Salut !
Voici le nouveau chapitre, Un Noël au goût amer, avec au menu : du thé renversé, des professeurs en petite tenue, deux châteaux irlandais, un coup de fusil, un saut sans parachute et Blaise et James qui se rencontrent, enfin.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui lisent, suivent et commentent cette fic, et notamment à Lys, qui a publié en guest et que je n'ai pas pu remercier directement (petite réponse à ta review tout à la fin du chapitre)
Bonne lecture !
Petit mémo des évènements précédents : Après la destruction partielle de leur école, certains adolescents irlandais sont désormais élèves de Poudlard. Les plus jeunes, d'un niveau inférieur à celui des élèves anglais, suivent des cours de soutien. James les prend sous son aile, se rapproche des sœurs Zabini, aide à créer une nouvelle équipe de quidditch, les Poussins Irlandais. Les frères Zigaro continuent de sévir en douce, ils utilisent la magie noire sur Amalthéa Delanikas, qui perd l'usage de ses jambes. Ils tendent également un piège à Albus, mais James vient en aide à son frère et se fait grièvement blesser par une salamandre dont le venin tue l'un de ses bras. Accusé à tort d'avoir introduit la salamandre dans Poudlard, James est sévèrement puni et apprend qu'il ne pourra plus jouer au quidditch. L'Oracle de Poudlard qui l'appelait jusque-là la Clef du Rassemblement, lui prédit un avenir funeste et dangereux pour ses proches. Il s'éloigne de ses amis, s'isole, et se rapproche d'une irlandaise, Lysa Ferton. Juliet Hawkes, mise au courant par leurs amis, essaye de le soutenir comme elle le peut, mais James ne répond plus à ses lettres. Blaise, très inquiet, voit l'ensemble de ses amis se proposer d'aider James. Mais son réconfort lui viendra finalement de Shania et Hadiya Zabini, dans un câlin à trois aussi tendre que surprenant…
Natasha s'est éloignée de Rose qui se retrouve seule, jusqu'à sa discussion surprenante avec Timothée Bergson, petit-fils d'un des pires Mangemorts de Voldemort, qui s'intéresse à ses photographies et l'écoute se confier à lui.
Du côté de Scorpius, les choses vont plutôt bien. Les alliances se mettent en place prudemment autour de lui et il se révèle enfin être une pièce maîtresse de cette histoire…
29. Un Noël au goût amer
« J'ai honte. Tellement honte. »
James ferma les yeux très fort, enfonçant son visage dans le matelas de son lit.
« Honte d'être ici pour toi, à cause de toi. »
Buste et bassin relevés, jambes en angle, le poids de son corps en équilibre instable sur ses orteils et son visage. Un cri de rage. Ce n'était pas le premier. Ça ne serait certainement pas le dernier.
« C'est quoi ton délire, hein ? Passer deux fois tes Buses n'a pas suffi, perdre un bras non plus, tu vas continuer longtemps à chercher à te rendre intéressant ? »
Les poings frappaient. Oreiller, matelas, crâne, épaules, tout y passait. Les oreilles de James étaient rouge sang, sa chair entamée par la force de ses coups.
« J'ai tellement honte de t'avoir appelé comme mon père. Tu ne mérites pas de porter son prénom. Tu n'as jamais mérité de porter ces deux prénoms. »
Il n'avait rien demandé. Il ne cessait de le répéter, de le hurler. « JE N'AI RIEN DEMANDE ». De le hurler de plus en plus fort. « JE N'AI JAMAIS DEMANDE A M'APPELER JAMES ». James hurlait seul, dans son lit, ces mots qu'il n'était pas arrivé à prononcer face à son père.
« Je n'ai jamais demandé à m'appeler James Sirius Potter »
ooOOoo
La cuisine austère aux murs de pierres n'avait qu'une seule fenêtre, et celle-ci laissait découvrir l'aube naissante, la neige qui tombait dru, les guirlandes illuminées qui annonçaient Noël.
Au centre de la pièce, quelques mets appétissants, les restes d'un gâteau à la citrouille et d'une tarte à la mélasse, un service en porcelaine, six toasts, de la marmelade et deux grands bols remplis de thé noir à la bergamote, sur une table de bois pouvant contenir vingt personnes. Mais, à l'exception de deux elfes qui vaquaient à leurs occupations, seul un couple d'une quarantaine d'années était attablé.
Ils s'étaient installés comme à leur habitude en bout de table, près de la cheminée qui crépitait. L'homme, qui s'était rapidement habillé, avait noué sa cravate de travers et posé sa cape de velours gris sans l'attacher sur un pull à grosses mailles. La femme se détourna de la fenêtre, jeta un regard amusé à son mari, déjà décoiffé malgré l'heure matinale, avant de s'assombrir dès que ses yeux se posèrent sur la Gazette du sorcier.
- Il fait les gros titres. Encore une fois.
- Je sais.
- Je sais que tu sais, je fais juste la conversation.
- Je préfère manger en silence ce matin, si ça ne te dérange pas. J'ai mal au crâne. James m'a filé une de ces migraines...
Pour appuyer ses dires, l'homme posa doucement son bol et passa une main lasse sur son front, plissé à l'extrême. La langue de son épouse claqua suffisamment fort pour qu'il reporte son attention sur elle. Ginny Potter possédait cet éclair lumineux et fatigué à chaque fois qu'ils faisaient l'amour la veille. Un éclat si semblable aux lendemains de matchs. Mais ses lèvres étaient pincées et Harry notait combien elle pouvait être furieuse.
- Ce n'est pas lui, affirma-t-elle. Ce dont parle la presse, ce pourquoi les professeurs t'ont convoqué, hier soir. Ce n'est pas lui.
Poudlard. Il en était encore un brin rêveur. Poudlard sous la neige, Poudlard et son terrain de quidditch d'un blanc immaculé, Poudlard et ses anneaux de quidditch gelés. Le grand lac, la forêt et ce château merveilleux. Son premier foyer. Et il avait fallu que James vienne tout gâcher, encore une fois.
- Ce n'est pas lui, Harry, insista sa femme.
D'ordinaire ils parlaient peu, ils n'avaient nul besoin de grandes phrases, de planning, de mémos collés dans la cuisine. L'essentiel tenait en quelques mots par jour, la confiance et les habitudes faisaient le reste. Chacun vaquait à ses occupations personnelles et professionnelles, l'un n'avait pas besoin de rappeler à l'autre un rendez-vous, des retrouvailles familiales, l'anniversaire d'un neveu.
Harry et Ginny demeuraient deux êtres indépendants qui vivaient ensemble et se parlaient peu. Ils se croisaient, ne partageaient pas grand-chose à part le quidditch et la famille, quelques histoires d'Aurors, des anecdotes sur les enquêtes qui sortaient de l'ordinaire, des idées de cadeau pour le prochain anniversaire de leurs enfants, qu'ils n'écoutaient finalement qu'à moitié. Ginny s'était toujours occupée des cadeaux de Lily, Harry de ceux d'Albus.
Les discussions concernant James avaient vite été réglées, une commande spéciale dans une boutique de quidditch et le jeune homme recevait chaque année par hibou spécial un nécessaire à balais. Harry songea qu'il leur faudrait trouver une autre idée maintenant que James ne jouait plus au quidditch. Mais l'été était loin et James fêterait son dix-septième anniversaire, Harry n'aurait qu'à faire un tour à Gringotts, s'introduire dans le coffre des Black et trouver une vieille montre au hasard. Connaissant la richesse de la famille Black il ne doutait pas que James pourrait récolter un petit pactole en la revendant.
- D'habitude je me fiche que tu fasses semblant mais aujourd'hui j'aimerais bien que tu m'écoutes vraiment, l'apostropha son épouse. Je suis en train de te dire que James est innocent.
Ravi de s'être si vite débarrassé du cadeau d'anniversaire de James, Harry voua toute son attention à sa femme non sans lui sourire. Mais cela ne la calma pas. Alors Harry tenta une autre approche.
- Pourquoi dis-tu cela, Ginny ? Tu sais quelque chose ?
- Je le sais, c'est tout.
- Un regain d'instinct maternel ?, se moqua Harry. Il me l'aurait dit s'il n'était pas coupable.
- Pourquoi l'aurait-il fait ?, railla Ginny. Tu ne l'aurais pas écouté. Et s'il avait parlé plus fort que toi, tu ne l'aurais pas cru. Tu étais sans doute trop occupé à lui servir ton éternelle rengaine, comme quoi il n'est pas digne d'être ton fils et de porter le prénom de ton père, celui de Sirius.
Ne voyant pas l'intérêt de répondre à son épouse, toujours de mauvais caractère le matin, Harry se concentra sur son bol de thé, beaucoup plus agréable. D'ordinaire ce détour fonctionnait plutôt bien, mais Ginny poussa rapidement le bol de son mari qui roula à terre, le thé n'ayant pas le temps de se déverser sur le sol que les elfes accouraient pour tout nettoyer.
- Il n'a pas demandé à s'appeler James Sirius Potter. Toi plus que quiconque devrait le savoir. Si tu ne sais même pas ça, ça ne m'étonne pas que tu ne doutes pas un seul instant de sa culpabilité. Heureusement que je suis ta femme.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Parce que tu es un bien piètre Auror. Parce que tu es le symbole de la justice, tu es ce héros dont James contait les prodiges à Lily quand elle avait six ans. Et tu n'es même pas capable de voir qu'un gamin de seize ans est accusé à tort d'avoir plongé le temps d'une journée la plus prestigieuse école de magie dans un capharnaüm sans précédent.
Sans précédent. Il n'aurait su mieux dire. Les frasques de son père et des Maraudeurs paraissaient bien peu de choses en rapport à ce que James avait fait. Même les jumeaux Weasley ne tenaient pas la comparaison.
- On dit qu'il a été vu sur les lieux du crime, annonça Harry en gardant son calme.
- On dit aussi que les lieux du crime sont le parc de Poudlard. N'importe quel gamin pouvait y être.
- Pas sous des trombes de neige, à cinq jours de Noël.
- On dit aussi qu'il a couché avec six filles différentes en une demi-journée. Balaise le fiston, pas vrai ? On dit même que l'une d'elles est sa cousine. J'aimerais être un animagus, me métamorphoser en abeille et voir la tronche de mes frères à cet instant précis. Percy a-t-il peur pour la douce Molly ou la téméraire Lucy ? Ron et Hermione ont-ils peur pour Rose-la-farouche ? Peut-être que la presse se trompe, après tout, peut-être ont-ils confondu avec Lily.
Heureusement que son thé coulait sur le sol de la cuisine, il lui aurait recraché au visage.
- Ils étaient drogués, Gin. James a drogué tout Poudlard. Lily n'est qu'une enfant...
- Une enfant en pleine puberté. Tu croyais que ta fille aurait ses premières règles à vingt ans ? Eh bien non, elle les a eues à douze ans, cet été. Tu te rends compte, on va peut-être devenir grands-parents ! Doublement si James et Lily...
- Arrête !, se plaignit Harry, l'air maladif.
- Pourquoi ? Tu crois bien la presse lorsqu'elle te dit que James a couché avec une de ses cousines. Au fait, parmi, je cite, les « six chanceuses qui auront vu de près la virilité de l'héritier de l'élu en moins de douze heures » figure Natasha Kandinsky, tu sais, l'une des filles de ce couple avec qui nous buvons le thé de temps en temps.
- Une tradition dont je me passerai bien.
- Eux s'en passeraient avec plus de joie que toi, j'en suis certaine. Mais les coutumes ont la dent dure et ils n'osent pas nous dire qu'ils nous méprisent.
- Ils ne nous méprisent pas. Ils n'ont pas de quoi nous mépriser.
- Quatre enfants aimants, équilibrés et sans histoire. Je t'assure qu'ils ont de quoi nous mépriser, Harry. Et maintenant que leur fille aurait cédé sa virginité à un jeune homme brutal et drogué nommé James Sirius Potter, ne t'étonne pas que le thé que te servira cette chère Katarina soit bouillant. Et que ce cher Ivan te plonge la tête dedans.
- Je n'y suis pour rien, moi.
- Pas plus que James. Alors imagine-toi un peu ce qu'il vit.
- Mais qu'est-ce que tu as ce matin !? Tu ne t'intéresses plus à James depuis... Tu ne t'es jamais intéressée à lui !
- Je sais. Mais là ça va trop loin. Je n'aurais jamais supporté de vivre ce qu'il vit. Si ça m'était arrivé... Je crois bien que j'aurais cessé le combat depuis longtemps. Ce qui prouve déjà qu'il est plus courageux, patient et endurant que moi. Et moi au moins je le reconnais. A toi de faire le second pas. Par exemple, trouver quoi dire à la presse quand elle s'étonnera que l'héritier de l'élu se soit suicidé.
- T'as rien de plus radical ?!
- Mets-toi deux secondes à sa place. Tiens, ce sera notre nouveau jeu, ok ? Faisons comme les autres parents, les vrais parents, et mettons-nous deux secondes à sa place. Un adolescent normal a quatre intérêts. Premièrement, les filles. Ou les garçons, mais dans le cas de James, on dira les filles. Ensuite, faire l'andouille avec ses copains. Puis une passion, le quidditch. Et enfin, loin derrière, ses cours. Vu comment James regardait la petite Kandinsky en septembre, sur le quai de la gare, je crois pas cette rumeur selon laquelle il l'aurait remplacée par cette championne irlandaise, Vivyan Parish, encore moins par cette blondasse de Lysa Ferton. Angelina m'a dit que Fred avait vite remplacé la fille de Lee Jordan, avec qui il sortait depuis des longues, et tu sais avec qui il sortirait maintenant ? Natasha Kandinsky. Parlons de ses copains, maintenant. J'ai vu Dean avant-hier, James et Mael Thomas ne se parlent plus, Bill et Fleur nous ont dit la même chose de Louis, et si on demandait à Seamus ou à Lee Jordan, ils nous répondraient la même chose. La bande de James s'est disloquée, il n'a plus d'amis. Soit, passons au troisième point, sa passion pour le quidditch. Avec un bras en moins, il ne pourra plus jamais remonter sur un balai. Restent les cours. Mais son directeur de maison, Glacey, nous a bien dit que James ne verrait jamais ses rêves de carrière se réaliser, toujours à cause de son bras. Alors il reste quoi à ce gamin sans amis qui n'aura jamais la fille qu'il aime, ne travaillera jamais dans le milieu qui le fait rêver et ne remontera plus jamais sur un balai ? Sa famille ? Il n'en a pas. Enfin, officiellement oui, mais du point du vue des sentiments, on peut dire que c'est le néant total. Alors dis-moi, Harry, qu'est-ce qui pourrait encore lui donner l'envie de continuer ? Qu'est-ce qui pourrait l'empêcher de mettre fin à une vie aussi pourrie ?
- Son frère, lâcha Harry, mal à l'aise.
- Ouais, son frère. Ce qui ne laisse rien présager de bon. Parce que si Albus était aussi blanc qu'on se l'imagine, James n'aurait pas tant peur pour lui.
- Tu te rends compte de ce que tu me dis, Ginny ? Si on a un doute concernant Albus, on fera tout pour l'aider. James le verra, il sera rassuré, et il pourra se tuer l'esprit léger, si tu me permets l'expression.
- Je te permets, ouais, parce que j'en viens à la même conclusion. Quoi qu'on fasse, on le fera pour nous ou pour Albus, et pas pour James. Il n'est pas bête, lui aussi en est venu à la même conclusion.
- Donc tu me dis ça seulement pour que je prépare ce que je dirai à la presse, à la communauté ? Tu sais comment ça s'appelle ? De la non-insistance à personne en danger.
- Qu'est-ce que tu veux faire ? L'enfermer ? Ce serait bien la seule solution. On n'a jamais su l'aimer.
- On pourrait essayer. Peut-être. Ça ne doit pas être si compliqué. La femme de Dean Thomas m'a dit plusieurs fois que James était un bon garçon, que ça doit être un bon fils, qu'il y a de quoi être fier, qu'il a tout pour rendre des parents heureux.
- Qu'il soit accusé d'avoir drogué tout Poudlard, professeurs compris, ne doit te rendre ni fier ni heureux.
- Mais comme tu l'as dit, il n'y est sans doute pour rien.
- Peu importe, Harry. Tu ne l'aimeras jamais. Parce qu'il n'est pas ton père. Tu t'es fait à l'idée que Lily n'était pas ta mère, parce que je m'en assure tous les jours, parce que je te le répète sans arrêt. Albus n'est pas toi. Il n'agit pas comme toi, il ne pense pas comme toi. Il n'est pas comme toi. Et James et Lily ne sont pas ses parents, Harry.
Ce que tout le monde pensait tout bas, ce que tout le monde n'osait jamais dire tout haut. La vérité, simple et entière. Harry n'était pas un homme mauvais. Harry était seulement un orphelin qui avait grandi sous les plus grandes menaces, qui s'était construit dans une lutte perpétuelle contre le mal, sans jamais penser à l'après. Un avenir sans nuage, un mariage, une carrière de prestige, des enfants. Il n'y pensait pas, ne l'envisageait pas, ne s'était jamais demandé si avenir joyeux le rendrait heureux. Ni un rêve ni une possibilité. Il n y avait que les mangemorts à combattre, la magie noire à éradiquer, Voldemort à détruire. Le reste était venu plus tard, quand sa cicatrice avait cessé de le brûler, quand les frères Weasley s'étaient relevés, quand Ginny avait cessé de pleurer la mort de Fred en volant très haut et en marquant le plus de buts possibles. La proposition du ministre, une place au bureau des Aurors, très vite la possibilité d'en prendre la direction, toujours les questions de la presse qui n'avait jamais aussi bien porté son nom, pressante, encore, toujours, toujours plus. Les femmes, aussi, qui l'accostaient. Les plus âgées qui lui demandaient un autographe, les gamines qui s'accrochaient à ses bras en quémandant une bise, une photo. Et celles de son âge qui regardaient ses mains, ses doigts, vérifiant qu'aucune alliance ne vienne corrompre leurs rêves.
Les portes s'ouvraient, le champagne coulait, les invitations pleuvaient, l'argent entrait, ne sortait que très peu, et Harry courrait. Minerva MacGonagall lui avait conseillé de prendre des vacances, de quitter temporairement l'Angleterre, de louer une maison au bord de la mer, de prendre le temps de réfléchir, de découvrir, de parcourir. Pour savoir, pour trouver. Il avait souri poliment, avant de gagner ce ministère qui l'avait repoussé sept années durant. « Tu ne peux pas refuser toutes les interviews », lui avait dit son supérieur. Il en avait accepté quelques-unes, ne trouvait plus d'excuses pour refuser les suivantes. Dix biographies avaient été publiées sur lui, son enfance, son destin, sa vie. Il n'avait même pas vingt ans.
La lutte contre la magie noire et la famille Weasley étaient, au fond, tout ce qu'il possédait, tout ce qui le représentait, tout ce qui faisait sa vie. La perte de ses parents, son enfance écrasée par les dangers permanents, son don pour le quidditch, la perte de Sirius, sa haine pour la magie noire, la perte de Dumbledore. La fidèle présence de Ron et Hermione. Et Ginny qui volait toujours plus haut et marquait toujours plus de buts. Et James qui était arrivé trop tôt.
- Il est trop tard pour voir un psychomage et lui avouer que je n'ai jamais fait mon deuil, pas vrai ?, murmura Harry avec un triste sourire. J'aurais dû écouter Minerva. Partir me poser quelque part, digérer toute cette histoire avec Voldemort, mes parents...
- L'histoire de ta vie, soupira Ginny. Tu n'as pas eu le temps, à l'époque, de comprendre que tu t'enfermais dans ton passé.
- Et désormais il est trop tard. James sera majeur dans quelques mois.
- C'est injuste pour lui mais Albus et Lily sont jeunes, encore.
Harry hocha la tête, songeur. Il ne servait à rien d'énoncer des promesses qu'il ne tiendrait pas. Seule la réflexion lui permettrait de se rendre compte, de prendre conscience des faits. Hélas, Harry avait toujours préféré l'action à la réflexion. C'est ce qui lui donna le courage de poser une question qu'il n'aurait jamais dû poser.
- Tu te remettras de sa perte si James se suicide ?
- C'est ton passé qui a fait de toi un mauvais père. C'est de voir mes rêves d'avenir brisés qui a fait de moi une mauvaise mère, soupira-t-elle en haussant les épaules.
- Réponds-moi Gin.
- Oui, Harry. Malheureusement je n'en éprouverai que très peu de regrets. Bien moins qu'en le regardant vivre, en fait. Parce qu'à chaque fois que je le vois, Harry, même maintenant qu'il te dépasse de huit pouces, je revois ce bébé fripé et rouge qui m'a déchiré les entrailles pour venir au monde, à l'heure où mes anciens coéquipiers se préparaient à jouer la coupe du monde. Ça fait plus de seize ans que je pense ça en le voyant. Et je ne crois pas que ça changera un jour.
- Il n'est pourtant pas coupable.
C'était la première fois qu'il osait prononcer ces mots. La première fois qu'il ne se refusait pas à le faire. Parce qu'il avait été si facile d'enterrer le sujet James pendant seize ans. Parce que Ginny avait eu le courage de se montrer sincère et qu'elle méritait que son époux en fasse de même.
- Je sais qu'il n'y est pour rien, Harry. Je le sais depuis toujours. Mais ça ne m'aide pas à l'aimer.
Au dehors la neige avait cessé de tomber.
ooOOoo
Au même moment, parc de Poudlard
Accoudé à l'une des barrières de l'enclos des hippogriffes, James observait quelques irlandais voler bas. Ces créatures lui avaient toujours plu, toujours fasciné. Enfant, un homme à la peau noire qu'il lui semblait croiser toutes les semaines lui avait offert une peluche hippogriffe de couleurs grise et brune. James en avait longtemps apprécié la douceur, si bien qu'il avait été tenté de l'amener avec lui à Poudlard.
Un autre temps, une autre époque.
- Le vol sur Pégases leur manque.
Taciturne et silencieux depuis plusieurs jours, James vit son ancienne petite-amie « officielle » le rejoindre.
- Vivyan Parish, murmura-t-il en forçant une voix ébahie. Dois-je me mettre à genoux ?
La jeune fille le regarda avec pitié. Non loin d'elle, son jumeau Adonis flattait l'encolure de son hippogriffe.
- Je suis désolée.
James ne songea pas un seul instant à lui demander pourquoi, la Gazette du jour avait fait sensation deux heures plus tôt, suffisamment pour que James trouve pour seul refuge l'orée de la forêt interdite.
Vyvian Parish tira tout de même l'exemplaire du jour de la Gazette de la poche arrière de sa cape, ouvert sur la deuxième page, qu'elle leva vers James.
Les déclarations fracassantes de Fred Weasley : James ? Vivyan Parish lui a brisé le cœur.
Nous vous avions annoncé que James Potter était soupçonné d'avoir commandité les attaques de l'école de magie d'Irlande pour se rapprocher de sa belle, la troublante Vivyan Parish avec qui il vivait une folle passion depuis le Tournoi des Quatre Ecoles (lire à ce sujet le numéro spécial « frasques de champions ou comment la dernière épreuve s'est terminée en nuit de débauche au cœur de la forêt interdite »).
La belle, à peine arrivée à Poudlard, avait éconduit l'héritier du Survivant. Et celui-ci ne s'en est jamais remis.
Tricher lors de ses examens, introduire en toute illégalité une créature hautement dangereuse au sein de Poudlard, laisser accuser un vieil ami de sa famille, Hagrid-le-demi-géant, l'Héritier connaît une crise d'adolescence tardive que son père le Sauveur ne pourra jamais totalement camoufler.
« Il se met en danger parce qu'il dit que la vie ne vaut pas le coup d'être vécue sans Vivyan Parish. Sans son corps, surtout. », nous a confié Fred Weasley.
Qu'il attente à sa vie par désespoir amoureux peut se comprendre, mais tolèrerons-nous longtemps qu'il mette en danger la vie de ses camarades ? De nos enfants ?
Pas plus tard qu'hier (si vous êtes passé à côté de notre « une », rendez-vous en première page pour en savoir davantage) Poudlard s'est retrouvé sans dessus-dessous à cause de James Potter.
James Potter est l'auteur de nombreuses « premières fois » de l'histoire de Poudlard. Première tricherie lors d'un examen de Buses, premier incident ayant frappé tous les élèves. Sans compter les autres « premières fois », celles à qui il fait vivre à de nombreuses demoiselles si l'on en croit nos envoyés spéciaux infiltrés à Poudlard.
L'on croyait jusque-là que James Potter souhaitait reprendre le flambeau des célébrités dont il a hérité son double patronyme. Aussi ignorant du règlement que les illustres Maraudeurs, aussi farceur que les jumeaux Weasley. Il est troublant aujourd'hui de lui découvrir un autre héritage. L'épisode fâcheux de la salamandre n'est pas sans rappeler une créature tout aussi dangereuse enfermée voilà fort longtemps dans les tréfonds de Poudlard. James Potter a-t-il voulu prouver qu'il est aussi pervers que l'était Tom Jedusor à son âge ?
James Potter est-il le futur mage noir de notre communauté ? Nous continuons de mener l'enquête pour vous. Rendez-vous demain pour de nouvelles révélations dans le dossier « James Sirius Potter : héritier des Black plutôt que des Potter ? »
- Je vais faire un démenti, déclara Vyvian. Ça n'arrangera pas tout pour toi mais au moins...
- Ne te donne pas cette peine, répondit James d'une voix éteinte. Ça ne sert à rien.
- Si. Ce torchon ne s'écrit pas tout seul et je veux que ceux qui noircissent ses pages sachent que tout le monde ne se laisse pas faire ou manipuler. A bon entendeur.
James n'eut aucune réaction. Il se contenta de regarder quelques irlandais voler bas sur leurs hippogriffes, l'esprit ailleurs. La journée serait longue mais la nuit viendrait, et avec elle la présence de Lysa Ferton. Et d'une bouteille de Pur Feu.
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A l'intérieur du château
Les sœurs Zabini traversaient les couloirs d'un pas rapide, leurs yeux vifs guettant les élèves, à la recherche de James Potter. A la recherche de leur frère.
Leur rapprochement aussi intense que bref, dans la salle du cours de soutien, les avait rendues optimistes. Trop, sans doute. Elles n'avaient pas envie de couper court à cet instant joyeux et avaient proposé à James de les accompagner dans la Grande Salle, s'imaginant même qu'il pourrait dîner avec elles à la table des Serpentard. Après tout, Shania déjeunait bien chez les Serdaigle, avec ses amis. Et Hadiya ne voulait plus se séparer de son frère.
Mais James avait refusé, sous prétexte qu'il avait déjà quelque chose de prévu. Quoi ? Il n'avait pas voulu le leur dire. Elles avaient vérifié, tout le monde était présent dans la Grande Salle, des anciens amis de James à Natasha Kandinsky et Lysa Ferton.
- C'est p'tet en rapport avec son mémoire ! Il avait p'tet un bouquin à lire ou un devoir à...
- Pour la dernière fois, Shania, tu n'as pas besoin d'essayer de me persuader de quoi que ce soit, je suis déjà convaincue que James est innocent.
- J'sais bien ! J'essaie juste de trouver des idées...
- Tes idées ne nous servent à rien tant qu'on a aucune preuve de son innocence.
- Y a pas non plus d'preuves qu'il est coupable !
- Mais ça tout le monde s'en fiche. Alors réfléchis dans ta tête et dépêche toi, on doit trouver James.
- Et s'il cherche pas à s'défendre ?
- On l'obligera. On écrira à papa. On trouvera.
- Regarde, y a Kandinsky juste là et elle est seule. T'veux pas qu'j'aille lui d'mander si elle a vu James ?
Hadiya suivit le regard de sa sœur jusqu'à la jeune batteuse des aigles, assise dans le renfoncement d'une salle déserte. Les sourcils froncés sur des yeux humides, Natasha déchirait l'exemplaire du jour de la Gazette en milliers de confettis. A ses pieds, la une du journal, qu'elle avait piétiné avec acharnement. Elle réservait cette première page pour la fin, faisant monter sa rage à son paroxysme.
De temps à autres, elle ne pouvait s'empêcher de regarder la photographie qui prenait la moitié de la page. Un James plus hagard et perdu que jamais, bouteille à la main, regard perdu derrière des cheveux en broussaille.
« Gazette du Sorcier, le 15 décembre 2020
James Sirius Potter met Poudlard sans dessus-dessous !
Parents d'élèves, lisez bien ceci : vos enfants vont bien. Ils sont en sécurité. Tout est sous contrôle. Mais pendant douze heures, c'est sous le contrôle de James Sirius Potter que Poudlard a tremblé !
Comment et pourquoi ? Comment et pourquoi James Sirius Potter en est-il venu à droguer l'ensemble de ses camarades et de ses professeurs pour leur faire commettre des actes osés, drôles, dangereux ?
Nous ne manquerons pas de mener l'enquête et de vous apporter de nouvelles réponses dans les jours qui viennent.
Les informations que nous détenons nous viennent de nos envoyés spéciaux très secrets présents à Poudlard pour vous informer sans détour ni délai de la vie de vos chérubins. Et leur compte-rendu de la journée d'hier est sans précédent. Même Rita Skeeter n'en revenait pas.
James Potter a monté un stratagème inédit, qui a touché tous les êtres vivants de Poudlard, créatures magiques et professeurs compris. Ballet de strangulot sur les bords du lac, professeurs de botanique et de métamorphoses luttant dans la fange en caleçons écossais, élèves de première année volant sans balai trois mètres au-dessus du parc… Du rire, des farces. Rien de bien méchant me direz-vous.
Des couples copulant dans la neige, sans aucune pudeur, aux yeux de tous. Et un James Potter qui franchit les dernières limites de l'impensable en passant d'une fille à l'autre sans aucun égard, volant leur virginité sans honte.
Albus Potter et ses amis, les Princes de Serpentard, ont bien tenté de protéger leurs camarades. « Leur pureté les a protégé de l'ignominie inventée par James », nous a confié un élève qui souhaite garder l'anonymat par peur de représailles. « J'ai entendu Albus conseiller à son frère de tout arrêter mais James a refusé, le traitant de « crétin qui ne sait pas profiter des occasions » et ensuite il a couché avec plusieurs filles, dont Natasha Kandinsky. »
Son père, le Survivant-Harry-Potter, prié par la direction de venir à Poudlard mettre fin aux agissements intolérables de son fils aîné, n'a pas daigné répondre à nos questions. Mais à vous, chers lecteurs, nous pouvons avouer la vérité, celle que le Survivant n'a pas osé confier à voix haute : Harry Potter est déçu, triste, désespéré. Comment celui qui partage son sang, sa chair, son héritage a-t-il bien pu tourner aussi mal ?
Qu'est-ce qui a bien pu motiver James Potter à commettre l'irréparable ? L'alcool ? Certainement, il est devenu courant de voir l'héritier de l'élu en état d'ébriété, comme le prouve notre photographie. Mais l'alcool n'est pas le seul coupable. Et si James Potter agissait par pur désespoir amoureux ? Et s'il tentait désespérément de reconquérir Vyvian Parish ? Vous voulez en savoir plus ? Tournez la page… »
- Qu'est-ce qu'on peut faire ?, soupira Shania.
- Vyvian m'a dit qu'elle allait envoyer un démenti, répondit sa sœur en haussant les épaules, démunie.
- Je vais aller voir Scorpius, trancha Shania. Faut qu'on trouve une solution.
- Tu as sans doute raison. Après tout, les seuls êtres présents qui n'ont pas été touchés par l'incident d'hier sont lui et ses nouveaux copains.
ooOOoo
Vingt-quatre heures plus tôt
Il avait quitté les sœurs Zabini pour se rendre à l'extérieur du château. Elles lui avaient bien proposé de diner dans la Grande Salle avec elles, mais James ne s'y était plus rendu depuis des semaines, il n'avait aucune envie de croiser ses anciens amis, encore moins Natasha dont on disait qu'elle avait succombé sans trop d'hésitation aux avances de Fred.
Le moment partagé avec Shania et Hadiya avait rendu James heureux. Suffisamment pour qu'il ne se tourne pas vers l'alcool. Mais pas suffisamment pour occulter le mal qui dévorait inlassablement les nerfs de son bras gauche. Il avait passé la nuit dans la forêt, sous forme animale, et n'avait regagné le château qu'au petit matin.
Et ce qu'il y vit lui laissa penser qu'il avait atterri dans une autre dimension. Des jeunes élèves volaient au-dessus du terrain sans balai, des professeurs dansaient en petite tenue sous la rosée du matin et plusieurs filles se jetèrent sur lui. Le temps qu'il réagisse, sa chemise avait été déchirée par une Poufsouffle de septième année. Non loin de lui, Rose et Louis se disputaient la première place d'un concours de plongeon dans le lac.
- James, donne-nous l'antidote. Tout de suite.
Se débattant entre deux Serdaigle – dont Natasha – qui se pendaient à son cou, James frissonna en entendant la voix de son frère. Albus se tenait à quelques mètres, entouré des autres Princes de Serpentard, Scorpius, Rudy Higgs, Julian Acteriez et Timothée Bergson.
Il ne le savait pas encore, mais les cinq garçons qui lui faisaient face étaient les seuls, avec lui, à n'avoir été touchés par l'incident.
Il ne le saurait jamais, mais les cinq garçons qui lui faisaient face avaient été prévenus de l'incident par les frères Zigaro, instigateurs de la débauche qui avaient frappé Poudlard.
Ce dont il ne doutait pas, en revanche, c'est qu'Albus était prêt à tout pour lui faire porter toute la culpabilité.
Douze heures plus tôt
- Et comment ils comptent s'y prendre, au juste ?
Scorpius Malefoy est dubitatif. Les autres aussi, sans doute. Mais personne d'autre ne prend la parole. En ce qui me concerne, penser à autre chose qu'à la mort de Rose Weasley que je dois provoquer m'est impossible. Toutes mes pensées lui sont destinées. A elle et à son corps que je dois enterrer dans la forêt interdite, près de la tour d'alchimie.
- Bergson ?
La voix d'Albus Potter. Lui, c'est Julian qui doit le tuer. Depuis qu'il le sait, mon meilleur ami n'ose plus regarder Albus Potter dans les yeux. Il se contente d'acquiescer et d'obéir aux ordres de celui qui se croit roi parmi les princes.
- J'apprécierai que tu prêtes davantage d'attention aux recommandations de nos maîtres, Bergson.
Albus me rappelle à l'ordre sans arrêt. Il s'enorgueillit d'être celui à qui les Zigaro parlent et ordonnent, un pitoyable sentiment de supériorité sur nous autres l'étreint. Une fois mon attention acquise, il se tourne vers Scorpius avec ce regard affamé qu'il lui accorde toujours. Je suis intérieurement ravi de savoir que Scorpius ne partage pas les sentiments d'Albus et qu'il n'envisage pas de répondre positivement à ses attentes. J'aime bien Scorpius. Je pense que dans d'autres circonstances nous aurions pu être amis. Mais il n'aurait rien à gagner à être l'ami d'un meurtrier.
- Le but, donc, reprend Albus Potter, c'est de protéger au mieux les élèves, de passer pour les preux chevaliers qui auront tout tenté pour protéger Poudlard et les âmes qu'il abrite. Et de faire passer James Potter pour le coupable idéal.
- Ton frère ?, s'étonne Rudy Higgs. Pourquoi ?
- Tom n'a pas voulu me répondre, répond Albus d'une voix faussement peinée. Mais réjouis-toi, James est un Gryffondor et…
- Et je me fiche de la guéguerre débile censée m'opposer aux élèves de Gryffondor. Ton frère est cool. Il ne mérite pas ça.
- Les gens ne sont pas stupides, ajoute Scorpius. Ils finiront bien par comprendre que James n'y est pour rien.
- Je crois que les frères Zigaro espèrent le tuer avant que ça n'arrive, répond Albus tranquillement.
Je ne sais pas comment fonctionne un frère, mais ce que je sais c'est qu'Albus n'a rien d'un frère tel que je le conçois. Pour moi un frère se doit d'être aimant. Les frères et sœurs peuvent bien passer leur vie à se taquiner, à bouder, à se jalouser, ils s'aiment quand même. Comme James aime Albus. Comme Albus n'aimera jamais James. C'est inéluctable.
Scorpius est le premier à partir, rapidement suivi par Rudy. Julian m'attend, il ne partira pas sans moi. Nous laissons Albus à sa solitude cousue d'ambitions démesurées. Demain Poudlard sera le terrain inédit de la débauche à son plus haut niveau. Demain les frères Zigaro créeront une panique sans précédent qui attira l'intérêt général et leur permettra plus de tranquillité pour agir dans l'ombre. Demain James Potter subira un nouvel affront. Demain Rose Weasley me sourira discrètement, loi de s'imaginer que j'ai promis de l'assassiner.
- Oh, salut Timothée.
Julian me regarde, étonné. Il est seul à m'appeler par mon prénom en dehors de mes cousines Ferton.
- Je te rejoins à la bibliothèque, je lui souffle.
Il hoche la tête et nous laisse seuls, Rose Weasley et moi. Nous échangeons quelques banalités, sur ses photographies et sur les cours, les vacances qui arrivent et le bal qui les précèdera.
- Tu y vas, toi ?
Elle rougit instantanément et détourne le regard. Je n'ai jamais eu de rêve, d'envie particulière. Mais je sais que la tuer n'en fera jamais partie. Elle est colérique, maladroite, désagréable, insupportable. Et belle. Inaccessible et pourtant terriblement attirante.
- Certainement pas, répond-elle en grognant. J'aime pas la musique, je préfère autant dormir.
Je n'aime pas dormir. Je n'ai jamais aimé ça. Mes parents ont toujours eu peur, notre maison a subi tant d'attaques que j'ai appris à me coucher habillé, avec tout ce qui m'importe à portée de main. C'est toujours la nuit que surviennent les horreurs. C'est toujours la nuit que surviennent les cauchemars. Alors je ne dors que très peu, et toujours quand le soleil se lève. Une heure à laquelle les rêves sont tous occupés à faire sourire les autres. Je ne sais pas ce que c'est de rêver. Mais si je faisais un rêve, un jour, je voudrais que Rose Weasley soit là, sous mes paupières, qu'elle me regarde comme elle regarde Scorpius ou Dan Evans
- Je sais pas danser, en plus, poursuit-elle.
Je ne sais pas danser non plus, mais avec elle j'aimerais bien apprendre.
- Et j'ai pas de cavalier, conclut-elle avec rage.
- On aurait pu y aller ensemble si t'aimais bien la musique. On aurait appris ensemble à danser.
Elle me dévisage, interloquée. Je crois bien que j'ai encore dit une bêtise. Je ne sais faire que ça. Alors je ne suis plus à une près.
- Tu sais, Rose Weasley, la vie c'est pas comme les cours.
- Euh… Oui, je sais.
- Ce que je veux dire, c'est que c'est pas parce qu'on obéit aux professeurs, en cours, qu'on doit faire ça hors des cours. Dans la vraie vie, je veux dire.
- Pourquoi tu me dis ça ?, demande-t-elle, méfiante.
- Parce que j'aimerais bien apprendre à danser avec toi. En plus, après, on pourrait dormir ensemble, et tu me prêterais tes rêves. Ça voudrait dire que tu n'es pas morte, que je ne t'ai pas tuée.
- T'es malade !?, hurle-t-elle à présent.
- Non, je suis juste sincère. Je préfèrerais t'aimer toute ma vie plutôt que te tuer.
Plus tard ma cousine Lysa, après s'être moquée de moi pendant un bon quart d'heure, me répètera six fois que je ne sais pas m'y prendre avec les filles. En attendant, un sourire étrange chasse peu à peu la surprise sur le visage de Rose Weasley.
- Ouais ben moi aussi, marmonne-t-elle avant de s'enfuir.
Aujourd'hui je suis certain de deux choses. Je ne tuerai pas Rose Weasley. Et je l'épouserai.
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Journal de Daniel Redox
« Cher journal,
La vie est injuste. Je devrais être en costume de fête, pas en pyjama. Je devrais être dans la Grande Salle de Poudlard, pas dans mon dortoir. Je devrais être avec mes amis, pas seul. Je devrais être avec Billie, et non appuyer sur ma joue une poche pleine de glaçons. Je devais danser et boire, comme n'importe quel adolescent, au lieu de ça je fais comme les mômes de première année qui n'ont pas le droit de se rendre au bal, je rumine dans mon coin en jalousant les grands.
William m'avait conseillé de ne rien faire de stupide. Dana a renchéri, selon elle je me faisais du mal pour rien. Mais Billie envisageait d'aller au bal avec un gus de Serdaigle, un type même pas plus grand ni fort que moi, alors je lui ai proposé qu'on y aille ensemble. Elle m'a regardé avec une sorte de pitié dans le regard alors j'ai insisté. Je voulais lui prouver que je pouvais être un super cavalier mais elle a commencé à s'énerver, elle a dit qu'elle irait avec le Serdaigle et certainement pas avec un ami. Elle a répété « on est amis, Daniel, mets-toi ça dans la tête une bonne fois pour toutes ». Et elle m'a giflé.
William m'a proposé de venir avec lui, avec ses nouveaux amis mais je ne supportais ni l'idée de voir Billie danser avec un autre, ni celle de passer toute la soirée avec les copains de Dana, la bande de Lysa Ferton. Et James, son cavalier. »
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Grande Salle de Poudlard – Bal de Noël
La musique raisonnait fort. Les murs étaient colorés de mousse, le plafond laissait voir une nuit étoilée sans nuage, la piste était envahie de danseurs, de mouvements, de folie.
Lysa Ferton portait une robe verte et argentée, sa cascade de cheveux blonds tombant à merveille sur sa silhouette fine et élancée. Ben Jagger était venu seul. Nathaniel Harper n'avait trouvé aucune cavalière qui le mérite. James avait ri en entendant ces mots, ignorant volontairement le reste de Poudlard.
Ses amis, Mael qui parlait à voix basse avec Hadiya Zabini, Susie qui tenait la main de William Weasley, Daniel Redox qui n'était pas venu.
Seuls lui importaient le sourire de Lysa et le rire des deux garçons qu'elle avait choisi pour amis.
Et Rose Weasley qui n'était pas venue. Mais dont on disait qu'elle avait été vue avec Timothée Bergson à l'orée de la forêt interdire.
Et Natasha Kandinsky qui n'était pas venue. Mais dont on disait qu'elle avait été vue embrassant à pleine bouche Fred Weasley.
Et les vacances qui avaient déjà commencé.
Et le Poudlard Express qui le ramènerait vers Londres le lendemain matin.
Et ses parents, sa famille, avec qui il devrait passer deux semaines.
- Aller viens danser, beau gosse, et embrasse-moi. Kandinsky n'est même pas là, Mael Thomas et Hadiya Zabini nous regardent bizarrement et on va passer les vacances les plus pourries de notre vie.
- J'espère que tu supporteras de ne pas me voir pendant deux semaines, répondit James sur le même ton.
- T'as peur que je mette fin à mes jours ?
- C'est que je ne suis pas le genre de mec dont on se passe aisément.
Leurs gestes amples, rapides, poussaient les autres danseurs à s'écarter d'eux. Ils étaient au centre de la piste, un verre à la main. Le dixième ? Le vingtième ? James avait cessé de compter. Il se contentait de saluer Nathaniel et Ben de son seul bras valide, et de rire sans joie, de parler pour ne rien dire.
Parce que plus rien ne comptait, parce que la souffrance l'emportait. Parce que demain tout serait fini. Le bal, la musique, la liberté. Parce qu'il allait être enfermé pendant deux semaines avec pour seule compagnie une famille qui le haïssait. Pire, qui le traitait avec indifférence.
James avala son verre de pur-feu d'une traite.
- T'en veux un autre ?, demanda-t-il à Lysa.
- Non. On va se tirer. On demandera à la salle sur demande la musique la plus forte et la plus dansante possible. Et de l'alcool. Beaucoup d'alcool. Et on fera l'amour toute la nuit.
- Joli programme.
James ne rougissait plus. James ne réagissait plus. Il se contentait de suivre Lysa, une jeune fille perdue, brisée qui mordait la vie très fort, comme pour se venger de celle qui lui avait tout pris.
Le sourire de Ben Jagger était triste. James ne voyait même pas que l'Irlandais aimait Lysa. Réellement. Comme James aimait Natasha.
Le rire de Nathaniel était communicatif. Il raisonna quelques secondes avant que James ne ferme la porte.
Un an auparavant, James avait pour cavalière Maggie Towler. Ils s'étaient offert leur virginité dans la salle des bains des préfets, avant que James ne doive ranger la Grande Salle toute la nuit avec Mael.
Il lui semblait que dix ans s'étaient écoulés au lieu d'un seul. Et pourtant douze petits mois avaient suffi pour le mener sur le chemin de la perdition.
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Laboratoire de Wolfgang Zigaro – Au terme de la forêt interdire de Poudlard
Les cuves s'agitaient, en proie à une ébullition orchestrée d'une main de maître par le patriarche Zigaro. Ses fils, Elvis et Tom, en avaient fini de l'assister et troquaient leurs capes usées par la soude par des vêtements propres, d'apparence soignée, de provenance moldue.
- On se grime ?, demanda Tom en avisant une dizaine de perruques.
- Non. Notre meilleure couverture est d'apparaître tels que nous sommes, des jeunes prometteurs, des employés modèles. Aucun soupçon ne pèse sur nous, n'attirons pas l'attention inutilement.
Elvis termina de se préparer, vérifiant son reflet avec appréciation.
- S'il s'avérait que nous devions un jour prendre nos précautions, ce dont je doute, nous aviserons.
Tom acquiesça, leur servant un verre de bièraubeurre sans alcool. Les deux frères ne buvaient de l'alcool qu'en de rares occasions, se nourrissaient de manière saine et convenable, pratiquaient le sport et lisaient beaucoup. Une manière de toujours garder le contrôle. Et un ascendant appréciable sur le commun des mortels, qu'ils manipulaient avec tout autant de soin.
Elvis avala le contenu de son verre sans hâte. Il n'était jamais en retard, jamais impatient, ne connaissait ni la presse, ni l'angoisse.
- Je présume que Peter est déjà à Kings Cross, son mégot brûlant au bout des lèvres, ricana Tom avec mépris.
Peter. Un espion peu commun. Un gamin qui avait vécu longtemps avec eux, un adolescent imprudent dont ils avaient suivi le parcours de loin, certains qu'il reviendrait vers eux. Les frères Zigaro savaient que Peter était un espion double, tout comme ils n'ignoraient pas que son cœur balançait vers le vieux James et qu'il pensait sincèrement que les Zigaro ignoraient tout de lui, de sa vie, de son ancienne présence à leurs côtés.
- J'ai lu un sujet passionnant à son propos. Le syndrome de Stockholm, tu connais ?
Elvis se contenta de sourire, ravi d'apprendre que son frère avait fait le rapprochement. Tom était sans doute le plus impatient des deux, mais pas le moins malin.
- Le prisonnier qui ne pouvait se détacher de ses geôliers, chantonna Tom en faisant danser le liquide ambré. Quand lui dirons-nous que nous savons tout ?
- Bientôt. Juste avant de le tuer, crut bon d'ajouter Elvis.
Les canines de Tom se découvrirent légèrement. Avec précaution. Toujours dissimuler cette envie de tuer, de détruire, de faire souffrir. Toujours, même lorsqu'ils étaient seuls. La manipulation ne s'imposait pas, elle s'entretenait. La pratique, l'endurance, le progrès, faisaient partie de leur quotidien. Ils ne l'oubliaient jamais.
- C'est l'heure, petit frère. Ne faisons pas attendre notre cher Peter. Son temps se fait rare, laissons-le l'utiliser pleinement. Tant qu'il en a l'opportunité.
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Gare de Kings Cross – Londres
Le Poudlard Express recrachait des tonnes de fumée. Quelques élèves de première ou deuxième année toussotaient, sous le regard inquiet d'adultes emmitouflés dans leurs manteaux moelleux et rebondis. De mémoire d'homme, c'était l'hiver le plus froid qu'avait connu la communauté magique de Grande Bretagne depuis la chute de Voldemort.
Comme le voulait la coutume, les élèves plus âgés avaient laissé sortir les plus jeunes. Nalani Jordan, en tant que préfète, vérifia que tous les Serdaigle de première, deuxième, troisième et quatrième année soient sortis avant de sauter du train, souplement. Un wagon plus loin, James faisait ses adieux à sa nouvelle petite-amie.
- Arrêtez de la regarder comme ça, conseilla Keanu sans réprimer un sourire. On pourrait croire que vous êtes jalouses.
- Ne sois pas bête, rétorqua Solenne. Lysa Ferton est sans doute la plus belle fille de Poudlard.
- La beauté c'est qu'un concept, ajouta Nalani. C'est purement subjectif, en plus. Si on la regarde comme ça, c'est juste parce qu'on ne cautionne pas leur couple.
- James paraît plus heureux depuis qu'ils sont ensemble, on devrait s'en réjouir. C'est ce que font les amis, déclara Keanu avec sagesse.
- Si Juliet était là, elle te rétorquerait que James n'a jamais été moins heureux, souffla Solenne en tirant sa malle. Tu viens pas ?, s'étonna-t-elle en voyant Nalani, toujours immobile sur le quai.
- Est-il si grotesque d'attendre Keith ?
- Il est déjà parti, annonça Keanu, gêné. Je l'ai vu se diriger vers les cheminées.
- Les cheminées ?, répéta Solenne, étonnée. Il part toujours côté moldu, avec ses parents.
- Là il était seul, répondit Keanu en haussant les épaules.
- Je ne vois pas ses parents, ajouta Nalani, sur la pointe des pieds.
- Il est encore là, remarqua Solenne en désignant les cheminées. Il parle avec un type. Peut-être un cousin ou un oncle…
- Ce n'est un membre de la famille, nia Keanu. J'ai rencontré toute la famille de Keith et je ne connais pas ce type. Pourtant il me dit vaguement quelque chose.
- Je le connais, moi, souffla Nalani.
Quelques centimètres, un bonnet de soutien-gorge, une taille d'uniforme supplémentaire pour accueillir de nouvelles formes, plus féminines, et tant d'autres choses qui avaient changé en une seule année. Les cheveux plus longs, et le sourire de Fred. Elle n'avait pas encore seize ans et s'apprêtait à passer Noël en famille.
«... et puis... on pourrait s'écrire pendant les vacances. Enfin si tu en as envie aussi. Enfin, c'est pas que j'en ai vraiment envie, tu vois, mais ce sont des choses qui se font, entre amis. »
Quoi qu'elle fasse, elle ne pouvait oublier les mots bégayés par Maël Thomas à la sortie du Poudlard Express. Ce n'était pas tant la maladresse du jeune homme, ni sa touchante lenteur d'esprit, qui agaçaient Nalani, plutôt son audace de prononcer ces mots en présence des parents de la jeune fille, deux joyeux trublions que rien ne gênait jamais et qui aimaient rire de tout, au dépend de la gêne de leur fille.
Liko aussi avait tout entendu. « Maël est vraiment un bon gars. Incompris, comme peut l'être James, et seulement parce qu'il est son meilleur ami... Mais c'est un bon gars.
- Ses parents ont l'air charmants, se réjouissait la mère de Nalani.
Ils les voyaient déjà mariés. Dans une de ses précieuses lettres, Solenne avait confirmé les soupçons de Nalani : « Vous êtes un peu le couple parfait, deux aimants destinés à ne faire plus qu'un. » Mais Nalani n'aimait pas le destin. Il la déstabilisait, lui faisait peur. Elle aimait que la vie la surprenne, elle aimait l'idée de faire ses propres erreurs, d'apprendre, de se relever. Elle voulait qu'on la surprenne. Et Maël Thomas, tout aussi sympathique et génial qu'il puisse être, ne la surprenait pas suffisamment.
« Tout va bien, jeune fille ? »
Nalani se tourna vers l'homme qui venait de l'apostropher. Un homme à qui elle n'aurait su donner d'âge, mais qui n'avait pas l'air bien méchant. Il tirait sur sa cigarette comme on profite jusqu'à la dernière seconde d'une pause. Derrière eux, un chantier colossal de bruits et de poussière.
Loin devant elle, Liko n'appliquait pas les consignes - « ne laisse pas ta sœur seule ! » - de ses parents et riait à gorge déployée avec quelques jeunes de son âge que Nalani avait déjà vu dans la Grande Salle. Des Gryffondor, pensa-t-elle. Elle n'avait nulle envie de les rejoindre et de les entendre la questionner au sujet de Maël. Elle avait quinze ans et ses camarades de dortoir regardaient de moins en moins discrètement les garçons et les filles qui leur plaisaient. Elle avait quinze ans et tous s'attendaient à ce qu'elle se trouve un petit ami. Tous s'attendaient à ce qu'elle choisisse Maël. Face à elle, l'horloge géante qui surplombait l'entrée de King's Cross annonçait qu'elle avait une bonne demi-heure avant le départ du Poudlard Express.
La malle s'écrasa lourdement sur les pavés, dans un bruit ahurissant. Elle s'assit près de l'homme sans trop savoir pourquoi elle plaçait sa confiance en lui.
« Il y a ce garçon qui m'a toujours plu et tous les autres qui disent qu'on est faits l'un pour l'autre. Je l'aime beaucoup mais i pas d'effet de surprise, j'ai l'impression qu'il croit qu'il n'a aucun effort à faire pour se rapprocher de moi, que c'est du tout cuit. Et puis il y a tous ces gens qui parlent de mes amis et moi, sans même chercher à nous connaître. Ils parlent de nous parce que le père de James est célèbre, parce que nos parents à tous, ou presque, le sont. J'aimerais qu'ils voient James comme je le vois, un gars normal et vachement sympa, un ami formidable. J'aimerais que les élèves cessent de vouloir faire tomber Keanu dans les escaliers, juste parce que son père est prof et qu'ils trouvent tous qu'il est favorisé alors qu'en fait, pas du tout. J'aimerais qu'ils arrêtent de voir Alice et James mariés, tout comme Oscar et Susie. J'aimerais qu'ils arrêtent de croire qu'on se sent supérieurs aux autres, alors qu'on est juste des adolescents comme les autres.
– L'adolescence, murmura l'homme, pensif. Une période complexe...
– Je vous gave avec ça alors que, bon, je suis sûre que vous avez connu des problèmes plus graves, coupa Nalani brusquement.
– Ça avait besoin de sortir, voilà tout. Tu vas à quelle école ?
Soudain, Nalani prit peur. Voilà qu'elle parlait à un moldu, risquant à chaque phrase de mettre en péril le secret magique de sa maladresse habituelle. Les yeux de l'homme étaient rivés sur sa malle, un sourire énigmatique traversant son visage fatigué.
– Poudlard, hein ? Ça ne devrait plus m'étonner. Tes parents ne t'ont pas accompagnée ?
– Vous êtes un...
– Oh, non. Je ne suis pas un sorcier. Mais je connais Poudlard.
Nalani le dévisagea, sentant le malaise la gagner. Peut-être avait-elle tort, peut-être cet homme avait-il un frère, un cousin, un proche qui soit sorcier. Mais un mauvais pressentiment subsistait en elle.
« Nal ? Tout va bien ? »
Trois visages à la fois inquiets et souriants. Trois cousins célèbres. Trois amis.
– Tout va très bien, mentit la jeune fille. Merci James, ajouta-t-elle à la main qui l'aidait à se relever. Au-revoir monsieur, bonne fin de journée.
– Te tracasse pas trop, jeune fille. Tu sembles bien entourée, c'est là l'essentiel dans la vie, tu peux me croire.
Elle acquiesça gauchement, suivant les cousins Potter-Weasley vers la gare, sans se retourner. Sans savoir que derrière elle Peter allait échanger ses confidences contre un café et trois mornilles. Sans savoir que ce café et ces trois mornilles lui seraient offerts par Elvis Zigaro.
Nalani Jordan ne connaissait rien de cet homme à qui elle s'était brièvement confiée. Elle ignorait son nom, comment il avait connu Poudlard, et elle s'en moquait. Ce qu'elle voulait savoir, là, tout de suite, c'est ce que cet homme faisait avec Keith Corner.
- C'est bizarre, non ?, insista-t-elle.
Keanu et Solenne ne répondirent pas tout de suite, ce qui énerva quelque peu Nalani qui, parfois, supportait mal leur réflexion de futurs Guérisseurs.
- Sans doute pas, finit par répondre Solenne. Tu as bien parlé avec lui, je ne vois pas pourquoi le fait que Keith…
- Et ça, c'est pas bizarre ?, coupa Nalani d'une voix blanche.
Alors que Keanu tournait la tête à vive allure, Solenne ferma les yeux et inspira longuement. Déjà que le fruit des recherches qu'elle menait avec Keanu l'inquiétait chaque jour un peu plus, elle redoutait le moindre soupçon de nouvelle menace. Et la pâleur soudaine de Keanu lui donna raison. Non loin de Keith et de cet homme avec qui il échangeait des messes basses, se tenaient les frères Zigaro.
Leur petite sœur Dolores, récemment arrivée d'Irlande et répartie à Serpentard, les rejoignit, et tous trois se dirigèrent vers Keith. L'homme avec qui parlait leur ami jeta une large poignée de poudre dans la première cheminée. Keith le suivit de près.
- On est pas censés faire quelque chose ?, reprit Nalani.
- Que veux-tu faire ?
- Mais enfin, Solenne ! Notre meilleur ami part on-ne-sait-où avec un type bizarre et les Zigaro !
- Et le professeur Ballerup, murmura Keanu.
Devant la cheminée encore verdoyante, le professeur Ballerup surveillait la gare du coin de l'œil. Son regard s'attarda sur ces trois élèves de sixième année de Serdaigle qui ne lui firent pas l'honneur de détourner le regard. Il n'était pourtant guère inquiet. Il s'agissait de fils de, d'amis de James Potter. Ils ne savaient rien, n'avaient aucune preuve. Et ils aimaient Keith Corner, l'allié du professeur Ballerup, celui qui était prêt à tout pour soutenir les frères Zigaro. Même à tuer d'anciens amis.
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Un château parmi d'autres, en Irlande
Lisa Turpin faisait les cent pas. Représentante des affaires étrangères de la cour du roi d'Irlande, elle connaissait les châteaux de ses chevaliers sur le bout des doigts. A travers les carreaux de l'immense fenêtre et le rideau de pluie qui tombait en discontinu elle en voyait quelques-uns, parmi ses préférés. Celui de Biomaig Premier, le chevalier le plus âgé et le plus valeureux. Celui de Comghal O'Brien, vaste et toujours plein de vie. Celui de la famille Pollux et ses castors magiques courant du matin au soir dans les vastes forêts jouxtant le château de pierres fauves.
De beaux châteaux, de beaux parcs, de beaux endroits. Surtout si on les comparait à celui dans lequel elle se trouvait.
- Madame Corner ? Ils sont arrivés.
Lisa hocha la tête et le majordome se courba avec respect avant de se retirer. Voilà six mois qu'elle n'utilisait plus son nom marital. Depuis que le divorce avait été prononcé, depuis que son ex-mari côtoyait les Zigaro, les Waddell et Gawain Ollerton, célèbre héritier des créateurs de la compagnie de balais Brossdur et de Gifford le terrible, tueur de géants au quatorzième siècle.
Les ancêtres de Gawain, propriétaire du château dans lequel elle attendait son fils, avaient été les premiers adeptes des croyances de Jarrod Waddell. Et certainement pas les derniers, songea amèrement Lisa Turpin en entendant venir vers elle une démarche familière.
- Tu viens chérie ? Ils sont arrivés. Keith est revenu à la maison.
- Ce n'est pas sa maison. Et je ne suis plus ta chérie.
Harvey Corner l'affubla d'une grimace hésitante. Il aurait voulu trouver quoi répondre à celle qu'il considérait toujours comme sa femme mais celle-ci passa devant lui, pressée de retrouver son fils.
Elle le trouva changé. Il avait coupé court ses belles boucles brunes et ses lunettes attendaient nonchalamment dans la poche de sa chemise.
- Tu portes des lentilles ?, murmura-t-elle en l'attirant dans ses bras.
- Juste pour les vacances, répondit-il en écourtant le câlin maternel.
- Pourquoi ?, insista-t-elle.
- Keith est grand, désormais, répondit Tom Zigaro en venant la saluer. C'est un homme, il ne peut toujours porter des lunettes de petit garçon.
- Sauf à Poudlard où son apparence d'adolescent maladroit et boutonneux est une excellente couverture, continua Elvis avant de lui faire un baisemain.
- Je vois, dit-elle faute de mieux. Et pourquoi nous retrouvons-nous ici ?
- Parce que nous avons donné à Keith quelques devoirs de vacances.
- Ah. Très bien. Eh bien, il les fera à la maison, je…
- Non, coupa Elvis. Il les fera ici, avec nous. Avec un professeur pour l'épauler, ajouta-t-il en désignant Ballerup du regard. Mais nous ne voudrions pas vous retenir, madame Corner.
- Je… Je vais rester ici alors. Je vais rester avec Keith.
- A la bonne heure, s'enthousiasma Tom Zigaro. C'est que nous avons également des devoirs pour vous, ma chère Lisa.
- Je… J'ai déjà beaucoup de travail, monsieur Zigaro.
- Appelez-moi Tom, voyons ! Et ne vous inquiétez surtout pas pour votre travail, la dernière chose que nous souhaiterions serait de vous voir perdre votre travail.
- Et pourquoi donc tant de sollicitude ?
- Rien à voir avec la sollicitude. Si nous avons choisi votre mari, et donc Keith, c'est seulement parce qu'ils étaient votre mari, votre fils. C'est vous qui nous intéressez depuis le départ, ma chère Lisa. Vous, votre carrière, vos relations. Et nous sommes ravis de passer enfin à la deuxième étape.
- Sachant que la troisième est un lavement total de votre cerveau et un aller simple à l'hôpital Sainte Mangouste.
- C'est tentant, railla Lisa Turpin en reculant toutefois.
- Vous pouvez toujours refuser, ma douce amie. Nous serons obligés de tuer votre cher époux et votre fils unique, mais nous ne vous en tiendrons pas rigueur. Vous aurez la vie sauve et vos pensées ne seront pas dégradées. Comme ça vous pourrez vivre longtemps sans jamais oublier que les deux personnes auxquelles vous tenez le plus, les deux hommes de votre vie, seront morts par votre faute.
- Après avoir souffert, bien sûr, ajouta Tom avec un grand sourire.
Lisa Turpin recula encore d'un pas. Son dos rencontra le mur, image si semblable à ce qu'était devenue sa situation en moins d'une heure.
Complètement endoctrinés par la puissance de Waddell et des Zigaro, Harvey Corner et le professeur Ballerup n'eurent pas la moindre réaction. Mais Lisa Turpin entrevit l'espoir en voyant un sursaut de réaction chez son fils. Ses joues pâlichonnes, son regard hagard, le tic nerveux sous sa pommette gauche et ses yeux, enfin, qui contenaient la détresse d'un fils, d'un tout petit garçon, qui cherche à se rassurer en suppliant sa mère du regard.
- Je suis là, dit-elle simplement.
Et alors que les Zigaro se félicitaient mutuellement, Keith laissa échapper un infime soupir de soulagement. Infime aux yeux des autres. Mais pas de sa mère qui eut la conviction d'avoir pris la bonne décision.
Les mères étaient ainsi faites, leur instinct les poussait à protéger leurs enfants, au péril de leur vie*.
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Le Terrier – Famille Weasley
- Je suis une mauvaise mère
D'habitude, quand je lance ce genre d'insinuation, Harry soupire et répond un « mais non » peu concerné.
D'habitude mes belles-sœurs et amies soulignent oh combien il est difficile d'être mère, que toutes les mères se croient maladroites, font des erreurs et sont même « carrément trop nulles » par moments.
D'habitudes je souris à Angelina et on se met à parler de quidditch pour ne pas penser à Fred ou à James.
Mais là i que ma mère, et elle continue de trier la mélasse, sans nier.
- Tu as entendu ?
- Oui, Ginny. Et je suis d'accord avec toi.
Elle continue de trier la mélasse qui recouvre la table de la cuisine. Elle ne nie pas. Elle trie la mélasse et vérifie que la patte gonfle comme elle le souhaite. Ensuite, quand elle aura fini de trier la mélasse, elle préparera les premières tartes. Puis elle apportera davantage de mélasse et elle triera. Quand elle reçoit Harry à diner, ma mère trie de la mélasse continuellement.
Elle a toute sa tête, pourtant. Et elle trouve le temps de préparer les autres plats. Mais la tarte à la mélasse c'est ce que préfère Harry, alors elle lui donne ce qu'il veut.
Une fois elle n'en avait pas fait. Et Harry, même s'il n'avait pas voulu l'avouer pour ne pas rendre Molly triste, s'était senti abandonné. Il n'avait parlé que de sa mère, pendant des heures. « Je ne sais même pas si elle cuisinait. Ni le plat qu'elle préférait manger. Ni celui qu'elle préférait cuisiner d'ailleurs. Et si on jouait à ça, à inventer ce qu'aimait ma mère ? Toi Lily, ma chérie, toi qui la connais si bien, dis-moi… Quel était le plat préféré de ma maman ? » Ce à quoi James avait répondu, en voyant sa petite sœur commencer à pleurer « On ne l'a jamais vue, comment tu veux qu'elle le sache ? »
James avait été puni. Trois jours sans voler. Trois jours durant lesquels Fred avait « emprunté » son balai, avant de le casser et d'être puni à son tour. Et James avait pardonné, James avait consolé.
- Tu ne devrais pas me rassurer ou un truc du genre ?
Ma mère soupire, essuie ses mains sur son tablier bleu. Bleu comme ses yeux et ceux de mon père. Bleu comme les miens, comme ceux de Lily. Si différent du bleu qui entoure les yeux de James, foncé comme la mer lorsqu'elle se déchaîne. Comme le ciel avant que le soleil ne s'éteigne. Et ces deux perles noisette que je n'arrive pas à affronter.
- Nous sommes toutes de mauvaises mères, annonce ma mère comme s'il s'agissait d'une vérité intemporelle. Nous faisons des erreurs et nous essayons de les réparer comme nous le pouvons.
- Et celles qui n'essaient pas de réparer leurs erreurs sont encore plus mauvaises ?
- Sans doute, oui.
- Tu en connais beaucoup ?
- Non. Pas beaucoup, non. Seulement Hermione et toi.
Hermione. Ma belle-sœur. La meilleure amie de mon mari. La meilleure amie de son mari. Celle qui devrait être ma meilleure amie si… Si le monde n'était pas fait de si.
- Elle est allée voir ce qu'il fait.
Il pour ne pas prononcer son prénom. Il pour ne pas parler de James et de ces choses horribles qu'on dit sur lui, mon fils, que je ne sais ni ne veux protéger.
- James a demandé à utiliser l'ordinateur pour ses devoirs, me rappelle ma mère.
- Justement.
- C'est ridicule. Ridicule de le surveiller comme s'il était Voldemort. Ridicule de dire toutes ces choses ignobles sur lui. Ridicule de laisser dire ces choses ignobles sur lui.
Elle bat la patte et répète « c'est ridicule » plusieurs fois, comme pour s'excuser. Mais ça ne marche pas. Avec moi ça ne marche pas.
- Tu n'as jamais su comment te comporter avec lui, maman. Tu n'aimes pas davantage James que je ne l'aime.
- C'est faux. Je n'ai jamais été une bonne grand-mère avec lui mais je l'aime.
- Par obligation. Parce qu'il est ton petit fils. Mais pas comme tu aimes Lily ou…
- Ecoute Ginny, si tu veux m'entendre dire quelque chose, demande-le-moi directement. Bien sûr que je regrette qu'il soit là. Tu étais heureuse, Ginny, ta carrière t'a rendue heureuse, bien plus heureuse que d'être mère. Ça ne fait pas de toi une mauvaise personne ou une mauvaise mère, c'est comme ça. Tu es tombée enceinte au mauvais moment, James est arrivé au mauvais moment. James est là parce que j'ai averti la presse sans m'en apercevoir, parce qu'Harry voulait sa famille et parce que tu culpabilisais d'avoir trompé ton mari.
- Maman !
- Nous sommes seules. Hermione est partie surveiller James et personne…
Mon cœur bat aussi fort que lorsque j'étais là-haut, dans les airs, à envoyer le souaffle dans le bon anneau. Presque aussi fort. Parce que j'ai beau redouter que quelqu'un d'autre que ma mère apprenne un jour que j'ai trompé Harry, rien ne sera jamais plus important que le quidditch à mes yeux.
- Moi, à la différence de toi, je ne lui en veux pas d'être né. Moi, à la différence de toi, je ne crois pas qu'il ait été séduit par la magie noire. Il est… différent. Parce qu'on lui a collé une étiquette à sa naissance et que, contrairement à ses cousins, à son frère, à sa sœur, il ne ressemble pas à cette étiquette. Mais il n y est pour rien. Il n'a pas choisi, tu sais. Il n'a pas choisi de naître à ce moment-là et d'interrompre ta carrière.
- C'est facile de dire ça !
- Non, Ginny. Ce n'est pas facile pour moi d'avouer que je n'ai aucune raison d'en vouloir à mon petit-fils d'avoir enlevé à sa mère, à ma fille, sa joie de vivre. Ce n'est pas facile. Et ça ne le sera jamais.
ooOOoo
L'ordinateur faisait défiler les sites, les liens, les textes, les images. James était toujours étonné d'avoir accès à tant d'informations et, même s'il avait souvent entendu sa marraine, Hermione, dire que tout n'était pas véridique, il n'en était pas moins émerveillé.
Et compréhensif. Le cas Hugh Irving et son envie de révéler, via internet, l'existence du monde magique lui paraissait tout à cas bien plus compréhensible. Et possible.
Une encyclopédie participative, un blog, un message dans les réseaux sociaux. Les tentations étaient nombreuses.
- Que fais-tu ?
James ne fut nullement surpris par la brusque apparition de sa marraine. L'animal en lui l'avait sentie arriver. Comme à chaque fois qu'un membre de la famille essayait de le piéger, persuadés qu'ils étaient, tous, que James cherchait un moyen de faire une bêtise monumentale.
- Je travaille mon mémoire.
- Sur un site moldu traitant de… des peuples nomades ?, relava-t-elle, sceptique.
- Je prépare un exposé pour le cours d'histoire de la magie et j'avais envie de faire une sous-partie sur les communautés constituées à la fois de sorciers et de moldus.
- Une sous-partie pour un sous-peuple, railla Hermione.
- Tu es à mes yeux la sorcière la plus intelligente, la plus sensée et la plus juste. Mon amie Solenne est une des élèves les plus doués de notre promotion et ses origines sont moldues. Mon ami Jean-Paul est travailleur et loyal, et ses origines sont moldues.
- Reprends-moi si je me trompe mais je crois savoir que tu as de nouveaux amis qui ont bien moins d'origines moldues.
- Nous travaillons ensemble nos mémoires respectifs comme des… comme des collègues. Je ne vais certainement pas refuser de passer du temps avec quelqu'un parce que ses aïeux ont commis des actes ignobles. La tolérance c'est vers tout le monde. Sinon ce n'est pas de la tolérance.
Elle l'observa sans ciller, refusant de donner raison à un garçon dont on disait qu'il glissait peu à peu dans la magie la plus noire.
- Tu devrais le savoir, pourtant, Hermione. Que disait la presse de vous, de mon père, quand vous aviez mon âge ? Je ne peux pas croire que tous les élèves, à l'époque, vous croyaient vous et pas la presse. Vous avez dû être l'objet des rumeurs les plus désespérantes.
- C'était une autre époque.
- Justement. Tu ne me feras pas croire que vous vous êtes battus seulement pour vous.
- Qu'est-ce que tu insinues ?
- Vous vous êtes battus pour un monde meilleur. Un monde dans lequel vos enfants pourraient vivre et s'épanouir en toute quiétude, sans la menace de Voldemort et de ses disciples. Mais d'autres menaces, même si elles sont moins périlleuses, subsisteront toujours. Et vous fermez les yeux. Vous nous laissez nous battre seuls alors qu'on serait tellement plus forts si on faisait face tous ensemble.
- La presse te traîne dans la boue, bon, d'accord. Mais y a pire dans la vie, James. Tu voudrais que ta mère te tienne la main à chaque fois qu'un article paraît ?
- La dernière fois que ma mère m'a touché j'avais sept ans, et elle me tenait le bras pour m'empêcher d'approcher la vitrine du magasin de quidditch. Je ne faisais pas référence à la presse mais à ça, dit James d'un ton froid en brandissant son bras mort. La salamandre m'a blessé mais à ma place ça aurait pu être n'importe qui. Albus, Lily, Rose, Hugo. Remarque, si ça avait été l'un d'eux, peut-être auriez-vous réagi.
- Tu…
- Et ne m'accuse pas de toutes ces conneries. Je n'ai jamais fait entrer cette saloperie de salamandre à Poudlard. Et je n'ai créé aucune débauche. Tu le sais, mes parents le savent, vous laissez les autres croire tous ces mensonges, vous ne faites rien pour m'innocenter, ni pour me soutenir. Alors qu'est-ce que tu veux, Hermione ? Qu'est-ce que tu veux vraiment ?
Elle lui tourna le dos, envisageant de se sauver d'une situation qu'elle ne voulait pas affronter. Mais elle se ravisa. Hermione Granger-Weasley avait du courage à revendre, suffisamment pour repousser la lâcheté loin, très loin d'elle.
- J'ai conseillé à Rose de s'éloigner de toi. Et de Natasha Kandinsky.
- C'est débile, s'exclama-t-il. Natasha ne ferait jamais de mal à Rose. Elles s'adorent et…
- Je ne vais pas te faire croire que je voulais le bonheur de ma fille. Parce que c'est faux. Si j'avais réfléchi ne serait-ce que quelques minutes, j'aurais su que rien ne pouvait davantage la dévaster que s'éloigner de Natasha et de toi.
- Pourquoi tu me dis ça, Hermione ?
- Je n'en sais rien, James. Peut-être parce que tu t'es toujours montré sincère. Peut-être parce que je culpabilise d'être une mauvaise marraine, d'être une mauvaise mère. Peut-être parce que je n'ai jamais fait d'erreur auparavant et que je ne sais pas réparer celles que je commets avec Rose. Peut-être parce que je sais que tu es capable de réparer mes erreurs.
Elle ne baissa pas le regard, curieuse de ressentir pour la première fois la déception qu'elle inspirait. Jamais on ne l'avait regardé ainsi. Toujours on l'admirait, toujours on vantait son intelligence. Et voilà que James Potter, qui l'avait érigée au statut d'idole, lui renvoyait sa déception, par vagues immenses.
- Rose me croit coupable. Nous ne nous parlons plus depuis des semaines. Mais elle t'aime. Et moi aussi je t'aime. Alors je ferai ce que je pourrai. Et toi tu pourras répéter mes phrases niaises à Ron et mes parents. Ça vous donnera une occasion de plus de rire et de vous moquer. Maintenant, si tu permets, j'ai un mémoire à écrire.
Les joues rougissantes, Hermione acquiesça avant de quitter la pièce sur la pointe des pieds.
ooOOoo
Il ne se mêlait pas aux autres. Des oncles qui se taisaient dès qu'ils l'apercevaient, des cousines qui détournaient le regard, un frère qui attirait sourires et bienveillance. La tolérance et la présomption d'innocence ne lui étaient pas accordées. Il ne servait à rien de se défendre, personne ne l'aurait cru.
George, qui avait toujours partagé ses nouveaux projets avec Fred et James, ses « dignes successeurs », ignorait son neveu. Il ne disait rien, mais James s'imaginait sans mal que son oncle ne supportait pas que son neveu passe ses journées avec les enfants de ceux qui avaient tué Fred, son frère jumeau.
Percy laissait entendre que ses relations au ministère étaient mises à mal par les agissements de James. Harry ne démentait pas. Pas plus qu'Hermione, Fleur ou Bill.
Ginny le fixait, sauf quand James tournait la tête vers elle. Il ne comprenait pas son insistance, il ne comprenait pas son soudain intérêt, il ne comprenait pas pourquoi elle ne lui parlait jamais, ni ne l'accompagnait à Sainte Mangouste le mardi et le jeudi, lorsqu'il passait des examens médicaux imposés par le professeur Shiitaké.
Dominique, Molly et Lucy évitaient l'ambiance maussade du Terrier, Victoire et Teddy aménageaient ensemble et Fred volait pendant des heures, clamant haut et fort qu'il en était de son devoir de capitaine de l'équipe de quidditch de Gryffondor.
- Il est insupportable.
James continua de feuilleter son manuel de Botanique, bien qu'il ait mis un point final à son devoir deux heures auparavant. Lily et Rose se tenaient de chaque côté de l'embrasure de la porte. James ne leur avait plus parlé depuis des semaines. James ne parlait plus à quiconque.
- Il est nul comme capitaine.
La voix de Lily. Sa nouvelle voix. Effacée, tiraillée.
- Il sort avec Natasha.
La voix de Rose. Froide, déçue, colérique.
James n'était nullement déçu, nullement blessé. Il avait clos le chapitre Natasha définitivement, peu lui importait désormais qu'elle sorte avec Fred ou n'importe qui.
- Elle le fait pour t'emmerder, jura Rose d'une voix écœurée. Lui n'a jamais compris que tu pouvais aimer Natasha, il voulait juste sortir avec un membre de l'équipe de Serdaigle, pour casser leur équilibre, pour emmerder Nalani.
James haussa les épaules, toujours de dos, tournant une nouvelle page de son manuel.
- Merde, James, ça serait bien que tu réagisses, là ! Vous êtes aussi aveugles l'un que l'autre, aussi stupides l'un que l'autre, aussi…
- Tu ne veux pas baisser d'un ton ?, intervint Louis qui lisait un livre au fond de la pièce. Déjà qu'Angie et Georges passent leurs journées à se disputer…
- Fred et Natasha couchent ensemble, ça me semble plus important que ton article sur les licornes.
Du coin de l'œil, James put voir Louis soupirer alors qu'il levait les yeux au ciel.
- Es-tu sûre qu'ils couchent ensemble ?, s'étonna néanmoins Louis.
- On n'est plus amies mais on partage encore le même dortoir.
- C'est pas possible, lâcha Lily. Natasha est… Elle est… Par Merlin, je croyais qu'elle valait mieux que ça.
- Les adolescents de l'âge de Fred ne pensent qu'au sexe, affirma Rose.
- C'est faux, rétorqua Louis. Je te signale que j'ai le même âge que Fred et…
- Je te signale que Hugo dort dans la chambre adjacente à la tienne, ici, et il vous a entendus Marcia et toi le soir où Lucy l'a invitée.
- Marcia est ma petite amie depuis des mois. Je n'ai jamais vu Fred et Natasha ensemble.
- Peu importe. Vous les mecs, vous ne pensez qu'à ça alors que nous on recherche autre chose. C'est pour ça qu'on ne sort pas avec vous, parce qu'on sait qu'on va y passer.
- Donc, soupira James en se levant pour leur faire face. Si ce que tu dis est vrai, Natasha le sait, et sort avec Fred en toute connaissance de cause.
- Tu ne voudrais pas en avoir le cœur net ?, s'étonna Rose.
- Non, déclara James en glissant un marque-page dans son manuel. Je n'ai aucune envie de débarquer chez les Kandinsky pour faire une scène à Natasha. « Tu sais ce qu'il veut ? Coucher avec toi ! », singea James, méconnaissable aux yeux de sa sœur et de ses cousins. Elle me rétorquera qu'i pas si longtemps, je voulais la même chose que Fred.
- Tu ne voulais pas coucher avec elle, tu l'aimais !
- Tu fais bien de parler au passé, répliqua James avec froideur. La vie amoureuse de Natasha ne me regarde pas. Pas plus que ses relations sexuelles. Ça ne m'a jamais regardé.
Profondément choqués par le « nouveau James », Lily, Rose et Louis quittèrent la pièce. James ne s'en aperçut même pas, il leur avait déjà tourné le dos, replongeant dans ses révisions. Et dans le silence.
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Château de Comghal O'Brien
Le sapin était si grand, si large, que les enfants avaient mis des heures à le décorer. Le château de Comghal était envahi de bruit et de mouvements. Des buffets grandioses et des bouteilles par centaines, une piste de danse, un orchestre, des tenues de fêtes et des sourires. Et parmi la foule, un homme tentait d'apaiser sa colère.
- Ton frangin n'a pas fait les choses à moitié, s'exclama Pansy Parkinson.
Blaise hocha la tête. Chaque année, en bon chevalier irlandais qu'il était, Comghal invitait tous les habitants du village, des imminents de la cour du Roi aux familles qui n'avaient pas une noise à dépenser. Et chaque année les frères de Comghal étaient autorisés à inviter tous ceux avec qui ils voulaient fêter Noël.
Blaise n'avait qu'une personne en tête. Son fils. Son fils blessé, son fils meurtri. Son fils qui ignorait qu'au dehors, un père aimant rêvait si fort de le rencontrer.
- L'an prochain, promit Théodore, compréhensif.
Evelyn Zabini avait demandé à Comghal l'autorisation d'inviter tous les amis de son mari. Qui se résumaient à quatre personnes. Drago Malefoy, Théodore Nott, Pansy Parkinson d'un côté, Kieran Donovan de l'autre. Blaise avait semblé surpris, mais profondément heureux de voir arriver ce nouvel ami. Il l'avait brièvement présenté aux anciens Serpentard qui, tout en gardant scepticisme et réserve, s'étaient montrés polis. Ce qui était déjà un exploit aux yeux d'Evelyn.
- Mes enfants lui ont écrit, annonça Kieran Donovan en s'approchant des quatre Serpentard. C'était principalement Nolan qui écrivait mais chacun a rajouté un petit mot. Noélia parce qu'ils s'entendent bien, Océane parce qu'elle trouve que James est « toujours très gentil avec moi », ajouta Kieran en mimant les guillemets. Et Sullyvan parce qu'il a été nommé référent des plus jeunes après l'arrivée des irlandais et qu'il s'entend bien avec James.
- James leur a répondu ?
- Non. Sa famille renvoie tout son courrier.
La mâchoire de Blaise se contracta. Evelyn posa une main sur son bras mais il n'eut aucune réaction. Elle le voyait devenir de plus en plus nerveux, de plus en plus fébrile.
L'accident de James avec la salamandre, les rumeurs les plus dures, le physique du garçon qui avait tant changé… Ils l'avaient beaucoup observé en gare de King's Cross alors qu'ils attendaient Hadiya et Shania. James tenait son bras mort contre son buste et avançait parmi les gens tête baissée, le teint maladif et le corps traversé de soubresauts.
Elle avait compris, en guettant la réaction de son époux, qu'il résistait difficilement à la tentation de prendre son fils dans ses bras.
Mais la vérité devait attendre. La vérité devait arriver doucement, lorsque James serait majeur. La vérité ne devait pas éclater sans précaution, James devait l'apprendre en douceur pour ne pas être dévasté, ils y veilleraient. Ils y veillaient déjà.
- Blaise…
Un souffle. Un murmure effrayé. Blaise fronça les sourcils. Jamais Evelyn n'avait vu Drago Malefoy se laisser trahir par ses émotions. Ça ne laissait rien présager de bon. Evelyn se tourna vers l'entrée de la salle, son cœur se mettant à battre plus fort.
Scorpius arborait la tête des mauvais jours, entouré de quelques-uns de ses camarades de Poudlard. Astoria avait expliqué aux Zabini que les nouvelles fréquentations de Scorpius avaient été rendues publiques, et que les nouveaux princes de Poudlard avaient été invités par les Potter à fêter le nouvel an chez les Weasley. En contrepartie, la famille Higgs les avait conviés à fêter Noël… chez Comghal O'Brien, le Chevalier souverain du village où habitait la famille Higgs.
Evelyn observa Albus Potter. Elle ne cherchait pas en lui un quelconque trait de ressemblance avec James – et pourtant leur lien de parenté était indéniable – mais elle voulait voir à quoi ressemblait le jeune homme qui prenait tant de plaisir à torturer son frère.
- Comment ne voient-ils pas que tout est forcé en lui ?, murmura Pansy Parkinson pour elle-même.
Albus Potter forçait de timides sourires qu'il adressait à la foule, comme gêné de se trouver là.
- Crétin, lâcha Evelyn avant de se tourner vers son mari.
Elle voulait le rassurer, lui changer les idées, mais Blaise n'était pas énervé. Blaise ne regardait pas Albus. Blaise était stoïque. Blaise regardait derrière le cadet des Potter. Evelyn suivit son regard, se réjouissant de voir ses deux filles ensemble, et en train de rire qui plus est. Ce n'est qu'à ce moment précis qu'elle le vit.
La main de Blaise se fraya un chemin jusqu'à la sienne. Elle sentit les doigts tremblants de son mari s'agripper désespéramment à elle. Autour d'eux leurs amis retenaient leur souffle. Le silence était pesant. Trop lourd. Menaçant.
ooOOoo
Inconscients qu'ils font l'objet d'une observation crispée, mes filles et James continuent de rire. Ça rend Albus Potter nerveux, je le remarque même de loin. Hadiya s'en est également aperçue, du coup elle rit trois fois plus, pour l'énerver, pour se venger, pour venger James. Lysa Ferton fait une courte apparition près d'eux, le temps de voler un baiser à un James surpris et rougissant. Mes filles en rient de plus belle. Je suis heureuse de voir qu'il est toujours le même, et non cet être blasé et las qu'il laissait paraître en gare de Kings Cross. James est tout bonnement, tout simplement heureux d'être ici, et ça fait plaisir à voir.
- Il est plus mignon que ce que j'imaginais, remarque Pansy.
Elle lâche un gémissement en sentant le double coup de coude de Drago et Astoria mais elle réussit à me tirer un discret petit rire. I qu'elle pour détendre l'atmosphère.
- Quoi ?, se défend-elle devant le regard noir de mon mari. J'y peux rien s'il est sexy. Je ne vais pas le pervertir, il ne doit pas avoir assez d'endurance pour moi. Quoi ?, répète-t-elle, joueuse, il sera bientôt majeur.
- Ne t'avise pas de t'approcher de lui, la menace Blaise.
- Je croyais justement que tu voulais que j'entre dans sa vie.
- Comme une amie, une tante. Une vieille tante.
Théodore et Drago ricanent. Astoria lève les yeux au ciel. Kieran Donovan sourit malicieusement. Ses enfants ont rejoint les miens, l'une de ses filles parle avec Lysa Ferton, une autre salue la bande de Scorpius. Elle doit avoir leur âge.
James se détourne de Shania pour saluer les Donovan. Il répond à l'étreinte de Nolan avec un grand sourire. Il paraît si heureux de se trouver là que je ne peux qu'imaginer la détresse qu'il doit ressentir lorsqu'il est seul. Nolan hoche la tête vers nous.
La main de Blaise se paralyse dans la mienne. James sourit timidement avant de se retourner vers ses sœurs. Scorpius, temporairement séparé des autres « princes de Poudlard », acquiesce légèrement.
Tous les trois commencent à marcher vers nous, entraînant un James hésitant à les suivre. Blaise va se pétrifier. Mes doigts sont engourdis sous la force de sa prise.
Scorpius s'immobilise. A un mètre de nous. Théodore et Kieran Donovan s'approchent de Blaise, prêts à le soutenir si besoin. Shania et Hadiya évitent mon regard, celui de leur père. James sourit gentiment, tête baissée.
- Mes filleuls !, s'exclame une nouvelle fois Pansy. Quelle est cette tête mal coiffée que vous nous ramenez ?
Je viens définitivement de perdre ma main droite.
Hadiya se place près de James, se comportant déjà comme une sœur. Shania et Scorpius se déplacent également, prêts à défendre mon futur beau-fils. Mais celui-ci, contre toute attente, relève la tête et s'avance vers Pansy.
- Je m'appelle James, madame.
Il a un sourire inquiet mais franc. Respectueux et chaleureux. Sa main est tendue vers Pansy qui, surprise, la serre lentement.
- Drago Malefoy, se présente le blondinet de la bande avec un sourire avenant. Et elle c'est Pansy Parkinson.
- Je suis ravi de vous rencontrer madame Parkinson, monsieur Malefoy.
Théodore suit le mouvement, serre la main de James avant de laisser place à Astoria et Donovan. James a un petit mot pour chacun, vante les exploits sportifs de Scorpius, l'intelligence et le sérieux des Donovan. Nos amis sont surpris. Et conquis. Il ne reste plus que nous.
- Vous devez être monsieur et madame Zabini.
Il a dirigé ses yeux vers nous, nous sourit maladroitement. Shania se tord les doigts dans tous les sens, Hadiya me supplie du regard.
- Oui, je… Bonjour James, je m'appelle Evelyn.
- Vos filles vous ressemblent beaucoup, me répond James gentiment en serrant ma main avec douceur.
Ses doigts sont légèrement tremblants. Mais il a l'air sincèrement heureux de nous rencontrer, de rencontrer les parents de ses amis.
Le point culminant arrive enfin. James se tourne vers mon mari. Vers son père. Et Blaise ne bouge toujours pas. J'essaie de presser ses doigts pour le faire réagir mais ma main est toujours ankylosée. Le silence est lourd. Je vois ses amis chercher en vain une idée, mais James recule d'un pas, avec un sourire compréhensif.
- Eh bien… J'ai été ravi de vous rencontrer. Passez de bonnes fêtes et… Joyeux Noël.
Sa maladresse me touche. Je sais que je pourrai l'aimer comme mon fils. En revanche les choses ne pourraient être plus mal parties entre Blaise et son fils. Alors que James commence à partir, nous expirons tous en même temps, soulagés d'en avoir fini avec ce moment de pure angoisse. Blaise lâche ma main, je secoue légèrement mes doigts engourdis.
- Attends !
Le cri de Blaise me paralyse. Le cri de Blaise nous paralyse tous. Avant que l'on ait pu le stopper, il avance vers James qui s'est retourné, surpris.
- Je suis désolé. Je cherchais mes mots, je ne voulais pas dire de bêtise.
Blaise parle d'une voix forte. James hoche la tête, rougit légèrement.
- Je peux comprendre que vous ne vouliez pas de ma présence ici, monsieur Zabini.
- Non ! Non, désolé, je… Je suis heureux que tu sois ici.
L'air peut de nouveau entrer et sortir normalement. Je manque toutefois de m'évanouir. Après plus de seize ans de séparation, mon mari se retrouve en face de son fils. Je sens Shania chercher ma main, le souffle saccadé d'Hadiya est déjà près de mon cou. Astoria m'encourage d'un sourire lumineux. Pansy a posé sa main sur mon épaule. Tout se passera bien. Nous y veillerons. Nous y veillons déjà.
La sincérité dans la voix de Blaise semble toucher James qui lui sourit timidement. Il hoche respectueusement la tête, laissant au plus âgé des deux la décision de poursuivre ou non leur conversation. Et Blaise ne laisse pas échapper l'occasion.
- Si je cherchais mes mots c'est parce que j'ai des tas de choses à te dire, James. Mais… Mais je me contenterai de dire l'essentiel, du moins ce qui me paraît être essentiel en cet instant. Je te trouve admirable.
James ouvre un peu plus les yeux, franchement étonné.
- Je n'aurais sans doute pas supporté d'être à ta place. Accusé à tort, attaqué de toutes parts, blessé, sali. Tu as beaucoup de courage en toi. Tu continues d'aider les autres, d'être serviable et généreux. Je sais que tu souffres. Je sais que ce qui t'arrive est… à la limite du supportable. Mais n'oublie jamais que tu n'es pas seul.
Blaise s'interrompt, sans doute pour laisser le soin à James de répondre.
- Vos filles prononcent souvent ces mots-là, monsieur Zabini. Je devrais sans doute me méfier mais…
- Je ne te veux aucun mal, coupe précipitamment Blaise. Nous ne te voulons aucun mal.
- D'accord, souffle James. Merci monsieur Zabini.
Je ne vois Blaise que de dos mais je sens qu'il n'a jamais été aussi heureux. Je fais quelques pas pour les observer de profil, en veillant à ne pas trop m'approcher pour leur laisser toute l'intimité dont ils ont besoin.
Blaise observe les mains de James qui se plient et se déplient nerveusement. L'émotion est à son paroxysme.
- Je sais que ce que je vais te dire va te donner encore plus envie de te méfier mais si tu as besoin de quoi que ce soit, à n'importe quel moment, n'hésite pas à faire appel à moi.
- Vous me paraissez sincère, monsieur Zabini. Mais je ne comprends pas pourquoi vous l'êtes. Nous ne nous connaissons pas, pourquoi êtes-vous tous aussi gentils et avenants avec moi alors que mon nom, ma famille, ne vous rappellent certainement que de mauvais souvenirs ?
- Qu'est-ce que tu insinues, petit ?, s'étonne Pansy sur la défensive.
- Rien de mal, affirme James. Certains de mes amis avaient un parent à Serpentard du temps de la guerre et ils ont eu du mal à trouver un emploi après la bataille. Parce qu'ils n'avaient pas choisi un camp, parce qu'on les avait forcés à un en choisir un ou tout simplement parce qu'ils ont fait une erreur. J'ai eu du mal à croire mes amis, au début, parce que j'étais… parce que je suis naïf. Parce que certains membres de ma famille travaillent au ministère et que je n'aurais jamais cru que… Enfin, je ne suis pas en train de sous-entendre que vous avez fait de mauvais choix mais…
- Calme toi, mon garçon, le coupe Blaise d'une voix douce. Personne ne t'en veut. Personne, ici, ne te fera du mal.
Son ton est celui des réveils éplorés des enfants, après un cauchemar. Celui des bêtises qui tournent mal, celui des peurs inexpliquées, des mauvaises notes. Ce ton il l'emploie toujours quand nos enfants en ont réellement besoin. Ce ton les apaise toujours parce qu'il est doux et tendre, parce qu'il signifie que leur père est là, prêt à tout pour eux, qu'ils ne risquent rien, que leur père les protège. James semble ému. Mais la prudence ressurgit. La confiance aveugle qu'il plaçait en quiconque a sans doute été ternie depuis l'incident avec la salamandre.
- Pourquoi, monsieur Zabini ?
J'ai soudain envie de courir, d'attraper Blaise par le bras et de l'amener loin. Loin des erreurs qu'il pourrait commettre, loin des mots de trop.
- Parce que tu es mon…
- Blaise, l'interrompit fermement Théodore. Tu sais bien qu'il y a des choses que James ne saura que lorsqu'il sera majeur.
- Oui, tu as raison. C'est juste que… C'est bientôt alors…
- Alors ni lui ni toi n'avez beaucoup de temps à attendre. Je suis certain que vous saurez vous montrer patients. N'est-ce pas, James ?
Celui-ci parait dubitatif. Et puis, subitement, il laisse échapper un petit rire.
- Vous êtes mystérieux dans votre genre, plaisante-t-il, souriant.
Il y a tant de gentillesse en lui, tant de confiance en l'humain que tous autour de lui sourient. Même la froide Astoria. Même Pansy.
- Tu gagnes à être connu, petit, approuve Pansy. Je ne l'aurais jamais cru.
- Parce que je suis un Potter ?
Sa naïveté me touche. Son ignorance me met mal-à-l'aise. Nous sommes tout autour de lui, autour de Blaise. Nous savons et lui ignore tout.
- Un ange passe, ricane Pansy.
- Pansy, souffle Théodore, réprobateur. Non, James, ne t'inquiète pas, Pansy est juste… Pansy. Elle croit que les gens intéressants se résument à nous.
- A moi, tu veux dire, raille Pansy. T'inquiète, bonhomme, je me fiche pas mal du nom que tu portes. Ce que je vois dans tes yeux me suffit.
- Des mystères, toujours des mystères, soupire James.
Ce fatalisme qu'il force me touche d'autant plus. Je le trouve admirable. J'ai tant envie d'avancer vers lui, de ne pas lui laisser le choix, de le serrer contre moi, de lui dire « viens avec nous », de l'amener à la maison, de l'aider à décorer sa chambre, de le voir jouer avec les filles, avec Haïdar.
Mais James mérite d'avoir le choix. James mérite d'avoir toutes les armes en main, au moment adéquat. Majeur, il n'aura à supporter ni procès, ni guerre entre ses deux familles. Majeur, il pourra choisir de connaître Blaise, de faire une place dans sa vie à cette famille dont il ignore tout.
« Bientôt », je pense de toutes mes forces. « Bientôt ».
ooOOoo
Il était quelque peu troublé, un brin ému d'être le centre d'attention de tant d'adultes qu'il ne connaissait pas, quelque peu amusé par la relation qu'entretenaient ces mêmes adultes à se chamailler malgré leur quarantaine assumée.
Il les salua d'un signe de tête et le destin voulut qu'il terminât par Blaise Zabini. L'intensité était telle dans ses yeux, que James plongea les siens dans ces deux perles couleur noisette entourées d'un bleu profond. C'était la première fois que James rencontrait des yeux si semblables aux siens. Si semblables qu'il lui semblait se regarder dans un miroir.
S'il faisait abstraction de la couleur de peau de l'homme qui se tenait en face de lui, et de sa carrure impressionnante, on aurait pu les prendre pour père et fils, se dit James.
Il sentait qu'il devait dire quelque chose mais il ne trouvait pas de mot. Une larme coula sur la joue de Blaise Zabini. L'homme, pourtant, souriait. Il semblait n'avoir jamais été aussi heureux.
- Bientôt, murmura-t-il pour que seul James l'entende.
Un murmure au doux accent de promesse.
ooOOoo
Une heure plus tard, dans les étages du château de la famille O'Brien
- C'était dingue !
Les portes claquaient devant leur fougue.
- C'était complètement dingue !
Les bougies dansaient sur leur passage.
- Dingue, dingue, DINGUE !
Le sommier grinça longuement lorsque, telle une tornade, Shania s'effondra sur son lit. Blasés, Scorpius et Hadiya, s'affalèrent à ses côtés en respectant toutefois davantage le mobilier des O'Brien. Même si désormais plus aucun de leurs proches ne semblait ignorer la vérité sur James, Scorpius et les sœurs Zabini avaient délaissé leurs amis et cousins pour déverser leur trop plein d'adrénaline.
- J'ai cru que j'allais EXPLOSER !, hurla une nouvelle fois Shania.
Scorpius ferma les yeux, portant ses mains à ses oreilles. Et soudainement, il se mit lui-même à hurler. Un cri fort et sauvage. Libérateur.
Lorsqu'Albus Potter s'était aperçu que James parlait avec les parents de Scorpius et leurs amis, il s'était mis en tête d'en faire de même. Il avait attendu que Lysa Ferton entraîne son frère entre deux portes pour l'embrasser, pour approcher des adultes fascinants qui débordaient d'autorité et de prestige. « Il a vite été déçu », songea Scorpius en souriant.
Une rencontre brève, polie mais froide. Quelques mots empruntés pour saluer le fils du Survivant. Et puis Drago lui avait tourné le dos, entraînant ses amis dans une conversation politique, comme pour signifier à Albus qu'il était déjà de trop.
Rendu fébrile par la rencontre de James et Blaise, Scorpius n'avait pas très bien compris ce qui s'était passé ensuite, si ce n'est qu'Albus avait appelé son père, pinaillant pour rentrer plus tôt, et que les parents de Rudy Higgs s'étaient empressés de ramener tout le monde chez soi. Ça n'avait pas ravi les sœurs Zabini et Lysa Ferton, qui voulaient profiter de la présence de James mais celui-ci ne sachant pas encore transplaner, dut suivre les Higgs. Il s'était cela dit empressé de trouver Comghal, le remerciant pour son hospitalité, et s'était une nouvelle fois retrouvé devant Blaise et ses amis, leur souhaitant poliment de passer de bonnes fêtes de fin d'année. Il s'était rapproché de Blaise et Scorpius l'avait entendu murmurer quelques phrases.
« Je me suis beaucoup attaché à vos filles, monsieur Zabini. Alors, quand je serai majeur, vous saurez où me trouver. Je serai curieux d'en apprendre davantage au sujet de ces mystères dont vous ne pouvez pas me parler pour le moment. »
Surpris, mais ne cachant nullement sa fierté, Blaise avait acquiescé. Et promis.
- Il a dit « vos filles » ! J'suis trop vexée qu'il fasse pas d'différence entre toi et moi alors que…
Le regard meurtrier d'Hadiya interrompit sa sœur qui préféra en rire. Rire et hurler. Pour évacuer toutes les tensions et le stress qu'ils avaient ressenti.
- C'quand son anniv' ?
- Cet été, répondit Scorpius. Ça passera vite, ajouta-t-il à l'adresse de Shania qui soupirait.
- Ça passera même très vite, assura Hadiya.
Elle réfléchissait à vive allure. Autant Shania et Scorpius s'étaient trouvé un grand frère génial en la personne de James, autant Hadiya le voyait comme une sorte de jumeau qu'on lui avait enlevé bien trop tôt. Scorpius ne comprenait pas vraiment comment résonnait sa « cousine », mais il savait qu'elle aimait sincèrement James, comme elle avait aimé ce qu'il avait longtemps été à ses yeux. Une impression, un doute, une envie.
Bien avant que Blaise ne leur dévoile la vérité, Hadiya sentait l'ombre d'un enfant. Un enfant de son âge, un enfant qui vivait quelque part, loin d'elle. Un enfant qu'elle cherchait parmi les nouveaux élèves à chaque rentrée scolaire, un enfant qu'elle cherchait à chaque voyage, dans chaque ville. Elle n'avait pas été surprise quand Blaise leur avait appris la vérité. Elle avait été soulagée. Soulagée de ne pas être folle, soulagée de ne pas avoir imaginé qu'un être était là quelque part. Un être avec qui partager la responsabilité du premier enfant, la fierté des parents, la surveillance des plus petits. Un être avec qui découvrir le monde. Un être à aimer.
Aux yeux de Scorpius, Hadiya était l'être le plus aimant. La personne la plus désireuse d'aimer. Elle avait peu d'amis, parce qu'ils la décevaient souvent. Hadiya aimait ses proches, entière et sans détour. Discrète, hautaine et farouche, elle ne supportait ni la trahison, ni la demi-mesure. Avec elle c'était du tout ou rien. Et elle avait décidé qu'avec James, ce serait du « tout ».
- Ça va être comment après ? Il partira en vacances avec nous ? Il sera là pour les anniversaires, pour Noël ? Il vivra à la maison ?
Les questions de Shania fusaient. La tension s'était envolée pour laisser place aux projections pleines d'espoir. Leur vie allait changer. A condition que James l'accepte. Et autant Shania débordait d'impatience, autant Hadiya semblait penser que James ne pouvait qu'entrer dans leur vie.
- Les filles, je veux pas jouer le rabat-joie de service mais on ne sait pas comment James va réagir.
- Sa famille l'aime pas, il peut avoir une nouvelle famille qui l'aime, j'vois pas pourquoi il réagirait mal, affirma Shania avec une évidence déconcertante.
- Scorpius a raison, souffla Hadiya avec regret. James aime sa famille. Sinon il ne se serait jamais sacrifié pour sauver son frère. Il a été élevé dans la famille des héros, des valeureux Gryffondor, il ne faut pas croire qu'il va sauter de joie dès qu'il saura qu'il est un fils et un frère de serpents.
- James a plein d'potes partout, il s'en fiche des maisons, il aime tout l'monde.
- Ça va quand même lui faire un choc, répliqua Scorius avec douceur. Comment tu réagirais si un Weasley débarquait pour te dire que t'es sa fille ?
- J'lui dirai q'c'est faux, que j'suis pas rousse et… Par le caleçon troué de Merlin. T'as raison.
- James est blanc. Il ressemble un peu à Harry Potter…
- Il a les yeux d'papa.
- Mais il a vécu seize ans sous le poids de l'héritage. Il est l'héritier du Survivant, l'homme le plus admiré et respecté de notre communauté.
- Il est pas cool avec James.
- Scorpius a raison, répéta Hadiya. C'est pour ça que papa attend sa majorité, parce qu'il sera en droit de choisir de lui-même, sans qu'un sort, un prélèvement ou un test médicomagique décide pour lui.
- Il va forcément nous choisir nous, pas vrai ?, demanda Shania les yeux débordant d'espoir.
- Il saura qu'on l'aime, qu'on est là, répondit Hadiya douloureusement. Il nous reste quelques mois pour le préparer du mieux qu'on le peut. Il vaut mieux qu'il ait confiance en nous, qu'il reste attaché à nous plutôt que… Je veux dire, c'est quand même mieux d'apprendre qu'on est le frère de deux nanas hyper cool et hyper belles comme nous plutôt que d'apprendre qu'on est le fils d'un mec qu'on ne connait pas et le frère de deux nanas qui se résument à… j'sais pas, moi, deux irlandaises sans importance, ou pire, des adversaires de quidditch.
- Il aurait pu être celui qu'on dépeint par facilité, un Gryffondor sans attrait ni esprit qui s'en prend aux Serpentard pour devenir comme son père, acquiesça Scorpius. Au lieu de ça il est curieux, ouvert d'esprit et il aime les gens.
- On aurait pu être deux reines de glace tueuses de moldus et prêtes à tout pour ramener le fils du Survivant en offrande à notre père qui se serait révélé être un mage noir en puissance. Au lieu de ça notre père a épousé une moldue et on est les filles les plus parfaites qui soient.
Scorpius toussa, étirant un sourire moqueur. Les adolescents qu'ils étaient avaient besoin de se détendre et d'évacuer toutes ces tensions inutiles. Nulle urgence ne les menaçait.
Le destin battait ses cartes et aucun des trois n'avait de don en matière de Divination. Les premiers oreillers volèrent, défaisant les jolies coiffures, chauffant les oreilles. Le sommier n'en finissait plus de grincer.
ooOOoo
James n'avait jamais ressenti autant d'amertume qu'en ces vacances de Noël. Il gardait en mémoire les moments agréables qu'il avait passé avec ses amis lors du bal, alors qu'il avait tant raison de redouter les retrouvailles familiales. Sur le quai de la gare, après les tendres adieux échangés avec Lysa, James avait attendu qu'Albus et Lily arrivent près de leurs parents pour les joindre à son tour. Aucune étreinte, aucun baiser échangé et pour la première fois, il n'en était pas si déçu que ce qu'il avait pu imaginer.
Ils étaient partis directement au Terrier où ils célèbreraient les fêtes de fin d'année en famille. James ne se montrait chaleureux qu'envers ses grands-parents, fuyant le reste de la famille, disparaissant pendant des heures.
Lily avait vu ses rêves comblés et Noël lui avait apporté le plus beau des cadeaux, un bébé lazaro, une créature de la même espèce que celle qu'elle avait sauvé à Poudlard. Alors qu'elle cherchait un nom spécial, James avait proposé Shiva ou Simba du nom du lion sacré d'Inde. Hermione avait rétorqué que ce lion n'était qu'une légende et que les moldus avaient ainsi nommé le personnage principal d'un film d'animation. James n'en doutait pas, il savait qu'Hermione s'intéressait de près à la culture moldue mais en bon féru de mythologie indienne qu'il était, il cherchait seulement à rétablir la vérité. Mais personne dans la famille n'avait sa connaissance dans ce domaine bien précis et on l'accusa d'être anti-moldu. James s'en défendit en vain car sa mère et sa marraine n'avaient pas perdu de temps et avaient fouillé ses affaires. Elles en avaient sorti la liste des nés moldus de Poudlard que Pepper avait donnée à James afin qu'ils surveillent ensemble ces élèves afin qu'il ne leur arrive rien de mal.
Sa mère et sa marraine avaient déblatéré une excuse toute faite, arguant qu'elles avaient trouvé la liste par hasard, en récupérant les uniformes de James pour les nettoyer avant la rentrée. Exaspéré de devoir sans cesse lutter alors qu'il peinait déjà à supporter la douleur de son bras, James avait démontré qu'elles mentaient, expliquant que la liste n'était pas dans sa malle, avec ses vêtements, mais dans son sac.
- Tu n'es pas tombée dessus par hasard, comme tu dis, mais parce que tu fouillais mes affaires. Tu cherchais quoi ? Une preuve d'une culpabilité quelconque ? Une peluche en forme de salamandre, peut-être ? Un poison qui écorche la peau et arrache les ongles un à un ?
Personne ne le soutint, pas même son grand-père Arthur qui le regarda avec une immense déception. Percy l'accusa même d'être devenu un « étrangleur de sang de bourbe ». Harry ne lui laissa pas le temps de se défendre, hurlant combien il avait honte de lui et l'accusant d'avoir attaqué son frère le soir où son bras avait été blessé. Fleur lui demanda même comment il arrivait à se guérir alors que le professeur Shiitaké ne le pouvait pas. Les mots « magie noire » et « nouveaux amis » arrivèrent aux oreilles d'un James écœuré de voir ainsi toute la famille liguée contre lui.
L'escapade en Irlande, chez Comghal O'Brien, fut une immense bouffé d'air frais. Mais, encore une fois, il en paya le prix dès son retour. Son sourire, les murmures d'Albus qui affirmait que James s'était « si bien entendu avec les Serpentard qui était dans ta classe, tu sais papa, ceux qui sont devenus Mangemorts », l'avaient plus isolé, encore. Parce que les adultes le traitaient avec mépris, parce que les plus jeunes ne comprenaient pas.
James avait voulu quitter le Terrier mais son père s'y était opposé. Il était encore mineur et accepta donc la décision paternelle, s'enfermant à longueur de journée pour lire, apprendre, noter et avancer son mémoire. Il avait fini ses devoirs de vacances le lendemain de Noël pendant que ses cousins et frère et sœur s'extasiaient de leurs cadeaux. Lui avait eu le pull tricoté par sa grand-mère mais rien d'autre. Pas de balai, comme son frère, pas d'animal, comme sa sœur, pas de friandises, comme l'ensemble de ses cousins. Alors il lisait et avançait son projet, même s'il doutait toujours autant de sa réalisation tant il se croyait incapable de faire quoi que ce soit sans son bras.
Quelque part dans le grenier où il s'était réfugié ne supportant pas de partager sa chambre avec Fred, il trouva un vieux carnet. En feuilletant les pages, il vit que l'objet avait été offert à son grand-père par Albus Dumbledore. C'était une sorte de journal intime aux pages vierges qui percevaient dans son cerveau les réponses aux questions qui tourmentaient son possesseur. Le carnet pouvait également servir de « mémoires » de son possesseur, gravant sur papier à la fois les pensées et les actions de son propriétaire.
« De la belle magie », se dit James sans qu'il en fût surpris. Il avait beaucoup lu sur l'ancien directeur de Poudlard et était absolument fasciné par sa vie et son œuvre. Ce jour-là James sortit de la maison et observa quelques minutes le match de quidditch familial. Il repéra Arthur, vaillant supporter qui, sans doute désolé que son petit-fils n'ait rien reçu à Noël, accepta de lui léguer le carnet qu'il n'avait jamais utilisé.
- Je pensais même l'avoir perdu. Garde-le si tu veux, James, et fais-en bon usage.
Et dès le lendemain, James introduisit son nouveau carnet dans sa petite bourse magique qu'il portait quotidiennement et sans qu'il s'en rende compte, celui-ci s'activa de lui-même.
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Carnet de J.S.P - Le 31 décembre 2020, anniversaire d'Albus.
Nos grands-parents ont eu la brillante idée de nous organiser une « fête », pour célébrer dignement les quinze ans de mon petit frère et cette nouvelle année. C'est Rose qui, étant la « cousine préférée et super proche » d'Albus, a été chargée d'établir la liste des invités.
Ni Jalil Lespare ni Benoit Screta ne sont présents. Des anciens amis d'Albus, seule Sally-Ann est venue. A elle, s'ajoutent Scorpius Malefoy, Rudy Higgs, Julian Acteriez et Timothée Bergson. Rose pense, comme la plupart des élèves du château, qu'ils sont amis depuis les récents évènements.
D'autres jeunes ont été invités, mes grands-parents ont tenu à ce que ce soit une belle fête. Heureusement pour ma sœur, Rose a pensé à inviter Lorcan et son frère jumeau. Quelques jeunes irlandais que je vois très souvent avec Hugo se tiennent à bonne distance d'eux.
Les nouveaux « cousins Weasley » sont là, ainsi que les meilleures amies de Lucy et Molly. Non loin de mes cousines, Natasha ignore Rose et rit aux blagues de Fred.
Pour ma part, aucun de mes amis n'est présent. Rose a dû tout simplement penser qu'il n'était pas très approprié d'inviter mes « nouveaux » amis. La paria de Poudlard. Comme le veut mon père, je fais acte de présence et regarde d'un air fatigué chaque membre de la famille porter un toast ou accueillir un nouvel invité. La salle est magnifiquement décorée et Albus parait si innocent, si heureux que j'en oublierai presque celui qu'il est devenu. Ses amis se montrent de parfaits convives, ils sont polis, ils ont apporté des cadeaux, des fleurs pour grand-mère et sourient à qui mieux mieux. Natasha, elle, m'évite avec brio. Nous n'avons échangé ni une parole ni un regard.
Les plus âgés des cousins Weasley sont présents. Teddy m'ignore et le regard gêné de Victoire ne m'apporte aucun réconfort.
Des nouveaux cris de joie me tirent de mes pensées. Les Londubat viennent d'arriver. Roxane, qui jusqu'à présent était, avec moi, la moins entourée, saute dans les bras de Franck, son seul ami présent ce soir. Annie s'avance vers les plus jeunes et Alice rejoint Lucy et Marcia. Je sors, ne supportant plus la douleur de mon bras.
Je me trouve un coin tranquille au pied d'un arbre, regarde d'un air nostalgique le terrain de quidditch où j'aimais tant voler avec mes cousins, j'entends des éclats de rire et je repense à toutes ces fois où c'est moi qui faisais rire ma famille. A mes dépends, sans doute. Mais à l'époque je l'ignorais, je croyais qu'ils m'aimaient, qu'ils étaient heureux de me compter parmi eux.
Mon mémoire avance sérieusement. Mes devoirs sont déjà prêts, enfermés dans ma malle. Les livres les rejoignent, à mesure que je les dévore. Il ne m'en reste plus que deux. J'en ai déjà lu huit. Et ça ne fait qu'une semaine que je suis là. Je soupire, évitant de poser mes yeux sur le jardin où quelques convives s'amusent en regardant la neige tomber.
Ils ne me voient pas. C'est étrange de se cacher chez soi, d'observer les gens rire et s'amuser, comme un intrus qui n'aurait rien à faire là. Je sors de mon atèle un petit livre, un bout de parchemin plié et une plume de voyage.
- Tiens.
Je me redresse, étonné de voir Victoire penchée vers moi. Etonné de la voir me sourire. Etonné qu'elle me parle, elle qui ne m'a jamais considéré que comme un être sous-développé indigne de l'intérêt d'une reine.
- C'est du gâteau au chocolat. J'ai pensé que tu en avais peut-être marre de la tarte à la mélasse. A chaque fois que ton père est là, mamie Molly en prépare dix. Elle vient d'en remettre deux au four. T'as vachement grandi, soupire-t-elle. Je suis dégoûtée que tu me dépasses.
- Je suis assis, Victoire.
- Je t'ai observé ce matin. T'es presque aussi grand que Teddy. A ce rythme tu l'auras dépassé avant tes Aspics.
Je hausse les épaules, écrasant mon bras douloureux contre mon ventre. Parfois la douleur est si lancinante que je ne désire qu'une seule chose : plonger la tête dans la marre du jardin et être assez courageux pour ne jamais en sortir. La mort comme seule délivrance.
- Ils disent que ton bras va mieux.
Je hoche la tête. Il m'arrive de ne pas avoir mal pendant deux heures. Dans ces moments-là, j'oublie presque que réussir mon mémoire et mes Aspics ne me servira pas à grand-chose et que mon avenir est aussi sombre que mon moral.
- Ils disent que tu utilises la magie noire pour te soigner.
- Je sais.
- Ils disent que tu…
- Je sais ce qu'ils disent, Victoire. Je sais ce qu'ils disent, ce qu'ils pensent, ce qu'ils murmurent en me montrant du doigt.
- Angelina dit qu'ils se trompent. Audrey et ma mère ne prennent pas part à tous ces commérages. Mon père non plus. Hermione… Je crois qu'elle a peur pour toi.
- Elle est bien la seule.
- Non, moi aussi j'ai peur pour toi.
- Pourtant les journalistes sont loin, tu n'es pas obligée de faire semblant… Oh, je vois, c'est pour Louis que tu t'inquiètes ? Je ne l'entraînerai pas dans la magie noire si ça peut te rassurer.
- Je sais. Et j'ai vraiment peur pour toi. Je sais que… Mais j'ai changé d'avis. Tu es quelqu'un de bien, quelqu'un qui compte pour moi. Tu as été le premier à me soutenir. Le premier à m'aimer malgré mon attirance pour Ted…
- Tout le monde partage ça, maintenant.
- Non, pas tous. Et toi tu as été le premier. Ça compte, pour moi.
- Mais visiblement pas suffisamment pour que tu ailles les voir, tous, et que tu leur dises que je n'étais pas seulement ce gamin indélicat, insensible, bagarreur et prétentieux. Tu as préféré laisser faire, jouer ton rôle de reine et fermer les yeux. Tu sais, Vic… Je m'en fiche. Maintenant je m'en fiche.
J'ouvre mon livre, plonge ma plume dans un petit encrier et me force à écrire n'importe quoi, pour paraître suffisamment occupé pour que Victoire s'en aille. Je n'espère même pas qu'elle se montre insistante, aussi je n'éprouve que très peu de déception lorsqu'elle me tourne le dos et rebrousse chemin.
Je suis resté assis dans la neige un long moment, espérant avec ce qu'il me reste de naïveté que quelqu'un vienne me chercher.
Je repense à la seule soirée agréable des vacances. Je n'avais jamais rencontré de Chevalier Irlandais, jamais approché la famille royale d'Irlande mais je me suis bizarrement senti à ma place, propulsé en pleine cour du Roi, au milieu des riches et des moins riches, des hauts placés et de ceux qui s'émerveillaient tout comme moi de la taille du sapin et de la magnificence des stalactites de glace qui pendaient au mur.
Lysa était là, les sœurs Zabini se montraient douces, moqueuses, comme deux sœurs que j'avais plaisir à revoir et Scorpius me lançait des sourires qui me paraissaient sincères.
Son père et les amis de celui-ci m'ont un brin effrayé, nullement à cause de leur passé, mais par la force qui se dégageait de leur prestance, de leur charisme.
J'avais apprécié la douceur du sourire de la mère de Shania et Hadiya, mais surtout, j'avais été captivé par Blaise Zabini. Un homme charismatique qui semblait vouloir me faire passer un message, qui disait me soutenir, qui murmurait des promesses. J'espérais seulement qu'il ne soit pas de mèche avec les Zigaro ou qu'il ne cherche pas à m'enlever pour faire chanter mon père ou lui demander une rançon. Je ne suis même pas sûr que mon père verse une noise ou une larme s'il m'arrivait malheur.
J'ai dû rester vraiment longtemps, là tout seul, puisqu'à un moment j'entends les derniers chiffres d'un décompte et plusieurs personnes crier « bonne année ! ». Je me demande vaguement qui sera la première personne à me souhaiter de passer une bonne année et je me dis que je n'ai vraiment pas ma place ici. Mon bras me fait horriblement mal alors je me transforme, en daim. Je remarque encore une fois ce quelque chose qui pousse sur ma tête. Des bois. Je n'ai jamais lu qu'un animagus puisse grandir, évoluer, pourtant je crois bien que le mien est en train de le faire.
Ça n'a commencé que cette année bien sûr. D'autres sont mûrs, matures, adultes plus tôt. Moi il m'aura sans doute fallu plus de temps que les autres. Une preuve de plus, si ma famille en avait besoin, qu'ils ont raison quand ils affirment que je suis en retard sur tout, que j'essaie en vain d'attirer leur attention alors qu'elle m'aurait été donnée sans effort si j'avais été un peu plus… comme eux.
Je sens les larmes monter alors j'accélère dans le froid, je cherche des clairières éloignées des habitations, des forêts où je ne serai pas vu, je cours, j'avance à une vitesse folle. Je m'arrête au bord d'une rivière et pour la première fois je bois sous forme animale. C'est étrange… et plutôt agréable. J'ai perdu le sens de l'orientation mais mon instinct me pousse à avancer, plus vite, plus loin. Je parcours une longue distance, certainement plusieurs dizaines de kilomètres et je vois une habitation au loin. Je me rends compte que j'ai faim, c'est vrai que le banquet était alléchant mais je ne me suis pas approché des vivres. Je m'avance doucement de la maisonnée. Mes yeux s'habituent très bien au noir qui m'entoure et j'aperçois des animaux, certainement des poules. Mais je ne veux pas voler quoi que ce soit, juste un bout de pain peut-être pour tenir jusqu'à…
Le coup de feu m'a fait sursauter. Je cherche des yeux le tireur et à peine l'ai-je vu que je sens mon sang couler. Je m'enfuis vite, très vite évitant deux autres coups de feu. Je m'arrête à nouveau au bord d'une rivière, reprend forme humaine et évalue ma blessure. L'épaule cette fois. Et l'omoplate. Mais toujours du même côté, toujours le même bras, à croire qu'il… Des pas. Je suis sûr de moi, sûr de les avoir entendus. J'ai soudain très peur, je suis toujours mineur et très loin de ma famille ou de l'école, que ferai-je si je me fais prendre ? Je me cache et mouille ma blessure. L'eau est gelée, le froid atténue la douleur. Je déchire un pan de mon t-shirt et remets mon pull après m'avoir fait un bandage de fortune. Je ne maitrise pas assez les sorts de guérison pour tenter de soigner une blessure que j'ai du mal à voir. Le visiteur a dû changer d'avis, j'entends ses pas qui s'estompent. Que faire ? Retourner au Terrier me semble une très mauvaise idée, je suis blessé et j'ai disparu depuis plusieurs heures. Tout le monde doit être couché désormais, ce qui me laisse donc le reste de la nuit. Je me transforme à nouveau et continue ma route.
A chaque fois que j'approche d'un village je me change en chien. Je suis moins rapide mais plus discret. Le jour se lève à peine quand j'arrive à destination. Je m'approche doucement de la maison. Je suis exténué, je viens de parcourir une longue distance et je suis heureux d'entendre quelques voix qui me semblent un brin éméchées. Derrière un arbre, j'essaie d'apercevoir quelqu'un mais le rez-de-chaussée est plongé dans le noir. A nouveau sous forme humaine, je grimpe à l'arbre, passant un, deux, trois étages, ne voyant que des chambres éteintes. Enfin j'aperçois une pièce éclairée, encore un peu plus haut. Je me hâte et manque de tomber. Sous mon poids, une branche cède. Je la regarde tomber, pris de vertiges. Je m'accroche, reprenant mon souffle lorsque j'entends une voix.
- Les gars, venez voir !
Puis plusieurs.
- C'est qui ?
- Qu'est-ce que tu fous là, toi ?
- James ? C'est toi ? James !
Je me réveille et sans ouvrir les yeux je comprends qu'on m'a amené à l'intérieur. Il fait bon, je n'ai plus froid mais je suis couché sur le dos, appuyant ma blessure qui me lance atrocement.
- Il se réveille on dirait.
- James ! Tu m'entends ?
- T'es sûr que c'est lui ?
- Bien sûr !
- Il n'a pas l'air solide pour un sorcier.
- Lucas !
- Il n'a pas tort…
- Nicolas ! Laissez-le respirer. Tu m'entends, James ?
- Mm...
Je me relève difficilement et cligne des yeux. Les trois garçons qui me fixent ont les mêmes yeux rieurs et je me sens tout de suite beaucoup mieux.
- Ça va ?
- Mmh.
- Il parle quelle langue ton pote ?
- Lucas, lâche le, ok ? James, qu'est-ce que tu fais là ?
- Ben… Je me suis dit qu'il était temps que je rencontre tes cousins. Au fait, bonne année mon pote.
Le visage de Mael s'éclaire. Les deux garçons à la peau claire ne comprennent pas, personne ne pourrait comprendre. Mael ne pouvait être le seul à entendre que ma voix avait changé. Que cette intonation était la nôtre. Je grimace en bougeant mon bras.
- Tu t'es blessé ? A nouveau ?
- Ouais je me suis fait tirer dessus. Longue histoire…
A voir leur tête, les deux cousins de Mael aimeraient bien l'entendre, cette longue histoire. Heureusement, Mael prend les choses en main, comme toujours et je me retrouve assis dans une cuisine devant ce qui semble être les restes d'un repas de fêtes. En peu de temps j'apprends que les parents de Mael et ceux de Lucas et Nicolas sont sortis en ville, les laissant faire la fête entre jeunes, que ses trois sœurs ainsi que les deux sœurs de Nicolas sont couchées mais que eux avaient bien l'intention de faire nuit blanche.
- J'ai reçu une lettre d'Alice. Elle m'a dit qu'elle était invitée à l'anniversaire de ton frère.
- Mmh, je répète à nouveau en détournant le regard.
- Tu n'étais pas au Terrier ?
- Si mais… J'ai eu envie de faire un tour.
- Comme ça, dans la nuit ?
- Ouais.
- Et tu es venu comment ?
- Sous forme… animale.
- La vache. Et j'imagine que tes parents ne sont pas au courant ?
- Exact.
- Qu'est-ce qu'on va dire aux tiens, Mael ?, demande l'un de ses cousins. Ils connaissent son père, non ?
- Faut réfléchir…
- Pas la peine les gars, je ne compte pas rester.
- Mais qu'est-ce que tu fais là, alors ? Tu vas aller où ?
- Je voulais te parler.
Mael m'entraine hors de la pièce après avoir fait un signe à ses cousins. Je regarde autour de moi, on se trouve dans une salle de bain chaleureuse.
- Assurdiato ! Simple mesure de précaution, mes cousins sont tellement curieux… Bon, je t'écoute.
Joignant le geste à la parole, Mael déplie deux petits tabourets pliables, m'en tend un et s'installe avec nonchalance sur le second. Il n'a pas vraiment l'air surpris de me voir. Pourtant, moi, je suis surpris d'être venu, d'être ici, d'être chez lui.
Mael attend, sans me brusquer. Je ne sais par où commencer. Nous n'avons pas été aussi proches depuis longtemps et pourtant, nous n'avons jamais été aussi éloignés. Je sais qu'il vaut mieux, pour lui, que je garde mes distances. Sa vie ne peut être plus belle, plus simple, qu'éloigné de moi. Mais je n'ai pas tenu les promesses que je lui avais faites, j'ai sali notre relation, je n'ai pas été là quand Mael avait besoin de moi. Et il mérite, plus que quiconque, d'entendre mon repentir.
- Je voulais te présenter mes excuses.
- J'imagine que tu fais allusion au fait que tu ne nous parles pratiquement pas depuis des semaines et que tu traines avec ces…types.
- En gros, oui.
- En gros ?
- Je ne m'en veux pas de trainer avec ces types, comme tu dis. Mais je m'en veux de ne pas vous en avoir expliqué la raison, Alice et toi.
- J'ai compris la raison, James. Tu fais ça pour deux raisons même. La première c'est qu'avant que Nolan, Ferton, Jagger et les autres arrivent tu n'avais personne à qui parler de tes projets. La seconde, c'est ton frère, Albus.
- Non.
- Bien sûr que si. Quoi que dise Albus je sais que tu n'y es pour rien dans tout ça. Je te comprends, si une de mes sœurs s'étaient retrouvée avec une bête horrible dans un cachot, j'y serai allé aussi. Mais depuis ta blessure au bras tu… tu n'es plus le même. Et même avant…
Mael tousse pour s'éclaircir la voix. Je n'aime pas le voir gêné. Je n'aime pas qu'il soit gêné avec moi. Je m'en veux. Enormément. Mael m'a tellement manqué que je pourrais le serrer fort contre moi. Mais les garçons doivent se retenir, se montrer plus forts qu'ils ne le sont vraiment.
- Franchement, tu sais que j'apprécie Alice, Lucy, Marcia et Louis aussi, c'est certain. Mais toi… James, t'es mon meilleur ami. Tu le sais, quoi. On peut tout se dire d'habitude.
- Je sais mais ça… je ne peux pas en parler.
- Pourquoi t'es là alors !? Pourquoi tu ne veux pas me parler ? Tu n'as plus confiance en moi ?
- Ca n'a rien à voir. Bien sûr que j'ai confiance en toi. Mais… Je crois que des trucs horribles se préparent, Mael, et je ne peux rien y faire. Personne ne me croirait. Pas même toi. Encore moins mes parents, Al et Lily. Personne.
- Tu parles de tes rêves ? Et de ce que t'as vu chez Trelawney ? Franchement James…
- Ce que j'ai vu, je l'ai vu dans la Tour Invisible. L'Oracle… L'Oracle m'a parlé.
- … Mais… Mais pourquoi tu ne nous as rien dit !?
- Parce que c'était cette fameuse nuit. Où toi et Alice vous étiez hors du dortoir, où vous avez fait croire que vous sortiez ensemble et que vous vous bécotiez dans un couloir alors que…c'était faux. Je vous ai vu, Mael. Je t'ai vu attaquer Nolan et je sais que c'est toi qui a attaqué Fred. J'ai bien compris pourquoi tu avais assommé Fred mais Nolan…
Je m'interromps. Je ne veux pas que Mael se méprenne et pense que je lui préfère Nolan ou que je me permets de le juger. A nouveau Mael s'éclaircit la gorge. Je vois à la couleur de ses pommettes que mon meilleur ami est gêné.
- Ce fameux soir, en rentrant de l'entrainement… Tout ce qui s'est passé à ce moment-là, pendant des semaines… Tu te souviens de la discussion qu'on avait eu tous les deux ? A propos de Fred et Nalani ? Que s'ils étaient ensemble c'est sans doute que… qu'ils avaient sauté le pas ? A un moment Fred parlait avec Elton et il n'arrêtait pas de se vanter d'avoir rendez-vous avec Nalani. Il était d'une vulgarité… Ça m'a énervé alors je l'ai suivi. Je me suis caché, désillusionné et je les ai vus tous les deux. Elle n'avait pas l'air d'avoir très envie de… et lui il n'arrêtait pas de… Alors je lui ai lancé un sort. Et je suis parti en courant pour ne pas être vu. En rentrant je suis tombé sur Nolan et sa sœur jumelle. Elle… elle paraissait inquiète et lui disait de ne pas faire quelque chose. Je ne voulais pas rester mais j'ai entendu ce qu'il a dit. « James compte sur moi, je dois y aller. » Alors je l'ai suivi aussi, j'étais furieux… et jaloux. Et puis je me disais que tu avais peut-être besoin de moi, de quelqu'un, d'un ami et que tu lui avais demandé à lui plutôt qu'à moi… Je sais bien qu'il est plus fort que moi, plus intelligent aussi mais nous on a partagé tellement de trucs ensemble que ça m'a foutu en l'air… Il s'est rendu compte qu'il était suivi, je sentais le charme de désillusion s'estomper alors je lui ai jeté un sort. De confusion.
- Et après t'es parti mais pas vers le dortoir.
- Non, je te cherchais ! Je culpabilisais… Il avait dit que tu avais besoin d'aide…
- Alors t'es parti m'aider ? Sans savoir où j'étais ?
- J'ai commencé par les cachots, je me suis dit qu'il était logique que le mec qui est juste un aimant à ennuis parte seul dans l'endroit le plus isolé et le plus lugubre de Poudlard.
C'est à mon tour de rougir. Je hoche la tête au sourire moqueur de Mael qui s'empresse de continuer son histoire.
- Et je suis tombé sur Alice. Elle pleurait. Et je ne l'avais jamais vu pleurer. Elle m'a raconté que…
- Je suis au courant Mael. Je te suivais, moi aussi. Et j'ai juste entendu « je vais te le dire, mais jure moi que tu ne diras rien à James. »
- Mais… Tu as entendu le reste ?
- Non. Je suis parti. Et je ne veux pas savoir, si elle ne veut pas que je sache, c'est…
- Elle a embrassé Aldo.
- Aldo ? Aldo Macmillan ?!
- Elle n'était jamais sortie avec personne avant et voir que Marcia, Lucy, et les autres avaient un cavalier pour le bal, tout ça… Aldo a fait ça pour t'emmerder bien sûr, il pensait qu'elle t'en parlerait. Il l'a embrassée et juste après il lui a dit « ça ne va pas plaire à Potter ». Elle culpabilisait tellement qu'elle ne te l'aurait jamais avoué.
- Vous n'êtes jamais sorti ensemble, donc ?
- Non ! T'es fou ! Tu te vois, toi, sortir avec elle ?
- Mais pourquoi avoir inventé ce mensonge, alors ?
- Fred et Nolan. Alice était ma couverture. Je lui ai tout dit pour lui remonter le moral, elle était tellement mal que lui avouer mes conneries c'était lui montrer qu'elle n'était pas la seule. Et puis… quelqu'un avait vu Aldo l'embrasser mais elle lui tournait le dos. Faire savoir qu'on était ensemble, Alice et moi c'était lui assurer aussi une couverture.
Je reste songeur un long moment. Et dire que j'ai pleuré deux nuits entières, dévoré par une jalousie sans précédent.
- Et où t'étais toi après ?, me relance Mael.
- J'ai passé un long moment dans la Tour. Puis je suis rentré et je vous ai trouvé main dans la main… Nolan, Fred… Personne ne semblait au courant que c'était toi qui… mais moi je savais. Et je me doutais qu'Alice savait aussi.
- Mais pourquoi tu n'es pas venu vers moi ?
- L'Oracle.
- Mais James ! Toute cette merde que ça a foutu entre nous, tous ces non-dits ! Donc tu as cru qu'on ne voulait pas se confier à toi et du coup t'as pas voulu te confier ? C'est ça ?
- J'ai voulu mais c'était une erreur d'inventer des cauchemars et la prophétie… Mais ce que m'a dit l'Oracle me faisait vraiment peur.
- Tu vas finir par me le dire par Merlin ?
Je préfère détourner le regard. Oui, Mael a le droit de savoir mais, n'est-ce pas risqué ? Il faut que je lui dise, lui seul doit décider de rester ou non à mes côtés. Je prends une grande inspiration et reformule les mots dans ma tête. Ce que m'a dit l'Oracle raisonne en moi comme ce soir-là. Ces mots je les connais par cœur. Ils m'ont hanté, ils font partie de moi.
« Ton avenir est menacé. Tes proches sont en danger imminent. La séparation est inévitable. Prends garde, héritier de l'élu, écoute ton cœur et prends garde sinon ils l'y survivront pas. »
- C'est pour ça qu'après j'ai pas insisté et j'ai préféré qu'on…
- Qu'on ne soit plus amis ? Quand tu dis la première fois…
- J'y suis retourné parce que j'avais besoin d'être sûr.
- Et ?
C'est cette partie qui m'inquiète le plus, bien sûr.
« Vous êtes le messager des Ténèbres. C'est par vous que le message passera. »
- Tu aurais pu nous le dire !
- J'ai voulu à un moment mais vous étiez occupés.
- Mais James, bien sûr on a l'esprit occupé, on a seize ans, on pense aux filles ou aux garçons, aux ASPICS, au futur, mais ça, c'est nettement plus important !
- On empruntait des chemins différents. Enfin… Tu vois ce que je veux dire.
- Je vois très bien, malheureusement. Mais sache que je ne cautionnerai jamais toutes les idioties que tu peux inventer pour t'éloigner de moi. Tu es mon meilleur ami, tu l'as toujours été, tu le seras toujours. J'emprunterai toujours le même chemin que toi, James !
Je me tais. Je ne veux pas penser au futur, à ce qu'on fera après Poudlard, à ces envies de carrière que j'avais et qui sont mortes en même temps que mon bras, ni à cette fuite qui est devenue mon rêve. Je ne veux pas penser à cette vie qui me séparera de Mael. Je ne veux pas penser à cette vie où Mael me manquera à chaque instant.
- Dis, James… Tu les aimes bien Harper et Jagger ? Je veux dire… C'est juste parce que c'est les potes de Lysa Ferton ou tu les apprécies vraiment ?
- Je les aime bien, j'avoue sans honte. Pas comme toi, c'est certain, toi tu es mon frère. Le vrai, le mieux coiffé.
On se sourie. Je ne sais pas ouvrir mon cœur comme le ferait Mael, mais l'humour c'est bien aussi. Je sais qu'on ne se dit pas tout, que rien n'est arrangé, qu'i aucun espoir. Mais Merlin que c'est bon de retrouver cette complicité intacte. Cette chaleur, cette entente. Mais bien sûr, un gars comme moi qui attire autant les mauvaises nouvelles ne pouvait pas avoir plus de répit.
La porte s'ouvre, on entend plusieurs éclats de rire et plusieurs couples débarquent devant nous.
- Les garçons, c'est nous !
- James ?!
Ils peuvent me dire n'importe quoi, jamais je regretterai d'être venu voir Mael. C'est la meilleure idée que j'ai eue depuis bien longtemps et ça m'a réchauffé le cœur. Lui aussi semble aller mieux, sa malice est revenue. Mael le malicieux, toujours, enfin, bref, les adultes sont là et l'affaire se corse.
Dean et sa femme mais aussi Seamus et Lavande Finigan se tiennent en face de nous. Derrière eux, Parvati et Cormac MacLaggen nous fixent également.
- Que fais-tu ici ?, susurre Seamus.
- Ton père est-il au courant que tu es là ?, demande Dean à son tour.
- Non. Et si ça ne vous dérange pas je préfèrerai qu'il ne le sache pas. Je… Je devais parler à Mael et maintenant c'est fait, je suis désolé de vous avoir dérangé, je vais vous laisser…
- J'appelle Harry, coupe Seamus en sortant son médaillon d'Auror.
- Non !
C'est Mael qui a crié et sa mère le questionne du regard. Elle nous regarde l'un après l'autre, fait un signe à Lavande qui baisse le médaillon de son mari. Les femmes ont remarqué nos yeux complices, il faut dire que Mael a beaucoup maigri ses derniers temps et qu'il est moins joyeux que d'habitude, alors forcément, arriver et nous voir tous les deux à plaisanter… En attendant, Mael plaide ma cause. Mais si les femmes écoutent, les hommes ne sont pas très réceptifs au plaidoyer de mon meilleur ami.
- Je dois appeler Harry ! C'est mon supérieur, par Merlin, comment veux-tu que je lui cache que son fils mineur est ici ?!
- Ne fais pas ça, Seamus, s'il te plait !
- Mael, ça suffit. Si tu quittais la maison…
- C'est différent monsieur Thomas, j'ai…
- Tu as l'intention d'enrôler le fils de mon meilleur ami dans ton armée de férus de magie noire ?, me coupe Seamus Finigan en s'avançant vers moi, menaçant. Tu ne l'auras pas, tu m'entends ? Et tu n'auras pas ma fille !
- James déteste la magie noire !
- C'est trop tard de toute façon, Harry arrive.
Et merde. Je m'en veux d'avoir mis Mael dans le pétrin. Mais déjà le « pop » retentit et Dean ouvre la porte à mon père. Il est furieux. Plus que d'habitude je veux dire, ce qui n'est pas peu dire. Nouveaux sermons à la clef jusqu'à ce que Mael laisse exploser sa rage.
- Vous avez vraiment tué Voldemort ?!
- Pardon ?
- Je ne sais pas comment vous avez fait pour le tuer alors que vous semblez incapable d'élever convenablement votre enfant.
- Mael !, réprimande sa mère.
- Non, sérieusement, si James n'était pas le mec le plus extraordinaire qui existe sur cette terre, je vous demanderais pourquoi vous l'avez eu ? Pour le rejeter et lui faire tant de mal…
Mael n'écoute pas sa mère, ne regarde pas les yeux gênés de son père ni la mine furieuse de Seamus, il fait trembler mon père en lui assénant le coup de grâce.
- Et ça se dit spécialiste de magie noire ? Franchement ? C'est à mourir de rire. A croire que votre cicatrice ne s'est pas bien refermée. Bon, c'est pas tout mais on a mieux à faire. Prends mon bras, James.
Alors là je dois dire qu'il m'a soufflé. S'en prendre ainsi à mon père, passe encore, mais transplaner dans sa maison, d'une pièce à l'autre alors qu'il n'a ni permis ni rien, chapeau.
Je lance un Collaporta pour la forme, qu'il double d'un Assurdiato. Je le regarde, médusé, ranger ses affaires, prendre son balai, sortir des chaussettes de sous le lit, ouvrir et refermer l'armoire plusieurs fois en quelques secondes. Derrière la porte ça rage. La preuve, ils n'ont même pas pensé à transplaner à l'intérieur de la chambre.
- Ils vont vite y penser, me dit Mael.
A-t-il appris la Légilimencie pendant les vacances ? Son sourire malicieux me fait comprendre que non, nous avons juste repris nos automatismes.
- Tu pourras courir encore ? Sous forme animale ?
- Oui, sans problème, mais…
- Je te suis en balai. Reste le problème de la malle.
- T'es sûr de vouloir venir ?
- T'es sûr de vouloir me poser la question ?, me dit-il d'un ton menaçant en sortant sa baguette.
Je lui pique au vol et lance un sort de réduction à ses affaires. Seul son balai reste à sa taille normale. Nous sortons par la fenêtre et Mael me dépose au sol. Dix secondes après nous avons disparu. Et commence alors la plus folle course poursuite de ma vie.
J'arrive totalement épuisé mais pleinement heureux devant le Terrier. La fête est sans doute terminée mais tout le monde semble s'être donné rendez-vous pour un copieux petit déjeuner. Mael entre d'un pas décidé dans la maison familiale.
On débarque comme si de rien était, en sueur et hilares, on s'approche du banquet et on mange quelques friandise en rigolant, indifférents au silence qui a suivi notre arrivée. On se marre franchement sous l'air étonné des convives. Alice a oublié de fermer la bouche, Albus est livide, ma mère arrive en courant.
- Accio affaires de James !, scande mon meilleur ami.
Je vois ma mère me fixer d'un air furieux et lorsqu'elle voit mes affaires voler jusqu'à nous je la surprends en train de sortir sa baguette. Mais je suis plus rapide et je n'ai pas le temps de récupérer sa baguette que Mael la fait léviter jusqu'au plafond et l'accroche au lustre. Nos pères arrivent à leur tour et chaque fils désarme le père de l'autre.
- J'ai désarmé Harry Potter !, s'exclame Mael.
Je jette un sort de réduction à ma malle ainsi qu'au sac de victuailles qu'a piqué Mael. Et au moment de partir je m'arrête devant mes parents. Je leur dis que je ne reviendrai jamais à la maison, sauf le jour de mes dix-sept ans, pour récupérer ce qu'il reste de mes affaires à la maison. Et j'insiste bien sur chaque mot en leur disant qu'ensuite je ne voudrai plus jamais les voir. Ni eux, ni mon parrain, ni ma marraine, ni chaque oncle ou tante de la famille. Je dis bien cela en scrutant chaque visage surpris.
Mael est prêt à partir mais une idée me vient. Et je brandis ma baguette.
- Admonitus Kinemum Exposat !
L'écran magique apparait, le noir se fait dans la pièce et mes souvenirs apparaissent.
James et Albus se trouvaient l'un en face de l'autre dans un couloir sombre des sous-sols du château et le plus jeune défiait son ainé du regard.
- Tu vas continuer de t'accuser, hein ?
- S'il le faut, oui, tu sais que je te protègerai toujours Albus. Mais ne fais rien de mal, je t'en prie, tu n'es pas comme ça.
- Toujours ce ton suppliant avec moi…
- Albus, je t'en prie…
- Sais-tu que je commence à y prendre du plaisir ?
- Je ne te crois pas. Comment pourrais-tu aimer torturer des enfants ? Albus, ces gosses n'ont que onze ans ! Souviens-toi de ce que tu as subi quand tu es arrivé ici, nous on a vécu ça parce qu'on porte ce patronyme mais…
- Je ne suis plus une victime.
- Tu n'es pas non plus un bourreau Albus. Viens avec moi, agissons ensemble, tous les deux, protégeons-les. Albus, si on reste ensemble toi et moi, on peut y arriver ! On peut mettre fin à tout ça ! Trouvons des preuves et ensuite on pourra en parler à Neville, on peut lui faire confiance et ensuite on ira voir papa.
- Fais-moi rire ! Papa ? Tu l'appelles encore comme ça ?
- Albus…
- Tu te crois puissant James ? Le plus doué, le plus talentueux, plus drôle que Fred, plus intelligent que Louis, le meilleur en cours, en quidditch, avec les filles et pourtant là ce soir tu me supplies… C'est que je suis plus puissant que toi.
- Tu es le meilleur et je n'en ai jamais douté. Si je fais ça Albus c'est pour que tu comprennes que tu ne seras jamais seul, que je serai toujours de ton côté, quoi que tu fasses, qui que tu deviennes, pour te donner assez d'amour pour que tu…
- J'ai torturé ces quatre gamins.
- Je sais Albus. Je sais pourquoi tu as fait ça mais…
- Non tu ne sais pas. Tu continues de croire que je suis comme toi, James, un bon Potter, gentil et obéissant. Tu ressembles tellement plus à ton père que moi.
- Je me fous de savoir qui lui ressemble ! Ce sont nos différences qui font ce qu'on est, Al, et tu n'es pas mauvais, je le sais.
- Non je ne le suis pas, je me bats moi aussi pour une cause juste. Je continuerai d'être le bon, le parfait Albus et tu continueras d'être le méprisé, le moins aimé des deux. Ils vont te détester, James. Après ça plus personne ne te fera confiance, personne ne te croira. Ni les parents, ni Lily, ni tes stupides amis, ni Rose, ni ta très chère Natasha.
- Ils… Mes amis me font confiance.
- Mais pour combien de temps ? Prépare-toi à descendre de ton trône, James. Et à ne plus jamais y remonter. Ça a déjà commencé, tu le sais bien. Ça dure depuis ce soir-là, le mois dernier, quand tu as décidé de venir me sauver. Tu as signé ta perte et pas seulement celle de ton bras, ajouta-t-il en riant.
- Tu aurais préféré que je te laisse crever dans ce souterrain ?
- C'est ce que j'aurais fait, moi. Si les rôles avaient été inversés, jamais je ne serai venu te sauver. D'ailleurs quand tu t'es évanoui j'ai même hésité à te sortir de là. Mais ta disparition aurait été trop visible, j'aurais été inquiété.
- Tu mens Albus, je le sais.
- Non, je te laisse ton courage de Gryffondor.
- Les Serpentard aussi ont des qualités. La ruse, la perspicacité. Tu penses sans doute agir par ruse mais tu te trompes. Ne fais pas ça, Albus. Ne deviens pas un…
- Le mal est fait désormais. Et par toi. Du moins… C'est ce que tout le monde va penser et mes amis et moi te remercions… Pauvre Potter… Ton cauchemar ne fait que commencer.
Le souvenir prend fin et je peux noter que Timothée Bergson, Julian Acteriez et Rudy Higgs, les trois soi-disant amis d'Albus ont disparu. Seul Scorpius est toujours là, souriant et fier. Il me lance un clin d'œil avant de disparaître à son tour par la poudre de cheminette. Mes parents sont livides, ma mère secoue sa tête comme si elle ne pouvait pas croire à ce qui vient de se passer.
- Qu'as-tu encore inventé ?, murmure-t-elle.
Mael prend ma défense mais je l'arrête d'un geste. Le visage d'Albus parle de lui-même et vaut toutes les accusations du monde. Cette fois la vérité est dite et il n'y pourra rien changer.
Albus, en effet, est blême et ne peut soutenir davantage mon regard. Tous les yeux semblent braquer sur nous, le silence est pesant. Je me tourne alors vers Fred et celui-ci pâlit à son tour.
- Un dernier souvenir ? Fred, mon meilleur cousin, à toi l'honneur. Admonitus Kinemum Exposat !
Cette fois-ci ils se trouvaient dans le parc de Poudlard et James regardait Fred venir vers lui un grand sourire aux lèvres.
- Comment va mon meilleur cousin ?
- Tu n'as pas honte ?
- Ah, je vois que tu es au courant… Mael s'est encore plaint ? Je croyais pourtant que vous ne vous parliez plus trop depuis que tu es devenu la paria de Poudlard.
- Tu me dégoûtes Fred ! Tu sais que je n'y suis pour rien dans cette attaque. Et Mael ne t'a rien fait que je sache !
- Nalani m'a quitté à cause de lui. Et je sais que c'est lui qui m'a attaqué l'autre soir. Mais je m'en fous. De lui et d'elle. Tu sais que je me tape la petite Kandinsky ? Alice a laissé entendre qu'elle te plaisait. C'est vrai ? J'avoue qu'elle ne manque pas de piquant.
- Si tu touches à un seul de ses cheveux…
- C'est autre chose que je touche, mon vieux, si tu veux tout savoir. Et elle ne dit pas non, bien au contraire. Je n'en ai pas fini avec elle.
- T'as pas intérêt à lui faire du mal.
- J'ai plutôt l'intention de lui faire du bien, si tu vois ce que je veux dire. Elle te déteste, d'ailleurs. Elle est persuadée, comme tout le monde, que tu as triché et que…
- Ta gueule !
- Ça t'énerve, hein ? J'ai bien fait de faire courir cette stupide rumeur, alors. C'est pour ton bien, James, on était les rois du monde tous les deux, mais maintenant c'est moi le roi. Grâce à ton frère, plus personne ne te croit. Ni tes parents qui ne t'ont jamais aimé, ni ta sœur, ni tes amis, ni Natasha. C'est dans mes bras, où devrais-je dire, dans mon lit qu'elle se console. Et toi tu es seul, désormais. Et tu n'as plus rien, plus de bras, plus de famille, plus d'amis, plus de quidditch, plus rien. Plus rien.
Cette fois-ci le silence ne dure pas. Oncle Georges s'agite, cherche la meilleure manière d'agir. Mais c'est sa femme qui parle en premier, sa voix est sans appel lorsqu'elle ordonne aux siens de la rejoindre.
- On va parler de ça à la maison. Georges ! Fred ! Roxane !
- Non.
Les regards se tournent vers Louis. Mais lui ne regarde que moi. Il brandit sa baguette et répète les mots que j'ai prononcé, le sortilège que j'ai lancé.
Ses souvenirs apparaissaient par à-coups, brouillons au début, plus ordonnés au fil des minutes. Dans le premier nous avons onze ans, et tentons tous deux d'expliquer à Victoire à quel point nous sommes heureux de nous faire des amis si nombreux, si différents. Mael acquiesce avec un sourire radieux. A l'époque, déjà, il nous dépassait de deux bonnes têtes. Fred râle un peu, trouve les Serdaigle trop sérieux. Victoire m'accuse, déjà, de vouloir monter une sorte d'armée de Dumbledore pour faire « comme mon père ». Elle conseille à Louis de ne pas m'écouter, de ne pas me suivre, de ne surtout pas me prendre en exemple.
Les souvenirs se suivent et je ne vous vois grandir. Mes cheveux sont plus longs, plus épais. Mael n'en finit pas de grandir. Le sourire de Fred est moins franc, plus vicieux. Louis l'apprécie toujours autant mais le supporte avec peine. Je les vois parler tous les deux, alors que je fais les quatre cent coups pas très loin avec Mael, j'entends Louis tenter de raisonner Fred mais celui-ci ne parle que de quidditch et de filles.
Louis devient préfet, Louis sort avec Marcia. Lucy lui dit qu'il est normal de douter, de se chercher. Les irlandais arrivent par dizaines. Louis ne voit que Sean Bogart. Lucy dit qu'elle aussi se pose des questions, depuis longtemps. Louis passe de moins en moins de temps avec Marcia, de plus en plus de temps avec Sean. Lucy dit qu'elle a fini de se poser des questions et qu'elle se sent bien mieux depuis qu'elle ne se cache plus la vraie réponse. Lucy dit « fais comme moi, Louis. Ouvre les yeux. »
Louis parle à nos amis de toujours, de moi, de Mael. Louis s'inquiète, et nos amis également. Louis parle de Juliet avec Solenne, de Keith avec Keanu, des Poufsouffle avec les Serpentard. Louis me montre que je ne suis pas seul, que je ne l'aie jamais été. Louis me réchauffe le cœur, Louis me prouve que mes amis sont toujours… mes amis.
Et Louis enchaîne, montre toutes ces fois où j'ai pris la défense de mes parents, de Teddy, de ma famille. Louis démontre et témoigne. Louis prouve que je n'ai jamais rien revendiqué en mon nom, que je n'ai fait qu'aimer les miens, comme un garçon aime son père, sa mère, son frère.
Sa voix se superpose à ses souvenirs et Louis prononce ces mots qu'il m'a dit tant de fois.
- Tu dois arrêter de prendre la défense de ta mère, de ton père, de Teddy, des Weasley en général parce qu'après tout ils ne t'ont jamais défendu. Ils ne t'aimeront jamais comme tu peux les aimer.
Louis met fin à son souvenir, interrompt le sortilège d'exposition. Mael rallume les lumières et je sens les regards se poser sur nous. Même le père de Mael semble éprouver de la pitié. Ce n'est rien, bien sûr, face aux larmes de ma grand-mère et à celles, beaucoup plus rares, de ma mère et de Lily. Alice et Rose ont cet air maladif que partagent la plupart des membres de notre famille. Lucy a détourné le regard, loin de nous, loin de Louis. Celui-ci s'avance vers elle, la serre longtemps contre lui. Avant de se tourner vers nous.
- Je vous rejoins bientôt les gars. J'ai un coming out à faire, et après j'irai chez Marcia, histoire de rompre proprement. Puis je rejoindrai Sean en Irlande, histoire de lui rouler la pelle de sa vie.
Je crois que Mael est aussi stoïque que moi. Mais il a toujours été plus malin, plus réactif. Il sourit à Louis, comme on sourit à un ami à qui l'on tient énormément et dont est fier. Avant de se tourner vers moi, un sac sur son épaule, son balai bien en main.
- Tu es prêt mon vieux ?
J'embrasse la salle du regard et acquiesce. Louis marche déjà vers ses parents. Je suis prêt à partir, prêt à quitter cet endroit et ces gens qui, plongés dans la torpeur, doivent soudain préférer le mensonge à la vérité. Oui, je suis plus prêt que jamais à quitter tout cela. Et un immense soulagement me rend plus léger alors que je m'envole avec mon meilleur ami vers la chaleur, le réconfort de ma nouvelle demeure, Poudlard.
ooOOoo
Chez Hermione et Ron
La porte s'ouvrit dans un couinement familier. L'odeur de sucre et de parchemin lui chatouilla le nez quelques secondes, le temps qu'elle comprenne à quel point la maison des parents de sa meilleure amie lui avait manqué. Se tenir là, avec elle, avait un goût, une saveur qu'elle s'était promis de ne plus jamais savourer.
Alors quand Rose se tourna vers elle pour lui demander timidement si elle voulait monter se reposer à l'étage, Natasha ferma les yeux brièvement, huma de toutes ses forces ces odeurs qui lui rappelaient l'époque où Rose et elle ne se quittaient jamais, et se tourna vers Hermione, ignorant volontairement Rose qui se tenait immobile sur la première marche de l'escalier.
- Je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse, madame, mais pourriez-vous me ramener chez moi ? Je pensais rentrer avec Fred mais…
Natasha s'interrompit, alors que Rose montait l'escalier avec rage. La porte de sa chambre ne tarda pas à claquer bruyamment, alourdissant un peu plus le cœur de Natasha.
- Vous vous êtes disputées ?, s'étonna Ron, déconcerté.
Hermione leva les yeux au ciel, soupirant, et remis sur ses épaules le manteau qu'elle venait d'ôter.
- Et après tu diras que tu es le parent le moins indigne ! Remarque, après ce qu'on vient de voir, on peut nous mettre tous dans le même sac, un sac de vieux cons aveugles.
- Hermione, souffla Ron, choqué par son langage.
- Moi aussi je monte me coucher, grommela Hugo avant de sauter les marches quatre par quatre.
- Nos enfants nous détestent. Et je viens à peine de comprendre à quel point ils ont raison de nous détester, songea Hermione en lissant son manteau. Viens, Natasha, je te ramène chez toi.
La jeune fille raffermit les pans de sa cape autour de son cou mais ne bougea pas.
- Vous savez, il n'est peut-être pas trop tard. Il n'est jamais trop tard pour tenter de réparer ses erreurs.
Elle baissa la tête dès qu'elle se tût, se sentant honteuse de donner des leçons à ces personnes qu'elle tenait en haute estime. Et lorsqu'Hermione lui tendit son bras, elle le prit sans hésiter, impatiente de retrouver ses parents aimants, la générosité de son frère et la sollicitude de ses sœurs qui avaient pris l'habitude de caresser ses cheveux pendant qu'elle versait des litres de larmes.
ooOOoo
Poudlard
Arrivés en pleine nuit au château, ils avaient rendu une petite visite à leur ami Hagrid. James avait pris le temps de lui expliquer la situation et le professeur les avait raccompagnés au château. Il avait bien évidemment prévenu le professeur Glacey qui sembla très endormi et passablement énervé lorsqu'il leur ouvrir la porte de son bureau.
- J'espère, messieurs, que vous avez une bonne raison de me réveiller une heure avant le lever du soleil.
- Professeur, avait commencé Mael, James a eu certains problèmes familiaux et nous vous demandons de bien vouloir nous accueillir à Poudlard pour le reste des vacances.
- Bien. Je vais de ce pas vous accompagner dans votre salle commune et je reviendrai écrire à vos parents. Demain nous aurons une petite discussion vous et moi. Quelque chose à ajouter Potter ?
- Euh… Non. Enfin… Bonne année professeur.
- Hum. Merci. Je me demandais qui serait le premier impertinent à me le souhaiter, vous m'ôtez donc une épine du pied. Aller, au dortoir !
James et Mael n'avaient pas pris le temps de défaire leurs malles et s'étaient couchés, trop heureux d'être enfin chez eux. James était empli d'un sentiment qu'il n'avait pas connu depuis longtemps.
- Mael ?
- Oui ?
- Je ne suis pas très doué pour les grandes déclarations.
- Garde ça pour les filles, alors.
- Ouais ! Mais… Tu sais que tu viens de me faire vivre le moment le plus jouissif de ma grande et longue vie ?
Mael sauta sur le lit de James et l'étouffa avec un coussin. Ils se chamaillèrent encore un moment, en souvenir du bon vieux temps et s'adossèrent au lit de James.
- Quand tu dis le plus jouissif… Tu veux dire plus jouissif qu'avec Towler ? Et Cole ? Et toutes les autres ?
- Quelles autres ?
- Je crois bien que je vais m'y mettre, moi aussi. Je n'étais pas amoureux d'Anna mais c'est quand même agréable d'avoir quelqu'un à embrasser.
- Ça doit être plus agréable, encore, d'embrasser quelqu'un de spécial. Comme Nalani.
- Je n'ai pas envie de passer après Fred. Je sais bien que c'est un abruti et que je suis con de dire ça, c'est la femme de ma vie, j'en suis certain. Ne t'avise surtout pas de répéter ça !
- Ça ne sortira pas de ce dortoir, promis. Mais pourquoi, alors ?
- Je ne lâche pas totalement l'affaire. Peut-être qu'après Poudlard… Mais en attendant Poudlard est rempli de filles.
- Et y en a plus d'unes qui rêverait d'être à sa place.
- Tu crois ? Qui ?
- Ben, plein ! Chandika Goldstein par exemple.
- Elle, c'est tous les mecs.
- Hadiya alors.
- Hadiya ? Tu parles d'Hadiya Zabini ?
- Vous êtes allés au bal ensemble, non ? Elle avait l'air heureuse d'être avec toi.
- Tu crois ?
Leur conversation avait duré toute la nuit et pour une fois James fut très heureux de parler d'autre chose que de ses cours, son frère, son mémoire… De choses de son âge, en somme, qu'il était ravi de partager avec son meilleur ami.
Le lendemain, bien sûr, il avait fallu parler aux professeurs Glacey et Briscard. James était resté assez évasif sur la vraie raison de leur retour, malgré le désir de Mael d'accabler Albus.
- Ce n'est que la stricte vérité, James !
James comprenait l'énervement de son ami, si les rôles avaient été inversés, jamais James n'aurait supporté que Mael s'accuse injustement. Cela jetait un froid dans leurs retrouvailles, et avant que James n'ait pu tenter d'arranger les choses, leurs parents étaient arrivés à Poudlard.
Les Thomas, d'abord, et Mael expliqua à son ami que ses parents ne lui en voulaient pas trop, qu'ils comprenaient son geste et qu'ils ressentaient beaucoup de peine pour James.
Puis Harry et Ginny, qui n'avaient visiblement pas encore digéré ce qui s'était passé la veille.
- James, commença Ginny. Ce… Cette chose que tu nous as montré hier, c'était… vrai ?
- C'est un sortilège reconnu, Ginny, s'entendit-il répondre d'une voix laconique. Demande à Bill ou à Percy, ils doivent connaître. J'ai juste mêlé ce sortilège de retour de souvenir à un sortilège d'exposition, pour que tout le monde puisse le voir.
- Ce que tu dis d'Albus est très grave, James.
- Je n'ai rien dit. Je vous ai juste montré la vérité.
- Il… Ce qu'il a fait, alors, est très grave.
- Je sais.
- Il peut être inquiété. Il peut…
- Tu es venue me demander de ne rien dire, c'est ça ? De continuer à le couvrir ? J'imagine que c'est ce que vous avez fait croire à tous les convives ? Qu'Albus est une victime et que je suis encore une fois le coupable ? Vous pouvez rentrer vous amuser au Terrier alors. N'aillez crainte, Albus reste mon frère quoi qu'il ait fait. Mais il fallait que vous sachiez. Que c'est lui qui est allé dans ce souterrain et que j'y suis allé aussi pour ne pas le laisser seul. Et qu'ensuite, quoi qu'il ait pu faire, je ne l'ai jamais trahi. Même si ça me coûtait parce qu'à cause de lui j'ai tout perdu. Mes amis, mon bras et ma famille. Albus m'a tout enlevé.
- Tu…
- J'ai cru perdre mon bras. Et pour moi ça voulait dire renoncer à un avenir tout tracé. Mais j'ai découvert que j'avais moins mal sous forme animale. Alors je vais finir Poudlard, j'aurais mes ASPICS, je ne tricherai pas, je ne l'ai jamais fait. Je fais mes devoirs, j'étudie, je réalise mon mémoire et j'obtiens des « Optimal » quoi que vous puissiez penser. Et ensuite, après Poudlard, dans un an, je partirai.
- Où ?
- Ça ne vous regarde plus dorénavant.
- Mais pour Albus…
- Je t'ai dit que je ne le dénoncerai pas. Mais je ne cautionnerai pas ses agissements pour autant. Je le surveillerai, vous pourrez lui dire, je ne le laisserai pas faire de mal. Et je le ferai à la fois pour les autres et pour lui. Pour qu'il devienne meilleur, pour qu'il redevienne le fils prodigue, ce fils que vous aimez tant.
- James…
- Harry ?
- Pourquoi nous appelles-tu par nos prénoms ?
- Parce que vous n'êtes plus mes parents. Ron l'a dit et tu ne l'as pas démenti, je suis la honte de la famille. Ne nies pas, tu ne m'as jamais laissé la moindre chance de te prouver que j'étais différent de ce que tu pensais de moi. J'en ai souffert mais tout ça maintenant c'est derrière moi. J'ai une vie à construire et je souhaite seulement qu'elle soit loin de vous. Maintenant je m'en vais. Je ne reviendrai que le jour de mes dix-sept ans et si vous pouviez éviter d'être dans les parages ça serait peut-être moins dur. Salut.
Il n'était plus vraiment lui-même. Ces mots, qu'il avait prononcés, il les avait pensés très fort lorsqu'il était si triste qu'il en devenait colérique. Ces mots, il avait rêvé de les prononcer, tout en rêvant n'avoir jamais l'occasion de le faire. Ces mots, il aurait préféré n'avoir jamais à les prononcer.
- Attends !
Son père l'avait rattrapé avant qu'il n'atteigne les grandes portes du château. Au loin sa mère les observait, le regard impénétrable. Le total contraire de celui de son père, qui possédait cette étincelle rare, celle de la certitude de frapper au bon endroit.
- Tu te rends compte des risques que tu as fait prendre à Mael ?
James hésita. Il ne voulait pas de cette conversation. Son instinct le poussait à rebrousser chemin, à se transformer, à partir en courant se cacher dans la forêt. Mais il avait été trop lâche devant son père. Trop de fois, trop souvent.
- Il est presque majeur, il va fêter son anniversaire dans quelques…
- Presque, répéta Harry, en colère. Il n'avait pas le droit d'utiliser la magie pendant les vacances. Seamus et moi avons vérifié qu'il n'ait aucun problème judiciaire, vu que tu es le seul coupable mais…
- J'utilise bien la magie, moi ! En me transformant ! Ne va pas dire que tu ne le sais pas !
- Et tu oses me dire ça en me regardant droit dans les yeux !? Tu te rends compte des risques que tu nous fais courir ? Je travaille au ministère, au cas où tu l'aies oublié !
Le mal. Frapper James avec des mots qui font mal. Le pousser à bout, l'obliger à se défendre, à répliquer, à faire mal à son tour. Harry voulait voir son fils se rebeller, l'attaquer, le repousser, l'acculer. Harry voulait que James lui fasse mal. Qu'il essaie, au moins. Pour ne pas culpabiliser, pour ne pas penser à tout ce mal qu'il avait fait à ce garçon, qui n'était plus un enfant mais pas encore un homme.
- Je me suis renseigné, figure-toi, avant de faire quoi que ce soit ! Les décrets qu'écrit Hermione sont suffisants, non ? Je sais que le ministère n'intervient que lorsque la magie est utilisée dans un endroit dépourvu de sorciers ! Ce n'est ni le cas à la maison, ni chez les Thomas !
- Et les problèmes qu'il aurait pu avoir avec sa famille, tu y as pensé ?
Faire mal, encore.
- Il n'a rien de fait mal. Mael n'a rien fait de mal.
- Il a fui ! Il t'a suivi ! Et maintenant je vais le ramener chez lui. En veillant à ce que tu n'aies pas le temps de lui dire quoi que ce soit.
Faire mal, toujours.
- On se reverra dans quelques jours. On est dans la même classe, on dort dans le même dortoir, on suit les mêmes cours…
- Si j'étais toi je l'éviterai. Tu l'as mis dans une situation délicate, toi qui prône les valeurs de l'amitié, tu devrais comprendre tout seul que tu les as toutes bafouées. Et tu oses dire que c'est ton meilleur ami ? Je n'ose imaginer alors comment tu traites ceux qui comptent moins à tes yeux.
Faire mal, toujours plus fort.
- C'est…
- Cesse de me répondre. Tu as tort, reconnais-le.
- Tu ne reconnais jamais tes torts, toi. Je ne vois pas pourquoi..
- C'est bien ça le problème, James. Tu ne vois jamais rien. Garde tes distances avec Mael Thomas. Et tiens-toi à une distance raisonnable de ton frère.
- Alors… Alors ce que je t'ai montré le soir de son anniversaire n'a rien changé ? Tu ne me crois toujours pas ?
- Je trouve tes méthodes déplacées et irrespectueuses. Nous reparlerons de tout ça aux prochaines vacances.
- Non. Je te l'ai dit, je ne remettrai les pieds à la maison qu'à mon anniversaire, pour récupérer mes…
- Je suis Auror, James. Je suis à la tête du département de la justice magique. N'oublie jamais ça. Je peux demander à n'importe lequel de mes hommes de te rechercher. La presse aura vite fait de t'inventer une rixe, un état d'ébriété, une présomption de violence ou de mise en danger d'autrui. Et alors ta carrière s'envolera.
- La salamandre qui avait pour but de tuer ton fils s'en est déjà chargé, figure-toi.
James répondait. Un peu. Pas suffisamment. Alors Harry frappait avec des mots, serrait les poings. C'était sa façon d'avancer vers James.
- Tu reviendras à la maison. C'est la seule responsabilité que tu aies, faire honneur à ton nom, à ta famille. Même toi devrais comprendre ça. Et si ça ne t'est pas naturel, je veillerai à ce que tu le comprennes d'une manière ou d'une autre. Maintenant, pousse toi, je vais chercher Mael.
James resta immobile face à son père. Il n'avait qu'une envie, se transformer en chien, courir à perdre haleine à travers les couloirs, précéder son père, avertir Mael, fuir, convaincre Mael de partir avec lui. Mais pour aller où ? Ils étaient mineurs. Et James ne voulait pas que son meilleur ami ait d'autres problèmes par sa faute.
- Nativitatis saporem amarum, marmonna-t-il. C'est le mot de passe pour entrer dans la salle commune de Gryffondor.
- Un Noël au goût amer, traduisit son père sans prêter attention à la fin de sa phrase. Drôle de coïncidence, pas vrai ?
- J'aurais dit cruelle, répondit simplement James. Je sais que tu ne me dois rien mais… Sois cool avec Mael. Il n y est pour rien dans tout ça.
- Je sais James. C'est justement pour ça que je suis là. Pour l'éloigner de toi.
Il ne servait plus à rien de frapper. James avait mis fin au combat. James reculait. Encore. Toujours.
Le fils se décala, ouvrant le passage à son père. Il marcha lentement à travers le parc de Poudlard, loin de sa mère qui le suivait des yeux. Jusque-là il avait toujours trouvé curieux que les écrivains emploient des mots comme « cœur brisé », « en morceaux ». Il se disait que le cœur était un membre du corps, un organe qui ne se brisait pas par les mots. Il s'était trompé, une fois de plus.
- Attends !
Sa mère, cette fois. Il n'avançait pas très vite, elle le rattrapa sans mal.
- Vas-y, murmura-t-il en l'entendant marcher à ses côtés. Tel que tu me vois, tu pourrais difficilement me briser un peu plus. Mais je suis sûr que tu donneras le meilleur de toi-même. Alors vas-y. Dis ce que tu as à dire.
- Je ne comprends pas, avoua-t-elle. Je ne comprends pas pourquoi tu prends la défense d'Albus, pourquoi tu n'essaies pas de nous blesser, de nous faire du mal.
- Moi non plus je ne comprends pas, répondit-il simplement.
- Il… Il faudra que tu continues de nous voir, de nous écrire. C'est important pour la presse, pour la communauté. Il faut que nous demeurions forts et unis. Je sais que tu dois me détester de te dire ça mais…
- J'ai des tas de bonnes raisons de te détester. Ce n'est pas la pire chose que tu m'aies dite. C'est juste… Tu sais… Un coup de plus.
- Je ne le fais pas exprès.
- Moi non plus.
Il se tourna pour lui faire face.
- Je n'ai pas volontairement mis un terme à ta carrière. Je suis juste né. C'était à toi de me sortir de ton ventre, de veiller à ce que je n'y rentre pas. Une grossesse, ça s'interrompt. Un accident, ça se maquille. Mais ce doit être plus facile de reporter la faute sur moi, de m'en vouloir à moi plutôt que d'en vouloir à toi-même.
- Non James, répondit-elle en détournant le regard. Ce n'est pas facile. Tu es… Tu as sans doute tout pour rendre une mère fière et heureuse. Une mère qui n'aurait pas regretté tant de fois de t'avoir gardé. J'ai tout imaginé, tu sais. Troisième mois de grossesse, une potion pour te tuer. Mais la communauté m'aurait reproché d'être trop faible pour Harry, le Survivant, leur héros. Sixième mois de grossesse, partir loin, sous un prétexte quelconque, et t'abandonner dans un orphelinat. Mais la presse aurait mené son enquête, je risquais la prison, sans compter ton père qui aurait vite fait la lumière sur mes mensonges. Tu ne sais pas ce que c'était, James. On faisait la une tous les jours, toi et moi. Toi dans mon ventre qui grossissait sous les yeux de la communauté. Chaque sorcier de ce pays buvait son café en lisant ce que j'avais mangé la veille, qui j'avais vu, quel prénom tu pourrais porter... Avant que tu ne sois là, ajouta-t-elle en désignant son ventre, je faisais la une de temps en temps. Moins que ton père mais toujours plus que les autres joueurs de quidditch. Parce que j'étais sa petite-amie, sa fiancée, sa femme. Des photos de nous à chaque sortie publique mais aussi un article en page centrale, à mi-chemin entre les faits d'actualité et les résultats sportifs, parce que je n'étais pas que sa petite-amie, sa fiancée, sa femme, j'étais poursuiveuse. Et sans toi, j'aurais intégré l'équipe nationale, j'aurais représenté mon pays pour la coupe du monde. Tu es arrivé au mauvais moment, tu comprends ? Mais...
- Mais rien. Je n'ai pas envie d'entendre les raisons que tu t'inventes. Laisse-moi maman. Si tu m'aimais un tant soit peu, tu me laisserais vivre ma vie comme je le veux. Mais même ça tu ne me l'offres pas.
- Je ne t'ai jamais vu si abattu.
Sa voix révélait surtout son étonnement, mais contenait un soupçon d'inquiétude. Soupçon que James, résigné, ignora.
- J'ai cherché pendant des années une solution, un miracle, qui me fasse aimer par mes parents. J'ai cru pendant quelques mois me créer une porte de sortie, réussir mes études, parcourir le monde, me construire une carrière qui me ferait oublier que ma famille ne me verra jamais que comme un gamin puéril qui gigote dans tous les sens pour se donner une contenance. Mais une salamandre en a décidé autrement. Que me reste-t-il ? A quoi je peux me rattacher ? A rien. Je n'ai plus rien.
- Ça peut changer, répondit Ginny précipitamment. Tu as dit que tu avais moins mal au bras sous forme animale, peut-être…
- Oh oui je pourrais vivre toute ma vie sous la forme d'un chien, tiens, en voilà une bonne idée ! Tu viendras me secourir, dis ? Tu viendras me chercher quand la fourrière m'enfermera ? Ou comme un daim, tiens ! Vivre reclus dans une forêt pendant que mes amis, Albus, Lily construisent leur vie. Non, maman. Je n'attendrai pas qu'un chasseur me tire dans le ventre pour accrocher mes bois naissants au-dessus de sa cheminée.
Le cœur de Ginny se serra. Rares étaient les moments où elle ressentait autre chose qu'un regret cuisant en regardant James. Le regret d'une naissance, le regret d'une erreur, celle de ne pas s'être protégée au bon moment, celle d'avoir dit oui, de l'avoir gardé, d'être descendue de son balai pour mettre au monde un être à qui elle en voudrait toute sa vie.
Mais le ressentiment était loin, en ce second jour de janvier. Parce que les yeux de James avaient perdu toute envie de rire. Parce que son corps ne cherchait pas à se rapprocher de celui de sa mère, de se faire aimer, de mendier une étreinte.
Parce qu'au moment où elle le vit s'éloigner en regardant la tour d'astronomie avec l'envie qu'ont ceux qui n'ont d'autre espoir qu'un saut dans le vide, elle comprit qu'elle l'aimait. Au moins un peu. Suffisamment pour comprendre qu'il était trop tard, qu'il se tuerait avant qu'elle ne soit intéressée à lui.
Une larme coula sur sa joue. James était déjà loin. James n'avait quémandé aucun baiser d'adieu. James n'avait plus d'espoir et Ginny restait figée.
Elle attendit, longtemps. Les yeux fixés sur la tour d'astronomie. L'infime instinct maternel qu'elle possédait pour James laissait accroître cette certitude qu'il apparaîtrait là, tout en haut de cette tour, qu'il enjamberait la rambarde et se laisserait tomber dans le vide.
Elle le sentait au plus profond de son être. Son fils mettrait fin à ses jours devant ses yeux. Et Ginny ne bougeait toujours pas.
Après avoir tant pleuré sa naissance, elle n'était même pas sûre de pleurer la mort de ce fils qu'elle n'avait jamais su aimer.
Alors, quand elle le vit apparaître au sommet de la tour, elle resta immobile. Elle n'esquissa pas le moindre geste en le voyant escalader la rambarde. A peine tourna-t-elle le dos en le voyant de l'autre côté, prêt à sauter dans le vide.
Parce qu'elle ne voulait pas voir l'évidence. Elle ne voulait pas voir sauter l'être à qui elle avait donné la vie et qu'elle avait poussé vers la mort.
* Nda : Lisa Turpin est une élève arrivée à Poudlard la même année qu'Harry, elle fait une brève apparition dans le chapitre de la répartition de l'Ecole des Sorciers. Répartie à Serdaigle, je ne crois pas qu'elle réapparaisse dans les tomes suivants. Comme on ne sait rien d'elle à part sa maison, et puisque Keith a annoncé dans le chapitre 5 qu'il n'était pas le fils de Michael Corner mais que la coïncidence avait voulu que sa mère soit dans la classe de Michael avant de quitter l'Angleterre et d'épouser un moldu portant le même nom de famille, je me suis dit qu'il était grands temps de donner à Lisa Turpin une densité toute autre. Bon, peut-être qu'il y a des tas de ff qui la mentionnent mais je vais pas aller vérifier. Et si je l'ai choisie elle, plutôt que les autres filles réparties à Serdaigle cette année-là et dont on ne sait rien, c'est parce que son nom me fait penser à Remus Lupin qui est un personnage que j'ai toujours beaucoup aimé.
Voilà pour Lisa Turpin. Le prochain chapitre est presque prêt, il s'intitule « Memento Mori » (Souviens-toi que tu vas mourir) et sera, comme son nom l'indique, assez sombre. De quoi renforcer ma réputation d'auteur sadique !
Alors, que présagez-vous pour la suite ? Qu'avez-vous pensé de ce chapitre, de ces fêtes de fin d'année, de la rencontre James-Blaise, de Ginny, de notre survivant préféré ?
J'attends vos avis et je vous dis à bientôt !
A Lys : Je te réponds ici, ne pouvant le faire par message privé puisque tu ne sembles pas avoir de compte. Un grand merci à toi, Lys, pour ton message qui m'a fait chaud au cœur et qui m'a beaucoup surpris. Tu as tout lu en une semaine ? Tu avais vraiment très faim de lecture ! :-) Surtout que depuis un petit moment je me dis que les chapitres vont réduire à l'approche de la fin mais celui-ci fait quand même 65 pages et les prochains seront bien fournis, de quoi te rassasier ! Merci infiniment et à bientôt j'espère ! Si tu as un compte sur ce site et que tu veux qu'on échange, fais-moi signe !
