oOo

« Comment vas-tu ?
— Mal.
— Mal comment ?
— Très.
— Tu es encore au Shari ?
— Non, j'ai été rapatrié, je suis à l'hôpital avec Kili et Rosie.
— Grave ?
— Je ne sais pas. Moi j'ai eu deux points de suture au petit doigt à cause d'un verre cassé. Rosie a perdu une dent, mais il paraît que c'était déjà une fausse. Par contre, les chirurgiens sont encore en train de réfléchir à la meilleure manière de retirer le compas planté dans le front de Kili.
— QUOI ? UN COMPAS ? Il y aura des séquelles ?
— Même pas, d'après eux, il s'agit d'un miracle, parce qu'il n'y aura aucun dommage, juste une cicatrice, et il gardera toutes ses capacités cognitives... Mais, perso, même s'il les avait perdus, je pense que ça n'aurait rien changer...
— Je vois… Le Shari est safe, maintenant ?
— Honnêtement, Pippin, ne t'approche pas du Shari aujourd'hui… La bataille de
Nírnaeth Arnoediad, à côté, c'est un conseil de guerre entique…
— Mais Merry est encore là-bas…
— Prie pour son âme, c'est ce qu'il reste de mieux à faire… »

Pippin soupira en lisant le dernier SMS envoyé par Faramir, mais il sursauta en couinant d'effroi lorsqu'un dictionnaire Sindarin-langue commune projeté avec une précision effarante s'écrasa sur son bureau :

— Monsieur Touque, il me semble vous avoir déjà expliqué quel était mon point de vue sur l'utilisation de ces… Appareils durant les heures de colles…
— Oui monsieur, vous l'avez déjà fait…

Pris la main dans le sac, Pippin n'eut d'autre choix que de poser son téléphone dans la paume de son surveillant qui lui lança un regard impitoyable.

— Dans ce cas, je n'ai donc pas besoin de vous faire savoir que votre soirée de demain se passera, elle aussi, en salle d'étude…
— Je suis désolé, monsieur, mais demain, ce ne sera pas possible…
— Allons bon, vous qui êtes abonné aux heures de colle, vous parvenez encore à espérer pouvoir réserver vos fins d'après-midi ?
— Justement, il me reste vingt-six heures de colle à purger pour le proviseur, elles sont disposées à raison de deux heures tous les jeudis jusqu'à la fin de l'année…
— Ok. Donc je vous pose la mienne vendredi.
— Idem, mais c'est pour la prof d'histoire du Bélériand…
— Depuis quand suivez-vous cette option ?

Pippin leva un regard désespéré vers le surveillant avant d'hausser les épaules.

— Je n'y suis même pas inscrit…
— Je vois… Dans ce cas, je suis navré, mon grand, mais on va devoir caler ça Samedi matin, tu viens déjà pour trois heures, donc une de plus ou de moins…

Sous le regard condescendant du plus vieux, Pippin poussa un soupir blasé, puis il attrapa mollement la fiche de convocation qu'il lui tendit, à faire signer par ses parents.
Toutefois, à peine le pion eut-il le dos tourné que le jeune Touque sortit discrètement sa tablette tactile et se connecter à sa messagerie instantanée :

« Merry, tout va bien ? »

Il n'eut pas à attendre longtemps avant que l'écran ne s'éclaire pour le prévenir d'un nouveau message et c'est avec soulagement qu'il lu la réponse de son cousin :

« Ca va, j'ai juste une grosse bosse sur le front, mais tout va bien pour moi.
— Que t'est-il arrivé ?
— C'est Frodon qui m'a frappé avec une chaise.
— Frodon ? Pourquoi ?
— Parce que j'ai donné un coup de poing Bilbo.
— Toi ? Tu as frappé Bilbo ? Mais pourquoi tu as fait ça ?
— Cet enfoiré a attaqué Eomer !
— Genre, Bilbo n'attaquerait personne gratuitement, ton mec l'a certainement mérité !
— Il n'a fait que protéger sa sœur.
— Eowyn n'a besoin de personne.
— Contre Fili, si. Eomer a eu parfaitement raison d'intervenir et de s'en prendre à Fili, il l'aurait massacré sinon ! »

Pippin haussa un sourcil perplexe, puis il regarda discrètement autour de lui pour vérifier que le surveillant était occupé à accabler quelqu'un d'autre, puis il se concentra à nouveau sur sa conversation.

« Pourquoi Fili s'en est-il pris à Eowyn ? Il est peut-être gay, mais c'est l'un des mecs les plus galant que je connaisse.
— Parce qu'elle a planté un compas dans le crâne de Kili…
— Ho… C'était donc elle… Il le méritait, je suppose…
— C'est une question de point de vue. Kili a défendu Tauriel, et Eowyn n'a pas apprécié qu'il s'en prenne à sa pote.
— Tout de même, un compas, c'est violent…
— Il lui a arraché une bonne poignée de cheveux, on peut considéré qu'il s'agit de légitime défense…
— Et Aragorn ? Ce n'est pas lui qui aurait du défendre Arwen ?
— Si. Mais il n'a pas pu, parce qu'il s'est fait tabassé par Tauriel, avant qu'Arwen ne lui saute dessus…
— A cause de qui ?
— De toi.
— Pardon ? Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai passé ma journée au lycée et ça fait deux heures que j'agonise dans la salle de
colle ! »

Mais Pippin ne put lire la réponse, car une ombre inquiétante le couvrit et, en soupirant, il échangea sa tablette contre un nouveau billet de convocation pour une heure de colle.

oOo

— Et je vous répète que je ne tolère pas le moindre écart vis à vis du mobilier ou du personnel du Shari Vari ! Me suis-je bien fais comprendre ?

Les survivants acquiescèrent en maugréant et, sans pitié, Dwalin lança un regard perçant à Frodon. Ce dernier se tenait lamentablement l'arrête du nez, qui saignait abondamment, et, à ses pieds, gisaient les débris d'une chaise brisée, celle avec laquelle il avait tenté d'assommer Merry.

— Hey, la larve, c'est à toi que je parle, alors, compris ?
— Oui oui.

Le petit brun jugea bon de s'éloigner du grand barman qui avait mis fin au massacre à sa manière. La bagarre s'était déclenchée de façon tellement soudaine et inattendue que les choses avaient eu le temps de déraper sévèrement avant que Dwalin n'intervienne, et c'était donc sur Frodon qu'il avait frappé pour ramener de l'ordre.
Du coin de l'œil, il vit Orianne, qui n'était pas allée au lycée ce jour là, s'approcher d'Aragorn gisant au sol et elle s'agenouilla à côté de lui avec douceur pour l'aider à reprendre conscience. Le barman soupira et reprit, plus calmement :

— Bon, c'était quoi le problème cette fois ? Aragorn, qu'est-ce que tu as fait à ma serveuse pour qu'elle t'attaque de la sorte ? C'est encore cette histoire de polaroïd ?

Le dunedain, maintenant assis, mais légèrement sonné, déglutit et n'osa pas répondre, car le regard aussi doux qu'encourageant qu'Orianne avait posé sur lui était porteur d'une promesse mortelle, voire castratrice, et Aragorn jugea bon de confier immédiatement à la lycéenne la photo qui était la cause de ce massacre.

Il estimait que Tauriel était certainement une moindre catastrophe comparée à la petit-amie du barman et c'est donc sans rechigner qu'il mis dans ses mains une certaine image compromettante qu'il avait tenté d'utiliser pour soudoyer la serveuse du Shari et obtenir ainsi quelques ristournes intéressantes à l'insu de Dwalin, mais ça avait dégénéré.

Un peu plus loin, décoiffée et la lèvre fendue, Tauriel profitait que son patron ait le dos tourné pour offrir un verre à Eowyn et Arwen en geignant sur la connerie irresponsable des mecs et se lamentant sur le travail qu'elle devait fournir tous les soirs pour garder le Shari Vari en état.
Mais à peine le calme fut revenu dans la salle que l'attention de tous fut demandé par Merry, qui se mis debout sur une table, le visage ensanglanté, mais un sourire lumineux étirant ses lèvres :

— Mes amis, et les autres, j'ai une annonce à vous faire… Ou plutôt, Nous, avons une annonce à vous faire, Eomer et moi…

Le cavalier, blessé lui aussi, fronça les sourcils en se demandant ce que son fiancé avait en tête, mais ce dernier lui envoya un regard pétillant, le même, peut-être même plus lumineux, que celui qu'il avait avant que ses parents ne le séquestrent et qui avait, pendant un temps, disparu de ses yeux, alors Eomer décida de garder le silence et de se laisser surprendre.

— Après tout, même si vous n'étiez pas au courant, ça fait maintenant cinq ans que nous sommes en couple… Mais, jusqu'à maintenant, nous n'avions que très rarement évoqué un potentiel futur à deux, comme un vrai couple. Disons que nos vies diffèrent légèrement et que ce n'est pas une surprise si nous avons réussi à garder notre relation secrète si longtemps, rien n'est censé nous rapprocher…

Tous les clients du Shari connaissaient au moins l'un ou l'autre, quand ce n'étaient les deux, et une vague de rires se souleva légèrement pour souligner cette évidence, le temps que le jeune Brandebouc reprenne en haussant les épaules, le regard légèrement plus grave.

— Et puis non seulement elles diffèrent, mais en plus, il y a certaines… Barrières… Qui nous séparent et, dans la mesure où les nouvelles se répandent à une vitesse vertigineuse, dans ce bar, je pense que je ne vous apprend rien lorsque je dis que mes parents ont pris des mesures radicales pour tenter de nous séparer…

Cette fois-ci, seul le silence lui répondit et Eomer ne put s'empêcher de serrer les points en repensant à ce funeste épisode, mais Merry reprit rapidement, plus joyeux :

— Bref, ce que je veux dire, c'est qu'il y a quelques jours à peine, on m'a proposé un choix très simple : mon petit-ami ou ma famille…

Comme Merry l'avait dit, les nouvelles se répandaient très vite au Shari, si bien que la plupart des consommateurs savaient déjà que les parents du jeune Brandebouc n'avaient pas accepté son orientation sexuelle, mais personne n'avait entendu parler de l'affaire en détail et plus d'une mâchoire se décrocha face à cette révélation.

— Donc, ma décision s'est prise extrêmement rapidement, sans la moindre réflexion, et je vous annonce qu'Eomer n'est plus mon petit-ami… Il ne le sera plus jamais…

Le plus jeune planta son regard radieux dans celui, amusé, d'Eomer, et il resta silencieux, le temps que se calme la vague outrée d'exclamations en tout genre, du « T'es con », au « C'est triste à dire, mais j'aurai fait pareil », en passant par le « Non, bats toi ! Il y a une solution, je peux t'aider si tu veux ! », sans oublier le « Putain de fils de pute, si tu largues mon meilleur pote à cause de tes connards de darons, je te jure que j'irai cassé du Brandebouc ! » Poussé de manière très élégante par Boromir et appuyée par Aragorn. Mais tout le monde se tut lorsqu'Eomer grimpa sur la table à son tour pour enlacer Merry qui reprit la parole :

— Parce que nous allons nous marier. Dès que les formalités seront faites…

Le silence se fit, quelques secondes, puis un concert de vivas et d'applaudissement salua l'annonce, jusqu'à ce que certains, plus concernés que d'autres, ne se heurtent à un fait particulier et ce fut Bilbo qui s'exclama en premier d'une voix désolée :

— Vous marier ? Mais le mariage gay n'est pas-

Il se tut en voyant le regard de Merry se ternir et Eomer pressa son fiancé contre lui avant de parler d'une voix assurée :

— Evidemment, vous le savez, les gays n'ont pas le droit aux cérémonies officielles, même à Osgiliath qui est pourtant réputée open… En fait, nous pensons surtout célébrer ça entourés de nos proches et nos, amis avec une cérémonie qui nous ressemblera. Même si ce ne sera pas valable aux yeux de la législation, ça l'est aux nôtres, et c'est pourquoi, pour nous, ce qui compte, ce n'est pas l'avis, le soutient et la reconnaissance de la loi, ou même de la famille, mais le votre, et nous tenons à ce que vous soyez avec nous pour être témoins de la promesse que nous voulons nous échanger… Ensuite, ceux qui le voudront pourront nous accompagner à Numénor lorsque nous officialiserons la chose, c'est le seul endroit qui a légalisé le mariage gay à ce jour…

Un brouhaha s'éleva, pour féliciter le couple et, surtout, chacun valida sa présence pour cette cérémonie et, Boromir fut le premier à proposer son aide, suivit par plusieurs autres voix qui s'élevèrent :

— Génial ! Bonne idée ! Je veux bien être le maitre de cérémonie !
— Moi je m'occupe de la bouffe !
— Et moi de la musique !
— Si on faisait un mariage à thème ?
— On pourra en profiter pour essayer la fontaine de crémeux de Dwalin !
— A votre avis, lequel des deux portera la jarretelle ?

Euphorique, incapable de discerner qui disait quoi dans cette avalanche de remarques et propositions, Merry se fit porter par Eomer pour descendre de la table et il se laissa gentiment faire lorsque son fiancé ausculta sérieusement la bosse énorme qu'il avait sur le front.

— On fait quoi ? On les laisse faire ou bien on prend les choses en main ? C'est notre mariage après tout…
— Tu penses qu'on peut avoir notre mot à dire ?

Eomer allait répondre à l'affirmative, mais sa sœur arriva vers lui en souriant :

— C'est une bonne idée ! Pour ce qui est de la décoration de la salle, Arwen, Tauriel et moi-même, on s'en occupera, ce sera plus sûr… Vous avez déjà une idée de thème ou de tons qui vous plairait ?

Le cavalier ouvrit la bouche, sans savoir quoi répondre, et Merry haussa une épaule avant de parler d'un ton professionnel :

— Quelque chose de sobre. Pas plus de deux couleurs, mais avec beaucoup de nuances. Pour le reste, on vous laisse la main, faites vous plaisir…

Elle acquiesça en sautillant d'excitation à l'idée d'offrir à son frère le plus beau mariage de la ville, puis elle s'éloigna pour briffer ses deux copines tandis qu'Eomer soupirait lourdement.

— Tu es fou… Elles n'ont pas la même notion du sobre que nous, tu sais…
— Elles passeront plus de temps à se prendre la tête pour décider du meilleur agencement des serviettes de table qu'autre chose… Mettre une rousse, une brune et une blonde dans la même équipe, il paraît que c'est contre-productif…
— J'espère…
— On verra bien… Surtout qu'on ne lui a même pas dit où on avait l'intention de fêter ça…

oOo

« Le vol 723 en provenance d'Osgiliath, terminal A, piste 2, veuillez récupérer vos bagages à la porte 7. »

Comme dans un rêve, enrobé dans un cocon flou et opaque, Frérin attrapa son sac de voyage, les yeux rivés au sol et la gorge serrée. La main dans la poche et la tête basse, il marcha vers la sortie dans trop savoir où se rendre, car n'ayant mis qu'une seule fois les pieds à Erebor, lorsqu'il était enfant, et n'ayant aucun repère dans cette majestueuse cité minière de laquelle sa famille était originaire. Il hésita à s'emparer de son portable pour l'allumer et guetter les messages de Thorin, il était certain d'en avoir reçu, mais il avait trop mal et il était encore trop en colère pour être capable de recontacter son frère et amant. Il se sentait déjà prêt à défaillir et il savait que si il prenait la moindre nouvelle du plus vieux, sa raison vacillerait et il ferait demi-tour pour prendre le premier vol pour Osgiliath.
Quitter Thorin lui avait fait mal et lui laissait un trou béant dans la poitrine, surtout au vu des derniers événements que Smaug lui avait fait vivre. Mais, d'un autre côté, lui et son frère avaient compris que faire profil bas était certainement la meilleure chose à faire pour espérer se retrouver et reprendre cette idylle qui avait si brusquement été interrompue.

Après tout, Frérin avait toujours été convoité par Smaug et cette relation interdite les rendait extrêmement vulnérables. S'ils avaient tenté de rester ensemble malgré tout, le dénouement aurait été brutal et, surtout, irrémédiable, car ils ne pouvaient pas faire front en même temps face à Smaug, leur père, le CA de l'entreprise et les médias qui se seraient emparés de l'affaire.
Frérin était tout simplement dégouté de constater que Smaug s'était joué de lui. Pas un instant ne se passait sans que ne lui reviennent en tête les scènes qu'il avait vécues dans l'hôtel avec le PDG et qu'il ne pouvait que regretter amèrement, se fustigeant d'avoir cédé en imaginant naïvement que son bourreau tiendrait parole.

Une fois hors de l'aéroport, il s'immobilisa sur le seuil de la porte et leva son visage pour l'offrir à la pluie fine qui tombait, noyant ainsi les larmes qui sillonnaient ses joues. La Montagne se dressait devant lui, imposante masse qui se devinait malgré le soir qui tombait, et il resta ainsi figé, conscient qu'un lointain cousin de la famille avait été prévenu de son arrivé, mais, comme toutes les personnes qui vivaient à Erebor, il s'agissait d'un inconnu que Frérin n'avait jamais rencontré.
C'est pourquoi il sursauta lorsqu'un petit bonhomme barbu et aux cheveux blanc lui tapota l'épaule avec un sourire lumineux :

— Tu es Frérin, le fils de Traïn ? Enchanté, je suis Balïn, à ton service…

Le blond se força à le saluer cordialement, non sans le dévisager, puis il ramassa son sac et suivit son guide jusqu'à sa voiture, sans décrocher un mot, ce qui ne découragea pas le plus vieux qui reprit la parole en démarrant :

— Ton père ne m'a pas dit énormément de choses te concernant, simplement l'heure d'arrivée de ton vol, en fait… Que viens-tu faire à Erebor ?
— Rien. Papa cherche simplement à gommer les taches de son si prestigieux arbre généalogique…
— Ho…

Balïn s'inséra dans le trafic en gardant le silence, peiné par le ton acerbe et l'humeur taciturne du plus jeune, puis il retenta de parler avec douceur.

— Si ton père te considérait vraiment comme une tache, il ne m'aurait pas supplié pour que je prenne soin de toi et que je veille à ce que tu ne manques de rien…
— Que je ne manque de rien ? Navré, mais ça, c'est mission impossible…

Nerveusement, Frérin faisait tourner son portable dans sa main, retenant son envie irrépressible de l'allumer, car il était conscient que la moindre nouvelle de Thorin le ferait fondre en larme.
Ne répondant que brièvement aux questions de Balïn, il se laissa emmener à l'intérieur de la cité minière qui semblait en effervescence et, d'une oreille distraite, il écouta les explications que le plus vieux lui donna sur ce lieu qui ne dort jamais.

oOo

— Ça va aller ?
— Oui oui, merci… On peut dire qu'ils savent cogner ces deux-là…

La remarque amusa Bilbo et le journaliste lança un regard en coin du côté du couple contre lequel lui et Fili venaient de se battre pour une raison qu'il ignorait totalement, si ce n'était que le blond avait vu rouge lorsqu'Eowyn avait planté un compas dans le front de son petit-frère et qu'Eomer n'avait pas accepté de voir quelqu'un s'en prendre à sa petite-sœur.

Orianne passait maintenant dans la salle en portant un plateau de serviettes tièdes et humides, imbibées de l'alcool le plus fort que Dwalin avait en stock, et Bilbo en attrapa une au vol avant de se tourner vers son petit ami.

— C'est vrai… Eomer est un bagarreur de nature et Merry a du apprendre à se défendre... Parce que les petits mignons, les intellos, les gays et les gosses de riches sont souvent perçus comme des proies faciles et amusantes, et comme lui, il cumule justement les quatre… Le genre de gamin qui rentre très régulièrement pieds nus parce qu'il s'est fait racketter ses baskets neuves…

Fili répondit par un sourire à la remarque affligée mais pas désolée de Bilbo, qui en voulait encore à son cousin éloigné d'avoir agressé son mec et, spontanément, le blond ne résista pas à l'envie de passer gentiment sa main sur sa nuque pour l'attirer à lui et lui prendre un baiser. Comme d'habitude, le journaliste rougit et bafouilla avant de reporter son attention sur la pommette de Fili que le poing vengeur d'Eomer, ou bien de Merry, avait frappé. Le blond tressaillit à peine lorsque le plus petit passa le tissu sur la blessure, car il était trop occupé à lancer un regard noir à Eomer, assis à l'autre bout de la salle et qui, de son côté, laissait son fiancé s'occuper de son arcade sourcilière qui saignait encore abondamment, cadeau de Fili.
Les deux étudiants s'affrontèrent un instant du regard, ne ressentant pas vraiment de rancune l'un envers l'autre, mais chacun prêt à se remettre sur pied pour défendre leur fratrie si nécessaire et taper aveuglément sur quiconque s'en prendrait à leur petit-frère ou petite-sœur.

Mais l'attention de Fili fut détournée par l'arrivée de Thorin, plus lugubre que jamais, qui traversa le Shari sans même remarquer l'état de délabrement, aussi bien des meubles que des consommateurs. Comme une étrange chorégraphie orchestrée au millimètre près, il s'installa au bar, récupérant au vol le verre que Dwalin fit glisser dans sa direction après l'avoir spécialement préparé en voyant la mine de son cousin.

— Que se passe t-il, Thorin ? Balïn m'a appelé pour me dire qu'il avait récupéré ton frère…

Entendant parler de Frérin, Thorin releva brusquement son regard qu'il avait noyé dans son verre et il fronça les sourcils :

— Qui ça ?
— Mon frère, Balïn, il habite à Erebor, tu ne te rappelles pas de lui ? C'est pourtant sur lui que tu as vidé l'intégralité de ton encrier, quand il nous donnait des cours de soutient il y a quinze ans.
— Oui oui, je me rappelle très bien de lui, bien entendu, je suis ravi d'avoir des nouvelles. C'est juste que… Je ne pensais pas que… Frérin ne connaissait même pas son existence…
— Je sais… C'est pourquoi je demande que tu m'expliques pourquoi ton frère vit maintenant chez le mien.

Le brun haussa des épaules et il bu une gorgée de son cocktail sans répondre. Dwalin le sonda en silence, puis il se pencha par dessus le bar pour s'adresser à son cousin en baissant la voix :

— C'est à propos de ce qu'il s'est passé le jour où… Tu es rentré bourré ?

Thorin resta encore silencieux un instant, puis il soupira lourdement avant de boire une nouvelle gorgée afin de prendre le courage de répondre.

— Entre autre… Et ce qu'il s'est passé après aussi…

Thorin avait répondu du bout des lèvres et Dwalin serra la mâchoire avant de jeter un œil dans la salle, vérifier que personne n'entendait leur conversation, puis il parla sur le même ton :

— Vous avez… Vous avez recommencé ?
— Non. On a continué, tout simplement…

Dwalin se figea, parce qu'il avait beau s'être douté de quelque chose entre les deux frères, entendre Thorin lui annoncer aussi froidement ce qu'il s'était contenté de soupçonner lui fit un drôle d'effet. Un nouveau silence passa, puis le barman, poussé par la curiosité et inquiété par le visage sombre de son cousin, repris la conversation :

— Que s'est-il passé ? Il a décidé de mettre un terme à ça, c'est pour ça qu'il est parti ? Vous vous êtes disputé ?

Thorin lui envoya un nouveau regard affligé, puis il secoua la tête tristement.

— Non. J'aurai presque préféré une dispute… Disons, pour faire simple, papa a été mis au courant…

Dwalin haussa un sourcil et son cœur se serra en comprenant de quoi il en retournait, puis il se redressa en détournant pudiquement le regard pour ne pas avoir à soutenir celui, triste, de son cousin.

— Et c'est ton père qui a envoyé Frérin à Erebor ? Pour vous séparer ?
— Voilà.

Le ton était pratiquement éteint et voir le brun ainsi dans cet état fit mal à Dwalin qui remit inconsciemment une bonne dose du premier alcool fort à porté de sa main dans le verre de Thorin. Il en but une rasade à même la bouteille au passage pour noyer le malaise qui le prenait à l'idée de parler aussi librement d'une relation incestueuse, même s'il s'agissait de son cousin et meilleur ami, puis il reprit d'un ton rassurant :

— Vous allez en profiter pour reconsidérer correctement votre… Relation… Sans l'aspect charnelle. Après tout, tu viens de vivre vingt-sept ans sans lui et tu t'en es très bien sorti… Les choses auraient pu être pire, tu ne crois pas ?
— Non… Je ne pense pas.

Il avait parlé sèchement, comprenant que le barman n'approuve pas leur relation, mais lui en voulant de chercher à lui donner des leçons et Dwalin soupira sans oser en rajouter. Aucun des deux ne désira continuer la conversation et le plus grand se concentra sur Boromir et Aragorn qui vinrent lui commander un cocktail léger et coloré. Fili en profita pour s'approcher et il posa sa main sur l'épaule de Thorin.

— Il faut que je vous parle, à toi et Frérin…
— A propos de quoi ?
— Smaug.

Le plus vieux fronça les sourcils et lança un regard aiguë à son neveu, puis, comme les consommateurs commençaient à s'approcher du bar pour commander leur première boisson de la soirée, il se leva et fit signe à Fili de le rejoindre à l'extérieur. Bilbo les suivit aussi et Thorin s'adossa contre le petit muret qui faisait face au Shari en fourrant ses mains dans les poches.

— Thorin, ça fait une semaine qu'on essaie de vous joindre, où étiez- vous ?
— Chez moi.
— Sans sortir ? Est-ce que vous avez reçus nos messages au moins ? Nous savons que Smaug a utilisé des photos compromettantes vous concernant… Et je suis vraiment inquiet pour vous deux, sincèrement.

Surpris non pas par la nouvelle, mais par le fait que Fili soit au courant, Thorin se redressa pour regarder son neveu dans les yeux, inquiet :

— Comment sais-tu ça ? Qui te l'a dit ?
— Nous l'avons… Découvert par nous même…
— Tu veux dire que Bilbo est encore aller fouiner et toi, maintenant, tu le couvres…

Fili répondit au reproche d'un haussement d'épaule, à l'instar de Biblo qui se contenta de détourner le regard en faisant mine de ne pas entendre son meilleur ami. Toutefois, Thorin était soulagé de savoir que rien n'avait fuité. Son père avait lourdement insisté pour s'assurer que personne d'autre ne soit au courant, pas même dans le cadre familial.

Pour ce qui était de Dwalin, le brun savait que, de toute manière, son cousin le connaissait trop bien et il était trop perspicace pour qu'il cherche à lui cacher quoique ce soit, et il en allait de même pour Fili et Bilbo, c'est pourquoi il n'avait pas l'intention de perdre son temps à leur mentir.

— Ce n'est pas le problème, Thorin, On veut vous aider… Smaug est réellement sur Frérin et maintenant qu'il a-
— C'est trop tard, Fili. J'apprécie votre aide, mais c'est trop tard… Frérin a décollé pour Erebor il y a une dizaine d'heure…

Fili et Bilbo écarquillèrent les yeux et restèrent sans voix, figés et stupéfaits par l'annonce de Thorin qui inspira lourdement avant de s'adosser à nouveau contre le muret en sortant son portable qu'il regarda distraitement.

— Il devrait être arrivé maintenant…
— Mais… Il est parti seul ? Tu n'as pas voulu l'accompagner ? Que s'est-il passé ?

Thorin soupira une nouvelle en rangeant son portable après avoir envoyer un rapide SMS à son frère, qui sera sans réponse, à l'instar de tous les autres et il resta silencieux un instant avant de parler d'une voix amère :

— Il s'est passé beaucoup de choses, mais ça se résume à un point final brutal et cauchemardesque…
— Comment va Frérin ?

Le plus vieux baissa le regard et inspira profondément, touché par la panique qu'il entendit dans la voix de son neveu.
Les deux frères venaient de passer la semaine comme enfermés dans un cocon de tendresse, de douleur, de pardon et d'adieu, vivant les derniers jours en tachant de profiter un maximum l'un de l'autre et se vouant des promesses qu'ils désiraient éternelles. Puis Frérin s'était rendu à l'aéroport, seulement accompagné de sa mère et, depuis, Thorin n'avait aucune nouvelle.

— Il va comme un mec qui a donné tout ce qu'il possédait pour continuer à vivre ce que le monde entier considère comme un caprice, et à qui on a arraché tout ce qui restait… Que ce soit ses repères ou sa confiance…

Fili resta sans voix et, avec douceur, Bilbo s'approcha du plus vieux pour poser affectueusement sa main sur son bras. Thorin accepta le réconfort sans un mot tandis que le blond se passait une main affligée dans les cheveux en soupirant.

— Il revient quand ?
— Papa ne veut plus le revoir à Osgiliath et il m'a interdis d'aller à Erebor… Nous n'avons pas envie de tourner le dos à notre famille et couper irrémédiablement les ponts avec papa et la mère de Frérin pour ça, ce serait trop bête. Il s'agit d'une relation incestueuse, nous allions droit dans le mur de toute manière.
— Tu parles ainsi, mais ce n'est pas toi qui as été exilé à Erebor !
— Frérin est d'accord avec moi, c'est lui qui a accepté de partir, moi je voulais me battre pour qu'il puisse rester, qu'importent les concessions. Mais, au moins, il n'est plus dans la même ville que Smaug…
— Il… Il s'est passé quelque chose avec Smaug ?

Thorin resta silencieux, mais Fili lu la réponse dans son attitude meurtrie, qu'il n'avait encore jamais vu aussi terne et il ferma douloureusement les yeux en serrant les dents. Le silence opaque s'étendit et Bilbo pressa tendrement le bras de son meilleur-ami pour capter son regard et lui offrir un sourire rassurant, décidant de passer à autre chose.

— Tu dis que vous alliez droit dans le mur, peut-être, mais pourquoi ne pas considérer cet accident, non pas comme le mur qui met un terme à votre relation en la détruisant, mais comme un obstacle à franchir ? Vous pouvez encore trouver une solution…

Le sourire que Thorin lui envoya fit comprendre à Bilbo et Fili que le brun n'avait, justement, aucunement baissé les bras et que c'était déjà ainsi qu'il voyait les choses.

— Nous sommes lucides, mais pas résignés. Si le prix à payer pour que l'on soit un jour ensembles, sans incertitude et sans craintes du lendemain, est cette séparation de quelques mois, alors on le paiera, puis on se retrouvera pour rester ensemble. Vivre dans le secret ne nous dérange pas, mais mentir à nos proches et nos amis n'est pas la même histoire. Je veux pourvoir continuer à regarder mon père dans les yeux quand je lui parle de mon frère.
— Tu penses qu'il finira par accepter ?
— Non. Mais arrivera un moment où il considèrera ça comme de l'histoire ancienne et il cessera de nous surveiller. Ce sera à nous de faire en sorte qu'il n'évoque plus le sujet…

Thorin semblait déterminé et Fili sourit à son tour en lui pressant l'épaule.

— Si vous avez besoin de soutien, tu sais que tu pourras toujours compter sur moi… Il faut aussi que tu saches que Bard est actuellement en croisade contre Smaug et nous lui avons proposé notre aide.
— Quand tu dis « Nous lui avons proposé notre aide », tu veux plutôt dire que Bard a enrôlé Bilbo sans lui demander son avis et que la meilleure manière que tu as de veiller sur lui c'est de t'incruster dans l'histoire, puisque même toi ne pourras pas l'empêcher de fouiner…

Le jeune journaliste protesta en assurant que c'était faux, que Fili était réellement inquiet pour ses oncles, mais Thorin se contenta de rire en captant le clin d'œil complice que lui envoya le blond, qui posa sa main sur la taille de son petit-ami pour l'attirer à lui et le faire taire d'un baiser bref.

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Merci d'avoir lu !

Encore et toujours désolée pour les délais en ce moment.

Je continue d'écrire, mais à un rythme beaucoup moins soutenu parce que je travaille beaucoup à côté, sur plusieurs gros projets que j'aimerai mener à terme.

Je remercie très fort le soutient de mes lecteurs !