7 août 1997

Assis sur la berge du lac, le vent ébouriffant doucement ses cheveux en bataille, Harry profite du beau temps. Du temps, tout simplement. Qu'il soit beau ou non. Le soleil lèche son visage en une douce caresse et ses yeux se ferment pour mieux en apprécier la chaleur. Il prend une grand bouffée d'air et bloque sa respiration afin de mieux sentir la sensation de l'oxygène s'amenuisant peu à peu, ses poumons criant délivrance, son sang pulsant bruyamment dans ses veines. Cette sensation d'être vivant.

Une main se pose doucement sur son épaule et l'oblige à rouvrir ses paupières. Sa vision se précise pour faire apparaître le visage amical de Ginny. Accompagné des silhouettes bien distinctes de Luna et Neville juste derrière elle.

«Bonjour Harry, lance Luna de sa voix fluette.

- Bonjour, répond-il avec un sourire chaleureux.»

Ses trois amis prennent place à côté de lui. Ginny à sa gauche, Luna à sa droite et Neville aux côtés de la blonde.

«Comment tu te sens? Demande le rousse.

- Comme quelqu'un qui a loupé trois mois de sa vie. Et vous?

- Comme des rescapés de guerre, j'imagine...

- C'est à peu près ça, acquiesce Neville.

- Et la guerre n'est pas encore terminée... déclare calmement Harry.

- Oui...

- Mais ne vous inquiétez pas, elle finira très bientôt, je vous le promets. Vous avez tous suffisamment souffert comme ça. Il est temps que ça cesse.»

Tous hochent la tête en silence, ne sachant pas vraiment quoi dire, n'osant pas non plus lui demander comment il va s'y prendre.

«Harry... Où étais-tu pendant tout ce temps? interroge, presque timidement Ginny.

- C'est vrai, on s'est beaucoup inquiété, renchérit Neville.

- Eh bien..., soupire Harry.

- Je crois que Harry n'est pas en position de nous le dire, sinon il l'aurait déjà fait, n'est-ce pas? Demande calmement Luna.

- Oui, c'est à peu près ça. Désolé de ne pas pouvoir vous en dire plus... Un jour peut-être...

- C'est pas grave, on comprend. Tu étais bien traité au moins là où tu étais?

- Merveilleusement bien. Tu n'imagines pas à quel point, affirma-t-il avec un sourire énigmatique.

- Alors c'est tout ce qui compte.

- Oui j'imagine.»

Après un silence pesant, la discussion dérive rapidement sur des sujets plus légers, tout en évitant soigneusement tout ce qui se rapporte à la guerre, de près ou de loin.

Finalement, les quatre amis passent une excellente après-midi, emplie de joie volatile et de discussions enjouées, les éloignant l'espace d'un instant de la pression mortelle qui pèse sur leurs frêles épaules.

«Bon eh bien Luna et moi on va y aller, on doit régler quelques trucs..., annonce Neville.

- Oui. Ce fut un plaisir de te revoir Harry!

- Merci, moi aussi ça m'a fait plaisir de tous vous revoir.

- Bon courage Harry. Je sens que tu vas en avoir besoin, le salue la voix perchée de Luna.

- Merci...»

Harry regarde ses amis s'éloigner sous la lumière chatoyante du coucher de soleil. Il se demande avec tristesse s'il aura l'occasion de les revoir vivants.

«Bon Harry, comment vas-tu réellement? Demande Ginny posément.

- Je survis. Comme je l'ai toujours fait. Mais ça me fait mal d'imaginer tout ce que vous avez traversé alors que... je n'étais pas... là.

- On s'est vraiment beaucoup inquiété pour toi. D'autant plus quand... il est mort. C'était le seul à savoir où tu te trouvais. Et ce jour-là, on a perdu le seul lien qui nous rattachait à toi... C'était effrayant...

- J'imagine... Je suis désolé de vous avoir causé autant de tord. Mais je n'avais pas vraiment le choix.

- Je sais.

- Et toi Gin', comment tu vas?»

Le lourd sous-entendu de la phrase résonne quelques instants entre eux.

«Je suis perdue. Avant, la guerre ça me paraissait toujours loin, et je me sentais pas vraiment concernée. Comme si ce n'était pas tout à fait réel... Mais maintenant... Je me rends compte que la guerre est belle et bien là. Violente et meurtrière. Tu sais, ma seule motivation dans tout ça, c'est que je savais que tu étais encore vivant quelque part et que je devais tenir le coup pour te revoir, parce que je refusais de m'effondrer sans avoir pu te prouver à quel point je suis forte. Mais maintenant, tout ça me semble si idiot. Je me sens juste vide et... épuisée.»

Elle tourne sa tête vers lui, des larmes étincelant au coin de ses yeux. Elle a l'air si fragile à cet instant. La lueur de vulnérabilité dans ses yeux pousse Harry à s'approcher un peu plus d'elle. Dans ses deux iris bruns se reflètent toute la souffrance accumulée au cours des mois. La guerre. Le combat infini. Les morts.

Les morts...

Un déclic se fait dans l'esprit de Harry. Alors que leurs souffles se mélangent et que leurs visages ne sont plus qu'à quelques centimètres, Harry se recule brutalement.

«Je suis désolé Ginny mais je ne peux pas... Je-Je dois y aller, on se revoit plus tard.»

La douleur dans les pupilles de la rousse s'intensifie et une larme silencieuse roule sur sa joue. Et alors que Harry part en trombe en direction du château, elle chuchote:

«À plus tard Harry.»

Peut-être que bien des personnes sont mortes.. Mais il faut sauver ce qui peut encore l'être.

C'est sur cette pensée que Harry déboule le souffle court dans les cachots. Il inspire un bon coup et frappe avec courage à la porte en bois devant lui. Elle s'ouvre avec un mouvement vif pour dévoiler un Severus fatigué aux trais tirés. Il pousse un soupir clairement audible à la vision de Harry et s'écarte pour le laisser entrer. Sans un mot, il referme la porte pour traverser la pièce et franchir une porte au fond de la salle. Voyant que Harry n'a pas bougé, il hausse un sourcil désintéressé pour lui faire signe de le suivre. Un peu hésitant, Harry sexécute tout de même.

Ils débouchent sur un salon chaleureux aux couleurs sobres. Une petite table basse trône fièrement devant l'âtre brûlant. Autour d'elle, deux fauteuils et un canapé sont disposés en arc de cercle pour jouir de la chaleur du feu. Une bibliothèque a été installé dans un coin de la pièce où se dressent fièrement d'épais ouvrages poussiéreux.

Severus s'assoit dans un fauteuil et fait signe à Harry d'en faire de même d'un geste las. Harry s'assoit en face de Severus, légèrement confus.

«Que me vaut l'honneur de votre prestigieuse visite Potter?

- Eh bien euh...»

A vrai dire, Harry s'est juste précipité chez Severus, sans vraiment avoir réfléchi à ce qu'il allait pouvoir dire.

«Si c'est juste pour me faire perdre mon temps, je vous prie cordialement de dégager Potter.

- Non! Écoutez je... Je ne sais pas vraiment par où commencer...

- Le commencement peut-être, Monsieur Potter, rétorque Severus avec un rictus satisfait.

- C'est un argument intéressant, professeur, répond-il un petit sourire ornant ses lèvres. Eh bien... Tout d'abord... Je suis désolé. Je veux dire, vraiment. Je n'aurai jamais dû vous crier toutes ces horribles injures que je ne pensais même pas avant de partir comme un fou furieux...

- Et pourquoi, Potter, devrais-je accepter vos pitoyables excuses?

- Severus... Je suis vraiment désolé, d'accord? Je sais que j'ai merdé... Mais je te jure que je ne le pensais pas. Mais je... Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as fait ça... C'était juste trop d'un coup. Et j'aimerais que tu m'expliques quand tu t'en sentiras prêt... En attendant, je t'interdis formellement de croire la moindre idiotie qui a pu sortir de ma bouche... j'ai été tellement stupide.

- Avez-vous seulement fait une seule chose qui ne soit pas stupide dans votre vie Potter?

- Oh, j'ai une petite pile de choses dont je suis sûr que vous les trouveriez tout sauf stupides.

- Ah oui?

- Oh mais bien sûr! Tenez, il n'y a pas moins de quatre jours j'étais à genoux et je...

- Stop! Cela suffit Potter!

- Ah, vous êtes sûr? Parce que sinon je peux continuer mon argumentation pour vous que vous acceptiez mes excuses.

- Non! J'accepte vos foutues excuses Potter! Alors foutez-moi la paix maintenant.

- À vos ordre, professeur, réplique-t-il avec un petit air fier.

- Écoutez Potter... je ne vous cache pas que je suis exténué... Peut-être pourrions-nous continuer cette fastidieuse conversation demain? Je pourrais ainsi satisfaire votre... curiosité.

- Mais bien entendu professeur! Reposez-vous bien! La nuit porte conseil dit-on. À demain monsieur!

- À demain Potter.»

Severus l'escorte jusqu'à la porte et le salue d'un signe de tête avant que Harry ne disparaisse dans le couloir, non sans un petit sourire satisfait. Severus referme la porte et s'échoue à nouveau dans son fauteuil. Le gosse n'a pas tort, il aurait bien besoin d'une bonne nuit de sommeil... mais avant... Brandy!


Bon eh bien je suppose que cette fin est préférable à celle d'hier XD

Plus que 3 !

Et l'heure de LA grande confrontation a sonné ! On va s'amuser !! Et s'énerver sûrement aussi

Kiss les amis !