oOo

— Tu es certain ?
— Ho oui, mon précieux, sur les quais, nous vous le jurons !

Bilbo serra les lèvres et tourna son regard sur l'artère principale qui filait vers les quais, dans la direction opposée à la sienne. La soirée chez Boromir avait déjà commencé et tous ses amis y étaient, le jeune journaliste ne voulait pas manquer ça. Mais Sméagol venait de le trouver pour lui apprendre que ça bougeait pas mal sur les quais.
Il plongea sa main dans sa poche et s'empara de son portable, hésitant et, avant qu'il ne prenne une décision, il avait fait demi tour en direction de l'Anduin, déterminé à étoffer ses articles sur Azog.

oOo

Le hurlement qui résonna dans l'immense maison ne fit même pas frémir Thorin qui remplit avec flegme la tasse d'un grog brûlant. Il monta les marches sans se presser, le plateau dans une main, une trousse de soin dans l'autre.

Ouvrant la porte d'un coup d'épaule, il retrouva son frère, fraichement réveillé d'un sommeille nébuleux et comateux, sa connerie ne l'avait malheureusement pas sauvé de la pneumonie, assis au bout de son lit, les yeux écarquillés d'horreur et sa posture irradiant d'une terreur sourde.

— Que se passe t'il ? On croirait que tu as vu le diable...
— Il est là... Je sais qu'il m'observe...
—Qui ça, le diable ?
— Non... L'écureuil...

Thorin haussa un sourcil et épargna à son frère le rire narquois qui menaçait de franchir ses lèvres.

— Méfies-toi, il doit sentir que tu as peur.

Thorin posa le plateau près du lit et mis la mug dans les mains du blond qui le regarda avec des yeux qui brillaient autant par la maladie que par la frustration.

— Ne te moques pas de moi !
— Loin de moi cette idée !
— Connard.

Le plus vieux retint difficilement un sourire moqueur et scruta l'immense chambre des yeux, sans relever la moindre trace de l'animal opportun tandis que Frérin fulminait nerveusement dans son lit, à l'affut lui aussi.

— Je te jure qu'il est là, je l'ai entendu.
— Frérin... Combien de fois devrais-je te dire qu'il n'y a pas d'écureuil dans cette maison ?
— Mais bien sur que si ! C'est Orianne qui l'a ramené pour le soigner et la vérole s'est échappée ! Il n'est jamais sortit de là malgré tous les pièges que j'ai installés !

Thorin leva les yeux au ciel et mit le délire de son frère sur la fièvre avant de se lever pour sortir de la chambre. Il arpenta les couloirs, descendit l'escalier et retrouva enfin l'immense cuisine. Frérin avait une sainte horreur du désordre et de la saleté, surement une phobie que lui avait légué sa mère, Thorin le savait mais, parfaitement conscient de la crise de nerf que cela pourrait engendré, il se contenta de balancer le plateau dans levier et de faire couler l'eau pour faire tremper le tout, laissant la vaisselle pour son frère.

Il revint ensuite dans la chambre du plus jeune, pestant contre toutes les marches qu'il avait à gravir et pénétra sans frapper pour annoncer qu'il partait à la soirée de Boromir et qu'il avait son téléphone sur lui si besoin. Mais il s'immobilisa sur le pas de la porte, observant le spectacle du blond endormi, ou plutôt, terrassé par son coup de froid, ensevelit sous ses couvertures, ses lèvres blêmes ne contrastaient pas avec son beau visage pâle et ses longues mèches blondes. Attendri, Thorin s'approcha doucement et posa ses lèvres sur le front brulant, grimaçant de constater que son petit frère avait de la fièvre. Frérin tressaillit et ouvrit difficilement les yeux.

— Tu ne comptes tout de même pas profiter de la faiblesse d'un mourant ?
— Pourquoi pas ? Au moins, tu ne te débattras pas...

Joueur, Thorin s'amusa à tirer légèrement la couverture pour taquiner le blond qui glapit faiblement.

— Tu n'as donc aucune pitié pour les malades ?
— Me voir ivre ne t'as pas empêcher de te servir...
— C'est toi qui en redemandais.

Vexé, Thorin punit l'affront en retirant la couverture d'un geste et en s'asseyant à califourchon sur le pauvre Frérin, vêtu simplement d'un boxer et d'un T-Shirt, qui ne savait pas quel saint prier pour le préserver de la menace qui planait sur lui alors qu'il n'était absolument pas en mesure de se défendre. Thorin ou la maladie, un des deux était de trop.

— Attend, Thorin, fais pas le con, je suis malade, c'est pas une blague, il faut que tu me laisse tranquille, je te jure que sinon, je dirai à maman que c'est de ta faute si je suis mort !

Amusé par les conneries que déblatérait le plus jeune enlisé dans sa fièvre, Thorin se contenta d'un sourire narquois et s'amusa à remonter le tissu qui recouvrait le torse de Frérin. Il n'avait aucunement l'intention d'abuser de quoique ce soit, simplement de profiter de l'occasion pour étudier un peu de quoi était fait le corps qui s'était emparé du sien.

— Tu n'as pas honte ?
— Tait-toi un peu, les morts ne sont pas censés avoir la parole.
— Dans ce cas, profite bien de ma voix, parce que je ne vais pas tarder à décéder si tu persistes à me tourmenter ainsi. .

Thorin haussa un sourcil en se demandant bien de quels tourments pouvait parler Frérin, mais il décida de lui donner une bonne raison de râler et de se plaindre et, sans plus de cérémonie, le souleva pour lui retirer agilement son T-shirt. Sans force, Frérin ne put que se laisser faire en maugréant mollement.

— Je veux bien entendre ta voix, sous un certain contexte, ça ne me dérange pas, au contraire.

Nonchalamment assis sur le bassin de son frère, Thorin reluqua sans aucune pudeur le corps de ce dernier, se passant la pointe de sa langue sur ses lèvres avides de gouter à la peau qui semblait satinée. Coincé sous lui, Frérin l'observait nerveusement, incapable de dire s'il voulait voir Thorin partir maintenant ou bien... plus tard, beaucoup plus tard, après avoir honoré la promesse de délicieux tourments qu'il lisait dans son regard pourtant bridé.

— Ca te rappel des bons souvenirs ?
— Ca me donne surtout envie de les raviver...
— Dans ce cas, déshabille toi et chevauche moi, même malade, je sais que je pourrai te combler.
— Arrête de dire des conneries, je ne baiserai pas avec un mec à moitié mort, c'est dégueulasse. Et je sais que tu me combleras, mais pas comme ça, j'attends bien plus de toi.
— Tu veux dire que tant que je serai malade, tu me laisseras tranquille ?
— Tu n'es pas si malade que ça...

Un sourire narquois aux lèvres, Thorin fit glisser sa main sur le boxer, caressant de sa paume l'érection naissante du blond qui souffla lourdement et reposa la tête sur l'oreiller, les yeux clos.

— C'est très très bas, ça.
— Il t'en faut peu pour t'allumer...
— C'est à cause de ton putain de regard.

Thorin rigola légèrement et abandonna l'entrejambe du blond qui retint un gémissement de frustration. Le brun fit courir sa main sur le torse couvert d'un duvet de poils tellement léger et tellement blond que la peau paressait glabre, puis il se pencha en avant pour embrasser tranquillement la mâchoire, puis les lèvres blêmes avant de se redresser.

— Tu ne paies rien pour attendre, tu sais, dès que tu seras sur pieds, on reprendra cette conversation où on l'a laissée ...
— Tu devrais plutôt en profiter maintenant, parce que tu n'auras pas d'autres occasions de me prendre...
— Au contraire, c'est cette idée qui me fait saliver, tu es bien plus intéressant lorsque tu te tortilles et que tu cherches à te dérober au plaisir et à l'inéluctable désir de ton corps qui me supplie de faire le contraire de ce que tes mots m'ordonnent...
— Ca, ça veut dire que tu vas t'en aller maintenant.
— Exactement.
— Je te hais.

Thorin sourit gentiment et s'écarta de Frérin, prenant bien soin de le couvrir correctement et de le border avec application. Le blond continuait de ruminer mollement, mais, bien vite, son esprit déjà lourd s'empêtra dans un nouveau coma nébuleux tandis que ses paupières se collèrent doucement. Il sombra comme une masse en un temps recors, si bien que Thorin, qui pensait se rendre chez Boromir pour y passer la soirée, fit demi tour en se déshabillant partiellement et se glissa dans les draps pour partager sa chaleur, retenant un sourire en voyant Frérin se presser inconsciemment contre lui dans son sommeil. Il prit son petit frère malade dans ses bras avec un naturel qui le surprit et le souleva légèrement pour s'allonger sous lui, supportant son poids sans effort, posant le visage endormi sur sa poitrine.

Il resta un long moment ainsi, caressant distraitement la chevelure blonde, appréciant la texture soyeuse et la finesse des cheveux, promptes à s'emmêler. Il y découvrit quelques tresses minuscules et s'amusa à imaginer Frérin survivre à l'ennui mortel de ses cours en tressant ses cheveux au nez et à la barbe de ses professeurs.

Quittant les mèches dorés, les doigts descendirent ensuite le long du dos, ferme et robuste et, trouvant la peau très agréable au touché, la main s'y attarda longuement, traçant doucement la ligne de la colonne vertébrale, découvrant les flancs, flattant les épaules.

Les yeux rivés sur ce qu'il devinait du visage endormi, Thorin chercha à remettre de l'ordre dans ses pensées.

Jusqu'à ce qu'il se réveille en portant sur lui l'odeur de Frérin, une semaine plus tôt, il ne s'était encore jamais intéressé à la texture de ses cheveux, au parfum de sa peau ou au goût de ses lèvres et, aujourd'hui, tous ces détails obnubilaient ses pensées et troublaient ses songes. Il savait qu'il était temps qu'il fasse le deuil de sa responsabilité et de sa bienséance, car dorénavant, plus jamais il ne verra le dernier fils de son père comme il le devrait.

Mais, avec du recul, il se rendit compte que les choses auraient difficilement pu finir autrement, du moins, jamais ils n'auraient réussi sur le long terme à garder ce semblant de relation fraternelle qu'ils peinaient à entretenir. Jusqu'à la semaine dernière, Thorin avait même été persuadé qu'ils étaient voués à se perdre de vue, que ce n'était qu'une question de temps.

Il n'avait jamais vraiment aimé Frérin, du moins, pas comme il le devrait. Il avait sept ans lorsque son père lui avait trouvé une nouvelle maman, la sienne était morte en lui donnant la vie. Si lui avait été heureux de voir Sigrid arriver dans sa vie, belle femme aussi douce que se doivent l'être toutes les mamans, ça n'avait pas été le cas de Dis, de dix ans son aînée qui, avant l'arrivée de la femme inconnue, avait mis un point d'honneur à s'occuper de la maison du haut de son jeune âge. Thorin aimait tendrement sa sœur qui avait passée sa vie à le materner, avant de quitter la maison à l'arriver de Sigrid pour fonder sa propre famille, à croire qu'élever des enfants était la seule raison de son existence.

Et puis Frérin était arrivé, bébé pleurnichard aux cheveux d'un blond sale et au regard malicieux. L'enfant édenté qu'il avait ensuite été était insupportable, extrêmement taquin et plutôt vicieux dans son genre, il faut dire qu'il recherchait beaucoup l'attention de son père, alors fort occupé avec la récente maladie de Thror, amenant Thrain à reprendre sur le vif l'entreprise familiale et délaisser sa famille pour s'y consacrer.

Parallèlement, le petit blond avait eu une enfance plutôt solitaire, ignoré par son grand frère, cordialement toléré, puis franchement et chaleureusement accueillit par sa grande sœur, qui avait fini par remplir auprès de l'enfant un rôle qui s'apparentait à celui d'une tante, Dis n'avait jamais rechigné à soulager Sigrid pour s'occuper de Frérin, et devint même sa baby sitter.

Mais, une fois à l'école, pour une raison que l'institutrice ne put expliquer, le jeune garçon s'était totalement replié sur lui même, incapable de se faire le moindre ami, réticent à prendre la parole en classe et de plus en plus taciturne.

Le pédopsychiatre que Sigrid avait appelé en désespoir de cause s'était montré très clair : l'enfant était inadapté à ce système scolaire et éducatif, autrement dit: un génie.

Une fois les mesures prises, donc une fois que l'enfant miracle eut changer d'école, il s'épanouit enfin, du moins, il avait compris que s'il voulait qu'on le laisse tranquille, mieux valait qu'il fasse ce que l'on attendait de lui : colorier en dépassant légèrement en grande section, apprendre à compter jusqu'à cent, pas plus, en cycle préparatoire, maitriser l'utilisation des lettres, leur dessin et l'agencement des syllabes pour former des mots, en veillant à se tromper dans l'orthographe, puis déchiffrer difficilement les caractères manuscrits inscrit sur le tableau noir, en faisant attention à ne pas aller trop vite et, surtout, parler aux autres enfants et les suivre dans leur jeux assommants, ne jamais rester seul dans un coin de la cours, jamais, la solitude étant considérée comme une tare, la rechercher était synonyme de maladie.

Frérin avait traversé les classes ainsi, en veillant à ne jamais attirer l'attention sur lui. Après tout, être un génie en primaire et surtout, au collège est bien la pire chose qui puisse arriver à un élève. Il l'avait rapidement compris à un prix qu'il aurait préféré éviter, il s'était donc débrouillé pour être toujours dans les moyennes de la classe, ni au dessus, ni en dessous et le fait que personne ne le lui reproche lui avait fait mal, en quelque sorte.

Son père était trop occupé à gérer la succession pour se soucier des résultats et des occupations de ses enfants et sa mère avait tout simplement déduit que le psychiatre s'était trompé et que Frérin n'était, finalement, qu'un enfant comme un autre, rien de plus.

Et le collégien blond n'attendait rien de ses frère et sœur, car Dis, qui aurait pu remarquer qu'il se bridait et se construisait une personnalité qui n'était pas la sienne, était alors jeune mère de deux enfants et Thorin, jeune lycéen qui vivait avec sa bande d'amis qui se substituait à sa famille, ne se souciait pas vraiment du bulletin scolaire du frère, approché en rien, opposé en tout, qu'il ne faisait que tolérer comme tel, totalement inconscient du mal être que connaissait alors ce dernier, prisonnier de la carapace qu'il s'était créé.

Et le lycée avait été bien pire que le collège, Thorin ne s'en rendait compte que maintenant, alors que ses doigts revenaient se perdre dans la douce crinière blonde. Frérin avait du vivre un calvaire, enfermé dans des salles avec trente enfants de bourges dont les réflexions et ambitions avaient du lui sembler désolantes et assommantes. Regarder par la fenêtre en comptant non pas les heures ou les jours, mais les minutes, en attendant que cela cesse.

Puis, Frérin avait fait sa première blague, celle que personne n'avait attendue : Il avait, dans tous les sens du terme, craché sur le bac. Il avait séché l'épreuve de science, rendu copie blanche en langue, fait un hors sujet insolent en philo, rendu une somptueuse dissertation sur les origines de la chute de l'Arthedain et son lien avec l'apogée du Gondor en histoire, hors sujet elle aussi et il avait baratiné pendant vingt minutes le pauvre examinateur qui n'avait pas pu placer un mot et qui, sans aucun doute, avait surement changé de métier depuis sa brève rencontre avec Frérin, dont la personnalité insupportable s'était enfin dévoilée après qu'il ait, sur un coup de tête, brisé sa coquille.

Ce fut la première fois que Thrain s'occupa de son fils et la joue de ce dernier brulait encore tant la baffe qu'il s'était pris ce jour là avait été cuisante. Thorin avait assisté à la scène, tout comme Dis, Fili et Sigrid, car Thrain n'avait pas caché sa déception et l'humiliation du blond avait ainsi été publique. Mais, loin de l'assagir, l'éclat de Thrain l'avait déchainé, car Frérin avait grandi, il avait compris que jamais son père, ni même sa famille, ne lui accorderait l'attention qu'il avait toujours espéré sans jamais y goûter et il était parti.

Il venait d'avoir dix-huit ans et le monstrueux héritage qui allait avec.

Il avait décidé que si personne ne lui coupait la route de l'aéroport, cela voudrait dire que personne ne tenait assez à lui pour le retenir, alors il partirait pour de bon, s'exilerait dans une autre région ou un autre pays pour y refaire sa vie. Numénor où Erebor, peut-être même le vieux continent si mystérieux qui s'étendait au delà de la mer... Qu'importe, tout ce qu'il avait voulu à ce moment, c'était fuir ses désillusions.

Bien sûr, à aucun moment il ne s'était douté que ce faisant, il se prendrait la raclé de sa vie par la personne dont il attendait le moins : Thorin, qui l'avait retrouvé et qui lui avait fait passé le goût de prendre la tangente.

Le plus vieux avait eu la désagréable surprise de se rendre compte qu'en réalité, il ne s'était jamais vraiment intéressé à Frérin. Jamais il n'était allé le chercher à la sortie du lycée ou du collège, jamais il n'avait passé plus de deux heures au centre ville pour lui dénicher le cadeau adéquat pour ses anniversaires, s'il en connaissait la date, ou les noëls, jamais il n'avait passé plus de deux heures avec lui, tout simplement. Ce n'était même pas son échec au bac qui lui avait ouvert les yeux sur le plus jeune, ni même l'insolente attitude qu'il avait gardée face à Thrain, mais une simple question que Fili lui avait posée alors qu'il préparait lui même le bac le français: « Mais, pourquoi il a fait exprès de louper son bac ? C'est trop con, il avait enfin fini…». Question à laquelle Thorin n'avait eu aucune réponse alors qu'il avait la sale impression qu'elle était évidente. Alors il avait décidé de prendre ses responsabilités de grand-frère, pour la première fois de sa vie.

Il était trop tard pour inscrire Frérin à une deuxième année de terminale, mais le brun l'avait inscrit au bac en candidat libre et s'était acharné sur le plus jeune pour assurer qu'il ait les connaissances nécessaires pour passer les épreuves et, surtout, les avoir du premier coup. Et tout au long de cette année, le blond avait été infect, désagréable au possible et d'une insolence révoltante.
Si bien que personne ne sut qui des deux était le plus à plaindre ni même qui était victime de qui.

La carapace qui avait protégé le plus jeune tout au long de sa scolarité avait volé en éclat, mise à mal par la trop forte personnalité qui bouillonnait en lui, si bien que Dis et Sigrid furent submergées, Thrain fut totalement dépassé, mais Frérin se heurtait constamment à la volonté froide et implacable de Thorin sur laquelle il n'avait aucune prise.

En juin, ce fut le brun qui le traina sans pitié dans les salles d'examens et, pour se venger de tout ce qu'il avait enduré pendant l'année en subissant l'acharnement du plus vieux, Frérin s'arrangea pour louper la moyenne de peu, prenant ainsi un ticket pour les rattrapages et une nouvelle gifle de son père, devant son frère qui avait préféré détourner les yeux mais qui avait encore en tête le bruit du claquement sonore suivit du gémissement étouffé qui avaient résonné dans la pièce, et ce regard... Le regard de Frérin exprimait tellement de choses que le supporter en temps normal tenait de l'exploit, et ce jour là, même Thrain avait détourné les yeux face à son fils.

Avec beaucoup de recul et se remémorant la manière dont Frérin l'avait pris une première fois, à même la moquette de sa chambre, Thorin comprit que, si son petit frère avait visé les rattrapages, la deuxième fois, c'était sûrement parce qu'il pensait que, ainsi, il bénéficierait d'un mois supplémentaire sous le joug du plus vieux. Après tout, Thorin fut le premier à lui témoigner une réelle attention et le blond avait certainement craint que, une fois le diplôme en poche, il se détournerait de lui, encore une fois, et peut-être pour toujours.

Mais Thorin n'avait pas abandonné le blond : après l'avoir proprement menacé avant de le balancer dans les salles d'oraux du rattrapage, il l'avait trainé sur les bancs de la fac la plus proche.

Mais même si ça faisait dix-neuf ans qu'il le côtoyait, cela ne faisait même pas dix mois qu'il s'était rapproché de lui et, lorsque la secrétaire lui avait demandé dans quel cursus elle devait inscrire son frère, il s'était trouvé incapable de répondre, incapable de savoir exactement ce à quoi aspirait Frérin, ni même à quoi il s'intéressait, tout simplement.
Ce fut ce dernier, qu'il tenait alors par le col pour s'assurer qu'il ne s'enfuirait pas, qui avait annoncé que le moins pire de tous serait sans doute la philo, à la plus grande surprise de Thorin qui aurait parié sur tout, sauf sur cette branche obscure.

Pourquoi ce jeu incessant du chat et de la souris qui animait leur vie du matin au soir ? Tout simplement parce que c'était la seule manière qu'avait trouvé Thorin pour montrer au blond qu'il reconnaissait son existence. Et si Frérin continuait d'aller à la fac à reculons alors qu'il était flagrant qu'il adorait ça, c'était parce que le jour où il ira en cours de lui même, sans Thorin pour l'y pousser, ou bien le jour où il aura son diplôme, alors le plus vieux se détournera de lui, faute de savoir comment interagir avec une telle personnalité, un tel tempérament aussi subtil qu'insolent.

Soupirant profondément, Thorin enlaça le corps qu'il tenait dans ses bras. Après toutes ces années, il fallait donc que les choses prennent cette direction. Ce qu'il s'était passé la semaine précédente n'était pas un dérapage et le brun regrettait simplement de ne pas avoir été maitre de ses actes.

Et puis... Qui d'autre ? Thorin avait beau retourner la question dans tous les sens, d'abord, pour lui, enchaîner les coups d'un soir et finir célibataire ne le dérangeait absolument pas, à moins qu'il ne trouve la perle. Et qui d'autre que ce jeune homme indomptable et exaspérant, qui jamais, ho non, jamais, n'appartiendra à qui que ce soit, si ce n'est la personne qui sera capable de s'affirmer face à sa personnalité corrosive.
Puis Thorin en vint à s'agacer lui même lorsqu'il essaya de s'imaginer tenir une autre personne que Frérin, à cet instant. Trop fade, tout ce qu'il avait gouté jusqu'à maintenant lui semblait bien trop fade par apport au petit bijoux qui dormait dans ses bras.

Il se demanda aussi, rapidement, qui d'autre que lui pourrait bien avoir ce privilège de voir le blond aussi offert. Si Frérin, qui semblait pourtant bien au dessus des pauvres âmes qui croisaient son chemin sans jamais soulever son attention, pourrait se donner ainsi à quelqu'un d'autre, un inconnu. Mais l'idée, à peine ébauchée, lui fit grincer les dents et il préféra penser à autre chose.

Il avait beau avoir plus appris sur le blond en une semaine qu'en six ans, il n'en restait pas moins qu'il ne savait pas encore vraiment à qui, ou quoi, il avait à faire et son cœur se gonfla de joie à l'idée d'avoir encore de longues années de surprises et de découvertes avant de cerner qui était exactement son énigmatique petit frère.

Il avisa, au dehors, la nuit d'hiver qui était déjà bien avancée et s'installa plus confortablement dans le lit avant de fermer les yeux, sans lâcher Frérin.

Un peu plus tôt, il avait été persuadé que ce qu'il éprouvait en ce moment pour le plus jeune n'était rien d'autre qu'un désir réciproque et passionné, mais, alors que la respiration alourdie par la maladie s'échouait régulièrement sur son torse, il sentait quelque chose remuer en lui, une évidence qu'il ne voulait pas encore admettre.

Mais maintenant, il était certain d'une chose, il allait s'occuper de Frérin, s'arranger pour ne plus jamais le laisser seul et pour l'aimer comme jamais il ne l'avait été et comme il méritait de l'être.

oOo

A bout de souffle, Bilbo s'immobilisa en se plaquant le long d'un immeuble, non loin du centre ville et, sans se soucier de la neige, il se laissa glisser au sol en écoutant les battements de son cœur se calmer doucement. Personne ne l'avait suivit, il en était certain, mais il était sûr aussi qu'il avait été repéré. C'était la raison pour laquelle il n'avait pu filmer le scoop de sa vie : Smaug, le dirigeant de la plus grosse entreprise de la région, rival de Thrain, baignait dans des trafics pas nets, Bilbo le savait, mais il n'avait eu l'occasion de glaner la moindre preuve. Jusqu'à ce soir, où il l'avait vu en personne en compagnie d'Azog.
Bilbo sortit son potable et chercha à étudier ce qu'il avait réussi à prendre, mais il du retenir une exclamation furieuse et frustrée lorsqu'il constata qu'il n'avait rien de percutant. La pêche était totalement infructueuse et en plus, il s'était mis en danger, de mort ou pire. Si Haldir, ou même Gandalf ou Thorin, l'apprenait, il serait bon pour passer un sale quart d'heure, encore un.

Il soupira lourdement et se leva pour marcher en direction de l'appart de Boromir, certain qu'à cette heure là, son retard passerait plus inaperçu que sa sobriété.

Perdu dans ses pensées, il traversa le square et ne remarqua pas l'homme qui venait dans sa direction et il le bouscula légèrement.

— Hey, connard, t'veux que je t'éclat- Ho mais… T'es le pote de l'autre chtarbé ?

Bilbo jura sur son manque de chance et, sans répondre il se dégagea du mec qu'il reconnu comme l'un des crétins qui trainaient avec William, son ex d'un soir qui était prêt à tout pour remettre ça au plus tôt.

— Hey, attend, tu vas pas partir comme ça ! Je connais quelqu'un qui serait ravi de te voir, tu sais.
— Qu'il aille se faire voir.
— Ho, allez, fais pas ta prude.

Le plus petit, qui avait retenu son souffle, fut profondément soulagé lorsqu'il se détourna pour continuer son chemin sans que l'autre ne fasse mine de tenter de le retenir, pourtant, le rapport de force n'était clairement pas en faveur de Bilbo.
Toutefois, il ne put s'empêcher de hâter le pas lorsqu'il l'entendit sortir son portable pour le porter à son oreille, son regard aiguisé ancré sur le dos de l'étudiant en lettres qui s'éloignait rapidement.

Dans la pénombre de la nuit simplement éclairée par les lumières artificielles, il ne le vit pas suivre ses pas sans un bruit.


Finalement, le chapitre de la soirée est un peu plus long que prévu,
Ducoup, je l'ai coupé en deux.

Au prochain épisode:

Cocktails, polaroids, Monopoly, dévergondage et explosions, entre autre.

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