Salut !
Voici La Patte Folle, un chapitre encore assez long et pas très joyeux, à base de créature en colère, de magie noire, de mensonges, de trahisons, de feu et de sang. Sans oublier les cours, le quidditch, un détour par Paris et une confrontation très attendue entre Blaise et Ginny.
Bonne lecture !
28. La patte folle
« Au milieu des tourments la douleur est immense, pour qui vit seul et qui souffre en silence » Publilius Syrus
« Papa,
Nous sommes au courant pour James. Nous savons qui il est vraiment. N'aies crainte, nous l'adorons. Il ignore tout de nos liens mais se montre sympathique, sociable et attachant. Shania lui parle tous les jours, il se montre très gentil avec elle et supporte généreusement la boule d'énergie que peut être notre Shania. De mon côté de l'évite, parce que je me sens mal à l'aise quand je suis avec lui, je n'aime pas savoir alors qu'il reste dans l'ignorance, j'ai peur de lui dévoiler la vérité mais lorsque nous nous croisons, il se montre respectueux et… adorable, vraiment. J'ignore de qui il tient ce cœur plein d'amour mais je sais à qui appartient l'étincelle dans ses yeux. Cette étincelle c'est la nôtre, celle de notre famille, celle des Zabini. Et je suis heureuse qu'il soit un des nôtres. Je ne pourrais rêver de meilleur frère que lui. Avec Haïdar, bien sûr.
Je ne voulais rien te dire, certainement pas par lettre mais nous avons besoin de toi, papa. James a besoin de toi. Il est en danger, je n'en sais pas davantage mais tu dois le protéger. J'en ferai de même ici, à Poudlard, mais je ne peux pas y arriver seule. James a besoin de son père. James a besoin de toi.
Promets-moi que tu ne nous laisseras pas tomber, papa.
Avec toute mon affection
Hadiya Zabini »
La pièce est sombre, nous n'allumons qu'une faible chandelle lorsque nous nous réunissons, parce qu'il en a toujours été ainsi, parce que nous n'avons jamais vécu dans la lumière.
Drago et Théodore se concertent du regard. Ce dernier hoche la tête et plie la lettre avec soin. Ils l'ont lue à voix basse mais je m'en fiche, je la connais déjà par cœur.
- Qu'est-ce que raconte ma filleule, au juste ?
La voix est restée rauque, les sourcils se froncent en permanence, comme un réflexe. Pansy est assise en travers d'un fauteuil, le plus confortable de tous, et laisse ses jambes se balancer avec nonchalance sur l'accoudoir.
- Tu n'as qu'à lire la lettre, propose Théodore.
Pansy balaye ce qui est pour elle une idée grotesque, sans intérêt, d'un mouvement las de la main.
- Je me suis arrêtée au premier mot. Elle l'appelle « papa », dénigre-t-elle en me désignant.
- Et comment voudrais-tu qu'elle s'adresse à moi ?, je rétorque, amusé parce qu'elle semble vexée. Je n'obligerai pas mes enfants à m'appeler « père ». Je ne les ai pas éduqués comme ça.
- Tu ne les as pas éduqués tout court, se moque Drago.
Je ne réponds pas. Il ne sert à rien de nier. L'éducation de mon aînée s'est construite de paris, de tests, de défis. Des sacs de bonbons pour acheter des secrets, des récompenses imméritées, des règles faites pour être transgressées. L'éducation de ma cadette s'est construite dans le château de mon irlandais de demi-frère. Des écorchures causées par des course-poursuites, du danger et des frayeurs, une aventure perpétuelle, une liberté sans pareille. L'éducation de mon petit dernier consiste à lui expliquer pourquoi les garçons sont différents des filles, supérieurs aux filles, et pourquoi tous mes arguments sont irrecevables. Aux jeux de l'éducation je suis un excellent perdant et Evelyne une bien piètre adversaire. Laxiste, hésitante, détestant prendre parti dans les conflits, ne supportant les punitions, elle se contente d'affirmer qu'aimer est plus important qu'éduquer. Et à ce jeu-là, nous sommes tous les deux vainqueurs.
- Alors ?, insiste Pansy.
Drago s'appuie plus confortablement contre le dossier de son fauteuil, narquois. Pansy et lui se narguent mutuellement depuis tant d'années que nous avons cessé de compter les points. Ils agissent comme un frère et une sœur qui s'aiment trop pour se l'avouer, leurs parents ayant porté trop d'œillères pour accepter de faire un second enfant. Les Malefoy n'ont toujours connu qu'un héritier mâle par génération. Un héritier à éduquer, à dresser, à marier. Un héritier qui se doit d'arborer cette chevelure couleur patte-à-pain et qui n'a d'autre choix, arrivé à Poudlard, que de porter les couleurs de Serpentard. Et d'accepter l'épouse qu'on lui aurai choisi, en espérant que celle-ci lui donne un fils. Un seul. Et surtout pas une fille. Les Malefoy sont plutôt chanceux, avec Drago et maintenant Scorpius, le nom perdure et je ne serai pas surpris que ce bon vieux Lucius espère secrètement qu'un mage noir surgisse un beau jour et que sa famille, toujours aussi pure, soit appelée à le rejoindre.
Les Parkinson, eux, n'ont pas eu cette chance. La famille comptant plusieurs branches, celle de Pansy s'en était toujours bien tirée. Une fille et un garçon par génération. Mais le frère de Pansy n'a pas survécu à un accouchement difficile, et a emporté avec lui tout espoir maternel d'enfanter à nouveau.
Pansy n'en parle jamais. Pansy ne parle pas, elle s'énerve, se moque, juge et méprise. Si Drago a toujours été son petit préféré, elle nous a choisi pour compagnons de route dès notre premier voyage dans le Poudlard Express, répétant que nous irions tous à Serpentard et que nous y serions bafoués et méprisés. « Nous serons l'ombre du petit Harry Potter. Lui sera la lumière. Toujours. C'est écrit. » Drago avait répondu qu'il était plus aisé d'agir dans l'ombre que dans la lumière. Ils avaient échangé un regard. Simple, pas très long, mais suffisamment sérieux pour nous tenir à l'écart, Tracey, Daphné, Théo et moi.
Le lendemain, elle s'était trouvée une suiveuse en la personne de Millicent, la protégeant en échange de la dévotion de Millicent, victime de petite frappes qui se moquaient de son physique disgracieux. Et Drago se choisissait deux gardes du corps. Le roi et la reine de Serpentard étaient en place, dès leur première année, et personne ne revendiqua ni ne mit en doute leur trône.
Les souvenirs de Poudlard sont là, bien présents, mais dissimulés. Drago n'a pas pour habitude de dévoiler ses sentiments. Mais je sais que quelques photographies sont cachées derrière ce tableau, tout comme je sais que cette malle fermée à triple tour contient son vieux Nimbus 2001 et cette cravate un soie qu'il portait lors de ce déjeuner chez les Greengrass, où nous avions découvert avec stupeur que la petite sœur de Daphné n'était plus une petite fille. Après ce déjeuner, Astoria avait commencé à traîner avec nous. Pas avec sa sœur, ni avec Théo et moi. Juste avec Drago. Dès qu'elle était là, ils gravitaient parmi nous sans nous voir, sans nous écouter, sans nous répondre. Six mois plus tard ils étaient mariés. Un mariage qui avait ébloui Pansy mais qu'elle avait pourtant jugé mièvre et sans grande prestance. Une façon bien à elle de signifier à Drago que les traditions perduraient.
- Alors ?, souffle Pansy, impatiente. Tu vas me dire ce qu'écrit ma filleule ou tu préfères que je siffle ta réserve de Pur feu ?
Après tant d'années je sais que Drago ne parlera pas. Parce que parler signifierait rompre cette monotonie commune instaurée alors qu'ils n'avaient pas douze ans. A peine hausse-t-il ses sourcils avec mépris lorsque Pansy lui tire la langue.
A leur gauche, Théodore se dévoue. Il a toujours été le plus sage d'entre nous.
- Hadiya prévient Blaise que James est en danger et lui demande de le protéger.
- James, soupire Pansy. James qui ? Y a des tas de James.
- Il n y en a qu'un qui compte vraiment et nous savons tous de qui il s'agit, pas besoin d'ajouter un quelconque patronyme, qu'il soit légitime ou non.
Pansy lance un regard meurtrier à Théodore. Des trois, il est celui qui a accepté la vérité le plus facilement. La surprise l'a à peine effleuré, comme s'il connaissait la vérité depuis toujours. Des trois, Pansy est celle qui refuse clairement la vérité.
- James Potter n'est pas mon filleul, affirme-t-elle avec évidence.
- James est mon fils.
Je n'ai pas besoin de hausser la voix. Il est rare que nous contredisions Pansy. Drago la nargue, Théodore lui fait la morale, je la fais rire. Elle a toujours le dernier mot, et nous lui laissons croire que sa répartie triomphera toujours. Mais James est mon fils, j'ai endormi trop longtemps la vérité.
- C'est impossible, Blaise. Il a ses cheveux, son arrogance, sa…
- James n'est pas arrogant. Les cheveux, ok, mais pas l'arrogance.
- Il est blanc. Sa tête est aussi blanche que la peau de mes fesses.
- Sa mère…
- Evelyn est blanche et tes filles ont la peau aussi sombre que la tienne. Haïdar est métisse, et Potter…
- James. Il s'appelle James, par Merlin !
Les pieds de Pansy dansent toujours, comme si je ne m'étais pas dressé devant elle, comme si ma stature, mon regard n'avaient rien de menaçant.
Dehors l'orage a pris fin. Le vent reprend ses droits, envoie valser les dernières gouttes de pluie. Je l'entends qui cogne le carreau de la fenêtre au même rythme que mon cœur qui s'emballe. Je me rassois prestement. Pansy est songeuse mais je sais qu'elle va prendre la parole et je suis prêt à écouter ses arguments. Je n'ai pas renoncé, j'espère toujours qu'elle fasse partie de la vie de mon fils.
Pansy gratte le velours de fauteuil de son ongle. Le seul qui ne soit pas rongé. Elle dit qu'elle aime griffer ses amants, je n'oserai jamais avouer que je sais qu'elle joue de la guitare lorsqu'elle est seule, et triste. Tous les jours, donc.
- Je ne peux pas croire que le destin soit aussi prompt à nous torturer, finit-elle par soupirer. Nos manoirs nous ont été volés pour servir de salles de festivités aux associations débiles de Granger, nous devons pointer au bureau des Aurors tous les mois, je porte ce bracelet de cheville débile et je pointe auprès de Potter en personne à cause de mon esclandre le soir de la Bataille de Poudlard, et maintenant tu me ferais croire que sur toutes les femmes que t'as baisées c'est poil de carotte que t'as mise enceinte et que le fruit de votre amour, blanc comme un cul, a les cheveux en pétard de ce con de Survivant !?
- Je reconnais que le destin a fait fort en donnant à ce gamin deux potentiels pères aussi différents que Potter et Blaise, ricane Drago.
- Mais le destin ne fait pas de concession, rappelle Théodore avec douleur.
Le destin lui a enlevé ses fils, mais il n'en demeure pas moins un oncle parfait pour les enfants de ses amis. Scorpius, Haïdar et Hadiya l'adorent. Seule Shania lui préfère Drago et Pansy, bien plus drôles à ses yeux.
- Manquerait plus que je vous avoue avoir fauté avec Granger, un jour, marmonne Pansy avant de sourire. En fait, sa gamine à la touffe citrouille, c'est pas la fille de Weasley, c'est la mienne.
Je laisse échapper un petit rire. Pansy hait Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley. Tout le monde le sait. Mais tout le monde en ignore la véritable raison.
A Poudlard Pansy était comme nous, du mauvais côté de la corde. Une Serpentard, une fille hautaine, méprisante et cruelle. Une fille qui avait voulu livrer Harry Potter au Seigneur des Ténèbres. Par peur. Combien avaient pensé la même chose qu'elle ? Combien avaient eu si peur qu'ils auraient jeté eux-mêmes le Survivant aux portes de la Grande Salle de Poudlard pour en finir avec les sorts, la mort et cette nuit de toutes les horreurs ? Pansy avait dit tout haut ce que nombreux pensaient tout bas. Même parmi ceux qui entouraient Harry Potter. Pansy avait parlé, parce qu'elle était la plus effrayée de tous.
Pour parfaire son éducation, le père de Pansy avait accepté que les jeunes adeptes de Voldemort s'entraînent à jeter le Doloris sur sa fille.
Alors que Drago avait pour mission de tuer Dumbledore, que Théodore était pressenti pour être le leader de sa génération et que je me préparais à être envoyé aux quatre coins du monde pour rallier davantage d'adeptes, Pansy servait de cobaye à Voldemort.
Elle avait subi les pires tortures pendant des mois, suffisamment pour craindre Voldemort plus que quiconque.
- Potter, Granger et Weasley n'ont pas cherché à comprendre, cracha Pansy. Ils ne m'ont jamais écoutée. Ils n'avaient pas le temps, ne répondaient pas à mes lettres, refusaient de me recevoir.
Elle me regardait droit dans les yeux et je hochais la tête. Je savais qu'elle lisait en moi mais je ne cherchais pas à l'en empêcher.
- Tout à leur reconstruction du monde ils ont placé les gens dans des cases. Les héros d'un côté, les Mangemorts de l'autre. Ils ne m'ont jamais interrogée. Ils ne m'ont jamais offert de procès. J'ai passé un an à Azkaban, bordel ! Un an pour une phrase crachée parce que j'étais morte de trouille ! Un an pour que j'apprenne de mes fautes passées. Foutaises !
- Ils ont souffert aussi, nuança Théodore. Et si Voldemort avait gagné, nous aurions sans doute été bien moins cléments qu'eux.
- De la clémence ? Un an à Azkaban pour avoir prononcé dix mots tu appelles ça de la clémence ? Je n'ai jamais attaqué l'Ordre du Phénix ! J'ai couvert Blaise alors qu'il protégeait Sainte Ginny Weasley ! J'ai fait tomber une tapisserie immense sur la tronche de Londubat pour le protéger des Mangemorts ! J'ai passé une nuit entière avec Loufoca Lovegood dans un placard à balai pour la protéger des rondes des Carrow !J'ai prié Merlin, la Source et toutes les fées pour que Potter remporte la victoire !
- Je le sais, répondit Théodore simplement. Nous priions ensemble. Nous espérions que Voldemort perde, mais nous ne les avons pas aidés. Par lâcheté.
- Par peur, rétorqua Pansy.
- Crois-tu qu'ils n'ont pas eu peur ?
- Ce sont eux les Gryffondor, bougonna Pansy.
Drago déboucha une nouvelle bouteille, un Pur Feu d'excellence qu'il versa dans nos coupes. Comme d'habitude, il en versa un peu moins à Pansy, parce qu'elle était une femme et que rien ne la faisait plus enrager que lorsque ses amis lui laissaient croire qu'elle leur était inférieure.
Je soupirais de soulagement en voyant Pansy faire tomber Drago d'un croche-pied bien pensé. Théodore esquissa un sourire. La crise était passée.
- Je vais jouer les infiltrés, proposa Théodore. Avoir un parrain proche des Zigaros sera pratique à James.
- Je ne vois pas pourquoi ce serait toi son parrain, rétorqua Drago en fronçant les sourcils. Daphnée organise une soirée à la fin du mois. Très sélect, avec tous les anciens. J'y entendrai certainement des choses intéressantes. Tu m'accompagnes ?
Pansy le regardait, semblant réfléchir à sa proposition. Elle hocha la tête subrepticement.
- J'ai deux, trois autres idées qui pourraient nous être utiles, marmonna-t-elle à contrecœur. Vous vous souvenez de Hawkes, le petit comique qui avait un an de moins que nous à Poudlard ? Il vit aux Etats-Unis depuis quelques années avec sa femme et sa fille, Juliet. Une amie de James. Et de Vincent Goyle.
- Tu es toujours en contact avec Grégory ?, s'étonna Drago.
- Non. Mais avec son fils, Vincent.
- Suis-je le seul à maudire Grégory d'avoir appelé son fils comme ce crétin de Vincent Crabbe !?
- Vincent est un gamin plutôt chouette. Il n y peut rien si son père est devenu fou.
- Scorpius ne parle jamais de lui, nota Drago.
- Normal, il se fait discret. Et pourtant il faisait partie de la fameuse bande de James Po… de James, se rattrapa Pansy. Je vais avancer dans ce sens-là. Creuser autour de Vincent Goyle et de cette Juliet Hawkes.
Elle a ce regard résigné, signe qu'elle accepte de faire quelque chose mais qu'elle n'en a pas vraiment envie. Et j'ai beau aimer mon fils suffisamment pour espérer qu'un maximum d'amis nous viennent en aide, je ne veux forcer aucun de mes amis.
- Pansy…
- Je sais, Blaise. Je veux le faire. Pas seulement pour toi. James ne sera jamais mon filleul, ok ? Il a été élevé par des gens que je hais, des gens qui nous détestent. Il ne sera jamais mon filleul. Mais il est ton fils. Et crois-le ou non, ça compte pour moi.
Pansy n'est pas la fille la plus simple ni la plus douce que je connaisse. Mais lorsque je m'approche d'elle pour la prendre dans mes bras, elle se laisse faire, prête à accepter mon fils, comme elle a accepté le sérieux d'Hadiya, le phrasé de Shania, la timidité d'Haïdar. Parce qu'il est mon fils. Et parce qu'elle sait que je suis prêt à tout pour le protéger.
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Rez-de-chaussée, cours de soutien des jeunes irlandais
Trois rouleaux de parchemin ! Trois ! Et attention, la cerise sur le gâteau c'est le sujet ! I ni gâteau ni cerise mais je ne dois pas m'étonner, c'est une expression que tous les humains connaissent et comprennent et, même si je ne suis pas humaine, je dois me comporter comme si j'en étais une. Et détester l'histoire de la magie, donc.
«Trois rouleaux de parchemin à rendre dans une semaine. Sujet : La guerre civile des Géants des montagnes françaises ». Tout ça me donne envie de vomir. Parce que je dois détester l'histoire de la magie « comme tous les gamins sans cervelle qui m'entourent ». C'est la voix qui m'a dit ça le jour où j'ai osé dire à Hewie que ce n'était pas inintéressant. Ce jour-là, pour bien que je comprenne, la voix avait troué ma peau de l'intérieur. Alors…
Je déteste l'Histoire de la Magie ! Bon, je ne suis censée ni aimer ni détester quoi que ce soit mais je dois me comporter comme une fille normale. Comme une fille tout court. Comme une humaine qui aurait des idées, des envies, des préférences. Comme Hewie et Kathleen. Quand je me comporte comme elles, la voix se tait, la voix arrête de hurler et de me faire mal.
Depuis que James Potter et son ami aux yeux bleus nous donnent les cours de soutien, on peut dire que certains d'entre nous rattrapent clairement leur retard sur les Poudlariens. Certains sont plus doués que d'autres d'ailleurs, rien qu'à Gryffondor, on peut noter qu'Amanda Damiez est sérieusement à la ramasse. Quant à savoir si elle est vraiment limitée ou si elle rame pour passer plus de temps avec James et Nolan, aucune idée. Mais elle est loin derrière les autres. Ludmilla Kudu est assez douée, Kathleen est très consciencieuse et travailleuse et Hewie a quelques facilités dans certaines matières. Du côté des garçons, seul Renaud Bayard-le conquérant est vraiment bon. Excellent, même, je dirai mais ses chevilles sont tellement enflées qu'il ne faut surtout pas le lui dire. Warren-longues-bouclettes est comment dire ? Bof. Il est bof. Et en tout. Il ne parle quasiment pas, ne participe pas en cours, ne fait pas de bêtises… Mais il est nettement meilleur que le pauvre Kendall Kent. Pourtant James l'aide beaucoup à celui-là. Il en fait une histoire personnelle, mais son acharnement ne paye pas. Je vois bien que ça ennuie les filles quand je dis ça, mais je ne comprends pas comment un tel type a pu faire tant de bonnes choses, si jeune, alors qu'il est incapable de réaliser un sortilège très simple. Bref. Et moi, me demanderez-vous ? Ben moi… comment dit James déjà ?
- Vraiment Gwenog, je ne sais pas quoi faire de toi. Tu es de loin l'élève la plus douée de ce cours, alors bouge-toi un peu, tu veux ? Si tu faisais un peu plus d'effort tu n'aurais pas de mal à les battre tous ! Pourquoi tu n'as pas fait ton devoir ?
- C'est de l'Histoire de la Magie.
- Et ?
- C'est rasoir.
Voilà mon problème, selon lui, je ne m'intéresse qu'à certaines matières. Les plus cool, bien sûr. Dans les autres, je me laisse vivre, mais James n'a pas dit son dernier mot. J'attends de voir ça. Enfin je ne peux pas dire qu'il m'embête, il est vraiment gentil avec nous. Et patient, surtout avec Amanda Damiez. Je ne comprends pas où il puise toute cette gentillesse, mais en même temps il doit se coltiner Lily Potter-la furie depuis sa naissance, alors j'imagine que ça doit jouer. En parlant de la furie, elle s'est un peu calmée depuis son altercation avec Hewie. Elle ne nous adresse pas la parole, elle a compris qu'on la tuerait si elle le faisait, mais elle ne nous attaque pas non plus. Elle reste avec ses amis, moi avec les miens et c'est mieux comme ça. Hewie serre toujours un peu les dents quand elle la voit arriver mais rien de grave n'est arrivé.
En revanche j'ai appris qu'Hugo-le-roux, le type un peu effacé et bougon de la classe est en réalité le cousin de la furie ! Pas étonnant franchement, ils sont aussi dingues l'un que l'autre. Et pas étonnant qu'il traîne désormais avec son idole Bayard. Ces deux-là semblent s'entendre comme larrons en foire. Ils passent pas mal de temps avec Kendall Kent à parler quidditch, surtout depuis que Bayard a rejoint la nouvelle équipe de quidditch, les Poussins Irlandais.
- Gwenog, je suis ravi que tu te prennes de passion pour le quidditch mais essaie d'être attentive, ok ?
Ah, c'était donc ça les coups de coude de Kat et Hewie.
- Oui, c'était « donc ça ».
James Potter me sourit. Je l'amuse et il n'est jamais sévère quand il me gronde. Kat dit qu'il se comporte avec nous comme un grand frère et Hewie dit que c'est parce qu'il manque d'expérience, qu'il ne prend pas assez de recul, qu'il ne sait pas se détacher de l'affect et garder sa position de tuteur. Mais je crois qu'elle dit ça juste parce que James est le frère de la furie-qu'on-déteste et qu'elle craque pour Nolan Donovan mais…
Tiens, tout le monde rigole.
- Gwenog !, murmure Kathleen, effarée.
Hewie me lance un regard assassin, Bayard-le-conquérant est par terre, à rire à s'en tenir les côtes et Nolan Donovan est gêné. Je crois bien que j'ai une nouvelle fois pensé à voix haute.
- En effet, Gwenog, confirme James Potter. Aller, concentre-toi sur les Géants des montagnes françaises.
J'acquiesce en priant de garder le silence. D'habitude la voix m'aide. C'est bien la seule chose qu'elle m'apporte de bénéfique. Mais elle n'est pas là. Elle s'est éteinte dans la nuit noire, à l'heure où elle se régénère normalement toutes les nuits. J'ai eu beau sortir, parcourir le domaine de Poudlard en silence, Amalthéa n'est pas venue. C'est la première fois que ça arrive. L'autre était là, l'homme qui s'occupe de Jasper Leitrim. Il nous a dit de rentrer et de rester discrets, et de revenir cette nuit, même si aucune voix n'était là pour nous l'ordonner. Il a dit « je ne sais pas préparer la potion mais j'en aurais ce soir et vous avez intérêt à être là ». Je n'avais pas l'intention de désobéir. Si je n'y vais pas, ils me jetteront comme un objet inutilisable et me remplaceront par une autre moi. Et alors je ne verrai plus jamais Kat et Hewie, je n'apprendrai plus jamais à utiliser la magie. Si ça devait arriver, je crois bien que même l'Histoire de la magie me manquerait.
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Pourdlard - Terrain de quidditch
- C'est super Yelena, t'as très bien géré le double huit !
Yelena Crivey esquissa un sourire radieux en effectuant ses étirements avec l'ensemble de l'équipe de quidditch de Gryffondor. James passait entre eux, félicitant chaque joueur, encourageant les plus hésitants, distribuant des conseils aux plus jeunes.
- C'était un très bon entraînement, il faut qu'on continue comme ça.
- Jusqu'à quand ?, releva Fred. Ça fait trois semaines qu'on aurait dû jouer le premier match.
- Je sais bien, soupira James. On en a déjà parlé, les gars, le directeur Briscard a accepté de repousser le début du championnat le temps que les Poussins Irlandais soient au point, ils ont eu bien moins de temps que nous pour se préparer.
- Et toi t'acceptes ça ? Déjà l'an dernier on a dû jouer tous les matchs en peu de temps à cause de ton fichu Tournoi, y a pas intérêt à ce qu'on attende la fin de l'année pour écraser les Serpentard juste parce que monsieur le sous-préfet a décidé de créer une équipe irlandaise pour les beaux yeux de sa reine des neiges !
Furieux, Fred chercha l'assentiment de ses coéquipiers. Mais James ne lui laissa ni le temps ni l'occasion de retourner ses joueurs contre lui.
- Petit un, ce n'était pas mon fichu Tournoi et nous avons gagné la coupe l'an dernier, signe que ça ne nous a nullement désavantagé de jouer tous nos matchs en un si court laps de temps. Petit deux, je n'ai pas créé cette équipe tout seul, et certainement pas pour Lysa.
- Va pas nous faire croire que tu fricotes pas avec elle, tout le monde est au courant.
- Petit trois, nous n'écraserons Serpentard, comme tu dis, qu'en étant soudés, et certainement pas en se disputant. Nous sommes une équipe et nous devons le rester si nous voulons garder la coupe. Et nous voulons la garder, pas vrai ?
Ses joueurs répondirent à l'unisson, mais leur fougue s'était éteinte. Ils s'entraînaient dur depuis la rentrée et l'impatience se faisait ressentir. Le début du championnat était souvent l'occasion pour les équipes de juger leurs points forts et leurs faiblesses et de rectifier le tir avant d'avoir pris de trop mauvaises habitudes. Et en cela James ne pouvait en vouloir à ses joueurs de se montrer égoïstes. Lui-même avait hâte de jouer son premier match en tant que capitaine.
- Aller, tous au vestiaire, on se retrouve dans deux jours.
Mael partit le premier, directement vers le château, sans échanger un mot avec ses coéquipiers.
- Ça craint, résuma Lucy qui était restée près de James pour l'aider à ranger le souaffle et les cognards. Fred devient maladroit quand il est impatient, Mael et Yelena sont inconstants, Lorcan est un peu trop tranquille à mes yeux.
- Soizic a fait beaucoup de progrès, nota James en guettant au loin les meilleures amies de leur jeune batteuse, Lily Evans et Briseis Delanikas.
- Oui, et les suppléantes aussi, mais Soizic est loin d'égaler le niveau de Jalil Lespare, encore moins de Natasha Kandinsky.
- Mais tu es meilleure qu'eux.
- Mais j'aurais déjà fort à faire à pallier les faiblesses des autres postes. Franchement, James, je doute que nous conservions la coupe. Les Poufsouffle et les Poussins Irlandais ne devraient pas nous poser de problème mais Malefoy est parvenu à former une équipe très compétitive. Et les Serdaigle nous sont largement supérieurs.
- Un match reste un match. Les poussins peuvent déstabiliser par leur fraîcheur, les Poufsouffle sont habitués à jouer ensemble, et nous avons déjà gagné les Serdaigle.
- Avec une autre équipe.
- Nous avons nos chances, Lucy. Chaque équipe a ses chances. Et j'ai besoin que tu gardes confiance.
- Parce que ta mère sera là ? L'ancienne joueuse et journaliste spécialisée ne va pas rater les débuts de son fils en tant que capitaine. Tu veux toujours l'impressionner ?
- Je veux qu'on prenne du plaisir, que l'on donne le meilleur de nous-même, que l'on se batte à la loyale. Je veux croire que nous ne nous épuisons pas cinq fois par semaine en vain. Je ne veux pas que l'on regrette quoi que ce soit.
Lucy hocha la tête et raffermit les pans de sa cape autour de son cou. Autour d'eux la nuit tombait et deux enfants sans nombril attendaient patiemment de se fondre parmi les ombres pour régénérer la voix de toutes les tortures.
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Poudlard – Forêt interdite
Il s'était aperçu que quelque chose clochait quand ils s'étaient enfoncés dans la partie la plus sauvage de la forêt, là où les arbres étaient rois, là où les racines menaçaient chacun de leurs pas.
Amalthéa l'avait salué poliment, sans un sourire, comme tous les soirs. Elle n'avait fait aucune allusion à son absence de la veille. Ils s'étaient mis en route comme si rien n'avait changé, mais alors que lui gardait les yeux au sol pour éviter les pièges de la nature, Amalthéa avançait bien plus vite et plus sereinement que d'ordinaire.
Il profita d'une petite clairière pour l'observer plus attentivement. Et ce qu'il vit le surprit tant qu'il s'arrêta. Amalthéa ne marchait pas à ses côtés. Elle lévitait. Sentant le regard de son collègue sur elle, la jeune fille tourna la tête, continuant d'avancer au-dessus de la mousse glissante et des racines qui l'avaient tant fait trébucher pendant des semaines.
- Ne pose pas de question, ordonna-t-elle.
- Je... D'accord. J'imagine qu'il s'agit des frères Zigaro, sinon tu ne me dirais pas de ne pas... Oh ! Qu'est-ce que tu fais ?!
Elle s'était rapprochée de lui, brandissant sa baguette sous ses yeux. Toute vie semblait avoir quitté la jeune fille. Et la parcelle de peau qui apparaissait au-dessus de ses longues socquettes lorsque le vent soulevait sa jupe était noire comme la mort.
- Ne t'avise jamais de contrarier les frères Zigaro, dit-elle d'une voix froide.
- Je n'en ai pas l'intention.
- Je te parle sérieusement. Tu ne sais pas de quoi ils sont capables.
- Ils ont tué mon père et menacé ma mère pour que je leur obéisse. Je sais de quoi ils sont capables.
- Tu devras leur rester fidèle. Toute ta vie. Une fois que l'on s'est engagé, on ne peut plus faire marche arrière.
- Tu...
Il s'interrompit. Elle ne voulait pas qu'il pose de questions. Mais lui avait besoin d'entendre les réponses. Une larme roula sur la joue de la jeune fille.
- J'ai hésité. Ils m'ont demandé de faire quelque chose et j'ai hésité. Ils m'ont punie. Tom a lancé un sortilège de magie noire à mes jambes. Elles sont mortes, désormais. Je ne pourrai plus jamais marcher. Alors sois prudent.
Le garçon déglutit difficilement. C'était pire que tout ce qu'il avait pu imaginer. Pire que tout ce que quelqu'un de normal pouvait envisager. Amalthéa fit volte-face, son corps avançant sous la pression d'un enchantement. Il se mit en marche, ses pas rendus lourds par la chance qu'il ressentait désormais de pouvoir sentir ses membres bouger comme il le souhaitait.
Et c'est là qu'il comprit.
- Ça concernait Gwenog et Jasper, pas vrai ? Tom t'a puni en te donnant l'une de leur malédiction, de ne pouvoir faire quelque chose par eux-mêmes... Parce qu'ils sont privés d'amour propre, de liberté, d'expression propre. Et maintenant c'est comme si tu étais comme eux par la faute de Tom. Il... Tom t'a privée de ta liberté de mouvement.
- Des tas de personnes sont privées de leur liberté de mouvement, malheureusement. Je ne suis pas la seule. Et je suis une sorcière, je peux toujours léviter, avancer debout, comme... Presque comme avant.
- Que vas-tu dire à Gwenog ?
- Rien. Elle ne posera pas de question, je n'aurais pas à lui répondre. Elle n'a pas été fabriquée pour s'inquiéter. Gwenog et Jasper n'existent pas. Ne t'attache pas à eux.
Il acquiesça docilement. Il aurait aimé ne jamais savoir. Il aurait aimé ne jamais avoir su. Il savait désormais qu'il demeurerait au service d'êtres capables du pire. A tout jamais.
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Enfin, cette satanée cloche sonne. Ouf. Le cours de Botanique est enfin terminé. Je n'ai rien contre le professeur Londubat ni contre ses petites plantes chéries, mais il fait un véritable froid de canard depuis quelques jours.
Encore une expression bizarre que je ne comprends pas. Ce matin j'ai dit, « il fait froid à s'en geler les couilles ». Tout le monde m'a regardé bizarrement. La voix a tellement hurlé que je suis arrivée en retard en cours de Métamorphose et j'avais plein de sang dans le cou à force de me taper la tête contre le mur des toilettes.
La voix est revenue. Amalthéa est revenue. Sans jambes. Mais la voix me hurle de ne pas penser à elle, alors je m'exécute. J'ai l'impression d'avoir mal à l'intérieur de mon corps quand je pense à elle, et mes yeux sont mouillés. « NE PENSE PAS A AMALTHEA ! »
Les filles et moi nous couvrons au maximum mais nos capes, écharpes, gants et bonnets ne suffisent pas à nous réchauffer. La pluie tombe de plus en plus fort, certains disent même qu'il n'a pas fait aussi mauvais temps depuis l'époque de vous-savez-qui.
Si vous ne savez pas qui est vous-savez-qui, comme moi quand on m'a parlé la première fois de lui en l'appelant tu-sais-qui et que j'ai osé dire que non, je ne savais pas qui il était, c'était un mage noir très puissant que le père de Lily-Potter-la-furie et James-Potter-des-cours-de-soutien a vaincu.
Alors forcément quelques élèves sont morts de peur (mais toujours vivants) qu'un nouveau mage noir en veuille à nos pauvres vies. Hewie écoute ces rumeurs avec beaucoup de crainte. Kathleen, plus pragmatique, pense seulement que l'hiver est rude. Moi j'obéis à la voix et répète que je déteste tout simplement l'Ecosse. Alors que je n'ai jamais rien connu d'autres.
Les choses ont pas mal évoluées ces derniers temps. Les filles et moi, on suit l'équipe de quidditch Irlandaise et leurs derniers entraînements témoignent de leurs efforts. Il y a quelques élèves âgés, qui jouaient déjà ensemble à l'école d'Irlande et quelques nouvelles recrues très prometteuses. Chacun espère que la nouvelle équipe se fera une place dans le championnat de Poudlard mais les quatre autres équipes ne montrent pas grande inquiétude. La seule chose qui semble les affoler c'est le retard des matches. En effet, Renaud Bayard le conquérant nous a expliqué que le directeur de Poudlard a accepté de retarder la première rencontre de l'année pour laisser le temps aux Poussins Irlandais de trouver leurs marques. Et ce n'est pas près de s'arranger parce qu'avec le temps qu'il fait, la plupart des entraînements sont annulés.
Nos cours de soutien sont de plus en plus espacés. Il paraît que notre niveau est satisfaisant et que n'aurons bientôt plus de raison de suivre ces cours supplémentaires. Et ça semble ravir Nolan et James. Le premier travaille d'arrache-pied sur son mémoire de sixième année et le second disparaît pendant des heures et personne ne semble savoir ce qu'il fait. Je le sais parce que depuis quelques jours on a fêté dignement notre entrée officielle dans la maison Gryffondor. Enfin, me direz-vous. Faut dire que c'était un moment de joie intense. J'en jubile, rien que d'y repenser. Ce jour-là je révisais tranquillement dans la bibliothèque et James Potter est arrivé, il nous a demandé de tous nous rassembler et vu qu'il avait quelque chose d'urgent à faire, il a demandé à une des cruches de notre classe de nous accompagner dans la salle commune de Gryffondor. On allait enfin s'y installer. La cruche en question, Mary, n'a pas eu le temps de nous faire de visite guidée, on devait se rendre directement dans notre nouvelle chambre. Et on a débarqué dans un joyeux bordel. Ce sont les termes qu'a employé James quand je lui ai tout raconté le lendemain. A priori sa sœur n'est pas du genre ordonné. Moi non plus mais là je dois dire qu'elle dépasse tout ce que je pouvais imaginer.
Alors, donc, on a débarqué dans la chambre et Lily-la-furie et ses deux meilleures copines étaient en train de s'engueuler. Comme d'habitude, dirait Hewie. En surveillant la furie, les filles et moi, on s'est rendues compte que Serena Velsen et Annie Londubat ne s'entendent vraiment pas. Mais elles aiment toutes les deux la furie, alors elles passent leurs journées à s'envoyer des piques. Je dois reconnaitre que c'est toujours Londubat qui commence et qu'elle est franchement insupportable. L'autre, Velsen, est plutôt sympathique. Elle me fait beaucoup penser à Kathleen. Dommage qu'on ne puisse pas la décoller de Potter. Le seul qui est encore plus collé à Potter c'est Lorcan Scamender. Alors lui ça m'embête de le reconnaître mais c'est certainement le mec le plus cool de Poudlard. Talentueux, brillant, drôle, souriant, son seul défaut est d'être obnubilé par sa meilleure amie, la furie.
Mais revenons-en à nos moutons. On débarque donc dans la chambre et… Velsen et Londubat se crient dessus, la seule qui crie encore plus fort c'est la furie. Une vraie teigne. Elle tente de calmer ses amies mais c'est un échec. Quand elle nous a vues entrer elle est devenue livide. Après des jours et des jours, elle avait dû finir par croire qu'on ne viendrait jamais troubler son petit paradis. Manque de bol c'est au moment où elle s'y attend le moins qu'on arrive. Youpi. Le professeur Patrick est arrivé en courant derrière nous. Velsen et Londubat se sont arrêtées et elle a pu faire quelques modifications. La chambre est donc scindée en deux par une sorte de rideau très épais.
Bien sûr, les quatre cruches se sont empressées de s'installer dans leur nouvelle chambre, nous laissant toutes les trois avec la furie et ses deux copines. Londubat a pris les choses en main et s'est enfermée dans la salle de bains. Et Velsen et la furie sont parties. On ne les a plus vues du week-end et elles semblaient s'être trouvé un nouvel endroit où dormir, ce qui n'était pas pour nous déplaire, bien au contraire. Ça leur arrive encore de disparaître une nuit par ci par là, mais jamais nous n'avons su où elles allaient.
Lily représentait un vrai mystère pour Gwenog. Si elles avaient été amies, Lily lui aurait volontiers confié que Serena et elle passaient quelques nuits dans la Salle sur Demande lorsque l'une ou l'autre avait besoin de s'isoler. Cela permettait à Serena de ne pas avoir Annie sur le dos et à Lily d'éviter les regards hostiles de Gwenog, Kathleen et Hewie.
- Tu sais quoi Lily ?
Après les cours, Lily et Serena avaient gagné la Salle sur Demande avec empressement, s'affalant sur des coussins pour se réchauffer. Lily leva les yeux de son manuel de Botanique et vit que Serena avait activé son côté « enquêtrice du mois ». C'était une vraie passion chez la jeune fille, elle adorait résoudre des mystères.
- Au fond de moi je suis persuadée qu'elles sont cool, assura-t-elle.
- Kathleen, je veux bien, reconnut Lily. Mais Hewie me déteste.
- Et on ne sait toujours pas pourquoi.
- Tu vas la rajouter à ton carnet des mystères ?
Serena sourit en sortant de son sac un petit carnet à la couverture sombre. Elle y notait tous les mystères à résoudre.
- Mystère numéro trente-trois…
- Je croyais que tu en étais au numéro trente ce matin ?
- Oui mais on a eu une journée chargée. J'ai décidé d'enquêter sur ton cousin et…
- Lequel ?
- Louis Weasley.
- Qu'est-ce qu'il cache de si mystérieux ?
- J'aimerais bien le savoir, justement. Il est une des Divinités de Poudlard et il continue de faire croire qu'il sort avec Marcia Evans. Cette fille est loin d'être une bombe, elle est ennuyante et j'aimerais bien savoir pourquoi il reste avec elle.
- Il t'intéresse ?
- Il est en sixième année, Lily ! Bien sûr que non ! Mystère suivant… Hugo.
- Comme c'est étonnant…
- Quoi ?
- Je te parle des mecs qui t'intéressent et tu parles d'Hugo. C'est une étrange coïncidence, c'est tout.
Serena pouvait feindre la surprise, Lily avait depuis longtemps remarqué comment Hugo se comportait lorsqu'il voyait arriver Serena. Et même si beaucoup de garçons se comportaient ainsi avec sa meilleure amie, Lily soupçonnait Serena d'être très fière de son effet sur Hugo.
- Je te vois venir ma grande, tu n'imagines quand même pas que j'envisage de…
- Je te taquine, c'est tout.
- Bon mystère suivant, Rose Weasley.
- Tu vas enquêter sur toute la famille ?!, s'exclama Lily, au bord du fou rire.
- Faut dire qu'il y a un sacré dossier quand même.
- Laisse Rose tranquille. Elle ne semble pas aller très bien en ce moment.
- Ok, pas de souci, fit Serena en barrant Rose de son carnet.
Lily ne put retenir un sourire. Serena n'insistait pas, elle n'allait jamais à l'encontre de ce que disait Lily. Et Lily tentait d'en faire de même. Elle apprenait beaucoup aux côtés de sa meilleure amie.
- Bon, concentrons-nous sur Hewie Harper. Elle te déteste et elle semble avoir ses raisons, des raisons qui lui viennent du passé, alors que tu n'avais jusque-là aucun souvenir d'elle. Creusons du côté de son père.
- Owen Harper, second de mon père au bureau des Aurors.
- Sa mère ?
- Aucune idée.
- Tu penses que l'un de tes frères pourrait savoir ?
Le visage de Lily s'assombrit.
- Tu ne veux toujours pas me dire ce qu'il se passe avec eux Lily ? Vous sembliez si complices l'an dernier…
- C'est compliqué. Albus… Il s'en est pris à moi. Pas violemment mais il m'a fait un peu peur. Et depuis on ne s'est plus parlé. Et James… Je n'arrive pas à le voir plus de vingt secondes. Il a toujours des trucs à faire, des devoirs, son mémoire, le quidditch et les Irlandais. A croire qu'il a plus de temps à consacrer à Gwenog qu'à moi.
Serena prit le temps de réfléchir avant de répondre.
- Tout ça doit le préoccuper. Mais tu dois insister, Lily. Si tu ressens le besoin de te confier à lui, tu dois le lui faire comprendre.
- Il pense que mes problèmes sont moins importants que les siens.
- D'un côté c'est compréhensible. Mets-toi à sa place. A ce que j'ai compris tes parents ne sont pas tendres avec lui. Là il se sent important, investi d'une mission et franchement… Lily, s'il n'était pas là pour prendre soin de Gwenog et les autres, qui le ferait ? Pas nous en tout cas.
Sa meilleure amie disait la vérité mais Lily ressentait toujours un pincement au cœur. Peut-être que si elle s'était montrée plus accueillante, rien de tout cela ne se serait produit. Hewie lui aurait expliqué sans colère ce qu'elle lui reprochait, ils ne formeraient pas des bandes opposées, habituées à n'échanger que regards froids et paroles mesquines.
- Stop Lily ! Je sais ce que tu te dis, tu regrettes d'avoir été si froide avec les Irlandais quand ils sont arrivés. C'est clair que t'as pas été sympa mais tu ne peux pas t'en vouloir des réactions des autres. Toute ta bande t'a suivie mais tu n'y es pour rien.
- Euh… si un peu quand même. Non ?
- Non ! Tu ne nous as rien demandé, on a agi par nous-même. Et puis tout ça c'est le passé, maintenant ils commencent à bien s'intégrer alors cesse de penser à ça.
Lily acquiesça et se replongea dans son manuel de Botanique, laissant Serena prendre en main sa nouvelle enquête. Celle-ci avait raison, Lily n'était pas responsable des actions de ses amis, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était horrible que Mary et Jessy se soient mieux comportées qu'elle. Après tout, les jeunes filles, elles, s'étaient montrées chaleureuses et souriantes. Mais peut-être n'était-il pas trop tard pour tendre sa main à son tour ?
Pas trop tard mais pas évident pour autant. Entre ses frères avec qui le dialogue était rompu et ses parents qui lui envoyaient lettre sur lettre depuis qu'elle avait eu un Piètre en défense contre les forces du mal, elle ne savait auprès de qui chercher d'astucieux conseils. Face à James elle se sentait honteuse qu'il ait été plus accueillant et qu'il soit devenu plus proche de ses camarades qu'elle. Depuis leur altercation, elle redoutait de se retrouver en présence d'Albus qui la saluait faussement chaque matin. Quant à ses parents, elle se méfiait de leurs soi-disant bonnes idées et pressentait que la dernière en date la verrait devenir Auror et travailler en binôme avec Albus.
Avec un long soupir à fendre l'âme, elle reporta son attention sur sa meilleure amie dont une longue mèche de cheveux blonds tombait sur ses yeux azurs brillants de concentration et d'excitation. Lily se laissa amuser par la situation.
- Tu sais quoi Serena ? Tu ferais une bien meilleure Auror que moi !
Serena leva à peine les yeux vers Lily, lui lançant un sourire radieux.
- Je préfère la métamorphose, murmura-t-elle les yeux rivés à son carnet d'enquêtrice. Je vois davantage mes petites enquêtes comme un passe-temps, vois-tu, un hobby. Plus amusant que les échecs et bien moins fatiguant que le quidditch.
- Dommage, tu es plutôt douée, non ?
Serena fronça les sourcils, ses lèvres se tordant en une moue grimaçante.
- Pour résoudre quelques énigmes sans intérêt, sans doute. Mais les grands mystères me tiennent toujours en échec, affirma-t-elle avec regret.
- Tu as avancé sur le cas Keziah Kent ?, demanda Lily avec hésitation.
- Non. Je ne sais ni pourquoi il est toujours sur ton passage, à t'observer, à te suivre, ni pourquoi il t'a tenu certains propos plus qu'énigmatiques.
« Ta mémoire est une passoire. L'ossature est ce trait commun que tu partages avec tout un chacun. Une ligne, un tout, dans lequel ton père a creusé des petits trous. » Une voix sortie de nulle part. Une voix qui appartenait, Lily en était certaine, à ce même Keziah Kent qui ne la quittait jamais de ce regard impénétrable.
- Mais je ne désespère pas, reprit Serena, confiante. Je te promets que je découvrirai ce qu'il nous cache. Et, bien sûr, tu seras la première avertie.
Lily se força à lui sourire. Mais son sang s'était glacé. Comme à chaque fois qu'elle pensait à Keziah Kent et à la menace qu'il laissait planer au-dessus d'elle.
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Le mois de décembre amena avec lui de grandes désillusions. James subissait la rage de ses coéquipiers de l'équipe de quidditch de Gryffondor qui ne voyaient pas venir le match contre Serpentard qui aurait dû avoir lieu depuis bien longtemps. La nouvelle tactique de Fred visant à déstabiliser son ex « meilleur cousin » était un franc succès. La majorité des élèves de Poudlard pensait que James avait triché à ses examens de BUSES et qu'il avait également bénéficié de la célébrité de son père pour devenir capitaine de l'équipe.
Mais Fred n'en restait pas là, bien au contraire. Il avait noté comme beaucoup d'autres que James se rapprochait de Lysa Ferton et il les avait tous deux surpris riant avec les amis de celle-ci, Ben Jagger et Nathaniel Harper. Alors Fred accusait James de passer son temps avec ses nouveaux amis de Serpentard et que sous la pression de Lysa il avait demandé à retarder le premier match de la saison de quidditch pour permettre à l'équipe qu'encourageait sa petite amie de perfectionner son niveau de jeu.
Ce n'était pas la première fois que James faisait l'objet de rumeurs, mais jusque-là, il avait toujours été soutenu par ses amis.
Son nouveau mode de vie, captivant et épuisant, ne lui laissait guère le temps d'éprouver inquiétude ou nostalgie. Les cours, les entraînements, les cours de soutien et son mémoire rythmaient sa vie, sans pour autant le rendre heureux.
Le manque, bien sûr, se faisait tenace. La tristesse demeurait, la colère envers lui-même revenait par vagues. Et la peur ne le quittait plus. Chaque nuit il observait la Carte du Maraudeur et chaque nuit il faisait face à de nouvelles incompréhensions. Gwenog et Jasper n'y apparaissaient pas, alors qu'il les voyait arpenter les couloirs, certains élèves se regroupaient, alors qu'ils ne semblaient avoir aucun atome crochu et ne se saluaient même pas lorsqu'ils se croisaient de jour. Certains, enfin, disparaissaient dans des recoins que les Maraudeurs les plus célèbres de l'histoire de Poudlard ignoraient.
James ne savait que faire. Il avait besoin de l'avis de quelqu'un, de conseils, d'une aide précieuse. Il avait repoussé ceux en qui il avait le plus confiance, ses amis, mais il connaissait quelqu'un qui serait certainement prêt à l'aider.
Il observait toujours aussi attentivement son petit frère, dont le comportement avait évolué. Bien sûr Albus continuait de le haïr. Mais son rapport aux autres, son obstination à tendre la main à ceux qui en avaient besoin redonnaient confiance à James.
Ce soir-là, il avait demandé à Albus de le rejoindre. Pour lui, le soutien de son frère était une évidence et à eux deux ils pourraient comprendre ce qui se tramait dans les sous-sols de Poudlard et, peut-être, démanteler la Jeune Armée des Ténèbres, comme aimaient les frères Zigaro à appeler leurs sbires.
Mais c'est la mine furieuse qu'Albus arriva dans la Salle sur Demande et le jeune homme garda un air méprisant qui donna des frissons à son frère ainé. Albus écouta sans ciller le discours de James et alors que celui-ci l'invitait à se rallier à sa cause, Albus ne lui donna qu'une brève réponse.
- Non.
Réponse brève, donc, mais surtout sans espoir pour James qui regarda tristement les yeux froids de son frère avant qu'il ne quitte rapidement la Salle sur Demande. Il envisagea sérieusement de rester dans la salle pour la nuit, voire pour plusieurs jours, le temps de penser un peu à la vie qu'il était en train de vivre, aux choix qu'il faisait, aux animosités qu'il créait autour de lui, à ses amis qui ne lui adressaient plus la parole, aux objectifs qu'il s' était fixé, à Natasha qui avait fait un pas vers lui et qui désormais coulaient des jours heureux dans les bras de Liam O'Brien…
Sa réflexion ne dura pas car il comprit très vite ce qui n'allait pas. Ce James qui passait ses journées les yeux rivés sur la carte, qui dégoûtait ses amis, qui jouait au parfait préfet sans relief, ce n'était pas lui. Du moins pas totalement. Il évoluait, certes, comme tous les jeunes de son âge et puis il avait été effrayé par l'annonce de l'Oracle. Mais devait-il pour autant se retenir de vivre la vie qu'il rêvait de parcourir, de découvrir et surtout s'empêcher de la vivre avec ses amis de toujours, ceux qui lui manquaient plus que sa famille, plus que tout ? Non, il devait se ressaisir et se recentrer sur ses objectifs.
James regarda une dernière fois la Carte du Maraudeur avant de lancer le fameux « Méfait accompli ! ». Le point représentant Albus regagnait la salle des Serpentard, et James rabaissa prestement sa baguette. Son frère était suivi. Par d'anciens élèves de Poudlard. Des disciples des Zigaro. D'anciens élèves devenus des adultes qui n'avaient rien à faire en ce lieu. James se mit à trembler. L'être qu'il aimait le plus au monde était en danger, et jamais il ne serait assez rapide pour lui venir en aide.
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Arrivé aux sous-sols du château, Albus s'arrêta derrière un mur épais. Il était suivi et ça ne pouvait être que James, il en était certain. Il l'attendit donc et au moment de voir arriver son frère il ravala les mesquineries qu'il lui aurait dites, le cœur battant à tout rompre.
- Tiens mais c'est le petit Potter !, lâcha un des plus proches amis de Tom Zigaro en souriant de toutes ses dents. Que fais-tu là petit maigrichon ?
- Je… Envie de me promener.
- Et on peut savoir ce que tu faisais au septième étage, Albus ?
Albus se morigéna. Il était hors de question, à ses yeux, de se mettre à dos les Zigaro, surtout à cause de son frère.
- Tu étais dans cette salle secrète, n'est-ce pas ?
Albus ne répondit pas, se concentrant uniquement sur sa respiration, pour rester calme et serein aux yeux de ceux qui avaient entre leurs mains son avenir, sa sécurité.
- L'important est surtout de savoir ce que tu y faisais, petit Potter. Souhaites-tu vraiment que nous usions de la légilimencie sur toi ?
- Mon frère m'avait donné rendez-vous.
- Ton frère ? Petite réunion de famille, donc ? Tu l'aimes, hein, ton frère ?
Des éclats de rire. Un ton moqueur, méprisant.
- Non ! Il pense pouvoir me faire changer de bord mais il se trompe, je suis avec vous, pas avec lui, je vous le jure, faites-moi confiance.
Il soutint leur regard, persuadé d'être parvenu à s'en sortir. Derrière la porte, James retint son souffle.
- Le problème avec toi, Albus, c'est justement que nous ne pouvons pas avoir confiance en toi. Tu es à la fois blanc et noir, toujours le balai entre deux souaffles.
- Non, je...
- Albus, nos maîtres nous ont demandé de tester une énième fois ton allégeance. Définitivement.
- Mais...
- Donne-moi ta baguette.
James ne sut si son frère répondait librement de ses mouvements ou non mais sa main sortit immédiatement sa baguette pour la tendre à son vis-à-vis.
- Bien, maintenant suis-nous.
James s'éloigna rapidement, il préférait s'écarter pour mieux suivre leurs mouvements de loin et pouvoir les espionner sans risquer d'être surpris. Albus continuait de descendre dans les tréfonds du château, suivi par un James prudent et silencieux. Ils devaient être à une dizaine d'étages sous le château et si ça tournait mal personne ne les entendrait hurler. Cet endroit du château était quasi inaccessible et peu de gens en soupçonnaient l'existence, il n'y avait donc ni tour de garde ni surveillance, James le savait parfaitement puisqu'il y était venu à peine âgé de onze ans, lorsque ses amis et lui profitaient de leur première année pour découvrir Poudlard.
Mais là il ne s'agissait plus d'un quelconque amusement, l'affaire était corsée, il n'avait perçu aucun doute, aucun malaise dans la voix de son frère. James refusait de le croire mais si tel était le cas il se retrouvait à un contre cinq.
- Voilà Albus. Nous avons préparé ce souterrain pour y enfermer nos proies maintenant que ton frère et ses amis adorateurs de tolérance connaissent les cachots aussi bien que nous. Ici nous ne serons jamais suspectés. Personne avant nous n'est venu ici, sauf notre nouvelle recrue, un garçon particulièrement intelligent d'ailleurs. Et avide de connaître les moindres recoins de ce fichu château. Mais il nous est utile, c'est le principal. Le tunnel que tu vois là a été aménagé selon nos soins mais nous ne l'avons pas entièrement visité. Tu vas le faire pour nous. Nous allons faire le tour et nous t'attendrons à la sortie, si tu t'avises de nous rejoindre par un autre chemin, nous saurons nous occuper de toi.
James ne sut jamais si Albus avait foncé tête baissée mais il vit les quatre garçons passer près de lui un grand sourire aux lèvres et il recula dans l'ombre d'un recoin in extremis, manquant de chuter par maladresse. Plusieurs minutes s'écoulèrent et James ne bougeait toujours pas. Il attendit que les pas s'éloignent espérant de toutes ses forces qu'Albus était sain et sauf. Jamais, de toute sa vie, il ne souhaiterait à quiconque de vivre ce qu'il vivait à cet instant. Il se rendait compte à cet instant précis de l'amour qu'il ressentait pour son frère, il avait plus peur pour lui qu'il n'en ressentirait jamais pour personne. C'est à la fois cet amour et cette peur qui l'aidèrent à reprendre conscience de son propre corps et au bout d'un effort qui lui semblait si douloureux tant il avait peur de ce qu'il y retrouverait, James s'élança à son tour dans le souterrain.
Le tunnel descendait doucement vers les entrailles de la terre, ses parois luisaient d'un liquide rougeâtre qui donna à James quelques frissons. Il avançait baguette brandie devant lui et courbait légèrement son corps pour ne pas heurter le plafond bas. Il ne savait depuis combien de temps il avait suivi Albus mais sa montre lui indiquait que le couvre-feu était en vigueur. Il ne s'était pas rendu à la Grande Salle et peut-être quelqu'un s'apercevrait de leur disparition. Mais il avait la carte et personne ne pouvait penser qu'ils…
Un cri interrompit ses pensées. James s'immobilisa, alors que les murs lui renvoyaient l'écho de l'effroi de son frère.
Et à nouveau un cri terrifiant. Insupportable. James courut le plus vite possible pour venir en aide à son frère. Et ce qu'il vit le glaça d'effroi.
Albus se tenait accroupi en face d'une salamandre géante. Haute de plus d'un mètre, large d'environ trois mètres, la créature arborait d'énormes tâches jaunes et noires sur son dos et ses pattes épaisses lui permettaient de se mouvoir sans difficulté. De grandes flammes l'entouraient et la salamandre semblait s'y baigner avec grande joie.
James se glissa doucement derrière son frère et l'aida à se relever et à reculer. Un fois à l'abri Albus sembla sortir de sa torpeur et écarquilla les yeux en voyant son frère.
- James ! Que…
- Reste derrière moi, on va reculer, ok ?
- Non ! Il faut que je continue.
- C'est du suicide Albus ! Suis-moi et on va aller voir le directeur, il faut mettre un terme à tout ça.
- Non !
- Mais imagine qu'un gamin entre là par inadvertance !
- Je m'en fiche, James. Je passerai même si je dois y laisser ma vie.
- Qu… Quoi ? Voyons, Al…
- Va-t'en ! Laisse-moi !
- Jamais. Albus, je te ramènerai même si je dois pour cela te stupéfixer ! Attention !
La salamandre avançait, sa queue fendant l'air, aspirant le feu pour le recracher sur eux. James se positionna devant son frère et tenta tout ce qui lui passait par la tête. Il utilisa divers sortilèges, en vain, la salamandre n'avait reculé que d'un mètre et elle paraissait très énervée par les frères Potter. A chaque nouvelle attaque de son frère, Albus profitait de l'inattention de la créature pour tenter de passer derrière elle. Il tentait tout bonnement de fuir et de gagner la sortie de la grotte où il serait accueilli avec respect. Peu lui importait d'abandonner son frère qui était venu le secourir.
- Albus !, cria James alors que son frère évitait de justesse d'être happé par les flammes. Je t'ai dit de rester derrière moi !
- Je n'obéis pas à tes ordres, répondit son frère d'une voix froide en évitant un nouvel assaut.
- Je suis là pour toi, je te signale ! Impedimenta ! Fichue salamandre… Par Merlin Albus, vient derrière moi !
- Non !
- Mais imagine une seconde que ce monstre ne soit pas le seul, qu'est-ce que tu feras sans baguette ?
- Parce que tu fais quelque chose, toi, avec la tienne ?
- J'essaie au moins ! Je me bats plutôt que aaaarg, lâcha James en évitant un coup de queue de la salamandre.
- Traite moi de lâche je m'en fiche, je ne tente pas de fuir, je rejoins mes…
- ALBUS !
- Ça va, je n'ai rien, dit-il toujours de sa voix glaciale.
Mais la salamandre avait l'intention d'en finir au plus vite. Elle laissa de côté le garçon armé pour s'occuper du plus jeune. Plus petit, moins rapide, plus maigre, et sans baguette, celui-ci était une proie facile. Mais contrairement à lui, son frère aîné se démenait, déployait ses forces et sa vitesse pour tenter de sauver le plus jeune, et il semblait prêt à tout. Il savait que la peau de la salamandre était quasiment indestructible et qu'elle se nettoyait au contact du feu, il savait aussi que le simple fait de toucher la créature était un poison mortel puisqu'il en avait averti son jeune frère, l'inconscient.
Alors au moment où la salamandre finit par piéger le plus jeune et menaçait de lui lancer le coup de grâce elle se tourna à temps pour recevoir le sort qui allait lui être fatal. Mais, avant de sombrer, elle prit le temps de s'assurer qu'elle avait accompli son devoir. En témoignait le bras de son assaillant qui n'était plus qu'un torchon de flammes.
Les flammes volaient, les flammes montaient, haut, toujours plus haut. Les flammes se reflétaient dans les yeux écarquillés d'horreur. Les flammes dansaient au rythme des cris rauques, dont l'écho raisonnait contre les parois. Les flammes caressaient les murs, embrassaient la porosité de la pierre, embrasaient les gouttes et la poussière.
Le bras frappait le mur mais les flammes ne ployaient pas. Le bras frappa plus fort, plus vite, longtemps. Les flammes continuaient de mordre la chair, de glisser parmi les nerfs, d'embraser le sang. Le bras frappait si fort qu'il semblait se détacher du corps. Alors le garçon se jeta tout entier contre les murs, laissant la pierre déchirer ses vêtements, laissant la pierre tailler la peau de son dos, laissant ses jambes tomber au sol. Il se relevait pour mieux frapper, il se jetait plus fort et toujours plus loin de son frère. Trois mèches de cheveux avaient pris feu, le garçon se détacha rapidement du mur. La salamandre ne bougeait plus. Son frère, à terre, le regardait brûler.
Le garçon se tourna vers le mur et le frappa de la tête. Le feu commença à s'éteindre au bout de la cinquième fois. La huitième fois, le sang formait un amas poisseux sur ses joues, coulait dans son cou. La neuvième fois, la sueur et le sang collèrent ses cheveux sur son visage. Ses cheveux qui avaient l'odeur de la mort. La douzième fois le feu s'éteignit pour de bon. Mais son bras fumait toujours. Comme les cendres continuent de le faire une fois la dernière flamme éteinte. La treizième fois il s'effondra contre le mur. Il avait frappé si fort que les pierres roulaient sur le sol.
Il n'avait plus la force de frapper encore. Il n'avait plus la force de lutter. Il n'avait plus la force de rien. Alors la véritable douleur se réveilla. Elle naquit dans son bras et se propagea dans tout son être. Elle dansait un ballet qui se répétait à l'infini. Elle se déplaçait vite, laissant mille brûlures sur son passage. Et chaque brûlure demeurait.
James tomba au sol en criant sa souffrance et son désespoir. A terre il implorât son frère de venir l'aider, de le soulever, de l'amener au loin, de récupérer sa baguette aussi, de cesser d'observer le cadavre de la salamandre avec émerveillement.
Albus faisait le tour de la créature, admirant sa beauté, sa puissance. Il soupira lorsque son frère se mit à crier plus fort. Ricana en voyant l'aîné pleurer sous ses yeux. Très vite il se détacha de James qui rampait dans la poussière. Un passage se trouvait juste devant ses yeux. La salamandre était hors de nuire et la paroi n'était pas très abrupte à cet endroit-là, en se penchant, il passerait sans problème.
Il se tourna une dernière fois vers son frère qui le suppliait du regard. Et soudain ils la virent. La baguette de James était intacte et reposait entre les deux frères. L'un mourant sous les yeux de l'autre. Albus fut bien évidemment plus rapide et ne jeta pas un regard à James en s'emparant de la baguette. Encore une fois, son frère s'entendit murmurer quelques mots. Pas d'insultes, pas de ressentiments, juste une doléance, un conseil.
- Al… Tu ne pourras pas passer. La salamandre a empoisonné les parois et le sol. Poison… Mortel… On… Tu dois…
- On dira que je suis venu ici par ta faute. Que tu avais enfermé un monstre et que je t'ai sauvé. Si tu nies ce sera ta parole contre la mienne et tu sais très bien qui l'on croira.
Ce furent les derniers mots que James entendit avant de sombrer dans le vide, le mal et la perdition.
Il apprendrait bien plus tard qu'Albus avait fait léviter son corps jusqu'à la sortie et qu'il était rapidement tombé sur des préfets. Albus était resté muet et avait feint d'être chamboulé par un évènement horrible qu'il préférait taire. Il était un parfait comédien et James n'aurait pas de mal à imaginer les mines compatissantes qu'il avait récoltées. Quiconque croisait le regard d'émeraude d'Albus le trouvait pur et gentil et ne pouvait le soupçonner de quoi que ce soit. Il en avait toujours été ainsi, penserait James.
Ensemble, ils avaient amené le blessé jusqu'à l'infirmerie où le professeur Shiitaké avait rapidement compris la gravité de sa blessure. Tous avaient dû sortir de la pièce et laisser le Guérisseur officier avec calme. Les Potter avaient été prévenus, Lily était sortie de son lit, Roxane et Lucy l'avaient accompagnée et tous avaient tenté de consoler les faux malheurs d'Albus.
Mais personne ne s'inquiétait vraiment du sort de James car Albus laissait entendre que tout cela était de la faute de son frère.
James ne saurait jamais qu'Albus avait un instant hésité à sortir le corps de son frère, qu'il aurait pu le laisser là, mourant, sans que personne ne le trouve jamais. James ne saurait jamais pourquoi ni comment Albus avait volontairement accusé son frère. Et s'il l'avait su, James ne l'aurait pas cru. Il aimait trop son frère pour cela.
C'est au beau milieu de la nuit que James émergea du sommeil profond dans lequel il était plongé. La couleur brunâtre du plafond lui fit comprendre où il se trouvait. Mais il ferma immédiatement les yeux et se recroquevilla dans son lit tant la douleur qu'il ressentait était fulgurante. Petit à petit il entendit des bribes de conversation qui provenaient du bureau du professeur Shiitaké. Il reconnut une puis plusieurs voix, le guérisseur parlait avec le professeur Glacey, Albus et ses parents.
- ... attaqué par une créature. Certainement une salamandre, disait le guérisseur.
- Louis Weasley dit qu'ils les ont rencontrés dans le château, vers les sous-sols. Comment une salamandre pouvait se trouver là ?
James ferma les yeux un peu plus fort. La voix de son père. Méfiante. Accusatrice. Pas le moins douloureuse. Encore moins compatissante.
- Seule une telle créature peut engendrer une telle blessure. La peau de la salamandre est un poison de type huit. Je pense que monsieur Potter a été touché assez violemment puisqu'on a décelé une plaie ouverte de plusieurs centimètres. Et le venin s'est propagé dans tout le bras.
- C'est grave ?
- Nous avons stoppé la propagation du venin et l'avons éradiqué du corps de monsieur Potter mais j'ai le regret de vous annoncer qu'il ne pourra plus faire usage de son bras.
- Q-quoi ?, murmura Ginny Potter.
- Son bras est comme mort.
- Pourra-t-il le récupérer ?, demanda Harry Potter.
- Jamais, monsieur Potter. La blessure est irrémédiable. Mais celle-ci continuera à le faire souffrir pendant longtemps. Des mois sans doute, peut-être même des années.
James sentit la peur l'envahir à mesure que ses larmes coulaient. Il se retourna dans son lit et le mal le rattrapa de nouveau. Mais il s'aperçut qu'il n'était pas seul et que ses visiteurs avaient eux aussi entendu l'annonce douloureuse du Guérisseur de Poudlard. Lily, Roxane et Lucy mais aussi Mael et Alice et Rose et Natasha se tenaient à son chevet et le regardaient avec pitié et … se pouvait-il qu'ils le jugent ? Se pouvait-il qu'ils pensent que c'était bien fait pour lui ? Alors James hurla et se débattit, accentuant la douleur jusqu'à ne plus la supporter, insultant au passage tous ceux qui se trouvaient là. Alice tenta de le calmer et de le maintenir couché sur le lit. En vain.
- Dégage !, hurlait James. Laissez-moi ! Dégagez ! Tous !
- Monsieur Potter, calmez-vous, tenta le professeur Shiitaké en accourant. Calmez-vous, vous avez besoin de repos et…
- J'ai mal ! Mon bras… faites quelque chose !
- James, nous avons soigné votre bras mais vous devez…
- La douleur est trop…
- Nous ne pouvons la calmer davantage.
- Et bien essayez ! Faites quelque chose par Merlin !
- James, si nous augmentons les doses vous risquez d'être plongé dans un coma artificiel et…
- Faites-le alors ! Je ne supporte pas cette…
- James, calme-toi, implora sa mère. Le professeur Shiitaké t'a soigné et…
- Non, je…
- Tais-toi ! Il a fait ce qu'il a pu ! Tu devrais être reconnaissant au lieu de...
- Ce qu'il a pu c'est pas suffisant !, continua-t-il de hurler.
- James…
- Je ne sens pas mon bras ! Pourquoi je ne…
- La blessure est récente, monsieur Potter, vous allez vous reposer quelques jours ici et votre état va s'améliorer, nous…
- S'améliorer ?, cria James avant d'éclater de rire. Je vous ai entendu Shiitaké ! Mon bras est mort n'est-ce pas ? Alors coupez-moi le !
- James, par…
- Il est mort ! Alors enlevez-le-moi ! ENLEVEZ CE BRAS ! Où est ma baguette ?
- James, non !
- Accio !
- Ça ne marche pas comme ça, James.
Le professeur Shitaké parut surpris de voir que le sort sans baguette de James avait fonctionné mais il dut rapidement tenter de calmer son patient car James se jetait sort sur sort pour couper son bras. Il était devenu fou et son Guérisseur le comprenait parfaitement. Il regrettait profondément que son patient ait appris la vérité de cette façon.
- Expelliarmus !, scanda Harry avant de récupérer la baguette de son fils.
- Rends-moi là !
- Calmez-vous Potter, implora à son tour le professeur Glacey. Incarcerem !
- Non !, hurla James en tentant de défaire ses sangles.
- James, laisse-les faire, je t'en prie, supplièrent d'une même voix Lily et Natasha.
- Partez ! Tous ! Je ne veux plus vous voir ! Tous j'ai dit !
Mael et Alice capitulèrent les premiers en tirant avec eux Rose et Natasha pendant que Roxane et Lucy tentaient également d'amener Lily.
Seuls le professeur Glacey et les parents de James restaient immobiles. Le professeur de métamorphose et directeur de la maison Gryffondor s'approcha de son élève.
- Potter, nous allons vous laisser mais avant toute chose j'aimerais savoir pourquoi vous vous êtes rendu…
- Laissez-moi !
- Professeur Glacey, mon patient a besoin de repos, je…
- Plus vite il aura répondu à mes questions, mieux ce sera, donc, trancha le professeur Glacey.
- Il a dû vous le dire, lui, répondit James en montrant Albus.
- Ne parle pas à ton frère sur ce ton, James, si ton frère n'avait pas été là tu y serais passé !
- C'est… c'est ce que tu crois, papa ? C'est ce qu'il t'a dit ? Bordel, Albus ! Dis-leur la vérité !
- Tu connais la vérité, James. Tu as voulu explorer le château et… tu ne m'as pas dit comment tu avais fait pour amener ce monstre dans Poudlard mais… si tu veux t'entraîner il y a le club du duels pour ça ! James, je ne cesse de te le répéter par Merlin ! Si je n'étais pas venu t'aider tu y serais passé.
James fixa Albus de ses yeux débordant de larmes et de rage. Son frère ne cillait pas et gardait cet air innocent qui lui allait si bien. Autour de lui, bien sûr, son discours n'était pas remis en question. Il ne faisait aucun doute que chacun prenait le parti d'Albus.
- Comment oses-tu…
- Je ne fais que dire la vérité, affirma Albus avec aplomb.
- Je préfère vous dire tout de suite que vous serez punis, intervint le professeur Glacey. Tous les deux.
- Professeur, devez-vous vraiment punir Albus ?, s'étonna Ginny. Il a tenté de raisonner son frère et lui a sauvé la vie !
- Il est sorti après le couvre-feu et pour le moment nous n'avons que sa parole.
- Mais il est digne de confiance !
- Madame Potter. C'est encore moi qui prends les décisions ici. Le professeur Slopa et moi-même avons décidé de retirer cent points à Gryffondor et Serpentard. Vos fils auront tous deux une semaine de retenue. Et ils seront privés de tout voyage à Pré-au-lard pour l'année. Quant au quidditch…
Le professeur Glacey s'interrompit. James le fixa avec horreur. Sur la chaise près du lit qu'il occupait, sa cape couverte de sang laissait voir son badge de capitaine. Un badge qui le rendait fier, un badge auquel il voulait faire honneur. James ne put retenir un sanglot étouffé.
- Professeur Shitaké, quand est-ce que je… que je pourrai jouer à nouveau ?
Le silence oppressant. Les regards échangés. Des paroles inutiles. Des mots qui ne voulaient être dits. Des mots qui ne voulaient être entendus. Des mots, pourtant, qui brisèrent le silence.
- Jamais. Les règles sont strictes, aucun joueur n'est admis sur un terrain de quidditch avec un membre en moins.
Le guérisseur affirmait, le guérisseur ne laissait aucun espoir. Car l'espoir avait disparu. Suivant le regard désespéré de son élève, le professeur Glacey prit la cape de James et la plia de sorte à faire disparaître le badge de capitaine. James se relaissa tomber sur le lit, priant pour se réveiller de ce cauchemar.
Il avait tout fait, tout donné. Il s'était armé des meilleures volontés, prêt à rendre hommage à ses professeurs, à faire naître un tant soit peu de fierté dans les yeux de ses parents. Il avait envisagé l'échec. Mais jamais il n'aurait cru qu'il soit si douloureux. La perte, le manque, la déception, il s'était préparé à les ressentir, en fuyant, en quittant l'Angleterre, sa famille et cette communauté qui avait décidé bien avant sa naissance quel rôle lui donner. Il rêvait d'aventures, de rencontres, de découvertes. D'un monde meilleur. Une illusion d'enfant. Un enfant qui venait de mourir, ses rêves calcinés par une salamandre.
- Sortez. Laissez-moi. Tous.
- Potter, reprit le professeur Glacey, lorsque vous sortirez de l'infirmerie, venez me voir dans mon bureau.
Il sortit de l'infirmerie en faisant signe aux élèves qui étaient restés devant la porte de déguerpir. Lily tenta de rester mais un regard noir de James l'en découragea. Ses parents ne se firent pas prier pour à nouveau lui confier à quel point il les décevait. Selon eux sa blessure n'était que le résultat logique à sa mauvaise conduite. Et Albus ne changea pas de discours. Il se fit réconforter par ses parents qui le traitaient en héros, et même Alice lui chuchota que son frère avait juste besoin de temps pour comprendre son geste.
Comprendre quoi ? pensa James alors qu'il se retrouvait seul dans la chambre plongée dans le noir. Comprendre qu'il avait été blessé à la place de son frère et que celui-ci l'accusait une nouvelle fois d'un pêché qu'il n'avait pas commis ? Comprendre que plus personne ne lui faisait confiance ? Comprendre qu'une partie de son corps était morte ce soir-là ? Et qu'elle emportait également tout le reste d'innocence et de semblant d'enfance que contenaient son âme et son cœur ? Comprendre que son avenir et ses rêves de carrière étaient partis en cendre avec son bras gauche ?
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« Chère Juliet,
Je t'envoie cette lettre par hibou express en espérant qu'elle arrive avant la Gazette de demain. Je n'ose imaginer ta souffrance si tu apprenais ça en lisant la presse. Ça. Faute de mieux. Je ne trouve pas de mot assez significatif et je n'ai pas le temps d'en chercher plus longtemps.
Hier soir, James a été grièvement blessé par une salamandre géante. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, si ce n'est qu'il était avec son frère dans un recoin isolé du château. C'est Albus qui l'a emmené à l'infirmerie.
Les professeurs sont furieux et nous sommes dans l'incompréhension. Le déni, même, peut-être. Parce que personne ne sait qui a introduit cette créature à Poudlard ni ce que James et Albus faisaient là-bas. Bien sûr Albus plaide sa cause, il aurait tenté de faire entendre raison à James et l'aurait sauvé d'une mort certaine, et tout lui donne raison.
J'espère que nous saurons bientôt le fin mot de l'histoire et que James aura envie de se défendre. Le professeur Ganesh nous a interdit d'aller le voir, James refuse toute visite. Natasha et Rose l'ont vu et elles sont revenues dévastées. Chacune pleure dans son coin mais elles ne veulent rien dire.
Il paraît que l'un des bras de James est mort, qu'il ne pourra plus jamais s'en servir. J'ai rapidement lu trois livres, aujourd'hui, et ce qu'on dit des salamandres me laisse présager le pire. J'ai peur pour lui, Juliet. Peur que cet événement soit la matérialisation du point de non-retour.
Je suis sincèrement désolée de t'apprendre de si terribles nouvelles, toi qui es si loin. Je n'aime pas ressentir ton sentiment d'impuissance. Personne ici ne t'oublie. Même Alice Londubat, c'est dire.
Je t'embrasse en espérant avoir des nouvelles plus réjouissantes à relayer la prochaine fois. Mais j'en doute.
Tendrement, Solenne. »
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James n'acceptait aucune visite. Seule sa tante Fleur qui accompagnait sa grand-mère put rentrer le temps que James reçoive la tendresse de Molly. Celle-ci lui avait tricoté une manche de laine, signe que le professeur Shitaké avait écrit aux Potter pour leur apprendre que le bras de leur fils n'allait pas mieux, qu'il n'irait jamais mieux, que James traverserait plusieurs stades de souffrance, que celle-ci perdurerait, pendant des mois, peut-être des années.
Il souffrirait chaque nuit, chaque matin un peu plus que la veille, le sang de son bras deviendrait froid, à la manière de la créature qui l'avait empoisonné. Froid, meurtri. Lourd à porter, tel un fardeau qu'il garderait à vie.
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Terrain de quidditch – Entraînement de l'équipe de Poufsouffle
Les poursuiveurs volaient haut dans le ciel, animés par une complicité palpable. Le souaffle filait de main en main, le gardien, rompu à l'effort, se tenait devant l'anneau central, prêt à se jeter sur les côtés pour parer à l'assaut. Il anticipa la première feinte mais une seconde d'hésitation lui coûta dix points. Il rattrapa le souaffle avant qu'il ne tombe au sol, souriant à ses coéquipiers qui se congratulaient, dans une masse jaune et noire, le blaireau dessiné sur leurs dossards semblant rugir de fierté.
Au sol, Nalani Jordan soupira.
- Les Poufsouffle sont bien meilleurs que ce que j'imaginais. Heureusement que leur attrapeur est nul.
Seul le silence lui répondit. Keith s'était allongé dans les gradins, ses yeux fixant un nuage qui changeait de forme au gré du vent. Non loin de lui, Keanu et Solenne avaient délaissé la bibliothèque mais pas les lourds grimoires qui dissimulaient leurs visages. Debout près de sa capitaine, Natasha enfonçait ses ongles courts dans le manche de son balai, ses yeux hagards posés sur l'étendue d'herbe fraîchement taillée.
- Rose n'est pas venue, remarqua Nalani, consciente que Natasha ne suivait pas du tout l'entraînement des Poufsouffle.
- Rose n'aime pas le quidditch au point de venir voir les entraînements. Surtout pas celui de Poufsouffle.
La voix de Natasha était rauque et forcée. Elle parlait peu, seulement quand elle y était obligée.
- Elle t'accompagnait avant, répondit doucement Nalani. Pas à chaque entraînement mais...
- Oui.
La voix traînante signifiait la fin de la discussion. Nalani soupira. Pour la trentième fois de la journée. Il n'était que neuf heures du matin.
- Entraînement de batteurs ?
A un mètre du sol, Oscar Dubois sauta de son balai, atterrissant souplement près de Nalani. Les autres joueurs l'attendaient à l'ombre des vestiaires. Après la tempête qui avait sévi pendant des semaines, un soleil éclatant avait surgi. Un soleil plombant. Un soleil d'orage.
- Oui, répondit simplement Nalani. Paraît qu'on vous affrontera plus tard dans l'année, finalement.
- C'est ce que j'ai entendu, oui. Les profs voulaient maintenir notre match et demander aux poussins irlandais d'affronter les Serpentard pour permettre aux Gryffondor de se remettre de... leur changement de capitaine. Mais Fred n'a pas voulu.
- Il a déclaré en plein dîner, en pleine Grande Salle que son équipe allait écraser les Serpentard qui avaient perverti James. Par vengeance, quoi.
Oscar baissa la tête en même temps que Nalani. Tous deux se remémoraient leurs souvenirs communs, des souvenirs qui leur semblaient lointains alors qu'ils remontaient à deux ou trois années, une époque où James et Fred étaient inséparables, riaient des mêmes blagues et souriaient du matin au soir.
- Tu l'as vu ?
Ils ne se parlaient plus depuis des semaines. A peine échangeaient-ils quelques insultes à propos de quidditch. Pourtant Nalani n'avait pas besoin de demander à Oscar à qui il faisait allusion.
- Il refuse toute visite. Et même... Je ne saurais quoi lui dire.
- Des rumeurs courent. Comme quoi il ne pourra plus jamais se servir de son bras. Comme quoi il ne pourra plus assister aux cours. Certains disent même qu'il va quitter Poudlard.
Tous deux avaient gardé tête baissée, incapables d'affronter le regard de l'autre. Ils sursautèrent au même moment, de surprise et de peur.
Un cri de rage et un bruit sourd. Les débris tombaient tout autour de Natasha. Sa batte avait volé en éclat.
Le gradin tremblait encore légèrement, maigre témoignage de la force de la jeune fille. Les livres de Keanu et Solenne étaient tombés à leurs pieds, Keith s'était relevé, tous les trois regardaient la jeune fille. Elle s'approcha d'Oscar et Nalani, colère et déception déformant ses traits.
- Vous parlez de lui comme s'il était mort ! Vous parlez de lui comme s'il n'avait jamais été votre ami ! James est innocent ! James est une victime !
- Il a été blessé par une salamandre, l'interrompit Keith. J'ai entendu les profs en parler.
- Je le sais, j'étais à l'infirmerie quand...
- Une salamandre n'est pas arrivée à Poudlard seule ni par hasard.
- James n'y est pour rien. Vous, plus que quiconque devriez le savoir.
Elle attendait assentiments, propositions, plan d'attaque. Mais pas le silence. Pas ce silence pesant, lourd de remords. Elle les regarda un par un avec déception, s'arrêtant sur le préfet de Poufsouffle, qui lui avait toujours fait bonne impression, sur Keith, son partenaire, en qui elle avait foi, sur Keanu et Solenne, qu'elle avait toujours admirés avant de poser un regard peiné sur sa capitaine. Un modèle. Un symbole. Une grande sœur si différente d'Irina et pourtant si complémentaire. Natasha laissa son balai rouler sous les gradins, préférant fuir qu'asséner les mots de trop. Pour la première fois à ses yeux, ses vis-à-vis ne méritaient pas qu'elle s'efforce de contenir sa colère.
- Nat, attends, la retint sa capitaine. On a entraînement, je te rappelle.
- Une batteuse sans batte ne te servira pas à grand-chose.
- Alors prends une des battes de Poudlard. On en commandera une autre plus tard, ensemble. Tu n'as jamais loupé un entraînement...
- Y a un début à tout.
- Le quidditch est ta passion, Nat. L'équipe a besoin de toi. J'ai besoin de toi.
- Je suis désolée mais... Tu n'es pas la seule à avoir besoin de quelqu'un. Je... Le guérisseur dit qu'il ne pourra plus jamais jouer.
- Te priver de ta passion n'aidera pas James à remonter sur un balai, fit remarquer Keanu.
- Je suis désolée, répéta Natasha. Je refuse de continuer à vivre normalement alors qu'il... C'est injuste. Il n'a pas mérité ça.
- Le match est dans une semaine, rappela Nalani.
- Y aura pas de match pour moi. Pas tant que James ne sera pas innocenté. Pas tant que ce crétin d'Albus se pavanera comme un prince.
ooOOoo
Maison des Zabini, au même moment
Le poing serré à son paroxysme, si bien que le parchemin rêche froissé entre les doigts élimait douloureusement la peau de la paume. Mais Blaise Zabini ne ressentait pas cette douleur, ses pensées dirigées vers son fils aîné, et vers sa souffrance. Une souffrance qu'un père déplorait, une souffrance dont un père aurait voulu s'accaparer, pour que son fils ne soit que joie et sourires.
- C'était Draco, murmura Evelyn en entrant dans le bureau de son mari. Scorpius lui a écrit.
- Je n'ai envie de voir personne, répondit Blaise froidement.
- Je comprends. Je vais te laisser gamberger mais... Rendre visite à ton grand père te ferait sans doute du bien. Il a appelé. Trois fois. Il a parlé d'une réunion à laquelle tu devais participer obligatoirement. Il n'a pas voulu en dire plus.
Evelyn attendit une réponse qui ne vint pas. Son mari était muré dans le silence, immobile et tremblant, son poing si serré que ses doigts perdaient peu à peu toute couleur.
- J'amène Haïdar en ville, annonça-t-elle avant de le laisser seul.
Blaise secoua la tête pour retrouver ses esprits. Il songea qu'il eut été préférable de courir après son épouse, de faire grimper son fils sur ses épaules et de les faire transplaner aussitôt près de cette trattoria que tous deux affectionnaient tant. Evelyn aurait commandé ses tagliatelles au saumon, Haïdar aurait dévoré ses deux mini-pizzas recouvertes d'ingrédients divers et variés et Blaise aurait noyé son chagrin dans son tartare de saumon au citron vert et au gingembre. Mais son plat n'aurait pas suffi, il aurait bu, beaucoup, trop. Beaucoup trop.
Il se redressa, prenant appui sur sa cane d'ivoire et ouvrit le petit buffet qui contenait ses vins les plus rares. Des grands crus, millésimes pour la plupart, et quelques bouteilles sans étiquette, qui dévoilaient un vin à la robe claire qui faisait sa fierté. Ce vin, il le produisait depuis quelques années, à Castel Maggiore, dans les vignobles de son château italien. Il s'était promis de n'en reboire qu'en présence de James, espérant qu'il goûterait le fruit de ses terres en écoutant son père lui conter l'histoire de cette demeure qui deviendrait un jour la sienne.
Mais Blaise n'avait jamais su tenir ses promesses.
Le bruit de la bouteille que l'on débouche, celui du vin qui coule dans le verre. Le parfum du vin qui aurait mérité d'être aéré pendant une heure. La saveur qui faisait frétiller son palais. La sensation du vin, légèrement râpeux, dans sa gorge.
La bouteille était vidée de moitié lorsqu'il retourna s'asseoir. Au rez-de-chaussée, du mouvement lui signifia que son épouse et son fils n'étaient même pas encore partis. L'horloge n'avait avancé que de quelques petites minutes. Mais Blaise resta assis dans ce fauteuil immense qui imposait le respect. Il aurait voulu jeter son verre contre l'immense cheminée de marbre, casser tout ce superflu clinquant qui ne servait finalement à rien. Au lieu de ça il le but d'une traite, avant de le remplir à nouveau.
Les milliers de gallions qui avaient été déboursé pour construire et décorer ce bureau n'avaient pas sauvé le bras de son fils.
La porte grinça légèrement, laissant apparaître une femme qu'il était trop surpris de voir pour être vraiment sûr qu'il s'agissait d'elle. Pourtant, sa chevelure de feu laissait peu de place au doute.
- J'ai croisé ta femme. Elle m'a dit que je trouverai là. Heureusement qu'elle m'a indiqué le chemin, je me serai perdue dans ce dédale de pièces et de petits salons.
- Et encore, tu n'as vu qu'un étage.
Ginny Potter haussa simplement les épaules, avant de s'asseoir en face de Blaise.
- J'ai quelque chose à te dire. Ça ne va pas te faire plaisir, mais James est à l'infirmerie de Poudlard dans un état assez grave.
- Tu l'as vu ?
- J'en viens, oui. Enfin, je reviens du terrain de Langtree Park, les Harpies affrontaient les Pies de Montrose, je commentais le match pour la RITM en direct, en plus de mon article habituel dans la Gazette et c'était énorme, vraiment, le meilleur match de l'année. De quoi nous faire râler, la trêve hivernale commence, tu sais et...
- Tu as vu James, oui ou non ?
- Oui, avant le match. Il était très énervé.
- Enervé ?
- Comme quelqu'un qui vient d'apprendre qu'il ne pourra plus jamais faire usage de son bras gauche, quoi. Heureusement pour lui, il est droitier.
- Tu te rends compte de ce que tu dis?
- Il cherche les problèmes, je n'y peux rien. Bref, si je suis là c'est parce que Hermione a laissé entendre que le guérisseur de Poudlard allait tenter des trucs sur le bras de James. Selon Hermione c'est sans espoir, à l'entendre c'est limite du sadisme de le laisser espérer une amélioration. Mais bon, Shiitaké va peut-être tenter un truc inspiré des moldus, une greffe. Et Hermione dit que le donneur doit avoir des tas de choses en commun avec James. Et la presse s'attendra forcément à ce qu'Harry tente tout pour son fils, du coup Harry se sent obligé de le faire et...
- Ok, je dois être où et à quelle heure ?
- Demain, dix heures, à Ste Mangouste. J'ai sorti un peu d'argent pour ton avocat.
- Je m'en occupe.
- Cool. Ces histoires de compatibilité entre le sang de James et celui de mon mari me rendaient déjà lasse. C'est vraiment sympa, Blaise.
- C'est pas pour toi que je fais ça. C'est pour James. S'il y a une chance de le sauver, je suis prêt à tout tenter. Même à filer ma peau, ma magie ou mon sang à ce connard de Survivant et à payer pour dissimuler toutes les preuves. James n'a pas besoin d'un scandale maintenant.
- Contente de te voir retrouver la raison.
- Je n'ai pas changé d'avis, Gin. Je dirai toute la vérité à James le jour de ses dix-sept ans.
- Ce qui nous laisse encore quelques mois. J'espère que tu changeras d'avis. Dans l'intérêt de tout le monde.
- Sauf de James...
- Ce...
- Et du mien. Je veux de lui dans ma vie. Il me manque, tu comprends ? C'est mon fils, je veux pouvoir lui parler, le serrer dans mes bras, aller voir un match avec lui. Toutes ces choses que tu as la chance de faire depuis seize ans. Et tu n'en profites même pas.
- Tu n'es même pas sûr qu'il soit ton fils, Blaise. Ne place pas trop d'espoir en lui.
Sur ces quelques mots elle prit la fuite. Blaise avala les dernières gouttes que contenait encore son verre mais ne se resservit pas. Il songea qu'il ne serait pas très judicieux de transplaner dans son état d'ébriété et d'énervement et s'avança vers la cheminée. Il espérait que la réunion imposée par le vieux James lui apporterait du réconfort. Il en avait bien besoin.
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Green Claw Farm, près de Lizard, Cornwall
L'air était calme et sec. Le vent qui soufflait habituellement de jour comme de nuit offrait à la petite baraque de pierre un repos dont les occupants du lieu ne profitaient pas, voués à la même concentration.
A peine apparu, Blaise Zabini avait titubé avant de prendre appui sur Valentin, l'elfe qui servait davantage d'ami à son grand-père que de serviteur. Au loin dans la lande, le vieil homme lui fit signe de le rejoindre. Deux jeunes filles d'une vingtaine d'années étaient assises contre les rochers, un abri de fortune qui leur réservait une discrétion à toute épreuve.
En les rejoignant, Blaise reconnut Amalthéa, sa lointaine petite cousine. La jeune fille avait pourtant bien changé, ses joues se creusant sous la fatigue, son corps résumé à une peau posée à même les os, ses jambes noires, sans vie. A ses côtés, une petite brune, nettement plus jeune vue de près, ressemblait aux aventurières héroïnes des romans de Shania.
- Blaise, Trisha, les présenta simplement le vieux James après avoir pressé l'épaule de son petit fils. Et lui c'est Eliott, comme tu le sais déjà.
Blaise dévisagea longuement son neveu, assis au milieu des herbes hautes, à peine surpris de le trouver là. Eliott dont les cheveux toujours plus longs ne parviendraient jamais à cacher ses oreilles immenses, disproportionnées, disgracieuses. Des oreilles de gobelin sur un corps d'adolescent.
- Ton père sait que tu es ici ?
Eliott-aux-grandes-oreilles se contenta de hausser les épaules.
Le vieux James, Amalthéa et Trisha conversaient avec sérieux, et Blaise s'installa près de son neveu, dénouant son écharpe avant de la passer autour du cou de ce gamin qu'il aimait comme son fils. La lune se dévoilait, la nuit promettait d'être fraîche.
- Dans une heure je te ramène au Crépuscule des fruits de mer, ordonna Blaise.
A nouveau Eliott-aux-grandes-oreilles haussa les épaules. Il ne participait pas à la conversation et Blaise se demanda ce qu'il faisait là, avec ce vieil homme et ces deux filles peu ordinaires. La magie noire avait volé les jambes de l'une, l'autre était couverte de tatouages et de plaies béantes.
Blaise se rapprocha plus sûrement de son neveu, s'adressant à lui en murmurant, loin des trois autres qui continuaient de converser, entourés d'une dizaine de chiens.
- Comment t'as connu cette fille ?
- On était à l'école ensemble, répondit Eliott d'une voix neutre.
- Elle n'est pas scolarisée maintenant ?
- Elle a quitté Poudlard.
- Pourquoi ?
- Ça la regarde. Tu n'as qu'à le lui demander.
- Ce n'était pas ta seule amie à Poudlard, pas vrai ?
- Non. J'avais deux autres amis. Daniel Redox et James Potter.
Blaise garda le silence quelques secondes, cherchant comment poursuivre sans se trahir. Son demi-frère Edward lui avait assuré qu'Eliott ne savait pas encore que James était son fils, il ne voulait en parler à personne, préférant s'assurer que la rumeur ne se propage que lorsque James serait lui-même au courant.
- Je sais que James est ton fils.
Surpris, Blaise rencontra le sourire timide de son neveu qui, une nouvelle fois, haussa les épaules, lui signifiant que l'information n'avait à ses yeux que peu d'intérêt. A leurs côtés, le vieux James, Amalthéa et Trisha parlaient d'une étudiante américaine. Une certaine Juliet Hawkes. Blaise songea que Pansy lui avait promis d'enquêter sur cette même fille. Mais très vite il repensa à James. Il ne parvenait pas à fixer son attention sur autre chose que son fils.
Comprenant sa douleur, Amalthéa lévita jusqu'à lui.
- Tu as des nouvelles ?
- Juste une lettre de mes filles m'expliquant qu'une salamandre a réduit son bras gauche en cendres.
Amalthéa détourna le regard, songeuse. Blaise en profita pour observer discrètement les jambes de la jeune fille, mortes, noires, comme deux bouts de bois brûlés par le feu des enfers.
- C'est Tom Zigaro qui a fait ça, déclara-t-elle simplement. Nous pensions avoir une sorte de longueur d'avance sur eux mais nous nous sommes trompés. Si nous l'avions eue, mes jambes seraient intactes, tout comme le bras gauche de James.
- Alors pourquoi sommes-nous là aujourd'hui ?
- J'aimerais te répondre qu'on trouve des idées pour reprendre une longueur d'avance sur eux mais la vérité est bien moins optimiste.
- On cherche des idées pour ne pas se laisser distancer par les Zigaro, donc, comprit Blaise avec fatalisme.
- Oui. Et toutes les idées sont bonnes à prendre.
Comprenant le message, Blaise se redressa pour rejoindre son grand-père, ce vieil édenté rabougri dont les cheveux n'en finissaient pas de jaunir mais qui possédait toujours à lui seul bien plus d'espoir qu'une association d'idéalistes. Il rêvait de cette journée parfaite où sa famille se réunirait en ces lieux, pour partager enfin un moment tous ensemble, en parfaite quiétude. Pour se rencontrer, aussi. Les sœurs Delanikas, la famille de Blaise, Soizic Azilis, Daniel Redox. Et James. Le jeune James. Ce gamin qui ignorait toujours que sur une falaise éloignée s'étaient réunis des personnes si différentes et pourtant si proches de lui, animées par une volonté qu'il partageait, secouées par des émotions qu'il ressentait. A la différence que lui les ressentait seul, prostré dans une infirmerie peu chaleureuse, luttant pour trouver le sommeil, son oreiller couvert de gouttes lacrymales qui n'en finissaient pas de couler de ses yeux.
La douleur l'avait enveloppé en son sein, ne laissait échapper que ses râles et ses cris. Ses souvenirs, ses sentiments demeuraient intacts. Tout comme le froid de son sang, la brûlure dans sa chair, et cette envie, toujours, de se jeter contre un mur, longtemps, plus fort, pour cesser de penser, pour cesser de ressentir, pour cesser de subir. Ses bras et ses chevilles, ligotés. Sa baguette, enfermée dans le bureau du professeur Shiitaké. Le calme et le silence tout autour de lui. La vie et l'agitation, au loin, les élèves qui couraient vers les serres de botanique, les joueurs qui volaient en hurlant à leurs coéquipiers de leur faire la passe, la porte de l'infirmerie qui laissait passer cette vie au-dehors qui n'était plus la sienne. La douleur s'en assurait. James était seul désormais. Seul et plein de haine, de colère. La compassion, la pitié, le regard grave du guérisseur de l'école, la douceur de l'infirmière n'étaient rien.
La vraie douleur ne se partageait pas. La vraie douleur isolait, détruisait tout espoir.
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Vestiaires de Poudlard, cinq jours plus tard
- Les Poufsouffle ont proposé de prendre notre place. Mais Ganesh a refusé, sous prétexte qu'une équipe se construit sur les difficultés qu'elle doit affronter.
Ses joueurs acquiescèrent et Nalani Jordan recommença à faire les cent pas. Son gardien avait vomi deux fois, sa jeune attrapeuse était pâle comme la mort et deux battes reposaient contre le mur, sans personne pour en faire usage.
- On est d'accord qu'on peut pas gagner un match sans batteur ?, demanda Megan Grick. Même si on joue face à des gamins irlandais.
- Parmi ces gamins, comme tu dis, un seul est plus jeune que notre attrapeuse. L'un d'eux a joué cinq ans en Irlande et son pavillon a remporté cinq fois la coupe. Paraît qu'il a déjà signé avec une équipe de la ligue alors... Je refuse que mon équipe sous-estime n'importe lequel de nos adversaires. Irlandais ou pas.
La porte s'ouvrit brutalement et Keith fut jeté au milieu de la pièce, sa robe de quidditch entortillée autour de son buste et de son visage. A l'embrasure de la porte, Natasha attachait ses cheveux, sa robe et ses protections déjà mises. Elle hocha la tête à l'adresse de ses coéquipiers et tira sur la robe de Keith, l'aidant dans une entreprise qui semblait énerver le jeune homme.
- J'avais... un truc à faire, je te signale !, s'écria-t-il, furibond.
- Ouais. Gagner un match. T'aurais eu du mal en restant dans ce couloir du quatrième étage.
Megan Grick se leva pour prêter main forte à Keith, qui fulminait.
- Elle t'a obligé à venir ?, le questionna Nalani d'un ton froid.
Keith, peu habitué à ce que sa meilleure amie lui parle ainsi, hésita.
- Je ne me répèterai pas, Keith. Personne n'est obligé d'être là. Personne ne jouera jamais dans mon équipe en y étant forcé. Si tu as mieux à faire, tu peux partir. Mais laisse ta robe et tes protections, dit adieu à ce vestiaire. Et à l'équipe.
- Nalani, je...
- Ta réponse, Keith.
- Je... Je reste. Bien sûr que je reste, Nalani. Je suis désolé.
La capitaine des aigles hocha la tête, son regard s'étant fait plus doux. Elle rejoignit Natasha près des battes.
- C'est ce que tu as trouvé de mieux, j'imagine ?, murmura Natasha en observant une vieille batte usée, accolée à la batte de Keith, d'un bois d'if brossé et brillant.
- Adaptée à ton poids et à ta taille, j'avais pas un choix énorme.
- Bon gabarit, approuva Natasha en testant la batte. Elle ne sera en rien une excuse, je peux te l'assurer. Si je joue mal, si nous perdons, je ne m'en prendrai qu'à moi-même. J'ai séché deux entraînements.
- Ce n'est rien. Tu resteras une heure de plus à chaque entraînement jusqu'à Noël.
- Ok. Tu savais que je reviendrai ?, demanda Natasha en désignant la batte que lui avait préparée Nalani.
- Je t'ai vue, tu sais, soupira Nalani. Tous les matins, tous les soirs, aux abords de l'infirmerie. J'ai entendu le guérisseur et l'infirmière te répéter que James refusait tes visites. J'ai vu Lysa Ferton à quelques mètres de toi, hier soir. Elle a attendu que l'infirmerie ferme pour y entrer. Elle n'en est sortie qu'une heure plus tard. Tu étais là, à attendre, seule.
La main de Natasha tressaillit. Nalani craignit, quelques secondes, que Natasha fasse exploser sa nouvelle batte. Mais Natasha hocha la tête.
- Faut qu'on gagne, cap'taine. Faut qu'on les écrase, même.
- T'as pas peur de rendre Liam O'Brien triste ?
- Du moment que Lysa Ferton l'est.
Nalani pressa l'épaule de sa batteuse avec affection, simplement heureuse d'avoir retrouvé une de ses meilleures joueuses. Son amie.
- Aller, les gars. Hors du terrain on se montrera toujours tolérants, cordiaux, accueillants. Mais sur le terrain c'est autre chose. C'est pas des irlandais qu'on a en face de nous. C'est pas des gamins qui réécrivent l'histoire de Poudlard en créant une nouvelle équipe. C'est des adversaires, point barre. Des adversaires qui sont prêts à tout pour gagner leur premier match. Des adversaires qui sont prêts à tout pour nous ravir la coupe. L'an dernier on a perdu la coupe. De dix points. C'était une belle leçon. Désormais nous savons que chaque point compte. Nous ne l'oublierons pas. Chaque but marqué, chaque but non encaissé, chaque cognard bien placé, chaque vif d'or attrapé nous rapprochera un peu plus de notre objectif. Cette année je refuse de me battre pour la deuxième ou la troisième place. Je refuse que l'on se batte pour autre chose que la coupe, c'est compris ?
- OUAIS !
Keith souriait nerveusement. Adélaïde Lespare avait retrouvé des couleurs, près des poursuiveurs qui vérifiaient que leurs protections étaient bien attachées, le gardien respirait furieusement, la tête en arrière, pour ne pas être à nouveau malade. Contre son bras l'épaule de Natasha tremblait. Son équipe était fébrile, Nalani le savait. Mais elle avait confiance en chaque joueur qui l'entourait. Et elle était prête à montrer l'exemple. Alors elle étouffa sa crainte, ses doutes et son stress et sortit en trombe des vestiaires avec une mine fière et assurée.
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Les joueurs s'escrimaient à jouer un match parfait. Mais la foule, plus nombreuse que d'ordinaire, les rendait fébriles. La communauté s'était donné rendez-vous à Poudlard, prétextant ne vouloir rater le premier match de la nouvelle équipe de Poudlard, les Poussins Irlandais. Mais les supporters se déplaçaient en nombre autour des gradins, sans jamais suivre le match, et une centaine d'adultes, d'enfants en bas âge et de photographes scrutaient les alentours de l'infirmerie.
Le véritable scoop, en ce samedi matin, n'avait rien à voir avec l'Irlande, encore moins avec le quidditch. Celui que tous voulaient voir n'était plus un joueur. Il n'était pas irlandais, ne portait pas les couleurs de la maison Serdaigle.
Il s'appelait James Potter, son père était le héros de tout un pays, et tous voulaient voir si son bras gauche était véritablement mort, comme le clamaient les unes de la presse sorcière.
Les appareils étaient prêts à immortaliser le fameux bras qui faisait l'actualité. La rumeur disait que James Potter avait été amputé et que son nouveau bras était celui d'un demi-géant. Mais une mère de famille était formelle, son fils, qui avait séjourné à l'infirmerie en compagnie de James Potter en raison d'une petite grippe, dépeignait un bras déformé, rouge sang et si lourd qu'il touchait le sol. Un vieil homme ricanait avec mépris, certain que la mère de famille mentait effrontément. Lui prétendait que James Potter avait demandé à privatiser une partie de l'infirmerie et que son père avait recruté trois médicomages américains pour s'occuper de lui à temps plein.
Les journalistes notaient, souriaient, mais ne disaient rien. Eux aussi cherchaient James Potter partout, ne réagissant nullement à la victoire des Serdaigle sur les Poussins Irlandais. L'un d'eux, plus téméraire, traversa le terrain pour interroger les joueurs dont on disait que certains connaissaient bien James Potter. Il y fut accueilli par un flot d'insultes qui allait priver la capitaine des Serdaigle de terrain deux semaines pour et l'on disait que l'un des batteurs, une fille de quatrième année, avait frappé le journaliste si fort que sa vieille batte n'avait pas tenu le choc.
Les rumeurs couraient, plus rapides et grotesques les unes que les autres. Et la vérité demeurait secrète, bien dissimulée sous un lit de l'infirmerie. La vérité pleurait, la vérité mordait ses poings très fort pour ne pas laisser sa souffrance hurler.
La vérité haïssait la rumeur et ceux qui la colportaient. Et désormais, la vérité détestait même le quidditch et ceux qui pouvaient encore le pratiquer. La vérité ne parlait pas. Ni des tentatives de greffe, qui avaient échoué, ni des potions qui avaient le goût de la mort. La vérité n'était que souffrance.
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L'Histoire de la magie était définitivement devenue sa matière favorite. Lui qui avait toujours était fasciné par la Métamorphose, lui qui avait développé des aptitudes en sortilèges et en défense contre les forces du mal, lui qui aimait à tisser les liens entre botanique et potions, à observer l'alignement des étoiles, à soigner des strangulots et à étudier les nombres, lui qui aimait découvrir et n'avait jamais voulu choisir, voyait arriver chaque cours, chaque devoir, chaque projet d'histoire de la magie avec soulagement.
Parce qu'il s'agissait du cours le plus théorique, parce qu'il n'avait ni geste brusque à faire, ni minutie à opérer. Parce qu'il lui suffisait de laisser parler sa curiosité, de se plonger dans des histoires, des mythes, des textes qu'il dévorait avec un appétit d'enfant.
- On a bien bossé, s'exclama Lysa Ferton avec un sourire radieux.
Elle venait de relire le devoir qu'ils devaient rendre ensemble. Elle corrigea une dernière faute d'orthographe et lissa les rouleaux de parchemin pour les lier proprement.
- Après l'effort le réconfort, comme disent les moldus, alors tu préfères quoi, une ballade ou… un massage, peut-être ?, demanda-t-elle, taquine.
Il ne put s'empêcher de rougir. Il ne s'était jamais trouvé séduisant et n'aurait jamais imaginé pouvoir intéresser une fille telle que Lysa. Surtout pas avec un bras en moins.
- J'ai encore pas mal de boulot, murmura-t-il.
- Je refuse de te laisser broyer du noir dans cette bibliothèque, tout seul.
- Je ne comptais pas rester, dit-il en rassemblant ses affaires.
- Tu ne veux pas me dire où tu disparais, tout le temps ?
La voix de la jeune fille était peinée, James en était conscient.
- Je suis désolé, Lysa mais j'ai besoin de solitude.
Le retour à la vie normale était plus difficile encore que ce que James avait imaginé. Il errait sans but dans les couloirs, refoulant ses larmes, luttant contre un mal inconnu que la magie ne pouvait pas guérir. Il taisait sa souffrance autant que les diverses déceptions qui ponctuèrent son retour. Les points enlevés à Gryffondor, les visages déçus de ceux qui ne comprenaient pas ses agissements, la gêne de ses anciens amis et des membres de sa famille, l'interdiction renouvelée de se rendre à Pré-au-lard et l'interdiction à vie de rejouer au quidditch.
Au lieu de se montrer solidaire, Fred avait repris le capitanat de l'équipe en laissant exploser sa joie. Les changements arrivèrent très vite, pour une raison que James ignorait, Lucy, Mael et Yelena avaient quitté l'équipe, tout comme Lorcan. De nouveaux joueurs avaient donc été recrutés, Elton Weasley, le nouvel acolyte de Fred, bien sûr, mais aussi des élèves plus jeunes qui faisaient partie des fans inconditionnels de Fred.
Les Poufsouffle étaient confiants. Serpentard avait écrasé Gryffondor durant le premier match du championnat et, si Serdaigle et l'équipe PI avaient eu droit à un match plus équilibré, leur niveau n'effrayait pas l'équipe d'Oscar.
Toute l'équipe avait assisté ensemble aux deux matchs mais malgré la présence de ses coéquipiers, Oscar s'était senti bien seul. Il avait longuement observé les gradins, ne trouvant ni trace de Susie, ni de ses amis de Serdaigle et Serpentard. Ni de James.
James n'avait pas suivi les deux matchs, regarder des joueurs poursuivre le souaffle avec acharnement lui faisait trop de mal. D'autant qu'Albus, lui, avait le droit de jouer, et que son équipe avait écrasé les lions. L'équipe menée par Scorpius semblait très bien entraînée et l'on disait que leur nouvel attrapeur, Hadiya Zabini, avait distancé d'une dizaine de mètres le nouvel attrapeur de Gryffondor.
C'était, en tout cas, ce que répétait Nathaniel Harper dès que Lysa parvenait à coincer James.
James n'apparaissait plus ni dans la salle commune de Gryffondor, ni dans la Grande Salle. Il ne se nourrissait qu'aux cuisines et vivait dans la Salle sur Demande. Il évitait ses amis et s'asseyait seul en cours. Même s'il manquait de concentration à cause de son bras, il restait d'un niveau supérieur à la moyenne.
Il n'était plus sous-préfet. Les Irlandais étaient désormais bien intégrés et les préfets avaient nettement moins besoin d'aide. Les plus jeunes comme le téméraire Renaud Bayard ou la mystérieuse Gwenog Kubrick lui manquaient un peu mais ceux-ci l'évitaient désormais car personne ne connaissait le fin mot de l'histoire. Quelques Serpentard, en revanche, ovationnaient régulièrement Albus, félicitant le héros qui avait combattu une salamandre pour sauver la vie de son frère, James l'imbécile, James le prétentieux.
Certaines personnes continuaient d'essayer de comprendre. Lily, par exemple, essayait chaque jour de parler à son frère. Mais celui-ci se murait dans le silence et l'évitait avec merveille. Natasha aussi s'était montrée insistante mais James l'avait envoyé paître, manquant à peine de l'insulter. Plus rien ne lui importait, même pas son avenir. Que ferait-il de sa vie avec un seul bras ? Les cours lui demandaient des efforts si denses qu'il tombait de sommeil avant que la nuit ne tombe. Il tremblait en écrivant, redoutait de voir arriver les cours pratiques et suait comme un fou à chaque sortilège trop compliqué. Le pire était sans doute le cours de Potions où James refusait que qui que ce soit ne lui prête son aide. Mais à une seule main, couper bien droit ses racines était devenu une épreuve quasi insurmontable. Il palliait ses lacunes en faisant preuve d'audace, ce qui ravissait particulièrement le professeur Wine.
- Vingt points de plus pour Gryffondor ! Monsieur Potter, quelle audace, quelle perspicacité…
Les professeurs n'étaient pas dupes. Ils voyaient la souffrance déchirer ses traits, ils recevaient les résultats du professeur Shiitaké qui avait proposé à James de prendre une année pour se rétablir et chacun entendait la voix blanche et enrouée de James lorsqu'on le forçait à répondre à une question. Bien sûr il connaissait toujours la réponse mais on notait chaque jour que sa voix n'était pas assez utilisée. Qu'il ne parlait à personne.
Sauf à Lysa Ferton.
Elle parcourait le château tôt le matin, à sa recherche, se démenait pour manger avec lui, le suivait partout, tout le temps, des journées entières.
Peinés par la situation de ce garçon qui avait leur âge, les amis de la jeune fille se montraient gentils avec James, ainsi qu'avec Nolan qui voyait là une façon d'échapper à un Fred Weasley omniprésent, et Billie Bell et William Weasley, les meilleurs amis de Dana, s'étaient joints à eux, tout comme Noélia, la sœur jumelle de Nolan qui semblait s'entendre à merveille avec Dana. La plupart d'entre eux faisaient également partie du haut du classement et entraînaient les autres dans leur sillon et tous prenaient un malin plaisir à confronter leurs talents pour s'améliorer. Seul James les suivait sans entrain.
Les jours passèrent et les rumeurs s'intensifièrent. Un Potter avec des Serpentard ? Cela faisait parler beaucoup de personnes et a priori, chacun aimait particulièrement cette histoire, même à l'extérieur du château. James en eut la preuve durant un cours de Botanique où il faisait équipe avec Ben, Dana et Nathaniel.
- Regarde la lettre de mon père, James ! il me dit de me méfier de toi ! Owen Harper, second de Harry Potter a peur que son fils Serpentard fricote avec le preux chevalier !, plaisantait Nathaniel.
Dana lui lança un regard noir mais James sourit pour la première fois depuis très longtemps. Il appréciait la nature joyeuse de Nathaniel et commençait même à l'appeler Natte, comme ses amis. Il aimait le sérieux de Dana qui réclamait le silence à chaque cours. Billie et William semblaient y être à la fois habitués et attachés. La petite bande était somme toute peu ordinaire. William était très jovial, Billie était avenante et Dana était plus réservée, très sérieuse dans son travail. Une vrai Poufsouffle disait-elle en soupirant. La jeune fille était déçue d'avoir été répartie à Serpentard même si elle était heureuse d'avoir rencontré de nouveaux amis. William avait expliqué à James qu'en Irlande ils étaient tous les trois dans le même pavillon et étaient des amis très soudés. Un quatrième élève complétait la bande en la personne de Daniel Redox.
- C'est mon meilleur ami et celui de Billie en temps normal mais bon, tu sais ce que c'est, à seize ans, l'amitié devient vite ambiguë. Bref, Daniel a fait une petite déclaration à Billie, elle l'a gentiment refroidi et depuis… bref.
S'il aimait la franchise de William, James regrettait que Daniel ne passe pas davantage de temps avec eux. Mais en très peu de temps et grâce aux nombreux détails de William, James en apprit davantage sur tous les Irlandais qui étaient arrivés à Poudlard, notamment ceux qui les avaient rejoints en sixième année.
- Ben et Natte sont amis depuis la première année. Ils étaient chez les intelligents à l'EMI, l'équivalent de Serdaigle sans doute. J'ai toujours pensé que Natte était froid et obnubilé par sa petite personne, je ne pensais pas qu'il soit si drôle. Ben Jagger c'est… là-bas c'était un peu le James Potter. Le gars courageux et aimé de tous, doué, sympa. Mais il gardait une certaine retenue, tu vois. Lysa, elle, était avec deux filles bizarres qui ne sont pas venues ici. On dit que leurs familles ont mal tourné. Magie noire et tout ce qui s'en suit. Je me suis toujours méfié de Lysa et de sa sœur, donc. Surtout que mon père est Auror aussi et m'avait prévenu qu'elles étaient en famille avec Bergson. Moi j'ai fait ma rentrée en même temps que les jumeaux et que Billie. Elton m'a toujours agacé. Mais là-bas il n'avait pas de binôme avec qui faire des farces alors il suivait son jumeau, Anton, un chic type, féru de quidditch et très bon joueur. Il a été pris dans l'équipe PI, bien sûr, comme batteur. Il fait équipe avec Veronica, sa sœur, une vraie diablesse. Et le meilleur ami d'Anton, Coillin est capitaine et poursuiveur. Un très bon joueur aussi il veut devenir pro. Tous les trois sont allés dans le même pavillon alors que Billie et moi allions dans un autre. On s'était toujours super bien entendus et on a rencontré Daniel et Dana. Billie a accroché avec Dan et moi je voulais me démarquer de mes cousins. L'un était farceur, l'autre sportif, j'ai décidé de bosser à fond mes bouquins et Dana pareil. C'est une chic fille. Vraiment. Un peu stressante quand arrivent les exams mais sinon elle est vraiment cool. Ça m'a franchement étonné qu'elle aille à Serpentard et surtout qu'elle sympathise avec Lysa. Mais maintenant tout rentre dans l'ordre, non ?
James n'en était pas si sûr. Pourtant aux côtés de William, Billie et les autres, James réapprenait à vivre. A vivre différemment. Il aimait la profonde sagesse qui émanait de Ben Jagger ainsi que la sympathie loyale de William et Billie. Les jumeaux Donovan n'avaient pas non plus changé d'attitude à ses côtés et Lysa… Lysa était le rayon de soleil de la bande. Sous son apparence de Serpentard froide et hautaine elle était dotée d'une personnalité hors du commun. Elle était d'une prétention rare cela dit et cela amusait beaucoup ses amis. Ils étaient la paria de Poudlard. Une étiquette dont ils se moquaient avec désinvolture.
James aimait sa condition d'élève rebelle ignoré et redouté. Il voyait ses anciens amis le regarder avec douleur mais savait qu'il ne pouvait plus être avec eux. Sa blessure l'avait métamorphosé, il n'était plus le gentil Potter, celui qui aimait rire et faire des blagues. Pour la première fois de sa vie il se demandait si le Choixpeau n'aurait pas dû l'envoyer à Serpentard, la maison du paraître, de la retenue, de l'irrévérence. Il recevait quelques lettres, de sa mère dont il n'ouvrait même plus les missives, de Teddy qui lui faisait la morale et à qui il ne répondait jamais, de Molly, enfin, qui était la seule à lui procurer un sentiment d'allégresse et de gratitude.
Le professeur Glacey l'avait puni. A sa manière. James devait lui rendre visite deux fois par semaine et comme punition, il devait écouter son professeur parler. Celui-ci devait être un féru de psychologie moldue, pensait James, et cela fonctionnait. Au départ, James avait gardé le silence, ne faisant qu'écouter le discours moraliste de celui qui tentait de le faire parler. Puis il avait vite compris que le professeur Glacey n'était pas dupe, qu'il avait compris le positionnement de James mais celui-ci, même s'il ne comprenait pas toujours pourquoi, continuait de couvrir Albus.
Albus restait son frère et il l'aimait, coûte que coûte. Pourtant il aurait été sans doute utile que James accuse son frère, qu'il le fasse punir pour l'éloigner des Zigaro et de leurs missions. Car Albus ne s'était pas arrêté là. Loin de là.
Il n'était pas rare qu'un élève isolé séjourne quelques jours à l'infirmerie. Un sortilège perdu, une potion ratée, une mauvaise utilisation de telle ou telle plante, c'était la version officielle. Mais tout cela n'était dû qu'à Albus et ses quatre nouveaux amis, ceux qui se comportaient aux yeux de tous comme de charmants camarades, bons travailleurs, sympathiques et qui venaient en aide aux démunis. Qui aurait pu les soupçonner d'être à l'origine des méfaits qui blessaient les élèves qu'ils faisaient semblant de sauver ?
- Potter, rangez tout de suite ce parchemin qui vous distrait et distribuez ces documents à vos camarades.
Installé au fond de la classe James se dépêcha de chasser l'image de son frère et de dissimuler la Carte du Maraudeur, qu'il continuait d'observer par habitude. Reproduisant les gestes désormais quotidiens, il serra son bras mort contre son buste, resserrant de sa main valide les liens de son atèle et avança d'un pas rapide à travers les rangées, ignorant volontairement ses anciens amis. Étaient-ils gênés ? Tristes pour lui ? James n'en savait rien. A dire vrai, il ne voulait pas savoir.
- Le cours est terminé, les devoirs que votre camarade vient de vous distribuer sont à rendre la semaine prochaine. Oui, je sais, huit rouleaux de parchemin c'est beaucoup trop, vous avez déjà d'autres devoirs dans les autres matières, vous considérez les professeurs de cette école comme des esclavagistes qui vous privent de vos libertés adolescentes. Et vous avez raison. Je peux même ajouter à qui le souhaitera quelques heures de retenue.
Dans un silence cérémonieux, les élèves se levèrent et quittèrent la salle le plus rapidement possible. Seul James mettait plus de temps à ranger ses affaires, ayant plus de mal à entrer ses livres et son matériel dans son sac d'une seule main.
- Je ne commettrai pas l'impair de vous proposer mon aide, Potter, déclara le professeur Ganesh en s'approchant de lui. Mais je me dois de vous rappeler que vous avez choisi de poursuivre votre scolarité. Vous êtes en sixième année, James, et comme tout élève de sixième année, vous avez un mémoire à rendre. Vous m'avez demandé de superviser la réalisation de ce mémoire, j'ai accepté. Aujourd'hui je ne vois guère l'avancée de ce mémoire.
- Et moi je ne vois guère de raison de poursuivre mes études, lâcha James.
- Une telle phrase et un tel ton ne vous ressemblent pas, aussi je passe l'éponge. Exceptionnellement. Vous avez tout intérêt à vous remotiver et à me rendre un mémoire de qualité, dans la continuité du travail que avez fourni ces derniers mois. Sinon, vous serez viré de Poudlard.
- Pour ce que ça m'apportera, marmonna James. Je voulais travailler dans les relations internationales, professeur. Parcourir le monde avec cette idée un peu bête de tout entreprendre pour le rendre meilleur.
- Et vous pensez avoir besoin de deux bras pour cela ?
- Ça aurait été plus pratique, vous ne croyez pas ?, ironisa James.
- Plus pratique, sans doute. Mais vous n'appartenez pas à cette caste qui cherche la simplicité à tout prix. Pas au détriment de vos rêves. Du moins je l'espère. Et si mes arguments ne vous touchent pas, rappelez-vous que vous êtes mineur et que si vous êtes viré de cette école, vous n'aurez d'autre choix que de retourner vivre chez vos parents. Voilà un argument qui devrait faire mouche.
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La salle sur demande, trois semaines plus tard
La pile de lettres grandissait dans un coin de la salle sur demande. La pile s'étoffait chaque semaine, parfois même chaque jour, menaçant de rompre à tout moment. Une fois la pile s'était effondrée. Et James avait relu chaque lettre, les pliant soigneusement, les rangeant dans l'ordre.
Des lettres sans réponse. Depuis sa rencontre avec la salamandre, il ne répondait ni à Sian ni à Mateus. Pas même à Juliet Hawkes. Si les deux premiers lui écrivaient régulièrement, une fois par semaine, Juliet s'était mise à le harceler et chaque réveil maussade lui apportait le réconfort de cette amie qu'il chérissait malgré les océans qui les séparaient l'un de l'autre.
Plus encore qu'à Sian ou Mateus, il ne savait que répondre à Juliet. Elle noterait le moindre de ses mensonges, connaissait son écriture et son style par cœur, était diablement perspicace et… Malgré le peu de temps qu'ils avaient réellement passé ensemble, ils s'étaient tant écrit durant des années qu'elle le connaissait à la perfection. Comme Maël ou presque. Ils n'avaient pas la même sensibilité mais James ne leur avait jamais dissimulé grand-chose de sa vie, de ses pensées intimes.
James lança un dernier regard à la pile de lettres, écœuré de lui-même. Il commençait à détester l'homme qu'il devenait. Le tiroir de sa table de chevet lui renvoya ses propres certitudes. Le professeur Shiitaké, qui lui avait jusque-là fourni nombre de potions censées l'aider à trouver le sommeil, espaçait désormais ses prescriptions, sous prétexte que son patient devait réapprendre à juguler son sommeil.
James se dévêtit et s'installa le plus confortablement possible de manière à ce que son bras le fasse souffrir le moins possible. C'était toujours aussi douloureux, mais s'il parvenait à ne pas trop bouger, il évitait l'insoutenable. Il cala donc son bras mort près de son buste et brandit sa baguette de son bras valide. Même seul il s'entraînait à jeter des sortilèges informulés, la baguette se mouvant en un geste ample et un poing énorme apparut devant lui. James eut le temps de fermer les yeux et le poing s'abattit sur sa tête, l'assommant pour quelques heures.
Au réveil il effectuerait sur lui-même quelques gestes de médicomagie de base. Panser les plaies, soulager les ecchymoses, camoufler l'hématome. Il n'avait rien trouvé de mieux pour trouver le sommeil. Rapide et efficace. Non sans danger mais après tout, il se moquait de l'après. La perte de son bras assombrissait ses désirs de carrière, son avenir, sa vie. Il pouvait bien s'assommer volontairement chaque nuit.
Très vite les battements de son cœur s'affaiblirent alors que les rêves et les souvenirs se mélangeaient en lui, envahissant la moindre de ses pensées. Poudlard, les grandes portes du château, le hall d'entrée, Maël à ses côtés, leurs amis qui les attendaient à l'entrée de la Grande Salle.
Dans son sommeil James soupira d'aise en sentant l'épaule de Maël se frotter à la sienne. Leurs amis souriaient en les voyant approcher. Le manque tenace disparaissait, le cœur était apaisé. Les yeux clos et les muscles relâchés, James sourit, inconscient qu'à des milliers de lieues, une jeune fille de son âge partageait son rêve. Et ses souvenirs.
Juliet retrouvait les tableaux vivants qui lui manquaient tant à Ilvermorny, les sabliers immenses qui témoignaient d'une course aux points acharnée, et James et Maël qui avançaient près d'elle sans la voir.
C'était leur souvenir, pas le sien. C'était son rêve, pas le leur.
Elle les suivait sans conviction, comme si elle était tombée par erreur dans leur pensine commune. Ils avaient grandi. Maël bien plus que James. Elle les trouvait beaux. Un peu tristes mais beaux. Son cœur battait très vite, elle avait envie de secouer ses mains dans tous les sens, de leur sauter dessus, de les faire réagir, de leur hurler qu'elle était là, qu'elle voulait leur parler, qu'elle voulait un câlin. Mais ils ne la voyaient pas.
Son cœur rata un battement. A l'entrée de la Grande Salle se trouvaient quelques-uns de leurs amis. Pepper et sa chevelure rose. Solenne et ses bras toujours chargés de livres. Oscar qui avait tant grandi. Susie qui avait superbement mis en valeur son blond vénitien. Et Keith qui regardait passer Albus Potter avec animosité, à l'inverse de nombre d'élèves qui se pressaient pour le voir, pour l'approcher, pour lui sourire. Pour être toujours plus près du charmant Albus Potter, digne fils du héros national.
Juliet jeta un œil inquiet à James et Maël qui, têtes baissées, n'avaient pas remarqué leurs amis. Ils se dirigeaient toutefois vers eux, et Juliet s'empressa de rejoindre les abords de la Grande Salle pour s'abreuver de la présence de ses amis. Ils étaient tels qu'elle les avait vus lors des vacances scolaires, lorsqu'ils avaient campé trois jours dans la campagne Ecossaise.
- Crétin, grommela Keith Corner en jetant un dernier regard mauvais en direction d'Albus Potter.
- Fais gaffe, Corner, prévint Pepper Marwick.
Juliet sentit sa peur, à mesure qu'elle regardait tout autour d'elle pour s'assurer que personne ne les entende.
- M'en fiche. C'est un crétin, tout le monde devrait savoir ça.
Clifford de Woodcroft soupira. Juliet imaginait très bien ce qu'il devait penser. Depuis que Keith avait rejoint l'équipe de quidditch de Serdaigle, Natasha Kandinsky était devenue sa partenaire, son modèle. Son idole. Il prenait exemple sur sa vivacité, sa ténacité et son impétuosité, surtout depuis qu'elle avait doublement giflé Harry Potter et son fils cadet, ceux que tous, dans la petite bande, détestaient depuis longtemps. Tous, sauf James bien sûr.
- Vous vous fichez sans doute des répercussions mais nous on est à Serpentard, on prend bien plus de risques que chacun d'entre vous.
- Va dire ça à James et Louis, Pepper, contra Solenne Oranche.
L'allusion au Tournoi les fit frémir. Clifford avança machinalement la main vers Pepper, habitué à ce que la jeune fille réagisse dès qu'elle se sentait attaquée. Mais Pepper se contenta d'acquiescer nerveusement, car il s'agissait de Solenne. Si Clifford, comme Juliet, développait une petite préférence pour leurs amis lions, Pepper était admirative des recherches intensives et non dénuées de danger qu'avaient entrepris Keanu Ganesh et Solenne Oranche.
Mais Pepper ne l'aurait avoué pour rien au monde. Parce qu'elle n'était pas de celles qui multiplient les compliments, ni de celles qui s'ouvrent aux autres. Et surtout parce qu'elle s'était promis d'en dire le moins possible pour ne jamais dévoiler par inadvertance qu'elle-même prenait des risques, de par sa condition, sa répartition à Serpentard et son admission dans une des confréries secrètes de Poudlard.
Personne ne devait le savoir. Personne. C'était là son seul moyen de s'assurer que rien n'arriverait jamais à ses amis. Juliet Hawkes, au départ. Juliet la courageuse, Juliet la tenace. Juliet la première amie. Juliet la meilleure amie. Vincent et Clifford, ensuite. Les piliers rassurants qui jamais ne la quittaient des yeux s'étaient-ils un jour demandé, ne serait-ce qu'un seul instant, pourquoi les Zigaro n'avaient jamais essayé de les approcher, de les recruter, de les intimider ?
Solenne, elle, savait. Solenne savait beaucoup de choses. Et Solenne avait tout raconté à Juliet Hawkes.
Solenne était, aux yeux de Pepper, l'élément le plus solide de leur bande. Aussi intelligente que pouvaient l'être Louis Weasley et Keanu Ganesh, aussi loyale qu'Oscar Dubois et Keith Corner, aussi tempérante que Susie Finigan et Vincent Goyle. Solenne possédait une palette de qualités contre lesquelles la mauvaise humeur légendaire de Pepper restait impuissante. Un roc aussi inébranlable que Nalani Jordan, une voix aussi douce que celle de Jean-Paul Sphère, une présence sereine, solide et rassurante, à la manière de Mael Thomas.
Solenne n'était ni plus ni moins, aux yeux de la Serpentard aux cheveux roses, que le pendant de James Potter.
- Le voilà, marmonna Keith, peu rassuré.
Tous se tournèrent vers le hall où, parmi la foule éparse, James avançait, entouré de ses deux meilleurs amis. Juliet ne put retenir une grimace. La toujours très jalouse et tempétueuse Alice Londubat ne lui avait pas manqué.
- Quelqu'un lui a parlé depuis hier ?, demanda Keanu.
Des hochements de tête hasardeux, inquiets. Pepper soupira de colère. Clifford lui prit la main, doucement, discrètement. Elle allait enfoncer ses ongles acérés dans la peau du jeune homme lorsqu'elle prit conscience des tremblements de Clifford. Des tremblements qui faisaient écho aux siens. Il ne s'agissait pas de ses habituelles tentatives d'approche maladroites. Il ne la draguait pas. Il avait peur, pour la première fois. Peur de parler à James, peur des décisions de celui-ci, peur des conséquences d'une rupture. Peur de le perdre. Définitivement.
Juliet ressentait leur détresse sans la comprendre. Alors elle déchiffrait les gestes, les signes, les murmures. Et à mesure que James avançait, son esprit s'éclairait.
Ils lui avaient laissé du temps. A cause du Tournoi, de son frère, de son père, de ses déboires amoureux, des BUSES, de la vie qui s'était faite si dure, si blessante. Ils étaient en sixième année, désormais. Le Tournoi était terminé, les BUSES derrière eux. Et pourtant.
- Tu ne veux toujours pas nous dire pourquoi tu en veux autant à Mael ?, murmura Keanu.
Juliet vit Pepper hausser un sourcil et dévisager les joues rougissantes de Susie Finigan. A ses côtés, un Oscar aux épaules récemment élargies s'approcha d'elle, comme pour la protéger. Et Pepper n'en soupira que davantage. Depuis quand avaient-ils besoin de se protéger les uns des autres ?
- Ça ne te regarde pas, Keanu.
- On se disait tout avant, contra Solenne d'une voix douce.
- On grandit, intervint Oscar. On n'est plus des gamins. On n'est pas obligés de…
- Personne n'a jamais forcé personne que je sache, coupa Solenne.
- Mael est venu chez moi la semaine dernière, souffla Susie en détournant les yeux. Avec sa famille. Son père et mon père étaient très amis du temps de Poudlard. Les meilleurs amis. Ils se voient beaucoup tous les deux. Mais voilà, d'habitude ils se voient seuls. On habite en plein quartier sorcier, ils habitent au beau milieu des moldus, l'un de mes frères fait toujours de la magie spontanée, incontrôlable, la mère de Mael est moldue, une de ses sœurs est cracmol… Mais mon père a insisté pour qu'on se voit tous. Tous ensemble. Ils sont venus manger, un soir. Mael rentrait d'un voyage en Espagne. J'étais assez contente de le voir, j'avais invité Oscar et Jean-Paul pour l'occasion, mais…
- Il a été odieux, coupa Oscar.
- Mael ?, s'étonna Solenne.
- Oui, Mael, grogna Oscar. Il a accusé Susie de préférer végéter au bord de la plage plutôt que d'être « avec vous ».
- Avec nous ?, répéta Solenne.
- Ouais. Comme si on ne faisait plus partie de ce « nous », tu vois. Sans doute parce qu'on n'est pas assez intelligents ou peut-être bien parce qu'on est à Poufsouffle, hein, qui s'en soucie, au fond ?
Pepper haussa son second sourcil. Jamais la voix d'Oscar, toujours joviale d'ordinaire, n'avait été aussi amère.
- Mael n'aurait jamais dit ça, affirma Keith en secouant la tête.
- Tu me traites de menteur ?!
- Arrête, Oscar, tu sais bien que non ! Vous avez dû mal vous comprendre, c'est tout !
- C'est tout ? Il n'avait même pas enlevé sa veste qu'il nous a pris à part, sans même saluer les parents de Susie, il a pris son bras et l'a traînée dehors, sans même s'excuser, il nous a crié dessus, parce qu'on n'est soi-disant pas aussi impliqués que vous, il n'arrêtait pas de répéter qu'il aurait dû envoyer une lettre à l'un de vous plutôt qu'à Susie, il…
- Une lettre ?
- Il dit qu'il m'a écrit, avant de partir en Espagne, marmonna Susie, au bord des larmes. Il a donné la lettre à son père qui devait me la donner. Mais son père ne m'a rien donné.
- Alors Susie lui a dit, ajouta Oscar, et il ne la croit pas ! Il dit qu'il a confiance en son père, qu'il ne l'aurait jamais trahi, que…
Oscar s'interrompit. Épaule contre épaule, et semblant n'écouter que d'une oreille les jérémiades d'Alice Londubat, James et Mael avançaient vers eux. Étonnés par leur soudain silence, les deux Gryffondor levèrent les yeux, d'un même mouvement. Et le malaise s'instaura, sans que quiconque ne trouve moyen d'y remédier.
Quelques filles les dépassèrent en gloussant mais les amis de toujours n'y prêtèrent qu'une bien maigre attention.
- C'est quoi le problème ?, grogna Alice. Juliet Hawkes s'est enfin fait bouffer par un Californien à queue-de-feu ?
- Très drôle, Londubat.
- Ça ne va pas, Pepper ?, s'inquiéta James, qui s'était attendu à ce que Pepper lance un sort à Alice, par habitude.
A la grande surprise des trois lions, et de Juliet, Pepper détourna le regard. Juliet vit les doigts longs et fins de Pepper raffermir leur prise sur le bras de Clifford et comprit que celui-ci allait intervenir. Bêtement. Par amour. Peu lui importaient à l'instant présent les conséquences de ses actes.
- Tu devrais apprendre à fermer ta grande gueule, Londubat. Tu n'as jamais apprécié Juliet, soit. Tu es la seule, soit. Mais sache qu'ici, à part James, tout le monde rêve de te voir te faire bouffer par n'importe quelle créature. Et tout le monde trouve dommage qu'elles aient trop peur de ne pas pouvoir digérer ton sale caractère.
La voix était froide, insensible, menaçante. Jamais Juliet ne l'avait entendu parler ainsi. Pas même pour défendre une amie. Elle voyait que James voulait intervenir. Mais les mots se perdaient avant même d'atteindre sa bouche. Et, lorsqu'il parvint à les contrôler, Pepper et Clifford avaient disparu.
- Je t'avais bien dit qu'on ne pouvait pas leur faire confiance, lâcha Alice, écœurée.
- C'est vrai que c'est votre truc, à vous, la confiance, intervint Oscar avec colère.
- Ça veut dire quoi ça ?, cracha Alice en cachant mal sa surprise.
- Laisse-les en dehors de tout ça, Oscar, souffla Mael. Dans l'intérêt de Susie.
- Elle n'a fait que dire la vérité, par Merlin ! Depuis quand…
- Laisse, Oscar. Si Mael pense ça de moi c'est que je me suis bien trompée à son sujet.
- Oscar, Susie… Mael…
James regardait tour à tour chacun de ses amis, profondément choqué.
- Désolé les gars mais vous réglerez vos petits problèmes plus tard, intervint Keanu. Il faut qu'on parle. Tous ensemble.
- Sans Clifford, Pepper et Vincent ?, contra Jean-Paul. Sans Nalani ?
- Vincent couvrait Pepper et Clifford. Et Nalani est avec Fred.
- Et ça ne te dérange pas d'avoir une discussion importante sans eux ?
- On n'a pas beaucoup de temps, le festin va commencer, on…
- On a toute l'année, soupira Mael. Si vous voulez…
- « Vous » ?, releva Oscar. Après nous avoir exclus du…
- Oscar !, cria Susie, les larmes aux yeux. Arrête !
- Exclus ?, répéta James. Mais qu'est-ce qui vous arrive, à tous ?
- L'évolution, James, ricana Alice, plutôt satisfaite de la situation. Gamins ils sont mignons, sympas et pas trop chiants. Et puis ils grandissent, ils ont des boutons partout et ils se plaignent au moindre problème. Tu verras qu'ils vont te sortir cette histoire de Clef pour que tu solutionnes les problèmes de tout le monde.
- Alice…
- Je t'assure, James, l'adolescence change les gens.
- Il faut vraiment qu'on parle, James.
L'intervention de Keanu eut le don d'énerver Alice au plus haut point. Lui d'habitude si attentif à tout un chacun avait volontairement occulté la diatribe d'Alice, comme si celle-ci ne l'intéressait tout simplement pas.
- Une autre fois, ok ?, proposa James, sans grande conviction.
- C'est important, insista Solenne.
- Vraiment important, ajouta Susie, pour calmer les aigreurs.
- Et c'est une experte en la matière qui l'affirme, grinça Mael.
- Les gars, par Merlin !
Keith s'avança, se plaçant volontairement entre Oscar, dont les yeux s'étaient faits menaçants, et Mael, qui avait sorti sa baguette. Les yeux rivés sur cette dernière, James perdit le peu de couleurs qui lui restaient.
Visiblement à bouts, et vive comme l'éclair, Solenne, sortit sa baguette et créa une bulle de silence autour d'eux, excluant volontairement Alice, en qui elle n'avait aucune confiance. Plus conciliant, Keanu ajouta la farouche lionne qui s'était mise à hurler à leur cercle épars et celle-ci se tourna vers lui, l'air vaguement surpris. Keanu se contenta de lui sourire et cette simple action eut don de calmer Alice qui détourna le regard. Ils avaient une influence sans commune mesure l'un sur l'autre, un lien que leurs amis avaient tout d'abord justifié par leur héritage – leurs pères étaient respectivement professeurs d'Histoire de la Magie et de Botanique – avant d'envisager une autre forme… d'attirance.
- De quoi veut parler le grand manitou des aigles ?, grogna Alice, sa lèvre inférieure tremblant légèrement.
- Des derniers évènements, attesta Keanu, laconique. Il faut qu'on réagisse avant que la presse, puis la communauté, s'emparent de l'affaire, qu'on en parle, qu'on trouve une solution, une…
- Une solution ?, coupa James.
- Toutes ces écoles attaquées… L'Irlande, la France, la Bulgarie… Comme par hasard. Et, bien sûr, aucune attaque ici, chez nous. Qui va-t-on accuser ? Nous. Ou toi. Ou les Champions. Mais…
- Peut-être qu'on a eu le temps de se défendre, de…
- Tu faisais partie des défenseurs, James, rétorqua Keanu. Tu étais présent, hier soir. Tu sais que nous n'avons pas été attaqués !
- Justement, ils voulaient peut-être attaquer Poudlard mais ils ont vu qu'on avait eu le temps de préparer notre défense, et…
James s'emmêlait les baguettes, parlait vite, regardait le mur. Keanu voulait le couper, Susie, Oscar et Keith voulaient s'en mêler, Mael s'adossait déjà au mur, Alice s'agitait. Mais James ne voulait pas les écouter. James ne voulait pas entendre ces mots, en deviner le sens, en appréhender les conséquences. Alors il parlait. Il multipliait les mots pour ne pas écouter.
- On a juste eu plus de temps que les autres, on s'est organisé et ils n'ont pas pu nous attaquer, ils…
- Ils ?, releva Solenne. C'est qui « ils » ?
James s'interrompit, la bouche légèrement ouverte, les yeux hagards. Pourtant, les filles qui passaient près d'eux continuaient de le montrer du doigt en gloussant.
- Comment veux-tu qu'il le sache ?, s'étonna Mael en se rapprochant de son meilleur ami.
- Parce que c'est lui qui affabule, qui continue de croire que… Voyons, James, ces mecs qui ont attaqué ces écoles ont profité du mécontentement des ministères pour qu'on croie justement qu'ils voulaient punir les écoles ! Ils nous croient malléables, ils pensent pouvoir nous manipuler mais…
- Oh là ! Solenne, voyons…
- Solenne n'est pas la seule à penser ça, James, coupa Keanu. On pense tous la même chose. Parce que c'est la vérité.
- Je crois que vous allez un peu loin, les gars.
- Ça ne te ressemble pas de te voiler la face.
Il y avait comme un semblant de déception dans la voix de Keanu. James baissa le regard. Impuissante, Juliet ne désirait qu'une chose le prendre dans ses bras et le réconforter. Elle avait compris qu'il ne se passait pas une nuit sans qu'il ne rêve du Tournoi, pas un jour sans qu'il ne dévore les articles qui le salissaient d'une boue internationale. Il ne voulait pas d'une autre menace. Il se sentait incapable de l'affronter.
Les murs changeaient de couleur, l'image de ses amis perdait en netteté. Le souvenir s'éteignait, le rêve prenait fin.
Ainsi donc Juliet venait de vivre, par rêve, le début de la fin d'une si belle histoire d'amitié. Un moment pas si lointain qui lui paraissait bien plus amer que lorsque ses amis le lui avaient raconté par lettres, séparément. Le souvenir d'une rentrée pas comme les autres. Une rentrée plus maussade que les autres.
La jeune fille papillonnait des yeux, en sueur sous l'épaisse couette qui recouvrait son lit. Elle ignora son réveil, le soleil qui se lèverait bientôt et jusqu'au moindre détail de son environnement. Une idée l'animait. Une idée folle, impossible à mettre en pratique. Et pourtant. Cette idée folle était emplie d'espoir. Elle méritait bien que Juliet repousse l'impossible.
Au même moment, James se réveilla en sursaut. Il avait rêvé de ses amis, certes, mais aussi de Juliet. Il l'avait vue assoupie dans une chambre dont les tons bleutés lui étaient étrangers. Il avait été si heureux, si soulagé, si serein en la voyant ainsi qu'il maudissait la crise de douleur qui s'était ravivée à ce moment-là en le réveillant.
Il regarda son bras comme il s'interdisait de le faire en temps normal, ne supportant pas de le voir si droit, si raide, si décharné. On ne s'habituait jamais vraiment à la douleur. Celle de son bras était dansante, elle se mouvait avec grâce de son épaule à sa main, piétinait ses doigts, écrasait son poignet. Une ascension laborieuse, des chutes vertigineuses. Un mal de tous les éléments, des souffles de douleur, une douleur cuisante, un bras gelé qu'il ne parvenait jamais à réchauffer.
Mais le mal ne s'arrêtait pas à son bras, se répandant à travers ses membres, son ventre, sa tête.
Le mal nageait dans son sang, débordait de ses yeux, mordait sa chair, courrait parmi ses nerfs. Le mal s'était répandu dans tout son être.
Le mal était partout. James avait assez à faire avec le sien, cette entité inconnue qui s'était emparé de lui au moment où la salamandre l'avait frappé. Le mal l'accaparait, le mal l'isolait, le mal l'aveuglait. Il souffrait tant qu'il ne voyait la souffrance des autres, pas même celle de ceux qui ne souffraient que pour lui. Et même s'il l'avait vue, il l'aurait niée, il aurait fermé les yeux à ce qu'il aurait pris pour de la pitié.
James ne voyait plus les autres élèves. Ils étaient des ombres qu'il évitait, du bruit et des gestes devant lesquels il courbait l'échine, des rires et des auras auxquels il tournait le dos.
James ne voyait plus Maël. Pas même dans une salle de cours, pas même au travers d'un couloir désert. Pourtant Maël souffrait. Pour lui, pour eux deux, pour cette relation si forte qui s'était brisée.
James ne voyait pas Natasha. Pas même lorsqu'elle rentrait du terrain de quidditch couverte de neige ou de boue. Pourtant Natasha souffrait. D'un mal jusque-là inconnu, d'un mal dont elle n'aurait jamais soupçonné qu'il puisse être si douloureux qu'il lui paraissait insoutenable. Parce qu'elle avait beau souffrir plus que jamais, elle savait que James souffrait plus qu'elle, et cette certitude la dévastait.
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Quartier du Marais, Paris
- Puis-je vous débarrasser, monsieur ?
Drago Malefoy se délesta de sa cape, gardant toutefois le veston de son costume. A ses côtés Astoria et Pansy vérifiaient leur reflet avant d'affronter l'ambiance branchée et distinguée des soirées de Daphné Greengrass.
La sœur d'Astoria s'était installée en France peu après la chute de Voldemort, sa position sociale mise à mal par une affaire rendue publique qui l'avait opposée à Ron Weasley.
Travaillant d'arrache-pied dans le domaine juridique, sa ténacité avait été bien accueillie en France où Daphné s'était construit une nouvelle situation. Et de nouvelles relations. Sans pour autant oublier sa petite sœur, Astoria, ainsi que ses amis de toujours, qu'elle préférait toutefois recevoir chez elle, en France, plutôt que de retrouver son pays d'origine, où elle n'avait finalement que peu de souvenirs heureux.
Drago se déplaçait parmi les convives, reconnaissant quelques hauts-placés du Benelux sorcier, certaines des plus grandes richesses italiennes et même le ministre de la magie catalan.
C'était le lieu idéal où Drago pouvait récolter des informations, les hôtes parfaits à qui il pouvait soutirer de précieux renseignements.
Drago n'avait pas oublié la promesse qu'il avait faite à Blaise, il était prêt à tout entreprendre pour aider son ami et James. Surtout depuis l'incident de celui-ci avec la salamandre qui lui avait volé un bras.
Il ne se doutait pas un seul instant qu'une des personnes en qui il avait le plus confiance était motivée par une ambition totalement contraire.
ooOOoo
Salle sur demande, Poudlard
James était rentré depuis plusieurs heures dans la Salle sur Demande mais pour la première fois depuis longtemps il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Depuis qu'il y vivait, la salle lui gardait la même apparence, celle d'un petit appartement. Le salon confiné et chaleureux contenait un beau sofa, quelques tapis et une bibliothèque qui captivait James. Il y avait trouvé nombre de livres intéressants pour l'élaboration de son mémoire et celui-ci avançait rapidement pour le plus grand plaisir du professeur Ganesh qui le félicitait régulièrement de plusieurs dizaines de points.
James s'accordait trois heures par nuit. Trois heures de liberté, trois heures de négation. Trois heures durant lesquelles il travaillait, pensait, créait comme il le faisait quelques semaines auparavant, lorsqu'il avait ses deux bras et des rêves plein la tête. Lorsque ces trois heures prenaient fin, la détresse reprenait ses droits, mais son cœur s'alourdissait moins vite, simplement satisfait de ce court répit.
Ce soir-là James grignota quelques minutes supplémentaires, le temps de terminer un énième livre. Il se leva pour le reposer sur l'étagère la plus haute, étirant son bras valide qui le faisait quelque peu souffrir depuis qu'il compensait, son autre bras ne lui étant plus d'aucun secours. Il fit quelques pas devant la bibliothèque, repérant un petit livre sur la magie contenue dans les pétales de fleurs de cerisiers du Japon et un essai en trois tomes épais sur l'importance de la constellation du verseau, objet de vénération d'une communauté sauvage du Massachussetts, état d'Amérique qui l'intéressait particulièrement depuis que Juliet y habitait. Il avait choisi les livres qui l'occuperaient le lendemain. Sa bulle, sa petite parenthèse du jour, se terminait.
Le salon ne comportait qu'une porte, celle de sa nouvelle chambre. Un lit, une petite commode ancienne, un coin toilette et une vaste fenêtre donnant une vue imprenable sur le parc de Poudlard rendaient sa chambre très accueillante. Il y dormait beaucoup mais si mal. Son sommeil était ponctué par ses crises où son bras meurtri lui faisait si mal qu'il en hurlait. Il faisait également nombre de cauchemars, revivant sans cesse sa confrontation avec la salamandre et entendant une phrase, répétée à l'infini. « Il ne pourra plus se servir de son bras ». Les mots du professeur Shiitaké résonnaient en lui et lui procuraient une souffrance pire que n'importe quelle crise due à son bras.
Et ce soir-là il souffrait plus que davantage. L'attente l'énervait et il savait que seule l'action le fatiguerait. Il prit sa cape et son écharpe tricotée par sa grand-mère et sortit dans les couloirs froids du château. Il n'avait pas essayé de se transformer depuis longtemps et rêvait d'une petite visite de la forêt interdite. Arrivé à la lisière du parc, il choisit de se transformer en daim et fut très étonné d'y arriver si vite et de ne ressentir qu'une gêne persistante. C'était toujours mieux que ce mal horrible qu'il subissait jour après jour depuis près d'un mois. Il tenta de faire quelques pas mais sa « patte » blessée manquait cruellement à son équilibre. Il s'entraina à se mouvoir pendant plusieurs heures et avança à grand peine jusqu'à la clairière qu'il affectionnait tant. Là, il se reposa enfin, fatigué par ses nombreux efforts.
- Les étoiles ont tourné sept fois autour de la lune depuis notre dernière rencontre.
James, sous sa forme de daim, sursauta à peine. Son instinct et son ouïe animale le prévenaient de la moindre menace, mais Venezio, comme tout centaure, avait la capacité de se mouvoir en totale discrétion.
James courba l'échine, saluant avec respect le jeune centaure qu'il avait rencontré étant enfant et qu'il avait revu plusieurs fois lors de ses cours d'Animagus en devenir. Suffisamment pour considérer Venezio comme un ami. Un ami qui avait usé de patience et d'obstination pour apprendre à James à communiquer sous forme animale.
- Tu y arrives de mieux en mieux. Mais… Qu'est-il arrivé à ta patte ?
Le daim retenait sa patte avant gauche à quelques centimètres du sol. Il rabroua le sol, faisant voler quelques feuilles mortes.
- J'ai… j'ai été attaqué par une salamandre.
- Le Tournoi ?
- Non. Je… Mon frère a eu un problème, il… a été obligé de faire certaines choses pour faire plaisir à ses… amis. Et ça a mal tourné. Il s'est retrouvé dans un souterrain horrible face à une salamandre, sans baguette.
- Je vois. Et tu as donc repris ton rôle de sauveur de Poudlard.
- Je n'ai jamais été un sauveur. C'est juste que… C'est mon frère… Je ne pouvais pas le laisser.
- Et ton bras ?
- Mon bras est… Le guérisseur n'a rien pu faire.
- Tu dois beaucoup souffrir.
- C'est… atroce. Je… mais je crois que j'ai moins mal comme ça, sous forme de daim.
- Daim ? Tu penses toujours en être un ?
James ne répondit pas tout de suite, s'assurant qu'il avait bien compris la question de son jeune ami. Une larme coula jusqu'à sa truffe.
- Un daim à trois pattes, certes mais… oui.
- Ce n'était pas à ça que je faisais référence. A toi de le comprendre mon ami. Tu as moins mal sous cette forme, dis-tu ?
- Je crois, oui.
- Les étoiles sont propices à ton rétablissement, mon ami, tu ne dois pas toujours écouter la parole des porteurs de baguette. Eux seuls ne connaissent pas le pouvoir du monde et des feuilles mortes. Je dois retourner auprès des miens et je pense que tu devrais rentrer toi aussi. Ta blessure ne disparaitra pas si tu ne te reposes pas.
- Je ne crois pas que le sommeil puisse arranger quoi que ce soit malheureusement, soupira le daim.
- Le repos du corps et de l'âme te sera bénéfique.
- De l'âme ? Le repos de mon âme ? Que dois-je faire pour…
- Tu le sais, mon ami. Ton âme est torturée. Ta cause est juste mais elle n'est pas sans risque. Et si tu t'y concentres davantage elle deviendra vaine.
- Que…
- Juste mes mots, rien de plus. J'ai été très heureux de te revoir mon ami. Prends soin de toi. De ton corps et de ton âme. C'est la seule condition pour regagner ton bras.
- Mon bras est mort, je ne pourrai jamais le regagner.
- Commence par regagner ta patte. A très bientôt, nous nous retrouverons très vite. Et je me réjouis de savoir que tu iras mieux et que nous pourrons courir comme avant.
Venezio avait beaucoup changé depuis leur première rencontre. Comme James, son ami évoluait et gagnait en sagesse. Ses paroles avaient plongé James dans le doute et l'incompréhension mais en même temps, l'avaient réconforté. Il songea un temps à continuer sa promenade mais la douleur était encore très vive et Venezio lui avait conseillé de rentrer. C'est ce qu'il fit et à aucun moment il ne se rendit compte qu'il était suivi et que son espion n'avait pas perdu une miette de sa conversation.
Le lendemain James se sentait un peu mieux et c'est d'un pas assuré qu'il gagna la salle de Défense contre les forces du mal. Les quatre maisons avaient un cours commun visant à vérifier leur niveau et on leur remettrait les devoirs multi-matières qu'ils avaient achevés la semaine précédente. James avait pris beaucoup de plaisir à réaliser ses huit rouleaux de parchemin qui contenaient une quarantaine de questions qui mêlaient Botanique, Défense, Sortilèges, Potions et Métamorphoses, en somme les matières que continuaient d'étudier la plupart des élèves de sixième année. Il fut l'un des derniers à arriver et vit avec plaisir que Lysa, Ben et Nolan lui avaient gardé une place près d'eux. Il passa devant ses anciens amis, ignorant le regard sombre de Mael, ceux belliqueux de Fred et Elton et ceux toujours étonnés d'Oscar, Keith, Nalani et Susie.
- Alors la patte folle, ça va ?
James sourit devant l'impertinence de Nathaniel qui était assis devant lui. Le jeune homme se laissait davantage aller et leur desservait tous les jours son lot de petites piques. Il acceptait aussi de ne pas toujours faire équipe avec son meilleur ami Ben et son nouvel élan vers les autres lui faisait beaucoup de bien.
- C'est normal ça ?, s'étonna Lysa en montrant le bras de James.
Celui-ci se rendit compte que son bras s'était quelque peu redressé, preuve sans doute que Venezio disait vrai. James choisit cela dit de ne pas trop espérer et haussa les épaules.
- Bonjour à tous !, scanda le professeur Gash. Mes collègues n'ont pas pu nous rejoindre mais j'ai toutes leurs notes. Et dans l'ensemble ce n'est guère fameux. Je vais vous communiquer vos notes globales qui sont la moyenne des notes attribuées par chaque professeur. Je vous donnerai également plus d'explications sur vos notes en défense. Commençons par les « Troll ». Fred Weasley et Elton Weasley, une semaine de retenue. Si vous continuez comme ça vous courez au redoublement. Belby, vous écopez d'un « Désolant ». Même chose pour vous Peers, votre copie était un vrai torchon empli de nullités. Londubat, « Acceptable ». Vous stagnez, Alice et vous n'avez obtenu aucun Optimal.
James vit qu'Alice était particulièrement déçue de sa note en Défense. Mael fut démoralisé par son « Piètre », tout comme Oscar et Keith. Louis, en revanche, obtint un « E », tout comme Keanu, Noélia et Nolan.
- Nathaniel Harper, pas mal, nous vous avons mis « A ». Vous progressez, c'est bien. Dana Augusta, même chose pour vous.
William Weasley aussi avait eu la même note, signe que les Irlandais s'étaient bien intégrés à Poudlard. Billie Bell eut même un « E » et lança un regard ravi à James. Ils avaient travaillé ensemble et James était ravi de voir que leur travail avait porté ses fruits.
- Daniel Redox, encore un petit effort, vous êtes passé très près de la moyenne. Continuez comme ça. Enfin, le trio de choc, rien à dire sinon un grand bravo. Nous sommes très fiers de vous. Lysa Ferton, Ben Jagger et James Potter, vous n'avez eu que des « Optimal ». Et vous faites gagner cent points chacun à votre maison.
James échangea un regard complice avec Ben qu'il appréciait chaque jour davantage et Lysa leur lança un regard lumineux. Ils étaient sur un petit nuage que Fred chercha à faire exploser en leur lançant quelques petits sortilèges qui ne les atteignirent même pas. Lui, en revanche, écopa d'une nouvelle semaine de retenue.
- Weasley, comme d'habitude, vous restez pour votre retenue. Potter ! Patientez également, je dois vous parler.
- Tu nous rejoins à la Grande Salle ?, lui chuchota Lysa. Aller, James, Will, Nolan et Billie vont venir manger avec nous, il ne manquera que toi… s'il te plaît… Pour me faire plaisir…
- Potter !
- J'arrive, professeur ! Je verrai Lysa. A plus. Oui, professeur ?
- Potter… Que feriez-vous si vous étiez professeur et que vous entendiez par pur hasard une conversation qui innocente un élève puni injustement ?
- Je pense que j'essaierai d'innocenter l'élève en question. Mais…
- Et que feriez-vous si, toujours dans le même cas, l'élève en question ne voulait pas être innocenté ?
- Vous voulez dire qu'il cherche à s'accuser ?
- Ou à couvrir quelqu'un. Son frère par exemple. Vous n'êtes pas le seul à apprécier les promenades nocturnes. Le fait est que le hasard m'a amené à me trouver dans la même clairière que vous, hier soir, et que j'ai entendu la conversation que vous avez eue avec votre ami Centaure.
Sous le choc, se maudissant de ne jamais parvenir à anticiper les situations qui le plongeaient dans l'embarras, James baissa le regard, faisant tourner son cerveau à plein régime pour trouver une histoire plausible, une solution qui protègerait Albus. Coûte que coûte.
- Deux choix s'offrent à moi, reprit le professeur de défense contre les forces du mal. Soit je vous punis pour être sorti du château après le couvre-feu, soit je vais immédiatement voir le professeur Glacey et nous avons un petit entretien tous les trois.
- J'imagine que je vous rejoins dans votre bureau ce soir.
- Vous préférez la punition ? Combien de temps allez-vous payer pour les méfaits de votre frère ? Combien de temps allez-vous le couvrir, Potter ?
- Je ne…
- L'affaire est grave ! On parle d'une salamandre à l'intérieur même du château ! Sachez que membres du conseil d'administration ont cru qu'Hagrid détenait illégalement cette créature et que…
- Quoi !?
- Mais que croyez-vous Potter ? Votre frère est un très bon comédien et à aucun moment vous n'avez laissé entendre qu'il mentait.
- Il ne mentait pas, professeur, mais Hagrid n'y est pour rien, il...
- Ce n'est pas ce que dit votre frère. Vous semblez surpris. Moi aussi je l'ai été quand mes collègues ont commencé à le soupçonner. Mais les faits sont là. Votre frère ment. Et vous ne lui rendez pas service en le couvrant ainsi.
- A quelle heure, professeur ?
- Vingt heures. Soyez ponctuel. Je veillerai à ce que vos retenues vous fassent parler, croyez-moi.
Et le professeur Gash n'avait pas menti. Même le guérisseur de Poudlard avait dû intervenir, implorant le professeur de défense d'alléger la punition de James à cause de sa blessure. Mais celui-ci ne s'était pas plaint et son professeur avait bien dû stopper sa punition en voyant que ça ne ferait pas davantage parler James.
Le professeur Gash cherchait également à le déstabiliser pendant les cours, alors que les élèves de sixième année avaient repris l'apprentissage du Patronus. Celui de James, qui avait été tantôt un cerf tantôt un chien, ne réapparut pas, malgré les tentatives quotidiennes qu'imposait son professeur. Fred s'en était moqué mais s'était calmé rapidement, ne parvenant pas non plus à obtenir plus qu'une vague fumée.
Certains, comme Keith, s'acharnaient pour créer leur premier Patronus. D'autres, moins pressés, émettaient des hypothèses quant à l'animal qui surgirait un jour de leur baguette. Quelques élèves, enfin, se retrouvaient cois. Tout comme James, Alice et Mael avaient déjà réussi à invoquer leur Patronus. Tout comme lui, ils n'y arrivaient plus.
- Le syndrome du Patronus disparu, lui confia le professeur Gash en le retenant une énième fois après les cours. Votre Patronus n'est plus ni un cerf ni un chien. Car vous êtes en train d'évoluer.
- Sauf votre respect, professeur, je ne crois pas que ce soit le problème. Je n'ai plus de souvenir heureux, voilà tout.
Derrière le professeur Gash, une nature morte les observait. En son sein, une pomme juteuse roula jusqu'aux bords du cadre.
ooOOoo
Les êtres végétaux pleuraient rarement. Un fruit, par exemple, n'avait la sensibilité nécessaire pour communiquer sa tristesse. Mais un fruit magiquement créé pouvait verser des litres entiers de larmes. La pomme qui protégeait les dortoirs de Poufsouffle en était un triste exemple.
- Avez-vous besoin d'aide ? Je peux aller chercher le professeur Wine si vous voulez.
La pomme secoua ses pépins tant pour chasser sa tristesse que pour rassurer Oscar Dubois. Le garçon était tel qu'elle l'avait toujours connu, soucieux des autres et généreux. Il n'en finissait plus de rattraper ce retard de croissance, il se faisait passer par plus bête qu'il ne l'était lorsque Susie Finigan était dans les parages mais, au fond, Oscar Dubois n'avait pas changé. Et la pomme en était soulagée.
- Merci, Oscar, ça va aller. A moins, bien sûr, que tu aies toi aussi besoin de ta directrice de maison. Je sais que tu es triste, toi aussi.
- Vous… Vous pleurez par rapport à James ?
- C'est quelqu'un de bien. Tu sais que ce qui se dit sur lui est faux. Tu sais qu'il n'est pas coupable.
- Il ne dément pas. Il laisse croire que…
- Il protège son frère. Il l'a toujours fait. Jusque-là tu n'avais jamais douté de lui.
- Jusque-là il était mon ami.
- Il l'est toujours. Même avec un bras en moins.
- Je… Je n'arrive pas à y croire. James est poursuiveur. James a mon âge, on est des gamins. Je ne peux pas croire qu'il a perdu son bras.
- C'est pourtant le cas. Son bras est mort. A tout jamais.
Machinalement, Oscar se grattait le bras, s'interrompant pour sécher ses yeux humides.
- C'est comme si ça avait tout changé pour lui. Il passe son temps avec de nouvelles personnes, il n'est plus le même. Il paraît qu'il ne dort même plus dans la salle commune de Gryffondor.
- Il pense qu'il doit changer. Il pense qu'il a tout perdu. Il n'a pas la force de comprendre qu'il se trompe. C'est à ceux qui l'aiment de lui montrer.
- Pourquoi ? Pourquoi c'est important pour vous ?
- Tu le sais, Oscar. Je sais que tu nous écoutes, nous, les gardiens fruités de Poudlard. Je sais que tu sais qui est James.
- La Clef du Rassemblement ? L'est-il toujours ?
- Ça dépend. Il ne rassemble plus par envie, mais il faudrait ne pas lui laisser le choix.
- Vous l'avez dit à Daniel Redox et Scorpius Malefoy ?
- Non, Oscar. Je ne l'ai dit à personne. Je ne fais que l'espérer.
Oscar hocha la tête, s'assura quelques secondes que le chagrin de la pomme s'estompait et regagna son dortoir. Celui était désert, comme l'espérait Oscar qui lança un enchantement sur le tiroir d'une petite table. Un petit « clic » raisonna et le tiroir s'ouvrit à moitié, dévoilant un carnet ordinaire. D'apparence seulement.
Dans ce carnet, Oscar conservait précieusement le fruit de ses recherches, et de son espionnage. Il en avait eu l'idée en surprenant une conversation entre la pomme et la fraise qui surveillaient les dortoirs de troisième et cinquième années. C'était un au début de l'année, la bande commençait déjà à se séparer et il s'était étonné d'entendre les fruits parler de James Potter. Son dortoir lui offrant la meilleure des cachettes, il s'était mis à les épier dès que possible. Parce que les fruits parlaient de James, d'Oracle, de Clef du Rassemblement. De Scorpius Malefoy, aussi, et des recherches de celui-ci. Sur la famille Zabini, sur le déluge, les mythes grecs et celtes, le Laos, les Mac Cairill. Et sur James.
Oscar avait songé aux recherches entreprises par Keanu et Solenne depuis plus d'un an, il savait que ses amis d'antan n'avaient pas abandonné, et lui aussi voulait apporter sa pièce à l'édifice. Il ne savait où son espionnage le menait, mais se doutait bien qu'il touchait du doigt un élément déterminant. Complexe, mais essentiel. Surtout depuis qu'il avait appris, par les fruits, qu'un irlandais du nom de Daniel Redox avait entrepris exactement les mêmes recherches que Scorpius Malefoy et que celui-ci s'en était aperçu et lui avait proposé de travailler main dans la main.
A nouveau les mêmes mystères étaient cherchés, lus, murmurés. Les anciens berceaux de la magie, la Source, le Déluge. Les deux garçons prononçaient les mêmes mots, et les mêmes noms. Des noms connus d'Oscar, d'autres qui le maintenaient toujours en échec.
Eliott et Trisha. Amalthéa et Briseis Delanikas. Soizic Azilis. Les frères Zigaro. Et James.
James, encore et toujours. Comme si les mystères gravitaient autour de lui.
Comme souvent Oscar avait pris le temps de relire toutes ses notes, pour les intégrer, pour les digérer. Pour trouver un sens à ce qui lui faisait défaut. Le carnet était rempli de trois quarts. Comme chaque jour, Oscar Dubois se promit qu'une fois intégralement rempli, il montrerait le carnet à Keanu et Solenne. Comme chaque jour, il ressentit l'impatience le gagner. Comme chaque jour, il espéra que la bande se réunisse autour de ce carnet. Pour ne plus jamais se séparer.
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- Salut.
Nalani, occupée à nettoyer les souaffles d'entraînement couverts de boue grommela son énervement. Voilà plusieurs semaines que Keith ne laissait échapper à son encontre qu'une formule de politesse quotidienne, qu'il séchait la plupart des entraînements de quidditch et qu'il évitait toute discussion qu'elle essayait de lui imposer et le voilà qui s'arrêtait à son niveau, sans sourire mais sans tentative de fuir.
- Tu te rappelles que tu as une meilleure amie dont tu bafoues l'insigne de capitaine et l'insigne de préfète et tu débarques en disant « salut » comme si de rien était ?
- J'avoue que l'entraînement était pourri mais je n'y suis pour rien, pour une fois, c'est pas sur moi que tu devrais déverser ta colère.
- Pour une fois, répéta-t-elle avec amertume.
Nalani jeta les souaffles propres dans un large sac de cuir de dragon et enferma les cognards avec prudence. L'un d'eux avait failli lui déboiter l'épaule un peu plus tôt, alors qu'elle manquait de vigilance.
- C'était toi ou Natasha ?, demanda-t-elle en désignant son épaule.
- Natasha. Mais elle visait mon suppléant. Il avait critiqué James, je crois.
Elle ne put s'empêcher de fermer vivement les yeux, son souffle se coupant comme à chaque allusion au jeune homme.
- Tu lui as parlé ?
- Bien sûr que non. Quand le pourrais-je ? Il ne mange plus à la Grande Salle, ne révise plus à la bibliothèque, Keanu l'a attendu deux, trois fois au septième étage mais il ne dort plus dans son dortoir. Je ne le vois qu'en cours, je me vois mal interrompre un prof pendant…
- Ce ne serait pas une mauvaise idée, pourtant. Comme tu le dis, les occasions se font rares.
- Parce que ça t'intéresse ? Tu ne fais plus attention à tes amis, Keith, tu ne fais plus attention à Keanu alors que vous étiez toujours fourrés ensemble, tu ne fais plus attention à moi alors que je… Je suis censée être ta meilleure amie, merde !
- Tu l'es. C'est juste que… J'suis occupé en ce moment.
- A quoi ? Pourquoi tu sèches les entrainements ? Pourquoi tu traines plus avec Keanu ? Pourquoi tu me parles plus ?
- Je ne peux pas t'en parler. Pas pour l'instant. Mais… fais-moi confiance, ok ? Et laisse pas tomber James. Pas toi.
- Pourquoi pas moi ?
- Parce que. Avec moi et Keanu c'est ton meilleur ami. Il ne nous a jamais considéré comme des aigles coincés, tu as toujours aimé son ouverture, sa curiosité, sa confiance.
- On dit qu'il est coupable. Et il ne dément pas. Mael lui a posé la question et James a promis que c'était la vérité. Il aurait même juré sur sa magie si Mael ne l'avait pas arrêté. Et depuis ils ne se parlent plus. Je ne vois pas pourquoi je…
- Ca te rassurerait d'avoir une preuve de son innocence ?
Nalani attendit quelques secondes avant de répondre.
- Non. J'ai pas besoin de preuve. Je sais qu'il est innocent.
Keith n'ajouta rien, se contentant de sourire largement. Sa meilleure amie ne l'avait plus vu sourire ainsi depuis des mois.
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C'est assez drôle de s'ennuyer. Drôle et humain. Hewie dit qu'elle n'aime pas ça, s'ennuyer, mais elle le fait tout le temps. Ça fait sourire Kathleen qui lui répond qu'elle n'a qu'à ouvrir un livre, à réviser un sort, à prendre de l'avance sur le programme. Mais Hewie ne le fait pas, résultat elle s'ennuie. La voix adore quand je m'ennuie. Elle ne crie pas, alors je continue. J'adore m'ennuyer.
- C'était mieux quand on avait les cours de soutien, finalement, soupire Hewie.
- Tu dis ça parce que tu pouvais baver sur Nolan Donovan plus souvent ?
On ne va plus aux cours de soutien depuis que James Potter est devenu le nouveau futur mage noir en puissance. Plus personne, ou presque, n'y va. Plus personne, ou presque, ne lui parle.
- Je ne bave pas sur Nolan, voyons ! C'est juste que ça nous occupait et puis... voilà, quoi. Kat aurait montré son sujet de Potions, James Potter et Nolan l'auraient aidée et elle ne serait pas obligée de réviser encore avec Rafa !
C'est vrai qu'on est souvent toutes les deux, en ce moment, parce que depuis que le professeur Wine a donné ce travail à deux à Kathleen et Sebastian Rafa, l'un des copains de Lily-Potter-la-furie, Kat passe sa vie avec lui, soi-disant pour terminer ce devoir de Potions alors qu'ils sont les seuls à ne pas l'avoir fini.
- Tu sais, Hewie, je crois que Kat n'a pas très envie d'arrêter de réviser avec Rafa.
- Oh... Tu veux dire que... Tu crois qu'elle est amoureuse de lui !?
- Alerte !
- Arrête de hurler « alerte » à chaque fois qu'on te pose une question, Gwenog...
- Je ne sais pas quoi répondre.
- Pourtant c'est une question toute simple. Est-ce que tu trouves que le comportement de Kat est bizarre quand elle est avec Rafa ? Est-ce qu'elle rougit, est-ce qu'elle modifie sa voix pour lui parler ?
- C'est possible de modifier sa voix ?, je m'étonne.
- Tu vois ce que je veux dire !, s'impatiente Hewie.
- Non justement.
- Est-ce que tu as pu observer les signes de l'amour ?
- Je n'en sais rien. Je ne connais ni l'amour ni ses signes.
- Tu... Tu n'as jamais vu des gens s'aimer près de toi ? Des proches ou...
- Je n'ai pas de proche.
Hewie est plus calme tout d'un coup, comme lorsque Kat et elle se rappellent que je n'ai pas de parents, pas de famille. Ça les rend tristes. Bien plus que moi. Ce qui est normal, au fond, puisque je ne ressens ni tristesse ni amour. Pourtant des fois je pense à Amalthéa. A ses jambes qu'elle ne peut plus bouger. Hier soir quand on s'est vues au beau milieu de la forêt pour que je boive cette potion infâme qui régénère la voix dans ma tête, je lui ai dit « c'est marrant comment tu avances, j'aimerais léviter moi aussi » et Amalthéa m'a répondu « je ne le souhaite à personne, et certainement pas à toi ».
Je ne voulais pas la rendre triste. Je voulais juste faire quelque chose comme elle, comme quand Kathleen nous montre la photo de sa maman à qui elle ressemble ou comme le soir, quand on est dans la Grande Salle et qu'Hewie regarde le poisson frit de travers, parce qu'elle n'aime pas ça, et qu'elle s'aperçoit que Nathaniel Harper a le même regard. C'est son frère mais elle ne lui a jamais parlé. Je ne comprends pas très bien pourquoi ou comment mais ça me rend triste. Parce que, comme Kat, Hewie a une maman et un papa et un frère qui n'aime pas le poisson. Et moi je n'ai qu'Amalthéa, qui n'a plus de jambes et qui me prépare une potion pour que la voix continue de hurler dans ma tête.
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James se dirigeait vers la bibliothèque. Seul. Seul comme il l'était depuis des jours. Des jours si longs qui lui paraissaient des mois. Bien sûr il y avait Lysa et les amis de celle-ci. Mais les amis de Lysa n'étaient pas les siens. James les considérait davantage comme des collègues avec qui il avait plaisir à travailler. Des alliés en ces temps de chamboulement. De nouvelles voix, de nouveaux rires, de nouvelles habitudes. Des nouveautés qui ne remplaçaient pas ce qu'il avait connu de mieux dans sa vie.
En voyant Mael et sa petite amie, au fond du couloir qu'il parcourait, il emprunta un minuscule passage secret qui lui permettrait de les doubler sans qu'ils ne le voient. Il réprima un sanglot, se sentant pathétique d'éviter ainsi celui qui était devenu plus qu'un pilier dans sa vie. Son frère. La personne en qui il avait le plus confiance. La personne qu'il aimait le plus sans doute. Si son cœur meurtri occultait Natasha qui, pas si loin, était blottie dans les bras d'un Irlandais.
Voilà quelques jours que Mael sortait avec une irlandaise de cinquième année dont le visage était maculé de taches de rousseur et qui rougissait dès que le jeune homme lui souriait. Une fille à qui James n'avait encore jamais parlé. Ne jamais avoir rencontré la première petite-amie de son meilleur ami lui paraissait indigne de la si belle relation qui les avait liés. Jamais il n'aurait cru tomber si bas. Si bas qu'il se répugnait d'éviter Mael, de changer de couloir pour ne pas se retrouver face à lui.
En traversant la tapisserie qui le ramènerait sur son chemin initial, James croisa Solenne et Nalani. Si la première avait les yeux rivés sur un manuel de médicomagie, Nalani ne le vit pas davantage, tout occupée qu'elle était à fusiller Mael du regard.
- Tiens, mais c'est monsieur le goujat, l'apostropha-t-elle.
- Goujat ?, releva Mael.
- Tu sors avec cette Irlandaise, là...
- Elle s'appelle Anna.
- Y a deux mois tu nous disais avoir une petite-amie depuis l'été, que c'était sérieux, que...
- Et alors ?, répéta Mael.
- Et alors t'es un goujat. Tu te fiches des filles, tu...
- Ça te va bien de dire ça ! Fred reluque les filles alors qu'il te tient la main !
- Je ne suis plus avec Fred. On a…
- Mais ça ne te dérangeait pas. Alors viens pas me faire la morale parce que je fais pareil.
- Justement. Je pensais que tu étais différent. Mais tu ne vaux pas mieux que lui.
Le ton de Nalani n'avait rien de froid, de colérique. La jeune fille était seulement peinée, déçue. Et sans doute jalouse, espéra James de toutes ses forces. Il ne faisait aucun doute que son ancien meilleur ami était toujours épris de la capitaine des aigles, et James rêvait encore et toujours de les voir ensemble.
S'apercevant qu'il les observait, Solenne délaissa son livre et fit quelques pas dans sa direction, attirant l'attention de Mael et Nalani. James n'attendit pas que Solenne arrive à son niveau. Il puisa dans ses forces pour faire naître un regard froid et méprisant et s'adressa à elle comme jamais il ne l'avait fait.
- T'approche pas de moi, botaniste en herbe. Seuls les vrais guérisseurs sont autorisés à voir mon bras.
Il lui coûtait de se montrer acerbe, surtout auprès de Solenne, une amie chère à son cœur. Il redoutait de voir sa réaction mais la jeune fille se contenta d'éclater de rire. Jamais, d'ailleurs, il ne l'avait vue rire aussi gaiement.
- Quelle tentative pitoyable, laissa-t-elle échapper entre deux rires. Si j'avais eu besoin d'une preuve, tu viens de me l'offrir.
- Une preuve ?, s'étonna James.
- De ton innocence, affirma Nalani dans le dos de Solenne.
Elle le défiait du regard, un air amusé ayant chassé sa froideur. Mael fixait ses pieds, une pointe de gêne colorant ses joues brunes. Solenne fouilla dans un énorme sac vert qui menaçait de rendre l'âme sous le poids des livres. Elle en tira quelques feuilles épaisses et spongieuses, liées dans un linge humide.
- Juliet a envoyé ça pour toi. Je les ai montrées au guérisseur Shiitaké puisque je ne suis, je cite, qu'une « botaniste en herbe ». Ce sont des plantes de guérison qui poussent uniquement au Canada. Y a une option de médicomagie à Ilvermorny.
- Ils soignent les blessures causées par des créatures dangereuses ?, s'étonna James.
- Non, des rhumes et des furoncles essentiellement. Mais tu connais Juliet, elle a dû harceler le prof jusqu'à ce qu'il lui donne quelque chose. Elle est prête à tout lorsqu'il s'agit d'aider ses amis. Pose ça sur ton bras. Ça ne lui rendra pas sa mobilité mais ça devrait apaiser la douleur quelques heures. Ce sera déjà ça de pris, pas vrai ?
James ne répondit pas, trop occupé à retenir les larmes de gratitude qui menaçaient de poindre au coin de ses yeux. Compréhensive, et sans doute tout autant émue que lui, Solenne enfouit les plantes dans la besace du lion à la patte folle.
- Fais-en bon usage, murmura-t-elle d'une voix rauque. Et… N'oublie pas ceux qui t'aiment.
Les yeux toujours baissés, James vit deux paires de jambes rebrousser chemin. Et deux jambes demeuraient, deux pieds qui dansaient avec gêne.
- J'te crois pas, souffla Mael. J'peux croire que tu as changé, qu'on évolue, qu'on grandit, que t'as d'autres centres d'intérêt, d'autres copains, d'autres passions. J'peux croire que tu cherches en Donovan, Jagger et Harper ce que tu n'as pas trouvé en moi. J'ai un peu plus de mal à croire que tu préfères Lysa Ferton à Natasha mais… j'avoue qu'elle est pas mal. Mais je ne douterai jamais de ton innocence. Quoi qu'il se passe, quoi qu'il advienne…
- Je te l'ai juré, Mael.
- Ça m'a fait hésiter, ouais. Mais tu mens mal.
- Je n'ai qu'une seule parole.
- Protéger ton frère. Tu en as fait la promesse il y a très longtemps.
- J'ai également promis qu'il n y aurait jamais de secret entre nous. Entre toi et moi.
- Non. C'était sous-entendu, bien sûr, mais tu ne l'as jamais promis.
- Mael !
Les deux garçons se tournèrent vers la belle irlandaise qui attendait l'élu de son cœur un peu plus loin. James fit volte-face. Dire adieu à son meilleur ami lui était encore impossible. Il doutait qu'il aurait un jour la force de regarder Mael en face sans flancher sous le poids des remords.
ooOOoo
Salle jouxtant la bibliothèque de Poudlard, au même moment
Natasha avait fermé les yeux, humant de toutes ses forces le parfum qu'elle aimait tant. Son flair animal détectait des nuances qui différaient légèrement mais Liam O'Brien était le seul à Poudlard à posséder une odeur aussi semblable à celle de James Potter.
- Il va finir par croire que vous êtes ensemble, grommela Shania.
Natasha ne répondit pas, ignorant volontairement toute allusion à James.
- C'est dégueulasse. J'en ai trop marre qu'il souffre tout le temps. En plus Liam est son… mon cousin.
Liam O'Brien se détacha doucement, avec précaution. Il appréciait sincèrement Natasha, parce qu'elle possédait des qualités qui lui étaient précieuses. Il admirait sa force de caractère, sa générosité, elle était devenue une très bonne amie. Rien de plus, bien sûr. Liam n'en avait jamais parlé avec Shania et Hadiya mais leur comportement avait suscité sa curiosité et lui aussi avait fini par comprendre que James était le fils de Blaise. Le frère de Shania et Hadiya. Son cousin.
L'amour que se vouaient James et Natasha ne lui avait pas non plus échappé, et, démuni devant la complexité de leur situation, Liam faisait de son mieux pour leur apporter son aide. Bien que son niveau soit plutôt satisfaisant, il continuait de suivre les cours de soutien de James, ne manquant jamais de vanter ses mérites auprès des professeurs de Poudlard. Et il soutenait comme il le pouvait Natasha qui était devenue atrocement fragile depuis qu'elle s'était éloignée de Rose Weasley. Et depuis que James n'était plus désespoir.
Natasha inspira de toutes ses forces et rouvrit les yeux. Des yeux ternes, sans étincelle.
- Je suis désolée, soupira-t-elle.
Même si ça semblait lui coûter, Shania acquiesça. La jeune fille faisait d'énormes efforts pour ne pas imploser et cela depuis que sa sœur et Scorpius le lui avaient demandé. Blaise n'avait pas manqué de lui conseiller le calme et la réserve et Shania acceptait que ses proches, davantage portés sur la réflexion qu'elle, trouvent une solution pour aider James. Si elle n'avait écouté qu'elle-même, Shania aurait renversé tout Poudlard. Au lieu de ça elle jetait des sortilèges à Albus Potter, faisait exploser son chaudron dès que possible, s'attisant les foudres des fanatiques du garçon et les remontrances de ses professeurs.
- Et si on essayait de le piéger ?, proposa Natasha à demi-voix.
Enhardie qu'enfin quelqu'un ose prononcer à voix haute ce dont elle rêvait depuis des semaines, Shania hocha la tête de haut en bas à une vitesse folle.
- Oui, oui, oui. On l'appâte dans une pièce et on l'enferme sans baguette avec nous dedans et on l'oblige à nous parler.
- Parler ?, s'étonna Natasha avant de secouer la tête. Je ne parlais pas de James mais d'Albus. C'est lui que nous devrions piéger.
- Hadiya a un plan pour ça.
- Je veux en être, affirma Natasha.
- Bientôt, promit Liam.
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Anna disait « je ne comprends pas ce que tu fichais avec eux ». Elle répétait « tu n'as plus rien à faire avec eux, Mael ». Plus rien. Plus rien. Elle l'embrassait et il ne ressentait rien. Elle prenait sa main dès qu'ils croisaient quelqu'un, la lâchait dès qu'ils se retrouvaient seuls.
Susie lui avait lancé un regard lourd de reproches, comme une grande sœur qui n'accepte pas la relation sentimentale de son petit frère. Comme une amie qui avait compris qu'il n'aimait et n'aimerait jamais la jeune fille.
Solenne lui avait envoyé une petite note « Et moi qui pensais que tu étais le plus mature des trois. » Plus mature que Fred, plus mature que Nalani. Il n'en était pas moins perdu. Mael avait besoin de faire comme les jeunes de son âge, comme Alice qui sortait avec un irlandais réparti à Gryffondor et squattait un sofa de la salle commune pour des baisers qui n'en finissaient plus.
Pepper s'était moquée de lui, Clifford l'avait félicité avec des blagues lubriques et misogynes. Les autres n'avaient rien dit. Pas une remarque de Keith, Keanu ou Oscar. Pas une lettre de Juliet. Pas un sourire de Louis ou Jean Paul. Seule une phrase teintée de mépris de la part de Fred. « Elle est trop moche pour que je te la pique ».
James n'avait rien dit. C'était la première copine de Mael, James le savait, James s'en fichait.
- Mes parents organisent une soirée pour le réveillon du jour de l'an. Tu crois que tes parents pourront venir ? Faudrait qu'ils ramènent d'autres célébrités.
- Célébrités ?, répéta Mael en fronçant les sourcils.
- Des gens qui étaient à Poudlard avec eux, répondit rapidement sa petite-amie d'un ton condescendent. Avec Harry Potter, précisa-t-elle.
- Mes parents ne sont pas célèbres. Ma mère est moldue.
- Ah… C'est fâcheux. Ton père a dû garder des contacts quand même ? Le père de la petite blonde insipide de Poufsouffle, Finigan, c'est ça ?
- Susie n'est pas insipide.
- Pourquoi tu la défends comme ça ? Tu ne devrais pas me parler sur ce ton, tu sais, je suis ta petite amie, c'est pas comme ça que tu me mettras dans ton lit. Il faut que tu apprennes à parler aux filles et…
- Mentir ou manipuler une fille pour la mettre dans mon lit, comme tu dis, c'est pas mon délire. Je ne trahirai ni mes valeurs ni mes amis. Ni pour toi ni pour personne. Mais surtout pas pour toi.
La première relation amoureuse de Mael prit fin au beau milieu d'un couloir du troisième étage, au bout de dix jours et quinze baisers. Une fois célibataire, le jeune homme marcha jusqu'aux escaliers, descendit au rez-de-chaussée et poussa les grandes portes du château. Un jeune garçon jouait au ballon au beau milieu du terrain de quidditch. Un ballon de foot. Une passion. Ils s'envoyèrent la balle sans échanger leurs noms, une heure durant.
Mael n'avait pas envie de rentrer. La salle commune était bruyante, Alice serait colée à son petit ami comme un strangulot à son rocher, ses sœurs s'inquièteraient pour lui. Son dortoir lui paraissait vide depuis que James n'y dormait plus. Louis rentrait tard et fatigué par ses missions de préfet, Fred parlait fort et invitait l'un des Weasley irlandais avec qui il s'entendait à merveille et Nolan… Mael ne supportait pas Nolan Donovan. Mael ne supportait plus grand-monde. Mael ne supportait plus grand-chose.
Il continua à taper dans le ballon que lui avait prêté le jeune garçon jusqu'à ce que la nuit et le professeur Hagrid lui rappellent l'existence du couvre-feu. En rentrant, il passa devant la salle où se tenaient encore les cours de soutien pour les quelques téméraires qui ne prenaient pas la fuite en croisant James. Nolan hocha la tête en passant devant lui. Sans lui sourire. Il n'ignorait pas que Mael l'avait attaqué un mois auparavant et pourtant… Il rebroussa chemin et attrapa le bras de Mael avec douceur.
- Tu devrais l'attendre. Le cours est terminé, il parle juste avec quelques gamins.
- On ne se parle plus.
- Je sais mais… Fais ce que tu veux, après tout, je n'ai pas à me mêler de vos affaires. Bonne soirée, vieux.
Mael hocha la tête. Un mouvement sec et bref. Il observa la porte quelques secondes, hésitant quelque peu avant de rebrousser chemin.
- Il n'a pas tort. Tu devrais l'attendre.
Hadiya Zabini se tenait contre le mur, son élégance nullement entachée par sa posture nonchalante.
- Je sais que tu te poses des questions. Sur ma sœur, sur moi. Mais nous ne voulons aucun mal à James.
- Je voudrais bien te croire mais je ne vous connais pas, ta sœur et toi.
La jeune fille détourna le regard, perdue dans ses pensées. Elle se rongea un ongle, faisant danser un fin bracelet d'argent qui pendait à son poignet.
- On pourrait aller au bal ensemble, toi et moi, proposa-t-elle brusquement.
Si brusquement que Mael écarquilla les yeux. Hadiya était une beauté, certainement la fille la plus belle qui leur soit arrivée d'Irlande.
- Tu dois avoir beaucoup de propositions.
- Une bonne trentaine au moins, acquiesça-t-elle d'un air hautain. Mais ces mecs ne m'intéressent pas.
- Tu ne me feras pas croire que je t'intéresse.
- T'es plutôt pas mal. Mais je ne m'intéresse pas aux mecs pris, tu as raison.
- Je ne suis pas vraiment pris. Anna et moi avons rompu.
- Je ne faisais pas allusion à elle. Elle ne compte pas. C'est Nalani Jordan qui compte. Mais peu importe, je ne te propose pas une relation mais une soirée. Tu pourras me poser toutes les questions qui te brûlent les lèvres. Je ne répondrai pas à tout mais je te promets d'être sincère.
- Et toi ? Qu'est-ce que t'y gagne ?
- Une réponse toute faite à tous les mecs qui viendront me demander d'être leur cavalière. « Je suis désolée, j'ai déjà un cavalier » vaut mieux que « euh non, je ne sais pas avec qui j'irai mais certainement pas avec toi ».
Mael ne put s'empêcher de sourire. La jeune fille lui plaisait bien. Elle n'était pas Nalani, mais Hadiya était agréable malgré ses piques hautaines.
- Je veux bien te servir d'alibi alors, décida-t-il.
- Cool, répondit simplement la jeune fille alors que son visage s'éclairait. Vingt heures en haut de l'escalier du hall d'entrée. J'apprécierai que tu portes du bleu. Ma robe est somptueuse, tu ne le regretteras pas. Je serai si éblouissante que Nalani Jordan en sera verte de rage.
- Du moment qu'on danse un peu et qu'on passe un bon moment, ça me va. Et tu répondras à mes questions ?
- Toutes sauf une.
- Tu ne sais pas ce que je vais te poser comme question, tu ne…
- Je sais déjà quelle réponse je ne peux te donner. Mais je te promets de répondre à tout le reste.
- Et c'est quoi cette question ?
- Une question que James devra poser directement. A la seule personne qui ait réellement le droit et le devoir de lui répondre. Mon père.
Mael fronça les sourcils. Il lui semblait soudainement qu'il avait peut-être accepté un peu trop vite. Mais un murmure au fond de lui le rassurait. Ce murmure avait la voix d'un enfant de onze ans pleinement heureux d'avoir rencontré le meilleur ami qui puisse exister. Et cet ami-là, il ne l'abandonnerait jamais.
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A l'intérieur de la salle du cours de soutien
- Et là le prof nous punit parce qu'on a fait exploser le chaudron de Londubat !
- Tu sais très bien qu'il a eu raison de vous punir, Shania, Franck Londubat ne t'avait rien fait.
- Il m'a regardée de travers. J'te jure !
James se retenait difficilement de rire. La joyeuse bande de Shania Zabini lui remontait toujours le moral. Il n y avait guère plus qu'eux qui venaient régulièrement aux cours de soutien de James. Les autres préféraient le fuir, murmurer sur son passage, regarder Albus avec compassion. Même les plus jeunes, ceux qui, au final, avaient le plus besoin des cours de soutien.
- On se revoit la semaine prochaine ?
Les garçons hochèrent la tête d'un même mouvement, prenant congés assez vite. Mais pas Shania qui lança un « j'vous r'joins les gars, bouffez pas tout, y a du poulet au diner ! » avant de se placer face à un James étonné.
- Comment es-tu toujours au courant de ce que les elfes préparent ?
- Parce que j'suis amie avec l'un d'eux, répondit-elle avec évidence.
- C'est bien, ne put s'empêcher d'approuver James. C'est un signe de tolérance et…
- J'ai un cousin qu'a du sang de gobelin alors la tolérance ça m'connait.
- J'avais un ami qui était dans la même situation que ton cousin.
- Pourquoi tu parles au passé ? C'est plus ton ami ?
- Je n'en sais rien. Je ne l'ai pas vu depuis très longtemps. Six ans, presque sept.
- Moi j'serai toujours amie avec les gars. Toute la vie. Et même après.
James se contenta de sourire à cette gamine attachante qui lui parlait toujours, malgré les rumeurs.
- Tu voulais me dire quelque chose, Shania ?
- Ouais. J'voulais que tu saches que ma famille te soutient. Ils croient pas cette histoire que t'as inventé pour innocenter l'autre crétin.
- Albus n'est pas un crétin. Et je n'ai inventé aucune histoire, je n'ai fait que dire la vérité.
- On m'la fait pas à moi. Et si Kandinsky a le droit de le traiter de crétin, j'vois pas pourquoi j'me priverai.
- Tu ne t'entends pas bien avec Albus ?
- J'aime pas les menteurs. Toi c'est pas pareil, tu mens pour le protéger. Mais lui, c'est un vrai menteur.
- Albus est quelqu'un de bien. Tu devrais peut-être essayer d'apprendre à le connaître avant de…
- Jamais.
Son ton, catégorique, étonna James, tout comme le changement de comportement de Shania qui était désormais gênée, à la limite de la timidité, fait assez rare de sa part.
- Il a … Il a de la chance de t'avoir comme frère.
- Oh… C'est gentil, Shania. Merci, ça me touche beaucoup. Mais…
- Dis pas que t'es qu'un mec normal, que t'as rien de plus que les autres, j'tai dit que j'aimais pas les menteurs.
Ils échangèrent un sourire sincère.
- Bon j'te laisse ranger tout ce fourbi. Mais n'oublie pas, James… T'es pas tout seul. Y a des gens qui te croient. Y'en aurait encore plus si tu disais à tout le monde la vérité.
- Je dis la vérité.
- Moi je sais ce que je sais. Et j'suis pas toute seule. Tu crois peut-être que ma famille est pourrie de magie noire et tourne le dos à ce crétin d'Albus parce qu'il ressemble à Harry Potter mais c'est faux. Ma mère elle est moldue. Hadiya adore notre cousin quart-de-gobelin. Et papa… Papa te soutient depuis le début. Depuis toujours.
- Ah… Eh bien… C'est gentil.
- Tu devrais venir passer Noël à la maison.
James sursauta, profondément surpris par la proposition de la jeune fille. La porte s'ouvrit brusquement et Hadiya Zabini s'introduisit dans la pièce, évitant de regarder James.
- J'ai rien dit de mal, se défendit Shania. Juste qu'il pourrait passer Noël avec nous…
- Potter doit déjà avoir quelque chose de prévu. Avec sa famille.
- Mais…
- Je te remercie, Shania. Mais je ne crois pas que ta famille serait ravie de voir débarquer un parfait inconnu. Noël est une fête familiale.
- Mais…
- Ça suffit !, s'énerva Hadiya. C'est l'heure de diner et je suis certaine que Potter aimerait bien rejoindre ses amis et…
La jeune fille, déjà très pâle, s'en voulut d'avoir mal choisi ses mots. Comprenant sa gêne, et sensible à sa considération, James lui sourit gentiment. C'était la première fois que leurs regards se croisaient. Il avait toujours cru qu'elle ne l'appréciait pas, vu qu'elle passait son temps à éviter son regard lorsqu'ils se croisaient, mais ce qu'il voyait n'avait rien à voir avec de l'indifférence. Et ça lui fit un choc. Un choc énorme.
- Je… Merci Potter. Merci d'avoir écouté ma sœur et désolée si elle s'est montrée…
- J'ai rien fait d'mal, grommela Shania.
- Tout va bien, balbutia James, se voulant apaisant.
- Ok. Et… C'était vrai ce que t'a raconté ma sœur. Notre famille, surtout notre… notre père, te soutient. N'oublie jamais ça, ok ?
Elle s'attarda, comme si la réponse à cette question lui était vitale. James plongea à nouveau ses yeux dans ceux de la jeune fille. Il avait l'impression de lire dans ses yeux une réponse, mais d'ignorer totalement la question. C'était un sentiment étrange qui le remuait de l'intérieur. Ça n'avait rien à voir avec le charme de la jeune fille, il ne ressentait pas pour elle ce qu'il ressentait pour Lysa, encore moins pour Natasha. C'était différent. Unique.
- Je ne l'oublierai jamais, Hadiya.
Le sourire de la jeune fille le frappa de plein fouet. Un sourire sincère, un sourire profond. Shania laissa échapper un sanglot. James s'approcha d'elle sans hésiter alors qu'Hadiya en faisait de même, d'une même démarche, d'un même mouvement.
Shania n'hésita pas une seule seconde, attrapant son frère et sa sœur dans ses bras. Elle s'en voulut un peu de ne pouvoir partager ce moment avec le petit Haïdar, avec son père, leur père. Et pourtant elle avait le sentiment d'être à sa place. Un sentiment partagé par sa sœur et son frère.
Une fois les deux filles parties, James demeura immobile, seul mais serein.
Comme s'il venait de trouver la première pièce du puzzle de sa vie.
Voilà voilà. J'avais envie de finir sur une touche optimiste, un peu plus légère que le reste du chapitre. Alors, qu'en avez-vous pensé ? Le piège tendu par les frères Zigaro, la blessure de James, la nouvelle trahison d'Albus, les jambes d'Amalthéa... J'espère que ce chapitre vous a plu et je vous dis à très vite ! C'est la rentrée de mon côté, ma flemme estivale est derrière moi et je devrais prendre un rythme de publication plus régulier. Alors je vous retrouve bientôt avec « Un Noël au goût amer », la suite de cette fic qui verra James retrouver sa famille et le Terrier, et SPOILER la première rencontre entre James et Blaise Zabini. FIN DU SPOILER / DEBUT DES REVIEWS :-)
