oOo


— Vas-y, marche un peu pour voir… Sublime !
— Pas autant que toi.
— Si tu m'avais laissé choisir la robe, la question ne se poserait même pas !

Orianne leva les yeux au ciel tout en ajustant les plis de son vêtement et en maintenant son équilibre sur ses talons de sept centimètres. Elle se tourna vers Tauriel qui terminait de se maquiller, jouant avec ses pinceaux avec dextérité pour un résultat raffiné.

— Où as-tu appris à te maquiller et te coiffer comme ça ?
— Je suis cascadeuse, ça veut dire que j'ai déjà passé pas mal de temps sur des tournages. J'ai eu l'occasion d'apprendre deux ou trois trucs auprès des maquilleuses.
— C'est classe… Tu as déjà rencontré des stars ou des gens connus ?
— Quelques uns, oui… Allez, viens ici, c'est à ton tour !

La lycéenne vint s'asseoir devant Tauriel qui lui leva légèrement le menton avant de s'attaquer à ses cheveux encore humide qu'elle coiffa rapidement tout en lui racontant quelques anecdotes sur ses tournages.

oOo

— Et si tu lui priais cordialement d'aller se faire foutre ?
— Frérin, c'est à toi que je vais prier plus ou moins cordialement d'aller te faire foutre si tu continues comme ça.
— Seulement avec toi.
— T'es con. Vas emmerder quelqu'un d'autre !
— Qui ça ?
— Dis, pour changer, ou Dim, ils s'emmerdent au moins autant que toi…
— Ouais, parce que toi, t'as l'air de kiffer ta soirée-
— Ta gueule.
—Quelque chose ne va pas, messieurs ?

Les deux frères se tournèrent vers l'interlocutrice de Thorin, et Frérin essaya de répondre en premier, mais le plus vieux lui coupa la parole.

— Oui, t-
— Rien.

Thorin lança un regard noir à Frérin qui le soutint sans mal avant de tourner les talons en faisant une moue boudeuse, il s'éclipsa en slalomant entre les convives.
Le plus vieux accepta le verre que lui tendit la belle rousse avec qui il avait commencé une discussion intéressante avant que le blond ne vienne lui taper une crise de jalousie.

Mais, au bout de cinq minutes, il s'excusa auprès de la jeune femme et il partit à la recherche de son frère. Il le trouva peut de temps après, en grande discussion avec l'un de leurs oncles. Il capta son regard un bref instant, puis il se dirigea vers un balcon non occupé et il eut le temps d'allumer une cigarette avant de sentir deux bras l'enlacer alors qu'un corps se pressait dans son dos.

— Frérin… Pas ici.
— La porte est fermée, ils peuvent pas nous voir.
— Ce n'est pas une raison.
— T'es chiant…

Le blond soupira et se sépara du plus grand pour s'accouder au balcon à côté de lui et il lui prit la cigarette des mains sans un mot, surprenant le brun qui le regarda inspirer une profonde bouffée de fumée.

— Je pensais que tu avais arrêté de fumer.
— C'est le cas, et tu peux en faire de même…

Plantant son regard gris dans celui du brun, recrachant la fumée, il lui offrit un petit sourire taquin et il écrasa la cigarette à peine entamée dans un pot de fleur avant de jeter nonchalamment le mégot encore fumant dans le cendrier derrière eux.

— Vous fumez trop, tous, ce n'est pas sain, tu sais ? Même Kili s'y est mis.
— Depuis quand tu fais la morale, toi ?
— Le prends pas comme ça…

Voyant Frérin soupirer en faisant une moue boudeuse, Thorin leva les yeux au ciel et posa sa main sur l'épaule du plus jeune pour la caresser tendrement. Puis, d'une pression, il l'attira à lui pour déposer un baiser près de sa tempe et approcher ses lèvres du creux de l'oreille pour lui avouer, d'une voix veloutée :

— Tu m'as manqué, tu sais ?

oOo

— Tu es… Superbe.

Orianne rougit doucement lorsque Dwalin lui murmura ces mots en lui tendant un verre sans alcool.

— Je suis… Flattée, que tu le remarques.
— Faudrait être aveugle pour ne pas le voir.

Il lui sourit gentiment et se sentit fondre face à la manière dont elle rougit une nouvelle fois. Dire qu'il n'avait pas pensé à la plus jeune durant ces derniers jours relevait du mensonge et il inspira rapidement avant de reprendre la parole, s'approchant d'elle pour se faire entendre sans avoir à hausser la voix malgré la musique diffusée en fond :

— J'ai quelque chose pour toi…

Sans ajouter un mot il posa chastement une main dans son dos nu pour la conduire à l'extérieur, au calme. La nuit d'hiver était tombée et cela faisait quelques jours qu'il n'avait pas neigé. Le fond de l'air était froid, mais cela ne dérangea pas Orianne, au contraire.
Juchée sur ses talons de sept centimètres, elle fit honneur à l'enseignement de Tauriel qui avait passé une bonne heure à lui apprendre comment rester charismatique tout en marchant sur des pavés gelés avec des talons aiguilles, elle se tourna vers Dwalin, curieuse et intriguée.

— Je n'ai pas encore eu l'occasion de t'offrir ton cadeau de Noël…

Il lui tendit un paquet assez lourd qu'elle ouvrit timidement.

— Ho !

Les yeux écarquillés et, bouche bée, elle sortit le livre de collection de son emballage de papier et elle caressa la couverture avec dévotion. Elle s'assit sur le muret qui faisait face à l'entrée du Shari pour ouvrir délicatement l'ouvrage, le regard illuminé. Elle sursauta légèrement lorsqu'il s'approcha d'elle en lui présentant une enveloppe, un étrange sourire qui la fit frémir accroché aux lèvres.

— Le groupe Edge Jello passe dans quelques semaines à Minas Tirith… Tu m'accompagnes ?
— Oui ! Je veux dire… Avec plaisir, merci.

Cherchant à juguler un immense sourire qui menaçait de barrer son visage, elle déglutit et prit l'enveloppe, qui contenait deux places pour le concert de l'un des groupes les plus en vogue du moment. Les yeux étincelants, elle se tourna à nouveau vers Dwalin et elle se leva, posant le livre sur le muret, elle passa ses bras autour des épaules du plus vieux pour se presser contre lui, heureuse de le sentir répondre à l'étreinte en passant ses mains dans son dos dénudé.

oOo

L'ambiance dans le Shari commençait doucement à chauffer et Pippin fronça les sourcils en constatant que son cousin n'était pas encore arrivé alors que cela faisait déjà une demi heure qu'Eomer discutait avec Aragorn.
Inquiet, le jeune Touque faussa compagnie à Frodon et Sam afin de se diriger vers les étudiants de Science po et, timidement, il pressa le bras du cavalier. Lorsque ce dernier se tourna vers lui, Pippin fut surpris de remarquer son visage sombre et ses yeux cernés. Il resta sans voix quelques secondes, puis il commença à s'alarmer franchement.

— Merry n'est pas venu avec toi ?
— Je n'ai pas l'impression, non.

Le ton acerbe aurait épouvanté le plus jeune, s'il n'était pas trop occupé à se rendre compte que quelque chose n'allait pas.

— Mais… Je pensais qu'il avait passé les derniers jours à Méduseld !
— Faudra l'excuser, il est trop occupé à bouder dans son coin pour daigner m'honorer de sa présence ou de son attention. Monsieur estime que je ne le mérite plus depuis qu'il m'a surpris… dans une situation compromettante.

Agacé, Eomer se détourna du cousin de Merry pour ne pas qu'il puisse voir l'éclat douloureux dans son regard et il se dirigea vers le bar, déterminé à ne pas laisser le plus jeune remuer le couteau dans la plaie.

Les derniers jours qu'il venait de passer avaient été terribles et, si Aragorn et Boromir ne l'avaient pas forcé à sortir pour le jour de l'an, cela ne faisait aucun doute qu'il serait resté chez lui à broyer du noir.

Pippin ouvrit la bouche en écarquillant les yeux, et il la referma pour emboiter le pas d'Eomer, slalomant entre les convives.

— Tu parles de ce qu'il s'est passé à la soirée de Boromir ? Il ne t'a pas recontacté depuis ?
— Si, il l'a fait, et il peut aller se faire foutre. S'il n'est pas capable de me croire quand je dis qu'il n'y a que lui qui compte pour moi, je ne vois pas ce que je peux faire de plus… S'il ne veut plus entendre parler de moi, qu'il en soit ainsi.
— Mais… C'est impossible ! Il y a six jours encore, il m'a dit qu'il était profondément amoureux de toi, que cette histoire n'était qu'une broutille et qu'il comptait t'appeler, même s'il avait peur d'avoir l'air con pour avoir réagit aussi mal !
— Sans blague… Faudrait qu'il sache ce qu'il veut, ça m'aurait évité de passer une semaine à me faire à l'idée que, entre lui et moi, c'est terminé.
— Quoi- Non ! C'est impossible ! Tu ne peux pas le larguer pour ça !
— Aux dernières nouvelles, champion, ce n'est pas moi qui viens de passer dix jours à éviter tout contact, simplement pour m'apprendre qu'il ne veut plus me voir, et à ignorer toute tentative d'approche.

Pippin déglutit face à la véhémence du ton, puis, sans réfléchir, il plongea sa main dans la poche pour récupérer son portable qu'il colla à l'oreille. Eomer en profita pour s'éloigner, même si son attention resta focalisée sur le plus petit qui raccrocha lorsqu'il tomba sur le répondeur de son cousin. Il tenta un nouvel appel et, cette fois-ci, laissa un court message, demandant simplement à Merry de le rappeler au plus tôt. Il garda ensuite son portable en main et releva le regard pour croiser celui, indéchiffrable, d'Eomer. Pippin tourna subitement les talons pour sortir du Shari, et le cavalier le suivit à l'extérieur sans un mot.

— Je vais appeler le fixe du manoir Brandebouc, avec un peu de chance, ils y fêtent le jour de l'an.

La gorge sèche, Pippin composa le numéro qu'il connaissait par cœur et attendit. Mais les tonalités s'enchainèrent et le répondeur du manoir s'enclencha. Il raccrocha, la boule au ventre, maintenant persuadé que quelque chose n'allait pas.
Eomer soupira et il shoota dans une motte de neige, les sourcils froncés. Il y avait encore trop d'amertume en lui, et cette colère née de la déception et l'injustice de sa situation noyait la désagréable intuition qui remuait au fond de lui sans qu'il ne parvienne à l'entendre.

— Il m'a annoncé qu'il comptait finir ses études à Numénor, qu'il a besoin de prendre de la distance…
— Non… Il y a autre chose. Tu le connais aussi bien que moi, tu sais qu'il n'est pas comme ça. Et j'en aurai forcément entendu parler…
— Ho si, quand il fait la gueule, crois moi, ça peut durer longtemps…

Le plus petit n'osa pas lui répondre que, quand il s'agissait de ruminer amèrement dans son coin, Eomer valait au moins son petit-ami, mais celui-ci se détourna brusquement et il s'éloigna de lui.

— Tu vas où ?
— Je vais faire la fête, j'ai besoin de me changer les idées.

Sentant un sentiment de panique monter inexplicablement en lui, Pippin regarda Eomer retourner dans le Shari, incapable de trouver les mots pour lui partager son angoisse. Il tenta une nouvelle fois d'appeler son cousin, mais ce fut le répondeur qui lui répondit et, le cœur lourd, il suivit les pas du plus grand.

oOo

— Kili est déjà parti ?
— Oui, il s'est éclipsé juste après avoir salué tout le monde.
— Le veinard…

Frérin s'empara d'une coupe de champagne et il proposa quelque chose à boire à son neveu, mais Fili déclina en montrant son verre encore plein. Il haussa les épaules et fit tourner distraitement le liquide pétillant en prenant nonchalamment la parole.

— Ca c'est bien passé, ces derniers jours avec Bilbo ?
— Plutôt, oui, il est assez facile à vivre.
— Je n'en doute pas… Il ne s'est rien passé, entre vous ?
— Comment ça ?

Fili lança un regard perplexe à son oncle qui haussa une épaule en faisant la moue :

— Je demande ça comme ça. Après tout, il pourrait très bien être ton genre.
— Je ne suis pas gay, les mecs ne m'intéressent pas.
— Allons, c'est pas un mec, c'est Bilbo. Même moi je veux bien avouer qu'il est craquant.
— Oui mais toi, tu n'es pas une référence. Ce n'est pas parce que tu assumes tes goûts hors normes qui se dévoilent du jour au lendemain que tout le monde peut faire pareil.
— Attend, de quoi tu parles ?
— Je suis au courant pour toi et Thorin.
— Ho.

La révélation jeta un froid à Frérin qui se mordilla la lèvre, mal à l'aise.

— Et… Tu…
— Non, je n'en parlerai à personne et non, je n'ai pas l'intention de vous juger. Avec un peu de chance, si Thraìn le découvre, il vous déshéritera et Kili et moi recevrons une magnifique part d'héritage en rab…

Ils rigolèrent doucement, mais Frérin redevint très vite plus sérieux.

— Tu penses qu'il nous déshéritera s'il l'apprend ?
— Sincèrement, je ne sais pas. Après tout, vous êtes ses fils, il ne peux pas non plus vous renier.
— Thorin est son fils. Moi je ne suis que celui de Sigrid.

Fili leva les yeux au ciel face au ton meurtri de son oncle et il lui tapota le dos.

— Chiale pas mon grand, tu vas t'en sortir.
— T'es con.

Frérin dégagea sa main d'un coup d'épaule et, pour se venger, il ramena une nouvelle fois le sujet de Bilbo sur le tapis.

— Tu ne m'as pas répondu, il s'est passé quoi entre vous ?
— Mais pourquoi veux-tu qu'il se soit passé quelque chose ?
— Parce que c'est parfaitement probable ! J'ai entendu dire que Bilbo est gay.

Fili fronça les sourcils avant de soupirer.

— En fait, j'étais le seul qui n'était pas au courant… Et puis être gay ne veut pas dire que tu t'envoies en l'air avec le premier mec qui passe !
— Ho… Mais c'est de toi qu'il 'agit, pas n'importe quel mec. Tu viens de passer plusieurs jours avec lui, tu as bien du t'en rendre compte…

Fili haussa un sourcil et lança un nouveau regard perplexe à son oncle qui lui envoya un sourire en coin.

— Toi… Tu es au courant de quelque chose…
— Thorin m'a demandé de ne pas m'en mêler…
— Sans blague… Il a de l'espoir lui… De quoi veux-tu que je me rende compte, vis à vis de Bilbo ?
— Il craque complètement sur toi depuis quelques années. Mais je sais que je ne t'apprends rien… Ca fait combien de temps que tu l'as deviné ?
— Ho…

Fili passa une main nerveuse dans sa crinière blonde et il sourit doucement. Quelques années ? Rien que ça…

— Je ne pensais pas que ça faisait si longtemps. Je n'aurai jamais pu le concevoir avant qu'il m'avoue son orientation… Bilbo est une personne très…
— Coincée.
— Pudique. Il est certainement persuadé qu'il n'a aucune chance avec moi et il ne veut pas m'embêter avec ça…
— Mais, qu'en est-il de toi, Fili ?
— Le problème n'est pas Bilbo.
— Tu sais… être gay n'est pas une tare ou une philosophie, ça détermine simplement quel genre de personne tu es capable d'aimer… Rien d'autre.
— Je sais… Mais c'est une chose à laquelle je n'ai jamais vraiment réfléchi…
— Si ça ne te dégoute pas, pourquoi ne pas essayer ? Je suis certain que Bilbo se fera un plaisir de t'initier sur cette voie là…

Le plus jeune soupira et il posa son verre presque vide sur le plateau d'un serveur qui passait par là et il haussa les épaules.

—Non. Ca, je ne peux pas. Je le respecte trop pour ça. Imagine que Thorin te dise du jour au lendemain que c'était cool, qu'il est content d'avoir essayé, mais que finalement, il n'est pas intéressé pour plus… Non… S'il devait se passer le moindre truc entre lui et moi, je veux que ce soit sérieux…

Frérin fit la moue en haussant un sourcil en se promettant que si Thorin lui faisait un coup pareil, ce sera la fin du monde, puis un petit sourire taquin effleura ses lèvres en réponse à la dernière phrase de son neveu.

— Si tu vois les choses de cette manière, c'est que ce n'est pas seulement du respect, que tu éprouves pour lui… Si ça avait été n'importe qui, tu te serais simplement sentit désolé pour lui.
— J'aurai aimé le savoir plus tôt… Pourquoi n'a t-il pas essayé de me le dire ?
— Je ne sais pas… Thorin le connaît mieux que moi. Mais quoiqu'il arrive, à mon avis, il ne vaut mieux pas que tu attendes qu'il fasse le premier pas.
— Ouais… C'est sûr… Il ne le fera jamais… A ce propos, je suis curieux, comment c'est arrivé, entre toi et Thorin ? Qui a commencé ?
— Heu… Hem… C'est un peu flou. Je préfère ne pas en parler… Dit moi plutôt ce que tu comptes faire pour Bilbo.

Fili lui lança un regard aigu, en serrant les lèvres sans s'occuper de la question de Frérin.

— Est-ce que tu penses que ça a des chances de durer ? Je veux dire, avez-vous réfléchi à ce que vous allez faire vis à vis de ça ? C'est quelque chose que les lois n'interdisent pas, du moins, ce n'est pas sanctionné, mais votre relation reste tout de même très…
— Intolérable aux yeux de la société, voire dégoutante… Déjà que la plupart des gens ont du mal à accepter les gays… Que veux-tu que l'on se dise ? On ne peut que garder ça secret, c'est tout.

Le plus jeune sentit une légère véhémence tinter les mots du philosophe et il soupira, se sentant désolé pour ses oncles. Ils restèrent silencieux quelques minutes, puis Fili se redressa en ajustant son costume sobre et fait sur mesure.

— Tu fais quoi ?
— Je retourne au Shari.
— Si tu le vois sous le gui, n'hésites pas ! Et si besoin, j'ai quelques méthodes qui ont fait leurs preuves
— Pitié, Frérin…
— Ok, sans blague. N'oublies pas que lui ne fera pas le premier pas, donc si toi tu ne te bouges pas, il ne se passera jamais rien entre vous.
— Je n'ai pas dit que j'en avais envie.
— C'est bon, Fili, je te connais…

Frérin lui lança l'un de ses sourires lumineux et plein de sous-entendus qui troubla un instant Fili. Le plus jeune ne se rappelait pas avoir déjà vu son oncle aussi serein, voire épanoui et il ressentit un élan de gratitude envers Thorin pour ça. Il répondit au sourire et, avant de partir, il s'empara du poignet de son oncle pour le regarder dans les yeux :

— Frérin, merci d'avoir parler de ça avec moi, mais je t'interdis de faire plus. Je n'ai pas l'intention de sauter sur Bilbo maintenant, et si tu tentes de précipiter les choses, j'irai dire à Thorin que c'est toi qui a enfermé Daïn à la cave, le jour de Durin.
— Ha nan ! C'était il y a huit ans !
— Personne n'a oublié, crois moi, regarde-le, il est traumatisé à vie…

Du menton, Fili désigna un beau trentenaire cintré dans un costume luxueux qui se tenait près du buffet de petits fours et qui regardait la réception d'un œil sévère. Le genre d'homme qu'il valait mieux ne pas offenser sous peine de se prendre une sérieuse correction.

— Il l'avait bien mérité, je n'ai jamais pu saquer ce type… Et puis depuis quand tu es aussi fourbe, toi ?
— J'ai été à bonne école…

A son tour, Fili envoya un sourire taquin à Frérin et il lui lâcha le poignet.

— Donc, si je comprends bien, toi et Bilbo, ce n'est pas encore pour ce soir ?
— Ôte moi un doute, Frérin… Tu n'avais tout de même pas parié à Thorin qu'on sera ensemble avant la prochaine année, n'est-ce pas ?
— Bien sur que non !

Frérin leva les yeux au ciel en maugréant, amusant Fili qui s'emmitoufla dans son écharpe avant de se diriger vers la sortie du bâtiment, accompagné de son oncle. L'air glacial les cueilli, rompant brusquement avec la chaleur ambiante qui régnait à l'intérieur.

— Outch, ce n'est pas ce soir qu'on aura de la neige, il fait beaucoup trop froid.

Frérin acquiesça distraitement, et il resta sur le perron du grand bâtiment, levant les yeux pour tenter d'apercevoir les étoiles malgré les lumières de la ville. Fili fit quelques pas avant de se tourner vers lui, de la buée s'échappa de ses lèvres lorsqu'il prit la parole.

— Tu restes ?
— J'attends Thorin, on vous rejoindra ensemble.
— OK, à plus tard !

Fili lui fit un dernier signe de la main avant de la fourrer dans sa poche et il hâta le pas en direction du Shari. Son oncle le regarda s'éloigner, puis, oblitérant le froid, il resta quelques instants à l'extérieur pour profiter du calme, goutant au climat de fête qui stagnait dans l'air et qui réchauffait le fond de l'atmosphère glacial.

— Encore perdu dans tes songes, Frérin… Si seulement je pouvais les cerner…

Le blond sursauta brusquement en entendant la voix grave et, s'extirpant de ses pensées, il se tourna pour tomber nez à nez avec un homme brun, somptueusement bien habillé dans un costume hors de prix et qui dardait sur lui un regard velouté et d'une profondeur vertigineuse. Le brun lui présenta une coupe de champagne en lui adressant un sourire en coin.

— Un verre ?
— Non. Qu'est-ce que tu fais là ?
— Toutes les personnalités de la ville ont été invitées… Je ne fais pas exception.
— Et tu as daigné honorer mon grand-père de ta présence…

Sans s'indigner du ton glacé de Frérin, il s'adossa contre la rambarde glacée de l'imposant escalier de pierre après avoir nonchalamment vidé la coupe du millésime dans un pot de fleur et il laissa son regard étudier sans pudeur le corps du blond, qui se tendit.

— Tu te doutes bien que, si je suis là, ce n'est pas pour lui faire plaisir. Disons simplement qu'il y a ici une certaine personne que j'avais très envie de revoir…

Il lui lança un sourire envoutant avant de s'approcher de Frérin en capturant ses yeux dans les siens. Le blond soutint son regard puis, agacé, il lui tourna le dos pour retourner à l'intérieur et fuir sa présence inquiétante.

— Je suis flatté, Smaug, mais je préfère te prévenir que la réciproque ne se vaut pas…

Le blond tiqua lorsque le plus grand le suivit à l'intérieur, sans se départir de son sourire dangereux.

— Ta langue est toujours aussi acérée.
— Laisse ma langue en dehors de tout ça.
— Tu connais ma réponse…

Frérin fronça les sourcils et, avant de sortir du couloir qui menait à la salle de réception, il s'immobilisa, et se tourna vers le brun qui continuait de le regarder intensément.

— Ecoute, Smaug, il me semble que ce n'est pas la première fois que je te le dis, mais je te répète que ne suis pas intéressé.
— Comment peux-tu le savoir ? Jusqu'à maintenant, tu ne m'as laissé aucune chance… Pourtant, Frérin, je suis certain de posséder quelques… Arguments… Convaincants.
— Tu comptes m'acheter ? Tu ne possèdes rien qui puisse simplement attirer un quelconque intérêt de ma part.

Le sourire de Smaug s'agrandit et il s'approcha du blond qui fronça les sourcils. Sans le lâcher du regard, il posa nonchalamment sa main sur la taille du philosophe qui se crispa brusquement au contact et qui voulut protester, mais le brun affirma sa prise et, d'une pression, l'attira à lui pour poser ses lèvres dans le creux de son oreille.

— Et si je te dis que je connais ton secret ?
— De quel secret parles-tu ?

Tendu et inquiet, même s'il cherchait à ne pas le laisser paraître, Frérin déglutit lorsque Smaug lui répondit d'un sourire purement prédateur avant de faire un signe de tête en direction du hall où se déroulait la célébration du nouvel an, derrière le blond.

— Je me demande bien comment réagira Thraïn quand les journaux à scandale de la région se mettront à parler d'une relation incestueuse entre les deux héritiers de la monstrueuse firme minière d'Erebor…

Frérin sentit soudain son cœur cesser de battre et un vertige le prit brutalement, totalement incapable de retrouver la moindre pensée cohérente. Il déglutit et ne pensa même pas à repousser Smaug qui s'approcha encore de lui, un sourire radieux et victorieux illuminant son visage.

— Je suis content de voir que nous commençons enfin à trouver un terrain d'entente, toi et moi…

Sans voix, Frérin leva les yeux vers le plus grand, enlisé dans une panique latente qui semblait gouverner les battements irréguliers de son cœur et sa respiration qui s'emballait.

— Il… Il ne lit pas les journaux à scandale.
— Lui, non, je n'en doute pas. Mais les femmes de ses collaborateurs ou bien des actionnaires, je suis certain qu'elles en sont friandes. Vos amis aussi, j'espère que vous êtes entourés de gens… Tolérants…
— Tu n'as aucune preuve…

Smaug lui sourit encore une fois et il haussa les épaules nonchalamment.

— Frérin, si je te dis que les preuves en question sont sur une petite clé USB que je conserve précieusement… Jusqu'où es-tu capable d'aller pour les
récupérer ?

Le blond écarquilla les yeux et il déglutit, lisant sans mal ce que Smaug attendait de lui dans son regard et, paniqué, il fit un pas en arrière pour s'éloigner puis, instinctivement, il tourna le visage pour chercher une personne en particulier dans la foule.
Le brun remarqua son geste et il fronça les sourcils avant de s'approcher de lui et il prit son menton entre ses doigts pour le forcer à le regarder, lui, au moment où les yeux angoissés de Frérin accrochèrent un regard aussi bleu qu'un ciel d'été, une brève seconde.

— Les cartes sont entre tes mains, mon beau… Je te contacterai dans la semaine pour te faire part de mes conditions mais, en attendant, j'ose espérer que tu ne divulgueras pas notre petit secret…

Il lui sourit encore une fois, puis les doigts qui tenaient son menton se firent plus doux et Smaug déploya sa main pour caresser délicatement sa joue, jouissant de voir Frérin lui être si offert, enfin, sans sa foutue rhétorique et ses farouches résistances. Son regard glissa sur les lèvres fines du blond et, avide de les sentir bouger contre les siennes, il se pencha sur lui.

Mais son geste fut violemment interrompu par une poigne implacable qui s'empara de la main qui avait glissé sur la nuque du blond pour le maintenir. Smaug se redressa en reculant, repoussé par Thorin qui, sans un mot, se plaça entre lui et son frère, le regard vibrant de colère.

— Puis-je savoir de quoi le premier héritier se mêle ? Frérin est parfaitement capable de se défendre tout seul, n'est-ce pas mon-

Mais Smaug fronça les sourcils lorsqu'il remarqua que le blond s'était éclipsé et qu'il était maintenant seul avec Thorin qui le jaugeait d'un regard tranchant.

— Tu n'as rien à faire là, Smaug. Ton nom n'est pas sur la liste des invités…
— Tu seras surpris du contraire… Ton père et moi sommes conscients que cette querelle qui oppose nos deux entreprises est née à cause de l'avarice de Thror, qui n'est plus… Et nous commençons à évoquer l'idée de quelques… Alliances potentielles… Entre nos deux sociétés…
— Thror n'était pas avare, simplement clairvoyant.
— Si tu le dis… Maintenant, je te prie de m'excuser, la seule personne que je considère comme digne d'intérêt dans cette soirée vient de s'éclipser.
— Laisse le tranquille.

Avec un aplomb qui surprit l'homme d'affaire, habitué à ne rencontrer aucune résistance, Thorin lui fit face de manière réellement menaçante et le plus vieux sentit une vague de colère monter dans son corps envers cet héritier qui osait se mettre en travers de son chemin.

— Je fais ce que je veux, Thorin, et ce n'est certainement pas toi qui m'en empêcheras…

Sans ajouter un mot, Smaug tourna les talons et s'éloigna, laissant Thorin sur place. Grinçant des dents, le brun fit demi-tour lui aussi pour partir à la recherche de son frère.

Il le vit non loin de la sortie, isolé et nonchalamment appuyé contre un mur, comme s'il l'attendait. Le brun remarqua sans peine son attitude angoissée et il fit un crochet par le vestiaire pour récupérer leurs affaires avant de le rejoindre.

— On retourne au Shari ?
— Avec plaisir.

Maussade, le blond enfila sa veste et il suivit Thorin à l'extérieur sans ajouter un mot.
Au bout de quelques minutes, le plus vieux inspira discrètement, puis il prit la parole :

— Frérin, si tu as le moindre problème…
— Ca va.
— Ce type est dangereux.

Le plus jeune haussa les épaules, la mine lugubre et le brun eut le réflexe de passer un bras autour de sa taille pour l'attirer à lui et lui apporter du réconfort. Mais Frérin se dégagea fermement de l'étreinte, sans le regarder dans les yeux.

— Pas en public, Thorin.

Le plus grand haussa un sourcil surpris, mais il ne fit pas de remarque et il emboita le pas du blond en se promettant qu'il allait davantage s'intéresser à Smaug et aux futurs projets de son père dès les prochains jours.


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Merci d'avoir lu !

Au prochain épisode :

En vrac : Gui, feux d'artifices, tentation et retrouvailles.

Merci aux lecteurs assidus qui suivent cette fic,
6 mois déjà, et 18 chapitres,
le pire dans tous ça, c'est que je ne sais toujours pas où ça va nous mener...

N'oubliez pas que si vous avez une volonté particulière, d'une scène, un personnage ou un pairing qui vous tient à coeur,
N'hésitez pas à me demander, si ça rentre dans le contexte,
ça ne me pose aucune problème.

A plush'