Il y a pas mal de flash-backs dans ce chapitre, j'espère que vous n'allez pas vous perdre !
Il y a aussi pas mal de termes lier à l'équitation, J'espère que vous n'allez pas vous perdre !

En résumé, vous êtes susceptibles de vous égarer quelque part à la lecture de ce chapitre,
Et je ne suis même pas désolée (si je l'étais sincèrement, j'aurai apporté quelques modifications pour le confort intellectuel de mes chers lecteurs, mais à relecture, je me dit que ça passe)!

Chapitre centré sur Eomer et Merry! (mon couple favoris sur le fandom du SdA)
J'espère qu'il vous plaira à vous aussi (j'ai l'impression qu'il n'est pas très courant, pourquoi ?)

Bonne lecture !

(ps: pour ceux qui l'ont oublié, Théodred est le cousin d'Eomer, et Windforlas c'est la jument que montent Eowyn et Merry lors de la bataille des champs du pelennor)


Cinq ans plus tôt, aux prestigieuses écuries Edoras:

— Bien sur, ne vous inquiétez pas madame, il apprend vite et se débrouille très bien avec les chevaux.
— Je l'espère, moi et mon mari attendons de lui les meilleurs résultats.

Merry prit une profonde inspiration et souffla lourdement. La main de Théodred, qui était posée sur son épaule, affermit discrètement et furieusement sa prise.

— Vous les aurez, madame, laissez lui le temps, l'équitation est un art de longue haleine et une vie entière ne suffit pas pour en déceler tous les secrets.

— Certes, mais ce n'est pas une raison pour ne pas viser l'excellence, n'est-ce pas Merry ?

Le jeune lycéen claqua la langue, excédé, mais ne donna pas de réponse. Accoutumé à ce genre d'attitude, sa mère ne s'en offusqua pas et continua sur sa lancée :

— D'ailleurs, comment se fait-il que notre fils ne sorte pas encore en compétition ? J'ai une amie dont la fille a commencé à monter en même temps que lui et qui a gagné les championnats l'année dernière, vous ne faites pas ça ? Je pensais pourtant que c'était des écuries prestigieuses ici.

Cette fois ci, Merry retint un petit sourire narquois en percevant le soupir discret de son odieux moniteur qui déployait ses réserves de patience pour rester courtois envers cette dame désagréable.

— Nous proposons effectivement a nos cavaliers de sortir en concours, seulement si ceux-ci sont motivés.

— Mais, Mon fils est motivé !

— Non je ne le suis pas.

Mais Madame Brandebouc ne pris pas l'affirmation rageuse en compte et continua pour Theodred:

— Quand est votre prochain concours ?

— Ca dépend des goûts de Merry, s'il préfère le dressage ou l'obstacle.

— Ni l'un ni l'autre. Entre passer des barres ou faire des ronds dans une carrière-

— L'obstacle, bien entendu, notre fils ne peut briller que dans ce sport spectaculaire !

Theodred soupira lourdement et lança un regard navré au lycéen qui le suppliait de ses pupilles noisette, tentant de l'amadouer afin qu'il continu de tenir tête à sa mère. Mais le jeune moniteur en avait plein les bottes de cette bonne femme capricieuse qui voulait briller grâce aux exploit de son fils et ce dernier s'était montré suffisamment infâme avec lui ces dernières années pour qu'il n'ait pas envie de lui faire le plaisir d'émettre des réserves ou des conditions, toutefois, il n'était pas cruel au point de ne lui laisser aucun répit :

— La saison va bientôt se terminer, les seuls concours qu'il y'aura en ce moment seront des qualificatifs pour les championnats, et seuls les cavaliers qui se sont qualifiés lors des éliminatoires peuvent y participer, et les éliminatoires sont terminés...

Merry retint un discret soupir de soulagement qui se mua en glapissement étranglé lorsque le fourbe et cruel moniteur continua :

— Cependant, les championnats vont durer tout l'été et la saison des Grands prix commencera aussitôt après, dès Aout... Aucune qualification antérieure n'est nécessaire pour les Grands prix... Si ce n'est un certain niveau...

— Mais mon fils a le niveau bien sûr ! Cela fait des années qu'il monte à cheval !

— Certainement, mais les concours de grand prix sont bien plus techniques et demandent une véritable expérience. Merry ne devrait avoir aucun mal à s'illustrer... S'il monte au moins une heure par jour tout l'été, minimum...

— Hors de question !

— Très bien, Merry sera là tous les jours. J'ose espérer qu'il remportera les meilleures places et qu'il ne perdra pas son temps et notre investissement... La jument que nous lui avons acheté sera à la hauteur je présume, vu le prix qu'elle nous a coûté...

— Bien sur, c'est une excellente jument malgré ce que votre fils peut penser d'elle.

Sous sa main, Theodred sentit la fureur qui tendait le corps du plus petit et il se demanda s'il était capable de faire quelque chose de ce gamin capricieux en si peu de temps. Toutefois, il lança un sourire commercial à la dame et lui assura que son fils était un champion en herbe puis il la regarda s'éloigner en plantant péniblement ses talons Guess dans les graviers.

— Bon, tu vas seller Windforla, et tu poses ton cul dessus ! Tu as un quart d'heure, je t'attends dans la carrière d'obstacle.

— Tu rêves.

— Merry, bordel, arrête de faire chier, j'aurai très bien pu lui dire que le prochain concours était la semaine prochaine, je t'offre un sursit de trois mois!

— En me condamnant à passer tout l'été ici !

— C'est soit ça, soit tu passais ton été en championnat. Donc si tu continus de me faire chier, j'appelle ta mère et je lui dis que si elle veut que tu fasses ces compets, tu dois faire trois podiums pour te qualifier, ce qui veut dire que tu n'auras plus aucun week end de libre jusqu'au mois de juin... Mis à part si elle préfère t'enfermer pour que tu vises l'excellence au bac de français...

Au regard hargneux que lui lança Merry avant de se diriger vers l'aile réservée aux chevaux de propriétaires, Théodred comprit qu'il avait remporté cette manche-ci. Il se sentait véritablement désolé pour le plus jeune, non pas parce qu'il était obligé de monter a cheval, vu les parents qu'il avait, ils auraient pu le contraindre à pire. Mais justement, aucun môme, aussi chiant soit il, ne devrait avoir à subir ce genre de torture simplement parce que madame voulait parler de ses exploits dans ses salons de discutions et parce que Monsieur voulait bien s'assurer d'avoir engendré un gagnant.

Vingt minutes plus tard, Théodred s'excusa auprès des cavaliers de la séance qui commençaient à échauffer leurs chevaux et se rendit au boxe de Windforlas. Il jura lorsqu'il vit que la jument n'était pas sellée et que Merry la brossait distraitement.

— Une heure... C'est trop te demander ? Et après je te laisse tranquille...

— Elle boite.

— Comment ça, elle boite ?

— Antérieur droit.

Théodred fronça les sourcils et s'empara de la longe de la jument qu'il fit fermement sortir du boxe. Windforlas rechigna, baissa les oreilles et mis tout son poids sur son antérieure gauche, refusant de poser l'autre au sol.

— Je refuse de monter sur un cheval blessé!

— Merry... J'aimerai vraiment savoir comment tu as réussi le tour de force d'apprendre à un cheval a boiter sur demande...

— Tu n'as aucune preuve !

— On en reparlera quand tu lui auras appris à différencier sa droite et sa gauche...

D'un claquement de langue, Théodred fit avancer la jument qui, cette fois-ci, reporta tout son poids sur la jambe gauche avant de changer précipitamment lorsque Merry lui donna une légère tape sur l'épaule.

— Sale carne...

— Je veux te voir à cheval dans cinq minutes dans la carrière...

Merry jura en posant sèchement sa selle sur le dos de la placide jument qui s'excusa d'un cou de museau affectueux.

Theodred soupira en se rendant dans la grande carrière, au moins, s'il y en avait une qui n'était pas à plaindre ici, c'était Windforlas. Quoiqu'il dise, cela crevait les yeux que Merry l'adorait et, même si il s'agissait d'une perle qui aurait pu le mener très loin dans le monde de la compétition, la brave bête consentait patiemment à venir en aide à son cavalier en simulant des boiteries et des coliques plus vraies que nature, écourtant ainsi des interminables séances de mise en selle ou d'école des aides qu'il était censé endurer.

Un quart d'heure plus tard, Merry faisait galoper sa jument en soupirant d'ennuie. La bête avait un équilibre parfait et une attitude exemplaire, si bien que, mis à part compter ses foulées et redresser Windforlas de temps en temps pour l'empêcher de prendre appuie sur sa main, il n'avait rien à faire.

Théodred, qui avait appris à connaitre son élève récalcitrant, mit un petit parcours d'obstacles en place et, laissant les autres élèves s'échauffer sur une barre isolée, s'approcha de Merry.

— Une ligne brisée, un directionnel et un double. Ta séance sera terminée quand tu me l'auras enchainé sans faire de faute.
— Tu ne veux pas baisser les barres ?
— Merry, arrête de faire chier, si je les mets en dessous d'un mètre dix, ta jument va s'ennuyer.
— J'ai pas envie de lui flinguer les jarrets !
— Ho c'est bon, les races conçues pour l'obstacle ont des tendons d'acier, si tu continues de me prendre la tête, je monte toutes les barres, je sais que tu n'en as rien à foutre de la hauteur. Tu me fais ce tour à un mètre quinze et après je te libère.

Théodred n'eut pas à le dire deux fois et il fut affligé de constater que Merry enchaîna ce parcours, censé être technique et compliqué à défaut d'être haut, en survolant les barres comme si elles n'avait pas existées, dans une allure régulière mais soutenue. Il n'eut même pas à sortir le chrono, Windforlas prenait un malin plaisir à allonger ses foulées pour en finir au plus vite et avait sans aucun doute établit un nouveau record. Quand Théodred remarqua que Merry ne ralentissait pas l'allure une fois le parcours terminé, il voulut crier, mais il se ravisa et poussa un soupir désespéré quand le jeune cavalier, gardant son train, se dirigea vers la porte de la carrière. Sans effort, la jument franchie ce dernier obstacle et, la queue en panache, ramena son cavalier à l'écurie.

Une fois hors de vue, Merry la fit marcher, mais elle était à peine essoufflée, alors il la dessella et l'emmena au paddock pour qu'elle puisse se défouler un peu.

Il n'était même plus surpris de constater que son cœur battait la chamade, car cela faisait un bon moment qu'il avait compris qu'il adorait réellement ça : survoler ainsi les obstacles sur le dos de Windforlas qui, avant d'être sa monture, était sa confidente et peut-être, même s'il ne le dira jamais à voix haute, son amie.
Mais il détestait par dessus tout la manière dont ses parents le forçaient à venir ici pour subir les leçons détestables de ce connard de Théodred. Et, ne pouvant les esquiver, il avait décidé de se venger en pourrissant la vie de son moniteur qui allait bientôt se ronger les doigts d'avoir exigé à le voir tout l'été. A cause de ça, nul doute que Merry allait devoir faire une croix sur ses vacances à Numénor avec son cousin et cette idée le mettait en rogne.

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Shari Vari, aujourd'hui:

— Bon, alors maintenant, soit Eomer fait l'autruche en niant toute liaison avec Merry, soit il va rappliquer en moins de dix minutes… Et je ne veux pas être là dans le second cas, car cela voudrait dire qu'il tient tout de même un minimum à Merry, et donc qu'il n'appréciera pas ce que vous venez de lui faire.

Sur d'elle, Eowynn rangea son portable dans la poche et se leva en prenant son sac, déposa un léger baiser sur la joue de Merry pour qui elle avait toujours eu énormément d'affection et sortit rapidement du Shari Vari.

— Elle a tord de partir, c'est maintenant que les choses deviennent intéressantes…
— On fait quoi en l'attendant ?

Les quatre plus grands regardèrent Merry, qui semblait lutter contre des vertiges, ses yeux brillants papillonnaient sensiblement et une légère teinte rouge recouvrait ses joues.

— On lui donne un dernier verre ?
— Au moins, comme ça, il ne saura pas dire à Eomer qu'on a été vache avec lui…

— Même si Merry parle en notre faveur, Eomer ne sera pas content du tout…
— On va prendre cher…

Les tortionnaires se regardèrent en retenant des sourires aussi amusés que crispés et Boromir posa son bras sur les épaules du plus petit, mais celui-ci se dégagea sans rien dire d'un haussement nonchalant. Il prit ensuite un nouveau verre contenant un liquide sombre que lui fit passer Dwalin et dont la puissante odeur sucrée était fichtrement entêtante. Aragorn attrapa la boisson avant que Merry ne la porte à ses lèvres, faisant fi des protestations du plus petit.

— Dwalin, qu'est-ce que c'est ?

Frérin jeta un œil au mélange et un sourire lumineux étira ses lèvres :

— Baciami subito, t'es un génie !
— De quoi il s'agit ?
— Vodka noire, sirop d'épice, purée de pêche… une précaution : C'est un puissant mélange aphrodisiaque.
— T'es sûr que…

— Certain. Si Eomer rentre ici, on lui lancera Merry dans les pattes, il ne pourra rien contre nous.
— Sinon ?
— Et bien… Etant donné que personne parmi nous n'osera poser ses mains sur les affaires d'un copain, même si c'est pour une bonne cause, il faudra qu'on trouve un moyen pour l'emmener rapidement à l'appart d'Eomer… Mais maintenant qu'il est prévenu, ça va nous retomber dessus d'un moment à l'autre, autant prendre les devants tant que l'on peut…

Aragorn fit tourner le liquide sombre aux reflets ambrés dans le verre, pesant le pour et le contre, puis il le remit dans les mains de Merry, et, perdu dans les limbes de l'ivresse, le plus petit ne se posa aucune question en le portant à ses lèvres.

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Un long silence prit place dans la carrière lorsque Merry y pénétra à l'heure et que, sans un mot, il se mit en selle et commença à faire marcher Windforlas.
Eberlué, Théodred abandonna la ligne d'obstacles qu'il était en train de monter et s'approcha de son élève cauchemardesque pour l'aider à régler ses étriers en lui demandant d'une voix sans émotion s'il était malade.

— J'ai appris pour ton oncle et ta tante, je suis désolé.

Théodred se concentra sur l'éperon du plus jeune qu'il remonta sensiblement en haussant les épaules.

— Je pensais que tu en profiterais pour sécher, je ne serais pas aller te chercher, cette fois-ci.
— Je le sais, mais utiliser ce genre de drames pour... satisfaire mes caprices, ce n'est pas vraiment mon genre.

Théodred leva un regard humide son sur élève qui lui rendit un sourire compatissant. Il sourit à son tour et fit un pas en arrière en donnant une tape sur la croupe de la jument qui se mit en avant.

— Oui, je sais, tu as beau être un putain d'enfoiré et le pire gamin pourris gâté que je connaisse, tu es loin d'être un connard. Et t'es bien la vérole la plus surprenante que je n'ai jamais rencontré.

Merry flatta l'encolure de sa jument en rigolant distraitement à ce qu'il prit pour un compliment de la part du mec à qui il s'évertuait à pourrir la vie. Cela faisait maintenant quatre ans que Théodred avait pris la relève de son père en devenant le bourreau que le jeune homme commençait sincèrement à apprécier.
Au début, il lui avait reproché son horripilante pédagogie et son flagrant manque d'expérience comparé au maestro qu'était Théoden, et il en avait allègrement profiter pour faire douter le jeune professeur sur sa vocation. Mais tous les deux avaient appris à se connaître et Merry devait bien admettre que Théodred avait, en usant allègrement de fourberie et d'odieux chantages, réussi à lui inculquer un savoir et une technique plutôt solide sans le dégouter de l'équitation.

Après la séance, Merry, qui, pour la première fois depuis bien longtemps, s'était tenu tranquille, emmena sa jument au paddock en écoutant distraitement les conversations des cavalières dont le sujet principal était la mort de la sœur et du beau-frère de Théoden.

— Il paraît que c'est un accident de voiture, ils sont morts sur le coup.
— Non, il n'y a que la femme qui est morte sur le coup, l'oncle de Théodred est mort à l'hôpital ce matin.
— Ha bon ?
— Ho les filles ! Vous ne connaissez pas la nouvelle ! Il paraît que leur fils, le cousin de Théodred, Eomer, celui qui fait des compétitions internationales, va venir vivre ici !

Merry haussa les sourcils en soupirant de dégout lorsqu'il entendit les piaillements suraigües de toutes ces nénettes en chaleur qui, au fond, étaient parfaitement ravies de l'horreur que vivaient actuellement les membres de cette famille, car ce qu'elles en retenaient, c'était que leur mignon professeur et son prestigieux cousin allaient avoir besoin de réconfort, et elles en avaient à revendre.

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— Merry, ne touche pas à ça !

Le jeune étudiant sursauta en entendant la voix puissante d'Eomer qui se tenait en haut des marches du Shari Vari, ses yeux bleus assombris par une colère qui n'avait d'égale que la crainte qui avait portée ses pas jusqu'ici. Malgré la dangereuse fureur qui irradiait de sa démarche alors qu'il descendait l'escalier, un concert d'applaudissements l'accueillit et les quatre psychopathes levèrent leur verre en l'honneur de son amour si bien caché. Blasé, Eomer n'eut même pas la force de se mettre réellement en colère, s'il en avait l'envie, après tout, il avait toujours su que les choses allaient finir de cette manière vu la bande de timbrés qu'il côtoyait quotidiennement.

— Eomer ! Ils m'ont forcé à boire pour que je leur raconte les détails de notre relation !

Muet, le plus grand dégagea Frérin et Boromir, hilares, pour faire l'espace autour de Merry à qui il prit le verre des mains et le posa sur la table avant de l'attirer dans ses bras pour une étreinte réconfortante, soulevant des soupirs attendris autour de lui.

— Vous êtes vraiment des connards.
— Tu n'avais pas à nous cacher une chose pareille !

Malgré ses airs braves, Boromir déglutit lorsque le regard meurtrier d'Eomer le transperça, toutefois, il ne parvenait pas à contenir son sourire ravi. Personne ne l'avait encore jamais vu témoigner la moindre tendresse à qui que ce soit et son attitude envers Merry était réellement adorable.

— Ca fait combien de temps que ça dure entre vous ?
— Il ne vous l'a pas dit ?

— Il n'a pratiquement rien dit…

Eomer soupira et posa un distrait baiser sur le front du plus petit qui s'était bouiné contre lui dans un geste pétri par l'habitude.

— Quatre ans, environ.
— Comment ? Mais ça veut dire qu'il était encore mineur !

— Boromir… Comme si c'est quelque chose qui te dérange encore maintenant…

Boromir rigola et pressa amicalement l'épaule d'Eomer.

— Quatre ans… Sans qu'on ne devine quoi que ce soit… C'est sérieux ?
— Ca ne l'était pas vraiment au début, mais plus ça va, plus ça le devient.
— Pourquoi vous ne vouliez pas que ça se sache ?

— On ne le veut toujours pas. C'est notre histoire, un secret qui nous lie bien plus que nos étreintes. Mais je ne sais pas si vous pourriez comprendre…

Comprendre à quel point Merry adorait savoir que toutes les pimbêches qui se pavanaient aux pieds d'Eomer n'avaient aucune chance car ce mec l'avait déjà, lui, accrocher parfois son regard au Shari Vari et lui sourire malicieusement en se rappelant les souvenirs de la dernière nuit.

Comprendre que le plus grand aimait l'idée de posséder quelque chose sur laquelle ses meilleurs amis n'avaient aucune emprise et dont le regard pétillant suffisait à illuminer ses journées… Quelque chose d'unique dont personne ne soupçonnait l'existence… Non, il ne comprenait pas lui même, comment les autres le pourraient-ils ?

— Mais… Qui est-ce qui a commencé ?

— C'est lui… Avec ses putains d'attouchements…
— Tait toi Merry, tu deviens vulgaire lorsque tu es ivre… Et ce n'était pas des attouchements, je t'aidais simplement à placer ta jambe en selle…

— Pas que les jambes… Y avait les mains, le dos et le menton aussi…
— Parce que tu ne faisais aucun effort.

— Ca t'arrangeait bien…

Accoudés aux bars, les quatre tortionnaires assistaient à l'échange en souriant béatement, attendris par la surprenante affection que se portaient leurs deux amis.

— Tait toi.

Eomer le pressa gentiment contre lui en passant une main dans ses boucles désordonnées, menaçant les spectateurs du regard, prévenant implacablement qu'il ne laissera pas passer le moindre commentaire, déplacé ou non, et personne n'eut l'audace de lui faire cet affront.

— Ca ne nous dit toujours pas qui a fait le premier pas… Ni comment ça s'est passé…
— C'est lui qu'a…

— De une, c'est faux, et de deux, tu n'es pas obligé de leur répondre, Merry, ils n'ont pas à le savoir…

— HA mais si ! Comment t'as fait pour l'avoir ?
— Comment t'as su qu'il était gay ?
— Qu'est-ce qui t'a attiré chez lui ?
— Je me suis toujours demandé à quoi ça ressemblait de s'envoyer en l'air dans la paille…

Frérin, qui avait parlé en dernier, lança un clin d'œil insolant à Dwalin qui le fusilla du regard avant de reporter son attention sur le couple.

— Très bien puisque vous voulez tout savoir… J'ai craqué sur lui dès le premier regard, Lorsque Théodred nous a présenté. C'était un mois après la mort de mes parents, au début de l'été.
— Ce putain de connard de Théodred, il avait promis à ma mère que si je montais tout l'été, je serai prêt pour les Grand prix de septembre ! Et, ce batard, pour ne pas subir la corvée et m'avoir sur son dos pendant deux mois, a défié Eomer de faire quelque chose de moi…
— Je ne savais absolument pas à quoi m'attendre, Théodred avait simplement parié que je ne serai pas capable d'entrainer un cavalier et de le sortir en haut niveau… A aucun moment il n'avait été question de gérer un gamin capricieux, et je pense que les premières semaines, j'ai sûrement dû passer plus de temps à courir derrière pour le mettre à cheval qu'autre chose.
— Ouais, ça je m'en rappelle : monsieur le cavalier prodige qui débarque et qui s'imagine que, sous prétexte qu'il a gagné je ne sais quels grands prix, j'allais gentiment faire tout ce qu'il disait... Mais je n'imaginais pas qu'il avait... Ses propres méthodes... A côté de lui, Théodred peut aller se rhabiller.

Eomer leva les yeux au ciel alors que ses amis firent violence pour contenir le ricanement narquois que soulevèrent les mots de Merry.. .

— C'est parce que tu étais parfaitement exécrable…
— C'était de la légitime défense…
— Tait-toi.

Docile, Merry ferma les yeux en se pressant contre le torse confortable d'Eomer, bercé par sa voix grave et étourdi par l'alcool, ronronnant des caresses qu'appliquaient distraitement les mains d'Eomer sur son dos tandis que les autres pressaient leur ami de continuer.

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— VA TE FAIRE FOUTRE !
— Merry, tu fermes ta gueule et tu me refais ce double en quatre foulées, pas une de moins.
— Windforlas est trempée de sueur et à bout de souffle !
— Windforlas va très bien, elle n'a jamais été aussi épanouie et elle a enfin l'occasion de te montrer où est son véritable talent, outre simuler des boiteries ou des coliques. Maintenant, t'arrête de te cacher derrière elle et l'utiliser comme prétexte pour déclarer forfait. Et tu me refais ce double maintenant avant que je change d'avis et que je te garde ici jusqu'à ce que tu sois capable de me le faire en cinq foulées !

Merry souffla de rage et piqua sa jument de l'éperon. De l'arrêt, elle partie au galop et, les oreilles dressées en avant, attaqua le double, allongeant sa foulée pour couvrir l'oxer, obstacle lus large que haut, d'entrée. Son jeune cavalier ressentit son désir d'accélérer pour utiliser sa vitesse et non la puissance de son dos pour franchir le vertical de sorti de double qui s'élevait à 115 centimètres du sol. A peine le premier obstacle franchi, Merry se redressa et prit appuie sur ses étriers pour ralentir la jument et la contraindre à placer ses quatre foulées, puis il compta : quatre, trois, deux-

— Ha putain, sale garce !

Windforlas, frustrée de se voir contrainte, avait feinté son cavalier et s'était emparée du mors pour s'éloigner du deuxième obstacle, elle prit la longue, volant ainsi la quatrième foulée, et survola le vertical comme s'il ne s'élevait qu'à cinquante centimètre du sol, attirant ainsi un haussement de sourcils admiratif d'Eomer qui savait reconnaître un crack quand il en voyait un et il dû bien admettre que la jument n'avait rien à envier aux chevaux qu'il montait habituellement dans ses concours internationaux.

— Recommence.
— J'y arrive pas !
—Parce que tu confonds « ralentir » et « réduire la foulée ». Recommence, je vais monter la barre, ça va forcer Windforlas à réfléchir un peu et s'en remettre à toi.
— Quoi ? T'es taré ? Je ne suis pas capable de faire ton exercice et ta solution, c'est de monter les barres ?
— C'est trop facile pour vous, vous ne faite aucun effort là, ni l'un ni l'autre. Au moins, si je rajoute dix centimètres, ce sera une question de vie ou de mort pour au moins l'un de vous eux, si ce n'est le couple et peut-être que vous me ferez enfin ce putain de double en quatre foulées.

Merry grinça des dents et hésita franchement à planter Eomer et se barrer, tout simplement. Cela faisait plus d'une heure qu'il subissait son acharnement et il en avait par dessus la tête. D'un autre côté, l'exercice était dur, très dur, car en plus de gérer la hauteur, la sortie de virage qui n'était pas évidente et, bien sur, sa bourrique qui refusait d'utiliser son dos et de placer une quatrième foulée, Merry devait aussi apprendre à intervenir correctement sur la bestiole, car Eomer avait raison, tant que la hauteur restait abordable, le contrat de foulée n'avait aucune importance, mais sur de la hauteur, c'était une question de vie ou de mort. Merry devait faire comprendre à Windforlas que si elle continuait d'en faire qu'à sa tête, ils allaient tous les deux finir par manger le sable. Surtout que le jeune cavalier n'avait pas envie de rester sur un échec, parce que, de une, il avait sa fierté, de deux, il ne voulait donner aucune bonne raison à ce connard d'Eomer d'allonger encore la séance ou bien de le considérer comme un incapable.

Il prit son souffle, se focalisa sur le deuxième obstacle et, d'un claquement de langue, mit sa jument au petit galop.

— Merry, n'oublies pas : une fois que tu seras dans le double, tout sera déjà joué, quoique tu fasses. C'est avant qu'il faut intervenir. Tu dois dissocier tes actions, « Mains sans jambes, jambes sans mains ». Tu as trop tendance à faire les deux en même temps. Et tu dois céder plus vite, ce n'est pas au cheval de céder en premier, mais au cavalier.

Le jeune cavalier acquiesça distraitement et, encore une fois, il sentit entre ses jambes la manière dont sa jument s'étendit pour attaquer les deux obstacles qu'Eomer venait de monter. Cette fois-ci, il décida d'écouter le dernier conseil de son abominable professeur et il fléchit les genoux pour s'approcher de la selle, tint ses épaules, et, ses doigts serrés sur les rênes, il monta les mains et se concentra sur chacune de ses foulées qu'il brida autant qu'il le put, relâchant ses jambes. La jument renâcla et chercha à se soustraire en secouant la tête, mais il résista et la piqua de l'éperon. En réponse, elle monta son dos et il céda. La jument s'envola au dessus du premier obstacle, plus large que haut, et voulu, encore une fois, s'emparer du mors pour engloutir la distance qui la séparait du deuxième en seulement deux foulées, elle avait le potentiel de réaliser cet exploit, quelle que soit la hauteur.

Merry se demanda s'il n'allait pas la laisser faire, rien que pour voir la tête d'Eomer, mais il décida qu'il voulait le surprendre autrement, parce que lui aussi avait du potentiel. Il s'assit totalement dans sa selle et d'une implacable action sur sa bouche, il parvint pratiquement à l'arrêter. La jument renâcla bruyamment alors qu'elle tapa une foulée sur place, puis il la piqua de l'éperon pour qu'elle monte le dos, sans allonger les foulées. Elle ploya et s'amassa en frappant une deuxième foulée, puis, tirant sa force du dos, elle s'approcha de l'obstacle sous l'injonction de Merry, avant de déployer les jarrets.

Le jeune cavalier, un éclat de fierté dansant dans les yeux, laissa la jument assurer la réception avant de la faire volter pour faire face à Eomer qui le regardait d'un air désabusé, adossé au par botte du manège et ses bras croisés sur son torse puissant.

Le blond regarda son élève flatter l'encolure trempée de sa jument et secoua la tête en soupirant lourdement.

— Ce con vient de me faire ça en cinq foulées, j'y crois pas.

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— Merry avait un potentiel certain, le challenge ne reposait pas sur son aptitude à maitriser sa jument et utiliser les connaissances que Théodred avait tant bien que mal réussi à lui inculquer. En fait, il s'agissait surtout de le trainer tous les jours dans le manège. Parce que, après tout, ses parents payaient pour des leçons hebdomadaires et on ne pouvait pas empocher leur argent puis leur dire qu'on était incapable de mettre leur fils sur un cheval.
— Tu aurais pu leur mentir…

— Ils attendaient des résultats... Les premières semaines, je ne le considérais pas autrement que comme un enfoiré ingrat, j'avais beau le trouver craquant, il n'en était pas moins que moins je le voyais, mieux je me portais.

— Et toi, Merry, tu pensais quoi d'Eomer ?

— Boromir, vous avez assez abusé pour aujourd'hui… Alors maintenant, adresse lui la parole encore une fois et tu boiras de la soupe jusqu'à la fin de tes jours…

Le grondement furieux d'Eomer jeta un froid et un drôle de sourire vint fleurir sur les lèvres de Merry qui regarda Boromir écarquiller les yeux avec surprise.

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— Je le déteste. Non mais quel connard, ce fils de chien !

Placide, la jument donna un coup de museau au jeune cavalier qui était occupé à la desceller avant d'attraper un morceau de foin qu'elle mâchonna pensivement.

— Non mais pour qui il se prend ?

Merry avait marmonné sa dernière question alors qu'il sortait du boxe, le matériel de Windforlas dans les bras. Tout en lui était en ébullition, que ce soit son corps ou son esprit, ses pensées ou son sang, et, encore une fois, c'était à cause d'Eomer, cet enfoiré qui s'était permis de promener ses doigts sur sa jambe.

« Regarde, tu dois fléchir ton genoux de cette manière. » La main avait ensuite glissé le long de la cuisse, à peine couverte pas son fin pantalon d'équitation, sous prétexte qu'il devait « Ouvrir la malléole », avant de redescendre pour empoigner son mollet : « Si tes chevilles continues de pivoter ainsi, tu va finir par perforer les flancs de ta jument avec tes éperons ».

Eomer avait ensuite été surpris de constater que Merry s'était montré parfaitement incapable de franchir le premier obstacle du petit enchainement qu'il avait prévu de travailler ce jour là. Mais le jeune cavalier, lui, avait très bien compris ce qu'il s'était passé dans le manège : son corps avait réagi aux très légers attouchements du plus vieux et Merry en avait tellement été troublé qu'il avait complètement oublié de s'occuper du parcours.

— Et le pire, dans tout ça, c'est que je n'avais absolument pas envie qu'il arrête... Tu te rends compte ? J'en viens même à espérer qu'il recommence !

La jument renâcla doucement sans s'occuper de son jeune cavalier qui venait de pénétrer dans le boxe en soupirant lourdement. Il commença à la brosser, mais la tâche ne parvenait pas à lui faire oublier sa peau qui le brulait partout où Eomer avait posé ses doigts. Il repensa à toutes les fois où son professeur avait été amené à le toucher de la sorte : quand ses mains englobaient fermement les siennes et lui montraient dans quelle direction elles devaient agir, avec quelle intensité de pression, quand il plaquait sa paume sur le bas de son dos, au niveau de la courbure du rein, pour le remettre droit, lorsqu'il posait deux doigts sous son menton afin de lui relever la tête ou bien, tout simplement, quand, en milieu de séance, le moniteur pestait de voir que Merry avait accroché ses éperons au plus bas du talon pour être certain de ne pas piquer sa jument. Eomer s'emparait alors de son bas de jambe avec une poigne qui ne laissait jamais son élève indifférent pour remonter l'aide artificielle au moins au niveau de la cheville.
Merry supportait de moins en moins ces très, trop, légers attouchements qui embrasaient ses sens et amenaient la frustration à un point qui frôlaient la limite du tolérable.

— Je le déteste !
— Merry !

Il ne sursauta même pas en entendant la voix qui tonna dans les écuries désertes à cette heure-ci et il soupira une nouvelle fois.

— Qu'est-ce que tu fous par terre ? L'échauffement n'est même pas terminé et il est hors de question que tu restes sur un échec !
— J'ai pas envie de monter aujourd'hui !
— Tes parents ont payés pour une séance, tu vas la faire jusqu'au bout !
— J'ai dit non !

Merry voulu sortir du boxe, mais Eomer lui barra le passage, les yeux étincelants.

— Merry, il serait temps que tu m'expliques comment tu as fait pour survivre aussi longtemps tout en étant aussi chiant, ça ne fait même pas quelques semaines que je te connais et j'ai déjà envie de t'étriper !
— C'est parce que t'es un connard et que j'ai pas envie de faire des efforts pour être agréable à un fils de chien dans ton genre !

Voyant la manière dont les pupilles de son professeur se rétractèrent, Merry se dit subitement que traiter de fils de chien un orphelin aussi balèze qu'Eomer avec autant d'aplomb pourrait peut-être lui porter préjudice, et il n'avait pas tord.
Furieux, le cavalier international marcha sur le plus jeune, le faisant reculer jusqu'à ce qu'il ne butte contre un coin du boxe immense et qu'il ne s'y presse pour se soustraire à la proximité du plus vieux qui plaqua ses mains de par et d'autre de son visage, lui coupant toute retraite en s'approchant encore, le dominant de sa forte stature.

Se perdant dans les pupilles rétractées par la fureur, le plus jeune se demanda un instant s'il avait une chance de s'en sortir sans trop de casse, puis il fit la première chose qui lui vint à l'esprit pour se soustraire au mauvais quart d'heure qui l'attendait.
Prenant le cavalier par surprise, Merry se décolla de la paroi contre laquelle il était pressé et se cambra en passant ses bras autour de la nuque du plus grand puis, profitant de la stupeur qui figea un instant Eomer, il approcha son visage et ses lèvres entrouvertes, offertes et repentantes, s'écrasèrent contre la bouche de celui qu'il pensait haïr de tout son corps pour les sensations qu'il y soulevait.

Profitant de l'effet de surprise et grisé par le parfum suave qui explosa dans son palais, Merry ouvrit plus encore la bouche, faisant danser ses lèvres contre celles qui l'avaient tant nargué et un long frisson descendit le long de son échine lorsque, après une brève hésitation, les mains d'Eomer vinrent se poser sur sa taille, avant de glisser sur ses reins, accentuant la courbure du dos. Il se surprit à gémir langoureusement lorsque son professeur exigea à approfondir le baiser, prenant le contrôle de ses lèvres et de sa langue avec habilité.
Trop furieux pour vouloir se montrer doux, Eomer ne se laissa pas berner par la diversion de Merry, et, alléché par l'agréable initiative, il le repoussa brusquement contre la paroi du boxe. Il effleura du regard son visage rougissant, ses yeux qu'il connaissait pétillants mais qui, en ce moment, étaient profondément troublés, puis il se concentra de nouveau sur les lèvres qu'il couvrit impatiemment des siennes en se pressant contre le corps du plus jeune qui le faisait saliver depuis la première fois que ses yeux s'étaient posés dessus.

Submergé, Merry voulut reprendre le contrôle, mais ce fut à ce moment que les doigts de son bourreau tirèrent sur son polo, dénudant le ventre que les mains infâmes vinrent découvrirent sans pudeur. Le plus jeune, qui avait déjà bien du mal à rester stoïque face à un léger effleurement par dessus les vêtements, poussa une exclamation érotique qui se noya dans la bouche qui outrageait la sienne et se tordit pour se soustraire au plaisir insidieux qui lui vrilla le ventre. Il gémit à nouveau et, à son tour, laissa ses mains explorer le corps du plus grand, mais Eomer cessa ses caresses et lui attrapa les poignets avant de le repousser sèchement. Frustré, Merry fronça les sourcils, mais il se figea sous le regard qui n'étincelait pas seulement de rage, et tressaillit lorsque la voix du grand blond claqua :

— Dégage, Merry.

Sans voix et parfaitement refroidis par les mots et l'attitude du cavalier, le plus petit n'osa pas protester et s'éclipsa sans demander son reste. Une fois seul dans le boxe, Eomer lâcha un lourd soupir de frustration et s'adossa à la paroi pour reprendre ses esprits. La mâchoire crispée et les poings serrés, il lutta contre le désir qui palpitait encore en lui, parfaitement conscient que s'il n'avait pas fait partir son élève maintenant, aucun doute qu'il se serait laissé aller à expulser sa colère sur lui de la plus odieuse des manières.
Et il était certain que Merry aurait adoré, là était le problème, ce petit con ne méritait pas de recevoir ce genre d'attention de sa part.

oOo

— Je t'interdis de te foutre de ma gueule.

La jument renâcla, secoua la tête et, mutine, elle frappa du pied au sol. Merry pesta lorsque le geste fit tomber la protection qu'il essayait d'accrocher à son antérieur et il ramassa la guêtre qu'il plaqua sur les tendons fins avant de boucler rapidement les lanières malgré ses doigts tremblants. Il se redressa ensuite et attrapa le filet de la jument qu'il lui mit sèchement. Windforlas sentait la tension qui courait dans le corps de son cavalier et elle en était troublée, mais, en tant que principale confidente du jeune homme, elle avait appris à reconnaître les humeurs de Merry et savait s'y accorder.
Elle sursauta à peine lorsque, brusquement, il fit volte face et cacha son visage contre elle, faisant mine de régler ses étriers ou bien de sangler la selle.
Mâchant passivement son mors, elle suivit des yeux Eomer qui passa dans le couloir de l'écurie en menant un poulain par la longe et donna un coup de museau affectueux à son cavalier plus rouge qu'une pivoine une fois que le plus vieux se trouva hors de vue.

Merry laissa échapper un souffle lourd et passa une main tremblante dans ses boucles désordonnées. Depuis son... altercation plutôt... hem, rien que d'y penser, le rouge lui revint aux joues et il ferma les yeux en serrant les doigts. Bref, cela faisait deux jours que son corps était en émois et que la proximité d'Eomer le mettait au supplice. Il était incapable de dire si c'était la peur, le désir ou l'anticipation qui le faisait trembler ainsi, ou bien tout en même temps, mais il n'était pas sur d'être capable de supporter ça plus longtemps. Pour être franc, il songeait même à aller voir Théodred pour le supplier de le reprendre en cours, sous n'importes quelles conditions, que ce soit faire le fumier ou doubler le nombre de séances. Mais d'un autre côté, l'idée de ne plus voir Eomer régulièrement lui faisait mal physiquement,rien que ça.

— Et c'est bien pire depuis que je rêve de lui...

Et pas de la plus chaste des manières, il devait bien l'avouer. Windforlas accueilli son murmure d'un ébrouement et attrapa un nouveau brin de foin sans vraiment se soucier du cavalier qui ruminait.

— Ce mec est un connard...
— Merry, bordel, qu'est-ce que tu fous ? Ca fait dix minutes que je t'attend !

Le plus petit sursauta lorsqu'Eomer fit irruption dans le boxe de Windforlas qui eut le reflexe de lever douloureusement un antérieur en baissant piteusement la tête, comme son cavalier lui avait si bien appris. Le blond haussa un sourcil en regardant Merry donner mécaniquement une petite tape sur l'épaule de la jument qui, après une courte réflexion, changea de pied, avant de se remettre d'aplomb, obéissant au sifflement excédé du plus jeune.

— J'arrive.

Sa voix avait claquée sèchement sans même qu'il ne s'en rende compte mais la proximité du blond le rendait vraiment trop nerveux pour qu'il s'essaye à la contrôler, s'il le pouvait. Il déglutit en remarquant qu'Eomer ne bougeait pas et qu'il attendait patiemment que le plus jeune fasse sortir la jument du boxe pour se rendre à la séance du jour.
Le regard fuyant, il se résigna donc à frôler le corps qui lui faisait tourner la tête pour sortir et récupérer son casque, ses gants et ses éperons. Parfaitement conscient du regard qui était posé sur lui qu'Eomer ne cherchait absolument pas à cacher, il posa un genoux au sol pour boucler ses éperons et, sans vraiment réfléchir, sachant que cela agaçait son professeur, il décida de les attacher au plus bas.

Le plus grand le regarda faire sans broncher et ce fut les yeux rivés au sol que Merry le frôla une deuxième fois pour récupérer la jument qui patientait dans le boxe. Il miaula faiblement lorsqu'il se sentit happé par un bras puissant et que son dos fut pressé contre un torse d'airain, toutes pensées envolées au vent et le souffle anormalement emballé, il voulut se débattre, mais la deuxième main s'empara de son menton pour le soulever et l'immobiliser au moment où les lèvres attisantes se posèrent dans le creux de sa gorge qu'elles brulèrent par leur proximité .

— Tu ne devrais pas bouger, Merry...

Au murmure implacable, le plus jeune répondit en s'immobilisant totalement, car le bras d'Eomer maintenait sa taille fermement contre son corps, emboitant celui de Merry contre lui et la moindre friction pouvait se révéler très... embrasant, pour le plus grand.

— J'aimerai beaucoup que... Tu te montres un peu plus respectueux des horaires et des consignes que je te donne... Tu peux faire ça pour moi ? Merry...

Le plus petit voulut hurler son indignation face à cette incroyable félonie de la part de son professeur, mais seul un souffle voluptueux enfla dans sa gorge lorsqu'Eomer fit rouler son prénom d'une voix envoutante dans le creux de son oreille. Acquiesçant inconsciemment, il ferma les yeux pour juguler plus facilement la vague de désir qui lui enjoignit de se mouvoir contre le corps qui tenait le sien et il dut faire violence pour ne pas tituber lorsque son tortionnaire le lâcha avant de s'éloigner vers le manège. Une fois le blond hors de vue, il déglutit et s'affala contre le mur du boxe et retrouva ses esprits quelques secondes plus tard pour attraper au vol sa jument qui, ayant remarqué que la porte de son boxe était restée ouverte, s'était joyeusement élancée vers la liberté. Mais Merry attrapa les rênes avant qu'elle ne puisse faire un pas dehors et il se résolu à grimper sur Windforlas pour rejoindre son haïssable professeur.

Son corps tendu par une fureur qui se mêlait au désir et au plaisir, il fit exécuter à sa jument les assouplissements que lui exigea Eomer, renforçant sa souplesse et sa musculature, non sans grincer des dents.

Le professeur indiquait distraitement les exercices à son élève, son attention était plus focalisée sur la manière dont le bassin du plus petit accompagnait l'oscillation du pas que sur l'amplitude et la régularité des foulées de son cheval.

Son regard glissa sur la jambe qu'il savait galbée et qui enrobait les flancs et il soupira en constatant que l'éperon était, encore une fois, placé trop bas pour être efficace. Un sourire étrange étira ensuite ses lèvres. Si son élève voulait jouer à ça...

— Ok, Merry, mets toi au galop, tu me fait un cercle en C au rassemblé puis tu enchaines sur une ligne courbe.

D'un claquement de langue excédé, le cavalier fit passer sa jument à l'allure supérieure, puis il réduisit la vitesse, gérant foulée après foulée, du levé au posé de chaque pied, et s'évertua à ramener sa jument sous lui. La jument fléchit la nuque, ploya les jarrets, faisant jouer ses ressors, et mâcha son mors, mais, sans prévenir, elle rompit l'allure et repassa au trot, fuyant l'effort intense que lui imposait son cavalier alors qu'il lui demandait de gainer ses muscles pour se rassembler.

Sans qu'Eomer n'ait à faire la moindre remarque, le plus jeune jura avant de remettre la jument au galop et, une fois qu'il jugea le ramené correct, à défaut d'avoir réussi à lui demander les prémices du rassemblé, il s'engagea sur la ligne courbe, demandant à son cheval d'avancer en reportant le poids sur son épaule gauche, puis sur l'épaule droite. Mais, une nouvelle fois, l'allure se rompit et Windforlas se propulsa dans un trot allongé, refusant de mobiliser ses forces pour valider l'exercice.

Vaincu, les sourcils froncés et grinçant des dents, Merry immobilisa sa jument et déchaussa ses étriers pour atteindre l'un de ses éperons qu'il resserra pour le maintenir au plus haut.

— L'éperon sert à affiner l'action de la jambe. Ce que tu demandes à ta jument est quelque chose qui exige énormément de subtilité et de tact, ton langage doit donc être extrêmement précis et un éperon bien ajusté permet de traduire au mieux ce que tu lui veut. Touche la avec l'éperon à chaque levée de postérieur pour l'enjoindre à l'engager sous la masse et lui interdire de te voler le trot.

Eomer s'était approché de Merry et avait posé sa main sur son mollet gainé de cuir qu'il outragea d'une caresse avant de déboucler le deuxième éperon qu'il chaussa au plus haut du talon. Sans montrer son trouble, le plus jeune s'assura de la fixité de celui qu'il venait de remonter, puis il s'immobilisa, le regard fuyant. La botte qui le couvrait ne lui épargna pas la moindre friction, le moindre touché du plus vieux et il serra la mâchoire lorsque la main d'Eomer remonta le long de sa jambe, enrobant le galbe du mollet d'abord, puis laissant les cinq doigts courir sur la cuisse finement couverte d'un pantalon d'équitation.

— Arrête ça.

Le professeur lui répondit d'un sourire narquois et approcha son visage, posant son menton sur le genoux du plus jeune qui restait immobile, notamment parce que les mains du grand blond maintenaient sa cheville et son mollet en place.

— J'en ai assez de te dire la même chose tous les jours...
— Dans ce cas, ne dit plus rien.
— Tentant...

Merry fronça les sourcils face au ton séduit d'Eomer et il ferma les yeux, pressant les paupières l'une contre l'autre, lorsque, joueur, le plus grand le mordit sensuellement malgré le pantalon, juste au dessus du genoux, prenant la peau entre ses dents pour la mordiller avec douceur. Le lycéen se tendit si brusquement que Windforlas en fit un écart, éloignant ainsi Merry de son bourreau à qui il envoya un regard aussi troublant que troublé.

Eomer se recula de quelques pas et il croisa ses bras sur la poitrine, reprenant le rôle qu'il venait d'outrepasser et il guida son élève pour lui permettre de réussir au mieux l'exercice de la séance.

o
o O o
o

— Je le détestais… Mais même à ce moment j'adorais quand il me touchait… Et puis j'étais prêt à tout pour lui faire regretter de m'avoir pris comme élève… Mais je ne savais pas qu'il avait sa propre manière pour…

— C'est bon Merry, pas besoin d'en dire plus…
— Et puis plus ça allait, plus j'adorais sa manière de me recadrer, surtout quand il me coinçait dans des boxes pour…
— Merry, n'oublies pas à qui tu parles…

La remarque blasée d'Eomer souleva quelques rires. Il était vrai que, parmi les personnes présentes, il y en avait quelques unes de qui il fallait mieux se méfier… Mais Merry était bien trop ivre pour s'en soucier.

— Et puis il allait de plus en plus loin, alors plus ça allait, plus je m'évertuais à me montrer désespérant…

— Sans oublier que tu passais ton temps à m'attiser… Une vraie vérole…

— Dans les boxes, j'y crois pas…

La remarque que Frérin ne parvint pas à retenir souleva quelques exclamations joyeuses et Boromir pressa une nouvelle fois l'épaule d'Eomer, mais celui-ci lui renvoya un regard si noir qu'il retira précipitamment sa main en s'excusant. Il repris ensuite la parole, curieux :

— Et ensuite ?
— Quoi ensuite ?
— De quelle manière vous avez… Conclu ?
— Eomer m'a-
— Tait toi, Merry. Personne ici n'a à le savoir.

Les camarades du cavalier voulurent protester, mais Eomer n'eut besoin que d'un regard furieux pour les réduire au silence. Dans ses bras, Merry se tint tranquille, seul un petit hoquet le fit légèrement sursauter.

Il sourit paresseusement en se remémorant un jour en particulier, celui où, après un bref échange sulfureux, une interaction hargneuse et une séance d'équitation épouvantable où il avait traité son professeur de tous les noms tout en s'arrangeant de se montrer le plus aguichant possible, Merry s'était plus ou moins discrètement éclipsé du côté du grenier à foin, abandonnée durant l'été. Et Eomer l'avait suivit.

Jamais il n'oubliera le moindre détail de cette après midi là. Le froissement des vêtements qui glissent au sol, la chaleur des mains et des lèvres qui ont parcourut sa peau, les soupirs voluptueux et les gémissements étouffés, l'enlacement de deux corps se mouvant au même rythme, l'un contre l'autre, l'un dans l'autre... Les gestes pétries d'une passion furieuse mais aussi, et surtout, de douceur, de la part de celui qui se savait le premier à s'emparer de son corps encore vierge.

— Voilà. Puis, au fil du temps, en plus des séances, des concours ou des stages de perfectionnements, on s'est vu de plus en plus régulièrement et de moins en moins aux écuries, sans jamais chercher à ce que ça se sache. Surtout depuis qu'on est amené à se côtoyer au Shari Vari ou bien à la fac…
— Parce que c'est excitant de faire comme si on ne se connait presque pas quand y a du monde autours de nous… Du coup, on savoure encore plus les moments où on se retrouve en tête à tête…
— Merry, par pitié…
— J'ai un peu chaud, je crois…

La voix était soudainement rauque et Eomer fronça les sourcils en passant une main sur le front, bouillant, de celui qu'il tenait dans ses bras et qui frémit lorsqu'il sentit les doigts de son amant caresser sa peau. Dwalin déglutit immédiatement lorsque les pupilles furieuses se posèrent sur lui, mais il se reprit rapidement et sourit avec panache, fier de lui.

— Qu'est-ce que tu lui as fait boire ?

— J'ai simplement pris mes précautions…
— Ce qui veut dire ?
— Un simple mélange à base de vodka, sirop de fraise et d'épices noyé dans de la crème. Une vraie bombe à retardement…
— Tu as osé faire boire un mélange aphrodisiaque à mon petit ami ?

La colère qu'Eomer avait réussi à contenir jusqu'à maintenant enfla soudainement et il se dressa face à Dwalin, les yeux étincelants de fureur, une main posé sur l'épaule de Merry qui commençait à haleter doucement.

— Attend Eomer, je ne savais pas encore que c'était aussi sérieux entre vous deux… Et puis au moins, je nous préserve de ta colère…
— T'en es sûr ?

Le ton d'Eomer, le poing serré, s'était considérablement assourdi, si bien que ses amis firent discrètement quelques pas en arrière. Seul Dwalin resta serein.

— C'est toi qui choisi… Tu peux t'occuper de nous comme tu crèves d'envie de le faire, ou alors, tu règles le problème de Merry avant que les choses ne deviennent insoutenables pour lui…
— Eomer…

Merry avait de plus en plus chaud, le mélange avait provoqué en lui une alchimie puissante et stimulante, qui s'était doucement développée avec la proximité du corps qui avait toujours su le combler. Boostées, ses cellules nerveuses avaient soudainement commandées la dilatation des vaisseaux sanguins, embrasant son corps d'un supplice ardent. Le plus grand laissa son regard noir glisser sur ses amis qui ne semblaient même pas culpabiliser puis il enroula son bras autour de la taille de Merry qui s'accrochait de plus en plus désespérément à lui et, sans un mot, il l'emmena avec lui loin de cette maison de fous.

— Il nous ne le pardonnera jamais…
— Avec un peu de chance, Merry lui fera oublier qu'il est censé être en colère contre nous…

— Ou pas.
— Bordel, quatre ans que ça dure et on ne l'a jamais soupçonné…

— Avec Merry en plus… Lui qui a l'air si doux et innocent…
— On fait quoi maintenant ?
— On peut se pencher sur le deuxième mystère de la journée…

Frérin, qui sirotait tranquillement le cocktail abandonné de Merry un peu plus loin, leva un regard inquiet lorsqu'il se sentit la cible des deux regards intenses posés sur lui et les marques sur sa gorge qu'il n'avait pas cherché à cacher.

— Plait-il ?

Un sourire indulgent étira les lèvres de Boromir qui s'approcha du jeune philosophe pour passer son bras autour de ses épaules.

— Pas de ça avec nous, mon grand. De qui il s'agit ?
— Je ne pense pas que tu veuilles réellement le savoir… Mon grand.
— Pourquoi, je la connais ?
— Ca dépend de laquelle on parle…

Dwalin trouva immédiatement un peu de vaisselle à faire qui lui permit de tourner le dos à la conversation tout en l'écoutant d'une oreille attentive. Il faisait confiance à Frérin et il savait que le plus jeune ne porterait aucun préjudice à Thorin, que ce soit dans ce qu'il décidait de révéler ou bien par les mots qu'il utilisera. Il n'allait aucunement manquer de respect à son frère. Mais le barman estimait que ça ne devrait pas être si facile pour le blond, et que ce n'était pas normal qu'il ait l'air si ravi et si fier de lui. Dans l'esprit de Dwalin, qui pensait pourtant penser à peu près comme tout le monde, les gens étaient censés être un minimum gênés et mal à l'aise après avoir gouter à l'inceste. Mais là, le plus vieux avait plutôt l'impression que c'était noël avant l'heure dans la tête de Frérin qui ne cherchait pas à retenir un sourire lumineux en voyant les visage interloqués de ses deux interlocuteurs indiscret. Mais Aragorn rigola légèrement en secouant la tête.

— Te fatigues pas, on sait à quelque point tu aimes mentir… Il s'agit de qui ?

— Le fait que j'aime mentir ne veut pas dire que je mens tout le temps, après tout, si je mentais tout le temps, personne ne me croirait quand je dirai la vérité, alors que si je dis la vérité le plus souvent possible, et que je la fais passer pour un mensonge, je n'aurai aucun mal à troubler mes interlocuteurs… Je peux, par exemple, t'affirmer qu'Arwen est un bon coup et que tu as tord de tergiverser… Mais, malheureusement ce n'est pas mon genre…

Dwalin leva les yeux au ciel et Aragorn fronça les sourcils. Boromir tiqua.

— Hey, pas la peine de nous embobiner, on veut seulement savoir avec qui tu as passé la nuit…

— Pourquoi vous le dirais-je ?
— On est tes potes !

— Quand je vois de quoi vous êtes capables pour faire parler les petits amis de vos potes, excusez moi de me méfier…

— C'est toi qui as donné l'idée !
— Vous m'avez suivi sans poser de question !
— Attend… T'as vraiment couché avec Arwen ?
— Pourquoi pas ?

— L'écoute pas, Aragorn, cette nana ne jure que par toi, elle ne sait même pas qu'il existe.

Face à son évier, essuyant nonchalamment un verre, Dwalin ne se douta même pas qu'il venait de sauver la vie du petit frère de son meilleur ami en désamorçant la bombe qu'était Aragorn lorsqu'il s'agissait de la petite brune. Le blond maugréa en disant que c'était faux, personne ici n'ignorait son existence, puis il continua de baratiner les deux étudiants de science po, jubilant de les voir s'évertuer à comprendre une vérité qui n'existait même pas.

— En tout cas, qui que ce soit, je comprends que tu te sois fait frapper…
— Ha bon ? Tu dis ça parce que tu aimerais extraire cette frustration que tu n'arrives pas à refouler en en venant aux mains ?
— T'imagines pas à quel point…
— Quelle pitié…
— Ta gueule, connard.

Boromir, qui était actuellement en train de vider son verre, recracha la boisson en s'étouffant suite aux mots d'Aragorn, d'ordinaire si patient, même lorsqu'il s'agissait d'aider Pippin à faire ses maths. Dwalin réagit au quart de tour et mit un verre dans les mains du grand brun pour le calmer avant qu'un drame ne survienne.

Le blond s'amusa à perdre ses interlocuteur dans les méandres d'un conversation qui fini, très rapidement, par perdre tout son sens.

— Frérin, putain c'est pas compliqué…
— Mais c'est ce que je n'arrête pas de vous dire !

— Bordel… Je ne sais même plus de quoi on parlait…
— Ma réponse est oui.
— A quoi ?
— Oui, j'ai passé une bonne nuit.

— Ha ! On y revient ! Donc, une bonne nuit, mais je ne veux plus savoir avec qui, cette pauvre âme est à plaindre. Par contre, ça, c'est pour quoi ?

Boromir pointa la pommette bleuie du doigt et Frérin haussa ses épaules, une lueur malicieuse dans les yeux.

— Jalousie…

Dwalin se figea et le regard qu'il lui lança fut si noir que Frérin ne put s'empêcher d'en rajouter.

— Un ancien amant éconduit, je crois…

Le barman comprit que Frérin cherchait à le faire sortir de ses gongs, il décida de prendre sur lui et de respirer. Puis, un sourire machiavélique vint fleurir sur ses lèvres… Puisqu'il voulait jouer…

— Si on parle bien de la même personne, l'amant dont tu parles n'a pas encore été éconduit…

Et Dwalin gouta avec délectation cette petite sensation victorieuse qui l'étreignit lorsqu'il se rendit compte qu'il venait de siffler Frérin. Boromir profita du mutisme soudain du blond pour rebondir sur la remarque du barman.

— Tu es au courant sur cette histoire ?

— En quelque sorte.
— Pourquoi tu ne l'as pas dit ?
— Vous ne me l'avez pas demandé…

Boromir ne put continuer à cuisiner Dwalin, car Frérin retrouva soudainement la parole pour s'exclamer, outré :

— C'est normal qu'il n'ait pas encore été éconduit, il ne l'a jamais touché !
— Qu'est-ce que tu en sais ?

Frérin fronça les sourcils en se gonflant de colère et tiqua nerveusement lorsque Boromir, pas découragé, continuait sa vaine investigation.

— Qui est l'amant éconduit ?
— Une personne qui aime à penser qu'il a déjà posé ses mains sur un corps qui lui est, et lui sera toujours, parfaitement inaccessible.
— Encore une fois, Frérin, qu'est-ce que tu en sais ?
— Parce que je ne me suis pas contenté de me vautrer entre ses jambes… Même si j'ai beaucoup apprécié. C'est aussi une personne avec qui, mine de rien, je passe beaucoup de temps et si, jusqu'à hier, je ne m'étais pas encore intéressé à la fermeté de son cul, il n'en est pas moins que je connais ses goûts et puis on m'a bien confirmé, même si c'était dans le feu de l'action, que je suis le premier…

Dwalin se redressa en fusillant le plus jeune des yeux, une lueur sévère dansant dans les siens.

— N'oublie pas de qui tu parles, Frérin.
— Ho que non, comment l'oublier ? Tellement sexy…
— PAS DANS CE SENS LA, CONNARD !
— Dis moi, Dwalin, ce ne serait pas toi, l'amant éconduit ?
— BOROMIR, TA GUEULE !
— COMMENT !?
— Hola ! On se calme !

Aragorn et Frérin eurent tous les deux le reflexe de se lever, prêts à intervenir si jamais Boromir, qui s'était levé lui aussi en frappant le bois du bar de son point, bien trop fier pour accepter ce genre de chose, même de la part d'un ami poussé à bout, faisait mine de sauter à la gorge du barman, prêts à en découdre lui aussi.

— Les gars… Pourquoi chacune de nos conversations doivent toujours se finir en pugilat, essayons de parler avec courtoisie, pour une fois.

— Frérin, si c'est pour dire des conneries pareilles, mieux vaut que tu fermes ta gueule.

Le philosophe soupira avec un air blasé et haussa les épaules, les autres pouvaient se taper dessus, maintenant qu'il avait tenté de les raisonner, lui, il avait la conscience tranquille.

— Et Boromir, non, je ne suis pas l'amant éconduit.
— Econduit par qui ?

Dwalin et Frérin se figèrent imperceptiblement lorsque la voix de Thorin se fit entendre à l'entrée du bar et qu'Aragorn répondit sur le ton de la conversation.

— On essaie de savoir avec qui Frérin a passé la nuit et à quel point Dwalin est impliqué dans cette histoire…
— JE REPETE QUE JE NE SUIS PAS IMPLIQUE LA DEDANS !

Thorin haussa délicatement un sourcil en regardant son meilleur ami dans les yeux et Dwalin serra les lèvres et baissa la tête en marmonnant sombrement. Le brun se tourna ensuite ver son frère qui eut la décence de rougir légèrement avant de se reprendre et de lui envoyer un sourire effronté tout en lui proposant le tabouret voisin. Thorin vint s'y installer nonchalamment.

— Si tu étais impliqué, Dwalin, ça se saurait, je pense. Mais méfie-toi mon grand, si tu as quelque chose à te reprocher, ça va bientôt te retomber dessus.

Dwalin prit la menace sous-entendue avec flegme et se contenta de trucider Frérin du regard, attendant patiemment que vienne son tour.

— Tu sais quelque chose Thorin ?
— Tout ce que je sais, c'est que le grand frère de la victime ne laissera pas passer l'affront…
— Je ne savais pas qu'il y avait une victime dans l'histoire…

Frérin, pas intimidé le moins du monde, porta distraitement son verre à ses lèvres pour en boire quelques gorgées.

— Tu me déçois Frérin, de nous deux, le philosophe et le maitre des mots, c'est pourtant toi…

Troublé, le blond reposa son verre et fronça les sourcils en analysant la phrase de son grand frère, puis, il écarquilla les yeux « Le grand frère de la victime »… Ca voulait dire que la victime… C'était le plus jeune ! Donc lui…

— Victime de quoi, au juste ?
— Du retour de flamme…

Le ton froid porteur d'une promesse dangereuse parvint à faire frissonner le jeune blond qui ne trouva aucun refuge dans les yeux railleurs de Dwalin ou dans les regards perdus des deux zouaves de science po, qui avaient abandonné tout espoir de comprendre le tenant de l'histoire et qui sirotaient leur boisson en discutant de Merry et d'Eomer. Faisant mine de trouver cette conversation ennuyeuse en grattant distraitement le bois de la table d'un ongle court, Frérin répondit nonchalamment, les yeux rivés sur son ouvrage.

— A quoi faut-il s'attendre ?
— Au pire.

Dwalin ricana intérieurement de la tête déconfite du plus jeune et leur tourna le dos pour finir sa vaisselle. Il ne vit donc pas l'éclat joueur qui brilla soudain dans les yeux de Frérin qui décida de relever le défi avec le panache qui le caractérisait.

— Pour ça, il faudrait déjà que la victime se laisse faire…
— Elle n'en aura pas le choix.

Frérin retint un petit sourire en coin et vida son verre d'une traite avant de se lever et de poser un billet sur le comptoir, pour les consommations de Merry. Il descendit de son tabouret et prit la direction de la sortie, non sans s'approcher de son frère avant de partir. Il fit glisser des doigts fourbes et ardents sur une cuisse, très proche de l'entrejambe, et se colla au plus vieux pour lui susurrer discrètement :

— Tu peux me faire tout ce que tu veux, Thorin, tout… mais n'oublies pas que, de nous deux, celui qui a supplié pour que je le prenne plus fort, c'est toi…

Il lui posa un baiser chaud sur la tempe et s'écarta en s'amusant des yeux écarquillés de son grand frère. Personne n'avait remarqué son petit manège, ce fut trop rapide et il s'en alla rapidement, parce qu'il savait que Thorin n'allait pas tarder à reprendre ses esprits pour lui lancer à la figure la première chose qui lui tomberait sous la main.


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Dans le prochain épisode :

"La chaussé était déjà recouverte d'une fine pellicule blanche. Des rires commencèrent à fuser et la première boule de neige s'écrasa contre le visage de Boromir, lancée avec précision par le jeune Faramir qui ne perdit pas beaucoup de temps avant de partir en courant. Malheureusement pour lui, son frère le rattrapa facilement. Une bataille de neige s'organisa. La phrase est courte, mais riche en péripéties."