5 juillet 1997

Les doigts de Severus pianotent pensivement sur le bois de son bureau. Il vient tout juste de congédier ses troisièmes années plus qu'insupportables en raison de l'approche des vacances qui débutent ce soir-même.

Pourquoi diable, faut-il qu'il ait une heure de trou pile de 10h à 11h? Severus soupçonne fortement Albus d'avoir conçu cette heure exprès pour ce jour précis. Car aux alentours de 10h30, soit dans un quart d'heure, Potter atterrira dans le bureau Dumbledore, revenant tout droit d'un voyage temporel de trente ans après avoir passé deux mois avec le gosse de 7 ans qu'était Severus.

Severus se serait volontiers frappé la tête contre le bureau, s'il ne tenait pas tant à garder sa précieuse dignité. Il se rappelle encore parfaitement de ce jour trente ans plus tôt, où Harry était parti. Oh que oui, qu'il s'en souvient. Seulement, depuis deux mois, il n'a de cesse de ressasser cette période humiliante de sa vie, et il y a décidément quelque chose qui ne colle pas. Et Severus a beau tourner et retourner la question dans sa tête, il ne comprend toujours pas. Ce qui a le don de l'énerver au plus haut point.

Soudain, alors qu'il rejoue pour la énième fois, les souvenirs qui sont sans doute -bien que ça lui fasse mal de l'admettre- les plus heureux de sa vie, une brûlure vive se répand dans son avant-bras gauche.

Puis soudain, la lumière se fait dans son esprit et tout lui paraît très clair. Un sourire narquois fleurit sur ses lèvres alors qu'il fait venir à lui un épais livre ainsi qu'une potion anti-douleur fabriquée de ses propres-mains. Il décapuchonne la fiole et l'avale cul-sec tandis que ses pas résonnent dans les couloirs des cachots. Même si la douleur de la Marque est irrépressible, une potion anti-douleur permet de l'atténuer. Ce qui devrait lui permettre de rendre visite à un certain Directeur, adepte des bonbons au citron.

Il énonce le mot de passe d'une voix ennuyée, alors même que ce simple mot remue des sentiments profondément enfouis. Severus pénètre avec impatience dans le spacieux bureau et vient se planter directement devant Dumbledore.

«Potter c'en est un, pas vrai?

- Bonjour Severus, belle journée n'est-ce pas?

- Répondez.

- Mais de quoi parlez-vous très cher?

- Potter. C'est une de ces immondes choses?»

Le scintillement dans les yeux du vieux sorcier s'éteint tout à coup. Et il répond d'une voix beaucoup moins enjouée que quelques instants auparavant:

«Oui...

- Pourquoi alors?

- Parce que Severus. Voldemort est bien trop puissant. Il reste 3 Horcruxes à détruire. Ce serait bien trop dangereux.

- Mais, il va mourir de toute façon, n'est ce pas? Demande Severus d'une voix un peu trop tremblante à son goût.

- Je... Je ne sais pas. J'ai l'espoir, que s'il est le dernier, seule la part de Voldemort mourra, et le garçon pourra continuer de vivre. Ce risque vaut la peine d'être pris, ne pensez-vous pas mon cher Severus?»

Le-dit Severus se contente de lui adresser un de ses légendaires regards foudroyants en guise de réponse.

«Severus, je dois aller chercher un paquet de bonbons dans mes appartements. Vous savez, ceux au citron qui sont tout bonnement exquis. Et j'attends un visiteur. Seulement, je serais vraiment très embêté de ne pas pouvoir lui offrir une de ces succulentes friandises. Voulez-vous bien l'accueillir pour moi, s'il vous plaît?

- Mais Albus le Seigneur-

- Je n'en aurai pas pour longtemps, je vous le promets.»

Et avant que Severus ne réplique quoique se soit, le vieux barbu disparaît dans ses appartements.

5 juillet 1967

«Tiens. Un petit cadeau d'au revoir.»

Severus tend à Harry un tube de dentifrice.

«Tu as réussi? S'exclame Harry.

- Oui. Tu va être le tout premier à tester. Tu me diras- J'espère que ça te plairas.

- J'en suis certain. Merci beaucoup Sev'.»

Harry attire le plus jeune dans une étreinte pleine de tendresse. Il lui caresse les cheveux d'une main distraite alors qu'il range le tube de dentifrice dans sa grosse malle avec un sort informulé. Il sert un peu plus fort le corps de Severus dans ses bras, pour s'empêcher de pleurer. Non, il ne doit pas. Il s'est promis. Pas en présence de Severus, cela ne ferait que rendre les choses plus difficiles.

«Merci à toi, Harry. Pour tout.»

Le Gryffondor le serre encore plus fort contre son cœur. Si bien, qu'il a peur un instant de le broyer. Mais c'est tout ce qui l'empêche de s'effondrer à cet instant.

«Je t'aime Sev', tu le sais ça?

- Je sais, répond-il de sa voix cassée. Moi aussi je t'aime imbécile.»

Severus enfouit son visage dans le cou du sorcier à lunette, et des larmes coulent lentement le long de ses joues. Harry se blottit contre les cheveux de Severus, respirant l'odeur de son shampooing à la pomme.

«Sev'... Je dois-, commence-t-il à contrecœur.

- D'accord.»

Harry desserre lentement son étreinte et Severus se retire de ses genoux avec précaution. Il lève doucement ses yeux brillants de tristesse vers Harry. Des larmes roulent silencieusement de ses joues pâles, ses yeux simplement plantés dans ceux du Survivant. Severus a l'air si fragile, exposé ainsi, des perles salées débordant de ses petit yeux. Harry sent son cœur se serrer atrocement et doit lutter avec acharnement pour ne pas reprendre Severus dans ses bras.

Après un bref coup d'œil au médaillon que Severus porte autour du cou, Harry se sent submergé par une vague de tristesse intense. Il se demande un instant si c'est sa propre douleur la plus forte ou si c'est celle de Severus. Cela n'a pas d'importance. C'est leur peine. Et ils la partageront jusqu'à ce que Harry soit forcé de retourner dans le présent. Après ça, Harry ne sait pas exactement comment va réagir le pendentif face au voyage temporel.

«Prend soin de toi Sev'. Ce n'est qu'un au revoir tu sais? Je l'ai juré, dit-il en prenant son médaillon entre ses doigts.

- Au revoir, répond Severus la voix brisée par l'émotion.

- A bientôt, réplique-t-il avec un faible sourire.»

Harry attrape sa malle d'une main tremblante, prend une grande bouffée d'air, et transplane.

A la seconde où il arrive dans le jardin du Manoir, des larmes se mettent à couler de ses beaux yeux verts. Il enlève ses lunettes et s'essuie le visage avec le revers de sa manche, tout en reniflant bruyamment.

«Ah, les adieux sont toujours compliqués, déclare une voix non loin de Harry.

- Ce n'est pas un adieu, on se reverra.»

Le vieillard hoche lentement la tête.

«Bien, je pense qu'il ne te reste que quelques secondes avant de retourner d'où tu viens. Bonne continuation Harry.

- Au revoir Professeur.»

Harry se sent soudainement aspiré, un peu comme lorsqu'il se déplace par cheminette, et l'herbe verte du jardin laisse place au sol familier du bureau de Dumbledore. Il regarde autour de lui, déstabilisé. Ses yeux se posent sur un forme sombre dans un recoin de la pièce, et il réalise avec stupeur qu'il s'agit de Severus. Dire qu'il tenait le format enfant dans ses bras il y a quelques secondes, le fait ouvrir la bouche d'incrédulité.

«Sev- C'est vous professeur? Se reprend-il après un regard noir de la part de son professeur.

- C'est moi. Qui voulez-vous que se soit d'autre?

- Vous-Je veux dire vous vous souvenez de-

- Je n'ai pas le temps pour votre flot de questions, Potter. Le moment n'est pas encore venu. J'y répondrai dans un mois-

- UN MOIS!? Mais, pourquoi autant de temps? Vous n'avez pas le droit, je viens juste de-

- Potter, laissez-moi terminer je vous prie. Je ne doute pas que, le mois prochain vous n'aurez pas une minute à me consacrer. Cependant, j'aimerais vous suggérer de lire cet ouvrage, déclare-t-il en lui tendant un gros livre poussiéreux. Je pense que vous allez avoir du temps à tuer, très prochainement.

- C'est bon Severus, me revoilà! S'exclame Dumbledore.

- Je ne vois pas de raison de rester. J'ai quelque chose d'important à faire, décrète-t-il avec un regard appuyé envers Dumbledore.

- Mais professeur, ce n'est pas logique-

- A dans un mois Potter.

- Vous étiez nettement plus marrant quand vous n'étiez qu'un gosse de sept ans, marmonne Harry.

- Répétez cela encore une fois et je peux vous assurer qu'il ne restera plus un seul point dans le sablier des Gryffondor, réplique l'homme en partant.»

Harry lève les yeux au ciel et se recentre sur Dumbledore qu'il n'a même pas salué.

«Bonjour Harry!

- Bonjour professeur Dumbledore.

- Alors, comment se sont passés tes deux derniers mois?

- Parfaitement bien.

- Content de l'appren-»

Un tremblement l'interrompt dans sa phrase.

«Harry. Nous n'avons plus beaucoup de temps, il approche. Écoute-moi s'il te plaît.

- Qui approche? Voldemort?

- Oui Harry. Mais ce n'est pas ton problème. Je vais te renvoyer dans-

- Non! Je ne peux pas laisser Ron et Hermione, ils ont suffisamment attendu.»

La pensée de ses amis lui revient soudainement en tête, comme si les deux mois qui viennent de passer sont une grande sorte de pause hors du temps, et que tout lui retombe soudainement sur les épaules.

«Harry. Tu n'as pas le choix. J'ai besoin de ma force pour la bataille qui va suivre, et le sortilège Cronos prend beaucoup de magie. Je ne pourrai pas te renvoyer trente ans en arrière.

- Mais monsieur-

- Non Harry. Tu n'as pas le choix, c'est bien trop dangereux. Tu vas retourner vingt ans en arrière, pour une durée de un mois. Nous reparlerons de tout ça plus tard Harry, nous n'avons plus le temps de bavarder.»

Harry essaie de protester encore une fois mais Dumbledore pointe déjà sa baguette sur lui, prononçant la même incantation que deux mois plus tôt. Harry voit le bureau s'évanouir autour de lui.

Le paysage se stabilisé devant ses yeux et quand il lève le regard, il aperçoit la silhouette imposante d'une bâtisse: le Manoir Prince.


En une phrase:

C'est reparti pour un tour !

Cœur sur vous les gens 3