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Trois pas à gauche, on tape dans les mains, demi-tour sur soi même, deux fois, puis jump, et on recommence.
La chorégraphie de Merry et Pippin, qui avaient quelques grammes d'alcool dans le sang, n'était pas si difficile à suivre, pourtant, très peu de ceux qui s'y tentaient y arrivaient à la perfection. Les mélanges sournois que Tauriel et Boromir préparaient en cuisine y étaient certainement pour quelque chose, car sans le cadre du Shari qui se devait de montrer une image respectable, les dosages les plus osés étaient tentés, et pire même, ils étaient bus !
L'appartement que Boromir et Faramir partageaient en colocation était immense, suffisamment pour que ceux qui voulaient s'amuser en dansant ou chahutant ne dérangent pas les plus calmes qui discutaient, affalés sur les poufs du salon ou bien fumant en terrasse.
La musique tonnait en fond, assez forte pour faire vibrer les cœurs, pas assez pour qu'Haldir, invité lui aussi, ne s'inquiète d'une probable interruption de ses collègues pour tapage nocturne.
— Tu danses ?
Étourdie par le dernier verre que Boromir lui avait proposé, Orianne ne refusa pas la main de ce dernier lorsqu'il l'invita à danser.
Lui aussi était partiellement éméché, il n'eut aucun complexe à s'emparer de la taille de la jeune fille pour la presser contre lui et, mal à l'aise malgré l'alcool ingurgité, Orianne ne parvint pas à se laisser aller dans les bras du plus vieux. La proximité du corps robuste qui bougeait contre le sien la troubla plus que de raison. Sans arrière pensé, Boromir s'amusa à la faire valser, et fit glisser sa main sur sa taille en lui susurrant de se décontracter.
— Je ne… Suis pas vraiment à l'aise avec ce genre de danse…
— Dis plutôt que tu aurais préférée un autre partenaire…
Il lui envoya un clin d'œil malicieux et elle écarquilla les yeux en se demandant si son attirance pour Dwalin était si flagrante. Boromir remarqua son trouble et, d'une pression galante, la pressa contre lui tout en la guidant dans cette danse sensuelle qu'elle ne connaissait pas, sans cesser de parler sur le ton de la conversation, conscient que le corps de la jeune fille, débridé par l'alcool, répondait au sien.
— Tes rougeurs et ton regard parlent pour toi… Si tu veux, je peux t'apprendre deux ou trois trucs qui lui feraient plaisirs…
Il lui lança un sourire séduisant, qui ne contenait aucune ambiguïté, auquel elle répondit d'une moue aguichante, flattée de constater que son corps de femme, même s'il était transparent aux yeux de Dwalin, ne laissait pas indifférent un homme comme Boromir, pourtant accoutumé à sortir avec les plus belles filles de la ville.
— L'idée est tentante…
— Te laisseras-tu tenter ?
Il la fit tournoyer une nouvelle fois sur le rythme de la musique et s'empara à nouveau de sa taille qu'il colla à ses hanches, allant même jusqu'à glisser son genoux entre les jambes de l'étudiante qui se sentit défaillir tant elle ne s'était pas attendue à ce qu'une telle vague de plaisir ne se soulève en elle à ce contact. Elle ne répondit pas et il approcha ses lèvres de son oreille pour murmurer sensuellement :
— Je me demande… Si tu sais exactement de quoi nous parlons… Après tout, vu l'efficacité de ton garde corps, je serai étonné d'apprendre que Dwalin ait laissé qui que ce soit poser ses mains sur toi, je suis peut-être même le premier à faire ça…
Fourbe, il posa un léger baiser sur sa nuque tout en lui volant une caresse déplacée qui la troubla par les sensations que cela souleva en elle. Elle haussa les épaules et, peu encline à passer pour une gamine inexpérimentée alors qu'elle faisait tout pour se débarrasser de cette étiquette, elle préféra ne pas répondre plutôt que s'enliser dans son ignorance sur ces choses là.
— Tu es vierge, n'est-ce pas ? Craquant…
Elle nota la manière dont la voix de l'étudiant s'était aggravée, son sourire qui, de charmeur, devenait séduisant, voire même prédateur et son regard qui se faisait ensorceleur. Elle frémit en se rendant compte que ce qu'elle avait perçu comme un jeu sensuel entre ami commençait à glisser sur un terrain dont Boromir était maitre.
— Si tu le désires… Je veux bien remédier à ça … Quand tu veux…
Elle le regarda dans les yeux, ils avaient arrêté de danser, alors que la fête battait son plein autour d'eux, et elle se noya dans son regard intense en se surprenant à réfléchir sérieusement à la proposition. Dwalin avait l'air d'apprécier les femmes d'expérience plutôt que les gamines naïves et effarouchées… Mais elle secoua la tête et sourit en reprenant la danse.
— Merci, mais je… me réserve pour quelqu'un d'autre…
— Dwalin a beaucoup de chance, j'espère qu'il en est conscient.
Une nouvelle chanson embraya à ce moment, choisit par D-J Bofur, mais cela n'empêcha pas à Boromir de remarquer le haussement d'épaule dépité de la plus jeune. Il sourit et, avant de la lâcher, il se pencha une nouvelle fois sur elle.
— Attend, je vais te donner un petit coup de main.
Avant qu'elle ne puisse répondre, il posa ses lèvres sur sa gorge qu'il embrassa sensuellement, allant même jusqu'à prendre la peau délicatement entre ses dents pour la mordiller gentiment. Elle se figea et le regarda d'un air perplexe lorsqu'il se redressa pour lui faire face, un sourire de gamin espiègle dansant sur ses lèvres.
— Pourquoi as-tu fais ça ?
— Je te rends désirée, donc désirable… J'espère être là quand il le remarquera, ce sera drôle.
— Tu viens de signer ton arrêt de mort…
— Je sais, j'aime cette idée… Mais s'il te demande, ne lui donne aucun nom, ça le rendra fou.
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— Putain… Qu'est-ce qu'elle fout là, elle ?
— Qui ça ?
— L'autre pouffe de Lithoriel…
Le regard vitreux de Pippin bloqua un instant sur les pupilles furieuses de son cousin, puis il tourna la tête pour regarder dans sa direction et fit une moue appréciative lorsqu'il remarqua la présence d'une belle brune plutôt séduisante, dans le genre.
— Elle a certainement été invitée…
— Bien sur qu'elle a été invité, elle ne se serait pas pointée sinon…
— C'est plutôt bien, c'est sympa les filles, même si toi t'en a rien à battre, moi je trouve ça chouette.
— Ouais… Moi aussi, j'adore ça... Surtout quand je les vois roder autours de mon mec de cette manière…
Le ton était glacial et Pippin regarda de nouveau du côté du salon où discutaient les plus vieux.
— Elle rode pas autours. Elle… se contente… juste de… le draguer.
— Merci pour la précision, j'avais peur de mal comprendre…
L'aura ténébreuse qui flottait autours de Merry fit légèrement frissonner Pippin qui haussa les épaules avant de vider son verre. Mais son cousin le tira par le bras pour le trainer derrière lui sur la salle de danse et expulser sa frustration en rythme avec la musique.
— T'en fais pas, il la calcule même pas.
— Encore heureux !
Bien sur, il crevait d'envie d'aller se glisser sur les genoux d'Eomer et lui rouler le patin du siècle devant les yeux de cette pimbêche. Mais il connaissait suffisamment son amant pour savoir qu'il risquait de ne pas apprécier le fait que Merry marque son territoire de cette manière.
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— Est-ce que tu es certain que...
— Même Tauriel a refusé de tenter le coup, je serai toi, je m'arrêterai là...
— Laissez tomber les gars, ça va être beau...
— Ça vous ennuie si je vomis ?
— Trop d'alcool, putain, ça tourne.
— En même temps, quelle idée d'avoir fumer l'herbe bizarre de Gandalf ?
— Nan mais, les gars, ça va pas le faire votre connerie. Ça va pas le faire.
— Fermez vos gueule, et toi, Faramir, amène moi du vinaigre boblasamique, vous allez voir, ça va envoyer du boudin !
Le jeune lycéen cligna les paupières et du s'y prendre à plusieurs fois avant de trouver la direction du placard où était rangé le vinaigre boblalsamique, même si quelque chose au fond de lui se doutait que ce genre d'ingrédient n'existait pas. Il passa à côté de Fili qui surveillait du coin de l'œil les conneries de son petit frère, prêt à intervenir si son… expérience, qui n'avait plus rien de culinaire ou gastronomique depuis qu'il avait mis de la javel dans le pichet, venait à mal tourner.
Le plus vieux les soupçonnait de chercher à tâtons une recette aléatoire pour créer quelque chose qui soit plus spectaculaire qu'utile et deux équipes s'affrontaient sous les yeux de quelques spectateurs. Le défi était plutôt flou et Fili craignait pour la vie de Kili, et des autres aussi, si l'idée de boire le contenu des récipients frôlaient leur esprit enlisés par l'alcool. Surtout que le Pichet de Gimli, Rosie et Aragorn bouillonnait étrangement depuis qu'ils y avaient versé une substance non identifiée dérobée à Gandalf, et celui de Kili, Sam et Faramir fumait maintenant de manière inquiétante.
Lorsque la porte d'entrée claqua sur le dernier invité, très en retard encore une fois, Fili leva le regard et croisa celui de Bilbo, qui passa rapidement sa main blanchie par le froid dans ses cheveux pour en faire tomber les quelques flocons de neige qui y étaient agrippés.
Le blond fronça les sourcils en se demandant si le plus jeune n'arrivait que maintenant simplement parce qu'il avait préféré rester chez lui pour réviser les cours de son double cursus malgré les vacances, ou bien s'il venait de passer sa soirée à faire quelque chose de plus dangereux.
La réflexion rendit certainement son regard tranchant, car le plus petit ne pu le supporter et il se détourna rapidement avant de disparaître dans l'appart, interpellé par Gandalf qui discutait dans le salon. La pénombre empêcha à Fili de déceler les violentes rougeurs qui s'étaient répandues sur les joues de Bilbo et il reporta son attention sur Kili, qui versait au compte goutte la totalité d'une liqueur distillée sur les flancs de la Montagne du destin que Boromir utilisait pour assaisonner ses plats ou déboucher les toilettes, si besoin.
— Moi, j'serais vous, je vous écouterais... Non, moi, j'serais nous, je vous... Si moi, j'étais vous, je vous écouterais ! Non, elle me fait chier, cette phrase !
Bofur tentait tant bien que mal de donner un coup de main à Aragorn dont l'idée lumineuse de faire craquer une allumette au dessus de son mélange venait de traverser l'esprit et il l'aurait certainement fait, si Fili n'avait pas eu le réflexe d'attraper son poignet en lui assurant que vivre dangereusement avait un certain goût, mais qu'il y avait des limites tout de même. Il ne vit pas, dans son dos, son brillant petit frère récupérer le paquet d'allumettes, déterminé à dompter ses doigts amollis par l'alcool pour en tirer une étincelle.
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Bilbo fit tourner son verre dans ses mains en écoutant distraitement la conversation entre Eomer et Haldir, son attention focalisée sur les sensations qu'avait soulevé le regard insistant que Fili avait posé sur lui et qui avait effacé en un souffle toutes les mauvaises émotions de la soirée. Il était troublé de constater que, après toutes ces années, il restait violemment bouleversé à la moindre interaction avec le blond, même les plus légères, même un simple regard...
L'étudiant inspira profondément et il vida son verre d'une traite. Il le reposa et lança un coup d'œil du côté de la cuisine, en cherchant une bonne excuse qui lui permettrait d'aborder le blond et de capter son attention sans l'ennuyer.
Toutefois, Bilbo n'eut pas le temps de perdre du temps en réflexion, car une sourde déflagration se fit entendre du côté des chimistes éméchés, suivit du tintement du verre brisé, puis d'une deuxième explosion, d'un cri suraiguë fort peu viril poussé certainement par Aragorn, reprit par Kili et Sam. Le jeune journaliste se figea lorsque, à travers le brouhaha soudain, il capta un juron douloureux poussé par Fili et, sans réfléchir, il se mêla aux curieux qui s'amassaient devant la porte de la cuisine pour voir ce qu'il s'y passait.
Kili avait réussi, d'une manière ou d'une autre, à provoquer une étincelle alors qu'il était penché sur son pichet. Heureusement pour lui, et ses yeux exposés au souffle de la détonation, son frère aîné avait eu le réflexe instantané de mettre son bras entre son visage et le récipient de verre, dont les vapeurs d'alcool qui s'en échappaient s'enflammèrent immédiatement, amenant la chaleur à faire exploser le pichet à la face du brun.
Les flammes avaient ensuite embrasé les vapeurs d'alcool du deuxième pichet, qui avait éclaté à son tour.
Heureusement, il y avait eu plus de peur que de mal et, malgré son menton égratigné et ses sourcils roussis, Kili n'avait rien et il accepta tout penaud les remontrances de Fili, qui jurait qu'il était temps qu'il se découvre un quelconque instinct de survie.
Après avoir commenté la scène avec plus ou moins de pertinence, les spectateurs quittèrent la cuisine, seul le blond resta adossé à l'évier, les bras croisés et les sourcils froncés et Bilbo, n'osant croire à sa chance de se trouver seul avec lui, sauta sur l'occasion pour l'aborder.
Mais il se figea lorsqu'il vit Fili délier doucement son bras pour remonter sa chemise, imprégnée d'un liquide carmin.
— Tu es blessé ?
— Ça va aller, merci.
— Laisse moi regarder.
Sans attendre de réponse, Bilbo prit délicatement le coude du blond dans ses mains et, avec douceur, il laissa glisser ses doigts le long de l'avant bras ensanglanté, non sans en profiter pour relever la fermeté du muscle et la douceur de la peau. Il nota que cette peau halée n'avait aucune imperfection, avant de se rendre compte que quelque chose n'allait pas.
— Outch… Tu as un tesson de verre planté assez profondément...
— Mon bras était juste devant la cruche quand elle a explosé.
Le ton était parfaitement maitrisé, mais, sous ses doigts, Bilbo sentait le muscle tétanisé par la douleur trembler imperceptiblement. Il ne fit aucune remarque, mais il tenta d'effleurer le fragment de verre logé dans la chair et il retira vivement sa main lorsque Fili sursauta brutalement.
— Tu devrais peut-être… Aller à l'hôpital. Ce n'est pas grave, mais le morceau est fêlé, si on essaie de le retirer maintenant, comme ça, on risque d'en faire des miettes… et puis on ne sait pas trop ce qu'il contenait, mieux vaut que ce soit désinfecté proprement… Je… Je peux t'accompagner, si tu veux.
— Pas la peine, l'hôpital n'est pas très loin et je pense que je rentrerai directement chez moi après. Tu viens juste d'arriver ici, profite un peu.
— C'est compliqué… Je suis parfaitement sobre, je vais avoir du mal à les rattraper. Non, franchement, ça ne me dérange pas, au contraire.
Bilbo serra les lèvres, essayant de ne pas paraître trop empressé à l'idée de marcher vingt minutes avec le blond, avant de patienter avec lui en salle d'attente durant une durée indéterminée et ensuite… Advienne que pourra. Il fut soulagé de voir Fili hausser les épaules, sans vouloir le persuader à rester, puis ils prévinrent Boromir, et, sans chercher à inquiéter qui que ce soit, ils s'éclipsèrent discrètement.
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— Eh bien ! A te voir comme ça, plongée dans tes bouquins, je n'aurais pas parié que tu sois capable de bouger ton corps de manière aussi effrontée !
Orianne haussa un sourcil et refusa le verre que lui tendit Tauriel. La rousse ne s'en offusqua pas et le vida elle même d'une traite.
— C'est le combientième que tu bois ?
— Sais pas.
Tauriel haussa les épaules, le regard brillant, et s'avachit sur le canapé, à côté d'Orianne qui se sentait encore un peu étourdie par son échange avec Boromir. La serveuse laissa sa tête tomber en arrière pour river ses yeux au plafond, s'amusant de le voir danser au rythme de la musique.
— Il était mignon le mec avec qui tu dansais…
— Boromir ?
— Ouais, le grand… Dommage qu'il soit grande gueule, c'est pas mon genre, les grandes gueules…
— C'est pas grave, il y en a d'autre…
— Ouais… En parlant de ça, tu connais le mec qui est en école d'avocat ?
— Bofur ?
— … Hu… ? Non. L'autre.
— Légolas ? Le blond ?
— Oui... je me demandais… Juste comme ça… Il a quelqu'un ?
— Je ne crois pas, pourquoi ? Il t'intéresse lui ?
Tauriel haussa les épaules en faisant une moue appréciative et répondit avec un petit sourire mutin, ses yeux toujours rivés au plafond qui ondulait, on sait jamais, il pourrait avoir l'idée de s'enfuir si elle détournait le regard un instant.
— Nan, c'est juste comme ça... Mais… Ouais. Bon, ok… J'aime beaucoup le genre, même s'il semble un peu...
— Arrogant ? Hautain ?
— Hors de porté.
Orianne leva les yeux au ciel mais ne répondit pas. Si une fille comme Tauriel trouvait Legolas hors de porté, alors que devait-elle penser de Dwalin ?
Elle suivit distraitement du regard un Merry torse nu au regard voilé par l'alcool qui se dirigea vers Eomer, assis non loin et qui discutait avec Haldir et une jolie brune.
Le jeune étudiant prit son petit-ami par la main et voulu le forcer à le suivre pour aller « Montrer à ce connard de Frodon ce qu'était une danse érotique. » Mais le cavalier refusa en lui expliquant que ce n'était pas le genre de chose qui se montrait en publique. Quand Merry s'éloigna en boudant et décrétant à qui voulait bien l'entendre que ce n'était pas grave, qu'un lampadaire ou un porte-manteau ferait très bien l'affaire, Eomer s'inquiéta légèrement et s'excusa auprès du policier et de la jeune femme, qui sembla contrariée, pour aller jeter un coup d'œil du côté de la salle de danse improvisée.
Le silence revint dans le salon, puis Tauriel fronça les sourcils en semblant se souvenir de quelque chose en particulier et elle leva la tête qui avait l'air bien lourde pour regarder Orianne dans les yeux. Et, lorsque la question tomba comme un cheveu sur la soupe, les joues de la plus jeune devinrent écarlates sans qu'elle puisse le contrôler :
— D'ailleurs, qu'est-ce que tu foutais avec Bobor… Borimir… Mori… L'autre con ? Dwalin n'est pas censé être ton… Hu… Possesseur ou je ne sais qu'elle
connerie ? S'il apprend que t'es allée te frotter au premier venu, va pas y avoir du clash ?
— Comment ça ?
— Heu…
— Il n'y a rien entre moi et Dwalin !
— Ho, allez, tu peux me le dire à moi... Motus, promis ! Ça fait longtemps que vous êtes ensembles ?
— Mais on ne sort pas ensemble ! Il ne sait même pas que j'existe ! Du moins... Pas comme ça...
— Ha ? Ha... Bon… J'étais persuadée que c'était concret entre vous...
Orianne haussa un sourcil et jeta un regard en coin à la serveuse enivrée qui avait une nouvelle fois posé sa tête en arrière, comme si le plafond allait lui apporter un quelconque bienfait dégrisant, et elle se demanda comment Tauriel avait bien pu se leurrer sur leur relation. Puis elle soupira et expliqua, l'alcool et l'ambiance légère aidant à se dévoiler à une plus-si-inconnue bourrée, en tachant de contrôler sa voix pour cacher sa frustration vis-à-vis de cette histoire :
— Dwalin et moi, nous nous connaissons depuis la naissance. Il n'y a aucune ambiguïté entre nous.
— Pas de ça Orianne ! Allez, dis moi tout, il t'a foutu un râteau ?
La lycéenne écarquilla les yeux face au flagrant manque de tact de la plus vieille qui avait perdu ses civilités quelques part dans son énième shooter et elle hocha négativement la tête et grommela rapidement :
— Je ne lui en ai jamais donné l'occasion...
— Ha… Ce n'est pas compliqué pourtant, il suffit d'aller le voir.
— Facile à dire .
— Facile à faire, tu te pointes devant lui et tu lui fais comprendre d'une manière ou d'une autre.
Orianne soupira une nouvelle fois. Ce genre de démarche, quand on s'appelle Tauriel et que l'on possède une plastique, une assurance et un charisme comme elle, n'était pas si compliqué, mais pour une lycéenne parfaitement inexpérimenté et plutôt timide dans son genre, les choses en allaient autrement. Surtout que, si d'un côté elle rêvait d'aller plus loin avec Dwalin, elle craignait aussi de tout foutre en l'air et de perdre le barman pour de bon.
— Dans ce cas, prouve le moi et va voir Legolas.
—…Hu ? T'es folle ! Il va me foutre un coup de crane ! Si je dois aller le voir, ce sera quand je serai sobre, et lui aussi.
— Je n'ai jamais vu Legolas foutre un coup de tête à qui que ce soit.
— Tu n'étais pas au Shari mercredi matin… Quelle classe il a quand même, faut pas le chercher celui-là…
— Si tu le dit…
— Tu penses que tu as une chance ?
— Comment ça ?
— Avec Dwalin, si tu penses que tu as la moindre chance, il ne faut pas que tu hésites.
— j'ai peur qu'il me repousse.
— Il t'apprécie trop pour ça.
— Et je ne sais même pas comment faire pour qu'il me regarde de cette manière… Les mots ne seront jamais assez percutants.
Tauriel eut un drôle de sourire et lui lança un regard flouté, elle s'approcha sensiblement pour glisser les doigts dans les cheveux de la lycéenne qu'elle ébouriffa avec expérience, laissant quelques mèches châtain tomber devant son visage surpris, puis elle laissa sa main lourde tomber sur la poitrine de la plus jeune pour déboutonner les deux premiers boutons de sa chemise, dévoilant les courbes de ses seins et le tissus bleu du soutien-gorge. Elle s'éloigna sensiblement pour analyser le résultat avec une moue appréciative.
— Tu possèdes quelques arguments plutôt convaincants, utilise les.
— Comment ? Je ne veux pas l'avoir par la vulgarité ou en lui proposant tout simplement de se servir, il ne comprendra pas ce que je lui veux. Il me considère comme une enfant…
Tauriel resta muette quelques instants, mordillant sa lèvre inférieure, puis, de manière inattendue, son regard devint de braise et elle se pencha sur Orianne dans un mouvement sensuel, un sourire aguichant aux lèvres.
— Dans ce cas, ma grande, il va te falloir lui faire comprendre que tu es prête pour ce genre de chose, puis tu laisseras décanter…
— Comment ça ?
— Provoque le, puis attend.
Tauriel s'approchait encore, si bien que la Lycéenne se pressa sur le canapé, parfaitement dépassée par le comportement de la rousse éméchée qui alla jusqu'à s'asseoir sur ses genoux.
— De quelle manière… Je devrai le provoquer ?
La serveuse répondit d'un sourire mutin, puis elle se pencha sur Orianne sans la lâcher du regard.
— Parle lui dans un langage qu'il comprendra… Si lui ne t'entend pas, ce ne sera pas le cas de son corps… Il reste homme avant tout…
Taquine, la main de Tauriel remonta le long du flanc de la plus jeune qui se surpris à se laisser faire, se sentant simplement curieuse et intriguée par la douceur des sensations que cela souleva en elle. Loin de se sentir échauffée, elle se contenta d'analyser et d'apprendre la leçon qui lui était offerte en répondant à la légère pression de la serveuse sur sa taille. Bonne élève, elle pris même l'initiative de glisser ses mains dans le dos de la plus grande qui lui sourit en retour.
— Soit plus franche, si Dwalin ressent ton hésitation, tu auras du mal à lui faire oublier vos dix ans d'écart, il doit te sentir sûr de toi. Ne lui donne pas l'occasion de réfléchir, sert toi sans t'embarrasser de la moindre réflexion.
Orianne hocha la tête puis elle décida de rentrer dans le jeu de Tauriel. Sa main remonta le long de l'épaule avant de presser la nuque qu'elle amena à elle et la rousse accueillit sans rechigner le baiser que lui proposa la plus jeune. Elle la laissa d'abord faire, puis elle pris le contrôle de l'échange, la guidant patiemment et lui montrant en pratique de quelle manière ses lèvres devaient bouger pour se montrer le plus enflammant possible.
— Détend toi… Et ouvre la bouche, invite le…
La rousse vint lui caresser distraitement la joue avant d'englober la courbe de la mâchoire de sa paume puis elle embrassa son élève plus passionnément, dardant la langue pour envahir la cavité de la plus jeune afin de rencontrer sa langue et la pervertir dans les formes.
Elle s'immobilisa soudainement en entendant le son d'un polaroïd qui prend une photo et elle se redressa, plantant un regard soudain dangereux sur Pippin, qui lui annonça distraitement; en regardant la photo qui venait de sortir et en agitant vaguement la main vers elle :
— Ne vous occupez pas de moi, dans la mesure où très peu de monde se souviendra de cette soirée à cause de vos mélanges douteux, je confectionne un petit album souvenir, ça va vous faire tout drôle demain…
— Ho que non, gamin, s'il y a bien une règle qui doit être respectée dans ce genre de truc, c'est que ce qu'il se passe en soirée, reste en soirée, tu vas détruire toutes tes photos tout de suite ! Si mon patron voit ça, je serai bonne pour m'exiler de la ville !
Menaçante, Tauriel se leva et se lança à la poursuite du plus jeune qui brailla qu'il avait suffisamment de dossier pour faire chanter chacun des convives de cette soirée et qu'il était hors de question qu'il s'en débarrasse.
Orianne resta assise dans le canapé, essoufflée et surprise par sa propre audace, puis elle se décala peu de temps après pour laisser un peu de place à un Kili ébouriffé qui s'avachit à côté d'elle.
— Y en à au moins qui ont l'air de passer une bonne soirée…
— Tu es jaloux ?
— Comment ne pas l'être ? Cette nana est une bombe atomique…
— Est-ce que tu es conscient que ce genre de remarque est plutôt… Réducteur, vis à vis de moi ?
— Pourquoi ? J'ai seulement dis que j'aurai bien aimé être à ta place, c'est une éloge !
— Non, Kili, ça aurait été une éloge si tu m'avais dis que tu aurais aimé être à sa place à elle…
— Pourquoi ?
Surpris, il regarda son amie dans les yeux en se disant qu'un truc avait changé. Son regard glissa sur les cheveux défaits, ses lèvres humides, puis, surtout, sa poitrine partiellement dévoilée. Il bloqua dessus et fut rappelé à l'ordre par un claquement de doigt impérieux :
— Laisse tomber et va l'inviter à danser au lieu de dire des conneries.
Kili voulu rétorquer qu'il avait déjà essayé mais qu'on l'avait cordialement envoyé se faire pendre, mais il comprit à l'intonation de son amie que la phrase signifiait avant tout « Dégage et fais pas chier » alors il plia la nuque et s'évapora en se disant qu'il était temps qu'il étudie la question floue qu'étaient les femmes.
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Les personnes capables de tenir tête à Eowyn lorsqu'elle était énervée se comptaient sur les doigts de la main.
Aragorn, Gimli, Sam, Rosie et Faramir, tous plus enivrés les uns que les autres et potentiellement dangereux car, depuis que Fili les avait viré de la cuisine, ils s'étaient retrouvés à court d'occupation, avaient évoqué l'idée d'aller pillé le club de plaisance d'Osgiliath pour faire une course de pédalo sur l'Anduin. Bien entendu, la quasi totalité des convives, même Haldir, avaient été emballés par l'idée et seraient sortis sans perdre un instant, si la terrible Eowyn ne s'était pas mise en travers de leur chemin en les priant cordialement de retourner jouer au Monopoli dans le salon des Gondoriens.
La seule personne qui ne fut absolument pas intimidée par le ton réfrigérant de la jeune femme était restée avec elle, même s'il commençait à s'en mordre les doigts.
— Je ne me rappelle m'être permise de la moindre remarque au sujet de ton compagnon !
— Et je t'en suis reconnaissant pour ça, mais il faut bien avouer que Merry, lui au moins, n'est pas-
— Fait attention à ce que tu dis, Eomer, ma patience à des limites. Quand bien même tu serais mon père, tu n'as pas le droit de te permettre le moindre commentaire vis à vis du choix de mes compagnons. Je ne suis plus une gamine et je suis parfaitement capable de savoir si, oui ou non, les mecs sur qui je craque sont correctes ou pas.
Sa petite sœur n'avait pas haussé la voix, pourtant, Eomer ne chercha pas à s'imposer, parfaitement conscient qu'elle était capable de le lui faire chèrement regretter.
— Je te demande simplement de faire attention à toi.
— T'es vraiment chiant quand tu t'y met, tu sais ?
— J'ai le droit de m'inquiéter pour toi ! Depuis la mort de papa et maman, tu t'enfermes dans tes silences, je suis simplement anxieux.
— Non ! Non, tu n'as pas le droit de m'imposer des doutes et tes craintes. Puis-je te rappeler à quel point tu étais toi même exécrable avant que Merry n'encaisse toute l'amertume que tu avais refoulée ? Arrête de tout amener tout le temps à l'accident, à papa et à maman ou à tout ce qu'on l'on a perdu ce jour là ! Il est temps que l'on aille de l'avant, tous les deux, et tu vas commencer en me lâchant la grappe, sans chercher à me retenir si je trouve enfin quelqu'un qui me plait !
— Justement, moi, j'ai eu la chance de tomber sur le bon, et ce n'est certainement pas ton c-
— Ho putain, arrête de me faire chier et laisse moi vivre ma vie !
Furieuse, Eowyn bouscula son frère qui grinça des dents, sans la retenir alors qu'elle partit se perdre dans le salon pour expulser son agacement sur la partie de Monopoli qui n'avait plus rien d'un simple jeu.
Boromir et Faramir venaient de se faire piller tout leur argent par Haldir qui les avait racketter en les menaçant de leur poser une amende pour tapage nocturne, endossant sans complexe un rôle similaire à celui d'un parrain de la mafia. Aragorn, qui était piégé en prison depuis une dizaine de tours et qui se trouvait incapable d'en sortir sans y retourner à chaque coup, regardait piteusement Frodon, qui avait une chance de cocu, bâtir maison sur maison dans les rues les plus prestigieuses. La stratégie de Légolas et Gimli tenait plus de celle d'une partie de Risk qu'autre chose et la bataille pour la conquête du plateau du jeu était acharnée. De son côté, Rosie parvint à plumer son petit-ami au poker et avait remporté ses billets avec lesquels elle acheta toutes les places que Frodon n'avait pas encore investies, sans se rendre compte que le gardien de la banque, Gandalf, avait détourné des fonds suffisamment important pour mettre sa stratégie immobilière en péril.
Arwen, qui n'avait pas joué depuis pas mal de temps, ne représentait pas une réelle menace pour les joueurs, car elle était trop occupée à chercher l'assassin du capitaine moutarde et donnait tout son argent à Aragorn pour l'aider à sortir de prison.
Eomer ne se joignit pas à eux et il ouvrit la main lorsque des pas discrets s'approchèrent et que des doigts affectueux se glissèrent entre les siens.
— Grima ne va pas la manger, tu sais, il est tellement en admiration devant elle qu'il ne se permettra pas le moindre écart… Laisse leur une chance.
— Tu connais ce type ?
— Il est dans ma promotion. On a quelques cours en commun : Rohirim ancien, poésie Ent et lettres modernes. C'est un sensible ce gars, et un doux aussi, lui au moins saura écouter ta sœur et épancher ses pleurs.
— Il ne m'inspire pas la moindre confiance.
— Peut-être, mais croit-moi, il est réellement amoureux d'elle depuis quelques années et lui, au moins, il possède une plume remarquable : "Si belle... Comme un pâle matin de printemps qui frissonne encore d'un hiver tenace...". Il est doué.
— Je vois, de quoi te dégouter, toi qui galères à sortir ne serait-ce qu'un texte en prose… Je suis certain qu'au fond, tu le détestes.
Merry haussa les épaules et retint un petit sourire mutin.
— La poésie n'est pas mon point fort, mais j'ai d'autres talents… J'excelle en classe de langue, tu sais ?
— Ça, je demande à voir…
Le sourire du plus jeune s'agrandit lorsqu'Eomer le prit par la taille pour l'attirer à lui afin d'embrasser ses lèvres furieusement, se noyant dans le baiser pour se débarrasser de la tension que la conversation avec sa sœur avait instauré dans ses veines. Un flash les surprit et ils se tournèrent tous les deux vers Pippin qui récupéra son film polaroïd en souriant bêtement.
— Merci les gars ! Les photos de vous deux s'arrachent à prix d'or en ce moment sur le marché du Shari, vous n'avez pas idée… Bien mieux que la petite culotte d'Arwen ou le décolleté de Rosie…
Eomer haussa un sourcil, puis il lâcha doucement la taille de Merry pour s'avancer sur le plus jeune qui avait miraculeusement réussi à se faire oublier de Tauriel. Le jeune Brandebouc, même s'il ne comptait pas retenir son petit-ami, eut tout de même la décence de prévenir son cousin avec douceur.
— Tu sais, Pippin, si tu ne cours pas tout de suite, tu vas te retrouver accroché à un porte-manteau duquel tu ne pourras descendre qu'une fois que tu auras mangé tous tes pola…
Le plus jeune entendit le conseil et il s'éclipsa rapidement, laissant le soin à Merry de faire diversion auprès d'Eomer.
oOo
— Au fait, quelqu'un sait où est passé Fili ?
— Non, pourquoi ?
— Ça n'inquiète personne que des gens disparaissent comme ça ?
— Il s'est peut-être trouvé une fille.
— Laquelle ?
Allongés à même le sol du salon, étourdis et épuisés, Merry et Sam discutaient de tout et de rien. De rien plus que de tout, mais ils n'étaient pas en état de s'en rendre compte.
Sur les canapés, les plus vieux fumaient tranquillement, Arwen dormait profondément sur l'épaule d'Aragorn, leurs doigts étaient entremêlés. Haldir et Gimli étaient en plein débat sur un sujet qui avait été flouté par l'alcool et, un peu plus loin, dans l'ombre, Tauriel et Légolas, ivres tous les deux, semblaient en pleine exploration buccale et plus, si affinité, faisant le bonheur de Pippin qui rôdait discrètement avec son appareil photo.
Plusieurs personnes avaient disparues, outre Fili et Bilbo, les hôtes de la soirées s'étaient éclipsés pour aller décuver dans leur chambre, Kili et Orianne, les deux plus jeunes, étaient certainement partis se coucher aussi.
Eowyn, Rosie et Lithoriel avaient commencé un jeu de tarot divinatoire, mais la jeune brune, remarquant qu'Eomer était parti, seul, prendre l'air sur le balcon, faussa compagnie aux deux autres pour rejoindre le cavalier, prenant deux verres au passage.
— Tu n'as pas froid ?
Il se tourna vers elle et accepta le verre qu'elle lui tendit en haussant les épaules.
— C'est supportable.
Ils burent une gorgée, puis elle se mordit la lèvre avant de reprendre la parole.
— Tu sais, je t'ai vu au grand prix de Minas Tirith, c'était… Grandiose, ta victoire était amplement méritée.
— Merci.
— C'est incroyable, comment fais-tu pour allier études supérieures et compétitions à un si haut niveau ?
— Ca demande beaucoup de compromis, mais ce n'est pas si compliqué.
— Mais… Vu le don que tu as en équitation, pourquoi t'acharnes-tu à faire sciences po ? Tu pourrais vivre de ta passion.
— Justement, si j'en fais mon métier, ce ne sera plus une passion. Je ne veux pas que ma vie ne tourne simplement qu'autour du cheval.
Sentant que la conversation ennuyait le plus grand, trop poli pour lui faire clairement comprendre, elle bu une nouvelle gorgée et tenta une autre approche.
— Je me demandais… Est-ce que tu donnes des leçons privées ? Mon étalon est très compliqué mais il a un superbe poten-
— Je ne donne pas de cours, Théodred fais ça mieux que moi.
— Je n'en suis pas si sûr, quand on voit jusqu'où tu as mené Merry en si peu de temps.
— Avec Merry, c'est différent, lui il est doué.
Elle fronça un sourcil agacé et expira lourdement, vexée. Puis, discrètement, elle s'approcha du cavalier jusqu'à le frôler et, même s'il lui lança un regard tranchant, il ne fit pas mine de se soustraire ou de s'éloigner.
— Il a beaucoup de chance, tu sais…
Eomer compris sans mal l'insinuation susurrée d'une voix mielleuse et il haussa les épaules en buvant quelques gorgées sans un regard pour le décolleté que la jeune femme cherchait à mettre en valeur.
— Il en va de même pour moi.
— Est-ce que… Tu as déjà essayé… Avec une fille ?
— J'étais hétéro avant de rencontrer Merry.
— Ho, donc… Quand ce sera fini avec lui…
— Ferme la…
Agacé par Lithoriel, Eomer termina son verre sans attendre la fin de sa phrase et il tourna les talons, mais elle attrapa sa main et, sans hésitation, la plaqua sur l'un de ses seins avant de murmurer d'une voix veloutée.
— Eomer… Laisse toi tenter, je suis certaine que ça, ça te manque…
Il écarquilla les yeux, totalement pris par surprise par l'audace de l'étudiante, dont l'alcool avait gommé les hésitations et il n'eut même pas le réflexe de la repousser lorsqu'elle passa une main derrière sa nuque avant de presser ses douces lèvres contre les siennes.
Il y eu un bruit de verre brisé et un juron craché dans une voix reconnaissable entre toutes. Eomer n'eut que le temps de repousser la jeune femme avant de lever le regard pour voir Merry disparaître dans l'appartement, en direction de la sortie, les débris du verre qu'il avait pensé apporter à son amant gisaient au sol.
Il bouscula Lithoriel pour suivre le plus jeune et il le rattrapa dans l'escalier, deux étages plus bas.
— Merry, attend ! Laisse moi t'expliquer !
— Parce que en plus, il y a une explication ?
La voix était furieuse et Merry, profondément meurtri par ce qu'il venait de surprendre, refusa d'attendre le plus grand. Il dévala le dernier étage et se dirigea vers la sortie, la mâchoire douloureusement serrée.
— Elle ne m'a pas laissé le choix !
— Je vois… Le grand Eomer va finir par se faire violer par des adolescentes en chaleur s'il ne fait pas attention !
Eomer fronça les sourcils et il attrapa sèchement le poignet du Brandebouc pour le forcer à s'immobiliser.
— Arrête ! Elle m'a arraché un baiser par surprise, il ne s'est rien passé de plus !
— Et tes mains se sont égarées toutes seules sur ses somptueux attributs féminins, peut-être ! Une nouvelle méthode pour repousser les pervers ?
— Ho putain, Merry, calme-toi et écoute-moi !
— QUE JE ME CALME ? Bordel, je viens de te surprendre en train de peloter une nana qui te tourne autours depuis des années, qui t'a dragué toute la soirée et qui n'a apparemment eu aucun complexe à trifouiller ta glotte avec sa langue !
— Merry…
— Lâche-moi !
D'un geste sec et emplie de véhémence, le plus jeune se dégagea et sortit de l'immeuble d'une démarche raide, furieuse et meurtrie. Le cavalier lui emboita le pas, refusant de le laisser partir sur un tel malentendu.
— Je pensais que tu me faisais confiance !
— Je le pensais aussi.
— Laisse moi t'expliquer.
Une nouvelle fois, Eomer s'empara de l'épaule de Merry pour le forcer à lui faire face et il se sentit profondément désolé lorsqu'il remarqua quelques sillons humides sur ses joues pâles, brillant à la lumière des lampadaires.
— Eomer… Je crois que tu ne te rends pas compte à quel point c'est douloureux… Putain... Ça fait tellement mal…
La voix vibrante de détresse était poignante et le cavalier ne put s'empêcher de l'attirer à lui pour le prendre dans ses bras pour une étreinte sincère et repentante.
— Je suis tellement désolé… S'il te plait, Merry… Crois moi. Il n'y a que toi. Personne d'autre. Je t'aime… Si tu savais comme je t'aime…
Le plus jeune écarquilla les yeux, surpris par les mots d'Eomer qui ne s'était encore jamais déclarer ainsi, avec autant de franchise et sans aucune pudeur. Il inspira profondément et ferma les paupières en se sentant profondément triste de constater que le plus grand ne lui disait ce genre de chose que pour s'assurer de le garder prêt de lui et tenter de lui faire oublier son… Ecart. Il serra les dents et s'écarta douloureusement en séchant ses larmes.
— Laisse-moi seul. Je veux simplement rentrer… Et dormir. J'aimerai oublier aussi, mais ce ne sera pas si simple… Je pars demain matin pour la Comté.
Eomer rechigna à le laisser partir, mais il était conscient, à l'instar de Merry, qu'aucun des deux n'étaient sobres, même si l'accident les avait considérablement dégrisé, et que toute discussion ce soir serait stérile et ne ferait qu'envenimer la situation. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux avant de reprendre la parole, très mal à l'aise.
— Quand reviendras-tu ?
— Je ne sais pas.
Sans ajouter un mot, Merry s'éloigna, disparaissant dans la nuit en direction de l'appartement qu'il avait partagé en colocation avec Pippin, Sam et Frodon et dont il avait gardé les clés, même après avoir emménagé chez son petit-ami.
Eomer, se sentant l'envie de tabasser tout ce qui bougeait, notamment une certaine brune aux courbes bien placées, jugea bon de tourner les talons et il rentra chez lui, furieux.
Merci d'avoir lu !
Au prochain chapitre :
"Une pluie de films polaroïds s'abattit sur la salle.
Puis, ce fut le chaos."
