Hello !
Nous revoilà avec le dernier chapitre de l'été qui va cette fois nous faire voyager vers l'Italie. J'espère qu'il vous plaira.
Bonne lecture !
39. Les vignes de Castel Maggiore
Square Grimmaurd, Londres
Lily Luna Potter.
Les lettres peintes à la gouache de botruc dessinées avec fierté cinq ans plus tôt attiraient son attention chaque fois que Lily revenait chez ses parents. Et, toujours, elle se posait la même question : quand partirait-elle ? Fuir était sans doute plus juste tant Lily ne s'était jamais sentie à sa place.
Choyée, aimée, sans aucun doute. Sa mère était présente, complice, attentive. Son père était fou d'elle, ni plus ni moins, ne refusant rien à la petite dernière, sa princesse.
Et pourtant demeurait cette douloureuse impression de n'avoir jamais trouvé sa place. Deux frères aimants, ennemis. Le lion bienveillant et courageux, naïf et manipulable. Le serpent habile et clairvoyant, méprisant et fourbe. Tous deux avaient de bonnes notes, une place dans leur équipe de quidditch. Des amis et des suiveurs, des louanges et des reproches. L'élite de Poudlard.
Ses parents héroïques, brillants parmi l'élite, régnant sur la communauté sorcière britannique. Modèles inatteignables.
Le seul qui semblait s'en accommoder était son grand-grand frère, comme elle aimait appeler James alors qu'elle n'était encore qu'une petite fille. Mais lui se distinguait par ses différences et, si elle savait que James aurait largement préféré ressembler un peu plus à leurs parents, Lily admirait sa singularité.
Ni tout-à-fait Potter, ni vraiment Weasley, James avait toujours semblé posséder un quelque chose en plus. Ce quelque chose, jusqu'à récemment inexpliqué, vibrait au plus profond de lui, faisait partie intégrante de son âme, lui appartenait.
Une force, aux yeux de Lily. Une faiblesse, aux yeux du monde entier qui lui préférait volontiers Albus. Le portrait craché de leur père. Celui qui, déjà bébé, rappelait cette photo d'un autre bébé d'un an au front rougi d'une cicatrice en forme d'éclair. Ce qu'allait devenir Albus importait finalement peu.
Il était l'image du Survivant, celui qui grandirait dans son ombre, rassurante et protectrice, pour atteindre à son tour la lumière.
Ses yeux, magnifiques, attiraient déjà tout l'intérêt.
Lily reposa sur sa table de chevet la photographie d'eux cinq, leur petite famille qui n'en avait jamais été une, et soupira. Quelle place pouvait-elle bien être la sienne ?
- LILY LUNA POTTER !
La petite rousse leva les yeux au ciel, avant d'abandonner sa valise sous son lit et de descendre l'escalier sombre de la maison. Pour la prochaine demi-heure sa place serait à table, entourée de ses parents et de son frère, Albus.
ooOOoo
Une petite île sorcière, au sud de l'Angleterre, près de l'île de Guernesey
Les révélations de Keith Corner et celles de Blaise Zabini avaient fait perdre à James toute notion de temps. A peine se raccrochait-il à ses recherches, pour ne pas oublier sa dernière année à Poudlard qui approchait et l'avenir aux mille possibles qui suivrait.
Les Kandinsky, soucieux de son état, l'avaient invité à les suivre en Normandie, où ils avaient passé trois jours. Chaque année le couple Kandinsky tenait à organiser un petit voyage pour leurs enfants et eux-mêmes et, malgré leurs maigres moyens, ils parvenaient toujours à réserver très tôt un logement dans une région française, pour minimiser les coûts.
Cette année-là, il avait seulement fallu prévenir le petit camping sorcier de Normandie que la tente des enfants ne serait pas occupée par quatre mais par six adolescents. James et Rose avaient insisté pour participer aux frais et, face aux refus des Kandinsky, s'étaient débrouillés pour les couvrir de cadeaux.
James, qui n'avait souhaité parler de ses récents déboires à personne, pas même à Mael, avait ainsi pu profiter de trois jours de calme, entouré par les seules personnes qui étaient au courant de tout et le couvaient de leurs sourires et de leurs attentions. Natasha s'était même permise de plaisanter à ce sujet, proposant à James d'oublier les familles Potter et Zabini pour adopter le nom des Kandinsky. Malheureusement le regard douloureux et perdu de James lui confirma qu'il était encore trop tôt pour aborder ce sujet avec humour tant il traumatisait son petit ami.
A la fin de leur petit séjour, les Kandinsky les avaient déposés près de Guernesey où ils assisteraient à la finale de la coupe d'Europe de quidditch qui verrait s'affronter les français et les italiens.
Rejoints par leurs amis, ils avançaient en troupeau parmi les sorciers provenant de toutes les communautés magiques et James en oubliait ses problèmes au son de nouvelles langues et à la vue de ces hommes et de ces femmes qui portaient sur leurs habits le symbole de coutumes et de traditions qu'il avait hâte de découvrir.
Cette rencontre lui avait permis de revoir certains des jeunes avec qui il avait vécu son test d'aptitude, notamment Charlotte et Nicolas Bonnefoy qui lui présentèrent leurs frères, et Brooke l'Américaine que Natasha fusilla du regard sans vergogne.
Mais aussi ses coéquipiers de Gryffondor, Lorcan qui l'affubla d'un triste sourire, signe que sa mère Luna était au courant de toute l'histoire, et Soizic Azilis, la batteuse qui formait un excellent binôme avec Lucy.
- Je ne devais pas venir, ma mère n'avait pas pu se procurer des places, lui apprit-elle. Et figure-toi qu'un hibou m'a porté trois places. Et un mot énigmatique, comme quoi je ne devais pas me poser de question et aller voir ce match avec mes meilleures amies.
Dans le dos de la jeune fille, James découvrit Lily Evans et Briseis Delanikas, qui observaient une démonstration du dernier tapis volant sur le marché.
- C'est bien, murmura-t-il. Ça va vous faire du bien d'être là, toutes les trois. Comment va Briseis ?
Soizic jeta un bref regard derrière elle, soucieuse. Elle attrapa James par le bras, et il la suivit sur quelques mètres, afin qu'ils s'éloignent de la foule et des oreilles indiscrètes.
- Tu ne t'étonnes pas qu'un inconnu m'offre trois places hors de prix et tu sembles au courant pour la sœur de Briseis… Tu sais que t'as un comportement plus qu'inquiétant ?
- Je connaissais la sœur de Briseis, soupira James. Il me semblait plus important de m'enquérir de son état plutôt que de m'étonner de l'anonymat de ton bienfaiteur.
- J'oubliais que tu accordais ta confiance aveuglément. Eh bien figure-toi que les deux vont de pair. Briseis accepte difficilement la mort de sa sœur, je crois qu'au fond d'elle il reste un infime espoir qu'Amalthéa soit vivante. Et je crois bien qu'elle n'est pas la seule. T'as revu Malek Lespare ? Il vient voir Briseis tous les jours. Il a perdu beaucoup de poids en très peu de temps et résolu des enquêtes en un temps record. J'crois bien qu'il espère venger la mort d'Amalthéa. Et… tu sais… retrouver son cadavre.
- Retrouver son cadavre ?
- Il a disparu parait-il. J'en sais pas plus. Briseis non plus sinon elle me l'aurait dit. Mais ça l'inquiète. Alors, comme elle se sentait impuissante, elle s'est mise en tête de trouver mon anonyme bienfaiteur comme tu dis.
- Et ?
- Rien. Enfin, ma mère est bizarre depuis les questions de Briseis, alors les filles sont persuadées que c'est mon père qui m'a envoyé les places.
La jeune fille haussa les épaules, simulant que l'idée ne méritait pas son intérêt. Mais James pouvait voir à l'étincelle dans ses yeux que la vérité était toute autre.
- Ta mère ne t'a jamais rien dit à son sujet ?
- Seulement ce qu'elle sait. Ils se sont aimés, très fort, mais il avait peur pour moi alors il est parti. Il est en vie selon elle. Mais il n'a jamais cherché à lui parler ou à me rencontrer.
James eut, à cet instant précis, le sentiment d'avoir déjà rencontré le père de Soizic. C'était quasiment une certitude pour lui. Et des visages glissaient sous ses paupières, des visages flous auxquels se mêlait le goût du whisky. Il songea au jour où il avait surpris cette conversation entre Blaise Zabini et ses parents et à cet étrange pub où Athéna l'avait mené. Le Crépuscule des Fruits de Mer. Il y avait passé une bonne partie de la nuit, noyant son chagrin dans l'alcool sorcier le plus fort. Et trois hommes l'avaient veillé, le tenancier du pub et deux clients qui ne le quittaient pas des yeux. Jusqu'à l'arrivée de Blaise Zabini.
Il reporta son attention sur Soizic, dont le regard demeurait vague malgré les attractions qui les entouraient. Non loin d'eux Natasha et Nalani se faisaient prendre en photo par une Rose hilare devant le portrait d'un célèbre gardien anglais qui avait fait sa scolarité à Poudlard quinze ans plus tôt. A Serdaigle, forcément, songea-t-il avant de capter le regard de sa batteuse.
- Soizic, tu as déjà entendu parler de Blaise Zabini ?
La joueuse sursauta, le regardant avec surprise.
- Oui, bien sûr. C'est lui qui a recueilli Briseis. Ils sont en famille.
Le cœur de James se mit à battre de plus en plus vite.
- Je ne l'ai jamais rencontré mais ça ne doit pas être une très bonne personne parce que ma mère a franchement mal réagi quand elle a su que Briseis allait vivre chez lui.
- Ah ? Mais pourquoi ?
- Aucune idée. Mais ça doit remonter à longtemps. Avant ma naissance, sans doute.
James acquiesça, la certitude qu'il avait rencontré le père de Soizic au Crépuscule des Fruits de Mer se faisant plus vive, encore.
- Je dois te laisser, James, je n'ai pas encore parié sur l'issue du match. J'ai entendu parler de votre pari, à tes copains et toi. Vous n'avez aucune chance !, se moqua-t-elle.
James se contenta de sourire. La petite bande avait décidé de choisir ensemble une issue possible sur laquelle parier, et il n'avait pas été évident de se mettre d'accord. Mais peu lui importait le résultat, le simple fait de les voir prendre des décisions ensemble le rendait heureux.
ooOOoo
Ils formaient un attroupement curieux, qui attirait nombre de regards. Rares étaient les sorciers qui savaient qu'ils étaient frères. Demi-frères, officiellement, même si Blaise Zabini n'avait jamais employé le « demi » que pour les taquiner. Dans son cœur, ils étaient ses frères et jusqu'à trois parties de son être.
Ils s'étaient adossés contre la paroi d'un chapiteau, le plus immense, qui paraissait plus impressionnant encore quand il était vide. Bientôt il se remplirait, et la bièraubeurre coulerait à flots. « Bientôt », songea Blaise en voyant les premières dizaines de supporters quitter le stade.
- Qui a gagné à votre avis ?, questionna Edward.
Son ton, méprisant, laissait entendre tout ce qu'il pensait à propos du quidditch. Que du mal, en somme.
- Peu importe, je pense que ce fut un bon match, sourit Comghal.
- Hmpf.
- Tu n'aurais pas dû fermer le Crépuscule, reprocha Blaise à Edward. C'aurait été une journée particulièrement juteuse.
- J'aime ce pub comme il est. Aujourd'hui ce n'est pas moi qui avais besoin de clients mais toi qui avais besoin de nous.
Blaise ne pouvait qu'acquiescer. S'il était là en ce jour, s'ils étaient là tous les quatre, c'était dans le seul but d'apercevoir James. De s'assurer qu'il allait bien. D'essayer de capter son regard, aussi, peut-être. De lui parler, s'il l'acceptait.
- Ca serait pas lui, là-bas ?
Edward avait tout perdu de sa réserve. Il semblait tout bonnement estomaqué. Blaise suivit son regard et repéra la bande de James sans trop de difficulté. Parmi tous les supporters qui les entouraient, James et ses amis dépareillaient, tremblant de la plus puissante euphorie possible.
- Je n'avais jamais vu personne être aussi heureux d'un simple résultat de quidditch, lâcha Dylan, amusé.
La petite bande se rapprochait, et le cœur de Blaise battait à tout rompre. Bientôt ils se croiseraient, il en était certain, le contraire eut été impossible. Ne tenant plus en place il s'avança, sentant la présence de ses trois frères qui le suivaient de près.
Les premiers à passer devant eux sans les voir furent les Serdaigle et les Serpentard de la bande, tellement hilares qu'ils faisaient fi des gens qui les bousculaient. Blaise entendit un tonitruant « Bièraubeurre pour tout le monde ! » au moment où deux amis de James, qu'ils savaient avoir été répartis à Poufsouffle, le frôlaient, et sentit la main de Comghal se poser sur son épaule.
Ce fut à cet instant précis que James leva les yeux vers eux, et que toute joie le quitta. Blaise le vit d'abord sursauter, alors qu'il semblait reconnaître Dylan, puis grimacer douloureusement lorsque son regard glissa jusqu'à lui.
James ferma les yeux quelques secondes et hocha la tête à l'adresse de Mael qui se souciait d'un « ça va, mec ? » plein d'empathie.
Blaise s'approcha doucement de lui, rien ne lui importait davantage que d'arranger les choses avec son fils. Mais James n'était pas de cet avis.
- Je ne veux pas vous parler, affirma-t-il avec fermeté.
- James…
Le jeune homme se glissa parmi ses amis, marchant d'un pas rapide vers le chapiteau.
- Laissez tomber, intervint Natasha d'une voix faible, sans doute pour ne pas attirer l'attention de leurs amis.
- Je veux juste lui expliquer…
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire mais à lui. Il vous écoutera. Mais pas tout de suite. Il a besoin de temps pour digérer. Laissez…
Natasha s'interrompit, se mordant violemment la lèvre inférieure. Blaise comprit que James n'était pas loin, qu'il s'était sans doute arrêté pour attendre sa petite amie et que celle-ci ne voulait pas le trahir en parlant à cet homme qui avait bouleversé sa vie. Il la laissa s'échapper, envisageant de noyer son chagrin dans l'alcool mais un nouveau drame était sur le point d'éclore.
James se précipita vers eux et les dépassa sans que Blaise ne puisse le retenir. Son fils s'arrêta près d'une fille que Blaise reconnut comme étant l'une des batteuses de son équipe. Soizic Azilis. La fille de Dylan.
- Par Merlin, entendit-il la jeune fille cracher. C'est lui, pas vrai ?
Décontenancé, Blaise vit son fils hocher la tête avec compassion. A ses côtés, Dylan n'avait jamais connu pareille tension. James attrapa la main de la jeune fille avec douceur, l'enjoignant à le suivre. Mais celle-ci se déplaça jusqu'à Dylan, ferme et résolue.
- C'est toi, pas vrai ? Les places, c'était toi. T'es mon père.
Sa voix ne contenait plus sa rage et le déferlement de colère qui empreignait tout son être. Dylan hocha la tête, piteusement.
- Nous devrions parler, tenta-t-il.
- T'as eu quinze ans pour venir me parler, gros naze.
La main de la jeune fille claqua la joue de Dylan dans un bruit sourd. James et Blaise se déplacèrent d'un même mouvement pour s'immiscer entre eux, ce qui fit reculer James. Cette fois sa main ne lâcha pas le bras de Soizic.
- Viens, ordonna-t-il.
Il avait plongé ses yeux haineux dans ceux de Blaise. Il ne le lâcha pas du regard en prononçant les prochains mots.
- On n'a rien à faire avec ces deux nazes.
Et comme si rien de pire ne pouvait se produire, un vieil homme aux fins cheveux blancs transplana entre eux, souriant des trois dernières dents qu'il lui restait.
- Je crois que nos jeunes amis ont bien choisi leurs mots. Nazes, voilà qui vous caractérise à la perfection.
Blaise fusilla le vieux James, son grand-père, du regard. Mais déjà le vieil homme posait ses mains que les épaules de James et Soizic.
- Vous n'avez pas envie de leur parler et je le comprends. Mais j'ai moi-même des choses à vous dire et je n'accepterai aucun refus.
- Pour qui tu te prends, vieux fou ?, cracha Soizic.
- Pour votre ancêtre. James Mac Cairill, se présenta-t-il, occasionnant à James un nouveau sursaut de surprise.
- Putain, James, sors ta baguette et débarrasse-nous de cette bande de…
La fin de la phrase s'envola en même temps que Soizic. Le vieux James avait transplané et amené les deux adolescents avec lui.
La petite bande de James vaquait à ses occupations comme si de rien n'était, tout comme les amis de Soizic Azilis. Blaise comprit que son grand-père avait jeté un enchantement pour masquer leur absence dans le but de leur parler à loisir de leurs origines. Et du poids de l'héritage qui en découlait.
ooOOoo
Trois hiboux s'envolaient au loin, satisfaits d'avoir rempli leur mission. James ignora la première lettre, elle portait le sceau de Poudlard et il devina qu'il s'agissait de la liste des manuels dont il devrait faire l'acquisition avant la rentrée. Il se rua sur la seconde, envoyée par le département des transports du ministère de la magie et en lut le contenu avec avidité avant de la glisser dans un pan de sa cape. Cette confirmation, il l'avait attendue avec beaucoup d'impatience. Lui et ses amis passeraient leur examen de transplanage le dernier jour des vacances. Tous partageaient sa hâte, car, comme le disait si sagement Susie, ils pourraient enfin se déplacer autrement qu'à dos de sombrals quand les soucis les rattraperaient. Le troisième hibou avait déposé la dépêche quotidienne de la Gazette des Sorciers et James grimaça en voyant que ses amis faisaient la une. « Peut-on réellement faire confiance à la nouvelle génération ? »
Il ne prit pas le temps de lire l'article. Lui faisait confiance à ses amis, peu lui importait les avis extérieurs. Il ignora tout autant le quatrième hibou, celui qui était resté près de lui, celui qui attendait toujours que James le délivre de sa missive.
- Va-t'en, tenta James.
Le hibou austère ne bougea pas. Ca faisait trois jours que le même manège se produisait, James reconnaissait le hibou de Blaise Zabini et refusait de décacheter ses lettres, avant de se résoudre à le faire, parce que le hibou restait campé sur ses positions. Et parce que James redoutait que Blaise Zabini ait doté son animal d'un piège quelconque pour l'observer, le surveiller. Un piège dont il avait le secret.
Le vieil homme qui se disait être le grand-père de Blaise Zabini avait tout raconté à James. De la vie de Blaise, de son enfance difficile, de la folie de sa mère, de la mort de son père, de sa lâcheté pendant la guerre. Pas de l'après. « C'est à Blaise de te parler de l'après », avait dit James Mac Cairill, dit le vieux James.
L'adolescent soupira et décrocha l'enveloppe de la serre du hibou qui s'envola rapidement. Il posa la lettre sur les précédents, il n'était pas prêt à les ouvrir. Au lieu de ça il reporta son attention sur l'arbre généalogique que le vieux James avait grossièrement dessiné pour lui.
Le premier point, Tuan Mac Cairill.
Des noms effacés, raturés, qui se succédaient.
Des patronymes plus brillants, plus récents, plus parlants.
Le vieux James, son frère, sa sœur.
Leurs descendants, par dizaines.
Des branches partaient dans tous les sens, menaient aux sœurs Delanikas, à Soizic, à Daniel Redox.
James plongea son visage entre ses mains. De fils de héros il était devenu descendant du premier sorcier de Grande-Bretagne. Et le poids de l'héritage n'avait jamais été aussi lourd à porter.
ooOOoo
Londres en ce lundi matin promettait une journée des plus estivales, rendant heureux habitants et touristes, malmenés par le climat en dents de scie qui n'avait pas épargné la capitale anglaise.
Dans le quartier de Barnsbury, près de King's Cross et de ses chemins de fer, un petit appartement du cinquième et dernier étage tremblait légèrement à chaque passage d'un train en partance pour Cambridge ou Newcastle, réveillant l'un de ses occupants dont le sommeil était léger depuis les évènements qui avaient ponctué son été.
Habitué à être le premier levé, James s'étonna d'entendre du bruit provenant de la cuisine, et même plusieurs voix, ce qui lui laissait entendre que Nalani était restée pour dormir. Mais elle n'était visiblement pas la seule à s'être invitée. C'est à ce moment-là qu'il entendu un bruit sourd et fort. Très fort. Comme si une bombe avait explosé à deux pas de lui.
L'appartement n'étant pas très grand, James rejoignit rapidement la cuisine et la première chose qu'il vit fut la Gazette déchirée sur la table. Il faisait la une. Encore.
« James Potter a quitté le nid
Deux versions pour une seule vérité. »
- Je comprends mieux, lâcha James en apparaissant dans la cuisine.
Natasha le détailla rapidement du regard, rougissant à la vue du corps bien taillé de son petit ami, à peine vêtu d'une serviette et dont les cheveux, déjà en épi, dégoulinaient d'eau fraîche.
- C'était l'armoire ?, continua James en questionnant son meilleur ami.
Celui-ci, attablé, regardait la première page de la Gazette, furibond. Il hocha la tête sèchement.
- Reste plus qu'à trouver une excuse pour le propriétaire, conclut James tranquillement.
Il s'affaira, préparant le thé, sortant les tasses, les disposant distraitement sur la petite table. Rose leva les yeux au ciel, Natasha continuait de fixer son torse et Nalani lui tendit un débardeur et un jean propres.
- Depuis que j'ai postulé au département des jeux et sports magiques, je me fais porter la Gazette par hibou express, histoire d'être au courant de tout et de passer mon entretien avec brio.
James acquiesça, servant le thé dans chaque tasse alors que Nalani poursuivait.
- La chouette nous a réveillés, Maël a été le premier à voir que tu faisais encore la une.
- Et l'armoire n'a pas survécu à sa jalousie légendaire, plaisanta James, serein.
- Tu prends tout ça vachement sereinement, s'étonna Nalani. Tu veux qu'on te fasse un résumé ?
- Pas la peine. Vous êtes là, autour de moi, à vous soucier de moi. Natasha ne m'a pas encore embrassé mais franche comme elle est, elle me l'aurait déjà dit si elle voulait me quitter.
La jeune Serdaigle leva des yeux surpris, à la fois soulagée et légèrement frustrée en voyant qu'il s'était habillé.
- Mon meilleur ami, mon frère, est à mes côtés, poursuivit James en désignant Maël. Ces deux-là me laissent penser que je suis le mec le plus chanceux de la terre.
- T'as pas l'impression d'oublier quelqu'un, là ?, railla Rose.
- Tu as raison, Rosie, j'ai énormément de chance de compter dans mes plus proches amies la merveilleuse capitaine de quidditch de Serdaigle.
Nalani éclata de rire alors que Rose frappait James.
- Je vous dis ça parce que… Ce que j'ai sur cette terre, ce qui fait ma vie, est là, dans cet appartement. Pas dans un manoir, square Grimmaurd. Pas en Ecosse, dans un incroyable château. Là. Avec moi. Et je vous dis aussi tout ça parce que… Je pense que j'aurais besoin de vous quand je saurais ce que contient cet article. Mais je sais que vous serez là, alors… Je suis serein, oui.
Il reçut quatre sourires. Pas aussi radieux qu'il l'aurait espéré. Tristes, bourrés de compassion. Alors James soupira et Maël prit la parole.
- Les journalistes se demandent si tu es un ado rebelle qui a décidé de ne jamais se lancer dans la vie active et de redoubler tous les ans pour rester à vie à Poudlard ou si… Ta mère dit qu'ils t'ont obligé à prendre un appartement pour te responsabiliser.
- Ça revient un peu au même finalement, songea James en haussant les épaules.
- Ils disent aussi que tu veux tourner le dos à ta famille. Soit pour te lancer dans la magie noire…
- C'est d'un banal !
- Soit parce que tu ne te sens pas à ta place auprès d'eux.
- C'est tout ?
- Ils font quelques citations, ta prof de petite école qui dit que tu ne tenais jamais en place, une voisine qui t'a toujours trouvé poli, mais la journaliste prétend que tu la dragues.
- Elle n'a jamais voulu de moi, s'exclama James.
- Et Molly et Lucy.
- Oh…
- Molly te défend, tout en restant mesurée. Lucy est un peu plus loquace, ils l'accusent donc de s'être pris un cognard de trop et de raconter des sornettes. C'est tout.
- Je vois. On ira chercher nos affaires ensemble avant la rentrée ?
- Affirmatif, répondit Maël.
- Je ne devrais donc pas trop souffrir des regards mesquins. Tu leur fais toujours peur.
- C'est la même chose pour moi avec Natasha, sourit Rose. Moins grande que Mael mais, vu qu'elle ne se sépare jamais de sa batte…
A nouveau le rire de Nalani raisonna plus fort que les autres.
- Je préparerai un bon plat ce soir, proposa-t- elle en pressant affectueusement le bras de James.
- Et si on sortait, plutôt ?, proposa celui-ci. Avec toutes les personnes qui ne croiront pas un traître de mot de cet article, c'est-à- dire nos amis.
- Tu en as déjà pas mal mais si tu devais payer un verre à tous ceux qui ne croient pas cet article, tu serais fauché en une soirée, assura Natasha.
James haussa les épaules, tirant les rideaux d'un sort informulé, laissant entrer le doux soleil matinal. Nalani ferma les yeux, s'offrant à l'agréable chaleur, un rayon vint embellir la chevelure de feu de Rose et Natasha s'installa sur les genoux de James, enfouissant son visage dans le cou du jeune homme.
- T'es formidable. Et t'as raison, je ne veux pas te quitter. Ni maintenant, ni jamais.
- Alors la presse peut bien raconter ce qu'elle veut. Elle ne peut pas m'atteindre quand tu es dans mes bras.
- J'étais furax, tu sais ? Heureusement que Rose était chez moi. Elle m'a retenue.
- Tu voulais mettre le feu au siège de la Gazette ?
- Non, je voulais tester ma nouvelle batte sur ta mère.
Elle le serra un peu plus, regrettant son aveu, éloignant son amertume dans les effluves boisés de son petit ami.
- On ne vit pas dans le même monde, Nat. Eux… Ils ont dû prendre des décisions dans l'urgence, après la guerre. Ils ont choisi de sauver les apparences, de faire bonne figure, de mentir. Moi je ne ferai pas ce choix. Nous ne ferons pas ce choix. Je compte bien t'épouser, tu sais ? J'attends juste de prendre trois centimètres et trois kilos de muscle de plus et… j'affronterai ton père.
- Il te mange déjà dans la main, il t'accordera la mienne avant même que tu ne la demandes.
- Mais c'est important pour moi de le faire. De les remercier aussi, tous les deux, d'avoir toujours été bienveillants avec moi.
- Toi qui te fiches des convenances et des traditions…
- Mais pas du romantisme, avoua James en rougissant. Je t'aime suffisamment pour espérer, pour croire, que je ne me marierai qu'une seule fois, et que je connaîtrai le bonheur de vivre toute ma vie à tes côtés. J'ai envie de faire les choses bien, parce que je ne pourrai les faire qu'une seule fois. Et aussi, surtout, parce que tu n'es pas n'importe qui. Tu es ma merveille, et je sais que tu adores l'idée, même si tu ne l'avoueras jamais.
- Je ne l'avouerai jamais, ouais, c'est pas mon genre. Tu comptes m'épouser, donc ?
- Plus tard, la rassura James. Mais oui. Et fonder une famille, aussi. Je sais qu'on est jeunes, que tu n'as pas fini Poudlard, tout ça… Mais je sais aussi que tu veux des enfants. Et moi aussi. Ça serait bête qu'on en fasse chacun de notre côté alors qu'on pourrait les faire ensemble, pas vrai ?
- Je suis plutôt d'accord. A l'idée de t'empêcher d'avoir des enfants avec une autre femme. Et à l'idée d'avoir des enfants. Avec toi. A la condition qu'ils héritent de moi, niveau capillaire. Et je sais où tu veux en venir, rapport à la presse. Mais on ne pourra pas empêcher les journalistes d'écrire sur nous et ça m'énerve d'avance.
- Je sais. Je ferai tout pour l'empêcher mais…
- Tu ne parviendras pas à l'empêcher, je sais. J'ai accepté l'idée. Je pourrai même m'y faire si tu fais de moi l'épouse la plus heureuse du monde, ce dont je ne doute pas. Mais toi, fais-toi à l'idée qu'ils ne réagiront peut-être pas de la même manière que toi en lisant ce torchon…
- On fera des démentis. Je donnerai des interviews s'il le faut. Je démentirai chaque mensonge. Je les défendrai de toutes mes forces. Je protègerai notre famille. Ils ne sauront peut-être pas à l'abri de toutes les rumeurs mais ils sauront que leurs parents sont là, présents et aimants. Tu sais, Nat… On dit parfois qu'un enfant reproduit le schéma de…
- C'est des conneries. Mes grands-parents sont méchants d'un côté, complètement barges de l'autre. Mes parents sont doux, compréhensifs et calmes.
- Et toi tu n'es rien de tout ça, sourit James, taquin.
- Voilà, avoua Natasha. Nos enfants, parce que je suis certaine que tu vas insister pour qu'on en ait suffisamment pour former une équipe de quidditch, hériteront sans doute de quelques traits de nos personnalités. On aura peut-être que des garçons qui feront plein de bêtises à Poudlard, ou des filles que tu voudras sur-protéger, peut-être qu'on aura un enfant cracmol, ou peut-être plus, va savoir, mais je suis certaine d'une chose, James. On les aimera. Et on leur montrera qu'on les aime. Au moins autant qu'on s'aime, nous deux.
- Tu es la seule qui peut me rendre aussi heureux, tout le temps.
- Mouais. Avec Mael. Y a qu'à vous regarder rigoler ensemble comme deux strangulots.
- Dis Nat… Il pourra être le parrain d'un de nos enfants ?
- J'imagine que ce sera le premier article de notre contrat de mariage, soupira Natasha en retenant un sourire. Pourquoi crois-tu que j'en veux plusieurs ?
- Des mariages ?, la taquina James.
- Non, des têtes mal coiffées comme la tienne.
- Je savais que tu adorais mes cheveux.
- J'avoue. Mais ne le dis jamais à Rose, j'ai toujours prétendu le contraire.
- Comme si je croyais un traitre mot de ce que tu racontes à propos de lui, souffla Rose.
James et Natasha sursautèrent, se rappelant qu'ils n'étaient pas seuls. Leurs amis leur sourirent, radieux.
- Je pense que Glacey va bientôt annoncer sa démission, lâcha Nalani, moqueuse. Nous, on aura sans doute pas assez d'enfants pour monter une équipe mais James sera leur parrain, à tous. Entre les nôtres et les vôtres, même sans compter ceux de Rose et Tim, Glacey n'y survivra pas.
- Ils n'iront quand même pas tous à Gryffondor !, s'exclama Natasha. D'ailleurs je veux que ce soit indiqué noir sur blanc, beau gosse, tu me feras assez d'enfants pour qu'au moins l'un d'eux soit à Serdaigle.
- Tout ce que tu voudras. On provoquera la démission de Glacey, de Ganesh et même de Wine et Slopa si tu le souhaites.
- Si vous avez autant d'enfants, c'est Briscard qui va démissionner, les taquina Nalani.
- Il se pourrait même que le ministère envisage de fermer Poudlard, ajouta Rose.
- Pourquoi crois-tu que je m'intéresse tant à l'international ?, intervint James avec malice.
- Euh… T'es conscient qu'on aura jamais assez d'enfants pour en placer un dans chaque école de magie du monde ?
- On sait jamais.
- Toi peut-être mais moi, je sais. Je compte bien voler jusqu'à la fin de ma vie. Et je ne suis pas certaine que mon vieux balai supporte plus de cinq grossesses.
- Bah, d'ici là on aura trouvé un moyen pour que les hommes puissent porter les enfants, lâcha Rose.
Mael et James échangèrent un regard entendu.
- Jamais !
ooOOoo
James finirait par connaître Londres par cœur.
Voilà deux semaines qu'il parcourait ses rues et ses quartiers, visitait ses musées et ses parcs, du matin au soir.
Dès que Mael se rendait au ministère, James quittait le petit appartement et vagabondait, pour occuper son corps. Et son esprit. Les moldus ne disaient-ils pas « un esprit sain dans un corps sain » ?
Alors il occupait ses journées pour ne pas penser.
Voilà deux semaines qu'il avait emménagé avec Mael, deux semaines ponctuées de fêtes et de retrouvailles. Parfois l'un de leurs amis sonnait à la porte, quelques bièraubeurre sous le bras. Parfois c'était Mael qui lançait les invitations et tous débarquaient le soir-même avec de la nourriture, des boissons, de la musique et des sacs de couchage qu'ils entreposaient n'importe comment, parce qu'ils étaient jeunes et que les nuits étaient courtes.
Chaque matin, il quittait l'appartement sans se retourner, et seul. Mais il ne le restait pas longtemps, car toujours très vite il entendait « Bonjour, jeune maître » et Athéna emboîtait son pas, le précédait à chaque virage, comme pour assurer sa sécurité, tout comme elle anticipait chaque halte, pour qu'il se repose et lui offre ces câlins qui les rendaient si heureux. Chaque jour, aussi, James se transformait une petite heure, pour parcourir un parc à vive allure, pour faire la course avec Athéna, pour se défouler et ne penser à rien. Une fois ils avaient même atteint les limites de la ville et un petit bois dans lequel il s'était transformé en cerf. Ce jour-là il avait couru plus de trois heures sans s'arrêter, vidant son esprit des yeux de Blaise Zabini et des cheveux décoiffés de Harry Potter.
James n'avait rien dit à ses amis. Et Rose et Natasha n'avaient pas trahi son secret. Ses amis, pourtant, n'ignoraient pas que quelque chose d'important s'était passé. De grave, même, peut-être. Et Mael multipliait les fêtes et les retrouvailles pour cela, pour que jamais son meilleur ami n'oublie qu'ils étaient là, prêts à entendre ce qu'il avait à leur dire.
ooOOoo
Le Crépuscule des Fruits de Mer était plongé dans la nuit noire. L'enseigne, déjà sombre, ne permettait pas d'identifier les lieux. Un homme, pourtant, passa la porte sans hésiter.
- Ah, te voilà enfin, le salua le propriétaire des lieux. Je doute que tu y parviennes mais peut-être l'empêcheras-tu de boire.
Edward Findlay leva les yeux au ciel, ne croyant que très peu à ses propres mots. Il se retourna, continuant d'essuyer les chopes de bière qu'une brosse magique venait de nettoyer.
Le nouveau venu embrassa le petit pub de ses yeux d'un vert brillant, celui-là même qui recouvrait la lande irlandaise, et s'approcha de deux hommes, les seuls présents dans le pub. Les demi-frères du tenancier. Et les siens.
- Comghal, le salua le premier, dont le teint cireux et les épaules tremblantes annonçaient la prochaine pleine lune.
Comghal O'Brien lui offrit une affectueuse pression sur l'épaule, avant d'évaluer les dégâts occasionnés par Blaise, dont les mains et la tête baissée disparaissaient sous d'innombrables bouteilles de whisky.
- Qu'est-ce qu'on fête ?, chantonna-t-il en se débarrassant prestement de son pardessus en velours aux armoiries du roi d'Irlande.
Le Chevalier Irlandais était sans aucun doute le plus agréable des quatre frères. Le plus respectable, aussi. Si Edward portait du sang de gobelin et tenait un pub miteux, Dylan était lycanthrope, et Blaise un ami de Mangemorts doublé d'un alcoolique notoire. Comghal, de par sa situation prestigieuse, aimait à dire qu'il rehaussait le niveau, pas bien haut, d'une famille morcelée.
- Mon désespoir, souffla Blaise entre deux gorgées.
- J'en conclus que James n'est pas venu, hasarda Comghal en s'asseyant près de lui.
- Tu te crois perspicace, cracha Blaise.
- Ne le cherche pas, prévint Edward en tendant à Comghal une chope pleine. Il est d'une humeur massacrante.
- Ce qui ne change guère de d'habitude, sourit Comghal.
Les yeux de Blaise brillèrent d'une lueur effrayante, mais ça n'arrêta pas son frère qui commençait à en avoir marre d'être appelé toutes les nuits pour éviter à son frère de sombrer définitivement dans l'alcool. Son épouse se montrait patiente, car elle savait à quel point Comghal aimait ces trois frères que la vie lui avait offert, mais si le Chevalier ne rechignait jamais à venir en aide à Dylan, dont la condition de loup-garou empoisonnait son existence, ou à Edward, souvent attaqué sur sa condition et son sang, jamais assez pur aux yeux de certains, Comghal considérait que la situation de Blaise ne méritait pas qu'il se mette dans des états pareils.
- Écoute, vieux, je peux comprendre que tu t'en veuilles, que tu regrettes ce qu'il s'est passé chez les Potter et que James ait appris la vérité comme ça, mais tu as une femme et trois gamins qui...
- Quatre.
- Merde, Blaise. J'en ai ma claque de devoir peser mes mots tous les soirs. On sait tous quelle importance tu accordes à James, on sait que tu le considères comme ton fils et tu sais très bien qu'on le considère comme notre neveu. Mais tu n'as pas que lui et tu as tendance à l'oublier. Tu devrais être chez toi, faire l'amour à ta femme, veiller le sommeil de tes gosses. Pas boire l'équivalent de ton poids tous les soirs.
- J'ai pas de conseils à recevoir, ok ? J'fais c'que j'veux q'je sache, merde !
- De la merde, ouais. Tu fais de la merde. Tu as proposé à James de te rejoindre ici un soir, n'importe lequel, et tu l'attends depuis ce jour. C'est les vacances, il vient d'emménager avec son meilleur pote, il est majeur et il a une copine. Il a appris la vérité de la pire des façons et je sais que tu le regrettes, mais il faut que tu comprennes qu'il n'a sans doute pas envie de se pointer ici et de voir quelle embûche la vie a encore voulu lui tendre. Et puis même. S'il débarquait, là, qu'est-ce qu'il verrait ? Un type paumé et ivre. Ça fait cinq-six jours que tu te réveilles pas le matin, qu'Evelyn annule tes rendez-vous parce que tu te fous minable la veille.
- Elle te l'a dit ?, cracha Blaise, sa tête vacillant au milieu des bouteilles.
- Là n'est pas la question. L'important est : si James décide un jour de faire un pas vers toi, s'il lui venait à l'idée de vouloir savoir qui tu es... Il serait déçu. Imagine toi un peu à sa place, tu veux ?
- C'est c'que j'fais. C'est pour ça q'je bois.
- Mais merde, Blaise, tu t'entends ? Tu es triste pour lui, c'est bien. Tu imagines sa souffrance et elle t'est insupportable, c'est bien, ça veut dire que tu pourrais être un bon père. Mais au lieu de te tenir droit et de garder les bras ouverts pour être un pilier dans sa vie tu t'assoies ici et tu bois jusqu'à ce qu'on vienne te remonter les bretelles, tu titubes tellement qu'Edward doit te raccompagner toutes les nuits et carrément te mettre au lit pour les dernières ! Pense à ton gamin ! Pense vraiment à lui ! Boire n'arrangera rien !
- Boire m'aide à oublier qu'il...
- Mais faut pas oublier ! Faut inverser la tendance ! Il ne vient pas ici ? Eh bien bouge-toi, va le voir ! Lave-toi, habille-toi, décuve, et va le voir ! Présente-toi comme tu t'es présenté à nous, droit dans tes bottes, avec un sourire chaleureux et des blagues pas drôles. Prouve-lui que tu regrettes et que désormais tu peux être là pour lui. Que tu le veux dans ta vie. Que tu prendras la place qu'il daignera te laisser dans la sienne, peu importe laquelle. Merde, Blaise, c'est de ton fils dont on parle !
- Comghal a raison, appuya Edward. Ça fait des années que tu ne parles quasiment que de lui, et tu abandonnerais au premier échec ?
- Sans compter l'image qu'il aurait de toi s'il te voyait maintenant, intervint Dylan avec une grimace triste. James ne voudrait pas d'un père comme ça. Toi... Toi tu peux changer. Toi tu peux arrêter d'être ce que tu es en ce moment. Il suffit de te calmer sur l'alcool, de reprendre ta vie en main.
- La situation n'est pas si simple, se défendit Blaise.
- Ta situation est pourtant bien plus simple que la mienne, rétorqua Dylan. Je vis la même chose que toi, je te rappelle. Moi aussi j'ai une fille qui ignorait tout de mon existence. Mais moi je ne peux pas faire partie de sa vie. Parce que je suis un foutu loup-garou et que je ne peux rien y faire. Je suis condamné à vivre avec ça toute ma vie. Pas toi. Alors bats-toi. Va le voir. Écris-lui. Insiste.
- Il refusera peut-être, reprit Comghal, mais tu continueras. Parce que tu l'aimes, ce gamin.
- Plus que mon whisky et mes huîtres, lâcha Edward avec un faux-air de désapprobation.
Au dehors l'enseigne était balayée par les vents violents. Couverte de sel marin, elle demeurait, soir après soir, le témoin unique de l'amour et du soutien que se portaient quatre demi-frères.
ooOOoo
Depuis l'affaire Hugh Irving et son test d'aptitude, Mael avait émis le souhait de se rapprocher de la capitale anglaise, afin de poursuivre l'accompagnement du jeune né moldu et de veiller à ce qu'il ne trahisse pas le Secret Magique.
Les parents de Mael l'avaient aidé à trouver un appartement en périphérie de Londres, et le jeune homme s'y était installé au début du mois d'août, avant de très vite trouver le colocataire parfait en la personne de son meilleur ami.
L'appartement n'étant pas très grand, James s'était installé dans un ancien débarras, somme toute petit, mais confortable. Pouvant utiliser la magie depuis sa récente majorité, il avait métamorphosé quelques vieux meubles. L'ancienne panière à linge faisait une armoire des plus appréciables, une table basse à trois pieds avait été transformée en un bureau simple et fonctionnel, sur lequel James avait disposé ses devoirs de vacances, déjà terminés depuis plusieurs semaines, quelques manuels scolaires, et la suite du mémoire qu'il avait remis à la fin de sa sixième année. Il remettrait la seconde et dernière partie un mois avant de se présenter aux Aspics. Une soutenance clôturerait ses examens, et James avait pris beaucoup d'avance et réalisé suffisamment de recherches pour prendre confiance. Il espérait réussir la fin de sa scolarité et ainsi décrocher le poste de ses rêves.
Après son test d'aptitude, James avait reçu plusieurs propositions professionnelles, comme l'ensemble de ses camarades, et son choix premier s'était porté sur la plus mystérieuse de toutes. S'il réussissait brillamment ses Aspics, il s'envolerait pour l'Inde, où un mage prendrait en charge son apprentissage.
James jeta un regard derrière lui, pour s'assurer qu'il n'avait rien oublié, et quitta cette pièce qui était devenue sa chambre, en vue d'aller faire quelques courses ou une petite balade dans un parc, de quoi se dégourdir les jambes. Et les pattes.
Mais, visiblement, un visiteur en avait décidé autrement, et le tintement de la sonnette attira la curiosité de James. Ses amis avaient pris l'habitude d'entrer sans frapper, ce qui avait créé des situations gênantes et drôles, comme lorsque Clifford avait trouvé Mael et Nalani étroitement liés sur le canapé, ou lorsque James avait découvert qu'Oscar et Susie étaient venus trouver dans sa chambre l'intimité qui leur faisait défaut chez leurs familles respectives.
Des situations plus drôles que gênantes, finalement. Exactement le contraire de celle qu'il s'apprêtait à vivre. Car sur le palier se tenaient deux personnes qu'il ne pensait pas revoir de sitôt. Les meilleurs amis de son père, son parrain et sa marraine, qui ne lui avaient jamais témoigné plus d'intérêt que ses parents. Aussi James prit peur.
- Que…
- Personne n'est mort, répondit précipitamment Ron. Je veux dire… Tout le monde va bien.
Hermione parut quelque peu énervée qu'il se comporte avec maladresse, elle semblait avoir appris son texte par cœur et James s'écarta pour les laisser entrer, conscient qu'ils n'étaient pas là sans raison.
- J'imagine que vous savez que Rose n'est pas ici.
- Oui, répondit Ron en se laissant tomber sur le canapé. C'est toi qu'on est venu voir.
- Une soudaine envie de passer du temps avec votre neveu préféré ?, rétorqua James avec ironie.
Le couple le regarda pousser un fauteuil en face d'eux, pour pouvoir leur faire face.
- Tu n'utilises pas la magie ?, s'étonna Hermione. Tu le peux désormais.
- Je le peux, ça ne veut pas dire que je dois sortir ma baguette toutes les trois secondes.
James haussa les épaules, s'adossant confortablement dans l'attente d'il-ne-savait-quoi. Ce n'était pas à lui de parler et la saison de l'espoir était terminée depuis longtemps. Tout au plus était-il intrigué par la présence de ce couple. Et par ce qu'ils avaient amené avec eux.
- Sont-ce mes effets personnels ?, demanda-t-il avec amusement. Ma mère a-t-elle vidé ma chambre pour y créer un sanctuaire dédié au quidditch ?
Hermione et Ron échangèrent un regard ennuyé, visiblement étonnés que James, qu'ils avaient toujours vu encaisser sans jamais se plaindre, emploie désormais la dérision en parlant de sa mère.
- Ta mère est peinée de ton départ, tenta Ron.
- Allons, balaya James, peu crédule. Venez-en aux faits. Je sais que votre temps est précieux, et je ne doute pas que mon père vous ait mis au courant. Alors, quoi ? Vous êtes venus procéder à ce fameux test ?
- Nous ne sommes pas médicomages…
- Je suis certain que tu es capable de tout, Hermione.
James ne prit pas le temps de préciser son point de vue, laissant volontairement le double-sens transcender ses propos. Hermione le comprit sans mal, et l'affubla d'un sourire triste et nostalgique. Tous deux se rappelaient de leur dernière conversation, lorsque James avait supplié Hermione de soutenir Rose et de ne pas s'immiscer dans la relation qui l'unissait à Timothée. Un échec de plus pour celui qui ne les comptait plus.
- Nous avons beaucoup réfléchi, reprit Hermione d'une voix sérieuse. Nous avons commis beaucoup d'erreurs, ton père également, et pourtant tu ne nous as jamais trahi. Tu as même fait tout l'inverse, en apportant à ton père la preuve que les frères Zigaro n'étaient pas ceux qu'ils laissaient entendre, et qu'ils menaçaient notre communauté d'un soulèvement...
- Une déferlante géante qui anéantisse toute vie humaine sauf les rares élus qui étaient prêts à ployer le genou, ce n'est pas ce que j'appelle un soulèvement.
Hermione, les mains jointes sur ses jambes, tiqua. James la vit frémir légèrement et sut que plus rien ne pourrait l'arrêter.
- Aucune vague géante ne déferlera jamais sur le monde. La Source n'existe pas, James.
- Peu importe.
- Peu importe ? Je ne crois pas que ça importe peu, justement.
- Et moi si, rétorqua James avec assurance. Lorsqu'un petit malin veut faire croire à un autre que quelque chose existe, peu importe quoi, une divinité, une légende, un mythe, un miracle, il provoquera de fausses preuves. La Source n'aurait sans doute provoqué aucun tsunami géant, mais les Zigaro se tenaient prêts à le faire pour convaincre les sceptiques et les obliger à les rejoindre. C'est contre cela que je me suis battu, et non parce que ces deux frères vous avaient manipulé, mon père et toi. Mais parce qu'ils avaient fait de la manipulation leur pratique quotidienne, parce qu'ils se servaient de la Source comme d'un prétexte, parce qu'ils ne sont pas plus croyants que toi et moi, et qu'ils voulaient juste le pouvoir, comme tous les mages tordus avant eux...
- Tu ne devrais pas utiliser le passé pour parler d'eux, lui conseilla Ron d'une voix douce. Ils reviendront, James. Ceux qui ne rêvent que de pouvoir n'abandonnent jamais leurs ambitions. Tu-sais-qui... Je veux dire, Voldemort... Voldemort n'a jamais abandonné. Il a essayé de revenir encore et encore jusqu'à ce que ton père nous débarrasse définitivement de lui.
James hocha la tête, plus surpris de voir Ron hésiter à prononcer le nom de Voldemort que d'entendre que les frères Zigaro reviendraient. Il le savait. Au fond de lui, il n'ignorait pas qu'il n'en avait pas fini avec eux. Il profitait juste de l'accalmie, en espérant que ses amis et lui s'en sortiraient aussi bien la prochaine fois qu'ils se retrouveraient face aux deux frères.
- Puisque nous parlons de Voldemort, reprit Hermione, venons-en au but de notre visite.
Elle souleva la boite qu'ils avaient apportée et James débarrassa la table basse des cadavres de bouteille et prospectus qu'elle portait afin qu'Hermione y dépose la boite, l'invitant à l'ouvrir. C'était du bel ouvrage, une pièce d'un bois sombre et épais, et le contenu était tout aussi agréable à regarder. Des objets anciens, emplis d'une magie qui crépitait au point de le faire frissonner. James reconnut l'exemplaire original des contes de Beedle le Barde, une vieille coupe portant les armoiries de Poufsouffle et scindée en son sein, un vif d'or, des cahiers de notes et un petit sac à main bordé de perles. A ces objets hétéroclites que James devinait synonymes de mystères et d'aventures, s'ajoutait une Pensine.
Hermione sortit de son propre sac une fiole de souvenirs qu'elle lui tendit, l'air grave.
- J'ignore si tu as déjà fait le test ou non, mais je suis sûre que quel qu'en soit le résultat, tu n'oublieras jamais ta famille. Harry, Ginny, Albus et Lily. Tous les Weasley. Nous. Bien sûr, quel que soit le résultat du test, tu restes un Weasley, à tout jamais. Notre neveu, celui de Bill, Georges, Charlie, Percy, le petit-fils d'Arthur et Molly, le frère d'Albus et Lily. Seuls Harry et le nom qu'il t'a légué pourraient t'être soudain étrangers. Mais pas illégitimes. Bien qu'il n'ait pas été un meilleur père que les parents déplorables que nous sommes, Harry t'aime et te considérera toujours comme son fils, qu'il t'ait transmis ses gênes ou non.
- C'est ça qui te fait peur ? Que le test m'apprenne qu'il n'est pas mon père biologique et que je l'abandonne ? Que je change de nom, peut-être ? Tant qu'à faire je pourrais aussi changer de prénom. Parait que Blaise Zabini voulait m'appeler Joshua. La Gazette en ferait ses titres pendant des jours ! « James Potter devient Joshua Zabini » ! « James Potter abandonne sa famille et renie jusqu'à son nom » ! « James Potter dévoile enfin son côté obscur et abandonne les héros nationaux pour un ami de Mangemorts » !
- Tu ne le ferais pas, affirma Ron.
- Non je ne le ferai pas. Peu importe ce que m'apprendra ce fichu test, je ne déploierai pas davantage de honte sur votre famille, si c'est ça qui vous inquiète…
- Et tu n'es pas le fils de Blaise Zabini, coupa Ron.
- Tu n'en sais rien.
- Tu as hérité des cheveux de ton père.
- J'ai hérité des yeux de Blaise Zabini.
- Et ? Que t'aurait-il légué de plus ? Des gênes ? Du sang ? Vois-tu seulement la différence entre ton sang et celui de tes amis lorsqu'une aventure de plus vous blesse à la limite de la mort ? As-tu seulement idée de ce à quoi tes gênes ressemblent ? Non. Personne ne le sait. Parce que nous ne sommes pas des laboratoires, des microscopes ou un quelconque sort. Parce que nous ne sommes pas faits que de gênes et de sang. Tu as appris à parler, à marcher et à voler à Londres, pas auprès de Zabini mais de ton père. C'est lui que tu attendais toutes les nuits, pas Zabini. C'est lui que tu as appelé « papa », ton premier mot. C'est lui qui t'a élevé et qui a fait de toi ce que tu es devenu. Ne cherche pas auprès d'un autre ce qu'il n'a pas su t'offrir.
- Pourquoi ? Parce qu'il était à Serpentard ? Albus est à Serpentard, Albus a essayé de tuer Natasha, et pourtant tu l'as toujours préféré à moi, pourquoi diable ne pourrais-je en faire autant ? Ma mère m'a dit que Blaise s'inquiétait pour moi, toutes ces années, qu'il aurait voulu s'occuper de moi…
- Mais il ne l'a pas fait !
James recula en voyant Ron se redresser. Son oncle n'avait jamais été violent devant lui, mais en ce jour il était plus impressionnant que jamais. Hermione posa sa main sur le bras de son mari et l'attira doucement, pour qu'il se calme.
- James, nous ne sommes pas ici pour te dire quoi faire. Tu es majeur et…
- Et ce serait très mal placé venant de deux personnes qui se sont fichu de mois pendant dix-sept ans.
- Tu as raison, reconnut placidement Hermione. Nous ne sommes pas venus nous justifier car nous n'avons aucune excuse. Nous sommes là pour t'expliquer. Pour que tu comprennes que… que si nous n'avons pas d'excuse, nous avons des… des circonstances atténuantes.
- Vous voulez parler de la guerre ?
- De la partie immergée de l'iceberg, celle dont les livres ne parlent pas. Parce que nous trois, seulement, la connaissons. Nous trois et Ginny, bien sûr. Ron et moi… Et ton père est d'accord avec nous… Nous pensons que tu es en droit de connaître la vérité.
- Bien sûr, répéta James avant de ricaner. Par Merlin, j'ai débarqué à Poudlard en ne sachant pas ce que vous aviez accompli ni même qui était Voldemort ! Jusqu'à mon arrivée à Poudlard je croyais que mon père était célèbre parce qu'il « arrêtait les méchants » ! Vous pouvez repartir avec tout ça, je n'en veux pas. Je ne doute pas que ce soit intéressant et que j'y trouverai bien plus que des réponses à mes questions mais... L'essentiel de l'histoire, de celle de mes parents, votre histoire... Je connais l'essentiel. J'ai du l'apprendre dans les livres et de la bouche d'inconnus parce que vous avez attendu longtemps avant de venir à moi. Trop longtemps. C'est trop tard désormais. La seule chose que je puisse vous souhaiter, c'est que Rose ne partage pas mon avis. Alors vous devriez partir, vous devriez les rejoindre Hugo et elle. Peut-être auront-ils envie d'ouvrir cette boite. Ou peut-être vous diront-ils la même chose que moi, que vous arrivez trop tard. Beaucoup trop tard.
Ron se leva, plus penaud que véritablement inquiet. S'il était sûr d'une chose en ce monde, c'est qu'il aimait son fils et sa fille plus que tout. Il ne commettrait pas les mêmes erreurs que Ginny et Harry. Il ne les laisserait pas partir.
Hermione se dressa à ses côtés, sortant une enveloppe de sa cape.
- Ta mère m'a donné ça pour toi.
James regarda d'un air railleur la lettre qu'elle lui tendait.
- Oh, grand-père a dû lui rappeler ce que son instinct maternel oublie régulièrement, elle lui a promis de m'écrire une fois par mois. Tu n'auras qu'à lui dire que je n'en veux pas et qu'elle peut désactiver cette alarme qu'elle fait sonner tous les mois pour se souvenir que j'existe.
Ainsi déversé son flot de colère, il leur ouvrit la porte, n'élucubra nul au-revoir et se rassit dès qu'il eut refermé la porte derrière eux, enfouissant son visage entre ses mains.
ooOOoo
Deux heures s'étaient écoulées quand Mael entra du ministère de la magie. Et pourtant, James demeurait immobile et prostré, culpabilisant de toujours souffrir du manque de tendresse et de perspicacité de sa famille.
Mael envoya valser ses clefs et son blouson et attira deux bièraubeurre d'un coup de baguette, s'installant face à James. La veille, Rose avait offert de sublimes photographies mouvantes d'une escapade nocturne à travers les bois. La première image montrait un cerf majestueux qui contemplait avec dévotion un Phénix au pelage bleuté. La seconde les voyait courir à perdre haleine à travers les arbres. Mael ne cessait de fixer les images, toujours abasourdi par le don de son meilleur ami.
- Tu m'as senti arriver ?
James hocha la tête. Il passa une main lasse dans ses cheveux, en espérant que la présence de Mael occuperait suffisamment son esprit pour en chasser le souvenir de Ron et Hermione.
- Tu... Tu ressens vraiment tout ?
- A la limite des capacités sensorielles des deux animaux qui sommeillent en moi, oui. Je possède la vue, l'ouïe, le goût, le toucher et l'odorat du chien et ceux du cerf.
Et s'il en avait douté pendant des années, si la théorie ne l'avait pas toujours passionné, les connaissances de Natasha sur le sujet étaient si vastes, ses discours si enflammés qu'il n'avait plus aucun doute. La jeune Serdaigle souhaitait consacrer sa vie aux métamorphoses animales et rien ne la passionnait davantage que la transfiguration.
- Alors... Quand Nalani est là...
- Je la sens arriver. Et puis je ferme mes sens, pour ne pas m'immiscer dans votre intimité.
- Tu les fermes ?
- C'est Natasha qui m'a appris à le faire. C'est une sorte de clapet invisible. Il suffit juste d'apprendre à le fermer.
- Et tu y arrives ?
- Il le fallait bien, vu que je n'ai ni le droit ni l'envie d'entendre ce que vous faites quand vous vous enfermez dans ta chambre...
- A la bonne heure, se réjouit Mael. On peut donc parler de ce que faisaient les meilleurs amis du Survivant dans notre humble demeure. La jolie voisine de droite vient de me dire qu'un couple était passé et vu la description...
- Ils se sont rappelés que je suis leur filleul, éluda James.
- T'as envie d'en parler ?
- D'eux ?, demanda James, surtout pour lui-même. Pas vraiment. Mais je voudrais te parler d'autre chose. Un sujet que j'aurais dû aborder avant. Tu as... Une heure devant toi ?
- Pour toi ? Toujours. Toute la vie, même.
James esquissa enfin un sourire, puis rembobina le fil de ces derniers jours, pour revenir à son anniversaire, à la première lettre de Blaise Zabini et à cette conversation qu'il n'aurait jamais dû entendre, cette conversation qui avait tout changé, même s'il n'en était pas encore pleinement conscient.
ooOOoo
Une nappe de nuages sombres recouvrait la capitale anglaise, déversant des trombes de pluie qui assourdissaient la petite chambre. Sans pour autant étouffer les cris d'une jeune adolescente de quinze ans aux longs cheveux roux.
- Ils sont allés voir James, pour lui montrer ce qu'ils m'ont montré. Et il n'a rien voulu voir non plus.
Natasha hocha la tête, l'enjoignant à poursuivre. Rose et elle s'étaient installées sur son lit, loin de son frère et de ses sœurs qui regardaient un film au rez-de-chaussée.
- Je leur ai dit ce que j'avais sur le cœur. Un peu trop franchement, en fait. Qu'ils nous avaient tenu à l'écart de la vérité bien trop longtemps, que même les enfants de moldus en savaient plus sur notre famille que nous, que James s'était pris ça dans la gueule à son arrivée à Poudlard et qu'il nous avait parlé, à Albus, Lily, Hugo et moi. Que je n'aurais pas aimé être à sa place, être l'aînée. Que si ça avait été le cas, j'aurais fui depuis longtemps, j'aurais quitté la maison, abandonné ma famille. Alors... Alors ma mère m'a dit que je pouvais toujours le faire. Elle était énervée, tu vois. Je crois qu'elle ne le pensait pas vraiment. Mais j'étais énervée moi aussi alors... Alors j'ai pris mes affaires et je suis venue ici. Et avant de claquer la porte je leur ai dit que je ne reviendrai plus. Que je ne reviendrai plus jamais.
Natasha se précipita pour la prendre dans ses bras et alors qu'elle l'a serrait plus fort en rêvant de lui enlever un peu de sa peine et des sanglots qui la déchiraient, Natasha songea qu'ils avaient beau avoir des circonstances atténuantes, elle ne pardonnerait jamais au Trio d'Or d'avoir fait tant souffrir les personnes qu'elle aimait le plus.
ooOOoo
Mael faisait les cent pas, ignorant les pizzas qu'un moldu de leur âge venait de livrer et qui refroidissaient malgré l'attablée qui n'attendait que lui. James avait disposé à la va-vite deux assiettes, des couverts, et deux nouvelles bièraubeurre, mais davantage pour se donner une contenance que par faim. Il découpait minutieusement la première pizza lorsque Mael s'arrêta pour lui faire face.
- Écoute mon pote… J'veux pas dire mais… t'es pas métisse pour une noise.
- Ma mère a la peau très claire.
- T'es aussi mal coiffé que ton père.
James soupira, ses yeux vagabondant dans la petite pièce à vivre, noyau de cet appartement sommaire – délabré, disaient Nalani et Natasha – qui leur convenait à tous deux parfaitement.
- La magie peut modifier les cheveux, mais pas les yeux. Et j'ai ses yeux à lui. A Blaise Zabini.
- Susie a les yeux bleus, ta mère et ta sœur aussi, c'est pas pour ça que vous êtes frère et sœur.
- Je sais bien...
Les questions que soulevaient Mael, James se les était posées des milliers de fois. Et pourtant il avait l'impression d'avoir plus peur, encore, des réponses. Il se confia, racontant à Mael les lettres de Blaise, celle que sa mère lui avait lu avant qu'il ne quitte le square Grimmaurd, ses mains qui se pliaient et se dépliaient, l'envie qu'il avait de se tenir devant Blaise Zabini, de lui casser le nez, de l'écouter parler, de le laisser le prendre dans ses bras, aussi, surtout.
Il parla longtemps, si longtemps que la nuit était tombée depuis longtemps lorsque la sonnette retentit à nouveau.
- Je vais ouvrir, se proposa Mael. Mais je te préviens, si c'est le Survivant ou ses deux copains, je m'autorise à leur péter la gueule.
Les lèvres de James s'étirèrent en une grimace douloureuse. Les visages de sa mère, de son père et de Blaise défilaient à une vitesse folle dans sa tête, sans qu'il ne parvienne à en arrêter le flot vertigineux.
- Euh James... Je crois que c'est pour toi, mon pote. C'est… Comment vous avez su qu'on habitait ici ?
James tendit l'oreille, ne comprenant pas à qui parlait Mael. Il avait un mauvais pressentiment.
- J'ai écrit à James et j'ai... suivi mon hibou.
Une voix gênée, rauque et chaleureuse. Mael s'effaça pour faire entrer l'inconnu, lançant un regard désolé à son meilleur ami et Blaise Zabini entra dans ce salon trop petit pour lui. « Il est grand », songea James. Agrandi par sa posture élégante, aristocratique, il portait un pardessus en velours grenat et se reposait sur une canne en ivoire bleutée d'une grande prestance.
- Bonjour James. Et bonjour Mael, excuse-moi, je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Blaise Zabini.
- Je sais, marmonna Mael. Ça vous dérange si je reste ?
- Pas le moins du monde, voyons ! Je suis chez vous et je ne me suis même pas annoncé… Je sais que je n'ai aucun droit de me tenir ici, James, mais… Je voulais vraiment te revoir avant que tu ne repartes à Poudlard. C'est ta dernière année, après tu partiras découvrir la vie, travailler…
- Vous avez peur de perdre ma trace ? La presse me précédera toujours, vous savez. Et puis… Vos indics ont fait du bon boulot jusqu'à présent, pas vrai ?
- Je les ai congédié depuis… peu, je te le concède, répondit Blaise avec gêne. Mais… Je sais que j'ai mal agi, vraiment. C'est Ginny qui te l'a dit ?
- Oh non. Je ne parle plus à ma mère. C'est votre grand-père.
- Ce vieux fou, marmonna Blaise, vexé. Il a bien fait de te le dire, finit-il par reconnaître. J'avais trop honte pour le faire. La paresse des Serpentard… Tu peux me tutoyer, tu sais.
- J'ai beaucoup de mal à tutoyer les gens que je ne connais pas.
- C'est parce que je suis vieux. Avec les gens de ton âge tu es très avenant.
- Ils courent moins le risque d'être mon père.
Blaise baissa les yeux, cherchant visiblement ses mots. Mael s'adossa au mur, hésitant. Son meilleur ami était envahi de colère et de détresse, et quand l'une ne détrônait pas l'autre, elle cherchait à prendre le dessus, indéfiniment.
- Je suis désolé, James. Désolé d'avoir été si lâche, d'avoir accepté de ne jamais rien te dire…
- Pourquoi avoir changé d'avis ?
- Parce que l'envie de te rencontrer était plus forte que… que tout. Parce que je m'en veux de n'avoir pas été là pour toi. Parce que je regrette ces moments que nous avons passé loin l'un de l'autre, les Noel, les anniversaires, les vacances, tes premiers pas, ton premier vol, tous tes matchs à Poudlard… J'ai acheté une écharpe aux couleurs de Gryffondor, tu sais ? Je voulais la…
- Non je ne sais pas ! Je ne sais rien de vous ! Je ne sais rien de moi, de mes origines ! Je ne sais même plus qui est mon père !
- Le test…
- Je ne ferai pas le test.
La fermeté de sa voix surprit les trois hommes. Blaise, qui en recula. Mael, étonné que son meilleur ami ait pris sa décision si vite, au terme d'une réflexion si courte. Et James lui-même, soulagé d'avoir fait le bon choix.
Bizarrement, il était satisfait de lui-même. Satisfait de ne pas devenir cette arme pour des journalistes sans pitié, satisfait d'ouvrir des portes qu'il n'aurait pas à fermer de lui-même. Bien sûr, il prenait le risque de voir l'un de « ses deux pères » fermer une porte. Mais lui ne ferait pas ce choix. Lui avait choisi de ne pas savoir. L'ignorance était son choix.
Et Blaise acquiesça, conscient qu'il n'avait d'autre choix que d'accepter la décision de James.
- Vous acceptez ?, s'étonna celui-ci. Vous ne cherchez pas à…
- A quoi ? A prendre le risque que celui que je considère et que j'aime comme mon fils soit détruit par la couleur d'une potion ? Peu m'importe le résultat d'un quelconque test que la magie pourrait modifier, James. J'ai toujours débordé d'une confiance ahurissante et de certitudes que mon épouse et mes quelques amis trouvent pathétiques. Moi, je sais que tu es mon fils. Je n'ai besoin de rien d'autre pour t'aimer, pour te vouloir dans ma vie.
James ne chercha pas à dissimuler son émotion face à cet homme qui, enhardi par sa propre audace, n'en finissait plus de parler et de gesticuler. Il observait ses mimiques et ses faiblesses, s'abreuvait de cette voix tonitruante, se nourrissait de ces mains qu'il brandissait avec fougue, oubliant cette canne qui ne lui servait que d'apparence.
- … alors je me disais, il fait beau, tu retournes en Ecosse dans dix jours et tu pourrais venir avec tes amis et ta petite-amie aussi, et…
- Venir ? Venir où ?
- Chez toi, James ! Je t'ai légué une part de mon domaine, à Castel Maggiore. En Italie.
- En Italie ?
- Oui, en Italie. On partira quand tu voudras. T'as le choix de séjourner dans le château, avec nous, ou dans ta propre forteresse. Elle est assez vaste, de quoi inviter une dizaine d'amis, chacun aura sa chambre, sa salle de bains, son…
- Mais…
- Ça ne t'engage à rien, tu sais. Si tu me demandes de t'y rendre seul ou seulement avec tes amis, sans nous, je n'y verrai aucun problème. Mais j'aimerais bien qu'on y aille ensemble, te montrer les petits villages avoisinants, te présenter ton personnel, te faire goûter ton vin…
- Rien ne tout ça m'appartient, voyons ! Je…
- Ça fait trop d'un coup, je suis désolé. On a le temps de voir tout ça. Tu n'auras qu'à séjourner au château avec nous. On te laissera toute une aile, pour que tu y sois tranquille. Sinon Haïdar risque de te suivre comme ton ombre et, tu peux me croire, il est aussi tenace que moi et bien plus rapide que moi ! L'aile Sud sera parfaite, six chambres somptueuses avec vue sur la mer, je suis certain que ça te plaira. Mael, tu es le bienvenu bien sûr !
- Ça me va, sourit Mael, envoyant un discret clin d'œil à son meilleur ami. Les filles vont en tomber à la renverse, murmura-t-il pour lui-même.
- ….sera juste une petite première visite, simple et sans conséquences, juste pour visiter l'endroit, te reposer un peu avant cette année qui ne va pas être de tout repos…
- D'accord, coupa James.
Il ne savait pas pourquoi il acceptait.
Il avait promis à Natasha de l'amener à Paris, elle rêvait de découvrir le Louvre et il avait réservé cette table à la Mélasse Givrée.
Et puis il leur fallait vider l'appartement, régler les derniers détails avec le propriétaire, effectuer leurs derniers achats sur le Chemin de Traverse, prendre le Poudlard Express une dernière fois.
Mais l'enthousiasme de cet homme le mettait en confiance. Le sourire de Mael le rassurait. Il proposerait à quelques personnes de se joindre à eux. Natasha et Nalani, bien sûr. Rose, évidemment. Louis, aussi…
- Tu n'es pas obligé de leur dire, James. Je me plierai à tes volontés, je te le promets.
- Merci monsieur, souffla James, ému.
- Blaise, rectifia celui-ci avec un immense sourire. Ou papa, bien sûr, ajouta-t-il maladroitement.
- Merci… Blaise. Je vais essayer de te tutoyer, ok ? Et puis… J'aimerais bien qu'on fasse ces choses dont tu parles. Visiter un peu, rencontrer les habitants de Castel… Castel…
- Castel Maggiore. On fera tout ce que tu voudras mon grand. Tu vas voir, tu vas adorer ça.
- Euh… Oui, j'en suis certain. Au fait… Qui est Haïdar ?
ooOOoo
« Cher James,
Je ne sais pas pourquoi je dois ajouter « cher » devant ton prénom, c'est la première lettre que j'écris, mais Jasper est à côté de moi et il m'aide. Je crois que c'est Scorpius Malefoy qui lui a appris à écrire des lettres. C'est ça, il vient de me le confirmer.
Donc, je suis Gwenog Kubrick. Il paraît que tu ne peux pas le savoir si je ne te le dis pas mais que je devrais quand même signer à la fin. Je ne comprends pas l'intérêt mais soit.
Il paraît aussi que je dois te remercier de venir nous voir, Jasper et moi. Que tu n'es pas obligé de le faire. Jasper croit qu'Amalthéa est vraiment morte et qu'elle ne reviendra jamais me voir. Moi je crois qu'elle reviendra. Après tout on ne peut pas mourir, Jasper et moi, je ne vois pas pourquoi elle le pourrait. Jasper dit que c'est parce qu'elle vivait, elle. Qu'elle était humaine et pas nous. Mais je n'y crois pas. Nous avons si peu de gens qui se soucient de nous, s'ils meurent nous serons seuls et je ne veux pas rester seule avec le garçon qui prend Scorpius Malefoy pour un Dieu.
Depuis qu'elle ne vient plus, on voit plein de gens. Toi, la directrice de l'école d'Irlande, Malek Lespare, le directeur de Poudlard et un autre homme au moins aussi vieux que lui. Il s'appelle James, lui aussi. Le vieux James. Il connait bien Amalthéa lui aussi. Il nous porte des bonbons et des livres compliqués. Et il nous fait rire. C'est agréable. Scorpius Malefoy est venu voir Jasper, aussi. Et un animal veille sur nous tous les jours et toutes les nuits. Parfois un chien, parfois un loup. C'était amusant au début mais on s'ennuie beaucoup.
Voilà, c'est fini pour aujourd'hui mais je peux recommencer si tu veux.
Veuillez recevoir l'expression de mes salutations distinguées même si je ne sais pas ce que ça veut dire.
Gwenog »
Le cœur de James se serra en même temps que ses lèvres s'étiraient. Gwenog faisait naître en lui des sentiments paradoxaux, mais pour rien au monde il ne les aurait abandonnés, Jasper et elle.
Il glissa la lettre de Gwenog dans son sac, se promettant de lui répondre au plus vite. Mais avant ça il avait une autre lettre à écrire. Et son sourire se fana.
ooOOoo
« Salut à tous,
J'espère que vous allez bien.
On se verra dans quelques jours, à King's Cross, mais je voulais vous annoncer quelque chose, avant que la presse ne s'en charge.
Je pars avec quelques copains en Italie, chez Blaise Zabini.
Je voulais vous prévenir, aussi, que je ne ferai pas le test.
A bientôt
James. »
ooOOoo
Gare de Bologne, Italie
Le train en provenance de Milan arriva en gare en un crissement familier. Une foule disparate envahit les quais, observée d'une moue critique par un homme et une femme d'un âge certain, semblant sortir tout droit d'un film d'époque.
L'homme, aux cheveux poivre et sel soigneusement peignés, était vêtu d'un costume trois pièces malgré la canicule. La femme, dont les cheveux gris étaient retenus dans un chignon haut et strict, portait une robe longue à l'apparence ancienne. Elle tenait dans ses mains une petite ardoise sur laquelle on pouvait lire un mot, un prénom. « James ».
Le train se vidait peu à peu, les poussettes étaient dépliées, les enfants hurlaient avec bonheur après s'être retenus durant le voyage, les parents s'étiraient, les jeunes s'embrassaient.
Ce furent enfin cinq adolescents qui, sacs sur l'épaule, sautèrent sur le quai. Alors que l'une des trois filles s'épongeait déjà le visage en grimaçant au soleil, le garçon à la peau noire donna un coup de coude à son meilleur ami, le dénommé James, qui regardait déjà autour de lui avec curiosité. Il sursauta légèrement en lisant son prénom sur l'ardoise et affubla ceux qui l'attendaient d'un sourire timide.
- Buongiorno, commença-t-il avec un fort accent anglais.
- Pas la peine, monsieur James, nous parlons votre langue, coupa la femme au chignon d'une voix froide.
- Oh… et bien… d'accord.
Désarçonné par la froideur que lui communiquaient ses vis-à-vis, James passa une main dans ses cheveux, s'attirant un regard noir de la part de la femme et une moue désapprobatrice de la part de l'homme en costume.
- Philipus Aberdeen, clama l'homme. Mais vous pouvez m'appeler monsieur Calzone.
- Comme la pizza en chausson ?, releva l'une des adolescentes avant de rougir violemment. Pardon, monsieur.
Monsieur Calzone haussa un sourcil, visiblement vexé.
- Comme la pizza en chausson, répondit-il néanmoins. Je vois, mademoiselle Kandinsky, que vous êtes au fait des coutumes locales.
Il était rare que Natasha se trouve à court de répartie, aussi Rose, Nalani et Mael eurent beaucoup de mal à se retenir de rire, alors que James se rapprochait de sa petite amie. Il savait que Natasha n'aimait pas se sentir surprotégée et qu'elle tenait à son indépendance, mais son instinct animal ressentait la gêne de sa petite amie et il voulait que jamais elle n'oublie qu'il l'aimait de tout son cœur.
- Je vous présente miss Elvezia, l'intendante de Castel Maggiore, dont je suis le majordome.
- C'est donc monsieur Zabini qui vous envoie ?
L'insouciance de James rencontra un mur de condescendance.
- Croyez-vous que nous nous tiendrions en ces lieux avec une ardoise portant votre prénom, sinon ?
- Euh non, bien sûr. Je suis bête. Désolé. Je veux dire…
James s'interrompit, inspirant un bon coup.
- Recommençons si vous le voulez bien ? Je vous suis très reconnaissant d'être venus nous chercher, madame Elvezia et monsieur Calzone. Je ne pensais pas que quelqu'un viendrait nous chercher, je me suis renseigné et… Je pensais qu'on prendrait le bus pour se rendre à Castel Maggiore, pour ne rien vous cacher.
- Monsieur et ses amis auraient éprouvé bien des difficultés. Les transports en commun ne vous auraient menés qu'au versant moldu de Castel Maggiore qui, entre nous soit dit, ne mérite pas le déplacement.
Le majordome appuya son dédain d'un claquement de la langue sonore, avant de fixer ses mains dans son dos.
- Monsieur souhaite-t-il que je porte ses bagages ?
James échangea un regard surpris avec Mael. Derrière son dos, Nalani se retenait difficilement de rire. A ses côtés, Natasha était de plus en plus mal à l'aise, peu accoutumée à tant de manières.
- Je porterai mon sac, merci monsieur Calzone.
- Comme voudra monsieur. Si monsieur et les amis de monsieur veulent bien me suivre.
Le majordome et l'intendante se mirent en marche, déployant ainsi une élégance toute désuète derrière laquelle les cinq adolescents se sentirent tous petits. Le groupe hétéroclite traversa la gare et en sortit en plein cœur de Bologne qui, en ce mois d'août s'était revêtu d'une allure festive.
A nouveau le coude de Mael rencontra les côtes de James, lui-même abasourdi par le véhicule qu'avaient choisi les domestiques de Castel Maggiore.
- Une calèche ?, s'esclaffa Nalani. On nage en plein délire !
- Elle n'apparaît ainsi qu'aux yeux des sorciers, expliqua le majordome. Les moldus voient simplement en elle ce qu'ils appellent un minibus.
Natasha, toujours intéressée lorsqu'il s'agissait de métamorphoses, prit le temps de faire le tour du véhicule, s'attirant enfin un regard appréciateur de la part du majordome. Celui-ci insista pour entrer lui-même les bagages dans le coffre et pour tenir la porte aux adolescents.
- Si monsieur veut bien me suivre, apostropha-t-il James alors que celui-ci s'apprêtait à suivre ses compagnons à l'arrière du véhicule. La place de monsieur est à l'avant, précisa le majordome.
- Euh… D'accord. Vous pouvez m'appeler par mon prénom si vous le souhaitez. Je ne suis pas très habitué à ce qu'on m'appelle monsieur…
- Je ne le souhaite pas, répliqua le majordome en lui tenant la porte.
Le majordome alla jusqu'à lui proposer de s'appuyer sur son bras pour gravir les deux petites marches, geste que James fit mine d'ignorer.
L'intérieur de la calèche était somptueux et la surprise des cinq adolescents fut plus vive encore lorsque le véhicule s'envola, tiré par des créatures ailées d'un pelage argenté.
La route fut paisible, bien que silencieuse. A l'arrière, Mael amusait les trois filles en ouvrant chaque coffre à portée de main. Chaque passager disposait d'une banquette confortable et d'un choix de livres et de boissons défiant toute concurrence.
- C'est ainsi que voyage mon… monsieur Zabini lorsqu'il vient ici ?, osa demander James du bout des lèvres.
Le majordome haussa un sourcil, toujours le même, avant de se tourner légèrement vers lui, confiant la conduite aux créatures qui semblaient très bien connaître le chemin.
- Monsieur voyage par d'autres moyens.
Le ton, plein de déni, ne plût guère à James qui ne put s'empêcher de rétorquer.
- Monsieur a pourtant pris l'avion, une fois, pour se rendre en…
- Une urgence, balaya le majordome. Une exception qui, bien heureusement pour monsieur, ne se reproduira jamais.
La conversation prit ainsi fin, et James en vint à s'impatienter d'arriver enfin à Castel Maggiore, tout autant qu'il le redoutait. Ne sachant comment se comporter en la présence de Blaise, il avait réduit leur échange à de simples lettres. Ils ne s'étaient pas revus depuis que Blaise avait fait irruption chez eux, et l'ancien Serpentard s'était montré compréhensif, donnant à James le temps dont il avait besoin pour digérer la nouvelle.
Blaise n'avait pas précisé s'il serait à Castel Maggiore quand James arriverait, et le garçon n'osait pas poser la question au majordome, tant il redoutait la réponse. Il était profondément plongé dans ses pensées lorsque des exclamations ébahies le firent subitement redescendre sur terre. Dans tous les sens du terme.
La calèche perdit de la hauteur pour se poser au beau milieu d'un immense domaine qui éblouissait les jeunes visiteurs de sa beauté. Des vignes à perte de vue, un parc somptueux, une forêt d'oliviers, et au beau milieu de cette nature luxuriante trônait un château grandiose.
James n'avait esquissé le moindre geste que le majordome avait déjà quitté sa place et fait le tour de la calèche. Il ouvrit la portière de James et se pencha pour le laisser descendre avec respect.
- Si monsieur et les amis de monsieur veulent bien me suivre, je leur montrerai l'aile du château réservée à monsieur.
Abasourdis, les cinq adolescents le suivirent, ne sachant où donner des yeux tant le paysage était magnifique. Et le château l'était tout autant. L'aile qui leur était réservée aurait pu héberger dix familles, chacun disposait d'une chambre et d'une salle-de-bains attenante, ce qui déclencha une nouvelle fois le rire de Nalani qui ne put résister à l'envie de bousculer un peu le majordome.
- Trois chambres auraient suffi. Je dors avec lui, précisa-t-elle en désignant Mael, et James avec Natasha.
- Et je crois qu'on va prendre cette chambre, poursuivit Natasha en désignant celle qui avait été promise à James. C'est genre cinq fois plus grand que l'appartement de mes parents !, s'exclama-t-elle, sidérée par le lit gigantesque, les sept sofas, et les trois bureaux.
- Si monsieur le veut ainsi, répondit le majordome en attendant la réponse de James.
- Oui, merci, ce sera parfait comme ça.
Le majordome se pencha une nouvelle fois avant de se retirer, leur apprenant que l'intendante, qui avait quitté la gare sans eux pour superviser la préparation de leur collation, n'allait pas tarder à revenir vers eux.
Ils eurent à peine le temps de poser leurs bagages et de se laisser rebondir sur l'immense lit qu'un « hum hum » réprobateur se fit entendre. Miss Elvezia entra dans la chambre, précédant de peu deux domestiques qui soutenaient des plateaux en cristal.
- Monsieur, voici une humble collation pour vous remettre de votre voyage. Si monsieur le souhaite, monsieur peut également nous soumettre ses doléances, nous tâcherons de…
- Non, c'est gentil, merci. Je veux dire… Pardon de vous avoir interrompue miss Elvezia.
Le regard noir, l'intendante garda le silence quelques secondes avant de poursuivre.
- Nous tâcherons de satisfaire monsieur.
- C'est… C'est beaucoup trop. Nous ne sommes que cinq, vous n'auriez pas dû vous donner tant de mal. Vraiment, merci beaucoup à vous tous.
- Au moindre souhait, activez la sonnette et nous viendrons vers vous. Pour le dîner, trois menus vous seront proposés, et monsieur choisira celui qui le satisfera. Le repas se tiendra à dix-neuf heures, dans la grande salle à manger.
- Très bien, répondit James, toujours très mal à l'aise. Je pense qu'on trouvera notre chemin. Merci encore.
L'intendante se pencha et prit congés, la porte se refermant dans son dos.
- Merlin, soupira James. J'avais envie de lui demander si nous dînerons seuls mais cette femme me terrorise !
- Tu n'as qu'à activer la sonnette, s'esclaffa Nalani. Non mais franchement on est où, là ? C'est quoi ce délire !? On ne nous a pas habitués à ça… Notre quotidien c'est les bagarres dans la forêt interdite ou dans les égouts, avec des défaites presqu'à chaque fois, pas des collations qui suffiraient à nous nourrir pendant une semaine ! Je te préviens, Nat, on mange avec les yeux !
- Mais…
- Taratata, pense quidditch, respire quidditch, vis quidditch. Et mange quidditch !
ooOOoo
Distantandhidden Institute, campagne Anglaise, près de Glazebury
Un bâtiment tout de pierres grises et noircies par le temps se dessinait dans la campagne anglaise la plus profonde. Trois silhouettes l'observaient, leurs sacs-à-dos et leurs tentes posées près d'elles.
- J'espère que tu sais ce que tu fais, prévint Soizic Azilis. On a inventé de gros bobards qui ont convaincu difficilement ma mère et celle de Lily, on a mis trois jours pour arriver ici et on a marché cinq heures après que ce foutu taxi ait refusé de nous amener plus loin.
- Gwenog est ici, j'en suis certaine, affirma Briseis Delanikas.
- Nous sommes avec toi, assura Lily Evans. Mais…
- Elle ne me rendra pas ma sœur, je sais. Mais elle détient des réponses. Sinon Amalthéa n'aurait pas caché cette adresse et toutes ces informations pour venir ici dans mes affaires.
- Caché, répéta Soizic. Elle ne voulait clairement pas que tu viennes ici.
- Je comprends que vous ayez peur. Mais je ne vous ai pas forcées à me suivre. Si vous voulez repartir…
- Sans toi ? Jamais.
Le vent se leva, souffla sa première bourrasque. Les trois filles s'enfoncèrent dans la forêt, creusant un trou de fortune avec des branches et des petits canifs, recouvrant leurs sacs et leurs affaires sous quelques feuillages denses.
Lily Evans et Soizic Azilis échangèrent un regard angoissé, tenant fermement leurs baguettes qu'elles n'avaient pas le droit d'utiliser, en raison de leur âge.
Briseis Delanikas était déjà devant le lourd portail de l'institut. Et Gwenog Kubrick se tenait face à elle.
ooOOoo
Castel Maggiore
Quatre des cinq adolescents visitaient le domaine. En moins de deux heures, ils avaient déjà rencontré une douzaine de domestiques, heureusement plus chaleureux que l'intendante et le majordome.
James, lui, se perdait volontairement dans l'immense château, à la recherche d'il-ne-savait trop quoi. Il marchait lentement, s'arrêtait devant chaque tableau, chaque statue et activait chaque poignée. L'intendante lui avait expliqué que les portes du château étaient enchantées pour ne laisser entrer que les personnes autorisées. James n'était pas certain que l'enchantement fonctionne, car il pouvait intégrer toutes les pièces. Au départ, il avait toqué à chacune d'entre elles, avant d'arrêter de le faire parce qu'on ne lui répondait jamais, parce qu'il ne croisait personne.
Il quittait une aile pour une autre lorsque son attention fut saisie par une porte colorée d'un vert brillant. Il l'ouvrit, curieux de découvrir ce qu'elle contenait. Il s'agissait d'une chambre spacieuse, tout autant qu'était la sienne, et pour la première fois depuis qu'il avait quitté ses amis, il se trouvait dans un lieu plein de vie après avoir visité tant de pièces silencieuses. Toute la chambre se résumait en une explosion de couleurs, sur les couvertures, les tapis, les coussins et jusque sur les murs. Le tout amusait grandement James qui rêvait de découvrir l'identité de la personne qui avait décoré ainsi les lieux, certain de bien s'entendre avec elle. C'est à ce moment très précis que la porte s'ouvrit dans son dos et qu'il sursauta.
Deux jeunes filles, qui se ressemblaient tant que nul n'aurait pu douter qu'elles puissent être sœurs, envahirent la pièce de rires. Elles semblaient s'amuser d'une blague que la plus jeune avait jouée au majordome, et James aurait pu également trouver cela drôle, s'il ne s'était pas figé.
C'était comme recevoir une gifle cuisante. Jamais il ne s'était senti aussi stupide. Il s'en voulait de n'avoir pas songé une seule fois à elles, alors qu'il avait tant pensé à leur père durant ces derniers jours.
- J'suis trop vannée, grogna la plus jeune en se laissant tomber sur son immense lit.
- Repose toi un peu, lui conseilla sa sœur. Je vais prendre une douche, ça…
La jeune fille ne put poursuivre, car elle venait de s'apercevoir de la présence de James. Etonnée, sa petite sœur suivit son regard. Avant de se redresser d'un bond.
- James, t'es arrivé ! Trop cool ! Mais tu fais quoi dans ma chambre ?
Le garçon était trop choqué pour répondre. Il prenait peu à peu conscience de la particularité des yeux des deux jeunes filles, qu'elles cachaient constamment sous d'épais cheveux noirs, et des conséquences de l'annonce de Blaise Zabini, qui ne laissait pas seulement entendre que James avait un nouveau père, mais aussi qu'il avait deux nouvelles sœurs.
Mais c'était surtout la réaction des jeunes filles qui le choquait. Elles étaient plus surprises de le voir dans la chambre de l'une d'elles que dans leur château italien.
- James, ça va ?, lui demanda Hadiya d'une voix douce en avançant vers lui.
Le garçon recula, comme soumis à un choc électrique.
- Vous… Vous étiez au courant ?
Elles étaient côte à côte désormais, un même sourire triste déformant leurs traits harmonieux.
- Oui nous l'étions, répondit l'aînée. Mais tu dois comprendre que nous ne pouvions rien te…
- Depuis quand ?
- Nous connaissions une partie de l'histoire en arrivant à Poudlard. Mais on ne savait pas qu'il s'agissait de toi. C'est Shania qui…
- « Il n'y a qu'un James à Poudlard. », se rappela James.
Les paroles énigmatiques murmurées par Shania lors de leur première rencontre. Blaise Zabini leur avait communiqué son prénom. Seulement son prénom. Et Shania s'était lancée dans des recherches, pour le trouver lui. Pour trouver son frère.
Shania hocha la tête lentement. Avant de se jeter entre la porte et James qui les fuyait.
- T'en va pas ! J'te jure qu'on voulait tout t'dire ! Mais c'était à papa d'le faire, tu comprends… James ! JAMES !
Le jeune homme avait pris ses jambes à son cou et ne se retourna pas. Shania voulut le suivre, elle avait tant attendu ce moment qu'elle ne voulait pas en rester sur un échec, un malentendu, un sentiment négatif alors qu'elle avait rêvé pendant des mois de se blottir dans les bras de James, de lui confier tous ses secrets.
Ce furent les bras de sa grande sœur qui l'entourèrent. Les rires étaient oubliés, leur écho envolé en même temps que ce frère qu'elles refusaient de perdre.
ooOOoo
Distantandhidden Institute, campagne Anglaise, près de Glazebury
Gwenog Kubrick et Briseis Delanikas n'avaient rien en commun. Leur entrevue venait de leur en donner la preuve. Mais toutes deux refusaient la mort d'Amalthéa. Et leurs plus proches amis, Jasper, Lily Evans et Soizic Azilis, étaient bien trop inquiets pour partager leur espoir.
- Quand je pense qu'on a fait tout ce chemin pour la voir foncer droit vers un mur, grogna Soizic en quittant l'institut. On est vraiment les pires amies qui soient.
- Une bonne amie n'essaie pas de persuader une fille qui n'a plus personne que sa sœur est bien morte, tempéra Lily. Nous devons respecter les étapes de son deuil et l'accompagner, coûte que coûte.
- Crois bien que ça va nous coûter cher, affirma Soizic d'une voix blanche.
Lily Evans suivit le regard de son amie et eut un sursaut de recul.
Devant l'entrée se tenaient la mère de Soizic, un homme au teint maladif, un garçon irlandais qu'elle avait déjà vu à Poudlard, et un vieil homme qui ne semblait posséder que trois dents.
- On est mal, confirma-t-elle en sentant Soizic prendre sa main.
ooOOoo
Castel Maggiore
- Je t'ai toujours dit que James était un bon parti.
Natasha esquissa un semblant de sourire sans se tourner vers sa meilleure amie.
Elles s'étaient séparées de Mael et Nalani, leur offrant sans hésiter un moment d'intimité car elles se doutaient qu'ils seraient rares.
Mael avait beaucoup hésité. Il rechignait à laisser seules les deux filles de la bande qui étaient mineures et ne pouvaient utiliser la magie. Mais Rose avait promis qu'elles ne s'éloigneraient pas du château. Il y avait bien assez de photos à faire aux abords de l'immense bâtisse, et elle devait parler avec sa meilleure amie. Seule à seule.
- J'imagine que ça te chamboule presque autant que lui. Tout ça... Tout ça est déstabilisant, je le conçois.
- Dingue, acquiesça Natasha.
- Je ne suis pas dans ta tête mais je commence à comprendre comment tu fonctionnes. Tu es inquiète.
- Qui ne le serait pas ?, soupira Natasha. Je me suis fait à tout ce qui entourait James jusqu'à présent. Sa célébrité, sa propension à attirer le danger, le poids de l'héritage... Et voilà qu'il se découvre un nouveau père, une nouvelle famille... Il...
Natasha s'interrompit, scandalisée.
- Merlin ! Comment se fait-il que je n'y ai pas pensé plus tôt ?!
- A quoi ?
- A qui plutôt ! Je n'ai cessé de penser à la situation depuis que James a surpris cette conversation entre ses parents et Blaise Zabini, j'ai essayé de comprendre comment c'était arrivé, ce que ça changeait pour James, pourquoi il refusait de faire ce test... J'ai fait des tas de recherches sur cet homme, mais je me suis toujours concentrée sur son passé ! La guerre, toujours, sans m'intéresser à sa vie actuelle !
- Qu'est-ce que...
- Il a des enfants ! Blaise Zabini a des enfants ! Deux filles débarquées à Poudlard cette année ! Deux filles que nous n'avons cessé de croiser cette année ! Deux filles dont le comportement nous a intrigué pendant des mois !
- Merlin !, s'exclama Rose en plaquant ses mains sur son visage.
- Je comprends mieux pourquoi Shania le défendait toujours, soupira Natasha.
- Tu veux dire... Qu'elles étaient au courant ?
- De toute évidence !
- Mais James...
- Je suis sûre qu'il n'a pas plus pensé à elles que moi ! Il avait bien trop à réfléchir à ce qu'un nouveau père allait changer à sa vie ! Et voilà qu'il a deux sœurs en plus...
- Ainsi qu'un frère, clama une voix froide dans leur dos.
Les jeunes filles découvrirent l'intendante du château sur le palier de la porte la plus proche.
- Le dîner sera bientôt servi mesdemoiselles.
- Dans une heure, répondit prudemment Natasha après avoir jeté un œil à sa montre.
- Effectivement. J'ose croire que mesdemoiselles souhaiteront se rafraîchir et se changer avant de se rendre dans la salle des chandelles.
Natasha jeta un regard à Rose, la suppliant en silence de répondre. Elle espérait que sa meilleure amie soit au fait des coutumes aristocrates, bien plus qu'elle, pour qui une telle situation était plus gênante qu'appréciable.
- Miss Weasley souhaite-t-elle être raccompagnée dans sa chambre ?, reprit l'intendante.
- Euh... Merci, madame, je crois que j'arriverai à me repérer.
L'intendante dessina une arabesque de son bras.
- Un enchantement déposera des graviers d'or sur votre passage, pour vous mener à bon port. Une dame de chambre se tient prête à vous aider à vous préparer. Vous n'aurez qu'à activer la sonnette.
- Bien. Merci madame.
Rose resta immobile, attendant que l'intendante se pousse et lui laisse le champ libre pour entrer dans le château. Mais l'intendante campait sur ses positions.
- Je me dois de rappeler à mademoiselle qu'elle se trouve devant l'entrée des domestiques. Si mademoiselle suit les graviers d'or, ils la mèneront à l'entrée des invités.
Rose hocha la tête sans pouvoir s'empêcher de rougir. Des petits cailloux apparurent sur sa gauche, l'enjoignant de leur traînée dorée à les suivre. Natasha lui emboîta le pas, non sans adresser à l'intendante une grimace qui se voulait respectueuse.
- Si miss Kandinsky veut bien me suivre, je souhaiterais lui montrer quelque chose qui pourrait l'intéresser.
Devant elle, Rose stoppa son avancée. Elles ne voulaient pas se séparer. Mais Natasha abdiqua, rassurant sa meilleure amie d'un sourire sincère.
- On se retrouvera vite.
- Promis ?
- Promis.
Rose obtempéra, et sa démarche fut observée par sa meilleure amie, déchirée par cette gêne qui ne la quittait pas.
- Mademoiselle doit s'étonner que je fasse autant de mystères, murmura l'intendante. Mais mademoiselle peut avoir confiance en moi. Je sers ce château depuis plus de quarante ans, j'étais fidèle aux anciens maîtres, et je demeurerai fidèle à monsieur Zabini ainsi qu'à ses héritiers jusqu'à ma mort.
- Est ce censé me rassurer ?, osa demander Natasha.
- Monsieur Zabini a légué une part de ce domaine à monsieur James. Et monsieur James vous tient en grande estime.
- C'est pour ça que vous voulez me parler seule a seule ?
- Pas vous parler, mademoiselle. Seulement vous montrer une pièce. Mademoiselle est libre de ses choix et de ses mouvements, si mademoiselle veut que je lui indique la chambre de monsieur James, qu'elle le demande, et je m'exécuterai.
- Non je... Je vous suis.
L'intendante se pencha en signe de respect et s'effaça pour permette à Natasha d'entrer. Celle-ci découvrit une vaste pièce découpée en plusieurs espaces de travail. Une immense cuisine trônait en son sein, et trois cuisiniers s'affairaient aux fourneaux. Ils semblaient aussi bien utiliser la méthode moldue que leurs baguettes et les aliments qu'ils déposaient gracieusement dans une douzaine d'assiettes volaient ensuite vers le bout de la pièce, où les attendaient les serveurs, une serviette d'un blanc immaculé posé sur leurs bras plié. Les casseroles et les poêles lévitaient vers la partie droite de la pièce, réservée au nettoyage. Devant un tel amoncellement de précision, Natasha demeura bouche bée, subjuguée par la dévotion de ces hommes et de ces femmes.
- Monsieur Zabini est très apprécié, affirma l'intendante, compréhensive.
- Je n'en doute pas, répondit Natasha pour ne pas la froisser.
L'intendante lui fit signe de la suivre, traversant l'immense pièce avec élégance, saluée avec respect par les domestiques. Natasha pût ainsi gravir l'escalier des domestiques, bien moins majestueux que celui de la partie visible du château mais tout aussi impressionnant à ses yeux.
Natasha reconnut le grand hall et son lustre de cristal immanquable, mais l'intendante ignora le centre du château pour la mener vers un autre escalier.
- Nous nous dirigeons vers l'aile Nord du château.
Natasha hocha la tête, songeant qu'elle était désormais très loin de l'aile Sud qui leur avait été attribuée. Pourtant son instinct lui soufflait de suivre l'intendante. Et d'essayer d'obtenir des réponses à ses questions.
- Madame, vous avez dit travailler ici depuis plus de quarante ans. Pourtant je ne crois pas que les aïeux de monsieur Zabini aient vécu ici.
- Non. Rares sont les sorciers qui connaissent ce lieu, encore moins ceux qui y ont vécu. Le château est pourtant passé de mains en mains durant des siècles. Rares sont les châteaux incartables en Italie, et nombreux étaient les mages qui rêvaient de posséder un château pour pouvoir s'y cacher si besoin.
- Des mages noirs ?
- Il est d'usage de rappeler aux jeunes et impétueux sorciers que la limite entre magies blanche et noire est mince. Mais pour vous répondre, miss Kandinsky, ce château n'a jamais abrité de mage noir.
- Mais je sens à votre ton qu'il a abrité des gens peu fréquentables, remarqua Natasha.
- Effectivement. Le domaine a longtemps appartenu à un homme qui méprisait la vie et les êtres. Il était enchanteur et testait ses créations sur nous. L'un des domestiques du château s'en est plain et un jeune avocat a accepté de le représenter. Un jeune homme détruit, mais qui s'efforçait de se relever. Un homme brillant mais rejeté par sa patrie, suffisamment pour qu'il accepte des affaires dans toute l'Europe, pour s'aguerrir, et se forger la réputation qu'il méritait.
- Blaise Zabini, comprit Natasha.
- Il a gagné le procès, et notre ancien maître fut forcé de vendre le château. Malheureusement il avait sali la réputation du domaine et les acheteurs étaient réticents. Le domestique qui avait convaincu monsieur de le défendre devant la justice l'a persuadé de nous venir en aide. Monsieur est venu au château, il a parlé à chacun d'entre nous. Et nous sommes restés.
- Qu'est devenu le domestique qui avait porté plainte ?
- Monsieur lui a appris l'art subtil du droit magique. Ils sont associés désormais.
L'intendante parlait avec une telle dévotion que Natasha se trouva à apprécier Blaise Zabini, à accepter de le voir différemment, à travers les yeux d'une femme qui éprouvait pour lui respect et reconnaissance.
- Madame, combien de sorciers travaillent ici ?
- Nous sommes onze permanents, et six sont d'origine moldue. Nous recrutons d'autres domestiques lorsque monsieur, la famille de monsieur ou les amis de monsieur nous rendent visite.
- Et le reste du temps ? Monsieur Zabini ne loue pas le château ? L'hiver par exemple ?
- Monsieur appelle Castel Maggiore son havre de paix. Il apprécie de pouvoir s'y rendre quand bon lui semble.
- Je comprends. Je pensais juste que, parfois, monsieur Zabini aurait pu louer ou prêter le domaine à des clients, des associés...
- Monsieur est un hôte généreux. Toutefois, lorsque nous accueillons des convives, seule la partie centrale du château leur est accessible. Elle comporte trente-quatre pièces. La majeure partie de chaque aile est condamnée, afin que chaque héritier puisse conserver son intimité.
Natasha hocha la tête, continuant de suivre l'intendante à travers les nombreux couloirs. Elle avait tenté de mémoriser les embranchements mais s'était perdue depuis longtemps lorsque la femme au chignon strict s'arrêta devant une porte en apparence similaire aux autres. L'intendante ouvrit et s'effaça pour la laisser entrer. Natasha eut peur qu'elle l'enferme là mais entra toutefois, humant de son flair animal l'air frais qui n'était pas loin. A la moindre inquiétude, elle se transformerait et prendrait son envol.
L'intendante lança quelques sorts et la pièce s'éclaira, elle était plus vaste encore que celles que Natasha avait visité jusque-là. Seul le grand hall, totalement démesuré, semblait plus vaste encore.
La pièce était pleine d'étals et de modèles couverts d'étoffes plus belles les unes que les autres. L'endroit regorgeait de bijoux et de sacs, de chaussures dont les talons étaient plus ou moins hauts. Natasha ne savait où poser ses yeux.
- Où sommes-nous, madame ?
- Dans le dressing de l'aile Nord.
- Et pourquoi y sommes-nous ?
- Monsieur James est un des cinq propriétaires de ce domaine et il a choisi d'être accompagnée de mademoiselle.
- Vous voulez que je me déguise ?
L'intendante scruta Natasha quelques secondes, avant que son regard ne se fasse vague.
- Mes parents travaillaient dans un château non loin de là. Un château appartenant à une riche famille moldue.
- Vous êtes née moldue ?
- Oui. Et lorsque je suis arrivée ici, je portais l'unique robe que mes parents m'avaient offerte. Je connais le sentiment qui saisit ceux qui n'ont jamais connu la richesse lorsqu'ils découvrent le domaine.
A nouveau Natasha acquiesça, remerciant l'intendante d'un sourire. Le lendemain elle retrouverait ses vêtements, sans se grimer, sans cacher celle qu'elle était. Mais ce soir, elle porterait une des robes du dressing.
- Pouvez-vous m'aider à choisir une tenue qui...
- Que pensez-vous de celle-ci, mademoiselle ?
Elle déposa devant ses yeux une robe simple, sans fioritures, certainement une des moins précieuses. D'une couleur d'un vert profond assorti à ses yeux, elle n'était ni trop courte ni trop longue. L'intendante apporta une paire de ballerines, et Natasha la remercia de ne pas avoir choisi des escarpins, car elle ne savait pas marcher avec. L'intendante attrapa un chapeau avant de se raviser, comprenant que Natasha souhaitait rester naturelle.
- En plus de vous, madame, qui dois-je remercier pour cet emprunt ?, demanda Natasha.
La jeune fille, toute à sa contemplation des lieux, ne vit pas tout de suite que l'intendante hésitait.
- Elle sait que nous sommes ici ?, s'assura Natasha, inquiète.
- Je lui en ai bien évidemment demandé l'autorisation, rétorqua l'intendante, vexée.
- Il s'agit d'une des filles de monsieur Zabini ? D'Hadiya, si j'en crois la taille.
- Mademoiselle Hadiya dispose d'un dressing attelant à sa chambre. Un dressing occupé par les tenues qu'elle choisit ici.
- Nous sommes donc bien dans son aile. Je ne manquerai pas de la remercier, madame.
- Je n'en doute pas, mademoiselle Kandinsky. Sachez que ce sera toujours un plaisir de vous accueillir, monsieur James et vous, et d'accueillir plus tard vos enfants.
Natasha déglutit et laissa échapper un petit rire.
- Nous n'en sommes pas là, heureusement. Puis je poser encore une question ?
- Faites.
- Comment occupez-vous vos journées lorsque le domaine est inoccupé ?
- Il ne l'est jamais, miss, car nous sommes là toute l'année, veillant à ce que tout soit prêt pour la famille que nous servons.
- Vous n'avez pas de congés ?
- Monsieur a exigé que nous en ayons, déplora l'intendante. Personnellement je n'en prends jamais. Je ne doute pas que ce mode de vie vous désole, vous êtes jeune et pleine d'espoirs et d'ambitions. Mais ma vie est ici. Et elle ne pourrait être plus belle.
- Je comprends, madame, veuillez me pardonner si je vous ai manqué de respect.
- Je ne suis pas de celles qui se vexent facilement. Posez donc cette énième question qui vous brûle les lèvres.
- Madame, vous avez parlé de cinq propriétaires... Si j'ajoute James à monsieur Zabini et ses deux filles, qui est le cinquième propriétaire ?
ooOOoo
Distantandhidden Institute, campagne Anglaise, près de Glazebury
Lily Evans, Briseis Delanikas et Soizic Azilis inspirèrent une bouffée de courage avant de franchir les portes de l'institut. L'étrange groupe hétérogène qui se tenait dans la rue les inquiétait au plus haut point.
- Comment ta mère a-t-elle su qu'on était là ?, demanda Lily la voix tremblante.
- J'en sais rien. Mais on va bientôt le savoir, cracha Soizic.
Ses deux amies échangèrent un regard éloquent. Jamais elles n'avaient entendu Soizic parler ainsi, et surtout pas à propos de sa mère, avec qui elle s'entendait très bien.
- C'est toi qui m'as suivi, pauvre naze ?, hurla-t-elle.
Ses amies accoururent, voyant qu'elle criait sur l'homme au teint maladif. Cesaria Azilis se plaça entre l'homme et sa fille dans un but d'apaisement.
- Calme-toi, ma chérie. Nous allons rentrer à la maison et reparler de tout ça calmement.
- Avec lui ? Hors de question qu'il foute les pieds chez nous !
- Soizic…
- Elle a raison d'être furieuse contre moi, coupa l'homme. Je comprends que tu m'en veuilles de t'avoir suivie mais il aurait pu vous arriver n'importe quoi à tes amies et toi…
- Tu crois que je t'en veux pour ça ? T'es un gros malade !
- Soizic ! Surveille ton langage. Je ne t'ai pas élevée comme ça.
- Sans doute la partie manquante de mon éducation qui me fait parler comme ça, marmonna la jeune fille.
- Oh Merlin !, s'exclama Lily. C'est ton père !?
- Non. Mon géniteur. Un père n'abandonne pas son enfant.
L'atmosphère, déjà pesante, sembla s'alourdir davantage. Seul le vieil homme continuait de cueillir des pâquerettes en chantonnant.
- Ton père avait ses raisons, dit Cesaria. Des raisons que je ne partage pas mais que je comprends. Alors nous allons rentrer à la maison, tous les trois, et tu vas écouter ce qu'il a à te dire.
- Cesaria…
- Maman…
- Taisez-vous. Tous les deux. Dylan, je refuse que tu te défiles une nouvelle fois. Soizic était jusque-là une jeune fille normale, attentive et respectueuse. Depuis que tu l'as rencontré elle me fait vivre un enfer. Elle a besoin d'entendre ce que tu as à lui dire. Pour son équilibre personnel, pour sa reconstruction, pour son bienêtre. Tu n'as pensé qu'à toi pendant quinze ans, accorder une heure à ta fille ne devrait pas te tuer. Quant à toi, Soizic, tu dois l'écouter. Ton comportement suicidaire…
- Ce n'est pas Soizic qui a décidé de venir ici, madame, la coupa Briseis. C'est moi qui devais venir, Lily et Soizic m'ont accompagnée car elles ne voulaient pas m'abandonner.
Cesaria Azilis soupira, glissant une main dans ses cheveux le temps de prendre la bonne décision. Elle détestait le rôle qu'elle s'apprêtait à jouer mais devait ramener les amies de sa fille chez elles et prévenir leurs parents afin qu'elles assument les conséquences de leurs actes.
- Ma chère Cesaria, intervint le vieil homme, je crois qu'il serait plus sage que j'accompagne ces deux jeunes filles à bon port moi-même. Dylan, Soizic et toi avez des choses à vous dire.
- Qu'est-ce que vous allez leur dire ?, se braqua Soizic, méfiante.
- Voyons, Soizic, douterais-tu de l'honnêteté de ton grand-oncle ?
- Ton grand-oncle ?, répéta Lily, abasourdie.
- Tu divagues, vieux James, sourit Briseis, tu es mon oncle à moi, pas à Soizic.
- Je suis votre grand-oncle à toutes les deux. Et même à ce jeune homme, continua le vieux James en désignant Daniel Redox. La famille Mac Cairill est vaste, mes enfants.
Les trois amies s'observèrent longuement, le temps d'assimiler les mots du vieil homme. Mais avant qu'elles n'aient pu prononcer le moindre mot, le vieil homme transplana en amenant avec lui Lily Evans et Briseis Delanikas.
Seuls demeuraient Soizic, sa mère et son père.
Et Daniel Redox qui, tel une ombre, pénétra dans l'institut.
ooOOoo
Le château était construit autour d'un immense escalier de sept étages, situé au centre même de la bâtisse et dont partaient les quatre ailes. James en avait gravi toutes les marches et avait trouvé refuge au dernier étage qui offrait à chaque aile une terrasse magnifique.
L'endroit était somptueux, et chaque nouvelle terrasse lui offrait une vue exceptionnelle qui l'apaisait. Ce calme et ce silence, cette atmosphère paisible qui détonait alors que son cœur tambourinait fort dans sa poitrine, c'était exactement ce dont il avait besoin.
Il continua son exploration des lieux, traversant une bibliothèque ensoleillée par une vingtaine de vitraux, jusqu'à ce qu'il découvre une femme d'une quarantaine d'années perchée sur un escabeau.
Vêtue simplement d'un débardeur trop grand pour elle et d'un jean recouvert de tâches de peinture, elle tentait de garder son équilibre, la main droite tendue vers un tableau qu'elle nettoyait avec minutie.
Rassuré par cette scène d'une simplicité étonnante en ces lieux, il s'arrêta pour l'observer, hésitant à s'éclaircir la gorge. Il aurait voulu la prévenir de sa présence, mais craignait qu'elle ne soit déstabilisée en l'entendant et qu'elle ne tombe. Alors il s'approcha doucement, suffisamment pour attirer son attention sans qu'elle ne soit perturbée par son arrivée. Elle grogna, prête à se plaindre parce qu'elle croyait connaître la personne qui approchait et se figea en apercevant James.
Il comprit qu'elle le reconnaissait à sa surprise et à la vitesse à laquelle elle se détournait de lui.
- Je suis désolé, dit-il d'une voix forte. J'étais subjugué par la beauté des lieux et je me suis laissé distraire. Je ne voulais pas vous importuner.
Elle se reprit, lui offrant un sourire rassurant.
- Cette galerie est de loin la partie du château que je préfère.
Elle retourna à ses occupations et James se senti autorisé à reprendre les siennes, observant les livres et les vitraux pendant quelques minutes, avant de prendre place dans un sofa recouvert d'un drap, près de la dame au chiffon. Ce fut elle qu'il observa alors, soulagé qu'une des domestiques du domaine ignore les vêtements désuets et se comporte normalement en sa présence, sans se soucier de lui et sans l'appeler "monsieur" toutes les trois secondes. Cette femme le mettait en confiance, alors il ne s'étonna même pas qu'elle se permette de le tutoyer.
- J'ai comme l'impression que quelque chose te perturbe. Et j'occulte la surprise que tu as dû ressentir en découvrant le domaine...
- Et ma rencontre surnaturelle avec monsieur Calzone et madame Elvezia.
La femme fut secouée d'un petit rire. Son travail accompli, elle descendit de l'escabeau et tira un repose-pied en velours sur lequel elle se laissa tomber, non sans cesser de lui sourire. Elle semblait touchée qu'il n'aborde ce qui devait être le sujet primordial de ses soucis, à savoir l'arrivée d'un nouveau père dans sa vie.
- J'imagine sans mal ta surprise, bien légitime forcément. Mais j'ai l'impression que quelque chose d'autre te chagrine.
L'image des sœurs Zabini apparut sous les paupières closes de James. Ses sœurs. Tout lui paraissait clair et limpide désormais. L'intérêt que Shania lui avait témoigné d'emblée, défiant tous ceux qui s'étonnaient qu'un Potter puisse être ami avec une Zabini, la tendresse lointaine d'Hadiya qui ne cherchait jamais à lui parler mais n'avait pas hésité à se mettre en danger pour lui venir en aide. La tristesse qu'elles avaient ressenti lorsqu'il s'était reculé, lorsqu'il les avaient fui, lorsqu'il avait compris.
- Elle savaient, murmura-t-il. Elles savaient et elles ne m'ont rien dit.
Il sut qu'elle avait deviné de qui il parlait alors que la douleur transparaissait tous ses pores. C'était comme s'il l'avait touchée en plein cœur, comme si elle-même souffrait plus que les sœurs Zabini, plus que lui-même.
- Elles ne pouvaient pas te le dire. Il fallait que ce soit lui, tu comprends ? Elles voulaient le faire mais...
- Je crois que ce qui m'a fait mal, au fond, c'est de ne pas avoir pensé une seule fois à elles depuis que j'ai appris... depuis que je sais. Je veux dire... J'ai pensé à monsieur Zabini tellement de fois depuis mon anniversaire, ces lettres, qui il était, quel homme il est devenu, ce que son arrivée va changer dans ma vie... Et pas une seule fois je n'ai pensé à elles ! Alors qu'elles étaient là, depuis un an, qu'elles faisaient déjà partie de ma vie... Et dire qu'un jour, j'étais en sortie à Pré-Au-Lard, c'était pour la St Valentin, et il était là, installé dans le même pub que moi, et il me demandait si je savais si ses filles avaient un rendez-vous amoureux et je ne voulais pas lui répondre, vous savez ? Je me disais qu'elles n'auraient pas apprécié que je dévoile leur intimité à leur père et là il m'a dit... Il m'a simplement dit "mais imaginons, si elles étaient tes sœurs"... Il était là, lui aussi. Ils étaient là depuis longtemps et je n'ai rien vu. Et maintenant je me retrouve avec deux pères et avec trois sœurs, et je ne peux m'en prendre qu'à moi-même parce que j'ai décidé de ne pas faire ce fichu test.
Son corps tremblait, ses yeux brillaient. La femme qui lui faisait face hésitait à se rapprocher de lui, à le prendre dans ses bras. Et bien qu'elle en ait envie, elle n'en fit rien. Elle resta à sa place, la place qui lui revenait, dans l'attente qu'il reprenne, dans l'espoir qu'il aille mieux.
- Je suis désolé, madame. Je n'aurais jamais du vous dire tout ça.
- Cesse de te croire coupable de tout, répondit-elle. Et ne crois pas que tu es le seul à avoir peur. L'avenir, personne ne le connait. Et personne ne sait par quel bout le prendre. Ils ont aussi peur que toi. Blaise est effrayé à l'idée de te perdre, à l'idée de ne jamais pouvoir apprendre à te connaître. Il veut te protéger, te rassurer, acclamer chacun de tes buts, féliciter chacune de tes réussites, te réconforter si tu te sens triste ou seul, te donner des conseils pour séduire les filles... Avoir une place dans ta vie. Pas parce qu'un test dit que vous êtes liés par le sang, mais parce que toi tu le veux. Il ne désire que ça, tu sais? Que toi tu le veuilles dans ta vie. Et c'est ce que veulent Shania et Hadiya. La première parce qu'elle a énormément d'amour à donner et qu'elle a décidé que tu serais le premier sur sa liste, et la seconde parce qu'elle a toujours eu le sentiment de ne pas être seule, ou plutôt de l'être parce qu'on lui avait enlevé sa moitié, son âme-frère si tu me permets l'expression. Shania et Hadiya n'ont qu'un an de différence, et si elle est dans ta promotion c'est qu'elle est entrée à l'école avec un an d'avance. Émotionnellement, elle a toujours eu beaucoup d'avance. Parce qu'elle a sans doute passé seize ans à chercher ce qui pouvait bien lui manquer, parce qu'elle a grandi avec le spectre de son frère, avec ce manque dans les yeux de son père. Parce que Blaise a sans cesse pensé en la voyant grandir "Il doit apprendre à marcher lui aussi, il doit se faire des copains, il doit avoir reçu sa lettre de Poudlard..."
- Vous semblez bien les connaître.
La femme parut hésiter quelques secondes avant de soupirer.
- Je les connais bien, en effet.
Ils laissèrent le silence s'installer, le temps pour James de méditer les mots de cette femme qui ne savait si elle devait ou non regretter de les avoir prononcés. Puis, lorsque de longues minutes se furent écoulées, James se leva.
- Merci pour ce moment, madame... Je suis navré, se reprit-il, je ne vous ai même pas demandé votre nom.
- Je m'appelle Evelyn.
Il ne comprit pourquoi ses yeux s'envahissaient soudain de gêne et de compassion qu'au moment où elle détailla son identité.
- Evelyn Zabini. Je suis la femme de Blaise.
ooOOoo
Square Grimmaurd, Londres
Chroniques végétales. Une encyclopédie captivante de treize grimoires illustrés à la main. Un cadeau d'une valeur inestimable, avait dit Hermione. Un piège à poussière, avait rétorqué Ginny.
Lily venait de fêter son treizième anniversaire, et les paquets s'entassaient au centre de sa chambre. Parmi eux, celui de James, le plus imposant, le plus précieux.
- Il pense vraiment que tu vas lire tout ça ?, marmonna Ginny mi-amusée mi-grognon.
- Il a raison de le croire, rétorqua Lily. Je te rappelle que je veux devenir éthologue, maman.
Ginny la fixa, en plein réflexion, et sa fille comprit qu'elle avait pris ça pour une lubie, qu'elle avait cru que sa fille changerait d'avis avec le temps, et qu'elle comprenait que James, lui, avait compris que Lily était décidée. Que Lily était passionnée.
- C'est son boulot d'éleveur de strangulots qui lui a permis d'acheter tout ça ?, s'étonna Harry.
Lily entendit les soupçons aux travers de la voix de son père, qui se voulait moqueuse. Elle comprit sans mal qu'il redoutait que James ait accepté l'argent de Blaise Zabini, que l'on disait riche.
- Ces livres coûtent bien plus chers, confirma Hermione, échangeant avec Harry un regard éloquent.
Lily soupira, la vérité était toute autre, et contenue dans une épaisse lettre que James lui avait envoyée d'Italie, accompagnée de cet immense cadeau.
- James et ses copains ont parié pour la victoire de la France aux tirs, par deux tirs d'écart.
Ron, qui avait suivi la finale de la coupe d'Europe avec beaucoup d'intérêt, écarquilla les yeux, ébahi.
- Ils ont remporté le gros lot, comprit-il.
- Ouais, acquiesça Lily. Cent mille gallions à se partager. Bon, ils étaient nombreux mais quand même, ça fait une grosse somme.
- Il peut se permettre d'être généreux avec une telle somme, lâcha Harry.
- La générosité c'est également chercher un cadeau qui me fasse réellement plaisir, rétorqua Lily.
- Il aurait pu t'acheter un balai, quand même !, s'emporta Ginny.
- Non. Il savait très bien qu'un balai m'aurait fait moins plaisir.
La voix de Lily ne laissait aucune place au doute. Pourtant elle mentait. Elle adorait le quidditch, un nouveau balai l'aurait comblée, mais elle sentait qu'il était de son devoir de défendre James. Et d'attaquer sa mère, qui prit très mal sa remarque.
Dans le fond, Lily s'en moquait. Elle en avait marre de vivre au milieu d'une famille qui faisait semblant, qui vivait dans le paraître et s'en complaisait.
ooOOoo
En arrivant aux abords de la salle à manger, James aperçut quelques personnes qui discutaient devant les hautes portes. Des adultes qui lui tournaient le dos et...
- Scorpius !, s'exclama-t-il en reconnaissant un adolescent blond qui lui souriait franchement.
Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, s'étreignant brièvement mais avec force, comme l'auraient fait deux frères heureux de se revoir.
A quelques pas seulement, Drago et Blaise s'étaient figés, peu habitués à une telle expansion de sentiments, eux qui avaient toujours côtoyé la froideur et la retenue des Serpentard.
Scorpius s'en excusa d'un sourire, avant de se poser ses mains sur les épaules de James, pour le forcer à l'écouter.
- Ils s'attendaient à ce qu'on se serre la main poliment en s'appelant par nos noms de famille. Et encore, je crois bien que mon père s'attendait à ce qu'on échange quelques sorts, en souvenir du bon vieux temps, celui où il se battait avec le Survivant dans les couloirs de Poudlard. Et moi je m'attendais à ce que tu m'en veuilles.
James hocha la tête, compréhensif. Les mots d'Evelyn l'avaient touché, il comprenait que si tous avaient gardé le silence, c'était à contrecœur, parce qu'ils partageaient tous l'avis que la vérité ne devait venir que de Blaise.
Celui-ci s'écarta de ses amis pour saluer James simplement, d'une pression affectueuse de l'épaule et d'un sourire immense que James partagea, quoique plus mesuré.
- Tout est de ma faute, affirma Blaise. Si tu dois en vouloir à quelqu'un…
- Je n'en veux à personne, coupa James avec gêne. J'ai juste réagi trop précipitamment parce que…
- Personne ne t'en veut non plus, James, l'apaisa Evelyn. Et maintenant nous devrions gagner la salle à manger avant que monsieur Calzone ne s'offusque de notre retard.
Les quelques adultes le saluèrent d'un hochement de tête avant de suivre Evelyn, et Scorpius en fit de même, laissant James avec sa nouvelle famille.
James cherchait ses mots, car il pouvait voir que Blaise, Shania et Hadiya étaient mal à l'aise. Il aurait voulu que la tension s'envole comme par magie, et le miracle lui vint d'une petite boule d'énergie qui surgit derrière les deux filles et vint s'arrêter devant lui, dans un dérapage incontrôlé qui fit soupirer l'intendante du château.
James vit les filles Zabini lever les yeux au ciel, sans doute habituées par les agissements du petit garçon qui leur ressemblait tant. Et le sourire de Blaise s'agrandit davantage.
- James, je te présente Haïdar, ton petit frère.
ooOOoo
La salle à manger était à l'image du château, somptueuse. James regardait autour de lui avec émerveillement, mais pas seulement. Scorpius lui avait glissé discrètement qu'il était d'usage de se retrouver avant le dîner le temps d'une vingtaine de minutes selon lesquelles les dames se complimentaient sur leurs coiffures et les messieurs discutaient affaires. Une pratique qu'il croyait disparue et qui lui donnait l'impression d'être dans un film.
- Les amis de monsieur sont arrivés.
James se retourna, certain de voir arriver Mael, Nalani, Rose et Natasha. Mais le majordome le regardait avec dévotion, comme dans l'attente d'une réponse.
- Cool, lâcha James, s'apercevant tout de suite que ce n'était pas la bonne réponse en voyant le sourcil gauche du majordome se dresser.
- Monsieur souhaite-t-il que je les fasse entrer ?
- Non, non, ne vous inquiétez pas, je m'en occupe…
Le sourcil se haussa bien plus haut que James ne l'aurait cru possible.
- Monsieur souhaite-t-il me destituer de mes fonctions ? Monsieur souhaite-t-il que je prépare mes affaires et que je quitte le domaine ?
- Vous congédier ? Moi ? Mais…
- Il suffit, Philippus, intervint Blaise. James n'est pas au fait de vos coutumes et vous le savez très bien. James, murmura-t-il beaucoup plus tendrement en se tournant vers son fils, monsieur Calzone attendait que tu lui donnes l'ordre de faire entrer tes invités.
- Oh… Eh bien, monsieur Calzone, auriez-vous la gentillesse de laisser entrer mes amis, ma petite-amie et ma cousine, s'il vous plaît ?
- Ton ancienne cousine, tu veux dire, railla une des amies de Blaise.
- Rose est ma cousine, elle le sera toujours, répliqua-t-il fermement.
- C'est vrai qu'elle est rouquine, encore une belette…
- Pansy !, la rabroua Blaise, furieux.
- Les amis de monsieur James, annonça le majordome respectueusement.
Soulagé, James se tourna vers la porte, rencontrant l'air malicieux de Mael et le regard fier de Nalani. Rose avait gardé son appareil photo autour du cou et Natasha… Le cœur de James rata un battement.
- Salut beau gosse, le salua-t-elle en lui volant un rapide baiser. Tu m'excuses deux secondes, je dois voir quelqu'un.
- Dans cette tenue ? Hors de question, plaisanta-t-il en la ramenant contre lui. Tu es magnifique. Presque aussi belle que pour le match de Guernesey.
- Tu plaisantes, j'espère ? Je portais un vieux t-shirt d'Isidore et les dessins que Rose avaient peint sur ma joue coulaient tellement il faisait chaud !
- Mais tu étais naturelle et débordante de joie, et à mes yeux c'est ainsi que tu es la plus belle.
Il ne comprit pas pourquoi elle était si radieuse, encore moins pourquoi elle l'abandonnait soudain pour rejoindre Hadiya, une jeune fille dont elle s'était toujours méfiée jusque-là.
- Tu sais parler aux filles, mon grand, le félicita Blaise avec un clin d'œil.
Le propriétaire des lieux prit le temps de saluer avec grand enthousiasme les amis de son fils, les appelant par leur prénom et échangeant quelques mots sur leurs passions pour le quidditch ou la photographie, signe qu'il s'était bel et bien renseigné sur eux, ce qui fit grimacer James, avant de les laisser tranquilles.
- Tout va bien ?, s'assura James une fois que Blaise eut rejoint ses amis.
- Au top, mec !, assura Mael.
- Ça s'est très bien passé pour nous aussi, le rassura Rose en désignant Natasha qui parlait un peu plus loin avec Hadiya.
- Compte pas sur moi pour être pote avec ta nouvelle frangine, lâcha Nalani.
James sentit à nouveau un soubresaut le traverser. Décidément il ne se faisait pas aisément à ses nouveaux liens familiaux.
- C'est qui, lui ?, le questionna Nalani.
James jeta un regard étonné derrière lui, sursautant en croisant la frimousse euphorique d'un petit garçon qui sautillait comme une pile électrique.
- Je suis Haïdar Zabini, troisième représentant masculin de la famille, se présenta-t-il d'une voix qui se voulait suave, en lançant un regard charmeur à Nalani.
- Il me plaît celui-ci, sourit la jeune fille.
- Fais gaffe, toi, c'est ma copine, le prévint Mael en se donnant des airs de dur à cuire.
- Tu n'as aucun souci à te faire, bonhomme, assura James avec douceur. Mael est le mec le plus cool de la terre.
Haïdar lui lança le plus beau des sourires, visiblement plus qu'heureux de rencontrer enfin son grand frère. Le petit garçon attrapa son bras et James se baissa pour être à son niveau.
- Ça passe pour cette fois mais normalement il ne faut pas m'appeler bonhomme. Ça fait petit garçon et je suis grand maintenant.
- Oh, d'accord, répondit James, amusé. Je te promets que je ferai attention, mon grand.
Définitivement radieux, Haïdar l'attira vers la table, le forçant à s'installer près de lui, ce à quoi se plia James avec bonheur.
- Là pour le coup tu ne perds pas au change, se permit de remarquer Nalani en une allusion peu subtile à Albus.
La capitaine des aigles s'installa près de lui, laissant une place vide entre eux pour Natasha. James n'eut pas le temps de rétorquer, intrigué par la course folle du majordome vers eux.
- Oh, c'est vrai, s'exclama Haïdar. Lève-toi, James !
Le grand frère s'exécuta et le majordome tira la chaise du petit frère, l'enjoignant à s'asseoir avec respect. Il répéta les mêmes gestes et James s'installa non sans rougir.
- Je suis désolé monsieur Calzone, murmura James à l'oreille du majordome, je ne savais pas que vous deviez tenir ma chaise...
- Je vous remercie de vous plier aux coutumes de cette maison, monsieur. Je me tiens disposé à vous les apprendre quand bon vous semblera. Monsieur James a-t-il choisi son menu ?, s'enquit le majordome.
- Le… euh… Par Merlin je suis navré, j'ai totalement oublié.
- Monsieur n'a pas à s'excuser. Puis-je suggérer à monsieur les cailles farcies au miel de vigne ?
- Ce sera parfait, merci.
- En second plat le botruc poêlé et sa mêlasse givrée vous conviendraient-ils ?
James échangea un regard avec Nalani qui signifiait « mais on va vraiment manger tout ça !? » avant d'acquiescer en remerciant poliment le majordome.
- Un poisson satisferait-il monsieur ? Le tonibar pêché ce matin, peut-être, accompagné de sa feuille de vigne aux fruits rouges ?
- Euh… Oui, d'accord. Mais ça ne fait pas un peu beaucoup ? J'espère que les quantités ne sont pas trop…
- Elles devraient satisfaire monsieur. Je signale également à monsieur qu'il pourra choisir ses desserts parmi la farandole, qui sera composée de fruits frais, d'une sélection de fromages français, de tartes, de glaces, de gâteaux…
- Le gâteau au chocolat est top !, coupa Haidar avec ferveur.
James remercia chaleureusement le majordome, se promettant de garder une place pour goûter ce fameux gâteau au chocolat qui enthousiasmait tant son petit frère.
- N'oublie pas ce qu'on a dit Haidar, le menaça sa sœur aînée en s'installant face à lui.
- Mais je l'embête pas !, protesta le petit garçon. Hein, James, que je t'embête pas ?
- Il ne m'embête pas du tout, répondit James en affublant Hadiya d'un sourire sincère.
Shania s'installa face à lui et James se leva pour tenir la chaise de Natasha, suscitant un nouveau sourcil dressé du majordome.
- Nous prendrons comme James, dit Nalani au vieil homme. Toi tu viens t'asseoir ici, ordonna-t-elle ensuite à Mael, qui saluait les sœurs Zabini.
- Ouais, t'approche pas de mes sœurs, se força à plaisanter James pour faire comprendre à ses nouvelles sœurs que toute tension était derrière eux.
- Et toi, reprit Nalani en s'adressant à Natasha, tu n'oublies pas le plus important…
- Je pense quidditch, je respire quidditch, je vis quidditch et je MANGE quidditch, acquiesça Natasha.
Bien évidemment elle n'en fit rien et même Nalani ne put se retenir de dévorer les mets délicieux que les serveurs leur apportaient. James et Mael ne pouvaient s'empêcher de taquiner la capitaine des aigles, prédisant à son équipe la dernière place du championnat et Rose rétorqua à ses amis que Poufsouffle l'emporterait, ce qui attisa les foudres des capitaines de Serdaigle, de Gryffondor et de Serpentard, qui l'entouraient.
Shania et Haidar participaient à la discussion avec ferveur, faisant grimacer les adultes qui n'arrivaient pas à s'entendre. Seule Hadiya restait muette, son regard ne quittant que rarement celui de James. La culpabilité se lisait en elle, et James essaya de l'apaiser à sa manière. Il ferma les yeux, se concentra à l'extrême pour oublier les conversations et le brouhaha, et prononça une phrase à l'adresse d'Hadiya. Il pensait qu'il lui faudrait plusieurs essais avant d'y parvenir, car ils n'étaient pas seuls, mais Hadiya entendit clairement les mots qui lui étaient adressés.
« Si tu veux on pourra parler après le repas. Tous les deux, ou avec Shania et Haidar. »
Elle sursauta et acquiesça vivement, ornant enfin son doux visage d'un sourire. Quelques minutes plus tard elle participait à la conversation, formant avec Scorpius un duo redoutable qui parvenait même à faire concurrence à Natasha et Nalani.
- Vos balais n'accepteront jamais de porter des baleines, se moquait Scorpius.
- Même obèses on gagnerait le championnat, balaya Nalani. Si on avait de la concurrence, je dis pas, mais quelle équipe peut se targuer d'arriver ne serait-ce qu'à la cheville de mon petit orteil ?
- De ton gros orteil tu veux dire, rétorqua Scorpius.
- Shania a pris l'habitude de nous entraîner pendant les vacances, intervint Hadiya. Je jouais aussi dans une équipe, en Irlande, et les mets ont toujours été délicieux ici. Et gras. Alors Shania a mis en place un programme d'entraînement qu'elle fait évoluer régulièrement. C'est pas de tout repos, je vous préviens, mais si ça vous intéresse, on pourrait faire ça tous ensemble.
- Quoi ? Mais ce sont nos concurrents !, répliqua Scorpius.
- James est mon frère. Il sera toujours mon frère avant d'être mon concurrent.
- C'est un Zabini, appuya Haidar. Faut pas qu'il se ridiculise quand même !
- James, ok, accepta Scorpius. Mais pas les Serdaigle !
- T'as peur pour tes petites fesses de couleuvre, Malefoy ?, se moqua Nalani.
- Ce ne serait pas très juste par rapport aux Poufsouffle, remarqua James.
- Comme s'ils avaient une chance de l'emporter !, s'exclama Nalani. Bien sûr qu'ils peuvent gagner Gryffondor et Serpentard, mais nous…
- Jamais !, appuya Natasha.
- Nous pouvons aussi inviter ton ami Oscar Dubois, si tu veux, mon grand !
L'intervention de Blaise fit sursauter James. Il prenait un réel plaisir à discuter avec cette bande de jeunes qu'il adorait, et avait complètement oublié qu'ils n'étaient pas seuls.
- Euh… je… Oscar est…
- En Irlande, chez les grands-parents de Susie, sa copine, expliqua Nalani. Et nous nous entraînerons à part, toutes les trois.
- Toutes les trois ?, souleva Rose avec surprise.
- Ça ne me dérange pas que vous soyez là, Nalani, répondit Hadiya avec gentillesse.
- Moi ça me dérange. Mais je garderai un œil sur vous, t'avise pas de t'approcher de mon mec de trop près.
- Je considère Mael pour ce qu'il est. Le meilleur ami de mon frère. Celui que mon frère considère comme un frère.
- Tu es allée au bal avec lui.
- Et toi avec Fred. Nous étions mal assortis tous les quatre, et désormais tout est entré dans l'ordre. Et crois-le ou non, je respecte ça.
Les deux filles s'affrontèrent du regard quelques secondes, et Evelyn Zabini s'empressa de lancer tout le monde sur une nouvelle discussion. L'épouse de Blaise était prête à tout pour que tout se déroule pour le mieux pour James, et le sourire radieux que celui-ci lui adressa la combla de bonheur.
ooOOoo
Square Grimmaurd, Londres
LILY LUNA POTTER !
Lily sursauta à peine, s'habituant jour après jour à entendre les cris de sa mère qui, elle, ne s'habituait pas à la crise d'adolescence que lui imposait sa fille.
L'adolescente haussa le son et les enceintes crachèrent un peu plus la musique qui l'assourdissait. Elle s'amusa à claquer cinq ou six fois la lourde porte qui grinçait en un bruit effroyable et sauta sur son lit à pieds joints, faisant crisser les ressorts.
LILY LUNA POTTER !
Lily grimaça. Entendre sa mère hurler lui procurait autant de plaisir que de mélancolie. Elle était prête à tout pour la faire enrager, mais l'entendre hurler ainsi son nom lui rappelait l'époque où la colère n'était dirigée que vers James. Combien de fois Lily avait-elle entendu sa mère hurler « JAMES SIRIUS POTTER ! ». Des quantités de fois. Une époque aujourd'hui révolue.
La poignée de la porte bougea très vite, signe que sa mère essayait de l'ouvrir.
NE M'OBLIGE PAS A UTILISER LA MAGIE !
Lily se dépêcha d'augmenter le volume et d'étaler tout le maquillage noir qu'elle avait subtilisé à sa mère sur ses joues et son front.
LILY LUNA POTTER ! MAIS…
La voix s'interrompit à mesure que la surprise remplaçait la colère. Sa mère se reprit, avant de brandir sa baguette sur les enceintes. La musique disparut, bientôt suivie par tous les déchets que Lily avait abandonnés dans sa chambre.
- Tu vis dans une poubelle, soupira Ginny. Je n'ai jamais vu ça…
- Même dans la chambre de James ?, rétorqua Lily.
Sa mère baissa le regard une demi-seconde.
- Même dans la chambre de James, reconnut-elle.
- Je suis donc plus bordélique que lui !, s'exclama Lily en levant les bras au ciel. J'ai le droit de partir en Italie moi aussi ?
- Arrête Lily. Tu sais bien que la situation est compliquée. Si tu me disais un peu ce que tu me reproches. On pourrait parler. On le faisait quand tu étais petite.
- A l'époque je croyais que j'avais deux frères et que tu ne faisais aucun différence entre nous trois. Et j'avais le droit de sortir, d'aller chez Luna autant que je le voulais. Mais je n'étais qu'une gamine bourrée d'illusions, je croyais que tu étais une mère normale et que jamais tu ne m'empêcherais d'aller chez ma marraine juste parce que James est parti et que la presse ne doit pas croire que les héros nationaux sont des parents déplorables.
- Lily…
- Va-t-en. Je ne t'ai pas autorisée à entrer dans ma chambre !
- Je suis ta mère !
- Je m'en fous !
Sa mère campait sur ses positions, dos à la porte qu'elle refusait de franchir, alors Lily dégaina son arme ultime. Sa baguette magique. En tant que mineure, elle n'avait pas le droit d'utiliser la magie en dehors de Poudlard. Aussi sa mère pâlit en voyant à quel point sa fille paraissait sûre d'elle.
- Tu n'oseras pas. Tu n'as pas le droit de t'en servir, tu risques d'avoir des problèmes…
- Ne me tente pas, répliqua Lily.
Furieuse, sa mère abdiqua. La porte n'était pas refermée que les enceintes crachaient une musique insipide mais terriblement efficace pour engendrer des migraines. Lily glissa les bouchons d'oreille que Serena lui avait envoyé par hibou. Heureusement qu'elle avait encore le droit d'écrire à ses amis. Ils lui permettaient de s'évader un peu, loin de cet enfermement qui oppressait celle qu'elle était vraiment, une jeune sorcière sauvage, éprise de liberté, injustement recluse dans une chambre trop petite pour elle.
ooOOoo
Maël n'osait intervenir dans la discussion soutenue par les adultes. Lui ne se considérait pas comme faisant partie des adultes. Pas tant qu'il était élève à Poudlard. Mais il n'en pensait pas moins.
Même s'ils faisaient des efforts, leur lointaine éducation, stricte et peu tolérante, les rattrapait quelques fois. Blaise blâmait par précipitation, nervosité et désir de bien faire. James lui lançait quelques petits sourires, compréhensif. Drago, loin de gaffer, semblait réellement croire que les moldus étaient inférieurs aux sorciers. Il n'allait pas jusqu'à les mépriser, mais Maël n'appréciait pas certaines de ses tournures de phrases. Quant à Evelyn Zabini...
- Evelyn est la seule moldue que je connaisse à être anti-moldus, lui murmura Scorpius, partageant son avis. En même temps, se ravisa le jeune Malefoy, c'est la seule moldue que je connaisse.
Maël pouffa légèrement à la réflexion de Scorpius et tous deux se tournèrent vers James en l'entendant s'adresser aux adultes.
- Je ne suis pas d'accord avec vous. Pardon, avec toi, se reprit-il en plongeant son regard dans celui de sa « presque » belle-mère.
Celle-ci hocha la tête, l'engageant à présenter ses arguments, Blaise posa ses couverts, son esprit et son corps prêts à se nourrir de chaque mot que prononcerait son fils. Drago et Natasha continuèrent de se restaurer, quoique leur attention toute dévouée à James.
- Nous sommes tous faits du même bois, les moldus s'habituent très bien au monde magique, la preuve en est les nés-moldus.
- L'inverse serait possible selon toi ?
- Oui. En tant de guerre, certains sorciers ont fui et se sont mêlés aux moldus.
- C'est un fait très rare, affirma Drago en découpant minutieusement son ragoût de lièvre.
- Ils fuyaient, monsieur Malefoy. Motivés par la peur ou la lâcheté. Ils n'allaient pas s'en vanter, encore moins le placarder haut et fort alors qu'ils cherchaient justement à se faire oublier.
- Pas faux, reconnut Drago.
- Ils ont dû passer pour des illuminés, songea tout haut Evelyn. Rares sont les sorciers capables de ne pas se faire remarquer. C'est pour ça que la cohabitation est quasiment impossible.
- Elle existe pourtant depuis toujours.
- Mais vous avez des villes, des magasins, des écoles qui vous sont dédiés, des villages entiers sans moldus. Les moldus n'ont pas le pouvoir nécessaire de comprendre ce…
- Ce ne sont pas nos capacités qui font ce que l'on est. Nous ne sommes pas seulement des gênes, un nom, des aptitudes. Nous faisons des rencontres, nous créons des liens, nous nous passionnons, nous faisons des choix. C'est notre curiosité, notre désir, nos choix qui importent vraiment. Et c'est sur cela que reposeront l'équilibre et la cohabitation. Non pas sur des pouvoirs mais sur nos choix.
Mael et les quelques jeunes qui les entouraient retinrent leur souffle. Même ceux qui le connaissaient mal comprenaient qu'il n'était pas fréquent pour Drago Malefoy de se faire moucher de la sorte, surtout par un apprenti sorcier. Pourtant celui-ci, après avoir échangé un bref regard entendu avec Théodore Nott et Pansy Parkinson, esquissa un franc sourire.
- Dis-donc Blaise, tu ne m'avais pas dit que le vieux James avait un si gros cerveau. Ton fiston parle comme Dumbledore et je ne pense pas que la belette y soit pour quelque chose.
James rougit mais ne dissimula pas ses yeux rieurs sous son épaisse mèche, comme il l'aurait fait plus jeune. Il se redressa et planta sa fourchette avec envie et bonheur.
Mael l'observa avec fierté. Son meilleur ami avait trouvé sa voie, trouvé l'amour et il venait de trouver un père.
ooOOoo
- James, James, James, soupira Natasha. Tu refuserais une ballade romantique au clair de lune avec moi pour rejoindre une autre fille ?
- Mais c'est… Je… C'est Hadiya, tu comprends, ce n'est pas une fille comme les autres, enfin, je veux dire, toi non plus, mais elle est...
- Je ne peux pas croire que tu tombes dans le panneau à chaque fois, se moqua Rose.
- File, bébé, sourit Natasha en l'embrassant chastement.
James prit le temps de saluer les amis de Blaise, et celui-ci fit signe à Shania et Haïdar de ne pas suivre leur frère, leur expliquant que leurs aînés avaient besoin de se retrouver seul un moment. Il accompagna James jusqu'au hall, tous deux silencieux durant ces quelques pas qui les isolaient du groupe.
- Merci pour cette soirée, monsieur Zabini. Je veux dire, Blaise. Pardon, je…
- Pas de souci, mon grand. Nous avons le temps, désormais. Toute la vie, même. C'est pas tes voyages à venir qui me font peur, tu sais ? J'ai tellement attendu que ce moment arrive, que ça ne soit pas surprenant de me tenir ici avec toi, de te croiser dans les couloirs, de te voir avec Haidar et les filles…
- Ça l'est toujours pour moi, vous savez. Surprenant. La preuve, je vous vouvoie encore et je n'arrive pas à intégrer que…
- James, le coupa Blaise en posant ses mains sur les épaules de son fils.
James s'aperçut qu'ils faisaient la même taille, à quelque chose près, alors qu'il avait toujours trouvé Blaise Zabini grand, charismatique, impressionnant.
- Il ne faut pas que tu t'inquiètes. Je sais que tout cela est nouveau pour toi, et bouleversant, et incroyable… Je le sais. Et personne ne l'ignore. Tout le monde te donnera le temps dont tu as besoin. Parce qu'ici tout le monde t'aime. Evelyn apprend à cuisiner des petits plats dans l'espoir que tu viennes chez nous, Haïdar rêve de jouer avec toi, les filles attendaient avec tellement d'impatience que tu saches enfin la vérité… Et je ne parle pas de Scorpius qui ne tarit pas d'éloges sur toi, ni de ses parents, ainsi que mes autres amis, qui seront là pour toi, tout comme mes frères. C'est… une nouvelle famille, pour toi. On est ta nouvelle famille, et crois bien qu'on ne veut prendre la place de personne. On veut juste s'ajouter à ceux que tu connais depuis toujours, des fois que tu aies besoin de nous… Mais on sera patients, tu sais. Je ferai en sorte qu'on le soit tous. Car personne en ce monde n'attache plus d'importance à ton bonheur que moi.
ooOOoo
Les mots de Blaise avaient réchauffé le cœur de James. Son nouveau père lui avait indiqué le chemin pour retrouver Hadiya, et James visitait l'aile nord, dont les espaces étaient souvent ouverts sur l'extérieur où se dessinaient les vignes et le ciel noir parsemé d'étoiles.
Blaise lui avait expliqué qu'Hadiya occupait un couloir en particulier, au tout dernier étage de l'aile qui lui avait été réservée. Ce couloir renfermait sa chambre, sa bibliothèque personnelle, son dressing, la salle de bal où elle recevait des cours de danse, ainsi qu'une salle « secrète », son antre, où il était certain de la trouver, selon Blaise.
James était quelque peu gêné de se montrer intrusif, Hadiya et lui se connaissaient si peu finalement. Mais sa gêne s'envola lorsqu'une musique se fit entendre. Des notes douces et claires, un morceau magnifique qu'il entendait pour la première fois. Il n'avait que très peu entendu de musique classique dans sa vie, mais songea qu'il s'agissait là d'un appel, d'une invitation, d'un accord.
Le couloir lui apparut, et James délaissa ce qu'il devinait être la chambre de la jeune fille car la musique s'intensifiait, et qu'il en devinait la source, aux travers d'une porte qu'Hadiya avait laissée ouverte.
Il s'arrêta à l'embrasure de la porte. Elle était là, debout devant lui, continuant de jouer du violon, pour elle et pour lui. Elle rendait ce moment magique par sa virtuosité et il s'en délecta, fermant les yeux pour découvrir ce monde de sonorités et de résonnances qui était celui de sa sœur. Et lorsqu'elle joua la dernière note, il s'aperçut que son cœur était enfin apaisé et que la musique l'avait ému aux larmes.
Il garda les yeux clos alors que la jeune fille posait son instrument et marchait jusqu'à lui, il sentit son parfum et la douceur de sa peau lorsqu'elle fondit dans ses bras et il referma ses bras autour d'elle sans hésiter.
Elle se confia longuement et sans détour, rembobinant le fil de sa vie, décrivant l'absence qu'elle avait ressenti sans la comprendre, le manque qui la dévorait sans qu'elle ne puisse l'expliquer ni lui donner de nom.
Il s'était rarement senti aussi aimé. D'un amour un peu trouble, un peu fou, qui ne lui appartenait pas vraiment mais qui était plutôt destiné à l'image qu'Hadiya avait eue de lui pendant seize ans.
- Un peu comme ce que ressentent les jumeaux qui vivent séparés ?, s'enquit-il.
- Pas exactement. Je me suis toujours sentit entière, complète. Mais les yeux de papa étaient aussi heureux que tristes lorsqu'il me regardait et j'ai compris qu'il m'aimait pleinement, mais qu'il n'aimait pas que moi, ce qui le rendait triste car cet amour qu'il te portait restait enfermé en lui, parce que tu n'étais pas là pour le libérer. Bêtement je me suis dit que s'il t'aimait autant qu'il m'aimait moi – et j'ai toujours été une princesse à ses yeux – c'est que tu devais être formidable. Alors je t'ai attendu, cherché.
- Tu… Tu n'es pas trop déçue ?
Un petit rire secoua la jeune fille.
- Non. Maintenant non. En Irlande, tu sais, on lit la Gazette comme à Poudlard, et les élèves irlandais ne connaissaient de toi que ce que la Gazette écrivait. Je me rappelle m'être moquée de toi souvent avec mes amies. On était très liées, et on adorait se moquer de tout le monde, s'excusa la jeune fille. Elles sont restées en Irlande, elles, et je devais faire pareil mais… Mais papa nous a dit que tu étais à Poudlard. Et que tu t'appelais James. Je me suis dit que c'était un prénom courant, que beaucoup de parents avaient dû appeler leur fils James pour faire comme le Survivant… Shania, elle, a cherché. Elle s'est procuré le registre des élèves et elle a cherché tous les James. C'est là qu'elle a compris qu'un seul James était à Poudlard. Toi. De mon côté… Je me souviens de cette interminable répartition, chaque année y passait et ça a duré une bonne partie de la nuit.
- Je me souviens aussi, chuchota James, avide d'en entendre plus.
- Nous, les plus vieux, on est passés en dernier. On attendait et des élèves ont commencé à parler de toi. Ils disaient « vous vous rendez compte, on sera dans la même classe que James Potter ». Puis, une fois dans la Grande Salle, ils t'ont cherché des yeux, et j'en ai fait de même. Je voulais voir à quoi tu ressemblais en vrai. Et tu étais là, pas très loin de moi, à plaisanter avec tes amis tout en essayant d'être sage. Je me souviens que tu n'arrivais pas à te retenir de rire quand Mael te parlait et comment tu regardais ton cousin, Louis, avec une sorte de crainte et de fascination mêlées. Et je me souviens de ton regard. Tu nous regardais avec compassion, parce que tu savais que nous allions être séparés, que certaines amitiés seraient mises en danger par les maisons de Poudlard. Je me souviens m'être dit que tu ne ressemblais pas au crétin dépeint par la presse. Je me souviens m'être dit que tu ressemblais à papa. Mais j'ai mis ça sur le compte de l'émotion, je savais que mon frère était là, dans la même salle que moi, pour la première fois de ma vie… Mais après tu nous as raccompagnés jusqu'à la salle commune de Serpentard, et j'ai à nouveau vu ton regard. De plus près. D'assez près pour voir que nous avions les mêmes yeux. Là encore j'ai repoussé cette idée. Et puis Shania est venue confirmer cette idée, quelques jours plus tard. Elle est du genre acharnée…
La voix d'Hadiya laissait entendre tant de tendresse que James ne put s'empêcher de sourire. Il avait fait les frais de cet acharnement. Il n'avait cessé de la croiser, parce qu'elle l'avait voulu, parce qu'elle avait tout fait pour le voir, encore et encore. Elle avait continué à suivre des cours de soutien avec lui, après que le tout Poudlard ait cru qu'il avait laissé entrer une salamandre dans le château.
- Elle est loyale, lâcha-t-il.
- A toi, oui. Elle le sera toujours. Shania a un cœur immense. Elle aime aimer, c'est assez rare en fait. Papa est comme ça, même s'il s'en défend. Et toi aussi tu es comme ça.
- Ce doit être de famille, bafouilla-t-il en rougissant.
A nouveau elle se glissa dans ses bras et James se prit à aimer ça. A aimer cette sœur que la vie lui offrait, et dont il avait tout à découvrir.
La porte s'ouvrit sur les bouilles rieuses de Shania et Haidar. Ils avouèrent avoir désobéi aux ordres de leur père, parce que ce n'était pas juste que leur sœur profite de James et pas eux.
Hadiya voulut reculer mais James l'en empêcha, ouvrant simplement un peu plus les bras. Il sentit la jeune fille trembler et deux tornades se cogner à son ventre, à ses jambes, à son torse. Il les serra fort contre lui, alors que tous trois lui promettaient de l'aider à traverser cette épreuve, d'être présents sans en être étouffants, de rester à ses côtés, toujours.
Dissimulé derrière la porte, Blaise remercia Merlin d'avoir exaucé le plus précieux de ses rêves.
ooOOoo
Les jours suivants s'écoulèrent paisiblement, James apprenant à connaître sa nouvelle famille, et découvrant sa nouvelle vie. Les domestiques qui se penchaient sur son passage, les courses poursuites dans les vignes, la dégustation des raisins cultivés et des vins de Castel Maggiore.
Chaque jour qui passait le voyait se rapprocher de Blaise, qui prenait un plaisir certain à lui faire découvrir les lieux, et à passer du temps avec son fils, tout simplement.
Le maître des lieux avait amené la petite bande aux quatre coins de la province de Bologne, mais ils passaient le plus clair de leur temps au domaine, où ils avaient déjà fort à faire.
Une soirée avait été organisée en l'honneur de James, qui s'était vu présenter sa propre cuvée, un muscat sec au parfum de coriandre.
Il s'était senti quelque peu groggy après avoir dégusté plus de sept vins différents et Natasha et lui s'étaient perdus dans les couloirs en allant se coucher, décidant finalement de s'étreindre au détour d'un énième couloir avant que l'intendante ne les mène à bon port d'un air clairement réprobateur.
James avait tout avoué à Blaise le lendemain, et son nouveau père en avait ri pendant vingt bonnes minutes sans pouvoir s'arrêter.
James passait également le plus de temps possible avec ses sœurs et son frère, Shania l'entraînant dans des aventures dont elle seule avait le secret, Haïdar prêtant à James ses figurines préférées. Tous deux pouvaient jouer pendant des heures, vautrés sur le tapis épais de la chambre du plus jeune, et James apprenait chaque jour un peu plus comment modifier sa voix pour interpréter tous les héros de son petit frère, déclenchant les fous-rires de Shania qui s'amusait beaucoup de la situation.
Seule Hadiya était le plus souvent absente. Elle les rejoignait le matin, faisait quelques pas avec eux et disparaissait, sans que James n'en comprenne la raison. Néanmoins Shania souriait mystérieusement, alors James ne s'inquiétait pas outre mesure.
Il eût le fin mot de l'histoire un soir, alors qu'il rentrait d'une partie de quidditch-à-paire où les Serdaigle avaient une nouvelle fois écrasé les Gryffondor, leur victoire fièrement immortalisée par l'appareil de Rose. Scorpius et Shania, en arbitres partiaux, avaient bien essayé d'aider James à gagner mais Natasha était tout aussi redoutable sans qu'avec sa batte, et Maël était incapable de couper la route de Nalani.
En rentrant au château, les amis avaient aperçu Hadiya, cachée dans les écuries, étroitement liée à Marco-Credulo, le fils du jardinier. James en resta interdit, alors que Nalani ricanait, aussi heureuse qu'à la veille de Noël.
- Tu étais au courant ?, demanda James à sa jeune sœur.
Shania parut ennuyée mais acquiesça.
- Ils se cachent parce que le jardinier les a surpris un jour, il a interdit son fils d'approcher Hadiya, c'est un déshonneur pour lui, il dit que Marco n'a pas le droit de la r'garder, qu'il se suicidera si son maître apprend la vérité, que c'est une trahison. Mais ils ont continué à s'voir. Ils se sont t'jours cachés pour jouer et puis ils ont joué à d'autres jeux en grandissant. Faudrait être aveugle pour rien voir. Heureusement, les adultes sont aveugles.
Ne sachant guère comment un grand frère était censé réagir, James se contenta de gagner les écuries dès le lendemain matin, trouvant Hadiya et son amant secret dans le box d'une jument qui n'allait pas tarder à mettre bas. Il observa longuement leurs gestes sûrs et tendres, leur attention vouée à la jument, leurs échanges muets, la complicité évidente qu'ils partageaient. Ils étaient si préoccupés par les soins qu'ils prodiguaient à la jument qu'ils ne l'avaient pas entendu arriver, aussi James était reparti comme il était venu, satisfait de n'avoir pas à jouer les grands frères protecteurs. Et surtout définitivement rassuré par le regard que Marco-Credulo portait sur sa sœur.
Et quelques heures plus tard, fidèlement accompagné de Mael et Nalani, il provoqua une rencontre fortuite avec le fils de jardinier. Au bout d'une heure à se raconter leurs vies ils décidèrent d'être amis, comme le font sans y songer les enfants qu'ils étaient encore un peu.
Et Hadiya n'eut plus à choisir entre son petit-ami secret et son nouveau frère, définitivement devenu parfait à ses yeux.
ooOOoo
« Salut James,
Je suis heureux d'avoir de tes nouvelles même si ta lettre m'a profondément choqué. J'ai longtemps été jaloux de tout ce qui traversait ta vie que j'imaginais riche d'aventures fantastiques. Mais depuis nos retrouvailles j'ai beaucoup déchanté. Je n'aimerais pas être à ta place. Mais j'aimerais qu'on la partage, comme on le faisait quand on était enfants, pour t'épauler et te soutenir.
Même si je compatis à ce nouveau choc dans ta vie je suis heureux que tu te sois confié à moi et soulagé de te savoir bien entouré.
J'ai moi-même quelque chose à te dire. Si tu le peux, tiens Scorpius au courant. Nous faisons les mêmes recherches et c'est un chouette type, je sais que tu penses le plus grand bien de lui.
Je rends visite à vos petits protégés. Et je crois que l'endroit où ils sont reclus n'est pas normal. Il s'y passe des choses étranges. Des choses dont je parle avec la mère guérisseuse de notre nouvelle cousine. Tu dois trouver bien étrange que je crypte mes phrases ainsi mais je préfère être prudent. Nous parlerons plus à loisir à Poudlard.
Avec toute mon affection,
Ton plus vieil ami. »
- Tu n'oublieras pas de lui rappeler que je suis ton meilleur ami, ok ?
James, couché dans son lit entre Natasha, qu'il tenait contre lui, et Rose et Shania qui se disputaient son attention, lança un regard désabusé à Mael. Il n'avait aucune envie que Mael se sente en compétition avec Daniel.
- C'est hyper flippant ce qu'il raconte, songea Nalani, assise en tailleur au bout du lit.
- Je ne sais pas si ce qu'il raconte est plus ou moins flippant que cette nouvelle famille qui s'impose à toi, ajouta Rose. Je ne parle pas pour vous, précisa-t-elle à l'adresse de Shania, mais de toutes ces branches qui se dessinent. La batteuse de Gryffondor, Daniel Redox…
- Je crois que l'on ne devrait pas penser à tout ça, intervint Natasha en sentant James se tendre. On n'est ni des héros ni les personnages d'un roman fantastique, on est des jeunes comme les autres, et on a le droit de passer des vacances « normales » pour une fois. La rentrée arrivera bien assez vite, on pourra reprendre les enquêtes comme on reprendra les cours, et se pencher sur les anormalités de ce monde comme sur le championnat de quidditch que Serdaigle va remporter.
- Des vacances normales, répéta Nalani après avoir levé le pouce à sa joueuse. Avec des domestiques qui se plient sur notre passage, de la bouffe succulente, du vin qui coule à flots, le tout dans un château magnifique où nous sommes libres de faire ce que bon nous semble. J'aime ta définition de la normalité, ma poule !
ooOOoo
Au fil des jours, et bien aidé par Nalani, James avait compris comment éviter les domestiques lorsqu'il rentrait un peu trop tard et couvert de boue d'un entraînement de quidditch. Mais il n'avait pas encore compris qu'il était malaisé de doubler le majordome des lieux.
- Monsieur souhaite-t-il que nous changions le menu du dîner pour y ajouter des vers de terre et ainsi conserver une thématique boueuse ?
James, qui venait de débouler dans le hall par la porte la plus discrète, s'arrêta au pied de l'escalier, penaud.
- Je vous prie de m'excuser, monsieur Calzone. Je comptais lancer un sort de récurage de chaque palier.
- Comme vous l'avez fait ces trois derniers jours, rétorqua le majordome en cachant son amusement.
- Oui, avoua James.
L'adolescent baissa la tête, alors que son cœur battait plus fort. Le majordome et l'intendante de Castel Maggiore étaient dotés d'une propension exceptionnelle à les prendre sur le fait à chaque fois qu'ils faisaient des bêtises, ce qui arrivait très souvent, de plus en plus à mesure que les jours passaient et que Shania, Mael, Nalani, Scorpius et lui se rapprochaient.
Le petit Haïdar n'était pas en reste, et ses aînés devaient parfois user de concert pour le tirer des situations les plus périlleuses. Hadiya les couvrait allègrement, et seules Rose et Natasha se montraient plus sages qu'à l'accoutumée. La première, car elle se voyait comme une pièce rapportée qui n'avait rien à faire là, auprès de la nouvelle famille de James. La seconde, car, même si elle ne l'avouerait jamais, elle s'évertuait à faire bonne impression à ses hôtes.
« Après James qui est devenu le gendre idéal aux yeux des Kandinsky, notre terrible Natasha-à-la-batte s'apprête et se comporte comme la plus douce des princesses pour se faire apprécier de la nouvelle famille de son cher et tendre », en plaisantait Nalani.
James esquissa un sourire, très bref, avant de le ravaler pour ne pas froisser le majordome. Celui-ci, ainsi que l'intendante, représentaient la rigueur familiale qu'il n'avait jamais subi. Le désintérêt de ses parents et la culpabilité de ses grands-parents lui avaient toujours épargné les remontrances, et James était aussi gêné qu'heureux de découvrir ce que ressentait normalement un enfant pris en faute.
Miss Elvezia arriva derrière lui, détaillant la boue qui maculait ses vêtements d'un air réprobateur.
- Cette fois peut-être, monsieur, accepterez-vous la présence de votre valet. La fange est en train de sécher, vous ne parviendrez jamais à vous en départir seul.
James ne répondit pas, parce qu'il ne savait jamais quoi répondre à cela. On lui avait présenté « son » valet dès le lendemain de son arrivée au domaine, et James était parvenu jusque-là à ne pas faire appel à lui. Adùcilo n'avait que trois ans de plus que lui, et lui rappelait tant Teddy Lupin que James ne pouvait imaginer se faire servir par lui. C'était Adùcilo, pourtant, qui lui servait ses plats et s'occupait de sa chambre, dès que James la quittait pour de folles aventures.
Le valet arriva sur les lieux, et s'il parut visiblement amusé par l'accoutrement de James, il n'en pipa mot, se penchant respectueusement devant son jeune maître et ses supérieurs, avant de se positionner près de l'escalier.
- Si monsieur James veut bien me suivre.
Comprenant qu'il le sauvait là d'une leçon de morale dont le majordome et l'intendante étaient friands, James remercia Adùcilo d'un sourire et lui emboita le pas.
Tous deux gardèrent un silence religieux alors qu'ils gravissaient les nombreux paliers, conscients que rien n'échappait à monsieur Calzone et miss Elvezia, et James se permit de remercier réellement Adùcilo dès qu'ils furent dans sa chambre.
- Je vous en prie. Je ne sais que trop combien ils peuvent être sévères, j'en ai fait les frais toute ma jeunesse.
- Vous avez grandi ici ?
- Depuis mes six ans et la mort de mes parents. C'est monsieur Calzone qui m'a recueilli, avec l'accord de monsieur Blaise.
Alors qu'il parlait d'une voix douce et grave, Adùcilo s'était rapproché de James, l'aidant à se dévêtir. Ses gestes étaient réfléchis mais pas aussi mécaniques que James s'y était attendu tant le valet semblait prendre plaisir à réaliser enfin son travail.
- Comment ça se fait que monsieur Calzone vous ait recueilli ?
- Monsieur Calzone est mon arrière grand-oncle. Vous pouvez me tutoyer, si vous le souhaitez, monsieur James.
- Seulement si tu le fais en retour. Et tu peux aussi m'appeler James, sans le « monsieur » qui me vieillit, sourit l'adolescent.
Le valet parut réfléchir quelques secondes, embêté. Avant de reposer sur James ses yeux d'un vert clair brillant.
- Seulement ici, alors. Jamais en bas, dans la salle, le hall ou…
- Jamais en présence de ton oncle, d'accord, sourit James.
Bêtement il tendit sa main à Adùcilo, comme pour sceller un pacte dont ils partageraient le secret. Indulgent, le valet serra sa main brièvement. Avant de quitter la chambre d'une énième courbette en amenant les vêtements souillés de James.
Le soir-même, James retrouva son valet dans la salle à manger et échangea avec lui un bref sourire qui eut pour effet de rendre Scorpius très mal à l'aise.
James l'ignorait encore mais Adùcilo et lui allaient se parler chaque jour un peu plus, le valet apprenant à James tout ce qu'il savait du domaine, tout ce qu'il avait appris de Marco-Credulo, avec qui il était très ami, et de tout ce que Scorpius et lui avaient appris ensemble, par une chaude nuit d'été.
- Toi et Scorpius ?, s'étrangla James trois jours plus tard.
- Chut, sourit Adùcilo. J'en ai parlé avec lui pour connaître son avis, il était d'accord pour te mettre au courant mais je doute qu'il ait très envie que l'apprenne son père, ou le tien, d'ailleurs.
- Mais…
- Il m'a avoué qu'il craquait sur toi, avant. J'espère que tu ne le prendras pas mal.
Le valet se moquait clairement de son jeune maître mais celui-ci ne put s'empêcher de rougir.
- Il ne s'est jamais rien passé entre Scorpius et moi, précisa James. Et il ne se passera jamais rien. A mes yeux il est… à mi-chemin entre le frère et le cousin, je crois.
- J'ai cru comprendre que tu ne les comptais pas sur les doigts d'une main.
- Mais ils me sont précieux. Tous autant qu'ils sont.
Adùcilo hocha la tête, sans quitter James du regard plissé qu'il arborait déjà depuis quelques minutes.
- Et tes cheveux ? Ils te sont précieux ?
Comprenant sans mal là où son nouvel ami voulait en venir, James prit place face au miroir et posa une paire de ciseaux d'argent et un peigne en ivoire près de lui.
- Fais-toi plaisir. Mais rien d'extravagant, hein ?
- Tu oublies qui est mon oncle. J'ai grandi en apprenant que l'extravagance était un des pires démons de ce monde. Avec les bêtises et la boue.
Le soir venu, Adùcilo était plus qu'heureux de se tenir aux côtés de son jeune maître. La nouvelle coupe de celui-ci fut saluée par l'assemblée, surtout auprès des amis de Blaise Zabini qui, s'ils n'avaient jamais dit tout haut à quel point les cheveux trop longs de James les rebutaient, étaient soulagés de le voir enfin élégant et distingué.
- Tu râles, hein ?
Natasha n'en finissait pas de passer sa main dans les cheveux courts de James. Celui-ci la laissait faire, plus qu'heureux d'être au centre de ses attentions, et s'amusait des piques qu'elle lançait à Scorpius.
- Au risque de me répéter, batte de paille, je suis passé à autre chose, répliqua Scorpius.
- Batte de paille ?, releva Natasha, mi-amusée mi-offusquée.
- Tu préfères batte en verre ?, rétorqua Scorpius.
- Quand tu dis que tu es passé à autre chose, qu'est-ce que ça signifie au juste ?
L'homme qui venait de les interrompre possédait une élégance rare, bien éloignée du monstre dépeint régulièrement par la presse. James n'avait que peu parlé avec Drago Malefoy depuis son arrivée à Castel Maggiore. Tous deux se levaient tôt le matin et se croisaient dans la salle à manger, se saluant d'un hochement de tête poli auquel James ajoutait « Bonjour, monsieur Malefoy », respectueusement, avant de s'installer plus loin. L'adolescent ne savait comment aborder le père de Scorpius. Et celui-ci semblait penser la même chose.
- Papa, ma vie amoureuse ne te regarde pas, grogna Scorpius.
- Tu l'abordes bien avec un poursuiveur de Gryffondor et une batteuse de Serdaigle.
- Ce sont mes amis ! James est comme mon frère !
- Il n'a pas toujours été un frère à tes yeux, le taquina Drago.
- Par Merlin, papa ! James est là, je te signale ! Tu as oublié ce que parrain nous a demandé ?
- Ordonné tu veux dire ?
- Parrain ?, s'étonna James.
- Blaise, répondit Scorpius en levant les yeux au ciel. Il nous a demandé de…
- Ordonné, le reprit une nouvelle fois Drago.
- De tout faire pour que tu te sentes bien.
- Ce que nous faisons tous avec grand plaisir.
- Parler devant James de mon ancien penchant pour lui ne va certainement pas le mettre à l'aise.
- Posons-lui directement la question, alors, sourit Drago Malefoy. James, que penses-tu des sentiments de Scorpius à ton égard ?
Mal à l'aise, James choisit toutefois de ne pas regarder Scorpius ou Natasha, il ne voulait pas qu'ils lui viennent en aide, il voulait apprendre à connaître chacun des amis de Blaise. Alors il affronta le regard moqueur de Drago Malefoy.
- Je partage les sentiments de votre fils, monsieur Malefoy.
Désarçonné, Drago écarquilla les yeux, désignant Natasha d'un hochement de tête très peu discret.
- Je considère et j'aime Scorpius comme un frère. Peu m'importe l'indifférence que l'on se vouait quand on était jeunes, tout comme les sentiments que nous avons porté aux autres ou à nous-mêmes. Le passé est passé, et Scorpius est mon frère.
Drago haussa les épaules, vexé.
- C'est la deuxième fois que tu me mouches, gamin.
- Si vous voulez on peut passer tout de suite à la troisième, répondit James avec une audace qui le surprit.
- Pardon ?, s'énerva Drago.
- Il nous manque un joueur, expliqua James. Je crois savoir que vous avez joué comme attrapeur, à Poudlard.
Drago faillit en tomber à la renverse. Mais il était un Malefoy, et les Malefoy savaient se reprendre en toute situation.
- J'imagine que Potter a dû cracher sur les matchs que nous avons disputé l'un contre l'autre, tout autant qu'il a dû se vanter de ses victoires.
- Mon père ne m'a jamais parlé de Poudlard, ni de vous. C'est Hadiya qui m'a dit que vous aviez joué comme attrapeur et que vous ne manquiez pas de lui donner des conseils.
- Elle n'en a pas besoin si tu veux mon avis.
- C'est une joueuse remarquable.
- Bien meilleure que le louveteau qui joue dans ton équipe.
- Lorcan Scamander est un très bon attrapeur, le défendit James. Son jeune âge lui offre une marge de progression non négligeable. Je ne serais pas surpris qu'il devienne le meilleur attrapeur de Poudlard dans…
- Adélaïde Lespare a le même âge que lui et elle est déjà le meilleur attrapeur de Poudlard, coupa Natasha avec ferveur.
James et Drago échangèrent un regard entendu, sachant tous deux à quel point il était périlleux de tenir tête à la célèbre Natasha-à-la-batte.
A la grande déception de James, Drago refusa d'affronter ce qu'il appelait « une bande de jeunes bien trop passionnés par le quidditch pour envisager de laisser gagner un vieil homme ».
Néanmoins, cette brève discussion partagée par James et Drago fut la première d'une tradition, et James ne tarda pas à s'asseoir près de Drago le matin, apprenant jour après jour à découvrir cet homme que la guerre avait failli briser, et que la famille et l'amitié avaient relevé.
A ses côtés, James apprenait beaucoup sur les défis parfois perdus d'avance que la vie aimait à dessiner sur le chemin de chacun, et, sans perdre une once de son innocence, il gagna en sagesse auprès de cet homme, le vieil ennemi du seul père qu'il avait toujours connu.
ooOOoo
Square Grimmaurd, Londres
- LILY LUNA POTTER !
Le cri provenait de la cuisine, sans aucun doute. A l'étage la musique baissa à peine. Une porte claqua.
Devant la cheminée, Harry leva les yeux de son journal. Son verre de Pur Feu tremblait. Il secoua la tête alors qu'un nouveau "LILY LUNA POTTER" raisonnait, plus fort que la musique qu'écoutait leur fille dans sa chambre.
- Fais quelque chose, par Merlin !, supplia Ginny en débarquant, tablier autour de la taille.
- Il faut bien que jeunesse passe, répondit Harry avec un demi-sourire.
Ginny regarda son mari comme si elle le voyait pour la première fois. Ses yeux s'embrasèrent.
- Elle n'a que treize ans et ça fait trois semaines qu'elle est insupportable ! Je ne tiendrai longtemps pas à ce rythme !
- Elle retrouvera Poudlard dans moins d'un mois, Gin'. Et l'été a été mouvementé. Pour tout le monde.
Comme chaque jour, chaque heure, chaque fois qu'il y pensait, Harry sentit son corps se tendre, le brûler, le gratter.
La trahison de Ginny, bien sûr. Les mots de Blaise Zabini qui le hantaient jour et nuit.
Le fait qu'il soit un ancien Serpentard, un ancien ennemi, cet adolescent qu'il n'avait jamais cerné, cet avocat qui défendait les pires crapules d'Europe, cet homme dont il ignorait tout de la vie.
Le doute, enfin. Harry avait beau le nier de toutes ses forces, rien ne lui prouvait que James était bien son fils. Et pourtant il en restait persuadé.
Voilà pourquoi le départ de James le rendait fou. De rage, de remords, de jalousie.
Il avait fallu qu'un serpent vienne éclater la bulle d'illusion que Ginny et lui avaient construite, celle d'une famille parfaite, mais secrètement entourée de mensonges, de non-dits, d'œillères. Depuis ce jour, Harry ne pouvait plus ignorer la vérité. Ses erreurs le rattrapaient, le titillaient. Le manque d'amour témoigné à James, la carte blanche cédée à Albus. C'était aujourd'hui Lily qui en payait le prix, Lily qui était trop jeune pour se confier, et qui recouvrait de bruit le silence de ses parents.
- Notre famille part en lambeaux, murmura Harry. Lily le ressent et ne l'accepte pas. Alors elle laisse parler sa colère.
- Je sais, soupira Ginny. Mais que peut-on faire de plus ? Tu m'as pardonnée. James a fait le choix de rencontrer Blaise. Qu'est-ce qu'on y peut ?
- On peut réparer ce qu'on a cassé. J'ai bien réfléchi et je crois qu'il serait souhaitable qu'Albus rencontre un psychomage. Il s'enferme dans sa chambre à longueur de journées, il n'a aucun ami à Poudlard, il rêve que les frères Zigaro reviennent alors qu'il sait très bien qui ils sont et quel est leur dessein, il est jaloux de James parce qu'il aurait adoré être au centre des attentions et en même temps il jubile parce que ce doute infime qu'a glissé Zabini dans nos vies lui donne l'impression qu'il est mon seul fils, mon unique héritier. Ce n'est pas un comportement normal.
- Lily n'a cessé de répéter qu'il n'était pas sain. Parfois... Je crois même qu'il lui fait peur.
- Alors commençons par là. Elle nous fait sa petite crise d'adolescence et se rend insupportable, certes, mais elle a toujours été perspicace. Ecoutons-la. Albus a besoin d'aide. Lily a besoin d'écoute, d'avoir confiance en nous.
- Et James ?
- Il doit revenir, affirma Harry. Mais pas comme je l'envisage, pas en me rendant là-bas pour le ramener de force. Laissons-lui le choix, pour une fois. Pensons à lui avant de penser à nous.
- Ce serait bien la première fois. Je ne suis pas certaine de savoir m'y prendre.
- Nous apprendrons ensemble. On va lui écrire. On va lui demander de rentrer. S'il accepte, on ira le chercher à la gare, on le ramènera à la maison, on écoutera ce qu'il a à nous dire. On pourra même faire des choses ensemble. Lui et toi, lui et moi. Tous les cinq. On pourrait même...
- Et s'il refuse ?
- Je ne crois pas qu'il refusera. Il ne nous a jamais rien refusé.
- Mais nous n'avons jamais anticipé la moindre de ses réactions.
- S'il refuse... Nous l'accepterons. Nous continuerons de lui écrire. De le soutenir. De l'aimer, même de loin.
- Tu crois qu'on y arrivera ?
- Oui. Il le faut. Je n'ai pas compris, Ginny. Je n'ai pas compris que rien n'est jamais acquis. Je ne laisserai pas notre famille payer le prix de mes erreurs. Je les rattraperai, une par une. Je ferai en sorte que nos enfants soient heureux, tous les trois, que tu sois une femme, une épouse et une mère comblée.
- Je crois que je lui en voudrai toujours d'être né au moment où il ne le fallait pas.
- Et je lui en voudrai toujours de ne pas être comme mon père. Mais il doit nous en vouloir, lui aussi, de ne pas être des parents aimants. Alors je crois qu'on peut y arriver. Qu'on peut apprendre, ensemble.
- Aimer ne s'apprend pas.
- On essaiera quand même. Et si on n'y arrive pas, on fera semblant. Notre famille doit rester unie, au moins d'apparence.
Sur ces derniers mots qui le rendaient honteux, Harry attira quelques rouleaux de parchemin d'un bon coup de baguette. Il n'écrirait pas la lettre parfaite du premier coup mais il s'en moquait, il était prêt à y passer la nuit s'il le fallait.
- Vous faites quoi ?
Lily se tenait au pied de l'escalier, dans une posture nonchalante savamment imaginée pour les rendre fous. Néanmoins ses parents lui sourirent, l'invitant à se joindre à eux.
- Nous nous apprêtions à écrire à ton frère.
- Pas besoin de lui écrire, il est là-haut, attaqua Lily.
- Ton père parlait de James, voyons. Tu veux peut-être écrire la lettre avec nous ?
Camouflant difficilement sa surprise, Lily secoua la tête.
- Je lui écris tous les trois jours. Et vous n'avez pas le droit de lire ce que je lui dis.
Ses parents n'eurent pas le temps de lui affirmer qu'ils respectaient son intimité que Lily était déjà remontée à l'étage. La musique ne tarda pas à assourdir la demeure et Harry esquissa un énième sourire.
- Je crois qu'elle est agréablement surprise, dit-il amusé. Tu commences ?
Acculée, Ginny acquiesça. Depuis qu'il lui avait pardonné son adultère, Ginny ne refusait rien à Harry. Elle prit son temps pour écrire les deux premiers mots, songeant qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle pouvait bien écrire à ce fils qu'elle n'avait jamais su aimer.
« Cher James ». C'était un bon début.
- La nuit promet d'être longue, conclut-elle la plume levée.
ooOOoo
Castel Maggiore
Les paupières se haussèrent brusquement, sans qu'une alarme n'ait retentit, sans que le soleil ne se soit invité.
Deux noisettes entourées d'un halo outremer papillonnèrent quelques instants, le temps que James reconnaisse la chambre qu'il occupait à Castel Maggiore et qu'il trouve le petit réveil qu'il avait posé sur sa table de chevet.
Trois heures du matin.
La fenêtre, laissée ouverte pour garder la chambre à température ambiante, donnait sur la nuit noire. A ses côtés dans le lit, le corps dénudé et endormi de Natasha dont le dos non recouvert par le fin drap de soie éveilla le désir de James.
A contrecœur, il recouvrit le corps de sa petite amie et se redressa, enfilant prestement un short et un t-shirt froissé.
Lorsque la jeune fille se retourna dans son sommeil, le matelas était froid et James avait disparu.
ooOOoo
Scorpius faisait les cent pas, ses cheveux emmêlés par les vents de la nuit, sur la terrasse de l'aile Sud. Il était là depuis vingt minutes lorsque la porte s'ouvrit. James s'élança, son regard inquiet balayant le corps de Scorpius. Les mois et les saisons avaient beau s'écouler, tous les deux gardaient en mémoire cette sombre nuit d'hiver où ils avaient essayé de mettre fin à leurs jours.
Pour le rassurer, Scorpius s'éloigna de la rambarde et marcha vers lui. Il accepta volontiers l'étreinte fraternelle que lui imposa James.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?, demanda James en s'éloignant de quelques pas sans pour autant le quitter du regard.
- Je savais que tu saurais que j'étais ici et que tu trouverais un moyen de me rejoindre.
- Tu voulais me dire quelque chose ? A propos de quoi ? De qui ? Des recherches que tu mènes avec Daniel ? C'est les Zigaro ? C'est... C'est Albus ?
- Non. Albus est bien vivant et moi je veux te parler des morts.
James soupira, enfouissant ses mains dans ses poches, comme un enfant accepterait d'arrêter de jouer, à contrecœur.
Le bonheur était toujours là. Mais James n'oubliait pas les menaces au-dehors, et les enquêtes qui les tenaient en haleine, et en échec. Celles de ses amis, celles de Natasha et Rose, les siennes, les leurs. Il n'oubliait pas non plus Trisha, Eliott et Daniel. Ni Scorpius, évidemment, même si celui-ci refusait d'aborder les sujets sensibles avec lui depuis son arrivée en Italie.
Scorpius fit quelques pas, humant l'odeur du raisin mûr, que le vent emportait vers eux.
- Avant que tu ne rejoignes une fois par mois tes amis d'autrefois, j'avais déjà remarqué le comportement étrange de Daniel Redox. A l'époque tu ne parlais à personne. Ni à lui, ni à moi. Pas même à tes amis. Je l'ai surpris plusieurs fois, à la bibliothèque, faire les mêmes recherches que moi. Je lui ai fait une proposition. Je ne lui ai pas vraiment laissé le choix de refuser. Je voulais que nous fassions nos recherches ensemble, mais je voulais surtout le surveiller. J'étais persuadé d'avoir toujours un train d'avance sur lui, de trouver les réponses le premier mais...
- Il t'a devancé ? Tu as un souci avec Daniel ?
Une inquiétude. Un étonnement. James avait envie de protéger Scorpius, James avait confiance en Daniel.
- Pas vraiment. C'est un type plutôt sympa. Il manque cruellement de confiance en lui mais il a certaines qualités. Et il ressuscite les morts.
- Pardon ?
- Et pas n'importe lesquels. Tiens, voilà la liste.
James tendit la main, lut les premiers noms griffonnés à la hâte, mais avec respect. Une longue liste de noms, plus d'une vingtaine. James les connaissait tous, ces noms. Pas les garçons et les filles qui les avaient portés, seulement leurs noms.
Parce qu'ils étaient morts avant qu'il puisse les rencontrer, parce qu'on avait retrouvé leurs corps avant qu'il n'arrive à Poudlard. La presse avait parlé d'une vague de suicide. Il n'était qu'un petit enfant, bien trop jeune pour comprendre, mais assez mature pour en pleurer.
- Tu avais raison, James. Ils ne se sont pas suicidés. Ils n'ont pas sauté de la Tour d'Astronomie.
- Je pensais...
- Nous pensions que les Zigaro les avaient tués, mais nous nous sommes trompés.
- Mais... Ils sont morts. Les professeurs ont trouvé le cadavre de...
- Daniel a obtenu l'autorisation de faire une petite recherche dans la réserve de la bibliothèque et il en est revenu avec un bouquin... ultra flippant. Un truc spécialisé dans la nécromancie, enfin, on a pas tout lu mais il est dit qu'on peut... Créer magiquement une enveloppe corporelle. La métamorphoser pour qu'elle ressemble à un élève disparu ne doit pas être très compliqué.
- La magie n'est pas sans limite, Scorpius. La morale et l'ignominie non plus. Ces enfants avaient des parents, une famille, des amis...
- Je sais que c'est soudain pour toi mais il faut cesser d'utiliser le passé pour parler d'eux. Ils sont aussi vivants que toi et moi.
- C'est impossible !
- Non. Leurs parents ont cru qu'ils étaient morts, les enveloppes corporelles crées ont été enterrées, des funérailles ont eu lieu, personne n'a songé à les chercher.
- Où sont-ils alors ? Pourquoi ont-ils quitté le pays ? Sont-ils ensemble ?
- Ça, c'est à nous de le découvrir. Juliet, Trisha, Eliott, Daniel, toi et moi. Et nos amis aussi sans doute.
- Mais...
- Les Zigaro ne les ont pas tués. Ils les ont enlevés. Et nous devons les trouver. Regarde la fin de la liste, James. Parmi ces élèves il y a des frères. Les fils de Théodore Nott. Mes frères de cœur, comme toi. Nous devons les retrouver.
ooOOoo
« Cher James,
Ton départ en Italie nous a fait réfléchir. Ton attachement aux Kandinsky aussi. Nous avons compris que la famille de ta petite amie représente un certain idéal à tes yeux, comme la mienne l'était aux yeux de ton père quand il avait ton âge.
Nous avons convaincu ton frère de rencontrer un psychomage, et nous avons décidé de ne plus écouter ses inepties, et d'écouter Lily. Elle parle de toi en des termes élogieux qui ne nous surprennent plus. Oui, nous avons longtemps cru que tu étais ce petit garçon prétentieux et turbulent dont nous avions créé l'image. Aujourd'hui nous le regrettons.
Nous ne pouvons rattraper le temps perdu ni t'offrir ce dont tu as eu besoin durant ton enfance mais nous sommes prêts à nous rattacher à tes yeux. Mais pour cela il faudrait que tu sois là, qu'on puisse parler.
Ne reste pas en Italie. Ne te choisis pas un nouveau père. Je peux comprendre que son mode de vie et sa richesse t'attirent, mais tu es le fils de l'homme le plus courageux au monde, un héros. Un homme prêt à devenir ton père.
Nous avons dit à la presse que tu étais parti visiter l'Italie avec tes amis. La vérité n'a pas à éclater. Tu as refusé de faire le test, alors tu n'as pas à côtoyer les Zabini.
Reviens, James.
Nous accepterons Natasha, tes passions et tes désirs.
Nous serons là pour toi, je te le promets.
Nous t'aimons, même si nous n'avons jamais su te le montrer.
Reviens et apprends-nous à t'aimer comme tu le désires.
Maman.
James,
Si tu faisais ce test, tu aurais la preuve que je suis ton père. Je n'ai aucun doute là-dessus.
Je comprends que tu sois partir pour trouver auprès d'un autre ce que je n'ai pas su te donner. Mais ton départ m'est insupportable. Je n'ai rien fait pour te retenir auprès de moi, j'en ai bien conscience. Tu ne peux imaginer à quel point je le regrette. J'ai raté beaucoup de choses. Avec toi, qui a manqué de l'essentiel. Avec Albus à qui j'ai tout donné sans songer que je me trompais. Ton frère va mal, tu m'avais prévenu et tu avais raison. Nous avons besoin de toi pour l'aider.
Ton frère a besoin de toi. J'ai besoin de toi.
Prends le premier train, je viendrai te chercher et on fera ce que tu voudras, tous les deux. Les choses qu'un père et un fils font ensemble. Tout ce que tu voudras pourvu que tu ne les partages pas avec un autre. C'est moi ton père. Et je te le prouverai.
Reviens moi mon fils.
Papa. »
Théodore replia le parchemin avec parcimonie, sans se presser. L'ancien Serpentard avait toujours su garder ses émotions en lui et il préférait attendre plutôt que prendre la parole inutilement.
La pièce était plongée dans les ténèbres. L'aube ne tarderait pas à poindre. Il avait trouvé James assis dans la salle à manger, la tête entre ses mains, ses larmes s'écrasant sur le bois de la table.
Le jeune homme n'avait pas hésité et fait glisser le parchemin vers lui.
Il avait besoin d'aide, de conseils, de soutien. Et Théo hésitait à réveiller quelqu'un.
Qui pouvait, en lisant cette lettre, garder sa fureur et prodiguer des conseils ?
Blaise serait furieux, lui qui vivait dans une bulle de bonheur depuis l'arrivée de James. Maël Thomas lui semblait un bon choix. Natasha s'énerverait inutilement et Théo savait à quel point James était proche de son meilleur ami.
Et pourtant Théo ne se levait pas de sa chaise, trop occupé à se plonger dans ses souvenirs, à revoir les adolescents qu'avaient été Harry et Ginny Potter, à essayer de comprendre comment ils avaient pu devenir cet homme et cette femme qui accumulaient les maladresses. Cet homme et cette femme qui faisaient passer leur bonheur et leurs désirs avant ceux de leur fils. Volontairement. Et sans en éprouver le moindre remord.
- Vous devez me détester, marmonna James.
Théo haussa les sourcils, mais James restait prostré. L'heure d'aller chercher de l'aide était passée. James avait son choix. Sans doute par défaut, mais c'était à Théo de le réconforter.
- Te détester ? Pourquoi donc ?
- Je dois vous sembler lamentable. A pleurer comme un bébé alors que vous...
- Oh. Tu es au courant, donc. Je ne crois pas que Blaise t'en aies parlé pourtant. Ce doit donc être Scorpius. Il était très proche d'eux. Très proche de mes fils.
James renifla, essuyant ses larmes d'un revers de manche.
- Comment parvenez-vous à vous lever le matin ? A vous intéresser au monde, à sourire ?
La timidité était revenue, James redoutait chaque mot et Théo en fut ému. Il revoyait chacun de ses fils en lui. Parce qu'il les cherchait à travers chaque adolescent, parce que le manque était toujours là, chaque jour aussi vif que la veille.
- Je sais que mes fils sont vivants.
James sursauta, relevant ses yeux rouges vers lui.
- Scorpius a dû te le dire. Il le sait lui aussi.
- Il le croit, oui.
- Il le sait, rectifia fermement Théo. Et avant que tu ne réfutes quoi que ce soit, sache que j'en ai la preuve.
- Je... je suis tellement heureux pour toi, s'exclama James.
Théo ne s'arrêta pas sur le tutoiement spontané du plus jeune et décida de se confier. Il en avait besoin. Et contrairement à ses amis, il savait que James ne le jugerait pas.
- Mon fils aîné me parle la nuit. J'entends sa voix qui m'appelle. Il m'assure qu'ils sont tous vivants, qu'ils sont ensemble, qu'il veille sur eux.
- Scorpius a dit que les Zigaro les avaient enlevés.
- C'est vrai. Mais ils se sont échappés. Ils sont en fuite. C'est pour ça qu'ils ne viennent pas chez moi ou ici. Parce que je suis surveillé.
- Par les frères Zigaro ?, murmura James, horrifié.
- N'aie crainte, sourit Théo. Ils ne m'attaqueront pas, ils ont trop peur que je commence à avoir des soupçons. C'est pour ça que je laisse croire à tout le monde qu'ils sont morts. Pour leur offrir ce que je n'ai pas su leur offrir quand nous vivions ensemble. Leur liberté. Ils se sont créé une nouvelle identité et vivent loin d'ici. Un jour... un jour nous nous retrouverons. En attendant... je me languis mais je me rassure, parce qu'ils sont ensemble et libres. Parce que ma solitude et mon manque ne comptent pas face à leur bonheur, à leur liberté. C'est ce que devraient comprendre tes parents. C'est ce qu'ils devraient te dire, plutôt que ce sursaut de jalousie déguisé en amour.
James hocha la tête, encore abasourdi par les révélations de Théo.
- Tu peux dire à Scorpius ce que je t'ai dit, le rassura Théo. Et je compte sur toi pour l'empêcher de faire une bêtise.
- C'est certain qu'il veut les retrouver.
- Il ne le faut pas. Il en va de leur sécurité.
- Je ferai ce que je peux, promit James.
- Je n'en doute pas, sourit Théo. Tu comptes rester ?, ajouta-t-il en désignant la lettre.
- Oui, souffla James. Je crois qu'il est grand temps que je pense à moi et que j'agisse comme je le sens, comme je le veux. Je me fiche de ce que la presse écrira. Je suis bien ici. J'aime ma nouvelle famille. Et mes nouveaux amis, sourit-il en retour.
Théo acquiesça avec engouement. Le jour qui se levait à peine promettait d'être ensoleillé. Et il se prenait à rêver d'un autre jour qui viendrait, dans un futur plus ou moins proche, et qui les verrait enfin tous réunis.
ooOOoo
En ce jeudi matin, James se réveilla dans un état d'excitation qui amusa grandement ses amis. La veille, Blaise lui avait demandé s'il était d'accord pour rencontrer ses nouveaux oncles, les trois demi-frères de Blaise. James avait accepté sans aucune forme de réticence, ce qui n'avait pas étonné Mael et Natasha, habitués à ce que James trépigne à la moindre nouveauté, rencontre ou découverte.
Les cinq jeunes, fidèlement accompagnés de Scorpius, Shania, Hadiya et Haïdar, terminaient leur petit-déjeuner lorsque le premier demi-frère arriva.
James avait déjà rencontré Comghal O'Brien mais si brièvement qu'il se sentit tout petit lorsque son nouvel oncle se présenta. Chevalier irlandais, Comghal s'était dévêtit de sa prestance pour prendre James dans ses bras, lui murmurant à quel point il était ravi de faire enfin sa connaissance. Il était accompagné de son épouse et de ses deux enfants, et James connut un nouveau choc en reconnaissant Liam O'Brien, le garçon qu'il avait tant détesté pour l'avoir vu se rapprocher de Natasha durant des mois.
- Salut, sourit ce dernier. Pour dissiper tout malentendu, Shania m'avait dit qui tu étais et si Natasha n'avait pas été éperdument amoureuse de toi depuis des années je ne me serais jamais approchée d'elle. La famille c'est sacré. T'es mon cousin. Et t'es un chic type. Et je ne pique jamais les copines des chics types. Surtout quand le quidditch les a musclés pendant six ans.
Le frère de Liam, son aîné, parut plus enthousiaste encore.
- C'est la première fois que je te vois en vrai et j'avais hâte de voir par moi-même à quel point tu ne ressembles pas à… comment dit Hadiya, déjà ? A ce crétin que la presse a inventé de toutes pièces plutôt que de rendre hommage à l'homme le plus merveilleux de sa génération.
James, après avoir affublé Hadiya d'un immense sourire, décida d'adopter ses deux nouveaux cousins et les présenta officiellement à ses amis, non sans se rapprocher considérablement de Natasha dans un élan de possessivité qui fit hurler de rire Nalani. Jusqu'à ce que Natasha lui rappelle un petit détail.
- Il n'est pas plus possessif que toi quand tu te jettes sur Mael dès qu'Hadiya débarque.
Sur ces quelques mots, elle s'isola quelques secondes avec James, pour lui expliquer la raison jusque-là inexpliquée qui l'avait tant poussée à fondre dans les bras de Liam.
- Vous avez la même odeur, avoua-t-elle. Je le lui ai dit et il m'a répondu qu'il voulait bien m'étreindre tant qu'on restait amis. On ne s'est jamais embrassés, juste… Quand je me suis éloignée de vous, Rose et toi, j'étais tellement mal que me blottir contre lui et respirer son odeur me faisait du bien. Une sorte de sevrage dont je suis prête à me passer toute ma vie. Parce que ça voudra dire qu'on restera toute la vie ensemble, toi et moi, et que je n'aurais pas besoin de chercher auprès d'un autre ce qui ne sera jamais aussi bien que dans tes bras.
Consciente de sa maladresse, Natasha rougissait. Mais James, attendri, l'attira contre lui, étonnement heureux de se retrouver enfin seul avec elle.
Le jour, Haïdar le suivait comme son ombre. La nuit, leurs amis squattaient leur chambre, Mael disant qu'il s'était habitué à passer tout son temps avec son meilleur ami.
Depuis leur arrivée à Castel Maggiore, James s'efforçait à partager des moments avec sa nouvelle famille, et si Natasha n'était jamais mise à l'écart, Mael, Rose et Nalani l'étaient un peu plus.
- On a tellement vécu d'évènements sordides et joyeux, tous ensemble, qu'on a du mal à se séparer, murmura Natasha, le comprenant toujours. Mais nous ne sommes pas seuls, ici. Et c'est normal que tu prennes du temps pour apprendre à connaître cette nouvelle famille qui t'es tombée dessus. Personne ne pourrait te le reprocher, tu sais.
- On devait aller à Paris tous les deux.
- On aura plein d'autres occasions d'y aller.
- C'était la seule occasion pour Mael et moi de vivre ensemble, comme ça, en coloc. L'an prochain on se séparera forcément, et dès que tu quitteras Poudlard…
- Oui ?
- Eh bien… On verra ce que tu veux faire mais…
- Mais ?
- Mais je me disais que peut-être… En fait, se reprit-il, tu auras deux choix. Soit on aménage ensemble direct, soit je campe devant chez tes parents et je joue de la trompette jusqu'à ce que tu décides d'aménager avec moi.
- Tu es un piètre musicien.
- Justement.
- De la ruse, songea Natasha. L'influence des Serpentard de ta nouvelle famille commence à t'atteindre. Tu vas peut-être transmettre ça à nos enfants.
- Serait-ce si grave ? Que nos enfants soient répartis à Serpentard ?
- Non. Tant que l'un d'eux est à Serdaigle…
- Et voilà que ça recommence, soupira Rose derrière eux. On en a déjà parlé, pas vrai ? Peu importe leur maison, vous les aimerez, et je serai là pour veiller sur leur éducation…
- Et tu ne seras pas seule, ajouta Blaise en posant son bras sur les épaules de Rose. Nous serons très nombreux à les aimer et à veiller sur eux, affirma-t-il.
James se contenta de sourire et de le suivre, lorsque le majordome vint les prévenir que leurs derniers invités étaient arrivés.
La journée s'écoula paisiblement, les trois nouveaux oncles de James profitant de l'occasion pour se moquer de Blaise sans que le jeune homme ne sache s'il devait s'en amuser ou prendre la défense de son nouveau père.
Ses deux sœurs prenaient ce qui était à leur yeux une habitude avec lassitude, préférant profiter de leurs cousins. Mais James pouvait compter sur Haïdar, qui défendait bec et ongle son père et offrait une répartie sans pareille à Comghal O'Brien.
James put ainsi put faire plus ample connaissance avec Edward, le demi-Gobelin, à qui il avoua regretter l'absence d'Eliott-aux-grandes-oreilles, avec qui il avait fréquenté la petite école.
Seul Dylan restait à part et silencieux, et James se demanda pourquoi il avait tenu à venir. Son comportement taciturne lui valait les regards compatissants de ses demi-frères, et Blaise raconta tout de la condition de Dylan à son nouveau fils.
James pouvait comprendre que la nature de lycanthrope de Dylan handicape et noircisse considérablement sa vie, mais il ne parvenait pas à lui pardonner d'avoir abandonné Soizic, même si Blaise s'évertuait à lui trouver des circonstances atténuantes.
- Il avait peur pour elle, tu comprends ?
- Je veux bien le croire, mais elle a vécu sans père, sans repère, alors qu'il était là tout ce temps. Je ne suis pas proche d'elle au point qu'elle se confie à moi mais j'imagine sans mal combien elle a dû en souffrir. Un père devrait faire passer le bonheur de sa fille avant ses propres peurs.
- J'avais peur de la contaminer.
James sursauta. Il n'avait pas senti ni entendu Dylan approcher. Et le ton qu'employait son oncle n'avait rien d'amical. Il n'expliquait pas, il attaquait. Blaise s'avança, se plaçant près de James pour le rassurer, pour le protéger.
- Tu ne peux pas comprendre, cracha Dylan. Tu ne sais pas ce que c'est. Je te souhaite de ne jamais le savoir. Soizic n'a pas à vivre ça. Je suis parti pour qu'elle n'ait jamais à avoir peur de son père, pour qu'elle n'ait jamais à avoir peur de se retrouver seule avec moi. Tu ne sais pas ce que c'est, répéta Dylan. Les nuits de pleine lune, quand je me transforme, je ne reconnais plus personne. Je pourrais mordre mes frères, tuer leurs enfants.
- Vous n'êtes plus vous-même, acquiesça James, docile.
- Si. Le loup fait partie de moi. Je suis lui et il est moi. Nous sommes deux en moi. Je ne souhaite à personne de vivre ça. Voilà pourquoi j'ai voulu protéger Soizic.
- Mais elle sait, contra James. Maintenant elle sait.
- Elle ne veut pas entendre parler de moi.
Le ton ne soufflait d'aucune répartie. La douleur dans les yeux de Dylan toucha ses vis-à-vis, et Blaise posa une main sur l'épaule de son fils, sans doute pour le dissuader de répondre. Mais James ne l'entendait pas ainsi.
- Je sais que nos situations ne sont pas comparables, Dylan. Et je ne prétends pas connaître Soizic mieux que vous. Mais elle compte suffisamment à mes yeux pour que je lui reconnaisse sa plus grande qualité. Elle est courageuse. Terriblement courageuse. On ne lui a pas offert sa place dans l'équipe, elle était en ballottage avec trois autres joueurs et elle s'est battue pour gagner sa place, pour la garder, pour ne pas paraître ridicule en jouant avec Lucy Weasley comme binôme. Elle s'est choisi pour meilleures amies deux filles qui n'ont pas non plus une vie facile. Mais Soizic ne les abandonne pas, au contraire. Elle n'abandonne jamais. Je ne dis pas que vous avez eu tort de le faire mais... Vous ne devriez pas laisser tomber. Votre frère a insisté. Beaucoup. Et je lui serai éternellement reconnaissant de l'avoir fait.
Alors que Blaise paraissait être aux anges, Dylan soupira, défaitiste.
- J'apprécie tes efforts, ton avis, tes encouragements même mais... Nos situations diffèrent, James.
Le jeune homme haussa les épaules. Rien ne lui semblait moins évident.
- Soizic et moi on est... cousins, maintenant. On aime tous les deux le quidditch mais peut-être qu'on a d'autres choses en commun. Peut-être qu'on a besoin de l'amour d'un père. Je ne voulais pas le reconnaître, et Blaise a insisté. Vous ne perdez rien à essayer, vous aussi. Et elle... Elle a tout à y gagner.
Sentant qu'il n'avait plus rien à ajouter, James prit congés poliment, rejoignant l'un des petits salons du rez de chaussée, où il pensait retrouver ses amis. Au lieu de ça il tomba en pleine dispute, et s'immobilisa en reconnaissant les deux personnes qu'il aimait le plus au monde.
- Va pas t'imaginer le pire, le rassura Natasha qui l'avait senti arriver. On n'est juste pas d'accord sur... un truc. Un truc sans importance. Je vais rejoindre les filles.
- Déjà ?, ne put s'empêcher de demander James, déçu de la voir partir si vite.
- J'ai besoin de me défouler. Et Rose n'aime pas rester seule avec Nalani, elle a toujours peur de devoir faire du sport.
James la regarda partir, s'inquiétant de la démarche colérique de sa petite amie. C'était plutôt rare de voir Natasha et Mael échanger des mots, ils s'entendaient plutôt bien, chacun se satisfaisant de voir à quel point l'autre rendait James heureux.
- Ne t'inquiète pas, l'apaisa Mael. On parlait de la lettre de tes parents et on n'est pas d'accord. Moi je trouve que c'est plutôt cool qu'ils fassent un pas vers toi. Je comprends ta réaction et je la respecte, mais je me dis que ça pourrait être chouette pour toi, et pour Lily aussi, que ça s'arrange un peu avec tes parents.
- Et Natasha ?
- Tu la connais, elle rêve de péter la gueule de ta mère. Elle leur reproche de ne pas chercher à savoir si tu es heureux ici, elle trouve qu'ils n'ont pas à te rappeler à eux comme un maître appelle son chien quand il a envie de jouer avec lui. Et même si elle respecte ton choix et te soutient, je crois qu'elle aurait aimé que tu fasses le test, juste parce qu'elle est persuadée qu'il aurait désigné Blaise comme ton père et qu'elle aurait adoré voir la tronche de ta mère quand tu lui aurais dit.
James hocha la tête, peu surpris. Il lui avait déjà demandé son avis et Natasha s'était montrée franche. A sa place, elle n'aurait pas hésité une seule seconde. Elle ne supportait pas l'idée de vivre dans le doute permanent. Et quelque part il comprenait son point de vue.
Mais elle n'était pas à sa place. Elle avait grandi entourée d'amour, elle n'avait pas besoin de repère, d'un point d'ancrage, d'un regard bourré de fierté, de l'adoration d'Haïdar, de la complicité de Shania et Hadiya.
Le choix était loin derrière lui. Il préférait le doute aux conséquences qu'apporterait le test. Il voulait croire en cette nouvelle famille qui lui ouvrait les bras, il voulait croire en cette famille qu'il avait toujours connue. Il ne voulait pas choisir, il voulait tout, pour la première fois de sa vie, comme un enfant gâté qui ne voudrait pas choisir entre le dernier Nimbus et l'Eclair de Feu.
- Tu me trouves lâche ?
James savait que Mael ne mentirait pas. Leur relation, la plus forte qui soit aux yeux de James, était basée sur la confiance. Une confiance mutuelle née dans un compartiment du Poudlard Express. Une confiance mutuelle qui ne les quitterait jamais.
- Je ne trouve rien de courageux à faire un choix. Parfois on fait un choix parce que c'est plus facile. Il reste des pommes et des oranges dans le placard, mais j'ai envie de fraises, je fais juste un choix entre les pommes et les oranges parce que j'ai la flemme d'aller chercher des fraises. Bon, c'est naze comme exemple mais tu comprends le concept. Aller chercher des fraises c'est sortir, prendre des risques, rencontrer des gens, voir quel temps il fait, marcher, bouger, dépenser de l'argent, être poli, risquer de me prendre un bus en pleine face ou de rencontrer la femme de ma vie. C'est ça que tu as choisi. Et ça te ressemble assez. Tu n'as jamais choisi la facilité. Et tu n'aimes pas éprouver des regrets. Tu n'aurais pas pu choisir les Zabini, parce que ça signifiait à tes yeux t'éloigner de ta famille, de Lily, d'Albus. Et si tu avais dit non aux Zabini, tu aurais passé toute ta vie à imaginer ce père potentiel, à regretter à chaque engueulade avec monsieur le survivant, à te soucier de Shania et Hadiya. Et de ce petit bonhomme.
- Haïdar, souffla James.
Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer, de rêver les yeux ouverts. Il voulait voir le petit garçon grandir. Et voir cette adoration un peu folle et imméritée se transformer en une tendresse sereine. Il voulait être ce grand frère solide et rassurant, celui qu'il n'avait pas su être pour Albus.
- Ce qui est bien c'est que tu ne fais jamais les choses à moitié, railla Mael. Un frère, une sœur et vingt cousins d'un côté, deux sœurs, un frère et des « presque cousins » de l'autre. Une majorité de Gryffondor d'un côté, une totalité de Serpentard de l'autre.
- On n'en sait rien. Haïdar ira peut-être dans une autre maison. Et... Et Liam est à Serdaigle.
James avait encore un peu de mal à parler des membres de sa nouvelle famille, à revendiquer leurs liens de parenté. Ce n'était pas aisé de se découvrir un nouveau père, ni d'affirmer être le frère de deux filles qui n'étaient jusque-là que de vagues connaissances. Avec Haïdar, en revanche, tout était plus simple. Le petit garçon ne s'encombrait pas d'hésitations, il ne marchait pas sur des œufs, ne lui laissait pas le temps de s'accommoder de la situation. Il rentrait dans sa chambre sans y être invité, sautait sur son lit comme il sautait dans ses bras à n'importe quelle heure de la journée, grimpait sur son balai parce que « c'est trop bien de voler avec mon frère », piquait sans son assiette, s'endormait contre lui, bavait sur son bras.
- Veinard, rigola Mael. D'un côté t'as les meilleures farces du pays, de l'autre un château en Irlande. Par Merlin, je nous revois en première année, quand on rêvait de devenir chevaliers du Roi d'Irlande. Et voilà que t'es le neveu d'un chevalier irlandais !
- Qui l'eut cru ?, railla James.
- Moi. Ça te ressemble pas mal, ça aussi. Profite, mec. Les jours s'écoulent vachement vite par ici. Bientôt on sera à Poudlard, à se battre contre nos copines pour une Coupe qu'on ne soulèvera qu'une poignée de secondes. Peu importe qui sera dans les tribunes à t'applaudir. Ce que tu vis en ce moment, tu le mérites plus que quiconque. Alors essaie d'oublier ce qui fait mal, ce qui fait peur, et ne garde que les étreintes, les moments de joie, les nuits où on rentre à pas d'heure après avoir vidé une cuve d'un vin qu'on mettrait une vie à se payer. Écoute les conseils de tonton Mael.
- Ca fait six ans que je le fais et je n'ai jamais eu à me plaindre, sourit James.
- Ouais ben ne l'oublie pas, ok ? Parce que vu le pognon que brasse ta nouvelle famille, je ne refuserai pas d'être couché sur le testament.
James et Mael partagèrent une franche accolade. L'avenir avait beau leur paraître toujours plus vague et impalpable, ils savaient qu'ils pourraient toujours compter l'un sur l'autre.
ooOOoo
C'était une journée comme les autres, ensoleillée et pleine de rires, de découvertes, de sourires. Les jeunes s'étaient affrontés dans un match de quidditch intense et considérablement rallongé, et Nalani et Natasha avaient gagné, sans grande surprise. James avait essayé de gravir les plus hauts étages discrètement et le majordome l'avait repris, alors qu'il avait à peine sauté trois marches. Adùcilo avait ri de la mine déconfite de James, comme tous les jours, et le crépuscule avait recouvert le domaine quelques secondes plus tôt que la veille.
L'été touchait à sa fin, et James en chérissait chaque instant.
Ce soir-là il s'était élégamment apprêté un peu plus tôt que d'ordinaire, sachant qu'il ne risquait rien à se perdre dans les seuls couloirs qu'il n'avait pas encore visités, vérifiant régulièrement le temps qui s'écoulait pour se rassurer.
Il n'était pas en retard pour le dîner, il pouvait bien ouvrir une porte de plus.
- Madame Parkinson ?
Le ton était doux, comme s'il craignait de la déranger. Pansy avait trouvé refuge dans l'immense bibliothèque de la propriété, un endroit où elle se sentait bien, où elle aimait se réfugier, où personne ne la trouvait jamais. Sauf James Potter.
- Ça faisait bien longtemps que... En fait, personne ne m'a jamais appelée comme ça. Les garçons m'appellent Pansy et tous les autres crachent mon nom de famille comme s'il était contagieux. C'est étonnant que toi tu l'emploies avec respect.
Elle avait définitivement étouffé ce ton agressif qu'elle avait employé lors de leurs premiers échanges, mais ne parvenait pas totalement à abandonner le ton cassant qui se faisait entendre comme un réflexe.
Un réflexe que les autres avaient perdu depuis des jours. Même le méfiant Drago Malefoy. Même la mère louve Astoria, qui ne lui en voulait plus de n'avoir pas succombé aux charmes de Scorpius. Même Théodore Nott, qui lui souriait franchement sans jamais lui reprocher d'être en vie, alors que le destin lui avait volé ses fils.
James, lui, avait abandonné cette manie de baisser la tête quand il s'adressait à eux. Il faisait fi du passé, profitait du présent, mordait l'avenir avec autant d'impatience que d'insouciance.
Il marcha jusqu'à Pansy, se posant simplement contre un rebord de fenêtre, pour détailler son profil.
- Il ne faut pas croire tout ce que raconte la presse. La génération née après la guerre n'enferme pas toujours les anciens Serpentard dans la case « méchants Mangemorts assassins d'innocents ». Je ne suis pas qu'un fils de, vous savez.
- Tu n'en es pas un, tout court.
James esquissa un sourire, désignant un fauteuil comme pour demander la permission de s'installer avec elle. Permission qu'offrit Pansy sans même hésiter.
- Il dit que vous êtes pourtant la seule à en douter. Lui il y croit dur comme fer. Le père de Scorpius aussi.
Les lèvres de Pansy s'étirèrent, pour la première fois depuis bien longtemps.
- C'est assez amusant d'entendre ces mots. « Le père de Scorpius». La communauté le verra toujours comme « le fils de Drago Malefoy », tu sais.
- J'ai rencontré Scorpius avant de rencontrer son père, s'excusa James en haussant les épaules.
- Et c'est assez amusant de t'entendre parler de Blaise sans parvenir à le nommer. Tu as peur que « père » t'échappe ?
- Pas vraiment. Je n'ai pas été éduqué comme ça. A la maison on dit maman et papa, pas père et mère. On se tutoie tous.
- Les enfants de Blaise ne l'appellent pas différemment et tu changes de sujet.
Elle aimait parler avec lui. Elle ne l'avouait pas, ne le reconnaissait pas quand Blaise et Drago le sous-entendaient, fusillait Théo du regard lorsqu'il laissait entendre qu'elle s'attachait à James.
Elle se sentait bien avec lui. D'égal à égal, tous deux sceptiques quant à ce que la vie attendait d'eux, sans pour autant se montrer déçus. Lorsqu'ils se croisaient au détour d'un couloir, lorsque les explorations de James le menaient toujours dans cette bibliothèque qui était devenue leur refuge, James puisait dans son audace à la recherche d'une répartie qui lui avait toujours fait défaut, et Pany adoucissait la sienne, sans trop savoir pourquoi.
Peut-être Théo avait-il raison, et elle s'attachait à cet adolescent qui n'en finissait plus de grandi et de muscler ses bras de poursuiveur. Après tout, Théo avait toujours raison.
- C'est assez soudain, vous en conviendrez, reprit James. Je ne me suis jamais posé de questions, pendant dix-sept ans. On a passé un an à se croiser, lui et moi. J'aimais bien ses filles et ses promesses énigmatiques m'intriguaient. Mais je ne m'attendais pas à...
- Personne ne s'y attendait. Et personne ne s'attendait à ta réaction.
Il ne pouvait s'empêcher de rougir, elle ne pouvait s'empêcher de trouver ça mignon.
Elle qui avait toujours méprisé l'embarras, s'attendrissait de la gaucherie du garçon. De son innocence, aussi. Trois jours plus tôt, il s'était étonné que ses explorations le mènent toujours dans la prestigieuse bibliothèque du domaine. Pansy se souvenait, il avait dit « Je n'étais pas dans la même aile, hier, et pourtant je suis arrivé ici. Ce devrait être impossible, non ? »
Le fait qu'il cherche des réponses auprès d'elle, qu'il ne la juge pas indigne de son intérêt et plus encore qu'il s'évertue à connaître ceux qui entouraient Blaise, sans apriori ni jugement, ne l'étonnait plus vraiment. Au contraire, elle le trouvait courageux, sensible et bienveillant, des qualités qui lui avaient toujours paru dérisoires, parce qu'elle n'en voyait que rarement la preuve. Alors Pansy avait avoué la vérité à James.
« Le majordome pense, sans doute à raison, que ce domaine est habité par des ignares. Il a installé ce subterfuge en s'inspirant des escaliers de Poudlard. A Castel Maggiore, une porte sur trois mène à cette bibliothèque. »
Elle s'attendait à ce qu'il se vexe, au moins un peu. Mais il était trop émerveillé pour se vexer. Il s'était attaché au majordome comme tous les autres Zabini avant lui.
- Tu n'as qu'à l'appeler par son prénom. Ce serait un bon début, tu ne crois pas ?
- Sans doute, oui. Je parviens à… vous savez… ne pas le nommer. J'ai cru qu'il allait s'évanouir quand je l'ai appelé « monsieur Zabini ». Blaise c'est bien.
- C'est rare d'entendre un Gryffondor dire ça, s'esclaffa Pansy.
- Vous auriez préféré que je choisisse Serpentard ?
- Je n'ai pas mon mot à dire.
- Vous êtes son amie. Vous comptez beaucoup à ses yeux. Votre avis compte donc beaucoup à mes yeux.
- Eh bien je... Je n'en sais rien. Tu n'as pas choisi Gryffondor, c'est ce fichu Choixpeau qui...
- Il m'a laissé le choix. J'ai choisi Gryffondor.
Elle sentit une sorte de crainte dans sa voix. Il n'en était pas fier, il envisageait qu'il n'y était peut-être pas à sa place.
- Toute ma famille y était allée, j'ai pensé que ça ferait plaisir à mon père. Qu'il se dirait... Mon fils dort dans le même dortoir que moi, vit dans la même tour... Ce genre de choses. Peut-être... peut-être que si j'avais rencontré Blaise avant... Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr que j'aurais choisi Serpentard pour autant.
- Mais au fond de toi, où est-ce que tu voulais aller ?
James laissa échapper un petit rire triste.
- Pour être totalement honnête, je rêvais d'aller à Poufsouffle et à Serdaigle. Pas l'un ou l'autre, les deux, à égalité. A Poufsouffle parce que Ted, que j'aimais comme un frère, avait été réparti dans cette maison. C'était mon modèle, mon père ne cessait de répéter qu'il était fier de Ted, je me disais qu'il serait tout aussi fier de moi. Et à Serdaigle parce que... Parce que je m'y serais émancipé. Sans doute. Serdaigle représentait un peu la liberté à mes yeux.
- Je crois que j'aurais fait le même choix que toi, avoua Pansy, touchée par sa franchise. De mon temps, c'étaient les maisons neutres. Chacun avait le droit de s'y faire son opinion, de choisir un camp ou un autre. Pas comme à Gryffondor où tous se devaient d'être héroïques, pas comme à Serpentard où tous devaient crier haut et fort qu'ils soutenaient Voldemort.
James était ému par la détresse de Pansy. Aussi, lorsque celle-ci s'éclipsa en voyant entrer Blaise, et voyant que ce dernier cherchait ses mots, mal à l'aise, mais les yeux brillant de volonté et d'amour, James ouvrit la bouche sans réfléchir.
- Tu crois que tu pourrais t'absenter quelques heures, deux jours tout au plus ?
- Oui, répondit précipitamment Blaise, prêt à accéder à toutes ses faveurs. Tu voudrais que je t'accompagne quelque part ?
- Je n'ai pas encore mon permis de transplanage et puis… Je ne connais pas très bien la France. Et je pense que ce serait… cool, tu sais, pour nous deux, qu'on fasse ça ensemble.
- Qu'on fasse quoi ?
- Qu'on rencontre la fille de Pansy. Et qu'on la persuade de nous suivre.
- De nous suivre ? Mais où ?
- Ici. Pour qu'elle puisse rencontrer Pansy et… nous tous. Parce qu'elle a le droit de connaître la vérité et de connaître sa famille, elle aussi.
Profondément surpris et ému, Blaise se contenta de hocher la tête, conscient que s'il essayait de répondre, les mots lui paraîtraient bien moins beaux que ceux de James, et que les larmes ne tarderaient pas à poindre au coin de ses yeux. Alors il tendit son bras et James posa sa main avec simplicité et évidence. Un instant plus tard, ils avaient disparu.
ooOOoo
Ils n'avaient prévenu personne, mais personne ne s'inquiéta de leur absence au dîner. Le majordome, à qui rien n'échappait jamais, ne semblait nullement inquiet, et son comportement, toujours aussi respectueux, froid et critique, rassura l'assemblée.
A l'exception de Natasha qui faisait les cent pas dans la chambre de James sous le regard impuissant de Rose dont les arguments étaient bien maigres.
- Même Mael n'est pas inquiet ! Alors qu'ils s'inquiètent toujours l'un pour l'autre…
- Mais enfin il aurait pu me prévenir ! Il ne peut pas disparaître comme ça sans explication !
Rose retint son souffle, mais l'habituelle crise ne vint pas. D'ordinaire si prompte à déverser sa rage et sa colère d'un coup de poing bien placé, Natasha se contenta de se laisser tomber sur le lit, les bras ballants, ses veines tremblant d'un sang bouillant.
- Tu ne lui en veux pas, comprit Rose.
- Non. Je suis juste terriblement inquiète.
Consciente que cet aveu lui coûtait, Rose la rejoignit, liant leurs mains dans le but d'apaiser sa meilleure amie.
- Il va falloir t'habituer à ce qu'il donne sa confiance facilement.
- Je sais. Mais je ne suis pas sûre pour autant de cesser d'avoir peur pour lui.
- Heureusement, sourit Rose. Ça voudrait dire que tu ne l'aimes plus, que…
- Ce qui n'arrivera jamais, murmura Natasha.
Radieuse, Rose l'attira dans ses bras avec tendresse. Rien ne la comblait plus que l'union des deux piliers de sa vie. Elle savait qu'ils ne l'abandonneraient jamais et rien n'était plus précieux à ses yeux.
- Mais compte sur moi pour lui faire la gueule quand monsieur daignera revenir d'on-ne-sait-où.
- Tu ne serais pas la redoutable batteuse des aigles sinon, rit Rose.
ooOOoo
Beauxbâtons se dressait devant eux, les éclairant d'une beauté sans pareille. Blaise avait voulu plaisanter sur la vantardise des français mais l'émerveillement dans les yeux de son fils l'avait fait taire. Il ne voulait pas le brusquer, encore moins le décevoir. Jamais il ne s'était senti plus heureux. Sa petite famille était en sécurité à Castel Maggiore et James lui avait proposé de vivre une folle aventure, tous les deux, comme le père et le fils qu'ils devenaient l'un pour l'autre. Doucement, mais sûrement.
- C'est là que se complique notre tâche, pas vrai ?, lui demanda James. Je n'ai pas de plan, avoua-t-il avec un semblant de honte. Ni la moindre idée d'où trouver cette jeune femme. Je ne connais même pas son nom.
Blaise s'aperçut qu'il ignorait comment James avait entendu parler de la fille de Pansy. Lui en parlait très souvent, avec Drago et Théo, peut-être James les avait-il entendu en parler. Ou bien quelqu'un s'était confié à lui, comme tous aimaient à le faire.
- Elle s'appelle Caroline. Caroline Rosiera. Et je sais qu'elle visite la tombe de sa grand-mère très souvent.
- Une première rencontre dans un cimetière, songea James. Déjà qu'elle va nous prendre pour des fous…
- On n'est pas à ça près, pas vrai ? Viens, je crois que le cimetière est par là-bas.
Ils marchaient en silence, les pas de l'un calqués sur les pas de l'autre. James était étonné de ne ressentir aucune gêne, comme si la confiance qu'il avait ressenti bébé dans les bras de cet homme avait imprégné tout son être.
Harry serait certainement son père, à tout jamais, mais il n'avait pas pour autant à s'empêcher de côtoyer Blaise. L'envie d'apprendre à connaître cet homme, à passer du temps avec cette deuxième famille qui lui tendait les bras, grandissait en lui. Il espérait juste que sa famille, celle qu'il avait toujours connue, l'accepterait.
- Tu es inquiet, fiston ?
- Non, tout va bien. C'est juste que… Je suis heureux de faire ça avec toi. Et d'être venu à Castel Maggiore, d'avoir rencontré Evelyn et Haïdar, d'avoir retrouvé Hadiya et Shania… Je… Je me sens vraiment bien avec toi, avec vous. Je…
James s'interrompit, surpris de voir le visage de Blaise transcendé d'émotions. C'était la première fois que James parvenait à le regarder sans que la peur et la gêne ne détournent son regard. Blaise était bel homme, il possédait un charisme désarmant, une assurance qui paraissait inébranlable. Et pourtant, il laissait les larmes couler sur ses joues sans retenue.
- Tu ne pouvais me rendre plus heureux qu'en prononçant ces mots, James, avoua-t-il d'une voix grave. Je suis… Je suis tellement heureux que tu aies accepté de venir, tellement heureux quand je te vois rire avec Mael Thomas, discuter avec Scorpius, parler quidditch avec lui et Nalani, tellement heureux de te voir si prévenant avec Rose, de voir que malgré tout ce que la vie te laisse endurer tu ne perds pas tes qualités humaines et tu es là pour ceux qui te sont chers, tellement heureux de te voir avec Natasha, de voir qu'elle te comble de bonheur, de voir que tu irradies de la joie la plus pure lorsqu'elle te sourit. J'ai cru que mon cœur allait lâcher quand tu as serré mes filles dans tes bras, et quand je t'ai vu jouer avec Haïdar. Tu es là et… Rien de plus beau ne pourrait m'arriver. A part, peut-être…
- Oui ?, souffla James, lui-même au bord des larmes.
- C'est sans doute un peu tôt, et peut-être n'en auras-tu jamais envie mais… Je rêve de te serrer dans mes bras. Je n'ai jamais oublié ta naissance et ce que j'ai ressenti en te portant, en te regardant gigoter dans mes bras. Tu étais la vie, la raison qui me réconciliait à elle après la guerre et toutes ces années de souffrance. Tu venais de naître et tu étais déjà parfait. Je comptais tes doigts, tes orteils, je n'arrivais pas à réaliser que tu étais là, tout entier, merveilleusement beau, plein d'énergie… Et tu m'as souri. C'était… C'était sans doute le moment le plus incroyable de ma vie. Je n'ai cessé d'y penser et d'espérer de toutes mes forces que la vie t'offrirait des milliards de sourires, et j'espérais faire partie des chanceux à qui tu sourirais. Je… Non, je n'oublierai jamais ce que ça m'a fait de te tenir contre moi. Je n'étais plus ce gamin sans père et dont la mère était folle à lier. Je n'étais plus ce Serpentard fourbe qui n'a jamais eu le courage de choisir son camp. J'étais rien avant ta naissance. Rien, le néant total, sans force ni envie, aigri et défaitiste. Et ta naissance a tout changé. Te tenir dans mes bras a tout changé. Pour la première fois, je devenais quelque chose, quelqu'un. Cette puissance, cette certitude qui a ébranlé tout mon être, tu la ressentiras aussi, quand tu deviendras père à ton tour.
L'hésitation et la crainte avaient disparu. Seule demeurait l'envie, celle d'être aimé par un père. Blaise s'était approché de lui alors qu'il se perdait dans ses souvenirs et James n'eut qu'un seul pas à faire.
Alors qu'un mois auparavant il n'aurait pas imaginé une seule seconde que sa vie changerait brutalement, rien ne lui paraissait plus évident en ce jour que de se glisser dans les bras de cet homme qui ne demandait qu'à lui offrir ce dont il avait toujours rêvé.
En sentant son fils s'immiscer dans ses bras, le cœur de Blaise sembla s'arrêter. Figé, il lui semblait que deux forces luttaient en lui. Son esprit et son corps, glacés de surprise, et son cœur qui battait plus fort que jamais. Ce fut ce dernier qui l'emporta, et ses bras entourèrent enfin le corps de cet être qu'il avait aimé plus que la vie.
Ils restèrent longtemps dans les bras l'un de l'autre, s'étreignant le plus fort possible, sans qu'aucun mot ne soit prononcé, pleurant sans retenue.
Ils ne se souciaient pas de la scène qu'ils offraient aux yeux des passants, le monde extérieur n'existait plus, et seule leur étreinte avait de l'importance.
Mais la vie ne s'arrêtait pas autour d'eux, et le monde extérieur refit surface alors qu'une voix féminine raisonnait près d'eux.
- Tout va bien, messieurs ? Puis-je vous aider ?
L'instant qu'avait attendu Blaise pendant dix-sept ans fut ainsi rompu, sans qu'il n'en soit nullement déçu. Son fils lui souriait, et il y'aurait d'autres étreintes, leur échange muet en faisait la promesse.
Ils se tournèrent d'un même mouvement vers la jeune femme qui les avait abordés en français, et sursautèrent au même moment, en découvrant ses yeux d'un bleu pâle, si semblable à ceux de Pansy.
L'âge concordait, les descriptions de Théo aussi. Blaise voulut parler, mais James le devança simplement, avec une franchise qui lui ressemblait tant.
- Vous êtes Caroline Rosiera ?
La jeune fille ne parut pas surprise, mais suspicieuse. Elle avait vu les deux hommes sursauter en la découvrant, mais elle avait vite mis le plus âgé de côté pour observer le plus jeune, qu'elle reconnaissait sans mal.
- Prononce le mot de passe, ordonna-t-elle avec froideur.
Ne comprenant pas à quoi elle faisait allusion, James chercha une réponse dans les yeux de son père. Celui-ci lui offrit un sourire rassurant, même s'il n'avait aucune idée quant à la marche à suivre, parce qu'il était de son devoir de rassurer son fils, de se comporter comme un père. Il s'éclaircit la gorge, ses dernières larmes séchant au coin de ses yeux.
- Pardonnez-nous, tenta-t-il poliment. Nous vous offrons sans doute un curieux spectacle. Nous sommes venus pour…
La jeune femme leva sa main, le faisant taire autoritairement. Elle ne quittait James des yeux et réitéra son ordre.
- Prononce le mot de passe.
- Elle veut que tu prononces un mot de passe, traduisit Blaise en anglais, croyant que son fils ne comprenait pas la jeune fille.
Mais Caroline Rosiera ne parlait français qu'à ses oreilles, et non à celles de James qui reconnut l'esperanto magique et la pierre qu'elle portait au cou. Une pierre semi-précieuse, semblable à celle qu'il tenait précieusement contre lui depuis son test d'aptitude, et sa rencontre inoubliable avec une dizaine de jeunes aussi désireux que lui de parcourir le monde.
- Nous ne sommes pas là pour ça, expliqua-t-il. Je ne connais pas le mot de passe dont tu parles, j'ai seulement suivi un test en juillet, et j'ai rencontré Charlotte et Nicolas Bonnefoy. Peut-être les connais-tu aussi ?
La jeune fille l'observait durement. Elle dégaina sa baguette et lança un sort informulé autour d'eux deux, laissant volontairement Blaise à l'écart. En le voyant lancer des contre-sorts, sans doute effrayé pour son fils, James lui fit signe de ne pas s'inquiéter.
- Tu ne pourrais pas l'inclure dans la bulle ? Il n'est pas…
- Il n'est pas l'un des nôtres. Je ne peux avoir confiance en toi qu'en sachant que personne n'entend nos paroles.
- Bien, accepta-t-il, conciliant.
- Que me veux-tu James Potter ? Tu es le Grenat d'une autre union, nous n'avons rien à nous dire.
- La coopération magique internationale serait bien peu de choses si nous n'avions rien à nous dire, nia James. Au risque de me répéter, je ne suis pas là pour ça. Je ne savais pas que tu étais… l'une des nôtres, comme tu dis.
- Alors pourquoi es-tu là ?
- Je… Tu sembles directe, mais je risque de l'être un peu trop. Tu ne préfèrerais pas qu'on aille boire un verre tous les trois, dans un endroit tranquille ? Ce que nous avons à te dire va prendre du temps et…
- Je n'ai confiance qu'en toi et en cette bulle. Elle nous protège et m'assure de n'entendre que la vérité. Parle, Grenat.
- Je m'appelle James. Tu as sans doute entendu parler de la famille qui m'a légué mon nom de famille. Mais… J'ai appris un peu plus tôt dans le mois qu'un homme était peut-être mon père. C'est lui. Nous apprenons à nous connaître et il m'a présenté sa famille et ses amis. Et parmi eux j'ai rencontré une femme, celle qui t'a mise au monde. Elle s'appelle Pansy. Et elle rêve de te rencontrer.
ooOOoo
Le château était plongé dans la nuit noire. Ses occupants, pourtant, ne trouvaient pas le sommeil, car James et Blaise étaient partis depuis plusieurs heures désormais. Evelyn avait conseillé aux jeunes d'aller se coucher, leur assurant que James et Blaise seraient là à leur réveil. Mais elle n'en savait rien, et elle-même repoussait le sommeil alors que les minutes, puis les heures, défilaient.
Le majordome ne dormait pas non plus. Son ouïe fine le poussa à marcher d'un bon pas vers la porte d'entrée, qu'il ouvrit sur son maître, se penchant légèrement en avant en signe de respect.
- Comme toujours vous anticipez le moindre de mes mouvements, le salua Blaise. Je vous serais reconnaissant de réveiller miss Parkinson et de la…
- Parce que tu crois que quelqu'un dort, franchement !?
La voix railleuse de Drago Malefoy raisonna dans le grand hall. Il se tenait sur la plus haute marche de l'escalier central, toujours élégant dans une robe de chambre argentée. Le hall s'éclaira, et les carrures de Blaise et James apparurent, tirant un soupir de soulagement à nombre de convives. Avant que certains ne se figent en voyant qu'ils n'étaient pas seuls.
Mael stoppa sa course, soudain peu désireux d'étreindre son meilleur ami. Natasha repoussa au lendemain l'envie de se disputer avec lui. Rose ravala la réplique malicieuse qui menaçait de poindre. Astoria se déplaça pour rattraper Pansy qui menaçait de s'évanouir.
La nouvelle venue s'écarta soudain de James, le regardant avec horreur.
- Miss Parkinson ? répéta-t-elle. Drago Malefoy, murmura-t-elle en regardant l'homme blond avec dégoût avant de se tourner vers Blaise. Vous êtes Blaise Zabini. Je croyais… J'ai cru me tromper. Je vous ai reconnu mais j'ai cru que je me trompais, il a dit que vous étiez peut-être son père, il est un Potter, jamais je n'aurais cru que…
James avança d'un pas mais la jeune fille sortit sa baguette, le tenant en joue.
- Ne m'approche pas, sale menteur ! Vous êtes fous ! Vous êtes des malades !
Elle tourna sur elle-même et s'aperçut avec effroi qu'elle ne pouvait transplaner. Blaise s'élança trop tard, la jeune fille avait franchi la porte, James sur ses talons.
Le hall de Castel Maggiore n'avait jamais connu pareille tension.
ooOOoo
James courrait le plus vite possible, se jetant derrière un arbre pour éviter les sorts que lui jetait Caroline.
- Attends ! Par pitié laisse-moi t'expliquer !
Il la rattrapait entre deux sorts, fonçait de peur qu'elle ne transplane. Il ne voulait pas tout gâcher. Il était conscient de la fureur de Caroline mais lui aussi avait eu peur. Il ne la laisserait pas vivre ce qu'il avait vécu, il ne la laisserait pas traverser seule ce qui lui avait semblé insurmontable.
Autour d'eux les vignes s'étendaient à perte de vue. James dégaina sa baguette et désarma Caroline, qui ne s'arrêta pas pour autant. Il se jeta sur elle et les fit rouler à travers les ceps, leurs visages giflés par les longues feuilles de l'été.
Elle se débattit avant tant de force qu'il crut qu'elle allait remporter la partie. Alors il jeta sa baguette au loin, pour qu'elle ne la lui arrache pas, pour qu'elle ne s'en serve pas pour fuir loin de lui.
- Je sais ce que tu ressens, assura-t-il en l'immobilisant sous son corps. Je l'ai ressenti, moi aussi. Mais ils ne sont pas ce que la presse dit d'eux. Ils ne sont pas ce que ta grand-mère…
- Ne parle pas d'elle, sale menteur ! N'insulte pas sa mémoire !
Il la laissa se retourner avant de l'immobilise à nouveau, leurs corps collés l'un à l'autre, leurs regards rivés l'un dans l'autre.
- Je ne te veux aucun mal, Caroline. Je ne veux pas te mentir. Je suis un grenat, tu te souviens ?
Sa main gauche tenant fermement les poignets liés de Caroline, il sortit la petite pierre qui ne le quittait plus depuis deux mois.
- Je ne te veux aucun mal, répéta-t-il. Je veux seulement que tu ressentes ce que je ressens. Je ne sais rien de ta vie, Caroline. Je ne sais rien des rapports qui t'unissaient à ta grand-mère. Et tu ne sais rien des rapports qui m'unissent aux Potter, aux Weasley. Ils sont ma famille. Ils sont mes parents, ma sœur, mon frère, mes oncles, mes cousines. Mais j'ai toujours senti un manque en moi et je suis certain que tu le ressens aussi. Et je crois bien que Blaise peut combler ce manque en moi. Et que ta mère peut combler…
- Ce n'est pas ma mère ! Ce sont des mangemorts ! Comment peux-tu être avec eux !? Ton père serait tellement déçu s'il savait que tu…
- Mon père sait très bien où je suis actuellement. Mes parents le savent, et ils le comprennent, ils l'acceptent. Ils acceptent que j'apprenne à connaître cet homme qui m'aime et qui a attendu nos retrouvailles depuis ma naissance. Blaise n'est pas un Mangemort. Et Pansy n'a jamais été du côté de Voldemort. Souhaites-tu que je le jure sur ma magie ?
Elle avait cessé de se débattre. La peur déformait ses traits.
La peur des autres, ces autres qu'elle ne voulait pas laisser entrer dans sa vie.
La peur d'elle-même, d'être faite du même bois que ceux des traitres, des vils, des cruels.
- Je sais ce que tu ressens, reprit James. Je ressens ta peur et crois bien que je la partage. Mais… Mais je suis là, moi. Je suis avec toi, je suis prêt à t'écouter, à te raconter, à t'aider à traverser tout ça.
- Comment oses-tu ? Qui es-tu pour débarquer dans la vie des gens et la mettre à mal sans le moindre remord ?
- Personne. J'ai juste traversé ça moi aussi. Je sais ce que c'est de ressentir ça. Je sais que ça glace le cœur et les entrailles, que plus rien ne tourne rond, que ça semble insurmontable mais… Tu nous as vus, Caroline. Tu étais là. Je ne saurais décrire ce que j'ai ressenti quand il m'a serré dans ses bras. Mais pour toi je veux bien essayer de trouver les mots. Parce que c'est merveilleux. Parce que je veux que tu ressentes ça, toi aussi.
- Tu ne me connais pas. Tu…
- On s'est rencontré aujourd'hui et j'ai débarqué dans ta vie de la pire des façons. Et je comprends très bien que tu ne partages pas mon avis et que tu me crois fou mais nous sommes pareils toi et moi.
- Oui tu es fou ! Je veux partir d'ici ! Laisse-moi partir d'ici !
- Tu ne veux pas la rencontrer avant ?
Caroline regarda James, prenant réellement conscience de ce qu'il était.
Un gamin.
Un gamin aux yeux larmoyants et à la force du cerf.
Un gamin rongé par la culpabilité. Un gamin fou d'espoir.
Caroline se dégagea, se redressant pour lui faire face. Et l'évidence la frappa, en une succession d'images troublantes de vérité.
La ressemblance physique, les yeux que la magie ne pouvait modifier.
Les journaux anglais que sa grand-mère brûlait, et les remords qu'elle ne voulait jamais aborder.
Cette femme grimée qu'elle croisait tous les jours depuis des semaines.
Et ce gamin idéaliste qui l'avait désarmée sans lui faire plus de mal, qui avait jeté sa baguette au loin pour lui prouver qu'il ne lui voulait aucun mal.
- Je suis sincèrement désolé de m'y être pris comme un manche, murmura-t-il.
- Tu peux l'être. Tu es insensible et irréfléchi. Et je crois toujours que tu es fou. Je signalerai ton comportement à la Confédération.
- Ca veut dire que tu restes ?
L'espoir était là, dans le ton de sa voix, dans l'étincelle que contenaient ses yeux. Mais Caroline décelait également de la joie, du soulagement, et peut-être même un peu de fierté. Pour quelqu'un d'aussi perspicace que Caroline, ne trouver aucune once de méchanceté, de violence ou d'agressivité dans les yeux de James apaisa considérablement sa colère. Mais elle n'en demeurait pas moins prudente.
- Je veux récupérer ma baguette. Je veux pouvoir m'enfuir quand il me plaira. Je veux que tu me donnes ta baguette et que tu obliges chaque sorcier de ce château à déposer la sienne dans une boite sur laquelle je garderai un œil.
- Personne ne te fera de mal ici. Et tous se plieront à tes volontés sans hésiter. Ils sont… Leur amitié est bizarre mais ils s'aiment sincèrement. Ils seront tous très heureux de te…
- Tu es naïf. Naïf et idéaliste. Et si j'en crois le nombre de cicatrices que tu portes, tu n'es pas très malin.
- Mais tu restes, répondit-il avec un sourire. J'aurais au moins accompli ça.
ooOOoo
Natasha se rongeait les sangs, ses yeux clos pour laisser l'oiseau en elle veiller sur James. Elle avait ouvert la fenêtre, pour s'envoler à son secours au moindre danger.
Mael, Nalani et Rose s'étaient assis les uns contre les autres, non loin des enfants de Blaise et de Scorpius, profondément angoissés par la tournure des évènements.
Loin de leur attitude sage et calme, les adultes se dissipaient, Pansy invectivait Blaise et « ce satané fils que tu t'es inventé pour me pourrir la vie », et leurs amis cherchaient en vain une solution lorsque Natasha prit la parole.
- Ils reviennent.
Ses yeux étaient redevenus normaux, et elle s'avança vers la porte, déjà pressée de retrouver James.
Ce fut Caroline qui entra la première, et James fit apparaître une simple boite en bois dans laquelle il glissa sa baguette. Il fit le tour du hall, récupérant la baguette de chacun, tous étant bien trop surpris pour lui opposer la moindre résistance. Leur confiance en lui le frappa, et il espéra de toutes ses forces qu'il n'aurait pas à regretter le marché qu'il avait conclu avec Caroline.
- Tout est là, assura-t-il en la rejoignant. Tu es désormais la seule de ce château à pouvoir nous défendre en cas d'attaque.
- Ton humour est déplorable.
- Acceptes-tu de me suivre malgré tout ?
Caroline hocha la tête, et James désigna l'escalier central. Ceux qui s'y tenaient reculèrent prestement, essayant d'adoucir le regard froid de la nouvelle venue par des sourires sincères qu'elle ignora.
James se tourna vers Blaise et Pansy, qui restaient figés par la surprise. Blaise comprit d'un regard ce que son fils attendait de lui et posa son bras sur les épaules de Pansy, l'entraînant à sa suite.
Tous quatre gravirent les marches, disparaissant peu à peu aux yeux de tous. Et le silence reprit ses droits, alors que chacun se remettait de ses émotions.
ooOOoo
Le soleil s'était levé, avait brillé haut dans le ciel pendant des heures, et s'apprêtait à se coucher à nouveau lorsque James ouvrit la porte de sa chambre.
- Enfin, par Merlin !, soupira Rose. Apprête-toi à subir la pire engueulade de ta vie !
- Courage, vieux, sourit Mael en lui tapant dans le dos.
Nalani et Rose le suivirent et tous trois quittèrent la chambre, simplement satisfaits de voir James en un seul morceau. Celui-ci affronta alors le regard de Natasha qui, adossée à la tête de lit, avait croisé ses bras sur sa poitrine.
- Tu m'en veux beaucoup ?
- Ah non !, s'exclama-t-elle en se redressant. Ne me sors pas cet air de chien battu ! T'as conscience que ça fait limite deux jours que t'as disparu puis réapparu avec une nana dont j'avais jamais entendu parler, pour lui courir après deux minutes plus tard ! Et quand tu reviens des feuilles de vigne plein les cheveux, tu me demandes ma baguette sans même m'embrasser !
James esquissa un sourire soulagé avant de se précipiter pour la prendre dans ses bras.
- Je te signale que ma patience a des limites, murmura-t-elle. Mais visiblement ça ne concerne que les autres, parce que tu t'amuses à te jeter dans des aventures complètement folles mais j'ai quand même envie de t'embrasser, tout le temps.
James ne se fit pas prier, enclin à se faire pardonner de la meilleure des façons. Ils restèrent blottis l'un contre l'autre de longues minutes, et il se promit de ne plus agir impulsivement.
Tous deux redoutaient l'année qui allait suivre et qui les séparerait forcément. Une fois qu'il serait diplômé, il leur faudrait supporter deux années sans qu'ils ne puissent faire plus que se croiser. James savait qu'il avait agi sans réfléchir et s'en excusa.
Et Natasha, toute aussi prompte à s'énerver qu'à s'adoucir verrouilla la porte, bien décidée à accaparer son petit ami une bonne fois pour toutes.
ooOOoo
Caroline Rosiera quitta Castel Maggiore le soir venu, laissant le mystère s'appesantir aux yeux de beaucoup. Seuls Blaise et James savaient qu'elle devait retrouver ses obligations professionnelles, seule Pansy quitta le domaine avec elle.
Tout comme James, Caroline avait accepté de laisser une étrangère combler le vide qu'elle avait toujours senti en elle.
Et alors qu'ils auraient pu mettre beaucoup de temps pour tisser des liens, Pansy et Caroline parlèrent à James deux fois par jour, ne manquant pas de le remercier de leurs sourires, chaque jour un peu plus radieux.
James terminait de boucler sa valise lorsqu'Evelyn lui apporta le colis que Pansy et Caroline lui avaient envoyé. Il ne déchira pas l'emballage avec curiosité, se contentant de profiter des derniers instants qu'il passait auprès d'Evelyn. L'épouse de son nouveau père s'était assise au bord du lit et gardait le silence, malgré le retard clairement réprobateur qu'elle avait jeté à la valise de James, dans laquelle le jeune homme avait posé ses affaires sans réel soin.
- J'hésite à te poser LA question.
- Vas-y, sourit-il.
- Tu veux continuer à nous voir ? Je sais bien que Shania, Hadiya et toi rentrez à Poudlard après-demain et que... J'ai cru comprendre que tu acceptais la présence de Blaise dans ta vie mais... Je sais combien ça peut être dur de supporter l'énergie des enfants de huit ans et je suis bien consciente de ne pas être parfaite mais...
- Tu l'es. A ta manière, et à mes yeux, tu l'es. Et je veux voir Haidar grandir. Je crois bien qu'il est le mieux placé au monde pour devenir ministre de la magie.
Il parlait déjà de son petit frère comme il l'avait fait d'Albus pendant des années. Et même s'il ne voulait pas reproduire ses erreurs passées il était bien conscient de ce qu'il était et de ce qu'il ne pourrait changer en lui. Et il l'acceptait. Sa vie avait déjà bien changé tout au long de l'été, il était désormais prêt à voir ce que le destin lui réservait.
- Vous êtes entrés dans ma vie, Evelyn. Et vous m'acceptez dans la vôtre, sans me demander de faire un choix, sans me reprocher ce que je ressens pour la seule famille que j'ai connue. Je ne veux pas vous perdre.
- Je t'aime déjà comme un fils tu sais ?
Il sentit une vive émotion l'étreindre. Lui qui avait tant cherché une preuve d'amour auprès de ses parents appréciait chaque instant de bonheur que les Zabini lui offraient.
- On est une famille, affirma-t-il. Et je suis heureux d'en faire partie.
C'est à ce moment-là que le colis explosa et qu'une forme humanoïde, féminine et nue en jaillit, se collant à James qui la repoussa d'un coup de baguette, mi choqué mi amusé.
- Une poupée gonflable, rit Evelyn. Pansy a un humour très... Spécial. Eh bien je te laisse finir ta valise et préparer ton discours.
- Mon discours ?
- Natasha va vouloir savoir d'où ça vient. Sa jalousie est légendaire et j'ai hâte de voir le spectacle qu'elle va nous offrir. T'ai-je déjà dit à quel point je l'apprécie ? Tu n'aurais pu choisir meilleure belle fille.
ooOOoo
Natasha ne fut nullement contrariée par la nouvelle compagne de James, bien au contraire, elle s'en amusa beaucoup, tout comme de voir les domestiques se presser pour porter les bagages de leur jeune maître, à le précéder pour lui ouvrir les portes...
Ce comportement, qui l'avait tant choquée à leur arrivée, elle le voyait désormais avec un regard nouveau. L'intendante lui avait appris à apprécier les différences et les coutumes qu'elle avait déplorées alors qu'elles tenaient tant au cœur des domestiques du château.
Le premier été qu'elle avait passé au bras de James resterait gravé en elle à tout jamais. Et malgré la peur qui n'avait cessé de la saisir, elle ne regrettait rien.
ooOOoo
Ils s'étaient assis l'un contre l'autre, sur la petite colline qui surplombait Castel Maggiore, s'enivrant de la beauté des lieux, tous deux certains qu'ils ne cesseraient jamais de s'émerveiller des vignes à perte de vue et de ce château merveilleux qui se dressait fier et majestueux au beau milieu des grappes de raisin.
Leurs épaules se frottaient avec paresse. Ils étaient bien conscients de repousser au possible le moment de retrouver la pluie d'Angleterre et de profiter de leur dernier moment de liberté avant la rentrée.
Natasha tendit à James un sachet empli de bonbons.
- J'ai pensé que ça te ferait du bien.
- Tu me trouves trop maigre ?
- Mais non, andouille. Mais entre les vacances, tes deux familles, les révélations de Keith, les Aspics qui arrivent et le quidditch…
- Quoi, le quidditch ?
- C'est évident qu'on va remporter la coupe, lâcha Natasha en haussant les épaules.
- Dans tes rêves faucon des basses prairies.
- Oh, le petit chaton est vexé ?
- Un chaton ? Je ne suis pas un chaton, je suis un lion !
- Et tu ferais bien de débroussailler ta crinière, rit-elle en empoignant ses cheveux pour l'attirer contre elle.
Ils finirent l'été comme ils l'avaient commencé, en une bataille de chatouillis qui repoussait au loin l'avenir et ce qu'il comprenait d'inconnu.
ooOOoo
La gare de King's Cross crachait des volutes de fumée. Les voyageurs observaient avec amusement leur peau nue et bronzée.
- Petit arrêt, quémanda Rose.
Les bagages s'écroulèrent à ses pieds en un bruit sourd.
- Je n'ai pas la moindre idée d'où est ma veste, marmonna-t-elle.
- Scoop !, scanda Nalani, les yeux rivés au plafond de verre. Il pleut !
- Bienvenue chez nous, sourit Mael.
- Par Merlin, grogna Natasha. Le Survivant à dix heures, je répète, le Survivant à dix heures.
Alors que Rose regardait tout autour d'elle, ne comprenant comment faisaient les gens pour se repérer de la sorte, James pâlit. Harry et Ginny, mains dans les poches et sourire hésitant aux lèvres, s'arrêtèrent à leur niveau.
- Salut les jeunes, on a appelé vos parents pour leur proposer de venir vous chercher. On ramène tout le monde, ok ?
Les cinq jeunes acquiescèrent, faute de mieux. Harry insista pour porter le sac de James, s'attirant les regards respectueux de quelques sorciers qui préparaient la voie 9 ¾ pour la rentrée du lendemain.
- C'est quoi ce machin ?, grimaça Harry en soulevant avec difficulté le sac de son fils.
- Un nouveau balai ?, s'étonna Ginny.
James ne put s'empêcher de rougir. Le matin-même, alors que tous baillaient à s'en décrocher la mâchoire et que les domestiques de Castel Maggiore insistaient pour installer leurs bagages dans le train, James avait découvert un long paquet soigneusement attaché à son sac, accompagné d'une courte missive.
« Pour toi, mon fils. Avec tout mon amour et une impatience indescriptible de te voir gagner ton prochain match. »
- Blaise t'a offert un balai ?, s'étrangla-t-elle.
- Il vous a envoyé des domestiques ?
- Il m'a offert un balai et non, il ne nous a pas « envoyé » des domestiques, c'est juste que le domaine est très éloigné de la gare de Bologne, alors on a voyagé en calèche et…
- Je vois, coupa Harry avec écœurement. Il croit t'acheter avec son fric.
- Il n'essaie pas de m'acheter.
- De toute manière il n'en aurait pas les moyens, intervint Natasha pour couper court. James n'est pas objet, James n'a pas de valeur monétaire, James est un être vivant, incroyablement sexy, qui pense par lui-même et fait ses propres choix.
- Wahou, siffla Mael, admiratif. Tu ne m'as jamais décrit comme ça, toi, plaisanta-t-il en s'adressant à Nalani.
- Je n'ai jamais eu à la faire, répondit celle-ci en haussant les épaules. Tes parents sont normaux.
Rose esquissa un sourire en voyant que Nalani avait piqué Harry dans son orgueil. Les héritiers de la famille Weasley avaient beau se poser mille questions sur leur famille et sans cesse remettre en question l'amour de leurs parents, ils avaient des alliés précieux, des amis merveilleux.
- Pas besoin de faire un détour par chez mes parents, lâcha-t-elle à Harry d'un air indifférent, alors que celui-ci s'évertuait à entrer tous les bagages dans sa voiture magique.
- Tu manges chez nous ?, s'étonna Ginny.
- Non, chez nous, répondit Natasha.
- Tes parents sont au courant ?, répliqua Ginny, soupçonneuse.
- Les miens, oui, répondit à nouveau Natasha en se glissant devant Rose, comme pour la protéger. Rose et James font partie de la famille.
- Quant aux miens, ils savent également que je ne suis prête à retourner chez eux, ajouta Rose. Dans le genre crétins et irresponsables, ils sont du même acabit que vous. Faut pas s'étonner qu'on cherche chez d'autres ce que vous n'avez pas su nous donner.
C'est contrarié qu'Harry démarra la voiture. Le voyage se déroula dans le silence le plus complet, sans que les plus jeunes ne le trouvent pesant. Ils s'étaient tant amusés en Italie qu'une petite sieste s'imposait. Et la mine vexée du Survivant les vit s'endormir le sourire aux lèvres.
ooOOoo
La fin des vacances était arrivée. Un été haut en couleurs, riche en événements traumatisants, en surprises insoupçonnées et en moments de joie. Un été à l'image de ce qu'il vivait depuis six ans. Demain il retournerait à Poudlard. Une dernière fois.
Avec l'envie de profiter de chaque moment, de réussir ses Aspics, de gagner la coupe de quidditch une dernière fois, de voir la Grande Salle colorée des bannières de Gryffondor.
L'année serait sans doute riche en révisions, en émotions, et en compétition. Comme lui, Nalani vivrait sa dernière année, et il ne doutait pas que la capitaine des aigles mobiliserait ses troupes pour remporter tous ses matchs. A moins qu'Oscar ne parvienne enfin à offrir une coupe aux Poufsouffle, ce dont il était parfaitement capable, aux yeux de James.
Après avoir brillamment passé son permis de transplanage avec tous ses amis, le jeune lion passait cette dernière journée en famille, à la demande de sa mère. Ses affaires étaient prêtes mais il s'était rendu dans sa chambre, où il n'avait oublié que son vieux calendrier magique. Il barrait les folles journées du mois d'août en se remémorant de chaque instant.
A défaut de prendre réellement conscience de ce qu'être majeur signifiait, James se sentait particulièrement heureux. Il ne se réveillait pas chaque matin avec le sentiment que tout avait changé, bien au contraire, Natasha avait envahi ses rêves toutes les nuits d'été, Mael l'avait réveillé avec toujours plus d'enthousiasme, d'humour et d'amitié, et ses amis étaient là, tout près de lui.
Il avait reçu de nombreux cadeaux. Des livres par dizaines, quelques jeux de société, une montre... et un nouveau balai. Un nouveau bijou qu'il ne cessait de contempler et d'essayer, à défaut de réellement s'en servir. Voler seul était exaltant, mais pour découvrir tout ce que ce nouvel ami avait à lui à offrir James aurait bien aimé un adversaire, un compagnon de jeu, quelqu'un à qui envoyer le souaffle, quelqu'un à poursuivre, pour tester les limites de son balai.
- Hey.
James leva à peine les yeux sur son père, hochant la tête par simple politesse. Depuis l'arrivée de Blaise dans sa vie, Harry s'était fait plus loquace, plus présent. Il lui avait écrit trois fois en un mois. Comme empreint d'un sentiment de possessivité qui se laissait découvrir avec dix-sept ans de retard.
- J'ai plutôt bien entretenu mon vieux balai, une petite partie te tente ? On ne fera pas la course, on serait vite repérés par les moldus mais j'ai un anneau d'entraînement dans la cabane...
- Tu veux m'entraîner à buter ?, s'étonna James.
Ginny avait été franche, il devait être vu avec eux, au moins de temps en temps, pour que la communauté ne fasse pas du départ de James son sujet de prédilection. Elle avait également dit vouloir faire des efforts, l'avait assuré qu'elle était prête à changer, à essayer, et qu'il en était de même pour son mari.
- Tu te plains toujours qu'on ne fait rien ensemble, contra Harry en haussant les épaules. Je peux aussi regagner mon bureau, j'ai un tas de paperasse qui m'attend mais... J'ai bien envie d'une pause. Et je suis certain que tu as envie de te défouler toi aussi. C'est de ton âge. Alors plutôt que de se morfondre chacun dans son coin, on pourrait... tu sais... faire quelque chose ensemble.
- C'est de loin la plus longue phrase que tu m'aies dite depuis... toujours sans doute, sourit James, plus amusé que désabusé.
Le fils se fraya un chemin entre les herbes hautes du jardin, gagnant la cabane d'un pas sûr. Il installa l'anneau, éprouvant un plaisir visible à se servir de la magie en toute légalité. Immobile, Harry le regardait faire, impressionné par la facilité de son fils à enchaîner les sortilèges et enchantements. « C'est vrai, donc, qu'il est si doué », songea-t-il.
- Tu viens papa ?, le héla James.
C'était comme si un vent frais venait balayer le court duvet de sa nuque. Harry sentit son cœur s'emballer un peu plus fort, alors que les joues de James se coloraient.
Harry avait envie de laisser échapper cette phrase qui l'obsédait plus qu'elle ne le hantait. « Et si je n'étais pas ton père, justement ? ». James avait fait son choix. James se posait sans doute la même question, mais James ne voulait pas connaître la réponse. Alors Harry enjamba son balai, laissant le plaisir le griser alors qu'il s'envolait à quelques mètres du sol.
- Pas trop peur pour tes rhumatismes ?
La voix volontairement moqueuse de James, qui essayait de se rattraper, tira un sourire à son père. Il l'était, l'avait toujours été, le serait toujours. Un père imparfait et peu présent, qui ne connaissait pas grand-chose à l'amour, et qui, enfin, partageait quelque chose avec son fils.
- Pas trop peur de te mesurer à moi, gamin ?
Peu habitué à ce type d'échange, James ne pouffa pas. Pas plus qu'il n'essaya de tricher ou de doubler son père. Tout au plus s'évertua-t-il à impressionner son père, qu'il rêvait toujours de rendre fier.
Alors lorsque celui-ci implora une pause, une heure après, après avoir encaissé tant de buts qu'il n'aurait su les compter, James esquissa un sourire auquel son père ne se força pas à répondre.
Les fossettes se dévoilèrent naturellement, simplement, en un écho sur le visage de l'autre.
Leurs cheveux noirs partaient dans tous les sens.
En cet instant, James avait beau porter les yeux de Tuan Mac Cairill, il n'avait jamais autant ressemblé à cet être qui se reposait sur lui sans même s'en apercevoir.
Et… voilà. On se retrouve, cent pages plus tard. Cent pages qui ont été difficiles à écrire, parce que la fin arrive et que je voulais parler de dix-mille trucs. Comme d'hab, quoi !
Il ne reste plus que quatre chapitres un petit peu différents des précédents et ce sera la fin de cette histoire.
Et ça me fait tout drôle. Si je suis sûre d'une chose, concernant mon écriture, c'est que je n'ai jamais été très douée pour terminer une histoire. Je déteste ça, en fait. J'aime quand ça continue, quand ça évolue, et le mot « fin » me terrifie.
C'était le moment psy de la note d'auteur… Et maintenant c'est à vous de jouer ! Qu'avez-vous pensé de cet été italien au milieu des vignes ? De la nouvelle famille de James ? De son choix de ne pas faire le test ? Et puis, tiens, quel est votre personnage préféré ? Je ne suis pas du genre à prendre des commandes mais, puisqu'on approche de la fin et que j'écris des chapitres à rallonge, je peux bien développer un petit truc, une petite intrigue, un quelque chose qui vous plairait… Alors à vos claviers mes loulous ! Et à très vite !
PS : Un énorme merci à toutes celles et ceux qui commentent ces chapitres, notamment ceux qui ne sont pas inscrits sur ce site et que je ne peux remercier directement...
