Salut !

Il est enfin venu de publier le dernier chapitre... Un chapitre une nouvelle fois divisé en plusieurs parties, pour repousser encore un peu la toute fin.

Cette fois nous allons suivre les premiers pas à Poudlard d'un personnage qui se tenait jusque là au second plan, voyager de l'Ukraine au sud de la France, sans oublier les ingrédients habituels, de la rancoeur, des disputes, des blaireaux, la définition de « trouver chaussure à son pied », une longue et improbable ballade dans le Londres moldu et une fin épique au Temple.

Bref, accrochez vos ceintures, ça va secouer !


Un blaireau, une cigogne, un têtard

Partie 1 – Un blaireau

L'on prêtait aux élèves de la maison Poufsouffle des qualités enviables telles la constance, l'équilibre, la patience et la loyauté.

Mais les élèves de la maison Poufsouffle n'étaient pas que ça. Ils étaient bien plus que ça.

ooOOoo

« Bois d'érable, crin de licorne, vingt-huit centimètres et demi, étonnamment souple. »

Les mots du fabriquant se répètent comme un écho entêtant. Il ne cesse de la ranger, de la sortir, de l'admirer, de la ranger, de la ressortir, de la ranger à nouveau. Sa mère fronce les sourcils, il se calme avant qu'elle n'ouvre la bouche. Il sent la baguette à chaque pas frapper contre la petite boite. Il s'arrête, la ressort, la dépose avec délicatesse dans sa boite. Voilà, elle est à nouveau dans son écrin, à sa place. Il se dit qu'il ne la sortira plus jusqu'à la fin du mois. A quoi bon après tout, il ne sait pas jeter le moindre sort. Mieux vaut attendre Poudlard, elle sera mieux dans son écrin, il ne risque pas de l'abîmer, il ne manquerait plus qu'il la casse avant de...

- Elle ne va pas s'envoler, tu sais ?

Il hoche la tête, range la petite boite dans sa cape.

- Ne t'en fais pas, ça ne se casse pas facilement une baguette.

Son cœur bat un peu plus vite. Se casser ? Sa baguette ? Jamais. Il faut qu'il la protège, qu'il en prenne soin, qu'il...

- T'façon elle est « étonnamment souple », ça s'casse pas une baguette « étonnamment souple » !

Hadiya éclate de rire et Shania se redresse, pas peu fière d'elle.

- C'est une baguette de bébé, pour les p'tits n'enfants comme toi, se moque-t-elle.

- Shania !, gronde maman. Blaise, tu peux intervenir ? Tes filles sont insupportablement moqueuses !

- Et la baguette d'Haïdar est « étonnamment souple », marmonne Shania dans sa barbe, faisant rire sa sœur.

Haïdar caresse distraitement l'écrin de sa baguette à travers sa cape. Il veut la protéger de la bêtise de ses sœurs. Il se dit que, plus tard, c'est grâce à sa baguette qu'il se protégera, et que c'est donnant donnant. Dorénavant sa baguette est son amie, son alliée, il veut la protéger au moins autant qu'elle le protègera lui.

Avant c'était papa qui le protégeait. C'était normal, il était petit. Maintenant il est grand, et papa n'a pas dit un mot depuis qu'ils sont sortis de la boutique du fabriquant de baguettes.

Après qu'Haïdar ait essayé quatre baguettes et essuyé autant d'échecs, le vieux fabriquant a dit « c'est étonnant, on dirait que le ventricule de dragon ne lui convient pas, on va essayer le crin de licorne » et papa était très surpris.

La baguette de papa est en frêne, un bois aussi dur et entêté que lui. Le cœur de sa baguette est en ventricule de dragon, comme les baguettes de Shania et d'Hadiya. Tous les Zabini ont un ventricule de dragon comme cœur. Tous sans exception.

- Les licornes c'est bien aussi, sourit maman en lui faisant un clin d'œil.

Il sait qu'elle essaie de le rassurer mais il se sent plus mal encore qu'avant. Ses sœurs ricanent, et elles ont bien raison. Une licorne, c'est peut-être joli mais c'est quand même bien moins impressionnant qu'un dragon.

Le cœur d'Haïdar se serre. C'est peut-être vrai qu'il a hérité d'une baguette de bébé.

Une main se pose sur son dos, l'attire, le rassure. Il lève le regard, réprime ses larmes. Le sourire qu'il découvre lui communique joie et réconfort. La main le retient, papa, Shania et Hadiya continuent d'avancer, maman les suit en souriant.

Ils restent tous les deux, un peu en retrait, comme ils le font quelques fois par an dans la chambre d'Haïdar ou à Castel Maggiore. Dans ces moments-là, Haïdar accepte de paraître hésitant, apeuré, faible. Parce que James lui a expliqué que la sincérité était une des plus belles forces et l'une des plus belles preuves de courage.

Alors Haïdar glisse sa petite main dans celle de son grand frère et le suit à l'écart. James l'amène vers un croisement, s'arrête entre deux boutiques, désigne le fabriquant de baguette au loin.

- Moi non plus j'ai pas de ventricule de dragon dans la mienne, tu sais.

- T'as du crin de licorne ?, demande Haïdar avec espoir.

- Non. Du crin de sombral. Mais ma précédente baguette avait un crin de licorne...

- Comment tu l'as perdue ? Tu l'as cassée ? On te l'a volée ?

- Je l'ai... Je l'ai détruite après la mort de mon ami Keith. C'était une bêtise... Mais j'ai eu la chance d'être à nouveau choisi par une super baguette. La précédente était en bois d'amarante et celle-ci en bois de sycomore. Elles se ressemblent beaucoup, ça doit être pour ça qu'elles me conviennent bien.

- Le fabriquant a dit que chaque bois avait sa sensibilité. Tu crois que c'est vrai ?

- Oui. Le sycomore correspond aux sorciers avides de découvertes et d'expériences et les baguettes faites de ce bois choisissent des sorciers à leur image : curieux, dynamiques et aventureux.

Haïdar offre à son grand frère un sourire. Un sourire forcé, et quelque peu jaloux. James se penche, tend sa main.

- Tu veux bien me montrer la tienne ?

Haïdar hoche la tête, se précipite sur sa cape, sort sa baguette de son écrin à la vitesse de l'éclair.

- Bon réflexe, petit sorcier, sourit James. Dis-donc, soupire-t-il en examinant la baguette sous tous ses angles. T'en as de la veine.

- Ah ?

- L'érable est un des bois les plus recherchés pour la fabrication des baguettes, et ce à travers le monde. Mais c'est aussi un bois difficile, qui n'accepte pas n'importe quel sorcier. Cette baguette a su voir en toi de grandes prédispositions.

- Tu crois ?, murmure Haïdar, émerveillé.

- Sans aucun doute, affirme James. L'érable aime l'ambition. Il est le bois parfait pour les voyageurs et les explorateurs du monde.

- Trop cool !, s'exclame Haïdar. Ça veut dire que je travaillerai avec toi quand je serai plus grand !

- Ce serait génial, petit frère, sourit James.

L'aîné ouvre ses bras et le plus jeune s'y blottit, brièvement mais avec force.

- Tu seras un grand sorcier, Haïdar, murmure James contre ses cheveux. Tu feras de belles choses avec cette baguette, parce que tu es quelqu'un de bon, de juste, de tolérant. C'est le plus important, tu peux me croire.

Haïdar ne répond pas, profitant de l'instant. Mais très vite il se sent quitter le sol et dévisage James sans comprendre.

- J'avais promis de t'offrir un cadeau, tu te souviens ?

- Mon cadeau c'est que tu sois venu, sourit Haïdar. Maman dit toujours que tu as beaucoup de travail et qu'il faut qu'on profite des moments où tu es là sans trop t'en demander...

- Ta maman est adorable, bonhomme, et tu devras toujours l'écouter. Mais je suis ton grand frère. Et ça me donne une grande responsabilité. Je dois t'aider à choisir ton compagnon, celui ou celle sur qui tu pourras compter pendant sept ans.

- Tu veux m'acheter un ami ?, demande Haïdar en fronçant les sourcils.

- En quelque sorte, sourit James. Viens, on rejoindra les autres au Chaudron Baveur dans une heure.

Haïdar se redresse, sa petite main toujours glissée dans celle de son frère, et le suit jusqu'à la ménagerie magique, ses yeux s'agrandissant d'émerveillement à chaque pas.

ooOOoo

Il l'a appelée Framboise. Un prénom doux et acidulé, parfait pour un Fociou, un oiseau rare de la famille des focifères. Haïdar a eu un véritable coup de foudre alors que James lui présentait les animaux fantastiques d'Afrique un à un. Framboise est minuscule, elle a seulement trois mois et suit Haïdar partout. Il a décidé qu'ils resteraient unis pour la vie.

- Non, non et non. Laisse cet oiseau de malheur dans sa cage, et ne l'ouvre que cette nuit, après le banquet.

Papa rouspète et Haïdar abdique. Cette fois ils sont seuls. Ils étaient tellement en retard que maman n'a pas pu garer la voiture. James, Hadiya et Shania ont repris le travail. Haïdar ignore la main de papa. Il a peur de le perdre parmi la foule mais il se retient. Il a onze ans, il rentre à Poudlard. Et papa va rester seul sur le quai. Haïdar ne rentrera pas avec lui à la maison. Sa gorge est sèche, l'agitation le rend nauséeux, la fumée du Poudlard Express lui pique les yeux.

- Redresse-toi, mon grand. Je sais que c'est impressionnant mais ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Le meilleur est devant toi, mon fils. Le premier voyage dans le Poudlard Express c'est quelque chose, tu peux me croire. Et ce soir tu découvriras Poudlard. Tu vas adorer, tu verras.

Haïdar fait oui de la tête, cligne les yeux très rapidement pour ne pas pleurer. Comme papa. Le train est là, ses portes restent ouvertes sur l'inconnu. Haïdar inspire un bon coup et arrête son père. Il soulève sa malle, les dents serrées, et l'approche des marches du train.

- J'y vais. Embrasse maman et dis-lui que je reviens à Noël.

Il parle en regardant le sol, comme s'il était fasciné par les vieux journaux imbibés de pluie qui accrochent le bitume. Il se tourne vers le train, affronte les trois dernières marches comme s'il s'agissait pour lui de gravir l'Everest. Un adolescent ricane, sort sa baguette et fait léviter sa malle jusqu'à l'intérieur.

- Va falloir t'endurcir, mauviette.

Papa n'a pas entendu. Papa est resté figé sur le quai. Haïdar reste devant la porte. Il est onze heures, le train va partir, les larmes restent coincées. Il a promis à Shania qu'il ne pleurerait pas.

- Haïdar ! Attend !

Papa court, saute les trois marches au vol, bouscule deux fillettes, serre Haïdar dans ses bras.

- Ne t'inquiète pas, d'accord ? Tout va bien se passer.

- Et si j'suis pas à Serpentard ?

Papa fronce les sourcils, réfléchit, sourit.

- James était à Gryffondor.

- Et si je suis nul au quidditch ?

- On sera deux.

Haïdar laisse échapper un petit rire. C'est vrai que papa est nul sur un balai.

- Ce qui est important, mon fils, c'est toi. Ce que tu aimes, ce qui t'intéresse, ce qui te passionne. Reste comme tu es. Toujours. Tu es ma merveille, ne l'oublie jamais. Je suis fier de toi. Et je t'aime. N'oublie jamais ça.

La fumée se multiplie, les cris raisonnent. Haïdar n'a pas le temps de répondre, papa descend du train. Il agite ses bras, ses lèvres s'étirent malgré les larmes. Haïdar colle son petit nez contre la fenêtre, regarde papa et la gare s'éloigner, devenir minuscules à travers ses yeux noyés de larmes. Il reste longtemps dans cette position, au beau milieu du couloir, Framboise et sa malle à ses côtés. Suffisamment longtemps pour énerver ceux qui passent en courant et le bousculent sans s'arrêter.

- Aller bouge de là, microbe.

- Va te trouver un compartiment rempli de mioches.

- Mouche-toi !

- Il finira à Poufsouffle, tu peux m'croire !

Haïdar entend mais n'écoute pas. Il a l'habitude, ses sœurs ont passé des années à se chamailler, à s'envoyer des piques, à se prédire un avenir hors de la maison familiale des serpents. Et puis il y a eu James, la rencontre qui a tout changé. James le sage, James le curieux, James le tolérant. Alors Haïdar reste là, son petit nez collé à la fenêtre, au beau milieu du couloir, à regarder défiler ce monde de couleurs, de formes, de vie.

ooOOoo

La constance. Voilà qualité qui la représentait bien. Il lui avait fallu puiser dans sa force morale, son courage, se montrer persévérante pour accomplir les projets qu'elle avait entrepris.

L'équilibre. Elle avait trouvé le sien, entre un mari merveilleux, un travail passionnant et un petit être à protéger.

La patience. Elle en était dotée, sans aucun doute. Elle était celle qui tempérait l'engouement parfois trop vif de ses amis, des têtes brûlées qui avaient tendance à foncer avant de réfléchir.

La loyauté. C'était sans doute la qualité qui lui tenait le plus à cœur. Chez les autres et chez elle. Oui, Susie Finigan, épouse Dubois, était loyale et appréciait ceux qui l'étaient aussi. Voilà pourquoi elle irradiait en ce jour très spécial, où son petit Jacob fêtait son premier anniversaire, entouré de tous les amis de son père et de sa mère.

La famille Dubois venait d'emménager dans un nouvel appartement, situé à l'étage du restaurant qu'elle dirigeait. Comme chaque appartement du Chemin de Traverse, il était extensible. Et si les Dubois n'avaient pour le moment emménagé qu'une grande pièce à vivre, deux chambres et une salle d'eau, ils espéraient repousser les murs pour accueillir d'autres enfants. Donner des petits frères et sœurs à Jacob, voilà un projet d'avenir qui faisait rêver Oscar et Susie. Un projet d'avenir qu'ils repoussaient à plus tard, leur présent étant bien trop rempli de projets concrets à concrétiser.

Le restaurant de Susie faisait les frais de la mode, toujours changeante. Après la mort de Keith, les clients s'étaient entassés, pour observer la tenancière, pour obtenir des informations, celles qu'elle refusait de confier à la presse. Était-elle triste ? Les héritiers Weasley venaient-ils noyer leur chagrin chez elle, dans des litres de whisky ? Avait-elle créé un plat en hommage à leur ami disparu ? James Sirius Potter fréquentait-il toujours son restaurant ? Le silence de Susie et l'absence des membres de sa bande avait refroidi les clients trop curieux. Ils avaient déserté le restaurant, certains s'étaient même plain de la qualité de ses plats, trop riches, trop fades, trop originaux ou pas assez. Seuls les plus fidèles de ses clients persistaient à venir, ceux qui aimaient la simplicité de sa carte et le goût de ses plats, ceux qui se fichaient de qui elle était, de qui étaient ses amis, de son amitié avec James Sirius Potter. Des clients fidèles qui faisaient sa fierté, mais qui n'étaient pas assez nombreux pour faire de son restaurant une réussite. Ses parents, inquiets, lui glissaient alors parfois qu'elle ferait mieux de laisser tomber. Son père, dans l'entourage proche du Survivant, lui proposait une place au bureau des Aurors. Sa mère, qui rappelait à qui voulait bien l'entendre qu'elle avait partagé le dortoir d'Hermione Granger, rêvait de voir sa fille intégrer le ministère de la magie. « Tu y seras en sécurité, tu y gagneras plus d'argent, tu auras plus de temps pour t'occuper de ton bébé ». Mais Susie n'avait pas que Jacob. Son restaurant c'était son rêve, son projet à elle, elle l'aimait presque autant que son fils. Elle ne l'abandonnerait pour rien au monde. Alors elle n'économisait pas ses forces pour le voir prospérer.

- Quand est-ce que les entraînements commencent ?

Nalani, occupée à rire de Jacob qui ouvrait ses cadeaux, matraqué de photos par son père, la rejoignit.

- A la fin du mois si tout se goupille bien, soupira-t-elle.

Le sujet continuait de faire trembler Nalani. Un an en arrière, elle n'aurait jamais cru voir un jour son rêve se réaliser. Mais son projet, autant que la naissance de Jacob, avait été un point d'ancrage, un moyen pour toute la bande de se retrouver. Les amis ne parvenaient pas encore à se retrouver par simple plaisir, par simple envie de passer une soirée tous ensemble. Ils se servaient de l'éloignement des uns, des occupations des autres pour éviter de se voir, parce qu'il leur était encore trop douloureux de rire sans Keith.

Jacob avait ce pouvoir propre aux enfants de faire naître les sourires sans effort. Quant au projet de Nalani, il avait mobilisé les qualités de chacun et, s'ils avaient cru qu'il serait plus long et plus compliqué d'en venir à bout, le rêve deviendrait réalité plus vite qu'ils l'avaient espéré. Et craint en même temps.

- Tu crois qu'on continuera de se voir ?, murmura Nalani.

- Évidemment. J'espère juste qu'on ne se verra pas seulement une fois par an, à l'anniversaire de Jacob. Et je ne vais pas organiser des fêtes en son honneur tous les mois pour espérer voir mes amis.

- Ce serait drôlement présomptueux, sourit Nalani. Et ça ne vous ressemblerait pas, Oscar et toi. Alors comment on fera ?

- On viendra voir tes matchs, proposa Susie en haussant les épaules. Et vous ferez des enfants, vous aussi. Pepper et Cliff, James et Natasha, Mael et toi...

- Je passe mon tour, coupa Nalani fermement. Je ne suis pas prête.

- C'est sûr qu'avec ton équipe qui se monte ce n'est peut-être pas le bon moment mais...

- Ce n'est pas seulement ça. Faire un bébé alors que... Je veux dire... Pour toi ce n'est pas pareil, tu étais enceinte quand Keith est mort.

- Jacob n'est pas là pour remplacer Keith. Il ne l'aurait pas remplacé si j'étais tombée enceinte après sa mort. Keith est mort mais nous non. James te dirait que c'est injuste, toi tu trouves ça révoltant, moi je pense qu'il serait temps de célébrer la vie plutôt que de laisser la mort nous détruire de l'intérieur. Et je crois que Mael pense comme moi.

Nalani ne répondit pas, elle se contentait d'observer Mael qui, couché à même le sol, faisait voler Jacob au-dessus de lui. Il paraissait heureux. Si heureux qu'elle ne se rappelait plus l'avoir vu sourire aussi pleinement.

- Il t'a aimée dès notre arrivée à Poudlard, reprit Susie. Avant que je m'intéresse à Oscar, avant que James et Natasha commencent leur jeu du chat et de la souris. C'est Mael qui a découvert l'amour, avant chacun d'entre nous. Il était jaloux de tous les mecs qui t'approchaient, ton frère, Keanu et Keith, les profs... Ton histoire avec Fred l'a fait souffrir. Et même après, quand vous vous êtes enfin rapprochés, il calculait tout ce qu'il faisait, tout ce qu'il disait. Tu te souviens de ce bouquin qu'il lisait en douce avec James ? Le manuel de la sorcière emballée...

Le sourire de Susie s'était fait nostalgique.

- Ils pensaient être discrets, tous les deux, dans leur conquête des représentantes de Serdaigle. Je me souviens d'un jour, on était en cours de Potions, et Oscar et moi partagions notre table avec Keith et toi. Tu dessinais des plans de vol sur tes parchemins, et Keith a sorti le bouquin de Mael de son sac. Il lui avait piqué la veille. Mael était tellement stressé qu'il avait simulé une grippe pour ne pas avoir à te parler. Comme si tu sortais avec lui grâce à ce bouquin. Regarde-le. Il est heureux. Jacob le rend heureux. Mael est prêt à être heureux.

Nalani hocha la tête, la mâchoire serrée.

- C'est bien, avec Oscar et toi ça fait trois, répliqua-t-elle durement.

- Cinq avec Pepper et Clifford, sourit Susie.

Non loin d'eux, souriant niaisement, Clifford et Pepper avaient joint leurs mains sur le ventre de la jeune fille aux cheveux roses.

- Le bonheur c'est pas seulement avoir un gamin. Merde, quoi, râla Nalani.

Elle voulut s'échapper, mais Susie attrapa son bras, la ramenant près d'elle.

- Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Tu voulais des enfants. Quand Oscar n'a pas su tenir ta langue et qu'il t'a annoncé que j'étais enceinte alors que je venais à peine de l'apprendre, tu lui as répondu que le bébé avait intérêt à prendre des forces pour surveiller ses deux petits cousins qui le suivraient de près. Tu parlais de Mael et toi, et de James et Natasha. Tu voulais un enfant.

- Keith est mort.

- Des gens meurent tous les jours, Nalani. Et des bébés naissent tous les jours.

- Je me fous des autres, des « gens » comme tu dis. Il s'agit de Keith. Il s'agit de mon meilleur ami. Un type en or, qui nous faisait rire quand on n'allait pas bien, un type courageux qui s'est éloigné de nous pendant un an pour faire tomber les Zigaro, un type qui n'a pas hésité à les combattre seul !

Les rires s'étaient estompés. Dans les bras de Mael, le petit Jacob s'agitait en silence.

- Je ne dis pas que Keith n'était pas courageux, répondit Susie avec calme. Bien sûr qu'il l'était, bien sûr qu'il était drôle, intelligent... Je l'aimais, Nalani. Moi aussi je l'aimais et tu le sais. Mais... Peut-être que s'il avait été moins impulsif, il nous aurait appelés, il nous aurait attendus, on aurait combattu à ses côtés et...

La voix de Susie semblait raisonner dans l'appartement silencieux. Le silence pouvait faire beaucoup de bruit, beaucoup de mal, surtout quand il était partagé par une douzaine de personnes. Alors que les yeux de Nalani s'enflammaient, ce fut Juliet qui se plaça entre elles, vrillant son regard dans celui de Susie.

- Parce que tu crois que tu aurais pu empêcher sa mort ?

La voix de Juliet était calme, son intonation ordinaire, comme si elle avait seulement demandé à son amie la recette d'un plat. Mais ses amis pouvaient voir sa tempe tressauter et ses muscles se tendre. Solenne et Irina se rapprochèrent doucement, la mine grave.

- Non, Juliet, répondit Susie avec douceur. Je dis juste que si on avait été plus nombreux...

- On aurait pu contrer un sortilège de mort ? Tu sais comment on fait, toi ? Tu as le mode d'emploi ? Parce qu'un simple Protego ne suffit pas, autant que tu le saches. J'ai essayé, figure-toi. Parce que j'étais là, moi.

- Je sais bien. Je ne reproche rien à personne, Juliet. Je n'en veux à personne. On ne refera malheureusement pas le passé.

- Et c'est tant mieux pour toi. Parce que je vais te dire ce qui se serait passé si on avait tous été là. Parce que t'as pas l'air de comprendre. Tu te fais ton film à ta manière, ton imagination est à ton image, douce, optimiste, naïve. Tu crois qu'on leur aurait fait peur ? Tu crois qu'ils auraient hésité entre nous ?

- Oui, je le crois. Et peut-être qu'on aurait eu le temps de les neutraliser.

- Ou peut-être qu'ils t'auraient tuée.

La voix de Juliet, cassante, se résumait à un souffle quasi inaudible, que tous pourtant entendaient. La bouche d'Irina était grande ouverte, son souffle coupé. Solenne avait tiré sa baguette.

- Tu dis ça comme si tu le regrettais, répondit Susie difficilement. Comme si tu aurais préféré ma mort à la sienne.

- Keith est mon mec. L'amour de ma vie. Lui se serait battu, lui aurait tout fait pour venger ta mort. Lui n'aurait pas accroché des ballons partout et des banderoles roses. C'est un combattant, un vrai. C'est un...

- C'était un combattant. C'était ton mec. C'était l'amour de ta vie. Il est mort, Juliet.

- Je l'aimerai toujours !

- Moi aussi. Mais il est mort...

- Ça ne change rien !

- Ça change tout, au contraire. Jamais tu n'aurais été comme ça, sinon. Laisser entendre que tu regrettes que je ne sois pas morte. Chez moi, devant mon mari, devant mon fils. Je ne te reconnais pas, Juliet.

- Parce que j'ai changé, putain ! Parce qu'on a tous changé sauf toi !

- La vie continue, Juliet ! Je fleuris la tombe de Keith deux fois par semaine, Oscar m'accompagne, pleure sa mort tout autant que je le fais. Mais la vie continue ! Il ne va pas quitter son boulot, je dois ouvrir et fermer le restaurant tous les jours, je dois me lever tôt, aller au marché, choisir les légumes les plus frais, préparer mes plats avec minutie, changer ma carte régulièrement. Je dois m'occuper de mon fils, veiller à ce qu'il ne manque de rien, changer ses couches, le border tous les soirs, le nourrir, l'amuser, le voir grandir ! La vie continue, Juliet ! Parfois, et malheureusement, la vie est courte. Elle s'échappe sans qu'on le veuille, et la mort frappe sans qu'on ne puisse l'arrêter. Mais la vie est longue pour ceux qui restent. Jacob va grandir, et j'espère avoir d'autres enfants, j'espère qu'ils découvriront Poudlard, qu'ils auront des rêves à réaliser ! Oscar ne peut pas arrêter de travailler et je ne peux pas espérer que mon restaurant tourne tout seul ! Je ne te reproche pas d'avoir laissé tomber, Juliet, tu restes recluse dans ton appart sans rien faire de tes journées, grâce à l'argent que tes parents te versent, ce n'est pas mon cas ! J'ai refusé l'aide de mes parents et Oscar en a fait de même ! On est des fils de, on ne veut pas lire toute notre vie dans la presse qu'on a profité de la mort de Keith pour végéter dans...

Solenne ne fut pas assez rapide, la main de Juliet claqua la joue de Susie. Jacob se mit à pleurer dans les bras de Mael qui le berça sans trop savoir quoi faire. Le visage fermé et résolu, Oscar se redressa. Il prit son fils sans un regard pour Mael, le porta dans sa chambre et fit le chemin inverse, les mâchoires serrées. Il fut rapidement près de Susie qu'il entoura d'un bras protecteur.

- Merci Nalani, d'avoir gâché la fête d'anniversaire de notre fils. Merci Juliet de t'être comportée comme une garce.

- C'est elle qui...

- On n'est plus à Poudlard, coupa Oscar d'une voix forte. On aurait dû comprendre que nos relations allaient changer du tout au tout. Susie n'est pas la seule, ici, à regretter de vous avoir laissés affronter les Zigaro seuls. Si tu l'avais laissée s'exprimer elle t'aurait dit que non, elle n'est pas meilleure combattante que Keith l'a été, mais qu'on aurait voulu rester ensemble jusqu'au bout, tous ensemble. Tu aurais préféré que ma femme meure à la place de Keith ? Eh bien moi je préfère qu'elle soit en vie. Tu es contente ? C'est ça que tu es venue chercher en venant ici ? Tu as envie d'entendre de la bouche de Mael qu'il aurait sacrifié Keith au profit de Nalani ? Tu veux entendre de la bouche de Nalani qu'elle-même aurait hésité entre eux d'eux ?

- Laisse-moi en-dehors de tout ça, Oscar, coupa Nalani fermement.

- Oh ne t'inquiète pas, tu y es déjà en-dehors de tout ça, Nalani, tu es tout le temps en-dehors de tout ça.

- Ça veut dire quoi, ça ?

- Qu'as-tu fait pour chacun d'entre nous depuis la mort de Keith ? Rien. Pour personne. Pas même pour Mael. Tu ne serais même pas venue au mariage si James ne t'avait pas proposé de t'aider à réaliser ton rêve. Ton rêve, celui pour lequel on sacrifie tout notre temps libre depuis un an ! Maintenant c'est fini. Ton équipe est montée, les entraînements commencent dans un mois, le championnat dans quatre mois, tu n'as plus besoin de nous et tu viens une nouvelle fois de le prouver. Bravo.

- Mais je n'ai rien fait, putain !

- C'est certain. Tu ne fais plus rien et ça semble te convenir, alors continue comme ça, mais n'attend pas de mon aide en retour.

- J'ai rien demandé ! C'est James qui a eu cette idée, pas moi !

- Arrêtez de tout foutre sur son dos, intervint Natasha.

Nalani lança vers elle un regard vexé. D'ordinaire, Natasha la soutenait toujours, en souvenir de Poudlard.

- Et toi arrête de te prendre pour la première dame du pays, contra Nalani d'une voix haineuse. T'es là parce que tu couches avec monsieur l'héritier du Survivant, alors ne va pas...

- Silencio !

Nalani continua de gesticuler et d'invectiver en silence, se tournant vers Solenne dont la baguette était toujours brandie. Elle semblait bouleversée, très touchée par les insultes qui fusaient de toutes parts alors qu'une demi-heure avant, à peine, seuls les rires raisonnaient. Le temps qu'elle réagisse, le poing de Nalani s'écrasa sur son nez. Sous le choc, sa baguette lui échappa et deux corps vinrent pousser le sien, celui de Nalani, dont l'esprit belliqueux se rebellait toujours, et celui de Keanu, qui tentait en vain de la retenir. Depuis la pièce d'à côté les pleurs de Jacob redoublaient.

Mael, toujours assis sur le tapis moelleux, regardait le sol, paralysé. Pepper et Clifford se tenaient à l'écart, échangeant quelques regards douloureux avec Jean-Paul et Vincent. Adossée à la porte, Alice avait sorti sa baguette. Près d'elle, Louis regardait James avec insistance. Il semblait vouloir lui faire comprendre que c'était à lui d'intervenir, que lui seul pouvait mettre un terme à tout ça. Les bras ballants et la mine chagrinée, James hocha la tête pour lui-même. La peine le quittait à mesure que la colère grondait en lui.

Il dégaina sa baguette, lança quelques enchantements vers la chambre de Jacob afin de le protéger des cris par une bulle de silence et d'enclencher la douce berceuse qu'il aimait tant, et se lança un Sonorus.

- Arrêtez !, hurla-t-il. Par Merlin vous oubliez qu'un bébé essaie de dormir dans la chambre d'à côté ? Il a un an ! Et je vous rappelle qu'il y a un an, vous faisiez tous la queue dans les couloirs de Sainte Mangouste pour le rencontrer ! On est venus pour lui ! Pour le couvrir de cadeaux et le remercier de nous avoir rendu le sourire ! On est là pour lui, et pour nous, merde ! Parce que c'est grâce à lui qu'on passe un peu de temps ensemble, qu'on apprend à rire de nouveau ensemble ! Et au lieu de ça on s'écharpe ? Vous croyez vraiment que c'est ce qu'il aurait voulu ? Vous croyez vraiment que, où qu'il soit, Keith est heureux de nous voir nous battre les uns contre les autres ?

- Il est mort, cria en retour Nalani, qui avait retrouvé sa voix. Ce n'est pas un fantôme ou un foutu poltergeist ! Il n'est pas au beau milieu des nuages cotonneux comme dans les contes d'enfants ! Personne ne croie à la vie après la mort, à part les nigauds idéalistes et naïfs dans ton genre !

- Arrête !, s'énerva Natasha.

- Toi, arrête ! Tu te voiles la face, ma pauvre ! Ton mec s'est berné d'illusions toute sa vie ! « Mes parents m'ignorent mais je suis certain qu'ils m'aiment quand même ». Ben non, vieux, tes parents ne t'ont jamais aimé et on est dix à le savoir ! « Je ne veux pas être un leader, je ne suis pas la Clef du Rassemblement » mais t'es là à nous donner des leçons ! « Je suis l'ambassadeur de la paix, soyez bons et tolérants, le monde est magnifique et tous les gens sont gentils », ben non, James, regarde autour de toi ! Depuis que tu te ballades avec les couillons aussi idéalistes que toi, le monde n'a jamais été aussi fébrile ! A croire que tu portes malheur partout où tu vas !

La gifle de Natasha ne l'arrêta qu'un temps. Quelques secondes, tout au plus.

- Tu es le seul à croire que tout va bien, que tout va mieux, que tout le monde est gentil ! Enfin non, se rappela-t-elle en un fou rire nerveux. Susie pense comme toi. Faudrait l'écouter, la gentille Susie, faudrait manger dans son restaurant et faire des bébés, à la croire ça ramènerait même Keith sur terre ! Et même que si on avait été tous ensemble, il ne serait pas mort ! Parce que Susie, elle, elle sait comment empêcher les gens de mourir ! C'est vrai que ça a tellement marché, à Poudlard, pendant les sept putain d'années qu'on a passées à suivre monsieur la Clef du Rassemblement dans tous ses délires !

- Je n'ai jamais demandé à ce qu'on me suive, rappela James en essayant de garder son calme. On prenait les décisions tous ensemble.

- Comme quand t'as décidé de mener ton enquête tout seul au Temple ?, rétorqua Nalani avec haine.

- Je n'avais aucune preuve de la présence des Zigaro, je ne faisais qu'enquêter ! J'avais peur pour vous, merde !

- Parce que tu crois que ça a commencé avec la mort de Keith ? T'as toujours fonctionné comme ça ! On était là quand tu as suivi ton crétin de frère dans ce foutu couloir et qu'une salamandre t'a volé ton bras ? Non, bien sûr. T'as toujours fonctionné comme ça. « Je ne veux pas vous blesser, je ne veux pas vous mettre en danger, je préfère me sacrifier pour vous. » Résultat, on est tous tombés dans le panneau, on se disait que ce n'était pas humain de laisser ce pauvre petit James, éternel incompris et mal aimé, se démerder tout seul. Jean-Paul a failli ne pas revenir de la forêt interdite, on a tous été blessés, ton frère a tué ta copine et Keith est mort !

- Ce n'est pas la faute de James, merde !, contra Natasha en poussant son amie contre le mur.

- Arrête de nous citer les uns après les autres, intervint Jean-Paul. Ce qui est arrivé dans la forêt interdite n'est pas la faute de James, ce qui est arrivé à Keith non plus.

- Jean-Paul a raison, arrête de parler pour nous tous, appuya Vincent. Tu es la seule à penser ce que tu dis.

Acculée, tenue fermement par une Natasha indifférente aux mises en garde de sa sœur aînée, Nalani laissa échapper un nouveau rire, écœurée.

- Vous êtes toujours les mêmes. Des gamins débiles qui suivent un leader faussement modeste.

- On est tes amis, rectifia Susie.

Cette phrase, douce et simple, eut le mérite d'attirer l'attention sur elle. Susie ne paraissait pas énervée, seulement peinée de voir ses amis dans cet état. Elle ne leur en voulait pas d'avoir gâché l'anniversaire de son fils, pas plus que d'abîmer les murs fraîchement peints de son nouvel appartement. Elle ne pensait qu'à eux, ses amis de toujours, à cette amitié qu'elle avait pris pour acquise à leur sortie de Poudlard, et qui n'en finissait plus de s'effriter depuis la mort de Keith. Elle pensait aux retombées, aux conséquences. Elle savait que Nalani s'en voudrait, et que sa fierté l'empêcherait de demander pardon, elle savait que James s'en voudrait de n'avoir pu empêcher ça, elle savait que Solenne se renfermerait sur elle-même, que Juliet partirait, que Clifford et Pepper s'isoleraient, qu'Oscar partirait plus tôt le matin, rentrerait plus tard le soir. Elle savait qu'ils s'éloigneraient les uns des autres s'ils ne trouvaient pas une solution là, tout de suite. Mais Oscar ne partageait pas ses souhaits.

- Un ami ne souhaite pas la mort d'un autre, asséna-t-il, déçu.

- Nalani ne souhaite pas ma mort. Pas plus que Juliet. Elles se sont montrées maladroites mais je sais qu'elles...

- Ne me mets pas dans le même sac qu'elle, ordonna Juliet. Je ne profite pas de la disparition de Keith pour réaliser un vulgaire rêve de gosse, moi !

- Maladroite ?, répéta Nalani en ignorant Juliet et en fusillant Susie du regard. T'en connais un rayon en la matière.

- Calme-toi, conseilla Solenne. Susie n'a jamais prétendu pouvoir éviter la mort de Keith.

- Elle a juste imaginé, comme nous tous, ce qui aurait pu se passer si les évènements s'étaient déroulés différemment, appuya James.

- Si tu avais été là, tu veux dire ?, l'attaqua Nalani, hors d'elle. Toi aussi tu crois que tu aurais pu les arrêter ?

- Ce n'est pas ce que j'ai dit !, se défendit Susie.

- Pas seul, répondit James. Mais si on avait été tous ensemble, peut-être. Tom Zigaro est fou, il aime jouer avec ses ennemis, les faire souffrir. Quand on était dans les égouts de Birkenhead, il avait prévu de me tuer en dernier, pour que je souffre de vous voir tous mourir. Il voulait tuer Keith. C'était un traitre à ses yeux. Peut-être que, si on avait été tous ensemble, ils nous auraient tous tués. Peut-être que non, peut-être qu'on aurait essayé de se défendre et qu'on aurait tenu, quelques minutes, et que nos cris en commun auraient attiré l'attention des professeurs, des Aurors, d'une aide extérieure. Je n'en sais rien même si, comme Susie, comme toi, je me suis fait le film des milliers de fois en espérant revenir en arrière. Et si j'avais pu le faire, Nalani, je n'aurais pas accompagné Keith, j'aurais tout fait pour le dissuader de combattre.

- Il aurait combattu quand même, contra Juliet.

- Il n'était pas couard, le défendit en même temps Nalani.

- C'est vrai, acquiesça James. Il aurait refusé de se cacher, refusé de rester en arrière. Il aurait combattu, même si ce n'était pas son combat. Il aurait continué, comme tu l'as fait dans la forêt interdite. Il aurait continué comme nous l'avons fait à Birkenhead. Il a combattu les Zigaro parce qu'il l'a voulu, parce qu'il ne voulait pas d'une vie dans la peur et la soumission. Il a combattu les Zigaro comme il l'a toujours fait, depuis ses onze ans. Comme on l'a tous fait depuis nos onze ans.

La voix de James était aussi forte qu'apaisante. Louis crut que ça suffirait, que les esprits échaudés seraient mis de côté quelques minutes, le temps de retrouver le calme. Mais certains étaient allés trop loin et la mort de Keith était trop récente. Les amis étaient encore bien trop fébriles pour se rappeler à la force des sentiments qu'ils partageaient. Oscar désigna la porte, grande ouverte. Alice s'échappa la première, ne se laissant trahir par aucune émotion.

Les autres se regardaient sans trop savoir quoi faire. Les bouches restaient fermées, le moindre discours paraissait vain. Un double « pop » raisonna, signe que Pepper et Clifford s'en étaient allés. La berceuse de Jacob prit fin et les pleurs reprirent. Après les cris et les bousculades, l'enfant n'aimait pas ce soudain silence. Susie soupira et partit le rejoindre.

Juliet, Nalani, Solenne, Natasha et Irina se regardaient en chien de faïence. Irina reprochait à sa sœur d'être intervenue, Juliet reprochait à Solenne son pacifisme et son calme, Natasha reprochait à Nalani d'avoir accusé James de tous les maux et Nalani en voulait à tout le monde, sans exception aucune.

Elle bouillait d'une rage prête à exploser de nouveau et Solenne et Keanu se tenaient prêts à l'empêcher de commettre une erreur de plus. Ce manège ne plaisait guère au maître des lieux.

- Mael, l'appela Oscar, son appel se transformant en ordre. Prend ta copine et fais en sorte qu'elle ne remette plus jamais les pieds ici.

- Je ne suis pas à lui !, cracha Nalani. Je ne suis pas sa chose ! Je ne suis pas...

- ...ma copine, coupa Mael. Ce n'est pas ma copine, répéta-t-il en se levant avec lassitude.

- Tu peux répéter ça ?, cracha Nalani en se tournant vers lui. Déjà je trouve ça lâche que tu ne prennes pas ma défense face à ces...

- Amis ? Depuis quand est-ce courageux de la part de Juliet que de clamer à Susie qu'elle aurait préféré qu'elle meure ? Ou de ta part de mentir à James en lui disant que si on a accompli tout ça pendant sept ans, c'était juste par pitié ? Ce n'est pas ce que j'appelle du courage. Crier sur Susie parce qu'elle a osé dire tout haut ce qu'on a tous pensé tout bas, qu'on aurait tous voulu être présents ce jour-là, pour essayer quelque chose, quitte à tous y passer... Ça ne te ressemble pas d'agir comme ça. Ça ne te ressemble pas de me laisser sans nouvelles pendant des mois et de m'agripper le bras dès qu'on croise quelqu'un parce qu'il est plus facile de te cacher derrière moi que d'avouer que tu as mal, que les gens que tu aimes te manquent, que tu as foutu ta vie en l'air après la mort de Keith et que t'as peur que la seule chose qu'il te reste, ton fameux projet, ne voie jamais le jour. Parce que... Qu'est-ce qu'il te resterait, alors ? T'as tourné le dos à ta famille, t'as quitté le ministère sans te retourner, tu viens de perdre le peu d'amis qu'il te restait.

- Toi, lâcha-t-elle, la tristesse l'emportant sur la colère. Toi tu es là. Toi tu seras toujours là. Tu me l'as promis, tu te souviens ?

- Je l'ai promis à celle que j'aime. Mais tu n'es plus cette fille, Nalani. Tu n'es plus celle que j'aime. Celle que j'aime n'aurait jamais parlé ainsi à Susie. Celle que j'aime n'aurait jamais reproché à James d'avoir vécu à ses côtés les plus belles aventures de notre vie, les moments les plus forts, les souvenirs les plus doux. Surtout quand on sait que, sans lui, ton équipe n'aurait jamais vu le jour.

- Je savais que tu le préférerais toujours à moi, putain, grogna-t-elle, désabusée. Je le savais, putain !

- Tu n'as vraiment rien compris, répondit-il, déçu.

Il prit la porte sans un regard en arrière, suivi de près par Louis, Jean-Paul et Vincent. Ebranlé, James ne sut jamais ce qu'il se passa après, si Nalani avait fini par se calmer, si Susie avait préféré s'isoler dans la chambre de son fils, si Oscar avait mis tout le monde à la porte. Il ne le sut pas, parce que Natasha avait dit « c'en est trop, on s'en va » et qu'il l'avait suivie en espérant de tout cœur rattraper Mael.

Mais le Chemin de Traverse était vide lorsqu'ils avaient quitté le bâtiment et ils s'étaient retrouvés seuls, à marcher épaule contre épaule, la tristesse de l'un contre la colère de l'autre.

- Tu m'accompagnes ?

- Tu veux quand même aller chez Malek ?, s'étonna-t-elle.

- J'ai promis à Brayden de l'amener au cinéma. Après le film on ira directement chez tes parents, ils les ont invités aussi, Malek et lui.

- Je sais. Mais après ce qu'il vient de se passer...

- On savait que ce serait long. Long et compliqué.

- Ça fait un an, James. Un an que tu as retrouvé tout le monde, un an que tu les as persuadés de te suivre au mariage de...

- Je donne vraiment cette impression ? De vouloir qu'on me suive ?

- Mais non, regretta Natasha. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.

James haussa les épaules et elle ne chercha pas à se rattraper, pas plus qu'à s'excuser. Il était abattu, comme à chaque fois qu'une dispute déchirait un peu plus la bande autrefois joyeuse. Ça faisait un an que ça durait. Un an qu'il prenait sur lui, patientait, et insistait auprès de chacun pour laisser une chance à Juliet, à Alice, à Nalani. Un an que ça durait. Et Natasha doutait que ça cesse un jour.

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Au nord de Kirovohrad, Ukraine

La peur le quittait peu à peu. Le bruit ne l'inquiétait plus autant qu'avant. Il se contentait de rester sur ses gardes, de tendre l'oreille, de se concentrer, à la fois sur ce qui l'entourait, et sur sa peur, afin qu'elle ne le paralyse pas.

- Ce n'était qu'un blaireau.

James acquiesça, suivant son mentor.

- Ils sont plutôt méfiants par ici mais il a dû croire qu'on était de la même espèce.

James esquissa un sourire à la tentative d'humour. Les deux hommes marchaient depuis des jours, dormaient dehors, se lavaient peu. A peine James trouvait-il le temps d'écrire à Natasha, quelques lignes enjouées où il essayait de transcrire à la fois son amour, la force de son engagement, le manque insoutenable et sa joie de se consacrer à son apprentissage. Il avait visité plus de trente pays, découvert des peuples, des êtres, des créatures et des plantes dont il n'aurait jamais soupçonné l'existence…

Quatre ans de marche, de découverte, d'exploration. Quatre ans pour se dessiner la légitimité d'obtenir un poste haut placé, des responsabilités, un métier passionnant.

- Aller, on s'arrête là pour aujourd'hui. Il est près de minuit, tu vas monter le camp de fortune près de la rivière. Je te conseille de tailler cette barbe horrible, va savoir quelle créature se cache à l'intérieur. Et tiens, voilà tes lettres. Mais ne tarde pas trop à te coucher, on lève le camp dans quatre heures.

James se hâta de monter le camp, façon moldue. Son mentor lui apprenait à n'utiliser la magie qu'en dernier recours, pour ne pas laisser trop de trace. Enfin, il jeta un œil aux trois lettres que lui avait donné son mentor, les triant par ordre d'importance.

Mael, Blaise et Ginny.

Mael, l'ami indéfectible, le presque-frère.

Blaise, la tendresse dissimulée sous une apparence froide et acerbe.

Ginny. Sa mère. Elle ne lui avait plus écrit depuis longtemps. Depuis quatre ans, sans doute.

Intrigué, il décacheta l'enveloppe, faisant voler le sceau des Potter à la lueur des braises. Il fut surpris par l'épaisseur des feuillets, compta plusieurs rouleaux de parchemin. Il ne reconnaissait pas l'écriture de sa mère, d'ordinaire brouillonne, elle s'était appliquée et il songea qu'elle avait sans doute besoin de lui pour lui prêter autant d'attention.

Pourtant, elle ne posa pas l'ombre d'une question. Elle se contentait de revenir en arrière, de lui raconter, de son point de vue, les deux dernières années. A sa manière. « Ton frère Albus a quitté Poudard. Il a obtenu moins d'Aspics que toi, mais il a intégré la formation d'Auror ». James, déjà mis au courant par Lily, savait que ses parents avaient peur des agissements d'Albus au point de l'avoir forcé à devenir Auror pour garder en permanence un œil sur lui.

Ginny parlait brièvement de chaque membre de la famille, s'attardant sur la passion de Lily pour les créatures fantastiques et son désir ardant de créer un immense domaine où les observer et les soigner. James apprit que Teddy et Victoire ne donnaient plus de nouvelles, que Roxanne avait commercialisé une de ses plus brillantes inventions, que Molly avait gravi un échelon de plus au ministère...

Ginny ne parlait pas de Rose. Elle ne le faisait plus depuis que Rose avait coupé les ponts avec ses parents. Mais James s'en moquait, car Natasha ne lui cachait rien de la vie idyllique de sa cousine, qui filait le parfait amour avec Timothée et suivait avec passion des cours de journalisme et de photographie.

Ginny parlait surtout d'Albus et Lily, chose somme toute évidente, mais plutôt que de lui donner des nouvelles et de laisser parler fierté et tendresse, elle semblait s'inquiéter autant pour l'un que pour l'autre. Et James comprenait qu'elle comptait sur lui pour rentrer en Angleterre et veiller sur eux deux.

Or, il n'en avait pas la moindre envie. Lily construisait sa vie en n'écoutant que son cœur, tant dans le domaine professionnel que dans sa relation amoureuse. Les créatures magiques la passionnaient depuis son plus jeune âge, il n'était pas étonnant, pour James, qu'elle veuille y consacrer sa vie. Quant à Keziah, s'il ne plaisait pas à ses parents, Lily avait convaincu James que son amoureux était quelqu'un de bien, et James lui faisait totalement confiance.

Il songea alors à Albus, en attisant le feu. Albus qui avait tant compté à ses yeux, Albus à qui il avait tout donné, tout pardonné. Le lien s'était rompu à la fin de sa scolarité, quand Albus avait essayé de tuer Natasha, quand il n'en avait éprouvé aucun regret, quand il avait fait comprendre à son aîné qu'il aurait préféré le tuer lui pour prendre sa place.

Ils ne se comprenaient pas, ne s'étaient jamais compris. Pire, Albus ne l'avait jamais aimé.

- Débrouillez-vous sans moi, murmura James en glissant la lettre de sa mère entre les flammes.

Il avait fait ce qu'il avait pu, pendant sept ans. C'était à eux, désormais, de tenter l'impossible.

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Le bureau du chef des Aurors était tel que le Survivant l'avait voulu, simple et fonctionnel. Il n'y passait guère de temps, son second partageant avec lui les tâches administratives, de loin celles qui l'intéressaient le moins. Pourtant, il aimait s'asseoir dans le fauteuil confortable et éplucher avec soin les rapports de ses hommes, tâche qui l'occupait tôt le matin et tard le soir. Il laissait toujours la porte de son bureau ouverte, moins pour surveiller ses subalternes que pour se rendre accessible. Il exigeait de ses hommes qu'ils le tutoient et l'appellent par son prénom plutôt que par son nom de famille, et si certains le vouvoyaient parfois par inexpérience, d'autres aimaient à l'appeler chef, par tradition.

- Salut Harry.

- Ron, l'accueillit son meilleur ami d'un sourire. Ça fait plaisir de te voir.

Le rouquin ne s'installa pas face à lui, comme le faisaient tous les autres, mais sur sa gauche, tirant de sous le bureau un énorme pouf en velours qui ne reposait que son postérieur et qui réchauffait les jambes du Survivant lorsque les journées se faisaient fraîches.

Ron Weasley n'était pas ce qu'on pouvait appeler un Auror normal. Il avait rejoint le bureau tardivement, après avoir aidé son frère Georges à empêcher la boutique Weasley de couler à flots après la guerre et la mort de Fred. Comme Harry, Seamus et tous ceux qui avaient combattu Voldemort, Ron n'avait pas eu à se plier aux trois longues années d'apprentissage. Son pedigree parlait pour lui, le fait d'être un héros de guerre aussi. Le Trio d'Or n'avait jamais eu à prouver quoi que ce soit depuis la fin de la guerre, ils avaient sauvé la communauté, ils étaient intouchables.

- Alors, cette mission ?, s'enquit Harry.

- Justement, c'est de ça que je voulais te parler.

Au bureau, Ron n'avait pas de poste ni de statut fixe. Il était le bras droit du chef, comme Seamus était son bras gauche, et tous deux jouissaient d'une suprématie sur les autres, même sur Harper, le second du chef. Ils ne s'économisaient pas, mais n'avaient pas d'horaires fixes, et Ron avait depuis deux ans exigé de ne plus quitter l'Angleterre trop longtemps.

- Depuis que Rose est partie, on s'est retrouvés, Hermione et moi, commença Ron en joignant ses mains.

C'était inutile de le dire, Harry le savait très bien puisqu'ils passaient tout leur temps ensemble, mais Ron avait besoin de poser les choses, de peser ses mots.

- Elle se repose sur Molly, il lui arrive même d'attendre que le soleil se lève pour commencer à travailler, continua Ron, attendri. Elle fait beaucoup d'efforts. On veut être là pour Hugo. Être de bons parents, présents mais pas envahissants, de bon conseil sans paraître moralisateurs. Être prêts, aussi, si Rose... lorsque Rose reviendra.

- Tu vas encore me parler de James ?

- Non.

- Bien, approuva Harry.

- Le fait est que c'est grâce à lui qu'on a décidé de changer. Grâce à ce qu'il nous a dit après avoir découvert toute l'histoire avec Zabini. Quand on lui a porté les horcruxes et les reliques, lorsqu'il a refusé d'entendre toute leur histoire parce qu'on venait vers lui trop tard. Ce jour-là on a compris qu'on avait fait erreur et, contrairement à toi, Hermione et moi avons décidé de changer.

- Je croyais que tu ne voulais pas parler de James.

- C'est le cas. Mais c'est important que tu entendes la vérité.

- Tu me l'as répétée cent fois, Ron.

- Et je le ferai mille fois si à la dernière tu acceptes enfin de m'écouter.

- Je le fais. Mais James est loin et la dernière fois que je lui ai parlé, il m'a conseillé de faire confiance à Lily. Tu crois vraiment que Kent la mérite ? Parce que moi je suis persuadé du contraire.

- C'est Lily qui a choisi Kent, pas James. Qu'elle l'ait convaincu de te parler ne change rien, il a juste voulu faire plaisir à sa sœur. Tu le rends toujours responsable et coupable de tout ce que tu ne peux pas combattre, le fait que Lily et lui ne ressemblent pas à tes parents, le fait que Ginny t'ait trompé avec Zabini, le fait que Zabini se comporte mieux avec James que toi, le fait que Lily sorte avec Kent... Pourtant il n'a rien fait. Ou plutôt si, il a tout fait pour te prouver qu'il était meilleur que ce que tu redoutais. Pour que tu l'aimes.

- Il est loin. Ginny lui a écrit et il n'a même pas répondu.

- Son travail a l'air prenant. Je n'ai pas l'impression qu'il voie beaucoup la petite Kandinsky.

- Et comment le saurais-tu ? Vas-tu enfin avouer que tu demandes à travailler à mi-temps pour te rendre en France et suivre Natasha Kandinsky pour qu'elle te mène à Rose ?

Ron leva les yeux au ciel. Après tant d'années d'amitié il ne pouvait rien cacher à Harry, il le savait.

- Ma fille me manque. Tu ne peux pas comprendre.

- Bien sûr que si...

- Non. James ne te manque pas comme Rose me manque. James ne te manque pas du tout.

- Nous avions dit que nous ne parlerions pas de James, rappela Harry. Comment s'est déroulée la mission ? Comment s'est comporté Albus ?

Ron laissa échapper un petit rire désabusé. Harry ne changerait donc jamais.

- A chaque fois qu'on parle de James tu coupes court et tu parles d'Albus. Il serait tant de grandir, mon vieux.

- Pour ressembler à une échasse ? Je te laisse ce privilège, sourit le Survivant. Alors ?

- Alors rien, soupira Ron en haussant les épaules. Aucune initiative, aucune prise de décision, aucune parole, aucun réflexe. A peine est-il bon à me suivre. Et encore, seulement quand je lui dis d'avancer. Il n'a envie de rien, n'est motivé par rien. Une enquête en or, dans une ville incroyable, pendant cinq jours avec l'oncle le plus laxiste et le plus cool et il n'en profite pas. Pire, il n'en a rien à faire. Il n'a rien fait pendant cinq jours. Strictement rien. Il serait apprenti qu'on l'aurait viré de la formation dès le premier jour, dès la première heure. Mais il s'agit de ton fils. Et tu ne l'as pas placé sous notre codirection pour rien.

Harry soupira à son tour, enserrant son visage de ses mains lasses. Il ne savait plus quoi faire d'Albus. Il avait cru bien agir en lui offrant les meilleures missions, celles dont rêvaient les apprentis Aurors pendant des années, et pour lesquelles ils se battaient avec acharnement et sérieux sans jamais compter leurs heures. Il avait cru que ces missions éveilleraient l'intérêt dans l'esprit d'Albus, une vocation même. Mais il n'en était rien, Albus était devenu Auror comme il avait intégré Poudlard, sans curiosité ni le moindre intérêt.

- Laisse-moi te dire qu'il ne prendra jamais ta succession, asséna Ron. Il n'en a ni l'étoffe, ni les compétences. Et vu comment c'est parti, il ne les possédera jamais.

- Il est jeune. Il a la vie devant lui. Les choses peuvent changer encore...

- Que Merlin t'entende, Harry.

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Poudlard

- T'es vraiment qu'un blaireau, mon pauvre Zabini.

Une insulte, une bousculade. Le quotidien du petit Haidar était bien monotone et bien triste. De ses malheurs il ne parlait à personne. Ni à ses parents, qu'il ne voulait pas inquiéter. Ni à ses sœurs, car il ne voulait pas qu'elles le traitent de trouillard. Encore moins à James, qu'il avait tendance à idolâtrer et qu'il ne voulait pas décevoir.

C'était James qui avait écrit le premier, pour lui souhaiter une belle rentrée. Haidar avait répondu, presque timidement. Il avait jeté une dizaine de brouillons avant d'écrire comme ça lui venait, parlant principalement de l'émerveillement que suscitait en lui le domaine de Poudlard, évitant volontairement le sujet des cours, qu'il redoutait.

La description du chaton que lui avait offert son père avait pris trois rouleaux de parchemin. Il fallait avouer que Blaise s'était montré réticent. Comme tout bon père aimant, il avait voulu offrir un cadeau inoubliable à son fils pour sa première rentrée à Poudlard, et même si Haïdar possédait déjà trois hiboux et Framboise, son Fociou, le choix de l'animal s'était imposé avec évidence. Les créatures passionnaient Haïdar, notamment les volatiles.

Ils avaient quitté la maison seuls, entre hommes, sous les rires des filles qui conseillaient à leur frère d'adopter un crapaud. Blaise, lui, voulait acheter un oiseau. Pas une vulgaire chouette, mais un aigle royal. Il disait « tu es mon fils, je veux le meilleur pour toi » Haidar avait beau lui rappeler qu'il ne partait pas à Durmstrang mais à Poudlard et qu'il avait déjà trois hiboux et Framboise, Blaise n'en démordait pas. Il avait fallu que Brutus, un immense aigle, pose ses griffes acérées sur les frêles épaules de son fils et qu'il les entaille jusqu'au sang pour que Blaise admette qu'il avait eu tort. Et puis Hyppolyte avait sauté dans les bras d'Haidar dont les yeux s'étaient agrandis avec amour, et Blaise n'avait pu qu'accepter, sortant ses mornilles en marmonnant dans sa barbe.

Haidar était fou de son chat. Et il était bien le seul. Le petit monstre, comme aimait à l'appeler Evelyn, s'était pendu aux rideaux bien assez de fois pour qu'ils soient bons à jeter, avant de décréter que la malle de Shania serait son nouveau terrain de jeu.

Le petit monstre ne devait sa survie qu'aux immenses sanglots d'Haidar qui refusait que son protégé soit maltraité. Ça avait failli par ne pas suffire lorsqu'Hyppolyte avait fait ses griffes sur le balai d'Hadiya mais, une fois de plus, la famille accepta de prendre patience et d'adopter le petit monstre avec ses qualités – bien que seul Haidar semblait les reconnaître – et ses défauts.

Ainsi avait commencé leur relation épistolaire. Et chaque fois qu'Haidar était triste, il sortait d'une petite boite les lettres de son frère et se plongeait dans ses récits truffés d'épices et de couleurs.

- Encore en train de lire, crétin ? C'est ta môman qui t'écrit ces longues lettres ? Elle s'inquiète pour son petit bébé d'amour ?

Haidar ne répondait jamais. Son père lui avait donné quelques conseils, avant sa rentrée, et Haidar avait choisi de n'en suivre aucun.

Répondre, rendre coup pour coup, toujours avoir un train d'avance, rien de tout ça ne rendait Blaise plus aimable aux yeux des gens. Haidar ne voulait pas être craint, il voulait être accepté. Mais il devait bien avouer que si la méthode de son père ne portait pas ses fruits, la sienne n'était pas plus efficace.

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Roxanne Lespare n'avait rien à voir avec Roxanne Weasley. Comme si le simple fait de porter le nom de son époux actait un revirement de personnalité, une négation, un refus.

Roxanne ne gardait pas que de bons souvenirs de ses sept années passées à Poudlard. A Poudlard elle s'était fait des amis, avait rencontré Jalil, avait joué au quidditch. Mais à l'époque, son caractère fort ne lui avait pas attiré que de la sympathie. Elle se souvenait très bien du jour où elle s'en était aperçue. C'était en cinquième année et elle s'était séparée brièvement de ses amis pour se rendre aux toilettes. Là, elle avait reconnu quelques voix, des filles de sa promotion, qui parlaient d'elle en des termes peu élogieux. Bien sûr ces filles la saluaient chaque matin, lui souriaient dès qu'elle les croisait, parce que jamais elles ne lui auraient dit ce qu'elles pensaient vraiment, parce qu'elle était une "fille de", une héritière.

L'après-Poudlard lui avait permis de se libérer. Jalil rêvait de fonder une famille, il lui avait demandé de l'épouser très tôt, et elle n'avait pas hésité longtemps. Et puis elle avait la boutique. Au départ elle n'avait fait qu'assister son père, et s'était démenée pour lui prouver sa valeur, ne comptant pas ses heures, inventant de nouveaux produits, dont certains qui étaient devenus leurs produits phares.

Petit à petit, conscient de ses efforts et de son talent, Georges s'était effacé. Il se disait fatigué, il plaisantait, disait qu'il avait bien mérité de prendre sa retraite avant l'heure. Mais Roxanne savait qu'il n'en était rien. Son père n'avait pas réellement vécu une vie normale, depuis la mort de son jumeau. Il n'avait fait que survivre, dans l'attente de construire une même relation avec son fils. Et Fred n'avait pas voulu jouer ce rôle, Fred était parti. Fred avait laissé sa place et Roxanne s'était construit la sienne.

Aujourd'hui, c'était elle qui gérait l'entreprise familiale. Georges s'amusait dans l'arrière-boutique, continuait de créer et d'inventer, comme l'aurait fait un stagiaire ou un apprenti. Et Roxanne avait bien du mal à tout gérer toute seule. Les commandes, le suivi des ventes, la gestion du personnel, c'était beaucoup, et ses employés profitaient souvent de sa souplesse. Alors qu'ils avaient vénéré Georges, fier combattant de la Bataille de Poudlard, martyr, frère de Ron, beau-frère d'Hermione et du Survivant en personne, ils ne prêtaient à Roxanne que bien peu de respect, car à leurs yeux elle n'avait fait que suivre les pas d'un père qui l'avait pistonnée. Elle n'était pas la chef, elle n'était que la fille du chef, comme ils aimaient à l'appeler.

En ce jour pluvieux, elle devait rejoindre Jalil "chez Susie". Son mari avait réservé une table des semaines auparavant et elle se faisait une joie d'en profiter pour déguster les plats de Susie Dubois. Elle se savait en retard, mais Jalil ne lui en voudrait pas. Il s'était toujours montré soucieux et compréhensif, alors elle pressa le pas, impatiente de le retrouver. Un peu trop, peut-être, puisqu'elle manqua de vigilance au détour d'une ruelle et termina sa course fesses sur les pavés.

- Merde!, jura-t-elle.

Elle venait de se changer, pour faire une surprise à Jalil. Elle avait acheté cette nouvelle robe et la portait pour la première fois. Et voilà qu'elle se retrouvait complètement trempée et couverte de boue. Râlant, elle s'aperçut qu'elle avait fait tomber la personne contre qui elle s'était cognée et lui tendit la main.

- Je suis désolée. J'espère que je ne vous ai pas fait mal.

Il s'agissait d'une femme, aux cheveux longs et sales qui tâtait sa tête en grimaçant. Roxanne ne pouvait voir tout son visage mais se dit qu'elles devaient avoir le même âge, à quelque chose près.

- C'est donc vrai, ce qu'on raconte, marmonna l'inconnue. T'as changé de personnalité en même temps que ton nom. Mais tu restes aussi maladroite. Comme quoi certaines choses ne changeront jamais.

Le tutoiement étonna Roxanne. Elle comptait ses amis sur les doigts d'une main et rares étaient les anciens élèves de Poudlard qui osaient l'aborder avec tant de familiarité.

- On se connaît ?, répliqua-t-elle.

A nouveau elle devina une grimace sous la chevelure couverte de nœuds, de fourches et d'immondices. Et puis la jeune fille leva les yeux vers elle, dégageant son visage anguleux, ses joues creuses, ses yeux clairs et perçants.

- Dominique ?, s'étrangla Roxanne.

- Son fantôme, marmonna la jeune fille le regard vague.

Roxanne ne pouvait que lui donner raison. Même si Dominique Weasley n'avait jamais possédé le charme de sa mère ou de sa sœur, elle avait toujours été très belle. Mais en ce jour elle paraissait n'être qu'une pâle copie d'elle-même. Vêtue de haillons, la peau sur les os, elle paraissait n'avoir pas mangé depuis des jours. Roxanne vit un vieux gobelet en carton renversé sur le sol, et Dominique qui essayait discrètement de ramasser quelques noises qui s'étaient coincées entre deux pavés.

- J'imagine qu'il va me falloir trouver un autre coin, soupira Dominique en se redressant.

- Un autre coin ?

- Tout se sait dans notre foutue famille. Tu vas dire à ma mère que tu m'as vue.

- Mais... Pourquoi ce serait une mauvaise chose ? Visiblement tu as besoin de...

- Je n'ai besoin de rien. Va-t-en.

Dominique se pencha, attrapa un morceau de carton et un vieil exemplaire de la Gazette. Elle semblait sur le point de s'enfuir, et Roxanne réalisa qu'elle n'avait jamais su ce qu'il s'était passé entre sa cousine et ses parents, juste qu'ils n'avaient plus trop de nouvelles, que Dominique avait besoin de s'émanciper. Elle n'était plus venue aux repas de famille et ils avaient perdu l'habitude de l'inviter. Roxanne s'aperçut qu'elle ne l'avait même pas invitée à son mariage, alors que James et Fred avaient fait le déplacement, que Louis était venu de France, que Victoire avait daigné apparaître le temps de la cérémonie.

- Dominique...

Roxanne hésitait. Jalil devait commencer à s'inquiéter. La pluie s'était remise à tomber. Et Dominique avait besoin d'aide. De son aide.

- Viens.

- Non.

- Ne m'oblige pas à utiliser ma baguette, Dominique.

La jeune fille aux cheveux sales abdiqua, le regard lointain. La réalité ne semblait plus avoir de prise sur l'ancienne Poufsouffle, la seule des cousins Potter-Weasley à avoir été répartie dans la maison des jaune et noir.

Roxanne la guida vers la boutique, lui donna quelques vivres qu'elle trouva dans l'arrière-boutique, trembla en la voyant manger sans soin ni pudeur.

- Tu veux rester dormir ici ou tu préfères venir chez moi ? Je vis avec Jalil mais il est cool, il ne posera aucune question.

- C'est... C'est tentant et... gentil. Mais...

- C'est soit l'un soit l'autre. Soit tu dors ici, soit tu dors chez moi. Merde, Dominique, t'es ma cousine ! Je sais que ça n'a jamais vraiment eu de sens à nos yeux, je sais que cette famille a pourri nos vies, nos enfances, notre adolescence mais merde !

- Je ne veux pas de ta pitié. Je peux ?

Roxanne regarda quelques flacons que Dominique désignait. Elle acquiesça, ignorant ce que sa cousine pouvait bien vouloir faire avec de l'essence de Tamof et de l'élixir de Sulcni. Les mains de Dominique ne tremblaient plus, ses gestes étaient sûrs, elle mélangeait les ingrédients dans un but bien précis. Et puis elle tendit un petit flacon à Roxanne.

- Met-ça sur ta robe.

Roxannne obtempéra, et sa robe devint comme neuve. Après quelques secondes d'émerveillement, Roxanne se rappela que sa cousine n'avait obtenu qu'un seul Aspic, un Optimal en Potions, matière qui l'avait toujours passionnée et dans laquelle elle avait toujours été douée. Et une idée un peu folle germa dans son esprit.

- Tu ne veux pas de pitié, ok. Mais que dirais-tu d'un job ?

ooOOoo

« Zabini le blaireau des blaireaux. Zabini, le blaireau qui fait honte aux blaireaux. »

L'inscription s'étalait sur tout le mur des toilettes des garçons du troisième étage. Un elfe l'effacerait certainement pendant la nuit mais, en attendant, tous les garçons la voyaient, et en riaient.

Haidar n'avait pas honte d'avoir été réparti à Poufsouffle. Il en aimait les valeurs, et la merveilleuse salle commune dont les dortoirs étaient gardés par des fruits cocasses et attentionnés. Malheureusement pour lui, il fallait bien une exception à la réputation des Poufsouffle et la promotion d'Haidar en était une.

Loyaux, ils l'étaient. Mais leur loyauté allait à Nuria Luzon, dont la famille avait été torturée par « les Serpentard, les copains de ton père », avait-elle pleurniché face à Haïdar. Il n'avait pas su quoi répondre et elle avait mal interprété son silence, pleurant deux fois plus, s'attirant la sympathie de ses camarades. Ils formaient un groupe soudé, cinq garçons et cinq filles, une parité parfaite dans laquelle Haïdar, « le onzième », dépareillait.

Le garçon passait ses journées tout seul, et cette première année à Poudlard, loin de l'émerveiller, lui paraissait bien longue.

ooOOoo

L'Amérique du Nord. L'Amérique du Sud. L'antarctique. L'Afrique. L'Asie. L'Europe. L'Océanie. James avait foulé le sol de tous les continents, s'était rendu dans chaque pays, ou presque.

Où qu'il aille, quel que soit le continent qu'il explorait, James avait toujours une pensée pour les siens, ceux qui se trouvaient en Angleterre, terre de son enfance, et ceux qui avaient disparu.

Les fils de Théodore Nott et Amalthéa Delanikas.

Des êtres qui étaient partis en laissant derrière eux des enveloppes corporelles factices, magiquement modifiées, ensorcelées par leurs ennemis pour leur ressembler et laisser croire en leur mort.

Où étaient-ils ? Plusieurs années auparavant, James, Scorpius et Daniel avaient passé des jours, des nuits, à plancher sur la question.

Désormais ils étaient séparés, vivaient loin les uns des autres, s'écrivaient peu. Les sentiments étaient toujours là mais la distance et le temps se jouaient d'eux. Alors ils poursuivaient leurs recherches seul. Et, James devait bien l'avouer, il n'avait guère de temps à consacrer aux recherches qui autrefois avaient tenu en haleine l'adolescent qu'il n'était définitivement plus.

Tout au plus lançait-il quelques charmes en découvrant une nouvelle ville, un nouveau pays. Quelques fois, alors qu'il se détendait les muscles en courant à travers bois sous forme animale, il interrogeait les animaux qu'il croisait. Jusque-là il n'avait jamais eu la moindre piste à explorer. Et, même s'il ne l'aurait jamais avoué, même pas à lui-même, il était soulagé de ne pas en trouver. Car qu'aurait-il fait, seul et disposant de si peu de temps libre ?

- Alors pourquoi continues-tu de chercher ?, le questionna Evora.

La jeune fille avait repris forme humaine, après une rapide course à travers la Toundra islandaise. C'était celle qui maîtrisait le mieux l'animal qui vivait en elle, et rares étaient les pensées qui lui échappaient.

James l'observa alors qu'elle s'était accroupie près d'une étendue d'eau claire, ramenant de l'eau fraiche vers ses longs cheveux qu'elle démêlait. Il la trouvait belle. Belle comme il trouvait belles Hadiya, Lily ou Shania. Belle comme une femme que l'on aime comme une sœur. Et pourtant, il se demandait parfois si la vie ne serait pas plus simple s'il tombait amoureux d'une fille comme lui, et non comme Natasha, qu'il aimait si fort mais qu'il voyait si peu.

- T'es trop jeune et souriant pour moi, railla Evora. Et tu aimes la différence, c'est elle qui suscite ton intérêt, ton enthousiasme. Tu n'aimerais pas longtemps une fille qui te ressemblerait trop.

James acquiesça, songeur. Evora avait raison. Evora avait toujours raison. Et Natasha lui manquait tant qu'il en devenait un peu fou.

- Tu ne m'as pas répondu, « beau gosse »… Pourquoi continues-tu de chercher une trace de ces disparus ?

James sentit mille frissons le parcourir, comme l'avait prévu Evora qui avait volontairement appuyé là où ça fait mal en employant ce surnom qu'utilisait toujours Natasha. Il s'efforça de ne pas penser à elle et se tourna vers Evora, lui répondant sans réfléchir.

- Ils sont aimés par des gens qui comptent pour moi. J'ai connu Amalthéa et nous étions… Pas très proches mais liés par une tendresse que je ne comprenais pas, à l'époque. Parce que je n'ai su que nous étions liés qu'après sa disparition.

- Tu crois qu'elle est vivante et qu'elle se planque quelque part ?

- Oui.

- Tu l'as plus espéré que cru. Et ce parce que tu savais que deux êtres avaient besoin d'elle.

- Sa petite sœur, Briseis, et Gwenog, acquiesça James.

- Elles ont grandi. Elles n'ont plus besoin d'elle.

- Elles l'aiment. On a toujours besoin de ceux que l'on aime.

Evora n'eut pas la moindre réaction. Et pourtant James lisait la souffrance au fond de ses yeux.

- Il n'est pas bon de croire en le retour d'un être disparu. Cette fille est peut-être morte depuis des années. Il faut savoir faire son deuil.

- Je ne donne pas de faux espoirs à Briseis ni à Gwenog. Mais je serai un bien piètre ami si je cessais ces recherches.

James savait qu'Amalthéa était vivante mais le fait qu'elle soit en vie était un secret, un secret si précieux qu'il n'était pas prêt à le partager avec qui que ce soit, de peur de la mettre en danger.

- Et que feras-tu si tu la trouves ?

- Je m'assurerai qu'elle n'a besoin de rien, qu'elle va bien, qu'elle est en bonne santé. Je lui demanderai si elle veut que je transmette un message à sa sœur ou à Gwenog ou... à qui que ce soit. Et j'en apprendrai sans doute davantage sur la menace que nous combattons.

Evora attacha ses cheveux d'un coup de baguette et sauta sur ses pieds, se redressant avec force et souplesse. Elle vérifia que ses dagues étaient bien attachées à sa ceinture, non loin de sa baguette, et jeta un dernier regard à James que celui-ci qualifia de déçu.

- Tu es obsédé par les frères Zigaro. Tu attends un affrontement qui ne viendra peut-être jamais.

- Je ne suis pas obsédé par eux mais…

- Bien sûr que si. La menace est immense et constituée de centaines de cerveaux qui nous tiennent en échec, de corps à combattre, et tu ne restes obsédé que par deux d'entre eux.

- Ils m'ont volé un ami. Et ils ont pourri nos vies, notre enfance, notre adolescence, détruit nos illusions, notre innocence…

- Et renforcé votre amitié. Tu sais, James, le jour où nous les affronterons, je ferai en sorte de te laisser à l'écart du combat.

- Quoi ?! Mais pourquoi ? Nous n'avons pas de chef, Evora ! Je suis libre de mes faits et gestes, que je sache !

- Et je suis libre des miens. Tu as beaucoup de qualités, James, et beaucoup de gens qui t'aiment et que tu aimes en retour. Moi je n'ai que vous, que nous. Et je ne laisserai rien arriver aux membres de notre constellation.

- Je ne suis pas moins bon combattant que toi.

- Non. Tu n'es ni le meilleur ni le moins bon. Mais tu es meilleur quand tu es calme et réfléchi. La vengeance n'est pas une alliée, James. Et je ne la laisserai pas te détruire.

ooOOoo

St James Park, Londres

En lisant le nom du parc sur la lettre, Gwenog Kubrick avait cru que Briseis Delanikas lui donnait rendez-vous chez James Potter. Elle ne connaissait pas Londres et ses divers parcs qui offraient tant de poumons verts aux londoniens.

Elle pressait le pas, elle voulait être seule, elle voulait que sa garde rapprochée cesse de la suivre, de l'entourer, de la surprotéger.

- Gwenog, attends ! Hewie va finir par tomber !

La voix de Kathleen, à n'en pas douter. Son timbre, toujours moralisateur quand il s'adressait à Gwenog, sa propension à penser aux autres.

- Elle n'avait pas qu'à mettre des talons, par Merlin.

La voix de Renaud. Son petit-ami. Il avait pris l'habitude de défendre Gwenog contre vents et marées, de la protéger de tout le monde, même de ses meilleures amies.

- Gwenog Kubrick !, hurla Hewie.

Gwenog s'immobilisa. Le timbre d'Hewie était trop aigu, elle avait dû tomber. Gwenog fit volte-face, de peur que son amie se soit blessée. Hewie était restée au sol mais elle ne souffrait pas, elle était juste mortifiée.

- Hewie !, murmura Kathleen, effarée.

- On n'a qu'une seule règle à respecter, merde !, s'emporta Renaud.

Gwenog le poussa, outrée.

- Tu es en train de la traiter de caca ?

- Mais non, ma puce, c'est un juron. Comme « par Merlin » mais quand on est vraiment énervés. Ou inquiets.

Renaud Bayard, héritier vantard des Chevaliers Irlandais, élève le plus suffisant et le plus intrépide qu'ait connu Poudlard ces dernières années, était le petit-ami le plus attentionné qui soit. Il était, aux yeux de Gwenog, une bouée de sauvetage, un point d'ancrage dans un univers d'inconnu.

Kathleen et Hewie l'avaient entourée dès son arrivée à Poudlard, comme Amalthéa l'avait accompagnée lors de sa création. Mais Poudlard avait été plus qu'une école, pour Gwenog, le château était un toit, sa première maison, un cocon de sécurité dans lequel Gwenog avait pu avancer sans trop se faire de souci.

Depuis qu'elle avait quitté ce cocon, Gwenog devait faire attention à tout. Et ses amis se relayaient pour qu'elle ne soit jamais seule.

Gwenog Kubrick n'avait rien d'ordinaire. Sans parents ni enfance, elle était née de la magie, dans le laboratoire de Wolfgang Zigaro. Elle n'était pas une fille comme les autres, elle était un test, un prototype. Pour la créer, Zigaro s'était entraîné sur des dizaines d'enfants, sacrifiés pour qu'il réalise enfin son rêve. Gwenog aurait pu être l'un de ces enfants sacrifiés, ne jamais voir le jour. Elle se disait parfois, très souvent même, que ç'aurait été mieux. Tout aurait été mieux qu'une vie ainsi. Mais il avait fallu que le projet aboutisse avec elle. Et Jasper Leitrim.

Gwenog se souvenait très bien du jour où elle avait ouvert les yeux. Elle ne connaissait rien, n'avait aucun repère, s'était attachée à ce qu'elle avait vu en premier. Amalthéa.

Sans souvenir, sans amour, sans passé, sans avenir, Gwenog et Jasper avaient été guidés par une voix qui raisonnait directement dans leur esprit pour leur apprendre tout ce qu'ils ignoraient. Tout. Absolument tout. Les couleurs, les chiffres, les lettres, les grands traits de ce que devaient être une famille, une communauté, une société.

Des connaissances, des savoirs, des sciences. Pour passer inaperçu, pour se fondre dans la masse, pour s'intégrer.

Pas de sentiments, pas de tendresse, pas d'amitié, pas d'amour. Ils n'avaient pas été conçus pour aimer. Ils étaient dépourvus de sentiments. C'est ce que la voix avait dit.

Et puis la voix avait cessé de parler quand Amalthéa eut disparu. Et Gwenog ressentit le manque, la tristesse, l'abandon. Jasper se rapprocha de Scorpius Malefoy pour qui il éprouva respect et dévotion. Gwenog découvrit l'amitié, aux côtés de Kathlenn et Hewie. Tous deux entrevirent l'espoir, en la personne de James Potter.

Si leurs corps étaient restés les mêmes qu'à leur éveil, leur cœur battait désormais au rythme des sentiments et des émotions, sans que personne ne parvienne à expliquer comment des enveloppes corporelles créées par la magie avaient pu ressentir enfin ce que ressentaient les humains.

Mais les personnes qui les connaissaient vraiment étaient rares, et la plupart étaient jeunes, trop pour avoir suffisamment de recul ou de connaissances. Alors ils avaient cru qu'on leur laisserait le temps, ils avaient cru qu'ils auraient le droit de vivre normalement eux aussi. Ils s'étaient trompés. Des hommes en blouse blanche étaient venus s'emparer de Jasper Leitrim, et Gwenog n'avait plus de nouvelles de lui. Depuis plus d'un an.

Amalthéa avait disparu, James était loin, Scorpius était occupé, Daniel Redox était plus présent mais les recherches seraient longues, avait-il dit. Alors Kathleen, Hewie et Renaud s'étaient promis de veiller sur Gwenog, de la protéger de la bêtise des hommes, de l'aimer bien qu'elle n'ait pas été créée pour l'amour.

- Je suis désolée, souffla Hewie, dépitée. Je sais bien qu'il ne faut pas prononcer ton nom de famille mais tu marchais tellement vite et je suis tombée et...

- Je sais, ne t'inquiète pas, ce n'est pas si grave.

- Si c'est grave, contra Renaud. Nous devons être vigilants. Nous sommes peut-être observés, suivis, que sais-je. Nous ignorons à quoi ressemblent ceux qui t'ont créée et qui s'est emparé de Jasper. Le monde entier est une menace.

Voilà qui résumait bien la vie de Gwenog Kubrick.

- Dépêchons-nous d'aller chez James, dit-elle avant de se mettre en marche.

Mais déjà Renaud la rattrapait.

- Nous n'allons pas chez James Potter, Gwenog. Nous allons dans un parc qui s'appelle St James Park, ce n'est pas chez lui c'est... juste un parc.

- Oh.

Elle n'ajouta rien. Il ne servait à rien d'ajouter quoi que ce soit. Elle préféra marcher d'un pas rapide, ignorer que ses amies peinaient à la suivre et oublier le goût amer qui demeurait et qui lui rappellerait toujours qu'elle n'était pas normale, qu'elle n'était pas humaine.

ooOOoo

Un léger tintement raisonna directement dans sa tête. Couché dans le terreau humide d'une forêt de l'est de l'Europe, James secoua la tête et sauta sur ses pieds. Quatre années d'apprentissage lui avaient fait gagner en souplesse et réflexes. Il laissa la place à Slawomir, qui prenait le prochain tour de garde et se transforma en chien pour rejoindre le quartier général plus rapidement.

- Des nouvelles ?, l'accueillit Evora avec avidité.

- Rien, répondit-il simplement.

Leur apprentissage, tant commun qu'individuel, touchait à sa fin et il leur semblait que les hauts mages de la Confédération Magique Internationale testaient désormais leur patience et leur abnégation.

James se dirigea vers le troisième renfoncement de pierre sur sa gauche et retrouva la rudesse de son lit d'appoint. Les ressorts, qui n'en faisaient qu'à leur tête, partaient dans tous les sens et sa couverture en laine épaisse, ternie par le temps, agressait sa peau. Voilà belle lurette qu'il ne s'encombrait plus ni d'oreiller ni de drap. L'enchaînement souvent rapide de leurs missions ne lui permettait pas le moindre confort et ça lui était égal, il préférait vivre dans le dur mais découvrir les richesses du monde plutôt que dormir dans un lit confortable en passant tout son temps dans la même ville.

- Tu n'en as jamais marre ?, demanda Mateus.

James se pencha, découvrant que son ami était allongé sur le dos, bras croisés derrière sa tête, l'air songeur. Bizarrement, alors qu'Evora était impatiente de se voir diplômée et que Selim, Chen et Mateus connaissaient une lassitude certaine, James aimait cette vie insaisissable et pleine de surprises. Il n'était pas fait pour la monotonie. Il avait besoin d'ignorer de quoi demain serait fait, pour ne pas trop penser à Keith et à ce que sa mort avait changé.

Et puis il y avait tout le reste.

Les retrouvailles avec Natasha, qui se faisaient rares. Les moments « entre mecs », que Mael annulait une fois sur deux depuis qu'il avait quitté Nalani. Les lettres qu'il envoyait à chacun de ses amis, une fois par mois, pour alimenter le semblant de lien qui les unissait. Les Zabini et Lily. Son grand-père, Arthur, qui lui donnait parfois l'impression de faire encore partie de la famille Weasley, et dont les lettres l'émouvaient toujours.

Le projet de Nalani, qui était devenu leur projet à tous et qui était sur le point de se réaliser.

Ses projets personnels, enfin, qui l'occupaient plus que de raison. Comme chaque aspirant, James devait concrétiser deux projets pour être définitivement adoubé par la Confédération Magique Internationale, le « pour » et le « contre », un projet « pour » la communauté, qui permette à celle-ci de s'épanouir, et un projet « contre » un des maux qui la faisaient souffrir. C'était le projet « contre » qui occupait la moindre de ses pensées, James délaissant le « pour » par simple et pure obsession des Zigaro. Car c'était bien eux la menace qu'il avait décidé de combattre, et tout son temps libre le voyait gagner le Temple, la jeune université magique de Grande Bretagne.

Le comportement des étudiants du Temple l'inquiétait, et James était persuadé que les frères Zigaro avaient la main mise sur l'université.

- Tu y retournes quand ?, s'enquit Sian avec sérieux.

- A la fin de la semaine, répondit James. Trois jours, pendant la courte mission de Chen et Brooke.

Sian, les yeux plissés, montrait clairement sa désapprobation.

- Tu sais ce que j'en pense.

- Oui, acquiesça-t-il patiemment.

- Tu n'as aucune preuve et tu es le seul à pouvoir planquer là-bas grâce à tes dons en métamorphoses. Si encore tu n'étais pas seul...

- Natasha a proposé de métamorphoser le visage de mes amis mais c'est trop compliqué, elle est en France, elle ne peut pas se déplacer au dernier moment et je me vois mal faire des plannings ou organiser quoi que ce soit avec nos missions qui tombent toujours quand on s'y attend le moins. Mieux vaut que je me charge des observations. On avisera tous ensemble quand j'aurais une preuve...

- Si tu en obtiens une.

- Quand j'en obtiendrai une, rectifia James, entêté.

Sian leva les yeux au ciel mais ne répliqua pas. Ils avaient eu cette conversation des dizaines de fois.

- Tes amis ne se sont pas remis de l'anniversaire de Jacob. Tu le sais bien. Tu espères juste obtenir un semblant de preuve pour ressouder ta bande.

- Écoute, Sian, je ne crois pas que tes projets individuels soient plus avancés que les miens, alors garde tes conseils.

- Soit, soupira-t-elle. Et ton « pour », il avance ?

James jeta un regard vague sur le petit bureau accolé à son lit. Le bois brun était couvert de dessins, de plans, de schémas et de notes. Son projet pourrait se concrétiser rapidement, si seulement il parvenait à faire un choix.

- Tu hésites toujours entre deux ?, comprit Susie.

- Et tu ne veux toujours par nous en parler ?, intervint Mateus.

Lorsque Bobs, son mentor, lui avait affirmé que ses deux projets individuels étaient la dernière étape à passer avant de s'émanciper totalement, James avait songé à son projet initial, celui qui l'avait tant passionné qu'il lui avait ouvert les portes de la Confédération Magique Internationale. Un rassemblement de sorciers comme seules les phases finales de la coupe du monde de quidditch le permettaient, afin de favoriser l'entraide entre les peuples, d'assouvir la curiosité des uns pour le mode de vie des autres. Mais ses amis lui manquaient. Terriblement. Et il était toujours difficile de tous se retrouver. Il avait repensé à la naissance de Jacob, à Oscar qui avait promis que le premier de ses amis à les rejoindre à Sainte Mangouste serait le parrain de Jacob, à la déception de Juliet qui vivait si loin d'eux et avait tant de mal à voyager rapidement des Etats-Unis vers l'Angleterre.

Il comprit qu'il faisait fausse route. Un jour, sans doute, James réaliserait son rêve d'enfant. Il trouverait un lieu vaste et accueillant où des milliers de sorciers se rassembleraient dans la joie et la curiosité de l'autre. Mais pas maintenant, se dit-il. Maintenant, il voulait créer un moyen de faciliter les déplacements des sorciers du monde entier.

Parmi tous les rouleaux de parchemin qui s'étalaient sur son bureau, il trouva un feuillet vierge. Avec un sourire immense et enfantin il dessina rapidement une porte, somme toute semblable à celle qu'il avait dessinée lors de la naissance de Jacob.

Ainsi naquit l'un des projets les plus importants de sa vie.

Ainsi naquirent les portes de transplanage.

ooOOoo

St James Park

Il faisait nuit noire lorsque Soizic Azilis transplana. Elle n'attendit pas que ses yeux s'habituent à l'obscurité pour se mettre en marche, empruntant le chemin sur sa gauche sans se poser de questions. Elle marcha quelques minutes, contournant une belle et sombre étendue d'eau et préféra quitter le chemin pour se fondre dans l'ombre des arbres.

Elle doutait de rencontrer un sorcier mais elle se savait peu chanceuse et craignait de rencontrer un moldu qui ferait des histoires en la voyant marcher seule au beau milieu de la nuit.

Après un rapide coup d'œil à sa montre, elle pressa le pas. L'impatience la gagnait.

Au beau milieu du parc, sous un arbre touffu, une jeune fille patientait, ses longs cheveux châtains fouettés par le vent. Elle ne cessait de répéter les mêmes gestes. Un regard vers la droite, un autre vers la gauche, encore un devant elle, avant de se retourner et de répéter les mêmes gestes. Chaque minute la voyait également regarder sa montre, inlassablement, comme si elle refusait de croire que le temps puisse s'écouler si lentement.

Enfin, après une attente qui lui sembla interminable, un bruit se fit entendre sur sa gauche. Elle crut qu'il s'agissait de Soizic, de loin la plus rapide de toutes, mais elle esquissa un sourire surpris en visualisant de courts cheveux blonds qui reflétaient la lueur de la lune, pleine en cette nuit d'octobre.

- Briseis, murmura-t-elle en se jetant dans les bras de son amie. Tu m'as terriblement manqué.

- Toi aussi, répondit son amie tout aussi bas. C'est ridicule de chuchoter alors que nous sommes seules, pas vrai ?

- Et si nous ne l'étions pas ?

- Tu es toujours aussi paranoïaque ma Lily, répliqua Briseis en un sourire attendri.

Lily Evans secoua la tête, habituée. De nature prudente, la jeune fille préférait rester sur ses gardes. Il fallait avouer que son enfance et son adolescence lui avaient donné raison.

Lily avait grandi auprès d'une mère qu'elle aurait volontairement qualifiée de folle à lier. Il s'agissait pourtant d'une sorcière somme toute ordinaire, qui avait grandi en même temps qu'Harry Potter, à quelques années près. Obsédée par son héroïsme, elle avait cherché un époux qui porte le même nom que la mère du Survivant et n'avait épousé Donny Evans, un moldu sans histoire, que pour son nom de famille. Elle l'avait séduit avec acharnement, avait précipité leurs noces et tout fait pour tomber enceinte rapidement, parce que Ginny Potter était enceinte et que les parieurs prédisaient qu'il s'agirait d'un garçon.

Entêtée, elle rêvait de marier sa petite Lily Evans au premier né des Potter. Comme si Lily Evans et James Potter étaient faits l'un pour l'autre avant même de se rencontrer.

Cet acharnement avait écœuré sa fille, qui avait profité de la fin de sa scolarité pour couper définitivement les ponts avec sa mère.

A ses yeux James Potter n'était qu'un bon camarade, un garçon d'un an son aîné qui multipliait bonnes notes et manquements au règlement, qui marquait quantité de buts sur son balai et filait le parfait amour avec une Serdaigle qui se promenait avec sa batte du matin au soir.

Il s'était toujours montré gentil avec elle, parce qu'il savait ce que ça faisait de porter le nom d'un héros, le nom d'un martyr. Mais pas seulement.

L'amitié avait ses raisons que les élèves de Poudlard ne comprenaient pas toujours, et Lily Evans s'était fait deux amies aussi différentes l'une de l'autre qu'elles étaient différentes de Lily. Comme si Merlin avait cherché à diviser la femme en trois spécimens bien distincts avant de les unir de l'amitié la plus forte qui soit.

Soizic Azilis avait été répartie à Gryffondor. Elles avaient dormi côte à côte pendant sept ans, s'étaient endormies en plein dialogue et réveillées en reprenant la conversation de la veille, le plus simplement possible.

Briseis Delanikas, elle, avait été répartie à Serdaigle. Un coup dur pour ce trio qui n'avait jamais eu à souffrir de cette amitié à chiffre impair.

Si Lily était douce, attentive, pondérée et calme, Soizic était un condensé de dynamisme, jamais à court d'idée pour se distraire et peu respectueuse du règlement. Quant à Briseis, elle était le feu et la glace. Elle avait été élevée dans le paraître et la noblesse, restait respectueuse en tout instant, et apparaissait aux yeux de ceux qui la connaissaient mal comme un mur de froideur. Pourtant, c'était la plus entière et la plus passionnée du trio. Elle était tout bonnement inarrêtable lorsqu'elle avait un objectif à atteindre. Toutes trois se complétaient à merveille et leur adolescence tumultueuse le leur avait bien prouvé.

Lily connut les affres de l'adolescence très tôt et trouva auprès de ses amies le soutien qu'elle préféra ne pas chercher auprès de sa mère.

Soizic, qui n'avait eu que sa mère pour famille, apprit que son père était vivant, qu'il s'appelait Dylan, et qu'il était lycanthrope. La même année la vit alterner moments de joie – elle fut recrutée comme batteuse dans l'équipe de quidditch de Gryffondor et côtoya l'une des meilleures joueuses de sa génération, Lucy Weasley – et d'épreuves. La rencontre avec son père se passa très mal et, avant qu'elle n'ait pu s'en remettre, un vieil homme édenté lui apprit qu'elle était l'une des héritières de Tuan Mac Cairill, le premier sorcier du berceau de la magie le plus puissant au monde. Alors qu'elle n'avait jamais connu que sa mère, elle se voyait désormais dotée d'un arbre généalogique impressionnant et d'une multitude de cousins, parmi lesquels James Potter. Et Briseis.

Celle-ci, dont la famille ne comptait aux dires de Soizic « que des tarés détraqués buveurs de sang et pédophiles » avait été élevée par sa sœur, unique pilier qui lui avait permis de rester en sécurité et qui était devenue plus qu'un modèle à ses yeux. De plus loin qu'elle se souvienne, Lily avait toujours entendu Briseis vanter les mérites de sa sœur. Toutes deux s'aimaient très fort, et la disparition d'Amalthéa fut un moment particulièrement dur à vivre pour les trois amies.

Bien qu'il fût certain qu'Amalthéa soit morte, la disparition de son cadavre redonna espoir à Briseis qui se persuada que sa sœur était en vie et qu'elle se cachait quelque part. Les semaines, les mois et les années passèrent sans que personne ne parvienne à lui faire entendre raison et Briseis se raccrochait à cet espoir coûte que coûte.

Par amitié, Lily et Soizic acceptèrent de l'aider à retrouver sa sœur. Jusqu'à ce qu'un pendule leur prouve que Briseis avait raison, et que sa sœur était vivante.

Depuis, Briseis n'attendait plus qu'une seule chose, retrouver sa sœur. Elle avait essayé de la retrouver par elle-même, jusqu'à ce Natasha Kandinsky la prévienne de ne pas le faire. « N'essaie pas de la retrouver, tu la mettrais en danger. James l'a vue et elle va bien. Fais lui confiance. » Un message qui, loin de rassurer Briseis, l'avait poussée à faire des tonnes de recherches pour comprendre les risques que couraient sa sœur.

Les trois amies, qui s'étaient formées à devenir conjurer les sorts avaient abandonné leurs études, faute de temps. Elles partageaient un petit appartement dans le Londres moldu, financé par les rentes de Briseis, le petit boulot de fleuriste de Lily, et le poste de batteur de Soizic dans l'équipe de ligue secondaire de quidditch de Wigglebay.

Cette colocation, qui avait mis Lily en joie, n'en était plus vraiment une. Soizic passait tout son temps sur l'île de Wigglebay, y restant dormir la plupart du temps, et Briseis passait son temps à mettre en lumière l'histoire de sa sœur. Ses recherches, plutôt vagues au départ, lui avaient permis de comprendre d'où elle venait, qui étaient les membres du clan Mac Cairill et surtout qui ils combattaient.

Ce soir-là, dans le St James Park, devait avoir lieu ce que Soizic appelait « les grandes retrouvailles », un moment que Lily avait attendu autant que redouté.

- La voilà, annonça Briseis.

La démarche rapide et ses cheveux, récemment coupés courts, qui démontraient toute sa ressemblance avec son père, Soizic apparut dans un rayon de lune.

- J'ai fait aussi vite que j'ai pu, s'excusa-t-elle en laissant ses amies l'étreindre.

- Tu as encore maigri, déplora Briseis.

- Tu as l'air exténué, grimaça Lily.

Soizic balaya leur inquiétude d'un geste vague de la main avant de soulever son blouson. Elle portait encore sa tenue d'entraînement.

- Nalani est une tortionnaire, soupira-t-elle. C'est simple, si on ne gagne pas le prochain match amical d'au moins cent points d'écart, elle nous tuera.

- Mais vous avez gagné les précédents, non ?, s'étonna Briseis qui n'y comprenait rien en quidditch.

- Grâce à Adélaïde Lespare. Elle nous offre cent cinquante points à chaque fois qu'elle attrape le vif mais ça n'est pas suffisant selon Nalani. Elle veut que les poursuiveurs marquent plus de buts que leurs adversaires et que le gardien en encaisse le moins possible. Moi je serais tranquille si Lucy n'avait pas décrété que je dois m'améliorer à chaque séance. Des folles, je vous dis.

D'un accord silencieux elles s'assirent sur l'herbe humide, pour permettre à Soizic de retrouver des forces. Ce qu'elle fit sans mal puisque moins d'une minute après, elle posa la question tant redoutée.

- Alors Briseis ? Du nouveau ?

Lily retint son souffle. Son cœur battait déjà très vite.

- On ne serait pas là sinon, répondit simplement Briseis.

- Ça fait plaisir ça, tiens !, rétorqua Lily en levant subitement les yeux. On ne s'est pas retrouvées toutes les trois depuis une éternité !

- On grandit, expliqua placidement Briseis. C'est fini le temps de Poudlard.

Vexée, Lily se redressa, s'attirant deux regards surpris.

- On n'est pas encore au complet, que je sache. Autant t'éviter d'utiliser ta salive inutilement. Je vais attendre Gwenog un peu plus loin.

Elle fit quelques pas dans la nuit noire, disparaissant du champ de vision de ses amies en tirant sur ses manches pour réchauffer ses mains.

- C'était pas très gentil, reprocha Soizic. Je suis sûre qu'elle te manque à toi aussi.

- Évidemment. Mais il faut arrêter de se voiler la face. On ne va pas se coller les unes aux autres toute la vie.

- Je devais aussi arrêter le quidditch après Poudlard et regarde, je suis bien remontée sur un balai. Tout ne doit pas s'arrêter après Poudlard.

- Tu es devenue bien sage. C'est moi la Serdaigle, je te rappelle. C'est Nalani Jordan qui déteint sur toi ?

- La sagesse n'est pas la principale de ses qualités, rigola Soizic. Je crois même qu'elle n'aimerait pas être qualifiée de sage.

Elles partagèrent un silence complice et serein, ponctué de sourires et Briseis s'empara discrètement de la main de Lily lorsqu'elle revint vers elle.

- Elle arrive, dit-elle simplement après avoir souri à Briseis.

ooOOoo

Stonehenge, Angleterre

Voilà deux ans qu'il avait quitté Poudlard. Deux ans qu'il vivait seul. Deux ans qu'il suivait le professeur Sociaze, enseignant-chercheur qui avait accepté de le prendre en formation. Les archéologues du monde magique n'étaient pas nombreux et, comme chez leurs voisins moldus, la pratique s'essoufflait, comptant de moins en moins d'adeptes.

Sociaze était un vieil homme qui se servait de son âge comme prétexte et excuse à ne pas refréner ses défauts. Il laissait son disciple réaliser toutes les tâches physiques, des fouilles les plus minutieuses qui pouvaient durer des heures aux tâches ménagères, et radotait du matin au soir. Le vieil homme réveillait le jeune adulte avant que le soleil de ne se lève et sortait un rouleau de parchemin usé par le temps sur lequel il avait écrit de courtes et multiples phrases qu'il connaissait par cœur mais prenait un plaisir notoire à lire à l'aide de lunettes aux verres épais.

« Un archéologue aguerri sera amené à passer quelques mois et même quelques années sur un seul et même site. »

Ainsi commençait la journée. Après une petite collation et une rapide vaisselle, le disciple devait courir à petite foulée jusqu'à ce que son mentor décrète qu'il pouvait s'arrêter.

« Un archéologue aguerri n'explorera pas n'importe quel site. Il devra évaluer l'intérêt d'un site, y réaliser des repérages et des sondages. »

Quand son disciple transpirait suffisamment à son goût, c'était l'heure de la toilette.

« Un archéologue aguerri mettra au point la meilleure méthodologie d'intervention possible. Pour cela, il se documentera longtemps. Sur le lieu, le type de terrain. Il consultera toutes les sources d'information possibles et inimaginables. Ce travail pourra durer quelques années. Ou plus. »

C'était toujours à ce moment-là que le vieil homme désignait une pile de livres dans laquelle l'apprenti piochait un livre. Il ne s'arrêtait de lire qu'une fois le livre terminé.

« L'archéologue aguerri dirige les fouilles, constitue son équipe et dirige le travail des différents spécialistes. »

Le vieil homme s'installait sur une petite charrette que l'apprenti tirait jusqu'au terrain de fouille.

« L'archéologue aguerri organise le chantier, gère le budget, assure les conditions matérielles et le suivi des opérations. Il collecte les informations, vérifie les hypothèses et exploite les résultats. »

L'apprenti, armé d'un pinceau minuscule et d'instruments en argent qui auraient fait rêver le directeur de Poudlard traçait alors un quadrillage strict et sans bavure. Soixante-dix-neuf carrés d'un mètre de côté, pour autant de journées passées sur le terrain de fouille.

Chaque jour l'apprenti s'installait dans un des carrés et observait. Tantôt assis, tantôt recroquevillé le nez dans l'herbe. Durant neuf heures le carré qu'il avait choisi devenait son univers, il ne pensait qu'à lui, n'observait que lui. La dernière heure, il la passait à griffonner ses trouvailles dans un petit carnet, de forme carrée lui aussi.

« La mise à jour méticuleuse et rigoureuse de vestiges n'est qu'un aspect de son activité. L'archéologue aguerri doit ensuite analyser les résultats de la fouille : décrire, classer et analyser les objets trouvés. »

Quand sonnait le crépuscule, l'apprenti se levait, effaçait les carrés d'un mouvement de baguette et tirait la charrette dans le sens inverse, jusqu'au camp.

« Il doit ensuite faire part de ses travaux dans des rapports ou des publications. »

C'était le moment que l'apprenti préférait. Quand son mentor oubliait ses parchemins pour s'intéresser aux trouvailles de son apprenti. S'en suivaient de délicieux dialogues qui faisaient oublier à l'apprenti sa lassitude. Et sa solitude.

- Demain, mon jeune ami, tu partageras ton carré avec un nouveau disciple, lui apprit le mentor alors que le plus jeune préparait le repas.

- C'est vrai ?, s'enthousiasma l'élève.

- Puisque je te le dis, grommela le vieil homme. Tu ressembles à un enfant devant son premier match de quidditch. Si tu ne voulais pas être seul, tu n'avais qu'à travailler avec mon concurrent. Il a trois disciples, lui.

- Il a refusé ma candidature, avoua le disciple.

- Ah ? Il est si regardant que ça ? Le ministère nous a ordonné de répondre positivement à toutes les candidatures ! Le chômage dont se plaignent tant les moldus est en passe de décimer notre monde...

- Vous oubliez la tolérance d'après-guerre, murmura l'apprenti, gêné. Les employeurs et les formateurs ont le droit de refuser les fils de Mangemorts.

Le mentor hocha simplement la tête. Le plus jeune lui servit sa soupe de fruits de mer, impatient de clore le sujet.

L'apprenti avait refusé de changer de nom. Même s'il n'accepterait sans doute jamais les crimes commis par ses ancêtres, Scorpius Malefoy aimait ses parents, ses grands-parents, les amis de la famille. Sa mère était farfelue mais aimante, son père lui avait fait oublier son obscur tatouage en se montrant tendre et rassurant, et Scorpius aimait profondément les Zabini, les Nott et Pansy Parkinson. Si tous avaient été déçus qu'il ne se lance pas dans une carrière prestigieuse – son père avait rêvé qu'il devienne potionniste – ils se montraient curieux et l'inondaient de lettres et d'invitations. Ils étaient, sans doute aucun, les personnes en qui il avait le plus confiance.

A sa sortie de Poudlard, Scorpius s'était aperçu qu'il n'avait pas vraiment d'amis. Il avait échangé quelques lettres avec ses camarades de dortoir les premiers mois mais, deux ans plus tard, il n'avait guère de nouvelles d'eux. Il avait James, les amis de celui-ci, les fils de Théodore Nott, qu'il espérait un jour retrouver.

Et puis Jasper Leitrim. Ce petit bonhomme qui ne grandissait pas et ne prenait pas le moindre gramme et qui regardait le monde comme une fenêtre ouverte sur l'inconnu. Jasper qui posait des questions que personne ne posait, Jasper qui s'étonnait de l'évidence et de l'acquis. Jasper qui avait été si triste lorsque Scorpius avait quitté Poudlard avec l'impression de l'y abandonner. Jasper qui avait été amené par des chercheurs en blouse blanche. Jasper qui avait disparu, sans laisser de traces.

Comme chaque soir, Scorpius observa les étoiles dans l'espoir que, là où il se trouve, Jasper les regarde aussi.

ooOOoo

St James Park

Ils formaient un attroupement peu commun. Renaud, Kathleen et Hewie se tenaient à l'écart, assis côte à côte sur un banc de granit qui leur gelait les fesses. Ils gardaient leurs yeux rivés sur Gwenog, comme effrayés à l'idée qu'elle puisse disparaître comme dans un enchantement.

Et c'est justement ce qui se passa, à leur plus grande horreur. Renaud fut le plus rapide, s'élançant vers le point où, moins de dix secondes auparavant, Gwenog, Briseis, Soizic et Lily se tenaient. Aux pieds de la statue de bronze à l'effigie de Peter Pan.

Le film se refaisait dans sa tête. Leur arrivée sur les lieux, le regard indescriptible qu'avaient échangé Briseis et Gwenog et les questions de celle-ci, qui avait demandé à l'assemblée qui était Peter Pan.

Il lui arrivait d'oublier la nature – contre-nature – de Gwenog. Plus jeune, l'innocence de la jeune fille l'avait exaspéré. Mais il était plus amusé qu'énervé par ses questions souvent loufoques. Il avait d'ailleurs longtemps mis cet ahurissement sous le compte de l'humour, de l'esprit, pensant que Gwenog posait volontairement des questions que personne n'oserait poser, pour amuser la galerie.

Quand il avait compris qu'elle ne cherchait pas à être drôle, il avait pris peur. Il avait arrêté de la taquiner, de lui jouer des tours, de la saluer. Mais il n'avait pas cessé pour autant de l'observer, et il avait souvent noté la profonde tristesse qui s'emparait d'elle du matin au soir et la peur panique qui la saisissait dès qu'elle se retrouvait seule, sans les deux piliers qu'étaient pour elle Kathleen et Hewie.

Il était tombé amoureux de cette tristesse et de cette peur, attendri par ce que la non-humaine avait de plus humain. La vérité s'était imposée à lui, à mesure qu'il recollait les morceaux des mille discussions qu'il avait interrompues entre les trois amies. Les questions qu'elle posait, son ventre vierge de nombril, son apparence qui n'avait pas changé depuis leur arrivée à Poudlard six ans plus tôt.

Bizarrement, c'est à ce moment-là qu'il cessa d'avoir peur d'elle. Au moment précis où il comprit qu'elle n'était pas humaine et même sans savoir qui ou ce qu'elle était. Elle l'émouvait et il voulait la protéger, comme un chevalier d'Irlande dévoué à son roi. Elle était sa reine et il se devait de veiller sur elle.

Ce soir-là, en larmes de rage près de la statue de Peter Pan, l'évidence lui noua la gorge. Il avait échoué.

ooOOoo

Au même moment, dans un quatre quartier du Londres moldu

- C'est ici.

La nuit paraissait plus noire, encore, sans éclairage public. Les lumières s'étaient éteintes peu de temps après leur arrivée, comme l'avaient prévu l'organisation de lutte contre la pollution lumineuse. Les seules avenues illuminées étaient les artères touristiques et commerciales principales.

Peu rassurées, elles se rapprochèrent les unes des autres, Lily prenant soin de rester au milieu du groupe.

- Bien, grogna Soizic. Tu dis que Malek Lespare habite ici et qu'il ne vit pas seul, ok. Il a donc trouvé chaussure à son pied. C'est censé nous...

- Il a toujours eu des chaussures.

L'intervention de Gwenog instaura un court moment de silence surpris, comme d'habitude.

- Trouver chaussure à son pied c'est une expression, expliqua patiemment Lily. Ça signifie qu'il a trouvé une petite-amie.

- Oh. Briseis a parlé d'un enfant, pas d'une petite-amie. C'est Amalthéa sa petite-amie.

- Les gens ne font pas toujours leur vie avec leur premier petit-ami, rétorqua Soizic.

- C'est un message subliminal ?, s'inquiéta Gwenog.

- Euh... non. Pourquoi ?

- La famille de Kathleen laisse entendre qu'elle sort avec Sébastian depuis trop de temps, que ça ne durera pas. Tu crois que Renaud va trouver une nouvelle chaussure à son pied ?

Soizic leva les yeux au ciel, implorant silencieusement ses amies, bien plus sensibles qu'elle, de lui venir en aide.

- Renaud t'aime, ça crève les yeux, la rassura Lily. Il ne te quittera pas, même pour la plus jolie chaussure qu'il trouvera.

- J'espère qu'il s'agissait d'une nouvelle expression parce que je n'ai pas envie qu'il me crève les yeux.

Soizic et Lily furent secouées d'un petit rire.

- C'était bien une expression.

- C'est pas bientôt fini ?, s'énerva Briseis. On n'est plus à Poudlard, les filles !

- On l'aura compris, grommela Lily. Tu vas enfin nous dire ce qu'on fiche ici, devant une douzaine d'appartements visiblement occupés ? Tu as décidé de déménager ?

- Evidemment que non. Je t'ai dit que Malek Lespare vivait ici.

- Et qu'il ne vivait pas seul, on sait, soupira Soizic. Tu l'as vu, au moins, son mouflet ?

- Je l'ai entraperçu. Et ce n'est pas un bébé. Il est grand, il doit avoir six ou sept ans.

- Je ne vois toujours pas où tu veux en venir...

- Il était avec ma sœur à l'époque.

- Oui ben c'est un goujat, ça serait pas le premier.

- Ou alors il garde l'enfant d'un ami ou d'un membre de sa famille, le défendit Lily.

- Je les observe depuis plus de six mois, ils vivent tous les deux. Et devinez qui vient leur rendre visite une fois par mois ? James. Il rentre, il passe une petite heure à l'intérieur, je le vois parler et rire avec Malek et puis il part avec le petit. Je les ai suivis, il l'amène au cinéma et ils mangent une glace avant de rentrer. Et le garçon l'a appelé « parrain ».

- James ?, s'étonna Soizic. Ça m'étonne que Malek n'ait pas choisi son super pote, le fils Kandinsky. A moins qu'ils ne se soient disputés...

- Non, Malek et son fils dinent chez les Kandinsky deux fois par semaine. Et Isidore est toujours là. Natasha est présente une fois par semaine, je ne crois pas que qui que ce soit ce soit disputé avec Malek ou Isidore.

- Je ne comprends toujours pas le rapport avec Amalthéa, intervint Gwenog.

- Moi non plus, songèrent Soizic et Lily en même temps.

- Je crois que l'enfant est... Je crois que c'est son fils, affirma Briseis.

ooOOoo

Au même moment, immeuble d'en face, troisième étage.

Il s'est habitué aux ronflements. C'est sa nouvelle berceuse. Maman n'a jamais ronflé pas, maman ne dormait presque pas, maman s'allongeait sur le dos, jambes repliées, prête à bondir au moindre danger.

Avec papa c'est différent. Papa dort sur le ventre, s'étale de tout son long sur le lit, le nez écrasé contre l'oreiller. Il aime bien regarder papa dormir, parce que papa n'a pas peur, il s'abandonne au sommeil comme si le danger était loin, comme s'il ne risquait pas de frapper à tout moment. C'est rassurant.

Mais c'est plus difficile de réveiller papa que de réveiller maman. Il suffisait d'un souffle plus court ou d'un infime gémissement pour réveiller maman alors que papa continue de ronfler après plusieurs appels et frappes sur l'épaule.

Il n'a plus le choix, il attrape ce qui lui passe sous la main – une petite bouteille d'eau – et la verse sur papa qui sursaute et s'empare de sa baguette. Papa allume la lumière et papa apparaît dans le faisceau, décoiffé, le menton blanchi par une coulée de bave. Il a envie de rire parce que papa est tellement propre sur lui la journée.

- Qu'est-ce qui se passe Brayden ? Tu as fait un cauchemar ?

- Chut papa. Il faut parler doucement et éteindre la lumière.

Papa s'exécute, les sourcils froncés. Il attrape Brayden, le couche dans ses bras, le serre avec tendresse.

- Parle-moi. Je vois que tu as peur.

- Maman m'a appris à voir quand c'est pas normal. Elle appelle ça distinguer le normal du pas normal. Elle m'a appris pour les choses, pour voir si quelque chose a bougé parce que ça veut dire que quelqu'un est venu.

- Quelqu'un est venu ici ?

- Non, c'était un exemple. Ça marche aussi pour le bruit. Quand je suis venu vivre avec toi, papa, j'ai dû apprendre le bruit normal d'ici, tu comprends ? Le voisin qui travaille la nuit et qui freine en faisant du bruit avant que le soleil ne se lève ou la voisine d'en face qui attend la nuit pour sortir ses poubelles. Ça c'est les bruits du normal.

- D'accord.

- Et là j'ai entendu du bruit du pas normal. Des voix.

- Ici ?

- Dehors, sur le trottoir.

- Sûrement des passants. Des gens qui se disaient au-revoir.

- J'ai regardé par la fenêtre et elles ont fait pareil.

- Qui ? C'était qui ? Tu les as vues ? Elles étaient combien ?

Brayden regarde sa main et lève quatre doigts. Il n'a pas le temps de décrire les dames à papa, comme sa maman le lui a appris, il entend de nouveaux bruits du pas normal.

- Elles sont rentrées.

- Dans l'appartement ?

- Dans l'immeuble.

Papa s'agite. Papa a peur et voudrait tranquilliser Brayden en même temps.

- Elles ont parlé de maman. Elles ont dit Amalthéa, et je sais que tu appelles maman comme ça quand tu parles avec parrain ou avec tonton Isidore.

Cette fois papa se lève d'un bond, la baguette brandie.

- Tu vas rester là, mon cœur, d'accord ? Tu restes dans le lit de papa et tu ne bouges surtout pas. Si papa ne revient pas dans cinq minutes, tu sais ce que tu as à faire.

Brayden acquiesce. Ils appellent ça le signal d'alarme. Ils ont répété plein de fois, Brayden sait comment sortir de la maison et se faufiler chez le monsieur du rez-de-chaussée d'en face. C'est un sorcier, comme papa, et Brayden doit sauter dans sa cheminée plutôt que dans celle de papa. Ça s'appelle une mesure de précaution. Il sait qu'il doit prendre de la poudre de cheminette et dire très fort « Appartement des Kandinsky ». Brayden aime bien les Kandinsky. Il pense à Katarina qui lui fait toujours de gros câlins et à Ivan qui cuisine si bien. A Isidore, le plus génial des tontons, à Irina qui lit si bien les histoires, à Anastasia qui en invente plein et à Natasha qui le fait voler sur son balai. Il pense aussi à parrain qui l'amène voir des tas de films rigolos et à comment il est drôle quand il essaie d'avaler toute la glace alors qu'elle coule sur les bords.

Ça fait déjà trois minutes et Brayden a peur.

ooOOoo

Au même moment, dans le même immeuble

- Je persiste à dire que c'est une mauvaise idée.

- On sait, Lily, soupire Soizic. Mais tu la connais, c'est une vraie tête de mule. Et oui, Gwenog, il s'agit d'une nouvelle expression.

- Chut, par Merlin !, s'énerve Briseis. Bon, attendez-moi là, j'irai plus vite seule. Et je serai plus discrète !

- Tu cris en chuchotant, ce n'est pas ce que j'appelle de la discrétion.

- Parce que vous me retardez.

- Je viens, intervient Gwenog.

- Tout le monde vient, affirme Lily. On ne te laisse pas seule, ajoute-t-elle à l'adresse de Briseis. Mais je persiste à dire qu'on aurait pu attendre demain. C'est impoli au possible de débarquer chez les gens en pleine nuit. Malek va avoir peur pour rien.

- L'enfant nous a vues.

- Et ?

- Et je ne veux pas qu'il dise à son père que des inconnues l'épiaient depuis la rue. Son père pourrait avoir peur, quitter le pays sans laisser d'indice derrière lui. Je ne prendrai pas ce risque.

- Personne ne fait ça, Briseis.

- Briseis ?!

Les quatre filles se figent, retenant leur souffle. Réaction somme toute inutile puisque Malek Lespare a braqué sa baguette sur elles.

- Gwenog ?! Mais...

Il baisse sa baguette, surpris.

- Expelliarmus !, s'exclame Briseis.

L'homme est propulsé contre le mur le plus proche et Briseis se précipite, attrapant sa baguette en plein vol, ses amies sur ses talons.

- Alors là, bien joué, suffoque Soizic. On est dans un putain d'immeuble moldu ! Des moldus, tu te souviens ce que c'est ?

- Ce sont des gens dépourvus de magie, répond Gwenog tranquillement.

- Et toi tu sors ta baguette et tu jettes un sort !

- Alors qu'il avait baissé la sienne, réprimande Lily, agenouillée près de Malek. Je n'arrive pas à le réveiller sans la magie. Aidez-moi à le soulever. Sans la magie, répète-t-elle.

Soizic se joint à elle alors que Briseis hésite. Gwenog, elle, ne s'embarrasse d'aucune politesse et entre dans l'appartement laissé ouvert. Elle parcourt le petit séjour et la kitchenette attenante, sursaute en rencontrant le triste sourire d'Amalthéa, en photo sur une étagère.

- Je ne crois pas qu'il ait trouvé de nouvelle chaussure à son pied, murmure-t-elle.

Elle sent le souffle court de Briseis contre sa nuque. Toutes deux observent l'image d'Amalthéa avec nostalgie, avec douleur.

- Ne venez surtout pas nous aider les filles, grogne Soizic. Qu'est-ce qu'il est lourd ! Il fait moins d'exercice que sa sœur, tu peux me croire…

- Chut !, clame Gwenog dont l'ouïe fine a repéré quelque chose.

- Bordel, les filles, faites moins de bruit !, appuie Briseis.

- Tu déconnes, là ? On répare tes lourdes erreurs !

- Nous ne sommes pas seules, affirme Gwenog.

- C'est l'enfant, acquiesce Briseis. Il doit être ici.

Délaissant ses amies qui essaient toujours de porter Malek jusqu'au sofa le plus proche, Briseis se met à chercher, entrant dans la chambre du petit et retournant les meubles sans ménagement.

- La chambre est vide. Regardons dans l'autre.

Gwenog la suit dans la chambre de Malek. Et un cri apeuré se fait entendre.

- Merde ! Les filles ! Arrêtez-le !

Soizic lâche Malek qui tombe, trop lourd pour que Lily puisse le porter seule. La batteuse, agile, saute devant la porte pour intercepter un petit garçon à peine plus grand qu'un cognard.

- Je te tiens, bonhomme.

Briseis se précipite, brandit sa baguette sous le nez du garçon, le ligote d'un enchantement. Soizic fronce les sourcils, Soizic hésite. Lily croule sous le poids de Malek mais elle n'aime pas cette étincelle qui pétille dans les yeux de Briseis.

- Laisse-moi faire et va aider Lily, ordonne Soizic. Briseis, je t'en prie. C'est un gamin.

- Il est peut-être dangereux, contre Briseis.

- Je gère. Va aider Lily.

Briseis abdique, lance un sort sur le corps de Malek, le fait léviter jusqu'au sofa.

- Satisfaite ? Maintenant, gamin, donne-moi ton nom.

Brayden garde le silence, ses yeux braqués au sol, comme maman lui a appris.

- Je vais le répéter une dernière fois. Donne-moi ton nom. Dépêche-toi.

Une lueur apparaît au bout de sa baguette. Lily retient son souffle difficilement.

- Laisse-le tranquille Briseis.

La voix est faible et suppliante. Brayden se retient de pleurer. C'est la voix de papa et la peur le paralyse. Il a envie de courir vers papa, de fondre dans ses bras. Mais maman l'a répété de nombreuses fois, il doit garder ses yeux vers le sol et ne pas bouger.

- Briseis, je t'en prie, implore Malek. Il n'a rien fait de mal. C'est un enfant. Laisse-le tranquille.

Malek se redresse en se tenant les côtes, palpe ses poches, cherche sa baguette.

- C'est ça que tu cherches ?, questionne Briseis.

Elle ne flanche pas sous la déception évidente de son ex-beau-frère, le ligote sans ménagement. Malek se débat, impuissant, les larmes pointent aux coins de ses yeux.

- Laisse mon fils tranquille, crache-t-il, épuisé.

- Qui est sa mère ?

- Tu ne la connais pas.

- Tu étais avec ma sœur quand cet enfant a été conçu, j'en suis sûre. Tu as quel âge, gamin ? Réponds ! Tu as quel âge ? Regarde-moi. Lève la tête !

- Briseis, arrête !, intervient Lily.

Elle a sorti sa baguette, la regarde comme si elle la découvrait pour la première fois.

- Tu vois bien que tu lui fais peur ! Tu es en train de terroriser un enfant, merde !

- Je veux la vérité. Je ne t'ai jamais caché que je ferai tout pour l'obtenir, réplique Briseis, résolue.

- Expelliarmus !, s'exclame Soizic.

Les baguettes de Malek et de Briseis volent jusqu'à elle.

- Allez vous asseoir. Toutes les deux, ordonne-t-elle.

Briseis et Gwenog reculent, les yeux toujours rivés sur Brayden. Lily en profite pour s'agenouiller près de Malek, le soigne comme elle le peut, lui explique la situation à demi-mots.

- Je comprendrai que tu nous en veuilles, Malek, et je sais que tu travailles au département de la justice et qu'il te sera facile de porter plainte contre nous mais je t'assure qu'on ne te voulait pas de mal, encore moins à ton fils. Briseis pensait qu'il était le fils d'Amalthéa.

C'est pire qu'une trahison, Brayden le sait. Il a levé les yeux. Très vite, et très peu de temps, mais ça a suffi pour qu'il trahisse sa promesse. Il se mord la langue très fort pour ne pas pleurer. « Pardon, maman », pense-t-il de toutes ses forces.

- Reste où tu es.

La voix de papa. S'adresse-t-il à lui ou à cette femme qui ressemble tant à maman ? Brayden l'ignore.

- Tu entends ? Ne t'approche pas de mon fils ! Détache-moi ! Lily, par pitié, détache-moi ! BRISEIS ! Ne t'approche pas de mon fils !

Brayden ne bouge pas, les yeux toujours rivés au sol. Un visage apparaît sous le sien, et l'effet de surprise lui donne l'impression que maman est là. Mais ce n'est pas maman, c'est juste cette femme qui lui ressemble étrangement.

- Donne-moi ton nom, murmure-t-elle. Je veux juste connaître ton prénom. S'il te plait.

- BRISEIS ! Laisse-le tranquille !

- Comment tu t'appelles ?

- Éloigne-toi ! Éloigne-toi de mon fils !

- Brayden. Je m'appelle Brayden.

Un souffle, un murmure. « Pardon, maman ». « Pardon, pardon, pardon ».

Le visage de la femme disparaît. Il comprend qu'elle se redresse, l'entend soupirer.

- Ce n'est pas le fils de ma sœur, dit-elle. Ce n'est pas le fils d'Amalthéa.

Il ne comprend pas, trop choqué pour comprendre le sens des mots qu'elle prononce. Il entend le prénom de maman et ça lui fait mal. Mal d'avoir trahi maman. « Pardon, maman ».

- Ma sœur n'aurait pas choisi un prénom comme ça. On porte tous des prénoms anciens, des prénoms de la Grèce antique. Amalthéa aime ces prénoms. Elle dit toujours que c'est bien la seule chose qu'elle aime dans notre famille.

Briseis se laisse tomber sur la première chaise venue, enfouit sa tête entre ses mains. La crise est passée, la froideur a disparu, la peine l'envahit. La peine et la honte.

- Oh, Malek, je suis désolée...

- Dégage.

- Malek...

- Va-t-en. Et ne reviens plus jamais.

- Malek, je...

- Tu devrais avoir honte. Et tu entraînes Gwenog, en plus ! Ta sœur serait tellement déçue... Elle aurait honte de toi !

Papa crache les mots. Papa a une voix que Brayden ne lui reconnaît pas. Papa est en colère et Brayden est impatient de retrouver la chaleur de ses bras. Les femmes se lèvent, entourent celle qui a glissé son visage sous celui de Brayden.

- Viens Briseis. Aller. Gwenog, ouvre la porte. Malek, on est vraiment...

- Dégagez.

Lily acquiesce avec gravité, tire sur le bras gauche de Briseis alors que Soizic en fait de même de l'autre côté. Du coin de l'œil elle voit Malek se jeter sur son fils et l'étreindre avec force. Il lui promet que tout va bien aller, que papa est là, que c'est terminé. Une larme roule sur la joue de Lily. Quelque chose s'est brisée en elle et elle ne croit pas qu'elle pourra pardonner à Briseis de leur avoir imposé une telle épreuve.

- Attends !

Lily se fige. Les quatre filles se tournent vers la voix qui les appelle, celle du petit garçon.

- Non, refuse son père. Partez ! Partez !

Le garçon lève les yeux, les regarde une à une, s'arrête sur le visage de Briseis. Le cœur de Lily se met à battre fort, très fort, bien plus fort que lorsqu'elle a peiné à porter Malek.

- Tu as dit que tu es sa sœur.

- Brayden, chéri, laisse-les partir.

- Mais, papa... C'est la sœur de maman ?

Le regard de Malek se voile, la peur le transcende, le cœur de Lily bat de plus en plus vite. Briseis se retourne, fait marche arrière, avance vers le petit garçon, la mine désolée.

- Je m'en veux terriblement. J'ai très mal agi. Je n'aurais pas dû te crier dessus comme je l'ai fait. Ton papa a raison, on va partir.

- Mais... tu as dit... ta sœur...

- Ma sœur s'appelle Amalthéa. C'est... C'est une vieille amie de ton papa. Je croyais... Mais je me suis trompée, voilà tout. Je sais que ça n'excuse rien mais... je suis désolée. On va te laisser avec ton papa.

- Reste !, implore le petit garçon.

Le cœur de Lily bat si fort qu'il lui semble défaillir. Elle sent la main de Soizic enserrer la sienne, elle comprend que son amie a compris, elle comprend que tout le monde a compris sauf Briseis, qui regarde Malek d'un air désolé.

Mais Malek ne dit rien. Malek est dépassé par les évènements. Malek cherche en vain une issue, une solution qui lui échappe. Alors Briseis se tourne vers Brayden. Ils sont si proches qu'elle rencontre de suite ses yeux. Et, enfin, elle comprend.

- Mais... ses yeux... mais... comment...

Malek soupire, se redresse difficilement. Il vient de prendre dix ans en une nuit.

- Referme la porte, Gwenog. Nous devons parler.

ooOOoo

Le jour a remplacé la nuit et le soleil pointe au-dessus de fins nuages de coton. Brayden a la tête un peu lourde mais il ne veut pas dormir. Pas tant que la sœur de maman est là. Papa a tout raconté, ou presque. Comment parrain l'a ramené dans le pays où il pleut tout le temps, comment ils ont commencé à vivre ensemble, tous les deux, et même que maman est apparue dans un paquet cadeau, à Noël dernier.

- Elle avait l'air en forme, dit Malek. Enfin, tu la connais, elle semblait prête à partir à la guerre.

- Elle a dit où elle était ?

- Non. James ne m'avait rien dit et elle refuse qu'on le sache. Elle nous a d'ailleurs demandé à ce qu'on veille sur vous. Sur Gwenog et toi.

Briseis hoche la tête, jette un imperceptible regard à Gwenog, qui n'a pas cessé de regarder la photographie d'Amalthéa.

- Je vais arrêter mes recherches, promet-elle. Ça va être dur, parce que je meurs d'envie de la voir mais je ne lui ferai pas courir le moindre risque.

- Moi aussi j'ai envie de voir maman, confie Brayden.

Briseis sursaute, le regarde brièvement avant de tourner la tête. Elle n'a pas cessé de faire ça. Toute la nuit. Tout le temps que papa a parlé. Comme si le regarder lui brûlait un peu les yeux.

- Papa...

Malek resserre son emprise, approche son fils de son cœur.

- Ça va changer quelque chose pour nous ? Tu dis toujours que tu aimes tonton Isidore comme un frère et tu le vois tous les jours. Mais la dame elle ne voit pas maman tous les jours.

- Non, bonhomme. Parce que maman se cache. Mais rien ne va changer pour nous. On va rester tous les deux et on va faire ce qu'on a dit. On attend maman. Et un jour on sera tous les trois.

- Je pourrais voir la sœur de maman ?

Malek et Briseis échangent un regard. Long et muet. Peur et envie s'affrontent, cette fois en douceur.

- On en parlera à parrain le mois prochain. C'est James son parrain, ajoute Malek. Ce n'est pas très discret mais je passe beaucoup de temps avec les Kandinsky et James est en couple avec l'une de leur fille, Natasha, tu dois te souvenir d'elle...

- Et de leur histoire d'amour rocambolesque, acquiesce Briseis dans un sourire. Je... Il t'a parlé de la famille Zabini ?

A son grand soulagement Malek répond par l'affirmative.

- Il est resté assez vague mais j'ai compris qu'il les considérait comme sa famille. Il a même passé une journée avec Brayden, le premier né des Dubois et le fils Zabini, cet été. Un certain Haïdar, qui fait sa première année à Poudlard.

- Je le connais bien. J'ai vécu chez eux après... le départ d'Amalthéa.

- C'est ce que j'avais cru comprendre. Ils sont... gentils ?

- Très. Ils adorent James. Ils le considèrent comme leur fils. Et ils me considèrent comme leur fille. Vraiment, ils sont très gentils. On pourrait passer par eux. Je pourrais te passer leur adresse, ils vivent en Irlande, dans un endroit discret. Je pourrais te les présenter. Ils connaissent les Kandinsky, on pourrait relier leurs cheminées.

- Passer par eux pour quoi faire ?

- Pour que je puisse voir Brayden, si tu es d'accord. Je suis prête à me plier à toutes tes mesures de sécurité.

- Je vais y réfléchir, soupire Malek. Et en parler à James d'abord.

- Et puis, si tu es d'accord, peut-être que Gwenog pourrait m'accompagner.

Malek, qui a toujours beaucoup aimé Gwenog, apprécie les efforts de Briseis. Les rapports entre les deux filles n'ont pas toujours été roses.

- C'est qui ?, questionne Brayden d'une voix ensommeillée.

- C'est... la petite sœur de ta maman, elle aussi, murmure Briseis, l'air gêné.

- Chouette, se réjouit le garçon. Maman va être drôlement contente qu'on soit tous réunis quand elle rentrera.

Son enthousiasme enfantin a raison de son père qui caresse ses cheveux avec fierté. Briseis ose approcher sa main et caresse son bras du bout des doigts et Gwenog, son air innocent clairement affiché, se laisse tomber au sol, caressant les pieds du garçonnet, déclenchant sans le vouloir un nouvel éclat de rire de la part de Soizic.

A ses côtés, Lily s'octroie le droit de la frapper pour toute réprimande.

- Mais quoi ?, se plaint Soizic.

- Après la nuit qu'on vient de passer, j'apprécierai que tu ne viennes pas troubler le calme enfin retrouvé.

- Parfois, ma Lily, on dirait entendre ma mère.

- Tais-toi.

- Rabat-joie.

- Batteuse en carton.

- Oh ! C'est bas ! Est-ce que je critique tes fleurs fanées, moi ?

- Mes fleurs sont plus fraîches que tes acrobaties, vieille saltimbanque.

- Chut !, les réprimande Briseis en les rejoignant. Le petit s'est endormi, vous allez le réveiller.

- Alors toi tu ne manques pas d'air. Tu sais que, sans tes petites escapades nocturnes, ce petit aurait passé une nuit normale ?

Briseis se contente de sourire, s'installant entre ses deux amies, dans un espace si ridiculement petit qu'elle les écrase. Soizic hésite à s'en plaindre mais préfère prendre ses amies dans ses bras. Plus le temps passe plus les moments qu'elles passent ensemble se font rares, alors toutes trois profitent de l'instant présent et du sofa de Malek Lespare pour se coller les unes aux autres, prouvant que l'après Poudlard offre également de beaux moments d'amitié.

ooOOoo

Beauxbatons, un mois plus tard

- Voilà, souffla Natasha. J'ai réitéré l'enchantement sur toutes les pièces, plusieurs fois, pour couvrir toute la surface. Jamais un sorcier n'aura mis autant d'application à métamorphoser un simple bureau, tu peux me croire.

Les yeux cernés et la mine réjouie, James esquissa un sourire attendri. Lorsqu'elle poussait l'effort à son paroxysme, Natasha ne pouvait se défaire d'un air présomptueux. Mais il devait reconnaître qu'elle était excessivement brillante. Alors il la remercia comme elle le méritait, par un câlin des plus passionnés. Ils reprirent leur conversation une heure plus tard, nus et emmêlés l'un à l'autre dans les draps bleu sombre du petit appartement qu'elle occupait à Beauxbatons.

- … Brayden est fou de joie. Bon je ne te cache pas que Malek était vraiment inquiet, ton frère a dû te le dire, mais il se fait à l'idée. Ils passent beaucoup de temps ensemble. Brayden est absolument fasciné par Briseis. Elle lit très bien les histoires, visiblement.

- Pas trop jaloux, monsieur le parrain ?

- Hum. Je devais l'être un peu parce que Brayden m'a dit « t'inquiète pas parrain, le cinéma c'est qu'avec toi », avoua James en rougissant légèrement. Mais Briseis et moi avons, de toute manière, déjà été doublés.

- Ah bon ? Par qui ?

- Gwenog. Faut les voir jouer ensemble pour le croire. Elle est infatigable et le pire, c'est qu'elle prend tellement de plaisir qu'elle insiste pour continuer de jouer, même quand Brayden veut s'arrêter.

Comme à chaque fois qu'il parlait de Gwenog, le sourire de James s'étirait grandement. La jeune fille l'émouvait depuis leur rencontre, et il était soulagé de la savoir bien entourée. Il espérait que ses proches la protègent, et qu'elle ne soit pas enlevée et retenue aux tréfonds du ministère, comme l'était Jasper.

Lorsqu'il avait appris qu'un groupe de chercheurs s'était emparé de Jasper à Poudlard, James s'était insurgé. Il avait gagné le ministère de la magie mais Alice, Auror, l'avait retenu, lui assurant que Jasper allait bien et qu'il était sous la vigilance du département des mystères.

Jean-Paul, qui étudiait dans le même département, promit de rester vigilant et de prévenir James et Scorpius au moindre problème. Et les nouvelles étaient plutôt bonnes, Jasper avait bon espoir de se voir rendre sa liberté.

- De toute manière, une fois que j'aurais l'aval des grands mages de la Confédération Magique internationale, j'utilise la première porte de transplanage pour aller le chercher, lâcha James en ramenant sa petite-amie dans ses bras.

Celle-ci, très admirative de son projet, regardait le bureau portatif de James qu'elle venait d'enchanter pour faciliter son transport. Car depuis que James s'était lancé dans ce projet ambitieux, il était inépuisable.

- J'ai trouvé la Carte du Maraudeur parmi toutes tes notes, releva-t-elle.

- Lily l'a ramenée de Poudlard, avec la cape. Elle ne veut pas les rendre aux parents. Elle dit qu'on sera les premiers, toi et moi, à avoir des enfants.

Il la sentit sourire contre son torse. Il n'ignorait pas qu'elle rêvait d'avoir des enfants et l'impatience de Natasha se voyait opposée aux doutes de James. Toujours par monts et par vaux, encore meurtri par la mort de Keith, James peinait à trouver un équilibre. Son temps était méticuleusement fractionné, pour que chaque projet et chaque proche ait sa part. Il ne voyait pas comment devenir père dans ce semblant de course-poursuite qu'était devenue sa vie.

- On a le temps, murmura Natasha.

Il décela de la déception dans sa voix mais ne fit aucune remarque. Il ne voulait surtout pas lui faire une promesse qu'il ne pourrait tenir. Mais plus le temps passait, plus tous deux se demandaient s'ils auraient un jour un enfant ensemble. Au mieux passaient-ils ensemble deux soirées par semaine, quand James ne s'envolait pas pour une mission longue qui les tenait éloignés l'un de l'autre quelques semaines, ou quelques mois durant.

- Alors, qu'est-ce que tu fais avec la carte ? La cape, à la rigueur, je comprends qu'elle te soit utile pendant tes missions mais je doute que la carte...

- J'ai laissé la cape en Angleterre, coupa James en secouant la tête. C'est un trésor de famille, je ne crois pas que mon père s'en soit déjà servi pour son travail. Je préfère la préserver pour qu'elle ne soit utilisée qu'à Poudlard.

- Pour aider nos enfants à enfreindre le règlement ?, sourit Natasha. Tu ne m'as pas répondu, pour la carte...

- Elle me permet de rester en lien avec Haïdar. Il n'est pas encore en âge de se rendre à Pré-au-Lard et ses lettres sont de plus en plus courtes.

- Il doit être bien occupé à retourner le château.

- Je ne crois pas, déplora James. A chaque fois que je regarde il est seul. Il ne m'a jamais parlé d'un ami ou de ses camarades.

- Et tu t'inquiètes pour lui, comprit Natasha.

Cette fois ce fut le reproche qu'il décela dans sa voix mais il n'eut pas le temps de répondre, car déjà elle poursuivait.

- Tu ne peux pas tout faire, James. Tu ne peux pas tout arranger et t'occuper de tout personnellement.

- Je sais.

- Pourtant tu essaies de le faire ! Entre tes missions, tes projets individuels, et cette enquête que tu mènes au Temple... Tu devais la mener avec les autres.

- C'est un projet individuel, rappela James.

- Je ne parle pas de ta constellation, tu le sais très bien. Tes amis devaient t'aider.

- C'est trop compliqué à gérer, balaya James. Ils sont très pris et...

- Tu y arrives très bien, pourtant.

- C'est trop dangereux.

- Seulement pour les autres ? Par Merlin, James, tu ne peux pas tout faire seul ! Louis vit en France, je peux le métamorphoser tous les jours si je veux, pourquoi ne le laisses-tu pas t'aider ?

L'éternelle rengaine. Natasha ne supportait pas qu'il joue les héros et James ne savait que dire, car il n'aimait pas cette image qu'il donnait de lui. Mais il ne laisserait plus aucun de ses amis prendre des risques. Il ne laisserait plus un de ses amis mourir.

- Louis passe ses journées avec des dragons, rappela Natasha. Juliet vit en Amérique, tu n'y as plus mis les pieds depuis des mois. Si elle se faisait renverser par une voiture là, à cet instant, tu ne pourrais rien faire pour l'éviter. Tu ne pourras pas toujours les sauver.

- Louis a choisi de travailler avec les dragons. Je ne peux rien contre les passions de chacun ni contre les aléas de la vie. Mais je ne les entraînerai pas dans mes délires alors que je n'ai encore aucune preuve de l'implication des Zigaro dans les sombres desseins qui se jouent au Temple.

- Tu ne fais qu'éviter le sujet, comme d'habitude. Rappelle-toi que c'est en refusant de l'être que tu es devenu le leader charismatique que tes amis aiment tant. Rappelle-toi que je suis tombée amoureuse de toi quand tu as cessé de jouer les héros. Ce n'est pas une faiblesse que d'accepter de travailler en équipe.

James ferma les yeux, refusa de répondre, comme il le faisait à chaque fois qu'ils abordaient le sujet. Il sentit le corps de sa petite amie se tendre et s'éloigner de quelques millimètres suffisants pour laisser passer un froid entre eux.

Natasha avait raison, il le savait. Mais la mort de Keith l'avait changé bien plus qu'il ne voulait l'admettre et il ne voulait surtout pas savoir ce qu'il adviendrait de lui s'il venait à perdre un autre de ses amis.

ooOOoo

En décembre à Poudlard

Les élèves de Poufsouffle accédaient à leur salle commune par le couloir qui menait également aux cuisines de le Poudlard. Après être passé devant celles-ci, Haïdar rencontrait une pile de grands tonneaux entassés dans un renfoncement de pierre plongé dans l'ombre. Seul un tonneau permettait d'entrer dans la salle commune, il ne fallait pas se tromper sous peine d'être considéré comme un élève d'une autre maison. Haïdar n'oubliait pas qu'il en avait fait les frais au tout début de la première année, quand ses camarades s'étaient amusés à lui désigner un autre tonneau. Il s'était retrouvé inondé de vinaigre et l'odeur l'avait poursuivi pendant plusieurs jours.

Désormais il était habitué et il frappa le bon tonneau au rythme d'Helga Poufsouffle avant de parcourir le passage au sol de terre battue jusqu'à la salle commune des siens, une pièce ronde et confortable, au plafond bas, colorée de jaune, de noir et de bois clair.

Il aimait l'atmosphère qui y régnait, studieuse et joyeuse, les murs et les meubles ronds, les plantes et les fleurs qui envahissaient en permanence les lieux et qui ne manquaient jamais de le saluer et de le chatouiller sur son passage. Mais ce qu'il aimait le plus, dans ce terrier qui était devenu sa deuxième maison, c'était l'odeur réconfortante des énormes fruits qui gardaient les dortoirs. Il lui arrivait même de les remercier à demi voix, tant cette odeur effaçait telle une vague tous ses ennuis.

Comme il l'avait espéré, son dortoir était vide. Il s'installa sur le bord de son lit, laissant ses doigts se perdre dans le plaid épais qui couvrait ses pieds lorsque la nuit était si froide qu'elle déposait un voile de givre sur le grand lac. Noël était enfin arrivé. Il allait retrouver ses parents, ses sœurs et même James qui viendrait passer la veille de Noël avec eux. Il observa les murs ronds du dortoir, décorés par ses camarades d'immenses posters à l'effigie de groupes de rock et d'équipes de quidditch, et ceux qui entouraient son lit, toujours de couleur miel. Il n'avait rien accroché, rien personnalisé. Son lit aurait bien pu appartenir à n'importe quel autre élève, il ne se l'était pas approprié. La solitude n'était pas bonne alliée pour un garçon de onze ans.

- Dépêche-toi Zabini, le héla le préfet, le train ne t'attendra pas.

Haïdar sauta sur ses pieds et tira sa malle derrière lui. Il avait hâte que le Poudlard Express l'amène loin de sa solitude.

ooOOoo

Roquessels, Occitanie, France

L'équipe de quidditch des battes en sucre portait mal son nom. Lucy Weasley en avait malheureusement eu la confirmation, et fait les frais. Le match durait depuis plus de trois heures et Lucy commençait à douter que le vif d'or ait été lâché. Les attrapeurs virevoltaient deux mètres au-dessus des autres joueurs, l'excitation des débuts ayant laissé place à une certaine lassitude.

- Wigglebay ! Wigglebay ! Aller Wigglebay ! Wigglebay, aller, aller, aller !

Malgré son professionnalisme, Lucy fut prise d'un petit rire. Parmi la petite centaine de curieux ayant accepté de braver le froid pour encourager la lanterne du championnat français, James Potter dépareillait. Il était vêtu aux couleurs de l'équipe de Wigglebay et n'avait de cesse de les encourager en chantant et en agitant un lourd drapeau à l'effigie de l'équipe.

A ses côtés, Natasha suivait le match, mi-amusée mi-ennuyée. Elle était en vacances depuis la veille, et James avait débarqué avec son sourire un peu gauche et un bouquet de roses rouges. Ils s'étaient réconciliés avec évidence, parce qu'ils préféraient croire que l'amour suffirait toujours.

- Si ça continue comme ça on ne sera jamais à l'heure, murmura-t-elle en observant sa montre, une orfèvrerie de grande exception que James lui avait offert pour son dix-septième anniversaire.

- Ne t'inquiète pas, la rassura James. J'ai prévenu Evelyn.

- Elle sait que les matchs peuvent durer plusieurs jours ?

- J'en doute. Mais je doute aussi que les battes en sucre puissent tenir encore longtemps face à l'équipe de WIGGLEBAY !, hurla-t-il en sautant sur les gradins.

Sous les rires de Natasha et les sifflements des supporters français, James s'escrima à encourager son équipe. Jusqu'à ce qu'enfin le vif d'or apparaisse et qu'Adélaïde Lespare s'en empare sans forcer.

- OUAIS !, hurla James en descendant en trombe des gradins pour féliciter les joueurs.

- Il est en forme, nota Nalani.

Natasha avait contourné le terrain pour la rejoindre à l'entrée des vestiaires. Après les mots qu'elles avaient échangés à l'anniversaire de Jacob, elles ne surent comment se saluer. Natasha se contenta de répondre après avoir souri une demi-seconde.

- Il essaie de se rattraper. Il croit toujours que les disputes éclatent à cause de lui.

Au bord du terrain, James agitait son drapeau alors que les joueurs des deux équipes se serraient la main avec fair-play. Nalani jeta un regard vague aux supporters encore présents sur les gradins, inutilement. Elle savait qu'aucun de leurs amis n'avait fait le déplacement, pas plus que Mael qui avait pourtant juré, un an auparavant, qu'il ne raterait jamais un match de l'équipe qu'elle entraînait.

- Alors, qu'en as-tu pensé ?, questionna-t-elle.

- C'était un bon match, dit Natasha avant de comprendre que ça ne suffirait pas. Côté positif, Adélaïde et Lucy sont au top. Elles n'ont pas cessé de jouer, elles sont en forme. Côté négatif, le niveau est très inégal entre tes joueurs. Soizic manque de temps de jeu, tes poursuiveurs sont à la ramasse, il me semble que le latéral gauche louche un peu.

- Pas qu'un peu, grommela Nalani.

- Ton gardien est en carton, ajouta Natasha. Positif, aussi, les battes-en-sucre sont en première division. Mais on sait toutes les deux que les français connaissent un temps mort, en ce moment, leurs meilleurs joueurs sont chez les dragons catalans, la seule équipe qui peut actuellement rivaliser avec les meilleurs équipes anglaises.

- Tu les as vus jouer dernièrement ?

- Trois fois l'an dernier, acquiesça Natasha. Un pur régal si tu veux mon avis. Ils sont bien partis pour gagner la coupe d'Europe des clubs. Ils ont un super centre de formation et un sacré réservoir de joueurs, tu ne voudrais pas y puiser ?

- On a une limite financière à ne pas franchir, soupira Nalani. Lucy me coûte une blinde, et Adélaïde est sacrément cotée. Les Pies lui ont proposé une fortune pour qu'elle les rejoigne. Tu n'es pas très optimiste, déplora Nalani.

- Je ne vais pas te mentir. On sait toutes les deux que la deuxième division n'est qu'une étape, et que tu veux intégrer la Ligue. Ce ne sera malheureusement pas avec cette équipe. Mais tu...

Natasha s'interrompit, écrasée par les bras de James qui avait vrombi vers elles tel une fusée. Il les serra toutes les deux dans ses bras, promettant à Nalani les honneurs.

- C'est vraiment bien parti, tu peux me croire !, sourit-il.

- Tu es plus enthousiaste que ta copine, répondit Nalani en détournant le regard.

Après leur dispute, James avait de nouveau fait le premier pas en débarquant quelques jours plus tard sur l'île de Wigglebay. La création de l'équipe avait été acceptée par le département des jeux et sports magiques du département et Nalani avait cru ne plus revoir ses amis. Elle n'avait plus besoin d'aide et elle les avait déçus, elle n'espérait pas les revoir de sitôt mais James avait débarqué, plein d'envie et de dynamisme, arguant que « maintenant que tout est fait, tout reste à faire ». Il avait accueilli avec elle les premiers joueurs, supervisé à ses côtés les premiers entraînements.

- C'est une équipe jeune, sans socle sur lequel s'appuyer. Mais ce sont des passionnés, ils savent qu'ensemble vous pouvez écrire une page de l'Histoire. Tu n'aurais pas voulu que ce soit trop facile, tu aimes les défis. Tu vas être servie, et tu vas aller au bout, comme toujours, affirma-t-il.

- Merci de ton soutien, répondit-elle, touchée. Aller, j'ai un discours d'après-match à clamer. Joyeux Noël les amis.

Elle était un peu triste et James pensa à Mael, qui fêterait Noël seul lui aussi. Il l'avait invité à passer quelques jours avec lui mais Mael préférait se retrouver en famille, autour de l'une de ses sœurs, cracmolle, qui venait d'être diplômée après de longues années d'études.

- Tout finira bien par s'arranger, affirma Natasha.

Il l'espérait. Ils l'espéraient tous les deux. Pour leurs proches, pour leurs amis, pour eux deux aussi, surtout.

ooOOoo

Manoir des Zabini, Irlande

Evelyn Zabini avait mis les petits plats dans les grands. Elle ne se rappelait plus du dernier repas où toute la famille avait été présente, aussi elle se faisait une joie d'organiser celui-ci.

Avec James toujours par monts et par vaux, les longues tournées qui retenaient Hadiya à l'étranger, l'apprentissage que suivait Shania pour devenir Chevalier du Roi d'Irlande et Haïdar qui passait l'année à Poudlard, les occasions de se retrouver se faisaient de plus en plus rares.

Elle avait écrit et téléphoné à chacun au moins trente fois afin de s'assurer que tous seraient présents. Et, alors que Noël était enfin arrivé, elle redoutait que l'un des convives ne puisse finalement pas venir. Elle n'était pas sûre que Blaise survive à une telle déception, lui qui, à l'approche de la date, avait dû prendre des congés tant il trépignait d'impatience.

Evelyn avait appris que James écrivait régulièrement à Haïdar et Blaise lui rendait visite autant qu'il le pouvait, quand il savait que James avait un jour de congés et qu'il était trop loin pour rendre visite à ses amis. C'était alors Blaise qui venait à lui, dans de trop rares retrouvailles père-fils qui le faisaient pourtant sourire pendant des semaines.

La dernière fois qu'ils avaient vu Hadiya remontait à l'automne, et au concert que son orchestre avait donné à Prague. Ils avaient pu lui parler quelques minutes après le concert, le temps de boire une coupe de champagne et de la féliciter avant qu'elle ne s'envole pour le Japon.

La dernière fois que Shania était venue à la maison, elle s'était à peine assise à table, pressée par le temps. Elle avait beaucoup changé et ils avaient peur, parfois, qu'elle oublie la jeune fille merveilleuse qu'elle était.

La dernière fois qu'ils avaient vu Haïdar remontait à l'été, et il leur manquait plus encore que ses aînés.

Quant à la dernière fois où leurs quatre enfants s'étaient tenus ensemble en ces lieux…

- Salut maman !

Evelyn sursauta, manquant de laisser tomber la bouteille de vin qu'elle montait de la cave. Un vin de Castel Maggiore qui ravissait toujours tout le monde.

- Haïdar !?, s'étrangla-t-elle. Mais… Qu'est-ce que tu fais déjà là !? Ton père se perd toujours dans les transports en…

- C'est de ma faute, coupa une voix grave. J'avais un peu d'avance alors je suis passé le chercher à la gare.

Aux côtés du petit garçon, qui n'avait pas beaucoup grandi en l'espace d'un trimestre, se tenait un jeune homme qu'Evelyn eut du mal à reconnaître. Plus bronzé que jamais, ses cheveux coupés courts semblant avoir été brûlés, une cicatrice épaisse barrant sa tempe, James lui souriait. Elle se jeta sur eux, les serrant de toutes ses forces contre son cœur, regrettant que son mari ne soit pas là.

- T'inquiète, on a récupéré papa en chemin, lui murmura James.

Elle se détacha, éperdument heureuse d'entendre le mot « papa » dans la bouche de son beau-fils et découvrit Blaise dans l'entrée, qui lui souriait de toutes ses dents. Jamais il n'avait été aussi heureux. Et ce n'est qu'en voyant Haïdar courir et sauter dans les bras de Shania et James et Hadiya s'étreindre avec force qu'elle sut que la journée serait parfaite.

ooOOoo

Ce fut un Noël heureux. Les Zabini et les Kandinsky s'étaient surpassés, les plus jeunes avaient été couverts de cadeaux et la neige avait recouvert l'herbe, leur offrant d'interminables batailles de boules de neige. De merveilleux souvenirs dans lesquels Natasha aimait à se plonger, bien des semaines après, alors qu'elle avait retrouvé la chaleur de Beauxbatons et ses journées ensoleillées.

- … et c'est là qu'il m'a dit qu'il me prenait les trois tirages. Trois tirages, tu te rends compte ? Et il n'a même pas négocié le prix.

Rose revenait d'un rendez-vous professionnel sur le Chemin de Traverse. Et comme chaque fois qu'elle se rendait dans le Londres sorcier, elle portait un bonnet gris, assez large pour contenir son épaisse chevelure rousse.

- Bon, Timothée dit que je pourrais augmenter mes tarifs mais je n'en ai pas trop envie pour le moment. On verra plus tard. Je suis déjà satisfaite d'avoir pu faire une vente en Angleterre alors que je vis en France.

Adossée à son bureau et le sourire dirigé vers sa meilleure amie qui essayait tant bien que mal de se défaire de son bonnet de laine, Natasha songea que Rose avait rarement été aussi heureuse.

- Surtout que le mec ignorait totalement que j'étais une Weasley, conclut Rose avec fierté.

Natasha s'avança pour l'aider avant que la joie de Rose ne se transforme en colère. Ses longs cheveux ondulés supportaient mal d'être camouflés sous un bonnet, aussi c'était toujours une torture de s'en débarrasser. Les joues en feu, Rose accueillit sa meilleure amie d'un soupir soulagé et Natasha usa de beaucoup de douceur, comme toujours lorsqu'il s'agissait d'aider Rose. Une fois le bonnet gris jeté au sol, celle-ci observa son reflet avec bonheur.

- Au fait, Susie est enceinte.

- Que... quoi ?!

- Susie est enceinte, répéta Rose. Je l'ai croisée devant son restaurant. Elle m'a invitée à boire un verre, je crois qu'elle avait très envie de me le dire. Sans doute parce qu'elle savait que je te le dirai et que toi tu le dirais à James.

- Mais... Elle avait dit qu'elle voulait attendre ! Ils viennent d'emménager, leur appartement est en travaux, Oscar a trois tonnes de boulot et Susie peinait à relancer le restaurant !, se rappela Natasha, sidérée.

- Ça fait presque un an, Nat. Hier le restaurant était bondé, Oscar l'a rejoint assez tôt et ils ont agrandi l'appartement qui est déjà prêt à accueillir un nouvel enfant. Quant à l'enquête de James, parce que je suis sûre que c'est à ça que tu penses, il les tient éloignés de tout, alors je ne vois pas pourquoi ils attendraient.

- Parce qu'ils sont jeunes et qu'ils ont la vie devant eux ? Je ne peux pas croire que Susie prenne le risque d'à nouveau combattre en étant enceinte ! On sait comment ça a fini la dernière fois !

Rose resta figée devant la soudaine colère de sa meilleure amie, qu'elle ne comprenait pas.

- Es-tu réellement en train de sous-entendre que la grossesse de Susie est responsable de la mort de Keith ?

Natasha sursauta.

- Non ! Bien sûr que non, soupira-t-elle. Je n'ai jamais voulu dire ça. Je suis énervée, c'est tout.

- Parce que Susie est enceinte ?

- Non, balaya Natasha. Trop de boulot.

- Toi ? Tu adores travailler ! Tu ne dormirais que trois nuits par semaine si tu pouvais consacrer tes heures de sommeil à la métamorphose !

Rose vint l'entourer de ses bras pour la calmer et la réconforter. Elle fut étonnée de sentir la poitrine de Natasha secouée de sanglots.

- Tu n'es pas en colère. Tu es jalouse, comprit-elle.

- N'importe quoi.

- Arrête. Pas à moi. Tu es jalouse parce que tu rêves d'avoir un enfant et que c'est elle qui est enceinte et pas toi.

- C'est stupide.

- Je suis carrément d'accord. Pourquoi tu n'en parles pas à James ?

- Parce que mon boulot me passionne mais ne me paye pas assez pour élever un enfant. Parce que James n'a pas terminé sa formation et qu'il ne sera diplômé qu'une fois qu'il aura prouvé à la Confédération Magique Internationale que les Zigaro ont la main mise sur le Temple et qu'une fois qu'il en aura la preuve il voudra certainement les combattre. Parce qu'il n'en sortira peut-être pas vivant. Parce que si ses amis trouvent le moyen de le rejoindre il se pourrait que l'un d'eux meure. Et que James s'éloigne encore pendant des mois, des années, à se laisser mourir de faim sans jamais donner de nouvelles. Parce qu'il ne s'est pas encore remis de la mort de Keith. Et parce qu'il est loin, tout simplement. Il est loin même quand il est ici, même quand on est seuls tous les deux. Il a l'esprit ailleurs et ses muscles sont tendus, prêts à bondir, bouillant d'impatience à l'idée d'une nouvelle mission.

Natasha se détacha des bras de Rose, le regard vague, plus résigné que peiné.

- On est plus pareils lui et moi. Avant on avait envie des mêmes choses, on dormait sous le même toit, on avait tout en commun, ou presque. Depuis quatre ans, presque cinq, James a pris l'habitude de s'envoler dès qu'il en a l'occasion, sa vie est faite de découvertes et d'inconnu et même si on lui manque, je sais qu'il aime ça, cette vie de surprise et d'aventure. Il a des responsabilités autres que celles d'être le fils du Survivant ou l'héritier des Mac Cairill, il côtoie la misère, la peur, la guerre, il se sent utile. Et ça ne va pas s'arrêter.

- Il sera bientôt diplômé. Plus que... aller, un an ou deux max...

- Ça ne va pas s'arrêter, répéta Natasha. Ça ne s'arrêtera jamais. La paix est le trésor le plus précieux. Et le plus rare. Et le monde est vaste. S'il avait choisi de devenir Auror, encore. Il aurait combattu des menaces dans un périmètre restreint. Mais monsieur s'est construit un univers sans frontière. Il va devenir ambassadeur de la paix, construire des écoles, combattre les guerres de religion, veiller sur les bassins de la magie, accompagner les mages les plus importants. Ça fait presque cinq ans que...

- Cinq ans c'est rien, relativisa Rose. Ça te paraît long parce que tu es jeune. Ces cinq ans tu en riras quand tu en auras cent.

- Tu ne comprends pas... Cinq ans c'est suffisant pour installer une certaine habitude. C'est à ça que ressemble sa vie, désormais. Et regarde ce qu'il fait quand il reste plus d'une heure en Angleterre. La bataille à Poudlard, la mort de Keith... Il disparaît pendant des mois et quand il revient, c'est pour courir le pays à la recherche de ses amis.

- Il est parvenu à te reconquérir aussi. Vous avez passé des supers vacances ensemble ! Et j'étais même pas là pour tenir la chandelle !

- Et il a fallu qu'il aide Nalani à monter son équipe. A la persuader de recruter Soizic pour les occuper Briseis, Lily Evans et elle. Pour protéger Amalthéa de loin. Il s'occupe de Brayden et de Jacob, il passe des heures au Temple à observer tout ce que s'y passe. Il se transforme avant chaque trajet, parce qu'il est plus rapide sous forme animale… Il ne reviendra pas, Rose. Il ne prendra pas une maison près de Beauxbatons pour m'attendre bien sagement le soir. Il s'ennuierait trop. Il s'est trop déshabitué au calme.

- Au calme ? Nat, je vis avec toi. Je peux te dire que ça n'a rien de calme. Toi aussi tu es active, tu l'es même bien trop à mes yeux.

- Justement. J'ai ma vie et il a la sienne. C'est comme... si on ne vivait plus au même rythme, tu comprends ?

- Vous allez y arriver, affirma Rose. Ce ne sera pas la première fois. On appelle ça le free jazz.

- Ou la rupture, souffla Natasha sans rire. Le plus dur en fait... C'est que je n'arrive pas à savoir ce qui est le pire. Le quitter me serait insupportable. Mais continuer comme on le fait, à se voir et s'aimer sans être vraiment un couple...

- Vous êtes un couple ! Vous êtes le plus beau des couples !

- On se voit maximum deux fois par semaine, Rose ! Si ce n'était qu'un temps ça irait, des tas de couples le font, mais tu ne peux pas vivre comme ça toute ta vie ! Tu ne peux rien construire. Tu ne peux pas te projeter. Tu ne peux pas... avoir d'enfant. Pas dans ces conditions. Je refuse de faire vivre à un être sans défense la même enfance que celle qu'a subie son père. Mes enfants, comme tous les enfants du monde, ont le droit de vivre une enfance heureuse, comme celle que j'ai vécue. Pas de passer des jours à attendre que leur père revienne, quand c'est pas des semaines ou des mois.

- Mais... Tu le pourrais ? Avoir des enfants avec un autre homme ?

- Non. Je doute pouvoir aimer un autre homme que lui.

- Alors tu te retrouves dans une sorte d'impasse, comprit Rose. Soit il prend conscience du problème et décide de mettre fin à sa carrière, et de devenir un mari et un père présent…

- Et donc triste d'avoir quitté ce monde vaste qu'il rêve de parcourir toute sa vie, ajouta Natasha. Soit on continue d'avancer sur des chemins parallèles, avec des ramifications l'un vers l'autre rares et courtes, et je ne connaîtrai jamais le bonheur d'être mère.

- Soit vous arrivez d'une manière ou d'une autre à combiner les deux, ajouta Rose avec optimisme.

- J'en doute, soupira Natasha. Mais je sais que tu y crois alors on va y croire toutes les deux, ajouta-t-elle en se forçant à sourire. Et puis je pourrai toujours m'occuper de tes enfants.

Rose leva les yeux au ciel en rougissant. L'adolescente qu'elle avait été, innocente et persuadée que Timothée n'était qu'une passade dans sa vie, s'était effacée, laissant la place à une femme heureuse et épanouie qui mordait la vie à pleines dents. Et si quelqu'un était capable de redonner le sourire à Natasha, c'était cette femme qu'était devenue sa meilleure amie.

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Stonehenge

C'était la première fois que Timothée l'accompagnait à un rendez-vous professionnel. Ce n'était pas comme si lui-même n'avait pas eu de travail, il avait eu du mal à poser deux jours, mais il tenait à être présent, pour une raison que Rose ne comprenait pas.

- Natasha dit que tu es inquiet. Et jaloux. C'est vrai ?

Timothée s'arrêta, épongea son front et celui de sa douce. Il ne cherchait pas à détourner son attention, il s'était toujours montré honnête et il n'avait pas honte de ses peurs.

- Tu étais amoureuse de Scorpius Malefoy quand on s'est rencontrés.

- Et du préfet de ma classe, sourit Rose. Des attirances d'adolescente qui ne connait pas encore l'amour.

- Je n'aimais pas l'idée de te savoir seule avec lui pendant deux jours, voilà tout.

Rose hocha la tête et l'embrassa du bout des lèvres. Elle aimait qu'il se montre prévenant, possessif, passionné, attentionné. Elle aimait comme lui l'aimait. Et l'amour de Timothée était devenu plus important à ses yeux que la tendresse que lui vouaient James et Natasha.

- Allons-y. Nous ne sommes plus très loin.

A mesure que Rose avançait, il lui semblait découvrir la chevelure blonde, presque blanche de son amour adolescent. Des cheveux courts qui reflétaient les rayons du soleil et la laissaient indifférente, au grand soulagement de Timothée.

Elle avait appris, par James, que Scorpius Malefoy apprenait les sciences de l'archéologie sorcière. Presque trois ans après quitté Poudlard, l'ancien Serpentard s'apprêtait à publier ses premiers travaux et l'avait sollicitée afin qu'elle réalise quelques clichés. Une idée de James sans doute, songea-t-elle.

Arrivée sur les lieux, elle découvrit un vieil homme qui lisait de vieux feuillets de parchemin, confortablement installé dans une charrette. Et la personne qu'elle avait prise pour Scorpius s'avérait être une fille de leur âge à l'accent chantant du sud de la France.

- Salut, tu dois être Rose ! Je m'appelle Mélodie, je travaille avec Scorpius.

Le jeune anglais ne tarda pas à apparaître, ses vêtements de lin couverts de poussière. Il offrit un sourire sincère à Rose, un sourire qui s'accentua en reconnaissant Timothée.

- Rose, Tim, ça fait plaisir de vous voir. Je vous présente mon mentor, Sociaze, le seul archéologue assez fou pour prendre un fils de Mangemort en formation. Et Mélodie, qui travaille avec nous depuis quelques mois.

Rose hocha la tête poliment, abasourdie par la ressemblance frappante entre Scorpius et son homologue féminine, toute aussi diaphane que lui. Ils faisaient la même taille et le même poids, à peu de choses près et, alors que Scorpius avait laissé pousser ses cheveux qu'il attachait désormais en catogan, la française portait les siens courts et fraichement coupés. Notant sa soudaine attention, Scorpius ne put s'empêcher de rougir, et Rose se demanda s'il n'était pas tombé amoureux de cette nouvelle collègue qui n'aurait pu mieux lui correspondre, du moins en apparence.

- Ils ressemblent au prince et à la princesse de tes contes de fées, lui souffla Timothée, amusé, alors qu'il l'aidait à installer son matériel.

Mélodie ressemblait en tous points à celle que Rose avait voulu être pendant sept ans. C'était le genre de filles qu'on aimait spontanément, qui attirait la sympathie et les compliments. Plutôt drôle, la française ne se privait pas pour bousculer Scorpius qui paraissait avoir abandonné sa réserve et sa froideur.

- Je crois que Scorpius cherchait plus un prince qu'une princesse, murmura Rose en retour.

- Il fait comme il veut, répondit Tim en haussant les épaules. Du moment qu'il ne me pique pas ma princesse.

Radieuse, Rose passa les heures suivantes à photographier Stonehenge, suivant les indications de Scorpius qui s'émerveillait du moindre grain de poussière. Ils en profitèrent pour parler de l'obstination de James, des doutes de Natasha, des déchirements de la bande. Et une idée germa sur ces terres de granit, entre deux clichés.

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Hier il était blond. Un blond très clair qui lui a rappelé les fins cheveux de Scorpius. Aujourd'hui ses cheveux sont aussi sombres que l'ébène et sa chemise laisse deviner une peau couleur caramel. Parfois il se retrouve à court d'idées et transplane près des artères commerciales de Paris ou de Milan, se rencardant sur la mode. Il mémorise plusieurs hauts et s'en sert pour métamorphoser le t-shirt de coton blanc qu'il porte tous les jours sans que personne ne le sache.

- Salut, toi aussi tu vas intégrer le Temple ?

James sursaute. Avant de sursauter à nouveau en rencontrant son reflet dans les lunettes de son vis-à-vis.

- Peut-être. Je me renseigne.

- Je m'appelle Chuck et toi ?

- Ronald, répond James simplement.

- Anglais ?, sourit l'inconnu après lui avoir serré la main.

- Presque, sourit James en retour.

- Ça te dit qu'on visite ensemble ?

James n'hésite pas une seule seconde et lui emboîte le pas. D'ordinaire il marche seul et malgré son apparence qui change tous les jours, il redoute que son comportement éveille les soupçons. Toute nouveauté est bonne à prendre, se dit-il.

Le hall du Temple est tel que décrit dans la brochure destinée à attirer les étudiants du monde entier : accueillant et inondé de lumière. Peu importe qu'il pleuve ou qu'il vente, l'espace est constamment baigné de soleil.

- Waouh, on se sent bien ici, sourit Chuck. Tu viens d'où, au fait ?

- Wembley, répond James sans réfléchir. C'est à côté de Londres.

Il change de couverture, de passé, d'histoire à chaque mission d'infiltration.

- Et tu n'es pas allé à Poudlard ?, s'étonne Chuck.

L'expression de James ne change pas, il s'est habitué à ne réagir à aucune remarque, à répondre à toutes les questions sans trembler. Chuck a son âge à quelques mois près. S'il avait été à Poudlard, James l'aurait reconnu. Mais ça ne dérange pas James de le voir prêcher le faux. Il a l'habitude.

- Non. Toi si ?

Chuck est gêné, Chuck hésite.

- Euh... Oui. C'est une chouette école, tu as loupé un truc ! Comment ça se fait d'ailleurs ?

- Tu connais le Botswana ?

- Euh... juste de nom.

- Ben figure-toi que le ministère y a une ambassade. Mon père y a été muté il y a dix ans.

- Tu as été à Uagadou ?

James retient un sourire et prend la tête de la marche. Il a inversé les rôles, c'est lui qui déstabilise désormais.

- C'est rare qu'un mec de notre âge connaisse les écoles du monde magique. J'ai cru comprendre que vous n'aviez pas de cours sur l'international à Poudlard.

- J'ai fait des recherches. Et puis j'avais des correspondants.

Cette fois James ne retient pas son sourire. Mais comme ils croisent des étudiants ça reste assez discret. James attend que les étudiants soient passés pour faire volte-face rapidement et bloquer Chuck contre le mur.

- C'est bon, dis-moi qui tu es.

Sa voix s'est faite plus ferme. Pas agressive, juste un peu froide. Mael appelle cette voix « sa voix professionnelle ».

Le visage de Chuck s'allonge, ses cheveux se foncent et poussent à une vitesse vertigineuse. Le corps change du tout au tout, s'épaissit, et sous les mains de James pousse une poitrine.

- Nat !?, s'étrangle-t-il. T'es... complètement folle, souffle-t-il de peur d'attirer l'attention sur eux. Et si quelqu'un te voit par Merlin ?

Complètement paniqué, James cherche une issue, une cachette, sans laisser le temps à sa petite-amie de répondre.

- Un problème vous deux ?

James se fige. Un couple d'une quarantaine d'années lui fait face. Ils accompagnent visiblement leur fille, qui fait un imperceptible clin d'œil à James.

- Suivez-nous.

- Viens, murmure Natasha en suivant la petite famille.

- Non. On s'en va. Faut pas traîner.

- Fais-moi confiance pour une fois.

Inquiet, James tire sa baguette, la suit rapidement pour pouvoir la protéger au moindre danger. C'est la mère de famille qui mène le petit groupe, elle semble connaître les lieux et salue un groupe d'étudiants d'un grand sourire. L'un d'eux s'approche, James serre sa baguette plus fermement, prêt à réagir.

- Ces jeunes gens sont perdus, explique la mère de famille avec ce qui ressemble à de la condescendance.

- Oh, sourit l'étudiant, ne vous inquiétez pas, nous allons les aider à trouver leur chemin.

James retient Natasha. Il est toujours temps de fuir, songe-t-il. Mais sa petite-amie se fond dans le groupe, discute avec le couple simplement, comme si elle ignorait que l'endroit était truffé de séides. L'étudiant les mène jusqu'à une tour, salue quelques enseignants, chatouille une pierre plus lisse que les autres.

- C'est ici.

James mémorise le chemin. Jamais il n'est allé aussi loin dans l'antre du Temple. La lumière se fait rare, il sent l'humidité, comprend qu'ils parcourent un sous-terrain. Il entend du bruit, des discussions et l'étudiant s'arrête, hésite pour la première fois, se tourne vers James. Lentement, il place son index devant ses lèvres. Avant de bifurquer dans ce qui ressemble à un cul-de-sac.

Arrivé contre le mur de terre, il s'accroupit, cherche trois cailloux qu'il insère dans un petit trou. La terre s'effrite, s'ouvrant sur un boyau dont le diamètre est si petit que l'étudiant y rampe difficilement. Le couple et leur file le suivent sans discuter. James retient Natasha. C'est maintenant ou jamais.

- Nat, bordel, qu'est-ce que tu fous ?

- Ce que tu fais tous les jours. Viens.

Pas rassuré, James n'hésite pourtant pas. Il est prêt à la suivre où qu'elle aille. Il ne la quitte pas des yeux alors qu'ils rampent une petite demi-heure. Puis le passage s'élargit et ils marchent encore une heure, jusqu'à ce que l'étudiant s'arrête et se tourne vers James.

- J'ai désactivé tous les charmes de défense. Avance, que je puisse les réactiver.

L'étudiant sort sa baguette et James affirme sa prise sur la sienne. Cette baguette lui rappelle quelqu'un et il n'arrive pas à se départir de la peur qui lui a saisi les entrailles.

- C'est bon, conclut l'étudiant. On peut sortir. Tu viens, chéri ?

Il a ajouté cette dernière question en s'adressant à James, dans une imitation très réussie de Maggie Towler, l'ex-petite-amie de James qui l'appelait « chéri » sans arrêt. James n'a pas le temps de poser la moindre question, une échelle de corde descend du plafond et l'étudiant s'en empare, suivi de près par le couple et leur fils. Quand Natasha s'accroche à son tour à la corde, James se colle à elle de peur qu'ils soient séparés. Il ne se doute pas à un seul moment qu'il est la victime d'un coup monté.

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Poudlard

La Grande Salle est colorée de vert et d'argent. Margaret Slopa, la terrible enseignante des sortilèges a avancé son fauteuil, toisant les autres directeurs de maison avec morgue. Mireille Wine, maître de Potions, sourit avec indulgence. Elle porte l'écusson de sa maison, un blaireau qui se balade sur sa belle robe colorée de miel. Neville Londubat observe ses élèves, ceux qui portent fièrement les couleurs sang et or. A sa gauche le professeur Ganesh cache mal sa déception. C'est qu'il avait pris l'habitude de contempler la coupe des quatre maisons dans son bureau.

Cette année ce sont les Serpentard qui l'emportent. Ils crient, chantent, braillent. Ils sont heureux. Et Haïdar se demande s'il aurait été plus heureux dans la maison des rusés.

Le banquet de fin d'année s'éternise. Les mets sont succulents mais Haïdar aimerait avancer le temps, courir plus vite que la petite trotteuse de sa montre.

Demain il quittera le château, avec sa malle, son Fociou et son chaton pour seuls amis. Le voyage sera long, il le sait, il s'y est préparé. Mais la vue sera superbe du couloir du Poudlard Express. L'Ecosse se pare de mille couleurs en ce début d'été. La longueur du trajet ne lui fait pas peur parce qu'il sait ce qui l'attend au bout. Le soulagement. Deux mois de bonheur sans penser à l'avenir.

Demain il rentre à la maison.

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Il est dans un terrier. Un terrier vaste où règnent les racines et l'humidité. Son emprise sur sa baguette est totale. Il la serre si fort qu'il pourrait la briser entre ses phalanges.

- Détends-toi.

Le conseil de Natasha n'a aucun impact sur lui. A cet instant il se dit qu'elle est ensorcelée, qu'elle ne sait plus ce qu'elle dit. Il est prêt à tout pour la faire sortir d'ici, la protéger, lui rendre sa sagesse, son recul, son instinct.

- Détends-toi et observe. Tu as beau parcourir le monde, tu n'as jamais rien vu de tel, tu peux me croire.

Le couple et leur fille, qui les accompagnent toujours, pouffent de concert. Il se concentre sur elle, cette jeune fille d'une vingtaine d'années qui multiplie les clins d'œil. Pourtant, il en est certain, il ne l'a jamais vue. Ses longs cheveux blonds et son air doux ne lui disent absolument rien. Ses longs cheveux blonds, justement, elle commence à les perdre. Ils tombent au sol les uns après les autres, se coupent sans intervention extérieure, se raccourcissent de plus en plus vite, à mesure qu'ils changent de couleur. Le visage s'allonge, le nez aussi. La poitrine et les hanches disparaissent. Et elle grandit. Beaucoup. Enormément. Au moins la taille de Mael, se dit-il avant de sursauter. La fille a disparu et à sa place se tient Mael.

C'est au tour du couple de changer. L'homme et la femme rajeunissent, et James ne reprend sa respiration qu'au moment où les célèbres cheveux roses de Pepper apparaissent.

L'étudiant est le dernier à changer. Et il change peu. Même taille, même corpulence, mêmes cheveux courts, même teinte chocolatée. A peine quelques détails qui disparaissent en dévoilant le plus vieil ami de James, Daniel Redox.

Abasourdi, James se tourne vers Natasha. Sa petite-amie n'a pas réagi, à peine s'entoure-t-elle d'un voile de fierté. Elle lève la main droite, claque des doigts. Les racines se meuvent, se collent les unes aux autres, fusionnent. Les nœuds qu'elles forment s'épaississent et dévoilent des corps et des visages que James connait bien, tantôt souriants tantôt critiques.

Ils sont tous là. Tous. Natasha, tous ses amis, Rose et Tim, Briseis Delanikas et Soizic Azilis, Daniel, Trisha, Eliott, et jusqu'au vieux James, entouré de Blaise, Shania et Hadiya.

James inspire, croise un regard compatissant et quelques autres, clairement réprobateurs. James détourne le regard, James baisse les yeux.

- Comme tu l'auras compris, on s'est tous donnés rendez-vous pour te donner une leçon, reprend Natasha.

Blaise se racle la gorge, il n'aime pas voir son fils ainsi.

- On est là pour te montrer qu'on peut t'aider, rectifie-t-il d'une voix compatissante.

La voix de Blaise s'éteint lentement dans l'atmosphère tendue et étouffée. James met la tension sur le coup de l'enfermement. Ils sont sous terre. Et il a eu tort. James hoche la tête.

Ils sont tous là à attendre en silence. A attendre sa réponse.

- Tu as raison, dit-il. Vouloir vous protéger était une mauvaise idée et une excuse irrecevable, je le sais bien. Je n'ai pas le droit de faire ce choix à votre place.

Il sent Mael se déplacer, se rapprocher. Et s'il n'a pas suffisamment puisé en lui pour que son courage l'aide à relever les yeux, il est heureux que tous aient fait le déplacement, que tous partagent le même espace, la même envie.

Mael le serre dans ses bras et tous deux attendent une étreinte collective qui ne vient pas. Les amis d'autrefois ont appris à s'aimer de loin, la tendresse s'est faite rare et James en vient à regretter le passé, ces nuits blanches couchés les uns contre les autres pour se tenir chaud, les câlins à douze têtes qui ne faisaient rire qu'eux, les accolades qui faisaient fi de la pudeur adolescence et des mœurs britanniques. Et jusqu'à cette épreuve commune qui les avait traumatisés, au terme de la forêt interdite, quand ils s'étaient tous pris par la main pour matérialiser cette chaîne qu'ils formaient depuis leur onze ans. Une chaine qui n'en était plus une depuis la perte de l'un de ses maillons.

Une larme roule sur sa joue et James l'essuie d'un geste rageur. Coupable. Ce soir-là, dans la forêt interdite, il a failli perdre plus qu'un ami. Ce soir-là il avançait avec la peur au ventre, le corps froid de Natasha reposant près de lui.

Il se tourne vers elle, la trouve plus belle que jamais, comme à chaque fois qu'il la regarde.

- C'est complètement dingue, ce que tu as fait, souffle-t-il.

Tout le monde l'entend mais il s'en fiche, il n'a jamais fait un secret des sentiments qu'il éprouve pour elle.

- Te métamorphoser en homme, métamorphoser Mael en femme… C'est du jamais vu.

- N'exagérons rien, minimise-t-elle en rougissant toutefois. C'est rare mais c'est déjà arrivé.

- C'était une belle leçon. Avec la manière.

Elle détourne le regard, plus gênée que fière. Ses prouesses sont remarquables, elle le sait. Mais elle n'aime pas ce qu'elle a fait. Lui tendre un piège, le duper, lui mentir, le trahir. Elle a beau se répéter que c'était pour la bonne cause, elle n'aurait jamais cru en être un jour capable.

Ils restent un peu à l'écart de l'agitation qui commence, qui prend ses marques dans le terrier aux odeurs de mousse. Le vieux James prend les choses en main, propose un planning que tous valident, des rôles que tous acceptent.

James se mord la langue, se retient d'intervenir. Daniel, Briseis et Vincent joueront les infiltrés. La rentrée est proche mais ils ont le temps de se préparer. Les autres joueront les sentinelles, glaneront des informations, se tiendront prêts à agir. James n'est pas d'accord mais il ne dit rien. Ce n'est pas à lui de choisir pour les autres.

La discussion ne dure qu'une vingtaine de minutes. Soizic et Briseis demandent l'autorisation de tout dévoiler à leur meilleure amie. Personne n'ose le leur refuser. Oscar et Susie sont les premiers à partir. James avance vers eux inutilement. Ils transplanent sans un au-revoir. Nalani leur emboite le pas, sans un regard pour personne. Les Serpentard de la bande ont le mérite de paraître gênés.

Le terrier se vide. Mael échange avec James une brève accolade, s'éloigne sur un « on se voit vite, mec » un peu triste. C'est sa voix de maintenant, sa voix « d'après Nalani ».

James tend la main, essaie de s'emparer de celle de Natasha.

- Moi aussi je pars, dit-elle en s'éloignant.

C'est la main de Rose qu'elle serre, avant de transplaner.

Il ne reste plus que lui. Et trois ombres qui se détachent du fond de la tanière.

- Tu viens avec nous, mon grand.

James acquiesce, penaud. Blaise s'avance, place ses mains sur les épaules de son fils.

- J'en connais un qui va être fou de joie.

Son sourire est immense, sincère. Hadiya et Shania leur montrent le chemin. James se souviendra longtemps de l'odeur de mousse du terrier dans lequel il s'est fait prendre au piège.

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Poudlard Express

Le petit garçon à la peau noire n'avait pas dérogé à sa petite tradition, s'installant sur sa malle, au beau milieu du couloir. Riche de son expérience – c'était quand même la quatrième fois qu'il prenait le Poudlard Express en un an – il s'était installé dans le dernier wagon, là où le couloir était seulement traversé par quelques élèves venus saluer leurs amis qui s'étaient installés dans les derniers compartiments du train.

Le train perdait de la vitesse. Nez collé à la fenêtre, il reconnut Londres et même la gare qui se dessinait au loin. Il sauta sur ses pieds, empoignant ses affaires déjà préparées, et remonta l'allée du train avant que les élèves ne quittent leur compartiment. Dès que le train s'arrêta, il ne perdit pas de temps à observer la foule, il s'élança vers la porte la plus proche et fut le premier à quitter le train.

Le quai grouillait de visages, d'appels, de cris. Mais lui ne voyait que deux yeux, très semblables aux siens.

Il sentir les larmes monter, de joie, de gratitude, de soulagement.

Alors il s'élança, et courut se réfugier dans les bras de son grand frère.

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Aujourd'hui il a très peu modifié ses traits. Il s'est fait plus petit, râblé, et a multiplié les taches de rousseur sur son visage. Il fait frais et il nage un peu dans son nouveau pull. Il s'est trompé dans les dimensions mais ce n'est pas si grave, il est loin et il ne s'approchera pas davantage du Temple.

Aujourd'hui il a pris la place qu'on avait désignée pour lui. C'est le vieux James qui est aux commandes, qui centralise les emplois du temps de chacun, qui organise les infiltrations, qui reçoit les comptes rendus. A l'exception de Mael, James ne voit plus ses amis. Pas même Susie et Oscar qui font garder leur premier né par d'autres. James n'a plus vu Jacob depuis des mois, ni Brayden depuis des semaines. Natasha répond à peine à ses lettres et Rose évite toute discussion.

Pour se réconforter il pense au rendez-vous que lui a donné Lily. Ce soir il la verra, serrera dans ses bras cette petite sœur qui lui manque. Il ne lui reste plus que quelques heures à attendre, dans le froid, l'atmosphère inquiétante des abords du Temple et la solitude.

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- … franchement j'en avais marre des gueules de dix pieds de long qu'ils tiraient en permanence. Lorcan dit que je suis trop heureuse pour vivre au milieu de gens tristes. Serena dit que j'avais juste besoin d'un peu d'indépendance. Ici, au moins, je peux travailler tant que je le veux, la nuit même si j'en ai envie, sans devoir gagner cette cuisine sans fenêtre à heures fixes quatre fois par jour. Et surtout… je peux voir Keziah quand je veux.

Elle a ajouté ces quelques mots en rougissant. Ca fait pourtant un an qu'elle sort avec l'ex Serpentard. Un an qu'ils se voient en douce, à l'abri des regards. Keziah Kent garde une réputation plutôt sombre et leur relation déçoit Harry et Ginny qui auraient préférer confier leur fille à un beau parti, un lion valeureux qui aurait posé sa plume au ministère ou porté avec fierté les couleurs d'une équipe de quidditch.

Ils se trouvent là où tout commence. Où tout va commencer. Où tout a déjà commencé. Il s'agit d'une petite île, non loin de Wigglebay.

- C'est Nalani Jordan qui m'a donné l'idée, confirme Lily en souriant.

L'idée d'acheter une île pour une poignée de gallions, l'idée de s'approprier une terre laissée à l'abandon et coupée de tout, pour en faire un lieu merveilleux.

Lily nourrit l'ambition de créer le plus grand domaine de créatures magiques de Grande-Bretagne. Un projet ambitieux, et très fastidieux, qui lui prendra une dizaine d'années au moins. Elle doit apprendre, demander des milliers d'autorisations, élever des espèces rares, soigner les blessures les moins communes. Un travail de longue haleine qui la rend plus heureuse que jamais.

Ils ont pris place face à la mer, après une visite guidée des plus sommaires. Le grand frère et la petite sœur aiment à s'inventer une nouvelle tradition, qui verra le plus âgé découvrir les évolutions du projet de la plus jeune, régulièrement.

- Tu les vois quand même un peu ?

- Les parents ? Ouais. Deux fois par semaine.

- Et Albus ?

- Une fois sur deux. C'est papa qui gère ses missions d'apprenti Auror. Officieusement.

- Officiellement il travaille avec Ron ?, se rappelle James.

- Oui. Mais ça ne se passe pas comme papa l'avait prévu. Albus ne se plait pas au bureau des Aurors. Franchement, je ne sais pas ce qu'il va devenir. Si papa n'était pas le Survivant, ça ferait belle lurette qu'il serait à Azkaban.

James acquiesce, le regard grave. Il a beau s'être détaché des Potter et délesté de ce poids qu'il a porté toute son enfance et son adolescence durant, il a mal pour ses proches. Mal pour sa mère qui éprouve tant de peine à entretenir l'illusion d'une famille parfaite, mal pour son père qui a fait d'Albus son successeur et qui ne sait plus comment l'aider, mal pour son frère qui n'a finalement jamais connu le bonheur.

Avec un soupir il s'aperçoit que le temps a filé et qu'il doit repartir. Le Temple occupe tout son temps libre et c'est à son tour de monter la garde.

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Le temps passe, l'été se consume. Cette année il ne part pas en vacances, il ne découvre pas Paris avec Natasha, comme il se l'était promis. Il ne voit que l'entrée du Temple et ses étudiants qui perdent peu à peu la lueur de vie qui animait leur regard.

Et un jour il voit débarquer son frère, la bouche en cœur. Albus qui serre la main de Minerva Mac Gonagall, un épais dossier sous le bras. James le reconnait, ce dossier, c'est celui que brandissent les nouveaux étudiants du Temple. Et James a peur. Il est mort de trouille. Il fonce, court, se rue. Il tombe le masque et transplane sans réfléchir. Le douze square Grimmaurd se dessine. Ca fait tellement de temps qu'il n'est plus venu qu'il sursaute en voyant la maison familiale apparaître parmi ses semblables.

C'est Kreattur qui lui ouvre la porte, et le vieil elfe semble profondément heureux de le voir. Harry et Ginny sont dans la cuisine, partagent une soupe silencieusement. Dire qu'ils sont surpris de voir débarquer leur fils ainé serait un euphémisme. Sous le choc ils oublient même de lui demander comment il va. Ginny n'a même pas la décence de lui proposer de partager leur table, Harry commet l'erreur de lui demander s'il a des problèmes avec la justice. Voilà, ils n'ont pas changé, ils ne sont pas heureux de le voir. Mais James, lui, a changé. Et la déception s'envole rapidement à mesure qu'il parle, choisit et crache ses mots.

- Mais enfin, James... Tu préfèrerais que ton frère reste ici sans rien faire ? Il est enfin décidé à reprendre ses études…

- Qui est-ce qui l'a décidé ?

- Eh bien... lui-même. Seulement lui-même.

Les rôles sont inversés, James pose les questions, interroge, accuse, et Harry recule en oubliant la soupe qui refroidit. Non, Albus n'a reçu aucune lettre. Non, il n'a reçu aucune visite. Il n'a pas d'amis, pas de vie sociale.

- Et vous ne trouvez pas étrange qu'il se décide à quitter sa chambre pour intégrer le Temple ? Pile au moment où les Zigaro s'y trouvent ?

C'est comme un pavé qu'il lâche dans la marre, il voit les éclaboussures d'effroi envahir les émeraudes paternelles. Cette fois c'est son père qui se redresse, qui veut poser ses questions. Mais James n'a pas le temps d'y répondre. Il l'a prévenu, il a fait son devoir. Il a un autre rôle à jouer, il doit empêcher Albus de répéter ses erreurs. Il ne le laissera pas appeler la mort au sein du Temple. Il ne laissera pas la mort lui voler un autre de ses amis.

ooOOoo

Le choc. Le Temple brûle. Les pierres pleurent des larmes de fumée. Les étudiants sortent en trombe, en pleurs, en cris.

L'horreur. Il n'est parti qu'une heure. Il n'accepte pas que tout ait changé, que Louis ne soit plus là où il l'avait quitté, que l'attaque ait été lancée si vite.

La peur. Elle le fige. Et même s'il pouvait bouger, il ne saurait où aller, par où commencer.

Le soulagement, aussi bref que puissant. Mael est là, Mael court vers lui, Mael n'est pas blessé.

- Je les ai vus, souffle-t-il comme un gamin apeuré. Tom et Elvis.

Il déglutit difficilement. James l'attrape, le serre, frotte son dos. Les mots affluent près de son cœur, contre sa nuque, et sa peau se perle de gouttes d'effroi.

- Ils sont arrivés sans crainte. C'est Albus qui leur a ouvert les portes. Comme à Poudlard.

Comme à Poudlard, ça signifie qu'il va falloir se battre. Comme à Poudlard, ça signifie qu'il va y avoir des blessés. Comme à Poudlard, ça signifie qu'ils sont en danger de mort. James panique.

- Il faut les retrouver. Tous. Il faut qu'on reste tous ensemble. Il faut les retrouver…

James répète les mêmes mots cinq fois, dix fois, vingt fois. Le regard de Mael est douloureux. Le regard de Mael, James préfère l'ignorer.

- Viens, Mael, retrouvons nos amis.

- James…

- Il faut qu'on se dépêche, qu'on retrouve tout le monde.

- James…

- Qui est-ce que tu as croisé en dernier ? Commençons par ceux qui…

- Personne, James. Je n'ai vu personne. J'étais positionné de l'autre côté, j'ai entendu du bruit, j'ai vu la fumée apparaître et envahir les lieux. En moins de trente secondes. Tout s'est passé très vite. Je suis rentré, j'ai traversé le bâtiment, je savais que tu étais là.

- Tu as bien dû croiser Louis ? Alice ? Natasha ?

- Personne. Je n'ai vu personne.

Le refus. James n'y croit pas. James ne veut pas y croire.

- On va les retrouver quand même. On va les retrouver ensemble.

James s'élance, Mael sur ses talons. L'enfer, à nouveau, les attend.

ooOOoo

Louis. Ils le retrouvent dans le hall d'entrée, ses yeux gris vérifiant que tous les étudiants qui sortent sont indemnes, et qu'ils ne sont pas ensorcelés. Il leur explique brièvement que le vieux James a été prévenu de l'arrivée imminente des Zigaro et qu'il a déployé leurs forces rapidement. Solenne et Keanu, à qui il avait commandé un moyen d'éviter l'ensorcellement des étudiants par les Zigaro, ont transplané dès son appel pour déverser leur potion fraichement concoctée. Clifford et Oscar les ont aidés, usant de sortilèges de propagation pour toucher un maximum d'étudiants.

- Pepper et Susie sont dans le bureau de Mac Go, ajoute Louis en essuyant rapidement son front moite de sueur. Comme elles sont enceintes, le vieux James leur a confié les relations publiques. Elles doivent convaincre Mac Go d'agir au plus vite. On a besoin de toutes les forces disponibles.

- Les séides sont nombreux ?, devine James.

Les séides. C'est James qui a trouvé ce surnom. Les séides ce sont de nombreux étudiants voués à la cause des Zigaro par ensorcellement. Les sbires des Zigaro, qui ont appris à se fondre dans tous les lieux sorciers, usent de procédés pour embrigader de nouveaux adeptes.

Par ce biais ils s'étendent, se multiplient, s'approprient les lieux, les familles, les communautés. Ils sont des femmes et des hommes ordinaires, se fondent dans la masse.

Le Temple a permis aux Zigaro d'avoir sous la main de nombreux jeunes sorciers, l'avenir de la communauté sorcière britannique.

- Moins nombreux que ce qu'on a redouté, le rassure Louis.

- Et les autres ?

- Ils combattent, soupire Louis. On a essayé d'appeler des renforts mais Alice a été blessée de suite. Ils s'y sont mis à cinq pour l'avoir. Keanu est parvenu à la soigner mais elle était encore inconsciente quand je l'ai vue.

- J'ai prévenu mon père, répond James. Dès que j'ai vu Albus…

Il s'interrompt. Il est gêné. Il en a marre. Il a honte.

- Tu n'es pas ton frère, dit Mael. Tu n'as pas à avoir honte pour lui.

- Mais j'en viens à avoir honte de lui. Honte qu'il soit mon frère.

- Heureux de te l'entendre dire, clame une voix dans son dos.

Les frissons. Cette voix claire et froide, cette voix qui coupe, qui attaque, qui tue. Cette voix c'est celle d'Albus. Cette voix lance le premier sort et James l'évite souplement, propulsant Louis et Mael derrière lui.

- Retrouvez nos amis, ordonne-t-il. Retrouvez Natasha.

Il ne voit pas Louis hocher la tête, il n'entend pas Mael l'encourager. Il se concentre sur son frère, qu'il contre facilement malgré la haine évidente du plus jeune. Malgré les années et l'amour qui s'est étiolé, James n'arrive pas à attaquer Albus. Il se contente de se défendre, d'encaisser. Jusqu'à ce que son frère ne se détourne de lui, comme attiré par la présence subliminale d'un nouvel arrivant.

Les années passent mais Albus reste attiré comme un aimant par les cheveux blonds, presque blancs. Ils ont poussé, il les attache désormais en catogan. Il s'est affiné, le manque de quidditch l'a délesté de quelques muscles. Il lève sa baguette et Albus s'écrase au sol, comme une poupée de chiffon.

Scorpius se jette dans les bras de James. Ils s'aiment comme des frères même s'ils se voient peu.

- Où sont les autres ?

- Je l'ignore, soupire James.

- Tu meurs d'envie de les retrouver. Vas-y. Je m'occupe d'Albus. On a des trucs à régler, lui et moi.

James n'hésite pas. Entre Albus et Natasha, il a fait son choix depuis longtemps.

ooOOoo

Le Temple s'était vidé, les professeurs avaient évacué les élèves vers Sainte-Mangouste, sous la vigilance de Minerva Mac Gonagall qui s'était fait un devoir de tout superviser pour la protection totale des étudiants.

Il ne restait guère qu'une petite dizaine de personnes en ces vastes lieux. La directrice du Temple et le directeur de Poudlard, venu lui prêter main forte. Scorpius Malefoy et Albus Potter. James et les frères Zigaro, qui se faisaient face.

Les frères Zigaro, encore. Les frères Zigaro, enfin.

Il les avait quittés voilà plusieurs années. A l'époque il était téméraire, courageux, un peu fou. Inexpérimenté, malhabile, mauvais combattant.

Aujourd'hui il était formé, rompu à l'effort, infatigable. Et tout aussi courageux. Et tout aussi fou.

Aujourd'hui il était prêt.

ooOOoo

James sent ses cheveux repousser, sa peau se détendre. Les masques tombent et les yeux de Tom s'agrandissent. De surprise et de joie pure.

- James, le salue-t-il. Tu avais donc raison, Elvis. C'était bien lui. Je pensais que tu viendrais entouré de tes petits copains.

Le cœur de James s'emballe. La peur et la joie s'entremêlent. Il est seul, il fait face à ses ennemis, mais ses amis sont sains et saufs. La confiance revient, le courage gronde.

- Et prendre le risque tu en tues un autre ?, réplique James.

Tom se contente de sourire. Il n'a pas seulement tué un ami de James Potter mais aussi - et surtout - un traitre. Le fait qu'il soit ami avec James est seulement un bonus appréciable.

A ses côtés Elvis hésite. Ils ont monté suffisamment de plans pour connaître la marche à suivre. Ils doivent tuer James Potter, c'est aussi simple que ça. Mais Tom veut profiter de la magie du moment, faire durer le plaisir.

- Alors James, à ton avis, quelle va être la suite du programme ?

- Eh bien, comme dans toutes situations, nous avons certainement des projets différents. Je souhaite que vous déposiez les armes, que vous vous rendiez à la justice. Déposez vos baguettes au sol et faites trois pas en arrière.

Tom ne peut s'empêcher d'éclater d'un rire clair, franc. Ce gamin ne manque pas de toupet.

- Et comment va-t-on s'amuser avec toi sans baguette ?

James ne répond pas. Son cœur s'emballe mais il tente par tous les moyens de le cacher. Il ne flanchera pas devant eux. Eux, les meurtriers de Keith Corner.

- Tu n'as pas envie de retrouver Keith, petit James ?

La proposition est intéressante, alléchante. Se posent enfin les bonnes questions. Que deviendra-t-il une fois les Zigaro derrière les barreaux ? Il veut croire qu'il aimera la vie de nouveau. Avec Natasha, avec ses amis.

Tom lance le premier sort, James l'esquive souplement. Tom sourit, mais James n'a pas envie de s'amuser.

- C'est le moment de se rendre, les gars. Posez vos baguettes.

- Pourquoi ferions-nous ça, James ? Nous sommes plus puissants que toi. Nous sommes deux, et tu es enfin seul.

James se déteste de penser ça mais il a envie que raisonne une voix en cet instant, un "non" ferme et puissant. Plusieurs "non". Il n'a pas envie de les affronter seul, il n'a pas envie de les laisser s'échapper, il n'a pas envie de mourir seul, sans un dernier "je t'aime" à prononcer.

Mais ses amis ne sont pas là. Il ne les a pas croisés, il n'a pas trouvé Natasha. A peine avait-il quitté Albus et Scorpius qu'il tombait sur les frères Zigaro, souriants au beau milieu des cris et de l'effroi.

Les sortilèges fusent et il se retrouve vite acculé. Il n'attaque plus, se contente de se protéger comme il peut. Il sent l'odeur du sang, le sien, alors que les Zigaro sont intacts. Il se croyait prêt à les combattre, il s'est trompé une nouvelle fois.

- Et voilà comment la Clef du Rassemblement va mourir. Le pauvre James Sirius Potter, seul au monde.

C'est maintenant que les voix doivent s'élever. Maintenant que James est à terre, désarmé, que sa baguette roule au sol.

- Il n'est pas seul.

Cette fois c'est à lui de ressentir le choc, d'être surpris. Cette voix il n'aurait jamais cru l'entendre en de pareilles circonstances. Un souffle puissant se dégage, occupe les Zigaro une poignée de secondes, le temps pour James de saisir cette main que son père lui tend.

- Récupère ta baguette, fils, nous allons les combattre ensemble.

Fils. Ensemble. James se revoit, âgé de quinze ans, après la plus terrible des épreuves du Tournoi. Dans un rêve plus réel que la vie, son père lui avait dit qu'il l'aimait. Il avait cru être mort, ce jour-là. Il avait cru que seule la mort pouvait le libérer de ses déceptions enfantines, que seule la mort pouvait lui donner un peu de l'amour de son père.

L'ambiance change, le sourire de Tom se fane, le regard d'Elvis se durcit, l'atmosphère s'alourdit. Les deux frères lancent ensemble le même sortilège, l'un visant le père, l'autre visant le fils. James ne réfléchit pas, sans doute ne pourra-t-il jamais expliquer pourquoi il a choisi d'agir ainsi. Par amour, par respect, par sens du devoir. Il l'ignore. Mais Harry a fait le même choix. Tous deux se sont jetés sur l'autre, le père vers le fils, le fils vers le père. Les sortilèges de mort glissent entre deux bras, deux jambes, ricochent contre le mur. Les pierres explosent, la poussière se fait reine. Le dos de James est frappé par le poids des pierres qui tombent au sol. La jambe droite de son père se brise. Harry, pourtant, reste debout. Il ne s'embarrasse ni d'un cri de douleur ni d'un regard vers l'angle inégal de sa jambe. Il jette un sort, un deuxième, un troisième. Tom recule, Tom saigne, les charmes de protection d'Elvis s'évanouissent sous la puissance du Survivant. James se redresse, animé d'espoir. Le combat fait rage, vert contre rouge, jaune contre violet, les corps se brisent et les faisceaux lumineux s'évaporent.

Harry comprend qu'ils ne se rendront pas. Harry sait que les renforts sont loin, qu'ils n'arriveront pas à temps. Il n'ignore pas qu'Albus et le fils Malefoy sont tout près. Il espère de toutes ses forces qu'ils soient toujours en vie. James entend ses prières et projette toute sa magie vers leurs assaillants. De quoi grappiller quelques secondes d'espoir.

- Va le rejoindre. Va rejoindre Albus. Je vais essayer de les retenir.

- Non.

Harry a fait son choix. James a fait le sien, en portant sur ses frêles épaules le poids d'un héritage trop lourd à porter. Albus a fait le sien, dévoré par la pieuvre de l'ambition. Harry choisit d'en finir. James n'a cherché que l'amour, Albus n'a voulu que la destruction. Lily ne lui pardonnerait pas de faire le mauvais choix. Ginny non plus.

L'Auror essaie. Les lianes magiques apparaissent, se matérialisent, foncent sur Elvis Zigaro. Tom y met le feu comme on soufflerait sur une braise, avec une nonchalante brutalité.

Ils ne se rendront pas. Harry n'a plus le moindre doute. Il se déplace légèrement devant James, évite par ce mouvement le sortilège de mort qui lui était destiné. Il se met en position de défense pour troubler l'ennemi, fait mine de vouloir défendre son fils pour mieux attaquer. Le sortilège atteint Tom en plein cœur. Stupéfié, il s'effondre au sol. Harry et James avancent d'un pas, ils sont en position de force, en surnombre, la partie est gagnée. Elvis baisse sa baguette, les yeux un peu fous. Le père et le fils ne sont pas assez rapides, Elvis lance un sortilège de mort sur son frère. C'était un pacte muet entre eux. Le dernier à tomber devait tuer l'autre, lui éviter la prison. La mort plutôt que l'enfermement à vie. Une mort rapide plutôt qu'une longue vie de souffrance. Le corps de Tom tressaille à peine. Ses yeux, écarquillés, restent figés sur le mur. Dernière vision avant la mort.

- Ne baisse pas ta baguette.

L'ordre de son père ramène James sur terre. Tom Zigaro est mort. Elvis s'agenouille sur la dépouille de son frère, lève sa baguette à nouveau, vise son propre cœur. Harry le désarme avec une facilité déconcertante. Il l'enchaîne deux fois et s'avance vers le corps saucissonné dont les bras et les jambes se débattent inutilement contre les lianes magiques.

- Tuez moi ! TUEZ MOI !

Elvis hurle, clame, invective. Supplie. Harry est un professionnel, Harry a toujours préféré le procès à l'exécution. Elvis sait qu'il ne le convaincra pas. Elvis sait qu'il n'échappera pas à une incarcération à vie. Alors il se tourne vers James, le symbole de l'espoir.

- Fais-le, James, je t'en supplie. Laisse-moi retrouver mon frère. Tu sais ce que c'est, toi. Tu sais ce que c'est d'aimer son frère plus encore que sa propre vie.

Harry se tourne vers James, l'interroge du regard. Il ne le laissera pas faire, c'est certain, il a juste envie de connaître son avis. De voir de quoi son fils est capable. Ils semblent tous se poser la question, y compris Albus et Scorpius qui se pressent à la porte.

- Je suis désolé, Elvis. Je suis incapable de jeter ce sort. Je ne suis pas assez puissant et j'espère ne jamais le devenir.

Harry hoche la tête. Il se pourrait qu'il y ait de la fierté dans son regard mais James n'a pas la force de vérifier. Les combats l'ont épuisé. Alors il se laisse tomber contre le mur le plus proche et plonge sa tête entre ses mains. Il pense à Keith, à la vengeance qui ne ressuscite pas les morts. Il pense à Natasha, à cette vie heureuse qu'il a cru voir s'échapper. Il pense à ses amis, qu'il a failli abandonner. Il n'a pas aimé ça, se battre tout seul, remplacer ses passions et ses convictions par un déguisement d'Auror.

La poussière s'envole, les pas se rapprochent, les sorciers affluent. James reconnait les robes d'Aurors, celle du directeur de Poudlard, celle de la directrice du Temple.

- Tout va bien se passer, James.

La voix de Ron se veut rassurante, tout comme la main qu'il pose sur la nuque de James. James ignore le sourire un peu penché qui le surplombe, et la main que son oncle tend vers lui. Hermione lâche un "Merlin merci vous êtes vivants tous les deux" et Ginny le serre dans ses bras. C'est bref et surprenant, mais encore une fois il ne cherche pas à vérifier si tout ceci est bien réel. Il n'est pas à sa place parmi les héros de son enfance.

Il se plie aux règles à contrecœur mais avec patience, répond aux interrogatoires, donne une copie du dossier qui contient toutes ses investigations sur les frères Zigaro.

Il apprend que Blaise a été blessé, parce qu'il n'a pas réussi à produire un sortilège de mort. Harry grimace et James sourit.

Il apprend que c'est Amalthéa Delanikas, que tous pensaient disparue, qui a averti le vieux James de l'arrivée imminente des Zigaro, que c'est grâce à sa rapidité que le pire a été évité.

Il apprend que le vieux James et ses fidèles compagnons à quatre pattes sont parvenus à stopper le réseau des Zigaro. Leurs sbires forment des masses étranges sur le sol, comme des flaques sur un chemin de campagne. Les Aurors et les guérisseurs affluent, Amalthéa est là, bien vivante au milieu de la poussière. Ils s'étreignent en silence. James entend vaguement que le second de Harry promet à Amalthéa une couverture. Elle va pouvoir revenir vivre en Angleterre, auprès de Brayden et de Malek, sous les traits d'une autre. Simple mesure de précaution.

Bientôt Harry leur fait signe. Ils sont libres, ils n'ont plus besoin d'eux.

Elvis est traîné jusqu'à Azkaban, il y restera dans l'attente de son procès.

Minerva Mac Gonagall démissionne, insiste pour fermer le Temple, ouvert selon elle "pour de mauvaises raisons".

Le ministre hésite, le ministre capitule. Le nom va changer, les murs vont être détruits, reconstruits. Kingsley leur dit "un jour vous serez fiers que vos enfants viennent étudier ici".

James en doute. Le ministre ajoute "vous pourriez nous aider à en faire un beau projet. Vous avez monté une équipe de quidditch, ce n'est pas rien."

Amalthéa hoche vaguement la tête et prend la main de James.

"Les gens qu'on aime nous attendent", dit-elle. Et personne n'ose contredire son regard d'acier.

A suivre…


Voilà pour la première partie. La suite est déjà écrite donc, POUR UNE FOIS, l'attente sera moins longue. D'ici là, je serais très heureuse de lire vos avis, vos attentes, vos critiques. A bientôt.