Harry entrouvre ses paupières, se demandant un instant où il peut bien être.

Puis il aperçoit la silhouette de Severus, en tailleur en face de lui, plongé dans un livre. Au souvenir de tout ce qui a pu se passer la veille et de la confrontation à venir, Harry referme fortement ses yeux. Il n'est pas prêt. Pas encore. Juste un peu-

«Ne fait pas semblant de dormir. Je sais que tu es réveillé. Tu oublies que je peux sentir chacune de tes émotions, lance Severus sans même lever la tête.»

Harry pousse un long soupir et finir par ouvrir les yeux pour s'asseoir sur son lit. Il reste là, à contempler Severus sans savoir quoi dire.

Après plusieurs minutes de silence pesant, Severus ferme finalement son livre avec un petit soupir, pour demander de sa voix grave:

«Tu veux manger quelque chose?

- Oui je veux bien... Euh... Un bol de cacao avec du lait concentré et des Prince pour tremper dedans?»

Severus conjure un plateau et avant de commencer à manger, Harry jure avoir vu l'esquisse d'un sourire sur ses lèvres fines.

Le Gryffondor se met à manger silencieusement, un peu nerveux à cause du manque de conversation. Après quelques bouchées, il prend son courage gryffondoresque à deux mains et demande d'une voix hésitante:

«Ça a été ton séjour chez Lucius?

- On peut dire ça oui, répond platement Severus, sans grande conviction.

- Tu es ami avec lui depuis quand?

- Mmmh, je ne sais pas exactement, peut-être dans le courant de la troisième année.

- Et-

- Je n'ai pas envie de parler de lui. Qu'est ce que tu as fait pendant deux semaines? J'imagine que tu as gentiment envahi les lieux de ta présence?

- Euh... Oui. On peut dire ça.

- Et qu'as-tu fait dans cette grande et ennuyeuse demeure?

- Eh bien, figure-toi que j'ai...étudié. Oui, des choses très... instructives, réplique-t-il un peu trop amèrement pour que se soit quelque chose d'anodin.

- Oh, et quelles sont ces choses instructives que tu as appris?

- Rien d'extravagant. Une ancienne forme de magie noire.

- Si tu le dis.»

Le silence revient. Encore plus pesant qu'auparavant, chargé d'une amertume et d'un dégoût palpable.

«Bon allez, vas-y, s'agace Severus en faisant un vague geste de la main. Pose tes questions qu'on en finisse.»

Harry, sort de ses pensées qui n'ont pour le moment rien à faire dans cette temporalité et se recentre sur Severus.

«Hem... Euh... Parle-moi un peu de ce James Potter. Qu'a-t-il fait de si terrible?

- De toutes les questions que tu avais à ta disposition, tu as choisi celle qui concerne ce parfait crétin. Mais, réplique Severus avec un geste de la main pour couper la réponse de Harry, j'ai dit que je répondrai à tes questions. Alors je tiens parole. Eh bien, je crois que dès le premier regard, j'ai su que je ne l'aimerais pas. Il avait cette lueur d'arrogance dans le regard qui m'a provoqué un frisson de dégoût. De plus, quand Lily a été répartie à Gryffondor et qu'elle s'est assise à côté de lui-

- Oh mais oui! Vous avez été répartis dans des maisons différentes! Est ce que-

- Une question à la fois. Je disais donc qu'il lui a fait un sourire qui avait quelque chose de malsain. Et ça ne m'a pas plu du tout. Ensuite, lui et ce cabot plein de puces de Black ont pris un malin plaisir à me rabaisser. Je ne saurai jamais pourquoi je crois. Peut-être parce que j'étais ami avec Lily et qu'elle refusait toutes les avances de Potter. Je ne sais pas. Mais en tout cas ces deux-là sont de sacrés enfoirés.

- Hum, je vois... Et du coup, avec Lily, ça se passe comment?»

Harry croit voir un frisson traverser le corps de Severus alors qu'une lueur de regret s'allume dans ses yeux noirs.

«On ne se parle plus.

- Oh... Pourquoi ça?

- Parce que... J'ai... fauté.

- Comment ça?

- Au cours d'une des nombreuses machinations de Potter dans le but de m'humilier, elle est intervenue. Elle m'a tendue la main pour m'aider à me relever. Mais à cet instant, j'étais tellement en colère contre elle. Pour être finalement amie avec un crétin pareil. Pour valider indirectement toutes les horreurs que je subissais. Alors je me suis énervé et je lui ai crié que je... n'avais pas besoin de l'aide d'une Sang de Bourbe...

- Oh... Je suis désolé...

- Désolé de quoi? Que je sois assez crétin pour ruiner la plus belle amitié que j'avais? Oui. Je suis désolé pour moi aussi. Mais je t'en prie ne te donne pas la peine de t'apitoyer sur mon sort. Tout est entièrement ma faute. Encore une fois...»

La dernière phrase de Severus a été prononcée comme un murmure adressé à lui seul. Seulement, c'était sans prendre en compte le calme plat qui règne dans la demeure. Ce qui fait que Harry entend parfaitement la phrase lâchée sur le bout des lèvres.

Harry pose son plateau et s'apprête à se lever, sans doute pour réconforter Severus, lorsque le concerné le coupe dans son élan, en demandant sarcastiquement:

«Que dirais-tu de faire des Potions? Après tout, il me semble que tu m'en as emprunté quelques unes pour ton petit jeu de piste. Si je me rappelle bien, il devait y avoir au moins trois potions anti-douleur, une contre le mal de tête et deux contre les vomissements.

- Euh... Oui c'est possible, déclare Harry en rougissant. Je vais m'habiller et j'arrive.

- D'accord, rejoins-moi dans le laboratoire.»

Severus s'éclipse dans la pièce à côté, laissant à Harry le loisir de se changer en paix.

Une fois son t-shirt gris et son jean enfilé, Harry le rejoint dans le laboratoire qui a maintenant retrouvé tous ces ustensiles.

Severus a enlevé sa longue cape noire, pour rester simplement vêtu d'une chemise banche légère et d'un jean noir. Harry l'observe un instant, peu habitué à le voir ainsi habillé. Même si Severus n'est pas la définition de quelqu'un de beau, il y a quelque chose dans ses traits et dans ce qu'il dégage qui le rend irrémédiablement attirant.

«Bon alors, tu viens?»

Les pensées de Harry s'évanouisse dans les méandres de son esprit et il rougit un instant en se remémorant le sujet de ses réflexions.

«J'arrive.»

Il se place à côté de Severus et rassemble les ingrédients qui lui sont nécessaires à la confection de trois potion anti-douleur.

Il commence le brassage avec adresse, quoique avec bien moins de grâce et de fluidité que son voisin de gauche. Mais ses gestes reste précis et sûrs.

«Tu avais quel professeur de Potions à Poudlard? Parce que, niveau théorie tu avais les bases des bases, mais la pratique... ça restait à revoir. Heureusement que j'étais là pour rattraper le coup, raille-t-il gentiment.

- J'avais le professeur R... Le professeur Slughorn...

- Oh je vois! Moi aussi je l'ai eu! C'est un vrai incapable celui-là. Il est bien trop laxiste. Les élèves n'apprennent rien avec lui.

- Le professeur Dumbledore est déj-toujours directeur?

- Oui. Je ne le supporte pas celui-là. Cette impression qu'il scanne l'entièreté de ton âme et qu'il te connaît par cur est tout simplement horripilante. Et puis ses foutus yeux pétillants mexaspère au plus haut point.

- C'est vrai qu'il a un petit côté conspirateur assez dérangeant... Mais il est gentil.

- Moui...»

Severus retrousse ses manches pour faire une manipulation délicate.

«Tu travailles sur quoi?

- Mmmh, sur des poisons.

- Des poisons? Pour quelles raisons as-tu besoin de poison?

- Je n'en ai pas besoin, explique-t-il en le dévisageant. Je l'étudie juste par curiosité.

- Oh, d'accord.»

Harry ajoute distraitement une poignée de chrysopes et touille sa préparation en un mouvement continu. Severus lève ses bras au niveau de ses yeux pour inspecter un ingrédient de plus près. Le soleil traverse le rideau de ses cheveux noir de jais et vient éclairer avec douceur sa peau pâle. Ses lèvres pincées forment une fine ligne rose et ses yeux noirs paraissent encore plus profonds et envoûtant à la clarté du soleil. Ses pommettes anguleuses et son nez proéminent qui peuvent paraître repoussant pour certain, donnent en fait un certain charisme à son visage. Et Harry ne peut s'empêcher de le trouver, encore une fois, particulièrement attirant. Non pas comme les princes de contes de fées qui dégagent un charme parfumé de roses et qui finissent par rendre vos sens totalement enivrés, non. Plutôt cette beauté à l'état brute, une attirance sauvage qui vous fascine totalement.

Un détail attire lil scrutateur de Harry et le force à s'arracher de sa contemplation. Un frisson d'effroi le parcourt et il s'arrête brutalement de touiller son chaudron. Perplexe, Severus tourne sa tête vers lui, les sourcils froncés.

«Pourquoi tu t'arrêtes? Tu sais parfaitement que la potion anti-douleur requiert une agitation continue.»

Harry ne répond pas, continuant de fixer Severus avec horreur.

«Harry? Demande Severus en abaissant ses mains et l'ingrédient, soudain alarmé.»

Harry secoue frénétiquement sa tête et continue de remuer sa potion. Fuyant le regard de Severus, il déclare d'une voix blanche:

«Tu l'as fait.

- De quoi parles-tu?

- Pourquoi?

- Mais de quoi est-ce que tu parles? Demande Severus un poil agacé.

- La Marque. Pourquoi t'as fait ça Severus?!»

Le visage de Severus se ferme soudainement et toute trace d'inquiétude est remplacé par un masque froid. Il rabaisse avec brusquerie la manche de sa chemise et répond d'une voix plate:

«Ça ne te regarde pas.

- C'est pour lui les poisons, hein? Mais putain Severus, pourquoi tu me l'as pas dit!?

- Pourquoi? Ricane-t-il amèrement. Je te rappelle que j'ai passé dix ans de ma vie à penser que tu étais mort.

- C'est pour ça que tu es allé chez Lucius, non? Tu aurais pu me le dire avant de partir!

- Oh oui bien sûr! Harry, tu n'existes plus pour moi, mais saches tout de même que je m'apprête à servir un puissant mage noir! Désolé de détruire la vision idyllique que tu avais de moi. Tu vois Harry, je ne suis pas un ange, tout le contraire.

- Tu ne le penses pas. Dis-moi que tu ne l'as pas fait de ton plein grès.

- A regret de t'annoncer que si.»

Un air de souffrance étire les traits de Harry. Un sourire amer fleurit sur les lèvres de Severus.

«Et maintenant Harry, oseras-tu me répéter droit dans les yeux que je ne te dégoûtes pas?

- C'est pour ça que tu l'as fait? Réplique Harry la voix tremblante. Parce que tu te détestes tellement que tu pensais le mériter?

- Ne dis pas de sottises, je l'ai fait parce que j'en avais envie.

- TU MENS! Tu ne peux pas... Ce n'est pas possible...

- Et pourtant si.

- Je te déteste! Tu-

- Moi aussi Harry, moi aussi...»

Severus s'en va d'un pas agacé et lorsqu'il passe la porte, il murmure d'une voix emplie d'amertume, si basse, que Harry ne l'entend pas:

«Moi aussi je me déteste.»