oOo


— Qu'est-ce qu'il y a entre toi et Frérin ?
— Comment ça ?

Thorin fronça les sourcils en se tournant vers son neveu blond, assis à la place du passager et qui regardait distraitement le paysage enneigé défiler.
Fili se détourna de la vitre de la voiture pour lancer un regard en coin au plus vieux qui avait retourné son attention sur la route mais qui semblait déconcerté.

— Frérin s'est métamorphosé en quelques jours et… Jamais je ne vous avais vu aussi proches avant ces vacances…

Fili déglutit et ne rajouta pas un mot. Il pouvait affirmer, sans se vanter, être ce qui s'approchait du meilleur ami de Frérin. Son plus jeune oncle était incapable de nouer des liens avec qui que ce soit et Fili avait pratiquement grandi avec lui. Tous les deux s'entendaient très bien, retrouvant chacun dans l'autre les traits de caractères de leur propre frère.

— Il n'y a rien entre nous.
— Vous êtes décidement très promptes à chercher à me persuader de ça…
— Que veux-tu que je te dise ?
— La vérité.
— Pour en faire quoi ? Elle ne te regarde même pas.

Fili soupira et porta une nouvelle fois son regard au dehors avant de reprendre lentement :

— Thorin, tu es mon oncle et je te considère comme un adulte sage et responsable. Je n'ai absolument pas l'intention de te juger sur tes choix ou tes actes et… j'ai confiance en toi, je sais que jamais tu ne te retrouveras dans une situation qui te porteras préjudice…
— Mais ?
— Mais ce n'est pas le cas de Frérin.
— Qu'en sais-tu ?

Le blond haussa les épaules et continua à parler distraitement :

— N'oublies pas que, de nous deux, je reste celui qui est le plus proche de Lui. Ce n'est pas parce que vous avez couché ensembles ces derniers jours que-
— Pourquoi insinues-tu une chose pareille ? Nous ne-
— Je le connais par cœur, Thorin.

Excédé, Fili avait de nouveau tourné ses yeux vers son oncle et leur regard s'accrochèrent un bref instant, furieux pour l'un, consterné pour l'autre, avant que Thorin ne se reconcentre sur la route.

— Comment est-ce possible ? Frérin est la personne la plus énigmatique que je connaisse.
— Crois moi… A partir du moment où on s'intéresse un minimum à lui, on peut lire en lui comme dans un livre ouvert. Et c'est la raison pour laquelle j'ai peur. Pour lui.

Fili commençait doucement à grincer des dents, mais cela ne suffit pas à intimider Thorin qui continuait de conduire en direction d'Osgiliath sans se sentir menacer.

— Tu n'as pas à t'inquiéter pour lui, Fili, il-
— Frérin n'est pas un jouet, Thorin ! Tu ne te rends pas compte de ce que tu es en train de faire, de lui faire ! Tu n'es même pas conscient de ce que tu représentes à ses yeux !
— De quoi parles-tu ?
— Tu n'as même pas idée de qui il est… C'est injuste. De tous, il se jette dans les bras de celui qui a mis un point d'honneur à l'ignorer superbement. Je suis navré de parler ainsi, Thorin, tu sais à quel point je te respecte. Mais, sur ce coup là, il y a trop à perdre. Frérin à des sentiments, bien plus que ce qu'il laisse croire, tu n'as pas le droit de jouer avec.

Ce fut au tour de Thorin de grincer des dents en serrant les doigts sur le volant. C'était bien la première fois que Fili lui parlait ainsi et qu'il se permettait de lui envoyer aussi rageusement ses erreurs à la face. Mais il sentit sans mal la peur qui imprégnait les paroles du plus jeune et il prit sur lui pour ne pas se montrer trop agacé par ses mots.

— Je ne joue pas avec lui, Fili. Je t'interdis d'insinuer ce genre de chose.
— Ai-je le droit de m'inquiéter ? Es-tu conscient que tu as le pouvoir de le briser ? De réduire son cœur en miette ? Frérin possède des failles dont tu n'as pas idée et-
— Ce n'est pas un jeu ! Pas pour moi !

Thorin, sans s'en rendre compte, avait pilé sur la nationale déserte et tous les deux se regardèrent longuement, agacement d'un côté, suspicion de l'autre.

— Fili, je te promets que tes inquiétudes ne sont pas fondées. En aucun cas je n'ai l'intention de jouer avec lui !

Le blond pinça les lèvres en sondant son oncle, qui ne lui avait jamais vu un regard aussi tranchant.

— Il est seul, Thorin.
— Non, il ne l'est pas. Plus maintenant.
— Tu n'étais pas obligé d'en arriver là pour vous prouver que tu tiens à lui. Ce genre de relation n'est-
— Tu n'as pas de leçons à me donner, Fili.

Sèchement, Thorin alluma les Warning lorsqu'il avisa une voiture dans son rétro et il attendit qu'elle le double avant de reprendre la route. Un silence tendu s'instaura, dans lequel chacun rumina nerveusement les paroles de l'autre. Le brun ralentit légèrement lorsque la neige se mit à tomber avec douceur et il lança un regard en coin à son neveu avant de reprendre nerveusement :

— Fili, j'aimerai que tu ne parles de ça à personne.
— Cela va de soi. Mais… Je me demandais, simplement… Est-ce que Frérin t'as dit…

Sentant le mal aise de son neveu, Thorin fronça les sourcils en se tournant vers lui, intrigué.

— Dit quoi ?
— A propos de Smaug ?
— Smaug ? Le jeune PDG de la firme rivale de celle de papa ? Qu'est-ce qu'il a ?
— Il tourne autour de lui. Frérin l'envoie bouler régulièrement, mais c'est le genre de personne qui ne connaît pas le refus…

Thorin écarquilla les yeux et serra inconsciemment les mains sur le volant en sentant en lui un sentiment qu'il n'avait jamais connu. Une rage instinctive remua dans ses entrailles et il se retint de feuler dangereusement.

— Depuis quand ?
— Quelques années. Ca a commencé quand Frérin était au lycée.
— Je ne le savais pas.
— Je sais. Mais c'est peut-être mieux. Frérin a sa fierté, il ne veut pas passer pour la demoiselle en détresse.

Thorin acquiesça et expulsa un souffle lourd en laissant son regard se perdre parmi les flocons qui valsaient devant la vitre. Le silence revint alors qu'ils entrèrent dans l'agglomération d'Osgiliath et le plus vieux prit la direction de l'hôpital du centre-ville.

oOo

— Je veux rentrer chez moi !
— Et je vous rappelle qu'un hôpital n'est pas un centre de protection, inspecteur.
— Je disais simplement que Bilbo devrait peut-être passer quelques jours de plus en observation, on ne sait jamais…
— Je vais très bien, merci !

Haldir soupira désespérément face à l'opiniâtreté de Bilbo et du médecin qui l'avait à sa charge. Il avait pourtant présenté les choses de la manière la plus censée et raisonnable qu'il soit, mais c'était peine perdue. Raisonner un amnésique qui était incapable d'expliquer pourquoi il avait été retrouvé drogué et blessé sur une scène de crime et, surtout, pourquoi il était encore en vie semblait impossible. Sans parler du médecin qui avait peur, à juste titre, de voir un gang de mafieux débouler dans son hôpital pour terminer le travail.

Il prit sa respiration et allait proposer à Bilbo, à défaut de retourner seul dans son appart, de venir vivre quelques jours chez lui en attendant d'avoir la certitude qu'il n'était pas en danger de mort ou pire.

Mais une infirmière rentra dans la chambre à ce moment après avoir toquer timidement.

— Des amis de Monsieur Sacquet sont ici, je leur demande de patienter ?
— Non, merci, nous avions terminé.

Haldir et Bilbo échangèrent un regard noir tandis que la jeune femme ressortit pour aller chercher les visiteurs.

Le médecin sortit de la salle, puis le policier récupéra sa veste et allait faire de même, mais Thorin et Fili entrèrent à ce moment et Haldir décida de rester encore un peu afin de mettre Thorin discrètement au courant sur la globalité de l'histoire.

Lorsque Bilbo vit que le neveu de son meilleur ami et, accessoirement, l'homme qui occupait ses rêves et ses pensées, était venu d'Ered Luin pour lui rendre visite, il se sentit mourir. Mais, comme à son habitude, il resta parfaitement stoïque, trop occupé à juguler son souffle pour penser à demander à Fili ce qu'il foutait ici.

— Bilbo, comment vas-tu ?

Percevant sans mal l'inquiétude dans la voix de Thorin, le journaliste s'obligea à sourire, malgré la présence de Fili qui troublait ses sens et lui donnait le vertige.

— Ca va bien, merci. Je n'ai rien.

Le brun fronça les sourcils et lança un coup d'œil à Haldir qui lui lança un regard sombre.

— Que s'est-il passé, au juste ?

La voix grave de Fili fit frémir le plus petit dont la gorge s'assécha et il se sentit reconnaissant envers le policier qui prit la parole à sa place, car il n'était pas sur d'avoir plein usage de sa voix en présence du blond.

— Une simple agression, rien de vraiment alarmant. Bilbo a simplement perdu connaissance et souffre d'une petite amnésie. Il s'est fait voler son portable et un peu d'argent, rien d'autre.
— Mais… Si tu es là, avec ton uniforme d'inspecteur, c'est certainement pour quelque chose de plus sérieux qu'une petite agression...

Haldir haussa un sourcil face à la curiosité du blond et son regard accrocha celui, intrigué de Bilbo, qui n'avait pas tilté sur ce fait et celui, plus grave, de Thorin, qui, de toute manière, l'aurait suivit jusqu'au poste pour avoir plus d'informations.

Il serra les lèvres et, après une brève hésitation, il décida de mettre la main à la poche pour en sortir un sachet contenant le Smartphone du plus jeune, réduit en miette.

— Ce que je vais vous dire devra rester confidentiel, il en va de la sécurité de Bilbo, et, surtout, cela concerne l'une de mes enquêtes les plus délicates…

Il lança un regard poignant à Fili qui hocha la tête pour acquiescer. Haldir faisait entièrement confiance à Thorin et comptait de toute manière informer Bilbo à un moment où à un autre, mais il hésitait à demander au jeune blond de sortir de la chambre. Mais le grand brun fit un pas en avant, pour le presser d'en dire plus :

— De quoi parles-tu ? Que s'est-il passé ?

Le policier inspira et, délaissant Fili, son regard accrocha celui de Bilbo.

— Un meurtre a été commis la nuit de Noël. Deux balles en pleine tête. Il s'agit de Bjorn Eirikson, un conseiller commercial qui travaillait pour-
— Papa. Je l'ai déjà rencontré lors des Conseils d'entreprise, pourquoi s'est-il fait-
— Ces informations là sont confidentielles, Thorin, je n'ai pas le droit de les div-
— Et en quoi cela concerne Bilbo ?

Haldir lança un regard à Fili qui venait de lui couper la parole et il manqua ainsi le rougissement qui colora subtilement les joues de Bilbo lorsque le blond prononça son nom. Seul Thorin le remarqua, mais il ne fit aucun commentaire, son attention focalisée sur le portable que le policier fit sortir du sachet.

— Il se trouve que ce téléphone était sur la scène du crime. Par chance, ce gadget enregistre automatiquement toutes ses données sur son espace internet personnel et nos experts ont pu y accéder facilement. Ce qui nous a permis de constater que Bilbo a assisté au meurtre et-
— Tu l'as filmé ?

Bilbo n'osa pas lever son regard vers Thorin, dont l'exclamation surprise claqua comme un reproche, et il fut incapable d'acquiescer ou de réfuter, il haussa piteusement les épaules.

— Je ne sais pas, je ne me rappelle plus…
— Oui, il l'a filmé, du moins, le début. Si l'on se réfère à l'historique de son téléphone et la manière dont la vidéo a été coupée, tout porte à croire que, dès qu'il a compris de quoi il s'agissait, il a cessé de filmer pour me contacter sur mon numéro privé.
— Bien… Enfin un bon réflexe.

Le journaliste n'osa pas lever le regard vers son meilleur ami, et il se sentit reconnaissant en entendant dans la voix du policier que celui-ci mentait, encore une fois, pour lui éviter les foudres du brun sur son comportement suicidaire.
Mais au ton grinçant qui était employé, il devina sans mal que les yeux posés sur lui étaient suffisamment furieux et déçus pour camoufler la peur et l'angoisse qui habitaient Thorin.
Il ne s'en préoccupa pas et s'adressa timidement à Haldir :

— Je t'ai appelé ? Te rappelles-tu de mes mots ?
— Là est le problème, Bilbo, au moment où je t'ai répondu, tu n'avais plus ton téléphone dans les mains.

Voyant ses interlocuteurs froncer les sourcils, Haldir prit sa respiration et sortit son propre portable. De par sa fonction, il était tenu d'enregistrer tous ses appels et il ne mit pas longtemps avant de retrouver celui de Bilbo. Il enclencha le haut parleur et sa voix, déformée par l'électronique, s'éleva dans la pièce :

« Bilbo ? Nom de dieu, dans quoi est-ce que tu t'es fourré cette fois ? Tu as oublié quel jour on-
— Il me semble qu'il avait l'intention de vous joindre pour vous annoncer meurtre non loin du quai dix. Pour ma part, j'aimerai vous prévenir qu'en plus de ce meurtre barbare, une disparition malencontreuse aura lieu cette nuit même.
— Qui est à l'appareil ?
— Beau blond, tu ne reconnais pas celui après qui tu cours depuis des années ? »

La tonalité du téléphone sonna comme un glas et Haldir remarqua que le visage de Bilbo avait pâlit considérablement.

— Azog ? C'est lui qui m'a…
— Nous t'avons retrouvé deux heures plus tard, dans une ruelle, à quelques dizaines de mètres de la scène de crime. Tu étais inconscient et ton sang portait les restes d'une drogue plutôt puissante qui nous est inconnue, mais qui semble avoir un effet sur la mémoire.

Catastrophé, Bilbo resta sans voix et lança un regard épouvanté à Thorin, qui s'approcha de lui pour lui presser l'épaule dans un geste rassurant. Mais le brun se figea lorsqu'Haldir prit la parole en sortant le portefeuille de Bilbo, lui aussi dans un sachet transparent.

— Ce n'est pas tout… Bilbo… Il va falloir que tu me dises exactement ce qu'il y avait là dedans, j'ai peur qu'ils ne se soient emparés de quelques papiers compromettants…

Le plus petit s'empara du sac et n'eut pas besoin de longtemps pour faire le décompte, pâle.

— Il manque ma carte d'étudiant...
— Ton adresse est écrite dessus ?

Le silence de Bilbo fut révélateur et Thorin lâcha un juron excédé.

— Tu comprends, maintenant, pourquoi je ne veux pas que tu rentres chez toi ? Tant que je n'en saurai pas plus, je refuse de te laisser sans surveillance.

Le plus petit hocha la tête, trop angoissé pour contredire le policier et il baissa les yeux, mal à l'aise.

— Mais… Je ne peux pas rester ici, tout de même… C'est… C'est Noël.

Haldir soupira et leva les yeux vers Thorin. Celui-ci allait spontanément proposer de l'héberger et de garder un œil sur lui, mais il se retint de justesse. Un sourire machiavélique que personne ne vit étira ses lèvres et il compta mentalement jusqu'à cinq, puis, son sourire s'agrandit lorsque Fili prit la parole.

— Si tu veux, Bilbo, tu peux venir dans mon appart. Kili ne reviendra qu'en fin de semaine, puis, ensuite, il a prévu pas mal de choses avec ses amis, tu ne dérangeras pas.

Au regard de bête traquée et bientôt mise à mort que lui envoya le plus jeune, Thorin répondit par un sourire narquois et, sans lâcher Bilbo du regard, il acquiesça fourbement.

— C'est très sympa de ta part, Fili. Mais il faudra t'assurer qu'il ne fasse pas de bêtises et qu'il ne sorte pas trop tant qu'Haldir ne lui en a pas donné l'autorisation, du moins pas sans surveillance, on commence à le connaître…

Bilbo cru mourir devant la félonie de celui qu'il considérait pourtant comme son meilleur ami, mais ce fut la réponse de Fili qui lui porta le coup de grâce :

— Ça va aller. J'ai des examens importants à la rentrée, je pensais réviser. Donc je passerai mes journées à l'appart, je ne le laisserai pas tout seul.

Thorin retint un ricanement cruel en voyant la lueur horrifiée qui dansait dans les yeux de Bilbo à l'idée de passer quelques jours tout seul dans l'appart de celui dont il était désespérément amoureux et avec ce dernier comme seule compagnie. Mais le regard grave d'Haldir lui ôta toute envie de rire et il fronça les sourcils.

— Il y a autre chose ?
— Une dernière chose, oui. J'aimerai vous dire de ne pas vous inquiéter. Mais cela fait quelques temps que je traque Azog et je commence à cerner ses goûts et ses « Jeux »…

Il se tut et, après un dernier regard sombre envers Thorin, il s'approcha de Bilbo et dégrafa la petite minerve qui cachait sa gorge. Fili et son oncle ne dirent pas un mot, mais la manière dont ils froncèrent les sourcils suffit à inquiéter le plus jeune qui bondit hors du lit pour se rendre dans la salle de bain qui jouxtait sa chambre et se regarder dans le miroir.

Quand ses yeux tombèrent sur la sinistre balafre qui courait sur sa gorge, il sentit la peur compresser son cœur et il ne put détacher son regard des marques de doigts violacées qui striaient la peau de son cou.

Il n'allait pas survivre jusqu'à la prochaine année, il en avait la certitude maintenant. Que ce soit Azog ou Fili, un des deux aura sa peau dans les prochains jours. Cela faisait des mois qu'il étudiait les faits et gestes de l'albinos, qu'il le traquait assidument et qu'il lui dédiait des sombres reportages. Il le connaissait aussi bien qu'Haldir, et cela lui suffisait pour savoir qu'il était profondément dans la merde.

Le blond entra dans la salle de bain à ce moment et leur regard se croisèrent dans le reflet. Bilbo se sentit défaillir lorsque Fili lui envoya un sourire rassurant. C'était encore à cause de ces putains de fossettes.

— Thorin et Haldir sont partis voir les médecins pour les modalités de sortie. Veux-tu que je t'accompagne jusqu'à chez toi pour prendre tes affaires ?
— Merci, je… Je me débrouillerai.

Fili acquiesça et allait faire demi-tour, mais il se ravisa et s'approcha du plus petit, une lueur désapprobatrice dans le regard.

— Dis moi, Bilbo, qu'est-ce que tu n'as pas compris dans le terme « Fais attention à toi » ?

Bilbo écarquilla les yeux et ses mains se crispèrent sur le bord du lavabo lorsqu'il sentit la présence du blond dans son dos. Sentant venir le rougissement, il détourna la tête et chercha à se dérober.

— Je n'ai… J'ai fais attention… à moi.
— Je vois ça.

Distraitement, sans même se rendre compte du supplice qu'il infligea au plus jeune, Fili se glissa face à Bilbo et posa ses doigts sur sa gorge avant de les faire glisser doucement, de manière à ce qu'ils couvrent les marques laissées par ceux d'Azog. Piégé par le regard du plus vieux, il n'eut pas le réflexe de se dégager et il ne put que prier pour que son pouls, qui pulsait sous les doigts du blond, ne soit pas trop chaotique. Ses entrailles remuèrent brusquement lorsque la main de Fili remonta le long de sa mâchoire et de sa joue pour étudier la pommette blessée.

— Tu ne te rappelles vraiment de rien ?
— Rien du tout.
— Tu as l'intention de recommencer ?

Bilbo déglutit et leva le regard vers le blond. Il se perdit dans les yeux si magnétiques et, la gorge sèche, il fut incapable de formuler une réponse, surtout qu'il savait que celle-ci risquait de ne pas plaire à Fili. Ce dernier s'écarta de lui, ne laissant sur la joue de Bilbo que la sensation brulante due au manque de son contact, et il sortit de la salle de bain.

— Je n'ai pas l'intention de te tenir en laisse, ce que Thorin est parfaitement capable de faire s'il estime que tu coures le moindre risque. Mais, il est hors de question que je te laisse retourner roder autour de ce type. Il n'attend certainement que ça pour te faire plus de mal.
— Fili… Ne me compliques pas la tâche, s'il te plait... Je suis sur le point de sortir un reportage qui le fera tomber, lui, ses employeurs et ses acolytes.
— Et ça te tient à cœur au point de mettre ta vie en jeu pour ça ?

Bilbo déglutit et ne répondit pas, mal à l'aise. Fili soupira et allait ajouter quelque chose, mais il se retint et, sans un mot, il sortit de la pièce.

— Je rentre chez moi, tu peux venir quand tu veux. Appelles moi si besoin.

La porte claqua sur les pas du blond et Bilbo se sentit frissonner. Bien sur, il était profondément heureux de passer ses prochains jours avec Fili, plus que ça, même, c'était presque un rêve qui devenait réalité. Mais il ne savait tout simplement pas s'il y survivrait.

oOo

— Trop court.
— Non, elle est parfaite. Tes jambes sont sublimes.
— Cette robe est beaucoup trop courte ! Un coup de vent suffit pour dévoiler ma culotte.
— Dans ce cas, ne met pas de culotte, comme ça, personne ne la verra.

Orianne leva les yeux au ciel et retourna dans la cabine pour retirer la robe dans laquelle elle ne se sentait pas bien. Nonchalamment assise sur un pouf, une sucette dans la bouche, Tauriel soupira et se leva pour retourner écumer les rayons. Mais rien ne lui sauta aux yeux et elle rejoignit la cabine au moment où Orianne en sortit, une multitude de robes dans les bras qu'elle donna à la vendeuse sans en garder aucune.

— On va essayer ailleurs. Tu es vraiment compliquée. Rien de ce que je t'ai fait essayer ne peut être considéré comme vulgaire, au contraire, je ne vois pas où est le problème.
— J'aimais bien la petite bleue. C'est toi qui n'as pas voulu que je la prenne. Pareille pour la beige.
— Trop quelconques. Tu veux que Dwalin te regarde, faut mettre les moyens.
— Je veux qu'il me regarde moi, pas mon cul ou mes seins.
— Holala, on ne va pas à la guerre sans arme, tu sais.

Tauriel se dirigea vers la sortie et Orianne la suivit en soupirant et en défaisant sa natte pour se recoiffer proprement. La rousse lui lança un regard en coin avant de se tourner franchement vers elle.

— Ca fait combien de temps que tu n'es pas allée chez le coiffeur ?
— Longtemps. Et la réponse à la prochaine question est non, on ne touche pas à mes cheveux.

La plus vieille ricana et reprit sa marche dans l'immense centre commercial d'Osgiliath. Avisant une énième enseigne de prêt à porté pour femme, elle poussa Orianne dedans et elles se séparèrent pour glaner les vêtements qui pourraient faire l'affaire.

— Déjà, celle-là, c'est hors de question, tu peux la remballer.
— Ha non! C'est bon, je veux bien croire que tu es prude, mais à ce point là… Dwalin sera à tes pieds s'il te voit là dedans.
— Le problème n'est pas Dwalin. N'oublies pas que le nouvel an se passera au Shari Vari, ce qui implique une certaine population masculine qui… Bref, tu commences à les connaître.
— Effectivement… Vu sous cet angle… Essaie là quand même, juste pour voir.

La lycéenne lança un regard blasé à la serveuse avant de s'emparer de la robe en question. Un bustier bleu pâle plutôt simple qui descendait jusqu'à mi-cuisse, mais coupé à la perfection et qui, une fois porté, lui offrit une silhouette parfaitement sensuelle.

— Ça ne va pas, je n'ai pas assez de sein.
— C'est somptueux.

Tauriel la fit tourner en la détaillant intensément, un sourire ravi aux lèvres.

— Ok, celle là, on la prend.
— Quoi ? Non. Je ne me pointerai pas avec ça au Shari.
— Ce n'est pas pour le Shari. Mais si tu fais bien ta part, il y aura bien un moment où Dwalin t'invitera à diner. Je ne pense pas que ce soit le genre de type qui se contente de prendre ce que l'on lui donne avant de passer à autre chose, surtout si ça vient de toi et que tu portes ce genre de chose.

Orianne hocha la tête et déglutit discrètement en songeant à un potentiel diner avec Dwalin qui ne risquait pas d'arriver. Ce serait trop beau. Toutefois, elle décida de garder le bustier, au cas où.

Elle sursauta lorsque Tauriel lui tendit soudainement une autre robe bleue marine, sombre et veloutée dont le tissu semblait léger et soyeux.

— On est en hiver, je vais me geler le cul là dedans.
— Essaie là, puis on en reparle.

La lycéenne soupira et s'empara du vêtement avant de retourner dans la cabine. Elle retira respectueusement le bustier et enfila la bleue marine qui n'était ni décolletée, ni trop courte, au contraire, elle arrivait un peu au dessus des genoux.

Orianne ne faisait absolument pas une fixette sur la longueur des vêtements ou bien sur ce qu'ils dévoilaient, c'était simplement que Tauriel se faisait un malin plaisir de lui proposer des robes qui ne cachaient que l'essentiel. Et la lycéenne soupçonnait la serveuse de beaucoup s'amuser en voyant son air prude et outré à chaque fois.

Elle se regarda longuement dans le miroir de la cabine, appréciant la silhouette offerte par la robe. Fine et délicate, mais qui ne débordait pas de sensualité comme la précédente. Elle se tourna pour étudier le dos et laissa un ricanement amusé franchir ses lèvres lorsqu'elle constata qu'il était partiellement découvert, après tout, que Tauriel lui propose une robe de nonne aurait été surréaliste.

Ses omoplates n'étaient cachées que par un bandeau de dentelle qui laissait voir quelques fragments de peau, mais le reste du dos était totalement à découvert. Le vêtement reprenait ensuite un peu plus bas et, même s'il le cachait, il suggérait fortement la chute de rein qui y plongeait.

Tauriel entra à ce moment dans la cabine et poussa un sifflement appréciateur en la détaillant de haut en bas.

— Si tu me dis non pour celle là, c'est fini, j'abandonne, je ne pourrai plus rien pour toi.
— Non non, ça va. Je l'aime bien celle-là…
— Alléluia ! Trois heures de shopping intensif pour un petit « Ca va » ! Je ne pensais pas que ce serait si compliqué.

Elles rigolèrent légèrement puis Orianne se dirigea vers la caisse pour acheter les deux robes et fit une légère grimace en voyant le prix demandé. L'argent de poche gagné à Noël n'avait pas fait long feu, finalement.

— Très bien, maintenant, on va manger quelque chose avant de reprendre pour les chaussures.
— Heu… J'ai déjà des ballerines si-
— Ha non ! Ta robe est sublime, elle mérite quelque chose de plus sophistiqué que des ballerines.
— Je te préviens, Tauriel, si tu penses à des tal-
— Des talons aiguilles, c'est ça.

Orianne gémit pathétiquement en se tournant vers la plus grande :

— Mais je n'ai jamais marché avec ça de ma vie !
— Toutes les filles sont passées par là, tu sais. Je t'apprendrai, le nouvel an, c'est dans deux jours, on a le temps.


oOo


Merci d'avoir lu !

Merci à tous les reviewers assidus, et aux autres aussi,
Mention spéciale aux guest et à tous ceux à qui (shame on me), je n'ai pas répondu.

Au prochain chapitre :

Des nouvelles de Merry;
Bilbo survivra t-il à cette cohabitation avec l'amour de sa vie ?