Hello !
Alors, INFORMATION IMPORTANTE: comme vous pouvez le voir, j'ai "un peu" manqué le rendez-vous hebdomadaire, faute de temps et d'inspiration pour écrire. Faut dire que les examens ont un certain don pour me démotiver. Du coup, je ne suis plus sûre de pouvoir "updater" régulièrement cette fanfiction, aussi je vous conseille VIVEMENT d'appuyer sur le joli bouton "Follow" pour ne pas rater les nouveaux chapitres, et surtout pas que vous regardiez tous les jours et que vous soyez déçus en ne voyant aucune update. (d'ailleurs, merci pour tous ces vues, favoris et "follow" que j'ai pu voir ces deux dernières semaines, ça fait vraiment plaisir !
Sans plus attendre, voici le huitième chapitre, enjoy !
Le conte ensanglanté, Ottavo Nocturno :
Ce n'était pas à l'habitude de Sarah de se sentir piégée. A vrai dire, c'était plutôt elle la chasseuse, la plupart du temps. C'était donc elle qui installait les pièges et attendait que ses pauvres victimes fassent un faux pas pour leur sauter dessus.
Comme quoi, maintenant qu'elle avait dû inverser de position, c'était pas du tout agréable. Elle observa longuement Senri. Qui aurait cru que ce serait lui qui lui tomberait dessus comme ça, exigeant presque ses réponses.
D'accord, c'était lui qui l'avait découverte en train de faire de la magie. Mais Sarah aurait cru qu'il aurait été du genre à éviter les ennuis si possible.
Il ne devait vraiment pas avoir d'instinct de survie, ce type-là. La jeune fille poussa un soupir et croisa les bras :
« Qu'est ce qui m'oblige à répondre ?
-Là maintenant ? Le fait que t'auras du mal à quitter cette pièce si tu ne le fais pas. Et si tu y arrives, je reviendrai sûrement te voir encore et encore jusqu'à avoir le fin mot de l'histoire. Je suis patient. »
Et il avait haussé les épaules, répondant cela avec un flegme incroyable. Sarah tiqua à la menace, ses yeux se plissèrent en fixant ce vampire qui décidément, ne tenait pas à la vie.
Mais elle ne pouvait rien faire. Le tuer bien entendu n'était pas une option. Non seulement c'était un de ses camarades de classe : le directeur aurait sa peau si un étudiant de la Night Class venait à disparaître… Et en plus, c'était le vampire qui avait piqué son intérêt dès le départ. Si elle ne tenait pas à se retrouver avec des questions sans réponses pour le restant de ses jours, Sarah avait plutôt intérêt à ne pas lui trancher la gorge, comme elle pourrait le faire si facilement à cet instant.
« Tu ne devrais pas exposer ta carotide comme ça. Ce serait facile de te faire saigner à blanc. Plutôt ironique pour un vampire, non ? »
Elle ne le ferait pas. Ça ne voulait pas dire que la jeune fille allait se priver de lui faire peur, alors que lui-même le menaçait. C'étaient ses secrets qu'il voulait découvrir, elle ne pouvait pas le laisser faire sans essayer de le distraire ou de le dissuader...
Instinctivement, Senri resserra la cravate, remettant bien le col près de sa gorge. On ne sait jamais. Sarah eut un maigre sourire, avant de s'asseoir tranquillement sur un des tabourets face à lui. Il avait commencé à pleuvoir dehors, les gouttes claquaient contre les vitres, comme si le temps s'accordait à l'ambiance pesante et électrique de la pièce. Elle ne pouvait pas échapper à l'interrogatoire. Mais elle pouvait encore essayer de ne pas donner toutes les réponses.
« Très bien Senri Shiki. Que veux-tu savoir ? »
« Je n'en reviens pas. Tu t'es réellement introduite dans le bureau de Père pour quoi ? Un vulgaire rapport ? »
Anya ne broncha pas au ton sombre de son frère qui avait surgi devant elle, alors qu'elle nettoyait machinalement les couverts. Oh ?...
« Comment as-tu eu cette information, petit-frère ? » demanda-t-elle le plus calmement du monde.
Elle était douée pour éviter les coups d'éclats de Kai. Si douée qu'elle était bien la seule à le retenir de craquer de fureur et d'envoyer tout foutre en l'air : Sarah, les Hunters, leur père… Anya seule comptait pour lui. La fille aux cheveux noirs le savait bien.
Et elle savait aussi s'en servir contre lui, malgré la peine que cela lui faisait à chaque fois. Que voulez-vous ? C'était la seule façon de se protéger elle et lui contre son tempérament qui avait déjà fait beaucoup trop de dégâts, plus qu'ils ne pouvaient se l'accorder.
« Disons que tu n'as pas caché la lettre inachevée sur ta table de travail, répondit-il, non sans une pointe de sarcasme.
Anya eut un sourire discret mais ne répondit pas, prenant simplement la prochaine fourchette pour la nettoyer de son torchon. Elle attendit la suite de ses réprimandes : c'était plus simple ensuite pour les contrer toutes d'un coup.
« Tu fais ça pour Sarah ?
-Je fais ça pour tout le monde, Kai. Si tu as lu la lettre, tu sais de quoi il en retourne. C'est Shizuka Hio dont Père tait la venue à l'académie, pas une simple vampire de bas-étage. Si je ne peux pas l'annoncer à tout le monde, au risque de me retrouver sans langue, je peux au moins prévenir la première concernée, non ? »
Kai plissa les lèvres. Il ne pouvait pas la contredire, elle avait raison. Mais ce n'était pas le fait de transmettre les nouvelles qui le dérangeait.
« Anya, je m'en contrefous que tu joues les espionnes pour notre sœur. Mais entrer dans le bureau du roi, c'est quasiment frôler la peine de mort, même pour nous. Je crois bien qu'on a déjà assez perdu de gens comme ça, non ? »
Cette fois, la jeune femme s'arrêta dans son geste, laissant la mousse sur la cuillère couler jusqu'à ses doigts. Elle se réfrénait de dire ce qu'elle venait tout juste de penser
C'est bien parce qu'on a déjà assez perdu de gens comme ça que je passerai volontiers sur l'échafaud.
Mais il ne comprendrait pas. Personne ne comprendrait. A quel point elle se sentait mal. Toute sa vie, elle n'avait pensé qu'à elle, jusqu'à ce que les humains lui enlèvent sa mère. Sa mère qui pourtant, avait tout fait pour que jamais les mortels n'aient à redouter les vampires. Puis cette maudite chasse qu'elle aimait tant lui arrache les deux jambes. Elle n'était plus que la moitié d'une Hunter. Une moitié bonne à rien.
Autant que sa carcasse qui pouvait encore se bouger essaye de se racheter pour les erreurs qu'elle avait commise par le passé. C'était peu, mais c'était tout ce qu'elle pouvait faire. Sauver les gens auxquels elle tenait vraiment…
« Justement Kai, justement… C'est notre sœur qui est à l'académie Cross. Même si tu la détestes à ce point, je ne crois pas que tu voudrais la retrouver en charpie. »
Anya eut un sourire paisible, refoulant ses pensées pour regarder son frère, celui-ci debout à ses côtés. Comme prévu, il se tendit aux derniers mots, avant de détourner le regard :
« Elle saurait se débrouiller. C'est toujours la seule qui s'en sort indemne, dans l'histoire. Est-ce qu'on peut dire autant de toi ? »
L'handicapée prit le coup verbal sans broncher, sachant parfaitement à quoi il faisait référence. Non, effectivement.
« Arrête de l'aider, Anya. Sérieusement. Je n'ai pas envie de devoir faire face aux conséquences quand Père se rendra compte… »
Kai soupira, posant une main rapidement sur l'épaule de sa sœur, comme si elle pouvait se briser au moindre toucher. Puis il sortit de la pièce, semblant plus attristé qu'en colère. Anya regarda un instant l'entrée par laquelle il était passé, avant de secouer la tête, murmurant un « désolé » dans son souffle. Elle n'était pas prête d'arrêter là.
Sarah,
Arrête d'impliquer Anya dans tes emmerdes. Je crois qu'elle a eu sa dose d'emmerdes à cause de toi, non ?
Kai.
« Est-ce que tu es humaine ou pas ? »
Sarah haussa un sourcil, jouant avec un des pinceaux plats oubliés sur le chevalet à côté d'elle. Senri avait lui aussi pris ses aises, affalé contre le mur tout en grignotant des Pockys. La jeune femme se demandait pourquoi diable il avait mis toute cette mascarade en place, alors qu'il serait beaucoup moins ennuyant de laisser couler. Et aussi moins fatiguant. Le mannequin semblait sur le point de s'endormir à la seconde qui suivait. Ou s'évanouir, à vous de voir.
Mais c'était peut-être aussi son air habituel. Quoiqu'il en soit, elle répondit en haussant les épaules :
« Techniquement, les Hunters sont déjà plus tout à fait humains. Disons que je le suis encore moins.
-Comment ça se fait que tu puisses faire de la magie ? »
Sarah n'eut qu'un sourire à cela.
« Si je le savais… C'est un truc dans la famille. Certains d'entre nous sommes capables de faire des choses qui dépassent l'entendement de la plupart des gens. C'est comme demander pourquoi les vampires nobles peuvent contrôler certains éléments. On en revient toujours au sang, à l'hérédité… »
La jeune femme soupira, attrapant une mèche de cheveux qui lui revenait sans cesse devant le visage. Elle la fit tourbillonner autour de son doigt, continuant sa réponse :
« Je suppose qu'on a reçu un peu trop de sang de vampire, par rapport aux autres. Qu'on a fini par reproduire ce que vous êtes capables de faire… »
Le mensonge passait comme vraisemblable. Elle avait une excuse parfaite, et la sorcière qu'elle était n'hésitait pas à broder autour de ses éléments pour se construire son histoire. Si Senri avait remarqué que tout ce qu'elle disait n'étai pas vrai, il ne dit rien, attendant juste qu'elle continue son récit. On ne pouvait que lui pardonner. Se retrouver face à une sorte de magicienne Hunter devait lui faire un choc.
Alors Sarah continua son histoire.
La jeune femme plissa les yeux en entendant deux coups à la porte, clairs et nets. Avec un grognement peu avenant, elle tourna et se retourna dans les couvertures pour attraper son téléphone.
6h30. Du matin. C'était tout simplement profane de réveiller une étudiante de la Night Class à une heure pareille. Mais les deux coups retentirent à nouveau, et Sarah fut bien obligée de se lever, se fichant bel et bien qu'elle ne soit vêtue d'une chemise deux fois trop grande pour elle. Elle entrouvrit la porte, pour voir les demoiselles de service, deux lettres parfaitement placées sur un plateau en argent.
« Mademoiselle, des lettres sont arrivées pour nous. On s'est permises de vous les apporter, vu le caractère apparemment urgent de celles-ci.
-Oh… Merci. »
Elle prit les deux lettres en clignant des yeux, baissant la tête en remerciement. Les vampires ne tardèrent pas à s'en aller une fois leur tâche accomplie, laissant une Hunter au pas de la porte, Hunter qui ne tarda pas à ouvrir son courrier. L'écriture d'Anya sur l'une, et des caractères d'imprimerie sur l'autre. Normalement, que des bonnes nouvelles…
La deuxième lettre se révéla être un ordre de chasse, à accomplir au plus vite. Sarah ne pouvait pas en être plus ravie. Elle qui commençait à se dire que les murs de l'académie devenaient oppressants, voilà que tombait du ciel une parfaite excuse pour sortir en ville. De bonne humeur, elle ouvrit donc la deuxième lettre, qu'elle aurait pensé dans le même ton que celle-là.
Quand elle eut fini de lire les derniers mots, l'enveloppe avait depuis longtemps brûlé dans sa main. Par la fournaise…
Père savait que Shizuka Hio était en vie ? Et le Sénat était au courant de ses déplacements, suffisamment pour être sûr qu'elle venait ici ?
Lentement, Sarah alla s'asseoir, la bonne humeur partie aussi rapidement qu'elle était venue. Encore une raison pour laquelle elle ne devait plus faire confiance à son père, on dirait. Comme si elle n'en avait pas assez.
La jeune femme secoua la tête. Ce n'était pas le plus important. Elle devait aller prévenir le directeur de ce qui se tramait. Décidée, elle se leva et alla s'habiller rapidement : le directeur devait être dans son bureau, même à cette heure précoce de la matinée.
Sarah tourna la poignée, mais s'arrêta avant d'avoir pu ouvrir la porte.
Et s'il ne la croyait pas ?...Qui sait ce qu'il avait comme a priori sur elle, sur sa famille. De plus, Kuran avait dû glisser quelques mots à l'ex-Hunter, quelque chose du genre « ne lui fais pas confiance, on ne sait pas ce qu'elle prépare… »
Ils n'avaient pas tort, cependant, vu son but premier en venant dans cette Académie. C'est ce que pensa amèrement la jeune fille en relâchant la poignée, passant une main dans ses cheveux. Ils ne la croiraient sûrement pas. Surtout si elle disait de qui provenait l'information. Si ce n'était pas leur méfiance qui les ferait taire, ce serait la peur de faire face à un incident diplomatique comme on en avait déjà trop vu entre Hunters et Vampires.
Sarah retourna le problème dans tous les sens, avant de tomber sur une évidence : il lui fallait plus de preuves. Ou plus de personnes pour appuyer ses propos. Elle reglissa alors un œil vers la lettre de la Guilde, avant d'avoir un sourire narquois. On dirait que cette excursion en ville allait être plus importante qu'une simple excuse pour zigouiller des monstres à apparence humaine.
Diana se réveilla dans sa tente de fortune, gémissant en sentant tous ces muscles endoloris. Qu'est ce qu'elle aurait fait là tout de suite pour n'avoir qu'un matelas…
La vagabonde se redressa et sortit de son abri, les yeux tombant sur le feu depuis longtemps éteint. Sa sœur avait déjà rassemblé ses affaires, au centre du campement. Mais Kali n'était pas présente. Elle était peut-être à la rivière, en train de pester contre les inconvénients d'une vie nomade.
La plus vieille leva les yeux au ciel, imaginant la scène…assez bien, oui. Elle alla chercher son arme avec un sourire narquois, prenant sa pierre à aiguiser. Elle commença à la faire passer le long de la lame, doucement, mais sûrement.
C'est là qu'elle remarqua, en levant distraitement les yeux vers l'entrée du bosquet que l'un des chevaux manquait à l'appel.
Par les dieux.
Elle sauta sur son cheval, ayant seulement gardé sa courte épée à la main, allant vers la ville la plus proche. C'était sûrement là qu'elle était… Moins d'une heure plus tard, Diana eut le soulagement certain à l'entrée de la ville, d'entendre la voix de sa sœur qui venait de la place principale. Peut-être était-elle allée chercher des fruits, elle se plaignait de ne pas en trouver à l'endroit où elles s'étaient arrêtées pour dormir… Diana la maudit sous son souffle. C'était un village entièrement constitué de vampires, avec quelques humains qui servaient de réserves de sang ambulantes pour ceux-là. Ce n'était pas bien dangereux pour Kali, mais sa sœur lui avait déjà trop répété qu'elle devait éviter de se faire remarquer.
« Mes frères, mes sœurs, je vous en prie, considérez cette idée. Je sais que vous n'aimez pas particulièrement les humains, je sais ce qu'ils vous ont fait, j'ai eu droit aux mêmes commentaires, aux mêmes chasses, aux mêmes regards haineux, à tout ce qui auraient pu nous faire douter de si on était vraiment des monstres ou non… »
…Et elle lui avait précisément dit aussi d'éviter ce genre de spectacle. Diana grogna et se rapprocha lentement de la petite foule, cachant son aura de mortelle. Kali se trouvait au milieu, en train de s'exclamer tel le porte-parole des humains qu'elle était.
« Mais mes amis, si on continue à ce rythme, il ne restera plus rien d'eux. Dans ce cas, on sera devenu pire qu'eux, on sera allé plus loin que tout ce qu'ils nous ont fait jusqu'à maintenant. C'est vraiment ça que vous voulez raconter à vos enfants ? A vos petits-enfants ? Que vous avez massacré une race entière pour vous venger mesquinement ?
Ils ne peuvent pas nous tuer. C'est pour cette unique raison qu'on est toujours là. »
Ce fut les paroles du chef de la ville, à en juger par ses vêtements. Il avait le regard froid et vide de ceux qui avaient été victimisés, puis qui s'étaient vengés, sans avoir ce sentiment de paix qu'on attendait tous quand nos tourments prenaient fin. L'amertume devenait un trait récurrent chez les vampires, comme l'était le regret et le sentiment de ne pas être à sa place.
Pauvres victimes. C'est ce que pensa Diana sombrement, resserrant sans s'en rendre vraiment compte sa poigne sur l'arme. Sa jeune et naïve sœur répondit, les tresses dans sa chevelure dansant dans ses mouvements brusques. Sa voix était pourtant posée et ferme, tranchante comme le fer d'une épée :
« Et parce qu'on est supérieur à eux, on aurait le droit de les asservir et de les tuer comme bon nous semble ?
-Exactement. »
La réponse avait été immédiate. Diana ferma les yeux un instant, prenant en pitié cet homme qui avait perdu son humanité, ironiquement. Elle-même, n'aurait jamais pu mettre à mort une race à mort en un seul mot, comme il venait de le faire. Et manifestement, Kali en était choquée. Ce qui réveilla les deux sœurs, de part et d'autre de la foule, c'est ce que dit ensuite le doyen du village :
« Et tous ceux qui les défendent devraient aussi subir le même sort. On ne peut pas te tuer. Mais on peut te faire changer d'avis… »
Il avait sorti une dague, fonçant vers Kali qui ne put rien faire, à part lever les bras pour se défendre.
Malheureusement pour lui, la jeune vampiresse avait déjà disparue quand le couteau finit son chemin dans le vide, la seule chose qui restait d'elle était un morceau de sa cape, arraché avec la lame. Il resta interloqué, n'ayant pas senti les pouvoirs de la sang-pure s'activer. Rapidement, la colère prit la place de l'incompréhension :
« Retrouvez-la ! »
Mais Kali était déjà loin. La première chose qu'elle vit, après un instant dans le noir complet, ce fut le camp qu'elle avait abandonné quelques heures plus tôt. La seconde, c'est le sol, et le vomi qu'elle venait de dégurgiter à cause de la sensation horrible qui l'avait prise au ventre. Diana alla quant à elle sur la pierre improvisée comme chaise, elle retrouva sa pierre et continua le travail qu'elle avait laissée en plan, attendant calmement que sa sœur se remette de ses émotions.
De ses yeux dépareillés, elle vit sa sœur sortir de son état étourdi. Kali se releva de sa position agenouillée, plus pâle que d'habitude, si c'était possible. Elle sembla réaliser que Diana l'avait tirée de là juste à temps et marcha vers elle, se mettant à parler :
« Diana, excu.. »
La claque retentit dans le silence habituel de la forêt. Kali en eut la tête tournée, sa main allant instinctivement vers la joue blessée par le coup. Les yeux si froids de sa sœur la fixaient du regard, bouillant de rage :
« Combien de fois devrais-je te dire de rester discrète quant à tes opinions, Kali ? »
La plus jeune ouvrit la bouche, une, deux fois, avant de parler, les larmes venant aux yeux sans qu'elle puisse vraiment les contrôler :
« Tu ne comprends pas Diana…
-Ce que je comprends, c'est qu'à chaque fois que tu as l'occasion de faire quelque chose de stupide et dangereux, comme par exemple essayer de plaider la cause des humains devant des vampires clairement hostiles, tu le fais. Et à chaque fois, c'est à moi que reviens la tâche de te tirer du pétrin dans lequel tu t'es joyeusement fourrée. »
Les paroles claquaient tel un fouet sur la chair. Kali avait toujours détesté cela chez sa sœur. Elle levait rarement la main contre elle. Mais ses paroles lui faisaient un bien pire effet. Et ses yeux… Par les dieux, ses yeux. La vampire avait l'impression d'avoir 6 ans à nouveau, devant Diana la disputait, la première fois depuis qu'elles avaient dû enterrer leurs parents. C'était horrible. La lèvre de Kali trembla.
Mais l'aînée ne devait pas faiblir, même à la vue misérable qu'offrait sa sœur à ce moment-précis. Peu importe à quel point elle regrettait le geste qu'elle venait de faire. Elle continua donc sur sa lancée, il était bien plus facile de libérer sa colère que de la retenir :
« Cela fait trois ans qu'on est en fuite, Kali. Trois putains d'années. Si tu détestes à ce point aller de villages en villages sans jamais pouvoir t'arrêter, tu ferais mieux de contrôler tes paroles. Ça nous éviterait des ennuis, à toutes les deux.
-Mais comment peux-tu rester silencieuse alors que tu vois ces horreurs ? Ce n'est pas parce que tu n'es pas humaine que tu peux te permet…
-Je suis plus humaine que tu ne le seras jamais. Et pourtant, c'est moi qui réalise le plus vite que tes paroles ne changeront rien. Comment tu expliques cela, Kali ? »
Sa sœur ne répondit rien, mais son regard violet si clair lui transperça le cœur, mieux que l'aurait fait une épée bien aiguisée. Le silence était une réponse bien suffisante. Diana détourna le regard vers le sol, avant de soupirer :
« Va te changer. On part dans une demi-heure. »
L'aînée entendit les pas fermes et durs de sa sœur s'éloigner, avant de ne plus les percevoir du tout. Cette fois, Diana se laissa tomber, la douleur dans ses bras suffisant à la terrasser. Bons Dieux… Elle se mordit la lèvre pour empêcher un cri de sortir : encore une fois, la magie lui faisait payer le prix d'une telle manœuvre. Le transport immédiat sur longue distance de deux personnes n'était pas une mince affaire, elle n'avait pas besoin que son corps le lui rappelle.
Calme-toi. Calme-toi.
La jeune femme sentit la douleur s'apaiser, après un moment qui sembla durer une éternité pour elle. Elle ouvrit alors les yeux, ceux-là se retrouvant face au ciel qui commençait à s'assombrir pour de bon.
Elle comprenait ce que voulait dire sa sœur. Vraiment. C'est juste qu'elle ne pouvait pas se permettre de perdre la seule personne qui lui restait pour de nobles idéaux. Elle s'excusa tout bas à Kali, quand elle était absente, puis à ses parents, qui n'auraient sûrement pas voulu qu'elle agisse ainsi.
L'aînée se leva, finalement. Ce qu'on ne doit pas faire pour survivre…
Dans ce même village, un jeune homme ramassait le solitaire morceau de tissu, restant là à le regarder. Pensant à la vampire qui avait exprimé tout haut ce qu'il pensait tout bas.
Le garçon enfouit le tissu dans sa poche, avant de partir du village avec le peu de bagages qu'il avait. Il devait la retrouver.
Takuma soupira encore une fois, en entrant dans la chambre d'étudiante spacieuse de son meilleur ami. Pourquoi l'avoir appelé à une heure pareille ? ...Déjà que Senri était rentré assez tard, il allait vouloir sa mort si le blond revenait alors qu'il commençait à gagner le sommeil.
Kaname était derrière son bureau, attendant apparemment sa venue. Les yeux carmin de ce dernier le fit frissonner comme à chaque fois. C'était impressionnant, le pouvoir qui résonnait rien que dans ses orbes rouge sombre. Takuma ne s'y habituerait jamais vraiment, il devait se rendre à l'évidence. Détournant le regard, il demanda avec un sourire :
« Tu m'as bien appelé tard, Kaname. Que se passe-t-il ? »
Espérons juste que ce ne soit pas encore une de ses lubies. Ça lui arrivait des fois, en même temps qu'il forçait Aido à rester des heures avec un seau sur la tête ou autre. Il eut un sourire discret à cela, avant que son ami ne prenne la parole :
« C'est à propos de Darkwing-san. »
…Finalement, le blond aurait peut-être préféré se faire appeler pour rien. Vu le ton, ça ne devait pas être quelque chose de bon. Il fronça les sourcils tout en répondant rapidement :
« Qui y a-t-il ?
-Je viens de recevoir confirmation que le Sénat et la Guilde complotent ensemble pour essayer d'évincer le parti royaliste. Le père de Sarah ferait partie de la conspiration… »
C'est ce que laissa traîner Kaname, en détruisant une missive qu'il venait sans doute de recevoir. Il n'eut pas besoin de finir sa pensée, Takuma comprit bien que les soupçons sur la jeune chasseuse venait d'un coup de se renforcer. Ce dernier s'avança, n'ayant pas peur de donner son avis :
« Je crois que tu cherches trop loin, Kaname.
-Oui, je pense avoir compris que tu étais de cet avis, tu le répètes sans cesse. »
Le vice-président se tut à cela, ne sachant pas s'il avait fait exprès de glisser ces sous-entendus ou non. Rien n'était jamais sûr avec le sang-pur. Takuma regarda son meilleur ami, avant de soupirer. Il n'allait pas lui demander des preuves, le blond doutait que Kaname répondrait. Alors, il lui posa plutôt une autre question :
« Que veux-tu qu'on fasse ?
-Fais en sorte de l'écarter un peu du groupe. »
Takuma cligna des yeux. Vraiment ? Mais Sarah allait se douter de quelque chose, elle n'était pas bête à ce point…
C'est alors qu'il réalisa que c'était peut-être le but de Kaname. De mettre la pression sur la jeune Hunter, jusqu'à ce qu'elle craque. C'était un petit jeu, selon le blond, qui pourrait durer toute une éternité…
« Tout ce que tu veux, Kaname. »
Il n'aimait pas particulièrement ce plan, mais il se garda de le critiquer. Si le sang-pur n'avait pas voulu l'écouter maintenant, il n'allait pas changer d'avis même s'il insistait. Il alla donc vers la porte, ayant déjà décidé d'aller dormir avant toute chose. Mais la voix de Kaname retentit encore une fois :
« Takuma ? Fais particulièrement attention à Shiki, en faisant ce que je t'ai demandé, veux-tu ? »
Le blond se retourna perplexe, avant de hocher la tête sous l'insistance de ce regard profond. Quand il ferma les doubles portes, il eut l'impression d'être passé à la machine à laver et l'essoreuse en un seul moment. Même quand il alla retrouver son lit – merci les dieux, Senri ne s'était point réveillé quand il était rentré-, cette dernière remarque du brun tournait en boucle dans sa tête.
Pourquoi Senri plus que tout le monde ?...
Il eut sa réponse en arrivant dans le salon, voyant Sarah, Rima et Senri discuter tranquillement, des Pockys en main. La discussion semblait calme et sereine, Rima ayant même un rare sourire aux lèvres. Les murmures ne lui arrivaient pas distinctement jusqu'aux oreilles d'ici, mais Takuma put voir que l'atmosphère entre ces trois-là était bien meilleure qu'elle ne l'était une nuit auparavant.
Le groupe se sépara et Sarah alla vers les portes du bâtiment, une autorisation de sortie en main. Senri sembla prêt à la suivre, toujours en train de lui parler doucement. Hein ?...
« Shiki, tu ne ferais pas mieux de te couvrir ? »
La question émise par Rima fit arrêter dans sa marche le brun, qui en haussant les épaules, alla quand même chercher une veste à l'étage. Takuma se reprit à sa surprise, se demandant alors si Kaname était vraiment dans le tort de toujours soupçonner la jeune fille aux cheveux rouges. Le blond salua son ami, puis après deux, trois secondes se décida à lui parler. Une discussion ne pourrait pas leur faire de mal…
Le brun ne leva ses yeux endormis seulement quand il entendit la porte de leur chambre se fermer, ayant déjà son manteau « d'extérieur » donné par l'académie en main. Takuma semblait légèrement perturbé par quelque chose, à savoir quoi. Senri ne dit rien, préférant lui laisser la parole pour qu'il lui dise ce qu'il se tramait. La réponse ne tarda pas, le blond ne s'embêtant pas par passer par quatre chemins avec lui :
« Shiki, ne serait-il pas plus prudent d'essayer de s'éloigner de la chasseuse ? »
Senri le regarda de ses yeux clairs, les paroles ne sonnant pas clairement dans son esprit : ça ne ressemblait tellement pas à Takuma de demander une telle chose… La stature du blond était plus rigide que d'habitude et dans ses yeux régnaient une lueur inquiète. Le mannequin passa une main dans son cou, soudainement fatigué en sachant ce qu'il allait suivre. Senri savait déjà ce qu'il allait répondre, mais il était quand même assez curieux de savoir ce que le vice-président avait comme bonnes raisons pour venir lui dire cela…
Alors comme d'habitude, il joua l'ignorant :
« … C'est bizarre comme requête, Takuma. Il y a des raisons à cela ? »
Le blond passa une main dans ses cheveux, probablement gêné. Ce fut là que Shiki se dit que toute cette mascarade avait dû être planifiée par leur cher chef de dortoir. Bien que le brun n'ait pas d'opinion négative sur lui, il savait que Takuma coordonnait ses actions avec les pensées de son meilleur ami. Ce qui ne risquait pas d'améliorer leur conversation, d'ailleurs. Senri n'avait pas l'intention de se plier aux ordres de leur chef de dortoir, pas tant que le sang-pur ne viendrait pas lui-même donner des ordres tout du moins.
« Kaname pense qu'elle nous ment toujours quant à la raison de sa présence ici. Tant qu'on est pas sûr de sa bonne foi ou non, je pense aussi qu'il est préférable de ne pas trop s'approcher.
-… Je ne te pensais pas si rapide à juger les gens sans les connaître. »
Le brun répondit, mettant son manteau, avant de soupirer longuement. Que dire à part cela ? Même si Takuma était convaincant, ça ne changeait rien au fait que Senri savait ce que Sarah cachait.
Et c'est bien pour cela qu'il n'allait rien dire ou faire à son encontre. Le mannequin s'apprêta à sortir de la pièce, passant à côté de Takuma, lui disant une dernière chose :
« Je pense vraiment qu'elle veut passer une bonne année ici, sans créer d'ennuis ni être emmerdée par quelques vampires qui l'évitent comme la peste parce que c'est une Hunter. Et pour un Sang-Pur qui voulait exactement la même chose ici, je trouve un peu gonflé de notre chef de mettre la nouvelle sur la touche. Si tu veux bien m'excuser… »
Senri partit, ne laissant pas le temps à Takuma de répliquer. Le brun avait dit ce qu'il avait à dire. Quand il revint dans le hall en sortant des Pocky de sa poche, Sarah l'attendait toujours, penchant la tête quand il arriva près d'elle. Il ne donna aucune réponse pour le moment à son interrogation évidente, et passa les portes d'entrée à ses côtés.
« …Le vice-président te voulait quelque chose ? »
C'est après avoir passé la porte de la Lune que la fille à côté de lui posa cette question, son regard vairon le regardant attentivement. Toujours sur ses gardes, on dirait… Le brun haussa les épaules tranquillement, ne voyant pas vraiment pourquoi elle s'inquiétait. Ce n'était rien qu'elle puisse gérer. Il répondit simplement :
« Il voulait que je garde mes distances avec toi. Je suppose que le message sera relayé aux autres. Notre président pense encore que tu prépares un coup fumeux, quelque chose comme ça. »
Sarah huma en réponse, fermant les yeux. Elle s'en était doutée. Quand elle rouvrit les yeux, le jeune homme la regardait tranquillement. Elle haussa un sourcil, avant de demander :
« Qu'est ce qu'il y a ?
-Tu n'as pas l'air très surprise.
- Disons que le fait que Kaname Kuran ne me fasse pas confiance n'était pas exactement nouveau. Il avait déjà envoyé le vice-président me poser des questions. »
Et maintenant, il semblait qu'il essayait de l'isoler. Sarah plissa les yeux, se rendant compte qu'elle allait sûrement voir Aido, Rima et autres s'éloigner. Ils étaient tous fidèles à leur sang-pur, après tout. La jeune femme secoua la tête, avant de retourner son attention vers son compagnon du jour :
« Qu'est ce que tu lui as répondu, si ce n'est pas indiscret ? »
Il haussa les épaules à cela :
« Que je te faisais confiance. »
Ça eut le don de stopper Sarah dans ses pas, Senri ne s'en rendant pas compte avant d'avoir fait lui-même quelques pas.
Confiance. Ce n'était pourtant pas quelque chose qu'on accordait facilement. Sarah regarda le vampire, presque choquée à cette idée.
Un vampire qui te fait confiance ? T'es sûre qu'il ne te fait pas marcher ?
Non, se dit-elle. Pas lui, ce n'était pas son genre. Sarah eut finalement un sourire, ce qui fit hausser un sourcil à Senri, avant que celui-ci ne dise calmement qu'ils risquent de manquer le passage. La jeune femme le rejoignit, un poids en moins sur les épaules. Elle essaierait de ne pas le décevoir….
« Est-ce qu'il y en a d'autres comme moi ? »
C'est ce que répéta en haussant un sourcil Sarah, un peu circonspecte sur ce coup-là. Pourquoi cette question parmi tant d'autres ? Il aurait très bien pu demander quels étaient ses pouvoirs, ce qu'elle venait faire dans cette académie, parmi plein de vampires… C'est ce qu'elle lui posa comme question, Senri la regardant avant d'hausser les épaules et de prendre un des tabourets, sachant que ça allait sûrement une longue nuit :
« Parce que ça ne m'intéresse pas. Il y en a d'autres comme toi ? »
La jeune femme soupira : évidemment qu'il allait lui sortir une réponse brute de décoffrage. Elle regarda cet homme qui n'avait pas l'air de réaliser à quel point ce qu'il faisait, était dangereux. En ne sachant pas ce qu'elle pouvait faire, lui poser des questions sous la contrainte, tout seul…
Il n'avait pas l'air de tenir à la vie. Mais elle, ne savait pas vraiment pourquoi elle répondit :
« Au moment où nous parlons, je suis la seule qui ais vraiment des pouvoirs, si on peut dire. Il y a bien quelque chose à voir avec l'hérédité, mais ça n'a pas l'air de marcher à tous les coups : les autres n'ont pas vraiment de capacités anormales à proprement parler. Eux sont juste des Hunters plus forts et plus résistants que la moyenne.
-Comme tes sœurs et ton frère ? »
C'est qu'il avait de la mémoire. Sarah hocha vaguement la tête, en pensant à eux. Hélène avait hérité d'une beauté sans pareille, merci aux gènes vampires qui restaient passifs dans son organisme. Kai était fort, plus fort encore que leur père, le Roi. Anya quant à elle a un instinct hors du commun.
Cela ne l'avait pas aidé quand elle avait perdu ses deux jambes. La plus jeune fronça les sourcils à la pensée, avant de revenir à la réalité en entendant une autre question :
« Comment est-ce possible ?...Des Hunters avec des pouvoirs tels ceux des vampires.
-Des Sorciers. Techniquement on ne peut plus nous mettre dans la même catégorie des Hunters...»
Sarah fronça les sourcils, avant de secouer la tête. Elle digressait. Cependant, Senri avait plus l'air de s'intéresser à sa nature qu'à son implication dans l'académie. C'était un petit soulagement, mais ça suffisait pour qu'elle se relaxe un peu. La présence du vampire était en elle-même apaisante, comme il l'avait dit, il était du genre patient…
La jeune femme ne savait pas trop quoi penser de ce personnage, vraiment. D'un côté, se faire mettre au pied du mur était rageant, de l'autre c'est comme s'il lui donnait le temps qu'il fallait pour s'habituer à cela. Il était en position de force, pour le moment, mais n'en profitait pas plus que nécessaire, pas comme l'aurait sûrement fait Kuran ou même Aido, si ce dernier savait quant à sa nature horrifique.
Les yeux bleu pâle de Senri la fixaient, et elle se rendit compte qu'elle avait laissé son explication en suspens. Elle fit tourner entre ses doigts un stylo, reprenant d'une voix posée tout en continuant à tisser son mensonge :
« On ne sait pas grand-chose à propos de notre apparition. Ce serait dû à une réaction au sang de vampires, plus violente que la normale. Allez savoir pourquoi, les gens ont comparé ça à une transformation génétique en accélérée… Physiquement on se rapproche plus des humains que des vampires. Pas d'immortalité même si on vieillit beaucoup moins vite que la moyenne et à moins d'avoir des pouvoirs de guérison, on peut facilement être tués.
-Mais vos différentes aptitudes magiques vous rapprochent plus des sang-purs qu'autre chose. »
Sarah hocha la tête à la remarque pertinente, regardant le vampire une fois de plus. Si ce n'était pas pour le fait qu'il posait ces questions, la jeune femme n'aurait jamais pu deviner qu'il était à ce point curieux. Il était très fort à cacher ses émotions ou ses sentiments…
Apparemment, c'est ce qu'elle ne pouvait se cesser de se répéter depuis quelques temps. Elle prit soin de garder cela dans un coin de sa tête, alors qu'il reposait encore une question :
« Et comment avez-vous réussi à cacher vos pouvoirs aux vampires ? »
Sarah sourit un peu en coin à cela, avant de lui conter l'histoire que sa mère elle-même lui avait raconté un jour…
Sarah cligna des yeux en voyant l'imposant bâtiment en plein milieu du centre-ville.
« …Alors, c'est là que tu travailles ?
-Humhum. »
Senri n'avait pas l'air plus impressionné que ça. En même temps, il y passait ses journées ! Le bâtiment en lui-même avait l'air plutôt récent, avec ses baies vitrées partout et cette façade simple qui contrastait avec les sculptures sur les autres maisons anciennes et qui vieillissaient souvent mal.
N'empêche que l'espace lumineux devait gêner Senri et Rima… Le jeune homme soupira et avança, Sarah restant au portail :
« Rima commence plus tard, c'est ça ?
-Ouais. Et après on doit faire une course en ville. Tu es sûre de ne pas vouloir rester ? »
Sarah haussa un sourcil, regardant encore une fois l'immeuble et laissa paraître une grimace. Dans une fourmilière pareille, avec des gens plus beaux les uns que les autres ? Elle ferait tâche, non merci. Par ailleurs, la lettre dans sa poche lui rappelait qu'elle avait du boulot sur la planche :
« Non, ça ira. Bon courage alors. »
La jeune femme hocha la tête en salutations, sachant qu'ils se reverraient sûrement à l'académie. Avec un peu de chance, elle ne mettrait pas longtemps à trouver la cible et à l'éliminer. Alors, elle pourrait aller se faire un petit goûter. En espérant qu'Aido n'irait pas râfler la moitié… La rousse soupira. Pour peu que Kaname ou le vice-président ait réussi à lui monter la tête…
Assez divagué. Sarah se trouva une allée déserte, avant de rapidement grimper sur des caissettes et monter sur le rebord du toit. Le vent frais lui fouetta le visage et l'odeur de pain fraîchement sorti du four lui vint aux narines. Ah. Maintenant elle avait faim. Après avoir scanné la ville du regard, elle déplia les papiers, voyant pour la première fois la victime dont elle devrait s'occuper en premier. Une femme, blonde aux yeux gris, tombée au niveau Level E il n'y a guère longtemps. Dernière position connue… Ah, pas loin du centre-ville. Merveilleux.
Le soleil éclaira à ce moment-là la ville, perçant les nuages qui avaient jusqu'ici le monopole du ciel. La jeune femme eut un sourire avant de s'élancer dans une course folle sur les toiles, son arme déjà en main.
Ah.
Il faut espérer que Rima ramènera son ombrelle, Senri n'a rien pris pour se protéger du soleil.
« …C'est là ? »
Deux heures après et une série complète de shooting pour un magazine dont il n'avait pas pris la peine de retenir le nom, Senri se retrouvait devant ce qui avait dû être un beau manoir dans le temps. Il n'en restait plus qu'une construction qui avait l'air d'avoir de la peine à tenir debout.
Une cachette parfaite pour un Level E. N'était-ce pas aux Hunters de s'en occuper ?... Je suis crevé, moi.
Il sentit un coup d'œil presque désapprobateur dans sa direction et Rima le prévint, mais sans grande conviction :
« Attends un peu Shiki. Ne viens pas te plaindre si tu es brûlé parce que tu n'as pas pris de parapluie. »
Ah. Le brun cligna des yeux, réalisant qu'elle avait raison. Mince. Avec sa peau fragile, il avait intérêt à se dépêcher s'il ne voulait pas souffrir le martyr pendant toute une semaine. Le pire, c'est qu'il avait apparemment encore une séance photo après. Un imprévu à rajouter à sa liste.
« Si tu ne te dépêches pas de faire ton travail, tu vas être en retard pour la séance photo. Ah et Shiki-kun, comme tu brûles facilement sous le soleil, fais-moi plaisir et mets-toi sous l'ombrelle de Rima ! Sois un peu plus sérieux, tu es un mannequin professionnel !
-Oui…»
Comme s'il ne le savait pas. Les deux mannequins se tournèrent vers leur agent, un air désabusé sur le visage. Ça se voyait qu'elle n'avait pas de mauvaises intentions, loin de là… Mais ses rappels incessants étaient juste chiants. Shiki regarda sa partenaire, laquelle haussa les épaules. Il faudrait bien qu'il se couvre…
La voiture partit, et ils se mirent en route vers cette maison. Senri soupira un peu, ne pouvant pas s'empêcher de se plaindre pour cette fois : il était définitivement trop tôt pour aller chasser… :
« Pourquoi devons-nous nous occuper d'un Level E aussi tôt dans la matinée ?...
Il ne faut pas se faire devancer par le Hunter envoyé par la Guilde, sinon le Sénat va nous taper sur les doigts.
Ce n'est pourtant pas notre boulot. »
Rima haussa les épaules. On n'effacera pas aussi facilement l'éternelle rivalité entre Hunters et Sénat. Alors, si les vampires pouvaient perturber le fonctionnement des Hunters en leur prenant leur cible devant leur nez, ils ne s'en priveraient pas. Senri regarda la demeure, encore une fois, avant d'essayer de percevoir une présence aux alentours. La Hunter de leur classe n'était pas là… Pourtant il était quasi sûr qu'elle était partie chasser, tout à l'heure. Elle ne lui avait rien dit là-dessus mais sa façon abrupte de partir en disait long.
…Le nombre des Levels E aurait-il augmenté ? Il y a de plus en plus d'Hunters en mission chaque jour. A quoi jouent les Sang-purs, franchement…
« Apparemment notre cible n'aurait pas totalement dégénérée au niveau E. Il y aura certainement du sang à gagner… »
Senri ne releva pas, une odeur venant déranger son odorat. Une flagrance qui promettait un sang savoureux, ça c'était sûr. Puis il se souvint qu'il n'avait manifestement pas le droit d'y toucher, en se remémorant à qui l'odeur appartenait :
« La chargée de discipline… »
Il y eut comme un bruit de surprise, puis une tête brune se dégagea du coin où elle était cachée, semblant un peu gênée :
« Shiki-senpai, Toya-senpai ! »
Senri fronça un peu les sourcils. Mince. Cette fille avait beau avoir un des meilleurs sangs qui lui étaient donné de sentir, c'était un aimant à problèmes. En parlant de problème, si elle était là, alors le chasseur assigné à cette chasse devait être…
Le coup de feu qui déchira le silence eut le don de confirmer sa pensée. Rima et lui se regardèrent, avant d'entrer dans la maison, espérant juste que la chargée de discipline ne ferait pas l'imprudente et resterait à l'entrée.
Naturellement, elle fit tout le contraire et courut à l'intérieur, criant le nom de l'autre chargé de discipline. Mais Senri n'eut pas l'envie de la dissuader de rester là où elle était. C'était la priorité du chef de pavillon, pas la sienne après tout.
« Oh, tu veux me priver de mon dessert aussi ? »
La fille du directeur sortit son arme, comme si elle était suffisament expérimentée pour espérer le combattre. Senri manqua de lever les yeux au ciel et alla à son niveau :
« Bouge-toi de là. »
Rapidement, il porta sa main à la bouche et perça la chair d'un croc, son fouet de sang apparaissant du bout de son doigt pour aller frapper le monstre en haut des escaliers. Le bâtiment prit le plus gros des dégâts, le brun ayant sous-estimé la vitesse du vampire.
Fait chier. Ça n'en sera que plus dur pour l'abattre.
Le fouet retentit encore 3 fois, le Level E se dégageant toujours aussi rapidement pour l'éviter, comme une mouche qui échappait à la tapette… Senri soupira en voyant le Level E soudainement disparaître, avant que Rima ne l'interpelle :
« Qu'est-ce que tu fiches ? Dépêche-toi de l'attraper… »
Ironiquement, elle prenait tout son temps pour ranger son ombrelle. Le vampire lui jeta un coup d'œil :
« Je n'aime pas chasser.
-Oublie ça et rattrape-le. »
Il se retint de plisser le nez, sachant que Rima non plus détestait la chasse. Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, la préfète les dépassa vivement et alla au premier étage. Mais quelle idiote… Le brun poussa un soupir avant de faire un signe de tête à sa partenaire et de monter les étages… à leur rythme, bien entendu.
« Ah, attends Shiki.
-Hum ? »
Rima s'aventura dans un des couloirs, pour trouver le corps d'une jeune fille inerte. Le brun s'approcha pour la porter. Le pouls était faible, mais elle était en vie... Ce n'était pas le cas des cadavres qu'il aperçut au loin, pourrissant derrières des décombres. Elles étaient quatre. Senri se plaça entre elles et sa partenaire pour ne pas lui infliger cette vue, même si Rima devait sans doute sentir cette odeur de mort.
Il détestait chasser, mais il devait admettre que c'était nécessaire, pour empêcher de telles atrocités d'arriver. Et peu importe la course rivale entre les deux institutions, ni hunters ni vampires n'arrivaient à temps pour sauver tout le monde… C'était ça que les Hunters devaient voir tous les jours ? Constater des morts, qui leur rappelaient sûrement à combien ils étaient arrivés en retard ?... C'était une place peu enviable. Il garda ses pensées pour lui, n'étant pas sûr que même Rima serait neutre à l'idée qu'on pouvait plaindre leurs ennemis naturels, les chasseurs.
Ils arrivèrent à temps pour voir l'autre préfet qui maintenait à terre le vampire, Yuuki semblant être lamentablement tombée au sol. Le vampire Level E eut un sourire étrange, et ses dernières paroles lui firent presque pitié :
« Au moins, je n'aurai plus à voler des vies, n'est-ce pas ? »
Senri admirerait sûrement toujours le sang-froid dont Kiryu se montrait capable. Spécialement en portant un coup entre les deux yeux du monstre, sous les yeux effarés de sa partenaire qui ne s'y attendait pas. Tandis que les cendres du vampire flottaient et retombaient au sol, les quatre ne purent s'empêcher de fixer le sol, le silence en étant accablant. Quand les dernières traces de magie anti-vampires furent dissipées dans l'air, Rima intervint :
« Dites, les chargés de discipline. On a trouvé cette fille-là dans un des couloirs. Qu'est ce qu'on en fait ? Elle est toujours en vie… »
Il n'en fallut pas plus pour que la plus jeune d'entre eux ne regagne le sourire et ne regarde Kiryu, semblant passer outre l'assassinat auquel elle venait tout juste d'assister :
« Tu entends Zero ?... Cette fille est saine et sauve, grâce à toi. »
Senri dut se mordre la lèvre pour ne pas dire qu'elle n'était pas exactement « saine et sauve », mais préféra se détourner avec Rima, n'ayant visiblement plus rien à faire ici. Le brun se demanda quand même à quoi pensait le chasseur, en voyant Kurosu-san lui faire des éloges.
Ne devait-il pas s'imaginer qu'il pourrait être un jour celui sur lequel on pointerait une arme, quand il ne pourra plus retarder l'inéluctable ?
Le vampire secoua la tête. Il détestait vraiment la chasse.
Il y a des jours où Shizuka aimait vraiment emprunter le corps de sa cousine lointaine. Particulièrement à cause de son pouvoir, fort utile… Elle eut un petit rire en voyant Zero et cette humaine partir du bâtiment, ne se doutant de rien :
« Je t'ai retrouvé, Zero-chan ! »
Dans la pièce vide, Shizuka ne se priva pas d'étaler dans le silence ses pensées. Il était devenu si grand et si beau ! Et il était accompagné d'une bien belle jeune fille, toute aussi appétissante que lui. Elle eut alors un sourire narquois, levant la main pour accueillir son si serviable corbeau :
« C'est décidé, moi aussi je viendrai à l'Académie Cross ! »
16h… Et encore deux victimes à trouver. Quelle plaie.
Sarah plissa les yeux, en déchirant le dossier de la personne qui venait tout juste de rendre l'âme, quelques minutes plus loin. Si ça continuait, elle n'aurait pas fini avant le commencement des cours. Et elle détesterait vraiment donner une autre raison à Kuran de la critiquer, ça oui… Elle n'aurait peut-être pas dû prendre une aussi longue pause pour manger, tiens.
Les yeux vairons fatigués se fixèrent sur le papier et elle examina les profils. Un couple, qui avait malencontreusement croisé la route d'un Sang-pur. Leurs enfants sont portés disparus, sûrement auront-ils servis de repas quand leurs parents sont tombés dans la folie. Une grimace de dégoût apparut sur son visage. Elle détestait vraiment les cas où des gosses étaient impliqués.
Et après, ce sont les Hunters qui sont les méchants de l'histoire. On ne pourrait pas tenir plus les sang-purs en muselière ? Cela sauverait du temps et des vies…
Enfin, ce n'est pas aujourd'hui qu'elle pourrait exprimer ses opinions haut et fort. En tout cas, sans se servir amener au bûcher par le Sénat. Elle claqua sa langue par pur instinct à la pensée, tout en marchant vers l'endroit indiqué. Une quinzaine de minutes plus tard, elle se tenait immobile devant des entrepôts désaffectés, les sourcils froncés et une poigne soudainement plus ferme sur son arme déjà sortie.
Relaxe, Sarah.
C'est ce que lui aurait dit Hélène, probablement. Mais on ne pouvait pas lui en vouloir. Ce genre d'endroits était sa bête noire. La dernière chasse qui avait eu lieu dans des entrepôts avait coûté à toute la fratrie bien plus que des cicatrices.
Sarah secoua la tête, s'insurgeant mentalement, avant de passer une main sur son front, essuyant les quelques gouttes de sueur qui commençaient à se montrer. Ce n'est pas le moment, tu as des monstres à tuer. Silencieusement, elle passa les portes ouvertes de l'entrepôt, passant sans hésitation de la lumière de l'entrebâillement à une obscurité partielle qui ne présumait rien de bon.
La jeune femme plissa les yeux, percevant quelques tables renversées sur les côtés, des chaises brisées et des rideaux qui avaient dû faire office de séparation déchirés. Mais le décor n'avait rien à envier à l'atmosphère qui y régnait. Quelques pas dans ce carnage, donna l'impression à Sarah d'entrer dans un endroit où l'abandon et le néant régnaient en maître. C'est là que l'odeur de mort et la puanteur caractéristique des Level E fous lui claquèrent aux narines.
Sa poigne sur son arme se resserra d'autant plus. Deux d'un coup, dans un endroit aussi grand, avec les rideaux qui n'aidaient pas ? ça allait être difficile… Elle retint un soupir, avançant encore sans bruit. Puis une couleur vive attira son œil, et Sarah se raidit considérablement. Une des tentures était aspergée de rouge sang. Derrière, on pouvait deviner l'ombre d'une table, avec au-dessus un corps inanimé.
Quelle horreur, vraiment.
Une silhouette vive passa sur le côté, et elle eut juste le temps de lever son glaive pour ne pas se prendre un coup de griffe, relevant sa garde tout de suite.
« Oh, une petite fille. Et moi qui croyais qu'on allait nous envoyer un vrai chasseur… »
La rousse grinça des dents, avant de forcer pour le faire reculer de quelques pas, faisant tourner son épée dans sa main.
« Crois-moi, monstre, tu n'aurais pas pu avoir meilleur chasseur. »
La femme, ou du moins ça en avait encore l'apparence, se redressa lentement, ayant un sourire dément aux lèvres. Avec le lieu, le corps là-bas et cette maudite expression, Sarah eut l'impression d'avoir trois ans de moins, retournant au jour où elle était encore trop sûre d'elle et de sa puissance. L'amertume est un sale goût que l'on garde toujours en bouche.
« C'est ce que tu dis, Hunter ! »
Le monstre prit son élan avec une vitesse que Sarah ne lui aurait pas donné au départ, mais la jeune femme put la stopper, parant son attaque avec son arme, profitant qu'elle ne puisse s'arrêter ou esquiver pour lui enfoncer le glaive dans la cage thoracique. Le cri que le vampire poussa fut aussi inhumain qu'elle, et elle se démena contre le métal qui fumait au contact de la chair vampirique. Sarah dût retirer l'arme, pestant quand elle vit qu'elle n'avait pas percé assez haut pour atteindre le cœur.
Allez, reconcentre-toi !
L'odeur l'étouffait, et elle réalisa à l'expression de sa cible qu'elle l'avait encore plus énervée. Griffes et dents dénudées pour l'attaquer, Sarah dut cette fois reculer de quelques pas pour résister à l'assaut.
« Maintenant ! »
Pardon ?
Sarah ne vit rien venir. Par contre, elle sentit la douleur, et la sensation d'un coup froid contre son épaule et son dos. Une barre de fer ? Le cri de douleur échappa de sa bouche tout seul et elle rencontra le sol dur, lâchant son arme par inadvertance. Elle entendit ricaner alors qu'elle portait sa main vers son épaule, grimaçant en roulant sur le côté :
« Elle l'a pas vu venir, celle-là ! C'est une chasseuse en plus… Peut-être que son sang sera meilleur que les autres humains !
-…La ferme, Shiori, tu sens ça ? »
Quand Sarah retira sa main de son épaule, quelque chose de liquide était dessus. Un peu moins sonnée par la douleur, elle se rendit compte que c'était son sang. D'un coup, elle écarquilla les yeux, et muée d'un instinct immuable elle s'éloigna des vampires, vers son épée, l'attrapant avant de les regarder.
Ils la fixaient avec cet air ahuri, comme s'ils n'en revenaient pas de ce qu'ils étaient en train de sentir. Pour eux, maintenant, elle n'était plus une Hunter capable de les massacrer. Sarah n'était qu'un vulgaire bout de viande dont l'odeur n'avait sûrement aucun pareil dans ce bas monde.
Voir cela mit la chasseuse dans une rage folle, et l'épée bougea toute seule, littéralement, allant transpercer en plein air les deux Levels E en même temps. Ils avaient encore cette expression idiote et choquée quand ils tombèrent au sol, agonisant. Sarah se releva, tenant toujours son épaule, avant de retenir son glaive de sa main libre. Un sourire se dessina sur ses lèvres minces, alors qu'elle regardait de haut les deux vampires :
« Vous ne l'avez pas vu venir, celle-là… »
L'expression de fureur qu'ils eurent n'eut pas de prix. Malheureusement, Sarah dut couper court au plaisir, les égorgeant purement et simplement. Ils eurent tôt fait de disparaître, leurs cendres retombant doucement dans l'air. Là, et seulement là, la chasseuse put se permettre de souffler.
Tuer cinq vampires pendant la journée, ce n'était vraiment pas la meilleure chose à faire. La jeune femme porta encore une fois la main vers la blessure, sentant la peau commencer à cicatriser. L'ennui, c'est que les vêtements portaient maintenant l'odeur de son sang. Elle avait été trop imprudente. A moins de trouver une chemise quelque part, elle allait devoir rentrer comme ça…
Ce n'était pas que Sarah ne faisait pas confiance aux vampires de la night class. Mais son sang avait la mauvaise habitude d'attirer tous les vampires quels qui soient. Sa mère lui avait expliqué que c'était comme pour les vampires : sa puissance et sa magie étaient tellement ancrées en elle que son sang en était transformé.
Juste par simple intérêt, elle aurait bien aimé savoir quelle odeur elle avait. Mais pour le moment, elle ne faisait que se jeter un sort, pour que son odeur ne soit pas détectable. A moins que certains s'amusent à la blesser, bien entendu, mais ce n'était pas censé arrivé. Sarah claqua la langue, de désapprobation. Encore une fois, elle avait été trop sûre d'elle. Elle secoua la tête, avant de regarder l'heure. Il était encore temps.
C'est sans remords que la jeune femme marcha sur les cendres, sa curiosité reprenant le dessus. Ses pas la menèrent devant la toile teintée de rouge, sa main hésitant à soulever le drap ou non. Sarah respira un grand coup, et passa en dessous.
Comme elle l'avait bien vu, un corps reposait sur la table, la putréfaction ayant déjà commencé son boulot. La jeune femme eut un haut-le-cœur, non pas à l'odeur atroce, mais à l'âge qu'on pouvait facilement donner à l'enfant, en plus de la ressemblance frappante à ceux qu'elle venait de tuer. Leur fils, de 8 à 10 ans… Plus loin, contre le mur, c'était le corps d'un autre enfant, plus jeune cette fois, qui était recroquevillé sur lui-même, les morsures dans le cou encore bien apparentes. Celui-là devait être mort plus récemment…
Sans un mot, elle laissa reposer le drap, avant que la vision ne se grave de façon permanente dans son esprit. Comment ça se fait que malgré tous ses efforts, elle arrivait toujours trop tard ?...
Sarah eut un rire sec à cela, avant de déchirer sans grande peine les dernières fiches et de sortir de l'entrepôt. Au moins, n'y aurait-il pas d'autres victimes. C'était toujours ça de pris.
C'est ça, contente-toi de tes petites victoires… Ce n'est pas comme ça que tu gagneras la guerre.
Une collision avec un passant la ramena à la réalité, grimaçant à l'impact. Mauvaise épaule… Elle se retourna alors, le passant ne s'étant pas arrêté :
« Excusez-mo… »
La suite ne lui vint jamais, alors que l'homme dans lequel elle était rentrée lui jetait un coup d'œil furtif. Ça suffit à Sarah pour le reconnaître. Yeux couleur améthyste, cheveux argentés… Mais pas de tatouage.
« Ichiru ? »
Elle jura l'avoir vu esquisser un sourire. Alors qu'elle se demandait si elle rêvait ou pas, l'homme se détourna rapidement et s'enfonça dans la foule. La jeune femme le suivit aussitôt, plongeant dans la mare de gens, n'hésitant pas à pousser pour passer, alors que l'homme devant elle manœuvrait habilement dans la foule, gagnant peu à peu de l'avance. Elle le rappela, sans qu'il ne daigne se retourner et Sarah redoubla d'efforts, passant in extremis devant des déménageurs pour ne pas le perdre. Elle était si près que si elle tendait le bras, elle pourrait le toucher…
Ichiru tourna subitement à gauche, un mouvement que Sarah n'avait pas prédit. Elle perdit de précieuses secondes, avant de virer à quatre-vingts degrés pour s'enfoncer dans la ruelle où il avait disparu. Mais il n'y avait plus aucune trace de lui.
Le poing de Sarah s'enfonça dans un mur sans qu'elle ne puisse vraiment l'empêcher, la frustration en voyant qu'il lui avait échappé la rendant folle de rage.
Merde !
La chasseuse reprit une respiration qu'elle n'avait pas réalisé avoir perdue, avant de retirer lentement sa main du mur, y laissant des craquelures considérables. Elle regarda bien en face tout en passant une main sur son front. Se pourrait-il que la fatigue lui ait jouée des tours ?... Elle aurait pourtant juré…
L'impasse à laquelle elle faisait face ne voulut pas lui donner de réponses. Les ombres des passants bougeaient perpétuellement derrière Sarah, jouant avec la lumière qui éclairait cette ruelle dans laquelle elle se trouvait. Ce ne fut que là qu'elle remarqua que le soleil était presque couché. Ce qui voulait dire qu'elle avait pris un sacré retard.
Sarah se détourna de la scène pour retrouver la rue principale, non sans jeter un dernier coup d'œil vers le dernier endroit où elle avait cru voir un fantôme, un vrai. Cette impression désagréable lui colla à la peau jusqu'à ce qu'elle revienne entre les murs de l'Académie, mais même là, la jeune fille le savait.
Elle n'était pas à l'abri de ses démons.
La rousse rouvrit les yeux pour la vingt-huitième fois de la soirée, fronçant les sourcils en voyant que non, elle ne s'était pas endormie entre temps. Bon sang… C'était pas la peine de se faire accorder une « soirée de repos » par le directeur si c'était pour se retourner mille et une fois dans le lit.
Après avoir expliqué son cas, Kaien Kurosu avait jugé bon de la laisser emprunter sa salle de bains et une chemise avant de revenir au pavillon, avec une dispense de cours. Elle s'était permise de rentrer dans la chambre du vice-président pour la poser sur le bureau, ayant remarqué en passant les boîtes de Pockys entamées sur la table de chevet de Shiki. Aussitôt rentrée dans sa chambre, elle avait enfilé une chemise de nuit et s'était enfouie dans son lit pour essayer de profiter d'un repos bien mérité.
Manifestement, ce n'était pas sa soirée. La jeune femme poussa un soupir, sachant bien ce qui la tourmentait à ce point. Et tant qu'elle n'aurait pas éclairci son doute, elle ne pourrait pas reposer l'esprit tranquille. Sarah jeta un coup d'œil vers la fenêtre dont elle n'avait, par paresse, pas fermé les rideaux. Une odeur qu'elle aurait reconnue parmi tant d'autres lui vint au nez, la titillant elle et son esprit qui ne voulait pas se mettre en pause pour une putain de nuit.
Elle rabaissa la couette et enfila des chaussettes et des chaussures, avant de sauter par la fenêtre, ne prenant même pas la peine d'amortir sa chute. L'homme devant lequel elle venait de tomber la regardant, aucune surprise ne passant sur son visage.
« Sarah.
-Zero. »
Elle se releva, se fichant bien du froid de canard qui régnait, alors que son regard se fixait dans les orbes violettes de son ancien ami. Non, plus de doutes-là-dessus. Elle ne pouvait pas avoir rêvé. Mais ce n'était pas possible… Ichiru était censé être mort dans cet affreux massacre qu'avait fait Shizuka Hio.
Tant pis si la question dépassait toutes les bornes possibles, elle devait être sûre :
« Est-ce que tu es sûr qu'Ichiru est mort, ce soir-là ? »
Sarah vit d'abord le choc se peindre sur le visage de Zero. Puis, le silence s'installa, le vent soufflant entre les branches s'accordant parfaitement avec l'atmosphère à l'instant. Le Hunter ouvrit la bouche, mais la jeune fille avait déjà sa réponse. Le préfet avait pâli, si cela toutefois était possible, et dans ses yeux s'était installé un doute, qu'il n'arrivait comme elle, pas à faire partir.
Il n'en avait aucune idée.
Alooors, comme vous pouvez le voir, il y a quelques modifications dans la ligne temporelle de VK, du genre Ichiru qui se trouve en ville au lieu d'être avec Maria ou Asatô qui ne se ramène pas la veille de la chasse de Zero... Mais je vous rassure, ces choix ont un sens. D'ailleurs, on se rapproche petit à petit du final de la saison 1, je ne sais pas si vous vous êtes rendus compte !
Je ne vais pas le cacher, ça a été un chapitre dur à écrire : l'action, c'est pas forcément mon champ privilégié. J'espère avoir rendu ça aussi fluide que possible. A part ça, la discussion de Sarah et Shiki est bien plus longue que ce que vous avez pu lire en réalité, mais faudra attendre la prochaine fois pour en avoir la suite, ahah.
Sur ce, je vous rappelle en conseil d'ami que si vous ne voulez pas cliquer tous les jours pour voir si je n'ai pas mis un nouveau chapitre pour rien, ce serait préférable pour vous de "suivre" l'histoire avec le bouton en haut ou en bas de la page, là. C'est fort utile vous verrez !
Je vous souhaite une bonne soirée/journée,
Alli'
