OoO

— C'est dégueulasse !
— Mais ça fera passer ta gueule de bois…

Merry regarda le verre d'un œil désespéré puis prit sa respiration pour se donner du courage. Bloquant son souffle il bu le liquide immonde et réprima un haut le cœur. Mais, effectivement, il eut le bonheur de constater que ses pensées se libérèrent de l'entrave douloureuse qui avait comprimé son cerveau. Il se laissa tomber sur le torse nu de son amant, assis derrière lui, qui referma ses bras sur lui en lui embrassant tendrement le haut de crane.

— Ca va mieux ?
— Oui, merci… Je… Je suis désolé pour hier…
— Tu n'as pas à l'être, au contraire.
— Au contraire ? Pourquoi ?

Eomer resta immobile, sans donner de réponse, puis il soupira en se redressant. Merry, qui était avachi sur lui, allongé entre ses jambes, s'assit pour ne pas le gêner et le regarda s'éloigner du lit sans un mot, emportant avec lui le plateau sur lequel étaient entreposés les vestiges de leur petit déjeuner. Le plus petit haussa un sourcil, mais ne s'en formalisa pas. Il savait qu'Eomer avait besoin d'espace. Beaucoup d'espace. Il n'était pas homme à se laisser confiner et envahir et Merry se montrait respectueux par apport à ça, malgré son désir de s'accrocher aux jambes de son amant pour ne jamais le lâcher.

Mais il savait qu'il n'y avait qu'une seule manière d'avoir Eomer : le laisser partir. S'il vous apprécie, il finira par revenir à vous après s'être éloigné en quête de liberté, sinon, vous pouvez faire une croix dessus. Et le plus jeune l'avait très bien compris. Il redoutait simplement le jour où Eomer sera lassé de lui et où il partira, avec ou sans un mot, pour le laisser seul. Si ce jour là arrivait, Merry n'aura aucune chance de retenir celui qu'il avait appris à aimer.

Il soupira et se leva à son tour. Il fouilla la chambre des yeux à la recherche de ses vêtements, mais il se rappela qu'ils avaient mis beaucoup de temps avant de rejoindre le grand lit d'Eomer. Son jean et sa chemise gisaient, au mieux, dans l'entrée, au pire, quelque part dans l'ascenseur ou sur le pallier.

Il haussa les épaules et se dirigea vers un placard en analysant l'état de son corps avec un soupir ravi. Malgré les premières fois qui avaient plus ressemblées à un règlement de comptes qu'autre chose, Eomer était toujours doux avec lui, toujours. Sauf au milieu de la nuit, quand il se laissait gouverner par sa passion débridée et qu'il s'emparait de son corps jusqu'à en être repu. Merry l'adorait pour ça. Il savait que jamais personne d'autre qu'Eomer pourrait autant le satisfaire sur ce plan là. Le cavalier n'était peut-être pas à l'aise dès qu'il était question de romantisme ou de délicatesse, mais le plus jeune se contentait avec plaisir de la tendresse et la passion qu'il lui donnait.

Il attrapa une chemise du grand blond et l'enfila en souriant, l'odeur qu'elle portait lui faisait tourner la tête. Il retourna sur le lit en retroussant les manches qui flottaient et s'y allongea en baillant. La nuit avait été longue. Très. Et sportive aussi, du moins, plus que d'habitude, à cause de l'aphrodisiaque. Ce connard d'Eomer en avait joué et, malgré le besoin, malgré le feu, malgré ses suppliques et ses tentatives, Merry avait été emmené sans pitié à un point ou le désir et la frustration se mêlaient à la douleur, car son amant connaissait trop bien son corps, c'était affligeant.

Il était toujours allongé sur le lit lorsque le blond revint. Ce dernier fut accueillit d'un grand sourire auquel il répondit en s'asseyant au bord du matelas. Toujours sans un mot, il prit dans sa main celle de Merry qui s'était assis et la porta à ses lèvres pour en embrasser les doigts.

— Eomer ? Qu'est-ce que… ?
— J'ai quelque chose à te demander, Merry. Ne te sens pas obliger de me donner une réponse maintenant, mais j'aimerai que tu y réfléchisses…

Le plus petit le regarda fixement, et, ne sachant que répondre, il se contenta d'hocher la tête pour l'encourager à poursuivre.

— J'aimerai que tu viennes habiter ici… Dans mon appartement.

Merry, qui ne s'était pas attendu à la soudaineté de la proposition, en resta bouche bée et écarquilla les yeux, à court de voix.

— Et ce n'est pas tout. Je ne veux plus taire cette liaison. J'aimerai que tu deviennes mon « petit ami », aux yeux de tous, ne plus cacher à qui que ce soit que c'est avec moi que tu passes tes nuits, et surtout, tes journées… Si tu le veux, bien entendu…

Sous le choc, le plus petit resta figé et lâcha la main qui tenait la sienne, regardant Eomer de ses yeux ronds.

— Eomer, tu… Tu le veux vraiment ?
— Ca fait quatre ans que ça dur. Je veux bien admettre que durant les premiers mois, on pensait tous les deux que ce n'étaient que des étreintes sans lendemain, qui ne laissaient supposer aucune suite, pourtant, ça ne s'est jamais arrêté, au contraire… En ce moment, tu passes bien plus de temps chez moi que dans ta colocation… Et moi je préfère être ici avec toi qu'au Shari Vari… C'est du concret, Merry, cela fait bien longtemps que j'ai arrêté de te considérer comme un simple... amant… Ca va plus loin, bien plus loin et j'ai envie de croire en nous…

Eomer se tut puis, avisant le visage interloqué de celui qui fut son exécrable élève avant de devenir son amant, il sourit tendrement et lui caressa la joue.

— Ce n'est qu'une proposition, Merry tu peux refuser tout comme tu peux prendre le temps de formuler ta réponse. Je ne suis pas pressé.

Merry déglutit en plantant ses yeux dans ceux du plus grand et il ouvrit sensiblement les lèvres pour accueillir la bouche chaude qui s'écrasa sur la sienne, lui offrant une bonne excuse pour rester muet. Les langues se trouvèrent et jouèrent ensemble un instant, puis Merry se colla au cavalier en gémissant de bonheur. Cette proposition était bien la plus belle et solide déclaration qu'Eomer n'aurait jamais pu lui faire et il s'en sentait touché. Sa réponse était tellement évidente qu'il ne comprenait même pas pourquoi le blond avait l'air anxieux, comme s'il allait dire non ou tergiverser. Ce n'était même pas pensable.

0O0

— Il n'est pas un peu trop tôt pour ça ?

Le regard effaré et bouleversé que Bilbo renvoya à Dwalin suffit à faire frissonner celui ci et il mit double dose de vodka dans le shooter. Le plus petit s'en empara et bu cul sec avant de tendre son verre de manière exigeante. Le barman le lui prit des mains mais ne lui fit pas la grâce de lui remplir à nouveau.

— Que s'est-il passé ? On dirait que tu as vu un fantôme.

Toujours sans voix, Bilbo se contenta de fixer bêtement le plus grand, les yeux écarquillés.

— Bilbo… Je ne vais pas te manger… Dis moi tout.
— Je crois que… Je… J'ai vu… Ce matin… Dans les couloirs de la fac…
— Qu'as tu vu ?
— Je ne crois pas que…
— Bilbo, fais pas chier et dit moi ce que tu as vu ! On va pas y passer la nuit !
— Je ne crois pas que tu ais vraiment envie de le savoir…

Dwalin fronça les sourcils en remarquant les rougeurs qui apparurent sur les joues de l'étudiant en histoire, puis il poussa un soupir excédé.

— Tu partages les même bâtiments que les étudiants en philo, n'est-ce pas ?

A l'exclamation horrifiée que poussa Bilbo, le barman comprit qu'il venait de tomber juste et il soupira lourdement.

— Qu'a t-il fait encore ?

Le jeune historien le regarda en secouant la tête de gauche à droite, comme s'il cherchait à effacer les mauvais souvenirs.

— Dis moi Bilbo… Est-ce que Thorin est impliqué ?

Il se figea et acquiesça vigoureusement, plus rouge qu'une pivoine. Comment pouvait-il annoncer qu'il avait surpris un jeu aussi chaud qu'incestueux au détour d'un couloir de la fac ? En avait-il le droit ? Mais le regard poignant et acéré de Dwalin qui se planta dans le sien lui laissa un piètre choix :

— Bon, mon petit, soit tu me dit maintenant ce qu'il s'est passé, soit tu me le dis après que je t'ai baffé ! Mais je ne vais pas attendre !

Les yeux de Bilbo firent rapidement un aller-retour entre les escaliers et le barman, jaugeant ses chances de s'en sortir. Il déglutit ensuite et prit sa respiration pour déballer d'une traite :

— Je sais pas c'est Frérin il voulait pas aller en cours et Thorin voulait l'obliger mais Frérin ne s'est pas laissé faire et il a plaqué son frère contre le mur pour le lui dire d'une manière pas très catholique.
— Qu'entends tu pas « pas très catholique » ?

Mais Bilbo était devenu vraiment rouge et bafouillait difficilement, si bien que Dwalin lui offrit un verre de whisky pour le requinquer et, voyant qu'il ne tirerait plus rien du prude étudiant, il envoyant un sms incendiaire au frère de son meilleur ami.

« Tu as dépassé les limites une fois, ne t'avises pas de recommencer !
— Tu as raison d'être jaloux, il a vraiment bon goût...
TU PARLES DE TON FRERE, CONNARD ! »

Sachant pertinemment que la réponse du philosophe allait le mettre hors de lui, il balança son portable en jurant. Frérin n'allait pas vivre vieux, ça ne faisait aucun doute. Dwalin se foutait totalement de ce genre de petite pique lancée malicieusement par le blond vis à vis d'une quelconque jalousie. Il pouvait en rire autant qu'il le voulait, jamais le barman ne pourra considérer Thorin autrement que comme son meilleur ami, allant même jusqu'à voir en lui un frère de cœur. Et c'était exactement pour cela que l'attitude du plus jeune le révoltait : personne n'avait le droit de manquer ainsi de respect à Thorin, personne n'avait le droit de l'entraîner dans une relation tordue et incestueuse sans issue, il valait mieux que ça.

— Quel petit con ! Comment a réagi Thorin ?
— Il ne s'est pas laissé faire, il l'a repoussé et lui a juré que s'il ne posait pas ses fesses dans l'amphi dans les cinq minutes, ça allait barder….
— Très bien.

Dwalin semblait suffisamment contrarié pour que Bilbo en omette de lui avouer que l'injonction avait fait sourire Frérin qui n'était pas parti sans une dernière caresse insolente. Mais il fit quelques discrets pas sur le côté puis s'enfuit en courant lorsque Dwalin céda à la curiosité et qu'il récupéra son portable pour lire le message de Frérin.

« Et c'est aussi le putain de mec avec qui j'ai passé la nuit. »

Bilbo passa la porte en entendant une flopée de jurons tous aussi inventifs et imagés les uns que les autres et il glapit lorsqu'il se trouva nez à nez avec Thorin. Ce dernier ne comprit pas pourquoi son jeune ami détala sans un mot et il haussa les épaules en descendant les marches. Il avait au visage un air suffisamment contrarié pour que Dwalin ne cherche pas à aborder le sujet Frérin et tous deux passèrent la matinée à tenter des nouveaux mélanges, en améliorer d'autres et discuter sur des sujets plus ou moins profonds.

Vers la fin de matinée, Haldir passa en coup de vent pour se plaindre de son service en buvant une tasse de café. Orianne arriva ensuite pour faire ses devoirs en sirotant un coca.

Lorsque midi sonna, la cave était blindée et Dwalin, qui avait encore une fois oublié de prévoir à manger commanda une trentaine de pizza pour rassasier tout le monde.

O0O

— Vous avez quelque chose de prévu, pour les fêtes ?

Fili haussa les épaules et vida son Ti'Punch avant de répondre.

— On passe noël en famille à la montagne. Du moins, Kili, maman et Moi. Frérin a ses partielles en janvier, donc je pense qu'il ne restera que quelques jours et Thorin n'aime pas la neige, ni la montagne d'ailleurs, encore moins quand y a du monde.
— Et puis personne n'a encore jamais réussi à lui accrocher un snow au pied… C'est pas faute d'avoir essayé pourtant…
— Ouais, Kili essaye tous les ans.
— Je me souviens d'une année où il a passé le jour de l'an à l'hôpital parce que Thorin lui avait fracassé son snowboard sur la tête.
— C'était il y a quatre ans, je m'en souviens aussi.

Dwalin rigola légèrement au souvenir et commença à ranger les verres qu'il venait de nettoyer.

— Il n'y aura que vous ?
— Thrain est débordé en ce moment. Depuis que l'entreprise est rentrée en bourse, il ne sait plus où donner de la tête.
— La mère de Frérin reste avec lui ?
— Maman a invité Sigrid, au moins quelques jours. De toute manière, on sera tous rassemblés au chalet pour le réveillon. Mais Thrain et Thorin repartiront le lendemain je crois. Toi et Balin êtes attendu aussi ! Y aura Oïn et Gloïn aussi dans la station et Daïn viendra à la fin de la semaine pour enchainer sur le jour de l'an.
— Oui, ça va être sympa. Dis nous a invité, mais ça dépendra de l'état de maman. Si les médecins lui interdisent de bouger, on ira fêter noël avec elle sur la côte, sinon, on la ramène avec nous dans le chalet de Thror, ce n'est pas la place qui manque et l'air de la Montagne lui fera du bien.
— Ho… Comment va t-elle ?
— Bien. Elle est juste vieille et elle a de plus en plus envie de rejoindre papa…

Fili hocha gravement la tête en jouant avec son verre et décida de glisser sur un sujet moins sensible.

— Sinon, tu auras besoin d'aide pour préparer la saint Sylvestre ?
— Non, merci. Mis à par pour le repas, il me faudrait quelques volontaires pour préparer de quoi tenir la nuit.
— Chacun pourrait amener de quoi manger…
— Ne le prend pas mal, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

Dwalin montra des yeux Legolas, Bofur et Eowynn qui parlaient tranquillement de droit, non loin de Sméagol qui discutait avec le miroir.

— Rien qu'avec ceux là, tu auras le choix entre poisson cru, soupe à la composition douteuse et salade verte…

Fili frissonna discrètement et se tourna de nouveau vers Dwalin.

— Ok, je te laisse faire… Tu attends beaucoup de monde ?
— J'ai invité tous mes clients réguliers et, bien sur, chacun peut venir accompagné. Avec un peu de chance, tu te trouveras enfin une nana à ramener chez toi.

Fili leva les yeux au ciel avec un air excédé en soupirant lourdement.

— Dwalin… Par pitié…
— Et bien quoi ? Je m'inquiète pour toi ! Je suis sûr que Kili en a déjà ramassé plus que toi !
— De une, ca ne veut absolument rien dire, de deux, ce n'est pas le nombre qui compte.
— A ton âge, si, crois-moi. Parce que une fois que tu es rangé, c'est fini ces conneries.
— Si on est rangé, ça veut dire que la fille qu'on a trouvé nous comble suffisamment pour nous retirer l'envie d'aller voir ailleurs…
— Conneries… C'est surtout parce que tu flippes ta race à l'idée de la perdre et de ne pas en retrouver une aussi bien.
— Qu'est-ce que tu en sais ? Je crois que je ne t'ai jamais vu en couple plus de quelques jours, il paraît que tu es exécrable.
— Qui a dit ça ?
— Les rumeurs…

Le regard de Dwalin s'embrasa et Fili jugea qu'il était temps pour lui de rejoindre Faramir et son frère qui jouaient avec le nouveau jeu de fléchette que venait d'installer le barman dans la salle.

— Qu'est-ce que tu veux toi ?
— Heu… Je… Vais par là…

Pippin, qui s'était simplement approché pour commander une boisson, désigna le bout opposé de la salle d'un pouce crispé lorsque le barman lui aboya dessus et s'y dirigea en trottinant, soucieux de mettre le plus de distance possible entre lui et le plus grand.

— Exécrable, moi ? J'aimerai bien savoir qui est le fils de chien qui fait courir des rumeurs pareilles !

Marmonnant dans sa barbe, il nettoya rageusement le comptoir et très peu de consommateurs se risquèrent à commander quoi que ce soit durant l'après midi.

O0O

L'air était froid et piquant le matin même, mais le ciel se couvrit en début d'après midi et de sombres nuages s'amassèrent sur la ville si bien qu'à 16h il faisait déjà nuit. Cela faisait deux heures que le vent était tombé que l'air s'alourdissait et l'ambiance dans le Shari Vari était calme en cette fin d'après midi d'hivers.

Dwalin avait organisé un tournois de Poker qu'Haldir et Legolas menaient haut la main, talonnés par Gandalf, Frérin et Gimli. Beaucoup de ceux qui s'étaient couchés regardaient le jeu en commentant bruyamment. La table du fond était occupée par Aragorn et Arwen qui discutaient autour d'un café dans une valse courtoise de regards intimes et de frôlements impromptus du bout des doigts.

Bilbo et Frodo avaient trouvé un jeu d'échec dans la réserve qui ressemblait plus à une salle aux trésors du Shari Vari et avaient lancé un petit tournoi contre Sméagol et Gollum. La double personnalité de ce dernier lui avait permis de jouer une intense partie de 20 minutes contre lui même, gagné haut la main par Gollum qui jouait maintenant contre Frodon, encouragé par Sméagol. Bilbo attendait son tour au bar en discutant avec Thorin. Ce dernier essayait de se montrer serein et détaché, mais il sentait sur lui le regard chaud de son frère, assis à la table de poker. Cela faisait maintenant une semaine qu'ils avaient fini dans le même lit et Frérin, dès qu'il le pouvait, faisait comprendre au plus vieux qu'il était prêt à recommencer. Il frissonna lorsque le jeune blond lui envoya un sourire malicieux, plein de promesse et il décida qu'il était temps pour lui de sortir prendre l'air. Mais Pippin et Faramir entrèrent dans la cave en riant et en hurlant.

— Il neige !

Thorin soupira à fendre l'âme, attirant le rire de Bilbo qui mettait son écharpe.

— Ne vous inquiétez pas, c'est la première neige de l'année, elle ne tiendra pas.

Le plus petit avait tord. Il s'en rendit compte lorsqu'il sortit en même temps que la plupart des clients du Shari Vari : La neige tombait drue, belle et sauvage, à gros flocon. La chaussé était déjà recouverte d'une fine pellicule. Des rires commencèrent à fuser et la première boule de neige s'écrasa contre le visage de Boromir, lancée avec précision par le jeune Faramir qui ne perdit pas beaucoup de temps avant de partir en courant. Malheureusement pour lui, son frère le rattrapa facilement. Une bataille de neige s'organisa. La phrase est courte, mais riche en péripéties.

Les combattants s'étaient rangés soit par famille, soit par cursus d'étude et les trois élèves de science Po firent une bataille acharnée contre ceux de droit. Legolas, Eowynn et Bofur auraient fini ensevelis sous les assauts conjugués de Boromir, Aragorn et Eomer si les plus jeunes ne s'étaient pas alliés à eux. Merry parvint à se faufiler pour prendre son amant à revers, Boromir vit sa feinte et voulut se porter au secoure de son ami mais celui-ci lui fit manger de la neige dès qu'il fit mine de s'en prendre au plus petit.

Au bout d'une heure, ils étaient tous trempés et essoufflés mais la neige tombait toujours. Elle continua de tomber lorsqu'ils rentrèrent dans le Shari Vari pour rejoindre Thorin et Dwalin et elle ne s'arrêta pas lorsqu'ils ressortirent après avoir bu leur chocolat chaud. Ils se séparèrent en se donnant rendez-vous au parc le lendemain pour s'offrir une véritable bataille dans les formes.

— Comptez pas sur moi surtout…

Thorin maugréa en se jurant qu'il ne mettra pas un pied dehors tant que la neige sera là et il rentra chez lui d'un pas vif. Mais il se figea et un long frisson de colère parcourut son dos lorsqu'un projectile froid et humide s'écrasa sur son épaule. Il ne connaissait qu'une personne assez folle, jeune et insouciante pour oser s'en prendre à lui ainsi.

Frérin intervint juste à temps pour sauver le plus jeune neveu de Thorin d'une mort certaine. Il avait vu Kili préparer la boule de neige et viser avec application et savait pertinemment qu'il s'attaquait à trop gros pour lui, mais il l'avait laissé faire par curiosité. Le fils de Dis était-il assez téméraire pour faire une connerie pareille ? Quand il constata que c'était le cas, il s'était jeté entre Kili et Thorin, permettant au jeune brun de prendre la fuite en riant pour rejoindre Fili, figé, qui l'attendait plus loin, blanc comme la neige qui tombait, persuadé qu'il avait faillit assister aux dernières minutes de la courte vie de cet abruti de Kili. Il l'attrapa par le bras et le ramena rapidement dans l'appartement qu'ils partageaient tous les deux en colocations, conscient que Thorin avait la rancune tenace.

— Frérin… Laisse moi l'étriper…
— Non Thorin, c'est bientôt Noël, on n'étripe pas les gens de sa famille à cette époque de l'année… Ni aux autres époques d'ailleurs.
— Si encore j'avais une famille normale, j'accepterai de faire un effort, mais ce n'est pas le cas !

Le grondement sourd qui monta de la poitrine de Thorin, excédé, aurait du faire un peu peur à Frérin, mais celui-ci resta subjugué par les pupilles étincelantes de colères qui étaient posé sur lui et il se sentit frémir.

— Et toi. Fait seulement mine de me toucher et tu le regretteras.

Frérin hocha la tête mécaniquement, mais l'interdis que Thorin lui imposa réveilla un sourd désir en lui et, sans surprise, il tendit la main pour caresser la joue de Thorin, du bout des doigts. Son frère sursauta et fit un pas en arrière en feulant.

— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je te touche…

Durant quelques secondes, Thorin sembla se gonfler de colère, puis il attaqua Frérin. Celui-ci s'attendait à l'attaque furieuse, donc il n'eut aucun mal et se glisser le long du corps de son frère en lui attrapant le bras. D'un mouvement agile, il fit tourner Thorin dans une valse habile et, en un geste, il parvint à le plaquer contre le mur du bâtiment qu'ils longeaient. Un rapide coup d'œil au alentour lui assura qu'ils étaient seuls, seuls avec la neige et il se concentra sur son frère. Dix secondes. Il connaissait sa force et celle du plus grand, il savait donc qu'il ne le tiendrait ainsi que dix secondes, pas une de plus, et mieux vaudra pour lui qu'il soit prêt à courir dès le délai passé, l'effet de surprise avait joué pour lui, mais Thorin le surpassait, il le savait.

Il ne voulait pas forcer le plus vieux à subir quoique ce soit, au contraire, mais il savait pertinemment que s'il le voulait, il ne pouvait pas s'y prendre autrement. Thorin le repoussera, quoiqu'il arrive, quoiqu'il tente, qu'importe ses efforts ou ses sacrifices, il restera hors de sa portée. A cause de ce foutu lien du sang, demi-sang, en plus.

Son frère avait toujours été hors de sa portée, toujours. Jusqu'à cette nuit où il s'était donné à lui. Le blond l'avait découvert et avait succombé. Il n'avait plus aucune prise sur son esprit qui, depuis, lui rappelait avec précision de quelle manière Thorin avait répondu à ses attouchements, de quelle manière il lui avait annoncé qu'il le trouvait parfaitement à son goût, comment il l'avait regardé...

Jamais il ne lui avait fait la moindre remarque en plus de vingt ans, insulte ou compliment, il s'était simplement contenter de le voir vivre et grandir de loin et, quand Thorin s'était rendu compte du piètre grand frère qu'il était, il y a quelques années, il avait décidé de s'occuper de lui à sa manière pour chercher à montrer qu'ils n'étaient pas deux simples inconnus qui partageaient le même sang.
Le jeune blond ne s'en offusquait pas, au contraire, mais il devait bien s'avouer qu'il n'avait jamais rien attendu ou reçu de Thorin, jusqu'à cette nuit, sublime et incroyable. Et il y avait pris goût. Que ce soit la manière dont Thorin avait porté son attention sur lui, comment il s'était offert à lui, les mots qu'il lui avait murmurés dans l'action, la voix qui gémissait son nom et ce corps... Frérin en était désespérément devenu accro, ça en devenait presque douloureux.

Mais s'il le voulait, il devait s'emparer de lui sans attendre son accord, qui était suffisamment raisonnable pour deux.

Il attaqua sa gorge, évita les dents qui claquèrent non loin de la sienne. Il se pressa contre le corps de Thorin en embrassant la ligne de sa mâchoire, laissant un genoux avide se faufiler entre les cuisses du plus vieux. Le brun se tordit pour fuir les sensations que Frérin réveilla en lui, mais son traitre de corps se rappelait du plaisir qu'il avait éprouvé une semaine plus tôt et le lui faisait savoir en répondant sensuellement à celui du blond, qui s'enhardit.

Le plus vieux soupira d'aise lorsque des doigts impétueux glissèrent dans ses cheveux, touchèrent subtilement sa nuque et ses épaules, mais il se reprit vite en se rappelant que Frérin était la seule personne avec qui il n'avait pas le droit de se laisser aller ainsi, et il trouva une faille dans l'étreinte. Sans réfléchir, il s'y engouffra et allait frapper, mais le plus jeune s'était déjà écarté de lui. Il se tint immobile face à lui quelques secondes, le souffle court et le regard troublé par un désir, douloureux et interdit, qui le dépassait, puis il fit volte face et disparut dans la nuit brouillée par la tempête de neige.

Thorin lâcha un souffle profond en se laissant tomber contre le mur derrière lui, les sens en émois, le cœur affolé. Frérin avait encore réussi à l'allumer en moins de dix secondes. Le brun déglutit et prit la direction de son appartement, l'esprit étourdit, marqué fer rouge par le murmure que venait de pousser Frérin, juste avant de se détacher : « J'ai envie de toi… ».

— Bordel, il y a des milliers de personnes dans cette ville, pourquoi faut-il que ça tombe sur moi ?

oOo

— Pourquoi t'as embauché Tauriel ?
— Pourquoi pas ?

Distraitement, Dwalin finissait de ranger la salle déserte du Shari sans vraiment prêter attention à Orianne, assise sur le bar, qui balançait nonchalamment ses jambes dans le vide, tambourinant de temps en temps contre le meuble de noyer avec ses chaussures fourrées.

— Elle sert à rien et en plus, elle n'a pas le sens de l'humour.
— Ferme la, gamine, je te le ferai savoir quand j'aurai besoin de tes conseils pour gérer mon bar.

La jeune lycéenne lui lança un regard excédé et tambourina plus brusquement contre le bois, ce qui amena Dwalin à pousser un claquement de langue agacé. Il s'approcha du comptoir, attrapa la jeune fille par la taille et la fit glisser au sol.

Tu as vu l'heure qu'il est ? Tu devrais être au lit, ma grande.
— Et puis quoi encore ? Je ne suis plus une gamine !
— Bien sur que si !

Elle fronça les sourcils et planta son regard de myope dans celui du plus vieux. Dwalin avait toujours adoré se noyer dans ces yeux là, la myopie les rendait troubles, mordorés et indiscernables, mais aussi graves et poignants. Elle pouvait tout obtenir de lui à partir du moment où il la regardait dans les yeux, elle le savait depuis sa naissance et n'avait jamais cessé d'en jouer.

Dwalin avait beau avoir dix ans de plus qu'elle et un caractère exécrable, il avait toujours été son chevalier servant, loyal et fidèle, protection discrète et confident avisé, l'équivalent d'un grand frère, en mieux : tous les avantages sans les inconvénients.

Il se désintéressa d'Orianne pour débarrassa son bar des quelques verres qui y trainaient encore et la jeune fille alla s'assoir sur une table, posant ses pieds sur une chaise.

— Tu embauches cette nana qui sort de nulle part et moi, tu me rembarres dès que je te demande de m'apprendre à faire un simple cocktail !
— Parce que ce n'est pas une occupation saine pour une petite fille !

Orianne allait hurler qu'elle n'était plus une petite fille, mais elle se ravisa et soupira désespérément. Après tout, Dwalin l'avait vu grandir et s'épanouir, qu'il voit encore en elle l'enfant qui jouait à la poupée sous l'érable du parc d'Osgiliath n'était pas une surprise, mais elle commençait à douter qu'il la voit un jour comme la jeune femme qu'elle était devenue et qu'il l'accepte dans son bar malgré le fait qu'elle soit encore mineure était un miracle en soi.

Elle rumina quelques instants puis elle devint pensive et silencieuse pendant un bon moment. Habitué aux silences de la jeune fille et abandonnant l'idée de savoir un jour à quoi elle pensait dans ces moments là, Dwalin ne chercha pas à engager la conversation et il termina de ranger son bar pour clôturer la journée, il s'empara ensuite de ses clés, attendit qu'Orianne se couvre de son trench et de son écharpe dans laquelle elle s'emmitoufla avant de sortir et qui cacha son sourire ravi lorsque, constatant l'heure tardive, Dwalin, sans même lui proposer, la raccompagna chez elle.

oOo

La bataille de boule de neige dura la matinée entière. Les quinze centimètres de neige avaient gelé l'activité de la ville et, pour les étudiants, c'était une bonne raison de ne pas aller en cours.

Gimli, Dwalin, Nori, Dori et Bombur construisirent une somptueuse forteresse en moins de quarante minutes et préparèrent suffisamment de boules de neige pour supporter un siège. Ils auraient pu tenir la journée entière s'ils n'avaient pas connu quelques conflits internes, si bien qu'ils s'autodétruisirent eux même en moins un rien de temps.
Kili, Faramir, Orianne et Pippin créèrent un magnifique igloo, spacieux et fortifié, qui fut réduit en bouillie en moins de deux minutes par Fili, Boromir et Merry.
Thorin, qui avait tout de même fait l'effort de quitter son appartement de luxe pour voir ce qu'il se passait par ici, se prit une méchante balle plus ou moins perdue, lancée par un autre fou qui n'avait pas froid aux yeux : Aragorn, qui ne doutait de rien.

Courroucé, le grand brun rallia à lui tous les membres de sa famille et quelques amis à lui qu'il nomma sa compagnie, attrapant Bilbo par les bretelles par la même occasion et attaqua sans sommation le dunedain, qui poussa l'audace jusqu'à lui renvoyer une deuxième boule de neige entre les deux yeux avant d'appeler sa propre équipe à la rescousse. Boromir, Legolas, Gimli et les quatre plus petits répondirent présents et ce fut Gandalf qui compta les points en riant. A l'arrière, Sam et Frodon préparaient les boules de neige qu'ils lançaient à Merry et son cousin. La précision des deux plus jeunes était redoutable, mais, bien vite, ils furent submergés par les assauts d'Orianne, Kili et Fili pendant que Legolas et Gimli mitraillaient tout ce qui bougeait.

Eomer et Eowynn arrivèrent peu de temps après et se lancèrent à leur tour dans la bataille, dans l'équipe d'Aragorn et le grand blond vit là une magnifique occasion de venger l'affront qui avait été fait à son petit ami une semaine plus tôt. Il noya Dwalin sous une avalanche de neige, le prenant par surprise, puis il mit une brique dans la boule de neige réservée à Aragorn, deux dans celle de Boromir, visa, et lança. Le bruit sourd des corps tombant au sol le ravi et il se tourna vers Frérin un sourire machiavélique aux lèvres. Ce dernier pensa sincèrement que prendre Merry en otage pourrait lui sauver la mise, mais il se prit une brique en pleine poire, sans même que son adversaire ne cherche à la camoufler dans de la neige.

Ce massacre eut le mérite de calmer un peu tout le monde. C'est ainsi que quelques mâchoires se décrochèrent lorsque, sans pudeur, Merry enlaça Eomer pour lui rouler le patin du siècle, nouant ses doigts humides et gelés à ceux du cavalier. Les rares qui étaient au courant de cette liaison n'étaient plus en état d'émettre le moindre son, si bien qu'un silence choqué s'étendit dans le parc lorsqu'Eomer répondit avec habitude à l'étreinte du plus petit tout en ébouriffant d'une main tendre la tignasse aux boucles figée par la glace.

Puis ils se séparèrent et relancèrent la bataille. Tous ceux qui avaient été témoins de la fin tragique d'Aragorn, Dwalin, Boromir et Frérin n'osèrent pas faire le moindre commentaire et tous firent comme si voir deux de leurs meilleurs amis que rien ne rapproche à première vue s'embrasser langoureusement au milieu d'un combat acharné était la chose la plus normale qui soit, le temps des questions viendra dans un contexte moins belliqueux.

Personne ne vit Thorin s'agenouiller à côté du corps de son petit frère en le regardant avec un air aussi désolé que ravi. Il lui retira gentiment la brique encore incrustée dans son beau visage en soupirant tendrement.

— Tu sais que beaucoup de philosophes ont fini lapidé ? Grace à Eomer, on peut enfin dire que tu rentres dans la catégorie bénie des martyres…
—Thorin, ta gueule, ça fait déjà assez mal comme ça pour que tu ais à y verser ton poison…
— C'est marrant, toi, plus on te tape fort, plus tu verses dans le drame poétique…
— Pour être martyre, il faut mourir.
— J'ai toujours la pierre dans la main si tu veux.
— Non merci, j'aurai plutôt besoin d'un bisou magique, en fait…
— Frérin, tu…
— S'il te plait.

Thorin poussa un soupir à fendre l'âme et pensa se relever, mais la main du blond agrippa son poignet pour l'immobiliser. Le plus grand jeta un rapide regard autour de lui et constata que leurs amis étaient trop occupés à s'entre-tuer pour s'intéresser au devenir de ceux tombés au combat. Il haussa les épaules en se disant que, de toute manière, il avait déjà partagé bien pire qu'un baiser magique avec Frérin et il s'abaissa pour poser tendrement sa bouche sur l'énorme bosse qui ornait son front. Il laissa ses lèvres déraper doucement et vint embrasser une pommette, la joue, laissa sa langue suivre la courbe de la mâchoire jusqu'à poser un baiser tendre au coin de la bouche de son petit frère. Celui-ci entrouvrit les lèvres dans une invitation tacite, sa poigne sur le poignet du plus vieux se fit plus ferme et il s'arqua légèrement lorsque les lèvres fines du brun survolèrent les siennes, son souffle réveilla ses sens exacerbés mais il gémit de frustration lorsque Thorin se releva, sans pitié.

— Thorin ! Attend.

Le brun se tourna vers son frère et resta figé un instant. Ainsi couché dans la neige, les joues et le bout du nez rougis par le froid, ses cheveux blonds éparpillés autour de lui tel un halo doré, parsemé de flocon, dont le bout des mèches étaient prises dans le gel et les yeux brillants, Frérin offrit à Thorin une vision alléchante qui lui vrilla le ventre d'une pointe de désir, bien vite étouffée. Néanmoins, le plus vieux fit demi-tour pour aider le blond à se remettre sur pied, mais une boule de neige le cueillit en pleine face, lancée avec précision par un Dwalin presque mort mais soucieux du bien être mental de son meilleur ami.

De rage, Thorin planta la tête de Frérin dans la neige et s'en alla en maugréant que c'était trop.

Et le blond resta ainsi allongé dans son matelas glacé, souriant comme un bienheureux et soupirant d'aise lorsque la matière froide calma l'incendie qui lui brulait le visage, là où la bouche avait glissée.


Voilà un chapitre plutôt court !
Le prochain tournera encore autours de Thorin et Frérin,

On croisera Bilbo aussi.

En fait, j'essaie de ne pas (trop) m'éparpillé, donc au lieu de traiter tout le monde en même temps,
Je fais intrigue par intrigue (en respectant l'ordre chronologique quand même)
Donc les premiers chapitres concernent essentiellement Thorin/Frérin et Eomer/Merry.

En espérant que ça vous plaise toujours !
A plush'!