Hello !
Me revoilà avec Le dernier test d'Albus, encore un très long chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Au menu : un espion, une tombe, des larmes, des maléfices, des Cyclopes, des larmes, du feu, des cris et… ah, si, encore des larmes.
Un grand merci à vous tous de faire vivre cette histoire.
31. Le dernier test d'Albus
Le ciel était d'un bleu profond, à peine parsemé de traînées de nébuleuses. La lune en croissant surplombant le lac noir illuminait par à-coups le domaine de Poudlard à mesure que les fins nuages la traversaient.
Les élèves étaient confinés près des cheminées, Hagrid avait mis ses créatures à l'abri pour la nuit, les grandes portes du château étaient closes.
Mais le domaine n'en était pas moins dépourvu de présence humaine.
NATASHA !
La pénombre rendait la forêt plus dense qu'en plein jour, plus bruyante, plus effrayante.
NATASHA !
Grâce à quelques enchantements bien dosés, la pelle s'enfonçait sans mal et sans bruit dans la terre.
NATASHA !
La terre giflait le visage. Quelques cailloux roulaient sur la peau pâle, froide, raide. Sans vie.
NATASHA !
La terre se mêlait aux cheveux, glissait sous ses ongles et ses vêtements, s'engouffrait dans son nez, sa bouche.
NATASHA !
La terre recouvrait son corps. Plus que quelques poignées et le dernier cheveu, le dernier bout de tissus de sa jupe, le blason bleu et bronze cousu sur sa cape, disparaîtraient à tout jamais.
NATASHA !
La terre enterra le dernier cheveu. La terre enterra le dernier bout de tissus de sa jupe. La terre enterra le blason bleu et bronze cousu sur sa cape.
NATASHA !
Le corps était enfin enfoui. L'espion avança prudemment sur le sol, tassant la terre, déplaçant une branche, une roche, quelques feuilles pour n'éveiller aucun soupçon.
Personne ne saurait jamais que sous cette branche se tenait la tombe d'une élève de Serdaigle.
L'espion leva la tête vers la tour, cherchant la plus haute fenêtre. Albus Potter, qui le surveillait, hocha la tête, son visage parfait de neutralité tranchant avec l'acte ignoble qu'il venait de commettre. L'espion trembla légèrement. Il était devenu en quelques heures le complice d'un meurtrier. Il espérait que ça en vaudrait la peine.
Au loin, la voix paniquée de Rose Weasley continuait de hurler le prénom de sa meilleure amie.
ooOOoo
Une heure plus tôt.
L'entraînement venait de se terminer. Les joueurs tenaient leurs balais contre leurs capes, leurs pieds traînant dans l'épaisse boue qui recouvrait le terrain de quidditch. La pluie avait repris ses droits en cette année où la météo était aussi maussade que les esprits.
Nalani n'avait fait aucune annonce, il ne servait à rien de dire qu'ils s'étaient bien entraînés, encore moins qu'ils allaient gagner le prochain match. A six contre sept, tout match paraissait perdu d'avance.
- Ça va aller ?, s'inquiéta Natasha.
- Non, soupira Nalani. Keith m'avait promis d'être là et, comme tu as pu t'en apercevoir en voyant les cognards voler seulement vers toi, il a une nouvelle fois trahi ma confiance.
- Où tu vas, Nal ?
- Le chercher. J'suis pas du genre à distribuer les secondes chances, y a pas plus rancunière que moi mais… C'est Keith.
- Ok. Tu t'occupes des étages inférieurs, je monte directement au septième.
Nalani se contenta de sourire, soulagée d'être ainsi soutenue par sa « petite sœur de quidditch ».
- Nat ! Ne tape pas trop fort avec ta batte, hein ?
Natasha laissa échapper un petit rire, s'engouffrant dans le château après s'être délestée d'un mouvement de baguette d'une bonne partie de la boue qui recouvrait sa cape et ses chaussures. Elle commença sa recherche par sa salle commune, même si elle se doutait bien que Keith ne serait pas assez stupide pour s'y cacher. Elle voulait surtout voir Rose et la prévenir qu'elle la rejoindrait directement à la bibliothèque. Occupée à trier des centaines de photographies, Rose se contenta de lui lancer un sourire radieux et de se blottir dans ses bras une demi-seconde. Leur réconciliation et son rapprochement avec Timothée Bergson la rendaient heureuse, et Natasha partageait son bonheur sans réserve.
D'un pas rapide et sûr, elle avalait les couloirs, vérifiait chaque salle, jetait quelques sorts, à la recherche de son binôme, espérant que Nalani avait plus de réussite qu'elle, quand soudain sa baguette lui échappa des mains, s'envolant derrière elle. Surprise, Natasha fit volteface, avant de tomber lourdement contre le sol marbré. Sa tête émit un bruit sourd en frappant le sol et Natasha s'évanouit sur le coup. Inconsciente, elle n'entendit pas les pas qui s'approchaient d'elle, pas plus qu'elle ne vit la personne qui jouait avec sa baguette.
Les deux émeraudes se posèrent sur son corps et sur le sang qui s'échappait de sa tête.
- Je pourrais te laisser là. Tu perdras tout ton sang et tu finiras par mourir. Mais ma chère cousine risque de s'inquiéter de ton absence. Ta capitaine va remuer tout Poudlard pour te retrouver, prévenir mon frère aussi. Je ne peux pas prendre le risque. Adieu Natasha. J'aurais préféré t'embrasser devant mon frère, passer une nuit avec toi pour faire trembler son cœur de guimauve. Mais ta mort sera déjà une belle souffrance pour lui.
Albus recula quelque peu, regardant sa baguette et celle de Natasha. La peur commençait à le gagner. Il connaissait la formule, mais ne l'avait jamais encore prononcée. Il avait songé à s'entraîner sur quelques créatures magiques, il aurait été facile d'accuser la négligence d'Hagrid mais la discrétion la plus minutieuse était de mise.
Ça n'avait pas l'air bien compliqué. Il suffisait de vraiment désirer la mort de la personne. Il n'aimait pas Natasha, ne l'avait jamais aimée. Il ne la regretterait pas.
- Avada Kedavra !
Le sortilège de la mort avait la couleur de ses yeux. Le faisceau fusa vers Natasha, frappant son corps inerte. Quelques cheveux se soulevèrent sous la puissance du sort. Le corps s'éleva doucement sous la pression de la magie avant de retomber, sans force, sans vie.
Albus sentit la fatigue l'étreindre. Ôter la vie n'était pas à la portée de n'importe quel sorcier. Il tira une petite fiole que lui avait donnée Tom Zigaro et avala d'une traite la potion revigorante avant de brandir une nouvelle fois la baguette vers Natasha, la faisant léviter sur quelques mètres avant de la laisser tomber de la plus haute fenêtre.
L'espion qui le secondait dans sa mission devait se charger d'enterrer le corps de l'ancienne Serdaigle. Albus l'avait expulsée avec force et de si haut qu'il se calma instantanément, préférant occulter le sortilège de mort et se dire que Natasha était seulement tombée de très haut, par inadvertance, par maladresse, et certainement pas par la faute d'Albus. Qu'il n'avait rien à voir avec sa mort. Qu'il n'avait rien fait de préjudiciable.
Il regarda ses mains en souriant. Elles ne tremblaient plus.
ooOOoo
Rose était perdue au milieu des clichés. Il y en avait tant qu'elle ne savait plus comment les trier, ni même par quel bout les prendre. Elle avait fait un premier tri, ne gardant que celles que préféraient Natasha et Timothée. Ils avaient des goûts si différents, pensa-t-elle en regardant les images qui formaient deux piles distinctes.
Quelqu'un toqua à la porte et Rose jeta un œil à l'horloge, étonnée de remarquer qu'il faisait nuit noire au dehors.
- Entrez.
Nalani Jordan entra la première, suivie par Irina. Rose fronça les sourcils. Il était rare de voir les deux jeunes filles ensemble.
- Natasha n'est pas avec toi ?, demanda Irina.
Elle semblait soucieuse, ce qui intrigua d'autant plus Rose qui s'empressa de ranger ses clichés n'importe comment, se redressant sans tarder.
- Non. Elle est passée après l'entraînement, elle m'a dit qu'on se retrouverait directement à la bibliothèque. On a été très prises par nos recherches sur... pour l'exposé qu'on prépare, on voulait réviser au calme pour notre devoir d'Astronomie de la semaine prochaine.
Irina et Nalani échangèrent un bref regard.
- On va y aller alors, trancha Nalani d'une voix assurée. Je suis certaine qu'elle sera là.
Rose n'eut pas à quémander pour connaître les raisons de leur inquiétude. Natasha était partie chercher Keith Corner, son partenaire de batte, mais Nalani avait retrouvé rapidement le jeune homme, avant de gagner les étages supérieurs pour prévenir Natasha. Elle ne l'avait trouvée nulle part.
- Vous avez dû vous croiser, songea Rose. Le château est vaste, il suffit qu'elle ait été dans une salle au moment où tu passais dans un couloir et… On devrait demander à James, il a une carte qui indique…
- Je l'ai déjà fait, coupa Irina. Juliet m'a parlé de sa carte et je devais vraiment voir ma sœur.
- Pourquoi ?, s'étonna Rose.
- Juliet… Juliet a un mauvais pressentiment. Elle pense que Natasha est en danger.
- Je persiste à dire qu'elle en aurait parlé à James, intervint Nalani. Juliet dit tout à James. Et si James était au courant, Mael le serait aussi, il m'en aurait parlé, bref…
- Attendez, coupa Rose à son tour, soudain apeurée. Tu ne l'as pas trouvée sur la carte ?!
- Non. Juliet m'a aidée mais… C'est comme si Natasha n'était plus à Poudlard.
- Elle y est forcément, nia Rose.
- A moins que le danger n'ait été plus rapide que nous, souffla Irina, la peur au ventre.
ooOOoo
NATASHA !
Albus regardait la terre sortir du sol, fasciné par la matière d'apparence si rigide, qui s'effritait dès que l'espion la faisait voler. Le trou se remplissait. Et Natasha disparaissait.
NATASHA !
L'espion releva la tête. Albus le vit chercher la bonne fenêtre quelques secondes, s'éponger le front, guetter son assentiment du regard. Albus se contenta de hocher la tête.
NATASHA !
L'espion sursauta. La voix de Rose Weasley se rapprochait dangereusement. Albus compta machinalement dans sa tête.
NATAAAAHH !
La voix de Rose Weasley monta très haut dans les aigus avant de s'évanouir dans le calme du domaine de Poudlard. Le cœur d'Albus se mit à battre plus fort. Il n'avait pas peur pour sa cousine mais se doutait qu'elle n'était pas seule, que d'autres qu'elle s'inquiétaient de la disparition de Natasha.
ROSE !
Albus se déplaça à la va-vite, cherchant l'origine de ces deux voix qui lui paraissaient inconnues. Un mouvement à l'intérieur de la forêt lui indiqua que l'espion courrait en sens inverse, fuyant les deux voix. Seul.
- Pourquoi n'a-t-il pas pris Rose par Merlin !, pesta Albus.
Et c'est là qu'il les vit. Nalani Jordan et Irina Kandinsky. C'est également là qu'il vit Rose se relever, épousseter sa cape et avancer vers la sœur et la capitaine de sa meilleure amie.
Albus ferma les yeux quelques secondes, ses doigts cherchant son pendentif. Une fois positionné en mode « pile », sa façade de gentil fils de héros au grand cœur apparut, par habitude. Il jeta un dernier regard au sol, là où s'était tenu le cadavre de Natasha Kandinsky et sortit de la pièce, fermant la porte derrière lui.
ooOOoo
- Tu es sûre que tu vas bien ?
- Tu es sûre que tu n'as pas vu son visage ?
Rose lança un regard énervé à Irina et Nalani.
- Je vais bien et non, je n'ai pas vu son visage. C'était un garçon, j'ai entendu sa voix.
- Quel sort t'a-t-il jeté ?, insista Nalani alors qu'Irina couvait Rose des yeux avec inquiétude.
- Je vais bien, Irina. C'était un Stupéfix. Mais soit il ne sait carrément pas jeter un sort, soit quelqu'un m'a protégée. J'ai senti deux souffles. Comme si quelqu'un me jetait un bouclier en même temps.
- Natasha ?, demanda Irina avec espoir.
Rose haussa les épaules, sceptique.
- Si c'était un sortilège informulé, ça ne peut pas être Natasha, elle ne les maîtrise pas encore, songea Nalani. Et puis elle t'aurait répondu. On la cherche depuis longtemps, elle t'aurait répondu avant que…
- Peut-être qu'elle avançait vers Rose mais que…
- Elle se serait approchée dès que ce type est parti, Irina, la coupa Nalani. Qui que soit ton sauveur, ce n'était pas Natasha.
Les épaules d'Irina s'affaissèrent. Elles n'avaient parlé à personne, encore. Ni à Anastasia, ni à leurs amis. Encore moins à leurs professeurs. Mais il leur faudrait parler à un adulte rapidement, songea Rose.
- On continue de chercher, affirma-t-elle.
ooOOoo
On le saluait, on s'assurait qu'il allait bien, que sa santé ne craignait pas les tempêtes hivernales. On le félicitait pour ses notes, pour ses prouesses, pour son poste de batteur et les matchs à venir qu'il gagnerait forcément. On lui disait « maintenant Serpentard est une maison comme les autres, respectable, favorisant la fierté ». On lui répétait que dorénavant les enfants seraient fiers d'être répartis à Serpentard, grâce à lui, parce qu'il était un exemple.
Il en était ainsi tous les jours, toutes les heures, dans les couloirs comme dans le parc, de jour comme de nuit.
Albus souriait, Albus acquiesçait, Albus remerciait. Son rôle, il le maîtrisait à la perfection. Sa mémoire, plutôt performante, lui permettait de retenir quelques détails sur les élèves qui s'aventuraient vers lui. Il les classait mentalement par castes, les fanatiques qui le suivaient partout, les adorateurs plus discrets, les sympathisants qui se proclamaient ses amis, les ambitieux qui l'approchaient toujours plus près.
Chacun possédait une histoire, une anecdote, une particularité, un détail qu'Albus enregistrait et sur lequel il paradait, leur posant des questions, faisant mine de s'intéresser à eux, à leur vie ordinaire, étriquée. Une vie de suiveurs.
Il était presque arrivé à la salle commune de Serpentard lorsqu'il tomba nez à nez avec Jalil Lespare qui arborait un air inquiet.
- Tu n'étais pas au repas, nota Jalil.
- Tu t'es inquiété pour moi ?, demanda Albus, ne pouvant retenir une pointe moqueuse.
- Non, répliqua Jalil en fronçant les sourcils. Je m'inquiète pour Sally. Elle était avec toi ?
- Non, pourquoi ?, soupira Albus.
- On avait rendez-vous après les cours à la bibliothèque, elle n'est pas venue. Je ne l'ai plus vue depuis la fin des cours. Ni à la salle commune, ni à la Grande Salle. Shania Zabini a vérifié au dortoir, elle n'y est pas non plus, et Scorpius m'a dit qu'elle devait s'occuper des jeunes irlandais et elle n'est pas venue non plus. Alors qu'elle n'a jamais raté ses missions jusqu'à présent.
Albus haussa les épaules. Ils avaient quinze ans, un âge dont les adolescents ordinaires profitaient pour faire toutes sortes d'expériences.
- Elle a sans doute rencontré un mec.
- Elle me l'aurait dit.
- Et bien elle aura une autre excuse. Mais elle va bien.
- Tu as l'ai bien sûr de toi. Comment…
- Je sais qu'elle va bien. C'est tout.
Comme si sa conclusion se suffisait à elle-même, Albus se dirigea vers la salle commune de Serpentard pour récupérer ses affaires de quidditch. Il ne se plaignait pas, le vol lui permettrait d'oublier définitivement le « cas Natasha Kandinsky », survoler le domaine de Poudlard lui permettrait de s'assurer que l'espion ne soit aperçu de personne, et puis c'était Scorpius qui avait planifié l'entraînement à une heure si tardive.
Et Albus ne se plaignait jamais des choix de Scorpius.
ooOOoo
Scorpius Malefoy prenait son rôle de capitaine très au sérieux. Il gagnait toujours le terrain une heure avant ses coéquipiers, vérifiant le matériel d'entraînement, de la propreté des souaffles au battement d'ailes du vif d'or. Il aimait à profiter de cette heure de solitude pour appréhender la météo, vérifier la qualité du terrain, afin que tout soit prêt, à commencer par lui, pour que son équipe s'entraîne dans des conditions optimales.
Le capitaine des vert et argent n'avait guère d'espoir de remporter la coupe cette année. Même si l'équipe de Gryffondor était affaiblie, même si les Poussins Irlandais n'étaient pas prêts, même si Oscar Dubois ne pouvait compter sur une équipe compétitive, les Serdaigle demeuraient intouchables. Inatteignables, même.
L'absence régulière de Keith Corner était un coup bas pour les aigles, mais Nalani Jordan pouvait compter sur une équipe solide et oh combien talentueuse. Ainsi Scorpius visait pour les siens la seconde place, le temps que ses joueurs atteignent son niveau d'excellence. Pour l'heure, seule Hadiya avait un niveau satisfaisant aux yeux du capitaine.
Celle-ci le rejoignit assez tôt, déjà habillée de sa tenue d'attrapeur, son balai de compétition étincelant sous le faisceau lunaire. Elle arborait son sourire rêveur, celui qui lui valait le surnom de « shootée », octroyé par Shania et Scorpius. Un sourire lié à James, et au fait que tous deux se voyaient de plus en plus fréquemment.
- On a révisé ensemble tout l'après-midi. Je viens de le croiser, il allait encore chercher un livre. Je crois qu'il n'a même pas mangé. Il est tellement sérieux que mon père... Ça ne va pas ?, demanda Hadiya, étonnée du manque d'attention de Scorpius.
- Je m'inquiète pour une fille de ma classe. Sally-Ann Perks. On avait une sorte de réunion et elle n'est pas venue, et ne s'est pas occupée des jeunes irlandais, expliqua Scorpius sous le regard perplexe d'Hadiya.
- Ils sont bien intégrés maintenant, non ?
La jeune fille fronça les sourcils devant l'air ennuyé de celui qu'elle considérait comme son frère. Ou presque, songea-t-elle, l'image de James imprimée dans son esprit. Scorpius tapait du pied contre l'énorme malle qui contenait les souaffles d'entraînement.
- J'ai des raisons de me méfier de certains… jeunes irlandais, confia-t-il du bout des lèvres.
- Qui ? Pourquoi ?
- Je ne peux pas t'en parler, Hadiya.
- Je vois, se rembrunit Hadiya. C'est Juliet Hawkes, c'est ça ?
- Hadiya…
- Elle est tout le temps en train de faire des messes basses avec Pepper Warwick, Vincent Goyle et Clifford de Woodcroft. Et elle fait des manières à James, une vraie gourdasse.
- Tu dis ça parce qu'elle se méfie de toi, pouffa Scorpius en levant les yeux au ciel.
- Elle ne me connaît pas. Pourquoi se permet-elle de me juger ?
- Elle trouve étrange que tu te sois rapprochée de James et de Mael quand ils n'étaient pas…
- Hum hum.
Scorpius sursauta, cherchant sa baguette sous sa cape. Hadiya la brandissait déjà devant la jeune fille qui s'était approchée d'eux sans qu'ils ne l'entendent.
- Potter ?, s'étrangla Scorpius.
- Malefoy, Zabini.
- Tu n'as rien à faire là, la rabroua Scorpius. Tu ne fais pas partie d'une équipe de quidditch et j'ai réservé le terrain pour les Serpentard.
- Tu devrais pas me parler comme ça, répliqua Lily. En plus tu parles de mon frère, là, alors que tu ne connais pas James, elle encore moins alors…
- Alors rien du tout, t'as entendu le cap'taine, il t'a dit de dégager !
Derrière Lily Potter, Shania Zabini fulminait. Elle nourrissait pour la jeune Potter une jalousie incontrôlable.
- Tu me parles autrement, toi !, se défendit Lily.
- Ah ouais ? Et pourquoi j'te parlerai autrement ? Tu…
- Shania !
Hadiya se plaça entre les deux jeunes filles, empêchant sa sœur de dépasser les limites du raisonnable.
- Tu sais que James n'aimerait pas te voir ainsi, prévint-elle durement.
- Pourquoi vous parlez de James sans arrêt ?!, s'énerva Lily.
- Ça ne te regarde pas, répliqua Scorpius. Et maintenant, laisse-nous. Nos coéquipiers ne vont plus tarder et…
- Elle non plus n'est pas joueuse, coupa Lily en désignant Shania. Et je vais où je veux !
- Lily !
La jeune fille, reconnaissant la voix de son frère, se tut instantanément. Scorpius la vit trembler légèrement alors qu'elle baissait la tête. Mais ça n'arrêta pas Albus.
- Je peux savoir ce que tu fais là à embêter mon capitaine et mes…
- Tes rien, coupa Shania. On n'est pas tes quelque chose, ok ?
Albus se retint de balancer à Shania ce qu'il avait sur le cœur. Ça n'allait pas avec le mode « pile » qu'il avait activé. Au lieu de ça il se tourna vers Lily.
- Je cherche Serena, souffla Lily, beaucoup plus calme désormais. Depuis trois heures, précisa-t-elle, inquiète.
- Serena va bien, lâcha Albus, exaspéré.
Il commençait à en avoir marre de tous ces gens qui s'inquiétaient pour rien. Serena et Sally-Ann allaient bien. Albus le savait mieux que personne puisque les Zigaro lui avait laissé le choix de les tuer. Le choix de tuer une fille parmi trois.
« Sally-Ann Perks, ta meilleure amie officielle, quasiment adoptée par tes parents, une fille que tu as juré de protéger publiquement. Serena Velsen, la meilleure amie de ta sœur. Natasha Kandinsky, la batteuse dont ton frère est fou amoureux. Réfléchis, Albus. Et fais ton choix. »
Il avait choisi Natasha. Parce que Sally-Ann était trop proche de lui aux yeux des autres et que le héros qu'il était aurait moins fière allure s'il avait laissé mourir sa soi-disant meilleure amie. Il avait choisi de préserver Serena pour les mêmes raisons, à quelque chose près. La jeune fille, d'origine moldue, était une petite poupée de porcelaine, le genre de fille qu'un jeune homme héroïque protège. La meilleure amie de sa petite sœur. Une future probable petite amie. Serena Velsen lui serait bien plus utile que la pathétique Natasha Kandinsky, la gifleuse de héros qui avait une batte à la place du cerveau.
- Et comment tu sais ça, toi ?, s'étonna Lily. Tu as vu Serena ?
Le même étonnement que Jalil. Le même agacement au fond d'Albus.
- Non je ne l'ai pas vue mais je suis sûr qu'elle va bien.
Albus Potter se dirigea vers sa batte, commençant ses étirements en guettant l'approbation et l'intérêt de Scorpius. Mais celui-ci observait Lily Potter se triturer les doigts, dévorée par l'angoisse.
- Tu devrais rejoindre ta salle commune, elle y sera peut-être. Ou bien vos amis…
- Serena n'est pas vraiment amie avec mes autres amis, confia Lily. D'habitude on est ensemble. Sauf quand j'ai besoin de solitude et de nature, je lui dis et elle m'attend à la bibliothèque ou… on se donne rendez-vous et c'est pas le genre à disparaître sans rien dire. Personne ne l'a vue.
- T'es allée voir à l'infirmerie ?, questionna Hadiya. Avec la météo des derniers jours elle a peut-être attrapé un gros rhume…
- J'y suis allée, oui, j'ai tout fait, la bibliothèque, la…
- J'trouve ça bizarre quand même, coupa Shania l'air sérieux. Jalil et ses potes cherchent Perks partout. Toi-même tu l'as pas vu, ajouta-t-elle en désignant Scorpius. Et j'ai croisé Jordan, la capitaine de Serdaigle, et une autre fille qui cherchaient Natasha.
- Natasha Kandinsky ?, s'étonna Lily.
- Ouais. Et votre cousine est à l'infirmerie.
- Rose ?
- Ouais. C'est Jordan et l'autre, là, qui l'ont amenée.
- Tu sais ce qu'a Rose ?
- Non, j'les ai juste croisées d'vant l'infirmerie. Mais j'trouve ça bizarre que trois filles aient disparu, comme ça, sans qu'on sache où elles sont. Trois filles proches de vous trois, en plus.
- Tu veux dire, comme si quelqu'un cherchait à toucher les enfants de Harry Potter par le biais de…
- N'importe quoi, lâcha Albus sans pour autant pouvoir s'empêcher de pâlir.
Scorpius le dévisagea, partageant l'inquiétude des filles.
- Potter si tu sais un truc c'est le moment de parler.
Scorpius récolta des regards intrigués de la part des sœurs Zabini, interloqué de la part de Lily, nerveux de la part d'Albus.
- Qu'est-ce que tu insinues, au juste ?, s'étonna Lily.
Scorpius l'ignora, fixant Albus dans le but de lui faire passer un message. Plus que de l'inquiétude, il sentait la colère gronder en lui. Lui plus que quiconque connaissait les frères Zigaro, la menace qu'ils représentaient, l'aval qu'ils pouvaient avoir sur les jeunes qu'ils approchaient. Lui plus que quiconque savait que seul Albus Potter n'avait pas peur d'eux, parce qu'il pensait pouvoir se retourner contre eux, les manipuler à son tour. Lui plus que quiconque savait qu'Albus Potter était prêt à tout pour monter sur le sommet du monde, pour se proclamer héros des temps modernes, pour détrôner son père, pour être adulé et respecté par le plus grand nombre.
- Je n'ai rien fait à Sally et Serena Velsen, affirma Albus. Encore moins à Rose.
Son ton était ferme, confiant. Un peu froid, légèrement acerbe. Scorpius hocha sèchement la tête, sachant que ce simple geste suffirait à faire fuir les trois filles qui les observaient toujours. Hadiya attrapa le bras de sa sœur, la traînant au centre du terrain et Lily grommela un « si vous la voyez dites-lui que je la cherche », repartant à la poursuite de sa meilleure amie.
Le reste de l'équipe sortait du château, ils les rejoindraient sous peu, alors Scorpius attrapa le bras d'Albus, le sentant frissonner sous ses doigts.
- Et Natasha ?
Une simple question, qui comptait tant aux yeux de Scorpius. Albus prit son temps avant de répondre. Son pendentif bougeait au rythme des battements de son cœur. Son visage, impénétrable, mettait Scorpius en échec. Il voulait voir, il voulait savoir. Il voulait interpréter les signes, découvrir la vérité sans plus tarder. Et Albus accepta de la lui confier, d'un ton sans appel.
- Je n'ai rien fait à Natasha Kandinsky. Maintenant, si tu le permets, je rejoins le groupe. Ma cousine est à l'infirmerie, je ne raterai bien évidemment pas l'entraînement pour aller la voir mais les élèves apprécieraient que tu l'écourtes afin que le cousin attentionné que je suis puisse s'enquérir de la santé de Rose.
A nouveau Scorpius hocha la tête. A contrecœur. Albus avait raison. Scorpius avait beau être le capitaine de l'équipe, c'était Albus l'élève apprécié, le modèle, le symbole. Et personne n'aurait compris que Scorpius ne fasse pas un geste vers celui qui s'entraînerait le cœur meurtri d'inquiétudes pour sa cousine, pour ne pas désavantager son équipe. Ce garçon dont on vantait l'honneur et la générosité.
Scorpius se tourna vers ses joueurs qui s'étiraient tranquillement en plaisantant.
- Trois tours de terrain et cent pompes tous les cent mètres, ordonna-t-il d'une voix forte.
Les joueurs grognèrent d'une même voix. C'était tout ce que souhaitait Scorpius. Que ses joueurs s'entraînent trois fois plus que les autres équipes et qu'ils deviennent une seule et véritable équipe. Soudée autour du sport, et non autour d'Albus.
ooOOoo
L'infirmière surveillait les lieux du coin de l'œil, affairée dans son bureau. Trois lits étaient utilisés. Un début de dragoncelle soigné à temps par le professeur Shiitaké, un rhume des foins qui avait assommé une Serpentard de première année et Rose Weasley. Un Stupéfix stoppé par un enchantement de magie ancienne, un état de choc causé par la peur. Miss Tulipe lui avait administré une potion calmante avant d'autoriser deux élèves plus âgées à guetter sa patiente encore vingt minutes. Ensuite elle les mettrait dehors, fermant les portes aux visiteurs, et retrouverait son minuscule baldaquin sans oublier d'activer l'alarme magique. Une vibration d'oreiller pour un visiteur nocturne, deux vibrations pour un voleur – les potions qu'elle confectionnait en attiraient plus d'un – trois vibrations pour un malade en attente de soins.
Miss Tulipe se mit en marche en s'étirant. L'aiguille venait d'atteindre son terme, et Irina Kandinsky et Nalani Jordan demeuraient près de Rose Weasley, murmurant des messes basses.
-… le dire aux autres, à James.
- Mais pour Natasha, on fait quoi ?
- Mesdemoiselles, il est temps de gagner votre dortoir. L'état de miss Weasley est stable, je lui ai administré une potion de sommeil pour calmer son angoisse et sa nervosité. Vous avez bien fait de l'amener ici. Vous pourrez la voir demain, elle sortira sans doute dans la matinée.
- Merci miss Tulipe.
L'infirmière donnait toujours beaucoup d'informations aux accompagnants. Ça lui évitait d'avoir à répondre à leurs nombreuses questions. Une anticipation qui lui permettait de se débarrasser des occupants plus rapidement. Et de se coucher plus tôt.
ooOOoo
La neige craquait sous leurs pas. Au loin l'équipe de Serpentard s'échangeait le souaffle. La forêt interdite leur renvoyait des bruits effrayants, mais les jeunes filles gardaient leur clame, suivant celle qui marchait devant elles et les guidait à travers la nuit noire.
Un arbre immense découpait les lourds nuages d'orage. Contre son tronc une petite lanterne scintillait d'une lumière chaude.
Adossé contre le lierre, assis parmi les livres, James Potter leva un regard surpris en les voyant approcher. Les filles le virent jeter un bref regard sur sa droite et la carrure de Mael Thomas apparut à mesure que le jeune homme se dressait près de son meilleur ami.
- Les gars, les salua Juliet en s'immobilisant face à eux.
Dans son dos, Irina triturait ses mains les yeux rivés sur le sol et Nalani évitait le regard de Mael. Depuis qu'ils étaient ensemble, elle perdait un peu de son assurance dès que le jeune homme lui souriait.
- Ça ne va pas ?, s'inquiéta-t-il soudain près d'elle.
Nalani se laissa emprisonner par les bras rassurants de son petit ami. Son odeur, son torse contre lequel elle écrasa son visage, ses mains qui caressaient ses cheveux parvenaient doucement à l'apaiser lorsque Juliet lança la première bombe.
- Rose est à l'infirmerie.
Avant d'asséner la seconde sans attendre.
- Et Natasha a disparu.
Mael et Nalani reculèrent, se séparant d'un commun accord. Mael était déjà près de James. L'angoisse d'Irina et l'acquiescement de Nalani eurent raison de lui. Juliet lui expliqua tout ce qu'elles savaient en détail, d'un ton calme et réfléchi.
- Que personne ne se méprenne mais… Pourquoi en parler à James, au juste ?
- Parce que j'ai un mauvais pressentiment, répondit Juliet.
- Et parce qu'il aime Natasha, murmura Irina.
- Mais… Pourquoi ne pas en parler aux adultes ? Le professeur Ganesh, par exemple ?
- Parce que Sally-Ann Perks et Serena Velsen ont également disparu, parce que ce sont les trois filles « proches » de James, sa sœur et son frère, confia Nalani. Et parce qu'on pense qu'Albus est derrière tout ça.
Maël sentit la panique le gagner. Si les filles disaient vrai… Ils devaient en avoir le cœur net. Et James ne parlait toujours pas.
- C'est pour ça qu'on t'a demandé la carte, expliqua Irina en s'adressant à James. Mais elle n'apparaît nulle part.
- Ensuite, dès qu'on a su pour Sally et Serena, on a vérifié de nouveau mais… Elles n'apparaissent pas non plus.
James les regardait tour à tour. A ses côtés les vers luisants volaient dans tous les sens, sans jamais s'éloigner de lui.
- Dès que vous avez su ? Ça veut dire quoi ? Qui vous a parlé de Sally et Serena ?
- Shania Zabini, répondit Juliet.
- Ta petite protégée, ajouta Nalani d'un ton réprobateur.
Nul n'ignorait que Nalani Jordan ne portait pas les sœurs Zabini dans son cœur. Elle trouvait leur comportement à l'égard de James plus que suspect et, surtout, avait très mal pris le rapprochement entre Mael et Hadiya.
Compréhensif, Mael prit doucement la main de sa petite amie. Quiconque l'apercevait ne fut-ce qu'un seul instant ne pouvait douter de l'amour total et sincère qu'il vouait à la jeune fille.
- Qu'est-ce qu'on fait ?, demanda Irina à James.
- Je…
Le jeune homme passa une main dans ses cheveux ébouriffés avant de regarder son meilleur ami. Un échange muet tenait les filles à l'écart, sans qu'elles ne leur reprochent quoi que ce soit. James finit par hocher la tête. Il était pâle et hésitant, mais une étincelle dans ses yeux captura l'attention de ses amies.
- On va partir à leur recherche, commença-t-il. Qu'elles ne soient pas sur la carte ne veut pas dire qu'elles ne sont pas… quelque part ici. Le château est vaste, le domaine l'est encore plus.
Les filles acquiescèrent sans l'interrompre. Irina retrouvait avec soulagement son premier ami. Nalani retrouvait avec bonheur l'ami chaleureux, le frère courageux. Juliet retrouvait avec espoir la Clef du Rassemblement.
- On va se séparer.
- Quoi ?, s'étonna Irina.
- Dans un premier temps, seulement, la rassura James. On a besoin de nos amis. On ne peut pas y arriver seuls.
- Je m'occupe des Serpentard, sourit Juliet.
- Et moi des Serdaigle, si Nalani est d'accord, se proposa Irina.
- Non, répondit James. Nalani ?
- J'y vais. Je m'arrête chez les Poufsouffle en chemin.
- Susie fait son tour de garde avec Louis, intervint Juliet qui était toujours au courant de tout. Allons-y ensemble, on ira plus vite.
Nalani s'empara des lèvres de son petit-ami une demi-seconde et en un éclair les filles avaient disparu. Irina frappa James au niveau de son bras alerte.
- Tu n'as pas le droit de me laisser de côté, Natasha est ma sœur !
- Je ne te laisse pas de côté Irina, répondit James d'une voix douce. J'ai quelque chose à te demander. A te proposer, plutôt.
- Je t'écoute.
- Si jamais ça tourne mal, on aura besoin d'aide. Je pense qu'il faudrait prévenir Isidore. Et Malek Lespare.
- Je m'en occupe, s'engagea Irina en esquissant un sourire soulagé.
- Et nous on fait quoi ?, questionna Mael une fois qu'ils furent seuls.
- Et nous on fait des listes, répondit James en tendant un calepin à son meilleur ami.
- C'est parti. Ceux qui savent transplaner ?, proposa Mael en traçant une première colonne. On n'a eu que deux cours mais Cliff y arrive déjà très bien, ça peut nous être très...
- Ceux qui savent se transformer, corrigea James, pensif.
- Tu… Tu veux dire… Des animagus ? Mais…
- Les Donovan sont des animagus. Des loups. Une meute.
- Je vois, soupira Mael. Et le reste ? Tu sais, les mecs comme moi qui sont super canons mais ne se transforment ni en baleine, ni en écureuil ?
- On va faire des groupes.
- Et si je veux être avec toi ?
- Alors il faudra te porter volontaire pour la brigade volante.
- La… Ok, j'en suis.
Ils échangèrent un sourire, heureux de voir leur complicité renaître après une période qui les avait tous deux chagrinés. Mais Mael voyait bien que James était inquiet. Et prêt à tout pour retrouver Natasha.
- Commençons par-là, alors, affirma celui-ci, son regard déjà rivé vers le terrain de quidditch.
ooOOoo
L'entraînement les avait laissés sur les rotules. Certains joueurs n'avaient même pas pris le temps de passer aux vestiaires, pressés de retrouver la chaleur de leur salle commune.
Scorpius et Hadiya étaient restés sur le terrain, curieux de voir James et Mael entrer dans les vestiaires à une heure si tardive. Curiosité qui ne fit qu'accroître en les voyants ressortir avec une demi-douzaine de balais. Curiosité qui atteignit son apogée lorsqu'ils virent sortir près d'une vingtaine d'élèves du château. Parmi lesquels une Shania Zabini hurlant sur quelques élèves de Serpentard.
- On les suit ?, proposa Scorpius.
- La question ne se pose même pas, répondit Hadiya. Ils ont dû monter un plan pour retrouver Kandinsky et les deux autres. James aura sûrement besoin de nous.
Effectivement, James avait bien besoin d'aide. Ses amis se tenaient face à lui, souriants, baguette tirée et regard assuré. Et lui, comme souvent, ne savait que dire. Juliet le comprit sans mal et présenta la situation comme elle l'avait fait avec lui une demi-heure auparavant. Avant de se taire et de se glisser à ses côtés, le laissant poursuivre.
James se racla la gorge et fit un pas en avant.
- Je ne suis la clef de rien. Je le sais, vous le savez, on n'aura jamais besoin de preuve ou de quoi que ce soit pour le savoir. Mais je vous aime, tous autant que vous êtes. Mon frère, continua-t-il en désignant Mael, mes amis, poursuivit-il en regardant tour à tour Juliet, Nalani, Oscar, Keanu ou Solenne, et quelques personnes avec lesquelles je n'ai pas de relation définie, mais qui ont beaucoup d'importance à mes yeux.
Scorpius ne put s'empêcher de rougir alors qu'à ses côtés Shania et Hadiya souriaient de toutes leurs dents.
Plus souriant encore, Louis s'approcha de James, pressant son épaule avec tendresse.
- Et ton cousin ?
- Et mon cousin, sourit James. Vous êtes là, et je ne crois pas me tromper en affirmant que je connais vos raisons, à tous. La mienne, vous ne l'ignorez pas non plus. S'il y a bien une personne que j'aime plus que vous, c'est Natasha. Irina, Nalani et Juliet pensent qu'elle a disparu. Shania, Hadiya et Scorpius sont également inquiets. Sally-Ann Perks et Serena Velsen auraient également disparu. Nous avons des raisons d'envisager… si ce n'est le pire, une situation périlleuse. Je ne suis ni votre leader, ni un habitué de ce type de situations. Mais j'ai participé au Tournoi des Quatre Ecoles et combattu une salamandre. Je n'ai pas été victorieux. Mais je n'ai pas perdu non plus. Je ne vous propose rien d'extraordinaire, seulement de profiter des aptitudes de chacun pour retrouver trois jeunes filles. Et si quelqu'un a un meilleur plan…
James se tut, attendant une quelconque proposition. Mais les sourires qu'il voyait le confortaient.
- Il nous faut alors cinq personnes qui maîtrisent le Patronus. A la perfection, précisa James. L'idée est de s'en servir pour communiquer.
Les amis réfléchirent, ne voulant se proposer seulement par envie. Juliet fut la première à s'avancer, suivie rapidement par les Donovan. Alice, qui jusque-là se tenait en retrait, leva également la main. A l'étonnement général, Hadiya fit un pas en avant.
- Parfait, sourit James. Hadiya tu seras dans le groupe de Mael qui…
James s'interrompit, sentant le regard de Nalani devenir légèrement trop meurtrier à ses yeux.
- … qui sera dirigé par Nalani.
Nalani se détendit, lui lançant un clin d'œil alors que quelques-uns parmi leurs amis se permettaient de rire.
- Nalani dirigera la brigade volante, précisa James.
Sans perdre davantage de temps, Oscar s'avança vers la capitaine des aigles, signifiant qu'il venait de rejoindre sa brigade. Ils partirent effectuer une première recherche au-delà du lac noir, pendant que les autres se préparaient.
Comme James, tous étaient convaincus que fouiller Poudlard de fond en comble était une première étape nécessaire. Alice avait en charge la brigade de terrain, missionnée pour parcourir le château le plus rapidement possible. En sa qualité de Maraudeur, Louis l'accompagnerait avec la Carte du Maraudeur, tout comme Keanu, Pepper et Susie.
La brigade à l'aveugle avait en charge les seuls lieux non-présents sur la carte qu'ils connaissaient, à savoir le tunnel de la salamandre, la tour invisible de l'Oracle et le passage du W. Juliet et Scorpius se disputaient la tête du groupe, et seraient suivis par Shania, Solenne et Clifford.
Enfin, un groupe gagnerait la salle sur demande et travaillerait intensivement sur la seconde étape. Anticiper, organiser leurs idées, choisir au bon moment qui prévenir, et quoi dire aux professeurs. Dans cette tâche cruciale, Irina serait secondée de Jean-Paul et de Vincent.
- Bon, maintenant qu'on a trouvé une utilité aux lâches, tu viens avec nous ?, cracha Alice.
- Chacun a une tâche importante, Alice. Si ça ne te convient pas, tu peux toujours partir. Et non je ne viens pas avec vous.
- Et tu vas où ?, insista-t-elle confuse.
- Dans la forêt. Tout le monde est prêt ?
Tous acquiescèrent, mais James interrogea plus particulièrement les Donovan. Sullivan s'approcha du groupe d'Irina, Océane de celui de Juliet et Scorpius. Nolan et Noélia se concertaient du regard. Etant jumeaux, ils avaient développé un instinct infaillible l'un envers l'autre. Noélia s'approcha donc du groupe d'Alice et Nolan marcha jusqu'à James. Au même moment, tous les Donovan se transformèrent en loups, devenant des espions rassurants pour chaque équipe.
L'équipe d'Alice fut la première à partir, suivie de près par celle d'Irina. Scorpius s'attarda près de James, les yeux rivés sur la forêt.
- Ça va aller Scorpius, le rassura James.
- Je sais. J'attends juste… Voilà. Elles sont là, sourit-il.
- Ils sont à qui ces chiens ?, s'étonna Nalani qui se posait avec son équipe près d'eux.
- Ce ne sont pas des chiens, répondit Nolan de façon énigmatique.
Sa queue battant les airs, Graziella s'arrêta aux pieds de Scorpius alors que, les yeux vifs, Athéna s'asseyait aux côtés de James.
James prit soudainement Scorpius dans ses bras pour une brève étreinte. Avant de se transformer en cerf.
La surprise passée, tous se mirent en position. James venait de donner le signal du départ.
ooOOoo
Leurs yeux s'étaient habitués à l'obscurité, ils maniaient leurs balais avec plus de dextérité, survolant la forêt, slalomant à travers les cimes des arbres. A terre, le daim ne se reposait jamais, si rapide qu'il précédait ses camarades à quatre pattes, ralentissait pour creuser la mousse, reniflait la terre et les troncs. C'était la chasse de sa vie, une chasse dont il avait décidé de ne revenir qu'avec Natasha.
Le daim leva la tête, faisant signe à ses amis volants de tourner sur leur droite. Nalani montra la voie, sa mine concentrée précédant celles d'Oscar, Hadiya et Mael qui se pencha légèrement pour lui offrir un sourire encourageant.
Athéna et Graziella surgirent en même temps, leur truffe pleine de terre noire. James désigna une toute petite marre afin qu'elles puissent s'abreuver.
Nolan fermait la marche, les yeux si vifs que lorsqu'ils se posèrent sur James, celui-ci eut l'impression que son ami voyait à travers lui. Il n y avait pourtant rien d'autre à voir qu'une peine immense, une angoisse sans limite et un espoir si infime que James peinait à le raviver.
- Il est des espoirs qui meurent avant le terme pour mieux renaître de leurs cendres.
- Venezio !
L'arrivée de son ami centaure alloua un regain de force à James qui s'élança dans l'une des deux dernières parties de la forêt qu'ils n'avaient encore fouillé. La partie la plus proche du château. Plus ils s'approchaient des tours de pierre de Poudlard, plus son espoir s'étiolait. Et pourtant, son instinct l'incitait à redoubler d'efforts.
Parfois le Patronus de l'un de leurs amis s'assurait que tout le monde allait bien. Un simple message qui ne rassurait James pour rien au monde. « On va la retrouver », pensa-t-il. Et il répéta cette phrase tant que son cœur faillit s'arrêter de battre lorsqu'il huma une odeur fruitée.
« Elle est là. Je le sens », hurla-t-il le plus fort possible dans sa tête.
Athéna et Graziella freinèrent avant de tourner subitement sur leur gauche. Nolan hurla brièvement pour prévenir la brigade volante.
Trop impatiente, Nalani tira de toutes ses forces sur son manche en jurant. En voulant l'éviter, Oscar fonça dans les branches rêches d'un immense if. Hadiya se posa rapidement sur la branche la plus solide pour l'aider à se stabiliser. Le visage d'Oscar était couvert de fines plaies ensanglantées et Hadiya s'empressa de sortir une petite fiole.
- Hé attends c'est quoi ?, demanda Nalani, méfiante.
- Un onguent. J'en ai souvent besoin après un entraînement, expliqua Hadiya placidement. Où est James ?, demanda-t-elle alors que Mael ralentissait près d'eux.
- Je crois qu'il a trouvé quelque chose.
Le ton de Mael, plus grave qu'à l'accoutumée, fit grimacer Nalani.
- Oscar ?, demanda-t-elle.
- C'est bon. Merci Za... Hadiya.
La jeune fille se contenta de hocher la tête deux fois. Nalani leur fit signe de repartir, se penchant sur son balai pour accélérer. Mais la course fut de courte durée. Dans une minuscule clairière, un daim, un centaure, un loup et deux chiens se recueillaient. La chasse se terminait là, devant une sépulture faite de terre et de branches.
ooOOoo
Salle sur demande
Irina Kandinsky faisait les cent pas, les doigts liés, son cerveau fusant à vive allure. La salle sur demande leur avait offert des bureaux, du parchemin, des plumes, un accès direct à la volière et, surtout, un passage vers l'extérieur du domaine de Poudlard. La seule chose que la salle ne pouvait leur offrir, c'était une idée lumineuse. Et pourtant, Irina le lui avait demandé de toutes les manières possibles et inimaginables.
- Et si on demandait un retourneur de temps ?
Jean-Paul Sphère secoua gentiment la tête. Il se montrait patient et désolé pour la jeune fille.
- Ça serait la solution, s'entêta Irina. On remonte de quelques heures, on se divise en trois groupes et on les suit. On pourrait même...
- C'est impossible Irina. J'ai... je l'ai déjà demandé.
- Oh... C'est pas grave, on va trouver autre chose.
Vincent Goyle s'était accroupi contre un mur, terrorisé. Il ne cessait de murmurer que tout était de sa faute. Sullivan Donovan s'était pelotonné près de lui afin de lui communiquer un peu de sa chaleur de loup. Mais rien n'y faisait.
ooOOoo
Les balais reposaient contre le tronc d'un genévrier. Les conifères étaient immenses dans cette partie de la forêt. La neige tombait depuis une dizaine de minutes, les flocons grossissaient, posant leur empreinte sur la terre qui blanchissait.
Les corps qui se tenaient là, immobiles et gelés, formaient des petits trous dans le tissus neigeux. Et la tombe restait vierge de tout flocon.
- C'est impossible.
- James...
- C'est impossible !
- James...
Mael attrapa le bras de son meilleur ami pour le retenir, pour le soutenir, pour le prendre dans ses bras. Mais James se débattait avec l'énergie du désespoir, creusant la terre de ses doigts.
Il n'avait eu besoin de rien dire, ses amis n'avaient eu besoin d'aucune explication. Le flair du daim, des chiens, du loup avaient retrouvé Natasha. Mais Natasha n'était pas là. Natasha n'était plus là. Son odeur, si. Son odeur provenait de la terre. Et James refusait d'accepter cette certitude.
Nalani pleurait. Oscar se tenait derrière Mael, prêt à aider James. A quoi, au juste ?, songea-t-il en retenant ses larmes. A empêcher son ami de découvrir de toute la terre qui la recouvrait le cadavre de la fille qu'il aimait.
- James...
- C'est impossible je te dis, ok ? J'me suis gouré putain, j'ai plus de flair, c'est tout, disait-il en creusant comme un forcené. Elle peut pas être là. Elle peut pas être morte. Elle peut pas...
Sa voix se cassa. Sous ses doigts écorchés de sang et de terre, un bout de peau apparaissait.
- Non, sanglota Nalani. NON !
Hadiya posa une main transie de frissons sur l'épaule de son frère. Il l'ignora, retirant la terre par des gestes doux, ses larmes coulant sur la peau diaphane de Natasha. Ses bras croisés sur son ventre, ses yeux clos, ses cheveux que James déterrait les uns après les autres. Deux larmes avaient givré sous son œil droit. Deux petites perles qui saisissaient toute l'attention de James. Une perle transparente, aqueuse, une perle fauve, qui fumait légèrement.
- James...
Démuni, Maël cherchait en vain une manière de venir en aide à son meilleur ami. Il ne regardait pas Natasha. Il n'y arrivait pas. Il s'était accroupi près de James. Contre son épaule, Nalani laissait pleurer son cœur.
- C'est étrange, intervint Hadiya en s'adressant à Mael. Elle est nue.
Nalani leva la tête, son corps encore traversé de sanglots.
- Non, murmura-t-elle en rampant vers Natasha. Non, répétait-elle en retirant sa cape pour couvrir le corps de Natasha.
James, qui ne s'était aperçu de rien, continuait de fixer les deux larmes sur la joue de Natasha, caressant son visage et ses cheveux, son cœur brisé par cette vie qui ne voulait décidément pas le voir heureux.
- Attends, ordonna Hadiya en repoussant les pans de la cape de Nalani.
- Il faut la couvrir. Elle... Elle voudrait qu'on la... qu'on la couvre.
- Regarde, la pressa Hadiya.
Alors qu'Athéna s'était couchée près de James, le guettant avec sollicitude, Graziella grattait la terre de sa truffe.
- Qu'est-ce que... C'est comme si elle rassemblait quelque chose, nota Nalani.
- Ce sont des coquilles d'œuf. Recouvertes de cendre, expliqua Hadiya d'un air perplexe.
- Oh Merlin, susurra Mael. James... James ! S'il te plaît, mon pote, accorde moi ton attention deux petites secondes. S'il te plaît, James...
Mais James ne l'entendait toujours pas. Il était ailleurs, dans un ailleurs inatteignable, dont seule Natasha aurait pu le tirer.
- Natasha est un Animagus, expliqua Mael aux autres. C'est James qui me l'a dit. Mais je ne sais pas en quel animal...
- En Phénix, le coupa Nolan, les yeux rivés sur Natasha.
- En phénix ?, répéta Nalani. Mais alors...
- Peut-être qu'elle n'est pas morte, conclut Hadiya. Mael, Dubois, Donovan, je vais avoir besoin de vous.
- Qu'est-ce que tu vas faire ?, questionna Nalani, réticente.
- Des tests. Je suivais une option de médicomagie en Ir...
- Solenne !, s'écria Nalani. Il faut envoyer un Patronus ! Solenne et Keanu ! Ils peuvent la sauver, j'en suis sûre, il faut...
- Le temps est trop précieux pour le gaspiller, coupa le centaure.
- James fait confiance au Centau… à Venezio. Fais-moi confiance, Jordan, la supplia Hadiya. Un jour tu comprendras mes agissements, et ce jour-là tu sauras que tu as bien fait de me faire confiance.
- Les gars, appela Mael après avoir jeté un bref regard à Nalani.
Tous trois se jetèrent sur James, l'éloignant du corps de Natasha. Athéna grogna légèrement, rejoignant James pour le protéger. Graziella se colla à Natasha, commençant à lécher ses bras et ses jambes.
Hadiya posa sa tête sur le buste de Natasha, approchant doucement sa main de la bouche de la jeune fille.
- Merlin merci ! Son cœur bat. Faiblement, mais il bat ! Tu entends James ? Natasha est en vie ! Jordan, réchauffe-la, elle doit être morte de froid ! Faut lui faire du bouche à bouche, aussi, je sais pas faire mais...
- Je m'en occupe, se proposa Mael alors qu'Oscar et Nolan soutenaient un James inconscient.
Mael se positionna près de la jeune Serdaigle, ses mains ne tremblaient plus. Il avait quelque chose de concret à faire, une chose merveilleuse, capable de rendre le sourire à ceux qu'il aimait. Et la vie à sa future belle-sœur.
ooOOoo
- Aucune trace, putain ! Fait chier !
La porte claqua sous la colère d'Alice Londubat.
- C'était le dernier étage, résuma Keanu. Il vaudrait mieux rejoindre les autres.
- La forêt ?, proposa Pepper. L'équipe de James n'a pas répondu à nos derniers Patronus.
- Tu veux nous diviser, c'est ça ? Tu veux nous exterminer ? Tu proposes pas d'aller rejoindre tes copains Goyle et de Woodcroft pour pouvoir...
- Fait chier Londubat ! J'ai plein d'amis, ok ? Je ne me résume pas à Cliff, Vincent et Juliet. Toi t'as que James et t'es en panique depuis que tu l'as laissé, alors que t'es avec Ganesh-la-belle-gueule, et tu...
- Arrêtez !, les coupa Susie avec autorité. Arrêtez de vous hurler dessus toutes les deux ! Noélia ?
La jeune fille s'était approchée de la fenêtre, se transformant pour mieux voir au dehors.
- Nolan est sur deux pattes. Je crois qu'ils ont trouvé quelque chose. Quelqu'un.
- Qui ?, lui demanda Susie avec douceur.
- Je ne sais pas. Mais mon frère est triste. Je crois qu'on devrait les retrouver, ils ont besoin de nous.
- T'aurais pas pu le dire plus tôt, miss météo ?, s'énerva une nouvelle fois Alice.
- Et Océane ? Et Sullivan ?, s'enquit Keanu.
- Sullivan est toujours dans le château. A l'abri. Son équipe est au complet, ils vont bien.
- Tu m'étonnes, il est dans l'équipe des lâches, grogna Alice.
- Et Océane ?, insista Keanu.
- Je n'ai aucun contact, avoua Noélia. J'ai perdu le lien il y a demi-heure environ, je n'arrive pas à le recréer.
- Ça veut dire quoi, ça ?, demanda Pepper, inquiète. Elle est avec qui ?
- Solenne, Juliet, Clifford, Scorpius Malefoy et Shania Zabini, récita Keanu la gorge nouée.
- Ça veut dire quoi, putain ?, répéta Pepper.
- Qu'ils ne sont plus à Poudlard, répondit Noélia.
ooOOoo
Compter jusqu'à quatre. Souffler. Serrer les doigts, se dégager. Inspirer. Recommencer.
- Mael...
- Je n'arrêterai pas, Nalani. Je ne peux pas arrêter.
Nalani hocha la tête, continuant de frictionner le corps de Natasha. Corps qui demeurait froid et pâle. Mael, lui, suait, épuisé.
- Il doit y avoir un autre moyen, par Merlin, cherchait Hadiya. Un moyen magique, un sort, un charme, un...
- Cherche dans ta tête, tu le déconcentres.
- Ma sœur et son équipe arrivent, intervint Nolan. Hadiya, vient tenir James, je vais les chercher.
Nolan attrapa trois balais et s'approcha de Mael.
- Tiens bon, Maël. Les renforts arrivent.
Mael acquiesça, sans s'arrêter. Compter jusqu'à quatre. Souffler. Serrer les doigts, se dégager. Inspirer. Recommencer.
- Sauve la, le supplia Nalani. Sauve la et je te donnerai trois fils.
ooOOoo
Une ville, loin de l'Ecosse
- J'ai comme dans l'idée que ce n'est pas une bonne nouvelle.
La voix se voulait joyeuse, complice, pleine d'entrain. Malek Lespare accompagna sa remarque d'un énorme sourire, tirant le drap sur le buste d'Amalthéa avant d'ouvrir la fenêtre à un hibou.
- C'est celui d'Isidore, remarqua-t-il, sceptique.
La vie de Malek Lespare ne cessait d'évoluer. Une scolarité brillante, un don indéniable pour le quidditch, un Tournoi qui n'avait de cesse de le traumatiser, même un an plus tard. Ses Aspics en poche, Malek avait intégré le ministère, dans le seul but de créer un monde juste.
Son béguin pour Amalthéa Delanikas datait de Poudlard. Elle avait beau répéter que sa vie était trop complexe, trop dangereuse pour une vulgaire histoire d'amour, Malek n'avait jamais perdu espoir. Même quand Amalthéa lui avait montré ses jambes noires, mortellement blessées par un maléfice.
Depuis qu'il avait persuadé Amalthéa de vivre chez lui, il avait bloqué tous les accès, pour la mettre en sécurité. Finis les coups de cheminée tardifs avec son meilleur ami, finis les transplanages de son père. Toujours compréhensif, Isidore lui donnait des rendez-vous tous les jours. D'ailleurs, ils en avaient un tôt le lendemain, Malek ne comprenait donc pas ce que lui voulait son meilleur ami en pleine nuit.
« Le grenier, chez mes parents. Transplane dès que tu peux. »
- Qu'est-ce qu'il se passe ?, demanda Amalthéa en voyant Malek se décomposer.
Son petit-ami lui tendit le bout de papier.
- Je dois y aller. Ça ne lui ressemble pas de...
- Justement, coupa Amalthéa. Et si c'était un piège ?
Ennossacrac, son chien noir à pois blancs, sauta sur le lit. Amalthéa l'observa quelques secondes puis se vêtit rapidement.
- Qu'est-ce que tu fais ?, demanda Malek en voyant la jeune fille prendre sa baguette.
Amalthéa se redressa, jetant un charme à ses jambes pour léviter à un centimètre du sol.
- On vient avec toi. Ne pose pas de question, je n'ai pas envie de te mentir, ajouta-t-elle alors qu'il fronçait les sourcils.
- Dis-moi au moins si c'est grave. Parce que si ça l'est, il est hors de question que je te laisse m'accompagner.
- Disparition d'élèves, frères Zigaro et James Potter, j'imagine que ça répond à ta question ?, railla-t-elle. Et avant que tu ne fasses ton macho, rappelle toi que je suis plus douée que toi et que si tu avais vraiment voulu une femme soumise qui t'attende bien sagement à la maison en te préparant un ragoût, tu ne m'aurais pas choisie.
- J'aime quand tu parles de nous comme d'un vrai couple, sourit Malek.
- C'est ce qu'on est, non ? Aller, prends ma main, je vais nous faire transpla...
- Prends ma main ?, répéta Malek.
- Tu t'attendais à ce que je me mette à genoux ?
- Je t'aime Amalthéa. Un jour on sera débarrassés de toute menace et je t'épouserai.
- Et dire que les Serdaigle sont réputés pour leur clairvoyance !
- Tu aimes mon côté romantique, avoue.
- Naïf, rectifia-t-elle sans douceur. La naïveté n'a rien de romantique.
Fin prêt, baguette tirée et sûr de lui, Malek glissa sa main dans celle de la jeune fille. Le chien se colla à eux. Une seconde plus tard, l'appartement était vide. Derrière la porte, un homme avait souri dès qu'il avait entendu le bruit significatif du transplanage. Il porta sa main à sa poche, en sortant un téléphone portable. Sur son poignet, un tatouage était nettement visible. Un W.
ooOOoo
- Ses poumons contiennent beaucoup de terre, expliqua Keanu en balayant le corps de Natasha de sa baguette magique.
- C'est grave ?, s'inquiéta Nalani.
- Potentiellement. Un vrai guérisseur parviendrait sans doute à...
- L'infirmerie !, supplia Susie. Il faut l'amener à l'infirmerie.
- Non, s'opposa Keanu. Déplacer son corps serait prendre beaucoup de risques. On ne peut pas se le permettre. Elle a déjà été beaucoup trop secouée, si on bouge davantage son buste, la terre risque de se répandre et d'obstruer les maigres chances qui lui restent.
- Il faut aller chercher Shiitaké alors !
- Il est à Sainte Mangouste, dit Nalani en désignant James de la tête.
Celui-ci, plongé dans la torpeur, n'eut pas la moindre réaction. Ses amis s'en réjouirent, James se serait senti coupable que le Guérisseur de Poudlard, à Sainte Mangouste pour effectuer de nouvelles recherches sur la blessure de James, soit absent par sa faute. Mael continuait d'administrer les premiers soins à Natasha, mais, épuisé, il perdait tout autant espoir que ses forces.
- Je ne... Je ne peux plus continuer, souffla-t-il avant de s'effondrer aux côtés de Natasha.
Le pouls de la jeune Serdaigle faiblissait, sa peau restait toujours aussi pâle, toujours aussi froide. Nalani essuya une larme et continua de frictionner son corps avec fermeté et douceur.
- Essaie de te remettre, demanda Keanu en pressant l'épaule de Mael. Je vais tenter quelque chose, il faudra que tu continues de...
- Je vais le faire.
James s'était redressé. Il ne tremblait plus, ne pleurait plus. C'était comme si la vie l'avait déjà quitté. Il observa les gestes sûrs de Keanu et s'agenouilla près de lui. Près de Natasha. Il effleura tendrement la joue de la jeune fille avant de prendre la suite de Keanu, copiant ses mouvements, prenant le rythme, sans s'arrêter. Mael se laissa tomber près de lui, prêt à prendre le relais si besoin.
- James, il faudra que tu m'écoutes et que tu m'obéisses, ordonna Keanu.
Nalani lui offrit un sourire encourageant. Elle plus que quiconque sentait son angoisse, celle de mal faire, celle de l'échec. Il avait peur de ne pas savoir, il avait peur de ne pas trouver de solution. Mais il était prêt à tout tenter.
- Alice, tu dois te rendre à l'infirmerie. Réveille miss Tulipe, dis-lui de faire venir Shiitaké. Dis-lui que c'est important. Rien d'autre.
Étonnement, Alice ne râla pas de l'autorité de Keanu et acquiesça, se mettant en marche sans faire d'histoire, impressionnée par les faisceaux que faisait naître Keanu.
- Elle a plusieurs fractures, comme si elle était tombée de très haut, affirma Keanu en continuant ses observations.
- Un arbre ?, questionna James, perplexe.
- J'en doute. Ce n'est pas ça qui l'a affaiblie, ni même qui l'a plongée dans l'inconscience.
- Tu veux dire qu'elle était déjà comme ça avant de tomber ?
- Elle n'est pas tombée, affirma Nalani en se positionnant près d'eux. C'est forcément quelqu'un qui l'a poussée.
- Et ce quelqu'un pensait qu'elle était déjà morte, conclut Keanu.
- Quel sortilège ?
- Je n'en sais rien. Il y a quelque chose d'étrange. Une sorte de blocage. Son âme ne réagit pas comme elle le devrait. Comme si...
- C'est un Animagus, souffla James sans s'arrêter. Natasha apprend à se transformer en Phénix.
- Oh... Ses larmes, comprit Keanu. Elle a pleuré pour se soigner. Celle-ci doit être une larme de guérison, celle-ci doit être une larme d'embrasement. Elle s'est fait brûler. Pour mieux renaître. Mais son apprentissage n'est pas terminé, elle n'y est pas arrivée comme elle le souhaitait, poursuivit Keanu. James. Ecarte-toi. Je vais essayer d'ôter un peu de terre de ses poumons. Maintiens sa tête. Comme ça.
Keanu accompagna ses paroles de gestes rassurants. L'examen était terminé, les idées fourmillaient. Ils allaient la sauver. Il fallait y arriver.
La terre fut chassée, grain après grain, poussière après poussière. La gorge, le nez, les poumons. James ne se détournait pas de son visage, il passa ses pouces contre les paupières de Natasha, ôtant la terre qui s'y était logée. Quelques larmes surgirent, rapidement absorbées par la peau de la jeune fille. Nalani comptait, chaque dix secondes elle changeait de membre, le frictionnant avec une ardeur qui ne fléchissait pas. Pour se rendre utile, Pepper s'était jointe à elle, l'aidant du mieux qu'elle le pouvait en réchauffant le corps de Natasha à l'aide de son écharpe de laine.
- Revigor !, scanda Keanu.
Entre deux sortilèges, il tentait une incantation, et James poursuivait son labeur. Mais Natasha n'ouvrait toujours pas les yeux.
- Il faudrait... Il faudrait peut-être s'assurer que les autres vont bien, intervint Pepper. Il y a Perks et Velsen, aussi. Peut-être...
- Le groupe de Sullivan va bien, coupa Noélia.
- Et votre sœur ?, murmura Mael. Le groupe de Juliet ?
Nolan et Noélia échangèrent un regard inquiet. Leur silence était assez significatif pour que leurs amis n'insistent pas.
Graziella se leva, se plaçant au centre du groupe.
- Le groupe est au complet. Ils vont bien. Je le sens, car j'ai moi aussi une sorte de lien, avec Scorpius.
L'intervention de Graziella, qui parlait pour la première fois, surprit tant le groupe que James fut le seul à continuer ses gestes.
- Ils vont bien mais ils courent un grave danger. Ils ont besoin de nous. Et si nous ne sommes pas sur place rapidement, il sera trop tard. Trop tard pour les sauver.
- Et... ils sont où ?, demanda Maël.
- Au terme de la forêt.
Maël déglutit. Le terme de la forêt, il le revoyait dans ses cauchemars. Les arbres défraîchis, la brume épaisse, la bâtisse et les hurlements. Le visage de la peur. Le son de la torture. James et Mael n'avaient jamais compris pourquoi leur ami centaure les avait menés en ces lieux lors de leur deuxième année à Poudlard. Ils n'avaient jamais essayé de comprendre. Ils n'avaient jamais voulu comprendre.
- Et Natasha ?, s'inquiéta Nalani.
- Il faut trouver un moyen de la maintenir dans un état stable. De la maintenir en vie le temps qu'on retrouve les autres. Nos amis, Velsen, Perks. Ensuite nous pourrons la soigner.
- Et si elle ne survivait pas ?, souffla Mael.
- Solenne est là-bas, répondit Keanu, démuni. Elle trouvera sans doute un moyen de... Nous n'arrivons pas à la réveiller mais nous pouvons maintenir son état actuel. S'assurer que rien ne lui arrive. Le temps de retrouver nos amis et de... mettre un terme à tout ça.
- Je refuse qu'on la laisse ici, intervint James fermement. Je refuse qu'on arrête de l'aider. Venezio, je vais avoir besoin de toi. Maël, quand je me serai transformé, noue la lanterne autour de mon cou.
Maël acquiesça, s'empressant de rassembler les vers luisants.
James et Venezio partirent au galop et en revinrent quelques minutes plus tard avec de longues molinies bleues.
- Nous allons faire comme les moldus, expliqua James après s'être transformé.
Ses amis se plièrent à cette nouvelle tâche, pour l'aider, pour avancer, ensemble. Avec un sortilège d'attache, ils nouèrent les molinies dans un ensemble de trois mètres. Keanu fut chargé d'en enfoncer un bout dans le corps de Natasha, l'autre dans celui de James. Les garçons hissèrent le corps de Natasha sur celui de Venezio. James toussa quelques minutes, le temps d'apprendre à respirer différemment, à respirer pour deux.
Et la marche reprit. Quatre minutes ne s'étaient pas écoulées que Graziella les quitta, filant aussi vite que possible à travers les arbres. James se tourna vers Athéna, la questionnant du regard. Les yeux de la chienne étaient humides lorsqu'elle affirma sa sentence.
- Scorpius Malefoy est sur le point de mourir.
Le débat n'avait pas duré. Les uns voulaient courir le plus vite possible pour venir en aide au groupe de Juliet et Scorpius. James et Nalani refusaient de se déplacer plus vite si la santé de Natasha devait en pâtir. Tous ne se rejoignaient que sur une seule chose. Ils refusaient de se séparer.
ooOOoo
Son corps suintait de sueur et de sang. Oubliée l'élégance aristocrate, oubliées les bonnes manières, Scorpius Malefoy courait à en perdre haleine, repoussant de ses mains couvertes de plaies béantes les branches et les ronces qui lui giflaient le visage.
Devant lui, Graziella freinait, ralentissait pour revenir vers lui, lui montrant les passages les moins ardus à franchir sans jamais perdre de vue leur objectif : retrouver la brigade à quatre pattes et la brigade volante.
C'est le seul moyen de créer un surnombre, de prendre l'ascendant sur leurs adversaires et de secourir leurs amis. Du moins ceux qui étaient toujours en vie.
Il avait fui pour chercher de l'aide. Il avait fui et il culpabilisait. Il avait hurlé, très fort, et des adversaires s'étaient lancés à sa poursuite. Deux adversaires pour lui tout seul, deux adversaires de moins pour ses amis. Graziella les avait mordu si fort que Scorpius n'avait eut aucun mal à désarmer les deux hommes et les attacher à un arbre.
Scorpius stoppa sa course près d'une petite mare. L'eau aux abords de vase n'était guère attirante mais sa soif occultait son habituelle délicatesse. Il plongea au sol, rampant dans les feuilles couvertes de fange. Son reflet l'effraya. Il ne s'était jamais vu si sale, si sauvage, si faible. Un cri déchira le silence cérémonieux de l'immense forêt. Il plongea une main dans l'eau, la portant à sa bouche avant de se redresser d'un bond. Le repos et les soins devaient attendre. Et la course devait reprendre.
ooOOoo
Venezio avançait rapidement, nullement surpris par les secrets d'une forêt qu'il connaissait par cœur. Contre son flanc gauche, James avait gardé son apparence de jeune homme mais laissé ses sens devenir ceux d'un chien. Une ouïe tirée à son paroxysme, une vue défiant toute comparaison. Contre le flanc gauche de Venezio, Nalani veillait également Natasha, se servant de son balai comme bouclier contre les ronces.
Ils fermaient la marche, leurs amis marchant d'un pas rapide devant eux, les prévenant d'un éventuel danger et leur débroussaillant le terrain du mieux possible.
Mael, Keanu et Alice, qui les avait rejoints après son rapide séjour à l'infirmerie, assuraient leurs arrières.
Ensemble, le groupe avait eu à combattre une acromentule géante et une famille de Trolls qui, s'ennuyant quelque peu de leurs vacances au Royaume-Uni avaient apprécié de se divertir en combattant des « bouts d'hommes lents et pas futés ». James et ses amis avaient profité de la remarque de la mère de famille et des rires de son mari et de ses enfants pour déguerpir au plus vite.
Nolan et Noélia avançaient sous leur forme animale, réalisant des cercles parfaits autour du groupe. Ils pouvaient ainsi communiquer leurs réserves et leurs doutes à James et Athéna, et repoussaient les principaux dangers. Athéna, elle, gravitait au sein même du groupe, ne perdant jamais de vue James, qu'elle avait juré de protéger au péril de sa vie.
- Ma sœur se rapproche, indiqua-t-elle à James.
- Je croyais qu'elle était partie retrouver Scorpius.
- Elle l'a trouvé et lui court vers nous.
- Il... Scorpius...
- Il va bien. Il est sauvé. Temporairement. Son groupe a besoin d'aide, c'est pourquoi il vient nous chercher.
- Sais-tu s'ils sont seuls, Graziella et lui ?
- Ils le sont.
- Sais-tu pourquoi ils le sont ?, murmura James, un peu plus pâle encore, pour que seule Athéna l'entende.
- Scorpius a quitté son groupe pour demander de l'aide. Ils sont en mauvaise posture, confirma-t-elle devant l'air soucieux de James.
Celui-ci serra un peu plus fort la main de Natasha qu'il ne quittait jamais.
- J'espère que je ne fais pas une erreur, confia-t-il à Athéna. J'ai pensé à envoyer la brigade volante mais…
- Tu as peur, affirma Athéna. Ce n'est pas une honte, ce n'est ni bien ni mal. Tu as peur de les laisser partir, peur de ne pas arriver à tant pour les secourir, peur de sacrifier ceux qui sont déjà là-bas en refusant d'aller plus vite, peur de perdre Natasha en accélérant. Mais tu n'es pas le seul à avoir peur. Tu es seulement le seul à prendre les décisions, parce que les autres ont plus peur, encore, que toi.
- J'en doute, souffla James.
- Elle a raison, pourtant, intervint Mael, qui marchait dans son dos.
- Complètement raison, ouais, assura Nalani. On est ensemble, James. Ce n'est pas parce que tu es le seul à dire les choses à haute voix que tu es le seul à les penser. On pense tous pareil. On doute tous. On cherche, on a peur de se tromper, on est sûrs de se tromper. C'est comme ça.
- Et si… Et si on arrive trop tard ?
- Et si on était déjà arrivés trop tard ?
James, comprenant que Nalani faisait référence à Natasha, raffermit sa prise sur la main froide de la fille qu'il aimait. Il pouvait vivre avec la perte d'un membre, d'une partie de lui. Il le faisait déjà depuis quelques mois, il était prêt à vivre ainsi des années durant. Mais il ne voulait d'une vie sans Natasha.
- La vie est ainsi faite, conclut Athéna. On fait des choix, certains les assument avec plus de facilité que d'autres. On fait des erreurs. Tous. Certains, seulement, essaient de faire les choses bien. Penser aux autres avant de penser à soi, c'est déjà très rare.
- Mais n'est-ce pas déjà égoïste de ne vouloir avancer plus vite pour protéger Natasha, que je suis le seul à aimer comme…
- Tu n'es pas le seul à l'aimer, coupa Nalani. Moi non plus je ne veux pas accélérer.
- Mais Solenne est là-bas.
- Et Mael, toi, Nat, Keanu, Oscar, vous êtes ici. Et Jean-Paul est on ne sait où. Et mes parents vont peut-être boire un poison par inadvertance ou utiliser un sortilège qui va mal tourner. Et Liko est peut-être en train de se battre dans un bar. Et mes sœurs ont peut-être disparu depuis qu'on a quitté le château, qui sait ? Nous ne sommes pas des héros, James. On ne sait pas ce qu'on fait, on ne maîtrise rien, on ne sait même pas contre qui on va se battre, ni même si on va se battre. On…
- Les frères Zigaro, à coup sûr, coupa Mael. Et ça serait bien qu'on leur botte les fesses, vous croyez pas ?
- Ça me semble moins compliqué de m'attaquer à tes fesses, susurra une voix qui les fit tous trois sursauter.
- Scorpius, soupira James, pleinement heureux de le voir.
- Touche pas à mon mec, Malefoy, grogna Nalani sans pour autant s'empêcher de sourire.
- C'est cool de te voir, renchérit Mael. Tes insinuations m'avaient manqué, ajouta-t-il alors que Nalani lui envoyait un coup de coude dans le ventre. Tu m'en voudras pas mais je préfère quand même Nalani. Autant jusqu'à ce soir j'avais un doute mais… Par Merlin, mec, tu fais peur à voir !
- Vous êtes pas beaucoup mieux, répliqua Scorpius avec un triste sourire.
Il s'approcha de James, ses yeux se posant sur le corps de Natasha.
- Mon frère…
- Elle est vivante, coupa rapidement James. C'est juste qu'elle n'arrive pas à respirer toute seule alors on l'aide, tu sais, le temps qu'elle puisse être examinée et soignée par le professeur Shiitaké. Après elle se remettra vite.
Touché par la détresse de son ami, Scorpius hocha douloureusement la tête.
- Faut y aller, rappela Pepper. Nos amis ont besoin de nous.
Son intervention les glaça d'effroi. Il était temps de refermer la parenthèse. A contrecœur. Ils ignoraient ce qui les attendait au terme de la forêt, et les brèves explications de Scorpius n'allaient pas les rassurer. Bien au contraire.
Venezio et James les menèrent par un chemin bien plus rapide que celui qu'avait emprunté Scorpius et, avant même d'atteindre le terme de la forêt, leur angoisse monta d'un cran. A travers les branches des derniers arbres ils pouvaient voir les sorts fuser dans tous les sens, les faisceaux lumineux déchirer la nuit noire. Mais le pire était les hurlements, les voix par dizaines qui scandaient maléfices sur maléfices et provoquaient les cris de leurs amis.
- Il faut y aller, répéta Pepper d'une voix secouée de frissons.
Ses amis acquiescèrent. Mael et Keanu soulevèrent Natasha, la posant au pied d'un arbre pour permettre à Venezio de se battre à leurs côtés, sous le regard douloureux de James. Nalani et Susie étendirent leurs capes sur leur jeune amie, avec délicatesse. James les regarda retenir leurs larmes. Il attendit que tous ses amis s'alignent et tirent leurs baguettes avant d'avancer d'un pas.
- Ensemble.
D'un même mouvement, ils s'élancèrent, jetant le même sortilège, dans la même direction. Et plongèrent dans le chaos.
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Chez les Kandinsky, dans le grenier
Le café leur brûlait les lèvres, Malek avait du mal à tenir sa tasse tant ses doigts étaient engourdis par le breuvage bouillant.
- Je persiste à dire que c'est une mauvaise idée.
Malek observa la réaction de son meilleur ami qui secouait la tête, l'air perdu. En pleine formation d'Auror, Liko Jordan l'avait prévenu du comportement plus que suspect du frère aîné des Zigaro, Elvis, qui avait été titularisé Auror en même temps que Ted Lupin.
- Elvis n'aurait jamais laissé personne surprendre une de ses conversations. Et certainement pas celle-ci, répéta Amalthéa, fébrile.
- Et pourtant, Liko l'a bien entendu dire à son frère que « quelqu'un » allait avoir pour mission ultime de tuer une élève de Poudlard et que ce « quelqu'un » aurait le choix entre Natasha et deux autres filles.
- C'est un piège, s'obstina Amalthéa.
- Alors comment expliques-tu que ma sœur ait disparu ?
Isidore parlait toujours avec douceur lorsqu'il s'adressait à Amalthéa. Parce qu'il l'appréciait, parce qu'il acceptait leur relation. Au contraire, la jeune fille ne prenait pas de gant lorsqu'elle s'adressait à lui.
- Je ne te dis pas que ta sœur n'a pas disparu, elle est d'ailleurs peut-être déjà morte à l'heure qu'il est, je n'en sais rien, mais Elvis a fait exprès de se laisser surprendre par votre ami.
Notre ami, songea Malek. Durant six ans, Liko Jordan avait été beaucoup de choses, mais certainement pas un ami. Un adversaire, un rival. Le leader des lions alors que Malek était celui des aigles. Et puis le Tournoi avait commencé. Les épreuves s'étaient enchaînées, troublantes, périlleuses, et les participants avaient changé. Leurs relations également.
Malek ne voyait pas Liko Jordan ou Olivia Dubois régulièrement mais lorsqu'ils se croisaient, ils passaient un long moment ensemble. Ils aimaient discuter de quidditch, leur passion commune, revivant les matchs qu'ils avaient disputés à Poudlard, et parlaient quelque peu de leur vie, de leurs études. De l'après Tournoi. Mais jamais ils ne parlaient du Tournoi en lui-même. Une seule fois Olivia Dubois l'avait abordé, faisant promettre à ses compagnons de parler de tout sauf de « ce maudit Tournoi qui m'a traumatisée ».
Malek se frotta les yeux, chassant les souvenirs du Tournoi qu'il maudissait. A ses côtés, Amalthéa se triturait les doigts, pensive. Isidore, lui, semblait avoir pris sa décision.
- Je ne peux pas prendre le risque.
- Et tu vas faire quoi ? Te pointer à Poudlard sous quel prétexte ? Tu ne sais même pas par où commencer, railla Amalthéa.
- Non, reconnut Isidore. Mais toi si.
Malek sentit sa petite amie se tendre. Elle hésitait, il pouvait le voir. Lui n'hésitait plus, lui suivrait Isidore. Il ne pouvait en être autrement. Amalthéa se tourna vers lui.
- Je viens, soupira-t-elle. Mais je vous préviens, je…
La jeune fille s'interrompit, intriguée par son chien qui, à ses pieds, se mit à grogner, de plus en plus fort avant d'aboyer très vite et très fort.
- Qu'est-ce que tu as ?, s'inquiéta Amalthéa. Vas-y, parle librement, j'ai confiance en eux.
- Gwenog est en danger, répondit le chien.
Malek sursauta, regardant tout autour de lui avec angoisse, malgré la main réconfortante qu'Amalthéa posa sur son bras. Isidore, au contraire, esquissa un léger sourire.
- Je dois être un gros nigaud mais j'ai toujours aimé les chiens.
- Tu n'es pas nigaud et tu peux avoir confiance en lui.
- Mais…, murmura Malek. Le… le chien…
- Ce chien n'est ni plus ni moins le même que celui avec qui tu as joué pendant des heures hier soir.
- Il parle.
- Je sais.
- Ce n'est pas normal.
- Regarde mes jambes. Écoute ce que te dit ton meilleur ami. Lis les journaux. Réfléchis au tournoi, à ceux qui étaient dans ton équipe pour représenter Poudlard, à ce qui leur est arrivé, à ce qui vous est arrivé. Pense aux frères Zigaro, pense à James Potter. Rien n'est normal, Malek. Notre vie ne sera jamais normale. A moins que…
- A moins qu'on rejoigne Poudlard, qu'on retrouve Natasha, qu'on aide une bande de gamins à retrouver le confort de leurs baldaquins et qu'on trouve un moyen de se débarrasser des Zigaro. A ce moment-là seulement tu m'épouseras, j'ai bien compris.
- A ce moment-là seulement tu pourras t'étonner d'un chien qui parle, sourit Amalthéa.
Malek se redressa, rouvrant la fenêtre du grenier des Kandinsky, où ils avaient rejoint Isidore. Afin de ne pas éveiller les soupçons des parents du jeune homme – Isidore n'avait jamais su mentir à sa famille et leur apprendre qu'il était quasiment certain que l'une de leurs filles avait disparu n'était pas une bonne idée – ils sortirent par la fenêtre, à l'aide des balais qu'ils n'utilisaient plus depuis la fin de Poudlard.
Malek fit quelques pas, regardant autour de lui puis vers le ciel, grimaçant devant les nuages menaçants. L'orage ne tarderait pas.
- Ok, on y va.
- On a cru que tu ne les déciderais jamais, Delanikas.
Amalthéa, qui était sortie avec son chien par la porte d'entrée – le seul intérêt de ne plus avoir de jambes résidait en une discrétion à toute épreuve – ne put s'empêcher de sourire. Elle rassura Malek et Isidore, qui avaient tous deux tiré leurs baguettes, et fit les présentations, sans plus de cérémonie.
- Malek Lespare, Isidore Kandinsky, voici Pearl et Trisha.
Même s'ils ne les avaient plus vues depuis Poudlard, les garçons n'eurent aucun mal à reconnaître leurs anciennes camarades.
- Et voici Eliott Findlay, ajouta Amalthéa. Maintenant que nous sommes au complet nous pouvons y aller. N'oublions pas que nous avons un meurtre à commettre.
- Deux, rectifia durement Trisha. Je te laisse Tom à condition que tu me laisses Elvis.
- Marché conclu.
Quelques secondes à peine s'étaient écoulées avant que Katarina Kandinsky n'écarte les rideaux de la cuisine, mi-surprise mi-inquiète.
- Un problème, ma chérie ?, s'étonna son mari Ivan.
- J'ai cru… J'ai cru que j'entendais le bruit que font les sorciers quand ils se déplacent, tu sais.
- Quand ils transplanent ?, comprit Ivan.
- Oui. J'ai eu peur, soudain. Peur qu'il soit arrivé malheur à nos enfants.
- Katarina, chérie, ne t'inquiète pas. Isidore est dans sa chambre, il doit dormir, et nos filles sont à Poudlard. Elles ne risquent rien. N'oublie pas qu'il n'y a pas d'endroit plus sûr que Poudlard.
ooOOoo
Irina n'en finissait plus de jurer dans sa tête. La salle sur demande venait de faire apparaître un petit fauteuil, modeste mais confortable, et la jeune fille refusait de s'y reposer.
- Tu devrais t'asseoir, lui conseilla Jean-Paul Sphère.
La jeune fille lui lança un regard noir avant de détourner la tête pour rougir le plus discrètement possible. Le Poufsouffle lisait trois livres qu'il avait posés devant lui. Un manuel de défense en situation de crise, un essai sur les enquêtes policières et une biographie, celle d'un policier moldu qui racontait comment il avait déjoué les plans de malfrats en étudiant la psychologie et en utilisant ses acquis sur le terrain.
Irina ne savait pas où ces lectures les mèneraient, encore moins si elles leur seraient utiles, mais Jean-Paul avait le mérite de faire quelque chose. Elle avait longtemps hésité avant de copier les gestes du garçon, puis longtemps hésité avant de trouver un manuel intéressant pour finalement laisser tomber, car elle relisait sans cesse la même page, ne parvenant pas à se concentrer plus d'une minute sur sa lecture.
- Tu ne devrais pas culpabiliser, intervint Sullivan Donovan. Moi aussi je donne l'apparence de ne rien faire, Vincent aussi. Nous sommes quatre et nous n'avons aucun intérêt à nous juger les uns les autres. Sais-tu ce que je fais en temps normal à cette heure-ci ?
- Tu dors ?, répondit-elle en fixant le garçon de douze ans.
- Très peu. Avant je dormais beaucoup plus. J'avais un sommeil ordinaire. Et puis je suis arrivé ici, j'ai été réparti à Serdaigle et j'ai rencontré Lysandre Scamander. On s'est tout de suite entendus. Je ne sais pas si je pourrais t'expliquer ce que l'on est l'un pour l'autre. Plus que des amis, pas encore des amants, parce qu'on est trop jeunes pour ça, mais il est devenu l'être qui compte le plus pour moi. L'être sans lequel je ne peux vivre. Lysandre a une façon peu commune de regarder le monde. Il est lucide, perspicace et pourtant, i pas plus idéaliste que lui. Il dort peu. Je le sais parce que nous dormons ensemble depuis mon arrivée à Poudlard. Il s'est glissé dans mon lit le premier soir, pour parler, avant de partir sur les toits de Poudlard observer les étoiles. Je l'ai suivi. Je ne pouvais pas ne pas le suivre. Il m'a fasciné d'emblée. Je l'ai aimé d'emblée. Rien ne me rassure plus que de penser à lui, de l'imaginer sur les toits en train de regarder les étoiles, comme si ce soir était un soir parfaitement normal. Parfois je lui fais faux bond, pour passer du temps avec mon frère et mes sœurs. Comme il le fait lui aussi quand il veut retrouver son frère jumeau. Il ne doit pas s'inquiéter de mon absence. Et j'aime penser qu'il est là, au-dessus de nos têtes, comme tous les soirs. Que la vie continue. Ça n'aide pas nos amis à retrouver ta sœur, mais ça me permet de ne pas paniquer et d'être prêt, quand le moment viendra.
Le silence s'était fait moins lourd. Même Vincent avait arrêté de trembler. Les trois élèves de seize ans regardaient le plus jeune et sa bouille enfantine avec respect, émus par ses mots, par sa sagesse.
- A chaque ponctuation, je m'arrête. Chaque point, chaque virgule me fait douter. Je me dis que tout ça ne sert à rien, avoua Jean-Paul en désignant les livres. Je me dis que j'aurais dû lire tout ça bien plus tôt, que les signes étaient là depuis le début, tout comme les soupçons et les preuves. Je sais depuis longtemps que quelque chose ne tourne pas rond. Mais je n'ai rien fait. Du moins, je n'en ai pas assez fait. J'ai préféré me persuader que tout irait bien, que tout rentrerait dans l'ordre sans que je n'intervienne, qu'on était trop jeunes, que les adultes allaient tout arranger. Je pense à la forêt, à ce qui se trouve de l'autre côté. A cet endroit étrange où l'on m'a amené. J'ai été enlevé, une fois. J'avais ton âge, Sullivan. Mes amis ont tout fait pour que j'aille mieux, James et Juliet ont su d'emblée qu'il y avait un danger qui rôdait au dehors, Keanu et Solenne mènent une enquête depuis des années. Mais voilà, je me retrouve à lire ces livres en me maudissant de ne pas les avoir lus avant. Eux et tant d'autres que j'aurais pu lire. Pour me rendre utile, pour en parler à mes amis, les convaincre, les préparer. Mais je refuse de penser qu'il est trop tard. Je me dis que ce que je fais nous sera peut-être utile.
Sullivan hocha la tête, souriant à Jean-Paul comme un professeur l'aurait fait devant les efforts de son élève.
- J'ai des courbatures, avoua alors Irina. Je fais les cent pas depuis des heures en essayant de ne pas imaginer dans quel état doit être ma sœur, où elle est, avec qui, qui lui fait du mal, qui l'a enlevée, pourquoi, comment. Je fais les cent pas et je râle contre Alice Londubat qui est meilleure en défense contre les forces du mal, je râle contre Nalani qui semble parfois plus proche de ma sœur que moi, je râle contre les professeurs parce qu'il n y en a pas un qui surgit dans cette salle pour nous dire que tout va bien, que ma sœur va bien, que nos amis vont bien, que tout est arrangé, qu'i plus de danger, qu'on peut retourner dormir. Je fais les cent pas et je cherche une solution qui ne vient pas. Je fais les cent pas et j'ai mal aux jambes, alors je culpabilise. J'ai honte. Honte d'avoir mal aux jambes à force de tourner en rond alors que nos amis sont là, quelque part, dans une forêt qui m'a toujours terrifiée, dans des couloirs sombres que je n'ai jamais parcouru de nuit, dans des endroits si discrets, si secrets que les Maraudeurs les plus célèbres de l'histoire de Poudlard ne les ont même pas parcouru. J'ai honte d'avoir mal alors que je suis là, à attendre, et à espérer que des gens avec qui je n'ai jamais échangé plus de dix mots sauvent ma propre sœur.
Irina s'essuya les yeux d'un geste rageur. Avant de se laisser tomber dans un petit fauteuil et de masser ses jambes.
- Je tremble parce que j'ai peur que les gens que j'aime s'affrontent ce soir. Mon père d'un côté, mes amis de l'autre.
Irina, Jean-Paul et Sullivan se tournèrent vers Vincent, l'enjoignant à poursuivre, sans le juger. Et le récit de Vincent Goyle commença.
ooOOoo
Grégory Goyle enchaînait les sortilèges et les maléfices. Un enchantement venait tous les dix sorts, pour conserver son emprise sur les cyclopes qui se jetaient sans réfléchir sur la bande de gamins qu'ils affrontaient.
Il les voyait faiblir, il sentait que les gamins étaient à bout de force. Mais l'arrivée de leurs amis leur avait donné un regain de force. Alors il lançait les cyclopes, inlassablement. Et parfois il fermait les yeux et jetait un maléfice, au hasard, droit devant lui.
- Arrête !, lui hurla une voix qu'il ne connaissait que trop bien. Arrêtez ! Tous, arrêtez !
La voix féminine s'escrimait en vain. Tous n'obéissaient qu'au W et à ceux qui les avaient endoctrinés. Ils étaient une quinzaine à porter fièrement un W comme tatouage, comme emblème. Des hommes de tout âge, des femmes, des vieillards et même des gamins de Poudlard. Ceux-là avaient le regard hagard, comme les zombies dans les films moldus que Vincent affectionnait tant. Ils obéissaient sans réfléchir, levaient le bras sans ciller. Ils n'étaient qu'une poignée. Des irlandais, essentiellement. Et deux gamins sans nombril. Les armes créées pour le plus grand bien.
- Arrêtez !
- Non, rétorqua un homme près de Grégory Goyle. Regarde-les, ce sont des fils de, ils veulent asservir le monde, comme leurs parents. Il faut les exterminer. Prouver au monde qu'ils ne sont que de simples mortels et que leurs héros de parents n'ont rien pu faire pour les sauver.
- Parce que tu crois que Potter sait qu'on est là, idiot ?! Non ! Sinon on serait encerclés d'Aurors et on gagnerait un aller simple pour Azkaban ! Bon sang, Nott, arrête et viens avec moi ! Je t'amènerai chez Théodore, il trouvera une potion pour te soigner de toute cette merde et…
- Mon cher cousin refuse d'entendre raison. Théodore est contre la théorie des rizières. Je n'ai que faire de ceux qui préfèrent les héros à la Source.
- Mais tu ne comprends pas que les Zigaro se servent de toi !? Ils n'ont pas davantage vu la Source que toi ou moi !
- C'est trop tard, maintenant, intervint Grégory Goyle alors que Ruben Nott lançait un sortilège de mort sur une gamine qui portait les couleurs de Poufsouffle. Le W fait partie de nos vies. A tout jamais.
- Tu fais chier, Goyle, rétorqua la femme qui se tenait à ses côtés. Et si ton gamin était là, face à toi ?
- Raison de plus pour tuer ces fils de. Une fois James Potter et ses copains morts, Vincent sera en sécurité.
Grégory Goyle posa à nouveau les yeux sur James Potter. Ce n'était pas le meilleur combattant parmi les gamins mais il avait une bonne défense et renvoyait les sorts avec dextérité. Une gamine était plus douée que lui, mais une née moldue d'une vingtaine d'années l'avait envoyée mordre la poussière. Tuée, même, peut-être.
C'était pour cela que Grégory Goyle se persuadait d'avoir fait le bon choix. Il combattait parmi les sang-pur, les sang-mêlé, les nés moldus. Les hommes, les femmes de tout âge, de toute descendance. Les riches et les pauvres, les forts et les faibles combattaient ensemble, contre cette poignée d'êtres vils et prétentieux qui se croyaient supérieurs, parce qu'ils avaient accompli une prouesse, une fois dans leur vie. Et leurs gamins étaient pires, encore, que ces héros qui se croyaient immortels. Leurs gamins se pavanaient avec leurs airs supérieurs, régnaient sur Poudlard comme leurs parents régnaient sur la communauté magique, se croyaient tout permis et prenaient un malin plaisir à écraser les autres. Et à les convaincre qu'il était normal de les écraser et de leur être supérieurs.
Ted Lupin changeait de couleur de cheveux comme de petite amie, se permettait de sécher les cours et de mépriser les élèves de Poudlard. Il avait obtenu seulement deux Aspics et avait été admis au bureau des Aurors, alors que tant d'autres, bien plus doués que lui, avaient échoué. Victoire Weasley s'était proclamée reine de Poudlard, Molly Weasley avait représenté Poudlard au Tournoi des Quatre Ecoles. Et James Potter avait créé une bande de fils de, une bande nombreuse de gamins tout aussi détestables que lui.
Il était là, à quelques pas. Il combattait un Cyclope avec un autre fils de. Tout à son combat il ne s'était pas aperçu qu'il s'approchait de Grégory Goyle, Ruben Nott et Pansy Parkinson. Trois sang-pur parmi une bande éparse où les sangs se mêlaient en vue d'un seul et même objectif.
Le Cyclope frappa le fils du Survivant. James Potter rampait dans la boue pour rattraper sa baguette. Un immense chien noir s'élança pour le sauver, mordant férocement le Cyclope. Grégory Goyle attendit que le garçon se relève. Du coin de l'œil il vit que Ruben Nott s'attaquait déjà au copain de Potter, un longiligne garçon noir. Le fils de Dean Thomas. Grégory Goyle leva sa baguette et la brandit sur le fils du Survivant, espérant que sa mort découragerait le reste des gamins.
- Avada
- Non !, hurla Pansy en se jetant sur lui. Arrête putain ! Arrête Grégory, il a l'âge de ton fils ! Il est un ami de ton fils ! Il…
La voix de Pansy Parkinson était fébrile, signe de son effroi. Grégory Goyle ne l'avait jamais vue ainsi, dévoilant ses sentiments, qu'une seule fois. Une seule fois alors qu'ils se connaissaient depuis plus de vingt ans. Une seule fois, une heure auparavant, lorsqu'ils avaient vu Shania Zabini multiplier les boucliers et reculer contre son adversaire. Pansy s'était alors jetée au milieu des sorts pour protéger la cadette de Blaise Zabini. Il l'avait vue assommer la fillette et la tirer derrière un arbre, lui lancer une multitude de sorts de protection et le rejoindre comme si de rien n'était.
Grégory Goyle essuya son visage maculé de boue et se redressa, sentant la poigne de Pansy Parkinson le lâcher. Elle se tenait droite à ses côtés, l'air coupable et perdu. En face d'elle, James Potter, Hadiya Zabini et Scorpius Malefoy la regardaient avec colère. Et déception.
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Salle sur demande
Le récit de Vincent Goyle n'avait pas surpris ses compagnons de fortune. Non. Il les avait anéantis.
- Je n'ai jamais aimé Tom Zigaro, souffla Irina, plus pâle encore que les heures précédentes.
- Avec les copains on a toujours pensé que son frère et lui préparaient quelque chose, songea Jean-Paul. Quelque chose d'horrible, mais toujours moins que ce que tu nous racontes. On a bien fait de prévenir ton frère, Irina.
- Tu crois ?, demanda la jeune fille. J'ai peur de l'avoir envoyé à l'abattoir, au contraire. Je le connais, il est capable de tout pour nous, mes sœurs et moi. Et si Vincent a raison, s'il y a une bataille…
- Ton frère risque de tuer mon père, ou l'inverse, conclut Vincent avec une neutralité désarmante. Qu'est-ce qu'on fait alors ? On les cherche ? On fonce aider les nôtres ?
- Et prendre le risque de se combattre entre nous ?, releva Jean-Paul.
- Je ne me battrai pas aux côtés de mon père. Je l'aime, je ne l'affronterai pas, mais jamais je ne l'aiderai à tuer mes amis sous prétexte qu'ils sont nés avec un nom connu.
- Les brigades ont été créées pour une raison, qu'elle soit bonne ou mauvaise, rappela Sullivan. Nous avons choisi ensemble. Tous ensemble. Je comprends votre envie de rejoindre les autres, je partage cette envie. Je ressens les blessures d'Océane dans mon corps, je perçois la détresse de Nolan, la peur de Noélia. Mais nous ne devons pas nous précipiter.
- Les Zigaro sont sur place ?
- Toujours pas, répondit Sullivan.
- Ils ont envoyé des innocents se faire tuer à leur place, cracha Irina.
- Ce ne sont pas des innocents, rétorqua Vincent. Je connais mon père, s'il a l'occasion de tuer James, il le fera. S'ils étaient innocents avant ce soir, ils ne le resteront pas.
- Et nos amis non plus, songea Jean-Paul douloureusement.
- S'ils ne le sont plus alors nous non plus, affirma Irina. On est avec eux, on est ensemble.
Les trois garçons acquiescèrent. Chacun se remit à lire, marcher, penser. Jean-Paul n'avait pas tourné trois pages, Irina n'avait pas marché plus de cent mètres en tournant en rond que Sullivan se redressa au beau milieu de la pièce.
- Ils sont là. Ils sont arrivés. Les Zigaro.
- Alors que fait-on ?, s'énerva Irina.
- Nous faisons ce que font les gens lorsqu'ils sont témoins d'un acte criminel. La seule chose à faire pour protéger nos amis. Appeler les Aurors.
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Le chaos. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qui se trouvait devant les yeux de Malek Lespare.
Mais alors qu'il aurait pu rester tétanisé par cette débauche de faisceaux lumineux, il vit son meilleur ami se lancer dans la bataille et le suivit sans hésiter. Amalthéa lui avait fait promettre de ne pas s'inquiéter pour elle et de ne pas chercher à la retenir. Il savait qu'elle avait quelque chose à faire et s'obstina à s'occuper le corps et l'esprit pour ne pas s'inquiéter pour elle. Il avait déjà fort à faire.
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Le chaos. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qui se trouvait devant les yeux d'Isidore Kandinsky.
Des arbres déracinés, plusieurs départs de feu, des trous béants dans la terre, des débris partout, de la cendre qui tombait du ciel, des éclairs rouges, verts, bleus, jaunes. Des cyclopes de trois mètres de haut qui vociféraient et battaient des bras, envoyant valser leurs assaillants. Et des adolescents qui reculaient, qui hurlaient, qui se serraient les uns aux autres. Des mineurs, des élèves. Des enfants de l'âge de ses sœurs. Isidore avançait parmi les débris, brandissant des boucliers régulièrement pour assurer son avancée. Derrière lui, Malek s'était figé.
Le choc, Isidore le ressentait aussi. Mais l'envie de retrouver ses sœurs était plus forte encore. Plus forte que tout. Mais il ne les voyait nulle part. Alors, quand il vit James Potter et un blondinet face à trois adultes, son sang ne dit qu'un tour. Si quelqu'un était en mesure de lui dire où était Natasha, c'était bien James. Isidore lança le premier sort qui lui venait à l'esprit et un premier adulte tomba. Une femme. Pansy Parkinson. Isidore ne s'attarda pas sur elle, déjà les deux hommes se tournaient vers lui, prêts à venger leur amie. Isidore lança un nouveau sort au moment où Malek en faisait de même. Ensemble ils commencèrent à se battre, sans vraiment prendre conscience de ce qu'ils faisaient. Le chaos les avait engloutis à leur tour.
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Le chaos. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qui se trouvait devant les yeux de Gwenog Kubrick.
Pourtant, point de chaos à ses yeux. A dire vrai, Gwenog ne se rendait compte de rien. Seule comptait la voix qui raisonnait dans sa tête, les ordres qu'elle lui dictait. Lui obéir, toujours. Lever le bras, jeter un sort, avancer. Lever le bras, jeter un maléfice, et avancer. Lever le bras, jeter un énième sort, et avancer, toujours.
Jasper Leitrim et Gwenog Kubrick ne se protégeaient jamais. Parce que la voix ne le leur ordonnait pas. Parce que la voix leur demandait d'attaquer et non de se défendre. Parce que la voix ordonnait de tuer, au péril de leur vie. Parce que leur vie ne comptait pas, n'avait jamais compté. Parce qu'ils avaient été créés pour cela, obéir aux ordres. Parce que leur vie n'avait aucune valeur.
- Gwenog, non !
Je tombe au sol, je roule parmi les débris. Je me relève comme la voix m'a appris, en regardant si mon corps est troué, si du liquide rouge en sort, si je tiens toujours sur mes deux jambes. Ce qui est le cas. Ce qui est étonnant vu que le sortilège qui me visait est celui de la mort. Et ce qui est plus étonnant, encore, c'est que la voix ne parle plus. Ce doit être un test, comme lorsqu'elle me punit de ne pas prendre d'initiative. Alors je dresse le bilan. Une plaie sur l'épaule gauche, un genou en sang. Rien d'autre.
- Viens par ici.
Je reconnais cette voix-ci. Je l'entends toutes les nuits, c'est la voix qui me prépare cette option infâme. La voix d'Amalthéa. C'est elle qui m'a sortie de ma torpeur, elle qui me prie de quitter cet endroit où des gens s'entre-tuent. Amalthéa a fait taire la voix. Amalthéa est la seule qui puisse faire taire la voix. Je la suis en silence, rapidement, discrètement. Elle s'arrête derrière un rocher, me fais signe de m'adosser à la pierre.
- Tu as mal ?
Je fais non de la tête, comme Hewie quand le réveil sonne le matin. Ses mains se lèvent vers mon visage, ses doigts le relèvent doucement alors que ses yeux scrutent, à la recherche d'une blessure. Ses mains sont douces. Sa peau doit l'être moins que celle de Kathleen mais elle mesure ses gestes, comme si elle ne voulait pas me faire plus de mal. Comme si elle tenait à moi. Je ne dis rien. Si j'ouvre la bouche je risque de pleurer.
- Tu es sûre que ça va ?
- Tu n'as plus de jambes et j'obéis à une voix dans ma tête qui me hurle de tuer des gens. Rien ne va.
Elle m'attire dans ses bras. Elle serre fort et ça tourbillonne en moi. La voix dit toujours que je ne dois ni ne peux éprouver quoi que ce soit. Et pourtant, moi, je sais que j'aime bien Hewie et Kathleen. Je sais que j'aime Amalthéa.
- Tu ne dois pas rester ici, Gwenog. Il faut que tu rentres au château et que tu…
- C'est qui, lui ?
Amalthéa fronce les sourcils et se tourne, sa baguette déjà brandie vers ce jeune homme grand et brun qui nous observe. Je vois ses épaules s'affaisser alors qu'elle laisse échapper un soupir de soulagement.
- Je m'appelle Malek. Malek Lespare.
- Gwenog Kubrick.
Il est surpris. Surpris et souriant, mais triste aussi. Ses yeux me quittent pour retrouver Amalthéa. Il la regarde un peu comme je la regarde, sauf que lui ne s'en cache pas. Son jean est troué au niveau du genou droit. Il porte un large t-shirt vert foncé avec une serre dorée sur le torse. Plus bas est dessinée une joueuse de quidditch à l'air revêche. Elle brandit une batte énorme. Y a une petite signature sur sa batte. Gwenog Jones. Je l'aime bien, ce mec.
- Alors c'est elle.
- Oui. C'est Gwenog.
- Comme Gwenog Jones, je précise.
- Je sais, murmure Malek Lespare en souriant. On devrait l'amener avec nous, dit-il en se tournant vers Amalthéa. La protéger. Ensemble.
Je l'aime vraiment bien, lui. J'ai tellement envie qu'Amalthéa dise oui.
- C'est impossible, tranche Amalthéa. Pour le moment c'est impossible. Mais je cherche une solution, Gwenog. Je te promets que…
Elle a l'air si sincère que je me glisse dans ses bras pour ne pas pleurer. Je sens son souffle se couper quelques secondes, puis ses mains caressent mon dos, mes cheveux.
- Va vite te mettre à l'abri, d'accord ?
- Et Kathleen ?
- Ta copine blonde ? Qu'est-ce que… Elle est là ?! Par Merlin, pourquoi elle est là ?
- La voix m'a ordonné de dessiner un W dans son dos. Le W ne se voit pas mais depuis qu'elle l'a elle fait des choses bizarres.
J'arrête de parler lorsque je vois qu'elle est en colère.
- Tu… Tu n'y es pour rien, Gwenog. Ce n'est pas à toi que j'en veux, ok ? Je vais assommer Kathleen et Jasper et tu les feras léviter jusqu'à Poudlard. Tu sauras le faire ?
- Bien sûr, j'ai Optimal en Sortilèges.
Amaltéa hausse un sourcil, dubitative.
- Bon ok j'ai Acceptable, j'avoue, mais James Potter dit que je suis excellente en pratique, c'est juste que la théorie m'ennuie.
- La magie c'est la pratique et la théorie, Gwenog. Je n'ai pas le temps de te faire la morale mais… Écoute James Potter.
- C'est un ami à toi ?, je m'étonne.
- Mieux que ça. C'est mon cousin. Enfin, en quelque sorte, bredouille-t-elle en voyant que Malek et moi n'y croyons pas. Tu peux lui faire confiance, Gwenog. Moi j'ai confiance en lui.
- Et moi aussi, pour ce que ça vaut, sourit Malek Lespare.
Il approche sa main de mes cheveux et semble se raviser. S'il s'aventurait à glisser ses doigts dans mes nœuds on en aurait pour la nuit avant de pouvoir lui rendre sa main. Amalthéa nous laisse nous jauger du regard et attire Kathleen et Jasper Leitrim, assommés. Elle m'attire contre elle mais ne me dit rien. Je sais qu'elle doit regretter de m'avoir dit tout ça, de m'avoir donné des conseils, de m'avoir fait des promesses. De s'être comportée comme si je faisais partie de sa vie, de sa famille. Elle sait que nos vies, à toutes les deux, sont en danger, que nous n'en sortirons pas vivantes, que nous ne tiendrons jamais les promesses que l'on se fait.
- Prends soin de toi, Gwenog. Je sais que c'est difficile. Injuste. Mais s'il te plait, pour moi, prends soin de toi.
Je n'ai pas le temps d'acquiescer qu'elle retourne au cœur du combat, engloutie par ce chaos que je quitte entourée de deux corps flottant entre les arbres.
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Le chaos. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qui se trouvait devant les yeux d'Amalthéa Delanikas.
Un chaos légèrement plus appréciable depuis qu'elle savait Gwenog hors de danger. Mais le chaos, tout de même. Amalthéa n'était pas revenue dans la bataille depuis une minute qu'un sortilège frappa Malek alors qu'il était agenouillé près d'Isidore, qui saignait abondamment.
Amalthéa lévita devant lui, brandissant sa baguette, prête à venger son petit ami. Lorsqu'elle reconnut son assaillant son sang se glaça. Elle fut projetée dans une flaque de boue épaisse par Trisha qui sautillait, compensant par son audace et son endurance un manque d'aisance à lancer des sortilèges.
- C'est aujourd'hui qu'il faut en finir, affirma-t-elle à Amalthéa. Ils nous ont vues. Ils savent qu'on est ici, à les combattre. Si on survit à cette bataille, ils nous tueront. Alors on doit les tuer avant, ok ? Comme on a dit. Occupe-toi de Tom, je m'occupe d'Elvis.
Amalthéa acquiesça. Elle n'avait pas eu le temps de se relancer un sortilège de lévitation qu'à ses côtés Trisha poussait un cri de rage. Elvis tenait Eliott Findlay. Il n'avait pas besoin d'ouvrir la bouche pour proposer quoi que ce soit. L'échange était simple, la servitude de Trisha contre la vie d'Eliott.
Mais Amalthéa n'avait pas le temps de songer à la réponse de son alliée, ni même de raffermir sa prise sur sa baguette. Celle-ci s'envola au loin, s'écrasant au pied de James Potter et Mael Thomas qui combattaient avec difficulté.
- Ma douce Amalthéa, susurra Tom en se penchant vers elle. Mon cœur se brise à l'idée de te combattre. Tu ne me servais plus à grand-chose, bien sûr, tu ne peux plus marcher, tu ne peux plus enfanter. Mais...
- Lâche-la tout de suite !
- Malek Lespare, sourit Tom. Tu comprendras aisément que je doive te tuer. Je ne peux laisser de témoin derrière moi.
- Et toi tu comprendras aisément que je ne te laisserai pas faire sans me défendre. Stupéfix !
Tom laissa éclater un rire franc. Il avait dévié le sort de Malek aisément, sans forcer. Il n'en rit que davantage en déviant les sortilèges suivants, ceux de Malek, ceux d'Amalthéa, ceux d'Isidore. Et celui de James, qui se joignit à eux.
- James Potter, souffla Tom.
Il leva sa baguette et Isidore et Malek se retrouvèrent ligotés, leurs baguettes leur échappant, leurs corps projetés au loin.
- Restons entre nous si vous le voulez bien, proposa Tom, tout sourire. En famille.
James avança de deux pas, pour se retrouver aux côtés d'Amalthéa. Elle pouvait ressentir son angoisse, et sa bravoure, qu'elle trouvait pathétique.
- Recule, ordonna-t-elle. Récupère tous tes copains et regagnez le château.
- Non, répondit-il calmement. Tom et moi avons des choses à nous dire.
Le principal intéressé n'en finissait plus de rire, se moquant de la témérité du plus jeune. James n'était à ses yeux qu'un gamin idéaliste, un ignorant qui s'évertuait à garder espoir, alors qu'il était condamné avant même de venir au monde. Oui, cette ignorance amusait Tom. Autant qu'elle l'agaçait. Il voulait voir James ramper, pleurer, implorer, et certainement pas le voir continuer d'espérer.
- Sept ans à vivre dans la peur d'une seule et simple lettre. Alors que tu devrais aussi redouter A. Et puis B. Et puis C. Et X. Et le bois d'argent. Et t'as l'heure, James ?
Immobile, James tentait de déchiffrer l'obscur charabia de Tom. Le mettait-il réellement en garde ? Essayait-il de l'embrouiller ? Se moquait-il simplement de lui ?
- Ça te dit quelque chose ? Non ? C'est bien. C'est mieux. Tu apprendras bientôt qui ils sont. Tu apprendras bientôt ce qu'est la vraie douleur.
James gardait son visage résolument fermé, sa baguette ne fléchissait pas et si son cœur battait plus fort que jamais, sa main ne tremblait pas. Tom le vit jeter de brefs regards en direction de ses amis, il savait qu'il suffirait au plus jeune de voir l'un d'eux tomber pour leur venir en aide. Mais Tom ne voulait pas que James se détourne de lui.
- A moins que la vraie douleur ne te vienne pas de l'inconnu mais de ceux que tu connais. Que tu penses connaître. Que tu aimes. Ton frère, par exemple.
Toucher le point sensible en une seule et simple phrase n'enorgueillit pas Tom Zigaro. James lui rendait la tâche trop facile.
- Je croyais que tu avais des choses à me dire, petit James ?
- Qu'as-tu fait à Natasha ? Où sont Serena et Sally-Ann ?
- Ici, répondit simplement Tom en désignant la demeure de pierres de son père.
- Que leur as-tu fait ?
- Absolument rien d'autre que de les attacher. Je savais que quelqu'un viendrait à leur recherche mais... Je ne pensais pas que vous seriez si nombreux.
- Qui ? Qui devait venir à leur recherche selon toi ?
- Ton frère. Ce n'était rien de plus que le dernier test d'Albus. Et une fois encore, sans grande surprise, il a échoué.
- Que lui as-tu fait ?
- Oh ce n'est pas la bonne question, James. La seule question que tu dois te poser c'est ce que lui a fait.
- Laisse mon frère en dehors de tout ça, Tom.
- Mais il n'est pas « en dehors de tout ça », comme tu dis. C'est lui qui nous amène ici. Lui qui s'est occupé de la belle et brutale Natasha Kandinsky. Maintenant, si tu veux bien, j'ai promis de te tuer en dernier. Et rien ne m'impatiente davantage que de te tuer, tu peux me croire. Alors laisse-moi passer, James. Et obéis aux ordres de notre chère Amalthéa. Récupère ce qui te reste d'amis et rentrez au château. Tu ne mourras pas ce soir, James.
- Pourquoi ?
- Parce que tu ne connais pas encore la vérité. Quel intérêt y aurait-il à te tuer sans que tu ne souffres avant ?
- Et ça ?
- Ce n'est rien. Ton bras n'est rien face à ce que tu vas ressentir.
- Tu es quoi au juste ?, demanda James tout aussi calmement. Un de ces types qui rêvent de devenir le nouveau Voldemort ? Le crâne et le serpent étaient déjà pris alors tu as choisi un simple W ? Tu veux asservir le monde ? Tu veux le pouvoir suprême ? C'est d'un banal, Tom. C'est tellement décevant.
- Tu as du cran, James. C'est bien. Mais sache que tu te trompes. Je veux justement tout l'inverse. C'est pour ça que tu dois mourir.
- Pour ces histoires de fils de ? Parce que mon père et les combattants de l'Ordre du Phénix sont devenus des héros ?
- Les héros ne sont rien, James. Et tu vas en avoir la preuve.
Avec un sourire, Tom Zigaro recula. James le vit brandir sa baguette vers Amalthéa. Il hurla de reculer, de bouger. James ignorait qu'Amalthéa n'avait plus de jambes, plus de baguette. Le bouclier qu'il lança vers la jeune fille ricocha contre la puissance du sortilège de Tom. La violence du choc projeta James au sol. La terre se souleva, engloutissant Amalthéa en son sein. James se recroquevilla pour protéger ses yeux, son visage des projectiles qui fusaient vers lui.
Le rire de Tom raisonnait en lui, de plus en plus fort. « Une de moins », semblait-il dire.
- James !
Le Gryffondor accepta la main que lui tendait son meilleur ami. Depuis qu'ils s'étaient séparés, Mael avait entouré le haut de son visage d'un bandage de fortune, un morceau de chemise qu'il avait déchirée afin d'éponger le sang qui coulait de son arcade sourcilière.
- Ils partent. Ils commencent à partir. Pansy Parkinson les a convaincus de fuir. Mais les Zigaro...
- Je sais, coupa James avec une grimace.
- La brigade d'Irina nous a rejoints, ils ont prévenu les Aurors. Ils arrivent, James. Il faut juste tenir jusqu'à leur arrivée.
- Natasha ? Des... des blessés ?
- Irina et son équipe sont avec Natasha. Ils voulaient l'amener à l'infirmerie. Deux Donovan voulaient prévenir les professeurs. Mais les Zigaro empêchent tout le monde de fuir. Sauf ceux qui se battent pour eux.
- Ils préparent leur échappatoire. Il faut les en empêcher, les retenir jusqu'à l'arrivée des Aurors.
- Je ne sais pas si on arrivera à les retenir.
- Il faut les occuper. Créer une barrière de feu, là et là, désigna James en se redressant. Sortir Serena et Sally-Ann de là. Et secourir Amalthéa.
- Ok. Je vais... Je prends Nalani, Keanu et Alice et on va chercher les filles.
- Je m'occupe de la barrière de feu.
Les deux garçons s'étreignirent brièvement avant que Mael ne courre vers sa petite amie. James jeta un long regard autour de lui, afin d'évaluer la situation. Il ne vit que le chaos. Et Tom Zigaro face à Scorpius et Hadiya.
- Aller petite fille, va-t'en et laisse-moi tuer le petit Malefoy.
- Jamais.
- Tu ne peux pas mourir aujourd'hui, tu comprends ? Tu dois attendre que...
Tom s'interrompit, levant sa main vers sa joue. Un sortilège venait de l'atteindre. Le sortilège de la gifle. James Potter. Il n'eut pas le temps de riposter que Scorpius et Hadiya l'attaquaient à leur tour. Le rire s'était éteint. Malek Lespare et Isidore Kandinsky, debout près de la cabane de pierres, protégeaient les amis de James qui évacuaient Serena et Sally-Ann et jetaient sort sur sort vers Tom Zigaro. Protégées par un saule rieur, Juliet Hawkes et Susie Finigan se joignirent à la bataille, aidant également à faire reculer Tom.
- Il faut l'acculer, commanda James. Une barrière de feu !
Scorpius et Hadiya acquiescèrent. Il n y eut bientôt plus qu'un sortilège, scandé de mille échos. Tom contrait leurs sorts avec force, mais ses assaillants l'attaquaient de toutes parts, Malek et Isidore gardant leur position à sa droite, Juliet et Susie à sa gauche. James, Scorpius et Hadiya laissaient parler leur endurance, leur rapidité, et se mouvaient en parfaite harmonie sans jamais cesser de lancer des Incendio bien dosés.
Une fois Tom prisonnier d'une barrière de feu, James ne perdit pas de temps et ordonna à Malek et Isidore de surveiller Tom avant de courir jusqu'au trou où était retenue prisonnière Amalthéa. Solenne, Keanu et Nalani, qui étaient sur place, le serrèrent brièvement dans leurs bras.
- On dirait qu'elle ne peut pas se relever seule, expliqua Keanu. Je ne comprends pas ce qui…
- Ses jambes sont mortes.
Les quatre amis se tournèrent vers la forêt, dont trois corps frêles se dégageaient.
- Gwenog !?, souffla James. Kat ?!
- Jasper ?, cria Scorpius. Qu'est-ce que...
- Amalthéa m'a dit de rejoindre Poudlard et d'amener Kathleen et Jasper avec moi, annonça Gwenog. Mais on ne peut pas passer. Y a comme une barrière qui nous empêche de passer.
Elle s'interrompit, échangeant un regard avec Jasper Leitrim.
- En fait la barrière n'agit que sur Kat. Jasper et moi on aurait pu passer, mais on ne voulait pas la laisser seule au beau milieu de la forêt.
- D'accord, répondit James, hésitant. Tu dis que ses jambes sont mortes ?
- C'est lui, désigna Gwenog en pointant Tom du doigt. C'est lui qui a tué ses jambes.
James la regarda longuement. Il avait tant de questions à lui poser, tant de points à éclaircir. Mais la jeune fille s'approcha à son tour de l'immense trou dans lequel Amalthéa était encore piégée.
- Il faut la sortir de là. Je... Elle est importante pour moi. C'est ma seule famille.
- On va la sortir de là, la rassura James. Vous avez essayé de la faire léviter ?, demanda-t-il en se tournant vers Keanu.
- Oui mais on ne la voit pas, elle est trop loin.
- C'est trop profond pour qu'on arrive à viser, ajouta Nalani. A chaque tentative le trou se creuse un peu plus.
- Alors on ne peut pas utiliser la magie, dit James en réfléchissant.
- On ne peut pas la laisser là, répéta Gwenog.
- Non, Gwenog. On ne va pas la laisser là. On va... On va faire une chaîne. Une chaîne humaine. On va descendre à trois. Solenne, toi et moi.
- On va déterrer des lianes magiques, acquiesça Juliet.
- Mael, appela Susie. Viens, je sais où en trouver.
- Et nous on va humidifier la terre, songea Keanu. Un peu, juste ce qu'il faut pour assurer votre remontée.
James acquiesça. Il demanda à Gwenog et Solenne de monter sur son dos. S'il ne fut pas surpris de voir que son amie s'affairait sans poser de question, le manque de réaction de Gwenog l'étonna grandement.
- J'ai appris à écouter les ordres et à ne pas me poser de question, avoua-t-elle.
- On changera ça quand tout sera fini, lui promit James.
Les filles grimpèrent sur son dos, s'agrippant à ses épaules comme elles le pouvaient, et James se transforma. Il n'avait plus rien à voir avec un daim. Il était devenu un cerf majestueux qui n'éprouva nulle gêne à porter deux corps sur son dos.
Sans plus tarder, James commença à descendre, ses sabots lui permettant une avance rapide et sûre. Il progressa jusqu'à ce que la cavité se rétrécisse et se baissa simplement le temps que Solenne et Gwenog glissent de son dos.
Une fois transformé, James fit signe aux deux filles de ne pas bouger et se transforma à nouveau, mais cette fois en chien. Il rampa jusqu'à Amalthéa qui l'accueillit d'un sourire. Il éprouva quelques difficultés à reprendre son apparence d'humain en raison du manque d'air et d'espace.
- James, murmura Amalthéa en levant une main vers le visage du garçon. Tu n'aurais pas dû venir jusqu'ici. Je ne pourrai pas remonter. Et je suis condamnée. Tom me poursuivra jusqu'à ce que je ne sois plus un obstacle pour lui. Je l'ai défié, tu comprends ? J'ai veillé à protéger ma sœur, Briseis. Un enchantement ancien, très puissant. Elle ne mourra pas par ma faute. Je n'ai donc plus de raison de me battre...
- Et Gwenog ?
Elle eut un triste sourire.
- Comment as-tu compris, pour Gwenog ?
- Elle est là, répondit-il simplement. Elle est revenue. Elle est descendue avec moi.
- Je... Tu dois la protéger. Promets-moi que tu la protégeras, James.
- Je ferai tout pour la protéger. Et toi aussi. Pense à Briseis. Elle a besoin de sa sœur. Et Gwenog... Je ne sais quelle relation vous avez mais elle a également besoin de toi. Et Malek...
- Il a survécu ?, le coupa Amalthéa avec espoir.
- Oui. Lui et Isidore protègent nos arrières.
- Il ne faut pas les laisser seuls. Il faut fuir, tous, tout le monde.
- Les Aurors arrivent.
- Il... Il ne faut pas qu'ils me trouvent. Tu devrais... Tu devrais me tuer. Referme le trou. Ils ne fouilleront pas, il faut...
- Il en est hors de question. Je vais te sortir de là. On va te sortir de là. Et plus tu discuteras, plus on perdra de temps, plus de temps Malek et Isidore se battront seuls et plus de chance auront les Aurors de te trouver.
- Tu n'abandonneras pas, comprit-elle, émue.
- Non.
- Tu sens qu'on est liés, tu sais que je sais mais tu ne me demandes rien.
- Je prendrai volontiers une tasse de thé avec toi, Amalthéa, mais ce n'est ni le lieu ni le moment.
- Alors pourquoi fais-tu ça, James ? Pourquoi moi ? Pourquoi...
- Pour qu'un jour plus personne ne pose ce genre de questions.
- Les gens continueront d'être égoïstes, centrés sur eux-mêmes, de fermer les yeux sur la misère, la famine, la souffrance des autres. C'est ainsi que marche le monde.
- On va sortir d'ici et un jour on boira un thé ensemble, dit James en soulevant la jeune fille. Tu m'expliqueras tout ce que tu me caches, tout ce que tout le monde me cache et je te dirai comment je rêve le monde. D'accord ?
Il agissait avec délicatesse, tentait par tous les moyens de lui faire le moins de mal possible. Il la portait tendrement, comme on porte quelqu'un à qui l'ont tient, quelqu'un qu'on a décidé de sauver. Quelqu'un qui compte.
- D'accord James.
ooOOoo
La chaîne humaine avançait péniblement. Chacun avait trouvé sa place facilement, comme si l'affection qu'ils se portaient trouvait écho dans leurs mouvements, les rendant fluides et évidents.
Chacun écoutait les doutes et les idées des autres, chacun s'efforçait de donner le meilleur de lui-même. Ils étaient les maillons d'un tout qui devait agir vite et efficacement. Keanu avait changé de places deux fois, Mael et Nalani avaient échangé la leur. Les plus tempérants calmaient la précipitation des autres, les plus hâtifs rappelaient aux plus calmes oh combien qu'il fallait en finir le plus vite possible.
Dans la cavité, Solenne avait du mal à respirer. L'oxygène leur parvenait avec une rareté qui affaiblissait leurs membres. Gwenog avait intelligemment bloqué sa respiration, le manque de peur et de sentiments lui permettait de prendre un recul incroyable sur la situation. En bout de chaîne, elle servait de balancier et ne semblait pas souffrir. Le ventre de Susie, en milieu de chaîne, était en sang. Oscar et Mael, sur qui reposait le plus de poids, pâlissaient sous l'effort. Nalani leva les yeux au ciel et lâcha la liane magique.
- Pepper, Susie, vous venez avec moi. Clifford, tu te décales pour soutenir les garçons. James, Juliet, je vous laisse le commandement.
- Où vas-tu ?, s'inquiéta Mael.
- Echanger nos rôles avec Malek et Isidore. Ils ont plus de force que nous et, à trois, on sera assez nombreuses pour garder Zigaro prisonnier du feu.
- Fais attention, la pria Mael. Et n'oublie pas que je t'aime.
A ses côtés, Oscar esquissa un faible sourire.
- Susie !, appela-t-il à son tour. Un type incroyable a dit un jour à la femme qu'il aime « fais attention. Et n'oublie pas que je t'aime. ». Je sais que ce n'est ni l'endroit ni le moment mais...
- Je t'aime aussi, Oscar, répondit simplement Susie, avec une évidence qui fit rougir Oscar et sourire tous leurs amis.
- Puisque c'est l'heure des déclarations, pouffa James, sachez que je vous aime... Tous.
- Nous aussi on t'aime, sourit Nalani.
Quelques « ouais » enthousiastes, fatigués ou étouffés se joignirent à elle, et James métamorphosa ses jambes en pattes de cerf, pour assurer leur prise le temps que Malek et Isidore leur vienne en aide. Aide qui ne vint jamais.
Ils parvinrent à regagner la terre ferme en plus de temps qu'ils ne l'avaient espéré et se hâtèrent de rejoindre Nalani et Pepper qui soutenaient Susie.
- Ce n'est rien de grave, expliqua précipitamment Nalani en voyant Oscar et James pâlir. Elle s'est tordu la cheville alors qu'on essayait de rattraper Zigaro.
- De le rattraper ?, s'étonna James.
- Il s'est enfui. Il est arrivé à assommer Malek et Isidore et à fuir je-ne-sais-où. Mais il n'a pas transplané, la barrière est toujours en place selon Isidore.
- Et son frère est revenu également, ajouta Pepper, abattue.
- Il faut s'en aller, affirma Clifford. On est crevés, on arrivera à rien, il faut...
- On ne peut pas partir, rappela Mael.
- On peut toujours essayer, non ?, tenta Clifford.
- Moi je reste, affirma James. J'en ai marre de fuir face à des types qui enlèvent des élèves de Poudlard sans qu'on ne sache pourquoi, j'en ai marre d'avoir toujours plus de questions et de ne pas avoir de réponse.
- Ils sont trop forts pour nous, James.
- Mais on est plus nombreux, Keanu. Leurs sbires sont partis, i plus personne. Plus qu'eux. Et moi.
- Et moi, donc, dit Mael en levant les épaules.
- Et moi, alors, ajouta Nalani.
- On va pas faire toute la liste non plus, s'énerva Pepper, maintenant qu'on s'est retrouvés on va pas se quitter. Alors si l'un de nous reste, c'est tout le monde qui reste.
Leur unique certitude. Du reste, ils ignoraient tout. Les périls, le temps que mettraient les Aurors à arriver, à détruire cette barrière magique qui les retenaient prisonniers.
Susie devait s'appuyer sur Oscar pour tenir debout. Solenne, Clifford et Alice saignaient abondamment.
Incertains, ils serrèrent le poing autour de leur baguette, regardant autour d'eux avec méfiance, glacés par la peur.
Ils étaient nombreux. Pourtant aucun ne vit les deux sorts qui fusaient vers eux et assommèrent Louis et Nalani.
Dix Protego plus tard, le combat reprit.
/
Le chaos. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qui se trouvait devant les yeux de Juliet Hawkes.
Le chaos, et le corps de Susie à ses pieds. Le chaos, et Solenne qui avait tant de mal à respirer, à genoux près d'elle. Le chaos, et le corps froid de Natasha quelque part dans la forêt. Le chaos, et les jumeaux Donovan qui se soutenaient alors que le sang de l'un coulait sur les plaies de l'autre. Le chaos, et le rire des frères Zigaro. Le chaos, et la baguette que Tom Zigaro brandissait. Le chaos, et le corps de James propulsé contre un arbre dans un bruit sourd. Le chaos, et le son des os qui se rompent. Le chaos, et son odeur de sang. Le chaos, et cette immense chienne couleur ébène qui se dressait devant James. Le chaos, et cette fille sans jambes qui se dressait face à Tom Zigaro. Le chaos, et cette fille couverte de tatouages qui se dressait face à Elvis Zigaro. Le chaos, et cet éclair vert qui fusait vers Juliet. Le chaos, et le cri de Solenne Oranche. Le chaos, et la baguette de Juliet si près et pourtant si loin. Si loin qu'elle n'avait le temps de contrer le sortilège. Si loin que le sortilège la frappa en plein cœur, là où le chaos était devenu roi.
/
Le chaos. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qui se trouvait devant les yeux de Wolfgang Zigaro.
Le chaos mais des survivants, encore. Le chaos et ses témoins, encore trop nombreux. Le chaos et les os de James Potter, brisés, trop tôt. Sa mort qui devait attendre. Le secret qui devait perdurer. Le secret, mis en danger par une poignée d'adolescents. Des adolescents trop malins, qui les avaient mis en échec, parce que certains étaient restés en arrière, parce qu'avant d'être propulsé contre un arbre, James Potter avait utilisé le Patronus pour livrer un message. Et mettre à mal le secret des Zigaro.
- Tu peux me tuer, Tom. La vérité va éclater. Tous sauront que c'était toi, avait dit James Potter.
Il ne devait plus y avoir de mort. Il ne devait plus y avoir de blessé. Il ne devait rester que le chaos.
Wofgang Zigaro retourna dans son laboratoire, marchant à travers les étagères, ma mine songeuse, suivi des yeux par le tableau de Severus Rogue.
Quelques bocaux l'attiraient particulièrement, des organes baignant dans un sang sombre, des yeux par dizaines noyés dans un liquide jaunâtre. Et des bocaux entassés au fond de la pièce, dans ce qui semblait être un fourre-tout. Le coin le moins reluisant du vaste laboratoire. Un moyen de ne pas attirer l'attention de potentiels intrus. Dans ces bocaux, d'apparence sales et vides, Wolfgang Zigaro avait dissimulé le fruit de ses recherches les plus sérieuses, et ses trouvailles les plus précieuses. Les plus rares. Les mieux cachées.
Le vieil homme s'arrêta devant l'un des bocaux, l'ouvrit précautionneusement. Il y plongea trois doigts, les pinçant comme pour attraper quelque chose avant de les sortir doucement, toujours resserrés. Une fois dehors il déplia doucement ses doigts, murmurant des enchantements en brandissant sa baguette.
Les combats cessèrent aussitôt. Les cyclopes se regroupèrent avant de contourner la maisonnée de pierre, non sans le saluer avec respect. Tom et Elvis se tournèrent vers leur père, un air mi-coupable mi-amusé franchement affiché. Leurs adversaires étaient au sol, inconscients. La forêt avait repris ses droits, impressionnante de bruits nocturnes.
Les asphodèles s'écartèrent, Albus Potter apparut. Il eut à peine le temps d'écarquiller les yeux en découvrant le chaos tout autour de lui, avant de tomber dans l'inconscience à son tour.
- Merveilleux, souffla Tom. Il est tombé sur du verre brisé et des cailloux. J'espère qu'il se sera fait mal. Ce ne serait que justice.
- Filez, leur conseilla leur père en avançant sur le prompton. Tom, tiens-toi tranquille. Le match des Harpies va commencer, nos alliés y sont déjà.
- Une judicieuse couverture, acquiesça Tom respectueusement.
- Et moi je vais rejoindre le bureau des Aurors, annonça simplement Elvis. L'alerte a déjà été donnée, je serai le premier sur les lieux.
Les trois hommes se séparèrent comme d'usage chez les Zigaro. Sains étreinte mais avec le sentiment du devoir accompli.
Wolfgang Zigaro retrouva la pénombre de son laboratoire. Revenant sur ses pas avec sérénité, il arriva rapidement dans le mystérieux recoin des bocaux vides. Vides, d'apparence seulement. Il referma avec un sourire le bocal qu'il avait utilisé.
- Bonne nuit ma poudre invisible favorite, murmura-t-il, amusé.
Le chaos. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qui se trouvait devant les yeux d'Harry Potter.
ooOOoo
- Périmètre sécurisé, chef.
Harry Potter hocha la tête, marchant à travers les décombres. Il avait observé le tas de ruines que James et quelques-uns de ses amis avaient un jour décrit comme un laboratoire mi-sorcier mi-moldu. Un tas de ruines à ses yeux, mais Harry sentait que la magie le trompait, qu'elle ne lui montrait que ce qu'il n'avait pas le droit de voir. Que James avait raison, encore une fois, et que le Survivant avait eu tort de ne pas le croire, de ne pas lui faire confiance. Encore une fois.
- Je veux une équipe ici, jour et nuit.
- Combien de temps, chef ?
- Jusqu'à ce que j'ordonne le contraire. Que l'équipe sécurise les lieux, s'assure qu'aucun élève n'atteigne cet endroit, ni par la forêt ni par un quelconque autre moyen.
- Bien chef.
- Des Aurors expérimentés, précisa Harry. Fais passer le message à Seamus.
- Bien chef.
Le jeune Auror salua respectueusement le Survivant et s'apprêtait à rebrousser chemin lorsque Harry le rappela.
- Elvis ! J'imagine qu'il est encore trop tôt pour dresser le bilan humain ?
- Oui, avoua Elvis Zigaro avec regret. Nous avons évacué trois de nos hommes à Sainte-Mangouste, dont votre filleul, monsieur. Les asphodèles nous ont surpris.
- Et les enfants ?
- Trop tôt, répéta Elvis. Kandinsky, Perks et Velsen ont été retrouvées. Les deux dernières ont été amenées en état de choc à l'infirmerie. Nous avons pu les interroger brièvement en présence de...
- Qui vous a autorisé à les interroger ?, coupa Harry.
- Nous agissions sous les ordres de vos seconds, Finigan et Harper, monsieur. Ils ont supervisé les interrogatoires en présence des parents des deux filles. Les familles ont offert des chocolats pour nous... pour récompenser le bureau des Aurors.
Las, Harry se contenta de lever les yeux au ciel. Des chocolats, il en recevait des centaines tous les jours.
- Et Natasha Kandinsky ?
- Le guérisseur de Poudlard n'a pas fini de l'examiner, monsieur. Des volontaires sont arrivés de Sainte-Mangouste pour aider à soigner les blessures les plus urgentes. Ses parents n'ont pas encore été autorisés à la voir. Ils ne sont pas certains de la sauver.
- Je vois. Mon fils ?
- Je me suis assuré qu'il soit transporté parmi les premiers. Il a été pris en charge par la cellule de crise de Sainte-Mangouste. Il... Il a été très courageux, monsieur.
- Ce qu'Elvis ne dit pas c'est que James serait sans doute mort sans ses réflexes, intervint Ron en marchant vers eux.
- Merci Elvis, souffla Harry en esquissant un sourire fier. Tu es en train de devenir un Auror brillant. Tu n'auras pas de mal à prendre ma place quand je tirerai ma révérence.
- Ce qui, je l'espère, arrivera le plus tard possible, monsieur.
Elvis Zigaro renouvela sa révérence et s'éloigna à pas feutrés, essayant de se rendre utile du mieux qu'il le pouvait.
- C'est un bon gamin, appuya Ron. Des fois je me dis que si les nôtres pouvaient être comme lui... Mais enfin. On ne choisit pas, hein ? On les aime comme ils sont. Enfin... Hermione m'a dit que James devrait remarcher. Elle insiste pour que tu ailles le voir. Il est inconscient mais la presse est déjà au courant, alors...
- Pourquoi Ginny n'est-elle pas auprès de lui ?, s'étonna Harry.
- Parce qu'elle est au chevet d'Albus.
- Albus ?, s'inquiéta Harry.
- État de choc. Il répète en boucle qu'il n y est pour rien dans tout ça. Qu'il a été enlevé comme les trois filles, qu'il s'est réveillé ici.
- Malheureusement ce n'est pas ainsi que ça s'est passé, déplora Harry, contrarié. J'ai chargé Teddy et Elvis Zigaro d'étouffer l'affaire mais tout l'accuse.
- Et James ?
- Visiblement lui et ses copains avaient peur pour Kandinsky, Perks et Velsen, ils se sont séparés pour retrouver les filles et... voilà. Ils sont innocents.
- Mais ils sont mal en point ! Hermione m'a dit que trois filles et un garçon avaient été amenés en même temps que James, deux filles vont peut-être y passer, la fille de Seamus et cette américaine de Serpentard, là, tu sais...
- Juliet Hawkes.
- C'est ça. Et parmi les gamins mal en point y a aussi le fils du prof d'histoire de la magie et Malek Lespare. Qu'est-ce que foutait Malek Lespare ici ?
- Irina Kandinsky a prévenu son frère de la disparition de leur sœur et il est venu avec Lespare, selon Elvis.
- Il fait tout le boulot, Elvis, ou quoi ?
- J'étais en état de choc, Seamus a vu sa fille inconsciente et pleine de sang, Harper était persuadé que son gamin était là aussi, vu qu'il est devenu ami avec James. Et moi... Je voyais Albus, le seul à ne pas être blessé, le seul à se tenir droit, avec sa baguette. Tu crois que tu aurais réagi comment si tu avais débarqué en plein chaos, avec des cadavres partout et Rose ou Hugo seul, face à tous ces gamins...
- Tu veux dire... Que c'est lui qui les a tous blessés ?
- Je n'en sais rien, Ron. Il a sans doute été aidé. Mais les faits sont là. Il fait partie de quelque chose, il est lié à l'enlèvement des trois gamines et il les aurait sûrement tuées si James et ses copains n'étaient pas intervenus.
- Merlin...
- C'est comme... C'est comme si on te disait que Rose est ton fils, et non Hugo, tu comprends ?
- Mais James est ton fils. James a toujours été ton fils.
- Pas comme Albus. Et là... C'est lui le héros, c'est Albus qui a fait une bêtise. Je ne sais pas comment gérer ça.
- Tu n'as jamais su. Nous n'avons jamais su. Mais ce n'est pas la première fois. On sait tous les deux que ce n'est pas la première fois.
Harry hocha la tête. Durement, comme pour la secouer une bonne fois pour toutes et remettre ses idées en place. Malheureusement, aucune idée, même la plus infime, même la plus brillante, ne pouvait changer les faits. Il n'avait pas fait confiance à cette bande de gamins qui avaient tout tenté pour sauver leurs amies. Il n'avait pas entendu James, il avait fermé les yeux face aux agissements d'Albus.
Il n'avait jamais appris ce qu'être père signifiait. Il n'avait pas demandé conseil à Arthur Weasley. Il ne pensait qu'à son propre père qui n'était plus là et à ce fils aîné qui n'en était pas vraiment un. Il aurait voulu que James lui explique. Mais James n'était qu'un bébé, un enfant, un adolescent. C'était son fils et non son père.
- Tu sais Ron… Si je pouvais revenir en arrière, je demanderai à Ginny de ne pas le garder. Elle aurait pu continuer de voler deux ans de plus, représenter l'Angleterre, jouer une coupe du monde… Elle aurait arrêté pour la naissance d'Albus, ça aurait été parfait.
- C'est une chance pour James que les retourneurs de temps n'existent plus, alors, répondit Ron, gêné.
Les deux hommes se regardèrent longuement. Leur amitié était si ancienne, si profonde qu'ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre.
Autour d'eux les plus jeunes recrues du bureau des Aurors retournaient chaque débris, chaque branche, chaque flaque à la recherche du moindre indice. Et le chaos demeurait.
ooOOoo
Trois jours s'étaient écoulés. Trois jours qui leur avaient paru des semaines, des mois.
Lily Potter avait retrouvé Serena Velsen dès le premier jour, à l'intérieur de l'infirmerie, loin des élèves curieux.
Même si le directeur et les professeurs refusaient de répondre à leurs questions, les élèves n'étaient pas dupes. De nombreux élèves manquaient à l'appel et parmi eux, la plus célèbre bande de sixième année.
Lily avait serré sa meilleure amie dans ses bras, longtemps. Son soulagement de la retrouver n'avait malheureusement pas occulté sa peur. Ses frères n'étaient pas revenus à Poudlard, et le regard de Mael Thomas était si grave qu'elle en tremblait d'effroi.
Lui aussi disparaissait, et Lily savait qu'il gagnait l'hôpital Sainte-Mangouste. Elle avait écrit à sa mère mais celle-ci ne lui avait donné que de vains conseils. Rester tranquille, patienter, lire ses manuels de cours. Rien de plus.
Serena non plus ne disait rien de plus. De cette nuit, elle ne gardait aucun souvenir. Si ce n'est une peur latente qu'elle ne parvenait pas à comprendre. Et les deux émeraudes qui appartenaient à Albus Potter.
Le deuxième jour, l'infirmerie se vida de plusieurs élèves. Solenne Oranche pouvait à nouveau respirer normalement, les jumeaux Donovan étaient de nouveau sur pied, Susie Finigan et Nalani Jordan avançaient de nouveau ensemble.
Le troisième jour il ne resta plus que Natasha Kandinsky. Le Guérisseur était parvenu à stabiliser son état le temps de lui administrer une potion qui la sauverait. « Il a promis », se répétait Rose Weasley. Il a promis.
Le retour de Juliet Hawkes et James Potter à Poudlard fit l'objet d'un record de messes basses. La première fut sauvagement embrassée par un Keith Corner fou d'inquiétude alors que le second serrait longtemps contre lui ses amis. Avant de s'engouffrer dans l'infirmerie.
- Rose ?
La jeune Serdaigle passa une main dans ses cheveux, dégageant son regard fatigué.
- Oh bonjour Lily. Comment vas-tu ?
- C'est plutôt à toi qu'il faut demander ça, non ?, demanda tristement Lily.
- Je vais… bien. Je suppose. La potion pour Natasha est prête, ils vont lui donner ce soir. Il lui faudra plusieurs heures avant qu'elle ne se réveille. C'est ce que m'a dit l'infirmière. Elle est avec ton frère. James.
- Oui, Mael m'a dit qu'il était là.
- Tu ne l'as pas vu ?
- Non, il est venu ici directement. Il doit vraiment beaucoup l'aimer.
- Oui, soupira Rose. Ils s'aiment mais… Ils sont aussi têtus l'un que l'autre. Enfin, Nat l'est beaucoup plus que quiconque bien sûr mais…
- Elle te manque.
- Tu n'imagines pas à quel point. Je n'ai qu'elle, tu comprends ? Je n'ai qu'elle et James. Ils sont… Ils sont vraiment importants à mes yeux.
- Je sais. Les autres ne comprendraient pas. Surtout que tout le monde raconte des bêtises, comme quoi tu serais amie avec…
- Tim ? Timothée Bergson ? C'est le cas. Enfin, je ne sais pas vraiment si nous sommes seulement amis ou… peut-être plus, qui sait.
- Tu… Quoi ?
- Il a l'air plutôt tentant pour… tu sais, lui et moi. Qu'on se mette en couple, qu'on s'embrasse, qu'on aille au bal ensemble. Ce genre de choses.
- Et tu vas dire oui ?!
- Avant de… Avant tout ça, Natasha et James m'avaient dit, séparément bien sûr, que je pouvais… tu sais… tenter. Lui faire confiance. Et je crois que je vais le faire. Ils seront là pour veiller sur moi. Et puis il faut que je fasse des tests, des bêtises, des erreurs. C'est ce que toutes les adolescentes font.
- Tes parents vont faire une syncope ! Bergson est…
- Je ne suis pas la première de la classe dans tous les cours. Natasha me bat en Métamorphoses, Scorpius en Sortilèges et en Potions et Océane Donovan… Et bien, elle doit avoir les mêmes notes que ma mère. Des notes supérieures aux miennes. Bref, je ne suis pas comme ma mère. Ni comme mon père. Tim n'est pas non plus comme sa famille. Pas quand il est avec moi. D'ailleurs je vais te laisser, Lily, je vais le rejoindre. Je n'ai pas quitté le chevet de Natasha mais… James me remplace. J'espère juste qu'il sera là quand elle se réveillera et… tu sais. J'ai bon espoir qu'ils se mettent enfin ensemble.
- C'est pas une raison pour te mettre avec Bergson. C'est pas parce qu'ils se mettent ensemble que tu dois…
- Oh non, ça n'a rien à voir. Tu comprendras plus tard. Sans doute bien avant moi d'ailleurs. Je ne suis pas en avance sur grand-chose. Mais j'ai James et Natasha. Et Tim peut-être. Et ça me suffit. Je suis heureuse, tu comprends ? Je suis enfin heureuse.
Et le sourire éclatant de sa cousine suffit à rassurer Lily Potter. Elles n'avaient jamais été très proches, mais Lily aimait sincèrement Rose. Et jamais, durant quinze années à tenter d'être la fille parfaite pour ses parents, elle n'avait été aussi heureuse qu'en ce jour. Parce que James était sorti de l'hôpital, parce que Natasha allait vivre, et parce que l'amour lui tendait enfin les bras.
ooOOoo
Ils s'étaient réunis au chevet de Natasha mois d'une heure après le retour de James et Juliet. Ils ne pouvaient plus se séparer. Pas après cette nuit.
- Il faudra que vous nous répétiez tout ça, songea Solenne. Un de ces jours, quand Natasha sera réveillée, on se réunira à l'abri des regards et vous nous répèterez tout ça.
- D'accord, promit Juliet.
James, les yeux rivés sur Natasha, hocha la tête. Ils avaient perdu la mémoire. Tous. Les saufs et les blessés, ceux qui étaient restés en arrière et ceux qui ne pouvaient plus avancer. Un vieil homme était sorti de la cabane de pierre et tous étaient tombés, leur cerveau se vidant de leurs plus récents souvenirs. Avant de se remplir à nouveau, de façon inattendue.
- Juste un truc, intervint Oscar. C'était qui cette fille ?
- Une connaissance de James, répondit Juliet en haussant les épaules.
- Elle s'appelle Amalthéa, intervint James avant d'éclaircir sa voix blanche. Amalthéa Delanikas. Elle était à Poudlard, avant. Sa petite sœur est à Serdaigle. Elle est venue avec Malek et Isidore, elle s'est battue contre Tom Zigaro.
James voyait que ses amis étaient surpris. Surpris qu'Amalthéa lui ait parlé à Sainte Mangouste, surpris qu'elle ait conservé ses souvenirs. Ce n'était pas le cas, elle aussi avait perdu la mémoire. Suffisamment pour reprendre sa vie où elle l'avait laissée, reprenant ses visites quotidiennes dans la forêt interdite pour regénérer la voix dans la tête de Gwenog. Et Gwenog lui avait tout dit. Parce que Gwenog n'était pas humaine, parce que Gwenog n'avait ni mémoire ni souvenirs. Et pourtant.
Amalthéa s'était introduite à Sainte Mangouste et avait raconté à James et Juliet toute la vérité. Les enlèvements, les combats, le chaos. Et James n'avait pas tardé à tout raconter à ses amis. Parce qu'ils étaient là, cette nuit-là, parce qu'ils méritaient de savoir.
Il ne restait plus que Natasha, à prévenir. Mais pour cela, il fallait que la jeune fille se réveille.
ooOOoo
- Nous avons identifié le sortilège qui a frappé votre fille, expliqua le professeur Ganesh d'une voix douce.
Il s'interrompit, quêtant du regard l'autorisation de poursuivre alors qu'ils étaient entourés de plusieurs personnes.
- Ils peuvent rester, acquiesça Katarina. Rose et James font déjà parti de la famille, leurs amis sont déjà les nôtres.
- Bien madame. Ce que j'ai à vous dire m'est difficile. En tant que professeur, je n'aurais jamais voulu avoir à dire ses mots. En tant que père, je ne peux qu'imaginer la douleur que vous ressentirez.
- Le guérisseur nous a dit que notre fille allait s'en sortir, qu'elle...
- Oui, elle s'en remettra sans séquelle, ce n'est pas ça.
- Quel sortilège a-t-elle reçu ?, demanda Isidore.
- Le sortilège de la mort.
La main de Rose agrippa celle de James. Il aurait voulu la soutenir, la soulager, mais ses jambes flanchèrent, son dos glissant contre le mur. Rose se laissa tomber contre lui, tout aussi démunie que lui.
- Il a heureusement été lancé par quelqu'un qui... qui n'a pas la puissance nécessaire pour lancer un maléfice aussi difficile.
- Vous voulez dire qu'il a été lancé par... un élève ?, murmura Isidore, choqué.
- Nous ne pouvons l'affirmer mais nous allons le vérifier dès ce soir.
- Comment ?, demanda James d'une voix blanche alors que les Kandinsky se soutenaient, en état de choc.
- En examinant les baguettes de chaque élève de Poudlard, répondit simplement le professeur Ganesh.
ooOOoo
L'examen des baguettes allait commencer. Les directeurs de maison et les préfets avaient eu l'ordre d'amener chaque élève dans la Grande Salle, prétextant un discours, un goûter, un événement important. James se tenait près de la porte, collé au mur, entourés par ses amis.
Le directeur Briscard avait fermé les portes, dix Aurors étaient présents. Les élèves se regardaient, incertains, inquiets.
- L'une de vos camarades a été attaquée et nous avons des raisons de penser que l'un d'entre vous est coupable. Nous allons donc examiner vos baguettes.
Un sortilège de désarmement massif tonna dans la Grande Salle, les baguettes sortaient des poches, des capes, des sacs, pour s'arrêter devant leur propriétaire, en lévitation.
- Avez-vous des questions ?
Un silence de plomb répondit au directeur de Poudlard. Avant qu'une main diaphane ne se dresse.
- Miss Weasley ?
- Et si le coupable s'est servi de sa baguette après avoir attaqué... cet élève ?
- Le sortilège que nous recherchons laisse des traces. Le coupable aura beau avoir jeté cent enchantements par la suite, nous le découvrirons.
Rose hocha la tête, avant de vérifier du coin de l'œil que James ne s'effondrait pas. Il voulait rejoindre Natasha. Il n'avait jamais voulu la quitter. Mais les règles étaient les mêmes pour tout le monde et lui, comme un autre, devait faire examiner sa baguette.
Harry Potter et Seamus Finigan s'approchèrent de leur attroupement, ne recevant que des regards noirs. Le temps passait, les examens s'enchaînaient, d'abord les élèves plus âgés, puis les plus jeunes.
Des sortilèges de lévitation, un enchantement pour alcooliser le jus de citrouille, quelques baguettes d'élèves studieux qui démontraient leur acuité en cours, quelques charmes plus élaborés, plus originaux, plus rares. Mais nul maléfice.
Le silence était de mise, les élèves, curieux, scrutaient avec minutie les sortilèges qu'utilisaient leurs amis, leurs ennemis.
Rose patientait, Rose redoutait. Rose était prête à se jeter sur le coupable pour lui arracher les yeux. Un léger brouhaha attira son attention et elle soupira en voyant son oncle parler avec Albus.
- Aller, donne-moi ta baguette, Albus.
- Mais enfin, papa, à quoi ça sert, tu sais très bien que je suis innocent.
- Albus, montre l'exemple, tu veux ?
- Papa !
- Potter, cessez de faire l'enfant et donnez cette baguette, qu'on en finisse ! Plus vite que ça !
Intriguée, Rose observa plus attentivement son cousin. Celui-ci était pale, mal à l'aise, il suppliait son père du regard. Elle chercha une réponse dans les yeux de James mais celui-ci avait fermé son visage, trop impatient de retrouver Natasha. La main de Mael, pourtant, serrait fort son épaule. Juliet Hawkes et Solenne Oranche échangeait des regards avec leurs amis. Rose songea qu'ils croyaient Albus capable d'avoir fait du mal à Natasha. La peur grandit douloureusement en elle. Albus pleurnichait, Albus refusait. Les élèves autour de lui étaient en état de choc. Même son père hésitait à examiner sa baguette. Le professeur Gash s'avança, tira la baguette d'Albus et lança le charme de vérification.
Le souffle de Rose se coupa. Les amis de James se tendirent à l'extrême. Son épaule collée à celle de son meilleur ami, Mael sentait les frissons et l'angoisse de James. Lui-même était de nouveau attentif, hochant sa tête de gauche à droite, murmurant des « non » affolés.
- Un sortilège de rangement, grogna le professeur Gash. Vous aviez peur de quoi, Potter ? A vous, Lespare.
L'examen se poursuivit, comme si rien ne s'était passé. Rose expira le trop plein d'air qu'elle retenait depuis près d'une minute. James se laissa à nouveau tomber contre le mur, enfouissant son visage entre ses mains. Le soulagement était là, mais Rose n'en était pas moins choquée. Albus regardait sa baguette comme s'il ne l'avait jamais vue auparavant.
Deux heures s'étaient écoulées depuis le début de l'examen lorsqu'il prit fin. La sentence tomba, inéluctable.
- Nous n'avons pas trouvé le coupable. Vous pouvez regagner vos salles communes.
Rose détendit ses muscles engourdis. James avait déjà disparu. Elle se rapprocha de ses amis qui échangeaient des messes basses.
- ...donc soit quelqu'un est intervenu, comme avec Rose dans la forêt, quand on-ne-sait-qui l'a protégée, soit il a utilisé une autre baguette...
- Pourquoi pas celle de Natasha ?, songea-t-elle à voix haute, avant de rougir en les voyant se tourner vers elle. Natasha a été retrouvée sans sa baguette, bafouilla-t-elle, gênée.
- Pas bête, acquiesça Solenne. Les Aurors vont rester dans le coin histoire que les Kandinsky ne portent pas plainte parce que personne ne s'intéresse à cette enquête mais ils ne resteront pas longtemps et Poudlard est vaste. Cette mascarade servira de leçon au coupable. S'il n'est pas débile, il détruira la baguette de Natasha ou l'enterrera au beau milieu de la foret interdite.
- Qu'est-ce qu'on fait, alors ?, murmura Nalani.
- Rien, tonna une voix près d'eux.
Rose se retourna, faisant face à son oncle.
- Vous ne manquez pas de courage mais laissez-nous faire notre boulot. Nous ne laisserons pas tomber l'enquête, je vous en fais la promesse.
- Pour ce que ça vaut, répliqua Mael, acide.
- Je suis meilleur Auror que père, répondit Harry sans agressivité. Je trouverai qui a fait ça, vous pouvez me croire. Où est James ?
Les amis de James restèrent muets.
- Avec elle, souffla Rose. Mais tu as examiné sa baguette toi-même, je...
- Je sais qu'il est innocent, coupa Harry.
- Vous pouvez le répéter ? J'aimerais enregistrer, l'attaqua Mael.
- Je comprends que vous soyez touchés par cette histoire. Vous devriez aller vous reposer. Mael... Tu pourrais aller chercher James ?
- Non, cracha Mael. Il ne voudrait pas la quitter et puis... Je n'ai pas confiance en vous. Vous aimez les parents de Rose, pas vrai ? Moi j'aime James encore plus fort. C'est mon frère. Ma famille. Mon meilleur ami. Je le vois souffrir depuis six ans, je le vois vénérer l'homme, le père, l'Auror depuis six ans, en courbant l'échine dès qu'on l'accuse de se vanter d'être un fils de héros. Il aime votre femme. Il vous défend tous les deux. Il défend son frère alors qu'Albus lui fait du mal depuis des années. James n'a rien demandé. James n'a pas demandé à être différent de vous, à interrompre la carrière professionnelle de votre femme. Il est né. C'est tout. Et depuis il doit vivre avec votre désamour, votre indifférence. Et avant que vous ne l'accusiez, ce n'est que mon avis. Lui croit autre chose. Lui croit que vous êtes merveilleux et qu'il ne vous mérite pas. Vous me répugnez. Alors non, je n'irai pas le chercher. Vous savez où il est, vous n'avez qu'à aller le voir si vous l'osez. Oserez-vous le déranger alors qu'il a failli perdre la femme qu'il aime ?
- Non Mael. Tu as raison. J'aurais sans doute d'autres occasions de le voir.
- Tâchez de ne pas le faire souffrir la prochaine fois.
Incertain, Harry hocha la tête. Les amis de James regardaient Mael avec fierté.
ooOOoo
Harry Potter était resté à Poudlard, certain que James finirait bien par quitter le chevet de Natasha Kandinsky, pour se restaurer, pour faire les quatre cent coups avec ses copains. Mais il avait dû se rendre à l'évidence que l'amour que vouait James à Natasha était plus fort que l'attrait de la tarte à la mélasse.
Il n'avait pas été difficile de convaincre deux élèves de première année qui étaient plus que fiers de rendre service au Survivant, de lui ramener ses deux fils. Albus l'avait rejoint devant l'infirmière vingt minutes plus tard, tremblant des pieds à la tête, pile au moment où un James furibond sortait de l'infirmerie, son bras blessé aplati contre son ventre, des ecchymoses bien visibles sur son visage.
Harry eut l'impression de le redécouvrir. Il lui sembla éprouver ce que devaient ressentir les parents qui ne voyaient pas leurs enfants pendant des années. Son aîné avait grandi, l'enfance l'avait quitté, définitivement. James dépassait son père, de deux dizaines de centimètres. Il lui apparaissait soudain plus musclé, plus robuste, plus fort. Et pour la première fois, Harry eut peur de James.
- Qu'est-ce que tu me veux ?
James se tenait devant la porte de l'infirmerie, déjà pressé d'y retourner. Dans son dos, Harry sentait Albus s'agiter.
- Te parler, répondit Harry, hésitant. C'est important.
- Tu n'as qu'à m'envoyer une lettre. Grand-père dit que maman est extrêmement pressée de m'écrire une lettre, elle qui ne le fait plus depuis longtemps, tu n'auras qu'à ajouter ce que tu veux me dire.
- Tu es mineur et tu me dois le respect, je suis ton père.
- Ah ?, répondit James sans trembler. Première nouvelle.
- Je dois vraiment te parler. Vous parler à tous les deux. Ça ne sera pas long.
- Tous les deux ?, releva James.
Harry fit un pas de côté, révélant la présence d'Albus. Le visage de James se crispa. Il n'avait pas oublié la réaction d'Albus, lorsque sa baguette avait été examinée.
- J'ai lancé un sortilège d'insonorisation autour de nous, expliqua Harry. Tout ce qui se dira ici et maintenant restera entre nous trois. Ce qui s'est passé l'autre soir est grave. Très grave. Natasha a reçu un sortilège de mort. Et j'ai bonne raison de croire que tu es impliqué, Albus.
- Sa baguette a été examinée, fit remarquer James.
Un besoin de le protéger qu'Albus interpréta mal.
- Tu crois que j'en suis incapable ? Tu crois que ce sort n'est pas à ma portée ?
- Un maléfice, rectifia James. Un maléfice de mort. Oui, j'ose croire que mon frère est incapable de lancer un tel maléfice.
- Pourtant j'en suis capable, cracha Albus avec mépris. Les Zigaro m'ont laissé le choix, je devais en tuer une, je l'ai choisi elle. Je l'ai suivie alors qu'elle quittait le terrain de quidditch et qu'elle partait à la recherche de Keith Corner. J'ai attendu qu'elle atteigne un couloir discret, qu'elle entre dans une salle où personne ne me verrait, ne m'entendrait. Elle me tournait le dos, je l'ai désarmée. Elle est tombée. Et je l'ai tuée. Avec sa propre baguette.
- Et heureusement sa baguette ne s'est pas totalement retournée contre elle, ajouta Harry, éperdument gêné par la situation.
- Tu… Tu l'as tuée, murmura James, profondément choqué. Putain, Albus, tu as essayé de tuer quelqu'un !
- J'ai peut-être tué une fille mais j'en ai épargné deux ! C'est comme si je leur avais sauvé la vie ! C'est héroïque de sauver une vie, alors deux !
Il était fier. Fier de lui et satisfait, nullement choqué par les mots qu'il employait.
- Arrête de dire ça, répondit Harry d'une voix précipitée. Tu ne l'as pas tuée, Natasha est...
- Si !, insista Albus avec fierté. Je l'ai tuée et elle a ressuscité, c'est tout.
- C'est tout ?!, répéta James avec fureur. Tu te rends compte de ce que tu dis ?!
Son père se glissa devant lui dans le but de le faire taire mais James le propulsa au loin avec colère avançant vers son frère.
- Tu as essayé de tuer quelqu'un ! Pas un criminel qui cherchait à te nuire, mais juste une fille de ton âge qui te tournait le dos ! Tu as lancé le pire maléfice sur quelqu'un qui ne pouvait pas se défendre et qui ne t'avait rien fait ! Ça n'a rien d'héroïque ! C'est lâche !
- La lâcheté est l'inverse de l'ambition, ça ne m'étonne pas que tu ne saches pas faire la différence, répliqua Albus, en reculant toutefois.
- De l'ambition ?, releva James, hors de lui. Mais quelle ambition ? Les Zigaro te demandent de tuer une fille, tu le fais. Ils te donnent trois noms, tu en choisis une, sans réfléchir.
- Si j'ai réfléchis. Sally-Ann et Serena me seront plus utiles vivantes, Natasha m'était plus utile morte.
Cette fois-ci Harry n'hésita pas et brandit sa baguette en direction de James, l'empêchant ainsi de se ruer sur Albus.
- La vérité finira par se savoir, lâcha le père en regardant ses deux fils comme s'il ne les avait jamais vus auparavant. Natasha sera alors libre de porter plainte contre toi, Albus. Quant à toi, James... Je te ne te demanderai pas de l'influencer mais...
- Je ne le ferai pas, coupa James. Je ne demanderai pas à Natasha d'épargner Albus. Elle fera ce qu'elle voudra, ce qu'elle croira juste.
- Si elle se réveille, nuança Albus avec un sourire sardonique.
Harry vit le corps de James frissonner. Il n'eut le temps d'ajouter le moindre mot, James avait déjà rejoint le chevet de Natasha.
- Tiens-toi tranquille Albus. Je vais trouver une solution, des cours avec un précepteur le temps que l'affaire se tasse. Elvis Zigaro et son frère viennent en aide aux adolescents qui... qui ont des problèmes. Tu les connais, tu t'entends bien avec eux, ils accepteront, ils ne peuvent rien me refuser.
- Bien papa. Je ferai ce que tu jugeras juste, promit Albus en réprimant un sourire.
- C'est bien, mon fils. Tu te tiendras tranquille maintenant, pas vrai ? Par Merlin, tu as l'avenir devant toi, un avenir radieux qui te tend les bras, sans que tu n'aies à fournir d'effort. Alors profites-en et tiens toi tranquille.
Albus hocha la tête, pressé de retrouver le calme de son dortoir.
Une heure plus tard, alors qu'il avait trouvé le sommeil facilement, une douleur aiguë le réveilla. La douleur irradiait son bras, si fort qu'il avait l'impression qu'on lui brûlait le poignet. Il retroussa sa manche et découvrit avec horreur qu'une plaie se dessinait au creux de son poignet. Une lettre. Un V. Le V de la victoire. Il esquissa un sourire. Avant de souffrir à nouveau. Deux nouvelles plaies. Un X par-dessus le V. Une croix symbolisant l'échec.
Il comprit que ce tatouage de fortune le marquerait à vie, que jamais il ne pourrait l'effacer, ni l'ôter de sa peau, de son être. Pour que jamais il n'oublie qu'il avait échoué, définitivement. Pour que jamais il n'oublie son dernier test, l'ultime, qui enterrait à tout jamais ses idées de grandeur.
Sooooo... Qu'avez-vous pensé de ce « dernier test d'Albus »? Soulagés du sort de Natasha ? Contents d'avoir retrouvé tout le monde, Athéna, Graziella, Gwenog, Malek, Amalthéa... ? Qu'espérez-vous pour la suite ? Elle ne devrait pas trop tarder, d'ailleurs, donc à bientôt !
