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« Je t'attend à 21h dans la suite 501, ne me fait pas attendre. »
Frérin réprima un haut le cœur en lisant le SMS que Smaug venait de lui envoyer et il inspira à fond pour se donner du courage. Il venait de passer les deux pires journées de sa vie, cherchant désespérément et discrètement un moyen d'échapper à Smaug sans compromettre sa relation avec Thorin, peine perdue. Et l'échéance approchait.
Thorin avait bien sentit que quelque chose n'allait pas depuis le jour de l'an et il avait essayé d'en parler avec son frère, et même avec Fili, mais ce dernier ne savait rien et Frérin, quant à lui, avait assuré qu'il n'y avait pas matière à s'inquiéter.
Il était à peine dix-huit heures, mais cela faisait quelques heures que le blond, trop anxieux pour bouger, était resté assis face au piano de Gabrielle, l'esprit tétanisé.
Au bout d'un certain temps, son portable vibra pour un nouveau SMS et il fut rassuré de voir qu'il s'agissait de Thorin :
« Tu viens chez moi ce soir ? »
Il soupira lourdement et il ferma les yeux pour juguler un nouveau vertige amer. Il avait envie de sauter sur ses pieds et rejoindre Thorin, maintenant. Mais il savait aussi que, s'il faisait ça, ce sera sa dernière nuit sereine avec lui, que le rêve avorterait, rattrapé par la réalité. Il soupira une nouvelle fois et, la main tremblante, il repris son portable pour pianoter une courte réponse :
« Je termine ma dissertation sur l'anthropologie selon Morgoth. J'en ai certainement pour quelques heures, je verrai après si j'ai le courage de sortir.
— Je peux venir, si tu préfères.
— Non merci, tu vas encore me déconcentrer. Je n'ai plus beaucoup de temps pour terminer ça, tu le sais.
— Si tu le dis… Je reste chez moi, si jamais tu changes d'avis. »
Frérin ne répondit pas au dernier SMS et, encore une fois, il soupira. Puis, l'esprit vide, il se leva lourdement, regarda une dernière fois l'itinéraire jusqu'à l'hôtel Tholmen et, la mort dans l'âme, il sortit de chez lui, déterminé à ne pas laisser Smaug détruire ce qu'il était en train de vivre avec Thorin, dusse t-il sacrifier beaucoup de choses pour s'en assurer.
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Eomer soupira en regardant son ordinateur sans vraiment le voir. Il venait de passer trois heures sur son devoir et, en tout, il n'avait pas écrit plus de cinq lignes. Trois, car, avec rage, il effaça la dernière phrase qu'il avait marquée une heure plus tôt, puis il ferma son PC.
Il resta encore quelques minutes assis sur le canapé, ses pensées focalisées sur Merry et ce que lui avaient fait subir ses parents pendant que lui même se morfondait dans la frustration de ne pas avoir de nouvelles du plus jeune.
Les remords qu'il éprouvait pour ne pas avoir été assez lucide, d'avoir pris le silence de Merry comme un affront personnel lui lacéraient les entrailles. Et il se demandait si il sera capable de se pardonner un jour de s'être montré incapable de croire en l'amour de son petit-ami en interprétant son absence par un froid.
Merry, venait de passer les deux derniers jours à dormir, se réveillant seulement par intervalle de quelques dizaines de minutes de temps en temps sans vraiment se montrer suffisamment lucide pour tenir une conversation.
Toutefois, grâce aux soins d'Eomer et au repos qu'il prenait enfin, l'état du plus jeune s'améliorait significativement et n'était absolument plus aussi inquiétant que la nuit du jour de l'an. Merry dormait, tout simplement, pour rattraper un sommeil qu'il n'avait pas prit pendant trop longtemps.
Il gémissait parfois en dormant, mais le plus grand n'était jamais loin et toujours prêt à venir près de lui pour tenir ses cauchemars à distance.
Eomer soupira une nouvelle fois, puis, la tête ailleurs, il ouvrit à nouveau son ordinateur et actualisa sa boite mail. Il remarqua distraitement qu'il avait loupé une cyber-guerre entre Boromir et Aragorn.
Tous les trois étaient friands de jeux de stratégie en ligne, redoutables chefs d'armée et gestionnaires de ressources, et leurs parties duraient généralement plusieurs jours, mis à part lorsque l'un deux trichait, ce qui pouvait arriver très souvent, où lorsque d'autres joueurs venaient squatter leur partie, tels Ze_White_Wizard_21 qui avait le don de débarquer dans leurs jeux en réseau avec des armées faramineuses.
Ses meilleurs amis lui avaient tous les deux envoyé des messages aussi, inquiets de ne pas l'avoir vu depuis le jour de l'an. Aragorn lui apprit aussi qu'il avait loupé le coche vis à vis de Fili, plongeant le cavalier dans la confusion la plus totale, incapable de comprendre où et quand il avait laissé entendre qu'il était intéressé d'une quelconque manière par le neveu de Thorin ou, tout simplement, par quelqu'un d'autre que Merry.
Eomer lança une discussion instantanée avec eux en leur disant simplement qu'il s'était réconcilié avec son petit-ami et qu'il venait de passer les deux derniers jours avec lui, sans en rajouter et sans rebondir sur la remarque que le numénorien avait fait à propos de Fili. En réponse, il ne reçu que deux smileys : un sourire grivois d'Aragorn et un clin d'œil de Boromir.
Il s'intéressa ensuite au mail que leur prof leur avait envoyé, mais il entendit le léger bruit des pas de Merry sur la moquette et, par reflexe, il ouvrit le bras.
Le plus jeune, seulement habillé d'une chemise du cavalier et d'un boxer, vint se lover contre lui, un peu groggy, mais bien réveillé. Il regarda un instant l'écran que le plus vieux n'avait pas encore fermé et il rigola en voyant la discussion entre les étudiants de science po, qui avait continuée sans Eomer. Boromir demandait avec tact et subtilité à Aragorn si ce dernier avait, enfin, abouti quelque part avec Arwen.
— Tes potes sont les pires commères que je connaisse…
— Je sais… Des fois, je me demande s'il faut en rire ou en pleurer…
Le ton était plus amusé que blasé et Eomer ferma l'écran avant de s'avachir dans le canapé, entrainant Merry avec lui.
— Que veux-tu faire ce soir ? On pourrait sortir un peu, ça te fera du bien…
Merry ne répondit pas et le plus grand fronça les sourcils en le sentant se crisper peu à peu. Inquiet, il resta immobile, laissant faire le Brandebouc qui se redressa, le fixant d'un regard grave et déterminé, mais, aussi, profondément anxieux. Une angoisse qui trouvait sa source dans quelque chose qu'Eomer ne parvenait pas à cerner, mais il devinait qu'il s'agissait de lui, vu la manière dont le plus petit déglutit en le sondant intensément.
— Merry ? Qu'est-ce que tu-
— Eomer, je… Cela faisait quelques semaines que je pensais à ça… Ce n'est pas du tout de cette manière que… J'aurai voulu… Aborder la chose. Encore moins dans ce contexte, mais…
La gorge sèche, Merry déglutit et détourna les yeux pour se donner du courage. Le cœur battant la chamade, il attrapa quelque chose dans sa poche puis posa sa main sur la paume d'Eomer qui le laissait faire, incrédule, pour y faire glisser un petit boitier sombre et velouté. Maintenant rouge pivoine, il reprit sa respiration, qu'il avait bloqué sans s'en rendre compte :
— C'est ce dont je me suis rendu compte ces derniers jours… Sans toi, je ne peux pas…
Sans un mot, Eomer ouvrit le boitier et ce fut avec une surprise choquée et une dévotion non feinte qu'il s'empara d'une l'alliance sobre qui luisait doucement dans son écrin. Voyant que le plus vieux ne semblait pas rejeter sa proposition et qu'il restait muet, sous le choc, Merry s'enhardit légèrement et il sentit son cœur s'alléger doucement :
— Je sais que… Nous n'avons jamais parler de ça et… Tu ne m'as- Nous ne nous sommes encore jamais promis un amour éternel et sans faille… Mais saches que, pour ma part j'accepte de- Je souhaiterai me lier à toi, pour… Toujours, si tu veux bien. Et puis même si tu ne veux pas, ou si tu préfères réfléchir, après tout… Ce n'est pas conventionnel… Et je sais que toi tu n'es pas vraiment le genre à… En fait, je comprends… Ce serait parfaitement normal et justifié… Je ne veux p-
— J'accepte.
Merry se tut et déglutit, totalement figé, puis, se concentrant pour contrôler les tremblements qui parcouraient son corps, il posa ses doigts sur l'alliance. Les yeux plantés dans ceux d'Eomer, vibrants et bouleversés, il s'empara de la bague et prit la main du plus grand dans la sienne afin de la passer au doigt sans même sentir les larmes heureuses et soulagées qui coulait sur ses joues.
Pendant les heures les plus sombres, alors qu'il était révolté contre ses parents, qu'il avait sentit son esprit défaillir et la terre se dérober à ses pieds, c'était à cet instant en particulier qu'il s'était accroché pour ne pas sombrer, l'instant où il s'engagerait avec Eomer, celui pour qui il avait bravé sa famille.
Mais tout cela n'avait plus d'importance maintenant que son fiancé l'embrassait avec une passion furieuse, assortie de pardons et de promesses, nouant ses doigts avec les siens pour ne plus les lâcher.
Grisé, Merry se laissa tomber sur le plus vieux qui en profita pour échanger les positions tout en approfondissant le baiser. Il l'allongea sur le canapé et se plaça au dessus de lui en se séparant de ses lèvres. Tendrement, il posa ses doigts sur la gorge découverte du plus petit pour effleurer la peau légèrement, laissant sa main descendre jusqu'au premier bouton de la chemise –trop grande pour Merry- qui lui appartenait. Il le défit agilement avant de poser sa paume sur ses pectoraux qu'il malaxa avec application, avant de tourmenter un téton sensible du bout des doigts.
Electrisé, Merry se cambra en poussant un soupir chargé de plaisir et il sentit son cœur entrer en combustion lorsqu'Eomer se pencha à son oreille pour murmurer dans le creux de son oreille :
— Je t'aime, Merry.
Ils s'embrassèrent encore et Eomer déboutonna le reste de la chemise avec empressement avant de laisser ses mains caresser franchement le torse et les flancs, adorant le sentir frémir sous son touché. Sa bouche ne tarda pas à rejoindre ses mains sur le corps du plus petit, repoussant le vêtement jusqu'à le retirer complètement, il redécouvrit ce corps qui lui avait tant manqué, bouleversé de savoir que, dorénavant, il en était le légitime possesseur, concrètement.
Sa main sertie de l'alliance fit rouler une dernière fois un téton sensible avant de laisser sa place à aux lèvres et elle descendit plus bas, caressant les abdominaux que l'équitation avaient ciselés, jusqu'à la limite du boxer dont les doigts s'emparèrent.
Merry, le dos arqué et le souffle court, trop heureux de s'abandonner dans les bras de son fiancé, ouvrit tout de même les yeux et il se redressa lorsque la bouche d'Eomer suivit le même tracé que sa main, lui arrachant une exclamation de jouissance. Il eut tout de même le reflexe d'arrêter le plus grand avant que celui-ci ne pose ses lèvres sur son entrejambe encore recouverte du tissus et il parvint à planter ses yeux brillants et troublés dans les siens :
— Attend, tu ne veux pas qu'on aille dans ton lit ?
— Notre lit.
— Dans notre lit, pour une fois ?
Eomer lui lança un long regard grave, semblant hésiter franchement entre continuer ce qu'il avait si bien commencer, ou bien patienter jusqu'à la chambre et honorer dignement le corps de Merry. Il lui lança ensuite un sourire prédateur et se pencha une nouvelle fois sur lui pour embrasser ses lèvres tout en enroulant un bras autour de sa taille. Il le souleva sans effort et il l'emmena jusqu'à son lit afin d'y reprendre là où il en était resté.
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— Sincèrement, je suis surpris, je ne pensais pas que tu viendrais… Es-tu certain que ton frère le mérite ?
Sur le pas de la porte, le regard terne, Frérin ne répondit pas, il se contenta de serrer le poing et la mâchoire, furieux de se voir si démuni face à Smaug à qui il avait, pourtant, tenu tête de longues années.
Smaug lui lança un sourire prédateur et il s'approcha jusqu'à poser sa main sur la taille du blond pour l'attirer à lui. Eteint, Frérin se laissa faire, il savait à quoi s'attendre et espérait simplement que ça ne dure pas trop longtemps.
— Je ne te comprends pas… Une telle relation est, de toute manière, vouée à l'échec… Pourquoi cherches-tu ainsi à sauvegarder une telle chimère ? Thorin est ton frère et son amour, une illusion, que t'apportera t-il ? Si ce n'est des contraintes, des secrets et des non-dits…
Encore une fois, Frérin ne répondit pas, tout comme il ne broncha pas lorsque les longs doigts du PDG caressèrent ses cheveux. Puis Smaug s'écarta de lui et se dirigea vers une table luxueuse sur laquelle trônait un ordinateur de dernière génération en veille.
Le plus grand l'activa et, aussitôt, apparurent à l'écran les photos compromettantes qu'il avait évoquées le jour de l'an. Frérin grinça des dents en remarquant qu'elles avaient pratiquement toutes avaient capturé des moments intimes sans ambiguïté : échangeant un baiser sur le pas de la porte de l'immeuble de Thorin, marchant simplement dans la rue en échangeant soit un sourire complice, soit en se permettant des gestes trop tactiles pour être anodins, alors qu'ils se pensaient protégés par l'anonymat et la discrétion qu'offrait la foule.
Il déglutit lorsque le regard de Smaug revint sur lui et il inspira pour se donner du courage :
— Qu'est-ce que tu veux, au juste ?
— Ta totale coopération et soumission, une nuit entière.
— Que feras-tu de ces photos, ensuite ?
— Ca va dépendre.
— De quoi ?
Le regard velouté se fit plus dur, et le sourire de Smaug devint bien plus carnassier, ravi.
— De toi… Si tu te montres… Persuasif, je veux bien les effacer. Sinon, je les garde… Pour une autre fois.
— Si tu les utilises contre nous après ça, je ferai avoir jusqu'où tu es capable d'aller pour arriver à tes fins.
— Tu me menaces ?
— Je n'aurai plus rien à perdre…
Smaug fronça durement les sourcils, appréciant guère de voir que Frérin n'était pas encore totalement vaincu.
— Donc… En plus de passer pour un détraqué moral et sexuel, tu seras prêt à assumer d'avoir fait ta pute pour sauvegarder ton couple immonde quelques jours de plus ? Comment le prendra Thorin ?
Mouché, le blond frémit, sans savoir quoi répondre, il détourna le regard, dégouté par les mots de Smaug, par la situation et, pire encore, par l'idée que Thorin l'apprenne d'une manière ou d'une autre. Le premier héritier de Thraïn ne pardonnera pas une telle chose, ni à Smaug, ni à Frérin, ni à lui même d'avoir laissé ça se faire.
— Déshabille-toi.
Le jeune philosophe sursauta lorsque la voix implacable de Smaug trancha le silence, et il resta immobile un instant, affrontant le PDG du regard. Puis, il abdiqua et, lentement, détournant les yeux pour ne pas voir l'éclat triomphant dans ceux du plus grand, il attrapa la fermeture éclair de son pull, qu'il tira vers le bas comme un automate, la gorge sèche et l'esprit vide. Sans égard pour ses vêtements, il les laissa tous tomber au sol : le pull, puis le t-shirt furent suivit rapidement par le pantalon.
Le sourire démoniaque du plus vieux le fit vibrer de dégout, mais il ne le montra pas et, sur un signe de Smaug, il s'approcha, les larmes au bord des yeux, refusant de les laisser couler.
— A mon tour maintenant…
La voix était veloutée, presque écoeurante, mais Frérin oblitéra la sensation immonde qui faisait remuer ses entrailles et, la mâchoire crispée, il posa ses mains sur la chemise hors de prix du PDG et, lentement, défit tous les boutons, jusqu'à dévoiler le torse délicat et bien ciselé, dont la puissance endormie évoquait le corps des félins, redoutables machines à tuer malgré l'aspect inoffensif.
— Continu.
L'esprit engourdi, Frérin posa un genoux au sol pour débarrasser son bourreau de son pantalon, puis du boxer.
Un long frisson d'aversion parcouru son corps entier lorsque, au moment où il voulu se relever, Smaug posa une main sur sa tête pour l'enjoindra à rester agenouiller. La répulsion lui vrilla les entrailles et il ferma les yeux lorsque la voix, bien plus implacable et tranchante, s'éleva sans pitié :
— Montre moi ce que tu sais faire de ta bouche, Frérin.
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— Du coup, on se donne rendez-vous demain matin pour les révisions du bac blanc ?
Orianne et Kili acquiescèrent aux mots de Faramir, puis les lycéens se souhaitèrent une bonne nuit. Ils venaient de se faire une soirée cinéma, la dernière avant la rentrée, et, le temps maussade ne donnant pas particulièrement envie de trainer, ils se séparèrent rapidement pour rentrer chez eux.
Orianne et Faramir marchèrent tous les deux dans la même direction, discutant de certaines scènes du film, jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'arrêt du bus de Faramir, qui se tourna vers la jeune fille avec un sourire amical :
— Ca va aller ou bien tu veux que je te raccompagne ?
— Je connais la route, merci.
Elle avait répondu en riant, mais elle fronça les sourcils quand le gondorien lui lança un regard grave :
— On ne sait jamais, une fille toute seule à cette heure là…
— Ca va aller, je passe par le Shari de toute manière, ce n'est pas loin.
Faramir acquiesça et elle le salua de la main avant de partir de son côté. Elle n'en avait que pour dix minute et, malgré la nuit d'hiver qui était tombé depuis une heure, il n'était pas si tard que ça. Toutefois, elle compris les inquiétudes de Faramir lorsqu'elle croisa un groupe de quatre mecs qui la dévisagèrent sans pudeur et elle voulu hâter le pas en plongeant son menton dans son écharpe.
— Hey, mademoiselle, bonsoir !
Elle sentit son cœur geler dans sa poitrine et elle poussa un couinement pathétique lorsque l'un deux lui attrapa le poignet. Elle tira sèchement pour reprendre sa main et, sans s'occuper d'eux, elle fit volte face pour reprendre sa route. Mais un autre type lui barra le passage.
— Tu pourrais être plus polie, on n'est pas méchants.
— Laissez moi passer.
— Hey, n'ais pas peur et reste avec nous. T'es charmante tu sais ?
Les yeux rivés au sol, elle bafouilla quelque chose et elle recula pour essayer de mettre de la distance entre elle et le groupe d'hommes qui la pressaient, mais elle se retrouva acculé contre le bâtiment qui lui faisait dos.
— Tu t'appelles comment ?
Elle remarqua une ouverture et, sans un mot, elle s'y engouffra et sortit du groupe, mais un autre gars lui attrapa une nouvelle fois le bras pour ne pas la laisser s'éloigner.
— Hey, pourquoi tu pars ? C'est pas très sympa, on est gentil avec toi pourtant. T'es vraiment mignonne, on est sincère.
— Mais laissez moi !
— T'habites où ? On peut te raccompagner si tu veux.
— Ne me touche pas !
Orianne avait bondi en sentant une main effleurer sa cuisse et elle repoussa sèchement l'homme qui était le plus proche d'elle, soulevant les rires de ses agresseurs.
— Fais pas ta timide, on va pas t'manger.
— Laissez moi !
Elle voulut se débattre une nouvelle fois, mais celui qui la tenait affermit sa prise et la plaqua contre le mur derrière elle. Epouvantée, elle leva le regard pour le planter dans celui de son agresseur tout en cherchant à se soustraire à sa prise.
— Hey, t'as des beaux yeux, mademoiselle ! Vous avez-vu ça les gars ? Attend, ça va être mieux comme ça.
Sans douceur, il tendit la main vers son visage pour retirer ses lunettes et le cœur d'Orianne se comprima d'épouvante lorsqu'elle se retrouva dans le flou total, incapable de discerner correctement les hommes qui lui faisait face, simplement des silhouettes qui se confondaient avec le noir de la nuit.
Elle sursauta lorsqu'elle sentit une nouvelle caresse écoeurante sur son corps et, acculée, elle serra le poing et, se souvenant de quelques cours de self-défense de Dwalin, elle recula le coude pour frapper, de toutes ses forces. Le coup fit mouche et elle sentit sous ses phalanges la lèvre de l'un de ses agresseurs exploser.
— Ha putain, la garce !
Elle ne vit pas le coup vengeur qui lui était destiné arriver sur elle et elle poussa une exclamation de douleur lorsqu'il lui martela la mâchoire.
Etourdie, elle n'eut pas la force de lutter lorsqu'ils la tirèrent dans une petite ruelle perpendiculaire à la rue éclairée, mais elle eut le reflexe de gonfler ses poumons d'air pour appeler à l'aide. Toutefois, une main se posa sur sa bouche à l'instant où elle commença à hurler, la réduisant au silence.
— On va t'apprendre la vie, ma belle. C'est moi qui commence les gars, cette pute m'a défiguré !
Elle se retrouva plaquée face contre le mur et gémit de douleur lorsque le béton rêche du bâtiment écorcha sa pommette. Incapable de se défendre, elle sentit ses larmes dévaler le long de ses joues lorsque les mains de ses agresseurs se posèrent une nouvelle fois sur son corps.
Mais la scène sembla se figer lorsqu'une voix grave et intimidante s'éleva à l'entrée de la ruelle :
— Messieurs, je vous laisse cinq secondes pour vous éloigner de la jeune fille… Je vous préviens : je suis armé et je n'hésiterai pas à faire feu. Ma profession m'autorise à tirer à vue si je juge que la situation le nécessite…
— Putain de merde… Les flics…
En un instant, les trois hommes s'éloignèrent d'Orianne, puis ils prirent la fuite sans demander leur reste et la jeune fille poussa un sanglot avant de se laisser glisser contre le mur pour se recroqueviller au sol, nauséeuse. Incapable de discerner quoique ce soit à cause de l'obscurité et sa mauvaise vue, elle entendit à peine l'appel téléphonique que lança son sauveur à ses collègues et, après une durée indéterminée, une silhouette se dressa devant elle.
— Vous allez bien mademoiselle ? Voulez-vous que j'appelle une ambulance ?
— Non merci.
En tremblant, elle se releva en s'aidant du mur et, gardant sa main posée sur le béton, elle inspira à fond.
— Je ne vous garanti pas qu'ils les rattraperont, toutefois, vous pouvez déposer une plainte au commissariat le plus proche.
Elle hocha la tête, les yeux rivés au sol et étourdie, puis elle resta immobile et tremblante et, piteusement, elle prit la parole d'une voix misérable :
— Ils ont pris mes lunettes…
— Ho.
Elle entendit l'homme se retourner pour fouiller le sol du regard, et elle haussa les épaules avant de prendre la marche, gardant sa main collée au mur.
— Attendez, je vous accompagne. Où habitez-vous ?
— Rue d'Ulmo…
— Ca tombe bien, je me rends justement au bar de cette rue.
Elle ne dit rien et continua de marcher, suivit par le flic. Puis elle déglutit et, cherchant à penser à autre chose qu'aux mains qu'elle avait senti sur son corps, elle prit la parole :
— Je ne connais qu'un seul policier qui ose descendre dans ce bar…
L'autre eut un léger rire amusé avant de répondre :
— Qu'est-ce qu'une gamine de ton âge fout dans ce genre d'établissement ? De toute manière, tu n'as pas tord, je ne suis pas flic. Je suis un agent du SGI. En temps normal, je m'occupe plus des affaires de meurtre et de terrorisme que du harcèlement de rue…
Elle haussa un sourcil, impressionnée de se trouver en compagnie d'un membre de l'élite des forces internes, puis elle se figea :
— Mais… Qu'est-ce que vous comptez-faire au Shari ?
— J'ai… Un ou deux trucs à régler avec un consommateur régulier, en espérant qu'il soit encore là ce soir…
— Qui ?
L'agent ne répondit pas, puis il reprit la marche, suivit par Orianne et ils pénétrèrent dans la rue d'Ulmo :
— Tu habite au combien ?
— Je vais au Shari moi aussi.
— Ca m'étonnerai que tu en ais le droit, le gérant de ce bar est plutôt réglo en ce qui concerne l'âge de ses clients.
— Je sais.
Toujours perdu dans son monde flouté, encore profondément troublée par le sentiment d'épouvante et de dégout dans lequel l'avait mise son agression et dont elle essayait de se dépêtrer, elle ne vit pas le plus grand froncer les sourcils, toutefois, elle discerna qu'il se tourna vers elle pour la sonder, avant qu'il ne s'exclame, surpris :
— Attend… Tu… Tu es la petite Orianne ? La gamine qui squattait toujours dans les pattes de Dwalin ? Ca continu encore maintenant ?
— On se connaît ?
Elle fronça les sourcils, mais il ne prit pas le temps de répondre : il poussa la porte du Shari pour la laisser galamment passer devant lui.
En cette période d'après fête et quelques jours avant la reprise des cours, l'établissement était pratiquement vide et l'arrivée d'Orianne, les joues encore striées de larmes, sa pommette écorchée et sa mâchoire bleuissante, ne passa pas inaperçu de Tauriel qui se jeta sur elle.
— Orianne ? Que s'est-il passé ?
Immédiatement, sans attendre de réponse, la serveuse du Shari pris Orianne par la main pour l'asseoir sur une table et elle s'éclipsa quelques secondes avant de revenir, un sachet de glaçon dans une main, un verre dans l'autre. Les quelques clients qui étaient là voulurent s'approcher de la jeune fille pour prendre ses nouvelles, mais Tauriel les éjecta et décida d'emmener la lycéenne à l'écart, même Dwalin n'eut pas le droit de s'approcher tant que la rousse n'était pas assurée de l'état de la lycéenne.
Concentrés sur Orianne, personne ne vit Bilbo qui chercha discrètement à s'éclipser, mais l'agent brun qui avait amené l'adolescente lui attrapa le bras en lui lançant un regard grave :
— Toi, tu viens avec moi.
— Bard, pas ce soir, je suis sur le coup qui pourra tout changer !
— Je sais.
Sans ajouter un mot, l'agent du SGI traina le petit journaliste derrière lui pour sortir de l'établissement, sans voir la manière dont Orianne s'écroula dans les bras du barman du Shari.
— Combien de fois devrai-je te dire que Smaug n'est pas à prendre à la légère ! Si tu as la moindre information, tu dois me la partager !
— C'est ce que j'ai fait, Bard, je te jure que tout ce que je sais, tu le sais aussi !
Mal à l'aise et regardant piteusement ses pieds, Bilbo n'osa pas croiser le regard de Bard qui fulminait face à lui.
— Tu as l'intention de te rendre chez lui cette nuit !
— Comment tu sais ça ?
— Parce que je t'ai mis sous surveillance depuis ton agression !
— Pourquoi tu me mets moi sous surveillance et pas lui ?
Bard soupira et il s'adossa au muret en face du Shari avant de reprendre d'une voix lasse :
— Il est censé être sous surveillance, mais il le sait et il est impossible à filer…
— Qu'est-ce que tu attends pour l'arrêter ? Les preuves viendront après…
Le brun serra les dents, puis il planta son regard dur dans celui du journaliste :
— Bilbo, c'est une chimère… Ce mec ne peut plus être arrêté simplement parce qu'on affirme qu'il est aussi pourri que la mafia qui gangrène nos quais… C'est trop tard, il a assuré ses arrières de manière à ce que plus personne ne désire l'arrêter, il a versé des sommes faramineuses dans les poches de nos dirigeants et de ceux qui sont chargés de faire respecter la justice dans la ville…
— Mais toi, tu es le directeur du SGI, pourquoi tu ne fais rien ?
— Je sais qu'il sera libéré le lendemain de son arrestation… En réalité, Bilbo, c'est pour ça que je suis là… Je vais avoir besoin de ton aide, vu que la manière conventionnelle ne marchera pas, on va tenter quelque chose un peu moins légale que les procédures des services gouvernementaux… Viens avec moi.
Sans ajouter un mot, Bard ouvrit la marche et Bilbo le suivit docilement, intrigué par ce qu'avait l'agent des SGI en tête.
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— Tauriel, je te laisse gérer la fermeture ce soir.
— A quelle heure ?
— Comme tu veux.
La rousse acquiesça tout en dosant un cocktail et, sans attendre, Dwalin sortit du Shari, tenant Orianne par la taille. Il la ramena chez lui, sans montrer à quel point l'état de la jeune fille le faisait vibrer de colère.
Avec douceur, il la guida jusqu'à sa salle de bain et il la fit asseoir sur la table de la pièce afin d'ausculter son visage tuméfié avec attention. Elle se laissa faire, soulagée mais encore étourdie par l'altercation, et elle acquiesça distraitement lorsqu'il lui proposa d'appeler sa mère pour la prévenir qu'elle passera la nuit avec lui.
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L'aube était encore loin d'être levée lorsque le portable de Thorin se mit à vibrer furieusement. Le riche héritier profondément endormi eut le reflexe de plonger sa tête sous l'oreiller en maugréant, mais au bout d'un moment, voyant que le portable ne fatiguait pas, il tendit la main et l'attrapa à l'aveugle avant de se redresser en ouvrant difficilement les yeux. Il remarqua l'heure indécente avant même de voir le nom affiché et il grommela en se recouchant, appuyant par reflexe sur la touche pour refuser l'appel.
Mais le portable se remit à vibrer quelques secondes plus tard et Thorin l'attrapa avec rage, déterminé à le balancer à l'autre bout de la pièce et attendre d'être réveillé, en même temps que le Soleil, pour étudier le problème. Mais il percuta soudainement qu'un appel à une telle heure ne pouvait être qu'une urgence et il se rappela des menaces qui planaient sur Bilbo, ainsi que l'attitude bizarre qu'il avait remarqué chez son frère ces derniers temps.
Anxieux, il regarda le numéro affiché et un juron phénoménal retentit dans la chambre alors qu'il s'éjecta du lit d'un bond en portant le téléphone à l'oreille.
— Frérin, que se passe t-il ?
Sans même attendre la réponse, il s'était rué vers l'entrée, attrapant des fringues et son manteau le plus chaud, ainsi que les clés de sa Honda, mais il se figea brusquement lorsqu'une voix veloutée lui répondit à la place de son frère :
— Hotel Tholmen, suite 501, je te conseille de faire vite…
— Qu'est-ce que-
— Il n'avait pas l'intention de t'en toucher un mot, mais je pense que tu te dois d'être au courant… Après tout, il a fait ça pour toi…
— De quoi parles-tu ? Qui es-tu ?
Affolé, Thorin jeta les clé de la Honda pour prendre celle de la Porsche et il sortit, en se rappelant vaguement de l'hôtel Tholmen et à peu près certain de connaître la route la plus courte pour y accéder.
— Entre nous, Thorin… Vraiment… Tu as du goût. Dommage qu'on ne puisse pas en dire de même pour lui.
Sans savoir pourquoi, Thorin se sentit écoeuré par les propos de son interlocuteur qui lui raccrocha au nez et, grinçant des dents, il sauta dans sa voiture de sport, profitant du trafic inexistant de cette heure plus que matinale pour faire fuser le bolide.
Oupsie... C'est pas le chapitre le plus joyeux de cette fic...
Merci d'avoir lu !
La suite au prochain épisode !
J'espère simplement pour vous que vous n'espérez pas que tout s'améliorent rapidement...
Maintenant, souhaitez moi bonne chance pour mes partielles demain !
Si je survie aux quatre heures d'anthropologie, je publie Koop en avance !
