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Recroquevillé sur le grand lit aux draps blancs, les dents serrés à s'en faire mal, Frérin cherchait à reprendre sa respiration. Humilié, souillé et honteux, il tentait de remettre de l'ordre dans ses pensées et, surtout, de trouver le courage de se relever pour affronter la vie qui continuait implacablement, faire front malgré tout.

Il avait pensé pouvoir supporter ça, considérant qu'il ne s'agissait que d'un échange : son corps contre le silence de Smaug. Vu le nombre de fois qu'il l'avait fait avec son frère et le plaisir qu'il en prenait à chaque fois, il avait pensé que ce serait anodin.
Mais il s'était trompé : faire l'amour avec Thorin n'avait rien à voir avec offrir son corps à Smaug et il se sentait maintenant irrémédiablement sali, par ces mains qui l'avaient touché, ce corps qui s'était assouvi en lui et sa propre attitude, tellement offerte et soumise qu'il en était répugné.

Smaug était déjà parti depuis un moment lorsque la porte s'ouvrit, faisant sursauter le blond qui retint un gémissement, se sentant trop immonde pour avoir envie de bouger et faire face au témoin de sa déchéance qui venait de pénétrer dans la salle.

— Frérin ? Que… Qu'est-ce que cela veut dire ?

Choqué, Thorin était resté au pas de la porte, les yeux écarquillé et figé par l'incompréhension, l'horreur et quelque chose de plus puissant, qui rugissait furieusement au fond de lui et qui ruait dans ses veines.
Lorsqu'il entendit sa voix, Frérin hoqueta d'épouvante et il se redressa pour faire face à son frère. Un long et terrible moment s'écoula alors qu'ils se regardèrent longuement, puis le blond vit le regard du plus vieux glisser sur son corps nu, orné par quelques nouvelles marques que Thorin ne se rappelait pas avoir faites, des marques sans ambiguïté dont il n'était pas l'auteur et, lentement, il vit ses yeux se voiler de noir.

— Thorin… Écoute moi, s'il te plait.

Il nageait en plein cauchemar, ce n'était pas possible autrement. Son cœur manqua un battement lorsque le plus vieux, la mâchoire crispée, avança sur lui en serrant les poings et il resta muet, incapable, face à ce regard et cette attitude furieuse, de s'exprimer, ne serait-ce que pour se défendre où se justifier.

De son frère, il avait d'abord eu l'indifférence, puis un franc intérêt et, ces derniers temps, du respect et peut-être même de l'amour. Mais jamais Thorin ne l'avait encore regardé avec ces yeux là : dégoulinant de rage, le poignardant sans pitié.

Meurtri, il ferma les yeux et déglutit malgré sa gorge sèche, luttant pour ravaler ses larmes qui avaient déjà trop coulé face à Smaug.

— De quoi s'agit-il ? Une vengeance ? Pour toutes ces années où je t'ai ignoré ? C'est quoi ton problème, Frérin ?
— Je ne- Ce n'est pas ce que tu crois…
— Ce que je- Mais tu couches avec un type et tu me demandes ensuite de te rejoindre pour être témoin de ça, que veux-tu que je devine, bordel ?!

Thorin n'avait pas crié, mais sa voix avait claqué comme le tonnerre et Frérin se sentit mourir face à tant d'injustice. Un nouveau sanglot lui laboura la gorge et il serra les poings avant de murmurer du bout des lèvres :

— Il… Il sait pour nous deux…
— Et en plus tu lui as dit ? Toi qui étais si angoissé à l'idée que l'on se fasse remarquer ?

Arrivé à sa hauteur, Thorin s'immobilisa, frémissant de colère, incapable de comprendre la situation, encore moins d'accepter l'idée que Frérin, son Frérin, se soit jouer de lui avec autant d'ignominie.

Il y avait pourtant cru, de tout son cœur, malgré tout, malgré le fait qu'il s'agisse de son petit demi-frère et d'une personne difficilement apprivoisable et malgré la jeunesse et les contraintes de leur relation, il avait sincèrement cru en quelque chose de solide entre eux deux.

Le plus jeune serra les dents et, acculé, il planta son regard détruit dans celui de Thorin, qui se sentit immédiatement transpercé par la détresse et l'humiliation qui y stagnait, et le brun dut tendre l'oreille pour cerner le murmure étouffé du plus jeune qui avait à nouveau détourné les yeux.

— C'est Smaug. Il a des photos de nous, il m'a menacé de les envoyer à la presse à scandale ou à papa… Il voulait simplement une nuit avec moi en échange de son silence…

Thorin se figea d'horreur, glacé par l'effroi et même son cœur loupa un battement à l'entente du ton éteint. Incrédule, il étudia une nouvelle fois son frère et remarqua, malgré la pénombre, les sillons humides qui brillaient encore sur ses joues, sa lèvre inférieure qu'un coup violent avait ouvert et, surtout, sa figure décomposée. Il fut incapable de retrouver l'usage de la parole lorsque la réalité de ce que venait de subir son petit-frère le percuta de plein fouet et il resta bouche bée, l'esprit en dérive.

— Ho non. Frérin… Qu'as-tu fait ?
— Je n'ai… Pas eu le choix…

Se sentant prêt à défaillir, Thorin s'assit sur le lit, attrapant distraitement les vêtements de Frérin qui s'assit, lugubre, et il l'aida à se rhabiller.

— C'est… C'est la première fois ?

Le regard fuyant, le blond acquiesça, sans savoir vraiment quoi dire à son frère. Il aurait simplement préféré que Thorin ne le sache jamais, qu'il n'ait pas à s'expliquer pour le déculpabiliser. Au lieu de ça, le plus vieux commençait à cerner distinctement les choses, les raisons, le chantage… surtout que l'attitude de Frérin, les tremblements de son corps et les larmes qui menaçaient, témoignaient de l'intensité des sévices qu'il avait subit et Thorin ne pouvait pas rester imperméable à ça.

— Et… Il a l'intention d'en rester là ?

La rage qui rugissait dans son corps ne s'était pas effacée, au contraire, elle était toujours là, plus discrète, et dirigée contre une seule personne qui lui faisait découvrir le goût de la haine, mais il parvenait à la faire taire, pour Frérin, qu'il ne voulait pas accablé plus qu'il ne l'était déjà.

Encore une fois, le plus jeune se contenta d'hausser les épaules pour lui répondre, sans voix et les yeux rivés au sol. Thorin serra la mâchoire avant d'inspirer, déconcerté de voir son petit-frère dans un état si lamentable.
Il hésita un instant, puis, avec douceur, il tendit les doigts pour caresser la main du blond qui était près de lui. Sans un mot, Frérin bougea légèrement, de manière à entremêler leurs doigts et, sur une pression de Thorin, aussi légère qu'une invitation, il se laissa littéralement tomber contre lui, enroulant ses bras autour de son cou et plongeant son visage dans le creux de sa nuque en retenant de plus en plus difficilement les nouvelles larmes qui menaçaient de couler.

— Pourquoi n'as-tu rien dit, Frérin ?
— Ca n'aurait fait qu'empirer les choses…
— On aurait trouvé une solution.
— Non… Il en aurait profité pour jouer avec toi aussi…

Thorin soupira en resserrant son étreinte. Puis, sans ajouter un mot, il se leva, redressant Frérin avec lui, et ils rejoignirent la voiture du plus vieux qui les ramena au centre ville dans un silence opaque et inconfortable.

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Un sentiment d'urgence lui vrillant la poitrine, Fili accéléra le pas lorsqu'il arriva à l'ombre de l'immense bâtiment de marbre, érigé selon la plus fine architecture d'Osgiliath. Dans le silence de la nuit, étouffé par la neige glacée qui recouvrait le seul et simplement éclairée par les lampadaires de l'un des quartiers les plus riches de la ville, le bâtiment consacré à l'empire financier de Smaug se dressait de manière imposante devant le blond qui s'arrêta à une distance respectable pour étudier la zone.

Puis, il avisa un 4X4 noir et, grinçant des dents, il s'y dirigea d'un pas déterminé avant d'ouvrir la porte arrière d'un geste brusque :

— Où est Bilbo ?

L'homme brun, assis en tailleur à l'arrière de la voiture qui avait été aménagée comme dans un film d'espionnage, sursauta violement en poussant un petit cri étranglé avant de faire face à Fili, son mono-sourcils se soulevant au dessus de ses yeux écarquillés :

— Mais… T'es qui toi ? Dégage de là avant que je ne te coffre, il s'agit d'une opération du SGI et-
— Et je sais que mon petit-ami est impliqué là dedans tout comme je sais que vous n'avez aucun droit de mettre la vie des civiles en danger, donc tu vas gentiment me dire où est Bilbo avant que je ne-
— Ne t'en prends pas à Alfrid, Fili. Bilbo est actuellement dans les appartements de Smaug, il me rend un petit service…

Se retournant, le jeune blond se trouva face à Bard, habillé en noir qui tendit une petite carte SD à Alfrid en regardant le brun dans les yeux :

— Tu ne la perd pas, celle-là, ok ?

Alfrid marmonna quelque chose en rangeant la carte tandis que Bard se tourna vers Fili en désignant le bâtiment de la firme d'un hochement de tête et il parla d'un ton détaché :

— Le SIG n'a pas le droit d'agir ainsi, il s'agit d'une violation des droits privés…
— Bilbo est donc en train de commettre une infraction au nom de l'organisation la plus puissante du gouvernement… S'il se fait prendre…
— Il ne se fera pas prendre. Je lui ai simplement demandé de brancher une certaine clé USB dans le premier terminal qu'il trouvera dans les appartements privés de Smaug, qui est absent cette nuit. De mon côté, j'ai détourné le système de surveillance du bâtiment tout entier, je vais donc avoir accès en direct à toutes les vidéos de la firme ces prochains jours, et j'ai aussi déconnecté les données de cette nuit, personne ne saura qu'il est venu.
— A quoi sert la clé USB ?
— Il y a un certain programme à l'intérieur qui nous permettra de pirater tous le réseau de Smaug en s'implantant dans son ordinateur, d'avoir accès à toutes ses données, les télécharger et les modifier si besoin…
— C'est possible de faire ça ?

Bard eut un sourire supérieur et il montra Alfrid du menton, ce dernier leur envoya un regard blasé alors qu'il jouait distraitement sur une nintendo DS, affalé sur le sol du coffre aménagé.

— Ce mec ne fait pas parti du SIG, mais il est l'un des meilleurs hackers de la région. Le trouver et obtenir quoique ce soit de lui n'est pas simple, mais il est très pratique.

Alfrid leva les yeux au ciel, sans répondre, et Fili se tourna à nouveau vers le bâtiment, inquiet pour Bilbo.

— Pourquoi l'avoir envoyé lui ? Alfrid n'aurait pas pu le faire ?
— Non, parce que lorsque les preuves tomberont, il faudra que quelqu'un les communique au monde. Dans la mesure où le SIG n'est pas censé cautionner ce genre de méthode et que l'autre crétin de hacker n'a pas le moindre intérêt dans cette histoire, il me faut une personne qui soit déjà impliquée et qui possède déjà une certaine crédibilité auprès de son public… Hors, Bilbo est bien plus lu que ce qu'il pense, non pas auprès de la plèbe, mais par d'autres journalistes et par beaucoup de collègues.
— Je vois… Il en a pour combien de temps encore ?
— Une dizaine de minutes, normalement, ce ne sera plus long, et-
— Une Porsche en approche, boulevards des Corinthiens.

Nonchalant, Alfrid avait à peine levé les yeux de son jeu, simplement pour jeter un coup d'œil sur leurs caméras qui surveillaient le quartier.

— Merde.

D'un geste, Bard attrapa le bras de Fili et le fit rentrer dans la voiture avant d'y pénétrer à son tour, faisant râler Alfrid. L'agent du SIG referma la porte au moment où un faisceau de phare éclaira la rue pour pénétrer dans le garage interne du grand bâtiment.

Les sourcils froncés, Fili posa la main sur la poigné de la porte, prêt à sortir pour pénétrer dans le siège de l'entreprise de Smaug et récupérer Bilbo qui était encore à l'intérieur. Mais Bard lui attrapa l'épaule en posant un doigt sur l'oreillette qu'il avait à l'oreille pour parler rapidement :

— Bilbo, Smaug est de retour. Dégage de là, s'il découvre que tu es venu, les choses ne feront qu'empirer… Ne touches à rien surtout !

Dans le bureau privé du jeune PDG, le journaliste amateur jura. L'écran de l'ordinateur devant lequel il se trouvait grésillait depuis quelques minutes, le temps que la clé USB fasse son travail, s'installe et s'infiltre dans la totalité du disque dur et du réseau, s'abreuvant de la totalité des données contenues dans l'appareil.
S'il retirait la clé maintenant, en plein processus, le tout aurait été vain et Bilbo n'avait pas le cœur à abandonner si proche du but, c'est pourquoi il répondit à son tour :

— Encore quelques secondes, Bard, on y est presque…
— Bilbo, putain, sors de là ! Si tu perds aujourd'hui, tout ton combat aura été vain !
— Fi… Fili ? Qu'est-ce que tu f-
— Si tu n'es pas sorti dans cinq minutes, je viens te chercher.

Dans la voiture noire, la mâchoire crispée, Fili ne lâchait pas le sombre bâtiment des yeux, jurant sur la témérité du gars sur qui il avait craqué et, derrière lui, Bard trépignait, cherchant à récupérer le micro que le blond lui avait arraché des mains pour parler à Bilbo.
Dans le bureau, le journaliste hésita à obéir immédiatement à l'injonction, car entendre la voix de Fili, pétrie d'urgence et d'inquiétude, lui donna envie de sortir du bâtiment immédiatement. Mais il jeta un nouveau regard sur la grande enveloppe qui attendait patiemment d'être envoyée, sur le bureau de Smaug, adressée au PDG de la firme minière d'Erebor, et son regard se fit plus déterminé.

Sans réfléchir, il coupa la communication avec Fili et Bard et il se tourna vers l'écran, qui annonçait un compte à rebours d'une soixantaine de secondes avant que l'opération ne s'achève.

Il entendit une porte claquer à l'étage inférieur et son sang se glaça. Il posa sa main sur la clé USB, prêt à l'éjecter à la première occasion, les yeux fixés sur le compte à rebours et conjurant au programme de faire au plus vite.

Alors que les secondes défilaient à leur propre rythme, beaucoup trop lentement, des pas se firent entendre à son étage et Bilbo se mordit violement la lèvre inférieure, conscient que Smaug était maintenant dans les pièces adjacentes à la sienne et que, pour sortir du bâtiment, le plus jeune allait devoir jouer finement et discrètement.

Vu l'heure qu'il était, au cœur de la nuit, il supposait que le PDG n'avait aucune raison de se rendre dans son bureau privé, toutefois, la peur de se faire remarquer semblait avoir tétanisé ses muscles et il se figea totalement lorsque le silence se fit soudainement, opaque et inquiétant, comme si Smaug, lui aussi, s'était figé, troublé par ses perceptions qui indiquaient que l'atmosphère avait changé.

Le compte à rebours s'acheva et Bilbo arracha littéralement la clé avant d'éteindre l'ordinateur, puis il se jeta au sol, se cachant derrière le bureau massif, lorsque la porte de la salle s'ouvrit sans un bruit.

La gorge de Bilbo s'assécha quand Smaug alluma la lumière, les sourcils froncés et chatouillé par ses sens extrêmement affutés qui le confortaient dans l'idée que quelque chose n'allait pas.

Avisant un recoin dans l'ombre, en face de lui, entre deux lourdes étagères et qui saurait le cacher à la vue de l'homme d'affaire, le journaliste prit sa respiration. S'il faisait le moindre mouvement, il attirerait immédiatement l'attention du PDG sur lui, mais, d'un autre côté, si ce dernier faisait ne serait-ce que deux pas dans la pièce, il le verrait tout aussi tôt.

Il n'eut même pas le temps de prier pour un miracle : le téléphone de Smaug se mit à sonner et Bilbo profita de la diversion : accroupi, il fit les quelques pas qui le séparait de la cachette qu'il avait remarqué et il se tapit dans le recoin sombre des meubles tandis que Smaug, les sourcils froncés, étudiait l'écran de son Smartphone, avant qu'un sourire cruel ne barre son visage reptilien et il répondit à l'appel d'une voix suave :

— Hé bien, quelle surprise… Je me désespérais de recevoir ton appel un jour… J'en déduis que tu as réfléchi à ma proposition… Ca tombe mal, l'ultimatum que je t'avais donné était hier… Tu es en retard…

Dans sa cachette, Bilbo tendit l'oreille pour écouter les mots de Smaug qui s'avança dans la salle en la parcourant distraitement des yeux et qui répondit distinctement à son interlocuteur après un court silence :

— Crois-tu que je perdrais mon temps avec toi si c'était réellement le cas ? Tes oncles ne sont pas sans faille, tu sais ? Tu es peut-être le troisième aujourd'hui, mais qui sait… La succession, dans une entreprise telle que celle de ton grand-père, ne se fait pas simplement par la naissance, tu le sais aussi… Ta mère est la première héritière, même si elle a décliné, il serait normal que tu passes avant son petit-frère ou, pire, son demi-frère… Tu ne crois pas ?

Bilbo fronça immédiatement les sourcils en comprenant qui était l'interlocuteur du PDG et il serra les dent, espérant que Fili ne fasse pas de faux pas, et écœuré par la manière dont Smaug s'adressait à lui, essayant de l'attirer dans ses filets et le monter contre Thorin et Frérin.

Il comprit surtout que, avant tout, son petit-ami avait appelé pour détourner l'attention du PDG et il ressentit une bouffée de gratitude envers lui, notamment lorsque, après avoir rapidement fait le tour et vérifier que son ordinateur était bien éteint, le regard de Smaug caressa la grande enveloppe qui était posée sur le bureau, sans voir le petit journaliste caché dans un coin, distrait par Fili.

— Je me doute bien que ça ne t'intéresse pas… Tu es bien la personne la plus censée de cette famille, et c'est la raison pour laquelle je t'avais fait cette petite proposition… Imagine toi à la tête d'un empire financier bien supérieur que celui même de ton grand-père… C'est honteux d'avoir placé Thorin avant toi dans la ligne de succession, il n'a que quelques années de plus que toi et tu restes la personne la plus compétente pour reprendre les rênes d'une firme minière telle que celle là et pour orchestrer la réouverture des réseaux miniers d'Erebor…

La voix mielleuse se tut une nouvelle fois pour écouter la réponse de son interlocuteur et Bilbo déglutit en comprenant que cela n'était certainement pas la première fois que Smaug faisait de telles remarques à Fili et il fut soudain inquiet en se demandant pourquoi le PDG s'intéressait d'aussi prêt au fils ainé de Dis. L'homme au visage reptilien eut un nouveau sourire provoquant et, presque avec amour, il s'empara de l'enveloppe brune pour y sortir un cliché qu'il étudia attentivement, son sourire devint cruel.

— Parce que… Comme je te l'ai dit, tes oncles ne sont pas sans faille… Bien assez tôt, ton grand-père se rendra compte qu'il a fait une erreur en les plaçant avant toi dans sa succession… Tu es l'héritier légitime de sa firme et il est dommage que tu ne te battes pas pour que l'on te reconnaisse ce droit, mais, ne t'inquiète pas, je vais te donner un petit coup de main… Même si je suis déçu que tu rejettes ma proposition, encore une fois, je sais qu'un jour, toi et moi, nous trouverons un terrain d'entente…

Le PDG remit la photo dans l'enveloppe avant de sceller cette dernière et de la poser sur le tas de courrier prêt à partir, puis, oubliant l'impression étrange qui l'avait pris en pénétrant dans ses appartements, il sortit de la salle en éteignant la lumière, sans cesser de discuter avec Fili.

Le journaliste attendit plusieurs minutes, totalement figé et immobile, puis il se força à bouger, malgré ses muscles ankylosés par la peur et l'immobilité. A pas de loup, il sortit du bureau pour se diriger vers les escaliers internes, que Bard lui avait indiqué avant qu'il ne pénètre dans le bâtiment.

Aussi silencieux que possible, il parvint à s'éloigner de Smaug et il fut soulagé lorsqu'il atteignit sans encombre les escaliers menant à la sortit et qu'il dévala doucement pour s'assurer de ne soulever aucun son.

Toutefois, la tension amassée ne quitta pas son corps, même lorsqu'il se retrouva à l'air libre, et il se dirigea rapidement vers la voiture de Bard. Son cœur loupa un battement lorsqu'il avisa Fili, en grande conversation avec l'agent du SIG et il déglutit, aussi nerveux qu'heureux de voir l'homme qu'il n'arrivait pas encore à considérer comme son petit-ami et qui continuait de l'intimider monstrueusement.

— Bilbo ! Tu as la clé USB ?

Le plus petit sursauta lorsque Bard l'apostropha et il acquiesça, plongeant sa main dans sa poche pour en sortir le petit gadget électronique qu'il tendit au brun.

— C'est génial, tu assures !

Le journaliste hocha la tête, les yeux rivés au sol pour ne pas avoir à croiser le regard de Fili qui s'avança vers lui à son tour. Bard sentit qu'il était de trop et il jugea bon de retourner à sa voiture, les doigts crispés sur la clé. Passant à côté du blond, il posa sa main sur son épaule pour le regarder gravement dans les yeux :

— La totalité de la conversation a été enregistrée, donc si, comme tu le crains, il arrive quoique ce soit à tes oncles, nous auront la preuve qu'il les a clairement menacé et qu'il a tenté de te soudoyer pour s'immiscer dans la succession…
— En espérant que nos craintes soient infondées… Je suis conscients qu'il s'agit de ton combat, Bard, mais je ne le laisserai pas entrainer mes oncles, ou même mon petit-ami, dans sa chute. Si tu continues à mener tes batailles sur ce front en les utilisant comme appât ou comme chair à canon, tu me trouveras face à toi…

Bard contracta la mâchoire et les deux hommes s'affrontèrent un instant du regard, avant que le brun n'acquiesce distraitement et qu'il s'éloigne sans ajouter un mot, pour rejoindre Alfrid qui avait déjà démarré la voiture.

Bilbo déglutit lorsque, après avoir inspiré sèchement pour évacuer la pression, Fili se tourna vers lui, son regard habituellement doux s'était assombri significativement.

— Tu es totalement inconscient ! Pourquoi as-tu fais ça ?

La peur de Fili avait muée en colère palpable, mais maitrisée, et le journaliste décida de se défendre, malgré l'envie qui le taraudait de se presser dans les bras du blond pour oublier la peur qu'il venait de ressentir.

— Parce qu'il ne s'agit plus de mettre Smaug à genoux ! Ca va beaucoup plus loin que ça !
— Je sais, Bilbo, tu me l'as déjà expliqué, et j'ai essayé de comprendre ton investissement contre ces trafics d'êtres humains. Mais je ne peux pas accepter l'idée que tu te mettes en danger pour ces gens qui se sont malheureusement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, surtout que si tu continues comme ça, c'est toi qui-
— Il ne s'agit pas de n'importe qui… Plus maintenant… Il te l'a dit lui-même…
— Pardon ?

Bilbo avait murmuré sa remarque et Fili, malgré la tension qui courait actuellement dans son corps, à cause de sa conversation avec Smaug et de la témérité de Bilbo, perçu la gravité du ton du plus jeune et il adoucit sa voix en cherchant le regard fuyant du journaliste :

— Comment ça ? Tu as découvert quelque chose là-bas ?

Fili désigna les bâtiments sombres du menton et Bilbo hocha la tête avant de parler du bout des lèvres en cherchant ses mots avec application :

— Je… N'ai pas l'intention de les compromettre mais… Cela concerne tes oncles… Je pense que, malheureusement, tes craintes sont fondées, il va s'en prendre à eux…

Fili fronça les sourcils en étudiant attentivement le profil du journaliste, discernant sans mal ce que le plus petit avait décidé de cacher et son cœur se glaça.

— Tu ne les compromettras pas si tu me parles de leur… Relation, je suis déjà au courant. Que se passe t-il ? Smaug les as découvert ?
— Pire… Il a des photos… Et il va les envoyer à Thraïn, aujourd'hui.

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— Parce que je n'ai pas envie de rester les bras croiser ! Je n'ai pas l'intention de laisser passer ça !
— Et moi, je n'ai pas envie de me battre contre lui, Thorin, c'est peine perdu.
— Mais s'il te demande de recommencer, que feras-tu ? Ce type a beaucoup trop de pouvoir sur toi ! Et il est hors de question que je reste les bras croiser à le regarder jouer avec toi !

Frérin haussa les épaules, le regard perdu dans le vide. Couché sur le flanc dans le grand lit de l'appartement de son frère, dos à ce dernier qui était pressé contre lui en l'enlaçant tendrement, il ne répondit pas, muré dans un silence amer et Thorin reprit :

— Nous pouvons prendre les devants…
— Comment ça ?
— Ce secret qu'il a découvert, nous pouvons l'éventer avant qu'il ne l'utilise à nouveau contre toi.
— Tu veux… Tu veux rendre public notre relation ?

Thorin tiqua, il était conscient que la chose n'était pas envisageable, mais la note d'espoir qu'il discerna dans la voix de Frérin lui fit comprendre que le plus jeune continuait de croire en la possibilité de, un jour, vivre comme n'importe quel couple normal. Il prit son inspiration, choisissant ses mots pour parler avec le plus de douceur possible.

— Non… Je pensais plutôt à la… Noyer, en quelque sorte.
— Comment ça ?

Brusquement, Frérin se redressa pour se tourner vers le plus vieux, soudainement inquiet.

— Frérin… Nous cacher n'est plus suffisant… Regarde ce qu'il t'a fait avec seulement quelques clichés…
— Où veux-tu en venir, Thorin ?

La voix était blanche, à l'instar du visage de Frérin qui commençait doucement à deviner où le brun voulait en venir, et un sentiment d'effroi incontrôlable lui vrilla la poitrine lorsque Thorin continua, implacable :

— Si on arrête là, il n'aura plus de moyen de pression sur toi.

Frérin sentit instantanément son cœur geler dans sa poitrine et il en perdit ses mots. Le silence s'étendit et Thorin soupira, avant de se redresser à son tour, pour sortir du lit.

— Non.

La mâchoire serrée, le brun fit mine de ne pas avoir entendu le souffle détruit du plus jeune, mais il s'immobilisa lorsqu'une belle main s'empara de son poignet.

— Pas ça, Thorin. Tout ce que tu veux, mais pas ça !
— Soit raisonnable, Frérin. Bordel, mais tu t'es fait violer ! Ca ne te suffit pas ?
— Tu vois donc jusqu'où je suis capable d'aller simplement pour rester avec toi !
— Ce connard aussi l'a très bien compris ! Combien de temps encore avant qu'il te demande des trucs plus dégueu ?

D'un geste sec, parvenant difficilement, au prix de grands efforts, à juguler sa colère pour ne pas qu'elle se retourne envers son petit-frère, Thorin se débarrassa de la poigne du plus jeune qui suffoquait, incapable de reprendre la parole et il se leva avant de se tourner pour lui faire face.

— Frérin, on ne peut clairement pas continuer comme ça ! Ce qu'il s'est passé avec Smaug, ça n'arrivera plus jamais, crois-moi ! Je suis prêt à tous les sacrifices pour le tenir éloigné de toi, quand bien même cela signifie que je ne te toucherai plus où que je ne t'approcherai plus !
— Thorin… Non. Ne le laisse pas gagner, c'est exactement ce qu'il voulait en t'appelant !

Submergé par la panique et incapable de trouver les mots, Frérin sortit du lit à son tour, nageant en plein cauchemar.

— MAIS QUE VEUX-TU QUE JE FASSE D'AUTRE ? Je préfère te perdre en tant qu'amant que te savoir esclave de ce type pour quelques malheureux clichés !
— C'EST PARCE QUE CA EN VAUT LA PEINE QUE J'AI FAIT CA ! PARCE QUE JE T'AIME !

Acculé, voyant que Thorin était sérieusement en train de mettre un terme à leur relation qu'il trouvait pourtant si juste, Frérin s'était avancé sur lui, parfaitement conscient qu'il serait dorénavant incapable de ne plus avoir l'exclusivité de son frère. Il s'approcha de lui, cherchant à refouler les nouvelles larmes qui menaçaient et, sans prévenir, il enroula ses bras autours de ses épaules pour une étreinte désespérée.

— Putain… Je t'aime tellement, connard… Tu n'as pas le droit de tout foutre en l'air maintenant, tu n'as pas le droit de te détourner de moi alors que j'ai enfin ton regard…

Le plus vieux écarquilla les yeux et il rendit instinctivement l'étreinte, le cœur lourd, incapable de savoir quoi penser ou quoi dire, simplement furieux contre Smaug comme il ne l'avait jamais été envers qui que ce soit. Mais la déclaration de son frère lui fit comprendre que ce dernier avait raison : s'arrêter maintenant était une hérésie et marquerait la victoire du PDG à un prix trop faramineux pour être acceptable. Il se contenta de poser un baiser ému sur le front brulant de Frérin avant de parler à son tour :

— Tu n'es pas le seul à être amoureux, Frérin et… J'imagine à quel point les choses ont été dures et cruelles pour toi… Mais je… Je ne peux tout simplement pas… Laisser faire une chose pareil pour sauvegarder un couple qui n'en est pas vraiment un…
— Ne me laisse pas…

Thorin soupira, avant d'embrasser à nouveau son front, puis une joue, pour finir avec un doux, mais long, baiser sur ses lèvres, profondément amoureux et désolé.

— Je n'ai pas l'intention de t'abandonner, jamais. Faisons simplement une pause… Montrons nous avec des filles, agissons l'un envers l'autre comme nous l'avons toujours fait, le temps de le mettre hors d'état de nous nuire…
— T'es vraiment con… Ça ne changera rien, il a encore les photos.
— Je veux simplement t'éviter une nouvelle situation similaire.
— Et si tu te contentais plutôt de me faire oublier celle-là ?

Tentant le tout pour le tout, Frérin s'empara du poignet du plus vieux et recula de quelques pas, jusqu'à s'asseoir sur le grand lit en l'attirant à lui en écartant les jambes pour lui laisser la place de s'installer entre ses cuisses. Cela faisait quelques heures qu'ils étaient revenus de l'hôtel et le blond s'était douché puis avait réussi à dormir un peu, dans les bras de Thorin. Mais il se sentait toujours aussi souillé et véritablement dégouté de lui même et il désirait simplement ne plus penser à ce à quoi il avait du se résoudre pour continuer à vivre cette idylle interdite.

Le plus vieux le regarda intensément et sembla hésiter un instant, puis il soupira et prit place au dessus de son frère, caressant son corps avec dévotion.

— Il voudra recommencer, tu le sais. La prochaine fois, il ne se contentera pas d'une simple nuit…
— Et tu es suffisamment con pour penser que la solution serait de me larguer…
— Que puis-je faire d'autre ? S'il t'appelle maintenant pour te demander une deuxième fois, je ne-

Mais Thorin fut coupé par la sonnerie du téléphone de Frérin et un silence polaire s'empara des deux frères qui échangèrent un regard. Puis le plus vieux se redressa pour attraper le portable du blond, ne pouvant s'empêcher de jeter un œil au numéro qui s'affichait et il soupira de soulagement avant de le tendre à Frérin.

— C'est papa.

Le philosophe haussa un sourcil et répondit, curieux de savoir ce que son père lui voulait à une telle heure.

— Oui ?
— Thorin est avec toi ?

Le blond pâlît soudainement et lança un regard épouvanté à son frère, conscient qu'une telle question ne pouvait pas être anodine et qu'il pourrait difficilement justifier le fait qu'il soit avec son frère, vu la relation qu'ils était censés avoir, alors que le soleil venait à peine de se lever.
Son silence sonna comme un aveu et il entendit Thrain soupirer à l'autre bout du fil.

— Je veux vous voir. Tous les deux. Maintenant.

oOo


Merci d'avoir lu !

Encore une fois, je ne peux pas dire ce qu'il y aura au prochain épisode, vu qu'il n'est pas encore écrit.
On discerne déjà une petite réunion familiale chez les Durin...

Si vous avez des suggestions, ou quelque chose/certains pairings que vous voulez absolument voir dans le prochain chapitre,
n'hésitez pas, il est en cours d'écriture.

Un grand grand merci à tous ceux qui laissent des reviews !
J'arrive dans une période où trouver du temps pour l'écriture va devenir vraiment compliqué, donc j'espère que les délais de parution ne seront pas trop longs pour mes quelques lecteurs assidus.