Jour 46
Je reprends le récit. Après j'aurai encore des choses à m'écrire pour plus tard. Il faut que je finisse ce récit-là. C'est pour intégrer l'info. Tu dois le faire Sia.
Donc j'arrive dans le manoir en passant le portail « Wayne ». Là, Alfred m'ouvre la porte et me souhaite la bienvenue au manoir Wayne. Je le suis dans cette immense maison. Le plafond est tellement haut que ma chambre rentre 3 fois en hauteur. Tout est en bois vernis. On dirait un (putain de) château. C'est clairement pour ça que ça s'appelle un manoir, mais sur le moment je ne comprends pas ce qu'il se passe.
Je me retrouve dans une pièce avec des objets qui sont clairement hyper précieux et qui valent sûrement hyper cher. Il y a un vase qu'on a chez nous alors je m'approche. Alfred me dit que c'est un vase de 3000 ans (c'était un vase Ming – maintenant je sais ce que c'est mais quand je suis arrivée je n'en avais pas la moindre idée). Sans aucune raison, je fonds en larme avec ce vase dans les mains. C'était la honte totale. Je suis tombée à genoux et j'ai commencé à pleurer sans pouvoir m'arrêter. Je finis par tomber dans les pommes tellement je suis sous le choc ou je ne sais pas. En tout cas, là, ça ne va pas du tout bien.
À ce moment-là, ça ne fait même pas 24h que des gens ont débarqué chez nous.
J'ai découvert plus tard que c'est Bruce Wayne qui est venue me porter pour me mettre dans un lit.
Là, je me réveille. La chambre d'invité dans laquelle je suis est plus grande que notre appartement. J'étais toujours en pyjama depuis la veille alors j'ai très bien dormi. Après j'ai peut-être dormi parce que j'étais en tension depuis que des gens avaient fusillé mon appartement. Super confort pour une nuit post « TROUVEZ LA GAMINE » bang bang tu vois.
Pause.
J'ai dû dormir un moment parce que le jour va se coucher quand je me relève. Alfred est majordome, comme dans les maisons nobles du XVIIIe siècle. Il me dit « oui tu avais sûrement épuisé toute ton énergie machin tu as dormi 20h ». Il me sert à manger au lit comme si j'étais la reine d'Angleterre en convalescence. Je n'ai jamais été aussi mal à l'aise. Tommy a partagé des photos de moi en soutien-gorge à toute l'école, mais je n'ai jamais été aussi mal à l'aise que devant ce monsieur au moins 4 fois plus vieux que moi qui me regardait manger debout alors que j'étais en pyjama dans un lit plus grand que ma salle de bain.
C'est quand il reprend le plateau que je me dis « tien, mais comment ça se fait qu'il connaisse mon prénom ? ». Là je me souviens que je lui ai donné ma brosse à cheveux et que c'est peut-être un pervers des cheveux. Avant ce moment-là, je ne me souvenais pas du tout de lui. Alfred est l'homme qui travaillait pour un homme riche et qui avait parlé avec ma mère devant l'école à l'époque. J'avais rationalisé en me disant qu'il voulait sûrement des cheveux parce qu'il trouvait que mes cheveux étaient beaux, mais si ça se trouve c'était vraiment un pervers. Quand je lui demande en mode détendue s'il s'est servi de ma brosse à l'époque, il ne me répond pas. À ce moment-là, je me dis que j'aimerai bien que ma mère vienne en mode full badass pour le démolir et me sortir de là. Je ne sais pas comment je ne me suis pas pissé dessus quand j'ai compris qui il était.
Alfred me dit de venir dans le salon machin quand je serai prête et il part avec le plateau. Je n'avais jamais vu un majordome en vrai. Même pas quelqu'un qui fait semblant pour un rôle ou quoi. Il a posé des vêtements que Mark a clairement mis dans mon sac sur un fauteuil présent dans la chambre et il m'a dit « prépare-toi chop chop » en partant.
À ce moment-là, je cherche mon téléphone et j'appelle Mark. Je me dis que pour des kidnappeurs ils sont vraiment débiles de me laisser mon téléphone. Oui parce qu'à ce moment-là je pensais qu'il y avait peut-être un lien entre les gens chez moi et ce vieil homme en costume. Je me dis que si ça se trouve Mark est au courant et qu'il pourra venir me chercher.
Mark avait essayé de me contacter plusieurs fois. Je ne lis même pas ses messages. Je me dis qu'un appel, ça sera plus rapide. Il est rassuré d'entendre ma voix et c'est réciproque. Il me dit que ce n'est pas à lui de m'expliquer mais que je suis en sécurité avec Alfred et Monsieur Wayne. C'est ma mère qui les a envoyés me chercher selon lui. Je n'avais pas vu Monsieur Wayne au moment de l'appel. Je revoyais toujours le chauve me dire que j'allais payer pour les erreurs de ma mère. C'est pendant cet appel que je lui demande de m'envoyer mon carnet et d'autres trucs. Mark me dit aussi que Ramone a demandé après moi. Il lui a dit que j'étais malade, mais genre gravement malade. Sachant que tout le quartier a dû entendre les coups de feu c'est complètement con de lui avoir dit ça, mais sur le moment je suis toujours énervée qu'il ne veuille pas me dire ce que je fous à Gotham City plus clairement alors je raccroche.
Je m'habille et je vais dans la pièce salon machin. C'est là que Bruce Wayne me dit qu'il m'a ramassé par terre dans son couloir en entendant son majordome m'appeler. Je demande 2 ou 3 fois où est ma mère avant de lui demander ce que je fais là. Il se racle la gorge et il me dit qu'il va me protéger. Sur le moment, je me dis « OK le mec veut faire le patron ». Il se la joue « ta mère a fait du bon travail, mais maintenant je vais te protéger » « tu n'as rien à craindre ici » « tu es en sécurité » et tous les beaux discours. Sur le coup je me suis dit « J'ai appris à courir 200m en 30 secondes mon petit pote ». « Je peux manier une batte et démolir des genoux en un seul coup. » « Ma mère m'a même appris à crever des yeux quand je lui ai dit que quelqu'un m'avait suivi en rentrant de l'école. » Bien sûr, je ne dis pas ça à voix haute. Je suis toujours terrifiée à l'idée que le chauve apparaisse devant moi. Je dis « oui oui » et je retourne dans ma chambre après avoir répondu à quelques questions.
À ce moment-là, je suis encore sous le choc. Même si je cours 200m en 30 secondes, je ne peux rien faire contre des armes à feu. Lui, avec tout son argent, il peut. Si c'est vraiment ma mère qui m'a fait venir, je dois lui faire confiance … et en même temps je n'ai aucune idée d'où elle peut être.
Ce soir-là, je ne suis pas fatiguée parce que je viens de passer 20h à dormir, je n'ai aucune idée d'où est ma mère et je suis dans un endroit complètement inconnu à plusieurs heures de chez moi. C'est là que la vraie terreur commence. Je vois le chauve dès que je ferme les yeux. J'appelle ma mère et j'entends son téléphone résonner dans ma tête. Évidemment, je commence à paniquer, je pleure à m'en déshydrater les yeux et je finis par m'endormir.
Je suis réveillée par une odeur de pain perdu. Je vais dans la cuisine et je m'assois après avoir eu un genre d'accord non verbal du vieux monsieur. Je place les assiettes pour qu'on mange. Il fait genre qu'il veut rester debout pendant que je mange, mais je ne mange pas avant qu'il s'assoie avec moi.
On mange tranquillement.
On parle un peu.
Là, je me dis qu'il a un accent britannique hyper marrant. Il m'appelle petit oiseau et il me dit qu'il ne pensait jamais me rencontrer. C'est étrange à expliquer mais ses mots m'ont complètement rassuré. Sur le moment je ne comprends pas exactement ce qu'il insinue mais il a l'air sincèrement bienveillant. C'est avec cette première longue conversation que je suis rassurée par rapport à lui. Je lui ai dit plusieurs fois qu'il devrait changer de métier (pour faire un truc genre prof ou infirmier) mais il me répond un truc genre « je ne sais faire que ça » à chaque fois.
D'ailleurs, petit aparté : Je suis sûre qu'Alfred a 130 ans environ. Il fait tellement vieux quand il parle que c'est impossible qu'on ait vécu dans le même pays pendant 50 ans. IMPOSSIBLE ! Il n'est clairement pas habitué au mode de pensée américain.
Reprise du récit : Il se trouve que ce matin-là, Bruce Wayne est parti pour l'Europe. Je suis donc à la charge d'Alfred pour toute une semaine. C'est vers là que j'ai reçu le colis de Mark mais je ne sais plus exactement. J'étais particulièrement instable cette première semaine. Je me cachais sous le lit au lieu de dormir. Je voyais le chauve partout et je me retrouvais dans des endroits sans savoir comment j'étais arrivée là. C'était horrible !
Alfred m'a listé les activités que je pouvais faire en attendant le retour, Monsieur Wayne. Il n'a visiblement pas envie de me dire qui m'a attaqué, pourquoi, comment, rien. Il ne veut pas non plus que je quitte le manoir.
Le troisième jour, après avoir fini mon second livre, je me dis que je vais rappeler ma mère. Je l'appelle genre 3 fois par heure toutes les heures. Là, j'entends encore sa sonnerie mais cette fois je ne me convaincs pas que c'est une hallucination. Je trouve ses affaires dans une boîte sous le bureau de Wayne. Là, je commence à comprendre que je vais sûrement mourir dans ce manoir. Je fais un genre de crise de panique. Je me réveille à l'hôpital et là, Alfred me propose d'aller voir ma mère.
Je la découvre accrochée à des tubes comme quand elle s'était acharnée sur la voiture et fait fracturer des côtes. Ma mère, cette grosse folle. J'essaye de la secouer, mais aucune réaction. Sur le coup, je me dis qu'on va s'enfuir, mais j'ai à peine le temps d'enlever le tube de son bras que je me fais choper par un médecin. Je me débats mais Alfred vient nous séparer. En voyant son visage, je me suis dit qu'il allait me frapper. Autant on s'est bien entendu ces derniers jours. Autant c'est un gros psychopathe. Au lieu de ça, il me prend dans ses bras et là je fonds en larme. Je ne savais pas qu'il me restait des larmes tellement je pleurais tous les soirs.
Une fois calmée, il m'emmène dans un café et m'explique que ma mère s'est rendue toute seule chez un gros mafieux de Gotham. Elle a été retrouvée par la police dans un très mauvais état. Il a l'air bienveillant quand il dit qu'elle est forte. Il ne me dit pas clairement que c'est à cause de moi, mais je ne suis pas débile. Il m'explique que son transfert au manoir est déjà prévu. Elle aura une chambre médicalisée sous les toits pour pouvoir être au calme le temps d'aller mieux. Là, ça ne faisait pas encore une semaine et je découvre que ma mère est à l'hôpital et qu'elle n'ira pas mieux demain.
Quand on rentre de l'hôpital, je repars dans ma chambre pour faire mon sac. Il me propose de me déposer où je veux quand il me découvre prête à partir. Depuis mon arrivée, Alfred est toujours derrière moi pour vérifier si je vais bien. C'était évident que je ne pourrais pas m'enfuir du manoir sans qu'il le sache mais sur le moment je ne réfléchissais pas de manière efficace. À l'époque, je le trouvais intrusif mais maintenant je comprends mieux. La psy m'a fait prendre conscience de l'importance de la présence d'Alfred dans cette période mais quand c'est arrivé, j'avais sincèrement peur de lui.
Quand Alfred m'a découverte en train de faire mon sac, je me suis sentie con. J'ai dit « oui, emmène-moi en ville » mais je n'avais aucune idée d'où aller alors je lui ai dit de rouler loin du manoir. Il m'a fait faire un tour de Gotham puis on est rentré au manoir. Je n'ai aucun argent et aucun moyen de rentrer à Central City. Maintenant je pense que c'était la meilleure décision que je pouvais prendre mais sur le moment j'ai eu l'impression de perdre.
À notre retour au manoir, comme on mangeait ensemble matin, midi et soir, on s'est mis à table et on a discuté. Quand je suis allée me coucher, j'ai revu le chauve en genre de vision et il me disait « tu crois que je vais te laisser tranquille ? »
C'est là que je pense que ma paranoïa a pris un nouveau tournant. Alfred refusait tout ce que je proposais. Il ne voulait pas de mon aide. Il ne voulait pas de ma compagnie. J'avais une grosse envie de fouiller partout. Monsieur Wayne a fini par rentrer. On ne s'est presque pas parlé. Il voulait que je mange avec lui dans le salon mais je préférais manger dans la cuisine avec Alfred.
Un peu après le retour de Wayne, je trouve un genre d'épée. Un gars de l'athlétisme faisait de l'escrime un peu. J'ai pris un cours avec lui. Timothy, il s'appelle le gars en question. Bref le cours était sympa. Je suis surprise avec l'épée dans les mains par une femme rousse de l'âge de ma mère, peut-être un peu plus jeune. C'était gênant ! Je vais dans ma chambre pour attendre qu'elle parte. Je m'imagine que c'est la copine de Bruce Wayne. Elle a la moitié de son âge. Là, grosse panique : je me dis qu'il aime les femmes plus jeunes. J'ai 16 ans. Je suis séquestrée dans son manoir sous prétexte qu'il est « ami » avec ma mère. Avec la paranoïa, j'imagine les pires choses. C'est là que j'ai eu ma première hallucination. C'était dégueulasse ! Bien sûr j'avais complètement tort, mais sur le moment je panique. Je refais ma valise.
Pendant que je fais ma valise, Alfred vient me chercher pour le repas.
Je fais style de cacher ce que je faisais, mais c'est évident qu'il m'a surpris. Il me dit genre « ce soir on va parler avec maitre Bruce ». La femme n'est pas à table avec nous. Monsieur Wayne veut que l'appelle Bruce. Il me dit qu'il veut m'aider et il parle de voir un psy. Sur le coup je suis contre bien sûr. Et là, sorti de nulle part, il me dit que ma mère m'a laissé une lettre. En gros la lettre dit « Sia, ton père c'est Bruce Wayne, bon courage, je vais taper les gens qui veulent te faire du mal pour demander des thunes à Wayne ». Elle dit qu'elle a signé des papiers au cas où … je ne sais plus trop et dans ma rage j'ai jeté la lettre dans la cheminée.
Pour résumé, Bruce Wayne est mon gardien légal : je dois faire ce qu'il dit.
En comprenant ça, je pète un plomb. Mais pas un petit plomb sympa.
Je casse tout ce qui me tombe sous la main. Je pleure. Je hurle. La totale.
Ça fait un bien fou d'écrire tout ça ! Je me sens soignée rien que de l'extérioriser.
Pour rappel, à ce moment-là, j'ai une trouille bleue de Bruce Wayne. C'est genre le PDG d'une entreprise tellement riche que s'il veut il peut couler l'économie d'un pays entier. Il est plus que 2 fois plus vieux que moi. Il fait la couverture de magazine. Le mec est hyper puissant. Il veut me tuer et me séquestrer dans son garage, il n'a pas de gros problème à le faire. Et je lui ai crié dessus comme je pouvais le faire avec ma mère. J'ai détruit tous les objets en verre qui me sont tombé sous la main et j'ai crié à perdre ma voix.
Sia. Je sais ce que tu ressens en repensant à cette soirée. Sache que je t'aime et que je t'accepte alors rappelle-toi que tu t'aimes et que tu t'acceptes !
Maman est dans le coma. Tu es dans le château de ce millionnaire et il te donne une lettre de notre menteuse de mère qui dit « Bruce Wayne est ton père ». Ta réaction était sensée sur le moment.
Suite de l'histoire : Je continue de péter mon plomb et ça m'épuise. Ça faisait quelques jours que j'étais là et je n'arrivais pas à dormir. Je commençais à devenir folle ! C'était horrible.
Une nuit (pas trop longtemps après), je vais m'enfermer dans la pièce où est censée venir ma mère. Il y a un fauteuil. Je m'endors dessus. Alfred me réveille. On discute pendant hyper longtemps et finalement j'accepte de voir une psy.
Là, c'est la délivrance. Je pleure en boucle chez la psy et en genre une semaine je recommence à dormir. Ma mère est transférée de l'hôpital au manoir. Le fauteuil devient mon lit occasionnel. Retrouver ma mère a dû faire partie des raisons de mon sommeil retrouvé pour être honnête.
Un matin, Alfred me réveille en donnant ses soins à maman. J'étais sûre de m'être enfermée, mais clairement j'ai 0 pouvoir dans cette maison. Sur le moment, je lui parle très mal, mais je suis encore sous le choc. Je suis sur une série d'évènements choquants depuis que je suis arrivée dans cette maison. Il le comprend et il est cool avec moi.
Wayne revient en coup de vent de temps à autre. Un soir où Alfred m'a convaincu de manger avec son maitre, Wayne me montre un dossier déposé devant moi à table. Dedans il y a plein de résultats de test. C'est que des matchs. Je suis la fille de Stella Quinzel et de Bruce Wayne. Sur le coup, la première idée qui me vient c'est « alors pourquoi on est pauvre ». C'est étrange de passer de la rage à ça mais je crois qu'avec la séance de psy j'avais déjà commencé à accepter l'idée.
Alfred a eu ma brosse un peu après mes 12 ans. Ça fait plus de 4 ans qu'il avait la possibilité de faire ce test ADN. Soit, ils ont attendu mon arrivée, soit, ils savaient et ils n'ont rien fait. Ma mère, ça fait 16 ans qu'elle sait qui est mon père et elle n'a rien dit. En même temps c'est une menteuse pro maintenant.
À ce jour, je suis toujours en train de digérer les informations qui ont été gardées par ma mère.
Ma psy me dit que mon admiration pour Mark et mon attirance pour le mystère que sont Wayne et Alfred couplé à ma haine pour ma mère sont des composantes maitresses d'un complexe d'Œdipe. Et ce n'est pas quelque chose de rare. C'est même un sentiment légitime que j'estime avoir envers ma mère et ce n'est pas grave. Je ne suis pas anormale pour ça.
Ça fait tellement de bien de sortir tout ça ! J'ai l'impression de redevenir un peu moi.
Je ne serais jamais comme avant mais ces derniers jours j'ai l'impression de me retrouver un peu.
Je ne vois plus le chauve dans mes rêves, du moins je ne m'en souviens pas. Je rêve noir maintenant. D'ailleurs, ça fait un moment que j'écris. Je vais pouvoir aller me coucher et je pourrais dire fièrement à ma psy que j'ai réussi à écrire ce qui m'est arrivé !
BRAVO SIA !
Tu vas vivre !
