Salut !
Me revoilà après une longue absence, sans excuse mais avec quelques explications : Depuis janvier j'ai vraiment un boulot de dingue (le travail c'est la santé qu'ils disaient), mon ordinateur a mourru, et j'ai mis beaucoup de temps à récupérer mes données. Mais je les ai enfin et j'ai pu terminer de corriger ce chapitre plutôt court (comparé aux autres) et plutôt joyeux (si, si, c'est possible!)
Et comme ça fait mille ans que j'ai publié les chapitres précédents, voici un petit résumé des derniers évènements, en mode série télé américaine : « Dans les épisodes précédents : Déçus par le manque de talent d'Albus, les frères Zigaro lui demandent d'enlever Natasha, Sally-Ann Perks et Serena Velsen, et de choisir celle qu'il devra tuer. Albus choisit Natasha et l'attaque tout aussi lâchement que brutalement, avant que le corps de la jeune fille ne soit enterré dans la forêt interdite. James et ses amis partent à la recherche des trois filles, et les sauvent au terme d'une nuit effrayante dans les tréfonds de la forêt après avoir combattu des cyclopes, les frères Zigaro et une armée d'élèves de Poudlard ensorcelés par le W tatoué sur leur corps. Zigaro père efface la mémoire de la petite bande mais Gwenog Kubrick et Jasper Leitrim, les sans-nombril n'ont pas perdu la leur. Gwenog raconte tout à Amalthéa Delanikas qui prend la décision de tout répéter à James. Pendant ce temps, Natasha lutte entre la vie et la mort et Albus vogue d'échec en échec. Fraichement revenue à Poudlard après quelques années en Amérique, Juliet Hawkes reçoit une lettre signée des plus vieux amis de James, Elliott Findlay et Trisha Xoilisdazer qui les invitent, James et elle, à une rencontre secrète qui ne laisse rien présager de bon. Natasha finit par se réveiller, et apprend tout de ce qui s'est passé lors de la fameuse nuit et de tout ce qu'elle a raté pendant son sommeil, James qui l'a veillée et Rose qui sort avec Timothée Bergson. Un bal va être organisé par les irlandais présents à Poudlard et Natasha, avec un romantisme plus que relatif, invite James à être son cavalier...
C'est donc parti pour le fameux bal, première des nuits qui ponctueront ce trente-quatrième chapitre. Bonne lecture !
34. La nuit nous appartient
Janvier, première nuit
Je ne sais pas ce que je fais là, entouré de bruits et de couleurs. D'œillades inquisitrices. De murmures.
« Albus Potter n'a pas de cavalière »
« Albus Potter est seul »
« Albus Potter s'est disputé avec ses amis »
« Albus Potter est fâché avec son frère »
Tu es là, à quelques mètres de moi, entouré des tiens, riant avec chacun d'entre eux. Tes amis. Ta famille. Je te regarde et tu ne me vois pas. Tu ne me vois plus.
Ce sont eux que tu regardes, eux et tous ces élèves qui s'approchent de toi, te saluent, s'attardent pour échanger quelques mots. Tu multiplies les attentions, les sourires. Je ne t'ai jamais vu aussi heureux.
Et pourtant tu les quittes sans une once d'hésitation dès qu'elle t'amène vers la piste de danse. Tu as posé une main sur ses hanches. La seconde trouve sa place au creux de son dos, comme pour la retenir. Inutile. Ses mains à elles se sont jointes derrière ta nuque, trois de ses doigts jouent avec tes cheveux, elle a rivé ses yeux aux tiens et te sourit d'une douceur inédite. Une douceur qui tranche tant avec la dureté dont elle a fait preuve avec moi.
Je vous regarde danser et la peau de mes pommettes me brûle. L'hématome est une caresse douloureuse. Permanente.
Je lui ai dit que je l'aimais. Je lui ai dit « depuis que je t'ai tuée, je ne cesse de penser à toi ». Je lui ai dit « je vais changer, je peux changer si tu veux ». Sa réponse a brûlé ma joue. Une gifle, encore. Je repense à ce jour où elle avait pris ta défense en giflant notre père, en me frappant également. Une gifle, déjà.
Celle de ce matin était plus forte, plus vive. Si forte, si vive, que ses ongles courts ont déchiré la peau de ma joue. Notre cousine hésitait à la retenir. Elle ne l'a pas fait. Alors elle a levé son poing et l'a écrasé contre mon œil gauche. Je l'ai repoussée. C'est ce qu'elle voulait. Je jure que c'est ce qu'elle voulait. Sa tête a cogné contre le mur derrière elle. Ça l'a fait rire. Elle m'a traité de mauviette. Elle a dit « ce n'est pas étonnant que tu sois si mauvais batteur, tu n'as aucune force en toi ». J'ai cru qu'elle trouvait la situation excitante. J'ai dit « va-t'en Rose, laisse-nous. »
Ma voix était froide. Ça n'a pas plu à Natasha. Elle s'est approchée de moi, menaçante. J'ai souri. J'aime quand elle me menace. J'aime quand elle est furieuse. Elle a dit « ne parle plus jamais à Rose sur ce ton ». Et elle m'a frappé. Un coup de tête dans mon nez qui s'est cassé. J'avais du sang partout. Je le retenais avec mes mains mais il coulait.
Je lui ai dit « j'aime quand tu fais ça, je t'aime encore plus quand tu fais ça ». Rose a retenu le bras de Natasha et elle a dit « ce n'est pas de l'amour, c'est de la fascination morbide » Elle a ajouté que j'étais malade, que je devais me faire soigner. Mais je sais, moi, que Natasha et moi avons tout à nous apporter l'un l'autre. Elle me rendrait meilleur, je lui donnerai une vie rêvée. Le vrai fils du Survivant, une porte d'entrée vers tous les possibles. Une vie dorée, une vie facile. Rose a dit « Allons retrouver James ». Elle a entraîné Natasha et j'avais tellement de sang sur le visage que je ne l'ai pas vue revenir vers moi. J'ai senti son genou frapper mes parties intimes. Je suis tombé, jamais je n'avais eu aussi mal. Elle a dit « James est fort et sincère. Je l'aime autant que je te méprise. » Et elle est partie.
Son dernier coup m'a plu. J'y ai repensé pendant des heures en souriant. Une tension telle que j'avais envie de la surprendre dans les vestiaires, de la prendre sous la douche.
Mais Nalani Jordan m'a fermé la porte au nez. Natasha voulait jouer le match, faisant fi des interdictions des médecins, des supplications de ses parents. Elle a fusionné avec son binôme, aidé sa capitaine à enchaîner les buts, défendu son gardien contre l'envahisseur vert et argent. Son caractère est à l'image de sa batte. Dur et obstiné. Il ne rompt pas. Il frappe. Sa personnalité est à l'image des cognards. Résistante et téméraire. Ses coéquipiers la protégeaient dès que je m'approchais d'elle. Elle rejetait tous ses cognards vers moi. Et lorsqu'elle m'a fait tomber, personne n'est venu m'aider. Ils ont gagné. Et tu n'en finissais plus de l'applaudir, de féliciter ses ballets aériens, sa grâce, son élégance.
Je lui ai dit « j'aime quand tu frappes ». Nalani Jordan s'est glissée entre nous, a retenu le bras de Natasha et m'a dit « ravale tes regards lubriques avant que je te pète le nez à ma façon. Et cette fois l'infirmière ne pourra rien pour toi. »
Et puis elles se sont tournées. Vers toi. Elles se sont glissées dans tes bras. D'abord Nalani Jordan, fortement, brièvement. Puis elle, Natasha. Plus doucement, plus longtemps.
Un peu comme maintenant, alors que vous enchaînez les danses sans vous quitter des yeux. Les élèves passent près de moi, je les entends parler de vous, dire « enfin ! », ils attendent votre premier baiser public, officiel, font des paris. Les filles sont heureuses, il y en a même qui pleurent de joie, sauf celles dont les traits sont déformés par la jalousie, celles qui insultent Natasha, ou encore celles qui lui préféraient Lysa Ferton.
Je détourne les yeux de toi pour regarder ton ex-petite-amie. Elle rit, elle aussi, elle rit avec Nathaniel Harper, Ben Jagger et Hadiya Zabini. Elle rit et transpire la joie de vivre. A Juliet Hawkes qui l'a prévenue qu'elle n'avait pas intérêt à s'immiscer entre Natasha et toi, Lysa Ferton a simplement répondu, d'une franchise désarmante « nous ne nous sommes jamais caché que nous aimions quelqu'un d'autre. James est mon ami. Il le restera à tout jamais. »
Alors lorsque Natasha te montre Rose d'un signe de tête et part la rejoindre en t'affublant d'un sourire timide, tu t'approches de ma table, passes devant moi et t'arrête à leur niveau. Tu acceptes l'accolade virile de Nathaniel Harper, tu complimentes Hadiya Zabini qui a posé sa main sur ton bras et tu échanges quelques mots avec Lysa Ferton et Ben Jagger. Vous partagez un rire sincère et éclatant. Nathaniel Harper est fier de lui, il a encore dû balancer une blague sur le fait que les réunions des trois meilleurs élèves sont trop compliquées et barbantes pour lui. Quelque chose dans ce goût-là. Je ne comprends pas son humour. Mais tout le monde le trouve drôle et rit de ses blagues. Toi y compris.
Toi, toujours, parmi cette masse. Toi faisant partie de cette masse. Toi qui as toujours voulu graviter parmi eux, moi qui ai toujours voulu les dominer et régner.
Tes désirs étaient plus à ta portée que mes ambitions ne l'étaient pour moi. Tu as réussi et j'ai échoué. Tu es heureux et je ne suis rien.
Je ne sais plus qui j'étais, je ne sais plus qui je suis. Je ne sais surtout pas ce que je vais devenir. Je n'oublierai jamais mes rêves de grandeur, mes ambitions, mes objectifs. Je n'atteindrai jamais ce sommet dont j'ai tant rêvé. Dont je rêverai toujours.
Quand nous nous sommes croisés, moi nettoyant la boue sur mes chaussures, toi courant dans les flaques avec tes amis, tu m'as dit « parle, Albus. Parle aux parents, aux professeurs, à un psychomage, peut-être. Vide ton sac. Ecris tout ce que tu as sur le cœur sur du parchemin et jette-le au feu. Fais table rase du passé. Choisis-toi de nouveaux objectifs. Tu peux devenir un héros. Sain et respectable. Un Auror, par exemple. »
Je me sentais seul. Personne n'était venu me féliciter, personne n'était venu me réconforter. Roxanne embrassait Jalil, mes amis étaient devenus leurs amis. Il y' avait bien Higgs, Bergson et Acteriez. Mais ils entouraient Scorpius et ne me regardaient pas. Et Shania Zabini qui attendait de féliciter sa sœur. Mais lorsque je me suis approchée d'elle, elle a balancé un grand coup de pied et je me suis retrouvé recouvert de fange.
Il y' a bien encore quelques élèves qui me suivent, qui m'adulent. Qui adulent celui que je faisais semblant d'être. Et toi, le seul qui m'ait toujours aimé malgré moi.
Alors je t'ai dit « Je veux bien parler. Je te ferai même l'honneur d'être celui qui m'écoutera. » Je t'ai dit ça et j'avais l'impression d'être à nouveau en mode « face ». Celui du mépris, de la manipulation, de la malveillance. Le mode que je préfère. Tes copains ne disaient rien. Mael Thomas n'a pas cherché à se glisser entre nous. Il n'en a pas eu besoin. Tu as fermé les yeux et tu as dit « Pas moi, Albus. Moi je ne peux plus. Moi je ne veux plus t'écouter. »
J'ai compris que pour la première fois tu les aimais plus que moi. Tu aimais Natasha plus que moi. J'ai compris que tu ne m'aimais plus comme avant. Que tu ne me pardonnerais pas facilement de m'en être pris aux tiens, à tes proches. A ceux que tu aimes désormais plus que moi.
Je me lève et m'apprête à quitter la table lorsque Pepper Warwick et Clifford de Woodcroft se dressent devant moi. Des Serpentard. Tes amis, pourtant, toi le lion épris des aigles, défenseur des blaireaux, protecteur des serpents.
- Où tu crois aller comme ça, Potter ?
- Je n'ai aucun compte à te rendre, Warwick.
- Je te conseille de mieux parler à ma copine. Tu t'excuses. Tout de suite. Et tu te rassois ici. Tu ne partiras que lorsque nous l'aurons décidé. C'était ça le marché, tu te souviens ?
- J'avais envie de venir mais j'ai changé d'avis.
- Peu importe. C'est fini le temps où tu faisais tout ce que tu voulais sans te soucier des autres.
Une surveillance rapprochée comme punition. Une plaie sur le bras de l'un, une jambe boiteuse pour l'autre. Comme Natasha, comme toi, tes amis portent les vestiges de cette folle nuit d'hiver, les assument, les regardent pour ne pas oublier. Le froid, la peur, le mal. Et ma culpabilité.
Ils n'ignorent rien. Pas plus qu'elle et toi. Vous tous savez que je m'en suis pris à elle, que je l'ai tuée, que j'ai regardé son corps disparaître sous la terre humide de la forêt interdite.
Tu l'as sauvée. Vous l'avez sauvée. Natasha s'est relevée. Comme pour créer un lien indéfectible entre elle et moi. Moi le serpent qui plante mon venin en elle. Elle le phénix qui renaît de ses cendres.
Dès qu'elle me croise, Rose me dit « tu as de la chance que Natasha ne porte pas plainte. Tu ne mérites pas cette chance. »
Nalani Jordan, Alice Londubat et Susie Finigan sont des grandes sœurs, elles imaginent leurs petits frères à ma place, s'imaginent à ta place. Elles disent « fais-toi aider ». Mais les héros ne se font pas aider. Les héros ne se font pas soigner.
« Tu n'es pas un héros. Tu n'as jamais été un héros. Tu ne seras jamais un héros. »
Scorpius Malefoy, sa voix, ces mots qu'il répète depuis des jours en me suivant dans les couloirs. Ces mots, il les écrit sur le miroir de notre salle de bains. Ces mots, il les a collés avec de la glu perpétuelle tout autour de mon lit. Ces mots sont luminescents, phosphorescents. Je n'ai pas cherché à les enlever, je sais que je n'y arriverai pas, Scorpius est un bon élève, il m'a piégé. Il me piège sans cesse.
Le voilà qui délaisse ses amis et marche vers nous, vers moi, vers tes amis de Serpentard qui m'entourent, me gardent. Tu n'y es pour rien. Tu ne le sais même pas. Tu ignores que Scorpius leur a proposé ce marché, celui de me surveiller.
Scorpius passe devant moi sans m'offrir la moindre attention et s'adresse à tes amis vert et argent, Pepper Warwick, Vincent Goyle et Clifford de Woodcroft.
- L'insignifiant a été sage ?
- Moyennement, répond de Woodcroft en haussant les épaules. Il regarde James avec des éclairs et il veut partir.
- Qu'il parte, répond Scorpius avec nonchalance. Il ne manquera à personne, ajoute-t-il avec dédain.
Lui aussi s'en va, je le vois murmurer quelques mots à Juliet Hawkes et quitter la Grande Salle.
Les accolades s'enchaînent et te voilà au milieu de la piste, entouré de Louis, Mael, Oscar et Clifford. Vous dansez mal mais tout le monde sourit. J'entends que votre amitié est belle, rare. Mes amis sont loin, s'amusent sans moi. Mes amis ne sont plus mes amis. Mes amis n'ont jamais été mes amis.
Adossée à la porte, prenant un peu d'air frais, Natasha est seule. Je vois Rose qui approche du bar, Nalani Jordan qui me surveille du coin de l'œil avancer vers cette fille que nous aimons tous les deux, différemment.
Tu l'aimes depuis des années, elle ne m'attire que depuis que je l'ai tuée. Tu la trouves belle, intelligente, tu t'accommodes de son caractère, tu vénères sa personnalité. Je n'aime rien de tout ça. J'aime qu'elle me résiste, j'aime l'avoir tuée, j'aime qu'elle ait ressuscité. Ça me donne encore plus envie de la tuer.
Je m'arrête à un mètre d'elle. Elle m'aperçoit mais m'ignore, ses yeux rivés sur votre danse virile débile. Elle sait que je suis là, mais c'est quand même à toi qu'elle sourit.
- Tu préfères danser ou aller dans le parc ? J'ai les clefs du vestiaire si tu préfères quelque chose de plus sportif qu'une danse.
Elle tique. Elle sourit un peu moins. Je sens que je ne tarderai pas à remporter la partie et j'aime ça. Je l'apostrophe à nouveau.
- On peut aller dans la salle commune ou dans mon dortoir, aussi. Tu aimeras sans doute te donner à moi contre la statue de Merlin ou la cheminée prestigieuse…
Le verre vide se brise dans sa main. Ceux que Rose portaient tombent à ses pieds. Nalani accourt, rapide, furieuse. Mais tu es plus vif qu'elle. Natasha s'accroche à toi, ses bras se nouent contre ton tronc avec évidence. Jamais tu ne m'as regardé ainsi. Jamais.
- Ne t'approche plus jamais d'elle.
- Sinon ?
Tu ne réponds pas. Tu n'en as pas besoin. Tes amis ont rappliqué, solidaires, prêts à tout pour toi. Ils ne bougent pas, ne disent rien. Pas plus que toi. Tu me tournes le dos, Natasha se mouvant à tes côtés comme si vous n'aviez pas besoin de mots pour vous comprendre. Tu pars loin de moi et tes amis s'éloignent aussi, dansent, boivent, discutent et rient. Ils savent qu'ils n'auront plus besoin de se tenir prêts, de revenir, de protéger Natasha. Les couples se font, les amitiés se déploient, se retrouvent, plus fortes que jamais. Tu es déjà loin. Natasha ouvre la porte sans lâcher ta main. A aucun moment tu ne te tournes vers moi. Tu n'en as pas besoin. Parce que ce soir, pour la première fois, c'est toi qui as gagné.
/
La fête battait son plein, la musique l'assourdissait légèrement, si bien qu'une fois les portes refermées, alors que le moindre son était étouffé par le bois épais et l'humidité du couloir, James raffermit sa prise sur Natasha, pour ne pas sombrer. Une seconde, puis deux. Pas davantage. Déjà son cœur se rappelait leurs danses et leurs sourires, le corps de Natasha contre le sien, ses yeux si beaux, si radieux.
Ils marchaient vers le parc sans parler. Elle n'avait pas lâché sa main, leurs doigts entrelacés sans tremblement, mais non sans émotion. Avec une simplicité qui continuait de l'étonner et de le rendre heureux.
Ils ralentirent le pas en croisant la route de quelques irlandais. Derrière eux, Daniel Redox souriait à James. La timidité s'était presque envolée, ils étaient simplement heureux de se voir, de se côtoyer, de vivre sous le même toit. Ils avaient encore beaucoup de choses à se dire. Mais pas ce soir, pas cette nuit.
Cette nuit n'appartenait qu'à eux, James et Natasha, enfin réunis, enfin ensemble, enfin seuls.
La nuit calme et douce les accueillit. Ils marquèrent un temps d'arrêt, subjugués par la beauté des lieux. Le lac paisible scintillait de mille feux, la forêt se dressait, impressionnante et mystérieuse, le parc s'étendait à perte de vue, leur promettant la plus romantique des ballades. James ancra son regard dans les perles vert sombre de Natasha. Leurs deux cœurs battaient à l'unisson, enfin.
/
Debout sur la colline adjacente à la forêt, Scorpius souriait. Contre ses jambes, Graziella et Athéna posaient leurs yeux pleins de sagesse sur le bonheur de James.
- Le jeune maître est si heures !, s'enthousiasma Graziella en frottant sa tête contre la main de Scorpius.
- C'est mon frère, souffla Scorpius. Nous sommes tous heureux pour lui.
- Tu as dit qu'il a enfin le livre ?, l'apostropha une jeune femme d'une voix froide.
Amalthéa Delanikas effrayait encore un peu Scorpius. Mais la jeune fille regardait James avec beaucoup de tendresse et ne pouvait se retenir de sourire.
- C'est elle, Natasha, qui lui a parlé du livre, expliqua Scorpius. Elle l'a découvert en faisant ses recherches sur Memento Mori. James s'est alors souvenu que je lui avais conseillé de lire ce livre.
- Il l'a lu ?
- Oui. On en a parlé hier, et James m'a proposé que nous en reparlions ce week-end, tranquillement.
- Refuse. Tu dois l'éviter pendant quelques temps. Le vieux James a peur nous allions trop vite.
- Je sais. James n'est pas bête, il fera vite le rapprochement avec Blaise. Avec nous tous.
Le regret dans sa voix était palpable. Graziella se colla un peu plus à lui, pour le réconforter. Non loin d'eux Athéna se dressait, pour mieux observer son jeune maître. Amalthéa posa une main sur l'épaule de Scorpius.
- Son anniversaire approche. Laissons-le profiter de quelques mois de calme et de bonheur. Les Zigaro se tiennent tranquille, l'échec cuisant de cette nuit terrible dans la forêt interdite les oblige à se méfier de tout, à commencer par les Aurors.
- Albus Potter ne partage pas ton avis, réfuta Scorpius, ennuyé. Son père lui a proposé de suivre des cours, cet été, avec Elvis Zigaro.
Le ton de Scorpius laissait entendre son scepticisme.
- On dirait presque que ça te déçois, remarqua Amalthéa.
- C'est un grand homme. Un mauvais père, mais un grand homme.
Amalthéa ne trouva rien à redire. Dans la fraîcheur de la nuit noire, la musique du bal se laissait entendre, étouffée par les murs denses et protecteur du château.
/
James et Natasha avaient pris le chemin de la forêt interdite sans se concerter, accélérant légèrement pour lutter contre la fraîcheur qui les saisissait par à-coups.
- Tu as froid ?, s'inquiéta James en sentant les frissons de Natasha. Tu veux qu'on rentre ? Tu veux ma veste ?
- Tout va bien, murmura-t-elle, se rapprochant de lui.
Elle passa un bras dans son dos et il remonta le sien sur les épaules nues de la jeune fille. Ainsi écartés du château, seules les étoiles et la lune éclairaient leur chemin. Ils ne pouvaient s'empêcher de lever leurs yeux vers elles, émerveillés. Une étoile en particulier semblait ne briller que pour eux. Natasha observa sa position, non loin de la constellation d'Orion et de celle de la Licorne.
- C'est Canis Major, murmura James en s'arrêtant.
Il ferma l'œil gauche, rapprocha leurs deux visages et leva l'index très haut, pour dessiner quelques traits.
- La constellation du grand chien, acquiesça Natasha. Et quelle est cette étoile qui brille plus fort que les autres ?
- L'Alpha Canis Major. Une étoile blanche. On dit que c'est l'étoile la plus brillante du ciel après le soleil. On l'appelle également l'étoile Sirius.
Natasha hocha la tête, lui offrant un timide sourire. Elle ne voulait pas que cette étoile remémore à James de mauvais souvenirs. Elle ne voulait pas, en cet instant, qu'il songe à son père et ces prénoms trop lourds à porter qu'il lui avait donné. Elle se rapprocha de lui, mêlant la buée qui s'échappait de leurs bouches.
- Tu es sûre que tu n'as pas froid ?, s'enquit James en la sentant frissonner.
La jeune fille le rassura d'un sourire, avant de se blottir contre lui, le visage contre son torse, son corps rapidement entouré par les bras de James. Elle aurait pu lui avouer la vérité, lui dire qu'elle ne ressentait nullement le froid, que ses frissons ne lui venaient que de James et de ce bonheur qu'il lui communiquait quand il la regardait si tendrement. Mais elle préféra lever doucement les yeux vers lui, passer une main contre sa nuque et l'attirer doucement vers elle. Elle attendit que leurs lèvres ne soient séparées que d'un soupir avant de murmurer « je t'aime James ».
Le bonheur saisit James à mesure que les lèvres de Natasha s'écrasaient contre les siennes. Le bonheur s'insufflait en lui, chassant la peur et la douleur. Il la serra un peu plus contre lui sans interrompre leur baiser. Autour d'eux le bruit et les gens n'existaient plus. La constellation du chien brillait de mille feux. L'étoile Sirius veillait sur eux. La nuit leur appartenait, enfin.
ooOOoo
Février, seconde nuit
Un mois avait passé. Un mois heureux, et mouvementée. La veille, James avait quitté son dortoir discrètement, au beau milieu de la nuit, pour se rendre en haut d'une des plus hautes tours de Poudlard, où un Griffon nommé Zonzon avait déposé une fille tout de cuir vêtue et un garçon aux oreilles proéminentes.
Durant une heure, Trisha, Eliott, Daniel, James et Juliet avaient beaucoup parlé, bougeant leurs corps au maximum, pour ne pas se laisser saisir par le froid. Daniel avait proposé de descendre d'un étage, de trouver refuge dans une salle, loin du vent d'hiver. Eliott, dont les imposantes oreilles semblaient givrer, avait paru tenté. Mais Trisha s'y était opposée. C'était surtout elle qui avait parlé, d'un tatouage en forme de W que Daniel, James et Juliet devaient poursuivre à travers Poudlard.
« Plusieurs élèves sont tatoués. La même lettre, à des endroits différents. Trouvez-les. Sinon il ne sert à rien d'espérer nous revoir.
- Combien ?, avait osé demander James.
- Tu ne veux pas que je te donne leurs noms aussi ?, avait raillé Trisha. Trouve-les. Mémorise leur nom et qui ils sont. Je te donne trois mois. »
James n'en avait pas dormi de la nuit. Ce n'était pas tant la mise en pratique de sa tâche qui l'inquiétait, il s'aiderait de la Carte du Maraudeur, suivrait Gwenog Kubrick et Jasper Leitrim, ferait le guet toutes les nuits s'il le fallait. Non, ce qui l'inquiétait vraiment c'était le résultat. Il avait peur du nombre, peur que les élèves tatoués soient nombreux, peur de ce qu'il adviendrait d'eux, après. Ils n'avaient sans doute pas été tatoués au hasard ni pour rien, les Zigaro voulaient les utiliser et James redoutait de savoir pourquoi. Tout autant qu'il redoutait la décision que prendrait Trisha à leur sujet. Il la connaissait si peu, au fond. Ils n'étaient plus ces gamins qui partageaient le même croissant et sautaient à pieds joints dans les flaques pour éclabousser Daniel et Eliott.
La première fois qu'ils s'étaient retrouvés en haut de la tour de la Dame Grise, James avait juste été profondément heureux de revoir ses anciens amis. La veille, il avait pris conscience du regard inflexible de Trisha, des cicatrices d'Eliott, de leurs vêtements d'aventuriers, de leurs corps rompus à l'effort. Trisha s'était montrée froide, sceptique à son sujet, lui prouvant définitivement qu'elle ne lui faisait pas confiance.
- C'est à toi de lui prouver qu'elle peut à nouveau te faire confiance, l'avait encouragé Juliet.
Mais James avait bien vu que Juliet n'était pas rassurée non plus, qu'elle aussi commençait à douter au moment de devoir donner des noms. « Et si Trisha leur fait du mal ? », semblait-elle demander à James muettement.
Assis à la table des lions, James oublia pourtant en un instant ses inquiétudes et leva les yeux comme un automate.
- Ma parole, James, t'as un radar ou quoi ?, s'amusa Nalani en enjambant le banc entre Mael et lui.
James esquissa un simple sourire, le regard toujours rivé sur l'entrée de la Grande Salle où Natasha marchait lentement vers lui, comme dans un rêve.
- Toujours pas trouvé le moyen de te coiffer, beau gosse ?, l'accosta-t-elle.
- Si, mais j'ai dû me résoudre à rester comme ça, j'avais peur que tu ne me reconnaisses plus.
- T'as bien fait, sourit Natasha en passant tendrement sa main dans les cheveux de son petit-ami. Rose m'a dit que tu t'étais disputé avec Fred.
Nalani, emprisonnée dans les bras de Maël, le sentit se tendre. Elle fronça les sourcils, se préparant au pire.
- Il a voulu voir le planning des entraînements, commença James, mal à l'aise.
- Il s'est énervé parce que tu fais moins de quinze entraînements par semaine ?, proposa Natasha. Parce que tu n'as pas encore réservé le terrain pour le mois de juin ?
- Euh… Non. Enfin, c'est un peu l'idée, mais…
- Mais ?
- Il… Il a vu qu'aucune équipe n'avait réservé le terrain samedi prochain. Il voulait qu'on saute sur l'occasion et…
- T'as pas changé d'avis, j'espère ?, coupa Mael, effrayé.
- Je lui ai dit non, affirma James. Et je ne changerai pas d'avis.
Voyant que Mael et Nalani approuvaient son ton catégorique avec un soulagement non dissimulé, Natasha fronça les sourcils.
- Attendez… Il se passe quoi samedi prochain ? Pourquoi on n'a pas réservé le terrain, nous, si personne ne l'a fait ? C'est le plan parfait le samedi, tout le monde est libre et…
- Tu ne le seras pas, ma grande. Parce que tu n'es plus « libre », justement, rigola Nalani.
Visiblement, Natasha ne voyait toujours pas où voulaient en venir ses amis et ce fut James qui se dévoua, non sans avoir ébouriffé ses cheveux avec gêne.
- C'est la saint-Valentin. Une sortie est programmée à Pré-Au-Lard.
- Oh…
Natasha, plutôt désinvolte au départ, préféra garder le silence quelques instants. Elle n'avait jamais aimé les fêtes commerciales, encore moins l'ambiance dégoulinante de mièvrerie de la saint Valentin. D'ordinaire, elle détestait se promener dans les couloirs ce jour-ci, car les élèves s'envoyaient des missives en forme de cupidon. Mais son cœur, qui s'emballait furieusement, lui fit prendre conscience d'une chose essentielle. Elle avait changé. En acceptant d'affronter ses peurs, de revendiquer ses sentiments pour James, elle avait rencontré le bonheur. Le bonheur simple de marcher aux côtés de James, de plaisanter, de rire avec lui. Le bonheur grisant d'être blottie dans ses bras. Le bonheur sans commune mesure de sentir la chaleur qu'il faisait naître en elle à chacun de ses baisers.
Elle reporta son attention sur lui. Il était gêné, et elle comprit aussitôt qu'il avait prévu quelque chose. L'amener à Pré-au-Lard, très certainement. Passer la journée entière ensemble. Seuls, peut-être. Un cadeau, aussi, sans doute.
- Tu… Tu as prévu un truc ? Pour nous deux, je veux dire.
- Oui. Mais si tu ne veux rien faire je comprendrai, ajouta précipitamment James.
- Non. Enfin, je veux dire, je ne veux pas ne rien faire. Je veux faire un truc. Avec toi. Ce que tu veux. Enfin, ce qui te ferait plaisir.
- Oh… Cool alors, souffla James, son visage s'illuminant. J'ai pensé qu'on pourrait passer la journée ensemble, tous les deux.
- Ok.
- Si j'ai bien observé les étoiles, il devrait faire beau. J'ai donc prévu un piquenique, sur cette prairie un peu éloignée du village. Pour qu'on soit tranquilles. Enfin, on peut aussi manger à…
- Ok.
- Super. Et… Je sais pas trop si tu vas être d'accord, mais...
- Je donne vraiment l'impression de le martyriser ou quoi ?, questionna-t-elle en se tournant vers leurs amis.
- Oui ! répondirent-ils à l'unisson. En même temps, il n'a pas tort, tu vas peut-être pas aimer l'idée, grimaça Mael, malicieux. T'es pas habituée comme nous à prendre des risques…
- Qu'est-ce que tu as encore inventé ?, demanda Natasha à son petit-ami, amusée.
- Les « Hypo Sortent Leurs Griffes » donnent un concert. Sur une île, pas loin d'ici. C'est un peu… illégal, en fait. Mais comme je sais que tu les aimes bien…
- Ne me dis pas qu'on va y aller !, s'exclama Natasha.
- On risque pas d'y aller si tu le cries sur tous les toits, la calma Nalani en regardant autour d'eux.
- Oui on y va, confirma James. Avec Rose et Tim. Et Mael et Nalani. Et Oscar et Susie. Et Juliet. Y aura sans doute Keith, Solenne et Keanu, aussi. Et…
- Ouais, en fait tu y vas avec tes potes et il te restait une place pour moi…
- Pas pour toi, non. Je l'ai proposée à des dizaines de filles mais…
Elle se jeta sur lui et le fit taire d'un baiser. Qui dura, au sifflement appréciatif de Mael, un peu plus longtemps que la bienséance ne l'aurait voulu.
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Le matin de la St Valentin vit se réveiller des adolescents fébriles, hâtifs, aux mains moites, au regard tremblant. Les célibataires clamaient haut et fort se moquer de cette fête commerciale destinée à renflouer les caisses de madame Piedodu, les amoureux s'échangeaient des roses, des petits paquets, des bijoux plus ou moins onéreux, les amis se soutenaient, se souriaient et les professeurs soupiraient, déjà pressés de voir arriver le lendemain.
Ce manège automatisé qui ne variait guère d'année en année n'effleura nullement l'esprit de James, vêtu de sa plus belle chemise et d'une cape neuve qu'il avait commandée dans une boutique parisienne après avoir entendu Natasha prétendre qu'il n'y avait pas plus chic qu'un français. Assis à la table des lions, son petit déjeuner frugal refroidissant devant lui, James avait les yeux rivés sur le plafond magique de la Grande Salle et le ciel qu'il laissait voir, menaçant.
James n'avait que peu dormi cette nuit-là, quelques dizaines de minutes par à-coups, quand le sommeil l'emportait sur l'angoisse, avant que l'adrénaline ne le réveille à nouveau, l'image d'une Natasha souriante l'accompagnant pour son plus grand bonheur.
Depuis qu'ils étaient ensemble, officiellement, à temps plein, sans qu'un dragon, un frère Zigaro ou une salamandre ne vienne les séparer, James avait l'impression de vivre en plein rêve, de nager dans une eau turquoise, de côtoyer le soleil sans se brûler.
Il n'en oubliait pas pour autant la promesse faite à Trisha et retrouvait Juliet trois soirs par semaine pour poursuivre leur investigation. James avait hésité à en parler à ses meilleurs amis et Juliet lui avait rappelé qu'ils avaient promis de garder le secret. « Plus tard », avait-elle promis.
Trisha et Eliott avaient seulement accepté que Scorpius soit mis au courant, mais malgré plusieurs tentatives James faisait face à un mur. « Plus tard », lui avait-il également promis avant même que James n'ouvre la bouche. Son petit frère de cœur refusait depuis de lui parler et même de se retrouver seul avec lui mais le rassurait à sa manière, avec nombre de sourires énigmatiques et vaguement moqueurs. James avait confiance en Scorpius, aussi il acceptait d'attendre, préférant profiter des quelques mois qui le séparaient de la majorité en sachant pertinemment que Scorpius, Trisha, Amalthéa et même Blaise Zabini reviendraient vers lui au moment qu'ils jugeraient opportun.
Oui, James profitait. Du temps passé avec ceux qu'il chérissait, de la pluie dont il protégeait Natasha en la serrant dans ses bras, du soleil qui leur offrait de délicieux moments de quiétude dans le parc, des jeudis après-midi où aucun membre de l'équipe n'avait cours et où ils partageaient des entraînements constructifs dans la bonne humeur, des blagues de Nalani, de la douceur de Susie, de la présence de Juliet, du sourire de Mael, de la tendresse maladroite de Rose et des baisers de Natasha.
James n'avait pas vu arriver la Saint Valentin, n'avait pas eu le temps d'anticiper ce bonheur qui s'insufflait en lui jour après jour. Le sursaut de lucidité lui était venu d'Oscar qui, les mains moites et le regard perdu, avait sollicité l'aide de ses amis pour trouver le cadeau parfait pour Susie. Percevant l'excitation et la détresse mêlées de ses amis, Juliet avait proposé cette sortie à Pré-Au-Lard et cette soirée follement interdite sur une petite île Ecossaise. Ceux qui parmi eux étaient majeurs devaient s'y rendre en magicobus et réserver les places pour les plus jeunes, qui les rejoindraient en balai. L'idée de passer la première Saint-Valentin qui comptait vraiment à leurs yeux tous ensemble les rassurait. Tous. C'est pourquoi chacun avait accepté sans aucune forme d'hésitation.
James n'avait pas eu le temps d'y réfléchir davantage, encore moins d'imaginer ce moment des nuits durant. A peine parvenait-il à réaliser qu'il était devenu le petit-ami de Natasha. Et pourtant, tout avait changé.
Le temps les rapprochait, chaque jour un peu plus. Les révisions partagées dans la chaleur de la bibliothèque et sur l'épaisse poudreuse qui résistait au vent, à l'orée de la forêt interdite. Les batailles de boules de neige, les chatouilles au milieu des feuilles mortes, les baisers volés au milieu des branches. Les courses-poursuites dans la forêt, et Natasha qui gagnait à chaque fois. Son fou-rire erratique et les gouttes de sueur qui perlaient sur ses tempes.
Et quand ils n'étaient pas ensemble, ils s'attendaient. Empruntaient les mêmes couloirs pour mieux s'y croiser. Se levaient tôt, pour se retrouver plus vite. Se couchaient tard, pour repousser ces nuits qui les séparaient.
Entre deux baisers, Natasha lui avait avoué connaître son emploi du temps par cœur. Il lui avait répondu, non sans sourire à s'en décrocher la mâchoire, que si elle sortait rapidement de son cours de Métamorphoses et lui de son cours de Botanique, ils pouvaient passer huit minutes ensemble près de la gargouille de Rhum le Borgne. Il avait compté, c'était possible. Ils pouvaient même grappiller quelques secondes supplémentaires si elle descendait l'escalier ouest et si lui empruntait ce passage secret, au-dessus des cuisines. La gêne avait envahi les joues de James. Brièvement. Avant que le rire de Natasha chasse la honte, le malaise, cette envie folle de trouver les bons mots et cette impression bouleversante de ne jamais les trouver. Le lendemain matin, Natasha était venue. Elle l'avait même attendu. Ils s'étaient embrassés durant huit minutes et vingt-neuf secondes, près de la gargouille de Rhum le Borgne.
Le bonheur qu'il ressentait, il n'essayait pas de l'expliquer, de le raconter. Et rares étaient ceux qui lui posaient des questions. Ceux qui ne le connaissaient pas, ceux qui essayaient de vendre des nouvelles rumeurs à la Gazette du Sorcier. Mais ses proches, ses amis, et même ses cousins et cousines ne le questionnaient pas. Ils n'en avaient pas besoin. Le sourire de James répondait aux questions avant que celles-ci n'éclosent.
Le bonheur était là, tout autour de lui, au milieu des rires de ses amis. Le bonheur était là, juste devant la porte de la Grande Salle, né sur les lèvres de la Serdaigle la plus ravissante à ses yeux, qui ne souriait qu'à lui.
- Rassure-moi, tu as lu dans les étoiles que le ciel allait se dégager ?
Les yeux de Natasha, d'un vert aussi expressif que lumineux, possédaient cet éclat qui envoûtait James, cet éclat né de leur relation, cet éclat qui semblait vibrer quand il s'approchait d'elle, cet éclat qui vacillait lorsqu'il s'éloignait d'elle. Cet éclat le chambrait, le taquinait en permanence. Cet éclat était accompagné d'autres nouveautés. Lorsqu'ils s'embrassaient, le soir, elle le mordillait, témoignant d'une possessivité qui l'attendrissait. Lorsqu'il entrait dans son jeu, la taquinant à son tour, elle lui pinçait la hanche. Un automatisme auquel elle ne prêtait sans doute grande intention. Un automatisme qui était devenu nécessaire à James, comme tous ces petits détails de leur vie amoureuse qui étaient tout simplement devenus sa drogue.
James se redressa, pressé, déjà, de retrouver les lèvres de Natasha. Elle se radoucit contre lui, mais il pouvait voir qu'elle était nerveuse.
- Tu sais, c'est un jour ordinaire, lui dit-il pour l'apaiser. On n'a pas besoin de fête spéciale pour, tu sais, célébrer le fait que tu fasses de moi l'homme le plus heureux du monde. On peut choisir la sainte-Hélène, ou l'anniversaire de Dumbledore, ou tous les jours de l'année.
Au début de leur relation, il s'était trouvé un peu bête, vaguement crétin, d'être aussi mielleux. Surtout avec elle, la batteuse sexy et redoutable. Elle l'avait vite rassuré, force de sourires attendris et de ses mains qu'elle laissait se balader dans la tignasse ébouriffée de James. Comme chaque jour il ferma les yeux en sentant les frissons traverser son corps.
- Ce n'est qu'un jour de plus vers notre mariage, ajouta-t-il d'un murmure.
Il l'attendait, ce rire. Il l'attendait, cette étreinte. Il la serrait si fort. Et pourtant, elle le serrait encore plus fort.
- Je me fiche qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, souffla Natasha contre son cœur. Je me fiche des autres jours de l'année, pourvu que je sois avec toi. Mais je ne me fiche pas de ce jour. C'est… C'est notre première sainte-Valentin. Et je sais que ce sera parfait, quoi qu'on fasse parce que… quoi qu'on fasse, on le fera ensemble.
/
Blaise n'avait jamais aimé se promener. L'idée même de marcher sans but, juste pour le plaisir, ne lui avait jamais effleuré l'esprit. La campagne l'ennuyait, les promenades ne l'avaient jamais attiré. Pas plus que l'idée de rester des heures à moitié nu sous un soleil de plomb ou de descendre des pistes enneigées sur ces planches étroites que les moldus appelaient des skis.
Blaise travaillait douze heures par jour sur des affaires judiciaires juteuses, gagnant des sommes folles qu'il dépensait en whisky.
Blaise n'était pas irréprochable. Blaise n'avait rien de respectable. Mais Blaise faisait des efforts. Pour changer, pour s'améliorer. Pour Haïdar, Shania et Hadiya. Et pour James.
- Alors, gamin, qu'est-ce qui t'amène ? Tu te fais du souci pour le vieil homme que je suis ?
- Non, grand-père. Je me fais du souci pour... pour moi.
Blaise était égoïste. Pire, il n'avait pas honte de l'être, de le reconnaître.
- Tu te dis que tu n'es pas assez bien pour le jeune James et tu penses à tes autres enfants. Tu te dis que ça serait bien de leur montrer un autre exemple que celui d'un homme qui s'enrichit du malheur des hommes et noie sa fortune dans des litres d'alcool.
- C'est... tout à fait ça, grand-père.
- Et tu crois qu'arpenter la lande va t'aider ?
- Je n'en sais rien. Mais c'est beau. Je ne m'étais jamais aperçu que le paysage puisse être si beau.
- C'est bien, gamin. C'est un bon début. Regarde autour de toi. Essaie de comprendre ce qui émerveille tes enfants, ce qui les fascine. Pour comprendre il faut que tu voies. Commence par ouvrir les yeux, par ouvrir tes sens. Le reste suivra. Suffit d'un peu de volonté. Et sois pas trop dur avec toi-même. Tu les aimes. Tu comprendras un jour que c'est le plus important.
Assis à la terrasse des Trois Balais, Blaise Zabini esquissa un sourire en se remémorant les conseils de son grand-père, le vieux James. Conseils qu'il mettait en pratique en ce jour de la Saint-Valentin. Ouvrir les yeux pour mieux surveiller ses filles, et pouvoir attaquer les garçons qui oseraient leur faire la cour. Ouvrir les yeux pour mieux apercevoir James, qui avançait vers lui sans le voir, sa main serrant celle de Natasha avec bonheur.
Hadiya et Shania lui avaient appris la bonne nouvelle dès le lendemain du bal, et Blaise s'était mis à prier Merlin pour que tout se passe bien, enfin, pour son fils. Le voir radieux et si bien entouré comblait le père aimant qui s'impatientait de se révéler enfin. « Six mois », songea-t-il. « Dans six mois James saura toute la vérité. »
En voyant la joyeuse bande envahir la terrasse où il s'était installé, Blaise détourna le regard dans le but de rester discret. En vain.
- Oh ! Bonjour monsieur Zabini !
Le souffle de Blaise se bloqua. La voix de James paraissait enjouée, comme s'il était sincèrement heureux de le croiser. Avec le peu de courage qu'il lui restait, Blaise se redressa, profondément heureux de rencontrer le sourire de James. Derrière le garçon, ses amis s'installaient, se disputant une chaise, commandant des litres et des litres de bièraubeurre.
- Ça fait plaisir de te voir si bien entouré, s'enthousiasma Blaise en s'accordant le droit de presser brièvement l'épaule de James.
- Ouais, souffla James, un brin gêné. Ça fait vraiment plaisir.
- Et avec la petite Kandinsky ?, demanda Blaise en jaugeant la jeune fille du regard.
- Tout se passe merveilleusement bien avec Natasha, avoua James, ses yeux pétillants. Elle me rend tellement heureux...
Il avait soupiré cette phrase avec ce que Blaise aurait qualifié de sourire niais s'il ne s'était pas agi de son fils.
- C'est bien mon garçon. Je suis heureux pour toi.
- Merci. Ça m'a fait plaisir de vous revoir, monsieur Zabini.
- Attends, James ! Je… Dis, tu saurais pas si Hadiya et Shania avaient un rendez-vous galant aujourd'hui ?
- Euh… Ce qu'elles font ne me regarde pas, monsieur Zabini. En fait je crois que ça ne regarde qu'elles.
Il y' avait beaucoup de douceur dans sa voix, Blaise sentait que James ne voulait pas le froisser ni lui manquer de respect. Mais la réponse de son fils ne le satisfaisait pas vraiment.
- Mais… Imaginons, si elles avaient été tes sœurs. Tu voudrais forcément t'assurer que les types qui…
- J'apprécie énormément vos filles, monsieur Zabini, mais permettez-moi d'insister, ce qu'elles font et avec qui elles le font, ne me regarde pas. Et si elles avaient été mes sœurs, et bien… J'ose croire que je vous aurais répondu exactement la même chose.
James afficha un ultime sourire poli et fit volteface, prêt à rejoindre ses amis. Soudain, pourtant, il s'immobilisa, revenant vers Blaise en regardant tout autour de lui.
- Bon, ça reste entre nous mais Shania est restée au château avec ses amis et Hadiya aussi. Elle a pris froid après le dernier match et elle voulait terminer ce devoir de Runes qui lui posait problème. Je ne crois pas qu'elles aient de petit-ami. Mais si c'était le cas… Je pense qu'il faudrait leur faire confiance. Et puis, même si je ne suis pas leur frère, je veillerai sur elles. J'vous le promets.
Surpris, Blaise ressentait l'envie folle de dire à James qu'il était fier de lui, qu'il l'aimait, que nul être sur terre n'aurait voulu de meilleur fils que lui. Mais Blaise n'en avait pas le droit. Pas tant que James était mineur. Alors il l'attira fortement vers lui, en une accolade aussi brève que virile.
- Ça reste entre nous, je te le promets James. Mes filles ont de la chance de t'avoir… On a tous de la chance de t'avoir.
Les yeux du garçon s'assombrirent soudain, faisant reculer Blaise qui s'attendait à ce que James soit gêné, pas à ce qu'il le fixe comme s'il ne l'avait jamais vu auparavant. Toute couleur quittait la peau du plus jeune.
- Ça ne va pas, mon garçon ?
- Vos yeux, souffla James. Mes yeux… Vous…
James s'interrompit, la bouche pourtant grande ouverte et le regard vitreux. Dans son dos, Natasha dut ressentir son chamboulement car elle se tourna vers lui vivement, l'air soucieux. Blaise retint son souffle les membres tremblants.
- Vous connaissez Tuan Mac Cairill ?, lui demanda alors James.
Le corps de Blaise s'était vidé de son air. Et de toute idée lumineuse.
- Ne me répondez pas, votre réaction me suffit, argua James. Et j'imagine que vous connaissez aussi Amalthéa Delanikas ?
Blaise inspira un bon coup, dos au mur.
- C'est… C'est exact. Amalthéa est ma nièce. Enfin, tout comme.
- Et si vous croisez un chien qui parle vous ferez quoi ?
- Je… Je lui parlerai de ceux que je connais déjà. Comme Athéna et Graziella.
- Je vois. Je sens que notre prochaine discussion sera passionnante, monsieur Zabini. On se voit toujours quand je serai majeur ?
- Oui, James. Et d'ici là… Essaie de ne pas trop penser à tout ça, ok ? Sois heureux. Tu l'as bien mérité.
James semblait dubitatif. Blaise comprit que son fils ne lui faisait plus vraiment confiance, comme si les trois dernières minutes avaient tout changé.
- Et Amalthéa ?, souffla James avec peine. Qu'a-t-elle fait pour mériter de perdre ses jambes ?
- Je… Rien, bien sûr. Personne ne mérite ça mais… Il est trop tôt pour te mettre au courant de…
- Je sais ce qui lui est arrivé. C'est Tom Zigaro qui lui a volé ses jambes. Quelqu'un me l'a dit. Et j'ai toute confiance en… cette personne.
Gwenog Kubrick, comprit Blaise. Mais il n'osa pas mentir à son fils, encore moins lui donner raison. Il était trop tôt pour cela. Beaucoup trop tôt.
- Elle est heureuse maintenant qu'elle est avec Malek Lespare, se contenta-t-il d'affirmer.
James tiqua, et Blaise se replongea dans ses souvenirs, datant du début de l'année.
Ce soir-là il avait rendu visite à son grand-père, le vieux James. Il pleuvait si fort que les nuages et les vagues semblaient ne faire qu'un. Amalthéa, pourtant, était étendue dans l'herbe. Blaise l'avait rejoint, s'étonnant de la voir grelotter. Et pleurer. La jeune fille était tombée, et sa baguette avait échoué un peu plus loin. Les chiens étaient à l'intérieur, auprès du vieux James. La jeune fille se refusait à crier pour qu'on lui vienne en aide. Ses jambes, mortes, reposaient dans une flaque.
- On a parlé, beaucoup. De toi, de Briseis, de…
- De Gwenog ?
Blaise hésita avant de se rendre à l'évidence. Son hésitation était déjà une affirmation en soi.
- Oui. Et de Malek Lespare. Amalthéa venait de perdre ses jambes et l'espoir l'avait quittée. Elle refusait de croire que la vie pouvait être belle, aussi. J'ai insisté. J'ai inventé. J'ai menti. Il n'était pas difficile de lui faire croire que j'avais croisé Malek Lespare au ministère. Même si nos métiers diffèrent, nous travaillons tous deux dans la justice.
James hocha la tête, déjà pressé d'entendre la suite.
- Je ne sais pas parler d'amour, avoua Blaise. Mais je suis bon orateur. Amalthéa s'est comportée comme un juge incorruptible. Ferme et difficile à convaincre. Mais... J'ai dû trouver les bons mots.
Blaise n'était pas peu fier de lui. Deux jours après avoir parlé à Amalthéa, il les croisait au Crépucsucle des fruits de mer, la main d'Amalthéa emprisonnée dans celle de Malek.
Cet acte n'avait rien de généreux. Blaise n'était pas un homme généreux. Mais il était prêt à devenir meilleur. Pour son fils.
Alors, lorsque James rejoignit ses amis et sa petite-amie, Blaise se fit la promesse d'à nouveau trouver les bons mots, en août prochain, lorsque James serait enfin majeur. Des mots doux, rassurants. Sans reproches, sans aigreur, sans rancœur. Des mots pleins de promesses. Ceux d'un homme prêt à devenir père.
/
L'ambiance électrisée du concert la prenait à la gorge. Elle avait beaucoup dansé, avec Timothée, Oscar, Susie et Nalani, ne s'était guère éloignée de James qui la dévorait du regard avec un sourire immense et elle avait bu beaucoup de bièraubeurre, peut-être un peu trop. La musique raisonnait fort, l'alcool lui faisait tourner la tête. Les bras de James l'emprisonnèrent, alors que la musique se faisait plus lente. Elle laissa son dos reposer contre le buste de son petit-ami, priant Merlin que la sueur qui perlait sur son corps ne le rebute pas.
Et Merlin dut entendre ses prières puisqu'une voix se fraya un chemin à travers le bruit et la musique, directement dans sa tête.
« Ça va ? »
Sa voix était souvent soucieuse, même sous forme animale. Il se montrait concerné, inquiet pour elle, conscient qu'elle porterait longtemps les maux de cette terrible nuit dans la forêt interdite. Il lui arrivait souvent de sentir son souffle se bloquer, l'angoisse s'emparait d'elle alors qu'elle imaginait son corps enterré dans la forêt interdite. Les entrainements les plus rudes la fatiguaient plus que d'ordinaire, signe que ses blessures n'étaient pas totalement guéries. Elle faisait des cauchemars. De plus en plus espacés mais qui la hantaient au point de ne pouvoir retrouver le sommeil.
James la serra plus fort encore. Natasha pensa à sa tête qui tournait, au bruit, à la moiteur ambiante. Aux rires, aux sourires de Rose et d'Irina, aux baisers de James et à sa façon bien à lui de danser, maladroite et dynamique, suffisamment pour que sa chemise s'ouvre sur un torse bien dessiné. Alors elle se concentra sur le Phénix qui devenait elle lorsqu'elle se transformait, pour lui répondre de la même façon, sans avoir à hurler pour se faire entendre malgré la musique.
« A merveille »
Un aveu, en partie. Oui, la vie de Natasha était merveilleuse depuis qu'ils étaient ensemble. James se montrait adorable, attentionné, drôle et rassurant. Les conversations qu'ils partageaient était passionnantes, ses yeux l'envoutaient, son corps la faisait rêver, ses bras étaient son refuge.
« On sort ? »
La proposition fit naître un sourire. Il n'avait pas besoin de mots pour la comprendre. Elle n'avait plus besoin ni envie d'expliquer, de décrire l'amour qu'elle lui portait. La science et les livres ne contenaient pas assez de vocabulaire ni d'équation pour définir ce qu'il représentait à ses yeux.
« Attends »
Il l'enveloppa dans son manteau, prétextant que la différence de température pourrait la rendre malade, qu'elle était encore en convalescence, qu'il était hors de question de prendre le moindre risque. Elle releva la manche gauche, pour continuer de contempler le fin bracelet d'argent qu'il lui avait offert plus tôt dans la journée, entre deux baisers au goût de chocolat chaud.
Ils marchèrent main dans la main jusqu'à la falaise, observant les vagues déchaînées et la lune qui se reflétait en elles. La main gauche de Natasha était aussi gelée que la main droite de James. Elles demeuraient pourtant liées.
- Bon, fit mine de résumer James, le repas aux chandelles, c'est fait.
- C'était un pique-nique, releva Natasha, amusée.
- Le chocolat chaud chez madame Pieddodu, aussi.
- On y est restés dix minutes, rappela Natasha en repensant aux journalistes qui s'étaient cachés dans le salon de thé pour les prendre en photo.
- Le cadeau et les fleurs, aussi.
Natasha acquiesça, son sourire radieux prouvant une nouvelle fois à James à quel point il lui avait fait plaisir.
- Les nuages ont quitté le ciel et la constellation du grand chien est juste là, au-dessus de nos têtes.
- Et l'étoile Sirius veille sur nous, approuva Natasha.
- Tout à fait. Je crois donc pouvoir affirmer n'avoir rien oublié, conclut James avec un ton faussement sérieux. A l'exception d'un détail, qui n'en est vraiment pas un à mes yeux. Je t'aime, Natasha.
Elle fondit dans ses bras, et scella leur amour d'un baiser passionné. Au loin, la musique leur parvenait, douce et agréable, comme les flocons de neige cotonneux qui tombaient du ciel où l'étoile Sirius semblait briller rien que pour eux.
La nuit leur appartenait, et seuls le ciel et les étoiles étaient témoins de leur amour.
ooOOoo
Mars, troisième nuit
« Rose,
Je dois te parler d'urgence. Tiens-toi en haut de la tour d'Astronomie ce soir, à minuit, et veille à être seule.
Ta mère. »
Ils étaient là tous les trois, l'entourant de leur sollicitude. Et Rose avait beau se répéter qu'ils étaient ceux qu'elle aimait le plus, ceux en qui elle avait le plus confiance, la lettre de sa mère l'angoissait.
- Je resterai avec toi, si tu veux, lui proposa Natasha. Dans l'escalier, pour qu'elle ne me voie pas, prête à surgir si besoin.
Rose fit non de la tête. Elle ne desserrait pas les dents, de peur que sa voix tremble. A ses pieds, la Gazette du jour exhibait sa une médisante.
« James Potter et Rose Weasley, les enfants rebelles de nos héros ».
Sous le titre en lettres épaisses, une photo peu élogieuse de Natasha, couverte de boue, essayant d'éviter un cognard et une seconde, Rose et Timothée enlacés derrière un arbre, leurs bouches et leurs mains scellées.
James et Natasha se regardaient, sachant tous deux qu'Hermione ne se déplaçait pas à Poudlard pour parler à Rose des examens qui arrivaient. Ses notes étaient brillantes, et seule sa relation avec Timothée pouvait inquiéter ses parents. S'étant glissé volontairement à l'écart du trio, le Serpentard fixait le bout de ses pieds, diaphane.
Natasha lança un ultime regard à James, suppliante, avant de prendre sa meilleure amie dans ses bras. Ce regard, James le comprit sans hésitation. Elle n'avait pas d'idée. C'était à lui de faire quelque chose. Il lui restait trois heures.
/
Harry referma la porte d'entrée derrière lui.
- C'était Hermione, expliqua-t-il à Ginny qui descendait les escaliers.
Explication inutile aux yeux de son épouse qui avait reconnu la voix de sa belle-sœur et n'était restée confinée à l'étage que pour ne pas la croiser.
- Elle va à Poudlard.
- Un problème avec Hugo ?
- Non, avec Rose.
Il désigna la Gazette du jour, comme si son geste se suffisait à lui-même, comme s'il expliquait tout. Ginny fixa une nouvelle fois la photo de Rose embrassant un Serpentard dont la famille avait assassiné nombre d'innocents.
- Ses joues sont rouges et elle a l'air heureuse. Je ne l'ai jamais vue ainsi.
- Tu sais bien qu'Hermione ne peut pas laisser sa fille faire n'importe quoi avec… n'importe qui, rétorqua Harry. Ce n'est qu'une crise d'adolescence, ça lui passera.
- Comme James avec Natasha ?
- Comme James avec Natasha, acquiesça Harry, confiant.
- Tu espères toujours le voir se rapprocher de la petite Lily Evans ?
- C'est dans l'ordre des choses. James adore notre célébrité, il épousera Lily Evans et je suis certain qu'il appellera Harry le fils qu'elle lui donnera.
Amusé, Harry s'installa plus confortablement dans son fauteuil, tirant à lui quelques dossiers qu'il avait ramenés du bureau.
D'ordinaire, il n'appréciait guère qu'on le dérange lorsqu'il travaillait. Son métier nécessitait une concentration sans faille, mais Ginny jugea qu'il était urgent qu'elle intervienne.
- Tu m'inquiètes, Harry. On a eu cette conversation des dizaines de fois, surtout récemment, et tu as fini par admettre que James et Lily, nos enfants, ne sont pas des réincarnations de tes parents. Et qu'Albus n'est ni toi ni comme toi.
- Mais oui, balaya Harry sans lever les yeux de ses dossiers. James épousera qui il veut et fera ce qu'il veut, c'était juste une façon de parler. Mais la petite Kandinsky, franchement ? Elle était juste un défi. Et ce n'est pas seulement pour comparer mais… mon père aussi avait des défis, avec Sirius, il en a connu des filles avant de tomber amoureux de ma mère. On aurait sans doute fait pareil, avec Ron, si nous n'avions pas vécu la guerre.
- Je suis d'accord pour Kandinsky. Mais de là à le voir marié avec Lily Evans… Ils ne se parlent même pas ! Ok, sa meilleure amie joue dans l'équipe de James mais…
- L'équipe de Gryffondor, corrigea Harry.
- Dont ton fils est capitaine, rétorqua Ginny.
- Mais non, il ne joue plus, il…
- Par Merlin, Harry, tu pourrais au moins m'écouter quand je te lis ses lettres ! Il commence à s'habituer à la douleur de son bras, les profs ont jugé qu'il pouvait rejouer et lui ont rendu le capitanat de l'équipe de…
- Bah voilà, il va se rapprocher de la petite batteuse qui est amie avec Lily Evans et… Pourquoi on parle de lui, au fait ?, s'étonna Harry en levant enfin les yeux sur sa femme.
- Parce que c'est notre fils ?, railla Ginny.
- J'ai du boulot, Gin', soupira Harry.
- Eh bien ton boulot attendra.
- C'est urgent.
- Ce que j'ai à te dire l'est aussi.
- Si c'est au sujet de James…
- Non, c'est au sujet d'Albus.
- Dans ce cas je t'écoute.
L'écœurement saisit Ginny en voyant que l'attention de son mari lui était toute acquise. Pas seulement parce qu'il continuait de faire une différence entre ses deux fils, mais parce qu'elle savait au fond d'elle qu'elle en faisait de même.
- On a reçu une lettre du précepteur qui gère les missions volontaires d'Elvis Zigaro.
- Il a refusé la demande de stage d'Albus ?
- Non. Il est ravi, tu penses bien.
- Et c'est ça qui t'inquiète ?
- Evidemment ! Deux mois plus tôt tu reviens de Poudlard complètement affolé, tu m'avoues sans t'appesantir que c'est Albus qui a envoyé la petite Kandinsky à l'infirmerie, tu laisses entendre qu'il a peut-être utilisé sur elle un sortilège impardonnable et alors que je te posais des questions tu as préféré me parler de la conversation que vous avez eue, Albus, James et toi. Celle où nos fils accusaient les Zigaro d'être en partie responsables de l'accident de Kandinsky et des disparitions de Sally-Ann et Serena Velsen…
- Elles n'ont disparu qu'une nuit.
- Oh, merveilleux ! Est-ce une réjouissance suffisante pour envoyer notre fils en stage avec les Zigaro ?
- James a accusé Tom. Albus a laissé entendre que, peut-être, Tom était en partie responsable. Ils étaient chamboulés, voilà tout. Ecoute, Gin', tu penses vraiment que je prendrais le moindre risque avec la santé d'Albus ? Elvis bosse avec moi, tu sais combien il est talentueux et généreux, je ne le vois pas kidnapper des gosses, encore moins les garder prisonniers au fond de la forêt. Et Hermione a toute confiance en Tom, elle…
- Moi non. Et je refuse qu'Albus prenne des cours avec eux.
- Gin…
- Il faut nos deux signatures, Harry. Et je refuse de donner mon accord.
- Mais…
- James doute vraiment d'eux. Il n'a pas été très loquace mais il m'a dit dans ses trois dernières lettres qu'il espérait vraiment qu'on change d'avis.
- Et ? Tu préfères le croire plutôt que moi, maintenant ?
- Ce n'est pas une compétition, Harry. On peut reprocher beaucoup de choses à James mais il a toujours voulu protéger Albus. Toujours. La preuve, sans lui Natasha aurait sans doute porté plainte contre Albus.
- J'aurais étouffé l'affaire, comme je l'ai fait le mois dernier lorsque Serena Velsen a parlé au directeur de Gryffondor de ses doutes concernant Albus. J'ai dit à notre fils de se tenir tranquille, il le fera. J'ai confiance en lui.
- Et moi, pour la première fois j'ai confiance en James. La question est : as-tu confiance en moi ?
Harry soupira, jetant un dernier regard à ses dossiers.
- La question ne se pose même pas. Je parlerai à Elvis, demain, je trouverai une excuse…
- Elle est toute trouvée. Gwenog Jones donne un stage pour les apprentis batteurs, je lui ai écrit et elle accepte Albus. Trois semaines là-bas, ça parait logique qu'on veuille le garder près de nous le reste des vacances. Elvis comprendra.
Harry écarquillait les yeux, abasourdi de s'être fait devancé par sa femme. Ginny lui adressa un sourire sincère avant de l'embrasser en songeant que pour une fois, James serait fier d'elle. Fier de sa mère. Et elle en ressentit, au plus profond de son cœur, une joie immense.
/
En toute illégalité, James était sorti du domaine de Poudlard. Sous forme animale, pour ne pas attirer les soupçons. Il avait choisi de se transformer en chien, pour plus de discrétion, et attendait patiemment devant les portes du château, sachant pertinemment qu'on ne pouvait transplaner dans l'enceinte de Poudlard et qu'Hermione arriverait ici, pile à l'endroit où il l'attendait.
A minuit moins dix, ponctuelle comme à son habitude, Hermione transplanna. Et son regard furieux s'estompa à mesure que la surprise s'emparait d'elle.
- James ? Est-ce que…
- Rien de grave n'est arrivé. Je voulais seulement te parler avant que tu ne retrouves Rose.
- Tu n'as rien à faire ici. Tu es mineur, et les élèves de Poudlard n'ont pas le droit de sortir de l'enceinte du château.
Haussant les épaules, James se déplaça légèrement, de manière à bloquer l'accès à sa marraine.
- Bien, soupira-t-elle. Que veux-tu ?
La partie la plus aisée de sa tâche commençait. Il avait eu trois heures pour préparer son discours et les premières phrases s'enchaînèrent, avec toute la conviction qui émanait de l'adolescent.
- Quand je vois tout ce que tu es capable d'entreprendre pour toutes ces causes que tu défends avec force et tolérance, je regrette presque de ne pas avoir été mordu par un loup-garou, Hermione. Ainsi peut-être m'aurais-tu regardé. Ainsi peut-être te serais-tu intéressée à moi. Ou peut-être pas, qui sait ?
Hermione et James échangèrent un long regard, se comprenant pour la première fois. Oui, le James enfant aurait tout tenté pour exister à ses yeux, tout autant qu'aux yeux de ses parents. Ce James-là avait échoué, pétri de regrets. Des regrets qu'éprouvait désormais sa marraine. Des regrets que James repoussait.
- Je ne crois pas avoir d'autre occasion de te le dire Hermione, alors je vais te voler encore une minute de ton temps si précieux.
Il l'avait toujours appelée « marraine » parce qu'il avait été si fier d'être son filleul. Elle n'était plus qu'Hermione, une femme pour qui il éprouvait du respect, et non plus de la fascination.
- Puisque je suis un étranger, je vais me comporter comme tel. Je ne te dirai pas que ce fut une joie d'avoir vécu à tes côtés. Ce serait mentir. Tu ne m'as jamais serré dans tes bras, jamais réconforté, jamais soutenu. Mais c'était un honneur. Tu es sans doute la sorcière la plus impressionnante que j'ai connue.
Une larme roula sur la joue d'Hermione.
- Tu ne cherches pas la perfection mais tu pourrais l'atteindre. En t'intéressant un peu plus à tes enfants. Hugo ne partira pas mais Rose... Ne commets pas les mêmes erreurs que mes parents. Pour elle. Parce que ça fait mal. Parce que je ne crois pas qu'ils soient de meilleurs parrain et marraine que toi. Mais Ron et toi pouvez être de meilleurs parents qu'eux. Rose le mérite. Elle le mérite vraiment. Je suis désolé, tu sais. Désolé de ne pas être comme son père, comme James, comme Sirius. Désolé de n'être que son fils, de n'avoir jamais été à la hauteur, de n'être qu'une déception. Et tu peux me croire, ça fait mal de n'être que ça, de n'être rien à ses yeux. Rose mérite de ne jamais connaître ce sentiment, cette souffrance.
- Ce garçon…
- Timothée est cool. Intelligent, drôle, attentionné. As-tu choisi de naître parmi les Granger ? Je ne crois pas. On ne choisit pas de naître dans une famille, qu'elle soit moldue ou sorcière, on ne choisit pas d'avoir un pouvoir magique, pas plus qu'on ne peut choisir la couleur de nos yeux. Timothée n'a pas choisi d'être un Bergson, il n'a pas à endosser la responsabilité d'actes commis par son grand-père. Tu devrais apprendre à le connaître. Et à connaître Rose. Elle grandit, elle évolue. Elle est merveilleuse. Alors laisse-lui une chance de te prouver qu'elle ne s'intéresse pas à Timothée pour rien.
Hermione n'avait pas pas bougé. Ni hochement de tête ni moindre mot. Ses lèvres pincées et son regard ferme témoignaient de son attente. Elle ne forcerait pas le passage, James en était certain. Mais leur discussion s'arrêtait là.
Avec un soupir il s'écarta des portes du château. Il était déçu. Pour Timothée qui méritait qu'on défende son honneur. Pour Rose qui avait besoin d'être protégée. Pour Natasha qu'il aurait tant voulu rassurer. Il cherchait une idée, n'importe laquelle. Mais Hermione était déjà loin. Et Rose, dans cette solitude qui l'insupportait, paraissait minuscule au sommet de la Tour d'Astronomie.
/
- Je sais que tu as fait ton maximum, James, mais tu connais ma mère. Elle parlait de mon père, de sa santé mentale que je mettais volontairement en danger, de caprice d'adolescente… Elle évitait de parler directement de Timothée mais son discours le salissait, elle a été… abjecte. Elle me donnait tellement d'arguments, de recommandations, un monologue de dix minutes au moins sans que je n'arrive à l'arrêter, à en placer une. Alors je lui ai parlé de mes photos.
- Oh !, s'étonna Natasha. Et ?
- Elle dit que je pourrais en faire, le dimanche, pendant mon temps libre. Elle ne me voit pas travailler ailleurs que dans un bureau, au ministère. Elle dit que je suis promise à de grandes choses, à une grande vie. Pour elle ça veut dire faire une croix sur ce qui me rend heureuse. Timothée, ma passion pour la photo et sans doute vous deux parce que, je cite, vous avez une mauvaise influence sur moi. Elle m'a même proposé de m'arranger un rancard avec Dan Evans !
Consternés, James et Natasha se rapprochèrent de Rose, pour la serrer contre eux, pour la réconforter. Mais Rose se contenta de rire, plus amère qu'amusée par la situation.
- C'est ma mère, soupira-t-elle. Personne en ce monde ne me connaît moins bien qu'elle. Mais on ne va pas s'arrêter de vivre pour autant, pas vrai ? Alors arrêter de faire cette tête. Et arrêtez de vous faire du souci pour moi.
- On se fera toujours du souci pour toi, Rose.
Rose sourit. Tout comme Natasha. James avait totalement accepté le couple qu'il formait avec Natasha, posant du « on » et du « nous » à toutes les sauces, souriant plus que de raison, mordant la vie avec plus de vigueur que jamais.
Là où Natasha conservait des doutes et des angoisses, James se fichait pas mal de leur différence d'âge et de ses histoires passées. Il ne paraissait pressé de rien et se contentait d'être heureux, tout simplement. L'impatience ne le dévorait pas, sauf lorsqu'ils se séparaient pendant des heures, à cause de leurs cours ou des révisions des examens de fin d'année. Bientôt l'un passerait ses Aspics, l'autre affronterait ses Buses et, tous deux bons élèves, devaient se concentrer sur leur avenir.
Il n'était pas rare, lorsque James attendait Natasha, que celle-ci le découvre en pleine conversation avec une jeune fille qui tentait de le charmer. Natasha bouillait, Natasha rageait, mais n'extériorisait jamais sa colère, car elle était injustifiée. James se contentait d'être poli et, lorsqu'une jeune fille se montrait un peu trop tactile, il lui rappelait que son cœur était pris, « à tout jamais ».
- Vous avez fait vos propres erreurs, en passant des années à vous tourner autour. Laissez-moi faire mes propres erreurs. Et arrêtez d'échanger ces regards… Je n'aime pas me sentir exclue quand on est ensemble, tous les trois. Je suis votre sœur, vous avez oublié ? Votre sœur à tous les deux.
Tels deux automates, James et Natasha acquiescèrent. Amusée, Rose se retint de rire. Elle les trouvait aussi drôles qu'attachants à la protéger envers et contre tout, à la rassurer du matin au soir, à anticiper la moindre de ses envies, à apaiser la moindre de ses craintes. Elle avait confiance en ses deux piliers. Ils lui avaient prouvé que jamais ils ne l'abandonneraient. Et l'adolescente en elle devait avouer que, parfois, elle abusait de la situation.
- Je dois rejoindre Tim mais... On a rendez-vous assez loin.
- Tu veux qu'on t'accompagne ?, proposa Natasha avec un sourire.
- Ça m'embête de vous faire prendre des risques, mentit Rose en baissant les yeux.
- Des risques ?, s'inquiéta James.
- C'est que... On a rendez-vous dehors.
- Dans le parc ?
- Non.
- Sur le terrain ?
Rose eut tout le mal du monde à refréner un rire tant la moue enfantine de sa meilleure amie l'amusait. Pour Natasha il n'était jamais trop tard pour gagner le terrain de quidditch, même au beau milieu de la nuit.
- Non plus.
- Oh, fit Natasha, visiblement plus déçue qu'inquiète. Dans la forêt, alors ? C'est pas embêtant, on va te déposer et on en profitera pour une faire une petite course. James pense encore qu'il a une meilleure vue que moi, la nuit, ajouta-t-elle moqueuse.
- Je suis romantique, souffla James avec assurance. C'est le principe même de la galanterie de te laisser gagner nos courses, amour.
Rose pouffa alors que le bonheur colorait les joues de sa meilleure amie. L'esprit de compétition avait beau couler dans les veines de Natasha, celle-ci se métamorphosait dès que James laissait échapper un charmant quolibet. « Soit au moins dix fois par jour », se dit Rose avant que l'image de Tim ne s'impose.
- Tim doit m'attendre, annonça-t-elle en vérifiant l'heure. Accompagnez-moi puisque ça vous fait tant plaisir. Et au risque de vous décevoir on ne va pas dans la forêt mais à Pré-Au-Lard.
- Comment ça à Pré-au-Lard ? Il est pratiquement deux heures du mat', Rosie, on n'a pas le droit d'y aller et puis... Tout est fermé là-bas, tu sais.
- On ne va pas dans le village mais dans une grotte, sur les hauteurs.
Rose s'efforçait de paraître assurée mais James et Natasha notaient à quel point elle préférait qu'ils l'accompagnent. Pourtant, alors que la petite Rose Weasley des débuts n'aurait jamais quitté sa salle commune sans sa meilleure amie, quelque chose leur disait qu'elle aurait rejoint Tim sans eux, s'il l'avait fallu. Un détail. Quelques centimètres de plus et une démarche assurée. Une façon de repousser son épaisse chevelure rousse avec panache alors qu'elle avait passé des années à aplatir une mèche sur son visage, pour dissimuler sa jolie frimousse. La petite Rose avait grandi. James et Natasha échangèrent un regard empli de tendresse avant de la suivre à travers Poudlard.
- Je vous ai dit d'arrêter vos petits regards, hein !, les rappela-t-elle à l'ordre. Si vous n'êtes pas sages je me vengerai avec vos gosses ! Je leur raconterai des tas d'histoires, comme quoi on était un Trio et j'ai affronté tous plein de méchants et vous me serviez à rien et...
- Ils ne te croiront pas, coupa Natasha en entrant dans son jeu. Leur super-héroïne de maman les préviendra que leur marraine est un tantinet rancunière sur les bords. Et vantarde comme seuls les membres de la famille Weasley peuvent l'être.
- Hé !, protesta Rose. Je te signale qu'ils seront des Weasley eux aussi ! Dis quelque chose, James, défends-moi !
Mais James, tout sourire, ne répondit rien, se contentant d'apprécier la bulle de bonheur qui venait de s'emparer de lui. Rose avait sous-entendu que James et Natasha allaient avoir des enfants. Et Natasha n'avait pas nié.
/
Il écoutait Manu Chao, la Mano Negra, de la musique moldue qui sortait déformée du casque vissé sur ses oreilles.
Il adorait la mer. Mais seulement par temps d'orage, lorsque le vent battait les vagues.
Et les grottes, humides et froides, où il refaisait le monde, à l'abri des mesquineries. A l'abri des gens.
Il s'asseyait en boule, laissait tomber ses bras, fermait les yeux, augmentait le volume de la musique. Seul. Ailleurs. Libre. Contraste total avec ce masque de froideur qu'on le forçait à porter en public, lointain, raide, insaisissable.
Il s'écriait et se cachait, riait fort avant de se taire, longtemps. Son sourire, immense, ses joues rouges, il les faisait disparaître dès qu'arrivait quelqu'un.
Rares étaient ceux qui le voyaient tel qu'il était vraiment.
Julian Acteriez, son meilleur ami.
Rose.
Et James et Natasha, désormais.
Timothée Bergson avait organisé cette petite fête pour distraire Rose, pour apprendre à mieux connaître ses proches, pour leur laisser voir ce qu'il était vraiment.
La musique raisonnait, pas très fort, car il fallait rester prudents. Il avait accroché des lanternes aux parois humides de la grotte, posé quelques coussins sur le sol. Il se montrait à eux tel qu'il était vraiment, ne leur cachait rien de ses défauts, de ses particularités, rares, atypiques.
Il ne comprenait pas encore qu'il n'avait aucune raison de le faire. Julian Acteriez l'appréciait sincèrement, depuis des années. Rose n'en avait peut-être pas encore conscience, mais elle aimait son petit-ami. Et James et Natasha l'avaient accepté, avec tout autant de joie que de ferveur.
Au-dessus de la grotte, les nuages s'éloignaient, emportés par le vent. La constellation du grand chien se dessinait, étoile après étoile. Et Sirius brillait, veillant sur chacun d'entre eux.
La nuit leur appartenait, quoiqu'en pensent les adultes.
ooOOoo
Avril, quatrième nuit
« Il paraît que vous en êtes encore à vous tenir la main dans les couloirs. Ça ne te ressemble pas, James. Natasha se croit peut-être trop jeune mais à mon avis c'est plus un prétexte. Je connais des tas de filles qui le font et qui le feraient avec toi si elles le pouvaient. Et moi... Tu sais, je suis de nouveau célibataire, alors si tu veux... »
Voilà ce que Natasha avait entendu aux abords de la bibliothèque, alors qu'elle revenait de son entraînement. Maggie Towler, en train de draguer James. Encore.
«Non », avait répondu James, nullement gêné, avant d'ajouter « J'aime Natasha, c'est la femme de ma vie et à mes yeux elle-seule existe. » Maggie Towler n'avait pas insisté.
Seules quelques élèves la regardaient encore comme la fille qui leur volait James Potter. Le reste de Poudlard se réjouissait de les voir ensemble, notamment ceux qui appréciaient sincèrement James et qui le voyaient réellement heureux pour la première fois.
Natasha était consciente de sa chance. Elle n'avait jamais considéré James comme un fils de, une célébrité, une divinité ou un héros, mais elle n'oubliait pas ce qu'elle lui avait fait vivre, ce qu'il avait enduré, sa patience, son acharnement alors qu'elle le rabrouait toujours plus.
Quelques mois auparavant, persuadée de ne pouvoir le rendre heureux, Natasha s'était fait la promesse de s'éloigner de lui. Définitivement. A l'époque, il sortait avec Maggie Towler et, si Natasha avait envie d'éviscérer Maggie dès qu'elle la croisait, elle savait que leur couple ne durerait pas. Elle souhaitait simplement que James rencontre quelqu'un qui le mérite vraiment et sache le rendre heureux. Hors de Poudlard. Hors de la vue de Natasha qui avait décrété qu'aucune fille à Poudlard n'était digne de James. Et Lysa Ferton était arrivée.
Lysa Ferton, la princesse de glace de Poudlard. Lysa qui ne manquait pourtant jamais de saluer Natasha, de lui parler, de la faire rire. Lysa qui s'amusait de la jalousie de Natasha et s'approchait toujours plus près de James pour taquiner « le couple de l'année », comme elle aimait à les appeler. Avec raison, sans aucun doute.
Leur couple était sur toutes les lèvres, source de toutes les rumeurs, de vils paris, de pronostics déplacés. Les camarades de dortoir de l'un comme de l'autre étaient pressés quotidiennement des mêmes questions. « Ils dorment ensemble ? T'as pas trouvé le caleçon de Potter dans le lit de Kandinksy ? Le petite Serdaigle a-t-elle déjà mis les pieds dans l'antre des lions ? »
Toutes les filles semblaient se poser la question et Natasha les comprenait. A ses yeux, sans doute dénués de toute objectivité, James était de plus en plus beau, de plus en plus fort, de plus en plus charismatique. Le sourire qui ne le quittait plus le rendait séduisant, irrésistible.
- C'est parce qu'il est enfin avec toi qu'il sourit tout le temps.
Rose, la voix de la sagesse. C'était nouveau mais pas désagréable. Les rôles étaient inversés et, après avoir passé quatre ans à rassurer sa meilleure amie, à la protéger de tout et de tous, c'était Natasha qui doutait. Et Rose qui tentait tant bien que mal de la rassurer.
- On a eu cette discussion des milliers de fois, du moins sous cette forme, puisque ne veux pas parler de l'essentiel. Ne fais pas ce que tu ne veux pas faire.
- Mais d'autres veulent le faire. Crois-moi. Leur copine de Gryffondor, Filippa Abercrombie, se balade à poil dans son escalier, j'ai entendu Mael en parler à Nalani. Fiona lui fait les yeux doux, Océane…
Rose l'arrêta d'un signe de main, sans compassion aucune.
- Océane sort avec Lucy. James parle avec elle pour la rassurer, parce qu'Océane a peur de la réaction de notre oncle.
- Lequel de tes oncles est le père de Lucy ?, demanda Natasha sans cacher son soulagement.
- Percy.
- Je comprends l'angoisse d'Océane. Je n'aurais jamais cru qu'elle et Lucy soient ensemble. Je ne les ai jamais vues ensemble.
- Seuls Louis et James sont au courant. Et Lily, bien sûr, qui est toujours au courant de tout.
- Et toi.
- James et Lucy m'en ont parlé, oui. Pendant qu'on t'attendait, l'autre soir, après l'entraînement. Lucy et Océane préfèrent garder leur relation secrète pour le moment.
- Ça me rappelle vaguement quelqu'un.
- Hum, fit Rose, rêveuse.
Au début de leur relation, Rose avait préféré garder secret son rapprochement avec Timothée. Cela n'avait duré que quelques jours et, même s'il était alors bien appréciable de pouvoir être avec Tim sans recevoir quotidiennement des lettres de menace de la part de sa mère, Rose ne regrettait pas cette époque. Depuis trois mois, Timothée la surprenait dix fois par jour, l'embrassait dès qu'il en avait l'occasion et multipliait les petites attentions qui rendaient Rose folle de bonheur.
- Je crois que je suis prête, affirma Natasha en surprenant Rose.
- Oh… Tu crois ou tu es sûre ?
- Ça fait un moment que… j'en suis sûre.
- Et pourquoi me dis-tu ça à moi et pas à James ? Pourquoi squattes-tu mon lit alors que tu pourrais être dans celui de James, à contempler ses… Laisse tomber, grimaça Rose, j'oublie parfois qu'il s'agit de mon presque-frère et que je l'ai vu nu alors qu'il avait cinq ans…
- Veinarde, pouffa Natasha.
- Et donc ?, reprit Rose sérieusement.
- Je… Je ne sais pas. La pression, sans doute.
- Il n'a pas eu tant d'expériences que ça. Regarde, Tim et moi, il a couché avec deux filles avant moi mais depuis qu'on… On n'arrête pas. Et finalement il a plus de fois couché avec moi qu'avec les deux autres…
- J'ai parfois du mal à réaliser que la petite rousse qui aboyait sur les garçons parce qu'ils lui faisaient peur m'oblige à inventer des excuses grotesques pour s'adonner aux plaisirs de la chair… Tous les soirs, qui plus est.
- Et quelques fois entre deux cours, avoua Rose, plutôt fière d'elle. Attends tu croyais vraiment que j'avais besoin de ce livre poussiéreux sur les gobelins ?
- Rose !, s'exclama Natasha, surprise et amusée.
- Que dirait ma mère, soupira Rose en retenant un sourire victorieux. Plus sérieusement… James est tellement fou de toi qu'il a oublié Towler. Et je suis certaine qu'il ne s'est rien passé entre…
- Il l'a fait. Avec Lysa. Il me l'a avoué.
- Ah…
Dépitée, Rose vit les rideaux qui entouraient son lit trembler fortement, sous la jalousie compulsive de sa meilleure amie.
- Une amie, tu parles. Elle est là, à se pavaner avec ses cheveux de six mètres de long…
- Elle sort avec Jagger.
- Elle l'a touché. Je la détesterai toujours pour ça.
- Même si elle est sympa ?
- Vite fait, grogna Natasha.
- Elle t'adore. Elle dit que tu la fais rire.
- M'en fiche. Elle n'avait pas qu'à le toucher. Il est à moi, par Merlin !
- Prouve-le, alors. Attention, je ne te dis pas de faire quelque chose que tu ne veux pas faire juste pour le garder, ce serait débile. Mais tu me dis que tu es prête et je te fais confiance, je sais que tu as pleinement mesuré le poids de cette… prise de conscience. Alors ne le repousse pas parce qu'il a eu une vie avant toi.
- Je ne le repousse pas. J'ai juste parfois l'impression qu'il n'en a pas envie… Pas avec moi…
Rose haussa un sourcil, avant de s'apercevoir que sa meilleure amie était sérieuse. La rousse leva les yeux au ciel en soupirant.
- Détrompe-toi. C'est un gentleman, Nat, et il te respecte. Tu ne vois pas les signes et… franchement, Nat, je ne sais pas comment tu peux être aussi aveugle… Enfin, si, je comprends, tu es dans le même état que lui.
- Quel état ?
- Lorsque vous vous chamaillez, tu te jettes sur lui alors que… Il se retient tout le temps, Nat.
- Il se retient ?
- Mais oui, voyons. Toi tu as des sous-vêtements, une jupe, une cape qui dissimulent ce que tu veux dissimuler mais lui… certaines choses se voient. C'est ça qui te fait peur, pas vrai ? La différence entre vous deux ?
- Il a plus d'expérience que moi, Rose. Towler avait un an de plus que lui et…
- Je crois bien que c'était leur première fois à tous les deux.
- Ils ne se sont pas arrêtés là, Rose. Il y' a eu plein d'autres fois, tellement qu'il… il sait s'y prendre, j'en suis sûre, il est doué pour tout, après tout. Et ça… Si ça ne marche pas entre nous, ça va tout casser, j'en suis certaine. Et je ne veux pas que…
Rose la coupa joignant leurs mains dans un geste d'apaisement.
- Il ne te quittera pas, Nat. Il t'aime. Vraiment. La première fois, c'est bizarre pour tout le monde. C'est ce que disent les livres. C'est déstabilisant, parfois douloureux, c'est certainement pas la meilleure fois. Tim n'avait pas aimé sa première fois. Moi si. Je l'ai trouvé… parfait. Et c'était parfait. Mais je sais que sa première nana avait détesté, et rappelle-toi de Chandika la semaine dernière, quand elle est rentrée au dortoir à quatre heures du matin et qu'on l'a ramassée à la petite cuillère parce que ce type de Poufsouffle lui avait vomi dessus après avoir... tu-sais-quoi… Océane, au contraire, avait des étoiles dans les yeux. On… Ce qui te fait peur, au fond, c'est d'avoir mal, de lui montrer que t'as mal et qu'il regrette de t'avoir fait mal. T'as peur d'avoir si mal que tu ne pourras pas lui donner du plaisir, t'as peur qu'il regrette et que ça jette un froid entre vous deux, pas vrai ?
- Mais comment tu…
- Tim et moi parlons beaucoup de vous, murmura Rose en rougissant. Il se fiche des détails croustillants, des enquêtes de James et ses amis et tout ce qui est sérieux, il veut juste… Il dit qu'il veut tout savoir de moi, de ma vie et il… Il a envie que tu l'apprécies. Toi et James.
- Mais…
- Il dit que tu n'auras certainement pas mal. Parce que tu joues au quidditch.
La phrase, soufflée sur le ton de l'évidence, laissa Natasha dubitative.
- Je suis censée voir le rapport ?
- Le balai. Il peut déchirer…
- Oh… Je m'en serais aperçue, non ?
- Pas si c'était en plein match ou si un cognard était à proximité.
Songeuse, Natasha hocha la tête. L'idée ne lui paraissait finalement pas saugrenue. Du moins dans le fond. Parce que dans la forme...
- T'as vraiment parlé de ça avec Timothée Bergson ?
- J'ai parlé de ça avec mon petit-ami, oui. Parce vous êtes les trois seules personnes avec qui je parle et que je me vois mal parler de ton hymen avec James.
- Merlin merci.
- Mais tu sais, Nat… peut-être que tu devrais lui en toucher deux mots. Tes craintes, tes peurs… C'est James. Il trouvera les mots pour te rassurer. Et si ça ne marche pas avec des mots, il trouvera d'autres arguments. Crois-moi, Nat, ça vaut vraiment la peine d'essayer.
- Ma parole, Rosie, tu es devenue une vraie…
Un oreiller étouffa les dernières paroles de Natasha. Un oreiller qui n'eut le temps de tomber au sol que déjà Natasha le renvoyait sur Rose qui tentait vainement de cacher son hilarité en s'enfuyant dans la salle de bains. Leur bataille de polochons les rasséréna et fut si bruyante que, parole de Serdaigle, la statue de Rowena en soupira de consternation.
/
En ce mardi matin, James et Juliet patientaient devant la bibliothèque, attendant qu'elle ouvre ses portes aux plus matinaux des élèves. Ils devaient faire le point sur les missions que leur avait confiées Trisha, et Juliet voyait que son meilleur ami était soucieux. Plus encore que pour leurs précédents rendez-vous.
Dès que la bibliothécaire leur eut ouvert les portes, elle l'entraîna entre deux rayons poussiéreux, où personne ne venait jamais. Quel être normalement constitué se serait passionné pour les articles de loi régissant les rapports entre deux espèces disparues depuis des siècles ?
- Tu vas me dire ce qui te perturbe. Et ne me réponds pas « non », je veux savoir. Tout de suite.
- Je ne comptais pas te mentir, répondit James en haussant les épaules. Mon frère est venu me parler, hier soir, après l'entraînement.
- Je croyais que vous ne vous parliez plus.
- C'était le cas. Ça m'a fait bizarre d'entendre sa voix.
- Il était en mode gentil-hypocrite ou prétentieux-méchant-sûr-de-lui ?
- Ni l'un ni l'autre. Juste indifférent et agacé de devoir me parler. Il avait un message à me faire passer. De la part des frères Zigaro. « Ne cherche plus les enfants damnés, un jour l'enfant maudit viendra à toi. Pour te tuer. « C » avance vers toi, chaque jour un peu plus. « C » est une menace plus dangereuse que celle qui t'a fait trembler jusque-là. « C » réussira là où nous avons échoué. »
Les sourcils froncés, Juliet se retenait de crier sa rage dans le temple du silence.
- Je croyais qu'il n'avait plus de contact avec les Zigaro ?!
- Mes parents ont refusé qu'il suive des cours avec Elvis. Les Zigaro sont venus lui dire adieu. Et nous laisser cet ultime message.
- Je vois. Et ce message t'intrigue ? T'effraie ?
- Les deux. Mais pas seulement le fond. Je veux dire, leur première énigme faisait bien référence à un certain « C », entre autres lettres, entre autres menaces. Mais la question que je me pose c'est… Et s'ils me prévenaient pour que je cesse de me méfier d'eux ? Ca marche forcément, je veux dire, j'ai passé la nuit à me demander qui pouvait bien être ce « C ». Natasha a trouvé qui étaient le X et le bois d'argent de l'énigme, des écrivains, des types liés au Memento Mori. Des types effrayants mais… loin de nous. Si « C » est vraiment ici… Les Zigaro s'attendent à ce qu'on le cherche, que « C » occupe toutes nos pensées, et donc toute notre attention.
- Ce serait un moyen pour eux de continuer de sévir en toute tranquillité.
- Et de se protéger de mon père. Si leur culpabilité était un jour prouvée, ils pourront dire qu'ils ont essayé de nous conseiller, de nous protéger, Albus et moi. Je suis certain qu'Albus ira dans leur sens, pour qu'ils l'acceptent à nouveau dans leur vie, dans leur… dans leur secte !
Jamais Juliet n'avait vu James aussi énervé. Désabusé, oui. Défaitiste, souvent. Mais toujours il contenait sa colère.
- On dirait que tu t'apprêtes à partir en guerre, Jamesie, avança Juliet avec inquiétude.
- C'est le cas. Je pensais que ça attendrait que je quitte Poudlard mais…
- C'est-à-dire ?
- Je ne m'engage pas dans l'international pour voyager, Juliet. Je veux parcourir le monde, certes, mais pour défendre ce qu'il y' a de plus beau dans les relations humaines. L'échange, le partage, la tolérance, le soutien, la générosité. Faire découvrir les coutumes d'un pays à un autre qui aura un fonctionnement et des traditions totalement différentes. Et si je rencontre sur mon chemin des gens qui font tout le contraire, qui œuvrent pour le cloisonnement, le repli sur soi et la peur des autres, je me battrai. Mes recherches m'ont confirmé plusieurs choses : du temps de la guerre, Voldemort avait envoyé des émissaires dans plusieurs pays, pour dévaloriser le Royaume Uni à leurs yeux. Et le département des relations internationales n'a rien fait pour arranger ça, bien au contraire. Ils répondaient à leurs homologues que tout allait bien, que la situation était sous contrôle, que Voldemort n'existait pas, que les moldus étaient en sécurité. Ils ont coupé la plupart des voies de communication, les Mangemorts ont contrôlé les autres. Notre communauté est passée, aux yeux des autres communautés, comme voulant se replier sur elle-même et préférant voir des innocents être décimés par centaines plutôt que demander de l'aide aux autres pays. Et, par manque d'information, les autres communautés sont passées aux yeux des sorciers britanniques comme des lâches qui ne nous sont pas venus en aide quand nous en avions besoin.
Juliet était aussi amusée que captivée par les envolées lyriques de son meilleur ami. Et sans doute un petit peu sceptique.
- Et tu penses pouvoir faire tourner le monde dans le bon sens à toi tout seul ?
- Certainement pas. Et je ne voudrais pas de ce rôle. Je veux juste être… un pont. Un lien entre les peuples. Et je suis persuadé que je ne serai pas seul.
- Hum, sans doute. Tu pourras déjà compter sur moi, pour ce que ça vaut.
- Ça vaut plus que tout l'or du monde à mes yeux, confia James.
Ils s'étreignirent brièvement, Juliet s'échappant rapidement des bras de James au cas où Natasha traînerait dans le coin. Elle adorait la voir jalouse mais redoutait d'être l'objet de sa colère. Natasha était vraiment effrayante avec sa batte.
Aussi, lorsque la jeune Serdaigle les rejoignit moins de dix minutes plus tard, Juliet se contenta de la charrier gentiment. Mais sa proie ne lui prêta que peu d'attention, ses yeux débordant d'amour se plongeant dans ceux de son petit ami. James, lui, avait tout oublié de ses déboires, comme à chaque fois que Natasha se blottissait dans ses bras. Spectatrice de leur amour qui se fortifiait chaque jour un peu plus, Juliet songea en l'avenir avec moins d'effroi que d'ordinaire. Oui l'avenir était incertain et leur paraissait criblé de dangers, mais la vie leur réservait également tout ce qu'elle avait de plus beau, Juliet n'en doutait pas une seule seconde.
/
En ce dimanche matin d'avril, une averse violente vint contrecarrer les plans de James et Natasha. Ils avaient prévu de disputer une folle course dans la forêt mais, en voyant la pluie s'abattre sur le parc, Natasha dut se faire une raison. Elle se rendit discrètement dans la salle de bains attelant à son dortoir et se vêtit prestement, se félicitant d'avoir choisi sa tenue la veille. Un jean moldu qui épousait ses formes et un chemisier simple, mais ravissant. A contrecœur elle prit néanmoins sa cape déperlante et son écharpe, remonta la couverture de Rose pour que sa meilleure amie ne prenne pas froid et quitta le dortoir, déjà pressée de retrouver James.
Elle parcourut quelques couloirs, ne cherchant plus à comprendre pourquoi son cœur et son corps voulaient marcher toujours plus vite et sursauta vivement en sentant deux bras s'emparer de ses hanches. L'odeur de James la rassura, son comportement, toujours plus audacieux la fit frémir. Elle se laissa guider dans un passage secret, à reculons, sans hésitation. Elle n'eut pas le temps de refermer la porte que James la retournait dans ses bras, leurs bouches s'entrechoquant sous l'impatience du jeune homme.
Elle grogna de plaisir lorsque son dos heurta le mur sans éprouver la moindre douleur, s'abandonnant dans les bras de son petit-ami. Sans quitter ses lèvres, James chassa le moindre espace entre leurs deux corps, semblant s'enflammer à chaque fois que Natasha passait sa main contre sa nuque.
Soudain, il s'écarta d'elle, fixant brusquement une limite d'un mètre entre leurs deux corps. Natasha rouvrit les yeux, surprise. Les joues rougies et les cheveux en pétard, James détournait le regard. Elle voyait son buste se soulever plus encore que lors des matchs les plus disputés et refusa de laisser glisser son regard plus bas, consciente que le même feu les embrasait.
- Je suis désolé, murmura-t-il.
Il n'avait pas besoin de le formuler, elle pouvait entendre les regrets dans sa voix tremblante, les deviner dans la façon qu'il avait de se mouvoir, de se détourner.
Elle le laissa s'éloigner d'elle, marcher à travers cette pièce dans laquelle ils avaient trouvé refuge. Silencieuse, pleine de poussière. « On y est seuls et tranquilles », songea Natasha, appréciant étrangement la présence d'un vieux sofa défoncé. Avant de se gifler mentalement en sentant son corps en proie au désir.
Ce n'était pas la première fois qu'ils se trouvaient dans cette situation. La première fois, ils avaient couru pendant des heures, oubliant le repas servi dans la Grande Salle et la promesse qu'ils avaient faite à leurs amis de les retrouver à la bibliothèque pour réviser tous ensemble. Sous forme animale, ils avaient disputé huit courses, elle en avait remporté six. Elle l'avait laissé gagner la première, de peur qu'il ne veuille rester auprès d'elle. Et la dernière, parce qu'elle avait compris que s'il était là, ça voulait dire qu'il l'aimait. Qu'il l'aimait vraiment.
Épuisés et extatiques, ils s'étaient chamaillés en riant dès qu'ils avaient retrouvé forme humaine, se chatouillant entre les arbres et les bosquets avant que James ne les fasse tomber dans l'herbe fraîche, lui sur elle, étouffant son rire à elle d'un baiser qui les avait laissés pantelants. Il s'était redressé le premier, d'un bond, tirant un immense regret à sa petite-amie. Elle ne l'avait jamais vu ainsi, aussi gêné. Ils n'avaient que très peu parlé en rentrant au château et, par la suite, n'avaient jamais osé évoquer le sujet.
La seconde fois, ils révisaient ensemble en plein soleil, près du lac. Elle lui avait refusé plusieurs baisers, arguant qu'elle avait un retard fou à rattraper avant la reprise des cours le lendemain. Il s'était plié à ses souhaits, comme toujours, et c'était elle qui s'était finalement jetée sur lui au bout de deux heures de révision, envoyant valser notes et livres. Il l'avait chambrée gentiment, s'était redressé quelques fois pour lui refuser un baiser, non sans se départir de son immense sourire. Frustrée, Natasha l'avait forcé à s'étendre, s'écrasant sur lui pour qu'il ne puisse pas lui refuser un baiser chèrement obtenu. Il ne le lui avait pas refusé, et la passion avait pris possession de leurs deux corps, jusqu'à ce que Natasha sente une grosseur nouvelle contre sa cuisse. La surprise de la nouveauté, et la gêne sans aucun doute, avaient sonné l'alarme au plus profond de son être. Elle s'était envolée sans maîtriser l'animal qui sommeillait en elle, et James l'avait aidée à retomber sur ses pieds sans attirer l'attention du tout Poudlard sur ses capacités de transfiguration. Avant de la ramener au château, sans parler de ce qu'ils avaient fait. Encore moins de ce qu'ils auraient pu faire.
- Tu m'en veux ?
La ride du souci disparut du visage de Natasha. Elle fit non de la tête mais James restait penaud, et sans doute même un peu triste.
- Je... Je suis vraiment désolé, tu sais, de... Je te donne sans doute l'impression de ne pas pouvoir me contrôler et c'est sans doute un peu vrai mais c'est faux en même temps, je veux dire... Je t'aime sincèrement. De tout mon cœur. Tu es... Depuis qu'on est ensemble... Et même avant... Je n'imagine pas vivre ma vie seul ou avec quelqu'un d'autre ou... Pas sans toi. J'ai imaginé dix fois notre mariage et quelle tête pourraient avoir nos enfants et... Notre maison, même. Je ne sais pas pourquoi mais y a toujours la mer à côté de notre maison, quand je l'imagine. Pourtant on n'aime pas tellement la mer, tous les deux mais... Tu es là, dans mes bras, et on entend le roulis des vagues et... C'est beau. Je ne peux plus rien imaginer sans que tu ne sois là.
- Tu n'as pas à te justifier, James. Je sais que tu n'es pas avec moi pour... le côté physique d'une relation. Sinon tu sortirais avec Towler.
- Je n'essaie pas de me justifier. Je t'aime. Toi et personne d'autre. Toi dans tout ce qui te caractérise, dans tout ce qui te constitue. Je t'aime parce que tu es intelligente, que tout t'intéresse mais que tu sais aussi, parfois, abandonner les livres avant de devenir trop sérieuse. Je t'aime parce que tu es drôle, tu manies l'esprit et la répartie, tu ne te laisses pas faire. J'aime le fait que tu puisses changer d'émotion deux fois en moins d'une minute, que tu atténues souvent tes propres pensées comme lorsque tu dis « oh non il pleut, on va devoir annuler l'entraînement... mais en même temps ça nous permettra de passer un moment au chaud et je pourrais essayer de remporter une partie d'échecs face à Rose ». Je t'aime parce que tu es passionnée. Mais je mentirai si je m'en tenais à ton caractère, ta personnalité. Tu es magnifique. Je t'ai toujours trouvée très belle. Tes yeux m'envoûtent et... ton corps m'attire. Je...
Les joues rougies, Natasha lui fit signe de se taire. Elle marcha doucement vers lui et se glissa dans ses bras, avec ce sentiment toujours plus fort qu'elle y était à sa place. Elle ferma les yeux, frotta son nez contre le torse de James et, parfaitement sereine, répondit à son petit ami.
- Tu es merveilleux. Tu l'es pour beaucoup de monde. Un ami merveilleux, un frère merveilleux mais tu es surtout... Ma merveille à moi. Ta curiosité, ta tendresse, ton ouverture d'esprit, tes convictions, tes attentions... et ton physique. Un corps de poursuiveur, parfait. Des yeux à tomber par terre. Une crinière indomptable qui me rend folle. J'aime y glisser mes doigts, inlassablement. Tout comme j'aime voir tes yeux s'illuminer quand tu es avec tes amis. Mais ce que j'aime par-dessus tout c'est ça. Etre blottie contre toi, à l'abri dans tes bras, parce qu'on se connaît, parce qu'on s'est tourné autour des années durant, parce qu'on s'est apprivoisés, séduits, et qu'on se rassure mutuellement. Mais surtout parce qu'aucune étreinte ne ressemble à une autre. Parce que tu me serres toujours plus fort, parce que je te taquine chaque fois un peu plus. Et parce qu'on peut déraper à tout moment, parce qu'on s'amuse, parce qu'on se chatouille, parce qu'on joue ensemble, parce qu'on partage le même bonheur d'être enfin ensemble, parce que quand on est comme ça, si près l'un de l'autre, on a l'impression d'être seuls au monde, on oublie la presse, les examens, le quidditch et toutes ces choses qui n'ont plus de valeur quand on est ensemble. Quand je suis là, contre toi, ta voix n'a pas le même son. Je la perçois différemment, parce que je la sens vibrer dans ton corps. J'ai conscience de tes muscles qui se tendent, de la chaleur qui émane de ta peau, du souffle tantôt apaisé tantôt erratique qui chatouille mes cheveux. J'aime caresser la peau de ta nuque, de tes mains, et j'ai parfois envie de... de voir si ta peau est aussi douce... partout. J'y pense quand je suis seule, souvent le soir avant de m'endormir. Tu me manques souvent, presque toujours. Et des fois je me prends à rêver, à imaginer ce que ça ferait d'être... encore plus proche de toi. Et j'en ai envie. J'ai vraiment envie de... tu sais... Toi et moi...
- Oh... Je... Moi aussi. Mais pas tout de suite, hein ? Je veux dire... Pas ici, pas maintenant. Je... ll faut que ce soit parfait, pour toi. Pour nous.
- Rose dit que ça ne sera pas forcément parfait la première fois mais... Je crois que ça le sera, où qu'on soit, parce qu'on sera ensemble.
- Mais...
James était tendu, mal à l'aise. Natasha sentit les bras qui l'entouraient se figer, moins tendres, comme hâtifs de prendre leur distance. Et Natasha comprit que James avait plus peur, encore, qu'elle, de cette étape qu'ils franchiraient sous peu.
- Tu as peur parce que c'est ma première fois et que toi tu l'as déjà fait ?, le questionna-t-elle.
Il ne sembla pas très surpris qu'elle se montre franche. Ils savaient tous les deux qu'il leur faudrait un jour poser des mots sur ce qu'ils ressentaient. Et le moment était venu.
- Je... Non. Ce sera notre première fois à tous les deux. Ce sera la première fois que je le ferai par amour. Et... ça me terrifie. J'ai peur que ça se passe mal et que tu...
- Que je ne veuille pas recommencer ? Il me faudra plus d'une première fois catastrophique pour tirer un trait sur nous.
- C'est vrai ?
- C'est promis, le rassura-t-elle.
Ils s'embrassèrent, tendrement, tous deux soulagés d'avoir posé des mots sur leurs inquiétudes. Ce fut James qui s'écarta le premier, avec un sourire charmeur, et légèrement fier de lui.
- Nous devrions aller manger, tu as un entraînement à onze heures et je crois me souvenir que tu voulais réviser tes sortilèges cet après-midi.
Elle lui sourit, attendrie, et laissa un petit rire secouer sa poitrine.
- Ok on va manger mais... Juste une précision. J'adore tous les trucs mignons que tu fais et dis pour moi, tes attentions me rendent folle de bonheur mais, et je pense pouvoir affirmer qu'il en est de même pour Nalani avec Maël, tu n'es pas obligé de suivre les recommandations du manuel de ton meilleur ami pour être parfait à mes yeux. Tu as juste à être toi-même. C'est comme ça que je t'aime. Et c'est en étant naturel que tu es parfait à mes yeux.
Dès le lendemain, le manuel de la sorcière emballée entama un repos mérité, au fond de la malle de Maël sans pouvoir soupçonner qu'il serait à tout jamais abordé secrètement par les deux garçons avec une nostalgie complice.
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- Et enfin Cedric Pressyl, un Serpentard de première année, termina d'énumérer Daniel Redox avec sérieux.
Daniel s'était proposé pour répertorier tous les élèves de première, seconde et troisième années dont les noms ou les prénoms commençaient par la lettre « C ». Juliet s'occupait des élèves de quatrième et de cinquième années, James des adolescents les plus âgés parmi ce château, ainsi que du personnel de Poudlard, professeurs compris. Ils étaient une vingtaine, en tout, dont deux élèves dont les noms et prénoms commençaient par un « C », Colin Crivey et Cathy Cole.
- Vous croyez qu'on doit les surveiller plus que les autres ?, hasarda Daniel.
- Je connais Colin et…
- Peu importe, coupa Juliet. Franchement, James, on ne peut pas écarter des suspects simplement parce qu'ils fricotent avec ta sœur. En revanche je pense qu'on devrait se concentrer sur les plus âgés.
- C'est aussi injuste que d'écarter Colin, fit remarquer James. Les Zigaro ont été jeunes et ils n'en étaient pas moins…
- Maléfiques, murmura Daniel en frissonnant.
- Alors on continue notre répartition. Daniel les plus jeunes, moi les plus âgés, toi ceux entre les deux, proposa James. Et au moindre doute on se réunit.
- Ok, accepta Juliet.
- Bien. Et tâchez d'être discrets, conclut Daniel.
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L'entraînement est terminé. Il a duré trois heures. Nalani ne cesse de répéter qu'il nous faut nous préparer à tout, et rester endurants trois heures est une priorité à ses yeux.
Adélaïde Lespare est épuisée, elle a attrapé le vif dix-huit fois et ma sœur Anastasia est rentrée se réchauffer au château depuis belle lurette, alors qu'elle observe toujours nos entraînements jusqu'au bout. Les garçons ont quitté le terrain en râlant contre Nalani mais celle-ci s'en fiche, et elle a bien raison. On réagit bestialement sur le coup, mais on l'adore notre capitaine tortionnaire.
- Tu voulais me parler ?
La voix de Nalani est plutôt marrante après l'entraînement, les vestiaires raisonnent toujours un peu et le fait qu'elle ait enfoui son visage dans l'énorme malle aux souaffles doit aider. Ça m'aide surtout à me détendre, vu que j'ai beaucoup hésité avant de me lancer.
- Ouais. Tu sais, ma mère est pas vraiment branchée magie. Pas du tout même. Et Irina a eu peu de relations amoureuses. Et elle ne m'en parle jamais. Et je n'ose pas lui parler de James parce que... parce qu'elle... parce que...
- Parce qu'elle a eu le béguin pour lui pendant des années, devine Nalani. Tu préfères une explication synthétisée à la mode Serdaigle ou tu as des questions précises ?
- Tu sais de quoi je veux te parler ?
- Nat... On n'est pas du genre à poser des mots sur nos sentiments, toi et moi. Mais t'es une sorte de... petite sœur de quidditch, et je suis quand même la petite-amie du parrain de tes gosses. Alors je veux bien t'expliquer comment en faire, des gosses.
- Euh... Je crois avoir saisi ce chapitre-là. Ce que je voudrais savoir c'est comment... Comment te laisser profiter pendant quelques années de Mael avant qu'il devienne parrain, tu vois ?
- Oh... Ben, tu as la protection façon moldue, mais miss Tulipe est assez moralisatrice, je te déconseille d'aller la voir. Mieux vaut se protéger avec la magie, surtout au début. Il existe plusieurs sorts de protection.
- Tu pourrais m'en apprendre un ? Rose dit que... Enfin, c'est Tim qui... Enfin, tu vois.
- Je vais t'en apprendre un, ouais. Mais vaudrait mieux compter sur James la première fois. C'est pas évident de se jeter un sort à soi-même. Aller viens, gamine, tatie Nalani va t'apprendre la vie.
Une heure plus tard, alors que nous quittons les vestiaires, toute gêne s'est envolée. Nalani n'a pas son pareil pour détendre l'atmosphère. Elle m'a enseigné un enchantement et comment fabriquer cette potion que les femmes de sa famille se transmettent de génération en génération.
Alors qu'elle vérifie que la porte des vestiaires est bien close et qu'elle n'a rien oublié sur le terrain, un rire la secoue. Elle désigne les gradins et je ne peux m'empêcher de sourire à mon tour, plus attendrie qu'amusée.
Debout sur la dernière rangée de sièges, l'air inquiet et épiant les alentours avec attention, deux garçons nous cherchent, nous attendent.
- T'inquiète, raille Nalani, on leur racontera qu'on était sous la douche. Ce sont des mecs, et les mecs pensent que nous appartenons à une espèce particulière, totalement différente de la leur. Ils ne s'étonneront pas que nous ne sentions pas le shampoing, ils ne s'apercevront même pas qu'on sent encore la boue. C'est beau l'amour, pas vrai ?
Elle a beau se montrer taquine, elle presse déjà le pas pour rejoindre les gradins. A leur sommet, le père et le parrain de mes enfants se tournent vers nous, tout sourire. Je m'arrête quelques secondes, le temps de prier Merlin de donner à nos futurs chérubins les gênes de leur père. Ils hériteront de sa tignasse incoiffable, j'en suis certaine. Et de ses yeux, je l'espère. Mais ça ne sera pas pour tout de suite, grâce à la tortionnaire qui leur servira de tante.
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Le lit est sobre et beau. Le bois est de qualité, simple et sans fioritures. Les draps couleur bronze sont brodés de fil d'or. L'édredon bleu nuit est doux et moelleux. Je ne pensais pas un jour trouver plus belle chambre que le dortoir de Serdaigle, dont les couleurs sont devenues mes favorites. James ne l'a pas fait apparaître par hasard et son engagement m'est précieux. Il me confirme, même si je n'en doutais pas, que cette nuit n'est pas sans valeur à ses yeux.
La salle sur demande nous accueille en son sein et jamais elle ne me semblera plus belle qu'en cet instant.
Nous nous embrassons simplement, comme si nous n'avions pas quitté la table, le sofa ou ce tapis de laine épaisse sur lequel nous nous sommes chamaillés en riant, pour laisser éclater notre complicité et calmer notre angoisse mutuelle.
Nous nous embrassons simplement, et ses mains sont rassurantes. Elles chatouillent ma nuque, jouent avec mes cheveux. Ses baisers ne sont pas plus appuyés que tout à l'heure, il n'entreprend rien trop vite, il est fébrile mais non hâtif, il fait preuve d'une douceur presque maladroite, et je comprends qu'il ne veut rien presser, qu'il me laisse le temps d'assimiler, d'appréhender, de savourer.
Nous nous embrassons simplement, mais c'est la première fois que nous nous embrassons ainsi, couchés l'un contre l'autre. Je repense à ces quelques fois où nos corps dérapaient, s'échouaient l'un contre l'autre, trop pressés de se retrouver, de se trouver, alors que nos lèvres n'en finissaient plus de danser ensemble. Mais ce n'était pas pareil, je le ressens au plus profond de mon cœur.
James a trouvé sa place contre moi, fait preuve d'une tendresse que je me plais à redécouvrir. Ses mains descendent doucement sur mes hanches, les miennes découvrent timidement son torse. Je crois bien qu'il cesse de respirer quand je défais chaque bouton de sa chemise.
Ses mots sont des caresses de soulagement, d'apaisement. Il prononce ces mots que toute fille rêve d'entendre, ces mots qui rassurent, qui attirent. Sa voix est rauque, sa voix est toujours ainsi quand il dévoile ses sentiments. Sa voix meurt à chaque baiser, sa voix murmure dans mon cou qu'il embrasse doucement, comme on vénérerait une déesse.
Ses mains ont envie, ses mains n'osent pas. Ses mains s'approchent à peine, prêtes à s'éloigner. Il guette mon regard, mon souffle, mes gémissements. Je sais que si je le voulais, il arrêterait tout et me serrerait fort dans ses bras pour me faire comprendre qu'il ne m'en veut pas, qu'il est prêt à attendre, longtemps. Mais je ne veux rien interrompre. Je veux continuer de vivre ce moment, pleinement, avec lui, en ressentant ses émotions, en lui laissant découvrir les miennes.
Je n'ai jamais été aussi proche de quelqu'un. Je ne veux être aussi proche que de lui.
Ce n'est pas seulement physique, c'est une histoire de regards qui se passent de mots, de sons qui s'échappent sans que je ne cherche à les retenir, de frissons que nous partageons, de nos mains qui se cherchent, qui se trouvent, de nos lèvres qui ne se quittent qu'à regret.
Le tissu qui sépare encore nos deux corps se fait rare. Nous nous découvrons, nos peaux se frottent, s'apprivoisent. Je le trouve beau et immense à aimer. J'ai envie de serrer dans mes bras chaque partie de son corps, d'embrasser ses cicatrices, de dessiner des traits imaginaires entre ses grains de beauté, ses taches de rousseur. J'ai envie de rire, aussi. Parce que James est à la fois soucieux de mon bien-être et... je ne sais pas, il y' a cette étincelle en lui, ce sourire un peu ébahi. Les compliments s'enchaînent, toujours nouveaux, toujours sincères.
Je crois que lui seul me voit comme il me voit. Et je suis si heureuse que ce soit lui, lui que j'aime si fort, depuis si longtemps.
J'embrasse doucement, timidement son torse. C'est comme un message, une manière de lui faire comprendre que je ne regrette rien, que je n'ai plus peur, que je veux que ce moment dure éternellement.
Nos mains s'emballent, nos baisers me laissent à bout de souffle. Je ne distingue plus les sons, qui soupire d'aise ni qui gémit. Il caresse mon corps avec émerveillement, c'est doux, respectueux, flatteur. Je découvre le sien maladroitement. Je frôle ce qui nous rapproche, ce que je connais, ce qui m'est familier. J'effleure ce qui nous distingue l'un de l'autre, ce que je ne connais pas. La peur revient, un peu, à peine. Je la chasse en m'accrochant à James, en essayant de copier ce que j'ai lu dans les passages sentimentaux de mes romans préférés. James me guide, James m'embrasse, James me murmure qu'il m'aime, à tout jamais. James tremble, James a encore plus peur que moi. James me questionne une dernière fois du regard. James a plus peur, encore, de ma réponse. James me sourit comme jamais et ses yeux transpercent mon âme.
James est là, contre moi, en moi, tout autour de moi. C'est beau comme notre relation, c'est surprenant et ça ne l'est pas. C'est évident, intense et magique. Nous deux, lui et moi, une évidence.
Si je regardais par la lucarne, là, tout de suite, je suis certaine que je pourrais apercevoir la constellation du grand chien et l'étoile Sirius briller de mille feux. Mais je ne le fais pas, je rive mes yeux dans ceux de James. Je m'abandonne dans ses bras, à tout jamais. La nuit nous appartient, et rien ne pourra jamais briser ce qui nous unit.
ooOOoo
Le lendemain matin
Je suis l'homme le plus heureux du monde. Aujourd'hui nous nous moquons des convenances. Nous formons un attroupement peu commun, au bout de la table des Poufsouffle que nous avons pris d'assaut à coups de rires et d'étreintes.
Je suis entouré de ceux que j'aime, le sourire de Natasha est plus beau que le ciel et Keith charrie Oscar en prétendant que la nourriture est plus copieuse chez les Poufsouffle que chez les aigles. Juliet murmure quelques mots à l'oreille de Solenne, puis d'Irina, me regarde et éclate de rire. Avant de recommencer. Les soucis sont derrière nous, du moins je me plais à le croire. Les discussions et les rires éclatent et, dans ce joyeux brouhaha, les menaces et les dangers n'existent pas. Je ne participe pas à la discussion, je me contente d'être heureux et de m'empiffrer joyeusement.
- Dis-donc, ma grande, tu nous l'as affamé notre pauvre plumeau mal coiffé, s'esclaffe Nalani.
- Je ferai n'importe quoi pour ma cap'taine, répond Natasha avec un clin d'œil.
- C'est-à-dire ?, s'étonne Susie en entrant dans leur jeu.
- Il est facile d'arracher des informations cruciales à cette créature déficiente intellectuellement parlant que sont les hommes, répond Nalani d'une voix savante.
A mes côtés Mael se retient de rire, prenant un air peiné. J'attendrai que nous soyons seuls pour lui apprendre qu'il a un talent dramatique rare.
- Confidences sur l'oreiller, chantonne Solenne en se servant du jus de citrouille.
- Et ça a marché ?, s'y met Rose.
Natasha brandit sa fourchette, offensée, avant de piquer un toast dans mon assiette.
- Tu me prends pour qui ?
- Tu as une bonne prof, aussi, répond au tac-au-tac ma cousine.
- Et moi ! Et moi ! N'oublions pas que j'y suis pour beaucoup, hein !, s'esclaffe Tim en me tapant dans le dos.
- Vous n'avez que l'amour en tête, lâche Natasha avec nonchalance. Le quidditch est bien plus important.
Les copains me regardent, pressants. Je crois que c'est à moi d'entrer en jeu.
- Tu ne disais pas ça cette nuit, bébé.
Nat lève les yeux au ciel, elle déteste quand je l'appelle comme ça. Nalani fronce les sourcils, sûrement inquiète.
- C'est-à-dire ?
Je me redresse et bombe le torse, faisant briller mon insigne de capitaine avec suffisance.
- Tu penses bien que je ne peux permettre que ma femme continue de pratiquer un sport masculin.
Les rires éclosent, la table s'ébranle. Les Poufsouffle de première année ne semblent pas très rassurés à l'autre bout de la table.
- Alors là pas d'inquiétude !, s'esclaffe Nalani. Je ne te crois pas, et puis Nat n'arrêterait jamais le quidditch pour...
- Pour lui je serai capable de tout, cap'taine, alors réjouissons-nous que mon petit ami soit l'homme le plus parfait au monde.
- Ben mec !, s'exclame Keith. J'sais pas ce que tu fais aux filles mais ça fonctionne ! Déjà Towler...
Il s'interrompt, mort de rire, évitant de justesse la serviette que lui jette Natasha alors que Nalani compte les points, ravie de les voir s'entraîner en tout temps.
J'attire ma petite-amie dans mes bras, enfouis mon visage dans son cou. J'ai peur de lui répéter trop souvent que je l'aime, elle et personne d'autre.
- Je préfère que tu le dises tout le temps. Ça flatte mon égo et ça m'évite de planifier la mort de Towler ou de Ferton.
- Je t'aime Natasha. Toi et personne d'autre. Toi depuis toujours et à tout jamais.
Le bonheur est là, tout autour de moi. Le bonheur naît dans les yeux de Natasha, dans le rire de mes amis, dans nos jeux, nos joutes, nos sourires. Aujourd'hui, alors que je sais plus que jamais ce qu'être heureux signifie, j'ai confiance en cette vie que nous entamons à peine. Cette vie qui nous appartient et qui sera heureuse, parce que nous la partagerons. Ensemble et à tout jamais.
Calmos, mon petit Jamesie, c'est encore moi qui décide et mon côté sadique n'apprécie guère ce chapitre mielleux... Voyons ce que VOUS en pensez ! Quelle nuit, quel moment avez-vous préféré ? Envie de tuer Hermione ? D'ériger une statue en hommage à Timothée ? A James et Natasha ? N'était-ce pas trop perturbant de ne pas avoir de sang, de meurtre, de tatouage mystérieux dans ce chapitre ? Qu'attendez-vous pour la suite ? Le prochain chapitre s'intitulera « De feux-follets ardents s'embrasa Beltaine » et je n'ose plus prétendre qu'il sera publié rapidement... Mais je ferai tout pour, promis !
