*Sort de terre, regardant de droite à gauche, deux, trois fois, nerveusement avant de se sortir complètement du trou dans lequel elle s'est enterrée depuis trois ans*

Bonjouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuur !

Oui, ça fait longtemps. Mais non, je ne suis pas morte et je reviens même avec un chapitre qui aurait pris...hmm... 7 bonnes tentatives avant que je ne réussisse à trouver la bonne méthode pour le rédiger, il y a deux jours de cela ?

Oh well. What can you do ?

Je remercie les fervents lecteurs qui ont commenté le dernier chapitre et d'avance, je fais un grand "Arigatô !" à ceux qui reviendront pour lire celui-ci. Vous avez vraiment la patience de saints !

Enfin, intéressons-nous à nos moutons Ce chapitre est relativement long et nous dépassons, si je me trompe pas, les 100 000 mots avec son ajout ! Cela me rend un peu émotive, si vous saviez !

Ce chapitre reprend un peu après la fin du dernier post et clôture de manière officielle la Saison 1. Comme nous parlons d'événements et d'accidents douteux, Sarah se conduit comme une criminelle, ni plus ni moins. Vous pouvez donc vous amuser à compter le nombre de délits et de crimes qu'elle commet, on récapitulera tout ça à la fin !

Mesdames, Messieurs, le Dodicesimo Nocturno !


La porte se ferma doucement derrière la Princesse aux yeux vairons, la luminosité changeant grandement entre le couloir et la chambre du chef de dortoir. Sarah plissa les yeux et croisa les bras. Même avec l'obstacle en bois, elle entendait les pas d'Hanabusa et de Kain-san s'éloigner lourdement.

Quand elle les avait croisés, le blond avait semblé particulièrement secoué. Ce n'était pas surprenant, mais…

« Darkwing-san. Assieds-toi, je t'en prie. »

Son attention se tourna vers le maître des lieux. Elle ne le quitta pas du regard, mais s'installa dans le siège le plus proche de la porte. Le même qu'elle avait occupé la dernière fois. Un coup d'œil vers la fenêtre lui confirma que le vent se levait. Une tempête se préparait.

La sorcière prit la parole sans plus attendre :

« Cette entrevue avec les cousins fut-elle satisfaisante, Kuran-san ?

— Serait-ce de la moquerie que j'entendrai dans ta voix, demanda le sang-pur. Ce n'est pas de très bon goût, Sarah-san.

— Je ne trouve pas cette discussion nécessaire. J'ai rarement été seule la nuit dernière. Pas assez, en tout cas, pour commettre un meurtre sans que personne ne s'en aperçoive. »

Contrairement à d'autres…

Le Sang-pur ne tiqua pas, malgré ce que la fille avait espéré. Peu importe, elle connaissait déjà la vérité. Cet entretien était une véritable farce dont elle se passerait bien ; elle préférerait aller voir ses amis, Zero-kun, ceux-là mêmes qui avaient potentiellement besoin de soutien. Ce n'était pas comme si le Sang-Pur devant elle ne lui avait pas déjà fait part de son plan pour piéger la Princesse de la Folle Efflorescence quelques jours plus tôt.

Kaname Kuran ne semblait pas de cet avis. Il se leva de son bureau avant de venir dans le canapé en face de Sarah, semblant sortir de son cadre « professionnel ». Peut-être une façon de lui faire baisser la garde. Le mouvement, toutefois, la fit regarder le jeu d'échecs qui se trouvait sur le coin de l'immense bureau en bois sombre. La partie semblait terminée et la reine blanche était couchée.

Tiens donc. Voilà qui n'est pas très subtil.

« Dans tous les cas, le Sénat voudra avoir un rapport d'entretiens de toutes les personnes susceptibles d'avoir vu quelque chose. Je ne doute point que la Guilde voudra aussi un compte-rendu de ces agents sur l'accident. Ce serait dans nos intérêts communs de coopérer pour une fois, » expliqua-t-il lentement comme s'il parlait à un enfant.

Sarah plissa les yeux à la mention de la Guilde. Ce n'était pas faux. Elle savait sur qui les soupçons allaient tomber. La nouvelle de la mort de Shizuka Hio avait été accompagnée de celle parlant des blessures de Zero. Un lien, aussi erroné soit-il, sera fait entre les deux événements.

Elle hocha finalement la tête, ne s'empêchant pas de faire un trait d'ironie :

« Tu préfères me poser des questions ou dois-je simplement faire le récit de ma soirée ennuyeuse à mourir ?

— Je pense que tu peux simplement me raconter ce que tu as fait, Sarah-san. Si j'ai des questions, je me permettrais de t'interrompre », dit-il, sans même relever la moquerie.

Très bien. Sarah s'installa un peu plus confortablement et fit nonchalamment apparaître une tasse de thé (ce n'est pas Kuran qui allait crier à la sorcière, plus maintenant en tout cas) repensant à un bon moyen de commencer ce récit, avant de se lancer :

« Contrairement à la plupart des gens, je m'étais mise à l'écart de la piste de danse, n'ayant pas une réelle envie de danser. Hanabusa et Akatsuki m'avaient prévenue qu'ils comptaient partir un moment, histoire de souffler. J'aurais bien aimé les suivre, mais j'ai été accaparée… »


Sarah n'essaya même pas de cacher son air mécontent alors qu'elle se faisait guider sur la place centrale par un Vice-président qui n'avait pas voulu lâcher l'affaire, faisant fi de ses esquives polies.

Cela n'empêcha pas le blond de se montrer poli, voire même galant :

« Tu danses remarquablement bien, Darkwing-san, je suis surpris.

Pourquoi, les Hunters seraient-ils connus pour marcher sur les pieds de leur partenaire ? demanda-t-elle en haussant un sourcil.

Ils sont connus pour ne pas être très enclins à participer aux festivités. »

Elle eut du mal à ne pas lever les yeux au ciel. Bien sûr, comme s'ils avaient du temps à perdre entre leurs jobs humains ET traquer les ex-humains dangereusement instables que les Sang-Purs laissaient derrière eux.

À la place de cette remarque cinglante, elle préféra regarder par-dessus l'épaule d'Ichijo-san, gagnant une vue sur la salle. Ruka semblait toujours en train d'attendre un soupirant bien spécifique, les cousins n'étaient pas revenus. Un peu plus loin, les mannequins se reposaient. Zero…

Où était Zéro ? Sarah cligna des yeux et refit le tour du décor. Mais non, il n'était plus là. Et un regard vers l'unique balcon de la salle lui révéla aussi que la conversation entre le Sang-Pur et Yuuki était loin d'être plaisante. Elle devait s'échapper, mais sans faire de scandales. La fille aux cheveux rouges plissa les lèvres, avant de regarder son premier obstacle dans les yeux :

« Je suis sûre que l'on pourrait s'arrêter -là. D'autres filles seraient ravies d'avoir un peu plus de temps avec toi, Takuma-san.

Te souviens-tu de notre dernier cours d'Art, Sarah-san ? »

La question prit Sarah par surprise, si bien qu'elle faillit glisser et tomber. Une main bien placée dans son dos lui évita une rencontre avec le sol. La sorcière murmura un remerciement avant de répondre :

« Bien sûr, il ne remonte pas à si longtemps que ça. En quoi cela a un rapport avec cette soirée ? »

Gris, Bleu ou Vert ? Elle n'en revenait toujours pas d'avoir oublié un tel détail.

Takuma continua de la guider le plus sereinement du monde :

« J'ai reconnu beaucoup de portraits dessinés ce jour-là, beaucoup de gens ont dessiné leurs amis proches ou leurs parents. Senri n'a rien dessiné, je m'en souviens, commença-t-il, prenant le temps de la faire tourner avant de reprendre. Ce qui m'a surpris, c'est de reconnaître ton dessin. »

Pardon ?

La tension commença à monter, le cœur de Sarah, ce traître, tambourinant à l'implication. Ce n'est pas possible. Quand aurait-il pu voir sa mère ? Elle n'avait fait que très peu de sorties après sa naissance, la plupart du temps étant des visites personnelles à des Sénateurs réticents à l'alliance Guilde-Sénat.

« Au début, je me suis dit : "ce n'est peut-être pas si étrange que ça, les Hunters sont connus pour surveiller les fêtes vampiriques," dit-il, avant de la regarder droit dans les yeux. Puis, je me suis souvenue que la dame que j'avais vue il y a quelques années n'était pas allée à cette soirée en tant que garde, mais en tant qu'invité. »

Il était impoli de regarder son partenaire dans les yeux quand on valsait. C'était une des premières règles mentionnées dans l'étiquette de la danse. Mais Sarah ne pouvait pas détacher le regard. Il avait compris quelque chose, elle le savait. Mais la sorcière espérait que par un sombre miracle, il se trompait.


Sarah s'interrompit dans son récit, se souvenant de quelque chose. Si le simple portrait de sa mère avait effectivement ravivé la mémoire du Vice-Président, qu'est-ce qu'il l'avait empêché de la confronter plus tôt ? Elle fronça les sourcils et regarda le Sang-pur avec suspicion :

« Je suppose que c'est toi qui as soufflé les réponses à ton meilleur ami. Bien joué.

— Ne m'en veux pas d'avoir dévoilé un de tes nombreux secrets. Si cela peut te rassurer, il l'aurait sûrement appris tôt ou tard. Il est l'héritier du Sénat, après tout », répondit calmement Kaname. »

Oh, elle allait lui en vouloir encore longtemps. Elle n'appréciait pas qu'on étale son ascendance comme on le ferait avec des fruits au marché. La sorcière s'apprêta à réenrichir sur la question quand Kaname eut un air intéressé :

« Comment a-t-il formulé ça, d'ailleurs ? »

Sarah plissa les lèvres. Ce n'était pas une question à laquelle elle s'attendait.

« Il m'a demandé si mes parents avaient fait exprès de me nommer avec un prénom signifiant "Princesse."

— Hm. Direct, même s'il aurait pu être plus subtil, je suppose, commenta le Sang-Pur. Si tu comptes me tenir rancune, épargnes Takuma. Il ne faisait que suivre mes ordres et n'était pas fort à l'aise en les suivant. »

De quoi faire redresser la fille, avant qu'elle ne secoue la tête. Elle savait que le brun n'avait pas tort, elle n'allait pas perdre son temps à affirmer le contraire :

« J'avais bien compris que ses indiscrétions n'avaient rien de personnel. Malgré tout, j'aimerais que cela cesse. Dès maintenant. »

Si Sarah avait d'abord été surprise de la fidélité du blond à Kaname, elle avait fini par comprendre qu'elle aussi, avait des alliés aussi proches. Anya en était sûrement le plus bel exemple. Et elle savait que même si elles étaient rarement d'accord, Hélène lui sauverait probablement la peau et la défendrait contre n'importe qui. Kai, lui…

Mais toutes les personnes qu'elle pouvait citer lui étaient liées par le sang, le liquide se transformant en chaîne. Bien sûr qu'ils l'aideraient. Comme elle les aiderait si besoin. Mais c'était autant par amour que par devoir. Si la famille royale se montrait désunie, le peuple perdrait confiance. On s'attendait à ce qu'ils se serrent les coudes.

Un véritable ami qui irait aussi loin pour elle ? Peut-être qu'elle l'avait trouvé en Zero ou en Ichiru, il y a longtemps de cela. Mais le destin comme sa propre inattention avaient fait que ce précieux lien s'était brisé et était probablement irrécupérable.

Sarah tiqua. Qu'il devrait être bon de pouvoir compter sur un allié, peu importe les faveurs qu'on doit lui demander…

Elle ne devrait pas se plaindre, pas alors qu'elle avait une famille. C'était plus que ce que pouvait dire Zero. C'était aussi plus que ce qu'avait Senri-san, d'une certaine manière. Pourtant, elle voulait plus que ce qu'elle avait. Était-ce mal ? Serait-elle punie pour son avidité ?

« Serais-tu jalouse, Sarah-san ? »

Elle se fit violence pour ne pas réagir, levant simplement les yeux pour regarder le Sang-Pur qui avait comme l'ombre d'un sourire. Merde, son silence avait sûrement duré trop longtemps. La sorcière croisa les jambes et balaya de la main la remarque comme l'ineptie qu'elle était :

« Simplement irritée. Entre tes manigances et la dernière nuit, j'ai largement eu mon compte. Mais mon agacement n'est pas au sujet du jour et j'ai bien envie d'en finir rapidement, alors reprenons », elle reprit sans même lui laisser le temps de parler. « Avant que je n'aie à répondre, la valse se termina. Une fille de la Day Class s'était rapprochée et elle s'est présentée à Ichijo-san. J'ai profité de la diversion pour me dérober et j'ai remarqué que Kain-san était revenu de sa… balade. »


La fuite de la sorcière ne fut pas glorieuse : elle était tellement pressée de s'éloigner de Takuma et de ses maudites déductions qu'elle ne fit même pas attention à ne pas marcher trop vite. Un rapide coup d'œil lui indiqua ce qu'elle craignait : en plus de Zero, Kaname et Yuuki s'étaient tous deux portés pâles. Quand elle vit le cousin d'Hanabusa passer la porte principale, elle ne perdit pas de temps et se faufila entre les humains. Elle attrapa Kain par le bras, faisant particulièrement attention à toujours garder le dos tourné vers la piste de danse :

« Où est ton cousin ?

Il reste dehors. Où est Kuran-senpai ? »

La réponse hâtive et l'air légèrement paniqué — même si le vampire cachait remarquablement bien son inquiétude — firent tiquer la sorcière.

« Que s'est-il passé ? Tu as l'air d'avoir vu un fantôme, demanda-t-elle.

Et toi, tu avais l'air d'avoir le diable à tes trousses il y a encore deux secondes. » Visiblement, Kain ne voulait pas en parler ici. « Je vais quand même faire le tour de la salle pour trouver le chef du dortoir ou à défaut, je dois en parler au Vice-Président. »

Elle tiqua à la mention de ce dernier. Sarah n'avait pas envie de rester pour le croiser. Après un rapide coup d'œil vers la piste de danse, elle se rendit compte que ce serait la parfaite occasion de filer, si le vampire allait interrompre Ichijo-san. Ce serait peut-être sa seule opportunité pour quitter le bâtiment.

La Hunter hocha la tête, tapota rapidement le bras de Kain avant de le dépasser, jetant un dernier regard aux alentours. Les humains de la Day Class ne faisaient pas attention, tout comme la plupart des vampires… Les yeux de Sarah s'attardèrent malgré elle sur le couple de mannequins qui s'était mis à danser. La promesse de garder une danse à un certain homme aux yeux glacés lui revint en tête, avant qu'elle ne se fustige mentalement et qu'elle ne passe le seuil de la porte et de courir dans la pénombre de la nuit.

La piste fut assez facile à suivre dans un premier temps, les différentes odeurs — Zero, Yuuki, Hanabusa et même celle de Kuran — se dirigeant toutes plus au sud, loin des parties communes. La Hunter coupa à travers le petit bois, se rattrapant à peine quand son pied rencontra une racine, avant qu'elle ne freine brusquement, le terrain étant parti brusquement en pente. Sarah se laissa glisser jusqu'à arriver devant les fontaines aux Cygnes, éclairées par la pleine Lune.

Les odeurs se dispersaient à partir d'ici et deux avaient fait leur apparition. À l'Est, Zero, Yuuki et… elle était presque sûre que c'était Ichiru, c'était la même odeur qu'à l'ancien dortoir. Dans la direction opposée, Hanabusa, Kuran et la dernière des odeurs, sûrement vers l'ancien dortoir de la Night Class. La dernière des flagrances était extrêmement forte, piquant les narines de la Hunter.

Une personne blessée ? À ce point-là, ce serait très grave.

Sarah tourna la tête de droite à gauche, indécise. Zero et Yuuki étaient avec Ichiru. Certes, ce dernier était adroit avec une lame, mais normalement, les deux préfets étaient armés. Alors que si Kaname avait suivi l'odeur qu'elle ne connaissait pas, il y avait de fortes chances que ce soit…

La Princesse de la Folle Efflorescence.

Les pas de Sarah la guidèrent à l'Ouest, enlevant son bracelet pour qu'il se transforme en sa lance, prête à se battre si la nécessité se présentait. Elle courut et courut, toujours plus vite, sautant par-dessus la grille dans un bond si haut qu'il serait inexplicable pour un humain. La première chose qu'elle vit fut Hanabusa-san, hésitant devant la porte d'entrée. Bon. Cela voulait dire que les deux Sang-Purs étaient en face à face et que son ami ne serait pas pris involontairement dans le feu de l'action.

Tout du moins, pas sans qu'elle soit là pour éviter qu'il ne se brûle.

Elle évita facilement le piège de glace qu'il invoqua en sautant sur le côté, levant les deux bras avec Saturne, pour montrer qu'elle n'allait pas attaquer. Le vampire cligna des yeux, surpris et lâcha un long soupir :

« Comment ça se fait que tu es là ?!

Sympathique comme accueil, répliqua-t-elle. Je me suis échappée et j'ai senti le sang. Ce n'est pas le genre de situation où on devrait avancer seul. »

Le blond ouvrit à nouveau la bouche, ayant, semblerait-il, plusieurs questions en tête, comme « comment ça se fait que sente le sang ? », mais un brusque air chaud, brûlant, les coupa tous les deux. Cette fois, Sarah se mit elle aussi en position d'attaque, prête à sauter sur le vampire qui venait d'apparaît…

Ce fut à elle de soupirer en reconnaissant les cheveux ébouriffés d'un certain Wild-senpai : « Est-ce que la totalité de la classe va se ramener ? Nous n'avons pourtant pas envoyé d'invitations. »

L'air peu amusé de Kain-san ne lui fit pas regretter son trait d'humour, mais elle baissa son arme et tourna les talons, se trouvant en deux, trois grandes enjambées à la porte de l'ancien dortoir. Elle connaissait déjà le chemin.

« Arrêtez, vous deux. Nous ne savons pas ce que pense le président Kuran. » Une pause, puis « Et de toute façon, nous ne pourrions rien faire.

Si ! »

Sarah se stoppa au seuil de la porte, haussant un sourcil en regardant derrière elle. Hanabusa-san faisait face à son cousin, les poings serrés et les épaules crispées. Sarah pinça les lèvres, inquiète, ne sachant pas si elle devait l'attendre ou non.

« Pourquoi est-ce qu'on n'en parle pas avec lui, alors ? Peu importe ce qui se passe, je suis toujours l'ami de Kaname-sama. Et tu ne m'arrêteras pas ! »

Aido fit volte-face et passa devant elle, lui adressant un signe de tête pour lui dire de le suivre. Sarah hocha la tête, se préparant à aller à sa suite à l'étage quand elle entendit Kain l'appeler faiblement :

« Darkwing-san, fais attention à lui. Il est plus tête brûlée que tu ne l'imagines… »

Sarah cligna des yeux. Pourquoi n'avait-elle jamais comparé que le vampire maîtrisant le feu semblait toujours si inquiet pour son cousin plus jeune ?

Cela ne lui prit pas longtemps pour accepter la demande d'un hochement de tête, avant que la sorcière ne se mette en route pour rattraper le blond, utilisant ses pouvoirs pour accélérer, sautant d'un palier à un autre pour ne pas alerter les deux sang-purs. Le dortoir était toujours aussi froid et peu accueillant que la dernière fois, les chandeliers n'éclairant qu'à peine la cage d'escalier et les fournitures toujours couvertes de draps blancs. La seule chose qui dénotait était les maigres éclaboussures de sang, à peine discernables de la couleur pourpre du tapis de marches.

En arrivant au début d'un couloir sombre, Sarah aperçut immédiatement Hanabusa-san, près d'une porte, sa main sur la poignée absolument figée. La sorcière le regarda, se demandant si un des sang-purs ne l'avait pas remarqué puis ordonné de ne pas bouger, avant de décider à avancer, un pas après l'autre, jusqu'à se retrouver de l'autre côté de l'entrée.

« Que c'est étrange, tu bois mon sang… La première fois que je t'ai rencontré, tu étais jeune, pourtant tu recherchais déjà la même chose que moi.

Cela n'a pas changé. »

Un bruit court, mais qui fit sursauter les deux espions se fit entendre. Sarah cligna des yeux en voyant les yeux de son comparse devenir rougeoyants ; elle dut se faire violence pour ne pas pousser la porte pour voir exactement ce que c'était.

L'odeur du sang se fit plus forte, et elle comprit.

« Je ne te laisserai pas mourir en vain. Cette chose que tu hais tant… Je la détruirai. Celui qui a réduit à néant le destin des Sang-purs…

Le vampire au sang-pur qui a tout gâché… »

Un autre Sang-Pur ? Qu'Hio et Kuran détestent assez pour vouloir le détruire ? Hio n'était-elle pas ici pour se venger des Kiryu ? Sarah fronça les sourcils. Le chef de dortoir avait bien parlé d'un Ennemi des Sang-Purs lors de leur dernière entrevue, mais…

« Tu recevras un nouveau pouvoir, continua calmement la mourante. Mais tu t'engages sur un chemin bien sombre. Là où tu comptes aller, il n'y a que les ténèbres qui t'attendront, Kaname. »

Le blond tressaillit à la mention du Sang-Pur. Peut-être n'avait-il pas voulu croire que c'était son ami qui venait de se rendre coupable d'un meurtre.

Sarah le regarda, les sourcils froncés, avant de secouer la tête et de lui attraper la manche. Quand celui-ci secoua la tête, semblant vouloir rester, elle insista. Ce n'était pas la peine qu'il s'inflige ça une seconde de plus.

Kain-san avait eu raison. Ils ne pouvaient rien faire. Kaname avait fait sa part et la Sang-Pure ne se relèverait pas de ses blessures. Là où ils pouvaient encore agir, c'était de préserver une supposée innocence en partant, maintenant.

La Hunter tira Aido le long du couloir, puis dans l'escalier pour enfin arriver à cette fichue sortie. Mais même en quittant le bâtiment, il était impossible d'échapper à la puanteur du sang versé.


Sarah cligna des yeux, avant de sourire. Les détails de ce qui était arrivé au dortoir et le reste de la nuit resteraient pour elle.

« Même après avoir fait de mon mieux pour sortir du bâtiment principal, Kain-san m'a retrouvé. Il avait déjà convaincu son cousin de ne pas courir en direction de l'odeur de sang. Kain-san est donc parti à la recherche des chargés de discipline, pendant que je suis restée avec Aido dehors. Il fallait bien que personne d'autre ne s'aventure près du lieu de… l'accident. »

Kaname arrêta de jouer avec la pièce d'échecs qu'il avait ramenée de son bureau, fixant la Hunter du regard. Elle se tenait droite, mais sans être crispée. Elle affichait un sourire calme, un peu moqueur. Mais toute l'assurance du monde n'aurait pas pu cacher les cercles noirs en dessous de ses yeux vairons. Ni que son cœur avait légèrement accéléré alors qu'elle préparait son mensonge.

« Est-ce donc bien ce qui s'est passé ? Vous avez simplement gardé le parc et vous êtes rentrés quand Kain-san vous a à nouveau trouvé ? »

Non. Elle avait raccompagné Hanabusa au dortoir en essayant maladroitement de le calmer à coup de chocolat chaud et de bonbons, avant que les autres élèves ne reviennent, Akatsuki dans le groupe. Une fois le blond entre de bonnes mains, elle était retournée dehors, sautant de toit en toit pour refaire face à un vieil ami.

Encore une fois, Kuran n'avait pas besoin de savoir cela. Cependant, la Hunter soupçonnait qu'il savait parfaitement qu'Hanabusa et elle n'avaient pas fait que surveiller. Peut-être que l'attitude recluse et passive du blond lui avait soufflé la vérité. Ou alors les avait-il sentis cette nuit-là, malgré l'odeur d'Hio qui avait rempli possiblement tout le bâtiment. Peu importe.

« C'est ce que votre compte-rendu et le mien diront en tout cas. » Répondit-elle en le regardant droit dans les yeux.

Le Sang-Pur eut un bref sourire, un rictus amer rappelant à Sarah son père quand il revenait d'une bataille perdue avec le Sénat :

« Si seulement c'était aussi simple. Avec aucun témoin oculaire, l'identité du meurtrier de Shizuka-sama reste un mystère. Ce ne sera pas cautionné par le Sénat, qui voudra enquêter sur qui aurait le plus de raisons d'en vouloir à la victime. Même avec son esprit fracturé, elle restait un être de Sang-Pur, après tout. »

La tasse que la princesse tenait rencontra le sol et se fracassa en mille morceaux alors qu'elle se levait abruptement. Le Sang-pur se tendit, sentant une vague de chaleur prendre possession de l'endroit. L'âtre de la cheminée était illuminé d'un feu vif qui n'avait pas été, en aucun cas, allumé jusqu'à ce moment-ci. Tout dans la pièce semblait plus rouge ; les flammes rougeoyantes instables, agressives, prêtes à s'échapper de leur enclos pour détruire, faire disparaître tout le dortoir s'il le faut.

Pourtant, c'est sur la sorcière que Kaname garda son regard, alors qu'elle avançait sans avoir cure des débris sur lesquels elle marchait alors qu'elle contournait la table pour se trouver devant lui et se baisser, une main se posant sur le dossier juste à côté de sa tête. Un bruit de crépitement siffla à son oreille, la chaleur et la brûlure qui suivait celle-ci étant bien plus proches que ce n'était réconfortant.

« Ne t'avise pas de faire porter le chapeau à un de mes amis, Kuran. Ou je peux t'assurer que ce que tu as fait à Hio paraîtra comme une promenade de santé après ce que je t'aurais fait subir. Est-ce bien clair ?

— Tu n'es pas en état de négocier, Sarah-san, répondit-il en plissant les yeux. »

Les flammes dans l'âtre et le regard de la sorcière ne firent que grandir.

« Ce n'était pas une négociation. C'était une promesse. »

La fenêtre de la chambre vola en éclats, une réponse du nouveau pouvoir de Kaname à la brusque montée en température. L'air froid du jour ne fit rien pour améliorer la température de la pièce. La chambre était devenue un véritable four à chaleur tournante et Sarah ne comptait pas arrêter tant qu'elle n'avait pas ce qu'elle voulait. Alors elle ne céda pas, restant penchée au-dessus du brun à le dominer de toute sa hauteur et de toute sa magie.

Continue. Ce n'est pas parce qu'il n'en montre rien qu'il n'a pas peur. Montre-lui que tu n'es pas à prendre à la légère.

« Tu es soit très brave soit une folle de menacer un Sang-Pur qui vient tout juste d'acquérir plus de forces, » commenta Kaname.

Il avait lâché le cavalier blanc qu'il avait gardé en main jusque-là. Sarah sentit une pression sur ses côtes ; elle n'eut pas besoin de jeter un coup d'œil pour comprendre que Kaname avait fait apparaître ses griffes.

D'un côté, il pourrait essayer de lui transpercer la peau et essayer d'atteindre les organes. Probablement ce qu'il avait fait avec Shizuka. Mais est-ce qu'il serait assez rapide ? La sorcière avait beau s'être rapprochée, elle n'avait pas besoin de le toucher pour lui mettre le feu. Il n'en mourrait pas, mais ça lui laisserait largement le temps de sortir Saturne et lui perforer la cage thoracique.

Là où ce serait plus compliqué, ce serait de fuir le dortoir sans se faire attraper par ses camarades. La fille aux yeux vairons aurait probablement toute la peine du monde à voir l'air trahi d'Aido-san, de Senri-san ou de Rima-san. Mais ce qui serait bel et bien impossible, ce serait d'empêcher une guerre entre les Hunters et le Sénat, même si elle proclamait haut et fort que c'est Kaname qui avait tué Hio et que dans un élan qui tiendrait du miracle (la Hunter savait que cela n'arriverait pas) Hanabusa confirmait ses paroles.

Sarah savait qu'elle ne pouvait pas pousser plus que ça ses limites. Mais ça, le Sang-Pur ne le savait pas. Depuis son arrivée, Kuran l'avait fait observer pour voir quel était son réel but, sans le trouver. Elle lui avait déjà dit de ne pas la tester. Il n'avait pas écouté et l'avait sous-estimée.

Kaname pensait sûrement à ce moment même qu'il allait payer cette erreur stratégique, cher.

« Je suis une sorcière. Bon courage pour me battre avec cette même magie que je maîtrise. D'autant plus, » continua-t-elle en jetant un coup d'œil vers la fenêtre en morceaux, « tu ne te contrôles pas encore bien. Je n'ai pas encore combattu de Sang-Pur. Tâchons de faire en sorte que cela ne se produise pas aujourd'hui.

— Kaname, tout va bien ? »

La voix anxieuse accompagnée de cognements à la porte ne suffit pas pour faire bouger ni le chef du dortoir ni Sarah. Les deux se regardèrent en chiens de faïence, voyant qui allait céder le premier.

Kaname se racla la gorge avant de parler haut et fort :

« Oui, Takuma, tout va bien. »

Un silence, puis, d'un ton incertain, le meilleur ami du Prince répondit :

« Si tu es sûr… Je reste dans les parages. »

Sarah compta les pas en ne quittant pas le Sang-Pur des yeux, alors que le blond s'éloignait derrière les portes fermées. 5, 6, 7…

Kuran eut le toupet de soupirer, comme s'il était obligé de céder aux caprices d'un enfant :

« Nous avons vu assez de sang versé pour aujourd'hui. Si nous calculons bien nos prochains mouvements, Kiryu-kun ne sera pas puni pour des actes qu'il n'a pas commis. Mais pour cela, » ajouta-t-il en la regardant avec insistance, « il va falloir que l'on coopère. »

Coopérer ? C'est qu'il se répète…

Sarah prit le temps de peser le pour et le contre, avant de se redresser, enlevant sa main pour enfin quitter l'espace vital du Sang-Pur. Les flammes et la chaleur se calmèrent, restant bien présentes — un rien pourrait refaire démarrer la fournaise — mais elles étaient prêtes à écouter.

La princesse se rassit à sa place précédente, faisant disparaître les restes de la porcelaine au sol pour refaire apparaître un thé, chaud et probablement bouillant, vu la fumée qui s'en échappait. Kaname se pencha, ramassant le Cavalier blanc pour le poser au milieu de la table basse.

« Comme je le disais », commença-t-il comme si la main brûlante de la sorcière n'avait pas totalement défiguré une partie de son siège, « Même si j'omets la présence de Kiryu-kun dans le rapport, le Sénat sait très bien qu'il a été transformé par Shizuka-san. Il n'a pas besoin d'être un génie pour faire le lien.

— Ce qui t'arrange bien, d'ailleurs, commenta Sarah en jouant avec sa tasse.

— Certes. » Oh, serait-ce une pointe d'agacement que la sorcière percevait ? Tant mieux. « Voilà ce que je te propose donc, Darkwing-san. Nous nous accordons sur nos deux rapports et quand le Sénat viendrait faire sa propre enquête, nous mettrons Zero sous notre protection respective. »

La fille aux cheveux rouges pencha la tête, surprise. Elle avait été sûre qu'il lui demanderait de faire cela seule. Après tout, il ne faudrait pas prendre le prince des Sang-purs à protéger un meurtrier présumé.

Les flammes rétrécirent, mais restèrent comme aux aguets. Pourquoi Kuran prendrait-il un tel risque ?
Puis, elle comprit :

« Utiliser Zero pour attirer Hio n'a jamais été ton seul plan et l'inciter à prendre son sang, n'est-ce pas ? »

Le Sang-pur se confessa plus vite que Sarah ne l'aurait cru :

« Comme je te l'ai dit, je pensais que Kiryu-kun arriverait à blesser Shizuka, l'affaiblissant ainsi avant que je ne la rencontre. Après tout, je n'ai pas en ma possession une arme Hunter capable de faire ça et un combat entre Sang-Pur ne se terminerait qu'en un match nul sanglant. J'avais eu raison sur ce point, toutefois j'ai été… déçu d'apprendre que le chargé de discipline n'a pas su profiter de la situation pour boire le fameux sang qui aurait pu le sauver. »

Sarah s'étrangla en buvant une gorgée de thé, regardant Kaname avec incrédulité alors qu'elle se tapait la poitrine pour que le liquide finisse par descendre. C'était une information qu'elle avait déjà eue, mais la sorcière était abasourdie par le manque total d'apathie venant du Sang-Pur et ses paroles allèrent plus vite que sa pensée :

« Un peu plus et tu me diras que c'est toi qui lui as donné gracieusement l'opportunité de se guérir d'une maladie que toi et tes congénères pouviez transmettre. Ah oui, quel idiot d'avoir laissé passer une telle opportunité.

— Hélas, il ne l'a pas fait, » continua-t-il sans prendre en compte la raillerie. « Compte tenu du fait qu'il est maintenant enchaîné à des sceaux magiques dont les Hunters ont le secret, je suppose qu'il va simplement continuer à se transformer en Level E, » commenta le Sang-Pur, haussant presque les épaules.

Les quelques secondes qui suivirent parurent aussi courtes qu'interminables pour les deux forces de la nature. Sarah ferma les yeux et posa sa tasse sur la table, avant de déclarer d'un ton catégorique :

« Non.

— Non ? répéta Kuran en haussant un sourcil.

— Non. Il ne deviendra pas un Level E. » Elle rouvrit les yeux et continua comme si elle annonçait la météo de la soirée. « Tu vas lui donner de ton sang et par extension, celui d'Hio, pour qu'il puisse se rétablir.

— Te voilà bien sûre de toi. Brave, folle et/ou arrogante. »

Cette fois, le chef du dortoir eut le culot de souffler d'amusement. Sarah, elle, resta on ne peut plus sérieuse :

« Brave, folle, arrogante, mais pas aussi idiote que tu penses le croire. Tu ne me demanderais pas de protéger un mort en sursis. Pire encore, tu ne mettrais pas en danger ta précieuse réputation pour un de tes pions », admit-elle, les derniers mots étant presque crachés avec du venin, « si celui-ci allait bientôt t'être inutile. Peu importe ce que tu as encore de prévu, tu as besoin de Zero en vie et opérationnel. De plus, je te rappelle que c'était une partie de notre marché. »

Le silence se fit à nouveau roi dans la pièce. Les flammes crépitaient doucement dans la cheminée, alors que le Sang-pur tapotait l'accoudoir droit de son siège des doigts. La morsure du froid commençait à se faire sentir, mais les deux personnes dans la pièce étaient probablement trop fières pour se laisser grelotter.

Sans aucun l'ombre d'un doute, Sarah se faisait paraître plus sûre d'elle qu'elle ne l'était. Mais il faudrait lui passer sur le corps avant qu'elle ne lâche l'affaire.

La sorcière reprit :

« Nous protégeons donc Zero et nous gardons dans l'ombre nos organisations respectives. Et après, que se passe-t-il ?

— Ça, même moi je ne peux le dire avec certitude. La mort de Shizuka-san va provoquer la venue d'un être bien plus néfaste que ne l'était feue la Princesse. »

Sarah souffla d'incrédulité. Plus néfaste que cette folle ? Cela semblait aussi peu vraisemblable que ça n'était terrifiant à imaginer :

« Le fameux Sang-Pur qui a "anéanti le destin des Sang-Purs" ? »

Kaname ne fit que hocher la tête, ne semblant pas plus inquiet que cela à la confirmation que la princesse a bien tout entendu de sa discussion avec sa victime. La fille aux cheveux rouges le fixa du regard, avant de se lever :

« Comptes-tu attirer tous les Sang-Purs dangereux du pays dans cette académie pour les éliminer ou est-ce que celui-là sera le dernier ?

— Ce n'est pas exactement un sujet à prendre à la légère, Sarah-san.

— C'est pour ça que la question était sérieuse. » Elle croisa les bras, les sourcils froncés. La colère qui était passée se transforma en choc, puis en effroi au fur et à mesure qu'elle continuait de parler. « Crois-tu vraiment que j'apprécie de savoir que tu mets autant de monde en danger ? Entre les humains qui n'ont même pas conscience du danger, Zero et sa sœur qui n'ont rien demandé… Comment arrives-tu à bien dormir en sachant que tu mets en péril ce dortoir ? Tous ces gens qui ont confiance en toi, qui te suivraient aveuglément… »

Personne n'avait posé de questions, même si Akatsuki avait raconté comment Zero avait été trouvé dans la chambre où les restes de Shizuka reposaient. C'est comme si le fait bien trop connu que seul un vampire de sang-pur pouvait réaliser avec un autre avait été effacé des mémoires. Pourtant, ils étaient toujours les premiers à vanter l'aspect quasi divin des Levels A. Tandis que pour celui qui connaissait la vérité… Aido Hanabusa avait prouvé à nouveau sa loyauté infaillible ces dernières vingt-quatre heures.

Elle secoua la tête en se rendant compte qu'il avait parfaitement raison de penser qu'il pouvait agir sans conséquences, un rire de dépit lui échappant :

« Tu ne les mérites absolument pas. Tu ne mérites pas la moindre parcelle de confiance qu'ils t'accordent tous, sans même y regarder à deux fois.

— Je sais. »

Au moins, n'était-il pas aveugle. Sarah leva les yeux au ciel, le dégoût lui laissant un goût âcre dans la bouche, avant d'ouvrir la porte :

« Nous en avons terminé. J'espère que tu dormiras mal, Kuran. »


Fait le 14/03/2973

Académie Cross, Empire Nippon.

À l'intention des personnes concernées,

Je soussignée Sarah Darkwing, Princesse Héritière des Hunters et Agent en Mission sous les ordres de la Couronne, déclare que le report établi ci-dessous est véridique, aussi détaillé et objectif que possible.

Le meurtre de Shizuka Hio, dernière Sang-Pure de la famille en question, est survenu à l'Académie Cross le 13 mars de cette année. La Sang-Pure qui était également une fugitive serait arrivée, selon le Sang-Pur Kaname Kuran, chef de la Night Class, sous une fausse identité, Maria Kunerai. Aucun soupçon n'a été porté sur cette nouvelle élève qui avait rejoint ladite classe quelques semaines auparavant, car son arrivée tardive avait été légitimée par sa santé fragile. N'étant qu'une cousine lointaine de la Sang-Pure Hio, personne n'aurait pu imaginer que cette dernière avait bel et bien possédé Miss Kunerai. À l'heure actuelle, il est impossible de dire si Miss Kunerai avait antérieurement consenti à cette possession. Celle-ci est actuellement placée dans un sommeil profond, Shizuka ayant quitté brusquement son corps d'emprunt pour rejoindre sa propre enveloppe charnelle un soir de festivités. Avec le recul, il me paraît évident qu'il ne s'agissait pas là d'une coïncidence.

Vers 22 h 30, les chargés de discipline (Yuuki Cross, fille du directeur et ancien Hunter Kaien Cross et Zero Kiryu, également adopté par celui-ci) se sont éclipsés de la fête sans raison apparente. Quelques élèves de la Night Class ont fait de même vingt minutes après cela, ce qui nous a poussés, le chef de dortoir et moi, à les poursuivre. Quand il a semblé que les absents s'étaient séparés en deux groupes, le Sang-Pur et moi avons fait de même. Je suis tombée sur Akatsuki Kain et Yuuki Cross dans un bâtiment réservé aux chambres des professeurs, cette dernière semblant en état de choc et racontant que son partenaire s'était battu avec un inconnu (sexe apparent masculin, taille d'à peu près 1m80 ; peu d'autres détails dus à l'obscurité). L'inconnu se serait échappé et Kiryu aurait suivi, bien que blessé. C'est là que l'odeur de sang s'est fait sentir. J'ai immédiatement rebroussé chemin avec Kain, arrivant jusqu'à l'ancien dortoir de la Lune, croisant au passage Kuran qui se devait de raccompagner un élève de la Night Class. Kain et moi avons décidé de poursuivre la chasse, malgré le peu de renforts, et d'entrer dans le bâtiment. Nous avons trouvé Kiryu vers 23 h 10, assommé par le manque de sang et les yeux rouges, près du tas de cendres qu'est devenue Shizuka Hio. À part pour une fenêtre ouverte, il n'y avait pas de traces de l'individu.

Kiryu est à présent enfermé dans le sous-sol de la maison Cross, enchaîné à des sceaux sorciers de confinement. Il a l'air de dégénérer rapidement à l'état de Level E, ce qui me pousse à croire qu'il n'a pas eu accès au sang de la vampiresse l'ayant transformé il y a quatre ans de cela. Son arme montre qu'une balle a été tirée, mais la douille a été retrouvée non pas dans l'ancien dortoir, mais dans le bâtiment où la bagarre présumée entre Kiryu et l'inconnu est arrivée. Impossible de déterminer l'origine du sang sur le sol du dortoir des enseignants, puisque plusieurs sources se seraient mélangées.

Bien que les circonstances et la recherche d'un mobile pointeraient plutôt vers Kiryu, le fait est que non seulement, si celui-ci avait bel et bien tué Hio, la logique voudrait que ce soit pour venger sa famille, mais aussi pour stopper le processus de vampirisation : or, on constate qu'il n'a pas eu accès au sang de la Sang-Pure. De plus, un individu potentiellement dangereux et qui aurait pu commettre le meurtre d'Hio est en liberté. Je suggère donc que les patrouilles renforcent la sécurité auprès de l'Académie et que l'on retrouve ce possible meurtrier avant d'accuser l'un des nôtres.

Sarah plissa les lèvres en relisant pour la quatrième fois son rapport, qui n'était rien d'autre qu'un mélange de faits arrangés à sa façon et de diversions. Elle avait déjà montré la lettre au chef du dortoir afin qu'ils soient bien d'accord sur cette version. Après qu'ils aient réglé quelques détails minimes, il s'était levé pour aller voir Zero et remplir sa part du marché.

Si la sorcière apprenait qu'il n'avait pas tenu sa promesse, disons que Saturne aurait un nouvel étui où elle pourrait le ranger, fait avec 100 % de peau de Sang-Pur.

Elle secoua la tête. C'était un problème en moins. Et cette missive racontait des événements qui ne portaient pas préjudice aux gens auxquels elle tenait.

Sauf Ichiru, à qui elle remettait tout sur le dos.

Elle hésita sur la façon de finir sa lettre, avant de reprendre son stylo plume et tâcha de faire en sorte qu'au moins un des paragraphes de cette lettre soit la vérité et seulement la vérité :

D'autre part, les vampires, quoiqu'obéissant directement à Kaname Kuran, se sont montrés coopératifs et ont été d'une aide précieuse pour sécuriser les lieux ainsi qu'à dissimuler aux humains le meurtre ayant eu lieu à quelques bâtiments de la fête. Je profite donc de ce rapport pour donner mes observations finales sur la Night Class. Je ne pense pas que Kaname Kuran complote quoique ce soit contre le Sénat ou la Guilde. Le projet de la Night Class, bien qu'expérimental et connaissant quelques erreurs, semble finalement se montrer prometteur. D'après mes observations, je me permets de déclarer que selon moi, cette paix entre les vampires et les humains, si utopique qu'elle aurait pu paraître, est bel et bien possible.

Ceci conclut mes deux rapports. Je présente mes respects les plus bas au roi des Hunters,

Cordialement,

Sarah Darkwing, Princesse Héritière du Trône des Hunters.

Elle ne se donna pas le temps d'hésiter ou de modifier à nouveau la lettre. Elle prit une enveloppe déjà posée sur le coin de son bureau et y glissa les deux pages, allumant une bougie pour chauffer la cire.

Si mentir était un acte, un mal nécessaire qu'elle avait déjà commis plus d'une fois, lui laissait toujours un goût âcre en bouche, dire la vérité en sachant que cela entraînerait des conséquences sûrement terribles lui retournait l'estomac. Et encore. Ce n'était rien à côté du fait qu'elle faisait porter le chapeau à un innocent. Un innocent qui s'était envolé et qui avait commis bien d'autres crimes, mais un innocent quand même.

Mais là encore, elle savait où elle plaçait Ichiru dans la liste des gens auxquelles elle tenait. Et il avait été on ne peut plus clair sur sa place à elle et sur celle de son jumeau, quand elle l'avait attrapé sur un toit de la ville voisine.

Elle entendait encore leur échange dans sa tête, clair et tranchant comme du cristal.


« Comment m'as-tu trouvé, Sarah ?

J'ai suivi l'odeur de la trahison, des larmes et de l'autodénigrement, quelle question. »

Sarah garda sa lance bien en main, même si Ichiru ne tenait qu'un fil accroché à une clochette de sa main. Il n'était peut-être pas armé et n'avait plus de Sang-Pure comme complice pour la mettre à terre, mais elle n'oubliait pas que son arrogance lui avait coûté un passage à l'infirmerie.

« Va-t'en. Je n'ai pas besoin de tes railleries.

Ce ne sera pas possible », dit-elle en secouant la tête. Elle était bizarrement calme, comme si toute la pression de la nuit s'était envolée quand elle était sortie de l'Académie. « Il faut que je te ramène. Tu es impliqué.

Hors de question que je revienne là où Shizuka-sama vient juste de mourir ! »

Les derniers mots avaient à peine été incompréhensibles, Ichiru s'étranglant à moitié avec ses sanglots. Cela laissa Sarah de marbre ; la fille faisait étrangement attention à ce que son visage ne révèle aucune de ses émotions.

« Elle… Elle n'a pas voulu me transformer en vampire… »

C'était à peine murmuré, peut-être que Sarah n'était pas sensée l'entendre. Mais la réponse de la princesse fusa, sans vergogne et sans merci :

« Et c'est probablement le seul bon choix que ta maîtresse ait fait dans sa trop longue vie.

Tu ne comprends pas ! Personne ne l'a comprise ! Personne ne m'a jamais compris ! » hurla-t-il, sa voix résonnant par-dessus les toits de la ville. Ichiru fit deux pas en arrière, Sarah avançant pour égaliser la distance « La seule personne que j'aime vient de mourir, ce serait trop demandé d'avoir un peu de compassion ? »

La Hunter aurait bien envie de lui répondre oui. Après quatre ans qu'il avait passés avec la femme qui a tué ses parents et a transformé son jumeau en vampire, quatre ans où il avait comploté avec la Sang-Pure, quatre ans pour ne retrouver qu'un jeune homme entièrement guidé par la volonté de se prouver meilleur que Zero… Sarah n'avait plus beaucoup de compassion pour lui.

Elle ressentait de la pitié, par contre. La jeune femme se demandait si Hio n'avait pas utilisé Ichiru pour combler le trou laissé par la mort de son amant Level D. Mais la princesse savait que ce sentiment-là, l'homme aux cheveux d'argent n'en voudrait pas.

Il lui avait bien fait comprendre qu'il en avait assez que les autres s'apitoient sur lui. Alors, elle leva son arme, prête à la lancer s'il essayait de s'échapper :

« La mort de ta maîtresse va provoquer un véritable cataclysme au sein du monde des vampires. Et c'est ton frère qui va en payer les pots cassés. Ça ne te fait rien ? »

Le silence lui répondit. Sarah évalua ses options. Zero serait accusé du meurtre de Shizuka à coup sûr si elle ne pouvait pas ramener Ichiru pour semer le doute. D'autre part, si Ichiru revenait et racontait toute la vérité, ça pourrait facilement se retourner contre elle ou contre Zero. Et vu la tête du fugitif, il n'avait pas l'air enclin à coopérer.

Elle lança Saturne à toute vitesse, Ichiru ayant à peine le temps de réagir. Un cri d'agonie se fit entendre, brisant le silence de la nuit et faisant s'envoler les oiseaux qui dormaient sur le clocher voisin. Sarah, elle, s'avança simplement et retira Saturne de la jambe d'Ichiru, faisant apparaître un récipient.

Avec tout le calme du monde, elle mit la pointe de Saturne à l'intérieur de celui-ci, récupérant le sang du jumeau. En jetant un regard à sa victime qui se tenait la jambe en retenant à peine ses pleurs — de douleur, cette fois —, elle eut pitié et murmura un sort. La plaie se referma progressivement, jusqu'à laisser une peau blanche, sans aucune cicatrice. Cela fait, elle regarda le niveau de sang dans le bocal et fronça les sourcils.

« Hmm… Ce sera à peine suffisant. » Elle regarda à nouveau Ichiru, qui se relevait en la fusillant du regard. « On va dire que je vais faire avec.

Mais tu es devenue complètement folle !

C'est pas très gentil de me dire ça, compte tenu du fait que je vais te laisser filer.

Tu… quoi ? »

Il la regarda complètement éberlué. C'est comme s'il avait complètement oublié sa précédente colère. Remarque, il avait toujours été du genre à passer d'une émotion à une autre… Sarah haussa les épaules et observa ses alentours. Quelques lumières s'étaient allumées et plusieurs personnes étaient sorties dans la rue. Il leur faudrait néanmoins un temps avant de regarder en haut. Elle laissa un groupe passer dans la rue et disparaître à un tournant avant de reprendre la parole :

« Je vais aller verser le peu de sang que j'ai là au dortoir des professeurs, pour, disons, exagérer l'ampleur de ta bagarre avec ton jumeau. Je pourrais ainsi faire l'hypothèse que Zero a tiré non pas sur Shizuka, mais sur toi. Cela ne sera peut-être pas suffisant pour enlever totalement les soupçons, mais cela allégera les preuves contre lui. Quant à toi, tu vas pouvoir t'en aller et avec un peu de chances, je convaincrai les Hunters de l'existence d'un autre suspect. Malheureusement, ils ne trouveront aucune trace de celui-ci », avec ses paroles, elle effaça le sang qui avait teinté les tuiles. « Cela devrait féliciter ta fuite.

Zero, je comprends. Mais pourquoi tu m'aides, si tu comptes me faire porter le chapeau pour le meurtre de Shizuka-sama ? »

Le ton d'Ichiru était appréhensif, suspicieux. Il avait bien raison de se méfier. Sarah le regarda d'un air froid, plissant les lèvres quand il prononça le nom de sa maîtresse.

« Je ne t'aide pas. Crois-moi que si les Hunters ou les Vampires te retrouvent, tu ne devras pas compter sur moi. Si je te fais une faveur, c'est parce que ton jumeau m'en voudrait réellement à mort si je te sacrifiais pour le sauver, peu importe tout ce que tu as pu faire jusque-là. »

Et puis, cela avait le méchant avantage d'enfoncer le couteau dans la plaie. Ichiru, malgré lui, se retrouvait redevable envers le frère qu'il avait fini par détester.

Sarah ne se montrait pas souvent cruelle. Pas volontairement, en tout cas. Elle était aussi la première à dire qu'il ne servait à rien de battre un homme déjà à terre. Mais là…

Ce n'était que justice bien faite.

Elle tourna les talons, n'ayant plus peur qu'il l'attaque. Il était bien trop anéanti par la mort de celle qu'il aimait pour tenter quoi que ce soit. La sorcière lança en guise d'adieu :

« Fuis, Ichiru. Continue de courir comme tu l'as fait pendant ces quatre dernières années. Et ne te retourne pas, cette fois. »

Quand elle se retourna, il avait disparu, la lune étant la seule témoin de cette discussion. Elle partit donc, retournant à l'Académie. Elle avait une scène de crime à maquiller avant de pouvoir rejoindre son lit.


Sarah scella son sort en mettant sa lettre dans la boîte postale. Peu importe à quel point le scénario modifié par ses soins était crédible, ce rapport allait fortement déplaire à son père. Tant pour l'accident que pour les conclusions de sa mission personnelle.

Elle ne s'attendait pas à l'étrange sentiment qu'elle ressentit, une fois l'enveloppe hors de sa vue. Une sorte de calme intérieur. La sorcière se prit à respirer un peu plus librement qu'il y a déjà quelques semaines.

On dirait qu'il fallait simplement que tu t'associes avec un Sang-Pur, que tu maquilles un crime et que tu dises enfin tes quatre vérités pour te sentir en paix avec toi-même. Bravo, absolument formidable.

Sarah préféra ignorer la voix particulièrement sarcastique, se concentrant plutôt sur les pas qui descendaient l'escalier principal de l'Académie. Elle tourna la tête et sourit en voyant qui s'approchait ainsi.

« Je ne pensais pas te voir en plein jour. Ne profites-tu pas normalement des rares opportunités où tu ne dois pas aller à l'agence pour dormir ?

— J'aurais dû, » répondit le mannequin, avant d'agiter paresseusement une lettre de la main. « Mais avec ce qui s'est passé, je pense que ma famille au Sénat allait sûrement informer ma mère qu'il y a eu un meurtre à l'Académie. Autant prendre les devants. »

Sarah ne put que faire un son d'acquiescement. Sage décision. Elle ne savait toujours pas comment elle allait annoncer à Anya qu'elle avait fait exactement le contraire de ce qu'elle avait demandé et qu'elle s'était impliquée dans l'accident « Shizuka Hio. »

D'accord, elle n'avait pas affronté directement la Sang-Pure. Mais cette information n'empêcherait sûrement pas sa sœur de l'étrangler à mains nues.

Sauf si Kai arrive à l'attraper avant. La sorcière eut un rictus à cela, avant de secouer la tête. Shiki la regarda d'un air interrogateur, la question claire malgré le silence.

« Non, ce n'est rien. Je pensais juste aussi à ma famille, expliqua-t-elle.

— Mmh. C'est vrai, je suppose qu'ils vont s'inquiéter. Un ou deux mois après ton arrivée et voilà qu'un Sang-Pur infiltre et se fait tuer à l'Académie. Tu leur as envoyé une lettre ? » demanda l'homme aux cheveux auburn, pointant du menton la boîte postale.

« À mon père seulement pour le moment. Quoiqu'Hélène lira probablement cette lettre en même temps que lui », la fille aux yeux vairons fit une pause, puis soupira. « Ils ne seront probablement pas très contents.

— Pourquoi ? »

La question à un million de dollars. Sarah se tourna entièrement vers Senri, celui-ci profitant du fait qu'elle n'était plus entièrement devant la boîte à lettres pour y déposer sa propre missive. En le regardant faire, elle se rendit compte que quand il était un peu plus réveillé, ses yeux étaient plus bleus que gris.

Elle cligna des yeux, avant de se masser le cou, répondant finalement à la question :

« Mon père est assez… haut placé dans la hiérarchie Hunter. Je pense te l'avoir dit.

— Mmh…

— Il est contre le Projet de l'Académie. Assez opposé pour espérer que ce genre d'accidents arrive pour porter préjudice à l'initiative. »

Elle tâcha de ne pas se crisper quand Senri fronça les sourcils, quand il arriva probablement à certaines conclusions. Comme par exemple, celle où elle a été envoyée pour espionner le programme.

« Alors, pourquoi t'avoir envoyé-là ?

— Ordre du Roi. Je n'ai pas eu mon mot à dire. »

Elle ne mentait pas. Sarah pensait sincèrement que si son père était le Roi, le Roi n'était pas son père. C'est le genre de pensées qui commençaient à germer quand le paternel décidait soudain de mettre les besoins de ses enfants au second plan.

Senri se détendit un peu, décidant qu'elle disait la vérité :

« Alors pourquoi ils ne seront pas contents ? »

Une myriade de raisons, vraiment.

Sarah scanna du regard la ville au loin, éclairée par un soleil éclatant. Elle entendait les oiseaux chanter, les élèves de la Day Class piailler au loin comme à leur habitude et le cœur de Senri qui battait calmement. La constance de celui-ci aidait la fille elle-même à essayer de trouver un rythme dans cette ambiance qui lui était étrangère. Elle qui avait toujours été en mouvement, trouvait le calme déboussolant. Ce ne lui était pas familier, mais elle accueillait ce sentiment avec contentement.

Elle se décida de révéler la raison la plus simple :

« J'ai décidé que moi, j'avais foi en ce projet. Et que je n'allais pas les laisser essayer de fermer la Night Class sans me battre. »

C'était dit. Elle eut un sourire, profitant une dernière fois de la vue avant de tourner les talons. Elle s'arrêta brutalement après avoir monté deux marches et regarda par-dessus son épaule :

« Tu viens, Shiki ? » Elle lança un regard vers le ciel. « Avec un soleil pareil, tu vas te brûler. On ferait mieux de rentrer. »

Sarah aurait juré qu'il eut un sourire moqueur :

« Attention, on dirait que madame la Hunter s'inquiète… »

Elle le regarda, abasourdie. La sorcière n'en revenait pas. C'est qu'il se foutait ouvertement d'elle !
La fille aux yeux vairons se détourna, pour ne pas qu'il ne voie ni ses yeux qu'elle savait malicieux ni son sourire amusé, avant de se mettre à courir, criant à qui voulait bien l'entendre :

« Si c'est comme ça, je vais t'enfermer dehors, alors tu as intérêt à courir plus vite que moi ! »

Ce n'était qu'une journée de répit, la princesse en avait conscience. Dans peu de temps, le Sénat et la Guilde interviendraient et elle serait obligée d'assumer les mots qu'elle avait écrits sur un cri de cœur. L'ennemi des Sang-Purs dont parlait Kuran viendrait sans doute bientôt et la paix de l'Académie serait à nouveau menacée. Des dangers dont elle ignorait même jusqu'à l'existence seraient probablement de la partie et il faudrait se montrer courageux et vaillant.

Mais peu importait à cet instant précis. Sarah ne ressentait que la brûlure de ses poumons, à force de rire et de courir en même temps et la chaleur dans ses jambes alors qu'elle partait comme une flèche dans la forêt. Elle ne pensait qu'à la tête dépitée de Senri quand celui-ci devrait brusquement ralentir pour ne pas se prendre une porte fermée, l'expression désabusée de Rima quand elle verrait ce qu'ils trafiquaient et aux cookies qu'elle ferait pour ses amis quand enfin, la sorcière sentirait que le mannequin avait assez souffert.

Les problèmes attendraient demain, car Sarah Darkwing n'avait qu'envie que d'une chose pour le moment, c'était d'être heureuse.


Après la dispute, Kali et Diana avaient continué leur trajet sans réelle destination à travers le continent. Elles avaient du retard sur les nouveaux monstres qui buvaient le sang des humains et n'avaient trouvé, pendant plusieurs jours, que des villages à moitié décimés et leurs survivants qui les regardaient d'un air méfiant. Les humains commençaient à agir comme des animaux pris au piège et qui feraient absolument n'importe quoi pour sauver ce qui leur restait.

Diana les comprenait. Elle aussi, n'hésiterait pas à faire la pire des actions pour protéger ce qu'elle avait. Malgré tout, elle passa dans les rues principales sans jamais demander son reste et continua à aller plus à l'Est.

C'est un matin de mars que sa sœur et elle rencontreraient quelqu'un qu'elle allait maudire pour le restant de ses jours.

Elles étaient en train de passer près d'un pont, sur lequel veillait un arbre dont le tronc était complètement tordu, affaissé par le poids des années. En dessous de celui-ci se trouvait un homme complètement englouti par son long manteau. Il semblait totalement épuisé.

Diana n'avait pas eu besoin de descendre de sa monture pour sentir qu'elles avaient affaire à un autre vampire. Mais Kali, béni soit son cœur si généreux, était déjà descendue pour voir si l'individu allait bien. Alors à contrecœur, la plus âgée descendit, mais resta au bord de la route, écoutant de loin la conversation.

« Allez-vous bien, monsieur ?

— …

Quel est votre nom ? » essaya à nouveau Kali.

Il y eut un silence. Même de loin, la sorcière pouvait voir que l'homme semblait réfléchir, creuser sa mémoire pour répondre à une question pourtant si simple, si élémentaire.

« Je ne sais pas, finit-il par dire. Cela fait longtemps que les gens ne m'appellent plus par mon prénom. »

Kali sembla abasourdie, choquée par la réponse. Puis elle prit un air résolu, comme si elle venait de prendre une décision dont elle ne dérogerait pas.

« Dans ce cas-là… Dès à présent, tu t'appelleras Kaname, comme le village de mon enfance. »

Kaname.

Kaname.

Kaname.

Diana a maudit ce nom jusqu'à la fin de sa vie. Et si on écoutait bien le vent, même des milliers d'années après que ses cendres aient disparu de ce monde, ce prénom apportait toujours avec lui une myriade de souffrances, de ténèbres et de coups du sort.

"Nos chemins se sont croisés il a bien longtemps."


Eeeeeeeeet voilà pour ce chapitre !

Récapitulons donc les vilaines, vilaines choses que notre héroïne pas si innocente que cela a fait !

Complicité de Meurtre et d'Evasion, avec le maquillage de la scène de crime. Disons que ça compte double, parce que c'est deux actions différentes ! On peut compter aussi compter l'Obstruction à la Justice, pour ça, ainsi pour le fait qu'elle mente dans sa lettre. D'ailleurs, quand on ment sous serment ou sur l'honneur, c'est un, *roulement de tambour* un Parjure !
Aussi, on peut compter les Menaces de mort et le Chantage, pour tout ce qui est de Kaname.

Ah et n'oublions pas l'agression à l'arme blanche... Est-ce qu'une lance est considérée comme une arme blanche ? On va dire que oui.

Ce chapitre a été, comme je l'ai dit, fait, refait, effacé et réécrit au moins sept fois. D'abord, j'ai essayé de continuer sur la lancée de la soirée, avant que finalement l'idée de faire un compte rendu rythmé de flashbacks ne me vienne. Le fait qu'il y ait pas mal -trop- de Kaname n'a sûrement pas aidé, vu qu'il est dur d'écrire ce personnage tout en respectant son taux de Machiavélisme attitré.

Lyzou, je suis sûre que tu trouveras le petit clin d'oeil que j'ai glissé, c'est cadeau !

N'hésitez pas à poster des commentaires, remarques ou autre, cela fait toujours grandement plaisir ! Nous nous reverrons pour la Saison 2 qui va biiiiiiiien s'étaler sur le développement de relations *wink wink*. A plus !