8 août 1997

Severus regarde sans vraiment le voir le livre posé sur ses genoux. Même si les cernes sont toujours visibles sous ses yeux, il se sent nettement plus lucide et reposé que la veille. Entre toutes ses tâches de directeur en raison de la rentrée imminente, les exigences du Lord Noir, les conséquences de la guerre, et maintenant le retour de Harry, Severus se sent totalement submergé par tout ces événements. C'est pour cela qu'il est si fatigué et las. Pour cette raison aussi que ses défenses automatiques faiblissent.

Depuis ce matin, il ne cesse de rejouer les événements de la veille. Et plus il le fait, plus il se traite mentalement d'idiot de toutes les sortes.

Tout d'abord, jamais il n'aurait dû laisser entrer le gosse si facilement dans ses quartiers privés. C'est un geste bien trop... familier et intime pour qu'il ait été exécuté avec autant de facilité.

Ensuite, jamais au grand jamais, il n'aurait dû laisser Harry le tutoyer et l'appeler par son prénom. C'est une erreur fatale, qu'il paiera sûrement très cher par la suite. Mais sur le coup, il était bien trop fatigué pour le relever. Quand bien même, ce n'est pas vraiment une excuse valable pour perdre tous ces principes si facilement.

Et puis enfin, le fait le plus inexplicable est qu'il ait proposé spontanément à Harry de repasser le lendemain. Bien qu'il était épuisé, ce n'était pas une raison pour s'infliger une des choses qu'il redoute le plus au monde. Oui, cette confrontation avec Harry est une des choses qu'il redoute le plus au monde, lui, Severus Rogue, bras droit de Voldemort, double espion dans une des guerres les plus terribles du monde sorcier.

Car malgré tout le temps qu'il y a consacré, Severus ne sait toujours pas quels sentiments il éprouve à l'égard du jeune sorcier. Et peut-être ne veut-il pas savoir.

Après tout, cela fait 20 ans que plus personne ne s'est préoccupé de ce qu'il pouvait bien ressentir. Bien sûr, il y a eu Albus, mais le vieil homme était bien trop occupé à uvrer pour le plus grand bien pour se soucier réellement de quoique se soit d'autre...Chose que Severus ne peut d'ailleurs pas lui reprocher. Pourquoi cette habitude devrait-elle changer maintenant, alors que le gosse en question va mourir dans très exactement 4 jours?

Sûrement ledit gosse a-t-il deviné qu'on pensait à lui parce qu'à ce moment-là, trois coups résonnent à la porte des appartements de Severus. L'homme en noir se lève avec un soupir et va ouvrir la porte tout en se répétant mentalement de ne pas faillir devant le deux iris verts qu'il s'apprête à combattre.

Le Serpentard ouvre la porte sur un Harry visiblement gêné, un petit sourire ornant tout de même ses lèvres roses.

«Bonjour professeur.

- Bonjour Potter.»

Severus s'écarte et Harry entre dans la pièce, se plantant en son centre, attendant visiblement une invitation à s'asseoir.

«Asseyez-vous Potter, ne restez pas planté là!

- Ou-Oui monsieur.

- Bien. Voulez-vous du thé?

- Je veux bien.»

Severus hoche la tête et conjure deux tasses fumantes d'un mouvement de poignet.

«Tenez Potter, déclare l'homme en s'asseyant en face de lui.»

Ils restent un moment silencieux, à boire de petites gorgées de thé, le regard dans le vague.

«Par où commençons nous... Et ne répondez pas le commencement professeur, j'ai bien peur qu'il n'y en ait pas cette fois.

- Effectivement. Cette histoire est un peu sans dessus-dessous. Tous les éléments ont leur propre répercussion que se soit sur le passé, le présent, ou même le futur. Cependant Potter, il me semble que c'est à cause de votre soif de curiosité que nous en sommes là donc pourquoi ne poseriez-vous pas une des centaines de questions qui doivent trotter dans votre crâne?

- Hum... A vrai dire j'ai une question. Mais je ne sais pas si vous voudrez bien y répondre.

- Dîtes toujours Potter, nous sommes là pour ça après tout.

- Eh bien... Pouvez-vous me raconter comment ça s'est passé... Vous savez, le jour de la guerre?

- Que voulez-vous savoir exactement?

- Autant que possible.

- Très bien. Je ne suis pas vraiment en droit de vous refuser cela... Vous avez le droit à la vérité après tout.

- Merci.

- Juste après votre départ, il a été ordonné que tout les élèves de la première à la cinquième année soient évacués. Les sixièmes années pouvaient rester combattre à condition que leurs parents soient d'accord. Quant aux septièmes années, ils étaient libre de leurs choix étant majeurs... Nous avons donc renvoyés bon nombre d'élèves chez eux et ensuite, nous nous sommes préparés à la bataille du mieux que nous pouvions. Les protections autour du château ont été renforcées, l'Ordre du Phénix mobilisé, ainsi qu'un tas de précautions instaurées. Quant à moi... j'ai été forcé de rejoindre le Seigneur des Ténèbres. Il était là, regardant Poudlard comme un gâteau à engloutir. Il a lancé un puissant sort et les protections ont volé en éclats. Les Mangemorts et moi-même avons pénétré dans le château. Il vous a cherché pendant un long moment. Et quand Ginny Weasley a ouvert le trou qui lui sert de bouche pour crier haut et fort que vous n'étiez pas au château mais dans un endroit protégé et inatteignable... Sa colère a fait trembler le château entier. Il m'a ordonné de le suivre. En cours de chemin, j'ai aperçu le cadavre de Miss Granger et M Weasley qui se jetait au devant du danger dans un acte purement gryffondoresque et irréfléchi. J'ai seulement vu un sort percuter son corps. Je craint ne pas être en mesure de vous fournir les noms des assassins de vos amis Gryffondor... Voldemort est entré en trombe dans le bureau du Directeur où Albus l'attendait avec son habituel regard pétillant. Il lui a ordonné d'une voix enragée de révéler où vous étiez. Comme vous vous en doutez sûrement, Albus n'a pas flanché. Il est entré d'ans une rage encore plus folle et l'a menacé de le tuer s'il ne répondait pas sur le champ. Le Directeur est resté de marbre et il m'a seulement accordé un petit hochement de tête avant que le Seigneur des Ténèbres ne se tourne vivement vers moi pour m'ordonner de le tuer. Je ne saurai pas exactement vous décrire pourquoi, mais dans le regard que Albus m'a lancé, j'ai vu qu'il m'incitait à m'exécuter. Peut-être n'est-ce qu'une hallucination à mettre sur le compte de ma culpabilité, mais je jurerais avoir vu cette lueur dans ces yeux avant que... Je ne le tue.

- Regrettez-vous ce geste professeur?

- Je vous demande pardon?

- Est-ce que vous regrettez de l'avoir tué?

- Bien sûr Potter, je ne suis pas le monstre sans cur que vous croyez. Bien évidemment que j'éprouve des remords à ce que j'ai été forcé d'accomplir. Mais voyez-vous Potter, il y a des fois dans la vie où nous n'avons pas le choix. Il faut savoir faire des sacrifices. C'est ce que j'ai fait ce jour-là.

- Je comprends...

- Avez-vous d'autres questions Monsieur Potter?

- Pour être franc, oui.

- Faîtes donc.

- Qu'est-ce que ça vous a fait de me revoir après tout ce temps, alors que je n'avais que onze ans?

- Eh bien... J'ai été très... stupéfait. J'ai mis du temps à réaliser que vous étiez bien vous. Enfin le vous que j'avais connu. Et j'ai mis encore plus de temps à comprendre pourquoi vous étiez si différent de mes souvenirs et pourquoi vous ne vous rappeliez de rien.

- Je vous avez bien dit que vous comprendriez plus tard...

- En effet.

- Dîtes, qu'est-il arrivé à votre père? Nous n'en avons pas parlé la dernière fois que nous nous sommes...vus.

- Il est parti un soir, sûrement pour traîner dans un bar, et n'est plus jamais revenu. Je ne sais pas ce qu'il est devenu.

- Je vois... Pardon de vous déranger une nouvelle fois mais j'aimerais savoir... quand avez-vous changé d'avis à propos de Voldemort?

- Pour être honnête avec vous Potter... C'est en partie grâce à ce que vous m'avez dit. Bien que le jour de la mort de Lily ait également fortement influencé mon opinion.

- Vous êtes-vous réconcilié avec ma mère?

- Non jamais. Elle a épousée votre crétin de père et je n'en ai plus entendu parler Jusqu'à cette prophétie.

- Qu'est-ce que vous lui trouviez? Si ce n'est pas indiscret... Voyez-vous, je ne l'ai connu que lorsqu'elle était très petite et j'aimerais savoir comment elle était plus grande.

- Je vois... J'aimais... Sa gentillesse, sa douceur, son intelligence aussi. J'appréciais également sa force de caractère. Et...

- Et?

- Non oubliez, c'est idiot.

- Si dîtes! Nous sommes là pour ça après tout.

- Ses yeux.

- Oh... Donc vous aimez mes yeux aussi! Puisque j'ai les yeux de ma mère, haha!

- Mrphf...

- N'ai-je pas raison professeur?

- Non.

- Non?

- Vous n'êtes qu'un imbécile.

- Mais-

- Vous ne comprenez donc pas... Je vous ai connu avant Lily.

- Je ne comprends toujours pas.

- Espèce d'imbécile! J'aimais ses yeux parce qu'ils ressemblaient aux vôtres, stupide Gryffondor!

- Oh... C'est vrai? Demande Harry avec un sourire en coin.

- Mgrlml...»

Un sourire franc se peint sur le visage de Harry alors qu'il regarde Severus se renfrogner.

«Cela me flatte beaucoup professeur.

- Mmmh...

- Arrête de grogner ou je te trouve une bonne raison pour faire des sons pareils.

- PAR MERLIN POTTER EPARGNEZ-MOI VOS PENSEES PERVERSES! S'écrie Severus en s'étouffant avec sa salive, trop choqué pour relever le tutoiement.

- Es-tu bien sûr de ce que tu avances Severus? Ce n'est pas ce que tu disais il y a quelques jours...

- Je ne vous permets pas Monsieur Potter... Nous sommes ni amis ni... plus. Nous ne sommes rien. Vous n'êtes qu'un gamin insignifiant parmi tant d'autres, destiné à me pourrir la vie jusqu'à la fin!

- Severus...

- Je ne crois pas vous avoir autorisé à user de mon prénom, Potter.

- Très bien, Professeur. Mais vous ne pouvez pas faire comme si de rien n'était, parce que ce n'est tout simplement pas le cas. Nous n'en serions pas là autrement... Et vous le savez. Alors pourquoi continuer à nier tout ça? Vous savez, j'ai eu du mal à réaliser que vous étiez bien le petit Sev', tout comme le Sev' adolescent, mon Sev'... Mais c'est bien vous, et maintenant j'en ai conscience. Et je..., sa voix se brise soudainement, j'ai besoin de vous. Arrêtez de faire comme si vous ne me connaissiez pas, comme si tous ces moments n'étaient rien pour vous, parce que ce n'est pas le cas! Vous n'avez pas le droit... Je... Trois mois de ma vie ont été consacré à vous, entièrement, même si vous n'avez rien demandé le fait est là. Et je reviens et... Ils sont tous... Morts. Vous êtes la seule chose à laquelle je peux encore me raccrocher... Vous ne pouvez pas oublier. Vous l'avez promis. Où est-ce que tout ça n'était que des paroles en l'air pour vous? Est-ce que ceci, s'écrie Harry avec désespoir en brandissant un médaillon à la jolie couleur bleue, ne représente donc rien pour vous? Cela ne vous importe donc pas si je l'envoie se briser contre le mur?

- Potter ne faîtes pas ça!»

Severus se lève brusquement de son siège au même moment qu'il élève la voix pour retenir Harry dans son geste. Il se rend compte qu'il a d'ailleurs crié bien plus fort qu'il ne l'aurait voulu. Il se rassoit dans un soupir las et déclare d'une voix tremblante:

«Harry... Tu sais bien que non. Que tout cela compte énormément pour moi, avoue-t-il en grimaçant sur son soudain étalage de sentiments. Comment cela pourrait en être autrement ? Alors arrête tes idioties et assieds-toi veux-tu?

- Oui, soupire-t-il en se réinstallant dans son siège. Mais alors pourquoi t'obstines-tu à le nier?

- Harry... ne t'est-il pas venu à l'esprit que j'avais... peur? Et que... Tu vas... partir dans 4 jours...

- Mais ignorer la chose ne la rendra que plus difficile plus tard Severus. Crois-moi, ce sera plus douloureux qu'autre chose. Maintenant, je t'offre quatre jours, quatre jours pour faire comme si on avait l'éternité devant nous, quatre jours pour rire, sourire, quatre jours pour être heureux Severus, toi et moi, contre le reste de l'univers. Quatre jours pour s'aimer.

- Je ne sais pas Harry...

- Oh allez Severus, ce n'est pas comme si les contraintes temporelles nous avaient déjà arrêté!

- Tu as raison, au diable le temps et son foutu concept éphémère.»

D'un bond calculé, Severus se lève pour venir s'emparer sauvagement des lèvres du brun, avec lenteur et passion, comme s'ils avaient l'éternité pour s'aimer.


J'aime beaucoup cette fin ! Je sais pas si c'est pareil pour vous mais j'aime beaucoup ce chap !

Par contre on se rapproche très dangereusement de la fin...

Attendez vous à ce que cette fanfic soit finie avant la fin du Week-end, même si ça me fait mal de l'avouer...

Bref ! Gros bisous à vous tous, prenez soin de vous !