Salut !
Deux mois se sont écoulés, et quels mois ! Je me suis lancée pour la première fois dans ce projet un peu fou qu'est le Nanowrimo et j'ai explosé mes compteurs ! La bonne nouvelle c'est que j'ai vachement avancé les quatre derniers chapitres et l'épilogue, la mauvaise c'est que j'ai tout écrit en vrac, en bloc, n'importe comment, au gré de l'inspiration et que j'ai beaucoup de mal (et donc de temps) à m'y retrouver, à tout corriger/réécrire/tout ça. L'année prochaine je m'y prendrai sûrement autrement !
Fini de blablater, je vous laisse avec ce long chapitre qui couvre deux années entières, la dernière de James à Poudlard et la première dans la « vraie vie ».
On va donc encore voyager, j'espère que ça vous plaira !
Bonne lecture !
40. L'envol
L'on prête aux élèves de la maison Serdaigle des qualités enviables tels la créativité, l'érudition, le discernement et la sagesse.
Mais les élèves de la maison Serdaigle ne sont pas que ça. Ils sont bien plus que ça.
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C'était le premier septembre. Et comme chaque premier septembre, toute la communauté magique de Grande Bretagne semblait s'être donné rendez-vous à la gare de King's Cross.
Au-dehors, Peter observait le spectacle, un énième mégot jaunissant le bout de ses doigts. Comme tous les ans les familles passaient sans le voir, le bousculaient sans s'excuser, ni encore se douter qu'il était l'un des leurs, malgré sa facilité à se fondre parmi les moldus.
A l'intérieur de la gare, c'étaient les employés du ministère qui avaient des yeux partout. Il en fallait avec ces créatures diaboliques que l'on appelait enfants.
Les plus jeunes retenaient leurs larmes, les plus âgés se retrouvaient avec joie. Certains avaient même écourté les adieux et s'étaient déjà installés dans le train, précédés d'une joie bruyante qui ne passait pas inaperçue.
James était arrivé tôt, pour avoir le temps de saluer discrètement les Zabini et d'échanger quelques mots avec les Kandinsky. Il était ensuite monté à bord parmi les premiers, les plus pressés, qui constituaient les membres de sa bande. Les retrouver, tous, en sachant qu'ils allaient passer dix mois tous ensemble, rendait James profondément heureux. Il se promit de tout faire pour que cette dernière année à Poudlard soit la plus belle de toutes.
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Le Poudlard Express quitta King's Cross à onze heures, comme chaque premier septembre. La bande d'amis avait pris d'assaut un wagon entier du train, délaissant les habituels compartiments. Ils ne voulaient pas se séparer et souhaitaient vivre ensemble ce dernier trajet vers Poudlard. Tous songeaient aux années suivantes, persuadés de toujours ressentir un pincement au cœur le premier septembre. Jusqu'à ce que, peut être, ce soient leurs enfants qui entrent à leur tour dans le Poudlard Express.
Le voyage leur parut plus court que les six premières années, parce qu'ils étaient tous ensemble et qu'ils chahutaient, parce qu'ils riaient de bon cœur et se racontaient leurs vacances, parce que Keith et Clifford s'en donnaient à cœur joie de charrier James sur sa nouvelle famille et son château en Italie et que Juliet faisait mine de bouder de n'avoir pas été invitée alors qu'elle était en réalité très heureuse pour James.
Et parce qu'ils avaient hâte de revoir Poudlard mais espéraient sans l'avouer que le train n'arriverait jamais, que le trajet durerait toujours.
Ils se séparèrent brièvement en quittant le Poudlard Express. Les calèches n'auraient pas supporté leur poids s'ils étaient restés soudés. Le festin fut ponctué de sourires lancés à travers la Grande Salle de Poudlard, et de quelques drôles grimaces dont ils avaient le secret.
La reprise des cours et des entraînements leur rappela que chaque jour était déjà le dernier, que le temps filait et se jouait d'eux, prêt à tester la force de leur amitié quand viendrait l'heure de la séparation, de la distance, de l'absence.
James se levait tôt, entraînait son équipe dès l'aube, avant de se réchauffer dans les bras de ses sœurs, de Scorpius qu'il étreignait tous les matins devant la Grande Salle, de ses amis qu'il embrassait sans réserve, ignorant leurs origines et le flegme britannique, et surtout de Natasha, qu'il ne quittait que rarement.
Il passait du temps avec Lily, saluait Albus de loin, écrivait à Haïdar toutes les semaines. Une fois par semaine il gagnait la salle de musique, pour une petite heure où Hadiya et lui restaient seuls, en une parfaite communion qui se passait de mots. Plus tard, aidé de Mael, Clifford, Juliet et Keith, il rejoignait Shania et ses amis, parcourait avec eux les sombres recoins de ce château de toutes les merveilles qu'il ne finirait jamais de redécouvrir.
Il passait une nuit sur deux près de Natasha, après de longues heures de révision et de chamailleries, chacun promettant à l'autre de l'humilier lors du dernier match de l'année, qui les verrait s'affronter.
Bientôt chacun gagna un match. L'équipe de James se défit difficilement de la valeureuse équipe menée par Scorpius et malgré le vif qu'attrapa Hadiya, les poursuiveurs de Gryffondor avaient marqué suffisamment de buts pour s'assurer une victoire méritée.
Les Serdaigle, entraînés par la redoutable Nalani, ne firent qu'une bouchée de l'équipe prometteuse d'Oscar, et les blaireaux applaudirent les aigles avec fairplay, conscients de leur suprématie.
Halloween les vit faire nuit blanche. Après une brève apparition au banquet de la Grande Salle, tous s'étaient déguisés pour une partie de cache-cache à travers Poudlard, dévorant des tonnes de bonbons en riant, s'endormant les uns contre les autres dans la Salle Sur Demande qui en avait vu d'autres.
Novembre puis décembre surgirent inaliénablement alors que la neige tombait, pour recouvrir tout le domaine quelques jours plus tard. La première sortie à Pré-Au-Lard les vit faire le plein de plumes, de livres et de sucreries, quittant le pub du village bon derniers.
La deuxième sortie les vit se séparer pour mieux se surprendre quelques jours plus tard, car il fallait bien acheter les cadeaux qu'ils s'échangeraient le jour de Noël.
Tous avaient pris la décision de rester à Poudlard comme des enfants grappillant ce qu'ils pouvaient de liberté.
Les quelques élèves restés comme eux à Poudlard pendant les fêtes les regardaient parfois avec envie, avec jalousie. Et eux se montraient présomptueux et égoïstes, aveugles et pleins d'envie. Ils riaient fort et se couraient après, regrettaient de n'avoir pas eu cette idée de rester tous ensemble les années précédentes, profitaient de journées sans cours ni entraînements, de moments de joie qui s'étaient fait rares durant leur adolescence, eux qui s'étaient toujours sentis obligés de courir après les frères Zigaro et les ennuis.
Parfois Irina ou Solenne laissait échapper un mot, une pensée, une évidence. Les ennuis n'étaient pas derrière eux. Les ennuis n'étaient pas non plus devant eux. Les ennuis étaient là, quelque part, prêts à surgir et s'emparer d'eux.
Mais ils étaient encore jeunes et ne voulaient plus entendre parler d'enquêtes, de dangers, de combats. Le Tournoi, l'horrible nuit où ils avaient tous failli mourir dans la forêt interdite et, plus récemment, l'épisode de Birkenhead qui les avait vu être retenus prisonniers par les frères Zigaro dans les égouts de cette petite ville de l'ouest de l'Angleterre les hantaient toujours.
Ils aspiraient à un peu de calme, à une vie normale et s'ils répondaient toujours aux lettres d'Eliott et Trisha, aux inquiétudes de Scorpius, à celles de Daniel, tout en veillant sur Gwenog et Jasper, ils affirmaient qu'après tout, la vraie vie était tout près de leur remettre les pieds sur terre, qu'ils pouvaient bien profiter de quelques mois de liberté.
Ils n'abordaient jamais la vérité, la leur, celle qu'ils partageaient tous sans se l'avouer. Au fond, ils ne voulaient pas terminer l'enquête entamée trois ans plus tôt par Keanu et Solenne, ils ne voulaient rien arrêter, rien résoudre. Parce qu'ils avaient peur de se séparer, peur de voir imploser ce qui les lierait à tout jamais. Peur d'une soudaine normalité qui les verrait perdre leur intérêt de l'autre. Ils n'étaient pas prêts à se séparer. Pas encore. Alors ils régressaient, ils revenaient en arrière en occultant les périples qui les avaient fait grandir trop vite.
Ce choix qui n'en était pas un vit leur popularité gonfler. Ils étaient les élèves que l'on suivait dans les couloirs, ceux qui faisaient la mode, qui étaient adulés, ceux que l'on voulait inviter aux fêtes illégales organisées çà et là. Mais là où le commun des élèves restaient entre élèves d'une même maison, eux n'allaient que là où leur amitié inter-maison était acceptée. Là où l'on ne chuchotait pas derrière le dos de Vincent Goyle, là où on ne s'étonnait pas de l'amitié fraternelle entre un Malefoy et un Potter.
Mael disait « il faut bien que l'on se crée des souvenirs de jeunes, des trucs un peu fous qu'on racontera à nos enfants, parce qu'on ne pourra pas leur dire la vérité, qu'on a passé notre scolarité à affronter les pires ordures de notre génération »
Alors ils séchaient quelques cours, jamais la même semaine, pour ne pas attiser la fureur de leurs professeurs tout en profitant d'une journée ensoleillée pour se livrer à une activité aussi jubilatoire qu'insignifiante, courant à travers les bosquets en évitant les boules de neige que lançaient leurs amis.
Susie disait « Je ne créerai pas mon propre restaurant en m'extasiant des prouesses des autres ».
Alors ils évitaient parfois la Grande Salle et gagnaient les cuisines, où des elfes généreux et complices prêtaient un four et quelques poêles à la plus loyale des Poufsouffle. Et la petite bande goûtait à tous ses plats, vantant ses mérites même lorsqu'elle ratait une cuisson.
Oscar disait « A ce rythme-là, on va devenir obèses, les profs vont nous remplacer et nous perdrons notre place de capitaine ».
Alors ils faisaient fi du règlement et volaient pendant des heures, pour éliminer le sucre jusque tard dans la nuit.
Nalani disait « Nos enfants joueront forcément au quidditch, ils auront ça dans le sang, mais je veux qu'ils m'envient, que jamais ils n'égalent mon talent. »
Alors ils demeuraient sur le terrain, ignorant le sommeil et le règlement, volant jusqu'à tomber de fatigue. Ils savaient tous qu'il ne s'agissait là que d'un prétexte, que si l'une d'eux rêvait de voir ses enfants dépasser son talent, c'était bien elle. Mais ils restaient.
Louis disait « Je m'amuse comme un fou mais nous allons finir par avoir des ennuis ».
Alors tous rangeaient prestement balais et équipements, pour que le plus sérieux d'entre eux ne perde pas son badge de préfet.
Pepper disait « L'artiste que j'admire le plus expose à Londres et je ne peux pas y aller. Je suis dégoûtée de rater cette exposition ».
Alors James et Mael dégotaient un passage secret et Clifford organisait l'évasion du siècle. Et tous partaient à Londres sans autorisation, pour offrir à leur amie passionnée l'occasion de rencontrer ce peintre qu'elle adulait.
Sans se concerter, ils fêtèrent la Saint Valentin tous ensemble, les couples chahutant les célibataires, chacun piochant dans un vieux sac un cadeau au hasard, offrant des situations cocasses et hilarantes, comme quand Keith avait attrapé cette bague achetée par un Mael persuadé que Nalani piocherait la première.
Et puis, fatalement, la neige fondit et le soleil ressurgit. Poufsouffle faillit arracher le match nul et Gryffondor perdit tout espoir de remporter la Coupe, avant que Scorpius et Hadiya ne le leur rendent, offrant une concurrence sans relâche aux brillants aigles.
Ainsi la vie s'écoulait. Trop vite à leurs yeux.
ooOOoo
Le lendemain des matchs, James ne se sentait pas très bien. Ça n'avait rien à voir avec la fête d'anthologie que Mael avait organisé, pas plus qu'avec la nuit de passion qu'il avait partagée avec Natasha. Une boule grandissait dans son ventre, représentative de cette certitude, celle que la fin de l'année approchait.
- Qu'est-ce que tu retiendras de cette année ?, murmura Natasha en se collant contre son dos, entourant son buste de ses bras. Et ne pense pas à moi et à ces moments de luxure que je t'impose.
James sourit. Des souvenirs, il en tissait plein dans un coin de sa mémoire. Des centaines. Et presque toujours ils étaient liés à Natasha, parce qu'elle était là, parce qu'elle lui souriait.
Il aurait pu citer tous les moments de franche camaraderie partagés avec Mael, les courses-poursuites dans le château où Keith râlait d'être bon dernier, quelques cours, aussi, où il avait obtenu la meilleur note. Et puis un souvenir lui vint, sans trop qu'il ne sache pourquoi.
ooOOoo
Ils sont là, tous les deux. Là pour me voir jouer, là pour nous encourager.
Mon père serre des mains, offre des sourires polis aux élèves qui le regardent avec vénération, aux professeurs qui hochent la tête avec respect. Il s'est assis avec ma mère, tout en haut des gradins, près du directeur de Poudlard, du Ministre de la magie et de Minerva Mac Gonagall. Lorsqu'il voit que je l'observe, mon père bouge la tête, doucement, pour me saluer. Il me semble même qu'il me sourie. Mais il est assis beaucoup trop loin du terrain pour que j'en sois vraiment sûr.
Nous affrontons les Serpentard. Le vainqueur ravira la première place du championnat, pour quelques heures, le temps que Serdaigle joue son match et se rassoit tout en haut du classement. Mon équipe est là, autour de moi. Les filles s'étirent et les garçons se tapent dans le dos, pour chasser l'angoisse. De l'autre côté du terrain, Scorpius a fermé les yeux, et s'offre à la pluie, immobile. Hadiya me lance un clin d'œil et ses lèvres forment quelques mots muets, qui me sont adressés « tu vas perdre, frérot ». Je réponds « dans tes rêves, couleuvre de pacotille » et la vois éclater de rire, les yeux brillants.
Dans les gradins Shania se bat contre le vent pour ériger les deux banderoles qu'elle a confectionnées. A la gloire d'Hadiya, et à la mienne. Ses camarades de Serpentard l'ont chassée des gradins vert et argent et elle s'est assise tout en haut de ceux des Serdaigle, avec ses amis, prête à encourager les deux équipes. Deux rangées plus bas, Natasha me sourit. Elle lève le bras très haut, désignant un livre, pour me prouver qu'elle redoute de s'ennuyer durant un match où Serdaigle ne joue pas. A ses côtés Rose et Timothée s'embrassent. Je cherche Hermione et Ron du regard, dans la tribune des invités que nous appelons « gradin sans couleurs », ils sont occupés à parler avec ma mère. Mon père a les yeux rivés sur Albus. Et, derrière lui, papa a les yeux rivés sur moi. Alors que mon père a laissé son écharpe de Gryffondor chez lui, pour ne pas défavoriser Albus, papa en a acheté une qu'il a mêlée à sa vieille écharpe de Serpentard. Pour nous encourager, Hadiya et moi.
Papa dépasse mon père d'une bonne longueur et sa prestance orgueilleuse, et sa canne en ivoire, ne semblent pas très appréciés des spectateurs avec qui il partage l'espace tout en haut des gradins. Seuls les trois G s'en amusent.
Tim Brinks monte sur son balai, sifflet entre les lèvres. Le match va commencer et je n'ai pas besoin de faire signe à mes joueurs, ils se tiennent prêts à mes côtés. Mael souffle un baiser en direction de Nalani, qui a activé ses multiplettes. Derrière la capitaine des aigles, le visage de Natasha est totalement dissimulé derrière son livre, qu'elle tient à l'envers.
- Je compte sur vous pour respecter les règles et tous les joueurs de ce match, qu'ils soient ou non vos adversaires, nous prévient Tim Brinks. Que la meilleure équipe gagne.
Mon père passe une main tremblante dans sa barbe naissante, ses yeux allant d'Albus à moi. Papa lève les deux pouces en l'air en hurlant quelque chose que je n'entends pas dans le vacarme ambiant.
Le souaffle s'élève haut dans le ciel et lorsque Mael s'en empare, j'esquisse un sourire. Peu importe l'issue de ce match, j'ai déjà gagné l'essentiel.
- C'était chouette, approuva Natasha. Je me souviens surtout du moment d'inattention de Mael, quand il a envoyé Albus valser dans la boue.
- Je ne crois pas qu'il s'agissait d'inattention.
- Je n'en attendais pas moins de lui.
Elle ne se privait plus pour insulter Albus, ni pour dire tout haut ce qu'elle pensait de lui. James s'y était fait, James s'était même habitué à ne plus suivre Albus partout, à ne plus le saluer, à ne plus s'assurer que son frère allait bien.
- Tu ne l'as pas raté, se rappela soudain le jeune homme.
- En effet, répondit Natasha, pas peu fière d'elle.
Quand il avait affronté les aigles quelques semaines plus tard, Albus avait fait les frais de trois cognards envoyés par sa belle-sœur, et le dernier l'avait envoyé à l'infirmerie, alors que moins d'un quart d'heure s'était écoulé. Les équipes s'étaient ensuite affronté pendant plus de trois heures, offrant un match d'anthologie aux supporters venus en nombre.
- Et toi, joli cœur ?, demanda James. Quel souvenir garderas-tu de cette année ? Mais attention, tu n'as pas le droit de répondre en donnant un souvenir dans lequel j'apparais nu.
- Ça va être difficile, minauda Natasha en levant les yeux au ciel. Je dirais... La relation Rose-Timothée. On a beau dire qu'on a grave déconné, tous, pendant des mois, à prendre Poudlard pour un terrain de jeu et à oublier la vraie vie, celle qu'on vivait avant et qui menaçait de nous voir mourir une fois par semaine, on a quand même bien bossé tous les deux.
- Et les enfants de Rose et Timothée nous remercieront, acquiesça James avec un sourire.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis la rentrée. Et James et Natasha dissimulaient difficilement leur inquiétude. Rose ignorait Timothée, et le jeune homme la regardait longuement, les traits déformés par la tristesse.
- J'ai essayé de lui parler, souffla Natasha, bien au chaud dans les bras de son petit ami.
- Et moi j'ai parlé à Timothée. Il lui a écrit, au début de l'été. Puis il a suivi ses parents en Inde et il a essayé de l'appeler pour la prévenir qu'il ne pourrait pas lui écrire avant la rentrée. Mais Rose était déjà partie de chez ses parents. Et elle n'a répondu à aucune de ses lettres. Il croit qu'elle a rompu et qu'elle s'en fiche tellement qu'elle n'a pas pris le temps de le lui dire en face. C'est le cas ?
- En quelque sorte, soupira à nouveau Natasha. Je ne savais pas pour les lettres mais j'imagine qu'elle s'est dit que ça lui passerait quand il verrait qu'elle ne lui répondait pas. Elle croit dur comme fer que leur histoire n'était qu'une passade, qu'ils ne s'aimaient pas vraiment. Elle le voit comme une sorte de test, d'apprentissage. Pour être prête quand elle rencontrera le véritable amour.
- Mais… Il ne lui manque pas ?
- Si. Ça crève les yeux. Et elle n'essaie pas de me le cacher. Mais elle prétend que ça fait partie du test, qu'elle veut savoir à quoi ressemble un chagrin d'amour avant d'en vivre un de véritable.
L'attitude de Rose, qui participait aux activités de la bande sans ne laisser rien paraître de sa détresse avant de la laisser exploser quand elle se retrouvait seule, finit par inquiéter James et Natasha au point qu'ils ne la quittaient plus du regard. Quand ils étaient avec elle, ils conservaient une certaine distance, ne s'embrassant que très rarement sous ses yeux, au point qu'elle s'inquiéta pour leur relation amoureuse.
Elle sembla alors oublier ses propres malheurs pour se lancer à corps perdu dans ce qui était à ses yeux une mission vitale, réconcilier les deux piliers de sa vie, persuadée que les savoir ensemble suffirait à son bonheur.
James et Natasha, après avoir mis leurs amis dans la confidence, choisirent d'entrer dans son jeu, clamant qu'ils avaient besoin de faire une pause dans leur relation amoureuse. Cette annonce, loin de l'effondrer, attisa en Rose une rage et un entêtement sans précédent, et Natasha eut beaucoup de mal à ne pas lui révéler la vérité. Elle prétendit vouloir se lancer à corps perdu dans le quidditch, et ne quitta plus Nalani, elle même très amusée par la situation. De son côté, James passa plus de temps avec les Serpentard, accueilli dans leur salle commune par ses sœurs et Scorpius qui se révélaient être de parfaits complices.
Timothée, qui s'était beaucoup rapproché d'eux l'année passée, paraissait peiné par cette soudaine séparation qui surprit tant Poudlard que la presse ne tarda pas en entendre parler et à relayer l'information auprès de toute la communauté. Blaise fut le premier à réagir, pressant son fils de faire le premier pas pour ne pas perdre « l'amour et le bonheur de ta vie », précédant de peu les lettres épaisses des parents et du frère de Natasha et jusqu'aux Potter qui, bien que plus mesurés, souhaitèrent à James qu'il se réconcilie avec sa petite amie et retrouve ainsi le bonheur.
Les protagonistes de la farce furent surpris et honteux par ce soudain débordement de compassion et décidèrent qu'il était grand temps, après seulement trois jours de «pause» de passer à la vitesse supérieure.
Tout Poudlard assista alors à un spectacle qui lui coûterait trois semaines de retenue, celui de James portant son matelas à travers le château et jusqu'à la salle commune de Serpentard. Timothée en fut tellement choqué qu'il ne s'aperçut pas que son meilleur ami partait dîner sans lui, encore moins que Scorpius l'avait invisiblement ligoté à la cheminée de la salle commune.
- Mais voyons, Scorpius, t'as oublié qu'on avait changé le plan ce matin ?, s'emporta alors Hadiya.
- Tu dois le libérer !, renchérit Shania.
- Tu... vous..., bégaya Tim. Je ne peux pas croire que tu les laisses s'en prendre à moi !, dit-il à James. Je croyais que nous étions amis.
- Mais oui, assura James en le libérant. C'est justement pour ça qu'on fait... tout ça. Alors un conseil, mon pote, ne rejoins pas les autres à la Grande Salle, traîne plutôt dans les couloirs avoisinants.
- Pourquoi ?
- Tu nous remercieras plus tard.
Le plan rondement mené ne porta pas ses fruits comme l'avaient espéré James et Natasha. Celle-ci fut pourtant traînée de force vers l'antre des serpents par une Rose rouge de fureur, comme ils l'avaient prévu, et comme ils le pensaient, elle fut forcée de se tourner vers le seul Serpentard qu'elle connaissait un tant soit peu, les membres serpents de la bande étant dans le secret et ayant momentanément disparu.
- Rose ? Natasha ? Tout va bien ?
- Donne moi le mot de passe, Bergson, aboya Rose. Tout de suite.
Natasha eut beau la sentir frémir, sa meilleure amie était décidée à repousser celui qu'elle aimait, persuadée que leur relation shakespearienne était vouée à l'échec.
Tim abdiqua, donnant le mot de passe avant de s'enfuir, et James accepta le savon asséné par Rose, dépité que leur plan ait échoué.
Des le lendemain, Natasha et James reformaient le couple dont tout le monde parlait, et Rose cachait sa tristesse sous des élans de fierté. Revoir Tim, après avoir lutté pour l'éviter pendant des semaines, avait ravivé sa peine. Mais elle n'était pas la seule à en avoir été bouleversé, et Tim choisit lui aussi de changer de salle commune. Il patientait devant celle des Serdaigle tous les matins et tous les soirs, lui faisaient porter par hibou poèmes et bouquets de roses, la suivait dans les couloirs, et alla jusqu'à la demander en mariage en plein petit déjeuner, déclenchant les rires moqueurs de ceux qui croyaient dur comme fer qu'une fille de héros ne s'intéresserait jamais à un rejeton de mangemort.
Mais cet acharnement attisa une fois de plus l'intérêt de la presse, et Hermione supplia sa fille de tenir bon et de repousser le jeune homme. Elle proposa en échange d'offrir son pardon à sa fille et de l'accueillir à nouveau à la maison, prétendant qu'il en était assez de s'imposer chez les Kandinsky. Elle alla jusqu'à proposer à sa fille de faciliter le transfert de Tim vers une autre école, arguant qu'il serait préférable pour tout le monde qu'il choisisse Beauxbatons ou Durmstrang.
Tim vint une dernière fois à Rose, lui promettant de ne plus l'embêter, de ne plus la suivre, de ne plus faire subir son insistance, sa présence.
- Je peux partir si tu veux. Je n'ai pas besoin de l'appui de ta mère, je dirai à mes parents que... je ne sais pas, mais je trouverai. Si tu veux que je parte, si tu crois être plus heureuse sans moi, je ferai ce que tu voudras. Mais sache, Rose Weasley, que tu peux m'ôter de ta vue, te débarrasser de moi, jamais tu ne pourras m'empêcher de t'aimer. Cet amour que je te porte, il brûle en moi comme un feu éternel. Et toute ma vie je continuerai de rêver notre mariage, et toute ma vie je ferai des listes de prénoms de fleurs en espérant les donner à nos enfants.
Rose eut besoin de quelques secondes pour digérer ce qu'elle venait d'entendre. Ni plus ni moins que les plus précieux des mots, ceux qui la voyaient dévorer des romans où les princes aimaient une jeune fille à laquelle elle s'identifiait toujours.
Rose eut besoin de quelques minutes pour comprendre que son prince à elle ne serait jamais un garçon respectable comme Dan Evans, un gendre parfait pour ses parents, un garçon lisse avec qui elle s'ennuierait.
Que son prince à elle était déjà là, devant elle.
Rose eut besoin de quelques heures pour méditer, pour réaliser, pour s'apercevoir qu'il avait parlé d'enfants qui porteraient des prénoms de fleurs, pour revivre cet étrange rêve qu'elle avait fait bien des mois auparavant et où elle s'était imaginée entrevoir le Poudlard du futur, où James et Natasha auraient pléthore d'enfants et où elle aurait une fille, prénommée Iris.
Rose eut besoin de quelques jours avant de sauter au cou de Timothée, de quelques semaines pour laisser voir leur relation au grand jour, de quelques mois pour comprendre qu'il ne s'agissait pas seulement d'une rébellion, mais de l'amour de sa vie.
Et Tim était bel et bien un amour, il la comblait de cadeaux, d'attentions, de tendresse, et jamais plus elle ne voulait qu'il croie qu'elle avait honte de lui.
Elle avait pardonné à ses deux piliers, malgré les rires gênés de James et l'air abattu de Natasha, qui ne supportait pas de mentir, encore moins d'être en froid avec sa meilleure amie.
- On est les pires entremetteurs que Poudlard ait connu, murmura James en serrant sa petite amie contre lui.
- On en a vu de toutes les couleurs cette année, conclut Natasha, amusée.
Aussitôt un sourire radieux orna le visage de son petit-ami.
Quelques mois plutôt, alors que l'automne s'installait sur Poudlard, Mael avait malicieusement fait remarquer que le parc et la forêt du domaine se paraient des couleurs de Gryffondor, le fauve du ciel à la tombée de la nuit semblant embraser l'enceinte du château, offrant chaque soir un spectacle époustouflant aux amis qui jouaient dans les feuilles mortes. Des feuilles rouges, jaunes, orangées, qui leur donnaient l'impression d'évoluer sur l'immense toile d'un artiste. Quelques unes, plus téméraires que leurs semblables, restaient fièrement accrochées aux branches pourtant secouées par les vents, colorant le paysage, se reflétant dans le lac telles des petites boules de feu emportées par les vagues, les mascarets, et la houle.
Oscar s'était essayé à répliquer que le soleil, très chaud en cette année, digne d'un d'été indien des plus appréciables, donnait à cette clairière en lisière des bois les couleurs de la maison Poufsouffle, où l'ombre noire des arbrisseaux côtoyait l'herbe jaunie, presque sèche.
Le matin, un épais brouillard écossais surplombait parfois les lieux, rendant les entraînements de quidditch de l'équipe de Gryffondor plus ardus, chaque jour un peu plus à l'approche de l'hiver. Scorpius aimait à dire qu'il s'agissait là d'une aide précieuse offerte par le lac de Poudlard, symbole de la maison Serpentard, qui usait de sa propre magie pour faire léviter de fines gouttelettes de rosée afin de réduire la visibilité des lions.
Les aiguilles des conifères recouvrirent bientôt les feuilles mortes, avant d'être recouvertes à leur tout d'un épais manteau de neige. En Écosse, les hivers étaient froids et humides mais la petite bande ne s'en plaignait pas, car Clifford répétait souvent que « la pluie d'aujourd'hui fait le whisky de demain ». Ils trouvaient facilement refuge dans les étages les moins parcourus du château, jetant leur dévolu sur une salle pourvue d'une cheminée, qu'ils remplissaient de vieux bois, pelotonnés les uns aux autres.
Plus rarement, ils se couvraient de plusieurs couches de vêtements, épuisaient leurs réserves de sucreries et d'alcool et gagnaient une clairière éloignée du château. Ainsi, dans le noir le plus total, ils admiraient le ciel étoilé, réinventant les constellations et s'offrant mille récits truffés d'humour.
Cette année avait également renforcé des liens récents, comme ceux qui unissaient James à sa nouvelle famille, sa deuxième famille.
Blaise et lui s'écrivaient toutes les semaines, et il envoyait une lettre à la même fréquence au petit Haïdar. Il ne manquait jamais de saluer Evelyn, ni de prendre des nouvelles du vieux James et des amis des Zabini. Contre toute attente, Pansky Parkinson et sa fille, Caroline Rosiera, lui écrivaient régulièrement. Blaise, Drago et Théo étaient venus voir plusieurs de leurs matchs, et le premier avait fait une proposition qui avait fait l'unanimité parmi les amis de James. Tous étaient invités à fêter leurs Aspics à Castel Maggiore, en un week-end qui renverserait le domaine à coup sûr.
- Tu as hâte, pas vrai ?, comprit Natasha en caressant la nuque de son petit ami.
James, qui avait fermé les yeux, laissa l'animal en lui ronronner de plaisir. Voilà déjà un an qu'ils étaient en couple, et si lui continuait de s'émerveiller sans parvenir à croire en son bonheur, Natasha irradiait Poudlard de sa joie, et prenait un malin plaisir à montrer à James qu'elle apprenait tout de lui, des gestes tendres qui le rendaient heureux à une faculté sans pareille à s'immiscer dans ses pensées les plus intimes. A ce jeu-là, elle gagnait toujours, et James s'amusait à ébranler ses certitudes.
- J'ai hâte, oui. Mais pas de retrouver Castel Maggiore, plutôt de brandir la coupe de quidditch, répliqua-t-il avec malice.
- Ce n'est pas de la hâte, mon amour, répondit-elle avec condescendance. C'est un fantasme. Un rêve qui prendra fin quand JE brandirai la coupe.
Souriant plus que de raison, James s'habilla chaudement, aussi peiné de devoir quitter sa belle qu'enjoué à l'idée de retrouver ses joueurs pour un énième entraînement.
- Déjà ?, regretta Natasha en regardant l'heure bien avancée.
- Et oui. C'est l'heure de retrouver les meilleurs joueurs de Poudlard.
- Les plus rêveurs, corrigea-t-elle. Je vous admire, tu sais ? C'est beau d'y croire alors que vous finirez ENCORE à la deuxième marche du podium...
Natasha ne s'en lassait pas. Elle ne s'en lasserait jamais. Et pourtant, il ne leur restait plus qu'une victoire à se disputer, plus qu'un match à jouer l'un contre l'autre. Et une petite voix en elle murmurait que le championnat de quidditch serait bien moins passionnant l'année suivante, quand James aurait quitté Poudlard.
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C'était un très bon entraînement, et James ne s'était pas privé de féliciter chaleureusement ses joueurs, dont le niveau s'améliorait au fil des semaines. Lucy égalait déjà les professionnels les plus aguerris, Soizic profitait de son talent pour progresser dans son ombre, Lorcan s'efforçait de se hisser au niveau des meilleurs attrapeurs de Poudlard, le jeu de Yelena et Hugo était bien plus sûr et stable qu'autrefois, et le trio des poursuiveurs avait à cœur de se montrer exemplaire.
Parfois, une fois l'entraînement terminé, Soizic Azilis l'attendait près des vestiaires, en vue d'un amical échange de lettres. Tous deux avaient découvert, à quelques jours près, l'existence d'un nouveau père et d'une nouvelle famille et le fait que leurs nouveaux pères soient demi-frères les avaient rapprochés. Et les rassurait tous deux, même s'ils ne se l'avouaient pas.
Si James avait très vite accepté Blaise dans sa vie, il n'en était pas de même pour Soizic, qui avait mis Dylan au défi de mériter son intérêt. Le lycanthrope s'était montré sincère et désireux de se créer une place dans sa vie et, même s'ils ne s'étaient pas revus depuis l'été, ils s'écrivaient régulièrement, apprenant doucement à se connaître.
Chaque semaine, Dylan et Blaise écrivaient un petit post-scriptum à destination de l'enfant de leur demi-frère, Dylan restant poli et évasif avec James, Blaise s'autorisant des remarques machistes qui irritaient Soizic autant qu'elles la faisaient rire.
- Quoi de neuf, cousin ?, s'enquit-elle en lui tendant une nouvelle lettre.
- Blaise te conseille d'attendre tes trente ans pour te marier. Et du côté de Dylan ?
- Rien de neuf sous les tropiques, il te conseille de ne pas suivre l'exemple de Blaise, de rester éloigné de l'alcool et d'être sérieux en cours.
James s'autorisa à laisser échapper un petit rire. Il imagina la réaction de Blaise à cette idée, lui qui était persuadé qu'un garçon devait apprendre à boire pour devenir un homme.
- Tu crois qu'ils font comme nous ?
- Qu'ils se rejoignent pour commenter nos lettres ? Dylan dit qu'ils se voient tous les jours au Crépuscule des Fruits de Mer, donc ça ne m'étonnerait pas.
Comme à chaque allusion au pub que tenait Edward, leur « nouvel oncle », James ne put s'empêcher de rougir en repensant à tout l'alcool qu'il avait bu dans ce pub le jour où il avait entendu les révélations de Blaise. Il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis ce jour.
- Bon, cousin-capitaine, je t'abandonne.
- Cousin-capitaine ?, s'amusa James.
- C'est comme ça qu'on t'appelle entre nous.
James suivit son regard, s'arrêtant sur les meilleures amies de sa jeune batteuse. Une Gryffondor et une Serdaigle, Lily Evans et Briseis Delanikas.
- Comment vont-elles ?, s'enquit-il avec inquiétude.
- J'espère que tu n'auras pas le cœur brisé, oh réincarnation de James Potter premier du nom, mais ta future femme Lily Evans, deuxième du nom, s'est dégoté un petit copain. Un Poufsouffle, soupira Soizic, désabusée.
- Je sais, c'est le petit frère d'un de mes amis. C'est un gentil garçon, pas vrai ?
- Lisse et sans relief, déplora Soizic.
- Serviable et bienveillant, corrigea James. Et Briseis ?
- Rien de bien réjouissant, soupira Soizic, plus sérieuse. Elle garde toujours espoir de... tu sais... que sa sœur soit en vie.
- Tu n'as pas l'air de trouver ça bien.
- Je n'aime pas qu'elle se fasse de faux espoirs. Je suis persuadée qu'Amalthéa est morte. Et Lily en est persuadée aussi. Et j'ai la ferme intention d'aider Briseis à se faire une raison. Il faut... Il faut qu'elle fasse son deuil. Et ça serait bien que Malefoy, les Zabini et toi arrêtiez de la suivre dans ses délires.
- Je ne la suis dans aucun délire...
- Mais tu penses qu'Amalthéa est vivante, pas vrai ?
James soupira, ses mains gelées enfoncées dans ses poches. L'air formait quelques volutes blanches autour de leurs deux visages. Briseis avait été accueillie par la seule famille qui lui restait, les Zabini, des cousins éloignés qu'elle connaissait mal et dont le passé l'effrayait. Les enfants et l'épouse de Blaise, pourtant peu au courant de l'histoire des Mac Cairill, s'efforçaient de veiller sur Briseis, mais ses deux piliers restaient ses meilleures amies, Soizic et Lily. Deux rocs qui la soutenaient envers et contre tout.
- Je ne sais pas si Amalthéa est vivante, cousine-batteuse. Mais je sais que l'amitié qui vous unit toutes les trois est forte, inébranlable. Je sais que tu continueras d'être là pour Lily même si elle sort avec des Poufsouffle que tu prends pour des crétins et je sais que Lily et toi continuerez de soutenir Briseis, que vous partagiez son entêtement ou non.
- Tu n'es qu'un romantique idéaliste, cousin-capitaine, râla Soizic en levant les yeux au ciel.
Soizic aimait charrier James, se moquer de lui, elle ne ratait jamais une occasion de le faire et lui s'évertuait à veiller sur les trois filles. Après tout, deux d'entre elles étaient ses cousines, même s'il ne l'avait appris que l'été dernier. Et la presse et la communauté sorcière britannique attendaient de la troisième qu'elle devienne son épouse. Même si elle semblait très amoureuse du jeune Poufsouffle qui la dévorait du regard, songea James en les observant de loin.
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La Chaumière aux Coquillages
Victoire Weasley retenait sa respiration, bloquait son souffle.
« Pas aujourd'hui », répétait-elle.
« Pas aujourd'hui ».
Le jour de la Bataille de Poudlard.
Le jour de la Victoire.
Le jour de sa naissance.
Son jour.
Ce jour, elle ne voulait le partager avec personne. Pas même avec le bébé qui avait fini de grandir dans son ventre et désirait venir au monde.
Elle était seule. Comme d'habitude. Sa famille se devait d'être présente à Poudlard, de célébrer la victoire. Ils étaient les héros, c'était leur journée. Leur journée et la sienne, elle qui était née le jour de la victoire, qui en avait hérité le nom. Elle que l'on célébrait plus que les filles de son âge, elle à qui la Gazette réservait un article élogieux tous les ans.
Elle était seule. Comme d'habitude. Et Teddy était loin. A Poudlard, aussi. Avec sa brigade, à veiller à ce que tout se passe bien. Après il fêterait la fin de sa journée de labeur par quelques verres de Pur Feu. Avec sa brigade, toujours. Il rentrerait tard, comme tous les soirs. Et la colère de Victoire s'envolerait, comme chaque jour qui passait.
Bill Weasley disait qu'ils s'aimaient en ascenseur. Son amour à elle montant toujours plus haut, son amour à lui dégringolant les étages.
Les Weasley n'appréciaient guère Teddy depuis qu'ils avaient officialisé leur relation. Parce que tous savaient que Teddy n'aimait pas Victoire, pas comme elle l'aimait. Cet enfant à venir, tous l'attendaient, mais tous étaient persuadés qu'il était trop tôt, que Victoire méritait mieux, que son enfant méritait mieux.
Ce petit enfant prêt à naître, Victoire savait qu'il s'agissait d'une fille, et elle avait décidé de la prénommer Amandine. Un prénom français, qui rappelait ses origines et qui signifiait « la petite fille affectueuse ». Victoire espérait que sa fille comblerait son manque de tendresse et d'affection.
Mais pour cela, il fallait qu'elle reste encore un peu dans son ventre.
Elle n'avait pas le droit de naître le jour de la victoire.
Elle n'avait pas le droit de voler la vedette à sa mère.
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C'était un vendredi soir. Un vendredi particulier pour les élèves de sixième année qui avaient suivi leur dernier cours à Poudlard. Devant eux s'étalait une courte semaine de révisions, avant d'affronter les terribles Aspics qui signeraient leur départ de Poudlard.
Chaque évènement étant propice à une nouvelle fête, tous les élèves de septième année s'étaient réunis dans la Salle sur Demande afin de célébrer leur dernier cours, comme ils avaient précédemment célébré leur dernière sortie à Pré-Au-Lard, comme ils célébreraient bientôt les deux derniers matchs de quidditch et le dernier jour de leurs examens.
Cette accumulation de fêtes rendait Fred très heureux, il répétait à qui voulait bien l'entendre que la dernière année était de loin la meilleure. Certains approuvaient, d'autres grimaçaient, persuadés de rater les examens les plus importants de leur scolarité, inquiets quant à leur avenir, ou tout simplement terrorisés à l'idée de quitter le cocon de Poudlard pour affronter la vie active.
James avait brièvement quitté la salle pour les toilettes les plus proches, en vue d'éponger l'alcool que Keith avait versé sur sa chemise, lorsqu'il sentit sa peau chauffer. Il sortit de sa poche secrète le Grenat, la pierre semi-précieuse qui ne le quittait pas depuis son test d'aptitude. Ainsi posée sur la paume de sa main, elle luisait de mille feux et émettait une chaleur vive mais nullement désagréable.
Il sentit l'excitation le gagner, son sang bouillir, son cœur battre plus fort. L'impatience, la curiosité, la soif d'aventure, de se lancer sans réfléchir, de retrouver ces jeunes aussi passionnés et curieux que lui, tout cela le faisait frémir.
Il se hâta de regagner la salle sur demande, s'élança vers Mael et Natasha qui faisaient rire Nalani en une valse curieusement maîtrisée et leur glissa quelques mots à l'oreille.
Il les aimait suffisamment pour faire taire son impatience et prendre le temps de les rassurer, car il ne savait que trop bien que Natasha ne supporterait pas qu'il disparaisse sans donner d'explication et que Mael s'inquiéterait vite.
- Comment ça, tu pars ?, demanda Natasha. Où, comment ?
- Je ne saurai pas te dire pourquoi mais je crois que le Grenat va m'amener là où je dois aller.
- J'espère que ce n'était pas censé nous rassurer, souffla Mael.
- Et tu as une idée de combien de temps va prendre ta petite ballade ?, insista Natasha, l'inquiétude la trahissant.
- Aucune. Mais je te promets que je ferai tout pour te donner des nouvelles si… Enfin, tu vois.
- Non je ne vois rien du tout, répliqua-t-elle. Tu n'es plus un gamin, James, et tu passes tes Aspics dans une semaine. Tu ne peux pas partir à l'aveuglette, si tu rates tes Aspics tu vas foutre ta vie en l'air.
- Je ne vois pas les Aspics comme une fin en soi mais comme une étape obligatoire pour poursuivre mes rêves et exercer le métier de mon choix. L'international est mon choix. Ecoute… Je n'ai pas envie de partir fâché.
Natasha soupira et se glissa dans ses bras brièvement, pour l'étreindre avec force.
- Reviens vite et entier.
- A vos ordres, joli cœur, sourit-il en retour.
Il échangea une brève accolade avec Mael et le laissa rejoindre Nalani et leurs amis, pour les prévenir. Quand la première question fusa, quand la première inquiétude se dessina sur un visage, James était déjà loin.
Il s'était élancé dans les couloirs et prit divers passages secrets, pressant le pas à l'approche de la salle commune. La Grosse Dame sembla surpris de le voir seul mais il s'engouffra sans politesse dans l'antre des lions, soulagé qu'en cette heure tardive, aucun élève ne le hèle. Il entra en trombe dans son dortoir, troqua sa chemise et son pantalon en toile contre un t-shirt, un sweat et un jean plus pratiques, qu'il gardait toujours à portée de mains. Il vérifia que sa besace contenait tout ce dont il pourrait avoir besoin et pressa le Grenat dans sa main en fermant les yeux.
L'instant d'après, il avait disparu.
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Le temps était doux et humide. La flore, très différente de celle qu'il avait l'habitude de voir, lui tira un sourire. Au loin des gorilles se bagarraient, en un jeu aussi bruyant qu'inquiétant.
L'Afrique. L'Afrique centrale, il en était quasiment sûr. Dernièrement, James passait son temps libre à combler ses lacunes en géographie, géopolitique et implantations de communautés sorcières à travers le monde. La nature était suffisamment luxuriante pour qu'il réduise le nombre de possibilités à moins de dix. Il n'était ni au Nord, ni au Sud, et l'absence totale de vent lui laissait croire qu'il était loin des côtes, que ce soit du côté de l'océan atlantique sud ou de la mer d'Arabie.
L'humidité ambiante l'incita à faire quelques pas, trouvant rapidement une étendue d'eau qu'il suivit sur près d'un kilomètre, jusqu'à ce que l'étendue rejoigne un immense lac qu'il reconnut comme étant le lac Victoria, le plus grand lac d'Afrique. Il se trouvait donc dans l'un des trois pays qui le bordaient : le Kenya, l'Ouganda ou la Tanzanie. Afin d'en avoir le cœur net, il se dirigea vers un lieu plus vivant qu'il entrapercevait de loin et repéra deux drapeaux, qu'il n'identifia pas. Il se faisait la promesse d'apprendre à reconnaître les drapeaux de chaque pays lorsqu'il fut déséquilibré par une masse tombée du ciel.
- Tes réflexes sont déplorables.
La voix d'Evora, à n'en pas douter. Elle possédait cette propension dans la voix à le rendre penaud et honteux. Une propension qu'elle partageait avec d'autres femmes redoutables, comme Caroline Rosiera. Et Natasha.
Étendu dans la poussière, James se releva en acceptant l'aide de Chen qui lui tendait sa main, tout sourire. C'était lui qui lui avait sauté dessus de l'arbre où il s'était perché pour mieux apercevoir les arrivants.
- Tes réflexes ne sont pas si mal que ça, t'es le troisième, le réconforta-t-il.
Ils partagèrent une accolade et Evora se radoucit, offrant un sourire sincère au jeune anglais.
- Tu as répondu rapidement pour ton fuseau horaire. C'est bien, ça veut dire que tu dors avec ton Grenat.
- Euh… En fait je n'étais couché. Je participais à une fête.
- C'est tout aussi respectable, tu aurais pu être ivre ou préférer continuer de t'amuser.
- Rien n'était plus important à mes yeux que de venir vous rejoindre.
Evora le détailla quelques secondes, avant d'acquiescer avec ce qui ressemblait à du respect.
- Bienvenue chez moi, Grenat. Nous sommes à Entebbe, ancienne capitale de l'Ouganda. Tu vois ces montagnes, au loin ? Ce sont les Montagnes de la Lune.
- L'emplacement de l'école de magie Uagadou !, s'enthousiasma James.
- Effectivement. L'école est directement taillée dans ce qui constitue le sommet de ces montagnes. Tu ne pourrais l'apercevoir d'ici, des nuages épais traversent la montagne en son centre, Uagadou se trouve au-dessus de ces nuages.
- Ils ne partent jamais, les nuages ?, questionna Chen.
- Jamais, sourit Evora.
Les deux garçons ne dissimulèrent pas leur déception. Mais il y avait tant à découvrir là où ils se trouvaient que leur déception s'envola dès qu'ils longèrent le lac Victoria.
- Sais-tu pourquoi nous sommes là ?, demanda James en gardant ses distances avec une douzaine de crocodiles du Nil.
Le regard d'Evora se voila. Elle sembla se reprendre en épiant les environs, et James comprit qu'elle aurait préféré qu'ils soient au complet, pour n'avoir pas à se répéter.
- C'est ma mère qui nous a convoqués.
- Ta mère ?, releva Chen.
- Nous ?, releva James. Toi aussi tu as été... convoquée ?
- Ouais, ma mère. Et oui, « nous ». Je connais peu ma mère, j'ai arrêté de vivre chez elle quand j'ai commencé l'école. Elle fait partie d'une constellation, elle aussi.
Constellation. Le mot raisonnait en James tel un écho inarrêtable. Une constellation. Evora, Chen, Shekilah, Slawomir, Brooke, Charlotte, Nicolas, Sian, Mateus, Selim et James formaient une constellation. Et peu importe ce qui les attendaient, il avait hâte qu'elle soit enfin au complet.
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La salle sur demande avait rétréci et ne gardait aucune trace de la folle soirée de débauche. De la fête, il ne restait plus que cinq sofas, sur lesquels s'étaient assis Natasha, Mael et quelques proches. Le silence n'était que très rarement entrecoupé de soupirs et de mots, chuchotés avec discrétion, pour ne pas froisser ou déranger Natasha qui, les yeux clos, essayait de créer un contact animal avec James.
Et si elle n'y parvenait pas, c'est que James n'était pas dans l'enceinte de Poudlard.
- Tu crois que ça va lui prendre longtemps ?, tenta Rose. S'agirait pas de rater les examens…
- Les examens c'est dans une semaine, répondit Mael avec évidence. Il a tout intérêt à rentrer avant.
Nalani, Juliet et Keith acquiescèrent, chacun jetant un regard éloquent en direction de Natasha. A l'aube d'une longue et inévitable séparation, James et Natasha s'étaient promis de passer tout leur temps ensemble, pour profiter et se créer pléthore de souvenirs à chérir quand ils se manqueraient.
Natasha secoua la tête, émergeant en se massant doucement la tempe.
- Putain, souffla-t-elle, énervée. J'ai forcé au max, il n'est pas en Ecosse. Je crois bien qu'il n'est même pas en Europe.
- Tu ne peux pas en être sûre, rétorqua Rose. Je suis toutes tes recherches de près et tu ne peux pas prolonger le lien aussi loin. Même pas dans toute l'Ecosse.
- Et puis rien ne dit qu'il soit plus en sécurité en Ecosse qu'ailleurs, fit remarquer Nalani.
- Si, rétorqua Natasha. S'il a besoin de nous, il sera plus aisé de le rejoindre en Ecosse qu'en Asie, en Amérique ou en Afrique.
- Nat…, tenta sa capitaine en la prenant dans ses bras, il est avec son groupe d'idéalistes-aventuriers-chercheurs d'or, je ne prétends pas qu'il ne prend pas de risque, je suis même certaine qu'il court quelques dangers dont il a le secret mais il n'est pas seul. Et… Ça va être ça sa vie, la tienne, la vôtre. Tu le sais. Et tu l'acceptes.
- C'est pas comme si j'avais le choix.
- Ben… un peu quand même. T'as peut-être pas choisi de l'aimer mais t'aurais pu t'opposer à ce qu'il réalise ses rêves.
- Mais ce n'est pas ça aimer quelqu'un. Je l'aime comme il est, avec ses passions, ses qualités, ses défauts… et ses satanés rêves. Je ne m'opposerai pas à ce qui le rend heureux.
- Alors accepte de te faire du mouron. Parce que c'est que le début, ma vieille.
Alors que leurs amis détournaient le regard avec gêne, Rose retint son souffle. Elle avait fini par se faire à la relation solide qui unissait Natasha et Nalani, dont elle n'était plus jalouse, car Natasha lui avait prouvé depuis longtemps qu'elle la préfèrerait toujours à quiconque – sauf à James. Et car Rose était bien soulagée de laisser à Nalani le côté direct et sans filtre. Rose prodiguait douceur et compassion, au contraire de Nalani qui ne mettait jamais de gants pour malmener Natasha, une habitude prise sur le terrain de quidditch, sans nul doute.
Natasha finit par se faire une raison et sonna le repli des troupes. Il ne servait à rien d'attendre James sans même savoir quand il rentrerait. Chacun gagna son dortoir en se donnant rendez-vous le plus tôt possible. Avec l'espoir que leur leader inavoué soit de retour.
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La constellation était enfin au complet, ses membres arrivant plus ou moins tôt, certains plus alertes que d'autres. Nicolas fit rire ses homologues en avouant que sa sœur, Charlotte, avait eu le plus grand mal à le réveiller, mais l'amusement ne dura qu'un temps, jusqu'à ce que trois femmes d'un âge mûr à l'apparence dissemblable leur fasse signe de les suivre.
La première, qui ouvrait la marche, James la devina comme étant la mère d'Evora. Plus fine qu'Evora, son visage dur était marqué par le temps et les épreuves. Malgré des muscles fermes et rompus à l'effort, ses traits tirés la vieillissaient. James se fit la réflexion qu'elle avait le corps d'une jeune femme de vingt ans, et la peau d'une sexagénaire. Et à peine eut-il songé que cela n'avait grande importance qu'il se jetait sur le côté, pour éviter le poignard acéré qu'elle avait jeté dans sa direction.
Ses amis se précipitèrent pour l'aider à se relever et James jeta un regard désolé à la mère d'Evora, à qui ses pensées profondes n'avaient pas échappé. Elle se contenta de le fusiller du regard pour toute réponse, le toisant avec le plus grand mépris tout au long de leur marche à travers Entebbe.
James ne détailla que très rapidement les deux femmes qui accompagnaient la mère d'Evora, de peur de devoir éviter un deuxième lancer de poignard. L'une, blonde comme les prés, était vêtue simplement d'un jean clair et d'un débardeur vert. La seconde, aux yeux et cheveux chocolat, portait un tailleur un peu strict. Une même apparence commune, une normalité à toute épreuve.
- Je croyais qu'on serait plus genre… des aventuriers, souffla Mateus à son oreille.
Soulagé de ne pas être le seul à se poser des questions, James lui offrit un petit sourire.
- L'aventure est une chose merveilleuse, mais la discrétion est plus précieuse encore, répondit la dame aux cheveux chocolat sans même se tourner vers eux. Je m'appelle Ingrid, je viens d'Allemagne. Et voici Brenda, Américaine, et Bintou, qui nous accueille sur sa terre natale.
James hocha la tête respectueusement, même si les trois femmes avançaient sans le regarder.
Derrière lui, qui marchait aux côtés de Chen, Selim et Mateus, les filles ne se dérangeaient pas pour afficher leur déception. Aucune des trois femmes ne ressemblait à l'idéal de Sian, et leurs vêtements n'attiraient clairement pas l'approbation de Brooke. Evora marchait tête baissée, le regard impénétrable, et Shekilah avançait les yeux clos en chantonnant des rites de protection, peu intéressée par les trois femmes qui les menaient. Les jumeaux Bonnefoi, Charlotte et Nicolas, fermaient la marche, leurs yeux s'enivrant de la richesse culturelle qu'ils découvraient. Enfin, Slawomir occupait l'un puis l'autre des côtés du groupe, une main sur sa baguette, l'autre sur sa dague.
- Nous ne sommes pas ce que tu crois, petit anglais, intervint la femme américaine au bout d'un long silence.
- Vous n'êtes donc pas le péridot, l'aigue-marine et le saphir d'une constellation ?
- Bien sûr que nous le sommes. Tu te crois malin, mais tu penses que nous sommes des Animagus. Et tu as tort.
- Vous usez donc de Légilimencie ?
L'Américaine s'arrêta, le regarda avec une moue que James reconnut sans mal. C'était celle qu'arboraient les enfants qui détestaient perdre aux jeux.
- Je ne suis pas une mauvaise perdante, se défendit-elle.
James choisit de ne pas s'excuser, et répondit d'un sourire équivoque. Il n'oubliait pas qu'il serait diplômé dans moins d'un mois.
- Ton apprentissage est loin d'être terminé, asséna Bintu.
- Et j'en suis le premier ravi.
- Tu es volontaire et plutôt intelligent, ta constellation est bien formée, équilibrée et prometteuse. Mais vous allez devoir réagir vite et faire les bons choix.
- Nous avons déjà fait les bons choix, sinon nous ne serions pas là, répondit Charlotte en se plaçant aux côtés de James.
Celui-ci s'aperçut que Sian, Mateus et Chen s'étaient tant rapprochés qu'ils le touchaient. Bientôt ils ne semblèrent former plus qu'un seul être, empli de solidarité et d'entraide. Ils étaient ensemble, marchaient les uns avec les autres, les uns pour les autres, envers et contre tout.
C'était un sentiment étrange, nouveau pour la plupart, plein de résonances pour d'autres qui, comme James, avaient déjà ressenti le sentiment de faire partie d'un tout.
Un sentiment étrange, et fort. Celui de ne plus être seul.
Les trois femmes, loin de s'émouvoir du spectacle qu'offraient les onze jeunes garçons et filles, reçurent ce débordement de solidarité comme un affront. Elles aussi avaient fait partie d'un tout, d'une constellation soudée. Une constellation qui s'était pourtant désolidarisée au fil du temps.
Bintu leur fit signe d'entrer dans les jardins botaniques de la ville, et les mena jusqu'au village des reptiles. Ils se mêlèrent aux touristes, aux enfants émerveillés, aux soigneurs dont les gestes sûrs tranquillisaient les bêtes aux milles couleurs.
Chacun eut l'occasion de frissonner, mais tous le dissimulèrent, par pudeur et par crainte. Car nul n'ignorait que bientôt sonnerait l'heure de se retrouver, pour de bon cette fois, dans l'unique but d'affronter mille dangers jusque-là insoupçonnés. Et de préserver la paix sur terre.
- Nous n'avons pas été suivis mais il était plus sûr de se mêler aux moldus et de vous faire passer pour des touristes, expliqua Bintu.
- Qu'allez-vous nous apprendre ?, questionna Slawomir.
Sian partageait son impatience, Chen partageait son inquiétude. Les autres s'adossèrent, s'assirent, parfois à même le sol, sans jamais rompre le contact avec les membres de la constellation.
- Nous ne sommes pas là pour vous apprendre quelque chose, répondit Ingrid avec douceur. Ce temps-là arrivera assez tôt. Bientôt vous vous envolerez, vous quitterez votre pays, votre famille, vos amis. Vous voyagerez sans cesse, vous serez isolés pendant des mois dans des contrées éloignées, sans parfois même pouvoir ne serait-ce qu'envoyer une simple lettre.
Le cœur battant, James chercha auprès de ses acolytes un sentiment proche du sien. Si Charlotte, Sian et Chen semblaient ravis, Mateus avait froncé le regard. James le savait proche de sa famille, et il ressentit la douleur de Brooke, qui était éperdument amoureuse de son petit-ami, et celle de Nicolas, qui se sentait responsable de ses petits frères.
- Nous ne sommes pas là pour vous apprendre, mais pour vous prévenir, reprit Brenda. La Confédération Magique Internationale choisit méticuleusement les membres d'une constellation. Ils vous regardent et vous jugent depuis des années. Si Shekilah a été un choix évident, Sian, Mateus et Selim ont été les derniers choisis. Parfois, les plus sages de la Confédération trouvent en un enfant le profil et les qualités nécessaires, mais peinent à trouver ceux qui marcheront à ses côtés. Le plus souvent, c'est en Asie que sont choisis les premiers membres. Plus rarement en Afrique. Jamais en Europe ni en Amériques du Nord ou du Sud. Votre constellation a été construite autour de trois membres, choisis bien avant les autres. Shekilah fut la première. Sage parmi les sages, son jeune âge aurait pu évincer chacun d'entre vous. Mais ils ont trouvé ses semblables en un Européen et une Africaine. Un petit anglais faisait fi des traditions de son pays au nom de l'amitié et de la tolérance. Une Africaine, quelque peu plus âgée, se préparait depuis son plus jeune âge en l'espoir d'épouser la même carrière que sa mère.
James et Evora baissèrent le regard, gênés.
- Charlotte et Nicolas étaient le contraire même de James. Lui avait toujours été seul et s'était créé un tout, eux faisaient partie d'un tout et avaient été séparés, isolés. Chen était plus vieux et pourtant moins sage que Shekilah. Brooke riait de ce qui faisait rugir Evora, Slawomir possédait une force rare, celle de s'être bâti seul, sans en oublier les autres. Il en manquait trois, et la Confédération chercha longtemps, avant de comprendre que James avait déjà choisi Sian et Mateus, et qu'Evora avait choisi Selim.
James n'osa lever les yeux vers ses deux amis. Longtemps ils avaient correspondu, trouvant des ressemblances dans les évènements inattendus qui ponctuaient leur scolarité, prenant soin les uns des autres de loin, se rencontrant pour la première fois sur le sol anglais, un soir d'été, s'étreignant comme s'ils se connaissaient depuis toujours.
Il ne se rappelait plus du moment où il avait commencé à considérer ses correspondants comme des amis. Il lui semblait qu'il s'était attaché à eux d'emblée, sans que l'enfant qu'il était alors ne se pose davantage de questions. Sian et Mateus faisaient partie de sa vie, et jamais une semaine ne s'écoulait sans qu'il ne témoigne son intérêt par une lettre.
Ensemble, ils avaient appris l'anglais, l'espagnol, le suédois. Ensemble ils avaient ri de leurs maladresses grammaticales. Ensemble ils s'étaient souciés de la santé de l'un, envoyé à l'infirmerie par un cognard ou un mauvais sort.
James comprit que, même si leurs histoires divergeaient, il en était de même pour Selim et Evora.
- Votre constellation aurait pu ne jamais voir le jour. Il aurait suffi pour cela que le petit anglais n'ait guère envie d'entamer une correspondance avec une petite suédoise, que l'un ou l'autre ne s'en lasse au bout de quelques semaines, quelques mois, quelques années. Il aurait suffi d'un faux pas, d'un refus. Il aurait suffi que l'un d'entre vous ne se détourne, pour que les autres ne soient pas appelés. Vous êtes là parce que vous êtes onze et l'absence de l'un aurait entraîné l'absence des autres. Nous avions pour mission de ne venir à vous qu'en présence de tous. Vous avez été rapides, vous vous êtes souri, vous vous êtes étreint. Vous possédez une force inaliénable. Une force qui vous sera précieuse. Bientôt vous serez réunis pour de bon, et entamerez votre apprentissage individuel et commun. N'oubliez jamais que tout ce que vous allez acquérir durant les prochains mois, durant les prochaines années, vous sera un jour profitable. N'oubliez jamais le groupe, et ne vous perdez pas en chemin. Car si aujourd'hui vous souriez, demain vous pleurerez. Vos liens seront mis à rude épreuve, vos proches vous manqueront, vous cribleront de reproches. Vous allez rater beaucoup d'évènements, des mariages, des naissances, des obsèques. Vous ne pourrez féliciter un ami, tenir un enfant dans vos bras, soulager la peine d'un parent. Vous ressentirez de la peine, et vous ne pourrez la partager avec ceux que vous aimez, alors vous transformerez cette peine en colère, dirigée vers les seuls êtres qui vous accompagneront, les membres de votre constellation. Certains se rapprocheront, au risque de mettre en péril tout le groupe. Le nôtre n'y a pas survécu. Le nôtre n'a pas survécu à l'amour. Il a suffi que l'une d'entre nous s'éprenne d'un autre. Une Russe et un espagnol. Leur histoire était forte, belle, solide. Mais un troisième membre s'en est mêlé. Un triangle amoureux dont nous nous serions passé. Il a tenté sa chance, elle n'a pas voulu de lui. Il nous a quitté et le couple aussi, quelques mois plus tard. Notre constellation en fut brisée, et nul ne peut réparer une constellation brisée. Nul remplacement possible, nulle absence comblée.
- Vous avez été renvoyés ?, s'inquiéta Brooke.
- Nous travaillons toujours, mais seuls. Et vous savez tous ce qu'être seul implique. Moins de force, moins d'impact.
- Mais, osa Nicolas, je crois savoir que James et Brooke ont… une moitié. Mateus, Charlotte et moi sommes proches de notre famille. Sommes-nous destinés à passer notre vie sur les routes ? Ne vous méprenez pas, mesdames, c'est mon rêve le plus cher, le plus fou, de partir à leurs côtés défendre la paix et explorer le monde. Mais… Est-ce que ça finira un jour ? Est-ce qu'on pourra… rentrer chez nous, nous marier, avoir des enfants, ce genre de choses ?
- Les envies, les désirs, le manque feront partie de votre vie. C'est indéniable. Et lorsque l'un d'entre vous souhaitera y mettre un terme, c'est la disparition de la constellation qu'il entraînera.
- On ne peut pas poursuivre à dix ?, s'étonna Selim. Ou à six ?
- Pas sous cette forme. Mais différemment, oui.
- Et si l'un de nous décide de rentrer, poursuivit Brooke, et que les autres l'acceptent ?
- Si le groupe prend la décision ensemble, le travail collectif pourra se poursuivre, mais différemment.
- Nous sommes animés d'une passion commune, osa James. L'international est riche de mille merveilles, de tonnes de possibilités. Quand on sera vieux et blessés, on pourra donc travailler tous ensemble, mais chacun dans son pays ?
- Tant que vous ne la quitterez pas, vous ferez partie de la Confédération Magique Internationale, et ce où que vous soyez, acquiesça l'une des trois femmes.
Cette affirmation rassura les plus jeunes, qui se firent la promesse muette de prendre les décisions ensemble, en temps voulu. Et cet espoir et cette confiance qu'ils vouaient les uns aux autres était si puissante qu'elle fut ressentie sans mal par les trois femmes.
Elles échangèrent un sourire mutin, et soulagé.
Leur mission s'arrêtait là.
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Les couloirs étaient vides, facilitant son avancée. Le septième étage était fait de dédales, mais il ne douta pas une seule seconde de sa destination et fut vite accueilli, comme il l'espérait, par le heurtoir qui gardait l'entrée de la salle commune de Serdaigle.
- Tu n'es pas de ma maison, mais tu te plieras à ses règles. La mienne ne me quitte jamais, où que j'aille. Elle me sert de refuge en temps de pluie et me permet de dissimuler ce que je suis. Qui suis-je ?
- Comme une carapace, songea James. La tortue ?, murmura-t-il timidement au bout de quelques secondes de réflexion.
Pour simple réponse la porte s'ouvrit, lui offrant un passage vers la magnifique salle commune de Serdaigle. Un an plus tôt, alors qu'il secondait Louis et les autres préfets dans les lourdes tâches qui leur étaient confiées en raison de l'arrivée des irlandais, James avait du se rendre dans chacune des salles communes de Poudlard. Jusque-là émerveillé par celle de Gryffondor, il n'avait pu que s'extasier de la douceur de celle de Poufsouffle, de la luminosité de celle de Serpentard, et surtout de celle des aigles, grandiose. Sa préférée, sans nul doute.
- Mon cher beau frère !
Sursautant, James reçut de plein fouet l'énergie de Nalani qui s'était jetée sur lui. Persuadé d'être seul en cette heure plus que tardive, il n'avait senti aucune présence.
- Je t'attendais. En vrai je fais sonner mon réveil toutes les nuits pour réviser une petite heure en vue de ces chers Aspics… Je fais croire à Keanu que je n'ai pas besoin de réviser. Il prétend qu'il va me battre dans toutes les matières. Je révise toutes les nuits la même matière, pour lui donner tort. Je lui laisse les autres. Aller file, t'as pas l'air blessé et j'imagine que t'as hâte de retrouver ta douce. Troisième porte à gauche.
- Merci Nalani.
Il s'autorisa à la prendre dans ses bras, la serrant avec douceur pour lui témoigner tout son attachement, toute son amitié. Il la sentit se tendre, surprise. Mais elle lui rendit son étreinte.
- J'ose espérer que t'as une bonne raison d'étreindre une autre fille que ta petite amie.
Sans se séparer de Nalani, James esquissa un sourire. Nalani en profita pour s'échapper, et James accueillit Rose et Timothée, qui revenaient d'il ne savait où. Mais vu leurs mines réjouies, le grand frère protecteur qu'il était préférait ne rien savoir.
- On t'escorte jusqu'à ta belle ?, proposa Tim avec un immense sourire.
- Tu n'auras pas de mal à la réveiller, elle n'est du genre marmotte que lorsqu'elle te sait endormi dans ce tas d'immondices que tu appelles ton dortoir.
- Et dans lequel tu n'as jamais mis les pieds, Rosie, lui rappela James.
- Moi j'y suis allée et je ne peux que te donner raison, appuya Nalani. Ces lions sont de vrais porcs.
- Ils n'ont pas notre élégance, acquiesça Rose.
- Ni notre distinction, affirma Tim.
Beau perdant, James les suivit, déjà impatient de retrouver Natasha. Il se figea lorsqu'il entendit une camarade de dortoir de Rose grommeler que « tu fais chier, Wealsey, à nous ramener ton mangemort toutes les nuits » et s'approcha sur la pointe des pieds du lit de Natasha, que Rose désigna.
Il tira les rideaux prestement, s'approchant du lit le plus rapidement possible, pour ne pas être vu par les autres filles du dortoir lorsqu'il entendit un hurlement, suivi d'un gloussement, et d'une main qui arracha son bras pour le faire reculer.
Au centre de la chambre, alors que toute discrétion semblait oubliée, une Natasha plus belle que jamais lui faisait face.
- Non mais ça va pas ! Tu disparais pendant deux jours et à peine arrivé tu t'introduis dans le lit d'une autre !?
- D'une autre ?, bégaya James, interdit.
Les mines amusées de Rose et Tim lui firent comprendre qu'il était à nouveau le dindon de la farce, une fille à qui il n'avait jamais parlé prétexta que « ça ne me dérange pas du tout que tu te sois trompé, tu peux revenir près de moi », Natasha attrapa et jeta sa batte vers la fille si vite qu'il ne put esquisser un geste pour la retenir, et après avoir été tous deux traités en des cris stridents de fous furieux, sa petite amie daigna le mener jusqu'à son lit, à l'opposé de la chambre.
Elle le fit tomber sur le lit et jeta quelques sorts d'insonorisation autour d'eux avant de tirer les rideaux. Et avant de l'étreindre avec passion, James ne put s'empêcher de penser que les évènements les plus inattendus de sa vie, il ne les vivait pas avec de parfaits inconnus dans des contrées lointaines, mais dans ce château qui l'avait vu grandir pendant sept ans, auprès de ceux qu'il chérissait de tout son cœur.
Et, enfin, Natasha se jeta sur lui, murmurant rapidement contre ses lèvres qu'il lui raconterait tout plus tard. Elle ajouta, la voix erratique, qu'ils avaient bien plus urgent à faire. Il esquissa un sourire comblé. Il ne pouvait être plus d'accord.
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Ministère de la Magie
Hermione jeta un œil à l'horloge, comme souvent entre deux dossiers urgents. Et comme souvent elle sursauta, parce qu'elle n'avait pas vu la journée passer, parce qu'elle n'avait pas vu la nuit tomber.
Elle caressa la couverture de son nouveau dossier, si curieuse d'en lire son contenu, de se jeter à corps perdu dans l'amélioration de son monde, qu'elle n'en regrettait que chaque jour un peu plus de devoir rentrer chez elle. Mais Ron l'attendait, et Hugo avait sûrement écrit. Pas Rose, non, songea-t-elle avec douleur.
Elle jeta un œil au petit bureau accolé au sien, où une jeune fille aux épais cheveux roux était entourée de piles de dossiers, la mine fatiguée mais passionnée.
- Il se fait tard. Je te raccompagne ?, proposa Hermione.
Sa voix était quelque peu éraillée, parce qu'elle parlait peu, parce qu'elle travaillait trop. Mais quand elle s'adressait à elle, sa voix se faisait plus douce. Maternelle.
- C'est gentil mais je n'ai pas terminé. Je claquerai la porte en partant. Passe une bonne soirée, Hermione.
Hermione se revoyait en cette jeune fille aux cheveux trop longs et aux yeux fatigués, plongée dans des dossiers plus épais qu'elle. Les mêmes cernes, la même envie, la même passion. La même absence de vie sociale.
- Voyons, Molly, tu fais déjà beaucoup trop d'heures. Il faut rentrer chez toi.
Molly Weasley acquiesça avec déception. Elle avait déjà hâte d'être au lendemain pour finir ce dossier qui la passionnait. Mais elle abdiqua, car Hermione était à la fois sa tante et sa supérieure hiérarchique.
Elles marchèrent rapidement, échangeant avec ferveur sur les causes qu'elles défendaient, retrouvant bien trop vite à leurs yeux la petite voiture d'Hermione. Comme d'habitude elle eut du mal à trouver ses clefs, et Molly l'aida avec un sourire indulgent, un sourire amusé, un sourire complice. Elles se retrouvaient l'une en l'autre, se donnaient ce qu'elles ne savaient pas donner à la fille de l'une, à la mère de l'autre. Ni Rose ni Audrey ne les comprenaient.
Elles s'étaient peu côtoyées, et Hermione avait accepté de recruter Molly pour ne pas subir les foudres de Percy. C'était au bureau que tout s'était joué, que Molly avait trouvé une femme capable de comprendre ses passions, qu'Hermione avait appris à parler sans hausser la voix.
Et Hermione craignait de reproduire avec Molly ce qu'elle avait détruit avec Rose.
- Tu sais quoi ? Laissons les clefs où elles sont. On va aller boire un verre.
- Un verre ?, répéta Molly, sceptique.
- Tout le monde le fait.
- Pas nous.
- Pas nous, reconnut Hermione.
- Allons plutôt nous coucher, nous pourrons venir plus tôt au bureau demain…
- Justement, non. Tu sais, Molly… Je ne te laisserai pas reproduire mes erreurs. Tu as besoin de temps, de légèreté, de liberté. De faire des erreurs aussi.
- Merlin, non, j'espère en faire le moins possible !
- C'est pourtant la meilleure façon de tomber, et de se relever. La meilleure façon d'apprendre, en somme. Aller, ce soir, essayons d'apprendre différemment, sans dossier et sans livre, en nous mêlant à de véritables êtres humains.
Hermione espérait qu'il s'agissait là du début d'une nouvelle tradition, d'un changement dans sa vie, et Molly accepta de la suivre, parce qu'elle savait qu'il n'en serait rien, et que la vie reprendrait son cours dès le lendemain, dans ce bureau empli de dossiers où elles passaient leurs journées, et une bonne partie de leurs nuits.
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Poudlard
L'un des avantages d'avoir une élève aussi sérieuse que Natasha pour petite-amie faisait de James un élève tout aussi sérieux, très en avance sur son programme de révisions. Il pouvait alors consacrer des heures à ses recherches personnelles, pour son avenir professionnel, mais aussi poursuivre les enquêtes concernant les frères Zigaro.
S'il n'en parlait pas à son cercle d'amis, il savait que d'autres les poursuivaient aussi, à commencer par Scorpius – qui campait littéralement près du passage du W qu'il avait découvert quelques années plus tôt, en espérant qu'il l'aiderait à en savoir plus sur les Zigaro.
Il n'était pas rare que Keanu et Solenne s'isolent des autres, lors de leurs séances collectives de révision, et les manuels de guérison qu'ils s'échangeaient camouflaient les recherches entamées des années auparavant, preuve qu'ils n'avaient pas laissé tombé leur enquête, quoiqu'ils en disent à leurs amis.
Juliet n'était pas en reste, et James l'avait vue rejoindre Daniel Redox en pleine nuit à plusieurs reprises, alors qu'il revenait d'une balade sous forme animale.
Et James n'ignorait pas que quelque part au dehors, Trisha et Eliott redoublaient d'efforts.
Les Zigaro avaient fui le pays mais James pressentait qu'ils reviendraient un jour. Et quand ce jour viendrait, il ne serait pas seul à les affronter. Il n'en faisait pas une affaire personnelle, même s'il n'oubliait pas la disparition d'Amalthéa, la douleur de Briseis, la souffrance de Gwenog. Il était animé d'un vœu sincère et désintéressé, et il ne doutait pas qu'il en était de même pour ses amis.
Ils n'étaient qu'à l'aube de leur vie, une vie qu'ils espéraient longue et ponctuée de joie, de fêtes, de célébrations, de rires d'enfants. Ils ne laisseraient pas les Zigaro être une menace au bonheur commun. James en était convaincu. Et la simple vision de sa petite-amie renforçait ses convictions. L'amour qu'elle lui portait était une chance, le cadeau le plus précieux. Ensemble, ils ne se lasseraient jamais du bonheur et offriraient au monde des petites merveilles aux cheveux aussi indisciplinés que les siens, et aux yeux aussi désarmants que ceux de Natasha.
Elle était devenue sa muse, la source de sa motivation. Pour elle, et pour les enfants qu'il rêvait d'avoir avec elle, il voulait construire un monde plus juste, tolérant, accueillant.
Elle était là, à quelques mètres de lui, et déjà il cessait de respirer. Il ne se ferait jamais aux sentiments qui le prenaient lorsqu'il la voyait, lorsqu'elle l'embrassait. Il était si béat devant elle qu'il doutait de s'habituer un jour aux plaisirs simples qu'elle lui offrait sans même y penser. Un baiser, un sourire, une nuit dans ses bras, une balade dans le parc, une course-poursuite à travers les arbres denses de la forêt.
Il aurait pu rester là, à l'entrée de la bibliothèque, à la contempler pendant des heures. Il la trouvait si belle lorsqu'elle fronçait les sourcils et mordillait sa lèvre inférieure, captivée par les récits des plus grands métamorphomages. Mais il était trop impatient de caresser sa main, de lui voler un baiser, de partager le même air qu'elle.
Il se déplaça à travers la bibliothèque, jonglant entre les livres qui volaient ça et la vers une table ou une étagère et arriva derrière elle, se permettant de lire au-dessus de son épaule les mots qu'elle venait de coucher sur le papier.
« Un Animagus est un sorcier ou une sorcière ayant la faculté de se transformer en animal à volonté. Sous sa forme animale, l'Animagus conserve sa faculté de penser, son identité et ses souvenirs humains. Le fait de se transformer en Animagus n'affecte en rien la longévité de la personne concernée, même lorsque cette dernière se sert de sa forme animale pendant de longues durées. En revanche, ses sentiments et ses émotions s'en voient simplifiés et elle éprouve de nombreux désirs animaux, délaissant son régime alimentaire humain pour celui de l'animal qu'elle incarne.
La transformation en Animagus est un processus extrêmement lent et difficile qui peut parfois très mal tourner. C'est pour cette raison que l'on estime aujourd'hui les Animagi à moins d'un sorcier (ou d'une sorcière) sur mille.
Un Animagus peut jouir de certains avantages dans des domaines tels que l'espionnage et la criminalité. C'est la raison pour laquelle un Registre des Animagi a été mis en place, consignant les coordonnées et la description détaillée de la forme animale de chaque Animagus. En règle générale, tout signe distinctif ou handicap présent sur le corps humain est également présent sur le corps de l'animal.
Les Animagi refusant de figurer sur le Registre s'exposent à une incarcération à Azkaban.
Lorsque la transformation en Animagus tourne mal, les conséquences sont souvent désastreuses. Les accidents — qui se caractérisent généralement par la transformation du sujet en être hybride — sont généralement imputables à l'impatience ressentie face au processus particulièrement long et complexe qu'est la transformation. Il n'existe aucun remède connu pour ce type d'incident et les malheureux qui en font l'amère expérience doivent passer le reste de leurs jours sous une forme misérable, ni tout à fait humaine, ni tout à fait animale. »
Natasha posa soigneusement la feuille de parchemin de côté, prête à écrire la suite lorsqu'une voix grave se fit entendre juste derrière elle.
- Intéressant.
Natasha se contenta de soupirer alors que James tirait une chaise pour s'installer à ses côtés.
- C'est synthétique et bien écrit, la complimenta-t-il.
- Ce n'est pas de moi, il s'agit seulement d'une synthèse de mes recherches. J'ai lu tous les livres traitant de près ou de loin des Animagus...
- Tous ?, releva-t-il, amusé.
- Tous ceux qui sont ici, en tout cas. Et tu retrouves ce type de phrases, de mots, partout. Dans tous les livres. Mais aucun n'est capable de développer l'échec transfiguratoire ! Pourtant, je suis sûre qu'il existe mais… Tout le monde s'en fout !
La colère de sa petite-amie, plutôt rare lorsqu'elle étudiait, intrigua James qui relut les derniers mots écrits sur le parchemin « … et les malheureux qui en font l'amère expérience doivent passer le reste de leurs jours sous une forme misérable, ni tout à fait humaine, ni tout à fait animale. »
- Des êtres hybrides, murmura-t-il, songeur. Je me suis toujours davantage intéressé aux Animagus possédant le gêne, la fibre, appelle-ça comme tu veux, plutôt qu'aux sorciers devenus Animagus par volonté.
- Les deux sont parfois liés, reconnut Natasha qui était insatiable sur le sujet. Ton… Ton grand-père, par exemple, est devenu Animagus par volonté, mais je pense qu'il possédait la fibre en lui.
- Ses deux amis qui sont devenus Animagus en même temps que lui, Sirius Black et Peter Pettigrow, ne la possédaient peut-être pas.
- On dit que Pettigrow n'était pas très doué.
- C'était un traître, un criminel. On ne veut jamais reconnaître qu'ils puissent également être doués. Et puis ses amis l'ont aidé. Tu penses qu'il aurait pu être un… un hybride ?
Un « non » catégorique franchit les lèvres de Natasha.
- Pettigrow se transformait, il a vécu pendant des années presqu'exclusivement sous sa forme animale.
La voix de Natasha ne souffrait d'aucune réplique. La Métamorphose la passionnait, et James savait qu'elle n'avait pas exagéré, elle dévorait chaque livre traitant de transfiguration, des manuels scolaires de métamorphoses avancées aux traités les plus pointus, des mémoires d'un mage du seizième siècle, qui se transformait en pierres, aux essais consacrés à la métamorphose élémentaire, en passant par tout ce qui avait été publié au fil des ans sur la métamorphose animale, de loin le sujet de prédilection de Natasha.
En plus de ses lectures, Natasha écrivait beaucoup sur le sujet. Elle collectait des informations, et James savait qu'elle prenait de l'avance sur l'écriture de son mémoire de fin d'études qu'elle consacrerait aux Animagus.
Près de ses carnets qu'elle empilait toujours avec soin, des feuilles volantes laissaient voir des gribouillages, des paragraphes entiers raturés, et toujours le même mot qui ressortait. « Hybride ». Signe qu'elle faisait des recherches depuis longtemps sur ce sujet et qu'il la tenait en échec.
- Tu es sûre qu'ils existent, ces êtres hybrides ?
- J'en suis persuadée. Je n'étudie pas seulement les Animagus mais la recherche magique en général et les échecs sont fréquents. C'est normal, en soi.
- Tu vois donc ça comme une expérience qui tourne mal dont les cobayes disparaissent, comprit James.
- Et j'aimerais bien savoir où. Soit ils disparaissent par choix, et j'aimerais savoir s'ils vivent seuls, s'ils sont recueillis, par leur famille par exemple, s'ils se regroupent et à ce moment-là comment fonctionne leur groupe, à quoi peut bien ressembler une communauté d'hybrides. Soit ils ne partent pas par choix mais sont bannis de la communauté. Et à ce moment-là, qui décide ? Nos dirigeants ? Le ministre ? Est-ce que la population a un jour été mise au courant ? Les familles sont-elles d'accord avec ça ?
A l'autre bout de la table, Rose et Tim n'eurent pas la moindre réaction, et James comprit que Natasha travaillait sur le sujet depuis plus de temps qu'il ne l'aurait cru. Elle avait même interrogé le professeur Glacey et confiné sa maigre réponse à ce sujet. Il ne savait rien de plus que ce qui était écrit dans les livres.
- Et si… Et si ce n'était ni l'un ni l'autre ?
James gagna l'attention total de Natasha, qui en oublia son livre, dont les pages se refermaient.
- C'est-à-dire ? A quoi tu penses ?
- Aux moldus. Dans les livres d'histoire ils parlent d'expérimentations sur des corps, des malades, des cadavres. Je ne me suis jamais posé la question avant mais j'imagine qu'il en est de même pour les sorciers. Ils ont bien dû faire des expérimentations pour étudier... les loups-garous par exemple. Et si ces êtres hybrides étaient retenus quelque part à Sainte-Mangouste ou au département des mystères du ministère ?
- Je ne l'espère pas, souffla Natasha après réflexion. Si c'était le cas, mes deux choix de carrière partiraient en fumée. Je refuse de travailler dans un endroit où des êtres sont disséqués pour… Pourquoi ?
- Pour comprendre, sans doute. Je ne dis pas que j'approuve mais…
James haussa les épaules, faute de mieux.
Natasha soupira, désabusée. Elle mit de l'ordre dans ses documents, enregistra l'emprunt de six livres et glissa le tout dans son sac.
- Une ballade dans le parc, ça te tente ?, proposa-t-elle. J'ai besoin de me changer les idées.
- Compte sur moi, sourit James.
Le temps, plutôt doux en cette période de l'année, les invita à se débarrasser de leurs capes et écharpes. Ils avaient troqué leurs habituelles courses à travers les bois par une simple promenade main dans la main au bord du lac, chacun apaisant les tourments de l'autre, tous les deux bien décidés à ignorer leur inquiétude commune et principale, à savoir leur prochaine séparation.
Plus le temps passait, moins ils en parlaient. Les mois devant eux avaient soudainement disparu, laissant place à des semaines qui les tenaient plus occupés qu'ils ne l'auraient voulu, et bientôt à des jours qui leur paraîtraient bien courts.
Le mois de septembre hantait certaines de leurs nuits. Natasha reviendrait à Poudlard, et James s'envolerait dans l'inconnu sans savoir où ni pour combien de temps.
Des deux mois d'été ils ne parlaient pas davantage. Parce que James avait reçu pour mission de trouver un moyen de renforcer les liens de sa constellation, et qu'il avait redouté pour cela de devoir partir loin et longtemps. Avant qu'une idée ne germe dans son esprit d'idéaliste.
- Tu m'avais dit que tu voulais travailler cet été, je crois, murmura-t-il.
Il sentit Natasha frissonner, elle n'avait pas envie de répondre, elle n'avait pas envie de penser à l'avenir qui se faisait trop proche. Pourtant elle acquiesça.
- Une copine de ma mère a besoin d'une serveuse en extra. Mais j'hésite encore. Si j'accepte, je serai… très occupée. Et l'on ne se verra pas.
- Tu as besoin d'argent ?
Il avait prononcé ces quelques mots avec douceur, délicatesse. Il savait que le sujet de l'argent était périlleux. Les Kandinsky vivaient de façon modeste, et les enfants s'étaient toujours débrouillé pour aider leurs parents.
- Non, pas vraiment. Mais j'aimerais bien te faire des cadeaux, moi aussi.
- Tu m'en fais déjà !
- Des petits trucs, des trucs nuls, alors que toi tu…
- Des trucs qui viennent de toi seront toujours les trucs les plus beaux à mes yeux. Tu le sais.
- Je le sais.
- Alors… Bon, je me lance, décida-t-il en prenant une grande inspiration.
- Je m'attends au pire, souffla-t-elle, néanmoins amusée.
- Je t'ai dit qu'on m'avait donné des sortes de… devoirs de vacances...
- Renforcer les liens avec les membres de ta constellation, oui. Je me souviens particulièrement de ma mise en garde et si tu as besoin d'un rappel, elle consistait en une menace de mort s'il te venait à l'idée de renforcer les liens entre toi et Brooke, Sian et Charlotte.
James laissa échapper un petit rire.
- Pas Evora et Shekilah ?
- Bizarrement, ne te moque pas de moi, mais j'ai une confiance aveugle en ces deux filles. La façon que tu as d'en parler… je les vois comme… Un peu comme des saintes en fait. Ou comme Minerva Mac Gonagall.
- Mac Gonagall ?, s'étonna James.
- C'est la sorcière pour laquelle j'ai le plus de respect, répondit-elle en haussant les épaules. C'est mon idole. Arrête de rire ! Dis-moi plutôt quel est le plan d'alchifumiste que tu as monté !
- Eh bien… J'ai pensé que nous gagnerions à communiquer sans se parler. Les femmes que nous avons rencontrées en Ouganda maîtrisaient la Légilimencie. Sian a des connaissances en langage magicorporel, elle se propose de nous l'enseigner.
- Balaise.
- Et moi… J'ai écrit à Evora. Nous sommes les seuls à être des Animagus.
Un léger vent se leva, et Natasha sentit le fin duvet qui recouvrait sa peau se hérisser.
- Alors j'ai proposé à tout le monde de commencer l'apprentissage, et tous ont répondu avec un enthousiasme immense.
- Tu veux dire que…
- Qu'ils vont apprendre à devenir Animagus et que nous allons nous en servir pour communiquer plus facilement.
- Ça va vous prendre des mois.
- Pas sûr. Et puis nous pourrons poursuivre le travail après, quand on partira. Mais pour le début, nous avons besoin d'aide. Et j'ai pensé que tu serais la mieux placée pour…
James s'interrompit, sursautant sous le coup du puissant cri qui venait de franchir les lèvres de sa petite amie. Elle se jeta à son cou et se remit en quelques secondes dans la même position, comme s'il ne s'était rien passé. James choisit donc de poursuivre comme si de rien n'était.
- Tu ne seras pas rémunérée mais le voyage est déjà payé. Ça se passera au sein même de l'école magie africaine Uagadou. Et nous logerons dans le village d'Evora.
- Je serai intransigeante.
- J'espère bien.
- Et si Brooke s'approche de toi, je jure sur la vie du Calmar Géant que je la tue.
- Aucun risque.
- Je te laisse le soin de convaincre mes parents.
- Dans la poche.
- Et Rose ?
- J'ai pris un billet pour elle.
- Tu savais que j'accepterai ?
- Je savais que j'étais prêt à tout pour te convaincre.
Natasha se laissa envelopper pas les bras de James, soulagée. Dans cette bataille contre le temps, elle avait un allié de taille. James venait de leur offrir deux mois.
Deux mois de répit. Deux mois de plus pour repousser l'avenir qui les narguait de plus en plus près.
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Le directeur Briscard avait les yeux rivés sur le flocon de neige éternelle qu'il conservait sur le rebord de la fenêtre de son bureau. Le flocon avait beau ne pas fondre, il luisait de mille feux sous les coups d'un soleil estival, synonyme de la fin de l'année scolaire.
A l'inverse de bien des professeurs, c'était la période de l'année qu'il aimait le moins. Septembre apportait avec lui des dizaines de nouveaux élèves, et l'espoir qu'il plaçait sur leurs épaules. Juin était synonyme de départ, et le directeur avait bien du mal à se séparer de ceux qui ne reviendraient plus jamais dans son école.
La bande de James Potter. Il ne l'aurait jamais appelée ainsi autrement que dans ses pensées, mais à ses yeux il l'avait toujours vue ainsi. Foisonnante, riche des couleurs des quatre maisons de Poudlard, unie autour d'un cœur empli de tolérance et d'amour.
James Potter. Un élève qu'il avait vu grandir et qu'il regrettait de voir s'envoler, tout en étant profondément heureux et fier de le voir devenir celui qu'il avait espéré être.
L'international. La Confédération Magique Internationale. Ses constellations. Sans jamais avoir fait partie de l'une d'entre elles, le directeur Briscard connaissait bien ses desseins, son fonctionnement, ses aspirations. Et il était persuadé que James Potter se montrerait digne des espoirs qu'il plaçait en lui.
Bien sûr la petite bande avait délaissé enquêtes et dangers inutiles pour vaquer à des occupations bien futiles, et ce tout au long de cette dernière année. Mais les sportifs avaient usé de fairplay et d'entraide, les bons élèves avaient tiré leurs amis vers le haut, et leurs convictions ne s'étaient pas taries, bien au contraire. S'ils avaient tissé un collectif dans le rire et l'amusement, chaque individualité s'était montrée à la hauteur de l'amitié que les autres lui portaient, et des espoirs que le corps professoral portait en eux tous.
S'ils avaient avoué vouloir régresser et profiter des derniers mois qu'ils passaient tous ensemble, chacun s'était présenté dans le bureau directorial, les uns après les autres, James le premier, ses amis lui emboîtant le pas, sans jamais qu'ils n'en dévoilent un traître mot à la bande. C'était là leurs petites cachotteries d'adolescents, un secret noble et réfléchi qui aurait assombri l'ambiance d'euphorie s'il avait été révélé.
Un par un, ils s'étaient présentés à lui. Un par un, ils avaient posé une seule et même question.
- Je souhaiterai faire partie de l'AB. Puis-je m'engager ?
L'AB. L'Armée Blanche. Les Anonymes de Babel. Ils ne savaient pas, au juste, ce qu'était l'AB. Une association internationale qui œuvrait pour le bien, et dont le directeur faisait partie, ainsi que les trois G, les professeurs Glacey, Gash et Ganesh, en qui la petite bande avait toute confiance.
Le directeur Briscard n'avait pas hésité longtemps. James était venu le premier, et le directeur avait ajouté quelques connaissances à celles que le jeune homme avait déjà acquises de lui-même. Le directeur Briscard avait simplement répété les mêmes mots à Mael Thomas, Nalani Jordan, Pepper Warwick et tous ces jeunes qui avaient depuis longtemps prouvé leur valeur.
Non, il n'avait pas hésité. Parce que le monde magique avançait dans les pas de son frère moldu, parce que la paix était la denrée la plus précieuse et la plus rare du monde, et parce qu'ils ne seraient jamais trop nombreux à la défendre.
Ces jeunes étaient majeurs, ils s'apprêtaient à tirer un trait définitif sur leur adolescence et embrassaient une vie adulte riche de possibilités. Des futurs guérisseurs, des aventuriers, des soldats qui s'implantaient dans ce que la communauté avait de plus vaste. Un autre aurait dit des pions que l'on place savamment sur un échiquier.
Mais le directeur Briscard n'était pas de cet avis.
A ses yeux, ces jeunes représentaient l'avenir, la diversité, le courage, la tolérance.
Ils représentaient l'espoir.
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La fin de l'année approchait. Poudlard connaissait une paix et une quiétude que James n'avait jusque-là jamais connues. Les frères Zigaro n'avaient pas réapparu et le cadavre d'Amalthéa était toujours porté disparu. L'espoir subsistait dans le cœur de Briseis, dans les yeux de Gwenog, dans les veines des Mac Cairill. Et James ne parvenait pas à comprendre pourquoi le directeur de Poudlard ne trouvait pas un moyen de fermer les clubs secrets de son école. Et la réponse de Brossard Briscard ne le satisfaisait qu'à moitié.
« Le monde n'est pas seulement coloré de blanc et de noir mais riche de dizaines de couleurs. Et vous aurez beau chercher à interdire une couleur, elle ne disparaîtra pas pour autant »
Le directeur Briscard ne s'était pas privé de rappeler à James qu'il était censé avoir d'autres préoccupations et James avait acquiescé, sans se départir d'une angoisse persistante. Il avait beau quitter Poudlard, le château abriterait longtemps des personnes chères à son cœur, et il espérait les savoir en sécurité.
- Aller, beau gosse, arrête de nous inventer des soucis et viens tout oublier dans mes bras.
James oublia le directeur, Poudlard et jusqu'à son prénom alors que ses lèvres s'étiraient en un sourire béat. Chaque seconde qui passait le voyait tomber un peu plus amoureux de Natasha et de son audace. Elle lui avait proposé de passer leur dernière nuit de liberté ensemble, comme pour oublier les deux semaines d'examen qui suivraient. James avait accepté sans hésiter, même s'il n'aurait pas dit non à quelques heures de révision.
- Ce n'est pas bon de se remplir la tête. Il vaut mieux l'aérer pour être d'attaque demain. Conseil de mon père, sourit la jeune fille.
- Je ne crois pas qu'il envisageait que tu te vides la tête nue contre moi quand il t'a dit ça.
- Pas faux, souffla-t-elle en le serrant dans ses bras.
Elle n'avait jamais été aussi tactile, aussi possessive. Et James en connaissait la raison. Comme Rose et Scorpius, Natasha survolait le programme de cinquième année. Les Buses l'angoissaient, mais bien moins que ses condisciples. Sa terreur était toute autre, et n'avait fait que grossir à mesure que les mois défilaient trop vite. Beaucoup trop vite.
Après leurs deux semaines d'examen, il ne resterait plus qu'une dizaine de jours à passer à Poudlard. Le temps pour l'un ou l'autre de remporter la coupe de quidditch et viendrait le moment de prendre le Poudlard Express. Une dernière fois, pour James. Mais pas pour Natasha.
- Je t'aime à tout jamais, murmura-t-il contre sa tempe.
- Tu ne cesses de le répéter. Et je sais que tu es sincère. Mais…
- Hop hop hop, qu'est-ce qu'on avait dit ?
- « Pas de mais », soupira-t-elle. Mais on est bien tombés amoureux l'un de l'autre. Qu'est-ce qui te dit que ça ne va pas se reproduire avec quelqu'un d'autre ?
- Mon instinct.
Il la sentit sourire contre son torse. Et il savait très bien pourquoi elle souriait. Parce qu'il avait touché juste, parce qu'il avait fait référence à l'animagus qu'il était devenu, à la passion première de Natasha, et que cette petite attention qui lui était naturelle comblait sa petite amie de bonheur. Alors il décida de faire durer le plaisir le plus longtemps possible.
- Et tu sais ce qu'il m'a dit d'autre, mon instinct ?
- Je suis toute ouïe, répondit-elle, amusée.
- Qu'on allait réussir nos examens. Bon, à part un petit Troll en Métamorphoses pour toi qui… aïe !
- Tu sais très bien que le sujet est sensible !, rigola-t-elle en lui pinçant à nouveau la hanche.
- Et toi tu sais très bien que tu obtiendras un Optimal. Le professeur Glacey se prosterne devant toi malgré mes menaces de mort.
- N'importe quoi ! Et il a prédit autre chose ton instinct ?
- Le sexe et la couleur des yeux de chacun de nos enfants. Et le nombre total.
- De nos enfants ?
- Affirmatif. Tu crois pouvoir deviner ?
- Trois ?, sourit-elle.
- Pfff, balaya James. Tu es très loin du compte. Tu gèles, même. Frost !
Natasha sourit, songeant à Jack Frost, le sorcier dont les légendes prétendaient qu'il était à l'origine du givre, de la glace et même de l'hiver, dans certains contes pour jeunes sorciers. Elle tenta à nouveau sa chance.
- Cinq ?
James fronça les sourcils, réfléchissant, avant que ses yeux reflètent de son amusement.
- Slopa, répondit-il, pas peu fier de lui.
- Je ne suis pas certaine que notre chère professeure de Sortilèges soit plus chaleureuse que Frost mais soit. Six ?
- Freya.
- Quoi ?! Les légendes nordiques, maintenant ? T'as pas plus chaud, non ? Bon… Sept ?!
- Tu chauffes, sourit James. Nous en aurons huit. Quatre filles et quatre garçons.
- Même pas en rêve !, s'exclama Natasha, en plein fou rire.
- Mon instinct ne me trompe jamais, affirma James avec sérieux.
Mais ses yeux malicieux le trahissaient et Natasha ne tarda pas à contrer son audace de chatouillis bien dosés. Les examens avaient beau approcher, il leur paraissait que la nuit ne finirait jamais.
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Mael Thomas claqua la porte derrière lui, avançant d'un pas rapide sans un regard en arrière. Il avait jeté son dernier brouillon dans un sac déjà bien rempli et très peu ordonné. Il en avait fini des examens et rejoignit ses amis dans un coin isolé du parc, songeant qu'ils entamaient déjà leur dernière semaine à Poudlard.
Comme Nalani était sur le terrain afin de préparer les derniers entraînements de son équipe, Mael lança son sac sur celui de son meilleur ami, se posant souplement à ses côtés. Les yeux de James, qui avait terminé son dernier examen avant lui, étaient pétillants, alors qu'il expliquait à Oscar et Susie son départ imminent vers l'Afrique.
- On dormira chez Natasha la veille, et son frère nous accompagnera à l'aéroport. De là on décolle pour l'Egypte et après on a genre trois correspondances !
- T'es obligé de voyager façon moldue ?, s'étonna Oscar.
- En tant que jeunes, oui. A partir de septembre, quand j'intègrerai officiellement la Confédération Magique Internationale, je voyagerai façon sorcière.
Il y avait mille sourires dans la voix de son meilleur ami et Mael partageait sa joie. Ils allaient enfin pouvoir concrétiser leurs rêves les plus fous.
Intégrer le ministère de la magie ou l'hôpital Sainte Mangouste, travailler avec les artistes les plus imaginatifs et les sportifs les plus reconnus, mener des projets et veiller au bon respect des lois, partir sur les routes et préserver la paix internationale.
James, plus que quiconque, méritait de voir ses rêves se réaliser.
Il recevait enfin les fruits de ce qu'il avait semé pendant des années. Il était bien naturel, pour Mael, de s'en réjouir. Mais s'il avait dû se montrer parfaitement honnête, il était tout bonnement terrifié à l'idée de laisser partir son meilleur ami. Ils avaient beau rester de grands enfants, rien ne leur certifiait qu'ils tiendraient leurs promesses d'antan.
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Ils étaient tous venus. Et James n'en croyait pas ses yeux. Les Potter, les Zabini, les Kandinsky, ils étaient tous là, tous présents, installés parmi l'assemblée, tous avaient applaudi l'obtention de son diplôme. Même le très sobre Théodore Nott, qui accompagnait Blaise, même la redoutable Pansy Parkinson, même sa fille, Caroline Rosiera, qui s'était levée pour l'acclamer.
Il faisait partie des trois meilleurs élèves de sa promotion, comme Keanu et Solenne. Le professeur Briscard avait vu là l'occasion de faire une petite blague, et lui avait proposé de se lancer dans l'apprentissage de la guérison, comme ses deux amis. Et comme ses deux amis il avait dû parler, justifier ses choix, après avoir chaleureusement remercié le corps professoral de Poudlard.
Il s'était contenté d'être bref mais passionné, ce qui lui avait valu un baiser inoubliable de la part de Natasha, quelques larmes de joie de la part de Katarina Kandinsky, les mots plein d'amour et de fierté de Blaise et, bien plus surprenant, des félicitations qui semblaient sincères, de la part de Ginny et Harry.
Il avait consacré du temps à chaque famille, séparément, et tous s'étaient empressés de l'inviter à passer quelques jours de repos bien mérités. James avait refusé les propositions des Potter et de Blaise Zabini, leur apprenant son départ imminent pour l'Ouganda, et accepté la proposition des Kandinsky, en se rappelant avec réticence qu'il avait promis à Natasha qu'il convaincrait ses parents de la laisser l'accompagner en Ouganda.
Blaise, radieux, était parti en lui confiant que son épouse, qui n'avait pas été autorisée à se rendre à Poudlard car elle était moldue, rêvait de découvrir l'Afrique et qu'ils profiteraient de l'été pour lui rendre visite. Et Caroline Rosiera avait joué des coudes parmi les nombreux sorciers et sorcières venus acclamer les jeunes diplômés, arguant qu'elle se devait de lui transmettre son savoir. Ils s'étaient écrits tous les mois, tous deux ravis de tisser des liens solides parmi cette nouvelle famille qui était la leur depuis moins d'un an.
Caroline lui avait tout expliqué de sa future condition. De son appartenance à un groupe international, de leurs missions, de leur dessein. Brooke, Charlotte, Nicolas, Shekilah, Evora, Chen, Selim, Slawomir, Mateus, Sian et lui formaient un cercle, une chaîne indestructible à onze maillons. Une constellation.
James avait cette impression dans son cœur de faire déjà partie d'un cercle. D'une chaîne dont les maillons resteraient soudés à tout jamais.
Mais il n'en pipait mot auprès de Caroline, qui se moquait bien assez de sa naïveté et de son idéalisme.
Et pourtant son cercle d'amis le rendait heureux et extrêmement fier. Ils s'étaient plu six ans plus tôt, avaient traversé ensemble les affres de l'adolescence et venaient de recevoir leur diplôme, main dans la main. Ensemble, toujours. « A tout jamais », avait promis Juliet qui partait pourtant pour l'Amerique le lendemain. « Nous resterons ensemble, même séparément », avait assuré Maël.
Lui, comme d'autres, resterait en Angleterre. Il ne verrait pas plus souvent Solenne et Keanu qui ne sortiraient que peu de l'hôpital, ni Nalani et Oscar qui joueraient des coudes pour gravir les échelons du département des jeux et sports magiques. Ni Susie qui travaillait déjà à l'ouverture prochaine de son restaurant. Encore moins James qui partait à l'aventure, dans l'inconnu le plus total. Sans compter Rose et Natasha séparées de deux années de la vie active.
Mais Maël était confiant. Alors James l'était.
L'international, les relations sorciers-moldus, la guérison, les créatures magiques, l'art, le sport, la gastronomie, la justice...
Ils seraient partout à la fois et demeureraient ensemble coûte que coûte.
Ils seraient les yeux et les oreilles de toute une génération.
Ils étaient l'avenir, l'espoir, le courage et l'amitié.
Et lorsqu'ils jetèrent leurs chapeaux de sorciers majeurs et diplômés à la fin de la cérémonie, James sut qu'il était entouré des siens et que jamais il ne laisserait ce lien entre eux se briser.
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Cinq matchs avaient déjà été joués. Gryffondor et Serdaigle avaient remporté leurs deux premiers matchs face à Poufsouffle et Serpentard. Les vert et argent, vexés par leurs défaites, s'étaient vengé sur les jaune et noir, s'assurant par cette victoire d'obtenir la troisième place. De mémoire de sorcier, la compétition pour la coupe de quidditch de Poudlard n'avait pas été aussi élevée depuis plus de cent ans.
D'ordinaire, une équipe était toujours plus douée ou plus faible que les trois autres.
Longtemps la victoire s'était jouée entre serpents et lions.
Souvent, une équipe désignée comme outsider créait la surprise et défiait tous les pronostics.
En cette année, les quatre équipes se valaient et offraient aux spectateurs un spectacle incroyable. Oscar, Nalani, Scorpius et James entraînaient leur équipe avec acharnement mais non sans respect.
Ils se retrouvaient toutes les semaines pour ajuster le planning collectif qu'ils avaient mis en place pour que tous avancent à chances égales, et nul ne rechignait à aider les autres.
Ils s'étaient adapté lorsqu'il avait fallu changer l'un des poursuiveurs de Poufsouffle, avaient veillé à programmer l'entraînement des aigles en journée lorsque Adélaïde était revenue sur le terrain après trois semaines de convalescence à l'infirmerie, et les professeurs se réjouissaient d'un tel fair-play, espérant qu'il résisterait au départ imminent de trois des capitaines.
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En ce dimanche matin de fin juin, le soleil s'était arrêté au-dessus du terrain de quidditch, éblouissant les centaines de supporters qui hurlaient déjà, en liesse. De nombreux sorciers venant des quatre coins du Royaume-Uni avaient fait le déplacement, des familles entières, des politiciens, des parents de joueurs, des joueurs professionnels, et jusqu'au directeur du bureau des jeux et sports magiques du ministère de la magie, qui était déjà venu la veille, pour observer les serpents écraser les blaireaux, malgré le jeu irréprochable d'Oscar Dubois.
L'affrontement du jour passionnait les foules depuis des semaines, des mois. Tout se jouerait entre ces deux équipes.
Gryffondor contre Serdaigle.
Aigles contre lions.
La presse couvrait bien évidemment l'évènement et le photographe de la Gazette avait déjà immortalisé une bonne quarantaine de fois l'espace réservé aux personnalités importantes, où l'on reconnaissait facilement Harry Potter, son épouse Ginny ainsi que plusieurs membres de la famille de celle-ci.
L'ensemble des professeurs prit place dans les plus hauts gradins lorsque Tim Brinks traversa le terrain, s'arrêtant en son sein. Les portes des vestiaires furent ouvertes sous un brouhaha tonitruant. Les joueurs des deux équipes avancèrent d'un même mouvement vers l'arbitre, sans se regarder ou presque, tendus par la clameur et l'enjeu. Entre lions et aigles, il ne pouvait y avoir qu'un seul vainqueur.
James prit le temps de sourire à chacun de ses joueurs, terminant par ses acolytes, Fred et Mael, poursuiveurs comme lui. La veille, après l'ultime entraînement de leur équipe, ils avaient traîné un peu sur terrain, avec la pudeur propre aux garçons qui n'osaient pas avouer qu'ils en avaient besoin.
Mael avait dit "il ne s'agirait pas d'être fatigué demain", Fred avait répondu "on s'en fout". James, en sa qualité de capitaine, savait à quel point il était important de reposer les corps et les esprits à la veille de l'affrontement le plus important de l'année, et Fred s'était empressé de rappeler avec justesse que retrouver la complicité qui avait fait leur force était plus important encore.
Les trois garçons avaient enchainé les tirs, les figures, les prouesses, face aux buts vierges de gardien.
Les souvenirs étaient là, palpables, intacts. Il leur semblait qu'ils étaient pourtant si anciens qu'ils provenaient d'une vie antérieure, une vie qu'ils avaient dévorée ensemble, inséparables. Ils avaient tout fait ensemble, marchant, courant, volant épaule contre épaule. Ils avaient intégré l'équipe de quidditch de Gryffondor tôt, au même poste, leur complicité devenant une force pour l'équipe, marquant des dizaines, des centaines de buts, échangeant des passes vives, sans même se regarder.
Et puis Nalani avait séparé Fred et Mael, à moins qu'il ne s'agisse simplement de la vie qui avait poursuivi son cour, inéluctable. Les meilleurs cousins d'autrefois en étaient venus à ne plus échanger que de simples salutations polies.
Mais ce soir-là, ils avaient eu l'envie, ils avaient ressenti le besoin, d'oublier les derniers mois, les dernières années, et de retrouver ceux qu'ils avaient été, et ce lien qui les avait unis si fort.
Ils étaient rentrés au château tard, transis de froid, et Louis leur avait souri. Alors tous trois s'étaient jetés sur lui, comme l'auraient fait les enfants qu'ils n'étaient plus vraiment. Ils avaient passé la nuit à rire, à blaguer, à se déjouer du temps et des responsabilités. Ils avaient dormi trois heures à peine.
Et en ce matin qui marquait leur dernier match à Poudlard, Fred, Mael et James ignoraient le sommeil et les courbatures, faisant honneur au titre de trio d'or que les supporters de Gryffondor leur avaient donné quelques années plus tôt, en hommage aux héros nationaux.
Au bout d'une heure de jeu, ils avaient marqué tant de buts que le gardien de Serdaigle enrageait. Mais à ce rythme, ils ne tiendraient pas longtemps, car nul n'ignorait que les Serdaigle avaient été entraînés à résister à des matchs longs et disputés, bien plus que les Gryffondor. Alors le Trio d'Or abattait ses dernières armes, creusant l'écart au maximum.
- Merde, merde, merde, merde, murmura Nalani dans sa barbe. Aller !, s'écria-t-elle à l'adresse de son équipe.
Ses poursuiveurs faisaient de leur mieux pour récupérer le souaffle avant le Trio d'Or, mais seule Yelena Crivey, la gardienne des lions, était criblée de cognards. Keith ne parvenait pas à attaquer les trois poursuiveurs tant il était heureux de les voir si unis, et Natasha se surpassait dans un affrontement singulier qui l'opposait à Lucy Weasley, de loin la meilleure joueuse de Poudlard.
Celle-ci, qui était pressentie pour remplacer James au poste de capitaine, et qui n'avait plus qu'un an à passer à Poudlard, laissait éclater son talent, pleinement, ses adversaires le recevant de plein fouet, admiratifs devant son talent. Tous savaient qu'elle intégrerait une équipe professionnelle sous peu, et si l'avenir de Lucy paraissait tout tracé, la jeune fille se donnait du mal pour attiser la convoitise des équipes les plus prestigieuses.
Les supporters, en liesse, applaudirent le nouveau but de Fred Weasley, puis la répartie des aigles offerte par Nalani Jordan, qui lança un but terrible du centre du terrain. Elle veillait à conserver un écart raisonnable, car elle savait qu'Adélaïde remporterait le vif. Lorcan Scamender était un bon joueur, mais il ne lui arrivait pas à la cheville.
- Ils ont cent-soixante points d'avance, putain, cracha Natasha en volant près d'elle.
- Et les attrapeurs s'élancent à la poursuite du vif !, cria le commentateur.
Les supporters retinrent leur souffle, oubliant le reste des joueurs pour se concentrer sur ces deux jeunes adolescents qui se disputaient la petite balle dorée. Leurs coéquipiers n'étaient pas en reste, Keith Corner et Soizic Azilis aidèrent chacun son attrapeur, les gardiens redoublaient de vigilance, sentant que le match pouvait basculer au moindre but, et Serdaigle marqua deux fois, s'assurant la victoire.
Mais le trio de poursuiveurs de Gryffondor ne lâcha rien, le regard pénétrant et les muscles tendus. Non, ils ne lâcheraient pas. Pour rien au monde. Mael fila plus vite que jamais vers les buts adverses, marquant de justesse au terme d'une figure acrobatique, et le gardien s'empressa de relancer le souaffle à Nalani, de loin la seule à pouvoir marquer de n'importe quel point du terrain.
Mais celle-ci le laissa tomber, à la surprise générale. James n'hésita qu'une seconde, il envisageait de le lui rendre avec fair-play, mais reçut de plein fouet le message que lui envoyait le regard de Nalani.
Le commentateur cracha qu'Adélaïde était sur le point d'attraper le vif, alors James immobilisa son balai, pour assurer sa prise, et lança le souaffle de toutes ses forces vers l'anneau central. Trop vite pour le gardien, qui connut un ultime échec. Mais pas trop vite pour Natasha, qui aurait pu l'en empêcher d'un bon coup de cognard, et qui pourtant restait immobile sur sa droite.
Et lorsqu'Adélaïde attrapa le vif, l'arbitre fit le décompte des points, déconfit. Le commentateur lui aussi réfléchissait, pour annoncer le nom du vainqueur. Mais de vainqueur il n'y avait point, car Nalani Jordan s'en était assuré. Les équipes, au nombre égal de points avant le match, restaient à égalité.
Tim Brinks jeta un regard indécis au directeur du Poudlard. Il pouvait forcer un échange de tirs aux buts, pour départager les deux équipes, mais il voyait bien à l'accolade émue des deux capitaines qu'ils se débrouilleraient pour ne rien changer à l'issue du match. Les supporters ne sifflaient pas, tout à leur bonheur. Les deux équipes se félicitaient, oubliant la rage des cognards envoyés et celle des buts ratés.
Et bientôt James et Nalani montèrent sur l'estrade magique, empoignant chacun une hanse de la Coupe de quidditch. C'est ensemble qu'ils la soulevèrent, radieux, sous les acclamations de la foule.
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Quelques jours plus tard, Londres
Pour Natasha, le choix du mémoire sur lequel elle travaillerait pendant deux ans s'imposait de lui-même. Sans grande surprise, elle avait choisi d'étudier la métamorphose animale et James lui avait fait une proposition qu'elle n'avait pu refuser. Une proposition qu'elle n'aurait pu imaginer, même dans le plus ardent de ses rêves.
Elle partait deux mois en Afrique, dans l'école de magie de Uagadou, dont les élèves étaient réputés pour être les meilleurs Animagus du monde, superviser l'apprentissage de la constellation de James. Certains étaient déjà Animagus, comme James et Evora, les autres apprendraient à le devenir, puis à communiquer tous les onze.
- Tu pars.
- Oui Rosie.
Elles avaient subi la fin de l'année scolaire ensemble, soudées. Les préfets en chef de Poudlard, bien secondés par un Fred Weasley plus survolté que jamais, avaient organisé la plus incroyable des fêtes.
Ils avaient célébré le match nul des aigles et des lions, et l'arrivée aussi attendue que redoutée des vacances scolaires. Le lendemain, tous s'étaient agglutinés dans le même wagon, chahutant comme d'ordinaire, pour ne jamais évoquer l'évidence, leur séparation, et le manque qu'ils ressentiraient forcément.
James et Rose avaient été accueillis chez les Kandinsky, avec la douceur et la générosité qui les caractérisaient. Ensemble ils avaient dévoré les mets succulents préparés par Ivan et Katarina, plaisantant avec Isidore, Anastasia et Irina, jusqu'à ce que Natasha rappelle à James la promesse qu'il lui avait faite. Depuis, il s'entretenait avec les parents de sa petite-amie, dans le but de les convaincre de la laisser l'accompagner en Afrique, et surtout de les rassurer.
Natasha lui faisait confiance, et les sens de l'animal qui vivait en elle lui avaient rapidement donné raison. Ses parents avaient accepté et criblaient désormais James de milliards de questions pratiques.
- Pendant deux mois.
- Oui Rosie.
Sa malle était déjà prête, sa baguette était à son image, frétillante d'impatience. Elle avait coupé ses cheveux, en un carré très court, et fait le plein de vêtements légers dans une friperie qu'elle adorait.
- Je croyais que tes parents refuseraient.
Natasha l'avait cru aussi. Un temps. Quelques heures tout au plus. Avant de se rappeler que ses parents avaient toujours fait passer son bonheur avant tout. Ils avaient confiance en elle, et en James, et elle garderait son téléphone sur elle pour les appeler au moindre souci. Et le vieux James et ses grands-parents les accompagnaient. Ainsi que la famille Zabini, qui resterait plusieurs semaines avec eux, tout comme Pansy Parkinson et sa fille Caroline Rosiera.
- Je crois qu'ils ont compris qu'on ne serait pas seuls et qu'ils sont rassurés, ils savent qu'au moindre problème, nous serons entourés.
- Mais… Tu es mineure ! On ne parle pas d'un petit week-end à Paris en amoureux mais de deux mois !
Natasha lâcha sa malle pour se tourner vers sa meilleure amie. Rose était plus pâle que jamais. Elle tremblait de tous ses membres et semblait près de rendre son petit déjeuner.
- Qu'est-ce qui se passe ?, s'inquiéta Natasha.
- Mais… Je ne veux pas que tu partes ! Vous partez tous les deux et moi…
Rose s'interrompit, le rire de Natasha la vexant au plus haut point.
- Je sais ce que tu te dis, marmonna Rose. Que j'ai seize ans et que j'agis toujours comme une enfant. Mais… J'ai besoin de vous. Je suis moins mature que vous deux, je…
- Rose, ça fait cinq ans qu'on se connait, cinq ans que tu es ma meilleure amie, qu'on s'accepte comme on est, qu'on s'aime toutes les deux.
Natasha s'agenouilla aux pieds de sa meilleure amie, qui s'était mise à pleurer. Elle posa ses mains sur celles de Rose, serrées, tremblantes.
- Je t'ai promis que je ne t'abandonnerai jamais et je ne trahirai jamais cette promesse. Et James non plus. C'est pour ça qu'il a pris un billet pour toi.
- Quoi ? Tu… Tu veux dire que je viens ? Que je viens avec vous ?
- Il m'a demandé d'attendre avant de t'en parler, il voulait être certain que tu veuilles venir, que tu ne te sentes pas obligée d'accepter de nous suivre parce qu'on ne peut pas se passer de toi.
L'euphorie avait chassé la peine. L'excitation avait chassé la peur. Rose bondit sur ses pieds, serrant Natasha de toutes ses forces. Elle tût ce qu'elle pensait de toutes ses forces, qu'elle ne pouvait se passer d'elle, d'eux deux. Parce qu'elles avaient beau retourner ensemble à Poudlard à la rentrée prochaine, James ne les accompagnerait pas. Et parce qu'elle ne savait pas plus que Natasha comment gérer cette situation. Alors Natasha, bien consciente de ses pensées les plus profondes, la serra un peu plus fort. Les larmes menaçaient de poindre et elle usa de toute sa volonté pour les tarir. Elle ne voulait pas penser à la fin de l'été. Elle ne devait pas y penser. Ils avaient deux mois devant eux. Deux mois à passer ensemble, tous les trois. Et elle comptait bien en profiter pleinement.
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Les Montagnes de la Lune, Ecole de Magie Uagadou, Ouganda.
Les nombreuses escales les avaient épuisés. James, Natasha et Rose avaient été amenés dans un campement et une tente leur avait été désignée. Les adolescentes avaient jetés leurs sacs, peu pressées de les défaire, avant de se laisser tomber sur le premier tapis moelleux à portée de fesses. James, au contraire, était survolté et extatique.
- Tu comptes ressortir ?, s'étonna Rose.
- J'aimerais saluer Evora et sa mère. Et, avec un peu de chance, apercevoir Uagadou.
De l'école de la magie, pourtant, ils ne virent jamais rien. La directrice avait mis à leur disposition un vaste espace destiné à l'entraînement de leur constellation, qui jouxtait l'école mais n'en permettait pas l'ouverture.
Ils croisaient régulièrement des élèves de Uagadou, qui venaient saluer Evora et rencontrer Natasha, qui s'était construit une petite réputation en quelques jours.
Tous les jours la constellation progressait, et nul n'ignorait l'importance de son soutien et de ses conseils. Mateus, Selim et Chen, en plus de la draguer ouvertement pour rendre James jaloux, lui avaient maintes fois conseillé l'enseignement, et James devait avouer que lorsqu'elle expliquait, Natasha se montrait patiente, compréhensive, généreuse et intransigeante, cumulant douceur et sévérité avec beaucoup de facilité, de naturel.
Elle s'était tout de suite bien entendue avec les membres de la constellation, et Rose avait avoué à James que ça ne la surprenait pas, parce que Natasha était prête à tout pour que ce moment soit agréable pour tout le monde. Et même si elle ne l'avouerait jamais, elle était prête à tous les efforts pour rendre James heureux, même à ravaler l'animosité injustifiée qu'elle ressentait pour Brooke – tout simplement parce qu'elle la trouvait beaucoup trop belle pour être honnête – et à se montrer distante avec Slawomir, parce qu'elle n'oubliait pas les craintes de James, persuadé qu'elle pouvait tomber amoureuse du jeune homme qui, à ses yeux à lui, était tout bonnement parfait.
Si Rose s'était tout de suite rapprochée de Sian et Mateus, dont elle avait tant entendu parler pendant des années et qu'elle avait déjà rencontré, Natasha passait beaucoup de temps avec Evora et Shekilah, pour lesquelles elle développait une sorte de fascination.
Chen et Selim n'étaient pas en reste et faisaient l'unanimité, auprès des jeunes filles et des nombreux étudiants de Uagadou qu'ils rencontraient.
Tous avaient hérité d'une tente dans le même campement et tous les soirs les membres de la constellation se rejoignaient dans la tente de l'un d'eux, afin de faire plus ample connaissance et de consolider leurs liens.
Ces moments-là, Natasha et Rose se sentaient de trop et s'éclipsaient, profitant d'une quiétude bien méritée. Natasha s'imposait une heure de prise de notes, un labeur quotidien qu'elle disait important pour l'écriture de son mémoire, et durant lequel elle confinait le compte-rendu des évènements du jour, de l'avancée de chacun aux contraintes qu'elle rencontrait.
Un soir, elle avait avoué à Rose que les conseils de Selim et Chen avaient titillé son imagination et que si elle n'envisageait pas de faire carrière à Poudlard – l'idée même d'avoir ses propres enfants pour élèves la terrorisait – elle trouvait l'idée d'assister un professeur-chercheur des plus alléchantes. Rose approuvait l'idée car selon elle, du moment que Natasha travaillait dans le domaine de la métamorphose, tout lui conviendrait.
Du côté de Rose, justement, tout allait pour le mieux. Elle passait ses journées à photographier l'apprentissage des membres de la constellation, et réalisait pour le mémoire de Natasha un reportage des plus pertinents. Ces vacances n'en étaient pas vraiment, pour personne. Chacun travaillait derechef avec rigueur et dévouement, dans l'entraide et l'écoute de l'autre, et si les passions de certains ne s'en trouvaient que plus évidentes et renforcées, Rose avait trouvé sa vocation.
Dans l'avion du retour, elle avoua à James et Natasha qu'elle envisageait de devenir reporter. Une manière sensée de combiner sa curiosité et sa passion pour la photographie. Elle s'était confiée à eux parce que leur avis était plus important que tous les autres. Ils étaient devenus en quelques années les piliers de sa vie, deux phares dans la nuit sombre que représentait parfois la vie.
Plus que quiconque, ils avaient le pouvoir et l'envie de la soutenir, de l'encourager, de la réconforter quand ça n'allait pas, de se réjouir pour elle dès qu'elle souriait. Ils approuvaient sa relation amoureuse, s'étaient intéressés à Timothée sans le juger, veillaient sur Rose et lui en sachant toujours garder la bonne distance.
Bien sûr, les Weasley seraient contre. Ils criaient déjà haut et fort qu'elle n'avait rien à faire avec Timothée, ils tomberaient des nues quand elle leur annoncerait qu'elle tournait le dos au ministère pour partir sur les routes, avec pour seule arme un appareil cabossé.
Mais Rose passait outre. Elle avait fait de ses choix une force, une rébellion contre une famille qui l'étouffait, un moyen de tenir à distance un père maladroit, une manière de se venger de sa mère qui n'avait jamais brillé que par son absence.
Dorénavant la rébellion était terminée. Elle était avec Timothée par choix et par envie, elle l'aimait et le revendiquait. Il n'était plus l'objet de sa crise d'adolescence, il était son petit-ami, et elle était prête à le défendre contre le monde entier.
Dorénavant, elle n'exhibait plus ses photographies pour prouver au monde qu'elle était plus qu'une rate de bibliothèque. Ils pouvaient dire et penser ce qu'ils voulaient, elle se sentait plus libre que révoltée, plus épanouie qu'amère. Elle n'agissait plus contre le monde entier mais seulement pour elle-même, faisait ses propres choix, en acceptant l'avenir avec sérénité.
Elle s'endormit alors que l'avion survolait la Méditerranée, ses mains enfermées dans celles de ses piliers, qui la couvaient du regard, tels les parents qu'ils avaient été à ses yeux. Ils lui avaient offert la confiance, l'amour, le soutien sans faille. Ils l'avaient aidée à ouvrir les yeux, à s'épanouir, à trouver l'amour et le bonheur. Ils seraient toujours là, ils le lui avaient promis. Elle avait foi en eux plus qu'en quiconque.
A la veille d'une séparation imminente, ils étaient plus proches que jamais.
ooOOoo
Le départ approchait. À l'heure où certains de ses amis retournaient vivre chez leurs parents, à l'heure où les autres louaient leur premier appartement, James ne savait quoi faire de ses affaires.
Voilà un an qu'il avait quitté la demeure familiale des Potter, un an qu'il avait le sentiment d'avoir fait le bon choix. Il ne désirait pas revenir sur ses pas, sur sa décision. La maison de ses parents n'était plus la sienne.
Voilà un an qu'il avait appris la vérité concernant Blaise et rencontré les Zabini. Et s'il avait déjà mangé deux fois chez eux, il ne considérait pas leur maison comme la sienne.
Les Kandinsky s'étaient gentiment proposés, mais ils vivaient à six dans un petit appartement et James ne voulait pas les encombrer de ses affaires.
C'était un sentiment étrange. Il ne s'en plaignait pas, il n'était pas malheureux, il avait des gens qui l'aimaient, qui le lui prouvaient, qui l'entouraient. Il ne dormait pas dans la rue, mangeait à sa faim, ne manquait de rien. Mais il n'avait pas de chez lui. Pas vraiment.
Alors il se rendit dans un grand entrepôt et loua un box de taille moyenne. Il se délesta de ses affaires, de celles dont il n'aurait plus l'utilité. Des vêtements, un chaudron, ses affaires scolaires. Ce qu'il amenait, ce à quoi il tenait, rentrait dans un sac à dos et dans son éternelle besace. Il referma la porte sans un regret avant de transplaner pour le Chemin de Traverse, où il créa un nouveau compte, à son nom, indépendant de celui que les Potter avaient créé pour chacun de leurs enfants. Il y versa quelques maigres économies, prêt à se délester de tout, et confia les deux clefs à Mael. "Au cas où".
Il avait pris ses dispositions, les confiant à un gobelin par écrit pour plus de sécurité. S'il lui arrivait quoi que ce soit, tout ce qu'il possédait reviendrait à Natasha. Elle n'irait pas bien loin, mais tous les salaires de James seraient versés directement dans son compte de Gringotts et le jeune homme avait fait le choix d'offrir à sa belle tout ce qu'il possédait. "Tout ce qui est à moi est à toi", avait-il dit quelques mois plus tôt. Elle s'était énervée, bien sûr. Parce que leur avenir commun était incertain.
Demain elle repartirait à Poudlard. Demain il partirait tout court. Il ne savait ni où, ni combien de temps. Ni pourquoi ni comment. Et cet inconnu le ravissait. Il était prêt.
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La gare de King's Cross, encore, toujours. Le Poudlard Express entouré de fumée. Le premier septembre, déjà.
- Je t'écrirai tous les jours.
- Ne fais pas de promesse que tu ne saurais tenir.
- Natasha…
- Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques, James. Peut-être que tu vas vernir les bancs d'une université pendant des mois. Mais peut-être aussi vas-tu être parachuté en plein océan sans baguette et sans palmes. Alors ne promets rien. Comme ça tu ne culpabiliseras pas. Comme ça je ne t'en voudrai pas. Ok ?
James acquiesça, le cœur lourd. C'était plus dur qu'il ne l'avait imaginé. Il s'était préparé, pourtant. Mais jamais il n'aurait cru que Natasha pleurerait, qu'elle s'agripperait à lui d'une main tremblante, qu'elle lui murmurerait « je t'aime » des dizaines, des centaines de fois. Jamais elle n'avait si peu ressemblé à celle dont il était tombé amoureux.
Et lorsqu'il la laissa entrer dans le train sans savoir quand il pourrait la revoir, il regretta qu'ils se quittent sur cette image terne, si éloignée des moments de joie et de complicité qu'ils partageaient depuis des mois.
- Ça va aller, mon garçon ?
James n'arrivait pas à regarder Ivan Kandinsky. James ne voulait pas lâcher la voie des yeux. Mais le Poudlard Express avait disparu, il ne reviendrait pas avant longtemps. Alors il hocha la tête, baissa les yeux, essuyant ses larmes d'un coup de manche.
- Le temps passera vite, tu verras, le réconforta Katarina.
A nouveau James hocha la tête, sans parvenir à parler. Il espérait que le temps donne raison à la mère de sa petite-amie. Mais il en doutait. Natasha lui manquait déjà.
ooOOoo
Hôpital Sainte Mangouste
- Je préfère vous prévenir tout de suite, vous n'avez pas choisi la carrière la plus reposante. Bien au contraire. La passion, le sérieux et la rigueur ne suffiront pas. Vous devrez apprendre à vous passer de sommeil, de nourriture et de vie sociale.
Keanu et Solenne échangèrent un regard éloquent.
Ils n'étaient pas nombreux à s'être présentés à l'hôpital Sainte Mangouste en ce premier septembre. Trois anglais et trois étudiants étrangers bien décidés à apprendre l'art subtil de la guérison.
Et alors qu'ils arpentaient les couloirs de l'hôpital en long en large et en travers, ils prirent conscience de ce qu'allait être leur vie, pendant les six prochaines années.
Car leur vie ne se résumerait qu'à ces couloirs, ces murs, et ces patients qui accouraient, un balai coincé dans l'oreille.
Et au milieu de ces jeunes qui allaient devenir leurs collègues, Keanu et Solenne se prirent à sourire. Ils avaient hâte de mordre cette nouvelle vie.
ooOOoo
Ministère de la magie
- Si vous avez choisi le département des Jeux et Sports Magiques pour vous tourner les pouces et jouer au quidditch toute la journée, c'est que vous êtes visionnaires, mes braves gars. Un jour viendra où travailler ici sera un pur bonheur, mais avant ça on a du pain sur la planche. Vous êtes avec moi ?
- Ouais !, rugirent Nalani et Oscar.
- Alors suivez-moi, on doit superviser les entraînements de toutes les équipes de la Ligue, ça va nous prendre la semaine et ça va être mortel. Vous êtes partants ?
- Ouais !, rugirent-ils à nouveau.
Leur nouvelle vie ne pouvait pas mieux commencer.
ooOOoo
Ministère de la magie, quelques étages plus bas
- Le département de la justice est vaste.
Poussiéreux, aurait dit Irina.
- Vous y apprendrez beaucoup.
- Je n'en doute pas, monsieur.
- Et vous connaissez la meilleure manière d'apprendre, mademoiselle ?
Irina jeta un œil à travers la porte. On l'avait prévenue qu'elle devrait effectuer plusieurs tâches avant de se voir attribuer un bureau, un premier bureau, noyé au milieu de dizaines d'autres.
Ensuite, peut-être, gravirait-elle les échelons.
Mais pour l'instant, elle semblait avoir été réquisitionnée aux archives.
- En lisant, monsieur ?
- En recopiant, rectifia son tuteur. Les six étagères qui se trouvent sur votre gauche sont pleines de décrets anciens. Tous les décrets sont soumis à des enchantements de conservation et de dépoussiérage, mais ces six étagères ont été oubliées par votre prédécesseur. Il n'a pas tenu six semaines. J'espère que vous finirez au moins une étagère avant de donner votre démission.
- Je le crois, monsieur. Quand dois-je avoir fini ?
- Vous avez une année.
Irina écarquilla les yeux, croyant qu'il s'agissait là d'une blague. Mais son tuteur referma la porte dans son dos, la laissant seule dans une quasi obscurité qui ne la tranquillisait pas.
Elle fit jaillir un trait de lumière et sentit un poids immense alourdir son estomac. Les étagères étaient si hautes qu'elles couvraient plusieurs étages. C'est dans un soupir qu'elle s'attela à sa tâche.
ooOOoo
Londres, dans un magasin moldu
Tous ceux qui connaissaient les membres de la Confédération Magique Internationale avaient prévenu James.
« Tu verras, ce sont des gens très sérieux, mais ils ont aussi un sens de l'humour redoutable ».
Le moment de partir était arrivé. Déjà, enfin, James ne savait pas trop, au juste. Il savait juste que sa nouvelle vie commençait là, à ce moment-même, au terme d'une chasse au trésor qui l'avait mené de King's Cross jusqu'à ce magasin de prêt-à-porter, et surtout jusqu'à cette paire de chaussures, dont l'étiquette portait pour seule mention la date du jour et une heure bien précise.
James devina qu'il s'agissait là d'un Portoloin et se trouva un coin discret, pour ne pas effrayer les moldus venus en nombre faire leur shopping.
Il ignorait où le mènerait le Portoloin, il ignorait pourquoi il partait et pendant combien de temps. Et cette inconnue l'inquiétait autant qu'elle l'excitait. Il tuait le temps à essayer de départager ces sentiments bien distincts. Il n'était parvenu à aucun résultat lorsque le Portoloin l'attira dans les limbes de l'espace, symboles de point de départ à sa nouvelle vie.
ooOOoo
Poudlard
Un coup dans le bras. Un coup de coude. Rose. Un souffle chaud près de l'oreille, quelques mots soufflés à la va-vite, discrètement. « Le cours est terminé. Lève-toi. »
Natasha se força à recopier la liste des devoirs de la semaine et se redressa, se mêlant aux adolescents qui, comme elle, venaient de subir leur premier cours de Botanique. L'herbe était déjà humide en cette fin de journée, l'automne promettait d'être pluvieux.
Par automatisme, Natasha jeta un œil au terrain de quidditch. Une jeune femme y disposait des accessoires d'entraînement, la mine sérieuse et réfléchie. Lucy Weasley, batteuse brillante et nouvelle capitaine de Gryffondor.
Un premier pincement au cœur.
Quelques jeunes lions étaient assis sur les gradins, un balai à la main. Il devait s'agir des sélections de l'équipe de Gryffondor, et Lucy avait fort à faire. Quatre cadres avaient quitté l'équipe, dont le célèbre trio de poursuiveurs.
Un deuxième pincement au cœur.
Rose pressa son épaule, la mine compatissante. Natasha se força à sourire et marcha sans entrain jusqu'à la bibliothèque. Sur son passage, quelques filles stoppaient leur conversation pour la suivre des yeux. Les rumeurs allaient bon train, et les médisances étaient très vite arrivées. « Si elle croit que James Potter va lui être fidèle... ». Les paris étaient lancés, la plupart des élèves étaient certains que leur relation ne tiendrait pas jusqu'à Noël.
Timothée lui conseillait d'ignorer les envieux et les médisants, Rose clamait haut et fort qu'ils leur prouveraient qu'ils avaient tort. Elle était persuadée que James et Natasha resteraient ensemble à tout jamais. Et Natasha espérait que la vie lui donnerait raison. Et que le temps accepterait de s'accélérer. Juste un peu. James lui manquait déjà.
ooOOoo
Leur première mission les avait laissés sans voix.
Ils avaient eu vingt-quatre heures pour faire le tour du monde. Vingt quatre heures pour toucher le sol de chacun des continents.
Ils en avaient perdu une à chercher où ils se trouvaient, deux autres à se mettre d'accord.
Le portoloin avait laissé James en plein air, à trois mètres de haut d'une grande étendue d'eau qui l'avait englouti. Il avait émergé épuisé par la nage et désappointé de voir ses affaires ainsi trempées.
Il avait retrouvé ses acolytes dans une grotte et un message leur était apparu sur le plafond, en des points phosphorescents.
"Vous avez vingt-quatre heures pour toucher le sol de chacun des continents."
Rien de plus, rien de moins.
Ils étaient onze, ils venaient des quatre coins du monde, ils parlaient tous en même temps.
Ils étaient onze, ils devaient partir, vite, mais ne savaient même pas où ils se trouvaient.
Ils balançaient des noms de ville, de pays, sans trop y croire.
Ce fut James qui évoqua l'Océanie, arguant qu'aucun d'entre eux n'y vivait.
Ce fut Chen qui grimpa aux parois de la grotte, indiquant que la lumière phosphorescente provenait de milliers de vers luisants.
Ce fut Charlotte qui se rappela avoir vu un documentaire sur l'une des destinations touristiques les plus prisées de Nouvelle Zélande.
Ce fut Nicolas qui confirma les dires de sa sœur, avançant qu'ils se trouvaient dans les grottes de Waitomo.
Ce fut Slawomir qui se procura une carte moldue, en trois enjambées et deux sourires.
Ce fut Selim qui proposa qu'ils rejoignent Auckland, plus près que Wellington.
Ce fut Brooke qui avoua qu'elle avait mémorisé toutes les destinations des aéroports internationaux, sûre qu'ils pourraient un jour en avoir besoin.
Ce fut Mateus qui négocia un transport jusqu'à l'aéroport.
Ce fut Sian qui proposa qu'ils jouent avec les fuseaux horaires pour remplir leur mission.
Ce fut Evora qui fit d'intenses calculs, avant d'assurer que c'était impossible.
Ce fut Shekilah qui affirma qu'il leur restait vingt heures, que rien n'était perdu.
ooOOoo
Hôpital Sainte-Mangouste
La chair à vif, en lambeaux. Du sang partout, des litres entiers de sang poisseux. Des os qu'il n'aurait pas dû voir. Des os qui auraient dû être cachés par cette peau qui n'aurait pas dû être ouverte. Cette peau qui n'était plus que plaies béantes.
La veille, quand on avait dit à Keanu qu'il passerait trois semaines aux urgences de Sainte Mangouste, il s'était attendu à devoir nettoyer les salles ou à préparer le matériel des infirmières. Un bizutage qu'il attendait avec sagesse, parce qu'il croyait devoir en passer par là.
Keanu avait toujours pensé que chacun était né en ce monde pour une raison bien précise, Il avait mis quinze ans à trouver cette raison. Sa raison. Sa place. Tout l'intéressait, rien ne le dérangeait, les passions étaient vastes, attirantes, changeantes, à l'exception d'une seule, qui le prenait au corps, au cœur, à l'âme.
Il avait réfléchi, pesé le pour et le contre, et s'était lancé, devant la mine peu surprise de ses parents.
- Je veux devenir Guérisseur.
- C'est bien, mon chéri, avait souri sa mère. C'est bien qu'enfin tu le réalises.
- Et ce qui est encore mieux, avait renchéri son père, c'est ton travail, ton sérieux. Tu as les moyens de tes ambitions et nous sommes très fiers de toi. Et puis… Peut-être cette nouvelle certitude t'aidera-t-elle à recentrer tes objectifs et tes recherches vers un angle bien précis.
Keanu avait hoché la tête, incertain. Son père, le brillant historien à qui rien n'échappe jamais, avait-il eu vent des recherches de son fils ? Il lui semblait soudain que son père était au courant de l'enquête qu'il menait avec Solenne et le reste de la bande. Et qu'il lui donnait un conseil.
Ça n'avait rien de surprenant, après tout, son père était professeur d'Histoire de la Magie, il enseignait et vivait dans ce château merveilleux où Keanu et ses amis avaient grandi, et même s'ils s'étaient montrés prudents, discrets, il n'était pas étonnant que les professeurs aient soupçonné la teneur de leurs échanges, de leurs lectures, de leurs découvertes.
Cette remarque de son père, Keanu ne l'avait jamais oubliée. A ses yeux il s'agissait d'un conseil précieux. Un conseil que Keanu s'était empressé de partager avec Solenne.
Depuis qu'il avait pris sa décision, Keanu voyait Solenne différemment. Ils possédaient les mêmes souvenirs, les mêmes désirs.
La jeune fille ne s'était jamais caché une volonté d'intégrer Sainte Mangouste au plus tôt. En première année, déjà, elle guérissait les petits bobos de Keith qui s'entraînait au quidditch en secret, ne voulant éveiller les soupçons de la déjà très brillante Nalani.
Elle adorait l'idée que tout en exerçant un métier commun, ils empruntent deux chemins complémentaires. La recherche et la pratique.
Il la savait enfermée dans un laboratoire, bien décidée à axer ses recherches sur les virus de la magie, certaine de trouver celui que les Zigaro avaient utilisé sur leurs victimes. Ce sujet la tenait en échec depuis des années, mais désormais c'était différent. Elle avait des outils à sa disposition, des livres autrement plus intéressants que ceux de Poudlard, des archives détaillées, les résultats des expérimentations les plus poussées.
Keanu savait qu'elle réussirait. Solenne était promise à un grand avenir. Et il ferait tout pour demeurer son égal. Mais avant ça, il devait apprendre à rester calme, à garder les yeux bien ouverts, à empêcher ses jambes de trembler.
- Gamin ! Rends-toi utile ! Je me prépare un thé pendant que tu t'occupes de ce vieux fou.
- Que lui est-il arrivé, professeur ?
- C'est un délinquant connu du bureau des Aurors, qui a décidé de prouver que les sortilèges impardonnables ne sont pas plus graves qu'un sortilège d'explosion intestinale.
- J'ignorais qu'un tel sort existe, remarqua Keanu, écœuré.
- Il est rarement utilisé à Poudlard, gamin. Alors tu vas t'occuper de lui, stopper l'hémorragie, remettre les os et les organes dans le bon sens, refermer tout ça et le rendre aux Aurors. Un de leurs chiots devrait t'attendre au rez-de-chaussée. Qu'est-ce que t'attend pour commencer ? Qu'il n'ait plus une goutte de sang ? Qu'il crève, peut-être ?
- Je… je dois le faire seul ?
- Ben quoi, t'as pas pris option couture à Poudlard ? Aller fais-ça bien, je te regarde le temps que je prépare mon thé. Une fois qu'il sera infusé je te laisse seul. Alors bouge-toi !
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Aéroport d'Auckland, Nouvelle Zélande
Ce fut le panneau de vols de l'aéroport qui les terrorisa. Un champ de possibles s'offrait à eux. Une marge d'erreur qu'ils ne pouvaient pas se permettre de négliger. Un doute qui demeurait.
- On est censés prendre quel calcul en compte à votre avis ?, demanda James. Pour le nombre de continents ?
- Qu'est ce que tu nous inventes là ?, s'étonna Charlotte. Il y a cinq continents, on n'a pas besoin de calculer quoi que ce soit.
- Non, six, affirma Nicolas.
- Sept, intervint Evora, sûre d'elle.
- L'équivalent moldu de la Confédération Magique Internationale affirme qu'il existe cinq continents.
- Parce qu'ils considèrent que l'Amerique ne forme qu'un seul continent et que l'Antarctique n'est pas aussi peuplé que les autres continents. Mais au niveau géopolitique les moldus considèrent qu'il existe sept continents.
- Huit, rectifia James. En comptant Zealandia. C'est justement tout le problème. Est ce qu'on considère qu'on est en Océanie ou plutôt en Zealandia ?
- On peut prendre un vol avec escale à Sydney, proposa Sian. Comme ça, dans le doute, on aura posé un pied en Océanie.
- On vote pour ?, demanda Mateus, incertain.
- On ne va pas voter à chaque prise de décision, grogna Evora.
- On n'a surtout pas le temps, approuva Brooke. Je propose qu'on se bouge toujours le plus vite possible et que l'un de nous râle s'il n'est pas d'accord.
Personne ne trouva rien à redire et ils s'envolèrent pour Tokyo, seul vol rapide avec escale en Australie.
C'était le début des ennuis, ils savaient que cette journée n'avait strictement rien à voir avec une sinécure mais ils n'étaient pas au bout de leur peine. Chacun était bien décidé à impressionner les mages formateurs de la Confédération Magique Internationale et ils durent ruser pour réussir.
Abandonner l'avion pour mettre les voiles, dans tous les sens du terme, faire les bons choix rapidement, en osmose.
Communiquer pour avancer, s'écouter les uns les autres, concilier leurs avis, leurs divergences, leurs efforts.
Utiliser la ruse, aussi.
À la fin de la journée, alors qu'ils découvraient New York pour la première fois, ils se laissèrent tomber au sol, sales, fatigués, euphoriques.
Ils avaient réussi, avec deux bonnes heures d'avances sur le temps imparti.
C'est alors qu'une dizaine de sorciers surgirent pour les amener dans un campus d'entraînement. Cette fois ils n'auraient pas vingt quatre heures mais vingt quatre jours, pour apprendre à parler huit langues, à maîtriser dix moyens de locomotion, et à se battre, physiquement et verbalement.
L'apprentissage serait court mais intense, leur avait on dit.
Et si tous seraient bien restés là, assis au milieu d'un parking moldu, ils sautèrent sur leurs pieds.
Leur nouvelle vie commençait là.
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Hôpital Sainte-Mangouste
Une nouvelle journée se terminait, après s'être éternisée un peu plus que les précédentes, mais sans doute toujours moins que les suivantes. Solenne était fourbue, courbaturée, ses épaules, trop tendues, étaient douloureuses, et ses yeux, qu'elle avait trop sollicité, lui donnaient des maux de tête. Elle ne s'était pas aperçue que la nuit était tombée et songeait qu'elle n'allait encore dormir que quelques heures lorsqu'elle aperçut Keanu, assis sur un banc, avec pour seule compagnie un patient étendu sur un brancard.
- Ton premier échec ?
Elle ne s'attendait pas à le voir sursauter, encore moins à rencontrer un regard vitreux, un visage diaphane.
- Il est vivant, murmura-t-il. Mais ça a été plus dur que je ne l'aurais cru.
Sa voix était faible, tremblotante. Solenne jeta un œil au patient, vérifiant qu'il était bien endormi, et souleva le drap qui recouvrait son tronc. Elle découvrit de longues et épaisses cicatrices, signe que la journée de Keanu avait dû être plus éreintante encore que la sienne. Et sans aucun doute traumatisante.
- Pourquoi n'est-il pas dans sa chambre ?
- Il est tiré d'affaire. C'est un criminel, j'attends qu'un Auror vienne le chercher.
Elle acquiesça, chercha une idée lumineuse pour faire naître un sourire sur le visage de son ami. Mais elle était épuisée, et n'avait jamais été de celles qui mettaient l'ambiance. Elle aurait voulu que James ou Mael se matérialise devant eux. Mais personne ne vint.
- Tu veux aller boire un verre après ?
Le miracle opéra, et Keanu esquissa un sourire. Moqueur.
- C'était quand la dernière fois que tu t'es regardée dans un miroir ? Si on voulait boire un verre tous les deux, on ne nous accepterait que dans une morgue. C'est gentil, Solenne, mais va plutôt dormir. Tu n'as pas vu le soleil depuis des jours et je rêve de retrouver ma couette.
Son ton, désabusé, tira une grimace à la jeune fille. On disait souvent que guérisseur était la carrière la plus ambitieuse que puisse choisir un sorcier. « On » ne se trompait pas. La difficulté avait déjà rebuté deux jeunes qui, comme eux, s'étaient présenté à l'hôpital le premier septembre.
- Faut qu'on s'accroche, Keanu. C'est la première année qui est difficile, après ça ira mieux.
L'ascenseur le plus proche grinça, signe qu'ils ne seraient plus seuls bien longtemps. Solenne demeura immobile, le temps de voir la porte s'ouvrir sur l'apprentie Auror qui venait chercher le criminel. Alice Londubat, tout de cuir vêtu, braqua son regard azur sur Keanu.
- Le hasard fait bien les choses, marmonna Solenne. On se voit demain ?
- On se voit demain, promit Keanu.
Tout à ses pensées, il n'avait pas reconnu Alice ni l'avait vue avancer jusqu'à lui. A nouveau il sursauta lorsqu'elle s'adressa à lui.
- Salut. Désolée pour le retard, le boss nous met dans des plans pas possibles. Liko dit qu'il veut nous dégoûter.
- Liko ?, releva Keanu avec amertume.
- Liko Jordan, le frère de Nalani.
- Je vois très bien à quel Liko tu fais référence.
La fatigue avait disparue, laissant place à une froideur acerbe, et non dénuée de jalousie. A deux doigts d'éclater de rire, Solenne se retira. Une nouvelle fois elle se sentait de trop. Un sentiment devenu habituel, comme lorsqu'elle se retrouvait avec Mael et Nalani, Oscar et Susie ou Pepper et Clifford.
Il n'était pas anormal que les amis d'hier soient devenus un peu plus que des amis, mais elle avait parfois l'impression de ne plus pouvoir voir l'un de ses amis sans qu'un autre, devenu sa moitié, ne soit également là.
En quittant l'hôpital cette nuit-là, elle savait très bien comment les choses allaient se dérouler. Alice s'occuperait du criminel, et proposerait à Keanu d'aller boire un verre, comme Solenne venait de le faire. Cette fois, Keanu accepterait. Ils se débrouilleraient pour se croiser de plus en plus, laissant croire au hasard, et finiraient par se donner rendez-vous. Ils se verraient au Chaudron Baveur, dirigé par la mère d'Alice, en profiteraient pour se balader sur le Chemin de Traverse. En bon gentleman Keanu proposerait à Alice de la raccompagner. Elle l'inviterait à boire un dernier verre chez elle. Il n'en sortirait que le lendemain. Il laisserait alors son bonheur éclater aux yeux de tous, et surtout de Solenne, puis, lorsque viendrait fatalement l'heure des disputes et des séparations, c'est vers elle qu'il se tournerait. Comme Nalani. Comme Clifford. Comme Juliet.
Solenne passa la porte de son minuscule appartement. Elle n'invitait jamais personne, ne possédait qu'un canapé-lit et une chaise de bureau, se servait de son bureau comme d'une table. Nalani n'avait pas compris. Irina et Juliet non plus. Elles disaient « tu as quand même les moyens de louer mieux, non ? Tu veux que je te prête du fric ? »
Elles ne comprenaient pas. Personne ne comprenait. Solenne n'aimait pas plus que ses amies son petit appartement. Humide et mal isolé, il ne réchauffait nullement son cœur. Mais elle n'y passait que cinq heures par nuit, elle ne voyait pas l'intérêt de le troquer contre plus chaleureux ou plus grand. Elle ne voyait pas davantage l'intérêt de s'amouracher du premier venu en sachant très bien qu'elle n'avait pas le temps pour ça, ni la moindre envie de les perdre, lui et les enfants qu'ils pourraient un jour avoir.
Sa vision de la vie était sombre. Pessimiste, disaient ses amis. Réaliste, justifiait-elle. Elle plus que quiconque savait que les menaces étaient nombreuses, et qu'ils ne pourraient pas toujours les éviter, s'en préserver. Elle ne voulait pas vivre dans la peur de perdre les gens qu'elle aimait, de craindre de ne parvenir à les secourir, à les sauver. Elle avait suffisamment peur pour ses amis, elle se refusait d'ajouter à sa crainte celle de perdre un petit-ami, un mari, des enfants.
Alors, comme chaque soir, elle ignora le sourire du jardinier qui vivait en face et tira les rideaux sur cet homme à peine plus âgé qu'elle, mignon comme tout avec ses yeux verts et sa barbe blonde. Elle programma son réveil pour qu'il sonne deux minutes plus tôt que la veille, comme elle aimait à le faire trois fois par semaine, et eut une pensée pour sa maman, chirurgien cardiaque, qui avait sauvé tant de vies et dont le cœur avait lâché, sans qu'aucun de ses confrères n'en anticipe la raison. Sa maman qui adorait la vie, draguait ouvertement ses patients, et multipliait les honneurs. Sa maman qui était peu à peu tombée dans l'oubli. Solenne elle-même n'en parlait jamais. Aucun de ses amis ne savait que sa mère était morte et qu'elle avait choisi de guérir les gens pour que plus aucune petite fille n'ait à perdre sa maman brutalement.
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Quelque part, au fin fond du Canada
La neige n'en finissait pas de tomber. Un ballet incessant, dont il ne se lasserait jamais. James essayait de rester concentré, mais il n'y parvenait que bien peu de temps, et toujours ses yeux montaient vers les cieux, et toujours ils revenaient vers ce ciel blanc qui crachait ses flocons. C'était l'hiver, et James se disait qu'il devait neiger en Ecosse aussi. C'était l'hiver, et James n'oubliait pas combien il avait rêvé de découvrir le Canada. C'était l'hiver, et James n'en pouvait plus de rester allongé dans la neige, dans le silence, dans le néant.
Du Canada, la constellation n'avait vu qu'une vaste étendue entourée de trois montagnes. Un Portoloin les avait laissés là, au beau milieu de la poudreuse, avec pour seule consigne d'épier les environs et de noter tout ce qu'ils voyaient. Et au bout de trois longues semaines, ils n'avaient rien vu d'autres qu'un aigle royal, quelques loups et une tempête de vents violents qui avait considérablement fait baisser la température. Obligés de rester couchés entre les arbres pendant des heures, l'extrême concentration et la bonne volonté des débuts avaient laissé place à une lassitude commune.
Mais la consigne la plus contraignante était de rester discrets, de jour comme de nuit. La constellation ne savait pas, au juste, quels étaient les risques, ni qui était susceptible de surgir pour mettre en péril la paix internationale mais pour plus de sûreté, ils avaient mis au point un roulement, montaient la garde à tour de rôle, sans jamais allumer un feu dont la fumée aurait pu attirer l'attention sur eux.
Ils apprenaient à pêcher à mains nues, enduisaient leur peau gercée d'onguents apaisants, se nourrissaient de baies et de poisson cru. Le moment qu'ils attendaient tous avec impatience avait été initié par Sian, de loin la plus hyperactive de tous. Elle avait soumis l'idée de partir sans cesse en reconnaissance, à deux ou trois, pour entretenir muscles et souplesse. Nul n'avait trouvé à redire, et James attendait avec de moins en moins de patience les deux balades quotidiennes. La première, qu'il partageait avec Chen et Selim, les voyait courir et se battre pendant une petite heure. Une heure délicieuse, dont ils profitaient pleinement. La nuit, James et Evora se transformaient et parcouraient une longue distance, l'animal en eux se libérant enfin après des heures de silence et d'inactivité. Chaque nuit ils allaient un peu plus loin, chaque nuit ils exploraient un nouvel espace, un nouveau territoire. Mais jamais ils ne croisaient un être humain.
Ils eurent à endurer six longues journées, encore. Et puis Mateus rameuta la troupe, désignant la courte missive qu'ils venaient de recevoir. Leur mission au Canada s'arrêtait là, sans qu'ils ne sachent si elle était ou non un échec. La missive était accompagnée d'un nouveau Portoloin. Ils eurent à peine le temps de regrouper leurs affaires qu'ils étaient déjà partis pour leur nouvelle destination. El Aziza, Libye. L'endroit le plus chaud du monde. Cette fois c'est dans le sable qu'ils devaient se coucher, sans savoir ce qu'ils attendaient. A condition que leurs corps supportent le changement soudain de climat, et les quarante degrés de différence qu'ils devaient endurer.
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Mael Thomas avalait les mètres d'un bon pas, emmitouflé dans une parka recouverte de neige. L'hiver, très froid, n'acceptait pas de laisser place au printemps, malgré un mois de mars déjà bien avancé.
Il profitait de sa marche pour réfléchir, choisir comment présenter les choses, inquiet à l'idée de ne passionner personne. Le début de sa carrière professionnelle était aussi surprenant que frustrant, à ses yeux, et aux yeux de ses proches. Son supérieur lui avait asséné une année d'infiltration dans le monde moldu. Il devait changer régulièrement d'emploi, intégrer des associations, se faire des contacts, et se fondre dans tous les lieux moldus possibles et inimaginables. Une nécessité pour le comité de préservation du secret magique qui ne voyait pas d'un très bon œil que les sorciers en charge de la protection des moldus attisent la méfiance de ceux-ci par un comportement inapproprié.
C'était un travail intéressant. Mais Mael n'en parlait que rarement, parce qu'il trouvait ses missions bien moins passionnantes que celles de Keanu et Solenne, qu'il peinait à voir tant l'un et l'autre étaient occupés ou de Pepper, qui côtoyait les artistes les plus singuliers. Alice rapportait toujours une anecdote désopilante du bureau des aurors, les lettres de Keith et Juliet les tenaient en haleine pendant des heures.
Et puis il y avait Nalani et Oscar, qui passaient leurs journées entourés des idoles de leur adolescence, des joueurs professionnels riches et célèbres qui les invitaient parfois à passer un week-end en leur compagnie, en Floride ou dans un chalet dans les Alpes.
Nalani acceptait toujours. Et Mael, infiltré parmi les moldus, l'imaginait entourée de corps musclés et désirables.
Il aurait suffi que James soit là, qu'il le rassure et lui rappelle que Nalani l'aimait, qu'il n'avait rien à craindre.
Mais James était loin.
Mael inspira un bon coup et poussa la porte de "Chez Susie", une cabane toute simple et toute petite, faite de pierres et de bois, installée au fond du Chemin de Traverse.
Six tables, vingt chaises, des couleurs partout sur les murs, le sol, le plafond. Susie avait voulu apprendre, travailler sous les ordres d'un autre, mais l'occasion s'était présentée, un local se libérait et elle s'était lancée, avec le courage qui la caractérisait.
Le lieu était à son image, chaleureux et accueillant. Mael s'y sentait bien dès qu'il passait la porte.
- Mon pote !
Clifford lui donna une claque gigantesque dans le dos, le déséquilibrant, et Pepper le retint, jetant un regard déçu vers la porte qui se refermait dans son dos.
- Il ne viendra pas ?
- Non, répondit-il simplement.
Susie accourut, plaqua une bise sur ses joues et le délesta de ses affaires. Mael se dirigea vers le centre de la pièce, où Oscar amusait la galerie, en évoquant les phobies loufoques et les exigences exagérées du nouvel attrapeur d'une équipe de la Ligue, refusant toutefois de donner son nom.
Nalani lui porta un verre et Mael tomba amoureux, comme chaque jour un peu plus. Avant de s'isoler, Mael salua chacun de ses amis, sans pouvoir s'empêcher de grimacer en voyant la place de James inoccupée.
- Tu lui as parlé ?, s'enquit Nalani.
- Un quart de seconde, soupira Mael. La communication n'était pas très bonne, j'entendais une syllabe sur deux. Je sais même pas où il est. Loin, sûrement. Il faisait un soleil de dingue et il était en t-shirt.
Voyant qu'il broyait du noir, Nalani l'embrassa.
- Il souriait ?
- Ouais...
- Alors tout va bien. C'est l'essentiel.
- James sourit tout le temps, même quand ça va pas.
- Joli cœur... Tout le monde se fait du souci. Et tout le monde s'accroche à toi, à tes impressions, à tes doutes. Parce que tout le monde sait que tu le connais mieux que personne. Alors haut les cœurs, pour eux. Parce qu'eux aussi sont nos amis. Et qu'ils comptent sur toi.
Mael abdiqua. Il allait passer une soirée agréable, il le savait. Mais sans James, ce n'était pas pareil. Et il devait s'y habituer, apprendre à vivre avec son absence. Avec l'espoir un peu fou que cette année ponctuée d'absences était une transition, une exception dans leur vie.
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C'était dur. Presque trop. Et ce qui l'était peut-être plus encore c'était de le cacher, de l'amoindrir, pour ne pas inquiéter leurs proches.
Brooke n'arrivait plus à écrire à son fiancé. Elle se décidait, commençait une lettre, raturait un mot, puis dix, puis cent, froissait la lettre, recommençait, abandonnait, se cachait pour pleurer.
Ils avaient retrouvé leurs repères, pourtant. Après le grand froid et l'écrasante chaleur, ils avaient connu une moiteur sans pareille, et les moustiques qui l'accompagnaient, avant d'être abandonnés dans un souterrain qui les avait éloigné du soleil et de l'air libre pendant deux semaines, jusqu'à ce qu'un énième Portoloin les mène au beau milieu de l'Océan Pacifique, où ils avaient nagé, flotté, lutté pendant des heures avant de se défaire de leurs chaussures et d'utiliser chaque lacet pour lier des branches, se construisant un radeau de fortune qu'ils avaient finalement quitté au bout de trois nuits.
Cette incertitude permanente les rendait irascibles, méfiants. Ils sursautaient, dormaient peu, se tenaient prêts à repartir à tout moment. Ils avaient appris à se passer de tout, à ne conserver sur eux que l'essentiel, à rationner nourriture et eau potable, à repousser le sommeil, à s'endormir sans envie quand il le fallait, parce qu'ils ignoraient ce qu'il adviendrait d'eux le jour d'après.
Cette contemplation passive mettait le cerveau de James en ébullition. Il cherchait des réponses qui ne venaient pas, et ne pouvait s'empêcher de rouvrir le tiroir de ses interrogations passées.
Où étaient les frères Zigaro ? Et s'ils surgissaient là, devant ses yeux ? Comment réagirait-il ? Qu'était-il censé faire ?
Solenne, Keanu et leurs amis poursuivaient-ils leurs recherches, leurs investigations, leur enquête ?
En parlaient-ils quand ils se retrouvaient ? Le tenaient-ils à l'écart ?
Théodore Nott avait-il revu ses fils ? Où se cachaient ses derniers ?
Amalthéa était-elle vraiment morte, ou se cachait-elle quelque part dans le monde ?
Il ne les oubliait pas, et chaque voyage lui redonnait l'espoir de les trouver. Quand James observait les environs, il espérait voir un fils Nott ou Amalthéa surgir, lui faire un signe, lui apporter une réponse, enfin.
Un échec de plus, pour celui qu'on abreuvait de questions, plutôt que de réponses.
Le dernier Portoloin les avait parachutés au toit d'un immense centre commercial parisien, au premier jour des soldes. Le retour à la civilisation, au bruit, à la pollution fut brutal. Mais ils n'en laissèrent rien paraître, se tenant parés à toute éventualité, même s'ils ne croyaient plus depuis longtemps à l'importance de leur présence dans tel ou tel lieu. Ils n'étaient pas là pour prévenir d'un danger, encore moins pour déjouer une quelconque menace de guerre. Ils étaient là pour apprendre, pour endurer, pour subir. Pour acquérir des réflexes.
Lorsqu'ils tombaient sur un sol nouveau, ils sautaient sur leurs pieds, accroupis, une main sur la baguette qu'ils dissimulaient toujours, ne sachant jamais s'ils étaient envoyés dans un lieu sorcier ou au beau milieu des moldus. Ils tournaient sur eux-mêmes rapidement, pour évaluer la situation au plus vite.
Du béton. Une vue plongeante sur une ville immense. La Tour Eiffel qui se dessinait sur leur gauche. Paris. Des bruits de pas, quelqu'un venait vers eux. Une large cheminée derrière laquelle se cacher. Les bruits de pas s'estompaient alors qu'apparaissait un homme qui fumait une cigarette. Il portait un gilet de magasin, une marque de parfumerie brodée sur la poitrine. Ils se trouvaient sur le toit d'un centre commercial.
Une fois l'homme disparu, Sian avait distribué les quelques couteaux qui ne la quittaient jamais. Ils devaient faire disparaître les signes de longues semaines au bout du monde et s'acclimater à nouveau à la civilisation. Les garçons taillèrent leurs longues barbes, les filles coupèrent leurs cheveux. Ils se débarrassèrent de leurs vêtements trempés par les vagues et le sel, qu'ils troquèrent par une paire de jeans propres, un débardeur et un blouson plus commodes, plus branchés, plus moldus. Ils s'étaient habitués à se dévêtir les uns devant les autres et n'en ressentaient plus la moindre gêne.
C'était un sentiment bizarre de redécouvrir la constitution d'un bâtiment, de retrouver les éléments de la vie quotidienne après en avoir été privés pendant des mois. Les escaliers, l'électricité, les pleurs d'un enfant, le brouhaha, les couleurs criardes, la chaleur humaine. Tant d'habitudes qui n'en étaient plus.
Devant le centre commercial, Charlotte avait fermé les yeux, inspiré à pleins poumons l'odeur de la ville, de l'Europe, d'un pays qu'elle connaissait bien. Nicolas, lui, regardait tout autour de lui avec des yeux d'enfant. Cette ville, il la connaissait aussi. Cette ville, il en avait moins peur que de ces contrées éloignées où ils avaient vécu pendant des mois.
Et pourtant, il avait fallu se rendre à l'évidence. S'ils étaient à Paris, ce n'était pas pour rien, et certainement pas pour profiter de ses musées. Alors ils étaient retournés sur le toit du centre commercial, et Brooke avait attribué les tours de garde. James, Selim et Sian avaient rampé dans une direction, les yeux rivés sur le nord de la ville. A la recherche de rien, ils le savaient. Mais ils se pliaient à cette nouvelle tâche qui était la leur, patientant dans l'immobilité la plus totale pendant de longues heures. Après avoir compté les flocons, les grains de sable et les gouttes, James se mit à compter les cheminées des appartements parisiens.
L'ambiance était lourde. Le silence, ils l'avaient déjà trop subi. Le silence, ils ne savaient plus comment le rompre. Chen avait conseillé qu'ils profitent de chaque temps mort pour se reposer. Ils en auraient besoin, ils en avaient déjà besoin. Mais certains faisait fi de sa sagesse pour s'enfuir, gambader, profiter. Ils étaient jeunes, ils n'avaient pas les soirées, les week-ends, les jours de repos dont jouissaient les filles et les garçons de leur âge, ils voulaient grappiller quelques instants de liberté, boire un verre en terrasse, faire les magasins. James était de ceux-ci. Voilà trois semaines qu'il ne parvenait plus à écrire à Blaise, Maël, ni même à Natasha.
Le retour à la civilisation leur en offrait pourtant l'opportunité. Les premiers jours, une vingtaine de hiboux s'était posée sur le toit du centre commercial, déposant à leurs pieds toutes les lettres qu'ils n'avaient pu recevoir pendant des semaines, jusqu'à la dernière, une missive collective de la Confédération Magique Internationale leurs expliquant que leurs proches, les trois personnes qu'ils avaient désignées, avaient été prévenues qu'ils allaient bien et qu'ils ne pouvaient entrer en contact avec personne.
La nuit venue, ceux qui ne montaient pas la garde s'étaient délectés des lettres pleines d'amour de leurs proches, dans un silence qui, enfin, était appréciable. James avait relu ses lettres trois fois. Ses proches s'inquiétaient. Il le savait et se sentait incapable d'y remédier. Il savait que ses amis et sa famille le comprendraient. Il ne doutait pas que jamais Natasha ne l'accepterait.
Et pourtant il n'arrivait à rien écrire, à rien envoyer. Que pouvait-il dire, au fond ? « J'ai passé les derniers mois couché dans la neige, puis dans le sable, puis dans une grotte, puis sur un radeau de fortune, et maintenant je vis sur le toit d'un centre commercial moldu. Et je ne sais pas pourquoi. »
Ça n'intéresserait personne. Et il ne voulait pas s'inventer des aventures captivantes, une autre vie. Il ne voulait pas leur mentir.
Il profitait de chaque pause pour sillonner la capitale. Ce jour-là, il était accompagné de Mateus.
James sirotait une citronnade, attendant que Mateus ne termine ses achats. Paris était drapée d'un froid sec, venteux, qui ne lui ôtait aucun de ses charmes. James arpentait Montmartre, sa petite amie s'infiltrant dans chaque vue, chaque contemplation. Il songeait qu'il lui avait promis de l'amener à Paris et qu'il n'avait jamais honoré sa promesse. Il avait le temps, encore. Ils avaient tout le temps devant eux. Mais une petite voix en lui murmurait qu'il n'honorerait jamais sa promesse. Alors il se mêlait aux badauds, aux peintres sans le sou, aux restaurateurs pressés, s'asseyait sur la plus haute marche d'un escalier, contemplait les ruelles et les quartiers, comme pour sceller en lui des souvenirs de solitude.
Mateus n'était pourtant pas loin. Il le héla, quémanda une halte, d'une voix pressante. Ils ne pouvaient trop tarder et James se détourna des merveilles de Paris. Mateus lui tendit une dizaine de cartes postales, lui demanda son avis. James hésita, elles étaient toutes belles, c'était après tout ce qu'on attendait d'une carte postale. Mais l'une d'entre elle retint son attention. Il voulut la désigner mais Mateus s'était déjà décidé pour une autre.
Et alors que James contemplait le monument sur la carte, il songea que cette incroyable bâtisse avait beau être de toute beauté, il ne voulait pas la voir, pas la visiter. Pas tout de suite, pas maintenant, pas avec Mateus. Alors il délivra quelques pièces au vendeur et écrivit trois mots au dos de la carte. La seule vérité à laquelle il croyait. Pour la seule personne qui n'accepterait pas son silence.
« Je t'aime ». En français. Au dos du Sacré Cœur.
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Quelques mois plus tôt, dans le Poudlard Express
Le train filait à travers la campagne anglaise depuis plus de trois heures. Rose avait salué quelques camarades, les amis de son frère, de Lily, de Lucy, quelques irlandais aussi, avant de s'enfermer dans un des derniers compartiments du train avec Natasha et Timothée. La présence de ce dernier leur avait permis de rester tranquilles, la grande majorité des élèves ne désirant pas demeurer trop proche de lui.
Comme toujours, Timothée ignorait les murmures, les insultes, les regards effrayés. La peur et les jugements trop rapides lui passaient au-dessus de la baguette du moment que ses proches l'aimaient tel qu'il était. Rose était quelque peu peinée pour lui, mais devait s'avouer soulagée de ne pas avoir à supporter la rivalité de jolies filles qui se seraient forcément intéressées à son petit-ami si son nom n'avait pas attisé la crainte et le mépris.
Mais celle qui se satisfaisait le mieux de la situation, du moins en ce premier septembre, était Natasha. Le regard vague, l'épaule posée contre la fenêtre, Natasha parlait peu, ne s'était jetée sur aucune friandise et soupirait beaucoup.
James lui manquait déjà. Il était pourtant venu en gare de King's Cross, sa main tenant fermement celle de Natasha et l'avait longtemps serrée dans ses bras. Mais c'était la première fois que les trois élèves de sixième année seraient à Poudlard sans James et, si Rose et Timothée s'en désolaient, Natasha en était tout bonnement dévastée.
- Noël arrivera vite, la réconforta Timothée avec un sourire compatissant.
- Pas assez vite à mon goût, répliqua Natasha. Mais merci. Heureusement que vous êtes là.
- Voilà qui devrait te motiver deux fois plus, la taquina Rose. Si tu venais à redoubler, tu te retrouverais seule.
- Anastasia n'entre qu'en quatrième année, songea Timothée. Tu aurais toujours ta petite sœur, relativisa-t-il.
Natasha grimaça, le teint légèrement maladif.
- Je reviens.
Elle pleura une première fois dans les toilettes du train, puis une seconde fois avant d'en descendre. Les larmes revinrent lorsqu'ils prirent place dans la Grande Salle et qu'elle observait la table des lions où la promotion de Lucy faisait grise mine.
Les premiers jours elle pleurait toutes les nuits. Rose attendait que leurs camarades tombent dans les bras de Morphée pour rejoindre sa meilleure amie et la soutenir du mieux qu'elle le pouvait. La première lettre de James apaisa sa petite amie. Il lui avait beaucoup écrit, et il n'était pas rare que Rose surprenne Natasha lors de ses répétitives relectures. Surtout lorsqu'il passait plusieurs semaines sans lui écrire.
Puis arriva la première carte postale. Une tradition moldue, l'image montrait Paris et l'un de ses plus beaux monuments, le Sacré Cœur. Au dos, James n'avait écrit qu'une seule phrase. « Je t'aime ». En français. Loin de son écriture brouillonne, il avait pris son temps et soigné chaque lettre. La vie reprenait son cours, ponctuée de matchs de quidditch, d'examens, de sorties à Pré-au-Lard. James se débrouillait toujours pour venir. Il avait promis, il respectait ses promesses, mais ça n'avait rien à voir avec ce qu'ils avaient imaginé.
Il avait prévu de passer Noël chez les Kandinsky, le réveillon du jour de l'an chez Mael et d'offrir un énorme bouquet de roses éternelles à Natasha le jour de la St Valentin. Natasha s'était accrochée à cette idée, à ce fantasme, ne vivant que dans l'attente de le retrouver. Mais elle ne passait jamais plus d'une heure avec lui, parce qu'il n'avait pas de jour de repos, seulement de courtes pauses pendant que ses acolytes montaient la garde à sa place.
Il se déplaçait en coup de vent, passait plus de temps dans les transports qu'auprès d'eux. Ces instants volés causaient autant de joie temporaire que de longues nuits d'amertume, et Natasha s'efforçait de cacher sa déception tant bien que mal.
A chaque occasion, James prenait un peu de temps pour Rose et Timothée, s'assurant que la première allait bien et que le second souriait toujours.
Il changeait. Beaucoup. Il cessa bientôt de grandir, troqua sa vieille besace pour une nouvelle, en cuir de Magyar, se rasait rarement. Sa nouvelle apparence de jeune aventurier des temps modernes ne laissait pas Natasha indifférente. Elle courait dès qu'elle le voyait apparaître, sautait dans ses bras sans retenue, paradait à son bras en le dévorant du regard.
Rose les trouvait beaux. Et bien qu'elles paraissent dérisoires par leur courte durée, chaque retrouvaille renforçait un peu plus leur couple, chaque fois James paraissait plus amoureux, chaque fois Natasha paraissait plus heureuse de le voir.
Parfois il partait loin, longtemps. Dans des endroits si reculés que les hiboux mettaient des jours à porter ses lettres. Natasha camouflait alors son manque et sa peur. Comme Rose. Parce qu'il y avait Lily, Briseis et Scorpius qui, eux, n'arrivaient à rien dissimuler. Parce que Shania devenait insupportable dès que James ne lui écrivait pas, parce que Timothée lisait chaque ligne de chaque article de la Gazette. « Au cas où ».
Parfois Nalani envoyait un petit mot. « Mael a passé le week-end avec James, en Egypte. Rien de neuf à l'horizon, les Gryffondor supportent mal l'alcool et passent leurs soirées à vanter les mérites des Serdaigle. Mael dit que James t'aime autant que Mael m'aime. Comme si nous pouvions en douter ! »
L'année leur parut légèrement plus longue que les précédentes. Ils en profitèrent, pourtant, Rose et Timothée ayant promis à James de tout faire pour que Natasha soit heureuse et se crée pléthore de souvenirs inoubliables.
James continuait à arpenter le monde, et, chaque fois qu'il posait son balai dans un nouveau pays, Natasha recevait une carte postale avec, au dos, toujours la même phrase.
Huit jours en Albanie. « Të dua », au dos du Mont Dajti. Une étape en Bosnie. « Volim te », au dos des chutes d'eau du parc Kravice. La rencontre d'étudiants Japonais à l'école de magie de Mahoutokoro. « Aishitemasu », au milieu d'une forêt de cerisiers en fleur.
Madagascar, l'Islande, la Corée, le Zimbabwe, la Nouvelle Calédonie, la Suisse, le Sénégal, le Canada, l'Argentine. Tout autant de traductions, tout autant d'images, tout autant d'amour envoyé dans une seule et même direction.
Rose était épatée de voir son cousin si romantique et si attentionné. Elle pensait parfois à l'époque où ils étaient si petits qu'elle n'avait encore développé son esprit critique, une époque où elle reproduisait les gestes, les paroles, les pensées des adultes de la famille, des héros de guerre, des modèles, des symboles. Une époque où elle ne connaissait pas James, où elle ne faisait pas l'effort d'apprendre à le connaître. Une époque aujourd'hui révolue.
ooOOoo
Une nouvelle fois le championnat de quidditch passionnait les foules. Lucy Weasley, bien que meilleure joueuse de Poudlard, entraînait une équipe jeune, beaucoup trop inexpérimentée pour prétendre à la première place. Les Gryffondor étaient parvenus à battre les Poufsouffle, complètement désorientés depuis le départ d'Oscar Dubois, avant de subir une grosse défaite face aux Serpentard. Il ne leur restait grand espoir d'emporter la Coupe, à moins d'un miracle.
Tout semblait se jouer entre aigles et serpents, et Scorpius se faisait une joie et un devoir d'entretenir l'espoir des élèves de sa maison. Jalil Lespare était chaque jour meilleur, et il avait repositionné Albus comme attrapeur, confiant son ancien poste de batteur à Shania. Le jeune Potter n'était pas très rapide, mais le fait de le voir reprendre l'ancien poste de son père rendait les Serpentard euphoriques, et Scorpius avait besoin de cette ambiance survoltée pour doubler les Serdaigle, qui peinaient à se remettre du départ de Nalani Jordan.
Au lieu de se montrer compatissant, Scorpius passait son temps à charrier Natasha. La jeune fille avait repris le capitanat des aigles et n'avait pas trouvé un poursuiveur à la hauteur des prouesses de Nalani, ni un batteur qui lui fasse oublier Keith, auquel elle s'était beaucoup attachée. Garder un œil sur chacun des postes lui faisait perdre en efficacité en tant que joueuse, et elle avait totalement perdu espoir d'égaler un jour les talents de Lucy Weasley. Son atout, c'était Adélaïde Lespare, la sœur de Malek, qui avait repris son poste d'attrapeur et excellait, offrant à Serdaigle la certitude d'emporter le vif à chaque fois. Malheureusement, ça n'avait pas suffi face à Serpentard, Scorpius marquant à lui tout seul plus de buts que les trois poursuiveurs de Serdaigle réunis.
- Tu fais quoi ?
Entourée de piles de parchemin, Natasha ne paraissait être plus que l'ombre d'elle-même. Les traits tirés, le regard fatigué, quasiment éteint. De quoi attiser l'inquiétude de Rose qui s'était rechignée à se séparer de Tim pendant quelques minutes.
- Je sais plus vraiment ce que je fais, au juste, soupira Natasha avec une étonnante franchise. J'arrivais pas à dormir cette nuit, alors j'ai changé le plan de mon mémoire. Trois fois.
- Je croyais que tu avais quasiment fini, s'étonna Rose.
- Mais… Je ne sais pas. J'ai voulu tout changer. Et maintenant tout est en vrac et je trouve nul tout ce que je lis. J'ai envie de jeter un bon Incendio sur tout ça et de tout recommencer de zéro.
Rose sursauta, s'empara des parchemins que Natasha froissait sans en avoir réellement conscience, et les classa avec minutie, séparant les plans de vol de l'équipe de Serdaigle des devoirs de Sortilèges et de Botanique, en prenant un soin particulier pour tout ce qui traitait de près ou de loin au mémoire de Natasha. Son petit manège dura près d'une heure, et Natasha se contenta de la regarder faire en retenant ses larmes.
- Bon, lâcha Rose avec soulagement, j'ai tout. J'ai suivi ton premier plan, il était très bien, Glacey l'a validé, je ne vois pas pourquoi tu as voulu tout changer. La prochaine fois que tu te réveilles en pleine nuit, viens me voir plutôt que de vouloir faire la révolution. Sinon la prochaine fois tu vas te raser la tête et changer chaque joueur de poste.
- Pour ce que ça changerait…
- Le championnat n'est pas terminé, il reste un match à jouer.
- Face à Lucy.
- Face aux Gryffondor, corrigea Rose. Leurs poursuiveurs tiennent à peine vingt minutes, c'est des gamins inexpérimentés qui perdent le souaffle une fois sur deux, incapables d'enchaîner trois passes, pas de quoi nous effrayer.
- Serpentard est en tête, et ils jouent contre Poufsouffle.
- Et ?
- Ils vont gagner, c'est sûr.
Devant cette évidence qu'elle partageait, Rose ne sut que répondre. Et puis, dans le fond, elle savait que le problème était tout autre. Elle trouvait Shania irascible depuis la dernière sortie à Pré-Au-Lard, alors qu'elle se montrait joviale et chaleureuse avec elles depuis leur premier séjour à Castel Maggiore. Et malgré le quidditch, le seul véritable point en commun que partageaient Natasha et Shania tenait en un seul mot, un seul nom. James.
- T'as reçu une nouvelle carte postale dimanche, non ?
Natasha hocha la tête, détournant le regard.
- Y un problème ?, s'inquiéta Rose. Nat, s'il y a un souci il faut que tu me le dises ! James n'est pas seulement ton mec, c'est mon cousin ! Mon frère !
- Tout va bien, Rosie.
Les mots sortaient difficilement. Elle avait de plus en plus de mal à les prononcer. Et elle ne regardait plus ses proches dans les yeux quand elle les prononçait. Rose, Scorpius, Shania, Lily, et même Briseis et Soizic, s'accrochaient à elle, à ce qu'elle leur disait. Lily et Rose recevaient quelques nouvelles, mais Natasha en recevait bien plus régulièrement.
Elle savait qu'il en était de même pour Mael, qui était chargé de relayer les nouvelles auprès de leurs amis, et pour Blaise qui tenait sa femme, son fils et ses deux filles au courant.
Inconsciemment, James les avait chargés d'une mission, une mission qui leur avait paru plutôt simple à gérer les premiers temps, mais qui devenait insupportable. Parce que James leur mentait. Parce que James donnait quelques impressions en omettant le principal, parce qu'il n'avait pas l'air d'être heureux, tout simplement.
Natasha savait qu'il aurait détesté que tous se fassent du souci pour lui. Il se donnait du mal pour amoindrir ses blessures, et le poids de cette soudaine distance qui leur paraissait s'appesantir de jours en jours.
Il était parti vers l'inconnu, à l'aveuglette, et désormais les incertitudes étaient permanentes. Elles étaient devenues son monde. Il était tributaire des désidératas d'êtres qu'il n'avait jamais rencontré, il ne savait jamais à l'avance où il serait envoyé, ni pour combien de temps, encore moins pourquoi.
Il avait cessé de répondre aux questions que ses proches lui posaient, las de répondre « je ne sais pas ». Il ne savait pas s'il participerait à cette fête, organisée « Chez Susie », il ne savait pas s'il pourrait les rejoindre au stade d'Exmoor voir ce match de quidditch organisé par Oscar, il ne savait pas s'il serait des leurs pour célébrer l'anniversaire d'Alice… La liste était longue. Les invitations pleuvaient. Et James ne savait pas. James ne savait rien.
Natasha en éprouvait de la peine pour lui, songeant qu'elle serait devenue folle à vivre pareille incertitude, mais elle en éprouvait également de la peine pour elle-même. Et de l'inquiétude. De la colère. Des doutes.
- Tu ne vas pas le quitter quand même ?, murmura Rose en lui prenant la main.
Natasha se força à hocher la tête vivement et à rire. Elle s'obligea à dire « mais enfin, Rose, bien sûr que non ! » et elle dut se montrer convaincante, car Rose esquissa un sourire soulagé. Mais au fond d'elle, elle rejoignait James. Elle n'en savait rien. Il lui restait un peu plus d'un an à passer à Poudlard, elle n'aurait pu le voir davantage si James avait vécu en Angleterre. Mais le temps passait. Les vacances approchaient. Et elle doutait que James dispose de deux mois à paresser auprès d'elle. Elle en venait même à douter qu'il trouve un seul jour, une seule heure pour la voir.
Elle savait qu'à ce rythme, leur relation ne tiendrait pas longtemps.
ooOOoo
Le train filait dans la campagne écossaise depuis deux heures. Une nouvelle année scolaire touchait à sa fin. Natasha s'était changée rapidement, enfouissant écharpe, cape et uniforme à la va-vite dans sa malle, sans même prendre le temps de ranger celle-ci dans le porte-bagage. Elle portait des vêtements moldus décontractés qui lui allaient bien. Quelques économies de son travail de serveuse, quelques sous mis de côté pour s'acheter quelque chose qu'elle porterait par choix. Elle avait beau répéter qu'elle était ravie de porter les vieux vêtements de son frère et de sa sœur aînée, elle n'en était pas moins ravie de porter une tenue neuve, qui épousait à merveille son corps divinement sculpté par le quidditch.
- Nat, relax, on n'arrive que dans quatre heures.
Natasha acquiesça en soupirant. James l'avait prévenue qu'il ne pourrait peut-être pas être là. Le lendemain, tous se retrouveraient chez les Jordan. La bande de James, leurs amis, frères ou cousins encore à Poudlard et même les plus âgés, le fameux Malek Lespare, Olivia Dubois et quelques autres, qui projetaient un mariage, une naissance, un déménagement. James avait promis de venir. James avait promis de tout faire pour qu'ils aient un petit moment ensemble, tous les deux, avant de retrouver une soixantaine de jeunes en délire.
Rose avait hâte de revoir son cousin, son grand frère, son protecteur. Hâte de faire autre chose que le lire, hâte de voir ses yeux pétiller autrement qu'à travers un feu de cheminée. Hâte de l'entendre s'assurer que tout allait bien pour elle, hâte de le voir retrouver ses amis, hâte de le voir retrouver Natasha. Oui, Rose avait hâte. Mais ça n'avait rien à voir avec l'impatience qui s'était emparée de Natasha.
- On arrive, affirma sereinement Timothée.
Rose s'engouffra dans les bras de son petit-ami, soulagée qu'il ait été invité chez les Jordan. Elle n'aurait pas supporté de ne pas le voir durant deux mois. Elle huma toutefois son parfum de toutes ses forces, son corps imprimant le bonheur que lui communiquaient ses mains douces et baladeuses.
La porte claqua légèrement. Ils ne l'avaient même pas entendue s'ouvrir. Ils ne s'étaient pas non plus aperçus du rapide départ de Natasha. Rose s'approcha de la fenêtre, reconnaissant l'habituel attroupement que formait sa famille, repérant les Kandinsky qui attendaient leurs deux petites dernières, entourés de leurs deux aînés.
- Tu le vois ?, demanda-t-elle anxieusement à Timothée.
Celui-ci étirait son cou, se penchait, se tournait. Mais son sourire demeura triste. Dans le couloir, Scorpius secoua la tête, déçu. Lily s'était assise sur sa malle, préférant laisser les autres élèves courir dans tous les sens. Timothée aida discrètement Rose à descendre du train, posant ses bagages le plus loin possible des Weasley. Il lui serra la main et mima des mots d'amour sans le moindre bruit.
Rose avait le cœur lourd mais se résigna à saluer ses parents, entourés de journalistes. Hugo n'était pas loin, échangeait une dernière blague avec ses copains. Lily serrait Serena contre elle. Natasha avait disparu. Les Kandinsky regardaient autour d'eux, la mine inquiète.
- Weasley !
Rose se tourna alors que, près d'elle, son père ronchonnait « et maintenant elle est amie avec Malefoy ». Elle accueillit Scorpius d'un air surpris et celui-ci s'autorisa à lui glisser quelques mots à l'oreille.
- Regarde vers les cheminées, Weasley.
Scorpius était tout sourire. Rose fronça les sourcils avant de suivre son regard.
Immobile, impassible, Natasha demeurait face aux cheminées, inconsciente des voyageurs qui allaient et venaient tout autour d'elle.
En face de sa meilleure amie, Rose reconnut Mael Thomas qui souriait grandement. Il avait posé une petite pancarte contre son buste. « Reste ».
A ses côtés, Nalani Jordan et Oscar Dubois avaient accroché à leur cou une légère banderole. « S'il te plaît, quelques minutes. »
Au loin, Solenne Oranche arrivait les bras chargés de fleurs. Keanu salua gaiement Natasha avant de lui tendre une rose si rouge, si belle que Natasha l'attrapa les doigts tremblants.
Derrière Mael Thomas, la cheminée prit feu. Ce n'était pas les flammes vertes habituelles mais une fumée turquoise, gazeuse et féerique. L'évènement attira de nombreux regards.
Mais l'homme qui surgit de la cheminée n'eut aucun regard pour l'assemblée. Ses yeux étaient rivés sur une jeune fille et son sourire était si grand et si sincère que Rose sentit les larmes couler sur ses joues. Il avait coupé barbe et cheveux, passé une chemise qui faisait ressortir ses muscles et sa peau bronzée.
Rose vit ses bras s'ouvrir pour accueillir la jeune fille la plus radieuse que la terre ait portée.
Rose entendit sa mère l'appeler mais l'ignora, marchant rapidement vers les cheminées. Comme Lily. Comme Lucy, Hugo, Briseis et Shania. Comme Timothée et Scorpius. Le couple se serrait, le couple pleurait de joie, le couple s'embrassait, se retrouvait. Leurs amis les entouraient en souriant, profondément émus. James et Natasha, tout à leur bonheur, ne formaient plus qu'un.
Et voilà déjà près de 30000 mots ! J'espère qu'ils vous ont plu et je vous dis à bientôt !
Mlle Point-de-Cote.
