Devinez qui a retrouvé plus ou moins son rythme de publication ?

Voilà donc le dixième chapitre, on se rapproche timidement de la fin du premier Arc ! Dans deux, trois chapitres, on aura fini la saison 1. Enfin j'espère /SBAFF/. Bref, je vous laisse comme d'habitude à votre lecture !

Le Conte Ensanglanté, Decimo Nocturno.


Hélène était en train d'ouvrir les fenêtres de son bureau pour aérer quand le Hunter toqua à sa porte. La femme haussa un sourcil et retourna à sa table de travail pour vérifier son agenda. Non, il n'y avait rien de prévu à cette heure-ci…

« C'est pour quoi ?

-Une lettre pour vous, madame. »

L'homme derrière les portes entendit tinter les talons de l'aînée de la fratrie royale, avant qu'elle ne lui ouvre, son éternel sourire poli au visage. Elle prit l'enveloppe, l'examinant. Elle n'avait pas été descellée, et vu la légère maladresse visible sur le cachet, elle savait déjà de qui ça venait. Hélène releva la tête et sourit :

« Ce sera tout, merci. »

Elle ferma les portes derrière elle et les verrouilla. On ne sait jamais : les gens avaient tendance à débarquer dans son bureau comme dans un moulin et Sarah utilisait le papier pour communiquer avec qu'elle que quand l'occasion l'exigeait. Soit, quand elle était en mission, dans le pétrin et qu'il n'y avait pas de réseau soit quand elle ne pouvait se servir de son téléphone mais qu'elle ne voulait pas non plus risquer de venir en personne. Allons bon, ça ne pouvait pas se passer aussi mal dans cette académie que ça, non ?

La lettre la fit déchanter tout de suite. Non, ça n'allait pas à l'Académie, mais ce n'était pas pour les raisons auxquelles Hélène s'était attendue. Ichio s'était montré dans l'enceinte du territoire neutre et apparemment sa sœur avait eu l'infortune de tomber sur un fantôme. Résultat des courses, elle commençait à douter de Père…

Sa main attrapa le paquet de cigarettes par réflexe. Tant pis pour l'aération. Elle plissa les yeux, une migraine pointant déjà le début de son nez.

Que faire ?... Ce n'est pas comme si Père ne lui avait pas menti mais jeter de l'huile sur le feu risque de faire du mal à tout le monde.

Elle expira sa fumée, relisant les derniers mots de sa lettre. Et maintenant sa sœur comptait sur elle pour répondre à ses questions. Merde. Pas facile d'être la sœur aînée. Enfin, elle était surprise que Sarah n'ait pas plutôt adressé ses doutes à Anya. C'était cette dernière qui était en constant affrontement avec le Roi de la Guilde.

A moins qu'Hélène n'ait surestimé le nombre d'informations que détenait sa sœur handicapée et que la plus jeune de la famille se tourne donc par réflexe vers celle qui était le plus proche de son père. Auquel cas l'aînée avait cette fois sous-estimé le flair de la princesse héritière. Si la femme aux cheveux blancs voulait garder la confiance de Sarah, il fallait qu'elle donne des informations. Mais pas assez pour porter préjudice aux plans de Père.

Un équilibre. Elle aimait cette idée-là. Elle tapota sa cigarette pour en disperser la cendre dans le cendrier, remettant la main sur l'enveloppe. Tout en regardant le sceau maintenant brisé en deux, Hélène réfléchit à ce qu'elle devait dire. Elle écrirait d'abord à Sarah, en essayant de l'aider autant que ses obligations ne lui permettent, puis l'aînée irait voir le Roi, histoire de l'avertir que la plus jeune doutait de ses intentions. Ensuite, quand elle serait au travail, Hélène pourrait observer le Sénat pour vérifier qu'ils ne dépassent pas leurs droits donnés par le Contrat…

La politique entre les vampires et les Hunters lui faisait penser à une sorte de fil entre deux ravins sur lequel tu devais marcher pas à pas pour ne pas risquer de tomber. C'était intéressant et frustrant à la fois. Enfin, elle avait signé pour ce boulot et avait juré loyauté au trône, et à lui seul. Sarah serait sa Reine un jour. En attendant, elle lui cacherait des choses comme à tout le monde.

L'aînée de la fratrie Darkwing prit son stylo et commença à écrire, usant de toute sa mesure dans ses dires pour satisfaire sa famille. Puis, elle prit une enveloppe et la ferma avec en son sein la fameuse lettre. Pas besoin de sceller : tout le monde savait bien ici que si on tenait à son poste, on ne touchait pas aux affaires personnelles d'Hélène.

Ensuite, elle alla toquer au bureau de son père. Un « Entrez » fatigué résonna et Hélène prit une petite inspiration avant de passer le seuil de la porte. Edouard n'allait guère aimer ce qu'elle avait à lui dire.

Le roi leva les yeux vers elle et eut un rare sourire :

« Hélène. C'est surprenant de te voir sortir de ton bureau aussi tôt.

-Tu m'as dit que les informations concernant Sarah devraient t'être communiquées immédiatement si elle venait à m'écrire. », fit-elle en haussant les épaules, avant d'ouvrir un des placards. Il cachait son meilleur scotch ici, si sa mémoire était bonne.

Edouard la regarda faire, avant de sortir en soupirant deux verres d'un des tiroirs de son bureau. A quel point les nouvelles étaient mauvaises ? Il attendit qu'Hélène se serve, finissant d'approuver la Liste des vampires à abattre pour cette semaine.

« Elle a des doutes concernant ton honnêteté. Elle sait qu'Ichiru Kiryu est encore bien vivant, et a entraperçu Asatô à l'Académie Cross. Ajoute à cela le fait que tu aies fait exprès de saboter l'envoi de ses lettres à l'autre jumeau Kiryu… Sarah doit trouver que ça fait beaucoup. »

Elle ne parla pas de l'excursion secrète d'Anya ici-même, dans le bureau royal. Mêler leur autre sœur ne causerait que plus d'ennuis. Et la brunette de la famille lui en voudrait encore plus… Ce serait gênant. Elle prit une petite gorgée d'alcool avant de continuer :

« Elle m'a demandé si le Sénat et toi étaient en train de collaborer pour une raison qu'elle ignorerait et si tu lui cachais encore des choses.

-Hum. Qu'as-tu répondu, alors ? »

Hélène haussa les épaules avant de résumer ce qu'elle avait écrit :

« Je ne suis au courant de rien par rapport à l'affaire Kiryu ou tout ce qui se passe à l'Académie Cross, à part pour le fait que je vois passer les transferts des élèves. Pour le reste, je lui ai annoncé que tu travaillais en fait avec le Sénat pour que les deux organisations puissent améliorer les relations politiques entre les deux races. J'ai répondu vaguement mais elle se dira sûrement que c'est à cause du secret professionnel. »

Le père hocha la tête, plongé dans ses pensées. Il regardait la photo de sa femme encadrée sur son bureau, celle-ci accompagné de portraits de chacun de leurs enfants. C'est comme ça qu'il faisait pour décider de la marche à suivre : il regardait ces photos et décidait ensuite de ce qui serait le mieux pour leur avenir. De ce qu'aurait fait Jin aussi…

Parfois, ces deux perspectives se contredisaient. Exactement comme à cet instant. Edouard soupira, et chercha son paquet de cigarettes :

« Bien. Tant qu'elle n'a pas tout de suite connaissance de notre Contrat avec le Sénat, tout devrait bien se passer. Ce n'est pas grave si Sarah a des doutes. Au contraire, ça veut dire qu'elle mûrit… »

L'air d'Hélène fut indéchiffrable pendant un instant avant qu'elle ne refuse la cigarette qu'il lui tendait. Elle se permit d'émettre ses propres doutes :

« Vous êtes sûrs que c'est une chose bénéfique ? Il ne faudrait pas qu'elle s'oppose à vos plans dans le futur… Elle n'a jamais aimé le Sénat.

-Personne ici n'aime le Sénat. Mais si Sarah comprend bien quelque chose, c'est le mal nécessaire. C'est parce qu'elle n'aime pas le Sénat que je l'ai envoyé dans cette fichue académie. Pour lui montrer qu'ensemble, la Guilde et le Sénat pouvaient s'entendre sur des projets comme celui-ci et améliorer le futur. Tout en lui faisant connaître Kaname Kuran. »

Les deux derniers mots respiraient le mépris. Hélène hocha la tête, comprenant ce qu'il voulait faire. Mais elle rajouta aussi à voix haute ce qu'il n'avait pas dit :

« Tu voulais aussi l'éloigner d'ici, pas vrai ? »

Un petit silence. Puis le père soupira et écrasa sa cigarette à moitié consumée. Son regard vert sombre se dirigea vers le portrait de sa défunte femme, encore une fois. L'aînée de la fratrie se demandait bien à quoi pensait le Roi quand il avait les yeux posés sur cette maudite photo. C'était un peu comme l'ultime rappel qu'être Roi ne le rendait pas omnipotent, loin de là. Il pouvait gagner beaucoup de choses : des débats politiques, des victoires sur les Levels E, des villes entièrement désinfectées de vampires dégénérés... Mais il pouvait perdre infiniment plus.

Edouard ferma les yeux et détourna le regard de ce cadre, avant de répondre :

« Exact. Ça aurait été embêtant qu'elle apprenne par accident ce que je compte faire avec le Sénat. Elle ne comprendrait pas, pas avec la mentalité qu'elle a aujourd'hui. Sarah ne pourrait pas envisager que ce que j'ai signé, était pour sa sécurité. Notre sécurité. »

Hélène pinça les lèvres. Non, effectivement, Sarah ne comprendrait pas. Mais contrairement à son père, l'aînée croyait dur comme fer qu'elle ne changerait jamais d'avis à ce sujet.

« Tu as envoyé ta lettre en prioritaire ?

-Bien entendu, comme elle avait fait de même… Vu que c'est un coursier de la Guilde qui ira la mettre, elle l'aura sûrement demain, à la première heure. »

Edouard hocha la tête. Il vaudrait mieux que ce soit le cas. Hio ne tarderait pas à chercher vengeance, après que son amusement initial avec l'Académie soit terminé. Il salua sa fille quand il partit et sentit comme un regard lourd sur lui, alors qu'il reprenait une cigarette. Jin Darkwing le fixait de ses yeux glacés, dont l'intensité devrait être interdite dans une simple photo.

Il ferma les yeux, le mal de tête qui avait disparu jusqu'à présent revenant à la charge rien qu'au souvenir poignant de sa femme, la mère de ses enfants, lui dire au revoir le temps d'une mission dont elle ne reviendrait jamais. Elle n'approuverait pas.

Comme elle n'aurait pas approuvé le fait qu'il ait laissé le Sénat installer ces foutus nids de Levels E dans la ville, sous la condition d'être bien emprisonnés. Et cela, avant même qu'Anya ne perde ses deux jambes à cause de cette décision.

On doit faire des choses bien regrettables pour assurer la survie de son peuple, après tout. Collaborer avec le Sénat Vampirique était le moindre de ses méfaits. Et c'était toujours mieux qu'être à la solde de Kaname Kuran…

Il espérait juste que ses descendants comprendraient ses décisions, quand il ne restera de lui que des cendres et des os à enterrer dans les bas-fonds de la Guilde.


Sarah ferma la lettre qu'elle avait reçu ce matin, les lèvres et les yeux plissés d'inquiétude. Hélène avait avoué que son père travaillait avec le Sénat sur un grand projet : cela ne l'aurait normalement pas inquiété plus que ça, les deux organisations collaboraient parfois ensemble, mais… Elle avait un mauvais pressentiment.

Ce qui apparemment commençait à devenir une habitude ces temps-ci. La fille aux cheveux rouges se massa les tempes, avant de se rappeler qu'elle était en ce moment avec Rima et Senri. Ce dernier la regarda avec un sourcil haussé, Rima ayant quant à elle avait une lettre venant des poches du garçon en main :

« Des problèmes ?

-Un léger désaccord de famille. »

Tu parles d'un euphémisme, pensa-t-elle avant de secouer mentalement la tête et d'ajouter :

« Et toi Senri? Une lettre de ta mère ?

-Non. Elle vient d'une des filles de la Day Class.

- On l'invite très régulièrement au bal de fin de semestre, même s'il ne s'intéresse pas aux fan-girls, renchérit Rima en haussant les épaules.

-Vraiment ? Je peux voir ? »

Maria Kunerai attrapa la lettre à la volée, la lisant rapidement. Sarah grinça des dents jusqu'à ce qu'elle se fasse mal. Sans vouloir passer pour Ruka, est-ce qu'on avait appris à cette gamine -ou cette sang-pure- la moindre manière, ou est-ce qu'elle le faisait exprès ? Parce que la Hunter commençait sérieusement à en avoir assez. La rousse jeta un regard vers les deux mannequins, qui avaient l'air d'être de son avis. La nouvelle continua dans sa lancée :

« Alors Shiki-kun est mannequin. Tu dois être célèbre, non ?

-Hé, toi… »

Rima gardait son ton habituel, mais Sarah pourrait presque lire une expression agacée sur le visage de pierre de la mannequin. Maria sembla comprendre le message et s'excusa avec un sourire. La Hunter haussa un sourcil, avant de regarder son amie :

« Ce fut efficace. Tu devrais menacer les gens plus souvent.

-Tu n'aimes donc pas notre nouvelle camarade de classe. »

La phrase de Shiki ressemblait plus à une affirmation qu'à une question. Sarah le regarda avant de détourner les yeux pour fixer Maria Kunerai. Puis, elle répondit en choisissant bien ses mots :

« La seule chose positive dans sa venue, c'est que je ne suis plus la petite dernière du groupe.

-Tu seras toujours la plus petite du groupe, fit Shiki, en prenant un Pocky. »

Sarah haussa un sourcil, offensée. Elle se tourna vers Rima, ayant une idée bien précise en tête :

« Tu fais quelle taille, Rima-chan ?

-1 mètre 65.

-… Avec les couettes, non ? » demanda à nouveau Sarah, se rendant compte qu'il se pourrait bien que Senri ait raison.

Bien sûr qu'elle ne pourrait pas rivaliser avec Ruka, ça se voyait clair et net que la rousse était plus petite que la beauté froide de la Night Class. Mais elle pensait avoir une chance avec Rima…

Mais cette dernière asséna le dernier coup, avec ce qui pourrait bien être l'indice d'un sourire en coin :

« Sans les couettes, en fait.

-De toute façon tu fais quoi ? 1 mètre 55, pas plus ?, fit Senri, non sans vouloir la taquiner un peu. On dirait bien que le sujet est quelque peu épineux pour la Hunter.

-Je fais un mètre 1 mètre 59, espèce de mauvaise langue montée sur des échasses. »

L'insulte était sortie de la bouche de Sarah plus vite qu'elle ne l'avait pensé. Senri fit semblant de lever les yeux au ciel d'exaspération, et le rire à peine voilé de Rima fut interrompu par Yagari qui arriva dans la salle.

« Le cours va commencer, et vous n'avez pas encore pris place. Qu'est ce que vous êtes, des gamins ? Asseyez-vous. »

Rabat-joie.

Sarah eut vite fait de s'assoeir près de Senri et Rima cette fois, attendant sagement que le cours commence pour se reposer un peu pendant la leçon. Yagari ouvrit son livre, trouva la page du jour et s'apprêta à parler.

Ses yeux se posèrent sur Maria Kunerai, et la Hunter put jurer voir le professeur plisser l'œil, par méfiance peut-être par haine. La fille aux cheveux rouges voulut vérifier ce qu'elle était en train de voir, mais la seconde d'après, Yagari commençait à parler de l'importance de la morale en société.

Impossible qu'elle ait imaginé cet échange. Elle fixa le Hunter du regard, les questions qu'elle avait laissé hier sans réponses revenant en tête. Il suspectait Maria d'être à l'origine de futurs ennuis ? Il n'avait jamais été très amical envers les vampires, mais un tel regard envers une petite étudiante, c'était une première. Ses yeux vairons divergèrent vers une des places plus hautes.

Hanabusa semblait vouloir attirer son attention depuis un petit moment. Discrètement, il souleva de quelques centimètres son livre, lui montrant ce qu'il y avait en dessous. Un dossier de quelques pages seulement.

Les résultats de ses recherches étaient arrivés rapidement, tiens. Elle hocha la tête doucement quand il lui montra le parc d'un coup de menton.

Plus qu'à attendre la fin des cours…


« Kunerai Maria a été transférée dans la Night Class après avoir rempli les formulaires et avoir prêté serment. A part ça, le document souligne qu'elle a une santé fragile, d'où son entrée retardée dans l'Académie. Elle n'avait encore jamais fait une apparition dans la société nocturne. C'est tout. »

Sarah et Hanabusa laissèrent échapper un « hum » désappointé en entendant Akatsuki leur faire le résumé des maigres recherches dans la base de données de l'Académie. Le plus grand leur jeta un regard avant de remettre son regard fatigué sur les fiches :

« Je ne vois rien d'étrange. Elle ne se rend peut-être pas compte du danger.

-Et du côté de sa famille, rien de particulier à signaler ?, demanda sans grande conviction Sarah en croisant les bras.

-Pas à ce que je lis là, répondit Kain. »

Hum. Si c'est bel et bien la sang-pure qui est dans le corps de Maria, ça n'aurait pas été très intelligent de la part d'Hio de mettre son lien de parenté dans les fichiers de l'Académie. On aurait tout de suite flairé le piège.

Aido fronça les sourcils et interpella Sarah :

« T'aurais quelque chose à nous révéler ? »

Mince. Aurait-elle trop insisté dans sa quête de réponses ? La Hunter les regarda, avant de secouer mentalement la tête. Il était temps de leur montrer qu'elle leur faisait confiance. Alors, elle répondit par une autre question :

« Vous avez déjà rencontré Shizuka Hio ?

-La sang-pure ? Non, malheureusement. Elle a perdu la raison et s'est échappé de sa demeure familiale. On n'a plus jamais entendu parler d'elle après l'incident Kiryu. Certains pensent qu'elle est morte. Pourquoi ? »

C'était Kain qui avait répondu. Aido plissa les yeux, semblant avoir une petite idée de ce qu'elle allait dire après. Sarah décida de cracher le morceau à propos de ce que lui avait dit Anya dans une de ses lettres :

« Ma sœur qui travaille à la Guilde m'a informé que le Sénat avait détecté la présence de Shizuka Hio pas loin de l'Académie. Et on sait tous qu'elle pourrait avoir une bonne raison de venir ici… »

La nouvelle information fit plus ou moins l'effet d'une bombe pour les vampires. Le Sénat savait que Shizuka Hio n'était pas morte ?! … Il passa une dizaine de secondes sans qu'aucun d'entre eux ne dise mot, puis encore une dizaine de secondes. Puis le blond passa une main dans ses cheveux, sûrement frustré de ne pas y avoir pensé avant :

« Je me demandais aussi pourquoi Kaname-sama avait laissé si facilement Maria s'installer dans l'ancien Pavillon de la Night Class.

-Il a fait quoi ? »

La réaction de Sarah ne s'était pas fait attendre. Sans attendre confirmation de ce qu'elle venait d'entendre, elle fronça les sourcils :

« C'est … à peine croyable.

-De quoi, d'avoir accepté ? Si c'est bien une sang-pure, il a peut-être fait ça dans l'intérêt de la Night Class et des humains. Le dortoir est assez éloigné, fit Kain en haussant les épaules.

-Nan. Enfin si, je suis d'accord. Je parlais du fait que Maria -ou Shizuka, peu importe- ait demandé à aller dans l'ancien dortoir. Ce n'est pas discret du tout. En fait, il n'y avait pas meilleur moyen pour dire 'Eh oh, je prépare un coup foireux, pourriez-vous me donner un endroit tranquille pour élaborer mon plan machiavélique qui va tous vous faire souffrir ?', non ?, fit Sarah, en haussant les sourcils. »

… Oui, maintenant ils pouvaient voir pourquoi elle avait eu ce chemin de pensées. Kain soupira et se tut. Parler d'elle portait malheur et si son cousin et la Hunter avaient raison, ils avaient tout intérêt à rester hors de portée.

Quoiqu'il doutât que son cousin fasse de même, vu son côté casse-cou. Hanabusa se leva et croisa les bras derrière sa tête, essayant de se débarrasser de son état tendu. Il reprit la parole en soupirant :

« De ce que j'avais lu dans les archives vampiriques, les Kunerai sont des parents très éloignés des Sang-Purs Hio. Mais ça ne pourrait être qu'un coïncidence. De toute façon, une seule personne ici en dehors de Kaname pourrait nous dire si Maria est bien celle qu'on croit. »

Sarah et Akatsuki le regardèrent de manière confuse. Une personne qui pourrait déterminer si elle est vraiment la sang-pure dans un autre corps ?.. Les sang-purs se reconnaissaient entre eux, même sous d'autres formes, mais les aristocrates et les Hunters n'avaient pas ce pouvoir. Sinon ils ne seraient pas dans un tel pétrin. A moins que… La fille aux cheveux rouges écarquilla les yeux :

« Zero ?

-On devrait aller lui parler demain, décida Hanabusa en hochant la tête.

-Ce sera sans moi, demain je suis occupé. »

Ce fut la réponse d'Akatsuki, qui semblait déjà en avoir ras-le-bol de leur théorie conspirationniste. Sarah haussa un sourcil, pas vraiment étonnée vu qu'il était du genre à bien rester dans le rang. Mais elle demanda quand même ce qui pourrait être plus important que la chasse aux informations. Le roux passa une main dans ses cheveux, un peu gêné :

« Ruka et moi allons en ville, pour qu'elle puisse décider quoi mettre pour le bal. C'est déjà prévu depuis un moment. Et deux, c'est bien suffisant pour aller interroger le préfet, non ? »

Hanabusa et Sarah échangèrent un regard puis haussèrent les épaules. Sarah ne voyait pas vraiment ce que trouvait Kain à la mijaurée de la classe, mais bon. Ce n'était pas son cœur, donc pas son problème. Elle se leva à son tour :

« On ferait mieux de rentrer… »

Sur le chemin du retour, elle jeta un coup d'œil en direction de la forêt. C'était derrière que se trouvait l'ancien dortoir des vampires. Elle plissa les yeux deux, trois secondes avant de se retourner. Elle était curieuse de savoir ce qui se passait entre ses murs en ce moment…


Sarah aurait peut-être dû réfléchir avant d'accepter la proposition d'Hanabusa et d'y aller en plein milieu de journée. Soi-disant que ce serait plus facile d'intercepter Zero et l'interroger. C'était une bonne stratégie, mais elle n'avait pas envisagé les désagréments collatéraux.

A savoir que ses oreilles allaient commencer à saigner si les filles de la Day Class n'arrêtaient pas de crier sur leur passage. La rousse lança un mauvais regard à une fille qui s'approchait trop d'eux, avant de marmonner à son compagnon :

« Si tu veux bien les faire taire avec un de tes tours bidons, ce serait bien… »

Aido qui profitait bien de l'attention jusque-là, haussa un sourcil avant de l'ignorer comme la petite diva qu'il était. Bien sûr. A quoi s'attendait-elle d'autre ?... Sarah plissa les yeux, sentant les maux de tête arriver au galop. Bon dieu, était-ce même possible de crier aussi aigu ? Sarah regarda les fan-girls, puis Hanabusa. Peut-être que si… Elle eut un petit sourire narquois et s'approcha de l'oreille :

« Si tu ne fais rien pour arrêter cette torture maintenant, je vais t'embrasser et te faire perdre ta popularité auprès des filles. D'un. Seul. Coup. »

Hanabusa blêmit d'un coup, avant de soupirer et d'interpeller les filles :

« Mes croquignolettes ! Mon amie et moi sommes vraiment pressés donc je ne peux pas m'occuper de vous. Je me rattraperai ce soir mes chéries ! »

Il leur fit son très fameux clin d'œil et son 'Bang' habituel, et le tour était joué : les fans-girls s'écroulaient, semblant avoir des vapeurs ou quelque chose du genre. Sarah haussa un sourcil, avant de secouer la tête :

« Faudra me dire pourquoi tu fais ça, un jour. »

Enfin, elle en avait une petite idée. Il était intelligent, même trop intelligent pour jouer aux grands coureurs de jupons juste pour le plaisir. Il devait en tirer quelque chose. Et elle était triste de constater que c'était sûrement pour l'attention d'un certain Sang-Pur qui ne s'adressait le plus souvent à lui que pour le réprimander.

Se conduire comme celui qui risquait le plus de briser les règles de l'académie faisait de lui un des problèmes que Kaname devait gérer en priorité. C'est ce qu'elle avait supposé après quelques semaines à être ici. Et Sarah trouvait ça désolant.

Elle avait pu constater pour de bon que la plupart des préjugés qu'on lui avait inculpé enfant à propos des vampires étaient faux : tous n'étaient pas des monstres. Les aristocrates étaient parfois arrogants, parfois non. S'ils usurpaient parfois la tâche des Hunters en tuant des Levels E, ce n'était pas parce qu'ils aimaient la chasse, pas parce qu'ils étaient assoiffés de sang. Le plus souvent, c'est parce qu'ils sentaient que c'étaient leur responsabilité. Quant on sait que c'est un de tes « rois » tout-puissants qui avaient fait de la vie de ces humains déchus un véritable enfer et que les victimes innocentes commençaient sérieusement à s'accumuler, tu dois sûrement te sentir coupable.

Par contre, sa vision des Sang-purs n'avait pas changé d'un pouce. Peut-être à cause de ses propres gênes d'Hunter. Sarah était la descendante des premiers Hunters. Non, plus précisément, son sang était celui de la Fournaise et son apparence était celle de la première sorcière qui a occupé la place de Grande Chasseresse. La fille aux cheveux rouges possédait ses pouvoirs. Et parfois, juste parfois, elle avait l'impression que sa haine viscérale envers les Sang-Purs lui avait été aussi transmise par les gènes.

« Eh oh, on se réveille là-dedans. »

La voix ennuyée la ramena d'un coup à la réalité. Aido l'avait interpellé, son ton ayant radicalement changé. Peut-être parce qu'il y avait Yuuki Cross en vue. Tout le monde savait qu'il supportait que très mal le taux d'affection que montrait Kaname à cette fille. Puis Sarah suivit son regard et fronça automatiquement les sourcils.

« Mais c'est pas possible… »

Aido jugeait la scène de ses yeux glacés intransigeants, hochant la tête à sa remarque. Et pour cause : Maria Kunerai était en train de sautiller dans le parc aquatique, un peu trop près des humains qu'elle ne le devrait être. Le pauvre Vice-Président la suivit, évitant qu'elle ne provoque d'autres problèmes et lui disant qu'ils devaient rentrer maintenant. La petite peste lui dit qu'il exagérait, qu'elle ne faisait que regarder la cafétéria…

« Bon sang. Elle est bête ou trop arrogante pour se croire au dessus des règles. Pas d'interaction avec la Day Class autorisée en plein jour, c'est simple pourtant, grogna-t-elle dans son souffle, croisant les bras. Aido haussa un sourcil à cela :

-Techniquement, on enfreint aussi les règles.

-On va parler à un des préfets, ce n'est pas pareil. »

Une exclamation de surprise les arrêta tous deux dans leur petite joute verbale. Yuuki regardait avec des yeux ahuris Zero qui la stoppait en plein élan. Mince. Ils étaient si absorbés dans leur « passage de nerfs » sur Maria qu'ils n'avaient pas remarqué que Zero était là ? Cette fille leur retournait vraiment le cerveau. Le préfet avait déjà vu qu'ils étaient là, lui. Le Hunter fronça les sourcils et prit une posture raide, les mains dans les poches :

« Eh vous deux. Je peux vous parler un moment. »

Hanabusa et Sarah se regardèrent, s'étant plus attendus à se faire remballer dès la seconde où ils seraient entrés dans son champ de vision. Mais les élèves de la Night Class hochèrent vite la tête. Les trois partirent vers un toit, Yuuki les suivant un moment :

« Eh, mais où est-ce que vous allez ? Zero ! »

Bon sang. Est-ce que ce n'était pas assez clair qu'elle n'était pas invitée à cette petite réunion.

Pour une préfète, une fille adoptée par Kaien Cross et pour quelqu'un qui savait plus tôt bien manier une arme Hunter, elle n'était pas très fûtée. La fille aux cheveux rouges se tourna, n'essayant pas de faire un sourire poli :

« Yuuki-san, bien qu'on apprécie que tu t'inquiètes pour Zero, ce ne sont vraiment pas tes affaires et tu ne devrais pas t'en mêler. Va plutôt réviser, les examens sont pour bientôt pour la Day Class, non ? C'est pas en passant des nuits blanches comme tu le fais que tu risques de les passer avec succès.

-Sarah. »

Zero lui avait jeté un regard presque d'avertissement, et la Hunter réalisa qu'elle était peut-être un peu plus agacée que d'habitude. Elle lâcha donc l'affaire et suivit le blond et le préfet vers un coin tranquille. Les trois ne prirent même pas la peine de fermer la trappe du toit derrière eux. Sarah regarda par-dessus le petit rebord de la tour, voyant des élèves qui les observaient en bas. Discrètement, elle fit un sort pour que rien qui soit dit ici ne soit entendu.

Le Hunter ne passa pas par quatre chemins :

« Est-ce que Maria Kunerai a un lien avec cette femme ? »

Ah. Il avait donc déjà un doute. Sarah regarda Aido et l'éclaira sur l'appellation, même si ce n'était sûrement pas nécessaire :

« Shizuka Hio. »

Le vampire aristocrate haussa un sourcil avant de secouer la tête, semblant un peu exaspéré :

« Vous les Hunters, vous avez tellement peu de respects pour les Sang-purs. Les appeler sans honorifiques. Enfin, ça se comprend. Elle a massacré ta famille, Kiryu. »

Zero serra légèrement les poings, ce qui ne passa pas inaperçu pour Sarah. Pas étonnant. Le fait qu'elle pourrait être là devait sérieusement le tourmenter. Elle reprit à ce moment-là, voulant éviter qu'Aido ne fasse une remarque déplaisante :

« Aido a découvert qu'il y a un lien de parenté entre les Kunerai et les Hio. Comme tu le sais, les Sang-purs peuvent prendre possession des corps, si le receveur est… compatible. Un lien de sang peut aider.

-… Je n'ai jamais retrouvé la moindre trace d'elle pendant quatre ans, parce qu'elle avait changé d'apparence ? demanda-t-il à voix basse, plus pour lui-même que pour eux.

-On n'en sait rien, Sarah répondit, et Aido reprit vite :

-C'est une théorie. Mais le plus important, c'est ce que tu ressens… »

Il sauta sur une des colonnes qui servaient de coin au rebord, faisant exprès de lever une jambe en l'air. Hanabusa semblait avoir les méninges qui tournaient à plein régime et après ce qui sembla être une éternité, il se retourna vers Zero, ayant le visage le plus sérieux du monde :

« Je peux préserver la paix de la Night Class. Cependant, il n'y a que toi qui as un lien sanglant avec elle… »

Zero plissa les yeux, comme s'il doutait de la sincérité d'Hanabusa à ce moment précis. Et brusquement, tout le corps du Hunter se tendit et il se tourna rapidement vers une des fenêtres des salles de classes. Des longs cheveux argentés disparaissaient de leurs vues. Sarah pinça les lèvres. Elle n'avait pas pu entendre… Mais ce n'était pas une raison pour s'inquiéter. Le simple fait que le préfet soit avec eux pourrait mettre la puce à l'oreille à n'importe qui.

Le Hunter se détourna brusquement, repartant par la trappe. Sarah laissa ses yeux vairons couler vers la forêt, ayant comme l'impression que tôt ou tard, il se rendrait dans cet ancien pavillon. Ça pourrait mal tourner…

La fille aux cheveux rouges pinça les lèvres, fusillant du regard le parc aux arbres feuillus de l'académie. C'en était assez des quêtes de réponses. Elle voulait aller voir ce que diable Maria foutait dans ce pavillon, et elle irait.

Elle fit un pas en avant, entendant presque Anya chuchoter 'C'est une mauvaise idée'. Elle pouvait quasiment percevoir le secouement de tête d'Hélène, lui faisant savoir que cette initiative n'était pas la plus intelligente qui soit. Les yeux coléreux de Kai la fusillaient du regard, l'accusant d'hors et déjà des problèmes qui allaient suivre.

Sarah secoua la tête, et les voilà partis aussi vite qu'ils étaient apparus.

« Désolée d'avoir autant le sang chaud. Au moins cette fois, je ferai cavalier seul… »

Le doute qui avait pu l'assaillir quelques instants auparavant se volatilisa, et voilà que la Hunter montait déjà sur le rebord et regardait en bas. Les étudiantes étaient enfin retournées en cours. La Hunter regarda le vampire encore à ses côtés, prête à sauter :

« Hanabusa, tu devrais retourner au dortoir. Si on découvre que tu as quitté ton lit à cette heure, ça va soulever des questions.

-Et toi ?

-J'ai encore deux, trois choses à faire. »

La Hunter eut un sourire pincé et lui fit un signe de main avant de sauter, atterrissant près d'un arbre. Elle grimaça avant de se relever. Ça faisait un petit bail depuis la dernière fois qu'elle avait sauté d'aussi haut : ses genoux n'étaient plus prêts à encaisser le choc. Mais Sarah se releva et courut vers l'ancien pavillon. Kuran avait d'autres chats à fouetter en ce moment, mais elle ne préférait pas trop tarder.

Le pavillon se révéla aussi imposant et sinistre qu'elle l'avait imaginé. Sarah s'arrêta deux secondes, histoire de le contempler un peu. Plus simple que le dortoir actuel des vampires, le bâtiment donnait l'impression d'un lieu abandonné, peut-être même hanté. Elle leva les yeux au ciel à sa pensée.

Il y a déjà des sorcières et des vampires. Ne va pas rajouter les esprits ou les humains ne s'en sortiront jamais…

Elle fit craquer ses jointures et fit un pas après l'autre, appréhendant un peu son entrée. Comme l'auraient dit sa fratrie, ce n'était pas malin de s'aventurer comme ça sur le territoire d'un vampire, surtout quand on ne connaissait pas ledit terrain. Elle regarda encore une fois le haut de la bâtisse, se concentrant sur les présences à l'intérieur…

Il y en avait une. Non-vampire cependant : en fait, l'aura semblait plutôt faible. Sarah fronça les sourcils, et entra dans le dortoir, sur ses gardes. Maria Kunerai était venue sans accompagnant, à ce qu'elle sache.

Le hall et le salon se révélèrent aussi sombres que l'extérieur. Les draps couvraient encore les canapés et sièges. La Hunter s'avança vers la rambarde et passa un doigt dessus, regardant l'épaisse couche de poussière qu'elle avait ramassée. Rien ne donnait l'impression que quelqu'un était passé ici récemment. Pourtant, elle ne pouvait pas se tromper de bâtiment.

Sarah passa son regard sur la pièce, l'endroit lui donnant des mauvaises ondes, en quelque sorte. Elle tendit l'oreille pour essayer de capter un bruit qui puisse être suspect : sans grand résultat. Peut-être que l'occupant, quel qu'il soit, était en train de dormir. Ça lui faciliterait la tâche pour le surprendre et avoir des réponses bien attendues. Décidée, elle grimpa l'escalier, priant pour que le parquet ne fasse aucun bruit au fur et à mesure qu'elle passait les marches.

Rien n'était allumé dans les couloirs du premier étage. Sarah commençait vraiment à croire que Maria Kunerai n'était pas là : peut-être encore en train de faire subir à Ichijo un enfer… C'était à son avantage. Elle alla vers les chambres de filles, ouvrant la première pièce qu'elle vit.

Un sabre lui perça l'avant-bras, la douleur soudaine la faisant crier et retirer le membre blessé de la lame, ne pensant pas à ce moment-là que l'hémorragie ne ferait que refluer plus sans rien pour la contenir. Mais l'attaque ne fut pas ce qui la choqua le plus. C'était l'attaquant qui lui fit écarquiller les yeux :

« Ichiru ?

-Tss. Toujours aussi curieuse et imprudente, à ce que je vois. »

Et il disait ça tout en nettoyant sa lame, comme si rien n'était, comme si ça ne faisait pas quatre putains d'années qu'il était présumé mort. Sarah garda le regard fixé sur le chiffon tâché de son sang. Seulement après ça, elle fit apparaître Saturne, grimaçant à la douleur. Forcément que ça devait être son bras dominant qui devait être blessé.

« Je me disais aussi que je n'avais pas rêvé, ce jour-là en ville…

-Tu n'as pas l'air très contente, pourtant.

- A quoi tu t'attendais, Ichiru ? Je ne vais pas te prendre dans mes bras. Pas quand… »

Elle se stoppa là, se demandant enfin ce qu'il fichait là. Lui ici ? Pourquoi se cachait-il ici avec Maria Kunerai ?

Le regard moqueur – ses expressions étaient radicalement différentes de ce dont elle avait eu l'habitude- lui donnèrent les dernières pièces du puzzle. Le choc, puis la colère défila sur le visage de la Hunter, et elle eut du mal à ne pas cracher ses mots quand elle continua :

« Pas quand tu es resté à côté de celle qui a massacré ta famille. Bon sang Ichiru, dis-moi qu'elle t'a forcé, ou quelque chose dans ce goût-là. »

Ichiru la regarda calmement, puis les yeux violets se baissèrent vers les mains de la fille. Malgré la blessure profonde qui avait du mal à refermer, Sarah tenait sa lance, prête à parer ou feinter s'il le fallait. La colère était quelque chose qu'il n'avait probablement jamais vu sur le visage de la princesse, du moins pas à ce qu'il se souvienne. Quatre ans, ça en fait du temps pour oublier les détails du passé. Il eut un petit sourire moqueur :

« Tu voudrais que je te mente pour te faire sentir mieux ? »

Le choc coupa à nouveau les actions de Sarah. Elle ne put pendant une maigre seconde respirer, ni même penser.

Il était sérieux ?

La Hunter le regarda comme s'il était un étranger. Elle qui avait tant pleuré quand ce massacre était arrivé, quand elle avait su que seul Zero avait été retrouvé sur place, quand on a déclaré Ichiru mort. Sarah n'avait que peu d'amis à cette époque et Ichiru avait été de loin un des meilleurs qu'elle ait eu la chance d'avoir près d'elle. Lui, et son sourire toujours un peu naïf et paisible. Elle avait pensé qu'elle ne le reverrait jamais. Et elle n'avait même pas eu de tombe sur laquelle pleurer.

La Colère, puis le désappointement. Sarah se retendit, soulevant encore un peu ses armes, ses yeux vairons froids et désapprobateurs.

« On dirait qu'on t'a pleuré pour rien.

-Arrête ça ! Tu n'as pas le droit de me regarder avec ces yeux-là ! Ne me regarde pas comme si j'avais tout raté ! Est-ce que tu sais combien de fois mes propres parents m'ont regardé comme ça ?! »

Sarah haussa un sourcil, le visage se fermant à toute émotion. Elle qui s'était demandé ce que ça lui ferait de revoir un jour un ami si cher revenir d'entre les morts… On est loin du bonheur attendu. Elle fit tourner lentement la poignée de l'arme dans sa main, maudissant le fait qu'il ait touché un muscle. Le sang avait arrêté de couler, c'est déjà ça. Quand elle releva les yeux, elle vit le petit sourire d'Ichiru, lui aussi avait les yeux fixés sur sa blessure. Comme si ça lui faisait plaisir de la voir souffrir.

Ça en fut trop, et le coup de poing partit tout seul, un sinistre craquement se fit entendre. Ichiru fit quelques pas en arrière, sa main qui vint à son visage pour stopper le sang. Sarah en profita pour entrer, secouant le poing droit comme pour chasser la douleur. Ce n'était rien, à côté du plaisir qu'elle ressentait en voyant disparaître son maudit sourire. Elle releva sa lame quand il fit mine de l'attaquer :

« Donc, ton petit complexe d'infériorité légitimait la mort de tes parents ? C'est ça que tu es en train de me dire ? Et ton frère Zero ? Est-ce qu'il méritait ces 4 ans de souffrance, à se demander si oui ou non tu étais mort ?!

-La seule qui m'a vraiment comprise fût Shizuka. Elle comprenait ma tristesse. Ce n'était pas le cas pour vous tous. Ni toi, ni mes parents, ni même mon propre jumeau.

-Et maintenant, tu l'aides dans ses plans comme un vulgaire valet, pour te débarrasser de ton frère. Charmant choix de carrière, Ichiru. Vraiment.

-Tu ne peux pas dire grand-chose, Sarah. Toi, tu es toute-puissante, ta vie est déjà tracée. Tu as été une très bonne amie, j'en conviens. Mais une bonne confidente ? Une fille avec qui j'aurais pu parler d'égal à égale ? Non, ça jamais, finit par dire l'ex-Hunter, rabaissant sa lame avant de relever les yeux. Cependant, si tu crois qu'on ait venu seulement pour Zero, tu te trompes lourdement. »

Sarah cligna des yeux, sa prise sur Saturne se défaisant un peu : ils avaient un autre objectif dans cette académie à part Zero ? C'était nouveau, comme information. Et inquiétant, de surcroît. Elle plissa le front et pencha la tête :

« Et je suppose que tu ne vas pas m'en révéler plus ?

-Pour que tu t'opposes ? Tu rêves, très chère. »

Au moins, elle aura tenté. Elle enclencha le mécanisme de son arme, faisant rentrer la moitié inférieure de sa lance. Le but n'était plus de le tenir en respect à une longue distance… Mais de l'attaquer. Et un glaive était plus pratique dans une salle comme celle-ci. Elle fit craquer son cou avant de soupirer :

« Zero va être en colère que je t'ai blessé avant qu'il ne t'ait vu. »

Et elle fonça, Ichiru ne parant le coup que de peu. Sarah fit exprès d'accentuer la pression sur ses armes, avant de tenter de lui faire un croche patte. Mais l'ex-Hunter prit délibérément une prise sur la lame de son katana, le sang commençant à jaillir de sa paume. Et d'un coup sec, il releva les deux épées, si fort que Sarah se prit le plat de l'épée violemment dans la mâchoire. La fille recula de quelques pas avec une grimace, ses yeux vairons fixés sur son adversaire. Elle se demanda comment ils avaient pu en arriver là. Mais cela n'avait pas d'importance : plus maintenant en tout cas. S'il était du côté d'Hio, elle devait au moins essayer de le neutraliser. Quand Ichiru fit un pas sur le côté, la Hunter fit de même dans le sens opposé, leurs deux marches formant un cercle au sol.

Sarah s'arrêta au niveau du lit de la pièce, plantant ses pieds fermement dans le sol. Elle devait le laisser l'attaquer, au moins parce que son bras la faisait encore souffrir quand elle feintait. Le sang d'Ichiru coulait le long de sa main et tombait au sol, goutte par goutte. Combien de temps faudrait-il avant qu'un vampire ne sente leurs odeurs ? Qui arriverait le premier ? Sarah réalisa que si jamais Maria ou Shizuka, peu importe le nom qu'elle utilisait, arrivait sur les lieux maintenant, la Hunter serait sérieusement en danger. Elle pesta soudainement contre le fait qu'elle n'avait plus vue sur la porte d'entrée.

La princesse devait faire vite. Elle tint à nouveau la tête droite et se mit de profil, changeant son arme de main pour plus de facilité. Son bras gauche pendait lâchement derrière elle et elle attendit que l'homme devant elle ne fasse le premier pas.

Elle attendit, et attendit. Ichiru plissa les yeux et soudainement il prit sa lancée, la lame du Katana fonçant sur elle à une vitesse hallucinante. Sarah n'essaya même pas de contrer mais elle saisit le drap du lit derrière elle de sa main libre et fit un pas sur le côté, voyant les jambes de l'homme s'empêtrer dans le tissu et tomber au sol juste à côté d'elle.

Toujours utiliser l'environnement à son avantage, Ichiru. On voit bien que tu n'as pas retenu la leçon de Toga…

Sarah émit un petit bruit amusé, avant de donner un coup de pied dans le ventre d'Ichiru, le mettant à Terre efficacement. Aussitôt, le bout du glaive alla reposer sur la gorge de l'ex Hunter :

« Je me répète, Ichiru : voudrais-tu bien me dire toutes les raisons pour lesquelles ta copine Sang-pur et toi êtes là ?

-Tututut. Ça sent le sang ici. »

Hein ?

La Hunter eut juste le temps de se retourner pour voir Maria avec un sourire malicieux lui asséner un coup avec la lampe de chevet à la tête. La douleur l'assourdit et Sarah sentit un liquide chaud couler le long de sa tempe. Aïe…

« Garce… »

Elle rencontra le sol lourdement, ayant bien le temps de voir Ichiru être relevé par Maria, avant que la fille possédée ne se retourne vers elle. Elle ne sentit même pas la douleur du coup de botte que la peste lui donna à la tête. Sarah était déjà plongée dans le noir complet.

Et toujours garder un œil de ce qui se passe dans son dos. Idiote…


Aido avait trouvé le corps de la Hunter quand l'odeur du sang commença à s'échapper de l'ancien dortoir jusqu'à celui habité. Les yeux cramoisis, il prit vite la fille et s'enfuit de cet endroit. Il avait une petite idée de qui avait fait ce désastre et n'avait pas vraiment envie de rester dans son repère.

Plutôt que d'aller dans le dortoir des vampires, il alla à l'infirmerie, les infirmières dégageant de son passage pour qu'il puisse mettre la pauvre enfant dans un lit. Les blessures n'étaient plus que superficielles, mais la fille ne s'était pas encore réveillée.

A quoi elle pensait ? Aller explorer le bâtiment en ne sachant pas si la Kunerai y serait ou non…

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Le blond se retourna lentement, voyant non sans surprise un autre élève de la Night Class dans l'encadrement de la porte. Senri Shiki avait les yeux posés sur le corps inerte, concentré comme pour vérifier à l'ouïe que le cœur battait encore avant de regarder Aido. Celui-ci se tint droit et croisa les bras :

« Que fais-tu ici Shiki ?

-Je me suis inquiété en sentant la quantité de son sang versé dans l'air. »

Ce fut la seule réponse que le brun voulut bien lui donner. Quand le génie du groupe réalisa qu'il n'en saura pas plus, il s'assit et soupira. Hanabusa sentait soudainement la fatigue l'attaquer et finalement il révéla à Shiki la conspiration qui était en train de transpirer dans l'Académie : l'attitude de Maria Kunerai, la coïncidence avec les informations qui provenaient de la Guilde, le fait que Zero soit vraiment plus en alerte depuis que la nouvelle était arrivée. Après avoir fini son récit, le blond regarda Sarah :

« J'aurais dû me douter qu'elle allait avancer de son côté. Les Hunters sont tellement impulsifs, et à ce que j'ai compris, elle était proche de Zero auparavant.

-Pas étonnant qu'elle voulait savoir si oui ou non Shizuka Hio-sama était revenue d'entre les morts, » aquiesça Shiki en prenant un Pocky.

Le silence revint dans la pièce. Le blond soupira et se releva après un dernier regard vers la patiente.

Espèce d'idiote. Tu vas m'entendre quand tu seras réveillée.

« Je devrais aller voir Zero ou Kaname-sama. Si elle est dans cet état, c'est qu'on avait raison sur toute la ligne. »

Senri hocha la tête, croquant dans la friandise avant de se mettre sur le côté et de laisser passer le vampire plus âgé. Quand celui-ci quitta le bâtiment, le vampire resté là tourna la tête vers le lit :

« … Tu peux arrêter la comédie, il est parti. »

Sarah fronça seulement de quelques millimètres les sourcils. Un soupir, puis la jeune femme se redressa et porta la main à sa tête :

« Comment t'as su ?

-Apparemment falsifier ta respiration ne fait pas partie de tes super-pouvoirs. »

Sarah le regarda d'un air pince-sans-rire. Elle n'était pas sûre d'apprécier le sarcasme après s'être pris un coup à la tête, tiens. Mais la fille aux cheveux rouges haussa les épaules, avant de retirer sa main de ses cheveux, ceux-là collant à son crâne à cause de son sang séché. L'avantage, c'est qu'on ne pouvait pas la voir saigner. Le désagrément, c'est que ça allait être chiant à les laver… La Hunter soupira et regarda son bras :

« Alors, c'est la nouvelle qui t'a mise à terre comme ça ?

-…En partie seulement. »

Sarah se massa les temps, la cicatrice qui ornera son bras pour quelques heures encore la lançant un peu. Elle se battait avec Ichiru…. Elle se souvenait qu'elle avait été mise en colère. La Hunter ne se souvenait pas exactement des phrases exactes. Mais elle se remémorait bien avoir mis à terre Ichiru. Et le coup derrière la tête. La jeune fille eut envie de crier de frustration.

Mais elle devrait se calmer. Elle s'était ratée et l'occasion s'était envolée. Au moins, elle pouvait confirmer que Shizuka était là. Ichiru avait trop parlé... Sarah plissa les lèvres avant de se remettre à parler :

« Elle n'est pas seule. Hio a un serviteur qui l'accompagne. Je ne pense pas qu'il soit transformé mais… »

Senri la regarda parler, prenant lentement place là où Aido s'était précédemment assis. Ils étaient deux. Peut-être que Sarah avait été surprise par l'un qui était revenu dans le bâtiment quand elle combattait l'autre. Ou qu'elle n'avait pas voulu blesser l'humain. Les Hunters n'avaient pas le droit de blesser les humains… Il se décida à parler quand la jeune femme sembla se replonger dans ses pensées :

« Tu le connais, pas vrai ?

-… C'était un ami à moi. Ichiru… Ichiru Kiryu. C'est aussi le jumeau de Zero. »

Ça, c'était nouveau. Shiki releva ses yeux glacés, révélant sa surprise avant qu'il ne reprenne son air lassé. Ça ne rendrait que les choses encore plus compliquées qu'elles ne le sont déjà. Sarah le fixa de ses yeux vairons fatigués, avant de demander :

« …Tu n'as pas l'air très concerné. »

Bien vu. Le mannequin haussa les épaules avant de s'expliquer sur son attitude :

« Parce que cela ne me concerne pas vraiment. Pour ainsi dire, Shizuka Hio doit être là pour le préfet. Mais tant qu'elle ne lui aura pas complètement déclaré la guerre, ou tant qu'elle ne change pas de corps, on ne pourra rien faire. »

On ne pouvait pas se permettre de blesser une Noble qui pourrait s'être faite possédée sans en donner l'accord et ça, Senri avait l'impression que Sarah n'y avait pas pensé. Après, on ne pouvait pas lui en vouloir. Sans doute qu'elle ne comprenait pas pourquoi les Nobles n'agissaient pas activement contre la menace, tant que Kaname n'en avait pas donné l'ordre. Elle avait voulu prendre les devants. Dommage qu'elle se soit ratée. Il reprit en lui tendant un Pocky :

« Même si tu as de nouvelles informations, je crois que tu nous as fait perdre l'élément de surprise. Elle sera plus prudente maintenant. »

Sarah plissa les lèvres. Elle aurait dû réfléchir à ça…

« Putain. »

Ça lui échappa des lèvres, et elle se laissa retourner contre l'oreiller, mâchant son bâtonnet au chocolat, même si elle avait plutôt envie de lancer le projectile en sucre si fort qu'il en percerait le mur. En finissant le Pocky, elle fronça les sourcils :

« Elle agira quand même bientôt. Kaname a beau être patient, Zero ne l'est pas. Et à la minute où il sera sûr qu'il a affaire à Hio, il ira la trouver.

Senri haussa les épaules à cela :

-Possible. Mais si Kiryu y va tout seul, l'issue est prévisible. Si toi tu as été mise à terre, il ne s'en sortira pas. Surtout qu'Hio a l'avantage du maître sur lui… »

Sarah fronça les sourcils. C'est vrai. Et comme Shiki venait de le dire, combattre Maria Kunerai ne servait à rien, il valait mieux attendre que Shizuka Hio reprenne son corps. Mais maintenant qu'Aido et elle avaient été le voir, Zero allait avoir de sérieux doutes.

Résultat : il faudrait réagir rapidement. La question était s'ils pouvaient faire quelque chose pour se préparer…

« Kuran-senpai doit avoir un plan aussi… » fit Senri, regardant la fenêtre en plissant les yeux. La lumière était toujours aussi présente à l'extérieur et comme les vampires n'étaient généralement pas admis en infirmerie, le personnel n'avait pas pensé à des volets ou autre pour empêcher la percée du soleil dans les salles.

Sarah rouvrit un œil et eut enfin de se racler la gorge. Bien sûr que le Sang-pur avait un plan. Mais pour l'instant elle ne le voyait pas lever le petit doigt alors que Maria commençait sérieusement à briser les règles de l'Académie. D'un seul élan, elle se remit sur ses pieds, avant de faire craquer les jointures de ses épaules :

« Il ne me fait pas confiance. Je ne vois pas pourquoi je devrais jouer camp commun avec lui…

-Il faudra bien. Tu ne peux pas utiliser tes pouvoirs ici, pas tant que tu dois les garder secrets. Ton meilleur atout reste le président, si tu veux protéger ton ami et l'académie en même temps… Ah. Il vaudrait mieux que tu prennes une douche. » Senri la regarda faire et lui montra du menton la salle de bain aménagée là pour les patients de longue durée. Sarah haussa un sourcil :

« … On verra bien. L'odeur du sang t'accommode pas ?

-… Pas vraiment, non. Mais les vampires ici vont avoir leur odorat sans dessus dessous si tu promènes sans t'être débarrassée de l'odeur. »

La Hunter le regarda un peu confuse, ses yeux vairons s'amusant à le scruter de toute part, avant de prendre un uniforme de la Day Class propre qui traînait là sur le comptoir des infirmières et une serviette.

Marrant qu'il ne soit pas gêné plus que ça par l'odeur.

Mais Sarah n'en fit pas grand cas très longtemps. La promesse de l'eau chaude et d'un shampoing pour se nettoyer étaient à peu près la seule chose à laquelle elle pouvait réfléchir pour le moment…


« Bien, Aido. Ce sera tout. Dis-moi quand Darkwing-san sera revenu. Il faudrait que je lui touche deux mots.

-Mais Kaname-sama, on devrait…

-Ce sera tout, Aido. »

Le blond se redressa de sa position courbée, surpris avant d'afficher une mine défaite et de passer les doubles portes de la chambre du Sang-Pur. Kaname resta un moment comme cela, immobile, avant de retourner à son jeu d'échec. La Reine rouge met en échec la Reine blanche, mais celle-ci se protège en mettant son Cavalier sur le chemin…

« Qu'allons-nous faire de Maria Kunerai, Kaname ? »

Ce fut la question de Takuma, qui avait pu assister à toute la conversation et qui semblait avoir bien compris l'enjeu de la situation. Le brun eut l'esquisse d'un sourire tout en faisant tourner la Reine blanche entre ses doigts :

« Continue de surveiller Maria Kunerai. On ne peut rien faire pour le moment…

-… Et pour Sarah-san ?

-Rien non plus. Elle a beau être puissante et une Hunter, cette fille n'est pour l'instant qu'un pion. Elle comprendra d'elle-même qu'il ne lui reste qu'à attendre que l'ennemi fasse un mouvement… »

Takuma regarda son ami d'enfance, puis son échiquier. Ça faisait toujours étrange de voir une pièce de couleur dans son jeu habituellement en noir et blanc. La différence était peut-être pour signaler qu'il n'avait pas totalement le contrôle sur cette Reine…

« Nous ne sommes rien d'autre que des pions alors… Mais nous sommes-nous retrouvés là par coïncidence, Kaname ?

-Non. C'est moi qui vous aie tous rassemblés ici. »

Les yeux du Sang-pur flashèrent rouge, avant que le silence ne règne à nouveau. Puis, le plus âgé reprit la parole, tendant une lettre à son meilleur ami :

« Le Roi des Hunters m'a envoyé une lettre. Le véritable Roi. Comme tu sais, la plupart du temps il se cache souvent derrière un prétendant, ne révélant son identité qu'aux familles les plus influentes des vampires. Bref. Il veut que je m'occupe d'Hio. Le fait que les Hunters s'impliquent là-dedans risqueraient de rendre plus complexes encore les relations entre Sénat et Guilde. »

Le blond prit la lettre, lisant les quelques lignes inscrites à la main dessus, et le sceau de la Guilde imposé sur le papier. Etrange qu'il s'adresse à un Sang-Pur :

« Je croyais que la Guilde s'associait plus au Sénat qu'aux sang-purs directement.

-Un bon Roi sait qu'il ne peut pas demander tout à un seul allié. Et il sait tout comme moi que si un Level A déséquilibrée comme Hio venait à menacer l'Académie, le concept finirait par ne plus être approuvé par les deux institutions. Il a une certaine image à protéger. C'est plutôt intelligent comme mouvement. »

Takuma hocha la tête, comprenant en effet mieux. Il y avait des Hunters qui étaient d'accord pour le projet de l'Académie Cross, et Roi devait montrer qu'il écoutait son peuple. Pourtant, quelque chose le fit tiquer. Où est-ce qu'il avait déjà vu cette écriture ? Il fronça les sourcils en étudiant de plus près la lettre.

Inconscient du fait que Kaname le regardait aussi de très près. Un maigre sourire fit son apparition sur le visage du brun, avant qu'il ne reprenne la parole :

« Surtout que sa fille adorée s'est retrouvée dans l'Académie et pourrait bien être prise entre les feux des deux camps qui vont se former. »

Le fils du chef du Sénat fit volte-face vers le bureau de son ami, les yeux écarquillés. Est-ce qu'il sous-entendait ce qu'il croyait ? Fébrilement, il reposa la lettre. En voyant sa réaction, le Sang-pur haussa les épaules de manière désinvolte :

« Tu comprends mieux pourquoi je me méfiais de Darkwing-san. C'est la prétendante au trône des Hunters. Notre prochaine associée… ou ennemie. »


Wouah, ça fait sacrément du bien de savoir qu'on a posé le dernier mot sur le papier pour un chapitre. J'ai eu du mal comme toujours avec la scène de combat ( fallait bien en remettre une, ça faisait longtemps depuis la dernière et ça rehaussa toujours le rythme dans une histoire ahah). Et comme ça faisait aussi un bail, j'ai rajouté une scène SaKi à l'improviste !

En espérant que vous avez aimé, à la prochaine !