dessinée sur le bras. Une forme que tous prenaient pour une tâche de naissance. Une forme dont elle-même ignorait la provenance. Une forme tatouée sur sa peau alors qu'elle vivait ses premières heures, et qui s'était étirée, tout au long de sa croissance en une lettre parfaitement reconnaissable. W

ooOOoo

Pur. Un mot, trois lettres. Trois lettres qui l'intriguaient. Un mot dont elle se sentait éloignée.

De par son père, moldu. De par sa mère, morte en couche.

« Elle n'était pas plus sorcière que moi », avait dit son père.

Ainsi le sang de Trisha Xoilisdazer n'avait rien de pur. Du moins le pensait-elle.

Trisha s'était toujours considérée comme une fille chanceuse, une aventurière, une héroïne de contes fantastiques. Pour adultes. Parce que, justement, la notion de pureté de sang noircissait un tantinet le tableau ydillique que représentait la vie sorcière à ses yeux.

Enfant, déjà, Trisha trouvait sa vie fabuleuse. De par ses voyages fréquents qui la menaient dans des contrées enchanteresses, de par les rencontres et la découverte de nouvelles coutumes, de par la profession de son père, tatoueur émérite qui parcourait le monde à la recherche des histoires, des symboles, des significations.

Lorsqu'il fut établi que Trisha était une sorcière, son père vit en ses nouveaux pouvoirs une opportunité d'aller plus loin encore dans son expérimentation des tatouages.

Trisha fut admise au sein d'une petite école où elle fréquenta de jeunes sorciers. Des garçons, essentiellement, car Trisha faisait peur aux filles. Elle profita de ces quelques années d'innocence et de découvertes pour questionner ceux qui étaient nés dans une famille sorcière.

Elle aimait les entraîner dans un cybercafé, ils étaient quatre ou cinq gamins agglutinés derrière un écran, et, alors que les moteurs de recherche semblaient à la jeune Trisha pour le moins exhaustifs, ils restaient muets lorsqu'elle leur demandait des informations sur le monde magique. « Le vrai, pas cette idée qu'en ont les moldus ».

Ce fut Daniel qui apporta la vérité, venue directement des explications de son père. Ce fut sans doute à cet instant précis, alors qu'ils découvraient réellement l'existence du Code Magique, qu'ils comprirent qu'ils faisaient partie d'un monde à part, bien que mêlé à celui des moldus, et qu'il en serait toujours ainsi.

Trisha ne fut nullement triste ou déçue de quitter son père pour intégrer Poudlard. Bien au contraire. Elle sentait que leur lien s'épaississait, encore et toujours, et passait des nuits entières dans la bibliothèque, à recopier livre sur livre afin de faire partager ce nouveau puits de connaissance à son père.

La pratique n'intéressait guère Trisha. Mais quelques matières retenaient particulièrement son attention. Et celle de son père. Les sortilèges et les Potions. Le père, par le biais de la fille, étudiait la théorie magique et s'en servait pour inventer des tatouages de pouvoir. Thérapeutiques, symboliques, protecteurs. Mais pas seulement.

ooOOoo

Poudlard Express, 1er septembre 2013

Le train filait rapidement, mais jamais assez pour la petite fille à l'unique natte brune. En face d'elle, trois garçons et une fille parlementaient sur les maisons de Poudlard. A ce qu'elle avait entendu, il y en avait quatre, mais deux seulement intéressaient ses camarades de compartiment.

Les quatre s'étaient présentés. Un seul avait le sang aussi impur que celui de Trisha, un dénommé Isidore Kandinsky qu'elle avait vu sur le quai, entouré de parents larmoyants et de trois petites sœurs. L'une d'elles lui avait donné un coup de pied.

Lui s'imaginait à Serdaigle, tout comme un autre petit garçon, quoique bien plus grand de Trisha. Malek Lespare avait tout du gentil et bon garçon. Un sourire avenant, un phrasé amical... et une tendance à faire naître les polémiques en prononçant le mot « quidditch ».

Trisha et son père avaient tout lu à propos du quidditch. Mais rien ne les avait intéressés.

Alors, lorsqu'Olivia Dubois et Liko Jordan se liguèrent contre Malek Lespare et Isidore Kandinsky, Trisha décida qu'elle ne voulait ni intervenir, ni jouer les arbitres.

Elle quitta le compartiment sans se retourner et en choisit un second, bien plus tranquille et propice à la réflexion. Une seule fille était présente, blonde comme les blés, tirée à quatre baguettes, le regard douloureux et solitaire. Elle plut à Trisha dans l'instant.

- Salut barbie, ça t'embête pas que je m'incruste ?

- Barbie ?, releva la blondinette d'un air outré. Je pense que vous me... Je pense que tu me confonds avec quelqu'un...

- Tu ne connais pas barbie ?, s'était étonnée Trisha. Oh ! Je vois, tu es une sorcière !

La jeune fille avait haussé un sourcil blasé.

- On est tous des sorciers, on ne serait pas dans le Poudlard Express sinon.

- Donc la pureté du sang ne t'importe pas ? J'ai lu que certains sorciers...

- Les livres ont tendance à tout généraliser.

Elles avaient parlé littérature, enchantements et géographie. Trisha n'avait parlé ni de son père, ni de ses voyages, ni de ses objectifs, comme elle l'avait promis à son père. « N'oublie jamais que ce que nous faisons est top secret. Un jour, ça pourrait bien se retourner contre nous. Mieux vaut que ce soit le plus tard possible. »

Heureusement la blondinette n'avait pas posé de questions. Elle-même ne semblait pas pressée de se dévoiler. Trisha en avait eu la preuve lorsque le frère aîné de la blondinette était venu la prévenir qu'il la plongerait dans le lac si elle n'était pas répartie à Serpentard.

- C'est marrant, avait lâché Trisha avec un petit sourire. Quand tu lis tous les trucs sur Poudlard, tu vois que Poufsouffle prône les plus belles valeurs, l'entraide, la solidarité, la générosité, la tolérance... J'ai passé la première moitié du trajet à être spectatrice d'un match Gryffondor-Serdaigle et l'autre avec une future Serpentard. Personne ne semble avoir envie de rejoindre Poufsouffle...

- Parce que les belles valeurs qu'ils prônent, comme tu dis, n'existent pas vraiment. Bonne chance pour la répartition.

- Tu sais comment ça se passe ? Ton frère t'a raconté ?

- Non. Mais je sais qu'on nous appelle par ordre alphabétique et qu'on passe une sorte de test, devant tout le monde.

La blondinette parut plus pâle encore. Trisha comprit que son grand frère avait dû l'effrayer, et décida de dédramatiser la situation.

- Oh, je passerai sans doute la dernière alors... Je m'appelle Trisha, au fait. Trisha Xoilisdazer.

La blondinette sembla hésiter quelques secondes avant de capituler et de murmurer son nom. Un nom qui intrigua Trisha de par sa consonance étrangère.

ooOOoo

Grande Salle de Poudlard, quelques heures plus tard.

- Delanikas, Amalthéa !

Trisha observa la blondinette avancer le dos droit vers le Choixpeau Magique. Le Choixpeau magique… Une création ahurissante. Elle rêvait déjà d'en parler à son père et de l'aider à créer un tatouage du choix, de l'appartenance ou toute autre idée loufoque qu'aurait son père et que lui inspirerait cette invention formidable.

- Serpentard !

La blondinette se fit huer par tous ceux qui n'avaient pas encore compris les fondements d'une guerre terminée bien avant leur naissance mais ne sembla pas s'en soucier.

Olivia Dubois, répartie juste après Amalthéa, fut au contraire ovationnée et rejoignit, tout sourire, la table des lions. Trisha ne comprenait pas que le simple fait de glisser un chapeau sur sa tête et d'attendre sa sentence sans ne rien pouvoir faire pouvait susciter des huées de mépris ou, à l'inverse, des acclamations tonitruantes. Comme si le simple fait d'appartenir à l'une ou l'autre maison était soit passible de trahison, soit un acte héroïque. Elle trouva cela grotesque.

Et lorsqu'elle fit part de son ressentiment à ses nouveaux camarades, Malek Lespare et Isidore Kandinsky ne surent lui donner d'autre réponse qu'un bref regard gêné. Les aigles réputés pour leur intelligence n'avaient visiblement pas réponse à tout.

ooOOoo

Certains avaient un frère, un cousin, un vieil ami. D'autres connaissaient un nom, un passé, une réputation. Elle n'avait ni l'un ni l'autre, et ses deux premières années à Poudlard ne lui donnèrent aucun ami.

Les Serdaigle gravitaient autour du charismatique Malek Lespare et Trisha se glissait dans l'ombre avec tant de facilité qu'il lui arrivait parfois de paraître invisible aux yeux de ses camarades.

Il lui fallut attendre deux ans avant de voir un visage familier. Malheureusement, il paraissait impossible de l'approcher, tant le tout Poudlard avait les yeux rivés sur lui.

James Potter, tout comme elle, sembla avoir le choix de rejoindre n'importe quelle maison de Poudlard. Son choix déçut Trisha. Elle aurait aimé qu'il s'émancipe, qu'il prenne enfin conscience de ce qui l'éloignait de son père et non qu'il cherche sans cesse à s'en rapprocher.

Elle attendit qu'il l'aperçoive, qu'il la reconnaisse, qu'il vienne à elle. Mais les lions de son espèce préféraient visiblement les aiglons sans saveur à l'image d'Irina Kandinsky plutôt que les faucons épris de liberté.

ooOOoo

- Kandinsky, Natasha !

Trisha reconnut la petite fille qui avait lancé un coup de pied à Isidore quatre ans auparavant. Elle avait à peine grandi et ne paraissait pas le moins du monde effrayée par la répartition.

- Serdaigle !

Trisha se mêla aux applaudissements polis des gens de sa maison, observant la fierté et le bonheur apparents d'Isidore et Irina. Mais très vite le calme reprit ses droits. Les répartitions n'avaient pas la même valeur lorsqu'un nouveau Weasley débarquait à Poudlard. Pire, lorsqu'un Potter se tenait parmi les nouvelles têtes.

Albus Potter fut réparti à Serpentard dans un silence de tension et d'incompréhension. James Potter fut un des seuls courageux à rompre l'incrédulité.

Amalthéa Delanikas se contenta de siroter son verre, peu concernée par le fils du Survivant.

Olivia Dubois et Liko Jordan hésitaient à le huer.

Malek Lespare et Isidore Kandinsky échangeaient des messes basses, les sourcils froncés.

Les répartitions de Rose et Roxanne Weasley ne parvinrent pas à rendre leurs couleurs à ceux qui restaient plongés dans la déception et l'envie de réorganiser la répartition.

- Je préfère que ce soit elle qui me réponde, Irina.

Trisha observa la petite dernière des Kandinsky et l'héritière de Ron et Hermione Weasley. Une fille sans histoire et une fille de. Une amitié qui naissait tout naturellement sous ses yeux.

- Elle n'a peut-être pas envie de le faire, répondit Irina d'un air compréhensif. Pardonne ma sœur, elle est un peu...

- Qu'est-ce que j'ai dit ?, grogna Natasha. Je suis désolée si j'ai dit quelque chose de mal, ajouta-t-elle à l'adresse de Rose.

- I pas de mal. Je ne comprends pas trop pourquoi tout le monde agit comme ça avec moi. Mais je ne crois pas que mon père ait tenté quoi que ce soit à propos des uniformes de l'école. Il ne travaille pas au Ministère.

- Il fait quoi ?

- Nat ! Cesse donc de l'embêter.

- Je t'embête ?, demanda franchement la jeune fille.

- Pas du tout, répondit Rose en réprimant un sourire. Et, pour te répondre, mon père est commerçant.

- Rien à voir, donc, remarqua Natasha.

- Ça doit être un coup de mes cousins, songea Rose. Tu dois les connaître, ajouta-t-elle en jetant un œil à Irina qui la dévisageait.

- Tu es la cousine de James ?

- Malheureusement, oui.

« Elle changera d'avis », se dit Trisha. « Comme moi, comme tous les autres. »

Trisha avait, en effet, bien observé son ami d'antan et l'image édulcorée du fi-fils à son papa s'était envolée, à mesure qu'elle retrouvait celui qui, alors âgé de sept-huit ans, la faisait rire de par sa maladresse et sa curiosité insatiable. Elle ne pouvait nier qu'il avait changé. Il semblait être arrivé à Poudlard vierge de toute connaissance sur le passé de son père, de sa famille. La chute avait été rude, il avait mis du temps à se relever. Du temps et des sourires. Ceux de ses amis, qu'il comptait par dizaines.

Trisha aurait pu se montrer jalouse. Mais l'évolution de James lui plaisait bien. Et elle ne fut pas surprise de le voir susciter autant d'engouement que de réprobations.

Où qu'il aille, quoi qu'il fasse, il engendrait murmures, rumeurs, hochements de tête, sourires et mesquineries. Il était connu de tous. Il était la lumière et Trisha se glissait dans son ombre. Avec satisfaction et soulagement.

ooOOoo

Ils n'étaient que quatre à Poudlard à avoir rencontré l'Oracle. Et tous se croyaient être « le seul et l'unique ». Même James. Mais pas Trisha.

Elle seule savait que l'Oracle s'entretenait avec l'un des membres forts de chacune des deux Confréries secrètes, en plus de parler à la Clef du Rassemblement et… à elle, l'Origine de la Dissidence.

L'Oracle ne l'avait pas appelée ainsi tout de suite, bien au contraire. Et contrairement à James, qu'elle avait pu observer à loisir, passant le plus clair de son temps dans la tranquillité que lui offrait la Tour Invisible, un des lieux les plus méconnus de Poudlard, Trisha était appelée par l'Oracle de façon régulière et fréquente.

Leurs premières conversations avaient plongé Trisha dans la plus grande des perplexités. L'Oracle déblatérait des paroles sans sens et le tout donnait à Trisha l'image d'un bloc indigeste. Et puis certains mots avaient trouvé en elle un écho. Des mots emplis de souvenirs, de passions, de voyages. Des allusions au Laos, où Trisha passait toutes ses vacances d'été, aux croyances et traditions Hmong et aux tatouages. Comment et pourquoi l'Oracle de Poudlard semblait tout savoir de cette pratique qui faisait l'originalité de Trisha et de son père ? La jeune fille n'en savait rien. Elle n'avait cessé de questionner l'Oracle mais l'Oracle demeurait cette voix pleine de mystères qui ouvrait des portes que Trisha ne parvenait à refermer.

Ce semblant de relation l'avait toutefois intriguée, émoustillée, passionnée. Trisha s'était lancée dans mille recherches, mille projets, et son père s'y était associé avec tout autant d'enthousiasme qu'elle.

Mais l'engouement s'était essoufflé, l'enthousiasme retombé, à mesure que Trisha appréhendait le destin que lui prédisait l'Oracle. Le destin d'une menace pour l'humanité.

L'Oracle parlait d'équilibre. Trisha s'en moquait, elle dévorait les livres, envoyait ses comptes rendus à son père et admirait les créations de celui-ci.

L'Oracle énonçait des termes, des descriptions, des définitions. Et Trisha faisait mine de ne pas les entendre.

L'Oracle évoquait le bien et le mal. Trisha écoutait et oubliait, laissait naître les rencontres, les alliances, les projets.

L'Oracle la mettait en garde. Trisha en riait, signant son premier pacte magique avec les frères Zigaro.

L'Oracle insistait sur les erreurs du passé et Trisha était prête à les reproduire, à les commettre à nouveau par ambition, par soif de découverte. Par aveuglement.

L'Oracle prononçait le nom de James Potter. Trisha avait choisi de l'oublier, lui et ses compagnons d'autrefois.

L'Oracle, pourtant, signifiait l'évidence, invoquant l'heuristique, la sérendipité, la zemblanité, récitant les dogmes qui la liaient à James et tout autant de thèses qui l'en éloignaient.

L'Oracle disait qu'en tant que Clef du Rassemblement, James était le symbole de la sérendipité, celui qui était destiné à trouver autre chose que ce qu'il cherchait, celui à qui le hasard allait permettre de faire de surprenantes découvertes, d'inattendues trouvailles.

L'Oracle disait qu'en tant qu'Origine de la Dissidence, Trisha était le symbole de la zemblanité, celle à qui le hasard avait légué un don néfaste.

L'Oracle lui dessinait deux places, deux parties d'une même entité. Un équilibre parfait. Et Trisha, à défaut de comprendre qu'ils auraient pu se compléter, n'entendait que confrontation et opposition.

L'Oracle se répéta, Trisha se détourna. L'Oracle se tut, Trisha avait fait le choix de ne plus entendre que ses plus sombres pensées.

Elle se contentait de simplifier l'essentiel, de ne pas s'attarder sur la porosité des liens complexes qui les unissaient. Elle se contentait de morigéner l'injustice de la vie, de tirer des conclusions hâtivement.

La vie, selon elle, avait fait don à James d'un destin complexe mais flamboyant. Le don de faire par hasard des découvertes heureuses.

La vie, selon elle, lui avait fait don d'un destin tout aussi complexe, mais effrayant. Le don de faire à dessein des découvertes malheureuses, malchanceuses.

Le mal était déjà fait. Elle ne le comprit que trop tard.

ooOOoo

Les Confréries secrètes de Poudlard et d'ailleurs avaient échappé aux recherches de Trisha, toujours portées vers les symboles, la mythologie, les communautés étrangères.

Les Confréries secrètes de Poudlard et d'ailleurs auraient pu, auraient dû, l'intriguer, la passionner, rendre ses recherches plus foisonnantes encore, la faire fourmiller d'idées et d'envies.

Les Confréries secrètes de Poudlard et d'ailleurs l'avaient rattrapée, sans qu'elle ne puisse anticiper sa chute. La première l'avait prévenue des déconvenues futures, des risques qu'elle prenait, du sort funeste que lui réservait la vie. La seconde lui avait donné une échappatoire, sans vraiment lui laisser le choix de l'accepter.

La première possédait mille visages et mille voix qui donnaient leur avis sans jamais juger ni imposer. La seconde possédait mille visages et mille voix qui affirmaient, classaient et ordonnaient.

La première n'avait pas de nom, mais les murmures par centaines lui prêtaient celui d'une armée blanche, une alliance pure et lumineuse, un front du bien et des possibles.

La seconde n'avait pas de nom, mais les chuchotements évoquaient sa chute, sa nouvelle appartenance, le fait qu'une troisième confrérie secrète s'en soit emparée.

Trisha n'aimait pas les armes. Ni les combats. Ni tout ce qui avait trait à la guerre. Ainsi, lorsque le premier murmure d'armée blanche vint à ses oreilles, elle s'en détourna, avec fermeté. Sans chercher à davantage se renseigner, elle agit dans l'instant. Avec conviction.

Le « non » était sa décision, elle fut respectée, acceptée. Et lorsqu'elle réitéra son « non », la deuxième Confrérie secrète de Poudlard et d'ailleurs la plaqua contre un mur. Elle resta quatre longs jours plaquée contre ce mur, sans pouvoir ni se mouvoir ni manger. L'époque aidant, personne ne se soucia de cette disparition que tous mirent sur le compte des nouveaux produits que faisaient tester les Weasley sur les élèves de Poudlard. Comme tous les autres élèves qui disparaissaient mystérieusement quelques heures durant, étaient envoyés sans en garder le moindre souvenir au fin fond de la forêt interdite et en revenaient si euphoriques que les professeurs ne les punissaient qu'à titre d'exemple, persuadés que les vrais coupables portaient le nom héroïque des Weasley, et qu'ils avaient bien trop souffert pour être encore accablés.

Lorsque Tom Zigaro vint la détacher de ce mur froid et humide, elle pensa naïvement que le parfait Préfet-en-chef venait la sauver. Lorsqu'il lui parla d'une réunion prévue le soir-même dans le secret le plus total elle n'osa pas avouer qu'elle ne voulait rien savoir des Confréries secrètes de Poudlard et d'ailleurs, encore moins en faire partie. Elle n'osa pas refuser quoi que ce soit à ce garçon qui avait pris tant de risques pour lui sauver la vie.

La réunion se déroula dans un recoin si isolé du château qu'elle n'aurait pu retrouver son chemin sans ces élèves aux visages enchantés qui l'accompagnaient. Elle s'était laissé grimer et emporter, préparant mentalement son discours, ignorant les réactions qu'elle susciterait alors.

Des murmures, des exclamations et des rires. Et une voix au-dessus de toutes.

- Nous avons une mission à te confier. Une mission que tu ne peux pas refuser. Parce que nous savons où vit ton père, comment il s'habille, ce qu'il mange le matin. Parce que nous savons que tu n'as que lui et que nous avons besoin de toi. Et de lui.

- Non.

- Tu peux répondre cela aux deux Confréries secrètes de Poudlard et d'ailleurs. Mais pas à nous. Comme elles, nous sommes partout à la fois. Comme elles, nous comptons des membres de tous bords, de tous postes, de tous profils. Comme elles, nous demeurons dans le secret le plus total. Mais nous nous démarquons d'elles car nous ne laissons pas le choix. Elles sont faibles, spectatrices d'un monde qui avance trop vite pour elles. Elles sont désuètes. Nous sommes forts, puissants, grandissants. Nous sommes l'avenir. Un avenir inconnu, un changement irrémédiable. Une renaissance. Le monde tel que tu le connais va disparaître, emporté par les éléments, enfoui sous les eaux. Et seuls quelques élus s'en sortiront. Des visionnaires choisis par la Source de toutes les magies. Car la Source est puissance et vie, elle seule peut s'octroyer le droit de vie ou de mort. La Source va nous sauver. Mais pour cela, il faut qu'Elle puisse nous reconnaître tels que nous sommes, êtres de l'éphémère, mortels… Il nous faut une marque. Du définitif sur du provisoire. Un tatouage. Et nous avons enfin trouvé ce que nous cherchions.

Elle ignorait que pendant que Tom Zigaro lui parlait, son frère Elvis tenait le même discours à son père. Celui-ci trouva ce nouveau projet plus enthousiasmant que sa fille. Il esquissa le premier dessin, en un tatouage de reconnaissance. Il en était fier. Il le fut nettement moins lorsqu'Elvis le força à être marqué le premier. Il commença à trembler lorsque les frères Zigaro l'obligèrent à marquer sa fille.

Trisha était devenue un moyen, une cause, l'élément déclencheur de menaces qui dépassaient tout ce que l'imaginaire avait de plus puissant.

Ils avaient marqué son père. Ils l'avaient marquée. Tous deux portaient désormais cette lettre censée les sauver. Tous deux portaient désormais le signe de leur appartenance à ce groupuscule énonciateur de funestes présages.

Les mots de l'Oracle lui revenaient en mémoire. Enfin ils étaient devenus clairs, limpides à ses oreilles. Mais la Tour Invisible demeurait éteinte et l'Oracle jamais plus ne l'avait rappelée.

Les mots des Zigaro raisonnaient fort, à mesure que fusaient les ordres, à mesure que les tatouages de pouvoir se dessinaient.

Trisha n'avait d'autre choix que d'obéir, en attendant de pouvoir fuir sans laisser de trace. Elle n'avait d'autre choix que de conjurer son propre destin. Celui qui l'opposait à James Potter. Celui qui l'opposerait toujours à la Clef du Rassemblement. Celui qui faisait d'elle une menace, qui lui donnait de l'importance, qui la mettait dans la lumière.

Et si la fuite ne suffisait pas, elle savait qu'elle n'aurait d'autre choix que de tuer James Potter.

ooOOoo

Un jour, elle avait fait comme les autres, se préparant pour les vacances d'été, comme d'habitude, comme tout le monde. Elle ne prit jamais le Poudlard Express du retour, pensant ainsi échapper aux frères Zigaro, pensant ainsi échapper à son destin.

Elle en avait le droit, c'était même indiqué dans l'Histoire de Poudlard. Le chapitre sept, elle s'en souvenait comme si elle l'avait lu la veille, traitait de la possibilité de quitter une école pour un apprentissage itinérant.

Elle rejoignit la communauté des Héritiers du Forn Siôr, pendant sorcier des gens du voyage moldus. Elle y retrouva un vieux camarade de la petite école, Eliott Findlay, ce garçon aux oreilles étranges avec qui elle entretenait jusque-là une relation épistolaire. Elle le convainquit de répondre à l'un de leur vieux camarade, le petit Daniel Redox. Elle lui avoua la vérité. Sa vérité.

« C'était vous trois mes préférés. Daniel, James et toi. Pour une raison que je dois garder secrète, je vais peut-être devoir tuer l'un de vous. James. Et j'ai besoin que vous m'aidiez, Daniel et toi, à ne pas en arriver à devoir tuer ce garçon aux joues rougies par le vent qui mangeait des gâteaux de terre pour ne pas que nos professeurs s'aperçoivent que sa mère ne lui avait rien donné pour goûter. Ne crois pas ce que raconte la presse, Eliott. James est toujours ce petit garçon. Daniel ne se trouvera jamais assez grand. Tu diras toujours que la vie est belle alors qu'elle t'a donné les oreilles les plus moches de l'univers. Et moi je ne veux tuer personne. Surtout pas l'un de vous. »

Il avait promis de l'aider. Ils avaient promis tous les deux.

ooOOoo

Falaises de Moher, Irlande

Les vents violents faisaient s'entrechoquaient les vagues aux pieds des immenses falaises noires.

Face à l'océan déchaîné, une silhouette, fraichement débarquée, se tenait le ventre, légèrement nauséeuse.

N'étant plus scolarisée depuis des années, Trisha n'avait pu passer son diplôme de transplanage dans les formes, encore moins s'habituer aux sensations désagréables qu'elle ressentait à chaque disparition et réapparition. Elle inspira et expira longuement les effluves salées, les yeux clos, les sens en alerte.

Elle tressaillit légèrement avant de pousser sa voix à dépasser le bruit des vagues et des courants.

- Bonsoir Delanikas.

Dans son dos, la brume épaisse laissait entrevoir une deuxième silhouette, d'un gabarit bien plus fluet et dont les cheveux longs et blonds mangeaient un visage de porcelaine. Les yeux, deux perles d'acier, se voilèrent brièvement avant que la nouvelle venue ne secoue la tête, comme pour chasser la mélancolie.

Elle avança de quelques pas, tirant sur une corde invisible magique. Et une troisième silhouette apparut. Menue, frêle, juvénile, les cheveux broussailleux, les yeux hagards, la peau diaphane.

Trisha se tourna afin de mieux l'observer. Elle détailla la taille enfantine, les nœuds dans les épais cheveux roux, le corps qui flottait tel un pantin, sans force, sans panache, sans vie.

- C'est elle ?, demanda-t-elle, inutilement.

Amalthéa hocha la tête, tout aussi inutilement, puis lui tendit un rouleau de parchemin. Trisha en décrocha le sceau d'un mouvement brusque de sa baguette et étira le papier sous le faisceau lunaire.

- « Nom du prototype féminin : Gwenog Kubrick », lut-elle avant d'esquisser un sourire amusé. C'est toi qui l'as choisi, pas vrai ? Toujours entichée du parfait Malek Lespare, à ce que je vois...

Amalthéa se contenta de garder le silence et de rester de marbre. Trisha comprit le message et adopta la même réaction. Il fut un temps où elles s'étaient parlé, où elles s'étaient souri, où s'était dessinée l'ébauche d'un semblant de relation, voire d'amitié. Le temps, la vie, le hasard des rencontres et des mauvaises décisions les avaient séparées, chacune embrassant un destin effrayant et haï. L'inexorable histoire d'un choix dont elles pensaient être dépourvues.

- Déshabille-la, reprit Trisha, la voix dénuée de toute émotion.

Le corps ensorcelé de la fillette se souleva à peine, bercé par les gestes surs d'Amalthéa. Trisha ne put retenir une grimace à la vue de ce corps dénudé et inconscient. A ses yeux, ce qu'Amalthéa et elle faisaient ressemblait en tous points à du viol. Et puis, aussi vite qu'elle était apparue, la grimace disparut lorsque Trisha posa son regard sur le ventre de la fillette.

- Impressionnant, souffla-t-elle à la vue de ce corps dépourvu de nombril.

A nouveau Amalthéa hocha la tête, son regard refusant de contempler ce corps qu'elle manipulait à contrecœur.

- Fais ce que tu as à faire, je dois rentrer la préparer.

Ce fut au tour de Trisha de hocher la tête, alors qu'elle faisait venir à elle son sac en cuir de Tébo. Elle en sortit plusieurs fioles d'encre sombre et une aiguille d'acacia.

- Où est-elle envoyée ?

- Tu sais que je ne suis pas autorisée à te le dire, rappela Amalthéa, les yeux fixés sur son ancienne camarade.

Les mains de Trisha ne tremblaient pas, suivant le schéma habituel. La jeune fille déposa quelques vieux grimoires autour d'elle, à égale distance de pierres de lueurs et de talismans. A nouveau la baguette trancha la nuit, soulevant herbe et terre épaisse pour ne garder qu'un sol de sable fin dans lequel Trisha traça des symboles alambiqués d'une netteté profonde.

- Ils l'envoient à Poudlard, souffla Amalthéa, impressionnée par les gestes sûrs de Trisha.

Celle-ci oscilla légèrement et se redressa, plongeant ses yeux dans les perles d'acier.

- A Poudlard ?

- La fausse attaque de l'école d'Irlande. Ils vont la glisser dans le flot des élèves Irlandais qui rejoindront Poudlard dans quelques jours, profiter de l'urgence de la situation et de la négligence des professeurs que cette réorganisation va entraîner. Elle sera une goutte parmi la vague qui va déferler à Poudlard.

- Goutte, vague… Je ne te connaîtrais pas si bien, je penserais que tu fais référence à un certain tsunami qui…

- Tu ne me connais pas.

Aucun semblant de tristesse ou de nostalgie, seulement cette résignation indéniable et peu commune pour des jeunes femmes de leur âge.

- J'imagine que tu as fini ?

Elles détournèrent le regard d'un même mouvement, le reposant sur le corps ensorcelé qui continuait de flotter entre elles.

Un corps semblable à tant d'autres. A quelques exceptions près. Un corps qui ne connaissait pas encore la vie. Un corps sans nombril, sur lequel était dessiné un parfait W.

- Je croyais que Tom savait le dessiner, ne put s'empêcher de murmurer Amalthéa.

- Le simple tatouage de reconnaissance, oui. J'ai… Il m'a obligée à le lui enseigner. Ce que je m'apprête à faire requiert un tout autre pouvoir. Un pouvoir que Tom ne possédera pas tant que je pourrai l'en empêcher.

Elles échangèrent un regard entendu. La détermination de l'une n'avait d'égal que la conviction de l'autre. Toutes deux étaient effrayées mais possédaient bien plus de courage qu'elles n'en auraient jamais conscience.

- Il ne me reste qu'une seule chose à faire, soupira Trisha. Exécuter ma mission jusqu'au bout. Mais…

- Active-le, la pressa Amalthéa. Tu ne sais pas de quoi ils sont capables…

- Ils torturent mon père lorsque je rentre tard le soir, ils me torturent lorsque je leur refuse quoi que ce soit, ils ont… Ils ont promis de tuer toute la communauté dans laquelle je vis si je ne me pliais pas à leurs ordres. Je sais qui ils sont, Amalthéa. Mais cette fille…

- Cette fille n'existe pas. Cette fille est née de la magie, cette fille n'aura sans doute ni sentiments, ni passions, ni qualités, ni défauts. Cette fille n'est pas humaine, Trisha. Cette fille, comme tu dis, n'en est pas une, elle n'est qu'une arme, un test, un défi. Ils vont réveiller son corps, entrer de faux souvenirs dans sa tête, lui faire croire qu'elle aime les poireaux et déteste le citron, lui faire préférer le bleu au rouge, pour qu'elle se noie dans la masse. Mais rien de tout ça n'est réel. Elle ne mérite pas que tu sacrifies ta vie ou celle de tes proches pour… Pourquoi ? Pour lui permettre de vivre sa vie sans menace ? Tu sais qu'ils la retrouveraient. Poudlard n'est pas si grand, le monde ne l'est même pas suffisamment pour leur dissimuler quoi que ce soit. Et même si elle parvenait à se cacher… Elle n'est rien, Trisha. Elle est démunie de tout ce qui fait la beauté de la vie. Elle… Elle ne tombera jamais amoureuse, elle n'aura jamais d'amis, elle n'a même pas de famille… Elle est née de rien, elle n'est faite que de rien… Et elle s'éteindra sans n'avoir jamais rien ressenti. Comme une bougie qui se consume ou un verre qui se brise.

La voix d'Amalthéa s'était faite amère, douloureuse. Trisha songea à Briseis, la petite poupée aux cheveux d'ange qui comptait tant aux yeux de sa sœur et à ce bellâtre de Malek Lespare qui lui laissait croire que son destin n'était pas déjà tout tracé. Elle-même avait son père, et ce peuple de vikings mal léchés qui les avait adoptés.

Alors elle se tourna une dernière fois vers ce corps qui, à défaut de porter la vie, portait un nom et un prénom, et raffermit la prise sur sa baguette, enfouissant son ressentiment au plus profond de son cœur.

- Ô Source de toutes les origines, de toutes les vies, de toutes les créations, accepte ce sacrifice en la personne de Gwenog Kubrick et, lorsque le Prochain Déluge tu auras décidé de déclencher, permets-nous de lui survivre, nous soumis à ta loi, nous fruits de tes décisions, nous enclins aux plus belles offrandes pour notre Source, nous, en ce nom que tu nous as choisi, nous les Cavaliers de Walpurgis.

ooOOoo

Les vagues crachaient leur écume sur les roches sombres. Le bruit significatif du transplanage se fit entendre une première fois, et Trisha se dépêcha de ramasser ses affaires avant de transplaner à son tour.

Elle abandonna derrière elle le dernier exemplaire de la Gazette, où James Potter faisait encore la une. Un James Potter à qui l'on opposait sincérité et justice et à qui l'on prédisait vengeance et punition. La Gazette se trompait souvent. Et puis, parfois, certains articles, sans qu'on ne puisse affirmer que le hasard n'y soit étranger, faisaient preuve d'une véracité redoutable.

« Les fils de tomberont tôt ou tard de leur piédestal. Et James Potter sera le premier à y passer. Il a trop longtemps profité de privilèges qu'il s'est lui-même octroyés en raison de son nom, de sa filiation. Quel mérite y a-t-il à être le fils de son père ? Quel don possède-t-il pour qu'il se sente toujours au-dessus de ses semblables et des lois ? Nous n'avons plus qu'à espérer pour lui que James Potter ait profité de ses privilèges injustifiés tant qu'il en a eu le pouvoir car nous ne pouvons qu'arguer que la chute lui sera rude et sans retour. »

Le journaliste n'avait même pas pris la peine d'écrire son nom en entier. Seule une initiale avait été apposée sous l'article. Un W.


Voilà, voilà. Bon, à la base, j'avais prévu de nous ramener à Poudlard retrouver James, Scorpius et toute la clique mais il fallait que je vous présente Amalthéa. Et Daniel. Et Soizic. Et Trisha. Histoire de vous prouver que non, je ne fais pas seulement souffrir ce pauvre James ^^

Alors, qu'avez-vous pensé des petits nouveaux ? Qu'attendez-vous, qu'espérez-vous pour la suite ?

Une chose est sûre, les trois prochains chapitres sont quasiment prêts et seront postés avant la fin de l'année. Alors à très vite et prenez bien soin de vous.