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— Oui, le mien vient d'être accepté aux cours de Madame Luthien, vous savez, la chanteuse du Philarmonique de Numénor ! Elle a un don pour dévoiler les talents paraît-il ! Notre Pippin deviendra un grand.

Merry remplit ses poumons de tout l'air qu'il put puis expira lourdement. Du coin de l'œil, il voyait Pippin, assit en face de lui sur la magnifique table de noyer, aujourd'hui recouverte d'une légère nappe blanche et décorée de feuilles de houe et de petites bougies, qui discutait joyeusement avec son voisin.

Puis il soupira une nouvelle fois lorsque sa mère pris la parole pour répondre d'une voix perchée que son fils à elle avait commencé les compétitions internationales d'équitation de saut d'obstacle, entrainé par l'un des meilleurs cavaliers de la région.
Pippin lança un sourire complice à son cousin, sans remarquer son visage sombre et lui demanda du bout des lèvres si elle était au courant.

Au courant que si Merry avait accepté de sortir sa jument sur des concours de si haut niveau, c'était simplement parce que ces sorties étaient un excellent prétexte pour passer des week-ends entiers avec son coach personnel comme seule compagnie aux quatre coins de la Terre du Milieu.

Le jeune cavalier plissa amèrement des lèvres à l'évocation d'Eomer et répondit silencieusement que non. Pippin haussa un sourcil en remarquant l'air lugubre de son cousin, ses traits tirés et sa mine acerbe et, dans son esprit lumineux, le jeune Touque compris que son cousin et ami rencontrait certainement quelques problèmes de cœur.

Prenant un air détaché, il se concentra, prit sa respiration et balança un monumental coup de pied sous la table. A voir de quelle manière Merry sursauta, Pippin comprit qu'il avait touché le bon, et il fit signe à son cousin de le suivre alors qu'il sortit de table.

— Que se passe t-il ?
— Rien, ne t'inquiète pas.

Maussade, Merry sortit un paquet de cigarette qu'il proposa distraitement à Pippin. Ils restèrent silencieux le temps d'allumer leur clope et le plus vieux s'adossa au mur pour se laisser glisser par terre, sans se soucier de la neige qui gelait au sol.

— C'est à propos d'Eomer ?
— Ouais… Mais il ne s'est rien passé… Je lui ai pris la tête pour une broutille à la soirée de Boromir…
— Et vous êtes restez en froid ?

Dépité, Merry posa sa tête contre le mur derrière lui en expirant longuement sa fumée.

— Je pense que c'est à moi de le rappeler… A tous les coups, j'ai réussi à le faire culpabiliser. Mais je lui en voulais tellement… Et maintenant, je ne sais pas quoi lui dire…
— Lui ne t'a pas recontacté ?

Le plus vieux soupira et ferma les yeux en plissant les lèvres.

— Eomer n'est pas vraiment le genre de personne… Qui assaille son petit-ami de SMS… Il a essayé de m'appeler il y a trois jours, mais je n'étais pas encore calmé… Il m'a laissé quelques messages vocaux…
— Tu les as écouté ?
— Et pas qu'une seule fois… T'imagines pas à quel point je peux aimer ce type…

Merry plongea sa tête dans ses mains avant de lever le visage vers Pippin et il lui lança un regard purement désespéré, les lèvres légèrement tremblantes.

— J'ai voulu l'appeler, mais à chaque fois, je… Bloquais, au moment de lancer l'appel… Je me sens tellement con d'avoir réagi comme ça, je ne sais pas quoi lui dire.
— Tu peux commencer avec un SMS...
— Ce n'est pas-
— Hey, les gars le dessert est servi !
— On arrive.

Sans ajouter un mot, Merry se leva en soupirant et suivit Frodon et Pippin à l'intérieur du manoir Touque pour retourner à table.

Une fois assit, il sorti son portable et se sentit fondre lorsqu'il remarqua que son petit-ami lui avait envoyé un SMS amoureux et repentant, lui faisant comprendre que ces cinq derniers jours avaient été très longs et qu'il était prêt à tout pour ne pas endurer son silence plus longtemps.

En rougissant, le jeune Brandebouc commença à texter une réponse en prenant son temps pour réfléchir sur les mots, cherchant la meilleure manière de lui dire que ce n'était pas grave, qu'il ne lui en voulait pas, qu'il avait tellement hâte de le revoir que ça lui faisait mal et qu'il comptait l'appeler le soir même. Mais il sursauta lorsque sa mère se tourna vers lui en fronçant les sourcils :

— Merry ? Notre compagnie ne te suffit plus ?
— Excuse moi, maman.

Le jeune homme cacha distraitement son portable et posa ses coudes sur la table en se sentant trembler, tout son esprit concentré pour réfléchir à une réponse qui ferait comprendre à Eomer à quel point il l'aimait et qu'il était totalement pardonné. Puis il se dit qu'il ferait mieux de l'appeler directement et il se promit de faire ça à la première heure le lendemain, conscient que son amant, même s'il répondrait à la première tonalité, passait lui aussi la soirée de noël en famille.

— Qui était-ce ?
— Qui ça ?
— La personne avec qui tu discutais ?
— Quelqu'un.
— Encore ce fameux quelqu'un...

Agacé, il hausa les épaules et garda les sourcils froncés par la contrariété. Madame Brandebouc ne se formalisa pas de la réponse de son fils, ou plutôt, de son absence de réponse, accoutumé à ce genre de silence, et elle se tourna vers sa voisine et cousine, Belladona Sacquet-Touque pour proposer une balade hivernale dans le bois de la propriété familiale.

oOo

« Joyeux noël, Bilbo, ne fait pas trop de bêtises en nous attendant ! »

— Bande de cons...

Néanmoins, Bilbo ne put empêcher un sourire radieux d'étirer ses lèvres alors qu'il étudiait la joyeuse photo envoyée par ses amis en vacances à la Montagne. Thorin, Frérin, Kili, Dwalin et, surtout, Fili, qui lançait à l'objectif l'un de ses sourires si craquants qui mettait ses fossettes en valeur. Bilbo, encore une fois, se sentit fondre devant ces fossettes, pas encore totalement remis de l'intensité du moment qu'il avait connu quelques jours plus tôt après l'avoir accompagné à l'hôpital.

Apparemment, cette bande de zouaves avait trouvé un moyen de grimper au sommet des pistes pour fêter le réveillon comme il se le devait et de quelle manière ils avaient réussi à trainer Thorin jusqu'à là-haut restait un mystère pour Bilbo qui rangea son portable en claquant des dents.

Bien sûr qu'il regrettait de ne pas avoir cédé à leur invitation d'aller fêter noël au chalet avec eux, mais, de une, il craignait de ne pas supporter la proximité des deux blonds, l'un parce sa simple présence lui ôtait tous ses moyens, l'autre parce qu'il n'avait pas encore digéré l'idée que Bilbo ait pu avoir échangé un baiser avec son frère, ce qui le rendait potentiellement dangereux.
De deux, parce qu'il se savait sur un scoop et que la laborieuse investigation qu'il menait avec Gandalf depuis quelques années promettait de porter ses fruits dans un futur proche, le jeune journaliste ne voulait pas tout mettre en l'air simplement pour quelques jours à la Montagne avec la pire bande de timbrés qu'il n'avait jamais connu, et, accessoirement, les seules personnes qu'il considérait comme sa famille.

Il remit ses gants et profita que la neige couvrit le son de ses pas pour avancer doucement vers les quais du fleuve, quartier insalubre qui voyait régulièrement les pires trafics de la région. Mais il s'immobilisa subitement lorsqu'un hurlement de détresse s'éleva.

Il plongea sa main dans sa poche pour s'emparer de son Smartphone et s'élança vers la source du cri.
L'obscurité de cette nuit de Noël ne l'empêcha pas de discerner et reconnaître les silhouettes des membres du cartel qu'il traquait en ce moment. Il n'hésita que quelques secondes entre appeler le numéro de la ligne d'urgence d'Haldir ou bien mettre en route l'option caméra de son téléphone. Mais, par reflexe, il lança la vidéo et se glissa dans l'ombre d'un mur pour avoir un meilleur angle de vue.

Il comprit trop tard ce qui était en train de se passer. La victime des malfrats poussa un nouveau cri où l'angoisse se mêlait à la supplication et Bilbo posa sa main sur la bouche pour retenir une exclamation horrifiée lorsque deux coups de feu tonnèrent dans le silence de la nuit, suivit par le sinistre son d'un corps sans vie qui tombe au sol.

Les yeux écarquillés, le jeune journaliste fit un pas en arrière, se collant contre le mur sombre du bâtiment derrière lui, sa main était toujours pressée sur sa bouche alors qu'un haut-le-cœur menaça de le plier en deux. Son regard ne parvenait pas à se détacher de la tache brune qui se répandait autour du corps assassiné et dont la chaleur faisait fondre la neige.

Écœuré par les éclats de rires qui s'élevèrent parmi les mafieux et certain d'avoir dans sa vidéo de quoi envoyer chacun des acteurs de cette macabre scène derrière les barreaux pour quelques années, il s'éclipsa en composant le numéro d'Haldir, ne sentant aucune culpabilité à le mettre sur ce genre d'affaire la nuit de Noël, c'était son petit cadeau.

Mais il n'eut même pas le temps d'entendre la première tonalité qu'un cri horrifié franchi ses lèvres lorsqu'il se trouva nez à nez avec Azog, qu'il n'avait encore jamais vu d'aussi prêt. L'homme immense le regardait avec un petit sourire en coin et il fit un pas en avant, contraignant Bilbo à reculer jusqu'à buter contre le bâtiment derrière lui.

Gentiment, presqu'avec tendresse, l'albinos posa sa main sur celle du journaliste figé et le délesta de son portable au moment où la voix d'Haldir se fit entendre :

— Bilbo ? Nom de dieu, dans quoi est-ce que tu t'es fourré cette fois ? Tu as oublié quel jour on-
— Il me semble qu'il avait l'intention de vous joindre pour vous annoncer un meurtre non loin du quai dix. Pour ma part, j'aimerai vous prévenir qu'en plus de ce meurtre barbare, une disparition malencontreuse aura lieu cette nuit même.
— Qui est à l'appareil ?
— Beau blond, tu ne reconnais pas celui après qui tu cours depuis des années ?

Ses yeux cruels et amusés toujours plantés dans le regard pétrifié de Bilbo, Azog raccrocha au nez du policier et lança le Smartphone à l'un de ses sbires qui patientait derrière lui. Le malfrat s'empara du portable et en ouvrit la galerie photo avant de le renvoyer à son chef.

Le cœur battant la chamade et le visage livide, Bilbo luttait contre les tremblements de terreur qui commençaient à parcourir son corps et resta immobile, lorgnant désespérément sur une issue pendant Azog faisait défiler les photos et les vidéos hautement compromettantes que contenait le Smartphone du journaliste amateur.

— Enfin, on nous te tenons... Le petit moucheron qui nous colle aux basques et qui rend publique tout ce que l'on essaie de cacher... Quel magnifique cadeau de noël...

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— Je… Je ne comprends pas.
— Il n'y a rien à comprendre, j'ai gagné, toi tu as perdu, tu me dois un gage.
— Oui mais…
— Pas de « mais », Frérin, soit beau joueur, tu viens seulement de passer pour un con, c'est tout, ton frère a gagné ton jeu, tu lui dois un gage de son choix.
— Mais…

Dwalin ricana devant l'air hébété du jeune blond qui regardait de ses yeux écarquillés son ainé s'éloigner vers le chalet familial, son snow board à la main.

— Mais… tu le savais, toi ? Qu'il était aussi doué ?
— Bien sur ! C'est pour ça que je n'ai pas relevé ton défi !
— Ha. J'avais pourtant cru que… Bordel.

Agacé, Frérin shoota dans une motte de neige dont les flocons glacés s'évanouirent dans la nuit. Quand était venu le moment de redescendre du haut des pistes, à une heure du matin, il avait lancé à qui voulait bien l'entendre le défi de la poule mouillée. Ce truc enfantin qui exigeait au dernier arrivé de remplir un gage pour le premier arrivé. Entre lui, Fili et Kili, il savait que les chances se valaient. Mais il n'avait jamais vu Thorin sur un snow, il était donc parti du principe que son frangin allait mettre une bonne demi heure pour arriver en bas.

De une, il n'avait pas prévu que son charmant jeune neveu aussi con que brun allait lui balancer une branche de pin dans la gueule. De deux, il n'avait pas pensé un seul instant que Thorin, prit au jeu, décide de couper au plus court, c'est à dire, ni par le snow park, option choisie par Fili qui avait tracé tout droit malgré les monstrueuses bosses et les tremplins faramineux -qui lui étaient pourtant interdis à cause ses trois points de suture sur son avant-bras- ni par la piste noire, que Kili avait dévalée tout shuss, mais entre les deux : poudreuse, hors piste et tout le tralala.

Frérin avait aussi misé sur la piste noire, mais ce connard de Kili l'avait envoyé au sol d'un fulgurant lancé de branche de sapin. Il avait simplement eu le temps de se redresser, s'asseoir dignement pour chasser les flocons de neige d'une main nonchalante et de lever le regard pour voir son demi frère damner le pion à son neveu blond, passant la ligne d'arriver quelques secondes avant lui.

— Y a que des connards dans cette famille, bordel.

Digne, il rejoignit rapidement son demi-frère qui l'attendait en bas des pistes avec son abominable sourire victorieux en coin. Le sourire en question s'agrandit lorsque, mauvais joueur, Frérin lui lança un regard assassin qui était parfaitement compréhensible comme un « Ton putain de sourire, tu vas le ravaler. »

— Hé ba alors, Frérin ! Tu-

Mais Kili, qui avait beau frôler la mort à chaque fois qu'il cherchait à taquiner l'un de ses oncles et dont la survie aujourd'hui relevait du miracle, n'eut pas le temps de finir sa phrase. D'un talque furieux, Frérin le mis à terre et, sans pitié, il lui planta la tête dans la neige puis glissa fourbement une grande quantité de flocons glacés et humides sous ses vêtements malgré ses hurlements étouffés par la neige et ses gesticulations. Thorin, Dwalin et Fili ne leur accordèrent aucune attention et s'en retournèrent joyeusement vers le chalet. Frérin les rejoignit peu après, abandonnant un Kili frigorifié planté dans la neige jusqu'aux épaules.

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Azog fit un pas de plus en avant et, collé contre le mur de béton, Bilbo sentit son cœur s'arrêter lorsqu'il comprit que le dangereux criminel était actuellement en train de parcourir la totalité de son Smartphone, et qu'il avait donc accès à tous ses contacts, l'adresse et les numéros de ses amis et ses conversations. Dans un cri de rage, incapable de laisser la moindre de ses relations apparaître sur la liste de chasse d'un homme tel qu'Azog par sa faute, il sauta sur le plus grand, fit tomber le Smartphone qu'il avait les mains et, d'un violent coup de talon, réduisit le téléphone en miette, avant de prendre la fuite.

Le centre ville n'était pas loin, mais il le savait complètement désert à cette heure-ci. Bilbo estimait à quinze minutes le temps nécessaire à Haldir d'organiser et amener ses troupes sur la zone du quai dix, mais il estimait aussi que les tueurs qui étaient à ses trousses n'auraient besoin que de dix minutes pour le retrouver et lui faire la peau, ou pire.

— Ramenez-le moi.

Terrorisé, Bilbo voulu accélérer, mais ses poursuivants étaient entrainés et le rattrapèrent facilement. Dérapant dans la neige, il bifurqua sèchement et s'engouffra dans une ruelle sombre. Il avait suffisamment écumé les lieux pour les connaître à la perfection et, sans ralentir, il changea une nouvelle fois de direction, empruntant un étroit passage entre deux bâtiments. Peu désireux de s'enfermer dans un cul de sac, il ignora la porte de l'immeuble désaffecté qu'il savait déverrouillée, mais il l'ouvrit tout de même d'un coup de pied dans l'espoir de leurrer ses poursuivants mais l'un d'eux apparu au coin de la rue devant lui et il n'eut pas d'autre choix que de prendre une autre ruelle adjacente qui se dirigeait vers les quais.

Acculé, il voulut bifurquer vers le centre ville à l'intersection suivante, mais les hommes d'Azog s'étaient placés de manière à le chasser vers le fleuve et il n'eut d'autre choix que de courir dans cette direction.

Il s'immobilisa ensuite, parce qu'il était à bout de souffle et, surtout, parce que Azog se dressait dans la ruelle qui desservait sur les quais, lui barrant le passage et Bilbo n'eut pas besoin de se retourner pour compter les sbires qui venaient de pénétrer derrière lui, lui coupant toute issue. Il se figea une nouvelle fois et resta immobile face à Azog qui s'approcha d'une démarche féline, un sourire ravi accroché aux lèvres.

— Tu ne comptais tout de même pas nous quitter ainsi ?

Le hobbit sentit un frisson glacé descendre le long de son échine lorsque la main qui venait de donner la mort glissa sur sa joue. Il ferma les yeux en serrant les lèvres et le lointain chant des sirènes policières ne lui apporta aucun réconfort, il savait que c'était trop tard. Un gémissement terrifié franchit ses lèvres quand les doigts du criminel se refermèrent tendrement sur sa gorge et il glapit lorsqu'Azog, affermissant cruellement sa prise, le souleva sans effort, lui coupant le souffle.

— Alors... petit journaliste... Quel sera ton châtiment pour nous avoir espionné ainsi ? J'avoue que cela fait un bon moment que j'attends de t'avoir en face de moi... Et tu dois te douter que j'ai eu le temps d'imaginer ta punition adéquate... Toutefois, je suis surpris, je ne m'attendais pas à ce que tu sois si... appétissant... J'ai soudain d'autres plans te concernant.

A bout de souffle et le crâne au bord de l'explosion, Bilbo vit ses forces l'abandonner et il cessa de gesticuler. Il ne sentait même pas les larmes de douleur qui striaient ses joues et il poussa un gémissement rauque lorsque Azog, magnanime, desserra sensiblement ses doigts, l'autorisant aspirer un filet d'air qui lui brula la gorge. Puis, soudainement, il le lâcha et Bilbo s'effondra au sol. Le journaliste se redressa difficilement, mais le plus grand s'agenouilla face à lui et vint une nouvelle fois lui caresser la joue, cueillant avec délice une délicate larme qui ruisselait sur son visage.

Parfaitement immobile, Bilbo le regarda faire, n'osant plus esquisser le moindre geste, parce que le soudain contact du canon froid d'une arme à feu qu'un homme de main posa sur sa nuque ôta toute chaleur dans son corps et figea son sang. Il voyait par dessus l'épaule du criminel les gyrophares des voitures de police dont la neige fit crisser les pneus alors qu'elles se garaient autour du cadavre qui refroidissait, abandonné au sol.

— J'ai comme l'impression que ce petit commissaire blond tient à toi, il met rarement aussi peu de temps pour rejoindre une scène de crime...

Bilbo resta muet et se déroba au regard cruel qui le sondait. Il ne broncha pas lorsque la main puissante glissa dans la poche de son jean, effleurant sa cuisse dans une caresse sans équivoque et il chercha à maitriser son souffle qui s'emballa lorsqu'Azog s'empara de son porte-monnaie. Le mafieux le fouilla en quelques secondes et en sorti sa carte d'étudiant, qu'il analysa avec un sourire gourmand.

— Bilbo Sacquet, troisième année en double cursus d'histoire et géographie à la fac d'Osgiliath et... plus intéressant, domicilié rue d'Ulmo, immeuble B, deuxième étage... Vraiment intéressant... Que l'on se fasse filer le train par un étudiant et non un reporter expérimenté est plutôt... Humiliant... Mais, finalement, c'est assez excitant : tu vas vite comprendre que tu es tombé sur quelque chose de trop gros pour toi, Bilbo. Je regrette simplement que tes amis soient arrivés si tôt et que j'ai encore deux ou trois choses à régler cette nuit, cela écourte le plaisir de cette charmante rencontre, mais, tu n'as pas à t'inquiéter on va remettre ça à plus tard et je vais garder ceci en attendant.

D'un geste léger, Azog lui montra sa carte d'étudiant qu'il fourra dans sa poche et, un sourire joueur accroché aux lèvres, il se pencha en avant pour déposer un baiser fugace au coin de la bouche de Bilbo, qui avait retenu son souffle. Le criminel se leva ensuite et fit signe à ses sbires de disparaitre.

En moins de quelques secondes, Bilbo se retrouva seul, seul avec Azog qui le regardait avec un étrange regard que le journaliste, s'il avait encore ses facultés d'analyse, aurait qualifié de prédateur.

— Une dernière chose, avant de partir... Comme je n'ai pas très envie que tu m'oublies, je vais t'offrir un petit souvenir.

Toujours prostré au sol, l'étudiant sentit soudainement le trait insidieux de la peur descendre le long de son échine lorsqu'il avisa l'impressionnant couteau qui luisit dans la main du criminel. La terreur ayant pris le contrôle de ses membres, il tenta de se débattre quand Azog lui empoigna le bras pour le soulever mais il ne parvint qu'à le griffer faiblement, amenant un rire amusé sur les lèvres du plus grand. Il le plaqua contre le mur pour l'immobiliser avant de poser la lame de son couteau sur sa gorge en le regardant avec gourmandise. Puis, presque avec dévotion, il la fit courir le long de la peau de sa victime, se délectant de ses tressaillements affolés et, doucement, il incisa l'épiderme, faisant couler un sang écarlate.
Bilbo gémit faiblement et chercha une nouvelle fois à se débattre, mais la poigne se durcit et le sourire gourmand du plus grand s'agrandit.

— Ne te plains pas, ça te donne un charme fou.

Nouveau sourire prédateur et Bilbo, horrifié, ferma les yeux lorsque le visage du criminel s'approcha du sien et il gémit une nouvelle fois lorsque ses lèvres se posèrent au coin des siennes pour remonter le long de sa joue et suivre le sillon brillant d'une larme. Le plus petit se pressa contre le mur, cherchant vainement à mettre le plus de distance entre lui et son bourreau, mais les lèvres légères revinrent indolemment se poser sur les siennes. Le journaliste écarquilla les yeux lorsqu'il sentit la langue d'Azog glisser lentement dans sa bouche. Son sang ne fit qu'un tour et, d'un geste brusque, il balança sa tête en avant en claquant des dents.
Il ne comprit pas vraiment l'enchainement qui suivit, ne se rappelant simplement que d'un poing monstrueux qui vola vers son visage avec une vitesse et une précision effarante. La puissance du choc le fit valser et il chuta au sol, la fine couche de neige ne parvint pas à amortir la chute qui lui arracha un gémissement de douleur.

Azog, le nez et la lèvre en sang, jeta un coup d'œil par dessus son épaule et, avisant les lampes torches des gendarmes qui patrouillaient dans la zone, il se baissa précipitamment pour empoigner sa victime par les cheveux et le soulever aisément.

— Ca, mon grand, tu me le revaudras, sois en certain. En attendant, je te souhaite un joyeux noël...

Il plongea sa grande main dans sa poche et en sortit une petite seringue que Bilbo regarda avec des yeux effarés. Le plus petit essaya de se soustraire à la prise d'Azog, mais, d'un geste agile, le malfrat lui planta l'aiguille dans le creux du cou pour lui injecter le produit qui était à l'intérieur.

— Qu'est-ce que-
— Ne t'inquiète pas, ça ne va pas te faire de mal, au contraire. Tu vas simplement t'endormir et, au réveil, tu ne te souviendras plus de rien... Tu as relevé beaucoup trop d'indices sur nous cette nuit pour que je puisse prendre le risque de te laisser courir sans prendre mes précautions... Mais ne crains rien, tes souvenirs reviendront à temps, ou pas...

Il le lâcha ensuite et s'éclipsa dans la nuit d'hiver, sans un regard pour son nouveau jouet engourdi qui gisait au sol, son sang écarlate se répandant sur la neige immaculée qui l'entourait.

oOo

— J'ai appris hier que ton ami Sam sort avec la si mignonne petite Rosie.
— Ca fait quelques mois, oui.

L'esprit encore un peu brouillé par un sommeil nerveux à l'idée de contacter Eomer, après l'avoir ignoré si longtemps, Merry se servit un verre de jus d'orange sans s'occuper de son père qui lisait près du feu ou bien de sa mère qui mangeait avec lui et qui sourit joyeusement en entendant la nouvelle.

— C'est une bonne chose. Nos jeunes ont de plus en plus tendance à chercher ailleurs.
— Je ne vois pas où est le mal.
— Ho, il n'y a aucun mal, chéri ! Vous faites ce que vous voulez. Tu sais, moi et ton père ne verrons aucun inconvénient si tu nous trouves une belle étrangère… Les temps changent, tout simplement.

Madame Brandebouc bu une gorgée de café en regardant distraitement par la fenêtre après avoir tendu un croissant à son fils.

Merry lui lança un regard en coin et fut charmé de la voir ainsi : Totalement démaquillée, les cheveux défaits, les traits tirés par le sommeil et, abandonnant le masque qu'elle portait constamment lorsqu'elle était en publique, ses gestes et ses mimiques étaient moins réfléchis, plus doux, maternels.
L'étudiant savait, au fond de lui, que s'il était constamment agacé par elle lorsqu'elle se la jouait fille de bonne famille et mère exemplaire, c'était simplement parce qu'il savait qu'elle tenait un rôle qui ne lui correspondait pas.

Les grandes familles de la Comté étaient connues pour être ancrées dans les traditions, aux mœurs figées et très conservatrices. Etant héritière de l'une des plus prestigieuses et anciennes lignées nobles, la mère de Merry, Esmeralda Touque, avait été élevée en tant que tel, avant d'épouser un autre héritier, un mariage d'amour, ils se plaisaient à le rappeler.

Et, malgré tout ce que Merry pouvait lui reprocher, il savait qu'elle se débattait avec son éducation rigide pour offrir à son fils quelques choix qui ne s'étaient pas présentés à elle, ces études de lettres à Osgiliath en étaient l'exemple.

Elle sursauta lorsque le téléphone fixe sonna et elle sauta sur ses pieds, reprenant le masque de bienséance que Merry lui détestait pour répondre de sa voix perchée :

— Bonjour, Belladona, joyeux no- Que se passe t-il ?

Merry fronça un sourcil et releva la tête face au ton catastrophé de sa mère qui, captant son regard, lui tourna le dos et baissa d'un ton.

— Arrête de pleurer, ma belle, je ne comprends pas ce que tu dis… Bilbo s'est fait agresser ?

Ce fut au tour de Saradoc Brandebouc de froncer les sourcils et il se leva pour s'approcher de sa femme et appuyer sur le bouton du haut parleur et Merry tendit l'oreille pour écouter les mots que la mère de Bilbo peinait à sortir entre deux sanglots.

— Ils… Ils l'ont emmené à l'hôpital, mais il ne s'est pas encore réveillé… Le policier semblait alarmé, même s'il ne m'a pas dit pourquoi…

Esmeralda lança un regard à son mari qui haussa les épaules avant de retourner s'asseoir pour terminer son journal et sa femme plissa les lèvres et se concentra sur la discussion.

— Et… Qu'est-ce que Bungon en dit ?
— Que Bilbo ne fait pas parti de la famille, il ne veut pas en entendre parler.

Merry manqua de s'étouffer avec son jus d'orange, dégouté par les mots de Belladona Sacquet, la meilleure amie de sa mère. Il n'osa pas s'approcher pour mieux entendre la conversation, il se contenta de prendre discrètement son portable, profondément inquiet pour Bilbo, et il chercha rapidement s'il avait le numéro d'une personne qui en saurait plus à propos de cette histoire. Il pesta en remarquant qu'il n'avait pas encore enregistré le numéro d'Haldir, et qu'il n'avait jamais osé demander celui de Gandalf. Il descendit jusqu'en bas de sa liste de contacts et fut surpris d'y trouver un numéro qu'il n'avait, sans aucun doute, encore jamais utilisé.

« Bonjour Thorin, c'est Merry, est-ce que tu as des nouvelles de Bilbo ? »

Il jeta un coup d'œil à l'heure en se disant qu'à neuf heures et demi, le jour où était célébré la création des Silmarillons, il risquait de ne pas avoir de réponse immédiate, surtout que lui et Thorin ne se connaissaient pas vraiment, même s'ils partageaient le même groupe d'amis. Mais son portable vibra au moment où sa mère raccrochait, légèrement troublée.

« Je l'ai appelé hier, tout allait au mieux. Pourquoi ?
— Sa mère vient d'appeler la mienne, apparemment, il est à l'hôpital en ce moment, il se serait fait agresser cette nuit. Je me demandais si Haldir t'avait prévenu. »

Merry attendit nerveusement, mais aucune réponse ne lui parvint et il posa son portable en regardant sa mère passer sa main dans ses cheveux pour les coiffer soigneusement, aucune émotion filtrant sur son visage délicat. Elle laissa son regard caresser les champs enneigés à travers la fenêtre et sursauta lorsque son fils prit la parole, inquiet.

— Que s'est-il passé ? Comment va Bilbo ?
— Il n'est pas en danger.
— Mais… S'il est à l'hôpital, il doit bien avoir une raison.
— Elle ne sait pas.
— Elle n'a pas l'intention d'aller le voir ? Il s'agit de son fils !
— Tu sais, chou, leur situation familiale est un peu compliquée… Bilbo est différent, il est… Gay.

Merry s'étrangla, non pas de surprise, il était parfaitement au courant de ça même si personne n'osait vraiment en parler dans la famille, car c'était vers Bilbo qu'il s'était tourné lorsqu'il s'était découvert une attirance viscérale pour Eomer. Mais il jugula une exclamation indignée, face à la manière dont sa mère semblait s'être arracher la gorge sur le dernier mot.

— Ce n'est pas une raison !

Excédé, Merry quitta la table et se dirigea vers l'escalier, cherchant le numéro de Pippin et Frodo.

— Merry, où vas-tu ?
— Je retourne à Osgiliath pour m'assurer qu'il va bien.
— Hors de question ! Tu vas rester ici et fêter noël avec nous !

Saradoc s'était levé à son tour et Merry, s'il parvenait à envoyer sa mère paître ailleurs, n'était pas capable de manquer de respect à son père, trop intimidant pour qu'il s'y essaie.

— Il s'agit d'un cousin et d'un ami, il est hors de question que je-
— Un ami ? Tu es ami avec lui ?
— Bien sur ! On suit le même cursus, dans la même fac et nous possédons le même groupe d'ami, je ne vois pas où est le problème !
— Tu ne devrais pas perdre ton temps avec ce genre de personne, Merry.

Estomaqué, l'étudiant écarquilla les yeux en dévisageant son père et, furieux de son insinuation, il grinça des dents en serrant les poings.

— Sinon quoi ? Tu as peur qu'il me pervertisse avec sa maladie contagieuse ?
— Sur un autre ton, Mériadoc. Et ne m'attribues pas de tels propos, en aucun cas je n'ai qualifié cette déviance de maladie ou de perversion !
— Mais vous le pensez, tous les deux !
— Bien sur que non, chou, moi et ton père sommes conscients qu'ils ont beau être différents, ces personnes restent… de braves gens. Nous sommes tolérants, n'est-ce pas chéri ? Tu n'as pas à te mettre dans cet état pour ça, Merry.
— Nous ne sommes pas différents ! Ce n'est pas parce que nous-

Merry se figea soudainement, à l'instar de son père et de sa mère qui lui lancèrent un regard perplexe et catastrophé.

— Comment ça, « Nous ne sommes pas différent » ?
— Qu'est-ce que ça veut dire, Merry ?

Le plus jeune déglutit et fit un pas en arrière en prenant son inspiration, mal à l'aise de voir, soudainement, de la crainte dans le regard de ses parents.


Merci d'avoir lu !
Et merci beaucoup à tous les reviewers !

Il reste de la place dans le prochain chapitre donc, encore une fois,
Si vous désirez voir quelques personnages ou scènes en plus, n'hésitez pas à demander !

Au prochain chapitre :

Gay ou bien incestueux, certains secrets se dévoilent.
Et Orianne, de son côté, décide de passer à la vitesse supérieur.