Dwalin rouspétait alors qu'il finissait de nettoyer le sang de Bilbo qui avait goutté sur la moquette, la marquant à tout jamais et il ruminait des sombres pensées envers un abruti de blond et ses plans trop machiavéliques pour être honnêtes.
— Escusez-moi monsieur, j'aimerai parler au gérant du bar.
— T'es qui toi ? Depuis quand y a une rousse dans mon bar ?
La rousse en question ne s'offusqua pas et offrit un sourire qui se voulait assuré au grand barman.
— Je m'appelle Tauriel… Je... Voici mon CV… Si jamais vous cherchez une serveuse…
— Une quoi ?
Dwalin fronça les sourcils en s'emparant du CV en question qu'il regarda comme il regarderait une dissertation de Frérin sur la question « Ai-je un corps ou suis-je mon corps ? ».
— Mais… Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'une serveuse ?
La rousse lui lança un regard confus avant de continuer.
— Je travaille en ce moment au Manhattan, le bar du…
Elle se tut lorsque Dwalin fronça les sourcils à l'évocation du bar rival et préféra embrayer.
— Et j'ai l'intention de démissionner alors… Je cherche du travail…
— Mais, pourquoi tu viens me voir, moi ?
Tauriel haussa les épaules sans dire qu'elle venait de faire le tour des bars à coktail de la ville pour y laisser son CV et que, le Shari Vari étant lui même un bar plus ou moins comme un autre, elle n'avait rien à perdre à tenter sa chance. Elle attendit patiemment que Dwalin parcoure rapidement le CV des yeux et en profita pour analyser la cave bigarrée. Bien sûr qu'elle avait déjà entendu parler du Shari Vari, ce bar à coktail était devenu une légende dans la profession, notamment grâce aux mélanges que Dwalin osait servir à ses clients et elle se sentait intimidée par la drôle d'ambiance qui régnait ici.
— Tu as un sacré CV, pourquoi te contentes-tu d'un job de serveuse ?
— Peut-être pour la même raison que vous.
D'un signe de tête, la jeune femme montra le diplôme d'ingénieur en pétrochimie que Dwalin avait accroché au mur et continua sur le ton de la conversation.
— L'avantage de ce job, c'est qu'il paie plutôt bien et qu'il occupe les soirées.
— Parce qu'en plus, il faut que je te paie... Et une fille comme toi ne peux pas occuper ses soirées autrement ? Tu les préfères les passer dans un bar ?
— Ce n'est pas ce que font vos clients ?
— Mes clients sont plutôt... spéciaux, dans leur genre.
Dwalin étudia la liste des bars dans lesquels elle avait déjà travaillé et il eu un petit sourire moqueur :
— T'as tenu combien de temps au Caradras avant de démissionner ?
— Moins d'une semaine, je pense.
— C'est bien, ça veut dire que tu es quelqu'un d'équilibrée. Et à Orthanc, il t'a viré combien de temps après la signature du contrat ?
— Comment savez-vous que j'ai été viré ?
Le barman lui lança un regard aigu soutenu par un petit sourire en coin :
— Je ne connais qu'une seule personne qui est allée au bout de son contrat sans décevoir Saroumane.
— Je ne savais pas que c'était possible, ce mec est un véritable tyran.
— Mais un maestro, les coktails qu'il sert sont inégalables, alors, combien de temps ?
— Un mois.
— Il t'a viré parce que tu as fait tombé un verre ?
—Parce que j'ai démoli un client.
Annoncer à l'un de ses employeurs potentiels qu'elle avait frappé un consommateur ne faisait pas parti de sa stratégie d'embauche, mais elle n'avait pas apprécié que Dwalin sous entende qu'elle soit capable de casser la vaisselle. Elle était une professionnelle, pas une jeune étudiante qui payait ses études en distribuant des cocas. Elle fut simplement surprise de constater qu'elle avait allumée une lueur intéressée dans les yeux du grand barman.
— Et tu serais prête à recommencer ?
— Quoi ça ?
— Démolir les clients ?
Elle fut quelque peu déstabilisée par la question, ne sachant pas vraiment quoi répondre.
— Disons que... Si ma vie est en jeu, je-
— Elle le sera, ne t'inquiètes pas. Je vois que tu as aussi travaillé au Vana Club, pas mal, tu sais faire des coktails ?
— Bien sur, je connais même deux ou trois recettes qui ont leur petit succès.
— Je n'en doute pas, vu les maitres que tu as eu.
Tauriel serra les lèvres et cacha son sourire en baissant la tête. Elle était passionnée par la confection des coktails et était heureuse de se trouver enfin en face d'une personne qui faisait ce métier par passion et non pour briller ou bien pour remplir les caisses en diversifiant l'activité d'un établissement en déclin, ça ne faisait même pas dix minutes qu'elle parlait avec lui, mais elle sentait que Dwalin dépassait de loin les employeurs qu'elle avait déjà eu, si l'on mettait de côté le virtuose Saroumane.
— Mais tu es sur que tu es capable de travailler ici ?
Piquée, Tauriel leva le menton et planta son regard dans celui de Dwalin, après ce qu'il venait de lire sur son CV, comment pouvait-il encore douté qu'elle soit capable de servir dans un bar à Coktail, si prestigieux soit-il ?
— Vous savez, je ne veux pas paraître arrogante, mais je ne pense pas que-
— Je puisse trouver mieux ? J'en doute aussi, mais ce n'est pas vos compétences que je remets en cause. Il se trouve que le Shari Vari n'est pas-
— Dwalin, tu peux me servir une camomille s'il te plait ?
Tauriel écarquilla les sourcils en se demandant si l'officier de police qui venait d'arriver avait bel et bien commandé quelque chose que l'on ne trouve que dans les salons de thé les plus huppés de Minas Tirith ou bien s'il s'agissait du nom d'un charmant petit Coktail. Et elle fut troublée de voir le barman le plus connu de la ville mettre une vieille bouilloire en route en sortant des fleurs séchées d'un petit bocal, cependant, elle ne refusa pas la mug ébréchée que Dwalin fit glisser vers elle et n'osa pas dire que c'était la première fois qu'elle voyait un flic commander une eau chaude dans un bar à Coktail, pourtant, elle avait une lourde expérience dans ce domaine.
— Haldir, la journée a été longue ?
— Ne m'en parle pas.
Haldir salua la jeune femme d'un hochement de tête et sortit son Smartphone qu'il tapota distraitement en attendant sa commande.
— Je disais donc que le Shari a, en quelque sorte, dépassé quelque peu sa fonction première.
— Comment ça ?
Dwalin allait répondre, mais un adolescent –mineur ?- entra dans le bar, salua distraitement les personnes présentes et alla s'asseoir dans l'un des fauteuils du fond avant de sortir ses devoirs de son sac d'école. Tauriel lança un regard à la pendule accrochée au mur qui annonçait dix-sept heures et fronça de nouveau les sourcils.
— Quelles sont les horaires d'ouvertures ?
— Quoi ça ? Ho, il n'y en a pas. J'ai essayé au début, mais y a toujours un connard pour venir à n'importe qu'elle heure du jour ou de la nuit, donc je laisse ouvert en permanence.
— Dwalin, tu sais qu'il y a une loi contre ça ?
— Haldir, tu as tendance à oublier que tu n'es pas en fonction quand tu es au Shari.
Le policier blond hocha la tête et s'empara de sa tasse qu'il alla siroter non loin de Pippin qui ne tarda pas à lui demander de l'aide pour sa dissertation.
— Mais, je pensais que le Shari Vari n'était rien d'autre qu'un bar à Coktail, que servez-vous durant la journée ?
— Ho, de tout.
— De tout ?
— Je suis préparé à toute éventualité, j'ai parfois des commandes originales.
— Comme qu-
Mais Tauriel sursauta lorsque la porte d'entrée explosa bruyamment et que trois étudiants firent irruption dans la cave.
— Tient, la journée est finie pour les sciences po.
Eomer et Aragorn passèrent à côté de la jeune rousse en la saluant poliment et rejoignirent le policier et le lycéen avec qui ils commencèrent à chahuter joyeusement. Tauriel était en train d'analyser les clients en se demandant s'ils étaient venus pour consommer ou simplement pour se poser là, mais le troisième larron s'assit au bar et lui lança un regard appréciateur. Elle lui rendit son salut mais ne releva pas le sourire sexy qu'il lui envoya.
— Boromir, si tu pouvais arrêter de draguer tout ce qui porte une jupe, ça nous éviterait quelques moments embarrassants.
La rousse retint un rire amusé et prit la tasse de camomille que lui avait offert Dwalin pour s'occuper les mains et les éloigner de celles du jeune homme qui s'était assis à côté d'elle. Mais Boromir maugréa suite aux paroles de Dwalin et prit le verre que lui tendit le barman avant de rejoindre ses amis qui avaient commencé une partie de Monopoli autour d'une table branlante.
— Si vous voulez essayer de travailler ici quand même, je veux bien vous laisser faire, mais bon, attendez-vous au pire.
Tauriel ne montra pas sa surprise en se demandant si Dwalin venait bel et bien de lui proposer de l'employer, mais il lui rendit son CV en lui disant qu'il lui préparait un contrat.
oOo
Frérin s'arrêta au pied de l'immeuble luxueux et n'eut pas à attendre longtemps avant que son frère apparaisse, comme si de rien n'était. Le blond retint un sourire, Thorin le tuera, c'était certain, mais, au moins, il mourra le sourire aux lèvres, parce qu'il comptait bien jouer de l'ivresse du plus vieux pour lui faire signer quelques revendications qu'il avait écrit durant son dernier cours, lui faire dire des choses que jamais il ne dirait en temps normal et le titiller suffisamment pour faire sortir son caractère volcanique attisé par l'alcool.
— Qu'est-ce que tu fais là ?
Frérin allait répondre avant même que Thorin n'ouvre la bouche, parce qu'il s'attendait à cette question et avait déjà préparé ses mots. Mes ceux-ci se bloquèrent dans sa gorge. Cette voix… grave et sourde, aux intonations gutturales, il ne la reconnaissait pas et elle le troubla intensément, si bien qu'il faillit en perdre sa verve. Mais il se reprit rapidement et offrit un sourire lumineux au plus vieux.
— Je voulais te voir.
— Pourquoi ne pas être passé au Shari ?
Pas encore habitué à ce ton suffisamment chaud pour aviver quelque chose au fond de lui, Frérin marqua de nouveau un temps avant de répondre.
— Pourquoi faire, vu que tu es là ?
Thorin ne répondit pas. Son esprit embrumé était conscient que quelque chose dans l'attitude et les propos de son frère n'était pas normal, tout comme il sentait que la présence de Frérin était perçue comme un danger par son subconscient qui se savait totalement sans défense. Mais, le soucie principal de Thorin, actuellement, c'était de savoir ce qu'il avait fait de ses clés et quel était le foutu code de l'immeuble. Le blond, ne désirant pas s'attarder dehors, partit du principe que Thorin n'allait pas se rappeler de grand chose au réveil. Il tapa donc le code qu'il connaissait par cœur, même s'il avait toujours nier le contraire, sous le regard surpris du brun. Le philosophe ne lui laissa pas le temps de réfléchir et l'entraina dans le hall magnifique, le trainant presque jusqu'aux ascenseurs pour poser Thorin au milieu de la cabine tandis qu'il appuya sur le dernier étage.
— Tu m'expliques ce que tu fous ?
— Ca ne se voit pas ? Je m'occupe de toi… J'ai bien peur que Dwalin n'y soit pas aller un peu fort aujourd'hui…
Frérin déglutit discrètement, à cause des pupilles de Thorin qui étaient rivées sur lui. Dilatées à l'extrême et rendues brillantes par l'alcool, elles étaient bouleversantes et le plus jeune était bien parti pour s'y noyer, si ce n'était la sonnerie de l'ascenseur qui annonça le dernier étage. Le blond se reprit et fit sortir Thorin, cherchant à oblitérer de ses pensées le fait qu'il venait à l'instant de trouver son frère plutôt… Attrayant. Il frissonna une nouvelle fois puis se tourna vers le brun.
— Les clés ?
— Je ne sais pas où elles sont…
— Tu as regardé dans tes poches ?
— Non.
Frérin haussa un sourcil en se disant que cette conversation aurait gagné à être enregistrée, ne serait-ce que pour la diffuser le lendemain au Shari Vari, ou bien pour la garder comme moyen de pression.
— Tu… Ne cherches pas ?
— La flemme…
— Tu préfères rester sur le pallier ?
— Pourquoi ?
— Parce que tu… Très bien.
D'un geste impatient, se demandant sincèrement s'il ne le faisait pas exprès, Frérin s'approcha de lui pour plonger ses mains dans les poches de son blouson de cuir, conscient que l'autre ne le lâchait pas de son drôle de regard si poignant. Bien entendu, elles n'y étaient pas et, troublé par cette proximité déroutante, le plus jeune osa un regard sur le pantalon de son frère. Moulant, un jean moulant. Comme il en mettait tous les jours et qui, Frérin devait bien l'avouer alors qu'il glissait ses mains dans les poches arrières, mettait parfaitement son petit cul en valeur. D'ailleurs, il ne s'attendait pas à ce que ce dernier soit si ferme, ni qu'il puisse prendre autant de plaisir à le malaxer, et encore moins à ce que Thorin, même ivre, le laissa faire, allant jusqu'à se cambrer pour approfondir le contact. Se cambrer. Pour approfondir le contact.
— Ho Putain de merde !
Soudainement conscient qu'il ne faisait rien d'autre que peloter son grand frère, Frérin s'éjecta de l'étreinte et fit deux pas en arrière, le cœur emballé, le souffle court et les yeux écarquillés. Il resta subjugué par l'attitude de Thorin, à moitié appuyé contre le mur, des légères couleurs sur son visage aux lèvres entrouvertes, zébré par quelques longues mèches noires et les yeux… ces yeux, ses yeux... voilés, troublés mais tellement brillants, tellement vivants et bouleversants… Sublimes, et il ne le lâchait pas du regard, le fixant sans ciller. Frérin voulut déglutir, mais sa gorge était sèche. Il devait faire quelque chose, bouger, ouvrir la porte, n'importe quoi. Ses doigts, qui brulaient encore du contact du corps de Thorin, se mirent en branle et, par automatisme, s'emparèrent de son portable. Il envoya un rapide message à Dwalin puis fourra l'appareil dans sa poche.
« La téquila était peut-être de trop, en fait, dans le mélange… »
Il s'approcha ensuite de son frère, qui ne bougeait pas, se contentant de le regarder de manière la plus envoutante qui soit. Pris d'inspiration, il attrapa la fermeture éclaire de son manteau et la fit descendre doucement, en regardant Thorin dans les yeux pour chercher à se soustraire à la tentation de caresser du regard le corps, à peine caché par le léger pull en cachemire, qui se dévoilait. Il glissa sa main dans la poche interne et retint un sourire victorieux lorsque ses doigts s'emparèrent des clés. Il se tourna ensuite vers la porte et eut la surprise de remarquer qu'il tremblait alors qu'il faisait cliqueter la serrure. Docile, Thorin le suivit à l'intérieur du grandiose appartement qu'il s'était offert grâce à une infime partie de ce qu'il avait hérité de son grand père. Les murs d'un gris lumineux étaient sobrement décorés et en harmonie avec les meubles agencés de manière à donner une impression d'espace aéré et de grandeur, renforcée par cette incroyable vue panoramique offerte par l'immense baie vitrée qui faisait le tour de l'appartement. Mais la raison pour laquelle Thorin avait craqué pour cette habitation au dernier étage d'une des plus grandes tours habitables de la ville, c'était l'immense terrasse munie d'un jacuzzi et de deux arbres improbables entre lesquelles Kili avait accroché un hamac. Car, avec la force du temps, cette terrasse était devenu l'un des QG des deux plus jeunes héritiers du richissime Thror.
A peine entré, le plus vieux, ayant de plus en plus de mal à retenir ses vertiges, se dirigea vers sa cuisine qui se trouvait être un bar à l'américaine accolé à la baie vitrée, vue sur le centre ville, composé de tout ce qui était nécessaire aux activités culinaires : évier, four, micro-onde… Le brun attrapa un cachet d'aspirine et un verre d'eau qu'il bu d'une traite tandis que Frérin, paumes et front collées au mur frais, yeux clos, cherchait désespérément à trouver une excuse pour ce qui venait de se passer, tout simplement incapable d'admettre qu'il venait de peloter son frère. Pire même : d'avoir pris plaisir à faire rouler les muscles fermes de ses fesses contre ses paumes et, malgré l'idée inconcevable, d'avoir sentit Thorin y répondre favorablement.
Une drôle se sensation l'amena à se retourner et son souffle eut un accro lorsqu'il se trouva nez à nez avec le brun et son foutu regard aussi nébuleux que saisissant. L'esprit en déroute et se remémorant la manière dont avait agi Dwalin un peu plus tôt, il tenta la première chose qui lui vint à l'esprit, tant pis pour ses plans et ses machinations, la situation était trop bizarre pour qu'il s'essaie à la contrôler :
— Thorin, va te coucher.
— Je suis pas ton chien.
Le souffle était chargé d'alcool et Frérin eut du mal à se retenir d'inspirer à plein poumon pour s'approprier de la flagrance entêtante du cocktail mélangé à la propre odeur de son frère. L'odeur de son frère. Il se gifla mentalement et posa sa main sur l'épaule de Thorin pour le pousser vers sa chambre à coucher.
— Tu n'es pas en état pour faire quoi que ce soit d'autre de toute manière.
Il chercha à se montrer le plus ferme possible malgré son embarras et jamais il ne se sentit aussi soulagé de sa vie que lorsque Thorin se laissa docilement conduire. Il se dit que, finalement, ce n'était pas une mauvaise chose que le riche héritier connaisse ses limites et que Dwalin ne le pousse jamais à l'ivresse. Sinon, il se serait fait violer un nombre incalculable de fois, Frérin en mettait sa main à couper. Il ouvrit la porte de la chambre et s'effaça pour laisser passer Thorin.
— Dors un peu, ça te dégrisera…
— Tu ne viens pas ?
— Ou ça ?
— Avec moi.
— Pourquoi ?
Frérin inspira précipitamment et chercha à reprendre le contrôle de son souffle lorsque Thorin tourna son regard indéchiffrable vers lui.
— J'ai pas envie de dormir.
Un hurlement muet s'éleva dans l'esprit du plus jeune qui se demanda si l'ainé n'était pas en train de… L'attiser, consciemment ou non, avec son putain de regard et son attitude trop corruptrice.
— Bordel, Thorin, va te coucher et fait pas chier…
— Pas envie.
Le plus grand fit soudainement demi-tour et Frérin lui attrapa l'épaule pour le remettre en face de la chambre.
— Si ! Tu vas y aller, et tout de suite.
— Dans ce cas, vient avec moi.
Cette fois-ci, le hurlement que poussa le plus jeune ne resta pas cantonné à son esprit et franchit ses lèvres. Après tout, le bras de son ainé s'était soudainement enroulé autour de sa taille et son souffle, rendu brulant par l'alcool et la perception chamboulée du blond, s'était perdu dans le creux de son cou alors qu'il parla de nouveau avec cette voix profondément grave et assourdie.
— Ho, putentraille ! Pourquoi tu fais ça ?
— Pourquoi pas ?
— Tu sais qui je suis, au moins, crétin ?
— Ca changera quoi ?
— Je suis ton frère !
Thorin fronça les sourcils et fit un pas en arrière, lâchant l'étudiant le blond qui s'affala contre le mur derrière lui, le cœur emballé.
— Effectivement… C'est toi… Je ne te savais pas si bandant, Frérin, du moins, je ne l'avais jamais remarqué…
« Bordel, Dwalin, qu'as-tu mis dans son verre ? » Fut la seule pensée cohérente qui traversa l'esprit du plus jeune, qui resta figé, ses yeux écarquillés plantés dans ceux du brun.
— Thorin, je ne sais pas à quoi tu joues, mais je t'en supplie, arrête ça. C'est trop bizarre.
— Tu n'as jamais couché avec ton frère ?
— Mais bien sur que non, abruti ! Tu es mon seul frère et je suis pas PD !
— Ta sœur alors ?
— HAAA ! Mais non ! Elle a vingt ans de plus que moi et. . . C'est Dis bordel !
— Tu n'as jamais été tenté ?
Frérin sentit sa mâchoire se décrocher mais il se reprit rapidement. Après six années à étudier la philosophie, son esprit avait appris à fonctionner même dans les situations les plus insolites. Il se redressa pour faire face à Thorin en se disant que, de toute manière, au point où il en était, s'il ne cherchait pas à reprendre le contrôle, les choses risquaient de prendre un tournant fichtrement inattendu. Et, maintenant qu'ils en étaient arrivés là, Frérin pouvait bien pousser la chose à son avantage, parce que, après tout, il n'était pas censé être la victime de l'ivresse de Thorin.
— Tu l'as déjà été, toi ?
— Quoi ça ?
— Tenté.
— Par quoi ?
— Moi.
— Toi ?
Doucement, le regard ondoyant de l'ainée parcourut insolemment le corps de Frérin avec une attention et une lenteur indécentes, étudiant les courbes, les proportions et la moindre parcelle de peau à porter de vue, sans se douter du supplice qu'il infligeait au plus jeune. Il eut ensuite une moue appréciative et haussa les épaules.
— Je n'y avais jamais pensé, mais, ma foi, pourquoi pas ? Tu es parfaitement à mon goût.
Puis, voyant que Frérin, trop choqué pour retrouver l'usage de la parole, restait figé, il s'approcha de lui, un étrange sourire aux lèvres.
— J'aime l'idée de me savoir… la seule personne capable de te ravir ta célèbre répartie.
Ses yeux plus noirs que jamais, il leva la main et caressa la joue du plus jeune, labourant la peau de sillons brulants et lancinants alors qu'il ne fit que la frôler. Puis il passa à côté en pénétrant dans sa chambre, sans ajouter un mot. Frérin sut que c'était le moment où lui devait s'en aller, fermer cette foutue porte et abandonner son frère à Morphée. Pourtant, il ne le quitta pas des yeux lorsqu'il s'avança vers son lit en se déshabillant nonchalamment, se débarrassant de son blouson et de son pull qu'il laissa glisser au sol et il s'arrêta pour déboutonner sa chemise, cherchant à coordonner sa vue et ses doigts pour défaire les boutons, sans grand succès. Jusqu'à ce que de belles mains ne se posent sur les siennes et les repoussèrent pour s'occuper de la chemise avant que Thorin ne la déchire.
— Pourquoi me déshabilles-tu ?
— Te montes pas la tête, c'est Dis qui t'a offert cette chemise, je ne pense pas qu'elle appréciera de savoir comment elle a fini en si peu de temps.
— Tu aimes ça ?
Frérin haussa un sourcil intéressé lorsque le torse se dévoila. Il le connaissait déjà, il avait déjà vu son frère nu, mais jamais avec cet œil là. Bien sur, il le savait bien bâti et l'avait longtemps jalousé, mais maintenant qu'il osa l'étudier avec les deux d'un… Amant, et non d'un frère, il se surprit à penser que Thorin devait être un sacrément bon coup et il se demanda fugacement combien de personnes pouvaient en témoigner.
— Tu peux toucher si tu veux.
— Tait-toi, tu es ivre.
Mais l'invitation était foutrement tentante et Frérin posa ses doigts sur les abdos du plus grand, l'esprit totalement vide, conscient qu'il outrepassait beaucoup de choses et qu'il abusait de l'ivresse de son frère. Grisé par la douceur de la peau et par les tressaillements de Thorin, il posa ses deux mains sur son ventre plat et les fit glisser le long des flancs, sous la chemise ouverte. Il fut surpris par la chaleur qui émanait du corps qu'il découvrait incroyablement ferme, puissant sous son toucher et extrêmement réceptif. Une onde de plaisir embrasa son corps lorsque Thorin, dont les sens et les pensées étaient imbibés d'alcool, se cambra pour se coller à lui en gémissant sensuellement. Le plus jeune prit une grande respiration pour tenter désespérément de garder la tête froide face à tant d'érotisme, affolé de constater que plus ça allait, plus il oubliait qu'il avait un frère.
Il récupéra quelques bribes de volonté malmenée qui trainaient encore en lui et trouva la force de repousser Thorin, et non d'approfondir l'étreinte comme il en crevait d'envie. L'autre ne dit rien, se contentant de le regarder intensément faire un pas en arrière puis il fit nonchalamment glisser sa chemise qu'il laissa choir au sol de manière aguichante, dévoilant un torse alléchant au regard avide du plus jeune.
— Putain, depuis quand t'es aussi sexy ?
— Tu me trouves sexy ?
— Pas seulement…
— Quoi d'autre ?
— Je n'ai pas l'intention de te draguer !
— Tu préfèrerais autre chose ?
— Ho mon dieu…
Thorin s'approcha une nouvelle fois de son frère, qui était à peine plus petit que lui, et s'empara de ses mains qu'il fit glisser sur sa peau en frémissant. Il les guida le long de ses flancs et les fit passer dans le creux de son dos, leur indiquant de se rendre plus bas. Subjugué, Frérin ne se fit pas prier vint une nouvelle fois caresser le cul de Thorin, qui était à se damner. D'une pression, il serra le corps séduisant contre lui et, frustré par le jean qui faussait ses perceptions, il fit passer sa main sous le vêtement pour empoigner le fessier d'une main, qu'il malaxa passionnément tout en faisant courir l'autre main le long du dos cambré. Cette étreinte fit beaucoup d'effet à Thorin qui poussa quelques exclamations fichtrement érotiques, embrasant plus encore les sens du plus jeune qui, grisé, céda à la tentation en posa ses lèvres sur les épaules blanches. Il embrassa la peau, goutant et découvrant la moindre parcelle, amenant Thorin à se tordre sensuellement dans ses bras, soupirant et gémissant de manière de plus en plus provocante.
— Arrête ça Thorin.
— Pourquoi ?
— Je ne veux pas abuser de toi, pas comme ça.
— Arrête de dire des conneries et déshabille-toi.
Impatient, Thorin fit glisser la fermeture du pull en laine aussi gris que ses yeux sans que Frérin ne trouve le courage de le repousser encore. Il fut frustré de se trouver face à un T-shirt noir dont la coupe mettait en valeur l'élégance de sa taille, mais il ne s'en formalisa pas et mit un genoux à terre, face au blond qui hoqueta de stupeur et de plaisir lorsque les lèvres affamées se posèrent sur le bas de son ventre, soudainement découvert par ses doigts avides qui avaient remonter le vêtement noir. La langue de Thorin suivit sournoisement une veine saillante qui se perdait dans la naissance des poils châtains et, enivré par le souffle rauque du plus jeune, il posa sans sommation sa main sur l'entrejambe éveillée qu'il tourmenta d'un odieux massage. Frérin retint une exclamation voluptueuse, embrasé comme jamais il ne l'avait été par ces caresses qu'il pourrait pourtant considérer comme anodines. Jusqu'à maintenant, jamais les lèvres et les doigts des femmes qu'il avait connues ne lui avaient fait cet effet là, jamais aussi rapidement. Ni de manière aussi intense.
D'un geste, il retira son t-shirt et, pour se soustraire au massage et pour calmer l'incendie qui enflait en lui, il se laissa tomber à genoux et se trouva face à face avec Thorin, qui le regarda avec une lueur surprise au fond de son regard trouble. Mais il ne laissa pas le temps à son esprit embrumé de comprendre, le philosophe, d'une pression ferme sur le buste, le força à s'allonger sur le dos. Thorin posa la tête sur le sol et écarta les jambes, lui faisant tourner la tête par cette attrayante proposition.
Frérin alléché, s'installa entre elles, gardant une main posée sur le torse du plus vieux, l'autre s'occupait de défaire la boucle de la ceinture qui tinta légèrement en cédant.
Tout en bataillant avec le bouton du jean, le blond se pencha sur son ainé trop séduisant et repris sa découverte buccale, commença par la gorge, effleura les épaules, gouta les pectoraux puis tourmenta la flancs. De ses deux mains, il fit ensuite glisser le pantalon le long de ses longues jambes galbées et se redressa rapidement pour faire voler chaussures, chaussettes et pantalon à travers la pièce avant de se concentrer de nouveau sur le corps indécemment désirable qui se tordait au sol. Il commença par le caresser des yeux, appréciant la largeur du torse et des épaules qu'il savait solides, la finesse des muscles qu'il voyait rouler sous la peau, le léger duvet de poils noirs qui recouvrait la poitrine et celui, plus dense, qui partait légèrement du nombril pour disparaître dans le boxer sombre dont le tissus contenait difficilement la fière érection. Frérin resta un instant subjugué par la beauté du tout, que ce soit ce corps à la sensualité insolente ou bien par l'abandon inconvenant de celui qui le fixait avec un regard que l'on pouvait qualifier de tout, sauf de chaste. Puis, il s'abaissa sur lui et planta ses dents dans la hanche saillante, arrachant un cri à l'ainé qui commença immédiatement à se mouvoir pour recevoir plus d'attention, attisant bien plus que de raison le jeune étudiant qui se trouva autant enivré que le plus vieux sans avoir bu une seule goutte d'alcool. Ses pensées noyées dans le désir n'étaient concentrées que sur le corps de Thorin et la manière obscène qu'avait celui-ci de répondre à ses attouchements.
Un gémissement de plaisir franchit ses lèvres alors que la chaleur de l'étreinte devint insoutenable et sa main fusa sur l'entrejambe de son frère, qui s'arqua en poussa une exclamation érotique. Frérin le caressa par dessus le boxer, conscient que s'il retirait cette ultime barrière de tissus, ils atteindraient le point de non retour, même s'il savait au fond de lui que ce point là avait été franchi ce matin même, lorsqu'il avait demandé à Dwalin de le mener à l'ivresse. Sans doute la meilleure pire idée de sa vie.
Le brun poussa un long gémissement suffisamment voluptueux pour aviver le désir de Frérin qui chercha à tenir encore quelques instant avant de se redresser pour finir de se déshabiller précipitamment. Outré de voir son frère se détourner de lui, même si la cause lui convenait parfaitement, Thorin échangea les positions sitôt que le blond fut débarrassé de son boxer et il retira le sien avant de s'asseoir à califourchon sur le corps totalement nu du jeune philosophe dépassé par les évènements de la manière la plus exquise qui soit. Il fit courir ses doigts sur sa peau, s'amusant à provoquer des tressaillements de plus en plus puissants, puis, avec une nonchalance offensante, il se recula sensiblement jusqu'à sentir le sexe, maintenant dur et impatient, de son frère contre le bas de son dos. Sans complexe, il s'en empara et se souleva légèrement.
— Attend ! T'as déjà fais ça ?
— Non, pourquoi ?
— Tu n'es pas prêt ! Il faut te pr… ho putain !
Sans attendre, les sens empêtrés dans l'alcool, esclave de son corps engourdi qui ne demandait qu'une seule chose, Thorin s'empala avec délectation sur Frérin qui s'était cambré et serrait les dents pour contenir l'afflux de sensations tellement ardentes que ça frôlait la limite du supportable. Il posa immédiatement ses mains sur les hanches de son grand frère pour le guider alors qu'il l'accueillait difficilement en lui, le souffle court, les yeux clos et les ongles plantés dans le ventre ferme de Frérin. La lenteur était insoutenable et le blond fut incapable de maitriser son corps et son désir. Il affermit la poigne sur les hanches qui se mouvaient sur lui et, d'un coup de rein, s'enfonça jusqu'à la garde en Thorin. Leurs cris se mêlèrent et le plus jeune espéra sincèrement que l'alcool noierait la douleur alors qu'il ordonna à son frère de bouger en forçant son bassin à imprégner un mouvement de va et viens sur lui, approfondissant plus encore la pénétration. Le brun se cambra sensuellement et commença à le chevaucher avec une lenteur insoutenable, offrant un spectacle incroyablement intense à Frérin qui ne pouvait plus détacher ses yeux de ce visage baignant dans l'extase. Il ne fallut pas longtemps pour que le plus jeune, frustré par la cadence qu'il jugea trop lente et avide de prendre plus que ce que son frère lui offrait, inverse les positions pour le prendre à même le sol, vaincu par un désir qui le dépassait.
Il mena l'étreinte sur un rythme ou l'ardeur et la vitesse se mêlaient à la puissance et l'intensité, les yeux rivés sur le magnifique visage de Thorin qui accusait ses coups de reins avec délice. Le brun enroula ses jambes autours de la taille de celui qui lui faisait actuellement voir des étoiles et, avide de le sentir toujours profondément en lui, il fit rouler de nouveau les positions. Plaquant Frérin au sol d'une poigne implacable, il se pencha en arrière et cria son plaisir d'une voix rauque lorsque la tête du sexe divinement dur percuta sa prostate. Indifférent aux suppliques de Frérin qui le suppliait de bouger, il remonta les genoux pour s'asseoir de tout son poids sur la longueur qui le comblait comme il ne l'avait jamais été et ondula légèrement, massant avec délectation ce point si sensible qui transperçait son corps d'un plaisir ardent. Ses mouvements prirent de l'ampleur et de la vitesse alors que son souffle et sa voix se brisaient. Lorsque le plaisir fut trop intense pour être supportable, il se tassa contre le corps de Frérin en gémissant, jugulant une vague de jouissance qui le prit lorsque l'angle de pénétration changea. Le blond, dans un soudain sursaut de tendresse, l'enlaça en reprenant le contrôle de l'étreinte. Il se redressa, arrachant un nouveau cri voluptueux à Thorin qui n'eut d'autre choix que de l'accueillir encore plus profondément en lui. Il colla son front à celui de son grand frère et empoigna sa tignasse noire alors qu'il se mouvait dans son corps de plus en plus brutalement, sentant la jouissance arriver. Thorin écarquilla les yeux et émit un râle de plaisir lorsqu'il sentit son frère se déverser en lui et les longs doigts qui s'enroulèrent autour de son érection douloureuse n'eurent pas à le tourmenter longtemps avant que l'orgasme ne l'emporte à son tour.
Il se laissa tomber contre l'épaule du plus jeune qui enroula ses bras autours de sa taille et posa un baiser sur sa joue, encore étourdi par l'intensité de ce qu'il venait de vivre. Ca lui faisait bizarre de l'admettre, mais Thorin était bel et bien le meilleur coup qu'il n'ait jamais eu et qu'il n'aura sans doute jamais. Il se demanda rapidement à quel point l'alcool l'avait influencé, s'il était aussi bouillant lorsqu'il était sobre. La question le démangea et il dut bien admettre qu'elle ne le laissera pas tranquille avant un bon moment. Jusqu'à ce qu'il le sache, certainement, d'une manière ou d'une autre.
Lorsqu'il se rendit compte que la respiration de son frère, ou amant, en l'occurrence, s'était approfondie, il se leva doucement et déposa le corps qu'il venait d'outragé sur le grand lit en essayant de se rappeler à quel moment ils avaient fini sur la moquette alors que le matelas onctueux n'était qu'à quelques centimètres.
Il l'observa quelques instants, d'un regard indéchiffrable. Il s'installa ensuite sur le lit et, de ses doigts il parcourut la peau du brun, découvrant son dos par de légers attouchements tendres. Il du faire face à une nouvelle vague de désir qui gronda en lui et il l'étouffa difficilement. Frérin se pencha doucement pour embrasser une omoplate, puis ses lèvres remontèrent le long de l'épaule frémissante, jusqu'à la nuque tandis que ses mains caressèrent franchement le dos qui se cambra sensiblement, griffèrent la colonne vertébrale et découvrirent deux fossettes dans le creux des reins qui s'avérèrent être des zones érogènes, vu la manière dont le corps se tordit lorsque les doigts firent rouler la peau à cet endroit.
— Tu n'en as pas eu assez ?
— J'ai bien peur que non...
Il plongea son visage dans la chevelure noir tandis qu'il laissa une main audacieuse se glisser entre les cuisses qui s'écartèrent légèrement. Il gémit en sentant son bas ventre se réveiller soudainement lorsque ses doigts touchèrent une substance chaude et visqueuse qui avait coulé le long des jambes galbées.
Il venait de posséder Thorin et il en avait retiré un plaisir qui dépassait l'entendement, pourtant, il n'était pas rassasié. Il se redressa et plaqua contre le matelas les épaules de Thorin qui chercha à en faire de même avant de poser ses lèvres sur la peau. Il descendit le long de la colonne vertébrale en la tourmentant d'une myriade de baisers tendres avant de planter ses dents dans le creux de l'une des fossettes. Le plus vieux serra les poings et étouffa un juron, son corps entier frémit lorsque la langue de Frérin compléta la torture.
Il souleva ensuite son frère et le retourna aisément, prenant immédiatement place entre ses jambes.
Frérin prit son temps, peu pressé, il couvrit le corps entier de baisers et de caresses, ne lui laissant aucun répit même lorsque ses légers soupirs se transformèrent en gémissements rauques, puis en cris d'extases au fur et à mesure que le plus jeune s'appropriait son corps, débusquait les points les plus sensibles, les zones les plus érogènes, puis jouant avec sans merci, ne lui épargnant rien, s'appliquant à le mener au seuil de la jouissance et l'y maintenir, simplement à l'aide de ses mains, son souffle et sa bouche.
Et Thorin… Thorin répondait de la manière la plus exquise qui soit, sa voix assourdie par le plaisir ne connaissait aucune retenue, son corps se cambrait, se tordait et se mouvait au rythme imposé par Frérin, qui en était devenu le maître et qui, s'il ne s'était pas déjà assouvit une fois dans le corps du brun, n'aurait jamais pu tenir aussi longtemps.
Mais sa patience et ses efforts furent largement récompensés lorsque Thorin se mit à le supplier de le prendre, les jambes indécemment écartées, le dos cambré prêt à l'accueillir une deuxième fois, sans chercher à retenir son bassin qui ondulait outrageusement et les yeux totalement noyés dans l'ivresse du plaisir.
Joueur, Frérin jugula son propre désir et continua de le mettre au supplice, parvenant maintenant à lui arracher suppliques, cris et jurons qui déchiraient sa belle voix malmenée. Il se plaça à son entrée, sans pour autant le pénétrer, se contentant de le masser avec la tête de son membre et se régala autant des exclamations rauques que du plaisir exacerbant qui lui foudroyait les reins. Il empoigna ensuite le sexe de Thorin, sans chercher à lui prodiguer la moindre caresse qui lui permettrait de se libérer, au contraire, il l'amena à un point ou le plaisir et la frustration devinrent intenables et parvint ainsi à les garder tous les deux à leur limite, le pénétrant parfois lentement, pour se retirer avant que Thorin se tende pour approfondir le contact, sans jamais le posséder entièrement. Il s'enfonça ensuite lentement en lui, prenant au moins autant de plaisir à le voir se tordre sous lui qu'à se sentir enfoui dans le corps le plus parfait qu'il n'avait jamais eu sous la main.
La frustration passa la limite du supportable et Frérin acheva la pénétration d'un puissant coup de rein, surprenant Thorin qui poussa une exclamation libérée. Le blond se retira lentement de son corps, se retenant de jouir maintenant, ses ongles plantés dans le bassin qu'il avait empoigné sous la puissance du plaisir. La voix de Thorin n'était que gémissements alors qu'il glissait doucement de son corps et un hurlement franchit ses lèvres lorsque Frérin, d'un coup aussi puissant que son désir, s'enfonça une nouvelle fois en lui, martelant la prostate. Il hurla le nom de son frère en se déversant entre eux tandis que ce dernier sortit une dernière fois de son corps avant de se libérer à son tour d'un ultime coup de rein, la vue brouillée par l'orgasme, mêlant sa voix à celle, brisée, de Thorin.
Il se laissa ensuite tomber sur le plus vieux, repu. Et ils restèrent enlacés quelques instant, partageant leur souffle et leur chaleur.
— Qu'est-ce qu'on va faire maintenant, Thorin ?
— On va inverser les rôles, j'ai vraiment très envie de te…
— Je ne parle pas de ça crétin ! Et il est absolument hors de question que je n'écarte les jambes pour qui que ce soit, pas même toi. Pour le reste, je pense qu'on verra ça quand tu seras sobre.
— Je suis sobre.
— Non, tu ne l'es pas. Je suis même persuadé que jamais tu n'as autant bu de ta vie, Dwalin a vraiment réussi un coup de maître…
— Pourquoi tu me parles de lui ?
— Laisse tomber… Et dors.
— Tu vas partir.
— Ton réveil risque d'être… Difficile, je n'ai pas très envie d'y assister. Surtout qu'il y a de fortes chances que tu ne te rappelles de rien…
— Tu reviendras ?
— A chaque fois que tu seras bourré, ça, tu peux en être certain… Sinon, ça dépendra de toi, je pense. Je ne sais pas dans quoi on s'embarque, mais des nuits comme ça, j'en veux bien tous les jours… Maintenant, dors ou je pars maintenant.
Thorin maugréa faiblement, mais, assommé par l'alcool et les quelques heures passées dans les bras de Frérin, il n'eut qu'à fermer les yeux pour s'endormir profondément. Le plus jeune le regarda dormir quelques instants puis il se redressa et, doucement, vint déposer un chaste baiser sur les lèvres fines. Il se sépara ensuite de lui pour se rendre dans la salle de bain et se doucher rapidement. Le blond revint avec un gant de toilette humide et nettoya consciencieusement la peau souillée, volant au corps endormi quelques caresses au passage. Il se rhabilla ensuite et, lorsqu'il jeta un coup d'œil à son portable pour regarder l'heure, il vit que Dwalin avait essayé de le joindre un nombre incalculable de fois, inquiet pour son meilleur ami.
Il le rassura d'un sms en se rendant dans la cuisine pour mettre sur un plateau un verre d'eau, une boite de cachet d'aspirines et un paquet de biscuits qu'il déposa sur la table de chevet de son grand frère. Son grand frère… A qui il venait de faire l'amour. Deux fois.
S'ils ne s'étaient tenus qu'à la première fois, il aurait pu dire qu'il avait baisé Thorin par accident. Mais ce qu'il s'était passé ensuite dépassait de loin la simple union charnelle. Bordel… son frère l'avait supplié pour qu'il le prenne. Supplié, rien que ça… Et jamais Frérin ne pourra l'oublier… cette voix, ce corps, ces yeux…
Le blond déglutit et se précipita sur le balcon lorsqu'il sentit son corps réagir aux récents souvenirs de l'étreinte et qu'il réalisa qu'il était parfaitement capable de réveiller Thorin pour remettre ça.
Et il y resta. Assis sur le hamac, les yeux perdus sur la ville en contrebas qui s'engourdissait sous la lune montante.
Son esprit était accaparé par Thorin, l'homme qui venait de s'offrir à lui.
L'étreinte avait profondément chamboulé le blond car, depuis sa naissance, jamais il n'avait rien reçu du plus vieux. Après tout, il n'était que le fils de Sigrid, l'autre femme, et Thorin et Dis, orphelins de mère, n'avait jamais complètement accepté sa présence. Mais si Dis, qui avait déjà une vingtaine d'année à sa naissance, toléra rapidement l'enfant silencieux qu'il était, ce ne fut pas le cas de Thorin qui l'avait savamment ignoré jusqu'à ses dix-huit ans.
Le plus grand avait ensuite, pour une raison que Frérin ignorait encore, décidé de remplir son rôle de grand frère. Un rôle, rien de plus, ni l'un ni l'autre ne se leurrait : la sincérité et les sentiments n'y étaient pas. Les deux héritiers richissimes n'étaient pas faits pour s'entendre et ils le savaient. Si Frérin offrait à Thorin autant de raisons pour se montrer aussi acharné, et si Thorin sautait sur la moindre occasion pour s'occuper de son frère, ne serait-ce que pour le trainer à la fac, c'était simplement parce que c'était la seule chose qui les liait tous les deux et qui leur donnait une excuse pour passer du temps ensemble.
Si, lorsqu'il était enfant, Frérin aurait tout donné pour avoir une miette d'attention de Thorin, il avait appris à faire sans et s'était contenté de le regarder de loin, puis l'avait ignoré. Autant dire qu'il n'attendait absolument plus rien de lui.
Mais cette étreinte... plus jamais il ne pourra se défaire du regard, de la voix et de l'attitude sensuelle qu'avait eu son frère en se perdant dans ses bras. Ca avait été trop intense, trop juste, trop bon...
Frérin passa ainsi de longues heures à penser à Thorin et à eux, se promettant parfois de remettre ça le plus vite possible, se fustigeant tout de suite après d'avoir abuser de l'ivresse du plus vieux, s'imaginant ensuite une vie où ils ne seraient pas frères avant de se souvenir qu'il y aura un matin et que le monde n'avait pas cesser de tourner.
Il était évident que, vu la quantité d'alcool ingérée, le brun ne se souviendra de presque rien au réveil, même si son corps lui rappellera distinctement quelles furent ses activités de la nuit. Et Frérin devait prendre ses responsabilités, il le savait. Pourtant, la chose n'était pas si simple.
Il éteignit une énième clope en se disant que, au pire, il improvisera et se rendit une dernière fois dans la chambre de Thorin. L'image de son frère alangui, son corps nu couvert de marques, ses marques, lui porta un coup au cœur et il se demanda subitement s'il n'en était pas amoureux. Cette hypothèse ne le surprit même pas. Il resta ainsi un long moment à le regarder, troublé par cet homme qu'il avait longtemps considéré comme un étranger intouchable.
Il le couvrit ensuite d'une couverture, posa un baiser sur son front et prit tout simplement la fuite, curieux de savoir comment se passera la journée du lendemain.
Que trouverons nous dans le prochain épisode ?
Thorin et Frérin qui font face à leur dérapage,
Aragorn, Boromir et Eowynn qui mènent une enquête plutôt musclée pour découvrir le secret d'Eomer.
Merci d'avoir lu !
