Entretien 2

Mayuzumi se rendit au poste de police que lui avait indiqué Shirogane et demanda à rencontrer Aida-san. C'était un policier dans la force de l'âge, au visage ridé par toutes ses années de service. Il reçu Mayuzumi dans son bureau, à peine séparé des autres par des vitres.

-Shirogane m'a prévenu que vous viendriez. Vous avez déjà rencontré Akashi-kun ?

-Exact.

-Qu'est-ce que vous en avez pensé ?

Mayuzumi s'enfonça un peu dans sa chaise et pris le temps de réfléchir.

-Eh bien, si on ne m'avait pas dit que c'était le fils d'un meurtrier, je ne l'aurai pas soupçonné. Mais je ne l'ai vu qu'une vingtaine de minutes tout au plus. Je n'ai pas pu me faire un avis aussi vite. Cependant j'ai trouvé certains éléments de sa pathologie assez singuliers.

-Lesquels ?

-Eh bien en particulier le fait que ces personnalités aient des noms de famille différents.

-Je vois… Que savez-vous de l'affaire ?

-Sûrement pas plus que la majorité des gens.

-Bien. Nous allons remédier à ça. Shirogane s'est chargé d'informer le juge et a obtenu l'autorisation pour que vous consultiez le dossier. Celui-ci est encore très sensible.

-Je comprend.

Il sort d'un tiroir le dossier et le dépose devant lui.

-Reprenons les faits… Le 22 septembre 2020, Masaomi Akashi a été arrêté, suspecté dans l'affaire de la disparition de plusieurs enfants. Dans la maison, des affaires personnelles appartenant aux gamins ont été identifiées. A ce jour, les corps des enfants n'ont toujours pas été retrouvés.

-Sommes-nous sûr qu'ils sont morts ?

-Oui.

Kagetora Aida tourne les pages sans lever les yeux du dossier pour répondre à Mayuzumi.

-Le fils de Masaomi Akashi a également été arrêté de jour-là pour être interrogé. Au policier qui l'a interpellé, il a dit s'appeler Sei. Or, Masaomi Akashi avait deux fils, des jumeaux : Sei et Seijuro. Sei est mort il y a cinq ans.

Mayuzumi se redressa sur son siège.

-Mais…

-Je sais. C'est inexplicable. Masaomi a-t-il déclaré à tort que Sei était mort ? Le corps de l'enfant ayant été incinéré, l'ADN n'est plus récupérable pour le comparer à celui d'Akashi-kun. Nous ignorons dont à quel jumeau vous avons affaire.

-Et quel rôle aurait-il joué ?

-Nous l'ignorons encore. A priori, il avait conscience de ce que faisait son père. Il est donc au moins complice.

Mayuzumi se pencha en fronçant les sourcils. Akashi-kun avait à peine quinze ans, treize au moment des faits. Comment aurait-il pu être complice des meurtres de son père ?

-Dans le manoir, nous avons également découvert une cave.

Kagetora Aida lui tendit une photo. Celle-ci était bien plus parlante : une grande salle aux murs bruts en pierre, un pilier en plein milieu qui soutient la voute et dans le fond, trois petites alcôves fermées par une grille. Le sol est marbré de tâches sombres.

-Nous avons trouvé des traces de sang un peu partout dans la cave. Mais ce dernier à été nettoyé à la javel, donc l'ADN a été dégradé.

-Impossible donc de dire qui a été enfermé dans cette cave…

-En effet. Mais il est fort probable que c'ait été les gosses.

Mayuzumi fit un effort pour essayer de se rappeler des victimes. Il voyait bien leurs parents, frères et sœurs, car ils s'étaient beaucoup exprimés. Mais le visage des enfants tués lui échappait.

-Vous auriez des photos des enfants ? demandât-il.

Le policier acquiesça et sortit plusieurs fiches. Avant leurs visages, ce qui frappa Mayuzumi fut leurs noms. Comment avait-il pu ne pas faire le rapprochement lors de son entretien avec Akashi-kun ? Kuroko Tetsuya, Kise Ryota, Aomine Daiki, Midorima Shintarô et Murasakibara Atsuchi. C'étaient les victimes de Masaomi Akashi.

-Comment est-ce possible… ? marmonnât-il pour lui-même.

-Ces personnalités semblent avoir fait leur apparition quand Akashi-kun a été interpellé. Il a ensuite été interné pour être examiné. A vrai dire, nous n'avons aucune preuve qu'elles n'étaient là avant. Masaomi Akashi n'a rien dit à ce sujet. Quoi qu'il en soit, tout porte à croire qu'Akashi-kun a côtoyé les victimes de son père.

-Peut-être a-t-il construit ces personnalités en lisant ce qui se disait sur eux ? ou en regardant toutes les émissions qu'il y a eu sur eux ?

Kagetora Aida acquiesça vaguement.

-C'est peu probable… et là ce n'est pas moi qui peux l'affirmer, mais des personnes qui ont connus une victime puis ont rencontré Akashi-kun.

-Ne sont-ils pas biaisés par leurs envies de revoir ceux qu'ils ont aimés ?

-Possible. Mais je doute que ce soit en Akashi-kun qu'ils auraient envie de les voir.

Kagetora Aida pris un bout de papier et y inscrivit quelque chose.

-Akashi-kun se rend tous les jours à ce parc. Il y retrouve une amie d'enfance d'Aomine Daiki. Elle est la seule qui a un contact régulier avec lui. Je vous conseille de discuter avec elle.

Mayuzumi prit le papier qu'il lui tendait et lu l'adresse du parc. C'était assez loin d'ici, probablement dans le quartier où vivait Aomine.

-Le plus important, c'est de retrouver les corps des enfants afin que Masaomi Akashi puisse être jugés. Mais il faut également faire la lumière au sujet de Seijuro et Sei.

-Oui.

Mayuzumi se leva, les jambes un peu tremblantes après toutes ces révélations. Il quitta le bureau et tomba nez à nez avec une jeune fille ressemblant étrangement à Kagetora Aida. Elle sourit.

-Salut ! Vous devez être le nouveau psychiatre d'Akashi ?

Dans le bureau de derrière, Mayuzumi vit un jeune policier blond tressaillir à ce mot et détourner la tête.

-En effet, c'est moi. Mayuzumi Chihiro. Enchanté.

-Aida Riko.

D'où la ressemblance, songea Mayuzumi.

-Ce serait bien que vous élucidiez tout ça… mon père a hâte de voir ce monstre en prison.

-Riko ! la gronda son père depuis le bureau.

-Bah quoi ? C'est vrai, non ?

Elle haussa les épaules.

-Mon père a fait partie du groupe qui a arrêté Masaomi.

Elle coula un regard vers le jeune policier blond derrière elle. Lui aussi avait dû prendre part à l'opération.

-Je vous souhaite bien du courage en tout cas !

Elle lui assena une petite tape lui l'épaule puis entra dans le bureau de son père avant de refermer la porte. Mayuzumi resta une petite seconde à dévisager le policier blond qui ne levait pas la tête de son ordinateur. Il eut envie de lui demander quel rôle il avait pu jouer ce jour-là. Mais n'ayant aucune preuve qu'il en ait fait partie et ne souhaitant pas le déranger, Mayuzumi préféra s'en aller.

Dans la rue, il regarda l'adresse que Kagetora Aida lui avait donné. Il indiquait qu'Akashi-kun et l'amie d'Aomine s'y retrouvait tous les jours à dix-sept heures. Mayuzumi regarda sa montre et soupira : seize-heure trente. Il ne pourra pas y être à l'heure. Ce sera pour une prochaine fois.