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— Dwalin ! Par pitié ! Laisse nous entrer ! On a froid et on a faim !
— Allez tous vous faire foutre, vous êtes surtout tous malades et je refuse de voir mon Shari Vari contaminé par vos sales microbes !
— Quoi !? Mais comment peux-tu être aussi crûel ?

La foule de jeune gens amassée contre la porte close du Shari Vari se lamenta de plus belle mais il devint clair que Dwalin, cloitré à l'intérieur, ne laisserait pas une seule âme malade pénétrer dans son antre.

— Allez vous faire soigner ! Et ne vous avisez pas de vous ramener ici avec de la morve au nez ! Le Shari Vari, c'est un bar respectable, pas un refuge pour mourants !

Un concert de grommellements se fit entendre et les pauvres ères qui s'étaient vu refuser l'accès au Shari se dispersèrent pour rentrer chez eux.

Frérin, qui avait passé trop de temps pour être raisonnable la tête plantée dans la neige, claquait des dents et tremblait de tout son corps, son esprit était obnubilé par le grog ultime que savait faire Dwalin à la perfection, capable de faire évaporer un glaçon en moins de deux secondes.

Totalement désœuvré, étourdit par un coup de froid insidieux, ses pas le menèrent vers le seul endroit qu'il avait en tête.

Il toqua à la porte d'une main tremblante et Thorin l'ouvrit cinq secondes plus tard, pour la refermer immédiatement dès qu'il nota l'identité de son visiteur. Frérin resta figé quelques instants face à la porte close, puis il se jeta dessus, tambourinant de toutes ses faibles forces drainées par le froid.

— Putain, Thorin, fais pas le con ! Je suis en train de mourir à cause de tes conneries !

La porte allait céder, mais le brun l'ouvrit rageusement et emporté par son élan, Frérin fut propulsé sur son frère et les deux corps chutèrent lourdement au sol.

— Ho ! Wow…
— Frérin… Dégage de là. Tout de suite.
— Pourquoi ? Tu n'es pas à l'aise ? On a pourtant fait pire…

Le blond du user de toute sa volonté endormie pour immobiliser ses hanches, attirées par celles, quelques centimètres plus bas, de Thorin. Assis à califourchon sur lui, il jouissait de la sublime vue à laquelle il avait déjà goûter une semaine plus tôt et se dit que jamais il ne sera lassé de voir son frère allongé sous lui, ainsi offert.

— C'était une erreur ! Vire de là, ça me ferait trop mal de tabasser un mec à moitié mort quelques jours avant noël !
— C'est vrai ?
— Joue pas à ça, j'en suis tout de même parfaitement capable…

Mais il était trop tard, car se mordant la lèvre inférieure, Frérin prit le risque de laisser glisser son bassin sur l'entrejambe de Thorin. Le fulgurant trait de plaisir qui lui vrilla le ventre fut aussi violent que l'impacte du poing se son frère sur sa pommette et qui le projeta au sol.

— Je t'avais prévenu.

Avec classe et majesté, Thorin se releva et enjamba Frérin pour se rendre dans la cuisine.

— Waow, Thorin, plus ça va, plus je suis persuadé que tu es l'homme de ma vie.
— Redis une connerie pareille encore une fois et je t'assure que l'homme de ta vie il se fera un plaisir de l'abréger.
— De toute manière, je vais bientôt mourir…
— C'est juste un rhume, Frérin… Et lève toi, ma moquette n'est pas un matelas.
— Ho… Ca ne nous a pas empêcher de…

Mais Frérin ne finit pas sa phrase, il préféra éviter la louche lancée à pleine puissance dans sa direction et se releva en riant.

— Tu m'autorises à aller agoniser sur ton lit ?
— Y a le canapé, au pire.
— Non merci, je préfère le lit.

Thorin leva un sourcil auquel Frérin répondit d'une moue aguicheuse.

— Ne crains rien, il y a assez de place pour deux.
— Il est à peine treize heures, je n'ai pas l'intention d'aller me coucher maintenant.
— On n'est pas obligé de dormir…
— Je n'ai pas l'intention de venir barboter dans la morve de mon petit-frère mourant !
— Hey ! Je ne morve pas ! Mais si tu ne veux pas que je sois mourant, t'as qu'à venir me soigner…

Frérin lança un dernier clin d'œil au plus vieux qui le regarda partir avec un air blasé au visage. « Mon dieu… Moi qui pensais que jamais il n'aurait pu être plus chiant qu'il ne l'était déjà… Il mérite une médaille… »

Frérin s'enroula sans complexe dans la couverture du plus vieux, ronronnant lorsque l'odeur entêtante lui fit tourner la tête et il ferma les yeux. Il savait qu'il venait de se montrer suffisamment odieux pour que Thorin le punisse en l'ignorant royalement, chose exécrable, mais il était trop faible pour s'en plaindre et décida de reprendre des forces. Son corps se réchauffa rapidement et il sombra dans un sommeil lourd, entrecoupé d'éternuements intempestifs.

O0O

— Tu reviendras quand ?
— Pour le jour de l'an, je ne voudrais pas louper ça pour rien au monde, Dwalin n'arrête pas de dire que ce sera grandiose…

Eomer rigola légèrement et passa une main affectueuse dans les boucles de Merry.

— Et… Ca te dirait de venir dîner à la maison, ensuite ?
— Tu veux dire… Chez toi ? Enfin, chez Théoden ? En tant que...
— Ils sont tous au courant, pour nous deux.
— Ha bon ? Depuis quand ?
— Depuis que tu m'accompagnes presque tous les week end en concours… Je n'avais pas l'intention de mentir à Théoden… Et de toute manière, je ne lui ai rien appris, il s'en doutait déjà.
— Ho… Et... Théodred aussi est au courant ?
— Lui l'a su avant tout le monde.
— C'est vrai ? Mais... Comment l'a t-il pris ?
— Théodred ? Heu... Il... Disons que c'était certainement la dernière chose à laquelle il s'était attendu.
— Que tu sois... Gay ?
— Ha, ça non, il s'en fout. C'est que ce soit avec toi.

Merry fit une triste moue qui amusa Eomer.

— Ils ne vont pas te manger, tu sais…
— C'est pas ça, c'est juste que… Ta famille est au courant depuis plusieurs mois, voir plusieurs années, et je n'ai encore jamais prononcé ton nom devant la mienne…
— Ne t'inquiète pas pour ça, Merry, je comprend.

Le plus petit haussa les épaules et se laissa aller dans l'étreinte d'Eomer en regardant distraitement la neige tomber.

— En tout cas, ce sera avec plaisir… Je retourne dans la Comté pour le 24 et serai sûrement de retour le 28 ou le 29, ça dépendra. Peut-être avant, si tu me manques trop…
— Je serai sûrement à Méduseld, mais tu es le bienvenu.

Ils se sourirent et Merry se retourna partiellement pour offrir ses lèvres à son amant. Ils s'embrassèrent d'abord doucement puis, grisé, le plus petit se souleva pour faire face à Eomer et approfondir le baiser. Le blond fit glisser ses mains dans le dos de son amant et se laissa tomber en arrière tout en le déshabillant d'un geste. Les doigts gourmands de Merry crochetèrent la fermeture éclaire du pull du plus grand et il la fit lentement glisser vers le bas, ses lèvres toujours scellées à celles d'Eomer.

Le début d'après midi était bien avancé, le Shari Vari était fermé pour une durée indéterminée et ils étaient cloitrés chez eux à cause de la neige. Eomer n'était pas vraiment du genre à passer ses journées enfermées, quelque soit le temps, mais les choses étaient différentes lorsque Merry était avec lui.

O0O

Bilbo pesta après avoir éternué une énième fois en moins d'un quart d'heure. Il marchait rapidement et cherchait à se faire discret. Il emprunta une multitude de petites ruelles, bénissant la neige qui assourdissait le bruit de ses pas et la fin d'après midi dont l'obscurité camouflait sa présence. Serrant son Smartphone dans ses doigts gelés il ralentit l'allure lorsqu'il entendit des crissements de pneu. Il s'approcha encore et se colla contre le mur qui faisait le coin de la rue.

— Bingo. Trafique d'arme et de drogue… en plein jour en plus… Ils n'ont vraiment pas peur…

Sans attendre, il filma avec son portable l'échange qu'il venait de surprendre puis s'éclipsa très rapidement, il ne voulait pas savoir ce qui lui arrivera si jamais ces mecs là mettaient la main sur lui, notamment le plus grand, celui qui dirigeait ce petit groupe d'une main de fer, Azog. Il rejoignit au plus vite le centre ville où grouillait une dense quantité de consommateurs qui faisaient le plein de cadeau de noël et envoya un sms à Gandalf pour le rassurer et lui dire qu'ils avaient de quoi remplir un très bon article sur le commerce de l'ombre avec tout ce qu'il avait pêché durant cette période d'avant les fêtes.

Il pensa rentrer chez lui en empruntant les artères piétonnes, mais, en passant près d'un petit parc, il entendit des rires désagréables et des remarques offensantes. Reconnaissant les voix, il comprit immédiatement de quoi il était question et fit un crochet pour aller récupérer un Sméagol hors de lui qui agonisait d'insultes un groupe d'hommes qui s'esclaffaient bruyamment.

— Regardez, c'est Bilbo qui vient chercher sa petite copine.
— Fermez-là.

Il attrapa le bras du meilleur indic qu'il n'ait jamais pu trouver et le tira derrière lui. Le groupe auquel ils avaient affaire ne valait pas les implacables criminels que Bilbo suivait régulièrement, mais rassembler ainsi les cerveaux les plus démunis et les moins fournis du quartier les rendait tout aussi dangereux, voir plus, car la connerie n'a parfois pas de limite. Surtout pas quand un leader moins crétin que les autres, voire même plutôt intelligent, se démarquait.

— Ho, attend Bilbo, tu ne vas pas nous quitter maintenant, tu viens à peine d'arriver.

Le plus petit soupira lourdement et se tourna vers Sméagol.

— Où est Gollum ? Dit lui de venir, maintenant !

Mais Sméagol le regarda avec ses grands yeux effarés aux pupilles dilatées sans réagir. Bilbo ne broncha pas lorsqu'une main élégante se posa sur son épaule et qu'une grande ombre le couvrit.

— Hey, Bilbo, ça te dirai de venir faire un tour avec moi ?

Bilbo entendit les rires grossiers des hommes qui admiraient l'audace de leur charmant leader et il se dégagea prestement.

— Bas les pattes, William, je te trouvais plutôt intéressant au lycée, mais tu es tombé bien bas depuis que tu traines avec ces connards.
— Allez… Tu ne t'es pas fait prié la dernière fois…
— La première et dernière fois c'était il y a trois ans et on était bourré tous les deux, c'était sympa mais je ne suis pas intéressé pour plus, merci.
— Oui… Je vois, tes goûts ont changé…

Bilbo leva les yeux au ciel en se demandant comment cet abruti pouvait bien imaginer qu'il sortait avec Gollum ou Sméagol. Il voulut s'éloigner, mais William lui attrapa l'épaule.

— Hola, tu ne crois tout de même pas que je vais te laisser partir comme ça ! Je veux bien te laisser tranquille… Contre un baiser.
— Va te faire foutre !

Le plus petit bouscula son agresseur et parvint à s'en défaire. D'un geste rageur, il donna une baffe à Sméagol. Les pupilles de ce dernier se rétractèrent alors que Gollum sifflait de colère et il se dressa entre William et sa victime, les poings serrés, sans savoir qui frapper en premier. Bilbo ne perdit pas de temps et prit la fuite, ne doutant pas que Gollum saurait s'en sortir tout seul.

— Bilbo ! Je te jure que tu seras de nouveau mien dans peu de temps ! Ca fait trop longtemps que tu me files entre les doigts !

William ne put en dire plus car Gollum lui sauta à la gorge et Bilbo s'éloigna du groupe sans se formaliser des paroles de celui qui fut un jour son amant d'une nuit et son ancien camarade de classe. William avait toujours été très extrême dans ses déclarations et, depuis qu'ils avaient couché ensemble, il avait tout tenté pour récupérer le plus petit, sans aucun succès, parce que Bilbo s'était ensuite rendu au Shari Vari, invité par Thorin, et y avait fait la connaissance de Fili dont il était éperdument tombé amoureux.

O0O

— Tu es bien plus supportable quand tu dors…
— Pourquoi tu dis ça ? Tu m'as observé dormir ?
— Prend pas tes rêves pour la réalité ! ET ECARTE TOI DE MOI !

Frérin soupira et s'éloigna du plan de travail de la cuisine de son frère qui était occupé à se préparer un diner et s'étira souplement en venant se poster face à l'immense baie vitrée pour observer la ville enneigée.

— Et va te rhabiller…

Le blond sourit en entendant le ronchonnement du plus vieux et il se retint de lancer une nouvelle pique salace dans laquelle il glisserait quelques sous-entendus de son cru. Surtout que Thorin n'avait pas à se plaindre, il avait tout de même fait l'effort de garder son slim et sa ceinture.

— Je veux bien, mais mes vêtements sont trempés… Et tu refuses catégoriquement de me prêter l'une de tes si belles chemises…

Il pencha la tête sur le côté en faisant mine de prendre un air affligé mais en réalité, il observa dans le discret reflet de la vitre l'image de son grand frère dont les yeux se repaissaient de son dos découvert. Un coin de sa bouche s'étira dans un demi sourire et il resta immobile, les bras croisés sur sa poitrine, comme si l'étude des piétons en contrebas l'intéressait intensément. Mais il se mit soudainement à frissonner, puis à grelotter. Confus, il se tourna vers Thorin, qui l'observait toujours mais qui avait remit sur lui son écharpe et un gros pull.

— Désolé mon grand, c'est pas toi qui paie le chauffage et j'ai décidé de faire des économies…

Frérin ne put que lever les yeux au ciel face à la fourberie de son grand frère, mais il ne s'avoua pas vaincu et s'approcha avec un sourire aguichant aux lèvres.

— Allons… Tu ne vas tout de même pas laisser ton petit frère mourir de froid ?

Il s'arrêta face à lui et prit entre deux de ses doigts fins la fermeture éclair du pull en laine du brun qu'il fit descendre tout doucement.

— L'idée est tentante…
— J'en ai une meilleure si tu veux…

Audacieux, il se laissa glisser contre le torse de Thorin, passant sous le pull pour l'enlacer et partager sa chaleur. Il posa ensuite sa joue sur son épaule, soupirant d'aise en sentant que le corps du plus grand n'était pas aussi dangereusement crispé qu'il s'y attendait.

— Frérin…
— Allons, on ne fait rien de mal…
— Pas encore…
— Personne ne le saura…

Le blond se figea et n'osa plus respirer lorsque les bras de Thorin se refermèrent sur son dos nu après une brève hésitation. Il ferma les yeux en souriant béatement et se rendit compte que cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien. En étant juste là, dans les bras de son frère, pour la première fois de sa vie.

— Pourquoi persévères-tu ainsi ?
— Pourquoi pas ? Qu'est-ce que ça va me coûter ? Toi ? Cela fait des années qu'on fait semblant d'être frères… Alors qu'en réalité, on ne fait que se tourner autour… On se fuit pour mieux se poursuivre… J'en ai plus découvert sur nous en une semaine qu'en toute une vie… Et… J'en ai appris plus sur toi en une nuit que…
— Tais-toi un peu.

Frérin se tut, parce qu'il ne voulait pas donner une bonne raison à Thorin de l'éjecter de l'étreinte, il préférait que ça en vaille la peine.
Doucement, il fouilla de son nez dans la douce écharpe aussi bleue que les yeux du plus vieux et se fraya un chemin à travers le cachemire afin de déposer un tendre baiser sur la peau chaude. Le sentant tressaillir, il renforça sa prise sur la taille qu'il tenait dans ses bras et, enivré, attaqua la gorge de petits baisers ardents et de gentils coups de dents. Les bras de Thorin qui enlaçaient son dos glissèrent pour attraper les épaules et le repousser mais Frerin se pressa contre le corps qui semblait d'airain en lui mordant franchement la clavicule. Le plus vieux poussa une exclamation aussi outrée que voluptueuse qui se teinta de surprise lorsque, d'un mouvement souple et implacable, le blond parvint à le faire basculer sur le bar américain, se plaçant immédiatement entre ses jambes qu'il écarta d'un genoux avide.

— Tu savais que ce bar me fait fantasmer depuis que tu l'as fait installé ? L'as tu déjà essayé ?

Son sourire s'effaça lorsqu'il vit les pupilles se rétracter dangereusement et un long frisson glacé descendit le long de son échine lorsqu'un chuintement clair et discret se fit entendre. Il se figea, n'osant plus esquisser le moindre geste et encore moins jeter un œil du côté des couteaux de cuisine en céramique parfaitement aiguisés que Thorin avait en ce moment à porté de main.

— Tu veux jouer, Frérin ?
— Thorin… Fais pas le con.
— Pourquoi pas ?

Le blond déglutit et ses yeux firent un rapide aller-retour entre le bar et la porte de sortie, jaugeant ses chances de s'en sortir vivant et pas trop amoché.
Thorin sembla lire ses pensées et il fut plus rapide. Au moment où le plus jeune amorça la fuite, il referma ses jambes sur sa taille et les fit rouler sur le plan de cuisine. Frérin glapit de manière fort peu virile et sentit couler en lui le trait insidieux de la peur lorsque les pupilles machiavéliques du plus vieux se posèrent sur lui.

— Je ne l'ai jamais essayé, non…
— Tu n'as pas honte ?

Bien moins serein qu'il ne le laissait paraître, Frérin regardait désespérément autour de lui à la recherche d'une solution, incapable de se défaire de la prise de Thorin et il cessa de se tortiller lorsque son frère approcha son visage du sien pour murmurer au creux de son oreille :

— Non, parce que le Jacuzzi est cent fois meilleur…
— Mieux que la moquette de ta chambre ?
— Tu n'imagines pas à quel point.

Le cœur de Frérin s'était emballé, pourtant, sa cadence se cassa lorsque le blond se rendit compte de quelque chose.

— Attend… T'es en train de me dire que tu as ramené des filles ici ?
— Pourquoi devrais-je m'en priver ?
— Mais… C'est chez toi ! Comment peuvent-elles oser souiller ton appartement de leur présence ingrate ?
— Calme toi ! Ce que je fais avec mon appart et mon corps ne te…
— Combien ?

Thorin allait répondre franchement qu'il en avait perdu le compte, mais l'éclat furieux qu'il surprit dans les pupilles du plus jeune fit remuer quelque chose en lui.

— Je ne pensais pas te dire ça un jour, Frérin, mais la jalousie te va vraiment bien…
— JE NE SUIS PAS JALOUX !

Thorin haussa un sourcil et admira les muscles qui jouaient sous la peau de la mâchoire crispée du blond qui fulminait sous lui.

— Tu en es sûr ?
— Pourquoi le serai-je ? Je reste la seule personne que tu as supplié à te prendre plus fort…

Thorin serra les lèvres et lança un regard furieux au plus jeune à l'évocation qu'il jugeait embarrassante mais il prit sur lui pour ne pas sanctionner la remarque.

— Toutes ? Ho, non, il y en a des sympas dans le tas…
— Dans le tas ? MAIS Y EN A COMBIEN ?

Le plus vieux lui lança un regard indéchiffrable, puis un sourire étrange étira ses lèvres :

— Crois moi, tu ne veux pas le savoir.

Les yeux du blond s'écarquillèrent et un rugissement franchit ses lèvres alors que la rage lui donna la force d'inverser les positions. Il plaqua les épaules de Thorin sur le bar de marbre et posa un genoux sur son torse pour l'immobiliser, les pupilles rétractées, prêt à montrer les dents…

— SI, je VEUX le savoir !
— Frérin, tu es…
— OUI, JE SUIS JALOUX, ET ALORS ?!
— Tu ne devrais p…

Frérin s'abaissa plus encore sur son frère, augmentant la pression qu'il infligeait sur les épaules de ce dernier et gronda d'un ton bas :

— Je ne supporte pas de savoir que d'autres t'ont touché.
— Tu te trompes, tu refuses tout simplement l'idée de n'être qu'un parmi tant d'autres !

Thorin avait vu juste et Frérin se tendit.

— MAIS CE NE SERA PAS LE CAS ! Tu es mien à présent, Thorin…

Ce fut au tour du plus vieux de se gonfler de colère suite à l'affirmation dite d'un ton bas et impérieux.

— JE NE T'APPARTIENS PAS !

Frérin se figea, ses pupilles furieuses plantées dans celle de Thorin, toutes aussi ombrageuses. Il considéra un instant les derniers mots de son frère avant d'hurler sur le même ton :

— SI ! Et maintenant, tu fermes ta gueule.

Thorin eut besoin d'un peu de temps pour imprégner ce que Frérin venait de lui ordonner, mais il n'eut pas l'occasion de répliquer, car une bouche avide se pressa contre la sienne et il écarquilla les yeux lorsqu'une flagrance sauvage explosa dans son palais, envahit ses sens et fit rugir son sang. Le blond plongea sa main dans la crinière de son frère et il se colla à son corps en remuant passionnément les lèvres et soupirant de plaisir lorsque Thorin entrouvrit les siennes sous la surprise et le désir. Grisé le plus jeune força la bouche du brun et la profana de sa langue avide.

Les dents s'entrechoquèrent lorsque Thorin se redressa pour approfondir le baiser. De sa langue, il chassa l'intruse et l'emprisonna pour une valse effrénée, affolant les sens de Frérin qui voulu se séparer de lui pour mieux reprendre le contrôle.

Mais la main du plus grand lui attrapa fermement la nuque et outrepassa la défense du blond pour pénétrer dans sa cavité et la découvrir sans douceur, amenant le plus jeune à gémir langoureusement, le cœur battant la chamade à cause du manque d'air et du trop plein de sensations.

Thorin lui fit grâce de quelques secondes pour le laisser reprendre son souffle, le temps qui lui fut nécessaire pour inverser de nouveau les positions avant de clamer ses lèvres qui portaient le goût exquis de l'interdit et de tous les affronts infligés qui méritaient pénitence. Frérin, frustré de se faire ainsi dominer, chercha à se débattre mais il dû s'immobiliser lorsque, l'embrassant toujours, le plus vieux attrapa ses poignets qu'il cloua d'une seule main puissante contre le marbre avant d'empoigner brutalement sa tignasse aussi indomptée que son esprit. L'exclamation qu'il poussa fut noyée par la langue qui l'envahit une nouvelle fois et il cru que le plaisir allait le consumer tellement il brulait. Il se cambra en gémissant pour se presser contre le corps d'airain au dessus de lui mais résista lorsque le plus vieux chercha à écarter ses jambes pour se placer entre elles.

Lorsque la bouche ardente se sépara de la sienne, elle le laissa étourdit et pantelant, seul un « Wow » émerveillé trancha les limbes de son esprit flou, seulement accaparé par le parfum enivrant de son grand frère. Ni l'un ni l'autre ne se soucièrent du verre qui roula et qui se fracassa au sol, explosant bruyamment.

Le léger fil des pensées de Frérin vola en éclat lorsque sa gorge, qu'il ne savait pas si sensible, se mit à bruler sous les assauts buccaux de Thorin qui ne lui épargna ni coup de dent cruel, ni baiser enflammé sur des points qui l'amenèrent à se tordre d'un plaisir exacerbé. Et lui qui se pensait si fier gémit pathétiquement lorsque la voix méconnaissable du plus vieux, assourdie par le désir, résonna à son oreille.

— Ecarte les jambes, Frérin.

Le corps voulut répondre à la sommation, mais le philosophe n'était pas encore désireux au point de vouloir s'offrir au plus vieux. C'était en le dominant qu'il avait pris le pied de sa vie, en l'amenant à se tordre sous lui, avec lui, et il voulait que Thorin redevienne ce corps désirable et offert dont il pourrait abuser sans craindre le lendemain, il ne voulait pas se retrouver soumis au plus vieux.

Et puis il n'y avait pas que ça. Il s'était peut-être montré extrêmement entreprenant ces derniers temps, mais c'était parce qu'il était persuadé que jamais Thorin ne répondrait à ses avances. Du moins pas de cette manière.
Au contraire. Il avait autant pris ça pour un jeu que pour un caprice. Bien sûr qu'il était plus que tenté par une deuxième nuit avec lui, et à quel point… mais malgré tout, il gardait en tête qu'ils étaient frères et que ce genre d'écart pouvait à la rigueur s'excuser s'il s'agissait d'un accident. Pas si les deux étaient parfaitement sobres et consentants.

Mais là, les choses étaient bien plus sérieuses tout d'un coup. Un peu trop même, à un point où Frérin parvint à s'en inquiéter. Un genoux chercha à se glisser entre ses jambes pour les écarter et il refusa de céder, pas seulement parce qu'il ne voulait pas reconnaître Thorin comme son dominant.

— Va te faire foutre !
— Tu rêves, tu m'as eu une fois, pas deux… C'est à ton tour maintenant… Et ne t'attend pas à ce que je sois plus doux que toi tu l'as été, tu ne le mérites pas.

Frérin déglutit et se refroidit considérablement. La situation dérapait, il ne contrôlait plus rien du tout et c'était une première pour lui. Il chercha une nouvelle fois à se débattre mais la prise sur ses poignets s'intensifia et Thorin usa de son poids pour l'immobiliser.

— Frérin… Tu n'espérais tout de même pas que je me laisse faire une deuxième fois ?
— Si, pourquoi ?
— C'est impensable.

La voix au ton trop bas le fit frissonner mais il tourna la tête pour se dérober aux lèvres qui cherchèrent une nouvelle fois à s'emparer des siennes. Il ne s'était sincèrement pas attendu à ce que Thorin réagisse ainsi, de manière aussi… entreprenante. Il s'était résigné à l'idée d'être le seul à en redemander et avait salivé en pensant au jour où il parviendrait de nouveau à se glisser entre les jambes de ce corps ô combien réceptif.

Mais il ne s'était pas attendu à ça. Découvrir cette facette de son frère, débridé et affamé, le troublait intensément et le faisait trembler de la tête au pied. A voir la manière dont il l'avait supplié lorsqu'il avait soumis son corps au plus vil des traitements, il ne s'était pas attendu à ce qu'il puisse se révéler si… Dominant et prédateur…Bien plus que tout ce qu'il laissait paraître sous sa froide quoique intimidante apparence, bien plus que Frérin ne l'avait jamais imaginé et bien plus que le blond ne le sera jamais.

— Laisse moi enfin essayer ce bar…

Frérin hoqueta et se cambra violement lorsque la main fourbe de Thorin lâcha ses poignets pour se glisser sur son entrejambe. Le plaisir fulgurant voila ses pensées et son traitre de corps en profita pour répondre à la sommation de Thorin en ouvrant largement les jambes, quémandant un peu plus d'attention. La gorge du plus vieux s'assécha devant le spectacle de ce jeune homme torse nu dont l'allure habituellement si fière, au maintien arrogant, était maintenant saccagée et le laissait gisant, offert et tremblant sur le marbre sombre, la bouche entrouverte pour laisser passer sa respiration affolée.

Un trait de désir lui vrilla les reins. Pour ce corps qu'il trouvait hautement érotique et désirable, pour cet esprit qui ne demandait qu'à être dompté et conquis, pour ce connard qui avait osé abuser de son ivresse et qui l'avait posséder l'espace d'une nuit avant de pousser l'audace à espérer une deuxième fois… Il pouvait toujours rêver…

Sa main remonta le long du corps allongé sous lui, l'amenant à se tordre et à onduler sensuellement. Ils entendirent tous les deux le portable de Thorin vibrer discrètement, posé sagement quelque part sur le bar, mais aucun des deux n'y prêta attention. Frérin était trop occupé à prier pour sa vie et le brun dégustait et découvrait avec délice la gorge pâle. Ses doigts tracèrent des sillons ardents sur le ventre qu'ils malaxèrent pour en apprécier la fermeté et sa bouche arracha un cri au blond lorsque la langue entoura sans prévenir un téton sensible. Grisé par la voix qu'il découvrait, le plus vieux maltraita le grain de chaire en le faisant rouler contre ses dents.

— Ho non ! Putain, arrête ça !

Un langoureux gémissement roula dans sa gorge et ses mains vinrent se placer sur les épaules du plus vieux, partager entre le désir de l'enlacer pour se presser plus encore contre lui et le supplier de le délivrer de cette odieuse chaleur qui irradiait en lui ou bien le repousser et s'enfuir pour reprendre contenance. Et ce fut le funeste cliquetis que fit la boucle de sa ceinture lorsque Thorin l'ouvrit impatiemment qui le ramena à la réalité et qui lui fit comprendre que s'il ne faisait rien, il allait réellement se faire troncher méthodiquement sur le bar de marbre. Il précipita sa main pour enrouler de ses doigts le poignet de Thorin avant qu'il n'essaie de lui abaisser le pantalon et se redressa pour planter son regard affolé dans celui, troublé, du plus vieux.

— Thorin ! Attend ! Es-tu sûr de pouvoir assumer ça après ?
— Assumer quoi ?
— D'avoir baiser ton petit frère dans ta propre cuisine !

Frérin ne perdit pas un instant et profita du sursaut horrifié de Thorin pour le dégager et il se laissa glisser au sol, se retenant au plan de cuisine pour aider ses jambes flageolantes à le soutenir, face à face avec Thorin qui semblait partagé entre son désir d'approfondir les choses ou bien sa morale qui lui disait qu'il était encore temps de sauver les meubles en annonçant qu'il avait juste voulut remettre les choses au clair.
Doucement, le blond fit quelques pas sur le côté pour s'écarter du plus grand sans rompre le contact visuel puis, constatant que le brun ne cherchera pas à le retenir, il tourna les talons et prit la fuite sans demander son reste.

Une fois seul dans son appart immense, Thorin chancela et recula pour prendre appui sur le mur derrière lui contre lequel il se laissa glisser en expirant lourdement. Il se prit la tête entre ses mains fébriles, encore empreintes de la peau qu'elles venaient de découvrir et il chercha à se défaire de l'odeur enivrante qui lui faisait tourner la tête et du goût exquis que portaient encore ses lèvres. Il voulut fermer les paupières mais l'image de Frérin se tordant de plaisir sous lui l'assaillit aussitôt et il se redressa en écarquillant les yeux.

— Ho putain de merde !

Il venait tout juste d'allonger son propre petit frère sur son bar pour lui faire subir les derniers outrages. Et le pire, dans tout ça, c'est qu'il était parfaitement conscient que si Frérin n'avait pas mis le holà et s'il s'était gentiment laissé faire, pire même, s'il avait participé, il l'aurait sans aucun doute pris plusieurs fois avant de se rappeler que la morale et la décence étaient peut-être un peu bafouées dans cette affaire.

Il se rendit compte que son souffle était bloqué et il reprit une grande inspiration en se demandant ce qui avait bien pu lui passer par la tête pour avoir ainsi été attisé par le corps de son petit frère. Son cœur battait à grands coups dans sa poitrine, charriant dans tout son être les vagues de désir qui pulsaient encore, doucement, et il commença à se dire que la situation était alarmante.

Néanmoins, alors qu'il posa lourdement sa tête contre le mur derrière lui, il se rendit compte que quelque chose n'allait pas : Loin de se soucier des retombées affectives qui pourraient découler de cette histoire, son esprit était obnubilé par la meilleur manière de s'emparer de Frérin. L'idée était alléchante, mais en tant que grand frère responsable, il se doutait que ce n'était pas la meilleure.

Il soupira une nouvelle fois en tachant de remettre les choses au clair : Lui et Frérin avaient, en parfaite connaissance de cause, complètement maitres de leurs actes et la conscience plus ou moins claire, failli céder à leur pulsions les plus primaires avant de se souvenir qu'ils étaient frères et qu'ils n'avaient pas à partager ce genre de chose avec autant de passion.

Il y remédia longuement et en vint à la conclusion que, finalement, ils ne faisaient aucun mal à personne et que, malgré le tabou enfreint, les faits n'étaient pas si catastrophiques. Son cœur, tiraillé entre son semblant d'affection fraternel et son désir incestueux, s'allégea sensiblement lorsqu'il décida de ne pas se torturer avec ça et il se releva en réajustant ses vêtements, l'esprit encore engourdi par tout ce que son adorable petit frère avait soulevé en lui.

Frérin avait réellement un don pour faire sortir de lui les sentiments les plus extrêmes, un don qu'il avait toujours assumé à la perfection, jusqu'à aujourd'hui.

Il resta quelques instants les yeux rivés sur le bar de marbre, dégustant sans aucune pudeur les images d'un Frérin vaincu et sans défense qui ondulait en gémissant, imaginant ce qui aurait pu se passer si le philosophe s'était laissé faire.

Un étrange sourire fleurit sur ses lèvres alors que son regard glissa sur les vêtements du blond qui gisaient toujours au sol. Ce crétin était parti trop vite, il n'avait pas pris le temps de se rhabiller… Il regarda distraitement par la fenêtre en se disant que, vu la tempête qui sévissait dehors et vu l'angine latente de l'étudiant, si ce dernier avait atteint sa maison sans mourir d'hypothermie avant, c'était un miracle. Il s'intéressa de nouveau au blouson et au chaud pull en laine qui trainaient au sol avant de jeter un nouveau coup d'œil à sa baie vitrée et se rendit compte que, malin comme il était, Frérin avait surement laissé ses clés dans l'une des poches des vêtements oubliés. Il se figea soudainement et jura lorsque la réalité le frappa : Frérin était sortit à moitié nu et sans les clés de sa maison !

— Putain mais quel con !

Il attrapa les fringues du plus jeune, se couvrit chaudement et eut le reflexe de prendre les clés de sa Honda, mais vu les flocons qui tombaient, il se dit que prendre la route n'étaient peut-être pas une meilleure idée et puis au moins, à pied il pourrait suivre le même chemin que Frérin et peut-être retrouver son cadavre congelé si celui-ci n'avait pas réussi à se trainer jusqu'à chez lui.

Il attrapa son portable et constata plusieurs appels manqués de son père mais il ne s'en formalisa pas en se disant qu'il l'appellerait plus tard.


oOo

Au prochain épisode :

Eomer aimerai bien avoir le dernier mot, mais Merry semble avoir réponse à tout.

Révélation au bar : Bilbo en a trop dit, Dwalin et Frérin vont faire des découvertes.

Orianne tente une approche, mais le barman de son cœur est à côté de la plaque.
La jeune fille se trouvera une alliée inattendue.

A plush'
Merci aux reviewers !
N'hésitez pas à commenter,
on publie pour partager, mais aussi pour recevoir des feedbacks,
Parce que c'est toujours intéressant de connaitre ce que les autres pensent de nos fics !


oOo

Bonus :
(Il était écrit et je ne savais pas trop quoi en faire, je pensais l'envoyer aux reviewers,
mais ça risque de frustrer ceux qui n'ont pas de compte et ceux qui lisent sans poster le moindre commentaire.
Donc voilà, c'est la scène bonus d'après Générique !)
(Il y en aura certainement d'autres)

Il y a quelques années, aux écuries Edoras :

— Allez ! Dis le moi !
— Mais que veux-tu que je te dise ?
— Son nom !

Eomer soupira et attrapa sa selle d'une main qu'il rangea sur le porte-selle avant de la recouvrir de sa protection sans s'occuper Théodred qui lui tournait autour, un grand sourire de matin de Noël accroché au visage.

— Qu'est-ce qui te fait croire que j'ai quelqu'un ? Ca pourrait n'être qu'un coup comme ça.
— Tu te fous de moi ? Je sais que ça fait quelques mois que ça dur, ne le nie pas ! C'est une fille que je connais ?
— Quelqu'un que tu connais, oui.
— Qui vient régulièrement aux écuries ?
— Yop.

Répondant distraitement, Eomer s'empara d'un licol et longea les boxes jusqu'à s'arrêter devant celui d'un jeune cheval qui somnolait sereinement.

— Et… Elle vient sérieusement ou bien… C'est juste un prétexte pour te voir ?
— Sérieux, je dirai.

Le blond pénétra dans le boxe et plaça le licol sur le cheval qui s'ébroua tandis que Théodred s'accouda à la porte en sondant son cousin du regard.

— Simple cavalière ou propriétaire ?
— Propriétaire.
— HA ! Ca se peaufine ! Jument, hongre ou étalon ?

Le plus vieux se dégagea pour laisser passer Eomer et le jeune cheval qu'il conduisit à l'extérieur pour le placer dans un paddock. Ils le regardèrent un instant caracoler puis Théodred pressa son cousin de plus belle :

— Alors ? Mâle ou jument ?
— Tu m'emmerdes.
— Si tu en as marre, tu n'as qu'à juste me donner son nom et je te laisserai tranquille !

Le grand blond soupira sans quitter le jeune des yeux puis il lâcha distraitement :

— Jument.
— Ho, ça tombe bien, il n'y en a pas tant que ça !

Eomer ricana et se détourna du paddock en lançant le licol au pied de la porte et il retourna à l'intérieur de l'écurie. Théodred le suivit en comptant sur ses doigts.

— Alors, nous avons Azaghâl, mais sa propriétaire est certainement trop jeune pour toi… Hmm, Stybba ? Arf, non. Pénélok, Virtuelle, Eyja ? Non, non, non. Aucun de leur propriétaire ne pourraient t'intéresser : pimbêche, retraitée et Eyja appartient à un vieux mec… On a qui d'autre ?
— Tu es censé le savoir mieux que moi…

Le grand blond s'immobilisa devant le boxe du fond et sourit tendrement lorsqu'un hennissement grave l'accueilli. Théodred, déterminé à percer le secret d'Eomer, flatta l'encolure de l'étalon gris qui avait offert à son cavalier de multiples prix renommés nationaux et internationaux et qui était venu vivre à Edoras avec le blond lorsque celui-ci avait emménagé chez son oncle.

— Ouais, salut à toi aussi Firefoot… Bon, Scatha ? Elle s'appelle comment sa cavalière ? Lénorielle ? Elle est pas mal elle, mais je crois qu'elle est déjà en couple.
— Peut-être, je ne vois pas qui c'est.
— La petite rousse, sur la jument baie.
— Ha, oui. Pas mon genre.

Théodred fronça les sourcils et jeta un œil sur la rangé de stalles, étudiant les pensionnaires des écuries.

— Et donc… Hmm… Lapsus, l'alezane ?
— Nop.
— La grande baie, Leïnek ?
— Non plus.
— Ha…

Déboussolé, Théodred longea les boxes, passant ceux des mâles pour se concentrer sur les juments de propriétaire, éliminant celles dont les cavaliers n'étaient certainement pas au goût de son jeune cousin. Pris au jeu, Eomer le suivit de loin, s'amusant à sonder son visage alors qu'il tentait de retrouver quel cheval pouvait bien posséder son amour caché. Le plus vieux fit toute l'allée une première fois, s'arrêtant quelquefois devant certaines juments que le blond dénigra en souriant. Il passa, sans la regarder, devant Windforlas qui broutait son foin distraitement et Eomer ne lui fit aucune remarque, il se contenta de caresser distraitement le chanfrein de la jument qui, en réponse, chercha à le morde.
Arrivé au bout du couloir réservé aux chevaux de propriétaire, Théodred secoua la tête et revint sur ses pas.

— Merde… Mais putain, c'est laquelle ?

Amusé, Eomer haussa les épaules et le regarda pester en remontant une nouvelle fois l'allée.

— Je viens de toutes les faires !
— Non, pas toutes…
— Attend, ça peut pas être Arkane, sa propriétaire à au moins quarante ans… Quoique… Ce n'est pas elle, n'est-ce pas ?
— Non.
— Ouf, je ne sais pas comment je l'aurai pris…

Eomer ricana une nouvelle fois et s'assit contre le mur opposé en jouant distraitement avec un cure pied qu'il fit tourner autour de son doigt tandis que Théodred énuméra une nouvelle fois toutes les pensionnaires en ne comptant que celle dont les propriétaires étaient femmes et susceptibles d'intéresser Eomer par leur âge, leur esprit et leurs mensurations. Un cheval hennit soudainement et frappa la porte de son boxe d'un coup de sabot impétueux.

— Encore cette garce de Windorflas qui nous explose les-… Non. Ho putain !

Les sourcils froncés, il se tourna vers son cousin qui retenait un rire amusé face à son visage éberlué.

— Windforlas ?
— Oui… Windforlas.

Le regard de Théodred, bouche bée, fit rapidement l'aller-retour entre le plus jeune, assis nonchalamment au sol, et la jument qui réclamait à manger en matraquant sa porte de bois.

— Mais tu… Te… Tu t'envoies le fils Brandebouc ? Mais… Naaaaan. C'est pas possible ! Pour de vrai ?
— Qui d'autre ?

Théodred bloqua en réfléchissant sérieusement à la question, puis il s'assit face à son cousin, sous le choc.

— Mais… C'est un mec !
— Et alors ?
— Ba… Toi aussi ?
— Et… ?
— Nan mais… Ouais, vous faites ce que vous voulez après tout, mais… Ca ne va pas durer, si ? Ho… Si. Ca fait combien de temps que ça dure ?
— Cinq mois.
— Cinq mois ?

Théodred se releva d'un bond en rigolant nerveusement.

— Je n'y crois pas, ça fait cinq mois que tu te tapes ce petit con de Merry et je ne l'avais même pas remarqué ? C'est trop drôle ! Ha ça… Encore, venant de toi, ça ne m'étonne pas, mais lui…

Encore une fois, le plus vieux se rassit face à Eomer et il remonta les genoux contre sa poitrine qu'il encercla de ses bras, ravit d'entendre enfin parler du secret de son cousin.

— Je pensais qu'il était conditionné, t'as vu les parents qu'il se tape ? Si Madame Brandebouc apprend que son cher fils, s'en va folâtrer dans la paille avec son moniteur d'équitation, il est bon pour la potence !
— Ouais… Il a d'ailleurs eu du mal à accepter son… Attirance pour moi, à cause de son éducation aristocrate. J'ai eu du mal à lui faire comprendre que ce n'était pas un vice et qu'on ne faisait rien de mal. C'est une des raisons pour laquelle on veut tenir ça secret : ses proches pourraient très mal le prendre.

Théodred acquiesça en mordillant distraitement un brin de foin qu'il avait porté à sa bouche.

— Je vois. Donc… Merry… Ce petit con qui m'a pourri la vie… C'est pour ça que t'as gagné le pari de l'été dernier et que tu as réussi à le sortir en concours ! Je savais bien que tes méthodes n'étaient pas conventionnelles, tricheur ! Il est mignon en plus, si j'avais su que c'était une manière de le mater, je n'aurai pas hésité à le pr… Hey, je rigole, hein, pas la peine de me regarder comme ça !

Le regard soudain polaire de l'intimidant cavalier fit frémir le moniteur qui se releva en montrant ses mains dans un signe de paix.

— Je te le laisse avec plaisir, hein ! Je le trouve charmant tant que je ne l'ai pas dans mes cours, tu peux te le garder !
— Je n'avais pas l'intention de te le rendre de toute manière. Dans quelques années, lui et sa jument auront le niveau de m'accompagner dans les internationaux. Le potentiel est là, il faut juste l'exploiter et le développer, mais ils ont les moyens de faire bonne figure sur les plus gros parcours.
— S'il le veut…
— Cela va de soit…
— Tu as l'intention de lui demander son avis ?

Eomer ricana et se releva, plaçant distraitement une mèche rebelle derrière l'oreille.

— Théodred, n'oublies pas de qui on parle... Le jour où j'arriverai à imposer ma volonté à ce gamin sera à marquer d'une croix blanche.