oOo

— ET LE PROCHAIN QUE JE VOIS DANSER SUR UNE TABLE SUBIRA LE MÊME SORT, ME SUIS-JE BIEN FAIT COMPRENDRE ?

Penaude, la foule d'étudiants baissa le museau en acquiesçant piteusement, n'osant lancer un regard du côté de Kili qui gisait au sol, perdu dans un coma nébuleux suite à la chaise que Dwalin lui avait balancé dans la gueule.

— Mais, Dwalin… C'est les vacances…
— Je veux pas le savoir ! Personne ne danse sur les tables au Shari Vari pour une raison aussi futile et sans être bourré ! SUIS-JE BIEN CLAIR ?
— Oui Dwalin…

Le léger brouhaha contestataire qui s'éleva mourut aussitôt sous le regard glacial du barman qui rugit une nouvelle fois :

— ET JE VOUS INTERDIS DE DIRE QUE JE SUIS EXÉCRABLE !

Les plus fous osèrent rouspéter, les autres s'assirent en silence. Puis, un premier sourire malicieux étira les lèvres de Pippin, bien vite repris par Merry avant de se répandre sur les visages de Faramir, Frodon, Sam et tous les jeunes étudiants qui étaient venus fêter les vacances au Shari Vari et Dwalin se figea. Ca sentait les ennuis cette histoire, il lança un regard en coin à sa serveuse qui acquiesça discrètement en ajustant la prise qu'elle avait sur la poêle d'airain, Tauriel était prête à protéger les meubles de l'établissement.

oOo

Merry ferma doucement la porte en posant son sac au sol alors qu'il pénétrait chez lui. Il n'avait jamais considéré autrement le cinq pièces spacieux qu'habitait Eomer, mais depuis que son amant, non, son petit ami, lui avait proposé de venir y vivre, il ne pouvait s'empêcher de se répéter inlassablement que sa place était là. Il longea sans bruit le couloir et s'adossa quelques secondes à l'embrasure de la porte, un léger sourire aux lèvres, pour observer son homme qui tapait distraitement sur le clavier de son ordinateur posé sur ses genoux, à moitié enseveli sous un amas de livres et de dossiers, royalement avachi dans le canapé, les vestiges de la pizza suprême, commandée chez l'italien de la rue, abandonnés au sol. Le plus petit marcha ensuite sur Eomer qui, par reflexe, ouvrit un bras en entendant l'autre approcher et Merry vint s'y lover en ronronnant.

— Que s'est-il passé ?

Eomer n'avait pas quitté l'écran des yeux, pourtant, il remarqua sans peine la lèvre ouverte et la tignasse plus échevelée que d'habitude du plus petit et seule une infime crispation de la mâchoire permis à Merry de sentir qu'il lui en coutait de feindre l'indifférence.

— Rien de grave, ne t'inquiète pas, on a simplement mis le bordel au Shari Vari, alors que Dwalin nous l'avait formellement interdit…

Eomer arqua un sourcil et se tourna vers son amant.

— Combien de morts ?
— Je ne sais pas, je pense que ce serait plus simple de demander combien ont survécu…

Un sourire lumineux étira les lèvres de Merry et Eomer s'en empara sans sommation, prenant son visage en coupe et pressant avidement ses lèvres contre la douce bouche du plus petit avant de s'en séparer légèrement pour faire courir sa langue sur la plaie qui ornait sa lèvre inférieure, qu'il happa ensuite des siennes.

— Et ça, c'est de qui ?
— Qu'est-ce que tu lui feras, si je te donne un nom ?
— Ce qu'il mérite.

Merry rigola légèrement et combla la distance qui séparait leurs lèvres pour réclamer un nouveau baiser qu'Eomer ne lui refusa pas.

— Faramir.
— Faramir ?
— Mais il visait Boromir.
— Encore lui…
— Tu le connais…

Eomer sourit distraitement en se rasseyant et se reconcentra sur son écran sans noter le froncement de sourcils du plus petit.

— Tu fais quoi ?
— J'ai un dossier assez lourd sur le travail et la culture à rendre pour la rentrée, je préfère commencer maintenant, tant que j'ai le temps.
— Mais je fais quoi, moi, en attendant ?
— Ce que tu veux… Si tu as faim je t'ai commandé une pizza pour toi aussi, elle est dans la cuisine… J'ai acheté un nouveau jeu pour la Xbox, si tu veux l'essayer…

Courroucé, Merry fronça les sourcils.

Vu le nombre de soirées qu'ils avaient passé ici ensembles, le plus jeune avait depuis longtemps trouvé ses marques et ne cherchait pas absolument la compagnie ou la proximité d'Eomer, même s'il l'appréciait plus que de raison. En tant normal, le jeune étudiant en lettres était accablé de devoirs où de diverses choses à faire qui l'occupait pendant qu'Eomer travaillait lui même sur ses dossiers où vaquait à ses propres occupations, plus ou moins futiles.
Mais ce vendredi était le premier jour des vacances, la veille de son départ et Merry n'avait absolument pas l'intention de passer sa soirée à regarder son amant s'échiner sur un sujet aussi barbant.

— Tout ce que je veux ?
— Tu es chez toi…

Eomer fronça un sourcil inquiet lorsqu'il remarqua sur les lèvres fines le sourire malicieux qui avait su le séduire quelques années plus tôt et qui continuait de lui faire de l'effet encore aujourd'hui. Cependant, il ne dit rien et chercha à se montrer calme et détaché alors que Merry se redressa avec sa tête caractéristique qui annonçait les ennuis pour le plus grand.

— Vraiment tout ?
— Dans la limite du raisonnable.

Les yeux d'Eomer firent un rapide aller retour entre le plus petit et l'écran de l'ordinateur en se disant qu'il gagnerait peut-être à enregistrer tout de suite ce qu'il avait fait jusqu'à maintenant avant qu'un malheur ne survienne et le long frisson qui descendit le long de son échine, soulevé par le souffle du plus jeune qui s'était dangereusement approché, confirma ses soupçons.

— Merry… Je sais que je n'aurai pas l'occasion de travailler sur ce dossier pendant les prochains jours… Et je ne peux pas me permettre de le bâcler…
— Hm hm.

Eomer serra la mâchoire et chercha à se concentrer sur les mots confus qui s'affichaient à l'écran sans se soucier des doigts agiles et audacieux qui passèrent vicieusement sous sa chemise pour caresser la peau.

— Arrête ça…
— Pourquoi ?
— Tu me déconcentres…
— C'est ennuyeux.

Aucune culpabilité dans la voix du plus petit qui, fourbe et gourmand, s'attaqua aux boutons de la chemise qui le gênait, amenant Eomer à jurer. Le cavalier lui attrapa le poignet afin d'immobiliser la main insolente en la plaquant contre lui et la maintenant ainsi. Collé à l'homme qu'il aimait, Merry ne broncha pas, se contentant de mieux s'installer contre son corps et laissant son visage reposer dans le creux de son cou et il se força à rester sage quelques instants. Le temps que la vigilance du plus vieux s'endorme, de nouveau concentré sur son travail, caressant le poignet de Merry d'un pouce distrait.

Puis, avec une douceur et une légèreté machiavéliques, il s'amusa à picorer la gorge, la nuque et ce qu'il pouvait atteindre de l'épaule de baisers vifs et ardents, se contentant de frôler la peau de ses lèvres et de l'attiser de son souffle dans un ballet intenable et exacerbant. Sa main prisonnière contre le ventre d'Eomer se crispa avec délice sur les abdos sur lesquels elle reposait et les malaxa avec dévotion malgré la tension que le plus grand chercha à lui infliger pour l'immobiliser.

— Merry…
— Quoi ? Je n'ai plus le droit de respirer maintenant ?
— Ne joue pas à ça.
— Que risquerai-je ?

Eomer poussa un soupir à fendre l'âme lorsque la main libre du plus petit se perdit dans ses cheveux afin de défaire le nœud qui les tenaient en arrière avant de laisser ses doigts s'y emmêler. Et il dut faire violence pour juguler la flamme qui gronda en lui lorsque le petit démon tentateur qui avait toujours su lui procurer les plus intenses des plaisirs fit doucement rouler le lobe de son oreille entre ses dents avant de susurrer avec passion.

— J'ai envie de toi.
— Ho putain, Merry, tu ne peux pas attendre ? Laisse moi au moins le temps de finir cette partie et je serai à toi, ne t'inquiète pas pour ça.
— Nan, j'ai envie de toi. Toi en moi. Maintenant.
— Pourquoi devrai-je céder à ce caprice ?
— Parce que c'est maintenant ou jamais... Je pars demain matin et nous passons la soirée, peut-être même la nuit, chez Boromir...

Eomer jura de nouveau alors qu'il du faire face aux assauts buccaux de la vérole sur laquelle il avait craqué pour une obscure raison et il ferma les yeux pour juguler le flot de sensations aussi exquises qu'indomptées qui lui vrillèrent les reins sous les caresses osées et odieusement bien placées. Evinçant l'ordinateur qui glissa sur le canapé, Merry s'installa sur les genoux du plus grand en plantant ses yeux emplies de malice dans ceux, portant l'éclat d'un désespoir résigné, d'Eomer.

— Y aura t-il un jour quelque chose que je puisse refuser venant de toi ?
— Oui, la dernière fois, tu n'as pas voulu que reste à la BU.
— Normal, même un aveugle n'aurait pas manqué comment l'autre garce te regardait…
— Tu parles de Julie ? Tu es sérieux ? Ne me dit pas que tu as peur qu'elle te vole mon attention.

Excédé par le rire qu'il sentit poindre dans la poitrine de son amant, Eomer s'empara de sa nuque pour écraser leurs lèvres ensembles afin de le faire taire une bonne fois pour toute et ne pas avoir à lui faire remarquer qu'il ne se passait pas une semaine sans que cette nana ne cherche la compagnie de ce mignon et adorable petit étudiant en lettres, au grand dam de celui qui se considérait comme son unique possesseur. Il se sépara ensuite de lui mais le maintint à quelques centimètres de son visage pour lui murmurer ses reproches.

— Une heure, c'était trop te demander ?
— Tu sais que je n'aime pas être ignoré pour quelque chose d'aussi futile qu'un devoir dont la réponse vous sera donnée à toi et Boromir par Aragorn quelques heures avant le premier court de la rentrée.
— Je le sais, oui.
— Mais tu persistes à me mettre de côté.
— Il faut bien que je te fasse comprendre que je ne suis pas à tes ordres.
— Tu as l'intention de me dresser ?
— Il serait temps que je m'intéresse à ton cas, effectivement…

Le sourire rayonnant qui étira les lèvres de Merry se mua bien vite en une grimace de plaisir lorsqu'une main, fière et forte, glissa le long de son dos, le brulant de caresses chaudes avant de s'emparer d'une fesse qu'elle malaxa avidement. Le plus petit se cambra et laissa échapper une exclamation emprunte d'un désir ravi qui se teinta de frustration lorsque le contact s'évanoui.

— Mais je ne pense pas que tu le mérites…
— Ne me demande pas de te supplier, ça ne marchera pas.
— Je ne crois pas que tu devrais affirmer ce genre de chose avec autant d'aplomb… Surtout pas à moi, qui t'ai entendu gémir et implorer pour bien moins que ça…

Merry se mordit la lèvre en songeant aux diverses situations évoquées par Eomer et l'intensité de ce qu'ils avaient vécus alors fit rougir la part pudique qui survivait en lui. Toutefois, il ne se démonta pas et, profitant d'avoir distrait le plus vieux par son rougissement, il finit de déboutonner entièrement sa chemise pour dévoiler ce torse qu'il aimait tant. Il répondit à la pression qu'infligea la main d'Eomer sur sa nuque en lui offrant ses lèvres. Il se noya dans le baiser fougueux que lui arracha le grand blond, dont la main revint tourmenter le bas de son dos, laissant des sillons brulants sur la peau qu'elle découvrit en se faufilant sous le pull. Ce dernier glissa rapidement des épaules de Merry pour la plus grande surprise du plus jeune qui n'avait pas remarqué qu'Eomer l'avait discrètement ouvert tout en profanant sa bouche.

— Je pensais que je ne le méritais pas.
— Je le pense aussi, mais je n'ai pas envie de me priver de toi pour ce genre de raison. Je n'y suis pour rien, moi, si ton insolence dépasse les bornes et je serai fou de ne pas en profiter. Je m'occuperai de ton éducation plus tard.

Eomer clama une nouvelle fois la bouche du plus petit et ne se sépara de lui que pour le débarrasser de son T-shirt avant de se redresser pour allonger Merry sur le canapé sans se soucier de l'ordinateur et des feuilles qui glissèrent au sol.

oOo

— Frérin, rentre chez toi.
— Nan !
— Je ne te demande pas ton avis, il est hors de question que je laisse qui que ce soit agoniser dans mon bars !
— J'agonise pas.

Dwalin haussa un sourcil et remplit une nouvelle fois le verre du jeune blond d'un grog fumant et surpuissant pendant que Tauriel rangeait la salle, en désordre après la bataille du début d'après-midi, s'autorisant quelques coups d'œil sur le torse nu très bien fait du jeune philosophe.

— Tu ne veux vraiment pas me dire ce qu'il se passe ?
— Mes clés sont dans mon blouson…
— Qui n'est pas sur toi apparemment, ni ton pull d'ailleurs…
— 'Sont chez Thorin…

La main du barman se crispa sur le verre qu'il tenait et il inspira profondément.

— Et puis-je savoir ce que foutent tes vêtements chez Thorin ?
— Je les ai oublié… Je crois….

Légèrement inquiet, Frérin observa les doigts de Dwalin qui pianotaient nerveusement sur le bar de bois.

— Et que faisais-tu chez Thorin à moitié déshabillé ?
— Je… Me réchauffais… ?
— Tu te réchauffais…
— En quelque sorte.
— En quelque sorte…
— Pourquoi tu répètes tout ce que je dis ?
— Frérin… Qu'as tu encore fait à ton frère ?
— Rien ! Qu'est-ce que tu vas t'imaginer ?

Dwalin lui lança un regard poignant avant de remplir un verre qu'il glissa sur le comptoir en direction de Bilbo, qui venait d'arriver, coupant ainsi court à la conversation. Le plus petit lança un œil appréciateur au torse nu de l'oncle de Fili et ne mit pas longtemps avant de se rendre compte que quelque chose clochait dans la tenue du blond.

— Heu… Frérin ?
— Cherche pas, Bilbo, tu ne veux pas le savoir.

Bilbo acquiesça courtoisement, comprenant le message, puis il jugula inconsciemment une boule de terreur lorsqu'il remarqua le regard machiavélique que Dwalin avait posé sur lui depuis son arrivée.

— Dis-moi, Bilbo… Tu es plutôt proche de Thorin, n'est-ce pas ?

Ne sachant à quelle sauce il allait être mangé, Bilbo hocha nerveusement la tête et lorgna discrètement sur la sortie sans remarquer que le blond à côté de lui s'était crispé en même temps que lui.

— Mais… Vous avez été plus que proche, à un moment, n'est-ce pas ?

Des deux consommateurs, Dwalin n'aurait pu dire lequel avait bondit le plus haut mais ce fut la voix interloquée de Frérin qui couvrit celle, gênée, du plus jeune.

— Comment ça ?
— Mais… de quoi parles-tu ? Il ne s'est jamais rien passé entre nous !
— Tu es sûr ? J'aurai pourtant juré…

Les yeux écarquillés de Bilbo voltigèrent entre ceux, cruels, de Dwalin, la porte de sortie, son verre et ceux, dangereux, de Frérin.

— Mais… Mais non !
— Dwalin, de quoi tu parles ? Thorin m'a pourtant dit que c'était sa pr… Je veux dire que je pensais que mon frère n'était pas intéressé par… ce genre là.
— Tu devrais plutôt demander à Bilbo ce qu'il s'est passé à la pendaison de crémaillère du nouvel appart de Bard.
— Bard ?
— Un ami commun, je ne pense pas que tu le connaisses…

Les lèvres de Bilbo s'étaient détachées dans un « o » choqué alors que les souvenirs de la soirée en question lui revenaient en mémoire.

— Mais… C'était juste un dérapage !
— Ha ça, Frérin sait à quel point son frère peut se montrer extrême dans les dérapages…

Bien sur, au fond de lui, Dwalin ressentit une petite pointe de culpabilité lorsqu'il remarqua la manière dont le jeune blond se tourna lentement, très lentement, en direction de Bilbo qui n'en menait pas large.

Mais, après tout, il était temps que cet arrogant blond revienne à sa place et qu'il cesse de se considérer comme l'unique possesseur de Thorin et puis ce n'était pas comme s'il s'était passé la moindre chose entre Bilbo et son meilleur ami, il aurait été le premier à le savoir, n'est-ce pas ?
Pourtant, le visage gêné du plus petit amena Dwalin à froncer les sourcils et il tilta soudainement sur les derniers mots de l'historien :

— Attend, de quel dérapage parles-tu ?

Si Dwalin venait d'évoquer la pendaison de crémaillère de Bard, c'était simplement parce que le jeune architecte brun n'avait encore jamais mis les pieds au Shari malgré les invitations de Bilbo, Dwalin et Thorin et, de ce fait, personne d'autre que ces trois là ne le connaissait. Mais en aucun cas Dwalin n'avait entendu parler d'un dérapage entre Thorin et Bilbo.

— Oui, Bilbo, de quel dérapage parles-tu ?

Malgré ses lèvres blêmes, ses dents qui claquaient, les tremblements qui parsemaient sa peau livide, Frérin avait encore un regard clair et pénétrant qui intimida le plus jeune.

— Mais. . . Il ne s'est rien passé !
— C'est bon, je ne vais pas te manger, je veux juste savoir ce qu'il s'est passé entre toi et mon frère. . .
— Mais rien justement ! Je ne m'en rappelais même plus avant que Dwalin n'en parle et à mon avis, Thorin ne dois pas s'en souvenir non plus.
— Se souvenir de quoi, au juste ?
— On était bourrés tous les deux et on a longuement parlé toute la soirée. . . J'avais peut-être le béguin pour lui à l'époque, alors quand il m'a demandé à quoi ça ressemblait d'embrasser un garçon, je le lui ai montré, faut dire qu'il sait se montrer persuasif quand il est plein, mais c'est tout ! Et même si c'était chaud, on n'est pas allé plus loin ! Du moins, je crois, en tout cas, on n'a pas dépassé une certaine limite, je crois... Je ne suis pas très sur...

Le barman et le frère de Thorin restèrent bouche bée et les yeux écarquillés, mais pas pour la même raison :

Frérin se sentit soudainement refroidis, très, par les mots de Bilbo. Non pas par jalousie, mais par déception. Une effroyable déception qui lui vrilla la poitrine. Parce que, apparemment, il n'était pas le premier que Thorin avait aguiché une fois ivre.

Lui qui s'était laissé penser que l'alcool avait permit au brun de se laisser aller à un désir enfouit en lui qu'il aurait éprouvé pour le plus jeune, tombait de haut. Certes, Bilbo n'était pas n'importe qui, comptait parmi les meilleurs amis de son frère et était plutôt craquant dans son genre, mais se trouver soudainement sur la même marche que lui au yeux de Thorin fit mal au blond qui ne remarqua pas la manière dont Dwalin ouvrit et referma la bouche en fixant stupidement le plus petit.

— Mais, il ne me l'a jamais dit !
— Parce qu'il n'y avait rien à dire !
— Quand même !
— Pourquoi ? Qu'est-ce que ça change, Dwalin ? Je ne dois pas être le premier qu'il embrasse sur un coup de tête ! C'est le fait qu'il ait fait ça avec un mec qui te choque ?
— Bien sur que non ! Ou plutôt, oui, un peu, mais surtout le fait qu'il l'ait fait avec l'un de ses meilleurs amis ! Thorin préfère se donner à des inconnues qui, au mieux, ne connaissent que son prénom. Tu le connais aussi bien que moi.
— C'est pour ça que j'ai dit qu'il s'agissait d'un dérapage, il était bourré et curieux, je n'était pas mieux et j'avoue qu'il est fichtrement séduis-

Bilbo se tut soudain et déglutit en se disant que là, c'était LE moment où il devait prendre la fuite vu comment Dwalin se redressa en le regardant avec une curiosité surprise et la manière dont le regard de Frérin devint tranchant avant de s'écarquiller soudainement, portant la même surprise que celui du Barman.

— Attend, Bilbo, un doute affreux me prend alors que je me rend compte qu'il y a une question que je ne t'ai jamais posée. . .

Le plus petit bloqua sa salive et déglutit une nouvelle fois lorsque Dwalin et Frérin le questionnèrent en même temps :

— Tu es gay ?

« Et merde » Fut tout ce qui traversa l'esprit du plus petit qui se demanda rapidement s'il était capable de mentir de manière suffisamment crédible pour leurrer un maitre en la matière, mais son silence fut révélateur et un terrible sourire éclaira le visage blême de Frérin, le sourire d'un enfant qui vient de se trouver un nouveau jouet.

— Mais ça fait longtemps ? Je veux dire... Es-tu né avec cette certitude ou bien t'es-tu découvert ce... penchant subitement ?
— Ecoute, Frérin, c'est quelque chose que je ne peux pas défendre, donc je te saurai gré de ne pas plaisanter avec ça.
— Loin de moi cette idée, au contraire, il se peut que j'ai quelques questions à te poser...
— Frérin...

Le grondement menaçant qui roula dans la gorge de Dwalin et l'air susceptible du plus petit freina légèrement le blond qui se reprit en jubilant.

— Non mais, quand même, ça fait plus de huit ans qu'on se connaît et mis à part le fait que je ne t'ai jamais vu avec une nana, jamais je n'aurai pu soupçonner que tu étais de ce bord là, c'est pour ça que je m'interroge. . . Et puis en une semaine, t'es quand même la troisième personne qui fait son coming-out dans ce bar, je commence à être blasé. . .
— Ho, oui, j'étais au courant pour Merry, il a eu du mal à assumer sa relation avec Eomer au début et on en a beaucoup parl-
— N'essaies pas de changer de sujet ! Et...

Frérin s'arrêta soudain pour pousser un éternuement magistral et, le voyant grelotter de plus belle, Dwalin et Bilbo, sans se concerter, lui cédèrent l'un son écharpe, l'autre son blouson beaucoup trop grand pour le jeune philosophe qui s'emmitoufla dedans en claquant des dents.

— Frérin, tu ne veux pas que je te raccompagne chez toi ? C'est sur ma route.
— Ca ne sert à rien, j'ai pas mes clés...

Dwalin poussa un soupir excédé et sortit son portable pour le porter à l'oreille d'un air déterminé.

— T'appelles qui ?
— Ton frère.
— NON ! Je veux dire... Non merci... Je ne préfère pas.
— Comment ça ? Tu m'as dit que tes affaires étaient chez lui. S'il s'est rendu compte que tu cours les rues à poil et sans logement, il doit sûrement être à ta recherche en ce moment et...
— FRERIN !

Le blond sursauta, à l'instar de Bilbo, et se tourna piteusement vers l'entrée de la cave où se tenait Thorin, essoufflé, les cheveux parsemés de flocons de neige et la main blanchie par le froid crispée sur le manteau du plus jeune.
Le brun descendit rapidement pour se diriger d'une démarche implacable sur son demi-frère sans se soucier de Bilbo et Dwalin dont il ne remarqua même pas la présence, focalisé sur le jeune blond qui grelottait malgré la lourde veste de Dwalin et la chaude écharpe de Bilbo qui lui donnait un air de petit prince échoué d'une autre planète. Une fois à hauteur du plus jeune, il le débarrassa des affaires de ses amis pour le rhabiller rapidement avec les fringues qu'il avait oublié chez son aîné et, jugeant que ce n'était pas assez, il se défit de son manteau pour en couvrir les épaules tremblantes. Il prit ensuite le menton entre ses doigts pour forcer Frérin à le regarder dans ses yeux noyés dans une inquiétude camouflé en fureur :

— Plus jamais, Frérin, plus jamais tu me fais ce coup là. . . .

Intimidé et assommé par le froid, le blond en perdit la voix et acquiesça vigoureusement avant de se lever sous la sommation de Thorin.

— Maintenant, suis moi, je te ramène à la maison.

oOo

— Non, pas plus que 2cl, sinon, le mélange prendra le gout du rhum et deviendra quelconque, là tu en as mis trop.

Tauriel hocha la tête et jeta dans l'évier les prémices d'un cocktail que Dwalin avait créé et qu'il lui enseignait patiemment, dictant la recette de loin.

De son côté, le barman remplit trois verres qu'il fit glisser vers les étudiants en droit puis il s'accouda à son comptoir. Depuis que Tauriel était là, sa charge de travail avait été divisée par deux et il avait donné à sa serveuse de toutes les tâches ingrates qui le soulaient. Certes, il n'avait pas vraiment défini d'horaires très nettes, et très régulières, ce qui faisait que Tauriel en avait déduit qu'elle pouvait venir et repartir comme elle voulait, mais il arrivait dorénavant à Dwalin d'avoir des moments de creux, comme maintenant.

Son regard fit le tour de la salle et il constata que les vacances profitaient bien à son commerce, car tous les étudiants qui n'étaient pas partis aux sports d'hivers dans avaient échoué ici. Il remarqua la jeune Orianne, assise toute seule à une table, plongée dans un livre dont la lecture lui tirait un léger sourire. Elle avait mis ses épaisses lunettes et de longues mèches châtains s'échappaient de sa natte en partie défaite ce qui lui donnait un air assez craquant et absolument mignon. La lycéenne avait gardé ses mitaines de laine et sa grosse écharpe, mais, même de là où il était, il pouvait discerner la manière dont son corps tremblait légèrement de froid malgré la chaleur ambiante dans la cave.

Elle sursauta lorsque Dwalin prit place en face d'elle en faisant glisser une tasse fumante et odorante vers sa protégée.

— Que me vaut cet honneur ?
— Tu passes trop de temps dans tes livres, c'est pas sain.
— C'est pourtant l'occupation idéale qui sied à une petite fille en pleine hiver.

La boutade tira un petit sourire à Dwalin et il porta à ses lèvres le verre qu'il avait ramené avec lui tandis qu'Orianne marquait la page de son livre avant de le faire disparaître dans son sac.

— Qu'est-ce que tu lisais ?
— Un livre.
— Merci de cette... précision.

Il bu une autre gorgé et ignora le petit sourire taquin qui flottait sur les lèvres de la plus jeune. Orianne n'était pas vraiment timide, au contraire, mais elle restait une personne très réservée et n'aimait pas beaucoup s'épancher sur elle-même, Dwalin savait que, s'il voulait l'embarrasser, il n'avait qu'à la questionner sur ses goûts ou ses humeurs sans la lâcher des yeux, elle parvenait toujours à glisser sur la question d'une pirouette plus ou moins subtile et il ne cherchait jamais à la forcer de se dévoiler. Il savait que, lorsqu'elle avait quelque chose sur le cœur, elle venait le trouver et se livrait à lui à demi-mots, sur des choses qu'elle estimait plus intéressantes que le titre d'un livre qu'il aura oublié dans les cinq minutes.

Il la regarda pianoter nerveusement contre la table et il comprit qu'elle était en train de chercher ses mots. Le barman décida de lui offrir un peu de répit en prenant une nouvelle gorgée puis il planta son regard dans le sien. Elle avait retiré ses lunettes et il se noya dans les yeux aussi troubles que profonds sans même s'en rendre compte.

— Dwalin, est-ce que tu sais quel âge j'ai ?

La soudaineté de la question le pris au dépourvu et il fronça les sourcils, sans vraiment savoir où elle voulait en venir.

— Comment veux-tu que je le sache ? J'ai déjà du mal à me rappeler du mien.

Elle le regarda sans ciller quelques instants, ne semblant ni déçue, ni contrariée, elle se contenta d'enregistrer l'information avant de continuer.

— Est-ce que tu sais au moins quelle est la date de mon anniversaire ?
— Début d'année, il me semble, mars, ou février...
— Un peu les deux, je suis née un 29 février.
— Ha oui, c'est vrai, ça fout le bordel tous les ans.
— Pas l'année prochaine, ce sera une année bissextile...

Il la regarda prendre une gorgée de son chocolat chaud et un sourire tendre étira ses lèvres.

— Tu aimerais quelque chose de spécial pour ton anniversaire ?
— J'aimerai bien, oui.

Il ne remarqua pas les légères rougeurs qui se répandirent sur les joues pâles, ni même comment la voix féminine s'aggrava sensiblement. Le regard mordoré d'Orianne effleura rapidement le torse du barman avant de se noyer prestement dans le fond de sa tasse avec laquelle elle joua nerveusement pour occuper ses mains qui ne désiraient qu'une chose : se délier pour aller se poser sur le corps en face d'elle qui l'attirait comme un aimant.
Toutefois, elle ne broncha pas et resta stoïque lorsque Dwalin se pencha vers elle, mettant ses sens au supplice lorsqu'il susurra d'une voix trop grave :

— Quelque chose en particulier ?

Un long frisson empoigna son corps et réchauffa son bas ventre mais elle jugula son désir et offrit un sourire légèrement crispé au barman, chassant de son esprit les images qui le parasitaient, des images qui étaient loin, très loin, d'être chastes, pour une enfant.

— Merci, mais je préfère les surprises...

Il la regarda intensément, réfléchissant à ce qu'il pourrait bien offrir à cette jeune fille brillante mais discrète qui se complaisait dans le silence et la solitude. Du moins, à première vue. Il savait qu'Orianne valait bien plus que la carapace qu'elle montrait, la connaissant depuis sa naissance, il était même fier de ce qu'elle était devenue, ce qu'elle devenait.

A des années lumières des canons de beautés et des personnalités populaires et extraverties qu'elle était amenée à côtoyer au lycée, elle possédait son propre charme insaisissable et un caractère très affirmé qui faisait d'elle, non pas une meneuse ou bien un personnage exubérant, mais quelqu'un qui savait prendre ses propres décisions, ses propres choix et qui traçait son propre chemin, intouchable et incorruptible.

— Très bien, gamine, je vais faire en sorte que ce 29 février soit un jour dont tu te souviendras.

Elle parvint à retenir un couinement où se mêla un plaisir anticipé mais déplacé face à la promesse qu'elle entendit dans la voix grave et la frustration de voir que Dwalin continuait de la considérer comme l'enfant qu'elle n'était plus. Dans deux mois, elle aura dix-huit ans et cela faisait quelques temps que ses perceptions avaient changées. Depuis maintenant un ou deux ans, la simple présence de Dwalin la chamboulait profondément. Lucide, elle n'avait pas mis longtemps à comprendre de quoi il en retournait et avait plusieurs fois essayer d'aguicher le plus vieux, sans succès. Craintive à l'idée de saccager ce lien si fort qui le liait à elle, elle n'avait pas osé aller plus loin que quelques sous-entendus subtils, peut-être un peu trop, et parfaitement vains. Elle restait l'enfant qu'il regardait grandir avec bienveillance et qu'il considérait sans aucune ambiguïté comme la fille la plus importante de sa vie.

Ils sirotèrent leur boisson tranquillement en discutant de sujets léger, mais il ne mit pas longtemps à remarquer que la lycéenne semblait nerveuse et, chose rare concernant Orianne, agacée.

— Quelque chose te tracasse ?
— Non.

La réponse avait fusée et la jeune fille noya la tension en buvant une nouvelle gorgée de la boisson chaude qu'elle reposa ensuite sur la table et il la regarda réduire sèchement son carré de sucre en charpie avant de parler sur le ton de la conversation.

— Au fait, il parait que le Shari ferme assez tôt ce soir...
— Oui, mais une soirée est prévue chez Boromir à la place pour fêter les vacances.
— Je sais, j'ai été invitée par Faramir.
— D'ailleurs, c'est Tauriel qui s'occupera de la fermeture aujourd'hui, je ne serai pas là.

Elle plissa légèrement les lèvres, sans montrer la moindre émotion et resta silencieuse quelques instants, son regard mordoré rivé sur le sucre qui était maintenant réduit à un tas de poudre.

— Et... Tu fais quelque chose en particulier ?

Un sourire condescendant étira les lèvres du barman qui, du bout du doigt, fit glisser le sucre que la jeune fille avait abandonné en croisant ses bras sur sa poitrine, il joua un peu avec les grains en répondant avec patience :

— Des trucs d'adultes, tu comprendras quand tu seras grande...
— Mais je suis grande !
— Pas assez pour ça, ma belle.

Elle se mura dans un silence agacé et, amusé par la légère moue courroucée qui ourlait les lèvres d'Orianne, il s'appuya nonchalamment contre le dossier de sa chaise.

— Je vais voir Tanya.

Orianne avait fait l'erreur de s'emparer de sa tasse pour finir son chocolat chaud à ce moment et elle eut du mal à réprimer dignement la toux qui l'a prise lorsqu'elle avala de travers le liquide brulant.

— Encore ? Mais qu'est-ce que tu lui trouves à cette greluche ?

La question avait fusé du cœur sans qu'Orianne ne puisse la retenir et elle fut sans doute la plus surprise des deux. Mais Dwalin ne releva même pas, au contraire, un sourire doux étira ses lèvres et, se méprenant sur la réaction de la jeune fille, il laissa échapper un ricanement attendri.

— Disons qu'elle possède certains atouts qui ne laissent pas les hommes indifférents.

Sans se rendre compte du supplice qu'il infligeait à la jeune fille qui resta de marbre malgré le fracas que fit son cœur soumis à une soudaine jalousie doublée d'un complexe d'infériorité cuisant, il finit son verre et surveilla de loin Kili et Pippin qui rouspétaient furieusement parce que Tauriel avait exigé de voir leur carte d'identité avant de refuser catégoriquement de leur servir une quelconque boisson à base d'alcool.

— J'y retourne. A demain, ma grande.

Avec affection, il ébouriffa les cheveux d'Orianne avant de débarrasser la table et de retourner du côté du comptoir. La jeune fille resta immobile et ne répondit même pas. Elle resta un long moment à ruminer la discussion, les larmes au bord des yeux et ses bras croisés sur sa petite poitrine dont le 85B ne pouvait absolument pas concurrencer la plantureuse femme qui partageait en ce moment ses charmes avec Dwalin.

L'esprit vide, elle récupéra ensuite son sac et en sortit le livre qu'elle y avait rangé.

Elle avait envie de partir, mais elle ne savait pas où.
Son père travaillait à Erebor et n'avait sa garde que le week-end et Orianne supportait de moins en moins son beau-père, Ilweran, qui prenait de plus en plus de place dans la relation, autrefois équilibré et presque fusionnelle mais maintenant froide et emplie de non-dits, qu'elle entretenait avec sa mère.
Et dans la mesure où la nuit était déjà tombée et qu'il faisait un froid polaire à l'extérieur, elle décida de rester encore un peu au Shari et elle se plongea à nouveau dans son livre.

Le Bar fut rapidement déserté ce soir là, car tous les étudiants s'étaient donnés rendez-vous chez Boromir. Si bien que, sans qu'elle ne s'en rende compte, absorbée par son histoire, Orianne se retrouva toute seule avec Tauriel qui rangeait la salle en pestant contre cette satanée moquette.
Rapidement et sans un mot, la lycéenne rangea ses affaires et se prépara à partir, mais la serveuse l'intercepta:

— Tu vas à la soirée chez l'étudiant de science po ?
— Pourquoi ?
— Je suis invitée moi aussi, tu permets que je t'accompagne ?

Orianne haussa les épaules mais, néanmoins, elle attendit cinq minutes que Tauriel ait fini de ranger les chaises avant d'attraper son cuir, ses gants, son bonnet et son écharpe.

Elles sortirent du Shari une fois que la serveuse lui eut proposé de faire un crochet par chez elle pour utiliser la trousse de maquillage et le fer à lissé. Orianne avait beau ne pas être coquette dans son genre, elle restait plutôt féminine et l'idée de prendre le temps de se faire jolie ne la rebuta pas.

Elle commencèrent à marcher dans un silence qui aurait pu durer jusqu'à chez la rousse si ça ne tenait qu'à Orianne, mais Tauriel n'était pas dans le genre silencieuse et, après avoir rembarré fermement un groupe d'étudiants qui les accosta jovialement et qui leur proposèrent de fêter les vacances avec eux, elle entama la discussion tranquillement.

— Tu passes ton bac L en juin, c'est ça ? Tu as une idée de ce que tu veux faire après ?
— Je ne sais pas trop, j'aimerai continuer dans des études de lettres et langues anciennes, j'ai des bonnes bases en Khudzul et j'ai appris les rudiments des Tengwars cette année. Ca me plait assez.

Tauriel haussa un sourcil admiratif. Le Khudzul était considéré comme une langue morte, ancienne, oubliée et très difficile à maitriser, mais beaucoup de manuscrits de grandes bibliothèques étaient rédigés dans cette langue et ceux qui se montraient capable de la traduire étaient ardemment recherchés. Les écritures Tengwars étaient plus connues, mais ardues elles aussi et les peuples du vieux continent éloigné, Valinor, les utilisaient toujours.

Elles passèrent devant un bar encore ouvert et les quelques fumeurs qui se gelaient les doigts devant la porte les sifflèrent joyeusement en leur proposant de venir leur tenir compagnie. Orianne ne pu qu'admirer l'aisance avec laquelle Tauriel les envoya voir ailleurs, certainement du à l'habitude et son plus vieil âge qui lui offrait un aplomb certain face à ces étudiants éméchés. La lycéenne resta silencieuse quelques instants, puis repris la conversation :

— Il parait que tu as un master en science de la terre.
— Géophysique, géodynamique et système des plaques, oui, je l'ai passé à Minas Tirith il y a deux ans.
— Et on dit aussi que tu es cascadeuse sur certains films d'actions qui sortent au cinéma...

Tauriel sourit légèrement et acquiesça.

— C'est exact, c'était mon job alimentaire pendant mes études, je continue encore aujourd'hui pour le plaisir. J'aimerai bien devenir la doublure officielle d'une actrice pour que ce sois plus stable, mais je me contente de quelques contrats avec certains studio en attendant.
— Et en plus de tout ça, certaines de tes photos sont régulièrement exposées dans une galerie prisée de Numénor...
— Qui te l'as dit ? Je ne me rappelle pas avoir parler de ça au Shari.
— C'est Kili, il fait de la photo lui aussi. Il est doué, tu devrai aller voir la galerie qu'il partage avec Bofur dans la rue des antiquaires, elle a du succès.
— Le gamin brun ?
— Oui, il a craqué sur toi, d'ailleurs, mais il craque sur tout ce qui a les cheveux longs, lui donc c'est normal.
— Trop jeune pour moi de toute manière.
— Ca lui passera. Mais, Tauriel, qu'est-ce que tu fais au Shari ? Tu pourrais devenir une véritable personnalité.
— Tu sais, j'ai fait ces études de sciences parce que c'est un milieu prisé en ce moment et que ça faisait plaisir à mes parents de me voir briller à l'école. Sauf que, même si c'était très intéressant, j'ai vraiment l'impression d'avoir gâché cinq ans de ma vie, voire plus, à chercher absolument à rentrer dans un moule qui ne me correspondait pas. J'ai donc décidé de ne faire que ce qui me plaisait et, dans la mesure où je ne suis pas très exigeante, ce mode de vie me convient à merveille, voir du monde, faire des coktails... Peut-être qu'un jour je me poserai et je mettrais à profit ce diplôme pour qui j'ai sacrifié cinq ans, mais, pour l'instant, rien ni personne ne pourra m'enfermer dans un bureau.

Orianne hocha la tête distraitement et ne trouva rien à répondre. Le silence dura quelques minutes, jusqu'à ce qu'elles arrivent au pied de l'une de ces vieilles maisons charmantes du centre ville rénovées en appartement. Tauriel habitait celui du deuxième étage et elle invita sa jeune compagne à fouiller dans son dressing pour y trouver un top à son goût pendant qu'elle se changeait. Peu encline à l'idée d'emprunter des fringues à cette femme qu'elle ne connaissait à peine, Ori déclina la proposition et préféra s'enfermer dans la salle de bain pour se maquiller légèrement.

Dwalin avait choisi de passer la soirée avec une autre compagnie de toute manière, elle n'avait donc aucune envie de faire le moindre effort sur son apparence ce soir là. Ce qui n'empêcha pas Tauriel de la féliciter sur son joli visage lorsqu'elle pénétra à son tour dans la salle de bain pour défaire son chignon et lisser rapidement ses longs cheveux qui avaient tendance à onduler. Elle aussi se maquilla légèrement, puis elle récupéra son sac, attrapa une bouteille quelconque pour ne pas venir les mains vides et les deux filles sortirent à nouveau dans la froide nuit d'hiver.

oOo


Au prochain épisode :Vous êtes vous déjà demandé à quoi peut ressembler une fête dans l'appartement de Boromir et Faramir ?

Les étudiants en science -et autre- oseront-ils tenter des expériences chimiques bizarres alors qu'ils ne sont même plus capable de dire combien de verreS ils ont bu ?
Bilbo tentera t-il l'approche tactique d'un blond en détresse ?
Tauriel et Orianne parviendront-elle à créer quelque chose qui se rapproche de l'amitié ?
Elrond est-il capable de venir récupérer sa fille dans un lieu de débauche en pleine nuit ?

Si vous avez les réponses à ces questions, merci de les faire parvenir à votre auteur qui avait, au départ, pensé à ellipser cette scène mais qui a finalement décidé d'en faire un chapitre.
Mais qui du coup hésite sur certains points...

(Au fait, je sais qu'un enfant né un 29 février ne peut pas fêter son 18ème anniversaire une année bissextile,
mais on va dire que quelques règles de physiques ne sont pas les mêmes en Terre du Milieu, je le dit pour les tatillons qui aiment bien faire remarquer ce genre de chose (moi la première))