Salut !

Comme prévu, voici le second chapitre de décembre et le retour tant attendu à Poudlard, même si le (à juste) titre laisse entendre le contraire.

Comme d'hab' on se retrouve tout en bas…

Un grand merci à tous ceux qui continuent de me lire, malgré le rythme de publication irrégulier et la densité des chapitres et un merci encore plus grand à ceux (celles) qui me laissent une review.


21. Sainte Mangouste sous la cape

« Les fils de tomberont tôt ou tard de leur piédestal. Et James Potter sera le premier à y passer. Il a trop longtemps profité de privilèges qu'il s'est lui-même octroyés en raison de son nom, de sa filiation. Quel mérite y a-t-il à être le fils de son père ? Quel don possède-t-il pour qu'il se sente toujours au-dessus de ses semblables et des lois ? Nous n'avons plus qu'à espérer pour lui que James Potter ait profité de ses privilèges injustifiés tant qu'il en a eu le pouvoir car nous ne pouvons qu'arguer que la chute lui sera rude et sans retour. »

Le journaliste n'avait même pas pris la peine d'écrire son nom en entier. Seule une initiale avait été apposée sous l'article. Un W.

Le château vibrait à nouveau de chaleur, de clameur, de toutes ces vies qu'il abritait dix mois par an. Les élèves étaient revenus, les Irlandais ne tarderaient pas à les rejoindre et les deux espions se tenaient face à face.

Le plus âgé des deux contemplait le journal de la veille avec un air jubilatoire qui fit frissonner le second.

- Je devrais m'excuser de t'avoir fait attendre, mon garçon, mais nous avions une réunion dans la salle des professeurs… Ce bon vieux Briscard vous a concocté un planning alléchant, de quoi vous occuper tout le week-end. Il pense calmer l'excitation ambiante alors que, bon, nous allons être envahis par des dizaines d'Irlandais, c'est pas une visite du Temple qui va détourner votre attention, pas vrai ? Et j'ai été trop pris dans cette délicieuse lecture pour te rejoindre sitôt la réunion terminée…

- Une visite au Temple ?, s'étonna l'élève.

- Seulement pour les élèves de quatrième année, répondit le professeur en se réjouissant de la déception de l'élève. Ceux de deuxième année auront des cours d'initiation aux options qu'ils pourront choisir pour le reste de leurs études, ceux de troisième année les accompagneront dans cette démarche, ceux de quatrième année iront au Temple, donc, ceux de cinquième et septième année profiteront d'une préparation intention aux Buses et aux Aspics et tes petits copains et toi pourrez, au choix, rencontrer votre directeur de recherche ou passer des rattrapages de vos Buses. Encore un coup de ce vieux Briscard en l'honneur de ton pathétique ami, James-le-débile-Potter.

L'élève ne répondit pas. A peine jeta-t-il un regard inquiet par-dessus son épaule. Mais tous deux avaient été prudents, et personne ne viendrait à les surprendre.

- Et les petits nouveaux, ceux qui viennent d'être répartis, ils feront quoi ?, questionna l'élève.

- Ils suivront un cours de BASES avec moi, se réjouit le professeur, les yeux froids et le sourire diabolique. C'était ma petite idée, tu penses bien !

L'élève acquiesça, se plongeant dans des souvenirs qui lui semblaient soudain si lointains. Cinq ans auparavant, il avait lui-même suivi ce nouvel enseignement instauré à Poudlard. La Bulle d'Apprentissage de Sorcellerie Elémentaire, matière enseignée par le professeur Ballerup, avait beau être une matière facultative, les élèves de première année se sentaient obligés de la suivre, certains parce qu'ils appréciaient le professeur Ballerup, d'autres parce que celui-ci les effrayait.

- Tu as reçu le message de Tom ?

- Je ne serai pas là sinon, souffla l'élève.

- Tu as réussi la mission ?

- Oui.

Oui, l'élève avait exécutait les ordres contenus dans ce bout de parchemin que lui avait donné le professeur Ballerup, intermédiaire de choix des frères Zigaro.

« Au choix, tuer ou blesser grièvement Adelaïde Lespare. Mêler si besoin Anastasia Kandinsky. Se servir d'elle pour garder les mains pures. »

L'ordre des « maîtres » était clair et ne supposait aucune hésitation. Alors l'élève s'était plié à sa mission. Le fait que les deux jeunes élèves aient été réparties dans la même maison que lui, Serdaigle, lui avait facilité la tâche. Quelques maléfices avaient fait le reste. La confiance qu'elles portaient en lui avait été d'un grand secours.

Bien sûr, qui se serait méfié du bon, du généreux, du naïf, du sympathique Keith Corner ?

ooOOoo

En regagnant son dortoir ce matin-là, Serena Velsen avait encore du mal à réaliser. C'était la troisième fois qu'elle se rendait avec Lily à la Salle-sur-Demande. Une nouvelle tradition qui la ravissait et la rassurait. Elle avait eu peur que ces quelques jours de vacances impromptues mettent à mal leur jeune amitié, encore fragile. Mais Lily semblait bel et bien vouloir d'elle dans sa vie.

Toutes deux avaient croisé Lorcan Scamander, le meilleur ami de Lily et il l'avait saluée en souriant. Il s'était levé aux aurores pour pouvoir voler un peu sur le terrain de Quidditch avant leur premier cours d'initiation aux options. Lorcan voulait se présenter aux sélections qui auraient lieu le soir même et leur demanda si elles comptaient venir l'encourager. Serena avait regardé Lily et celle-ci avait répondu qu'elles ne rateraient cela pour rien au monde.

Bien sûr, Serena n'envisageait pas de devenir aussi proche de Lily que pouvait l'être Lorcan, mais se sentir si vite intégrée l'avait emplie de joie. Serena ne pouvait dormir tant elle était excitée par cette nouvelle journée qui s'annonçait. Sa nouvelle amie avait retrouvé son lit avec un grognement appréciatif et Serena avait gagné la salle de bains. A son retour, son sourire s'était assombri. Jessy et Mary regardaient, passablement énervées leurs deux camarades se disputer.

- Mais tu la détestais !, criait Annie Londubat. L'amener là-bas alors que c'est la salle de nos pères !

- Je ne l'y ai pas amenée, on y est allées ensemble, c'est tout.

- On n'y est jamais allées toutes les deux !

- Annie, cesse de tout le temps vous comparer !

- Elle est mieux que moi, c'est ça ?

- Elle est différente, c'est tout.

- Mais tu la préfères à moi ?

- Cesse de tout rapporter à toi, Annie. Ça colle bien avec Serena, c'est sûr mais toi aussi tu t'entends bien avec d'autres filles...

Lily baillait à s'en décrocher la mâchoire et ne semblait pas prêter trop d'attention à son amie Annie qui voguait dans une incompréhension totale, mêlée d'amertume, de jalousie et de rancune.

- Ça colle bien ? Mais c'est une…

- Je suis une quoi ?

Les quatre filles se tournèrent vers Serena. Jessy et Mary échangèrent un regard ravi. Elles allaient avoir leur dose de potins. Annie en revanche, fusilla Serena du regard.

- Ah t'es là toi.

- C'est aussi mon dortoir, je te signale.

- Malheureusement.

- Stop Annie ! Serena est cool, rien à voir avec les deux autres, tu …

Typique de Lily, se dit Serena. Jessy et Mary eurent besoin de quelques instants de réflexion avant de comprendre les mots de Lily.

- Quoi !? C'est nous les deux autres ?

- Tu vois combien d'autres filles dans la chambre Jessy ?

- T'es un monstre Potter !

- Ta gueule Lywood. Et range ta baguette, tu vas te blesser.

- C'est toi que je vais blesser !

- Je ne te le conseille pas, s'interposa Serena.

- Ah ça y est, miss Potter-la-privilégiée s'est trouvée un nouveau petit chien. Le petit caniche Londubat ne te suffisait pas ?

- Je t'interdis de parler d'Annie comme ça ! Elle vaut mille fois mieux que toi, Lywood ! Annie est mon amie, je t'in..

- Dentesaugmento !, cria Mary

- Protego !, se défendit Lily

- Giflux !, cria Serena

Mary perdit l'équilibre et tomba sur son lit. Elle tira Jessy d'une main, son autre main posée sur sa joue rouge, signe de la puissance du « sort de la gifle qui pique » que venait de lui lancer Serena.

- Ça t'apprendra à me traiter de chien et à attaquer mes amies ! Maintenant ferme-là ! Et dégage !

Elle n'eut pas besoin de se répéter. Jessy fusilla Serena du regard et suivit Mary hors du dortoir.

- Bon débarras, reprit Serena avant de se tourner vers Lily. Je t'… je vous attends les filles ou … ?

- Ouais, répondit Lily avec un sourire ébahi. J'en ai juste pour deux minutes. La vache elles sont sorties du dortoir sans un passage à la salle de bains… Ça sera inscrit dans les annales ! T'assure, Serena, je ne connaissais même pas ce sort !

- C'est ton frère qui... Enfin, j'ai vu ton frère James le jeter un jour et...

- Sûrement contre un Serpentard, soupira Annie. Alice et lui sont tellement...

- Non, pour défendre un Serpentard, justement, coupa Serena à son tour. File prendre ta douche, je t'attends, ajouta-t-elle à l'adresse de Lily.

- Ok !

Bien sûr, une fois Lily entrée dans la salle de bains, un silence de plomb s'installa dans le dortoir. Annie fulminait en sortant ses affaires de sa malle. Il fallait dire quelque chose. Elles pouvaient être amies toutes les trois, maintenant que Lily et Serena s'étaient rapprochées, Serena ne voulait pas la perdre.

- Annie…

- Velsen, ne t'attends pas à ce qu'on devienne amies, Lily est ma seule amie, je ne te laisserai pas me la prendre.

La porte claqua à nouveau et Serena n'en soupira que davantage.

ooOOoo

Un étage au-dessus, Alice Londubat se réveilla en sursaut. Elle avait rêvé qu'elle avait raté ses BUSES et qu'elle n'avait obtenu qu'un T en Botanique. Sans prêter attention aux stupides discussions matinales de ses camarades de dortoir, elle gagna la salle de bains et prit sa douche en imaginant la réaction de son père si elle avait vraiment eu la pire note possible et partit sans attendre ses camarades. Une longue journée l'attendait. Elle n'avait pas envie de passer de rattrapages, elle avait réussi les matières les plus importantes, en revanche, elle redoutait de rencontrer un professeur en vue de son mémoire. Après avoir tergiversé pendant des semaines, son choix s'était porté sur le professeur Gash, sans-doute pas le plus laxiste mais le plus fascinant à ses yeux.

- Salut Alice !

James et Mael l'attendaient assis l'un à côté de l'autre dans le canapé le plus moelleux et défoncé de la salle commune. Ils semblaient s'amuser d'une jeune fille qui tenait sa joue, semblant souffrir du sort que James « et ses amis », songea Alice avec aigreur, avaient inventé.

Comme chaque matin, Alice ressentit le pincement habituel en voyant son meilleur ami et ce Mael Thomas qui le suivait partout depuis six ans. James avait beau nier, prétendre que l'un ne suivait pas l'autre mais qu'ils avançaient ensemble, Alice n'était pas dupe. Elle avait grandi en écoutant avec fascination les récits héroïques de son père, elle savait tout des héros de la communauté, et notamment du Trio le plus célèbre de Grande-Bretagne.

Créer un nouveau Trio ne l'avait jamais intéressée, pas plus qu'à James. Aussi Alice n'accorderait jamais sa confiance à Mael, ils avaient beau s'entendre de mieux en mieux, elle ne pouvait baisser sa garde.

- Salut les gars.

James lui accorda un sourire forcé. Mael ne se donna même pas la peine d'en faire de même. Tous deux avaient encore grandi, encore maigri, perdant définitivement toute rondeur, toute douceur, tout signe enfantin.

- On file ?, proposa James d'une voix forcée. Plus vite on ira les voir, plus vite ça sera fini… Avec un peu de chance on pourra même aller au Temple.

- Rêve pas, James, Briscard nous a bien dit que…

- Mais vous ne trouvez pas ça injuste ? Les élèves de quatrième année y vont et pas nous…

Alors que James sortait à grandes enjambées de leur salle commune, Mael et Alice échangèrent un regard entendu. L'injustice, selon eux, accompagnait James depuis si longtemps qu'ils s'étonnaient que leur meilleur ami demeure surpris.

C'était là un des seules choses qui les rapprocheraient toujours.

Mais là où Alice n'était que pure rage, Mael entrevoyait l'espoir. Encore et toujours.

ooOOoo

Après un petit déjeuner copieux et une bise à leurs sœurs qui semblaient encore s'être disputées, les amis se séparèrent pour rendre visite au professeur de leur choix, bien décidés à leur demander de diriger leur travail de recherche.

Arrivé devant le bureau du professeur Ganesh, directeur de la maison Serdaigle et professeur d'Histoire de la Magie, James toqua à la porte, lissant son plus bel uniforme d'une main fébrile.

- Entrez ! Bonjour Potter, veuillez m'excuser mais je suis déjà en entretien avec Monsieur Mac Millan. Attendez devant la porte.

- Très bien, professeur.

Bien malgré lui, James enrageait. Les places étaient chères et il ne voulait pas qu'Aldo lui prenne la sienne. Bêtement, Aldo le renvoyait toujours vers Natasha, et il ne pouvait que redouter que le professeur Ganesh lui préfère également Aldo Mac Millan.

Ses réflexions ne l'aidèrent pas à décompresser, alors qu'il restait assis face au bureau de son professeur, fixant la porte avec anxiété. Il vérifia une bonne dizaine de fois de n'avoir rien oublié et se persuada qu'il ne se remémorait plus un traitre mot de son argumentaire tout en se maudissant d'avoir oublié de porter à boire, puis de n'avoir songé à attirer une fiole de jus de citrouille à l'aide de sa baguette.

Près d'une heure s'était écoulée avant que la porte ne s'ouvre à nouveau. Aldo semblait bien plus serein que lui mais se contenta de hocher la tête à son adresse et de s'effacer pour laisser James entrer dans le bureau.

Voyant toute couleur quitter définitivement les joues de son élève, le professeur Ganesh se hâta de servir à son élève une tasse de thé vert à la calmotine des nerfs froissés et James se détendit quelque peu. Il avait préparé un véritable dossier pendant les vacances d'été et sa passion grandissante l'aidait à faire preuve d'une grande motivation, occultant pendant son récit la peur de se voir rejeter.

Alors, lorsqu'il eut fini de détailler son plan de travail et ses angles d'approche, il esquissa un sourire confiant.

Et le professeur Ganesh s'empressa de le lui rendre.

- Très bon sujet Potter. Votre directeur de maison était persuadé que vous fourniriez davantage d'efforts que vos camarades, en vue des lourdes accusations que le ministère a fait peser sur vous. Mais j'étais présent, Potter. Je sais, nous savons tous, que vous n'avez pas triché.

- Je… J'avais déjà fait la plupart de mes recherches avant ce… cet évènement, professeur, se justifia James maladroitement.

- Et vous savez déjà dans quelle branche du ministère vous poursuivrez vos études, j'imagine ?

Le professeur Ganesh réchauffa son thé d'un mouvement de baguette, amusé. James comprit qu'il lui tendait une perche, une de celles qui pouvaient changer sa vie à tout jamais. Il repensa aux membres du ministère et aux journalistes présents lors de ses « secondes » Buses, il laissa leurs regards moqueurs envahir ses souvenirs et décida de se montrer parfaitement honnête.

- Le ministère ne me tente pas, professeur. Je préfèrerais étudier au Temple et faire ensuite un master professionnel avec des stages à l'étranger. Etudier à la fois mon sujet et le mettre en pratique.

- Sous quelle forme ?

- J'aimerais organiser un évènement. C'est pourquoi je préfère me professionnaliser au plus tôt, pour pouvoir ensuite monter mon entreprise.

- En indépendant ?

- Oui.

- Très bien. C'est ambitieux. Je vais étudier tout cela et vous communiquerai ma décision demain soir.

- Merci professeur. Je…

James s'interrompit, la main figée sur la poignée.

- Un problème, Potter ?

- Si… si vous n'acceptez pas mon sujet, vers… vers qui me conseillerez-vous de…

- Vous avez un sujet assez vaste.

- Oui mais… Ça m'a toujours intéressé mais je suis sûr de moi depuis l'année dernière, lorsque vous avez parlé des différentes pratiques, en Orient… Du coup…

- Je pense que n'importe quel professeur peut être intéressé par votre sujet. Le professeur Glacey a une très haute opinion de vous. Le professeur Gash également, sans parler des professeurs Wine et Slopa.

- Slopa ? Le professeur Slopa ?

- Oui, ça semble vous étonner.

- Oui…

- Je peux vous assurer que vous l'avez grandement impressionnée. Et elle n'est pas la seule, croyez moi. Pour en revenir au professeur Slopa, elle est toujours plus sévère avec les élèves dont elle apprécie le niveau. Sachez-le. Je pourrai donc vous conseiller d'aller la voir mais… Je dois dire que j'aimerais beaucoup travailler avec vous sur ce sujet. Je n'ai encore vu que vous et Aldo mais son sujet est peu intéressant comparé au votre. Donc ne vous faites pas trop de souci, d'accord ?

- D'accord. Merci professeur.

James se sentait si fier, si heureux qu'il lui sembla bondir jusqu'à la Grande Salle. C'était la première fois depuis longtemps qu'il ne prêta attention ni aux rumeurs, ni aux exemplaires de la Gazette éparpillés çà et là.

Il revint à temps pour retrouver ses amis en train de subir un discours passionné comme seul Fred savait les distiller. Ils ne lui prêtaient, cela dit, pas trop d'attention et lui apprirent qu'ils avaient été tous deux acceptés par les professeurs de leur choix, malgré l'insistance de Fred à s'accaparer l'attention générale.

- Hey James ! Je racontais aux autres comment je suis le meilleur ! J'ai réussi le rattrapage de Métamorphose !

- Cool.

- Glacey m'a fait une fleur, il m'a posé deux trois questions faciles puis une question sur les Animagus, j'ai juste eu à répéter ce que tu avais dit, James, et ça a été dans la poche !

- Tu sais si tu écoutais davantage en cours…

- Mais y a plein d'autres trucs à faire en cours ! Parler quidditch et draguer les filles, par exemple.

- Je croyais que tu étais déjà en couple ?

James regarda son meilleur ami à la dérobée. Même s'ils n'en avaient plus reparlé depuis longtemps, il ne faisait aucun doute que ses sentiments pour Nalani ne s'étaient pas estompés.

- Ouais Mael, reprit Fred d'un ton désinvolte. Nalani est cool et elle embrasse super bien mais elle ne veut pas passer à l'étape supplémentaire, donc…

- Tu l'as quittée ?, demanda Mael d'un ton plein d'espoir.

- Non, tant que je n'ai personne d'autre.

- Tu es répugnant, rétorqua Alice.

- Alice, ça va, je plaisante ! Au fait tu ne veux pas demander à ton père de me faire une fleur ? Je passe le rattrapage avec lui pour ça, donc si tu pouvais…

James cessa d'écouter Fred car Louis venait de s'asseoir en face de lui. Ils n'avaient pas reparlé de leur altercation et, si James comprenait que Louis ressente le besoin de s'éloigner d'eux, celui-ci n'avait pas hésité à venir le soutenir pendant qu'il repassait ses Buses. James, qui appréciait profondément son cousin, espérait qu'ils continuent de rester aussi proches qu'antan.

- Salut Louis, tenta-t-il.

- Salut James, répondit Louis en souriant. Salut les autres, ça va ? Vos entretiens se sont bien passés ?

- Bien et toi ?

- Ça va, ouais, j'ai été accepté donc ça va.

- T'as choisi qui ?

- Hagrid et Gash.

- Hagrid ?, s'étonna Fred. Pourquoi ?

- C'est un prof, Fred. Et puis ton opinion ne m'intéresse pas. Au fait, James, j'ai croisé le professeur Glacey qui m'a dit que Nolan et les autres arriveraient certainement ce soir. Pas de rattrapage pour eux bien sûr, Nolan a eu douze BUSES aussi. Que des Optimal je crois.

- Le salaud… râla James en riant. J'espère quand même qu'il ne va pas demander à Ganesh de…

- T'en fais pas, tu seras pris…

James et ses amis profitèrent de leur après-midi de libre pour s'installer dans le parc et passer un moment agréable. Ils avaient été ravis d'être rejoints par Marcia, qui se lova avec bonheur dans les bras de Louis, et Lucy que James appréciait de plus en plus. Celle-ci, si elle excellait au quidditch, n'éprouvait pas un besoin permanent de ne parler que de ça, contrairement à Fred que les amis tentèrent d'éviter.

En début de soirée, Lily et ses amis les avaient rejoints après avoir reçu leur initiation aux options de l'école. Ce sujet avait fait naître la discorde car Lily avait très envie de suivre le cours de soins aux créatures magiques, comme Serena, Lorcan et Sébastian alors qu'Annie avait été terrifiée par les scroutt du professeur Hagrid.

- Dis tout de suite que tu ne veux pas qu'on suive les mêmes cours !

- Mais non, Annie, mais il faut que tu choisisses les cours que tu aimes vraiment ! Moi je me suis éclatée avec Hagrid, toi en divination…

- On pourrait faire les deux. Ou choisir …

- Mon choix est fait Annie, je prendrai Hagrid et le cours d'Arithmancie.

- Pourquoi Arithmancie ? Parce qu'elle …

- Arrête de t'en prendre à Serena ! J'ai bien aimé l'Arithmancie, Serena aussi, c'est tout.

- Lily a raison, ajouta Alice. Annie, faut que tu choisisses…

- C'est bon, je ferai ce que je voudrai ! Je n'ai pas besoin de tes conseils !

- Je suis ta sœur, mes amis et moi avons suivi toutes les options, on peut te conseiller.

Cela n'avait pas calmé Annie mais Sébastian, Colin et Serena s'étaient montrés très intéressés. James, le seul à avoir suivi toutes les options, partit donc dans un grand récit comparatif des différentes options en évoquant des anecdotes bourrées d'humour et Sébastian ne cessa de rire. James le trouvait d'ailleurs de plus en plus sympathique. Et le grand frère protecteur qu'il était ne pouvait qu'être heureux et soulagé de voir sa petite sœur si bien entourée.

- Regardez, s'exclama alors Colin. Les autres arrivent du Temple !

Les élèves de quatrième année remontaient le parc en direction du château, avançant d'un pas rapide et parlant avec beaucoup d'enthousiasme. En les voyant tous si excités, James ne put réfréner un frisson. Il aurait voulu, lui aussi, découvrir le Temple, la première université sorcière de Grande-Bretagne. Mais il n'avait pas oublié ce que lui en avait dit Mike Corner, alors que James n'était alors âgé que de douze ans.

A l'époque, un an avant que le Temple n'ouvre ses portes, le ministère de la magie avait mis en place des échanges spéciaux entre le Temple et Poudlard. Les élèves les plus âgés s'étaient alors vu proposer de se rendre au Temple afin d'y travailler leurs mémoires et leurs Aspics et d'y rencontrer des mages et spécialistes du domaine de leur choix.

Mike Corner, qui avait fait partie du panel d'élèves, avait longtemps fait rêver James. Avant de le faire tomber brutalement de son nuage.

- … ils nous font suivre des sortes de cours préparatoires, tu sais et... On a eu un cours franchement bizarre. Sur l'Atlantide, Avalon, la Source, les Oracles...

- Cool !, sourit James.

- Tu... Tu es...

James dévisagea Mike qui semblait abasourdi. Qu'avait-il encore dit de problématique ?

- J'ai lu un livre sur les légendes et les mythes sorciers quand j'étais petit, se justifia James.

Mike parut rassuré. Le temps d'une fraction de seconde. James ne l'avait jamais vu aussi soucieux.

- Qu'est-ce qui se passe, Mike ?

- Les légendes dont tu parles... Le prof qui m'a fait cours est convaincu qu'il ne s'agit pas d'une légende, justement.

- Y a toujours des gens qui croient en l'existence de chimères, oui, confirma James. La marraine de ma sœur est persuadée que les joncheruines existent mais ça ne fait pas d'elle quelqu'un de méchant, tu sais, elle est super intelligente, j'adore l'écouter parler...

- Tu ne comprends pas. C'est normal, tu n'as que douze ans, mais... Vu ta position... Ce que j'essaie de te dire c'est que... Tu as déjà entendu parler de religion ?

- Oui. Je sais que les moldus croient en divers dieux, en fonction de...

- Mais tu sembles ignorer qu'il en est de même pour les sorciers. Il y a très longtemps les croyants étaient très nombreux parmi les sorciers. Ils croyaient en la Source de toute vie et ses ramifications, ses îles, ses présages. Et je pense que mon prof a foi en la Source.

James avait beau réfléchir, il ne voyait pas ce qui préoccupait autant le préfet de Gryffondor. Il tenta d'en savoir davantage mais, visiblement, Mike semblait penser qu'il en avait déjà trop dit et prétexta une ronde pour prendre congés du jeune Potter.

- Juste une dernière chose, Mike. Pourquoi les gens ont-ils cessé de croire ?

- Ah ça... J'espérais que tu ne me poses pas la question. Disons que les sorciers ont reporté leur foi en d'autres personnes que la Source.

- D'autres divinités ?

- Oh non. Ils se sont éloignés de la Source en reportant leur foi et leurs espoirs vers les héros.

- Les héros ?

- Les gens comme ton père, James. Et j'ose espérer que tout ça n'est que légende, soupira-t-il en désignant les lourds grimoires traitant de la Source.

- Pourquoi ?

- Parce que si c'est vrai, si la Source existe, elle ne doit pas apprécier de s'être fait voler la vedette par un simple mortel. »

Perplexe, James regarda Mike partir avec d'énormes grimoires sous le bras. Il n'avait pas hâte d'avoir seize ans, lui qui se faisait déjà toute une montagne de ses pauvres petits problèmes de garçonnet. Il n'entendait que ça, qu'il était trop jeune pour comprendre. Mais pourquoi ne lui expliquait-on jamais rien ? Comment pouvait-il apprendre, comprendre, si personne ne prenait le temps de lui donner la marche à suivre ?

A l'époque il s'était contenté de rejoindre ses amis, heureux que ceux-ci ne fassent pas tant de mystères, glissant la conversation dans un coin de sa tête, sans y attacher davantage d'importance.

Et puis il avait rencontré l'Oracle de Poudlard, le temps était passé, les ennuis s'étaient accumulés, il avait enchaîné les incidents et les recherches, avait failli mourir, été tombé amoureux et avait passé ses Buses. Deux fois. Et jamais le Temple n'avait cessé de l'intriguer.

A ses côtés Alice se redressa, pour mieux se faire repérer par son frère, qu'elle hélait de plus en plus fort.

Franck, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Neville, les salua gaiement, entraînant une joyeuse troupe à le suivre. Si James vit que Natasha l'ignorait, il fut tout aussi heureux de voir le sourire lumineux de Rose que celui, plus mesuré mais paraissant sincère, d'Albus.

- … un parc immense, l'herbe scintille et leur terrain de quidditch est pourvu de deux fois plus de gradins que le nôtre. Ils essaient d'entrer dans le championnat universitaire européen et ils ont des loges avec des fontaines de chocoballes et...

Franck se montrait si enthousiaste qu'il faisait naître les sourires par dizaines. Et la jalousie grandissante d'Albus, qui ne supportait de n'être le centre d'attention d'un tel auditoire. Son salut lui vint de James. Comme d'habitude.

- Et toi, Albus, tu as trouvé ça comment ?

- Magique ! Absolument génial, merveilleux, fabuleux… Mais je ne voudrais pas vous faire de peine, vous qui n'avez pas eu notre chance...

Loin des regards entendus qu'échangeaient Alice, Louis et Mael, James était tout sourire, tout simplement comblé de voir son frère aussi heureux. Et c'est tout aussi naïvement qu'il fit taire la petite voix en lui qui ne cessait de lui rappeler que les yeux de son frère demeuraient froids et que le pendentif qui pendait à son cou était en mode pile.

ooOOoo

« Fais attention à toi. Reste discrète, ne fais pas de bruit, pas de vagues. Reste éloignée de James, au moins le temps que cette histoire de tricherie s'essouffle…

- C'est injuste.

- Je sais bien ma… ma chérie. Mais…

- Il a besoin de soutien. Il a besoin de moi.

- Ta mère te dit de rester loin de James, tu fais ce qu'elle te dit.

- Il a toujours été là pour moi.

- Ecoute, ma chérie, James est plus vieux que toi, il quittera Poudlard l'an prochain et je… Je ne pense pas qu'il reste en contact avec notre famille.

- Il fait partie de « notre » famille, papa !

Déterminée, Rose défia son père d'oser prétendre le contraire mais celui-ci, ne supportant d'être en froid avec ses deux enfants, préféra ne pas envenimer la situation et détourna le regard. Debout près de la porte d'entrée, sa cape et son sac déjà prêts pour sa journée de labeur, Hermione sembla se rendre à l'évidence.

- Rose… Je sais que la situation de James te semble injuste…

- Elle n'est pas seulement injuste, elle est bien pire que cela ! Bien pire que tout !

- Là, c'est toi qui es injuste. Nous avons vécu l'horreur de la guerre, l'instabilité de l'après-guerre, nous…

- Ça ne vous donne pas le droit d'abandonner vos enfants !

- Tu ne comprends pas qu'il est trop tard ? James sera majeur dans quelques mois, il semble avoir des projets, c'est trop tard pour…

- Des projets qu'il réalisera sans sérénité parce que son père laissera la presse écrire des ignominies à son sujet !

- Ne parle pas de ton parrain comme…

- Je n'abandonnerai pas James !

- Si. Nous ferons en sorte que tu le fasses. C'est plus prudent. Il te faudra sans doute aussi t'éloigner de Natasha…

- Quoi ?! Mais pourquoi !?

- Les gifles, Rose. Ne crois pas que ce qui se passe à Poudlard reste à Poudlard. Ne crois pas que le ministère ne sache pas tout de ce que font ses futurs représentants… Natasha est grillée. Jamais elle ne travaillera au ministère…

- Tout ça parce qu'elle a giflé Harry ?

- Et Albus. N'oublie pas l'importance de ton cousin. Il représente l'avenir de notre monde.

Ahurie, Rose ne trouva rien à répondre devant pareille stupidité. Il était loin le temps où ses parents étaient les deux héros de sa vie, le temps où elle ignorait tout de leur lutte contre Voldemort, le temps où elle les adulait parce qu'ils jonglaient entre une famille envahissante et une carrière passionnante. Rose avait mis du temps à prendre conscience de la vérité, de l'absence trop fréquente de sa mère, du manque d'autorité de son père, qui préférait jouer le bon copain. Oui, elle avait mis du temps à prendre conscience qu'ils étaient aujourd'hui devenus de parfaits étrangers à ses yeux.

Ainsi Rose capitula. Comment les adultes pouvaient-ils se montrer aussi bêtes et étroits d'esprit ?

- Tu dois faire ton choix, Rose. Tu peux choisir de vivre une vie douce et agréable, avec une famille unie et un travail passionnant. Ou bien choisir de suivre deux marginaux, qui finiront par t'abandonner. Parce qu'ils ne peuvent rester ici, parce qu'i pas d'avenir pour eux, ici.

Rose avait envie de rétorquer qu'il n y en avait pas non plus pour elle, du moins pas celui dont elle rêvait. Mais il était trop tôt pour cela. James, par sa place d'aîné, avait tout encaissé pour cinq et leur avait offert ce répit, cette chance, qu'elle ne voulait brûler sans réfléchir. Elle avait le choix. Elle savait qu'une fois son choix fait, il n y aurait pas de retour possible.

Elle n'imagina pas un seul instant à quel point cette réflexion allait changer sa vie, et son rapport aux autres.

Elle errait sans trop savoir pourquoi, dans les plus proches couloirs de la bibliothèque. Jamais trop loin, pour pouvoir justifier sa présence, pour donner « une bonne raison », une raison louable, digne de sa position de fille de, de sa réputation d'élève sérieuse, exemplaire.

Elle avait laissé Natasha à son quidditch. Elles s'étaient retrouvées la veille mais n'avaient que peu parlé, Natasha avançant rapidement et tête baissée, pour éviter James et les sentiments toujours plus forts qu'elle ressentait pour lui. Rose, de son côté, s'emmurait dans un silence contemplatif, réfléchissant au sort qu'elle voulait donner à sa vie.

L'adolescence lui apportait son lot de doutes et de remises en question. Elle voulait faire les bons choix, laisser derrière elle les regrets, ne pas engendrer davantage de remords. Mais nulle carte au monde n'indiquait le chemin du bonheur. Même pour les filles de.

ooOOoo

Ne pas repenser aux articles, ne pas répondre aux attaques, se concentrer sur l'essentiel, être pris sous la direction du professeur Ganesh et devenir un bon capitaine. Une litanie sans fin, qui tournait et retournait dans son esprit, inlassablement.

Pour ne pas écouter, pour ne pas entendre, pour ne pas voir l'évidence.

- Alors, Potter, parait que t'es un tricheur !?

- Oh, Potter, comment t'as fait pour tricher ?

- Salut, Potter, pas trop dégoûté de t'être fait prendre ?

- Tu dois être content, Potter, c'est la première fois qu'un élève de Poudlard repasse ses Buses, ça te plaît d'être au centre de l'attention, pas vrai ?

- Je vais parier sur la victoire de Gryffondor, cette année, avec Potter comme capitaine, l'équipe ne peut que gagner. En trichant, bien sûr !

Alice rageait, Mael ignorait, Louis mettait son badge de préfet en évidence et James encaissait. Sans jamais aborder le sujet. Pour la première fois depuis longtemps, ses amis ne le lui reprochaient pas, eux-mêmes gardant un silence surprenant. Alice ne trouvait pas les mots, Louis, en tant que Préfet, avait nombre missions à remplir en cette période de chamboulement et Mael était perdu dans de sombres pensées, ne cessant de ressasser les plus récents évènements de sa courte vie.

Les quelques jours qu'ils avaient passé chez eux. Le bref retour à Poudlard, pour soutenir James qui repassait ses Buses. Les trois jours que la petite bande avait passé en Ecosse, à l'entraîner, à lui faire réviser tout le programme scolaire et bien plus. La maison familiale, Poudlard, une clairière Ecossaise. La présence rassurante de ses parents, l'imposante et désagréable présence des journalistes et des examinateurs, la présence fidèle de leurs amis.

Si ceux-ci avaient quitté la maison familiale pour entraîner James avec envie et dévotion, Mael avait quitté la sienne par nécessité. Et soulagement. Susie avait promis, Susie avait juré et Mael avait dû se faire une raison, son père, cet homme formidable et aimant, lui avait menti.

Les jours s'étaient écoulés mais Mael se souvenait. De chaque mot de cet article de la Gazette passé inaperçu pour tant de lecteurs pressés.

« La punition a-t-elle déjà commencé ?

Bien que la presse Bulgare ait passé l'affaire sous silence, nos informateurs continuent d'affirmer ce qui sera bientôt (selon nos sources) officialisé : Les Champions Bulgares tombent les uns après les autres. Nikolina Demeriva, jusque-là seule championne rescapée de l'étrange virus qui dévaste la communauté magique d'Europe de l'Est a été admise à l'hôpital du Taureau Tout Craquant de Toutrakan.

Après le Kenya, le Portugal, le Canada et l'Angleterre, la Bulgarie est à son tour frappée par le virus-sans-nom.

Force est de constater que les Guérisseurs restent muets et impuissants face à cette nouvelle menace et que les différents ministères préfèrent étouffer le sujet en se consacrant à l'organisation de la prochaine Coupe du Monde de quidditch.

Ne serait-il pas temps de tirer la sonnette d'alarme ?

Le vieux Waddell ne disait-il pas que l'enseignement H'mong était justement « l'antidote à des virus qui ne manqueront pas de frapper la communauté magique internationale » ? Ne serait-il judicieux pour nos représentants politiques de prendre leurs responsabilités ? […] »

Le journaliste n'avait même pas pris la peine d'écrire son nom en entier. Seule une initiale avait été apposée sous l'article. Un W.

Lorsqu'il avait lu ces mots, Mael avait senti l'envie, l'excitation et la peur l'envahir. L'envie d'en parler à James, à leurs amis. L'excitation d'avoir peut-être trouvé un semblant d'ébauche de piste. La peur de trouver les réponses tant attendues qui ne feraient que l'effrayer davantage.

C'étaient les grandes vacances et le bus qui le mènerait en Espagne ne l'attendrait pas indéfiniment. Le besoin de s'éloigner de Nalani et Fred le poussa à ne pas annuler son voyage mais, avant de monter dans le bus, il avait fait promettre à son père de donner une lettre à Susie, une lettre griffonnée à la va-vite à laquelle il avait collé l'article de la Gazette.

Et à son retour, Susie avait affirmé ne jamais avoir reçu sa lettre.

Il avait cru, un temps, que Susie lui avait menti. Il avait voulu s'en persuader. Accabler Susie, lui inventer des défauts, une présomption de culpabilité, accuser l'adolescence, ignorer les preuves par centaines d'une loyauté sans faille. Il ne voulait pas écouter Oscar, il ne voulait pas en parler avec James. Il ne voulait admettre la vérité. Mais Susie avait expressément ignoré sa négation et imposé sa vérité.

Mael avait laissé une dernière chance à son père. Et celui-ci, pétri de regrets, avait avoué, acceptant ainsi de perdre la confiance de son fils.

Mael n'en avait pas parlé à ses amis, et surtout pas à James, qui était déjà suffisamment préoccupé. Mael avait honte. Mael ne comprenait pas. Mael avait besoin de solitude, de réflexion. Mael faisait comme si de rien était, comme James, comme tous les autres. Et personne ne percevait ni son trouble, ni sa mélancolie.

Alors qu'ils traversaient le rez-de-chaussée du château, ils croisèrent la toute nouvelle équipe de quidditch de Serdaigle, précédée de sa capitaine. James et Mael, habitués à bifurquer sans se concerter en apercevant Natasha et Nalani, se fondirent dans le premier passage secret qui se présenta. Mais là où le premier s'arrêta, s'adossant au mur avec douleur, le second continua son chemin sans même se retourner.

- On se retrouve sur le terrain, murmura Mael.

Il savait, pourtant, que les allusions au quidditch rendaient James d'autant plus anxieux mais n'en avait cure.

James demeura seul, n'éprouvant qu'un vague sursaut d'aigreur quant à l'abandon de son « presque-frère ».

Durant ses cinq premières années à Poudlard, il avait voulu faire le bonheur et la fierté de ses parents, se rapprocher de son frère et de sa sœur, faire le bonheur des siens. Il avait échoué. L'adolescence lui apportait son lot de doutes et de remises en question.

Il voulait faire les bons choix, laisser derrière lui les regrets, ne pas engendrer davantage de remords. Mais nulle carte au monde n'indiquait le chemin du bonheur. Même pour les fils de.

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Jamais il n'avait mis autant de temps à enfiler sa tenue de quidditch. Jamais ses mains n'avaient autant tremblé, pas même durant le Tournoi. L'anxiété brillait aussi vivement en lui que l'insigne de capitaine sur son torse.

Il s'était fait tout petit, traversant la salle commune tête baissée, faisant mine d'ignorer les conversations qui mourraient, le silence et les regards qui le suivaient.

En avance de près d'une heure, il avait préféré emprunter les passages secrets les moins connus afin de s'habituer à son cœur qui battait définitivement trop vite, à ses mains moites, à ce corps qui n'en finissait plus de grandir et qui refusait de cesser de trembler.

- Tu peux pas y aller comme ça, tu sais ? Tu vas te faire piquer ta place de capitaine par le premier marmot de première année qui te verra dans cet état.

James esquissa un sourire, réduisant l'allure à mesure qu'il approchait de la voix amicale, quoique légèrement hautaine. Scorpius Malefoy, nonchalamment adossé au mur, ourla ses lèvres d'un sourire joyeux.

- Tu t'efforces vraiment de descendre de ce piédestal que j'ai érigé pour toi.

- Fred m'a fait comprendre que j'avais une sale tête, soupira James.

- Elle est toujours bien plus agréable à regarder que la sienne, rétorqua Scorpius.

Les joues de James rougirent légèrement, alors qu'il passait une main nerveuse dans sa tignasse ébouriffée.

- Je ne croyais pas dire ça un jour mais Malefoy a raison.

Les deux garçons se tournèrent d'un même mouvement, leur perplexité se métamorphosant en un étonnement qui amusa les trois jeunes filles qui se tenaient non loin d'eux.

James reconnut Lily Evans, la jeune lionne qu'il évitait toujours un peu, surtout lorsqu'ils se rencontraient à la gare de King's Cross, parce que la mère de la jeune fille parlait de les marier, eux qui se connaissaient à peine. Lily dissimulait sa chevelure, récemment colorée de roux par sa mère, sous un foulard aux couleurs de Gryffondor.

A sa droite, James reconnut Soizic Azilis, une jeune Gryffondor à qui il n'avait pratiquement jamais parlé, mais qui avait revêtu une tenue de quidditch flambant neuve. James, comprenant que la jeune fille souhaitait passer les sélections et que nul autre que lui déciderait de lui donner ou non sa chance, lui adressa un sourire maladroit.

A la gauche de Lily se tenait une dernière jeune fille, plus fluette que les deux autres, qui portait les couleurs de Serdaigle.

C'était elle qui avait parlé, d'une voix cristalline qui ne paraissait pas étrangère à James, ce qui l'étonna deux fois plus.

Derrière lui, Scorpius était en apnée. A l'inverse de James, il connaissait bien la petite Serdaigle aux cheveux blond sale. Briseis Delanikas. La petite sœur d'Amalthéa. La cousine de James.

- Tu sais, James, tu ne devrais pas accorder tant d'importance à ce que les gens disent de toi. Nous, par exemple, personne ne parle de nous, on fait partie des élèves qui sont et qui resteront dans la normalité. A part sans doute Soizic, parce qu'elle va passer les sélections et que tu vas la prendre dans ton équipe…

- Briseis !, l'apostropha Soizic, gênée.

- … et qu'elle va devenir la meilleure joueuse, continua Briseis sans prêter attention à son amie. Nous, personne ne parle de nous, et on ne s'en sort pas si mal. On vit avec. On…

- Je ne demande rien de plus que de connaître cette… normalité, comme tu dis, soupira James.

- Tu sais que c'est impossible James, répondit Briseis d'une voix douce et compréhensive. Je te dis juste ça parce que… Nous on vit sans les rumeurs et les responsabilités, et on est heureuses. Sans doute bien plus que toi. Alors cesse de prêter attention à ce poids que les gens veulent te faire porter. Et ne te donne pas davantage de raison de stresser… Tu n'es pas le premier capitaine de l'histoire de Poudlard ! Les autres s'en sont sortis, je ne vois pas pourquoi tu n'en ferais pas de même !

Trois autres voix s'ajoutèrent à celle de Briseis, confirmant ses arguments. Celle de Scorpius, amicale et convaincue. Celle de Lily, hésitante et timide. Celle de Soizic, emportée et téméraire. Les quatre voix formaient un capharnaüm insensé dans ce couloir isolé, mais James n'y prêtait guère attention. Il ne les entendait même pas. Il n y avait, pour lui, qu'une seule voix. Celle de Briseis.

Une voix étrangement familière. Un regard qui le mettait en confiance. Elle lui rappelait cette ancienne préfète de Serpentard à qui il n'avait parlé qu'une fois et qu'il avait cru oublier. Le même regard, les mêmes expressions.

- Tu peux me rappeler ton nom ?, murmura-t-il en plongeant son regard dans celui de la jeune fille.

- Briseis Delanikas. Mais je pourrais porter un autre nom. Tout comme toi.

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La volière de Poudlard avait cette capacité appréciable d'étouffer toute conversation, de protéger tout secret. Les hiboux allaient et venaient, les chouettes piaillaient, et la plupart des élèves préféraient attendre leur courrier dans la Grande Salle, de peur de se retrouver recouverts de fientes et de cadavres de rongeurs.

Les Kandinsky s'en étaient amusés pendant des années, se retrouvant dans ce qui ressemblait tant à une geôle, que l'endroit avait été le théâtre de quantité de jeux.

Une fois, ils y étaient même venus de nuit, prolongeant le diner d'Halloween par une nuit des horreurs entretenue par les histoires effrayantes que contait Isidore.

Natasha avait alors onze ans. Une époque qui lui paraissait si lointaine qu'elle en avait oublié cette petite fille qui faisait mine de ne jamais avoir peur, de ne jamais avoir froid, de ne jamais pleurer. Cette petite fille qui écoutait les récits et les contes de son frère avec fascination. Cette petite fille qui n'avait jamais avoué à quel point le temps passé avec son frère et sa sœur lui était précieux. Cette petite fille qui sommeillait pourtant toujours en elle.

Trois ans plus tard, la volière lui paraissait plus immense que jamais. Elle avait grandi, pourtant. Mais l'absence d'Isidore, Irina et Anastasia lui pesait.

Isidore lui manquait. Rien n'était plus pareil depuis qu'il avait quitté Poudlard. Ils s'écrivaient, mais Natasha sentait un poids nouveau, celui du temps qui passe, de l'enfance qui s'éloigne, de la fin qui approche. Bientôt ce serait à Irina de quitter Poudlard, puis viendrait son tour de découvrir la vie hors de ce château qui la protégeait au même titre que tous les élèves qu'il abritait. Et cette idée l'angoissait. Le départ d'Isidore avait changé sa perception de la vie et du temps, et la décision qu'elle repoussait depuis des années s'imposait à elle, plus présente et persistante que jamais.

Irina avait refusé de l'accompagner, balbutiant quelques prétextes que Natasha avait occultés, comprenant que l'adolescence, son mémoire et les Aspics à venir occupaient suffisamment sa sœur pour qu'elle trouve en outre du temps à lui consacrer.

Anastasia avait accepté mais ne l'avait finalement pas rejointe, laissant Natasha ressentir une immense solitude encore jamais éprouvée.

Son frère et ses sœurs n'étant pas là pour la distraire, elle n'avait d'autre choix que de se plonger dans ses soucis et ses questionnements sans fin. Parfois, elle se prenait à penser à ce qu'aurait été sa vie si sa route n'avait pas croisé celle de Rose. Elles auraient pu ne jamais s'entendre, se rapprocher d'autres élèves, construire d'autres relations.

Rose n'aurait alors été à ses yeux qu'une fille de héros un peu bêcheuse et James… James n'aurait pas eu tant d'importance. Il lui aurait certainement plu, mais elle se serait contentée de l'observer de loin et de ne ressentir qu'une futile attirance physique. Le poids de l'héritage, les incidents par dizaines, les enquêtes et les mystères n'auraient qu'à peine effleuré sa vie.

Elle aimait à penser qu'elle n'aurait succombé ni aux rumeurs ni aux jugements irréfléchis, se contentant de rester indifférente et de vivre sa vie normalement. La vie qu'en tant que fille sans histoire, sans renommée, sans passé glorieux, elle aurait pu vivre. La vie qu'elle aurait vivre, murmurait une petite voix dans un coin de sa tête.

Une vie où elle n'aurait pas eu à gifler le héros national, une vie où elle n'aurait pas eu à protéger Rose, une vie où elle n'aurait pas eu à enterrer ses sentiments pour l'élu de son cœur.

Le temps passait si vite, les pensées s'enchainaient si rapidement qu'elle en avait oublié les sélections de l'équipe de quidditch de Gryffondor. Elle se glissa prudemment sur le sol jonché de fientes et se dressa sur la pointe des pieds, esquissant un sourire en repensant à la petite fille qu'elle avait été, indéniablement jalouse de la carrure imposante de son frère. A travers la lucarne, elle vit la plupart des élèves de Gryffondor agglutinés sur le terrain de quidditch. Malgré leur nombre, son regard s'accrocha irrémédiablement à lui, le nouveau capitaine de l'équipe.

Il semblait tiraillé entre deux forces, se forçant à gonfler la poitrine pour s'imposer, tout en abaissant ses épaules comme désirant disparaître de la surface de la terre.

Une dualité évidente, habituelle. Une complexité qui plaisait à Natasha.

En le regardant préparer souaffle et cognards, elle songea qu'elle n'aurait pas voulu d'une autre vie. D'une vie sans Rose. D'une vie sans lui.

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Plus de trente élèves l'attendaient à dix-neuf heures sur le terrain. James ne se rappelait pas avoir déjà vu autant de monde aux sélections. Il fit plusieurs groupes au hasard et leur donna des instructions basiques pour éliminer ceux qui ne savaient pas assez bien voler et ceux qui n'étaient présents que pour lui demander comment il avait réussi à berner les professeurs et à tricher. Passée cette présélection, il ne restait plus qu'une vingtaine d'élèves.

- Le premier groupe, merci, vous pouvez rejoindre les gradins. Le second groupe, approchez. Je pars du principe que je ne garde aucun joueur de l'année dernière. Tous les postes sont à prendre, y compris le mien. Si je trouve trois poursuiveurs meilleurs que moi, je leur laisserai ma place, ok ? L'essentiel c'est qu'on gagne la coupe ! On va commencer par ceux qui postulent au poste de poursuiveur. Ok, mettez-vous là, les autres regroupez-vous également, les postulants gardien ici, les batteurs là, et les attrapeurs ici. Ok, merci c'est parfait, les poursuiveurs, suivez-moi.

Neuf élèves sollicitaient ce poste. James créa deux équipes, la première, constituées des joueurs qui faisaient déjà partie de l'équipe l'année passée, la seconde constituée de nouvelles têtes, parmi lesquelles se trouvaient Roxanne mais aussi Sébastian Rafa et la jeune sœur de Nalani.

Petit à petit, James corsa le jeu tout en échangeant des joueurs. Il écarta rapidement Emily Castle qui manquait toutes les passes et demanda à Kena Jordan et à Roxanne de rejoindre les potentiels batteurs. Sébastian était doué mais manquait d'expérience de vol, Declan Finn volait avec assurance mais son balai vibrait. James, enthousiasmé par la motivation des deux jeunes garçons, leur proposa contre toute attente de rejoindre l'équipe, de s'entraîner avec tout autant de sérieux que les titulaires et de suppléer le « trio d'or » qu'il formait avec Fred et Mael.

Les plus jeunes élèves de Gryffondor saluèrent cette annonce en sautant comme des forcenés sur les gradins.

Quatre gardiens s'étaient présentés et Yelena Crivey était de loin la meilleure. Elle n'égalait pas Liko Jordan mais aucun des autres postulants ne faisait l'affaire. Riley Sinead et Aaron Bethel avaient laissé rentrer la majorité des souaffles et James, qui recherchait également un gardien suppléant, avait alors vu Rose et Natasha pousser Hugo vers le terrain. Un Hugo visiblement gêné et mort d'angoisse, qui tenait le balai que lui avait offert son père d'une main tremblotante.

James lui accorda sa chance et observa douloureusement son vol instable avant de lui promettre de réfléchir avant de prendre une décision.

James demanda ensuite à Yelena de défendre ses buts et aux cinq poursuiveurs d'attaquer. Il resta en retrait afin de lancer les batteurs pour qu'ils viennent en aide à Yelena. Lucy ne rata aucun de ses cognards et James lui fit signe qu'il n'avait plus besoin d'elle. Maggie n'avait pas passé les sélections, il fallait donc la remplacer et ni Liam Farrell ni Chad Mac Laggen ne faisaient l'affaire. Stan Finigan avait touché quelques cognards mais manquait d'adresse. Il avait cependant un bel esprit d'équipe mais James n'était pas totalement satisfait. Il appela alors Roxanne et Kena Jordan et vit qu'il ne s'était pas trompé. Sa cousine était faite pour tenir une batte et Kena ne se débrouillait pas trop mal non plus. Rien à voir avec Lucy, bien sûr, mais James devrait faire avec. Il continua de faire jouer les trois derniers postulants ainsi que Lucy et demanda aux deux attrapeurs de se tenir prêts. Lorcan Scamander et Soizic Azilis se fusillaient du regard.

James fut totalement surpris par les deux joueurs. Lorcan filait comme le vent et était indéniablement le nouvel attrapeur de Gryffondor mais Soizic volait avec beaucoup de ténacité et d'agressivité et James lui demanda de rejoindre les batteurs. Effectivement, la rapidité et la hargne de Soizic l'amenèrent à toucher la quasi-totalité des cognards même si elle manquait de précision.

- Merci à tous d'être venus. Je vais donner le nom des titulaires. Le nouvel attrapeur est sans conteste Lorcan Scamander ! Bravo Lorcan et bienvenue dans l'équipe ! Nous félicitons également pour sa qualité de jeu mais aussi pour sa persévérance, Yelena Crivey qui devient gardien titulaire ! Pour les batteurs, Lucy Weasley garde sa place et je demande à Stan Finigan, Roxane Weasley, Kena Jordan et Soizic Azilis d'intégrer temporairement l'équipe. Vous vous entrainerez avec nous pendant une semaine et nous garderons le meilleur d'entre vous ! Enfin, pour les poursuiveurs, on peut applaudir le meilleur d'entre nous, Mael Thomas ! Reste également titulaire Fred Weasley. Declan et Sébastian seront suppléants. Merci à tous, prochain entrainement dimanche matin !

Immensément soulagé de voir les sélections enfin finies, James expira. Le plus dur était enfin derrière lui. Il était plutôt satisfait de son équipe et se rapprocha de Lucy pour avoir son avis sur les autres batteurs. Pour elle, ça ne faisait aucun doute que Soizic devait être titulaire, mais qu'elle manquait cruellement d'expérience. Près d'eux, leur cousine Roxane paraissait ravie mais se renfrogna quand son frère vint lui rappeler que le quidditch, c'était son truc à lui.

- Rox était pas mal, James, mais moins bien que Soizic. Et je ne crois pas que ça serait bon pour l'équipe que Fred et Rox soient dans l'équipe.

- Ok, merci Lucy. On verra dimanche.

Lucy et Mael aidèrent James à regrouper les balais de Poudlard et à attacher solidement les cognards rendus nerveux par les sélections, avant qu'il ne ferme les vestiaires et s'assure qu'il avait réalisé toutes les tâches qui incombaient aux capitaines. En traversant le terrain en sens inverse, ils s'amusèrent de l'explosion de joie de leurs nouvelles recrues et James ressentit une immense fierté en entendant Sébastian Rafa refuser d'écouter les conseils de Fred sous prétexte que « Je veux bien que mon style manque de professionnalisme mais c'est normal, je débute, et je préfère attendre le premier entraînement pour me former, avec James, notre capitaine. »

Malheureusement, le coup de coude de Lucy lui fit reprendre ses esprits. Et son angoisse. Assise à même le sol, Rose, le regard rougi et hagard, les attendait. James s'étonna de la voir seule et s'approcha d'elle avec un tendre sourire.

- Salut ma Rosie, tout va bien ?

Elle le dévisagea longuement, semblant hésiter avant de lui répondre, comme si la réponse n'avait rien d'évident. Secouant la tête, elle préféra l'éluder.

- Tu ne pourrais pas prendre Hugo dans l'équipe ? Comme remplaçant ?

- Il va nous falloir des suppléants, c'est sûr, mais je voulais d'abord en parler avec Lucy.

- Ok…

Elle détourna le regard, laissant échapper un long soupir à fendre l'âme.

- Tu commences à m'inquiéter, Rosie. Tu ne voudrais pas me dire ce qui te tracasse au point de...

- Tu veux que je commence par quoi ? Par mes crétins de parents qui voudraient que je change, parce que je ne rentre pas dans ce moule qu'ils ont créé pour...

- Tes parents t'aiment, voyons, c'est...

- Comme les tiens t'aiment ?!

- Ça n'a rien à voir.

- Les raisons diffèrent peut-être mais le résultat est le même, je ne suis pas assez bien pour...

- Tu es géniale ! Et je ne te permettrai pas d'en douter ! Tu...

- T'es tellement têtu, James... Si j'étais si géniale, Hugo viendrait se confier à moi et m'expliquerait pourquoi il est toujours seul et...

- Il a juste besoin de temps et de soutien et nous...

- Si j'étais aussi géniale, comme tu dis, je serai avec Natasha en ce moment, à sécher ses pleurs et à...

- Ses pleurs ?

- Oui, ses pleurs !, s'emporta Rose. C'est normal, pas vrai, qu'elle pleure ?! Elle passe ses journées avec moi, sa patience a atteint ses limites, hein !? Tu dois en jubiler, toi aussi ! C'est ce qu'ils feront tous ! Et moi je finirai seule ! Seule ! SEULE !

La jeune rousse se redressa, le regard haineux et colérique, deux sillons creusés sur sa peau diaphane. James ne l'avait jamais vue ainsi. James n'avait jamais vu personne ainsi. Sauf lui. Il la prit dans ses bras, refermant sa prise alors qu'elle se débattait et criait contre son torse. La lutte dura quelques minutes, le temps que tous deux comprennent qu'ils éprouvaient les mêmes doutes, la même injustice, les mêmes déboires, qu'ils se posaient les mêmes questions, mais qu'une autre voie était possible, un chemin qu'ils arpenteraient ensemble, en comptant l'un sur l'autre.

Les sanglots de Rose cessèrent peu à peu, mais James la garda contre lui, essayant de lui transmettre toute son affection et son soutien.

- Nalani Jordan est venue nous voir pendant les sélections. Tout allait bien, Natasha a même affirmé que tu es un bon capitaine et Nalani arrive et lui dit que... je sais même pas ce qu'elle lui a dit, parce que je repense sans cesse à ce que m'a dit maman, contre toi, contre Natasha et je me dis qu'elle est intelligente et sensée et cultivée et réfléchie et qu'elle a beau avoir toujours brillé par son absence, elle doit quand même m'aimer parce que c'est ma mère, par Merlin ! Et je pense à tout ça, tu vois, et Natasha n'est plus là, je me tourne et je la vois courir vers le château, en pleurs…

- On va la retrouver. On va s'occuper d'elle, Rose, ne t'inquiète pas.

- Je ne crois pas que tu sois le mieux placé pour... Je ne sais même pas si je suis mieux placée que toi mais...

- Ne dis pas de bêtise. Tu l'aimes. Ta place est auprès d'elle. Et la mienne aussi.

Il y avait tant de force, tant de conviction dans la voix de James que Rose acquiesça, séchant ses larmes d'un geste rageur.

- T'as raison. Que ma mère aille se faire voir. Et mon père aussi, tiens, ce grand dadais qui ne comprend jamais rien.

Ils se mirent en marche, attirant les regards surpris sur leurs mines inquiètes. Les messes basses s'initièrent, annonçant des rumeurs auxquelles ils ne s'habitueraient jamais. Nalani leur indiqua le chemin de la bibliothèque d'un signe de tête, sans même s'attarder près d'eux.

Bizarrement, James n'en fut nullement peiné. Ses pensées n'étaient dirigées que vers Rose, qu'il tenait fermement contre lui, et vers Natasha. La force des sentiments qu'il éprouvait battait fort, si fort qu'il se sentait capable de tout et de n'importe quoi pour la retrouver.

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La pénombre était telle, dans ce couloir étroit et isolé, qu'elle ne s'était aperçu ni de l'heure tardive, ni de la nuit qui était tombée. Aldo la tenait dans ses bras. Aldo la berçait. Aldo multipliait les mots, les gestes censés l'apaiser. Aldo était là et elle le maudissait pour ça. Elle voulait James, elle le voulait là, maintenant, encore et pour toujours. Elle le voulait tellement fort que son amour se transforma en haine dès qu'elle le vit s'approcher.

- Potter, dégage, s'il y a bien une personne que je ne veux pas voir c'est toi !

- Je vois ça, oui.

- Quoi !?

- T'es bien mieux avec ce … ce type !

- Tu me fais une crise de jalousie ? Maintenant ?! Après ce qu'il s'est passé ?!

- Je ne sais pas de quoi tu parles, ok ? Rose m'a dit que tu n'allais pas bien et je voulais te voir, je suis désolé pour… Aldo.

Son regard penaud, sa moue sincère et désolée. Natasha en avait oublié jusqu'à la présence d'Aldo et de Rose. Elle ne voyait que lui. Elle n'avait jamais vu que lui.

- Ma sœur… Elle… Nalani m'a dit qu'elle avait été retrouvée avec… son amie Adelaïde Lespare. Elles se seraient battues en duel.

- Et comment va Anastasia ?

James comprit en voyant les larmes couler sur le visage si sombre de Natasha qu'il n'aurait jamais dû lui poser la question.

- Elle… Elles ont été toutes les deux transférées à Ste Mangouste. J'en sais pas plus. Je dois aller voir Ganesh, c'est lui qui me donnera le feu vert pour… pour y aller. Mais... Je... Je ne veux pas y aller. Je ne veux pas savoir. J'ai trop peur de la voir comme... Comme ça...

Il lui sembla qu'elle venait de lui arracher le cœur, tous ses membres et jusqu'à son âme. Jamais il ne l'avait vue ainsi. Jamais il n'aurait voulu la voir ainsi. Natasha devait rire, Natasha devait sourire, Natasha ne devait connaître que le bonheur. Il voulut la réconforter, mais le regard glacial d'Aldo l'en empêcha. Il voulut trouver les mots, mais Rose à ses côtés restait muette et ne lui était d'aucun secours. Alors il se contenta de n'être pour elle, pour eux tous, que celui qu'il se devait être. Le cousin de sa meilleure amie. Rien de moins rien de plus.

- Où est Irina ?

- Elle n'est pas au courant, soupira Natasha entre deux sanglots. Elle devait passer son entretien avec le prof d'Arithmancie. Je... Nalani m'a proposé de le lui dire mais j'ai... Je suis tellement idiote, je lui ai dit que je le ferai que... Mais j'y arrive pas... J'aurais dû...

- Je vais le faire. Je vais aller l'attendre devant le bureau de Brinks, ne t'en fais pas. Reste avec Rose et … Aldo. Ils vont t'accompagner voir Ganesh comme ça tu ne seras pas seule, ok ? Je m'occupe d'Irina.

- Merci. Merci James, je..

- Ne t'en fais pas, ok ?

Il s'approcha et ses mains se firent plus douces pour l'aider à sécher ses larmes. C'en était malheureusement trop pour Aldo qui se racla la gorge près d'eux. James s'éloigna, puisant force et courage pour l'affronter sans se battre puérilement pour les beaux yeux de sa douce, comme il en avait tant envie au plus profond de son cœur.

- Salut Aldo, Rose et toi vous allez accompagner Natasha voir Ganesh et je...

- Je sais ce que j'ai à faire, oui, répliqua Aldo froidement.

- Ok mec, désolé. A tout à l'heure alors. Rose, je vais voir Irina, ne t'en fais pas, reste auprès d'elle, ok ?

- Non, je vais t'accompagner. T'auras peut-être du mal à trouver Irina et puis Aldo est là et le château est grand et il fait nuit et...

- Rose... Je sais que tu peux le faire. N'oublie pas où est ta place. N'oublie pas qui sont les gens qui t'aiment pour ce que tu es, quoi que tu fasses.

A leurs côtés, Natasha tenait Aldo en respect, ses yeux allant de James à Rose, essayant de comprendre ce qu'ils se disaient. Mais avant qu'elle ne comprenne quoi que ce soit, Rose acquiesça et James s'empressa de rebrousser chemin à la recherche d'Irina.

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- On te cherchait, lâcha Alice. Enfin, lui te cherchait de son côté et moi du mien.

Mael n'infirma ni ne confirma ses propos, les mains dans les poches et le dos vouté. James aurait dû voir le regard peiné d'Alice. James aurait dû voir que Mael était plus sombre que jamais. Mais Natasha comptait sur lui et rien n'avait plus d'importance à ses yeux.

- Et moi je cherche Irina. Irina Kandinsky. Paraît qu'elle devait voir Tim Brinks pour son mémoire.

- Qu'est-ce que tu lui veux à cette chouette mal fagotée ?

- Sa sœur a été blessée, Alice. J'ai pas le temps de t'expliquer mais il faut que je la retrouve.

Mael et Alice se contentèrent de lui emboiter le pas, l'accompagnant jusqu'au bureau de Tim Brinks. A leur arrivée, ils virent Irina dans les bras d'Ulric Peers, un élève de Poufsouffle. Vu la gravité de la situation, James préféra les déranger dans ce moment d'intimité pour pouvoir parler à Irina. Mais à peine eut-il esquissé le moindre geste qu'Irina le dévisagea avec stupeur avant de s'enfuir en courant.

- Faut vraiment que je lui parle, soupira James à l'adresse d'Ulric Peers.

- Désolé Potter, mais je passe avant, si tu veux la récupérer, laisse-moi au moins la baiser avant. Je vais la rattraper.

Avant que James n'ait pu dire un mot, Ulric avait disparu au coin du couloir. Horrifiée par les propos d'Ulric, Alice l'affubla de tous les noms d'oiseaux possibles et inimaginables. D'ordinaire, Mael tentait toujours de lui rappeler que tous les garçons ne se comportaient pas ainsi, mais il laissa Alice vociférer, suivant James d'une démarche d'automate.

Celui-ci dévala les escaliers et poursuivit son chemin hâtivement, à la recherche d'une idée lumineuse. Comment pourrait-il expliquer à une Natasha dévastée qu'il avait interrompu un moment d'intimité entre sa sœur et son petit-ami plus que douteux avant de la faire fuir de peur ?

Arrivé aux abords du couloir de la mille-trois-centième guerre de Hargneux le Gobelin, près du bureau du professeur Ganesh, il s'immobilisa. Natasha se tenait à un mur, plus pâle et démunie que jamais. Et Aldo profitait de sa détresse pour exulter sa jalousie.

- Réponds-moi Nat !

- Je ne vois pas pourquoi tu es là, si c'est juste pour me reprocher de…

- Pourquoi c'est lui qui est allé parler à Irina ? C'était à moi de le faire !

- Tu n'es plus mon petit ami !

- Lui non plus !

- Mais Irina l'aime beaucoup…

- C'est plutôt toi qui l'aimes beaucoup ! Et vice versa !

- Ecoute Aldo, je n'ai pas besoin de ça, ma petite sœur est à l'hôpital et…

- Mais Potter va la sauver, n'est-ce pas ?

- Arrête avec lui !

- C'est à toi d'arrêter avec ce type !

- Dégage Aldo, laisse-la tranquille.

Rose conclut son avertissement en brandissant sa baguette sous le nez d'Aldo Mac Millan. Le jeune homme capitula et Natasha s'effondra, écrasant son visage contre ses jambes serrées. Bien qu'elle dissimula ses larmes qui redoublaient, James ressentait sa détresse et souffrait pour ce corps secoué de sanglots. N'osant la prendre dans ses bras alors qu'elle avait tant besoin de réconfort, il se mit à maudire Ulric Peers et Irina, et même à espérer qu'Aldo revienne.

- Où est Irina ?

Rose s'était glissée près de lui, tournant irrémédiablement le dos à sa meilleure amie. Peu habituée aux démonstrations affectives, en proie au doute que sa mère avait immiscé en elle, Rose ne savait comment agir. Personne ne lui avait jamais appris à aimer.

- Irina est avec son petit ami, expliqua James à Rose. Elle… elle… était occupée.

- Son… quoi !?

- Ulric Peers, de Poufsouffle.

- J'ignorais que la sœur de Nat' avait un copain. Ganesh arrive.

- Natasha ne peut pas y aller seule ! Pas dans son état ! Il faut que tu l'accompagnes, au moins le temps que je parle à Irina et qu'elle...

- Ganesh n'acceptera jamais, elle va devoir y aller seule.

Rose s'interrompit, tous deux se tournant vers le professeur Ganesh.

- Mademoiselle Kandinsky, suivez-moi.

Sa voix était plus douce encore que d'ordinaire. Les lourds cernes noirs qu'il portait en permanence s'étaient assombris, signe annonciateur de mauvais présages. Signe qu'interpréta sans mal Natasha. Elle se tourna vers Rose et James, les regardant tous deux d'un air suppliant qui ne lui ressemblait pas. Rose baissa la tête, démunie. James, lui, ne pouvait détourner le regard de cette nouvelle facette de Natasha, cette fille incroyable au caractère de feu qui n'était d'ordinaire que force et flamboyance. De cette démarche laborieuse, de cette fragilité qui manquait de l'ébranler. De cette nouvelle Natasha qui le rendait plus fou amoureux que jamais.

Il aurait tout donné pour l'aider. Mais ils ne pouvaient rien pour elle. Du moins...

- Rose, il y a un moyen d'aller là-bas.

- James, non, s'opposa Alice, tu vas finir par être renvoyé à force de…

- Elle a besoin de nous, Alice ! Elle a besoin de Rose, Irina n'est même pas au courant !

- Comment tu voudrais t'y prendre ? Prendre la première cheminée et …

- Oui, bonne idée, la cheminée de Ganesh ! Il accompagne Natasha qui est mineure, j'imagine qu'il va s'entretenir avec ses parents pendant un moment, ça nous laisse le temps de…

- Mais on va vous voir là-bas !, bafouilla Rose.

- Pas si on a la cape. Rose, je trouverai un moyen de me cacher et toi tu pourras rejoindre Natasha. Je te promets que je ne fais pas ça pour… Je veux juste qu'elle puisse avoir quelqu'un qui la soutienne auprès d'elle. Et tu es la meilleure personne pour ça.

A la voix de James se superposa une deuxième voix, plus âgée, féminine, indifférente et moralisatrice. Celle de la mère de Rose, qui ordonnait, qui recommandait, qui responsabilisait. Cette voix-là lui interdisait de suivre le mauvais exemple de ce garçon instable. Cette voix-là la pressait de s'enfuir, de devenir amie avec des élèves responsables, bien-pensants, bien vus. Cette voix-là lui demandait de changer, de devenir une autre personne. Rose n'avait jamais aimé la voix de sa mère.

- Ok. Je te suis.

- T'es sûre ?

- Oui, et dépêchons-nous avant que je change d'avis.

- Ok, faut trouver Albus alors. C'est lui qui a la cape.

ooOOoo

James les mena à travers quantité de passages secrets, attentif à ne croiser ni professeur ni préfet et à ne prêter attention ni aux récriminations d'Alice, ni aux murmures incompréhensibles de Rose, ni à la présence de Mael, qui les suivait sans entrain.

Mais ce que nul n'avait prémédité c'est que Jalil Lespare n'était pas au courant de la blessure de sa sœur. Le professeur Slopa avait dû demander à un préfet de Serpentard de le lui annoncer mais Jalil n'était pas très apprécié au sein de sa maison.

Après une discussion qui dura, en tout et pour tout, trois minutes, James se retrouva devant le bureau de Ganesh avec Rose, Albus et Jalil. Jamais un de ses plans n'avait été si peu préparé.

Au moment de prendre la poudre de cheminette, la cheminée s'enflamma et James eut à peine le temps de les couvrir tous les quatre de la cape avant que l'âtre ne laisse apparaître… Nolan Donovan.

Albus se concentra pour ne pas laisser voir à quel point il était heureux de cette arrivée impromptue. Ils allaient se faire prendre, ils allaient se faire punir, et James en endosserait toute la responsabilité. Comme d'habitude.

- Nolan !

- James ? Mais qu'est-ce que … ?

- T'es seul ?

- Non, mes frères et sœurs arrivent.

- Mais vous êtes seuls, pas de professeurs ?

- Non, on est juste tous les quatre. Qu'est-ce que…

- Les sœurs de Jalil et Natasha, la meilleure amie de Rose, sont à Ste Mangouste, on va les voir, personne ne doit être au courant et …

- Compris, mon pote, demande nous ce que tu veux, on est avec toi.

Sombre crétin, pensa Albus de toutes ses forces. La cheminée s'éclaira à nouveau, avant que n'apparaisse la sœur jumelle du Champion français. Et ce crétin de James qui n'était que sourire...

- Salut Noelia !

- James !?

- J'imagine que Sullivan et Océane sont derrière toi ?

- Oui. Mais qu'est-ce que vous …

- Océane, salut ! Ton frère t'expliquera pourquoi mais… Tu vas aller dans ton dortoir et quoi qu'il se passe tu ne laisses personne entrer ! Tu fais croire que Rose y est et qu'elle est très malade. Nolan, occupe-toi de Chandika et Fiona, tiens-les éloignées du dortoir, ok ? Tu vois qui…

- Je vais lui montrer qui c'est, affirma Océane.

- Parfait, Nolan, en sortant, demande à Alice de mettre Sally-Ann au courant, elle comprendra, faut qu'elle couvre Jalil et mon frère.

- Ok, James, ne t'inquiète pas.

- Salut Sullivan, plus de Donovan dans les parages ? On y va alors. Je passe d'abord, avec la cape. Rose, tu comptes jusqu'à vingt et tu me suis, ok ?

James enferma rapidement sa cape dans son aumônière et annonça sa destination. Il songea aux conseils intéressés de ses parents et de ceux de Rose, ces conseils que distribuent ceux qui ne les ont jamais suivis. L'adrénaline montait en lui, par vagues immenses. Il avait beau ignorer quelle serait l'issue de cette aventure qu'ils s'apprêtaient à vivre, il en connaissait l'origine et c'était là pour lui l'essentiel. L'amour les avait poussés à agir sans réfléchir, à prendre ces risques qu'on leur interdisait. A se regrouper, à s'entraider, à se soutenir. A vivre, loin de cette existence sans espoir que l'on avait dessinée pour lui.

ooOOoo

Les flammes vertes faisaient ressortir l'émeraude magnifique contenue dans ses yeux. Du moins le pensait-il, bombant le torse en admirant son reflet dans le miroir de leur professeur d'Histoire de la Magie.

- On risque gros, marmonna Rose, l'air inquiet.

Un euphémisme. Il avait fallu qu'elle ouvre cette bouche infâme pour murmurer une ineptie, elle qu'on disait pourtant si brillante. Il n'en était rien, selon Albus, Rose n'était rien de plus qu'une élève sérieuse à l'esprit étriqué. Bien sûr qu'ils risquaient gros. Le professeur Ganesh avait beau se trouver à Sainte Mangouste, un préfet, un autre professeur ou le directeur pouvait surgir à tout moment. Ils perdraient des points par centaines et écoperaient de lourdes retenues.

Et de cette punition, Albus n'en voulait pas. Il était celui qui redorait le blason des serpents, celui qui apportait fierté et rédemption, celui qui offrait les secondes chances, qui attirait les sourires, qui suscitait l'admiration. Il était un exemple, un modèle, un héros. Et les héros ne se pliaient pas à de pareilles bêtises, puériles et sans intérêt.

C'était James le téméraire, le buté, l'idiot. Et Albus se retrouvait à le suivre dans ses délires de lion mal léché. Tout ça à cause de ce crétin de Jalil. Albus s'en voulait d'avoir posé l'étiquette de meilleur ami sur un garçon à l'esprit limité, aussi idiot que les lions, aussi craintif que le plus petit Poufsouffle. Nulle ruse en lui. Nul réel intérêt.

S'il avait pu choisir, Albus aurait avancé seul. Ou avec des alliés intéressants. Scorpius Malefoy, bien sûr, et puis d'autres. Mais pas Jalil, pensait Albus en grimaçant intérieurement. Oui, il aurait préféré avancer seul qu'aux côtés de la pipelette incontrôlable qu'était Sally, du garçonnet pré-pubère qu'était Benoit et du benêt qu'était Jalil.

Ils n'étaient et ne seraient jamais ses amis. Ils n'avaient qu'un seul intérêt : attendrir son image, lui donner l'apparence d'un leader sain, attentionné, parfait.

Et voilà qu'Albus, pour ne pas donner la lâche impression d'abandonner ses « amis », se trouvait dans une situation illégale qui ne seyait définitivement pas à son statut de modèle.

- Vous pensez que c'est une bonne idée ?, demanda Rose, inquiète.

- Forcément, acquiesça Jalil. C'est une idée héroïque. Vous avez de la chance, les gars, James est... C'est un héros.

Crétin, pensa Albus de toutes ses forces. James était devenu un modèle, tant pour Jalil l'aventurier que pour la téméraire Sally. « Mais ça ne durera pas », pensa Albus. Lui seul détenait les clefs d'un avenir radieux. Pour lui, tout du moins. Un avenir radieux où il serait le meilleur, le plus fort, le seul. Un avenir sans James.

ooOOoo

Comme tous les jours, l'Hôpital Ste Mangouste pour les Maladies et Blessures Magiques était le rendez-vous des sortilèges perdus, des expériences ratées, des chaudrons explosés, des morsures de botruc et autres habituelles blessures quotidiennes.

A son arrivée, le remue-ménage qui régnait dans le hall d'entrée permit à James de sortir rapidement sa cape avant de la lancer sur Rose et de se désillusionner. Lorsque Jalil puis Albus arrivèrent, les quatre compagnons se pressèrent, stressés, dans le premier couloir qui s'offrait à eux.

Rose prenait les choses en main et les guidait vers le bon étage. Selon elle.

- Le service « Pathologie des sortilèges » est au quatrième étage, murmura James, alors que Rose lui faisait signe de quitter l'escalier.

- J'ai vérifié le document que l'hôpital a envoyé au professeur Ganesh, répondit-elle en secouant la tête. Anastasia a été admise au second étage.

Elle était si sûre d'elle que Rose se lança dans le premier couloir venu, entraînant Albus et Jalil qui avançaient à ses côtés, penchés sous la cape d'invisibilité. Perplexe, James vérifia le panneau d'entrée du service. Sa mémoire ne lui faisait pas défaut, Anastasia avait été admise dans le service « Virus et microbes magiques », celui-là même qui aurait dû l'accueillir après la première tâche du Tournoi, s'il ne s'était pas réveillé à l'infirmerie de Poudlard.

Son instinct le poussa à rester sur ses gardes et il pressa le pas, pour ne pas perdre de vue – de son flair animal, plutôt – Rose, Albus et Jalil.

ooOOoo

James retenait son souffle dès qu'il voyait surgir un infirmier ou un médicomage. Totalement perdu dans le dédale de couloirs, il ne s'autorisa à reprendre une respiration normale que lorsque Rose murmura un « c'est ici » soulagé.

Malheureusement pour eux, une surprise de taille les attendait devant les deux chambres qu'occupaient Anastasia et Adelaïde.

- James…, murmura Rose. Ma mère est là.

- Oui, je vois ça. Arrêtez-vous. Vous voyez le mec devant la porte ? C'est un Auror qui travaille avec notre père.

- Comment on va faire pour avancer jusqu'à eux ?

- Isidore et Malek, ça me semble la seule solution.

- T'es fou mon frère va me tuer !, protesta Jalil en s'agitant sous la cape.

- Non, fais-moi confiance Jalil. Ganesh parle aux parents, il a déjà dû voir les filles, il faut arriver à entrer dans les chambres avant qu'il ne parte.

- Et sans qu'il nous voie.

- Bon le problème c'est moi, ils vont me voir passer, même désillusionné, c'est une magie qui laisse des traces. Al, prend la tête du mouvement, Jalil, tu fermes la marche, Rose tu te mets entre les deux et tu les suis. Le but du jeu c'est de slalomer en silence. Allez-y !

Soudain la cape s'envola et les regards de Malek et Isidore se tournèrent vers eux. Rose rougit en voyant sa mère mais celle-ci écoutait le professeur Ganesh et ne les avait pas encore vus. James fit signe à ses amis d'entrer dans la première pièce, un débarras qui devait servir de salon de thé au personnel, au vu du nombre de gobelets qui jonchaient le sol, et Malek et Isidore les suivirent.

- Mais qu'est-ce que vous fichez là ? Jalil ?!

- C'est James qui m'a mis au courant, personne ne voulait me le dire à Serpentard, je voulais voir Adèle, James m'a aidé.

- Et… eux ?

- Albus voulait me soutenir au cas où vous ne seriez pas là papa et toi et Rose est la meilleure amie de Natasha, la sœur de …

- Vous êtes complètement fous ! James ça m'étonne de toi, je te croyais plus…

- Il n'allait quand même pas nous laisser venir seuls, le défendit Jalil. Il voulait juste...

Jalil s'interrompit, son attention soudainement rivée sur la porte qui s'ouvrait. Sur Katerina Kandinsky.

- Isi, tu es là ? Qu'est-ce que… ?! Rose !?

- Maman, attends, on va tout t'expliquer... Rose ne voulait pas que Natasha soit seule pour affronter... Tout ça. C'est une délicate attention, n'est-ce pas ?, affirma Isidore d'une voix douce.

- Bien sûr mais… Et James et Albus Potter ?

- Ils l'ont accompagnée pour ne pas laisser Natasha toute seule. Mais il ne faut pas que le professeur Ganesh les voit.

- Il est parti. Vous pouvez venir. Mais… Merci d'être là.

Katarina Kandinsky se jeta sur Rose qu'elle prit affectueusement dans ses bras avant d'en faire de même avec Albus, Jalil et James. Celui-ci n'avait pas oublié le moment qu'avaient passé les Potter chez les Kandinsky plusieurs mois auparavant et rougit de plus belle lorsque Katarina lui murmura que Natasha serait heureuse de les voir ici. Ils la suivirent vers une petite chambre adjacente où elle leur fit signe d'entrer.

- Le Guérisseur est là, je dois le rencontrer, Isidore, j'aimerais que tu viennes. Natasha est ici, vous pouvez la rejoindre.

Malek entraina Jalil avec lui et Albus les suivit en gardant la cape à portée de main. Isidore hocha la tête à l'adresse des plus jeunes et passa un bras dans le dos de sa mère, l'aidant à avancer.

Jamais Rose n'avait vu la matriarche des Kandinsky si pâle et si soucieuse. Elle réalisa que si les membres de cette famille ne se plaignaient jamais, leur plus grande force résultait en leur unité, solide et débordante d'amour. Le fait que rien ne puisse les ébranler sauf la souffrance de l'un d'eux la déstabilisait. Jamais elle n'avait été confrontée à de si purs sentiments, jamais elle n'avait appris à aimer ainsi.

Elle observa James, qui demeurait à ses côtés, pâle et profondément inquiet, et songea qu'il n'aurait aucune difficulté à s'introduire dans cette famille, la seule véritable famille aimante qui l'accepterait tel qu'il était. Bien qu'angoissé, il semblait prêt à se lancer, à prendre cette place qui était déjà la sienne. Prêt à tout, sauf à abandonner Rose. Il ne plongerait pas sans elle, il ne la laisserait pas seule. Il l'aimait trop pour cela.

Alors elle s'empara de la main de celui qu'elle aimait désormais comme un frère, soulagée de pouvoir puiser en lui cette force et ce courage qui lui faisaient défaut, et poussa la porte de la chambre où reposait Anastasia Kandinsky.

Les murs blanchâtres leur remémoraient de lointains souvenirs communs, ceux d'une époque où leurs parents pourchassaient encore les derniers Mangemorts et étaient fréquemment hospitalisés.

C'était somme toute la même chambre, sans la dizaine d'Aurors qui éloignaient sans cesse les crépitements et flashs des paparamages. La même chambre en plus modeste, moins spacieuse, moins lumineuse. Une chambre qui ne recevait ni célébrité ni héros de guerre. Une chambre ordinairement sombre, qui semblait avaler le corps diaphane d'Anastasia Kandinsky.

La porte grinça et Natasha, assise près de sa sœur, leva son visage de marbre vers eux.

- Qu'est-ce que…

- Ne t'inquiète pas, souffla Rose, on a juste trouvé un moyen d'être auprès de toi. Les idées de James, tu sais…

Natasha se mit à pleurer de plus belle. Des larmes de fatigue et de gratitude. Des larmes qui appelaient, qui suppliaient. Rose avança d'un pas mais s'immobilisa tout aussi vite, n'osant toujours pas la prendre dans ses bras de peur de ne trouver les mots, les gestes pour l'apaiser.

Derrière elle, James murmura quelque chose comme « je ne comprendrai jamais comment fonctionnent les filles » et s'avança vers Natasha qui se jeta dans ses bras.

Il sembla à Rose que l'air crépitait tout autour d'elle et qu'une douce mélodie se jouait sans qu'elle ne puisse en identifier la provenance, sûrement de ces deux êtres enfin réunis, les deux piliers de sa vie.

Elle hésitait à les approcher, elle n'osait point bouger, de peur de rompre la magie de l'instant, de peur de se montrer maladroite, intrusive, persuadée qu'elle était de n'être que défauts. La main droite de James l'empoigna avec douceur, l'attirant dans la chaleur de ces deux corps qui s'aimaient, qui l'aimaient. Les larmes de Natasha s'écrasèrent contre sa tignasse rousse, les bras fermes de James se pressèrent autour de son dos.

Ils restèrent ainsi un long moment avant que le charme ne soit rompu.

- Par Merlin ! Rose, James ! Mais…

Rose se détacha la première, se confrontant aux regards surpris des parents et du frère de Natasha avant de se retrouver face à sa mère.

- Marraine, je vais tout t'expliquer, Rose n'y est pour rien, Jalil Lespare n'était même pas au courant que… Il fallait qu'on l'amène et … Albus et Rose voulaient être auprès de leurs amis, tu comprends alors…

- Albus ?! Il est ici ?

- Oui, dans la chambre d'en face.

- Oh Merlin…

- Madame Weasley, j'avais supplié Rose de venir avec moi, j'avais besoin d'elle et j'ai supplié James de trouver une solution, il ne faut pas leur en vouloir.

- Je comprends Natasha, mais il y a d'autres moyens. Rose…

- Ne t'en prends pas à Rose, marraine, c'est de ma faute.

Sans se concerter, Rose et Natasha avancèrent d'un pas, se plaçant devant James, comme pour infirmer ses propos et le protéger de sa marraine. Celle-ci les dévisagea, sa moue oscillant entre déception et résignation. Mais avant qu'elle ne puisse les réprimander, James serra l'épaule de Natasha et s'empara de la main de Rose, la forçant à avancer vers sa mère.

- C'est pas le moment de parler de ça. Pas l'endroit, du moins. Venez, on va les laisser… en famille.

- Mais tu fais aussi partie de la famille, James, intervint doucement Ivan.

James regarda le père de Natasha dans les yeux. Il semblait si inquiet et pourtant si heureux de le voir.

- Jakinafvitsvy, répondit-il alors à Ivan.

Ivan lui sourit avec douceur et le prit dans ses bras. James étreignit ensuite Katarina qui pleura longuement contre lui. Il serra l'épaule d'Isidore et se tourna vers Hermione, qui faisait signe à Rose de la suivre, sans doute pour la réprimander, vu la moue révoltée qu'elle arborait. Natasha, comprenant enfin le comportement de sa meilleure amie, lui agrippa la main.

- Ne t'en va pas, je t'en prie, pensa-t-elle de toutes ses forces animales. J'ai besoin de toi.

Rose sursauta, cherchant une réponse dans les yeux de sa meilleure amie.

- Je ne te demande pas de tourner le dos à tes parents, Rose, bien au contraire. J'aimerais, pour toi, que tu te dévoiles à eux, que tu te montres telle que tu es, telle que je t'aime. Telle que nous t'aimons.

Rose sentit James hocher la tête avec ferveur. Sa tête bourdonnait mais, bizarrement, ça n'avait rien de douloureux d'être ainsi reliée à deux entités à demi animales. Elle était même prête à s'engager pour une vie entière. Et à le prouver à sa meilleure amie.

Elle ne prit même pas la peine de s'excuser auprès de sa mère et attira enfin sa meilleure amie dans ses bras. Toutes deux s'assirent près du corps d'Anastasia, la veillant en se soutenant l'une l'autre, s'attirant les regards attendris de l'assemblée, Hermione exceptée.

ooOOoo

Une heure passa alors que les deux familles attendaient, en silence, ne relevant la tête que lors des fréquents passages des Guérisseurs qui vérifiaient que l'état de leurs patientes était toujours stationnaire. James allait d'une chambre à l'autre, portant un café brûlant à Malek et Isidore, prenant dans ses bras un Jalil désemparé, échangeant des regards tristes et compatissants avec Rose et Albus.

En patientant à la cafétéria de l'hôpital le temps qu'un elfe lui prépare un bol de soupe pour Katarina, il entendit quelques bribes de mots qui l'intriguèrent. Suffisamment pour qu'il se déplace discrètement et laisse l'animal en lui déployer ses aptitudes.

- … ne comprends pas pourquoi tu t'intéresses tant à ce cas. Les gamines n'ont pas été blessées par une créature, tu le sais très bien, sinon nous t'aurions appelée.

- Ma fille est à Poudlard.

- Et ? Elles ne sont ni de la même année ni de la même maison, pas vrai ? Ce sont deux petites Serdaigle de deuxième année alors que Soizic est à Gryffondor, en...

Surpris, James jeta un bref regard vers les deux Guérisseuses. L'une d'elles étant de profil, il n'eut aucun mal à voir qu'elle était d'une grande beauté. Son badge indiquait son nom et sa fonction. Cesaria Azilis, Sous-guérisseuse en chef du service des hybrides.

- … forcément un lien avec ce « virus » dont parle la presse. Les Aurors refusent de nous écouter, tu penses bien, le chef a demandé à s'entretenir avec Potter mais celui-ci est paraît-il « très occupé ».

- Et pour le signe ? Matthew a dit qu'un signe avait été tatoué sur les deux patientes ?

- Il l'a signalé, oui. Mais les Aurors ne veulent rien en savoir non plus, parce que les signes ont disparu dès qu'on est parvenus à les maintenir en vie. Ils disent que Matthew a halluciné, ils ont sorti ses horaires, ont dit qu'il enchaînait les gardes, bref, le tintouin habituel lorsqu'on trouve quelque chose d'inhabituel.

- Tu l'as vu, toi, ce signe ?

- Non, Cesaria. Mais Matthew me l'a décrit et je ne vois pas ce que...

- C'était quoi ?

James ressentait la hâte et l'angoisse de la Guérisseuse. Elle redoutait visiblement la réponse. Autant qu'il la redoutait lui-même. Et son instinct ne l'y trompa pas.

- Une lettre. Un W. Étonnant, pas vrai ? Même si c'est pas cette lettre qui va nous aider à les soigner...

- Qui s'occupe d'elles ?

- L'interne en Médicomagie Hasardeuse les surveille. Mais i plus rien à faire, tu sais. C'est toujours la même chose avec ce « virus », on fait tout ce qu'on peut, on mobilise toutes les forces possibles et... On attend. Parfois le patient se réveille, parfois il reste endormi pendant des jours, des semaines, des mois... Parfois il s'éteint, sans que l'on ne puisse rien y faire.

- Elles sont si jeunes...

- Je le sais bien... Et leurs proches sont si démunis... Mais crois-moi, Cesaria... Seul un miracle pourrait les sauver…

ooOOoo

Lorsqu'il fut revenu près des Kandinsky, l'attente lui sembla plus éprouvante encore. James avait glissé ce qu'il avait entendu à la cafétéria dans un coin de sa tête, refusant d'y réfléchir alors que deux fillettes, deux innocentes demeuraient entre la vie et la mort.

Resté au fond de la pièce, près du brouhaha rassurant du couloir, James entendit les voix de Malek et Isidore. Des sanglots compréhensibles et un semblant de colère qui intrigua James. Pour lui, Malek et Isidore étaient deux rocs inébranlables, deux forces tranquilles, jamais il n'avait vu l'un ou l'autre se disputer avec qui que ce soit. Sa curiosité piquée au vif, il tendit l'oreille, et comprit qu'Isidore essayait de faire entendre à raison à Malek, lui-même persuadé d'être coupable de l'état de leurs sœurs.

- … battues en duel...

- Rien n'aurait pu les pousser à se battre en duel ! Elles sont beaucoup trop amies pour...

- Certes, mais je ne vois pas le rapport avec toi, Malek. Pourquoi...

- C'est pas la première fois qu'on ne comprend pas ce qui se passe ! Le Tournoi, l'accident de James, la dernière Tâche...

- Ce n'était pas toi qui étais visé ! Le Tournoi est derrière toi, je sais que...

- Amalthéa était étrange, elle a essayé de me prévenir, j'aurais dû...

- Nous y voilà. I qu'une seule personne qui peut te mettre ces histoires de fous dans la tête. Delanikas.

La voix d'Isidore s'était faite amère, et James n'en fut que plus perplexe. Après Soizic Azilis, entendre parler de Briseis, même par le biais de sa sœur, l'intriguait au plus haut point. Et bien qu'il se refuse à y songer, ses pensées tournées vers les deux petites filles qui luttaient contre la mort, son esprit cogitait à vive allure.

Et puis soudain, crevant le lourd silence qui semblait s'être installé depuis trop longtemps, la douce et faible voix d'Anastasia se fit entendre. Ses parents se précipitèrent, Rose lâcha Natasha et James fit signe à Isidore d'entrer.

- Rose, James, appela Hermione. Venez, laissons-les seuls un moment.

Elle profita de l'inattention des Kandinsky pour sortir discrètement sa baguette, obligeant sa fille et son filleul à sortir de la pièce. Non loin d'eux, et enhardis par le réveil d'Anastasia, les Lespare veillaient Adélaïde, guettant le moindre signe de rémission.

- Maman… Écoute… On est désolés. Mais on devait…

- Il est temps de rentrer maintenant. James… J'ai déjà écrit à tes parents. Ton père est sur son enquête et Ginny… Elle est occupée aussi. Mais je suis heureuse qu'ils ne soient pas venus, on n'avait vraiment pas besoin d'une dispute maintenant. Ton père sera également au courant, Rose. Bien sûr, lui, se montrera ravi, j'en suis sûre, ajouta-t-elle avec aigreur en entrant dans la chambre d'Adelaïde Lespare. Viens, Albus, nous allons rentrer à Poudlard. Ne t'inquiète pas, je ferai en sorte que ta punition soit amoindrie, tu n'es coupable après tout que de subir la mauvaise influence de... Je pense que tu peux rester auprès de ton père et de ton frère, Jalil, mais...

- Non, madame, je vais rentrer aussi. Mon frère écrira directement au professeur Slopa si… quand ma sœur se réveillera.

- Bien, je vous donne cinq minutes pour dire au revoir.

James ne préféra pas déranger le père de Jalil mais échangea un sourire avec Malek. Il rentra ensuite dans la chambre d'Anastasia où les sourires chaleureux de la famille Kandinsky faisaient plaisir à voir. James s'approcha d'Anastasia répondant à son faible sourire alors qu'il écartait une mèche sur son front brûlant.

- Je suis heureux que tu ailles mieux. Ne t'inquiète pas pour tes sœurs, je m'occupe d'elles le temps que tu reviennes à Poudlard, ok ? Repose-toi bien, Ana.

- Nasstia'Assiakolien'ka, répondit-elle avec un sourire.

- Oh là là !… Bon, ok, promis, quand tu reviens à Poudlard, j'aurais appris à le dire convenablement. Maintenant, va falloir que je trouve une excuse pour que le Guérisseur te garde plus longtemps, ajouta James en faisant mine de réfléchir, déclenchant les sourires autour de lui.

- Merci, James.

- Pas de souci, Anaassialen… Ok, je n'y suis pas encore, mais tu verras !

Il étreignit une nouvelle fois les Kandinsky, heureux d'enfin pouvoir se laisser aller à rire des blagues d'Ivan tout en attendant que Natasha dise au revoir à sa famille. Hermione les accompagna jusqu'au hall d'entrée et s'approcha d'une cheminée « groupe de passage ».

- On y va tous ensemble, j'ai quelques mots à dire à vos professeurs.

Sa voix, plus acerbe que jamais, fit frissonner sa fille. Sans se concerter, James et Natasha s'approchèrent de Rose, l'encadrant en lui serrant la main. Loin de succomber à l'angoisse du moment, alors qu'elle aurait dû redouter les punitions qui allaient pleuvoir, Rose se surprit à sourire joyeusement. Non loin de la cheminée, un miroir lui renvoyait un reflet amusant et plein d'espoir.

- Je peux savoir ce qui te fait rire en un moment pareil ?, souffla Natasha à son oreille.

- La situation, murmura Rose, se retenant difficilement de rire.

La sentant s'agiter, James fronça les sourcils.

- J'espère que tu ne l'as pas fait traîner dans les couloirs les plus sordides du deuxième étage, protesta Natasha en le fusillant du regard. Elle a la peau super fragile et…

- Nous n'avons traîné dans aucun couloir sordide !, se défendit James. Et sache que le bien-être de Rose compte autant pour moi que pour…

- Je vais bien, intervint Rose en souriant plus que de raison.

- Tu es sûre ?, insista Natasha qui, visiblement, en doutait.

- Oui maman, lâcha Rose d'un air malicieux.

Alors que sa véritable mère disparaissait dans les flammes vertes, Rose jeta un dernier coup d'œil à son reflet, celui d'une fille entourée de deux personnes aimantes auprès de qui elle était prête à vivre et à s'épanouir.

ooOOoo

Leur arrivée dans le bureau du professeur Ganesh fit sensation. Il semblait en pleine discussion avec le professeur Glacey et les deux hommes les dévisagèrent, abasourdis.

- Bonsoir, messieurs. J'étais à l'hôpital Ste Mangouste où Natasha Kandinsky était venue voir sa sœur. Et j'ai été très surprise de voir ces quatre élèves arriver. Anastasia Kandinsky s'est réveillée, le Guérisseur qui s'occupe d'elle vous écrira bientôt, je pense.

- Merci madame Weasley.

- Je tiens à vous souligner que l'idée venait de James et qu'Albus...

- Merci madame Weasley, répéta le professeur Ganesh en désignant la cheminée.

- Mais…

- Au risque de me répéter, je vous remercie, madame Weasley. Il se fait tard et nous ne voudrions vous retarder contre votre gré…

Vexée, Hermione disparut dans l'âtre alors que Natasha s'avançait, tentant de se justifier auprès des professeurs.

- Je les ai suppliés de venir avec moi, ma sœur Irina était introuvable et…

- Miss Kandinsky, l'interrompit son directeur de maison, je vais vous raccompagner dans votre salle commune. Robert, je te laisse le choix de faire fouetter ou non ces quatre-là. Mais, au nom de notre amitié, n'éclabousse pas trop de sang sur mon tapis.

Le professeur Glacey pouffa mais retrouva rapidement son sérieux légendaire.

- Bien. J'imagine que miss Weasley a voulu accompagner sa meilleure amie dans ce triste moment n'est-ce pas ? Et J'imagine que M. Potter a voulu accompagner M. Lespare pour la même raison ? Et vous, James, j'imagine que vous étiez le seul capable d'amener une telle troupe en dehors du château ?

- …

- Disparaissez !, s'écria le professeur Glacey. Disparaissez avant que je ne change d'avis !

ooOOoo

Rose Weasley ne se souvenait pas vraiment de ce qu'il s'était passé si ce n'est qu'ils ne s'étaient pas fait prier pour quitter le bureau rapidement. Ils étaient ensuite partis chacun de leur côté, regagnant rapidement leurs dortoirs. A son arrivée, Natasha était seule dans la chambre et l'attendait assise sur son lit.

- Alors ?

- Rien. Pas une retenue, pas de points enlevés, rien ! Glacey s'est énervé en nous disant de disparaître.

- Sérieux ?

- Je crois que c'est grâce à James. Il a enduré tellement d'horreurs ces derniers temps que Glacey ne voulait pas le virer maintenant.

- Il a eu du bol. Comme vous tous d'ailleurs.

- En même temps ça aurait été justifié, on était hors du château mais… James… Il a vraiment fait ça pour pas que tu te sentes abandonnée.

- Ça, ajouté au fait que Jalil n'était même pas au courant pour sa sœur…

- Mais il aurait pu ne prendre que Jalil. Tu sais il est… Il a changé. Il a muri. Sérieusement. Il a eu les bons gestes, les bons mots… moi… j'étais incapable de réfléchir…

- J'ai bien cru que tu ne me prendrais jamais dans tes bras.

- Je sais. Moi aussi j'ai cru que… Mais tu es ma meilleure amie. Ma seule amie. Et je n'ai jamais été habituée à… bref… Heureusement que James m'a montré l'exemple.

- Tu suis l'exemple de ton cousin, maintenant ?

- Je ne m'en sors pas si mal, tu sais. C'est un très bon exemple, même. Il faudra bien que tu le reconnaisses. Ça et tout le reste.

- Le reste ?

- Tes sentiments pour James. Je le fais bien, moi.

- Ca n'a rien à voir, voyons. I rien entre lui et moi. Ok, on joue ensemble mais y a rien de plus.

Rose esquissa un tendre sourire. La Natasha qu'elle aimait, sa Natasha était de retour, têtue et de mauvaise foi.

- Ouais… Bon… Faut que j'aille voir Irina maintenant.

Sa meilleure amie ignora les regards insistants que lui lançait Rose mais celle-ci n'était pas dupe et quelque chose au fond d'elle lui murmurait que tout n'était pas sans espoir entre les deux piliers de sa vie.

Natasha enjamba prestement sa malle avant de claquer la porte derrière son dos. Rose, encore chamboulée par l'aventure qu'elle venait de vivre, décida que la meilleure manière de l'oublier serait de la noyer sous des litres d'eau brûlante et elle gagna la salle de bains, ravie de pouvoir se dévêtir sans les regards voyeuristes de ses camarades de chambre.

Une fois seul dans le dortoir, un grimoire sans âge ouvrit seul la malle de Natasha et s'envola, venant se poser comme si de rien n'était sur la table de chevet de la jeune batteuse.

Sa couverture, grisâtre, se mit à se trémousser, comme désirant se débarrasser définitivement de la fine pellicule de poussière qui la recouvrait. Sur la partie haute de l'ouvrage, des lettres se mirent à scintiller.

Onze lettres

Deux mots

Memento Mori


Tadaaaaaam

Bon, j'ai écrit la trame de ce chapitre y a trois ans environ et je n'en suis pas très satisfaite mais comme l'a dit un auteur très célèbre du nom de Monsieur Cote de Point, « il ne faut jamais oublier celui que nous avons été », un truc dans le genre… et l'idée me plaisait de ne pas oublier celle que j'étais jadis, persuadée de ne jamais publier cette histoire et d'écrire des milliers de pages sans jamais les partager avec personne… Mais la relecture/correction fut laborieuse, ça m'a pris bien plus de temps que prévu... Bref!

La petite visite de Ste Mang' vous a plu ? Vous êtes surpris qu'Ana et Adélaïde aient été admises dans ce service et non dans celui dédié aux sortilèges/duels/blessures de guerre ? Vous aimez/détestez toujours autant Natasha ? (les avis sont vraiment partagés sur elle…) Vous êtes déçus que ce chapitre ne fasse « que » 43 pages ? Je vous rassure tout de suite, le prochain sera plus long. Et complètement bordélique. Encore un chapitre écrit y a trèèèèès longtemps et dont je regrette presque qu'il soit aussi nécessaire au bon déroulement de l'histoire parce que… c'est vraiment, vraiment, vraiment bordélique. Et j'insiste sur le « vraiment ». Je le publierai le plus rapidement possible, avant ou après (sans doute après) une sorte de bonus-faux-chapitre-vrai-cadeau-de-Noël complètement loufoque… Bref, à tout bientôt et d'ici-là portez-vous bien !