oOo

« Je vais mourir… »

— Entre, fais comme chez toi.

L'esprit à l'agonie, Bilbo se mit en marche tel un automate. Il était chez Fili. Pour la première fois de sa vie, il marchait dans l'appartement de celui pour qui son cœur battait. Il était exactement comme il l'avait imaginé, presque.

Il apercevait sans mal le désordre laissé par Kili qui côtoyait les affaires du blond. Ses entrailles se tordirent lorsqu'il remarqua, abandonné sur le dossier d'une chaise, le pull bleu qui allait si bien à Fili, quelques feuilles de cours éparpillées sur la table basse qui portaient son écriture, ses lunettes de vue qu'il ne mettait que pour travailler sur un écran…

Il déglutit et marcha derrière le plus grand jusqu'à la chambre de son petit-frère.

— Je l'ai rangé rapidement, les draps sont propres.
— Merci.

Le plus petit posa son sac, puis il rejoignit le blond qui lui fit faire le tour de l'appartement. Il n'était pas aussi grandiose que celui de Thorin et n'avait pas le charme de la maison de Frérin, mais il restait spacieux et luxueux. Les cinq pièces étaient toutes douillettement aménagées, la salle de bain était immense et la cuisine était vaste et lumineuse. Bilbo s'y plut immédiatement. Il s'approcha d'une baie vitrée pour admirer la vue et il sursauta lorsque Fili prit la parole, très proche de lui.

— As-tu prévu quelque chose ces prochains jours ? J'ai promis à Thorin de te surveiller, mais je ne me sens pas capable de te barricader ici toute la journée. Il y a des bons films en ce moment au ciné, si tu veux qu'on sorte, et j'ai des places pour le match de hockey Osgiliath vs Erebor, le 29, si tu veux m'accompagner.

Bilbo inspira profondément en se disant que, décidemment, il ne survivra pas à ces prochains jours si cela impliquait de faire de telles activités avec Fili.

Sans vraiment réfléchir, il acquiesça aux mots du blond et, encore légèrement étourdi par les derniers événements, il se laissa choir dans le canapé le plus proche. Il avait amené avec lui l'intégrale de ses cours, conscient qu'il devait réviser pour les partielles de janvier, mais il ne parvint pas vraiment à se résigner à s'y intéresser.
Fili avait rejoint sa chambre et il l'entendait taper sur son clavier à vitesse régulière.

Le blond réapparut deux heures plus tard pour aller fouiller dans la cuisine. Bilbo l'entendit jurer, puis il le rejoignit pour le trouver occuper à retourner tous les placards de la salle.

— Hmm, Bilbo. je n'ai pas pensé à faire le plein, il n'y a plus rien à manger. Veux-tu quelque chose en particulier ? Je vais commander des pizzas.
— Une Gondorienne, ça ira.
— Quelle taille ?
— Moyenne.

Fili hocha la tête et composa le numéro qu'il connaissait par cœur pour passer la commande.

— Tu veux faire quelque chose en attendant, une partie de jeu vidéo, un film ?
— Un film, c'est bien.

Peu enthousiaste à l'idée de montrer à Fili sa médiocrité aux jeux vidéo, il suivit ce dernier dans leur salle télé, au milieu de laquelle trônait un somptueux écran plat.

— Une envie particulière ?

Occupé à étudier l'étagère pleine à craquer de Blu-ray en tout genre, Bilbo fit la moue en haussant les épaules.

— Je ne connais aucun de ces films…
— En même temps, si ta vie se résume à étudier pour ton double cursus et courir derrière les mafieux, je veux bien croire que ta culture de ce côté là laisse à désirer… Mais ne t'inquiète pas, je vais m'en occuper…

Bilbo se sentit fondre face à la promesse du blond qui en rajouta une couche en lui dédiant son sourire le plus craquant et qui s'approcha de lui pour étudier l'étagère à son tour. Il se pencha pour attraper un Blu-ray, juste en face de Bilbo, et celui-ci se figea en sentant sur son épaule le souffle du plus grand.

— Skylde, tu connais ?
— Jamais entendu parler…

Il leva les yeux vers le blond qui lui retourna un regard franchement interloqué.

— C'est pourtant un monument du genre…
— Quel genre ?
— Zombie.

Bilbo écarquilla les yeux et se figea, il ne parvint même pas à déglutir alors que Fili lui lança un nouveau sourire taquin.

— Tu ne… Heu… Y a pas d'autre choix ?
— Tu as peur ? Toi qui te balades tout seul dans les zones les plus dangereuses de la ville en pleine nuit ?

Comme tout bon mec qui se respecte, Bilbo allait affirmer le contraire avec aplomb, mais, quelque chose dans l'intonation de Fili le pris au dépourvu et il imagina soudainement s'agripper à la tunique du blond en le suppliant de le protéger des monstres de la télé. Alors, instinctivement, il hocha la tête en souriant timidement.

— Ce n'est pas vraiment le sang ou les zombies, mais surtout le suspens qu'ils font dans ce genre de film… Je suis capable de crier très fort si c'est bien fait…
— C'est pareil pour moi. Mais c'est pour ça qu'on aime.

Amusé, le blond fit demi-tour pour mettre le CD en route. Et ils s'assirent tous les deux dans le canapé. Le film commençait fort, avec une contamination incompréhensible de zombies à Minas Tirith, qui se répandait ensuite dans toute la Terre du Milieu via les transports et les fleuves. Ajoutés à cela quelques monstres en mutation, des hommes d'affaires sans scrupule, sur un fond d'histoire d'amour impossible entre le héro et une belle blonde qui se fait capturée dans les dix premières minutes.
Pour sauver sa dulcinée, le héro se perd dans les catacombes de Minas Tirith en état post apocalyptique, qui, bien sûr, sont occupées par des créatures non identifiées.

Captivé par le film, sentant la tension dans son corps atteindre son paroxysme, Bilbo avait totalement oublié que, à un moment ou à un autre, le livreur de pizza était censé sonner à leur porte. C'est pourquoi, lorsque ce dernier sonna alors qu'un cadavre en putréfaction attrapait la cheville du héro désarmé, Bilbo, sans comprendre comment, se retrouva dans les bras d'un Fili hilare.

— Te fous pas de moi… C'est trop facile pour toi, tu l'as déjà vu.
— Ne t'inquiète pas, je n'en menais pas large la première fois non plus.

Bilbo maugréa et ne se sépara de lui qu'à contrecœur, aussi rouge qu'une pivoine et profondément troublé par cette proximité déroutante. Le blond mit sur pause avant de sortir et il revint avec les deux pizzas qu'ils mangèrent devant le film.

— On non, ne va pas par là, tu vas te faire- Ho, putain !

Bilbo ne put s'empêcher de plonger son visage contre Fili lorsque la blonde, qui, entre temps, était devenue la petite amie du héro, se fit sauvagement déchiquetée vive par une créature décharnée, après avoir fait diversion pour sauver son bien-aimé.

— Préviens moi quand c'est fini… Le gore, je peux pas.

Fili rigola franchement et Bilbo se sentit mourir, encore une fois, lorsque le plus grand, de manière totalement naturelle, passa un bras autour de ses épaules pour le garder contre lui.

— C'est bon, c'était le passage le plus sanglant du film.

Il ouvrit un œil, mais il fut incapable de bouger. Lové contre Fili, ses sens exacerbés captèrent sa chaleur, son souffle, son parfum, les battements réguliers de son cœur…

La suite du film était un peu flou pour lui, la mort du héro, la contamination d'Osgiliath, la résistance d'Erebor et l'incendie de Vert-Bois pour finir avec le déploiement de l'armée de Numénor sur un « A suivre » frustrant.

oOo

— Eomer… Je t'en pris… Vient me chercher…

Un sanglot douloureux laboura sa gorge abimée d'avoir trop crié et Merry se recroquevilla au sol, ses ongles courts griffant la peau de ses épaules. Sa tête tournait à une vitesse vertigineuse et son cœur battait tellement fort dans sa poitrine qu'il lui faisait mal.

— Laissez moi sortir.

Il avait chuchoté du bout des lèvres cette fois-ci. Il n'avait de toute manière plus la force de hurler sa fureur à pleins poumons en tambourinant contre la porte close.

Le manoir Brandebouc possédait, dans ses entrailles, un vieux sellier étroit et désaffecté. La pièce n'était plus utilisée depuis plusieurs dizaines d'années, mais c'était dedans que les enfants Brandebouc les plus récalcitrants, de toutes générations, avaient été matés. Un séjour dans cette salle minuscule sans la moindre luminosité, dont le noir était opaque, et sujette aux courants d'airs glacés avait de quoi briser les héritiers les moins dociles.

Ses parents avaient passés quelques jours à s'échiner de lui faire comprendre le plus doucement possible que ce qu'il avait fait avec Eomer n'était pas bien, dangereux pour lui et que ce n'était rien d'autre qu'un jeu pour cet homme qui avait osé abuser de lui.
Car, à leurs yeux, il s'agissait d'un abus, rien de plus.
Ils lui avaient proposé de prendre de la distance par apport à ça, ils étaient même prêts à lui louer un appartement de luxe au cœur de Numénor pour que leur fils puisse terminer ses études avec la certitude de ne plus jamais rencontrer son bourreau à nouveau.

Mais le plus jeune n'avait rien voulu entendre, soulevant, après la peur et l'horreur, la colère de son père, qui n'avait pas toléré de voir son fils se révolter contre lui.

Et lorsque Merry, ivre de colère, avait fini par retourner sa chambre avant de démolir sa porte à main nue, Saradoc, l'avait trainé jusqu'au sellier où il l'avait enfermé à double tour. Quand sa femme lui rappela presque honteusement que leur fils avait encore peur du noir, il lui rétorqua qu'il ne voulait pas le savoir et qu'il ne le fera sortir que lorsqu'il aura enfin admis que cette relation avec son moniteur d'équitation était nuisible et malsaine.

— S'ils vous plait… Que cela cesse.

Recroquevillé sur lui même, il resta prostré au sol, jugulant les vagues d'angoisse et de panique qui prenaient possession de son corps, enflant un peu plus à chaque respiration. Il ne savait pas vraiment combien de temps cela faisait qu'il était enfermé ici, au moins une nuit. Une longue et terrible nuit qui lui avait semblé interminable. A moins que ce ne soit une journée, il ne savait même plus. Depuis son enfance, le noir avait toujours soulever en lui une épouvante instinctive et, malheureusement, cette peur n'avait fait que s'amplifier avec les années, sans parler des quelques séjours dans le sellier qu'il avait gagné en décevant ou provoquant ses parents, chose qu'il avait très peu fait jusqu'à maintenant.

Il sursauta violemment lorsque la porte s'ouvrit brusquement et il gémit de douleur quand la lumière vive heurta ses pupilles humides que le noir et la terreur avaient dilatées à l'extrême.

— Meriadoc…
— Ne me touche pas !

Lorsque sa mère fit signe de s'approcher pour l'étreindre, comme elle l'avait souvent fait pour calmer ses pleurs, il bondit sur ses pieds, frémissant nerveusement.

— Merry, calme toi… C'est pour ton bien.

Il manqua de s'étrangler aux mots de sa mère et il fit un pas en arrière pour s'éloigner de ses parents qui se tenaient sur le seuil de la pièce.

— Non… Vous vous trompez… Vous ne vous rendez pas compte du mal que vous me faites !
— On tente simplement de réparer ses erreurs ! Tu dois accepter le fait que ce qu'il t'a fait est dégoutant et immoral.
— C'est faux… Je vous interdis de parler de lui ainsi ! Laissez moi partir, je dois le retrouver.
— Merry, on en a déjà parlé ! Nous n'avons pas l'intention de te mettre à la porte et te couper les vivres, nous voulons simplement t'aider à oublier cette mésaventure.
— Ce n'est pas une mésaventure, c'est la plus belle chose qui me soit arrivée.

Saradoc Brandebouc poussa un soupir agacé et Esmeralda passa nerveusement une main dans ses cheveux savamment ondulés avant de continuer à parler avec douceur.

— Ce qu'on te demande, Merry, c'est de prendre du recul par apport à tout ça, d'y réfléchir sérieusement et de mettre un terme à cette relation malsaine.
— J'ai eu le temps de réfléchir… Il n'y a rien d'autre à faire là dedans.
— Merry, tout ce qu'on souhaite, c'est que tu l'appelles pour lui dire clairement de te laisser tranquille, ne sois pas si-
— Je vous hais. Et je ne cesserai jamais de vous haïr tant que vous vous dresserez entre moi et Eomer et que vous continuerez de chercher à contrôler ma vie selon vos désirs sans prendre les miens en compte ! Vous pourrez m'enfermer autant de temps que vous voulez, vous pourrez même m'envoyer sur l'ancien continent de Valinor pour m'éloigner de lui, je parviendrai à le retrouver et vous ne pourrez rien faire contre ça !

Esmeralda eut un hoquet horrifié et elle posa une main délicate sur ses lèvres, heurtée par la rancœur contenue dans les mots de son fils. Elle se tourna vers son époux et chercha du soutient dans son regard, prête à ployer devant la colère de son fils, mais elle fronça les sourcils lorsqu'elle remarqua que son mari frémissait doucement de rage.

— Non en reparlerons lorsque tu seras calmé, Merry.
— Non ! Ne m-

Mais, avant que le plus jeune n'ait le temps de finir sa phrase, les ténèbres s'abattirent sur lui une nouvelle fois et le dernier son qu'il entendit fut la clé qui tourna dans la serrure et il gémit pitoyablement en se laissant tomber au sol.

— Eomer… Vient me chercher… Je t'en pris.

oOo

— Bilbo, est-ce que tu pourrais me donner un coup de main, s'il te plait ?
— Bien sûr, que veux-tu que je- Ho putain

Fili, qui n'avait pas entendu le discret juron du plus petit maintenant rouge pivoine, s'approcha de lui, ses cheveux encore dégoulinant de la douche, son corps nu et humide à peine recouvert d'une serviette blanche enroulée autour des hanches. Bilbo parvint à se retenir de ne pas -trop- détailler ce torse qui le faisait fantasmer et il se concentra sur l'avant bras que le blond lui présenta.

— Je suis désolé, normalement, c'est Kili qui s'en charge, mais il n'est pas là et je ne peux pas le faire tout seul.
— Pas de problème.

Sans ajouter un mot, préférant se concentrer sur la chaleur de ses joues qu'il chercha à juguler, il s'empara du désinfectant et des compresses pour nettoyer la blessure faite le jour de la fête chez Boromir et qui se résorbait doucement. Etourdi,il tenta d'aborder la discussion pour le divertir de ce corps si magnétique qui frôlait le sien.

— Tu… Tu vas fêter le nouvel au Shari ? Ou bien avec ta famille, au siège de l'entreprise de ton père ?
— Comme Frérin, je pense. Je vais faire acte de présence au début de soirée, mais je viendrai au Shari dès que possible…

Bilbo hocha la tête tout en ajustant le pansement sur l'avant-bras blessé. Il ne venait de vivre que trois jours avec Fili et pas un moment ne s'était passé sans qu'il ne se sente pathétiquement consumer d'amour pour le blond qui ne faisait rien pour l'aider à garder l'esprit clair, au contraire. Comme promis, le plus grand ne le laissait pas seul, même s'il faisait en sorte que le journaliste se sente le plus à l'aise possible. Il lui restait encore deux jours à tenir, malgré cette exacerbante proximité et il ne savait pas trop s'il souhaitait que ça dur encore un long moment ou bien s'il voulait que son agonie s'achève maintenant.

Perdu dans ses pensées, il laissa distraitement ses doigts glisser sur l'avant bras ferme, suivant une veine saillante, jusqu'à la jonction du poignet puis, lorsqu'il se rendit compte de ce qu'il faisait, il retira sa main comme si la peau de Fili l'avait brulé. Il leva ensuite les yeux pour se percuter au regard, intense, que le blond avait posé sur lui.

Ce dernier regarda le journaliste s'excuser et disparaître du salon en rougissant et il soupira en se laissant tomber dans le canapé.
Encore une fois, il venait de trouver le plus petit profondément attractif, bien trop pour que ce soit anodin.
Durant ces trois jours cloitrés avec lui, le blond avait eu le temps d'en apprendre un peu plus sur Bilbo et il était charmé par cette timide pudeur qui côtoyait un esprit noble dont le courage frôlait la témérité, par sa discrétion qui cachait mal un esprit avisé et totalement indépendant et il commençait à l'apprécier plus que de raison.

Fili passa ses doigts sur son avant-bras, à l'endroit même où ceux du plus jeune avaient glissés, cherchant à juguler l'incendie qui embrasait sa peau puis il se leva et retourna dans la salle de bain pour terminer de sécher ses cheveux.

oOo

— Théodred, que se passe t-il ? Que fait cette fille sur Windforlas ?

Le moniteur blond, qui n'avait pas entendu son cousin s'approcher, sursauta brusquement avant de se retourner, profondément mal à l'aise.

— Hé bien… Elle l'essaie. La jument a été mise en vente.

Voyant de quelle manière Eomer se figea, estomaqué par la nouvelle, le plus vieux n'eut aucun mal à déduire ce qu'il soupçonnait déjà.

— Que se passe t-il entre toi et Merry ?

Eomer n'eut pas le temps de répondre car, d'un fantastique coup de dos, Windforlas éjecta la jeune cavalière qui atterrit au pied de l'obstacle qu'elle voulait, initialement, faire franchir à la jument.

— Ho merde !

Théodred s'avança vers la jeune fille tout en s'excusant auprès des parents qui s'indignaient du caractère sournois de l'animal. Eomer, quant à lui, resta immobile, un terrible sentiment amer lui retournait les entrailles alors qu'il vit du coin de l'œil Windforlas sans cavalier sauter la barrière de la carrière pour aller brouter un peu plus loin. Il eut le réflexe de prendre son portable, mais lui revint en mémoire le dernier message que Merry lui avait envoyé et il serra le point.

Il ne vit pas sa sœur récupérer la jument baie avant de le rejoindre, inquiète elle aussi.

— Qu'est-ce que ça veut dire, Eomer ? Merry vend sa jument ?
— C'est flagrant.

Elle nota le ton acerbe et elle plissa les lèvres avant de flatter l'encolure de Windforlas qui la gratifia d'un coup de tête bourru.

— Mais… Pourquoi ?
— Demande à ta grande copine, Lithoriel.

Surprise de constater que la véhémence d'Eomer se retournait contre elle, Eowynn fronça les sourcils et lui attrapa l'épaule pour le forcer à lui faire face.

— Eomer, je ne sais pas ce qu'il se passe entre vous, mais je t'interdis de reposer la moindre faute sur moi ! Lithoriel n'est pas une amie, simplement une camarade de classe et je n'ai jamais fait en sorte de l'encourager vis à vis de ce qu'elle ressent pour toi, au contraire.
— Lâche-moi, Eowynn.

D'un sec coup d'épaule, il se dégagea d'elle et il lui tourna le dos pour s'éloigner, mais, tenant toujours Windforlas, elle le suivit, les sourcils froncés.

— Dis moi ce qu'il se passe entre toi et ton petit-ami.
— Ce n'est plus mon petit-ami.
— Qu-

Estomaquée, Eowynn marqua un temps d'arrêt et Eomer soupira avant de s'immobiliser lui aussi, passant une main peinée dans ses cheveux et fermant les yeux pour juguler un souffle douloureux. Il ne broncha pas lorsque sa sœur s'approcha pour poser une main douce sur son avant bras et il caressa distraitement l'encolure de Windforlas qui s'était approchée de lui en mâchant un brin d'herbe.

— C'est à cause de Lithoriel ?

Il haussa les épaules, lugubre, et Eowynn sentit ses entrailles se nouer face à l'aura chagriné de son frère, trop fier et trop pudique pour véritablement se laisser aller face à elle, sa propre sœur, alors que c'était flagrant qu'il soufrait le martyre.

— Avez-vous… Avez-vous essayé de parler ? Je veux dire… Peut-être s'agit-il d'un malentendu…
— Il ne m'en a pas laissé l'opportunité… Il m'a simplement envoyé un message ce matin pour me dire qu'il ne voulait plus entendre parler de moi, qu'il comptait continuer ses études, mais à Numénor, et qu'il… Désirait mettre un terme à tout ça…
— Par SMS ?
— Non, un message vocale.

Il soupira lourdement puis, semblant vidé de ses forces, il s'assit à même la pelouse gelée des écuries, la mâchoire crispée. Elle s'assit à côté de lui, lâchant Windforlas qui en profita pour brouter de son côté.

— Mais… Pourquoi ? Qu'est-ce que tu as fait ? Sa réaction est extrême, tu ne trouves pas ?
— Et comment… Jamais je n'aurais pu penser qu'il soit capable de réagir de la sorte… Je pensais sincèrement qu'il… Bref… Ca ne lui ressemble pas. A moins que je ne me sois trompé sur son compte…
— Impossible… Il n'est-

Mais elle se tut lorsque Théodred, le regard morose, s'approcha d'eux pour récupérer la jument qui baissa les oreilles et renâcla quand il attrapa ses rênes pour la ramener dans la carrière.

— Il y a encore trois acheteurs potentiels qui veulent la voir… Vu les résultats que Merry a obtenu d'elle, beaucoup de cavaliers voient en elle un moyen de sortir sur les tours les plus prestigieux sans avoir à fournir beaucoup d'efforts…
— Je leur souhaite bonne chance…

Théodred lança un regard aiguë à son cousin qui se releva et qui s'éloigna, sans se retourner, les épaules basses, et il serra la mâchoire. Eowynn suivit son frère du regard, puis elle se détourna, parfaitement consciente que, vu l'état dans lequel il était, toute discussion serait stérile, et elle se rendit auprès de la carrière.

Elle nota avec ironie que Théodred donnait au cavalier qui essayait Windforlas, certainement un cadre ou un homme d'affaire qui voulait un cheval prêt à monter sur les grosses épreuves sans avoir à fournir un quelconque travail de fond, des conseils avec la plus grande parcimonie. Si bien que le client se montra parfaitement incapable de faire sauter la moindre barre à la jument qui s'amusait à se montrer la plus odieuse possible.
Mais quand l'homme en question descendit pour ajuster ses éperons et qu'il demanda à changer le mors pour en mettre un plus sévère, elle sentit quelque chose se nouer en elle et, sans vraiment réfléchir, elle s'approcha de son cousin :

— Dis lui que Windforlas n'est plus à vendre.
— Comment ça ?
— Je l'achète.

Il écarquilla les yeux en la dévisageant, puis sont regard fit l'aller retour entre Eowynn et la jument qui se débattait maintenant en silence pour chercher à fuir la contrainte de ce nouveau mors, plus puissant qu'elle, et il se racla la gorge.

— Heu… Eowynn… Windforlas a remporté trois fois de suite la coupe du Rohan et elle a fait un nombre incalculable de podium tant sur les plus gros parcours nationaux que les internationaux… Sans parler de sa lignée prestigieuse… Son prix est faramineux… Et puis tu n'es pas intéressée par la compet, que feras-tu d'une jument pareille ? Des promenades ?
— Aucune idée, mais ça ne te regarde pas. Peut-être que, avec elle, je me découvrirai un goût pour la compétition, sinon, au pire, je lui ferai faire des poulains.
— Tu fais ça pour Eomer ? Qu'en pense-t-il ?
— Rien, il n'est pas au courant, et je préfère que ça reste ainsi. Et l'argent n'est pas un problème, il faut bien que l'héritage que nous ont légué nos parents nous servent à quelque chose…
— Eowynn, ce n'est-
— Quoi, tu préfères la vendre à lui ?

Du menton, elle montra furieusement le cavalier amateur qui demandait au garçon d'écurie de lever les barres au plus haut afin de « voir ce qu'elle a dans le ventre », gardant ses éperons plantés dans la jument qui ne pouvait pas se soustraire à la puissance de son nouveau mors et qui avait abdiquée en silence, l'encolure ployée, et Théodred tiqua.

Il lui envoya un dernier regard et fut surpris de voir sa cousine si déterminée, c'est pourquoi, sans ajouter un mot, il se rendit une nouvelle fois au milieu de la carrière pour apprendre au cavalier que la jument avait trouvé son nouveau propriétaire. L'homme essaya de négocier en montant le prix, mais le fils de Théoden se montra intransigeant et il pria à son client de descendre tout en lui assurant qu'il avait un jeune hongre qui ferait parfaitement l'affaire à la place de cette bête capricieuse.

La mâchoire serrée à s'en faire mal, les poings crispés, Eomer regarda, de loin, le cavalier inconnu descendre de la jument de son ex, un profond soupir soulagé franchit ses lèvres et il se détourna de la fenêtre, sans voir Eowynn s'avancer vers Windforlas pour la reconduire à l'écurie.

Il ne broncha pas lorsque Théoden s'approcha de lui pour presser son épaule d'une main ferme, mais chaleureuse.

— Ne fais pas de bêtise, Eomer.
— Qu'est-ce qui te ferait croire ça ?
— Ton regard.
— Ne cherches pas à m'en empêcher.

Il se déroba à son oncle et, sans lui faire grâce d'un regard, il se détourna de lui et attrapa les clés de la voiture de sport que Théodred s'était offert il y à peu.

— Demande au moins à ta sœur de t'accompagner, elle a un don pour apaiser les conflits.
— Il n'y a pas de conflit. Je veux simplement lui parler.

Sans ajouter un mot, Eomer sortit de la maison de Théoden et il se dirigea vers la voiture rutilante garée un peu à l'écart. Il fronça les sourcils lorsqu'il vit Eowynn venir vers lui en courant, mais il ne dit rien et s'installa à la place conducteur pour faire démarrer le bolide, au moment où sa sœur prenait place à côté de lui.

— Essaie seulement de ne pas nous tuer sur la route.
— Je ne t'ai pas demandé de venir.

Ils atteignirent la Comté en moins d'une heure et Eomer dérapa sur les graviers impeccables du manoir avant de sortir de la voiture pour se diriger vers la porte d'entrée d'un pas déterminé, Eowynn sur les talons.

— Tu es certain que tu ne veux pas que je parle à ta place ?
— Eowynn, je sais me contenir, tu me prends pour qui ?
— Quelqu'un de trop franc et trop direct pour son propre bien…

Il l'ignorant et actionna la sonnette de l'imposante demeure avant de lancer un regard dangereux à sa sœur qui préféra ne pas insister, même si elle se tint prête à intervenir.
Ils n'eurent pas à attendre longtemps avant que Madame Brandebouc ne leur ouvre la porte et, lorsque son regard tomba sur Eomer, elle écarquilla les yeux, avant de prendre durement la parole :

— Qu'est-ce que… Que faites-vous là, vous ?
— J'aimerai parler à Merry.
— Il vous a dit qu'il ne voulait plus vous voir, il me semble.
— Si c'est le cas, qu'il vienne me le dire de face.

Le grondement furieux d'Eomer était impressionnant et Eowynn eut le réflexe de poser une main apaisante sur l'avant-bras de son frère, qui se raidissait dangereusement. Mais Esmeralda ne se laissa pas intimider et elle lui lança un regard tranchant, s'exprimant avec véhémence :

— Hors de question ! Vous lui avez fait suffisamment de mal, laissez le tranquille !

Eomer fronça les sourcils et Eowynn, sentant venir le dérapage, se plaça devant son frère qui était prêt à encastrer la mère de Merry dans le mur afin de pénétrer dans la demeure à la recherche de son amant. Elle sourit gentiment à Esméralda et parla avec douceur :

— Vous vous méprenez, nous n'avons pas l'intention de l'importuner ou de lui porter préjudice. Nous voulons simplement discuter avec lui…
— Il n'a rien à vous dire, partez, maintenant. Mon mari est moins tolérant que moi et il n'hésitera pas à appeler la police si vous insistez.
— Bon, ça suffit.

Eomer poussa sa sœur et voulut pénétrer dans la maison, mais Eowynn eut le réflexe de lui barrer une nouvelle fois le passage, le dévisageant d'un regard sévère :

— Non, Eomer, ne fait pas ça. Pénétrer dans un domicile privé sans l'accord de ses occupants est un délit sévèrement puni par la loi…

Il lui envoya un regard furieux, surpris par son aplomb, mais il se rappela subitement que sa sœur étudiait actuellement en fac de droit et que, par conséquent, elle avait certainement une vague idée sur ce qu'attendait Eomer s'il faisait mine de forcer la porte.
Il grinça des dents et étudia le hall d'entrée qu'il devinait derrière madame Brandebouc, puis, lorsque sa sœur lui pressa gentiment le bras, il fit difficilement un pas en arrière, son regard brulant.

— Dîtes lui au moins que nous sommes passé…

Esmeralda hocha la tête et retint un soupir soulagé lorsque la jeune blonde parvint à convaincre son frère de faire demi-tour, mais elle hoqueta lorsqu'Eomer se dégagea de la poigne de sa sœur et qu'il pénétra dans la maison en criant le nom de Merry d'une voix forte.
Malheureusement, la maison était vraiment grande et il n'y avait jamais mis les pieds. Il supposa que la chambre de son ex était à l'étage et il se dirigea vers l'escalier impressionnant qui desservait le premier palier.

Mais il s'immobilisa lorsque Monsieur Brandebouc lui barra la route. Plus petit, mais intimidant, le père de Merry lui montra le téléphone qu'il tenait dans les mains :

— Faites un pas de plus, monsieur, et j'appelle le commissariat le plus proche.
— Je veux simplement lui parler.
— Si lui aussi l'avait voulu, il n'aurait pas manqué de vous le faire savoir.
— Sa réaction est disproportionnée ! Il n'a même pas essayé de comprendre ou de me laisser m'expliquer !
— Il n'y a rien à comprendre ! Vous avez abusé de sa confiance, vous vous êtes joué de lui et vous l'avez humilié. Allez-vous en et ne revenez plus jamais roder autour de lui !

Un éclat furieux étincela dans le regard tumultueux du cavalier blond qui serra le point, mais Eowynn arriva à ce moment et elle attrapa sèchement le bras de son frère pour le trainer hors de la maison.

— Ça suffit, Eomer ! On rentre, si tu continues comme ça, tu ne feras qu'envenimer la situation !
— Lâche moi, je dois au moins le voir !
— Arrête ! Tu es trop en colère, tu risqueras de lui dire des choses que tu regretteras ensuite. Donc tu vas revenir avec moi et on va attendre un peu que tout ça décante, ok ?

La manière dont elle lui posa la question le ramena subitement sur terre et, inquiet à l'idée de ce qu'elle était capable de lui faire subir s'il répondait quelque chose qu'elle ne voulait pas entendre, il hocha la tête et déglutit. Malgré la colère, il était conscient, au fond de lui, qu'elle avait raison.

Il la repoussa sans vraiment de brutalité et il fit demi-tour, passant à côté de madame Brandebouc sans daigner lui accorder un regard et, fulminant, il s'installa à la place du passager, laissant la conduite à sa sœur qui démarra rapidement, avant qu'il ne change d'avis et ne démolisse la maison brique par brique jusqu'à retrouver Merry.

— Eomer, il s'est passé quelque chose entre toi et Lothiriel ?

Il fronça les sourcils et lui lança un regard mortel avant de cracher furieusement :

— Je ne pensais pas que ça prendrait cette ampleur… Putain !

D'un geste empli de rage, il frappa le tableau de bord face à lui, dans l'espoir d'expulser sa colère, en vain, et il grinça des dents en laissant son regard se perdre dehors.

— Comment peut-il me faire ça ? Comment a-t-il pu affirmer à ses parents que j'ai abusé de lui ou que je l'ai trompé ? C'est grotesque !
— Calme-toi, il ne l'a peut-être pas dit comme ça… Après tout, tu connais la position des familles de la Comté sur l'homosexualité…

Il eut un claquement de langue agacé et il fit craquer ses doigts brusquement, les sourcils toujours froncés.

— Et alors ? Le fond reste le même. Il n'a même pas daigné venir me voir… Pourquoi faut-il toujours qu'il se cache au lieu de faire face ? Il n'imagine tout de même pas que je vais enterrer cette histoire simplement suite à son message ?
— Eomer, s'il te plait, calme toi. Essaie de prendre le temps de réfléchir à tout ça et retourne le voir quand tu seras plus tranquille. Je comprend que ses parents aient réagi de la sorte en te voyant débouler, tu es terrifiant.
— Pas plus que toi…

Elle lui lança un regard en coin et fut consterner de lui voir une mine aussi lugubre. Il détourna les yeux pour les perdre sur le paysage enneigé qui défilait par la fenêtre et elle ne chercha pas à relancer la conversation, laissant la place au silence pesant qui s'étira jusqu'à ce qu'ils soient de retour à Méduseld.


Merci d'avoir lu !
Et merci, toujours, aux reviewers !

Au Prochain épisode :

C'est le jour de l'an, donc :
Fête, (bonnes) résolutions, robe et talons...
Mais aussi :
Smaug possède une arme redoutable : un secret

Parce que, oui, si vous ne l'avez pas encore remarquer,
Shari Vari a tendance à perdre son aspect poney arc en ciel et caca papillon,
Et ça ne va pas forcément aller en s'arrangeant...
-Même si je garanti toujours quelques passages "smooth"-

Bref.
Vous verrez bien.

PS : Pensez vous que ce chapitre peut permettre à la fic de dépasser les 100 reviews ?