Non, Messieurs Dames, je ne suis pas morte !

… Moui, j'ai décidé de commencer mon « coin de l'auteur » par une évidence, que voulez-vous !
Alors oui, ce chapitre a mis un an à sortir. Le syndrome de la page blanche a toujours tendance à me frapper quand j'approche de la fin de l'arc I de Vampire Knight, c'est ma petite malédiction à moi. Et IRL, j'ai eu une L3…disons pas compliquée, mais mouvementée ! Les vacances n'ont pas été de tout repos non plus.

Et j'ai perdu espoir, autant ne pas vous mentir : je ne me fixe plus de date butoir pour publier les chapitres. Cela me fait stresser, et si je suis frustrée et stressée, rien de bon ne sort. MAIS ! Comme ça faisait longtemps, j'ai essayé de vous gâter 😊

Je remercie ceux qui ont laissé un commentaire, cela fait toujours plaisir ! Au passage, je vous informe que cette fanfiction a dépassé les 3000 vues, c'est énorme, ça compte pour moi, donc merci beaucoup.

À Kana-chan : Je suis contente de te retrouver ! Alors, pour l'arme de Sarah, je te conseille d'aller sur Google images, et de taper « Pyrrha Nikos weapon gif ». Normalement avec le premier résultat, tu devrais comprendre ce que j'avais en tête et pourquoi l'arme change de type de temps à autre !

Voilà, la parlote est terminée, je vous laisse donc avec ce nouveau chapitre !


Undicesimo Nocturno

On passe par ici… On fait ressortir l'aiguille là. Suivre le tracé sur le plan, et faire en sorte de bien tendre le fil et de sécuriser le point pour faire des rajouts nets.
Sarah aurait pu faire ça toute son existence. Dessiner un modèle au préalable et lui donner vie sur un mannequin. Les robes étaient sa grande passion, et d'après Anya, elle avait du goût. Certes, elle n'aurait pas forcément fait carrière dans ce domaine plus que rude — Rima et Shiki pouvaient en témoigner —, mais elle aurait pu bien s'amuser pendant quelques années, si elle s'était mise en tête de donner naissance à toutes ses idées.

Dommage que son destin soit tout tracé.

« Aïe. »

Machinalement, elle retira l'aiguille de son doigt, puis alla chercher un pansement pour ne pas toucher le vêtement. Vous me direz, du sang sur une robe rouge et noire… Tranquillement, la jeune fille changea de place le tabouret avant de finir d'incruster quelques derniers ornements brodés sur la longue traîne asymétrique derrière la robe. Elle aurait dû y penser avant, quand elle n'avait pas encore terminé de coudre le patron. Le bal se tiendrait dans un peu plus de 24 heures, et vous pouvez être sûr que les fils et filles des grandes familles allaient être sur leur trente-et-un. Entre la Day Class qui voudrait à tout prix épater les vampires, et ces derniers qui avaient énormément de goût lorsqu'il s'agissait des vêtements de soirée… Demain allait tout simplement être le festival des splendeurs, et on pourra se dire chanceux si on n'en ressort pas aveugle avec toutes ces richesses exposées.

Cependant, Sarah n'était pas plus pressée que cela d'y être, malgré sa robe qui allait faire pâlir de jalousie les autres filles à papa, ou le fait qu'elle prenait plaisir à danser. À vrai dire, le fait que le bal arrive dans si peu de temps lui mettait la boule au ventre…
Elle faillit encore une fois s'enfoncer l'aiguille dans le pouce. La Hunter fronça les sourcils et déposa ses outils pour se lever, examinant son œuvre. La robe était essentiellement rouge un peu lit de vin et courte, s'arrêtant au-dessus du genou. Il y avait deux sortes de tissus : le velours, qui couvrait la poitrine et allait donc jusqu'à la fin de la robe pour finir en dégradé sombre, et un tissu plus fin et noir transparent, qui commençait du haut du « corset » pour venir occulter le cou jusqu'aux épaules, laissant le dos nu des omoplates au creux de la colonne. Ça avait été une robe simple, du moins avant qu'elle ne décide de rajouter des ornements et des broderies dorées pour que tout cela fasse moins plat. Kuran l'avait prévenu à demi-mot d'être à la « hauteur » de la Night Class, et qui était-elle pour refuser ?

Kuran. Sarah fronça les sourcils et laissa tomber le bout de traîne qu'elle tenait pour aller finalement ranger son matériel. Le président et son acolyte Ichijo-san avaient tout fait pour l'éviter depuis qu'elle avait été appelée dans son bureau, à peine remise de ses blessures. Elle grimaça au souvenir. Les mots prononcés avaient été loin d'être violents, mais elle avait compris une chose qu'elle aurait encore préféré ignorer pour le moment.

Kaname Kuran était bon en stratégie. Elle avait mis cette information de côté quand elle avait commencé à remettre en doute les dires de son père et cette erreur la foutait en rogne. C'était tout simplement une bêtise de débutant et maintenant, elle avait l'impression d'être qu'une petite fille à côté du sang-pur.

C'était peut-être le cas, finalement.

« Comment as-tu pu être aussi stupide, Darkwing-san ? J'avoue que ça m'échappe. »

Sarah tiqua à la phrase d'entrée de Kaname. Elle venait à peine de fermer la porte qu'elle s'en prenait déjà plein la face. Mais la jeune femme laissa passer pour cette première fois. Il n'avait pas totalement tort. C'était idiot.

« J'en avais marre de ne rien faire, Kuran, que veux-tu que je te dise. Chez nous, on ne laisse pas l'ennemi entrer à la maison comme dans un moulin. Et on le laisse encore moins prendre racine sans savoir ce qu'il prépare. »

Kaname eut bien envie de se frotter les tempes à cela. Mais il n'en montra rien et resta à jouer avec ses pièces d'échec, puis le sang-pur demanda à la princesse de s'asseoir. Sarah regarda l'échiquier encore un moment, avant d'accepter de jouer le jeu. Là, il ramena le plateau devant eux :

« Imaginons deux minutes que l'Académie est un échiquier. Nous sommes les pions noirs, et Shizuka Hio maîtrise une partie des blancs. Les pions sont plus des gênes qu'autre chose. Ce sont les humains. Les observateurs sont les tours. Encore une fois, ils sont neutres et ne font qu'observer la scène. On arrive au plus intéressant. Mettons-nous en tête que je suis le Roi noir, et que Shizuka est la reine blanche.

D'accord…

Tu es un fou noir. Ichiru Kiryu est comme son frère un cavalier blanc. Yuuki est la reine noire, la Night class se divise entre les fous, les tours et les cavaliers noirs. »

Sarah plissa les yeux. Il savait donc pour le jumeau de Zero ?... Nonchalamment, elle alla prendre le deuxième cavalier blanc. Zero. Sûrement dans le camp de Shizuka pour le moment, car à tout instant, la sang-pur pourrait d'utiliser leur lien de maître-serviteur pour le faire agir contre sa volonté. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'est la raison pour laquelle il avait mis Yuuki à une position aussi haute. Au regard de Kaname, elle prit le contrôle des blancs. Elle fronça les sourcils puis enleva une poignée de pions blancs : elle n'avait pas d'autres humains à sa solde et ne pouvait pas menacer directement les étudiants. Maintenant… elle avança les deux cavaliers, l'un plus reculé que l'autre, avant de mettre en place la reine en position agressive.

Le sang-pur regarda ses pièces, avant d'avancer les siennes. Il écarta comme elle quelques pions, puis rapprocha un cavalier, un des fous — autant dire que c'était elle — et enfin la Reine. Et il commença donc à expliquer la situation :

« Shizuka Hio n'est pas venue ici que pour Zero, contrairement à ce que tu crois. Elle a compris que les ordres pour tuer son amant n'étaient pas venus de la Guilde, mais du Sénat. Si ça l'arrange bien de pouvoir s'amuser avec le gardien, elle a comme but de découvrir l'identité du commanditaire du meurtre. Et il se trouve qu'elle pense que je sais qui il est.

Et elle a raison de le croire ? »

Il ne lui répondit que d'un regard, puis reprit d'un ton égal :

« Non, je ne sais pas qui a fait ça. Malheureusement, d'ailleurs. Cet homme ou cette femme pourrait être considéré(e) comme l'ennemi des sang-purs. Pour en revenir à l'académie, voilà ce que je pense qu'elle va faire. »

Il avança la Reine blanche pour qu'elle rencontre sa camarade. Le cavalier blanc quant à lui s'approcha par-derrière de son jumeau. Et pour toute contre-attaque, un des cavaliers noirs alla près de Shizuka. Sarah fronça les sourcils.

« Pourquoi ces placements ?

Elle voudra faire d'une pierre deux coups. Et pour me blesser tout en essayant de reprendre des forces, elle s'en prendra à Yuuki et récupérera sa forme originelle de sang-pur pour pouvoir la menacer proprement. Shizuka sait très bien que Zero s'en est emmouraché, donc elle va tout bonnement détourner l'attention du chevalier servant avec son jumeau.

Et toi, tu ne fais rien ?

J'ai les mains liées. Je suis le roi, rappelle-toi. À la limite, tu aurais pu faire quelque chose… Mais grâce à ta petite scène, elle va t'avoir dans le collimateur et pourrait très bien trouver quelque chose pour t'occuper. »

Aïe. Elle effaça de son esprit la pique à son encontre avant de froncer les sourcils. La suite du scénario… Voyons.

« Zero a toujours été plus fort qu'Ichiru. Il trouvera un moyen de venir protéger Yuuki. »

Elle déplaça le cavalier en conséquence, en mettant en « échec » la Reine. Et elle réalisa le problème. Toute cette stratégie… ne reposait que sur le fait que Zero se libère du contrôle de Shizuka assez longtemps pour l'exterminer. C'était risqué.

Bien trop risqué. Mais Kaname reprit de façon égale :

« Quand Zero l'aura suffisamment blessé, je me chargerai de la faire "disparaître" pour de bon. Et j'utiliserai de mon autorité pour que des enquêtes ou autres ne soient pas poussées sur le terrain de l'académie. Vois-tu pourquoi tu risques de gêner si tu t'obstines à vouloir jouer à la princesse guerrière ?

— … Ce que je vois, c'est que non seulement ton plan a une chance sur deux de capoter, et que tu n'as… absolument aucun regard pour la vie de Zero. Non mais, tu te rends bien compte que tu pourrais tout aussi bien l'envoyer à l'abattoir ? »

Kaname la regarda et eut comme un sourire amusé. Sarah n'en crut pas ses yeux, et eut presque envie de se pincer le bras. Il avait de la chance qu'elle ait le bras blessé, parce qu'elle avait une sacrée envie de lui foutre son poing dans la gueule à cet instant.

« Zero rêve de tuer "cette femme" comme il dit, de ses propres mains depuis quatre longues années. Si Yuuki est en danger, cela lui donne une justification pour lever la main sur elle. N'est-ce pas quelque chose qui satisferait tout le monde ?

S'il meurt en protégeant ta chère et tendre », Kaname tiqua d'un sourcil à l'usage et Sarah prit soin de le noter pour plus tard « Pas vraiment, non. De plus, Zero a besoin de Shizuka en vie, pour qu'il puisse devenir un Level D stabilisé. Mais ça, tu n'en as rien à faire, je me trompe ? »

Silence. Kaname la regarda tranquillement, avant de faire tomber d'une pichenette la Dame blanche. Sarah s'était levée et le fixait en croisant les bras. Non, il s'en fichait royalement si Zero était blessé ou pas dans cette histoire. Tant que les fesses de Yuuki et celles de sa royale personne étaient saines et sauves, tout irait bien dans son esprit. Elle ne supportait pas cela. Ses yeux vairons s'arrachèrent du plateau et elle se dirigea vers la porte :

« Et si je fais en sorte que Zero ait le sang dont il a tant besoin, tu seras moins outrée, Sarah-san ? ».

La princesse se stoppa, fermant les yeux. Pourquoi elle avait l'impression que chaque syllabe qu'il prononçait était accompagnée de son lot de sarcasme ? Elle ne supportait que très moyennement les moqueries.

« Ce serait la moindre des choses. Mais je serais toujours dégoûtée par ta façon de faire, Kuran. Tu n'es pas au-dessus des autres, contrairement à ce que les autres ont pu te dire. C'est bien triste et cruel de considérer des gens que tu connais, et dont tu es proche, comme des pions sur un plateau de jeu. »

Pas seulement Zero. Aido, Akatsuki, ses bras droits… Même son soi-disant meilleur ami, Takuma, avait été réduit à un cavalier. Comment on peut en arriver là ?
Mais là encore, le sang-pur ne fit que hausser les épaules :

« C'est ainsi qu'on survit. Et tu devrais apprendre à en faire de même, Sarah-san. Sinon, tu ne feras pas long feu en tant que Reine des Hunters. Tu as beau avoir une puissance brute sans pareille, sans un minimum de stratégie et de cruauté, tu te feras "manger" par les sang-purs et le Sénat. »

Sarah eut envie de lui planter Saturne entre les deux yeux. Elle craqua les jointures de chaque doigt pour se calmer, avant de faire semblant de n'avoir rien entendu. À la place, elle demanda :

« Petite question, Kuran. Qui est le roi blanc ?

Je te l'ai dit. L'ennemi des sang-purs… et peut-être le tien aussi, bientôt. »

Peut-être qu'elle n'aurait pas poser la question. Elle secoua la tête et ne lui jeta pas un regard en sortant de cette pièce, les yeux baissés vers le sol. Kaname était pratique, et sans doute que ses méthodes réussiraient.

Mais elle ne pouvait pas se résigner à tomber aussi bas, par égard pour Zero et aux élèves de la Night Class. La prochaine chose qu'elle vit en relevant le regard fut une figure élancée et des cheveux blond pâle. Sarah eut un rictus narquois :

« Voilà le cavalier noir qui écoute aux portes… ».

Il ne réagit que par un simple sourire, comme à son habitude :

« J'attendais juste mon tour d'entrée. Mais à ce que je vois, tu as reçu un petit cours d'échecs de la part de Kaname. »

L'humour cynique de la jeune femme disparut rapidement quand elle comprit ce qu'il voulait dire par là. À la place, elle le regarda, presque bouche bée. Alors qu'elle était passée du mépris au choc, lui ne changea absolument pas d'expression :

« Tu sembles surprise.

Surprise ?... Ce n'est même pas le mot. Comment… »

Oh, le vocabulaire lui manquait pour décrire ça. Elle leva son doigt en l'air, lui intimant d'attendre qu'elle se reprenne un peu. Il savait… et acceptait le fait qu'on se serve de lui comme cela ? D'accord, Sarah était au courant que les vampires étaient très fidèles aux sang-purs et elle doutait que le sang-pur eût le même niveau d'indifférence en jaugeant la vie d'Ichijo et celle de Zero, mais…

« Comment tu peux accepter qu'il fasse comme bon lui semble ? Non, mieux, comment tu peux même accepter l'idée d'être un pion ?

C'est comme ça, je n'y peux rien Sarah-san, » répondit-il en souriant un peu plus. Bon dieu, ça l'amusait en plus ? Il mit une main derrière ses cheveux, semblant gêné par la stupéfaction de la Hunter. « Tu peux m'appeler naïf ou aveugle, si tu veux. Mais je lui fais confiance, peu importe que je me fasse utiliser ou non. Je sais qu'à la fin, Kaname est bon et travaillera toujours pour le bien commun. Ce n'est pas si différent de votre armée de chasseurs qui obéit à votre chef, quand on y pense. »

Sarah cligna des yeux à la comparaison, puis croisa les bras :

« Mon chef aurait au moins la décence de ne pas être indifférent aux vies mises à risque. Ce n'est pas vraiment le cas de ton ami.

Ce n'est qu'une question de point de vue. » Il sembla prêt à rajouter quelque chose, mais se ravisa et la salua poliment tout en ouvrant la porte sans attendre que Kaname ne lui donne la permission. « Passe une bonne soirée, Sarah-san. »

Kaname n'avait pas tort. Elle aurait bien voulu qu'il ait faux sur ce coup-là, mais elle devrait à un moment donné démontrer un peu plus de finesse dans sa stratégie d'attaque ou elle ne ferait pas long feu comme il disait. Était-ce juste trop demander de ne pas finir comme… lui ? Il était pourtant jeune pour un sang-pur, et quand bien même il ne semblait déjà plus avoir de considération pour la vie de ses compagnons. Elle n'osait même pas imaginer ce que ça donnerait dans un demi-millénaire, à ce train-là.

Sarah quitta sa chambre, laissant son travail achevé derrière elle pour l'instant. Tout le monde dormait encore à cette heure-ci, à part pour les mannequins qui étaient de sortie. Ils ne devraient pas tarder à revenir, le soleil se couchait. Tranquillement, la jeune femme se dirigea vers la cuisine. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien faire ? Quelque chose de sucré. Elle avait bien le droit, après avoir écopé d'une telle cicatrice… Elle espérait juste que Zero aimerait bien aussi les petits choux à la crème…

La préparation terminée, elle fit les cent pas dans la pièce. Le bal. Si elle était à la place de Shizuka Hio, elle profiterait des festivités et du fait que tout le monde sera occupé à danser et s'amuser pour frapper. Elle attirerait Yuuki d'abord. Ce serait la cible la plus facile à prendre en otage. Et naturellement, Zero baisserait sa garde pour aller protéger sa partenaire. Dans l'ancien dortoir par exemple.

Mais si elle le prévenait de ce qui allait arriver, peut-être que l'aîné des jumeaux Kiryu aurait l'avantage. Ce dont elle avait peur, c'est qu'il fasse la même erreur qu'elle la veille.

Si je lui disais qu'il ferait mieux d'attendre le bal pour qu'elle reprenne sa véritable forme, il pourrait bien suivre mon conseil.

Ce serait bête de ne pas utiliser les informations que Kuran lui avait si gentiment données. Quand Shizuka Hio reprendra son corps, Zero pourrait s'en abreuver et Kaname pourrait faire… ce que bon lui semblait avec elle, tant qu'il s'occupait du bazar que cela causerait au Sénat. Maintenant, à savoir ce qu'on ferait d'Ichiru.

Sarah pinça les lèvres. Elle se demandait juste à quel point il s'était amouraché de la sang-pur au kimono. Malgré ce qu'il avait dit, son complexe d'infériorité ne pouvait pas être la seule raison de son départ après le meurtre de ses parents. Peut-être qu'elle ne devrait pas chercher à comprendre, en fait.

La sonnerie du four la réveilla. Hein ? … Combien de temps était-elle restée ici à fixer le blanc du mur ? Elle n'était pas si remise que cela finalement. La jeune femme soupira et sortit ses choux, en laissant la moitié à la Night Class, le quart à Zero et ce qui restait pour elle. Plus qu'à attendre que cela refroidisse un peu ! Qu'est-ce que ça sentait bon ! L'odeur du pain, de la vanille, une touche d'orange et du… du sang ?

La Hunter fronça les sourcils avant de passer la porte d'entrée, la boîte des choux à la main. Elle avait peur de reconnaître l'odeur. Il en n'y avait que très peu dans les environs… Mais Zero n'aurait pas pu se blesser pas inadvertance, ce n'était pas son genre.

Elle le trouva près de la salle de bal. Et vu que le parfum de Yuuki était pratiquement placardé sur lui, il avait dû se servir avant d'arriver là… Ses yeux vairons scannèrent l'uniforme de l'homme. Le noir de la veste cachait-il une plaie profonde ?... Ça voulait dire que lui aussi avait été demander des comptes à la Kunerai.

« Zero. J'avais espéré que tu ne foncerais pas comme moi tête baissée à l'ancien pavillon. »

Il sursauta, ne l'ayant apparemment pas vu. La jeune fille se tenait derrière un arbre, comme un vampire l'aurait fait. Sûrement que vivre dans la nuit commençait à habituer ses yeux à être dans le noir complet… Et que ce beau crépuscule irritait un peu ses pupilles. C'est non sans mépris qu'il l'apostropha :

« Les étudiants de la Night Class n'ont rien à faire ici.

— Oh je t'en prie, pas de ça avec moi. Tu pourras me faire sortir du campus par la peau des fesses si ça te chante, mais d'abord tu m'écoutes, compris ? »

Sarah n'était pas vraiment d'humeur à jouer, non. Mais d'un autre côté, elle se consolait légèrement par le fait que cette altercation entre Zero et Kunerai ne changeait pas grand-chose. Elle laissa ses yeux descendre vers la veste et enfin, le bout de chemise qui apparaissait. C'était déchiré, trempé de sang, mais pour ce qu'elle en voyait, la peau avait cicatrisé. Comme quoi, la préfète était au moins efficace en tant que casse-croûte. La Hunter joua avec ses cheveux, faisant fuir l'image de son ex-meilleur ami en train de mordre sa sœur adoptive.

« D'après ce que je vois, tu as compris que Maria était en fait Shizuka. Mais elle ne savait pas que tu t'en étais rendu compte. Enfin bref. Félicitations, tu as gâché ton effet de surprise. Ce que tu devrais faire, c'est attendre son prochain coup. »

Zero fronça les sourcils tout en la regardant. Il était sûrement en train de peser le pour et le contre. Si elle était du côté des méchants ou des gentils. Zero avait toujours eu une vision très noire et blanche des faits et malheureusement Sarah n'avait pas le temps pour cela. Elle finit par soupirer, en voyant qu'il ne disait rien de plus :

« Peu importe si tu me fais confiance, moi j'ai foi en toi. Je sais que tu feras ce qui est nécessaire pour protéger cette académie, ce qui t'est cher. Essaye juste de ne pas te faire casser la tronche dans le même temps. »

Sarah allait tourner les talons, lorsqu'elle repéra une odeur… qu'elle n'aimait pas spécialement, en fait ! Mais elle en reconnut l'origine et ça lui fit encore plus froncer les sourcils :

« Tu ne m'avais pas dit que Yuuki était avec toi quand ça s'est passé.

— Qu'est-ce que tu racontes ? Elle n'y était pas. Tu dois faire erreur. Maintenant, pars… »

La fille hésita, étant pourtant sûre d'elle mais elle finit par tourner les talons pour rentrer dans son dortoir. Elle ne savait pas si elle croyait en ce qu'elle avait dit à Zero, mais la première chose que l'on devait faire pour convaincre les autres de nous suivre, était de paraître confiant. Peu importe si nous-mêmes n'avions pas la moindre idée de ce qu'on allait faire, ou que nous n'étions pas sûrs d'avoir une vision totalement globale.

La seule chose dont Sarah était certaine, c'est que si jamais il se foirait, elle devrait de toute façon rattraper le coup… ou ramasser les morceaux après la tempête passée. Elle franchit la porte de la Lune, voyant comme toujours sur sa droite cette boîte à lettres qui la titillait du regard depuis qu'elle n'avait plus de nouvelles de sa famille. Kai, ce n'était pas étonnant, Hélène pouvait être occupée en ce moment… mais Anya et son père ? Sarah renifla à cette pensée tout en rentrant dans le dortoir, direction la cuisine, pas sûre à quoi elle devait s'attendre. Ne rien savoir commençait sérieusement à la gonfler…

Sa main alla par réflexe chercher la pile de choux à la crème qu'elle avait laissée là. Personne n'était encore réveillé, alors les vampires ne s'offenseraient pas si des choses dont ils ne connaissaient pas l'existence disparaissaient, si ? La rousse se fit un plaisir de reprendre une coupelle pleine de pâtisserie, montant les marches doucement. Elle devrait aussi essayer de trouver le sommeil, surtout que Sarah savait pertinemment qu'elle allait devoir se tirer à quatre épingles pour quoi, une soirée ? Mais cette histoire la mettait dans tous ses états. Quand elle pensait que Maria l'avait attaquée par-derrière !

On se calme. La chasseuse soupira et rentra dans sa chambre, allant directement poser la coupelle sur son bureau, retrouvant avec une certaine appréhension son œuvre presque achevée. Encore quelques broderies dorées par-ci par-là, et Sarah pourrait se sentir satisfaite.

« Alors comme ça, tu dessines et tu couds… »

Sarah se figea, et se retourna lentement vers le lit. Senri Shiki s'était redressé du lit, semblant s'être réveillé d'une courte sieste. Elle plissa les yeux, décidément rien n'allait aujourd'hui :

« Tu as de la chance que j'ai reconnu ta voix, sinon tu aurais quelque chose de planté dans l'épaule, et crois-moi que ce serait douloureux. ».

Monsieur ne répondit pas et leva le regard au ciel, ne semblant pas la prendre au sérieux — à raison, d'ailleurs —, et se redressa pour piquer un des choux qu'il voyait là. Sarah alla lui taper le dos de la main, mais ça n'empêcha pas le vampire de mettre la friandise dans sa bouche :

« Je disais donc, c'est ta robe pour le bal ?

— À ton avis, petit malin ? Oui, c'est ma tenue pour le bal. Comment ça se fait que tu squattes ma chambre, le vice-président a essayé de se servir de toi comme ours en peluche pendant son sommeil ?

— Je me demandais comment tu allais. Ce n'est pas tous les jours que notre Hunter se fait blesser. »

Ça eut le don de surprendre un peu la plus jeune, qui ne s'attendait pas à cela. Elle le regarda attentivement. Toujours cette expression flegmatique. Ne fallait-il donc que se fier à ses yeux ou à ses paroles pour connaître ses véritables pensées ? Elle eut un sourire en coin :

« C'est gentil de t'inquiéter, mais tu dois bien te douter que je suis plus résistante que j'en ai l'air. ».

Il fit un petit « huhum », reprenant une des pâtisseries tout en repartant vers son lit, semblant bien décidé à l'assiéger pendant un bout de temps. Sarah le regarda un moment, puis retourna à son travail sur sa robe, devant bien passer sa curiosité sur quelque chose. Mine de rien, elle posa sa prochaine question :

« Je me répète, je sais, mais ça ne te dérange vraiment pas, la présence d'un autre sang-pur dans cette académie ? ».

Senri releva les yeux vers elle, et dit le plus naturellement du monde :

« Je m'en fiche.

— Tu t'en fiches ? »

Pour le coup, elle lâcha son aiguille et se tourna vers lui. D'accord, il lui avait déjà dit plus ou moins poliment la dernière fois… C'était toujours aussi dur à croire. Toute son attention était rivée sur l'homme, s'interrogeant sur comment il pouvait être calme. Le mannequin la regarda simplement :

« Pourquoi je m'en occuperais ? Comme je te l'ai dit, Kaname-sama ne nous aura rien demandé, et les sang-purs ne se soucient des aristocrates lorsqu'ils ont envie de se faire brosser dans le sens du poil… Ou quand lesdits Levels B interfèrent avec leur plan machiavélique. »

Il s'arrêta deux secondes, comme pour réorganiser ses pensées.

« Évidemment, ce n'est pas forcément la même chose que toi. Je suppose que les Hunters ne peuvent s'empêcher de se sentir sur le pied de guerre dès qu'un vampire franchit la bordure de leur "territoire". »

Il n'a pas tort là-dessus.

La chasseuse fronça les sourcils légèrement à sa propre réflexion.

« J'aimerais parfois que cela ne se limite pas à ça. C'est comme une sorte d'instinct. Déjà qu'avec Kuran, c'est compliqué de se sentir bien… »

Le brun leva la tête à ses paroles. Seule la présence de Kaname ? Il aurait pensé que les Hunters se sentaient plus oppressés que cela par la proximité avec des vampires nobles. Mais là encore, il se trouve que cette fille est une sorcière. Il avait encore du mal à y croire pour être honnête. Ce n'était pas tous les jours qu'on doit faire face à une véritable révolution de nos croyances. Les vampires se pensaient tout-puissants dans leur immortalité. Les Nobles possédaient des pouvoirs qui défiaient l'imagination. Ne parlons même pas des Sang-purs qui faisaient office de dieux. Et elle, elle débarquait comme une fleur. Armée d'une lance qui pouvait les tuer, et des capacités magiques qu'on leur croyait expressément réservées. Une Hunter de ce genre, ça pouvait renverser la situation de tout au tout. Et elle devait bien s'en rendre compte, sinon pourquoi garder ses atouts bien cachés, comme des cartes maîtresses pendant une partie de poker ?

Mais apparemment, Sarah craignait, ou restait prudente quant aux sang-purs. Il se demandait bien pourquoi. Il se redressa un peu de sa position allongée, maudissant les derniers rayons du soleil qui passaient entre les rideaux. Il finit par lui demander s'il pouvait simplement allumer les lumières. Quand elle se leva pour fermer les draperies, il continua :

« Pourquoi tu te méfies autant des Sang-purs ? Tu es plus puissante que les Hunters, alors l'écart de puissance ne doit pas être si décourageant que cela.

— … Nous n'avons pas peur des sang-purs parce qu'ils peuvent nous faire du mal à nous. Peu importe si les chasseurs sont attaqués par les vampires, même si ce sont des Levels A. Bien sûr, c'est toujours un choc, mais ce n'est jamais notre inquiétude première. Ce qui nous tourmente bien plus que ça, c'est ce qu'ils pourraient faire aux humains. »

Ce fut ce que répondit Sarah, arrêtant sa progression pour songer à ce qu'elle venait de dire. Oui, c'est sûr que cela ne se fait pas du bien quand tu apprends qu'une famille proche de toi a été décimée… ou que tu vois ta propre sœur se faire amputer devant toi. Cependant, ce qui avait toujours eu plus d'impact, c'étaient les cadavres d'humains que les Levels E laissaient derrière eux. On en voyait souvent, mais on ne s'y habituait jamais. Par rapport à ces véritables massacres, les attaques mortelles sur les Hunters restaient rares.

Les humains… Sarah se rendit compte que son aiguille avait dévié. Elle claqua sa langue d'agacement, et entreprit de réparer son erreur de manière plus consciencieuse. Ce manquement n'a pas échappé au vampire, qui comprit vite que quelque chose la chiffonnait. Senri reprit un chou à la crème, avant de parler à nouveau :

« Donc, tu n'aimes pas les Sang-purs, les Levels E… et les Humains, ça commence à faire beaucoup.

— Et pourtant dans les trois cas, c'est amplement mérité.

— Les deux premiers, je peux facilement comprendre. Le dernier par contre…, laissa traîner Senri — il était curieux de savoir pourquoi, mine de rien —.

— Ils ont tué ma mère. »

Un silence. Sarah s'était figée, ayant répondu sèchement. La réponse en elle-même avait surpris le brun, qui s'attendait à tout… sauf à ça. La fille aux cheveux rouges finit par poser son aiguille, le regard fixé sur ses genoux. Il eut peur d'avoir été trop loin, tout dans sa posture renfrognée jusqu'à la température qui semblait avoir baissé (allez savoir si c'était vraiment une impression ou si elle pouvait réellement affecter cela grâce à son humeur), puis, au moment où il allait essayer de changer de sujet, la plus jeune reprit :

« C'était une mission diplomatique, à la base. Mon père, qui est, disons haut placé à la Guilde, avait du mal à négocier avec un des sénateurs, du coup ma mère devait aller le voir. Elle était beaucoup plus charmante que mon paternel, moins brute de décoffrage, alors elle réussissait souvent à persuader les gens d'aller dans son sens. C'était un jour de fête, alors les nounous n'étaient pas à la maison, ma… Maman m'a donc emmenée. Le voyage était long, du coup on a fait escale dans un petit village, en pleine campagne. »

Sarah fit une pause, repensant à comment ce drame s'était déroulé en essayant de rester calme.

« Qu'avez-vous fait ? Qu'avez-vous fait ?! »

« Non, tiens bon ! Maman ! Non ! NON ! »

« … Vous avez tué la mauvaise sorcière. Maintenant, humains, il va falloir en assumer les conséquences. »

Elle releva la tête subitement, comme pour émerger des fugaces souvenirs pour rejoindre la réalité. La fille reprit le fil de son histoire, et eut un rire nerveux :

« Vous les vampires, vous avez cette manie à poser vos domaines au beau milieu de nulle part. Bref, ce qu'il faut savoir, c'est que ma mère était également médecin. Alors quand elle a vu des gosses qui traînaient une infection qui faisait des ravages, mais qu'elle n'avait pas les ressources nécessaires pour les soigner, elle n'a pas pu s'empêcher de jeter un ou deux sorts à leur boisson pour qu'ils guérissent. Un des adultes a dû la surprendre. Mais sur le moment, on n'en savait rien… Ils sont venus nous chercher en pleine nuit. J'étais terrifiée, on m'avait emmené séparément, j'ai pourtant essayé de m'accrocher à elle mais… on l'a traînée jusqu'à la place du village. Ils avaient allumé un feu, un grand feu…

Le pire je pense, ce n'était pas de le voir, ni même de sentir l'odeur du brûlé. Je m'en souviens, vu que ça m'a marqué, mais… le pire était les cris. Puis le silence. On dit souvent que ceux qui sont exécutés de cette façon meurent rapidement, d'étouffement à cause du CO2 relâché par les flammes. Ce n'est vrai que si le feu est assez grand. Apparemment celui de ma mère ne l'était pas assez. Non seulement ces humains m'ont pris ma maman, mais en plus, ils lui ont donné une mort lente, affreuse. »

Sarah essuya une larme rageuse. C'est comme si elle ne pouvait plus s'arrêter de parler, la remontée des souvenirs, des sensations de cette nuit-là, était trop dure à supporter et à intérioriser en même temps. Il fallait que ça sorte. Alors elle reprit, sa voix allant un peu plus dans les aiguës :

« Ma mère n'a pas pu se défendre non plus. Sa magie était totalement inoffensive. C'était uniquement parce qu'elle voulait aider de pauvres humains menacés par les Levels E qu'elle a continué à travailler après nous avoir eus. Donc oui, je n'aime pas les humains. Parce que quand ils ont peur, au lieu de chercher à comprendre, ils attaquent, et ne font pas la différence entre leurs alliés et leurs ennemis. Au moins, quand les vampires dégénérés tuent, ils font ça rapidement et c'est de la survie. Les mortels… ils prennent plaisir à donner la mort, ils la font durer, et trouveraient n'importe quel prétexte pour la… pour la causer. »

Elle eut comme un goût salé sur les lèvres. Bon sang, qu'est-ce qu'il se passait ? Ne me dites pas qu'elle pleurait encore ? Sarah entreprit d'essuyer d'un coup rageur les larmes qui coulaient à flots, malgré ses efforts, rougissant ses yeux alors que des hochets qui voulaient sortir lui faisaient mal à la gorge. Pourquoi ça ne s'arrêtait pas ?! Elle était une Hunter… La Hunter, la seule qui ne pouvait pas se permettre de pleurnicher comme ça, surtout devant un vampire.

On se calme, Sarah. Ils ont eu ce qu'ils méritaient, après tout.

Le souvenir… non, le sentiment de satisfaction à cette pensée réchauffa un peu son cœur rempli de tristesse. Vengeance a été faite il y a longtemps… C'était dégoûtant, de se réjouir de la mort de ses ennemis, mais la Hunter ne pouvait pas s'en empêcher. Elle se rassura donc comme ça, se rappelant du feu qui s'était retourné contre les hunters pour sécher ses larmes, de la fumée noire qui avait régné sur le village pendant deux jours et deux nuits pour masquer sa propre douleur dans le noir. Les pleurs se tarirent, et après un moment qui avait semblé durer une éternité, elle fut calme à nouveau.

Jusqu'à ce qu'elle sente une main hésitante se poser sur son épaule, la tapotant… Gentiment, mais de manière très maladroite. Ce n'est que là que Sarah se souvint qu'elle n'était pas seule dans sa chambre. Lentement, elle repassa ses manches sur son visage pour essuyer les dernières larmes, et regarda Senri. Il avait un air étrange, un mélange de mal-être, de nervosité et un soupçon de regret. Le pauvre ne devait pas être habitué à assister à ce genre de scènes.

« Ҫa va mieux ? »

… Effectivement, il devait être novice en la matière. Cette phrase toute gauche, et le fait qu'il continuait à tapoter son épaule la rendirent toute silencieuse. Puis, après deux petites secondes, Sarah fut à nouveau secouée par des tremblements, ce qui terrifia intérieurement Senri — lui n'était pas préparé pour des situations pareilles ! – avant qu'elle ne commence à rire. Si ça avait débuté doucement, elle se retrouva bientôt à devoir se tenir au coin de sa table pour ne pas tomber de sa chaise, essayant de se calmer encore une fois.

… Vraiment, c'étaient trop d'émotions en un quart d'heure. Quand enfin, Sarah se redressa sans qu'une crise de rire risque de la reprendre, elle se tourna avec un sourire narquois et amusé vers Shiki, qui avait l'air largué. Elle secoua la tête et répondit :

« Ҫa va mieux, oui. ».

Bizarrement, l'homme eut l'impression qu'elle répétait ses mots de manière moqueuse, mais il ne se vexa pas. Valait mieux voir la Hunter rire que pleurer… Ne pas savoir sur quel pied danser n'était pas agréable. Il laissa donc courir, posant son regard sur la robe qui était à deux doigts d'être achevée, ses pensées l'emmenant à des kilomètres de là. Il n'avait pas envie d'imaginer la scène qui lui avait été décrite, mais son esprit le dirigea vers un sujet tout aussi sensible. Sa propre mère.

Il avait encore reçu une lettre. Heureusement, personne d'autre ne l'avait interceptée ou lue avant lui. Le contenu était loin d'être plaisant, le dénigrement, l'absence totale de sentiments, de compassion… De cette encre ne resurgissait que le besoin animal de se repaître, comme si la soif était tout ce qui comptait. Ça avait réveillé une vieille rancœur qu'il avait pensé éteinte contre sa mère.

Senri s'était vite réprimandé pour cela. Cela n'était pas de sa faute, si son propre père l'avait détruite mentalement, au point qu'elle se soit emmurée dans sa nature vampirique pour en oublier tous ses autres souhaits, instincts et pensées. Peut-être que c'était sa génitrice qui avait raison. Peut-être que parce qu'il était la moitié de son paternel, son fils devait compenser pour les malheurs que Mizuki Shiki avait subis, et subissait encore.

Peut-être même n'était-il bon qu'à ça.

« Senri-kun ? »

Le vampire redressa vite la tête, pour voir la jeune femme devant lui cligner des yeux, comme si elle l'avait fixé un moment avant d'oser parler. Il s'était à nouveau perdu dans ses pensées. Le brun maudit mentalement cette tendance enquiquinante, mais Sarah ne lui laissa guère le temps de s'expliquer.

« Quelque chose te perturbe. »

Ce n'était même plus une question, la sorcière pouvait quasiment sentir les ondes se brouiller près de Senri. Était-ce elle, ou était-ce son histoire qui l'avait mis dans cet état ? Pourtant, il avait commencé à avoir la tête ailleurs après que son récit fût terminé… Le mannequin eut vite fait de nier :

« Ne t'inquiète pas, ce n'est rien.

Si tu le dis. Si… ce "rien" devient un "quelque chose", tu peux venir me raconter si tu veux. »

Sarah n'était pas dupe, mais elle n'insista pas, vu la vitesse à laquelle il avait essayé de démentir, elle n'arriverait qu'à pousser le vampire dans ses retranchements. Cependant, elle souhaitait être présente pour lui si besoin.

D'ailleurs, ça la surprit un peu d'avoir ce genre de pensées. Ce n'était pas comme s'ils se connaissaient depuis très longtemps. Ou comme s'ils se ressemblaient au niveau de la personnalité. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir moins en danger quand il était à proximité. Comme si elle n'avait pas besoin de se cacher. À part avec sa fratrie, elle n'avait jamais ressenti ça… Même pas avec les jumeaux Kiryu.

Elle regarda le vampire, ayant envie de soupirer mentalement. La sorcière ne savait pas trop quoi penser de ce sentiment. Enfin… Ce n'était pas comme s'il était urgent de le réprimer. Autant le laisser là, pour le moment, observer ce qu'il en adviendra. Un petit sourire vint se peindre sur le visage de Sarah, avant qu'elle ne se décide à se lever. Si Shiki ne voulait pas parler de ses sombres pensées, on va l'en distraire.

« Tu as faim ? Je pensais faire un gâteau, histoire de pouvoir attendre le prochain repas sans avoir la dalle.

— Ah là, tu me fais du charme. »

Elle avait rarement vu le brun relever aussi vite la tête. Bon, retenons que le domaine de la pâtisserie le sortait de n'importe quel état secondaire… Elle eut un sourire et fit un signe de tête, ouvrant la porte pour qu'ils passent en premier. Ce gâteau n'allait pas se faire et se manger tout seul, après tout !


Pourquoi ne m'as-tu pas écrit, Senri ?

Tu comptes m'abandonner comme ton père, il y a si longtemps que cela ? Quel ingrat tu es ! Tu dois absolument revenir ici, tu dois servir l'ultime but de ta famille, sois un Shiki !

Ne m'ignore pas, réponds à cette lettre, ou ton grand-oncle sera furieux.

Ta mère,

Mizuki Shiki


« Anya ! Anya, où tu te trouves ? »

Ce n'est pas comme si je pouvais m'en aller très loin en deux-roues, Kai…

La sœur aînée soupira un peu avant de se retourner et avança dans le couloir pour être visible depuis le vestibule d'entrée. Son frère était à la porte, sa silhouette en contre-jour ne permettant pas à Anya de le voir correctement jusqu'à ce qu'il ne pénètre dans la maison. Il était vêtu comme s'il venait de rentrer d'une sortie, des bouquins dans une main et des lettres dans l'autre.

Et vu son air mécontent tout en levant les papiers incriminés, elle comprit très vite qu'elle n'avait pas été vérifier le courrier à temps aujourd'hui. Et merde…

Kai claqua la porte fermement. Ce n'était pas tous les jours que le jeune homme s'énervait de manière aussi évidente : il tournait comme un lion en cage, cherchant une proie qu'il lui avait échappée trop longtemps. Anya secoua la tête avant de se rapprocher de son jumeau, celui-ci ne tarda pas à lui faire des reproches :

« Tu sais au moins que c'est exactement pour cela que tu t'es fait reclure dans ce trou perdu de la montagne, quand même ? Je te l'ai dit cent fois, si Sarah demande de l'aide pour je ne sais quelle sombre raison, laisse-la se débrouiller comme la grande fille qu'elle est.

— Passe-moi ces lettres, Kai, répondit Anya doucement.

Elle ne voulait pas s'énerver contre lui, car la brune savait pertinemment que son frère et elle étaient tout aussi butés l'un que l'autre et qu'ils n'arriveraient à rien en s'agitant à cause de leur désaccord. Elle leva le bras pour les lui prendre des mains mais Kai les fit monter plus haut, assez pour qu'elle ne puisse les atteindre. Là, elle commença à froncer les sourcils.

« Kai, donne-moi ce courrier. Tu sais très bien qu'elle n'est pas de Sarah. Tu te souviens, tu ne voulais plus que je lui écrive.

— Et je ne suis pas assez bête pour ne pas comprendre que Zero Kiryu réside à l'académie où notre sœur étudie, Anya.

— Ҫa suffit. Ce sont mes correspondances, et mes affaires privées ne te concernent pas.

— Et l'autre envoyeur est un des petits subalternes du bureau d'Hélène, enchaîna Kai, avant de lâcher un rire amer. Parce que tu la surveilles aussi ? Je te le répète, il faut que cela s'arrête. Tu deviens complètement paranoïaque. »

La dernière remarque eut le don de faire tiquer la sœur aînée. Elle lui jeta un mauvais regard, avant d'inspirer profondément. Reste posée. Il n'y a que cela qui marche avec lui.

« Et moi je te dis que mes inquiétudes sont fondées. Il te suffirait de m'écouter et je suis sûre que ça te sauterait aux yeux ! … »

Elle tenta de les lui arracher alors qu'il passait par là, mais Kai fit un bond agile sur le côté, sifflant d'agacement au passage. Les deux Hunters se regardèrent comme des chiens de faïence, pendant quelques minutes. Peut-être plus. Anya maintenait le regard, déterminée à lui faire comprendre que ce n'était pas de la paranoïa, que cela n'en avait jamais été. Le garçon plissa les yeux. Pourquoi diable insistait-elle autant ? Pourquoi elle ne pouvait pas se contenter de se protéger, de se préserver alors qu'ils avaient enfin été écartés par leur père du pouvoir ? À une époque, c'était leur seul et unique souhait.

Un ange passa. Et le brun baissa son regard bleu nuit, en laissant un soupir d'agacement s'échapper. Il jeta les lettres sur la table et alla s'asseoir sur le canapé, les jambes croisées comme il le faisait quand il était mécontent mais prêt à négocier.

Anya sut qu'elle était à deux doigts de gagner, mais elle n'en laissa rien paraître, prenant plutôt les correspondances si précieuses pour les garder dans ses bras, au cas où son frère aurait l'idée de les lui reprendre. Celui-ci fit un signe de la main et râla :

« Je t'écoute, qu'est ce qui vaut donc la peine de te compromettre auprès de notre père comme ça ? ».

Anya avança son fauteuil vers lui, après avoir jeté un coup d'œil au deuxième destinataire. Riku Matsuya, sans doute celle qui lui donnait le plus d'informations. Excellente nouvelle. La brune releva les yeux et prit un air tout à fait sérieux avant de se lancer :

« C'est simple. Premier élément qui a fait que j'ai commencé à m'inquiéter : Papa travaille sur un nouveau projet avec le Sénat. Généralement quand il arrive à négocier un traité avec les vampires, on en entend assez rapidement parler, mais là, rien. Même Hélène n'a pas pu m'en parler… »

Son frère grogna à cela, avant de l'interrompre :

"Et c'est ce qui se passe quatre-vingt-dix-neuf pour cent du temps maintenant qu'on est techniquement plus dans les forces actives de la Guilde. Je te jure que si c'est ça qui te pousse à remuer ciel et terre…

— Mais écoute-moi jusqu'au bout avant de râler ! Bref. Pour ta gouverne, Sarah, son héritière quand même, n'est pas au courant non plus. Et apparemment, elle a été envoyée sur sa mission de « reconnaissance » à l'académie juste après que ce projet ne se soit mis en route, d'après ma source chez Hélène. À croire que Papa ne voulait pas que notre sœur cadette traîne dans ses pattes quand son plan aboutira. Et non, avant que tu ne dises autre chose, il n'y a pas que cela."

Anya fit une pause. Comment elle pouvait organiser sa pensée à voix haute pour que cela soit clair ?... Il était évident qu'elle n'avait pas encore tous les éléments en main, et un court instant, elle eut peur que ce qu'elle avait à dire ne soit pas suffisant pour convaincre son frère. Mais après une grande inspiration, elle se lança.

"Tu es déjà au courant pour Shizuka, tu savais qu'elle était dans les alentours de l'académie Cross ? J'ai pris contact avec Zero, en lui expliquant la situation, en priant pour qu'il ne me foute pas un « va te laver » phénoménal. Bizarrement ou pas, il m'a répondu et il m'a raconté que non seulement il sentait que Shizuka avait intégré l'Académie mais qu'en plus Sarah lui avait posé une question bizarre du genre "T'es sûr que ton frère jumeau est bien mort pendant l'assassinat de tes parents ?". Imagine un peu ! Shizuka Hio et Ichiru Kiryu, vivant ? Merde, il y a de quoi s'inquiéter non ?"

Kai s'était redressé, tendu comme un arc. Le gamin Kiryu qu'on n'avait jamais retrouvé aurait suivi la sang-pur qui avait tué ses parents ?... C'était peu vraisemblable, mais si Sarah avait demandé à Zero… Oui, car son frère lui en voulait peut-être, mais le brun savait pertinemment qu'elle n'aurait jamais parlé à son ami d'enfance à moins d'être sûre de ses informations.

« Ils savent si le Kiryu avec elle est devenu un vampire ou pas, demanda-t-il d'un ton concerné.

— Aucune idée, je n'ai pas encore de nouvelles. De toute façon, si c'est vraiment ça, on ne peut plus faire grand-chose, à part prier pour que la sang-pur n'ait pas ce qu'elle est venue chercher à l'académie. Alors, j'ai conscience qu'à première vue, rien ne relit toute cette histoire avec Hio et l'attitude de Papa, mais tu ne trouves pas bizarre que tous ces événements arrivent au même moment ? Que Papa ait intercédé les communications entre Zero et Sarah ? »

Elle soupira et passa une main dans ses cheveux, de plus en plus inquiète au fur et à mesure qu'elle énonçait les éléments, mais elle continua :

« C'est Asatô Ichijo lui-même qui a prévenu Papa que Shizuka traînait autour de l'académie. Depuis quand le Sénat nous livre des informations aussi capitales ? Ils ont du mal à nous dire si des Sang-purs ont transformé de nouveaux humains. Qu'est ce qui les pousse à coopérer comme ça, quelle serait une motivation suffisamment forte pour que Père mette en danger l'héritière en laissant courir cette cinglée dehors ?

— Eh bien, parce qu'ils le veulent bien. »

Anya tourna sa tête d'un coup vers son frère, celui-ci ayant fait apparaître une cigarette. Elle ne pensa même pas à lui dire que c'était interdit dans la maison, bien sûr que non. Savoir ce que Kai avait en tête était bien plus important :

« Explique-toi.

— Shizuka Hio a passé 4 ans dans l'ombre et sort soudainement de son cocon de sûreté pour entrer dans une académie dont l'aspect symbolique est très fort. La question est, pourquoi ?

— Zero ? C'est la seule victime qu'elle a laissé filer : ça doit l'agacer ne serait-ce qu'un peu, suggéra sa sœur, avançant pour aller chercher un verre d'eau.

— Peu probable. Il est resté au même endroit pendant ce même laps de temps. Elle aurait pu s'en débarrasser bien plus tôt, quand il était plus faible. Même si ça pouvait l'aider dans sa décision, ce n'est pas la raison principale. Imagine. Tu es une cinglée qui, après avoir vu son fiancé se faire tuer, a massacré toute une famille. Tu as réussi à disparaître des radars de tout le monde. Pourquoi diable prendrais-tu le risque d'être découverte dans une académie, en sachant pertinemment que tu n'y trouveras que des ennemis ? »

Kai se leva en laissant s'échapper de la fumée, avant de traverser la pièce pour prendre un cendrier. Anya le regarda tapoter sa cigarette au-dessus, en voyant les cendres tomber…

Les cendres.

« Elle veut tuer quelqu'un. Une cible dont elle ne peut charger à personne d'autre l'élimination. Donc aussi puissant qu'elle… Sarah ? »

Kai claqua la langue d'exaspération à cela :

« Faut arrêter de tout ramener à notre sœur, Anya. Oui, elle a de grands pouvoirs, et oui, le timing sera adéquat, mais elle n'a rien à voir avec Shizuka. Par contre, il y a bien quelqu'un d'autre…

— … Kaname Kuran. Il a été démontré qu'il n'avait rien à voir avec l'assassinat du fiancé, non ?... Ce serait pour… le dévorer ? »

Les jumeaux se regardèrent, l'idée les dégoûtant au fur et à mesure qu'elle s'imprimait dans leurs têtes. Le fait de dévorer un des leurs dans le seul but de devenir plus puissant était toujours le signe qu'un Sang-pur était irrécupérable en plus d'être dangereux. Un acte monstrueux, presque sans pareil. Anya lâcha un soupir et fit rouler son fauteuil jusqu'à pouvoir prendre un verre d'eau : elle avait soudainement la gorge serrée.

« Il faut que je prévienne Sarah, si c'est bien ça.

— Si j'étais toi, je lui dirais clairement de ne pas s'en mêler, ajouta Kai, alors qu'il s'amusait à faire léviter la cigarette. Ne vaut mieux pas être dans les parages quand ce combat à mort arrivera…

— C'est oublier que c'est dans une académie. Il y a des humains autour. Il faut qu'elle soit sur ses gardes.

— D'où le fait que je te conseille de la prévenir sans qu'elle intervienne. D'ailleurs, hors de question que tu te mêles à cette histoire aussi. »

Le garçon alla à nouveau s'écrouler dans son sofa prêt à somnoler après avoir laissé sa cigarette s'éteindre, comme si la question était maintenant réglée. Anya n'en croyait pas ses yeux. C'est tout ce que ça lui faisait ? D'accord, il avait toujours fait en sorte de ne pas être touché par tout ce qui entourait son métier : les querelles entre le Sénat et la Guilde, les exécutions de Levels E, les pertes humaines… Mais là, c'était un comble ! Elle murmura un juron bien fleuri tout en se rapprochant du siège de Kai et le regarda droit dans les yeux en déclarant :

« Toujours est-il qu'on ne sait pas pourquoi notre cher paternel s'est allié au Sénat. ».

Le grognement de Kai à cette phrase communiquait extrêmement bien toute son exaspération. Il ouvrit ses yeux et la fixa, avant de froncer les sourcils, sentant le coup venir :

« Non, nada, niet. Plus d'excursions pour révéler je ne sais quel complot sordide.

— Mais Kai !

— Non, tu voulais savoir si Sarah est en danger, et on n'en a conclu que probablement pas. Dès lors, plus de recherches d'infos.

— Juste pour savoir si leur coopération n'avait que ce but-là, s'il te plaît ! »

… Le jeune homme commençait à sentir le mal de tête arriver, et il préféra détourner le regard pour regarder le plafond en bois, essayant de ne pas ressentir les ondes tracassées mais résolues qui provenaient de sa sœur. Il avait beau réussir la plupart du temps à se fermer aux émotions des autres… Celles d'Anya étaient toujours celles qui passaient entre les mailles du filet pour l'atteindre. Ça n'avait jamais raté… et aujourd'hui encore, ça ne ratait pas.

Anya avait besoin de lui, sinon elle n'essayerait pas autant de le faire changer d'avis. Mais la connaissant, s'il refusait trop longtemps, sa sœur pourrait très bien décider qu'elle pouvait très bien y arriver seule et s'empêtrer dans une situation impossible où elle risquerait de se faire traîner en justice pour trahison.

Elle avait déjà poussé sa chance très loin en se reposant sur d'autres personnes qui pouvaient être facilement corrompues. Il ne voulait pas voir le seul être auquel il tenait vraiment se retrouver dans une position foireuse dont il aurait pu la protéger. Lui au moins, était digne de confiance, et ne l'abandonnerait jamais.

Il soupira et finit par retourner la tête pour la regarder. Anya, plus décidée que jamais à rechercher la vérité. Kai allait tâcher qu'elle ne se brûle pas en jouant avec le feu :

« Je ne veux pas qu'on aille fouiller dans le bureau d'Hélène ou celui de Papa. Trop dangereux.

— Et les Archives ? »

Les Archives administratives se trouvaient dans une autre aile du bâtiment de l'exécutif. Elles étaient séparées en deux parties : celle publique et l'autre confidentielle. Peu de gardes, car la limite entre les deux était sécurisée par des pass d'entrée… C'était suffisamment loin de tous autres points sensibles dans la Guilde pour qu'ils mettent du temps à repérer qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. S'ils choisissaient un jour où la majorité des Hunters sont sortis pour chasser…

Anya sut au soupir de son frère qu'elle avait gagné. Celui-ci se redressa et la regarda droit dans les yeux, il ne plaisantait pas :

« On le fera vite et quand je le dirais, il faut qu'on trouve un bon créneau horaire et que je nous dégote un pass. Ça peut prendre du temps. Si jamais on ne découvre rien… Plus de recherches. Marché conclu ?

— Marché conclu. »

La fille n'avait pas besoin de réfléchir à deux fois, c'était sa seule chance pour que son frère veuille bien l'accompagner et qu'ils jouent un de leurs fameux tours à la surveillance de la Guilde. Madame se retourna, le sourire aux lèvres, une sensation de satisfaction lui montant à la tête alors qu'elle prenait son portable. Elle n'avait pas le temps d'envoyer une lettre, donc elle espérait que Sarah n'avait pas éteint son téléphone. Avant de disparaître dans la cuisine, la jeune Hunter lança avec un sourire étincelant de malice :

« Ce sera comme au bon vieux temps, frérot ! A part ça pour ce midi, bolognaise ou carbonara ? »

Kai ferma les yeux à la remarque, se demandant s'il n'allait pas amèrement regretter cette concession…

« Carbonara… »


++ Message reçu à 12 : 45++

++ Désolée de ne pas t'avoir recontacté avant, Sarah. Je vais faire court : ne te mêle pas de cette histoire avec Shizuka Hio, peu importe quoi. Je t'expliquerai plus en détail ce qui se passe en ce moment à la Guilde quand Kai et moi aurons fini notre inspection.

Rappelle-toi, ne fais pas quelque chose que je ferais… ni quelque chose que je ne ferais pas ! 😊++

Sarah renifla un peu avant de remettre son portable dans son meuble de salle de bains, derrière les produits d'hygiène intime — quoi, fallait bien trouver de quelque chose de facilement dissuasif pour ne pas se faire choper lors des visites des Gardiens ! — . C'est que ça ne lui donnait pas beaucoup de marge de manœuvre, cette histoire. La jeune femme se rassit, rapprocha son miroir puis commença à appliquer son eye-liner. Elle avait la main tremblante, cependant en y allant petit à petit, elle réussit à avoir quelque chose de présentable en soirée.

Elle était inquiète. Anya avait beau mettre un smiley à la fin de son sms, et elle avait beau être la personne que Sarah écoutait le plus, elle n'était pas sûre que sa grande sœur réalise le merdier qu'était sa situation à l'académie. Elle ne lui avait pas tout dit. Peut-être qu'Anya n'était pas au courant pour Ichiru.

Et elle ne savait définitivement pas que Sarah s'était pris une raclée dont elle n'arrivait pas à s'en remettre. Non pas d'humiliation : la Hunter se souviendra parfaitement que cette sang-pur joue à la déloyale la prochaine fois qu'elle verrait Shizuka Hio. Non. Si la rousse ne pouvait pas laisser passer ça, c'était parce qu'elle était en colère. Elle rageait, tout simplement. Et autant elle savait qu'elle ne pouvait pas agir de manière impulsive, autant elle crevait envie de…

Merde. Son trait était mal fait.

De frustration, elle attrapa le démaquillant et passa un coton de tige, histoire d'effacer le massacre, avant de recommencer. Elle n'arriverait pas à faire quelque chose d'égal ce soir, elle en était à peu près convaincue. Mais elle n'en avait rien à foutre. Ce n'est pas comme si quelqu'un allait la regarder de près dans tous les cas !

« Tu as un trait plus large que l'autre. »

La Hunter jura et rattrapa de justesse son crayon noir, tout en se tournant vers la porte de la salle de bains pour assassiner à coup de stylo l'odieux personnage qui lui avait foutu la frousse. Mais la fille s'arrêta avant même de traiter de tous les noms le nouveau venu… La nouvelle venue, plus précisément.

Rima semblait déjà prête, elle avait revêtu cette robe bleu et noir assez courte, de style gothique comme probablement tout ce qui était dans l'armoire du mannequin. Ses couettes étaient déjà faites, son maquillage sans bavure.

Ce que Sarah trouvait absolument outrageant vu sa meilleure amie s'était réveillée il y a exactement une demi-heure. Ça devrait être interdit d'être aussi parfaite en si peu de temps !

« Tu m'as fait peur.

— Ramène tes fesses ici, je vais te corriger ça avant que Ruka ne crie au scandale parce que tu n'es pas parfaitement maquillée. »

… La jeune fille ne dit pas non très longtemps, elle savait pertinemment que Rima serait sûrement plus amène de lui appliquer l'encre du khôl sans trembler. Alors Sarah revint dans sa salle, prenant au passage son sac pour le jeter sur le matelas, avant de s'y asseoir. Si elle avait su, elle aurait fait du changement. L'assiette que Senri et elle avaient utilisée pour déplacer le gâteau était toujours sur le bureau, avec les aiguilles dispersées autour. Et ne valait mieux même pas parler du nombre phénoménal de papiers qu'il y avait sur le tapis, de l'autre côté de son lit. Sarah secoua mentalement la tête, et évita de bouger alors que Rima se mettait à côté d'elle, examinant son travail.

« Tu as eu les mains tremblantes aussi, je vais devoir égaliser la hauteur. Tu stresses ?

— Pas vraiment, je n'aime pas trop les grandes soirées comme ça. Trop de gens… En plus Kuran va nous surveiller, on va traîner une aura pesante derrière nous. »

Rima eut un sourire narquois avant de commencer à appliquer du crayon. Sarah ne parla et ne bougea plus, le silence venant s'installer sans qu'il soit désagréable. Et vu ce qui lui trottait dans la tête en ce moment, la fille aux yeux vairons ne s'était pas rendue compte qu'elle avait cruellement besoin de cela : d'un silence qui ne soit pas oppressant.

Sarah trouvait que c'était facile de se relaxer en compagnie du mannequin. On pourrait lui raconter les choses les plus tirées par les cheveux que Rima ne hausserait pas d'un sourcil. Et la plupart du temps, les filles s'accordaient aussi sur leur cercle d'amis, et mieux encore sur qui elles ne fréquentaient pas. Ruka avait un balai dans le cul, Kaname était tout simplement trop flippant…

Rima Toya était une des raisons pour lesquelles Sarah était heureuse d'avoir été envoyée dans cette académie.

C'est ce qui frappa Sarah, la faisant froncer les sourcils alors que Rima passait à l'autre œil. D'ailleurs, cette dernière le remarqua bien :

« Ҫa va ?

— Hein ?...Oui, pourquoi ?

— Alors cesse de bouger, veux-tu. »

Sarah s'excusa à demi-mot et tâcha de ne plus réagir, de contenir sa surprise.

C'est qu'elle avait fini par aimer l'Académie Cross… Malgré tout son bon sens, elle s'y était attachée, à cette fichue école remplie d'humains ignorants, à cette fichue Night Class commandée par un foutu Sang-pur. Elle s'était attachée à cet imbécile de génie d'Hanabusa — oui, un oxymore, il est tard donc on la lâche sur ça ! — . Elle s'était habituée à observer Takuma essayer de tempérer un peu les ardeurs des vampires avec le sourire et à Akatsuki qui était sous trop de stress pour que ce soit bénéfique pour sa santé. Elle avait l'habitude de voir Ruka piailler sur comment elle n'était pas assez polie devant « Kaname-sama ».

Et elle s'était habituée à son groupe de trois, à manger des Pockys avec Senri et Rima tout en se plaignant de la Day Class, des cours ou autres. À faire à manger à ces vampires qui manifestement ne comprenaient rien à rien au fonctionnement du four.

Et Sarah savait qu'au fond, peu importe comment Anya lui demanderait, elle n'allait pas laisser une espèce de Sang-pur avec un complexe de Dieu faire de l'Académie son territoire. C'était à elle, c'était sa meute, et la Hunter protégeait ce qui lui était cher.

« Et voilà, c'est parfait !

— Merci, Rima. »

Sarah se releva avec le sourire et alla prendre ses chaussures. La voilà fin prête grâce à Rima. Celle-ci d'ailleurs haussa un sourcil :

« Tu ne vérifies pas ?

— Je ne mettrais jamais en doute ton bon sens pour le maquillage, ou la mode, ou… toute autre chose, qui plus est, répondit Sarah avec un sourire éclatant.

— Flatteuse.

— Oui, mais tu aimes ça. »

Rima secoua la tête, mais la plus jeune avait bien vu qu'elle avait caché un rictus narquois. Un peu trop tard pour que Sarah ne le remarque pas. La Hunter reprit son sac, légèrement soulagée…

Peut-être… sûrement que Shizuka Hio ne tarderait pas à agir. Cette nuit serait parfaite, la plupart des vampires seront occupés et mélangés à des humains, impossible donc qu'ils puissent être efficaces rapidement s'il y avait un problème. La princesse avait peur, mais elle savait ce qu'elle devait faire si jamais ça arrivait.

Et elle n'allait rester là sans rien faire au buffet, ça, c'était clair.

Les deux filles allèrent vers le rez-de-chaussée, tout le monde semblait les attendre, mais même Kaname ne fit pas de remarques sur leur retard, préférant juste ouvrir les portes pour guider le groupe vers la salle où se tiendraient les festivités. L'obscurité était tombée vite après le coucher du soleil, alors il était difficile de rater le bâtiment dont toutes les fenêtres étaient illuminées. Sarah resta aux côtés de Rima sur le chemin :

« Espérons que ce ne sera pas trop ennuyant. Je n'ai pas envie de me mêler tant que ça à la Day Class…

Voilà qui va briser le cœur de certains humains, tiens, se moqua Rima.

Ah non, je vous laisse les fanboys aux garçons, à Ruka et à toi, merci bien.

Plus sérieusement, si tu n'as pas envie de te mêler à la foule, reste avec Senri et moi. »

Sarah regarda derrière elle, en réaction. Senri était toujours tenu par Takuma. Elle entendait parler d'une espèce de ronde, que le mannequin devait « socialiser avec les gens de temps à autre » et que non, le buffet n'était pas une option. La fille aux cheveux rouges relança un regard vers Rima :

« Je croyais qu'on ne devait pas venir accompagnés.

— C'est la même rengaine à chaque fois, oui, mais… On doit rester disponible dans la version officielle. En réalité, notre chef de dortoir est trop accaparé avec la petite du directeur et Takuma, bien trop enjoué par les festivités pour nous taper sur les doigts, explique l'autre femme en haussant les épaules. Donc si tu veux t'échapper un moment ou un autre, tu n'as qu'à venir nous voir, on s'occupera bien de toi, promis. »

… Sarah ne préféra pas relever que cette dernière phrase avait un sens on ne peut plus douteux. Néanmoins, fallait dire qu'elle remerciait encore le ciel pour avoir une amie comme Rima, qui comprenait que non, vaut mieux rester sur les valeurs sûres que d'aller rencontrer d'autres connaissances qui ne nous intéressaient pas. La Hunter allait rajouter quelque chose avant que Kaname ne prenne la parole :

« Je compte sur vous pour vous montrer irréprochables. Et bien sûr… Amusez-vous bien. »

C'est ça, Kuran, je suis déjà morte de rire.

Les vampires se dispersèrent assez rapidement dans la salle. Celle-ci avait été décorée par les élèves de la Day Class, à ne pas en douter. Des fleurs, des draperies avaient été accrochées sur les barreaux longeant les chemins du deuxième étage. Ça faisait très… simple. Mais élégant. La pièce en elle-même était déjà faite avec bon goût, mais on se croirait vraiment à un bal de promotion.

Sarah eut un soupir amusé à sa réflexion et vola une coupe de champagne à un serveur passant par là. Autant essayer de profiter au maximum de ce que la vie étudiante avait à offrir. La plupart des gens s'étaient déjà mis à danser, des élèves de la Night class avec des étudiantes humaines principalement tournoyaient au centre de la piste de danse avec harmonie. Du coin de l'œil, la Hunter vit la fille du directeur accrocher la rose à Zero. Elle s'arrêta là, derrière la colonne. Il avait l'air… remis. Tant mieux. En tout cas, vu l'expression joyeuse de Yuuki, cette dernière ne semblait pas au courant de son altercation avec la sang-pur.

« Tu ne danses pas ? »

Elle se tourna. Senri avait fini par s'échapper… pardon, à quitter Takuma pour rejoindre sa partenaire de mannequinat, ces deux-là ayant retrouvé leur air indifférent. Sarah leva son verre en réponse :

« Je suis en grande discussion avec mon verre pour le moment. Vous devriez fuir avant que la Day Class vienne vous réclamer quelques minutes de votre temps.

— Réserve-moi une danse, déclara Senri, après l'avoir regardé de haut en bas.

Il semblait surpris. Pourtant il avait vu sa robe auparavant. Le vampire reprit la parole rapidement après cela, non sans qu'une pointe de raillerie ne passe dans son regard :

— Promis, je serai de meilleure compagnie que ton verre. »

Mais quel… Sarah secoua la tête, à moitié exaspérée, à moitié amusée. Malheureusement, elle ne put s'empêcher de sourire en lui répondant :

« Prépare-toi, la concurrence va être rude. ».

Les deux mannequins lâchèrent un « mais oui, c'est ça » de concert, avant de partir valser sur la piste de dance. Sarah soupira un peu, puis s'appuya contre la colonne, regardant les festivités de loin. C'était rassurant de voir ses amis capables de s'amuser ainsi. D'ailleurs… il n'y avait pas qu'eux qui semblaient sortir de leur apathie habituelle. La Day class bruyante et perturbatrice était partie, pour laisser place à de jeunes gens heureux, presque en paix à l'idée de pouvoir approcher la Night Class comme des égaux. Ils dansaient sur la même musique, le sourire aux lèvres, et rien ne paraissait pouvoir les arrêter. Tout en cette scène contrastait avec leur quotidien où ils étaient séparés.

C'était peut-être dans des moments comme cela, où on ne pouvait faire la distinction entre humains et vampires tant ils étaient synchrones dans leurs actions, qu'on pouvait avoir foi qu'une paix entre les deux races était possible. En tout cas, ça donnait à Sarah l'envie d'y croire plus que cela. Mais la jeune femme détourna les yeux, après avoir regardé une dernière fois Rima et Senri, et posa son verre sur le buffet.

La prochaine chose qu'elle vit, ce fut le sang-pur et sa chère Yuuki en train de danser sur le balcon à l'extérieur, à un rythme différent de la musique. Non… Elle plissa les lèvres à cela. Mon Dieu, Kuran n'en ratait jamais une pour attirer cette humaine dans ses bras. Les yeux vairons de la princesse scannèrent la salle, trouvant d'abord Ruka, avec un air… découragé. Prête à abandonner.

Et à côté d'elle, un Akatsuki dont l'expression était indéchiffrable. C'était à s'en fendre le cœur, cette dévotion immense qu'il avait pour une femme qui ne retournerait jamais son amour. Sarah les regarda un moment, avant qu'un jeune homme de la Day Class ne vienne apostropher la fille aux cheveux blond cendré. Et là, la Hunter trouva ce qu'elle cherchait. Zero, avec un air noir, rempli de rancœur, exactement comme elle l'avait imaginé.

C'était évident qu'il aimait sa sœur adoptive. Ça l'avait toujours été.

La princesse eut envie d'aller le voir, d'aller le réconforter. Elle ne serait sûrement pas la bienvenue, vu leur passé… Elle hésita quelques secondes, mais déjà, c'était trop long.

« Sarah-san. Sarah-san, réveille-toi, tu veux.

— Hein, quoi ? »

Elle se tourna, pour apercevoir Hanabusa, qui apparemment avait traîné son cousin jusque-là, étant donné comment celui-ci regardait la place qu'il avait occupée auprès de Ruka jusqu'à présent avec regret. À leur air sérieux, Sarah oublia bien vite les chagrins d'amour des uns et des autres, et demanda : « Qu'est-ce qu'il y a ?

— Tu as vu la nouvelle ? »

C'est vrai, la nouvelle. Putain, comment elle avait pu la négliger celle-là, vu comment elle l'avait obsédée toute la veille. Sarah scanna la salle par réflexe, avant de réfléchir, et de secouer la tête :

« Non. Je ne suis même pas sûre qu'elle était dans notre groupe quand on est parti du dortoir. »

Et ce n'était pas bon du tout. Immédiatement, le semblant de sérénité qu'elle avait jusque-là partit au néant, et elle regarda autour de la pièce. Personne ne manquait à l'appel, à part elle… C'est Hanabusa qui la tira à nouveau de ses pensées, baissant la voix :

« Akatsuki et moi nous sortons un moment. Couvre-nous.

— Hein ? Hors de question, je vous accompagne, chuchota-t-elle rapidement en lui jetant un regard offusqué : il n'allait certainement pas l'écarter comme ça !

— Tu viens à peine de guérir, répondit-il fermement. Et quelqu'un te surveille depuis tout à l'heure, si on part, tu nous grilles tous. »

Quoi ? Pardon ?... Sarah le fixa d'un air confus, avant de voir que le vampire aux pouvoirs de glace ne la regardait pas. Il observait quelque chose dans son dos, sur sa droite. Elle fronça les sourcils, et tourna la tête, pour remarquer un certain vice-président baiser la main d'une étudiante. Elle croisa son regard ne serait-ce qu'une seconde, et elle comprit vite qu'elle s'était fait avoir par Kaname.

Ce salaud avait demandé à Takuma de la surveiller pendant la fête !

Elle retourna le regard vers la porte de sortie. Sans attendre plus longtemps, les deux cousins étaient partis, vers la forêt apparemment. Au moins, ils avaient fait ça discrètement. La femme plissa les yeux, avant de détourner la tête. Hanabusa avait raison, si elle était placée sous surveillance, elle ne pouvait pas y aller tout de suite. Il fallait qu'elle se débarrasse de son chaperon aussi vite que possible. Elle jeta un regard vers le balcon. L'heure semblait un peu moins aux amourettes entre les deux tourtereaux. Un autre coup d'œil, et elle constata que Zero était toujours là. Le directeur était resté à l'étage supérieur…

Et elle vit Takuma s'avancer vers elle.

T'as encore deux secondes pour réfléchir et trouver une idée lumineuse pour qu'il ne capte pas que tes deux complices sont partis et que tu meures d'envie de t'échapper toi aussi.

Sarah eut un sourire crispé.

Ça allait être fameux…


Un grognement d'effort, et une porte en bois qui s'ouvre. Akatsuki regarda l'espèce de cave qui s'enfonçait dans le sol au beau milieu du parc, Hanabusa accroupi à côté de lui. Le blond fronça les sourcils :

« Il fait plus froid, ça doit être là. ».

Le roux n'avait pas foncièrement envie de descendre là-dedans, merci bien. Mais un coup d'œil suffisait pour se rendre compte que les toiles d'araignées étaient déchirées dans les escaliers, preuve que quelqu'un est passé par là il y a peu de temps.

Et l'instinct d'Hanabusa n'avait pas de pareil. S'il était sûr qu'on trouverait le corps de Shizuka Hio à la fin de cet escalier, il voulait bien y croire. L'aîné soupira avant d'y mettre les pieds, et descendre plus bas, faisant jaillir du feu de sa main pour avoir plus de lumière.

Cette froideur… Cette impression d'être de trop, de ne pas appartenir à cet endroit, se renforça à chaque marche qu'ils descendaient. Le silence se fit pesant, alors Akatsuki essaya tant bien que mal de le meubler pour oublier ce sentiment désagréable :

« C'est vraiment…

— Tu me crois enfin, Akatsuki ? »

À vrai dire, il n'avait jamais pensé que le génie avait tort. Mais son instinct lui disait que c'était une grosse connerie de poursuivre sur cette voie. En descendant, ils commencèrent à apercevoir une lumière froide, bleutée. Par réflexe, Akatsuki fit disparaître ses flammes, avant d'aller plus bas encore, ne sachant pas trop à quoi s'attendre.

Mais ils ne comptaient certainement pas voir une sorte de cristal enveloppé… non, soutenu par des liens blancs, semi-transparents. Avec, en son sein, recroquevillée sur elle-même comme un fœtus, Shizuka Hio.

« Kuruizaki-Hime, Shizuka Hio, finit par dire Akatsuki, n'y croyant… ou ne voulant pas en croire à ses yeux. Tu avais raison, Hanabusa, c'est ici qu'elle a abandonné son enveloppe charnelle.

— Je ne comprends pas pourquoi elle a fait une chose pareille. S'emparer d'un autre corps, c'est se priver de la plupart de ses pouvoirs…

— Ne vous approchez pas. »

Cette nouvelle voix fit sursauter les deux hommes, qui se retournèrent bien vite. Seiren se tenait là, l'expression aussi dure que d'habitude. Elle avait l'air parfaitement au courant de ce qui se tramait… et cela n'échappa pas à Hanabusa, qui lui demanda des comptes :

« Pourquoi est-ce que… ».

Le chien de garde de Kaname avait déjà tourné les talons. Akatsuki attrapa par le bras son cousin quand celui-ci héla la Level D :

« Ҫa suffit, Hanabusa. Si Seiren a dit ça, c'est que le président a un plan… Et qu'on ne doit pas interférer. En plus… Contre un sang-pur, on ne peut rien faire. »

Akatsuki regarda la silhouette inerte mais pourtant menaçante de la femme en kimono, comme si celle-ci n'attendait qu'un seul moment d'inattention pour se réveiller et faire un carnage. Le roux eut une pensée à tous ceux qui étaient encore à la fête, ignorants de ce qui se tramait. Ruka, les mannequins, Sarah-san, les humains.

Il avait l'horrible impression que c'était ce soir que tout se terminerait.

Et un sang-pur ne part jamais de ce monde en silence.


…Et donc, 25 pages plus tard, vous vous retrouvez tous avec un semi-cliffhanger. Avouez, c'est frustrant 😊

J'espère que vous avez aimé ce chapitre, n'hésitez pas à mettre un commentaire pour le faire savoir, ça fait toujours plaisir !

A bientôt,

Alliana.