oOo
— Alors on en fait quoi ? On pourrait le louer à l'un des établissements privés de Minas Morgule, il sera très apprécié là-bas…
— Où alors on le garde un peu ici, juste pour voir où son ses limites…
Tremblant de peur et de dégout, la gorge serrée et le cœur au bords des lèvres, Bilbo tentait de ne pas écouter les propositions, toutes aussi écœurantes les unes que les autres, que lançaient les hommes d'Azog d'une voix abjecte. Le grand albinos les écoutait d'une oreille distraite, son regard carnassier posé sur le petit journaliste, agenouillé au sol devant lui et les poignets liés dans le dos.
Réjouit de sa prise, Azog se leva pour s'approcher du jeune homme et il s'abaissa devant lui pour chercher à capter son regard planté au sol :
— Tu étais tellement surveillé, ces derniers temps, par les flics ou même le SIG, que je me demandais si on arriverait un jour à te remettre la main dessus, j'en étais même venu à me dire qu'on aurait mieux fait de t'emmener avec nous la nuit de noël où nous nous sommes rencontrés… Rencontre que je ne suis pas prêt d'oublier…
Pensivement, le plus grand caressa une fine cicatrice brune sur l'arrête de son nez, cadeau du coup de tête que Bilbo lui avait donné et le journaliste déglutit douloureusement, cherchant à juguler la terreur qui fit vibrer son sang lorsque la main d'Azog se posa sur sa gorge. Les doigts glissèrent contre sa peau jusqu'à la nuque, puis remontèrent dans ses boucles indisciplinées qu'ils agrippèrent fermement pour forcer le plus jeune à lever les yeux, lui arrachant un souffle douloureux.
— Mais ce n'est pas grave… Je te tiens enfin et, malgré le fait que, effectivement, un mec comme toi pourrais m'apporter un très bon prix auprès de mes clients les plus… fidèles, je me demande si je ne vais pas te garder pour ma consommation personnelle… Après tout, certains de tes reportages m'ont couté très chers et m'ont fait perdre quelques clients… Ou proies… Je suis en droit d'exiger compensation…
Bilbo n'entendit même pas les ricanements immondes des hommes d'Azog, la peur le faisait presque suffoquer et il ferma brusquement les yeux lorsque la poigne sur ses cheveux se fit plus brutale, pour le maintenir tandis que la bouche du plus grand s'écrasa sur la sienne. Il voulut se débattre, en vain, il sentit la prise s'intensifier tandis que l'autre main se posa sur son corps immobilisé par les liens et il ne put que prier pour un miracle.
Toutefois, lorsque la porte de la salle s'ouvrit brusquement, amenant un silence religieux dans la salle, même Azog se sépara du journaliste pour se redresser et faire face au nouvel arrivant sans un mot, Bilbo comprit que la situation, qui était désespérée, allait considérablement s'aggraver à partir de maintenant :
— Azog… Tu t'es trouvé un nouveau jouet…
— Il s'agit seulement d'un journaliste amateur, Smaug, celui-là n'aura aucune valeur à tes yeux…
Bilbo déglutit en silence, tremblant et le regard rivé au sol. Il ne broncha pas lorsque Smaug, d'une démarche souple, s'approcha de lui pour poser deux doigts sous son menton afin de lui lever le visage et croiser son regard. Le plus jeune, qui n'avait jamais approché Smaug d'aussi près, se perdit dans les pupilles vénéneuses, incapable d'émettre le moindre mot, ni même de penser à respirer. Le temps sembla se figer un instant, puis un terrifiant sourire calculateur éclaira le visage reptilien de l'homme d'affaire qui lâcha Bilbo avant de se tourner vers Azog :
— Combien pour celui-là ? Je n'ai pas grand chose sur moi, là tout de suite, mais je suis prêt à y mettre le prix. Il me le faut.
— C'est que je ne pensais pas le vendre maintenant… J'ai quelques comptes à régler avec lui, il s'agit d'une affaire personnelle... Si c'est du hobbit que tu veux, ces gamins originaires de la Comté, je peux t'en trouver d'autres plus appétissants, il y en a quelques uns dans les rues d'Osgiliath que nous avons en vu actuellement.
Les pupilles de Smaug se rétractèrent et son regard revint une nouvelle fois caresser la silhouette prostrée de Bilbo, avant de revenir se planter dans les yeux d'Azog.
— Ne me dis pas, Azog, que tu as choppé ce mec sans savoir qui il est vraiment….
— Qui il est ? Que veux-tu dire ? C'est juste un parasite qui nous colle depuis quelques mois et qui va enfin comprendre qu'il s'est attaqué à trop gros pour lui…
Smaug eut un ricanement condescendant et il s'approcha une nouvelle fois de Bilbo pour caresser tendrement sa joue.
— Ça, Azog, c'est dérisoire… Si ça avait été n'importe qui, je ne l'aurai pas regardé… Mais il s'agit du meilleur-ami de cet exécrable fils de Thraïn et, cerise sur le gâteau, du tout nouveau petit-ami de Fili, qui est aussi obtus que son grand-père, à moins que l'on ait les bons arguments en main…
Embroché par le regard suintant d'une intelligence mauvaise, Bilbo resta sans voix un instant, avant de souffler du bout des lèvres :
— Je… Je ne vois pas de quoi vous parlez… J'ai effectivement côtoyé les descendants de Thror pour écrire un article sur eux, mais jamais je n'ai été aussi proche que vous l'affirmez…
Smaug eut un sourire amusé et il se redressa, attrapant le bras de Bilbo pour le mettre debout lui aussi, avant de plonger sa main dans sa poche pour en sortir une liasse conséquente de billets de grande valeur qu'il jeta aux pieds d'Azog, qui le regardait, les sourcils froncés, sans oser l'intercepter, mais furieux de voir le destin de sa proie lui échapper.
— C'est ce qu'on verra… Voilà un acompte, Azog. Je laisse le journaliste à tes doux soins, mais j'aimerai que, pour l'instant, tu n'y touches pas, du moins, rien d'irréversible. Je vais entrer en contact avec Fili, j'ai un petit service à lui demander et, si jamais il me donne satisfaction, tu le relâcheras et je te paierai en conséquence. Sinon, fais en ce que tu veux…
Smaug termina sa phrase en plaçant Bilbo contre le torse d'Azog, qui posa sa grande main sur son épaule en acquiesçant silencieusement, pressant inconsciemment les doigts sur le journaliste qui tressaillit de douleur et de peur en sentant à quel point la colère faisait vibrer le corps de son bourreau.
oOo
— Frérin ne restera pas indéfiniment à Erebor, Thraïn, et tu le sais. Tout comme tu sais que, si tu veux l'assagir, l'envoyer aussi loin n'est pas la solution…
— Je préfère le savoir loin.
— De Thorin ?
— Non. De Smaug. Je sais que la répugnante liaison incestueuse leur passera, mais pas l'intérêt, tout aussi immonde, que Smaug trouve à mon fils…
— Notre fils.
Il lança un regard en coin à sa femme et, une nouvelle fois, l'aura mortelle qui émanait d'elle depuis qu'ils avaient appris ce que Smaug avait fait subir à Frérin le fit frissonner. Fin stratège, Thraïn était du genre à réfléchir et calculer ses chances avant d'agir et, plus d'une fois, ces derniers jours, il avait été contraint d'enfermer Sigrid pour l'empêcher de se rendre chez Smaug armée d'un ouvre-lettre, prête à castrer le bourreau de son fils.
— Sigrid, pour l'instant, on ne peut rien faire contre Smaug, il a ces photos et tout ce pouvoir… Si on lui déclenche la guerre maintenant, il nous bouffera… Crois moi, Frérin est mieux à Erebor…
Elle poussa un soupir exaspéré, le regard noir, et voulu répondre, mais la porte du bureau dans lequel ils discutaient fut ouverte brusquement et le couple resta un instant figé en étudiant les deux personnes qui entrèrent d'une démarche franchement dangereuse et même Thraïn sursauta lorsque Thorin vint jusqu'à lui avant de plaquer violemment ses mains su la table de noyer qui le séparait de son père, le transperçant de son regard orageux, tandis que Fili s'immobilisait derrière lui en croisant les bras sur sa poitrine, le corps excessivement tendu :
— Papa, je vais être bref : Le petit-ami de Fili, qui est aussi mon meilleur ami, vient de se faire enlever par les mafieux qui travaillent pour Smaug.
— Ho non…
D'un geste désolée, Sigrid porta sa main à la bouche, lançant un regard navré à Fili, toutefois, sans oser l'approcher pour lui apporter une quelconque marque de réconfort, intimidée par l'aura ténébreuse qui émanait du petit-fils de Thrain. Ce dernier déglutit rapidement, alarmé lui aussi, et il demanda nerveusement :
— Y a t-il des revendications ?
— Quelques unes, oui.
Thorin poussa un soupir lourd avant de lancer un regard en coin à Fili, qui grinçait silencieusement des dents, avant de revenir sur son père :
— Fili a été contacté secrètement. Smaug veut travailler avec lui, en tant qu'associé. Rien d'autre.
Thraïn fronça les sourcils, soudain inquiet de savoir que, en plus de Frérin, Smaug revendiquait aussi son troisième héritier et il eut peur que ce soit pour les mêmes raisons, mais Sigrid n'eut aucun mal à comprendre les machinations de leur rival :
— Il veut prendre tes parts, Fili… Si tu acceptes de collaborer avec lui et que tu signes un quelconque contrat, il n'aura plus qu'à évincer Thorin et Frérin de la lignée de succession et te garder avec lui pour récupérer la firme de Thrain à sa mort...
Elle inspira doucement avant de lancer un regard à Thrain, qui acquiesça silencieusement pour l'autoriser à parler, puis elle continua en faisant la moue, s'adressant à Fili :
— Ta mère est censé être la première héritière mais, lorsqu'elle a décidé de se retirer, nous avions choisi Thorin, plutôt que toi, pour prendre sa place, car tu étais plus jeune et Dis ne voulait pas que ses fils soient mêlés à ça.
Encore une fois, Sigrid se tut, demandant silencieusement à son mari si elle pouvait en dire plus et ce fut lui qui continua :
— Toutefois, Dis tenait à ce que la discussion revienne sur le tapis lorsque vous auriez l'âge d'en décider vous-même, toi et Kili, et que tu sois replacé en tête de succession à ta majorité... Ce qui a été fait sans que l'on vous en parle… C'est pourquoi, légalement, si je venais à décéder maintenant, toi et Thorin auraient quelques… Questions à régler.
Thorin écarquilla les yeux, de même que Fili, et tous les deux échangèrent un regard avant que le blond ne s'avance en fronçant les sourcils :
— Mais… Pourquoi n'avoir rien dit ?
Il serra les lèvres et Sigrid répondit à sa place :
— Dans la mesure où vous semblez bien vous entendre, votre père voulait retarder l'échéance, avec l'accord de Dis, et vous laisser choisir votre voie, pour voir lequel de vous quatre était le plus intéressé, afin de ne pas créer de tension dans la famille. Personne n'était censé être au courant de ça, nous voulions que vous choisissiez vous-même de reprendre, où non, la firme… Kili est trop jeune, Frérin clairement pas intéressé, ne restait plus que vous deux, et rien ne vous empêchera de collaborer, cette firme est assez grande pour être gérée à deux, voire même plus… Nous ne voulions pas que vous entriez en conflit vis à vis de ça, c'est pourquoi nous attendions le bon moment pour vous en parler, à tous les quatre.
Fili poussa un lourd soupir nerveux et il se passa la main dans les cheveux en ruminant amèrement :
— Bilbo est réellement en danger. Ils possèdent tout un réseau extrêmement bien agencé qui pourrait le faire disparaître en un claquement de doigt dans des conditions innommables… Si je comprend bien, Smaug a entendu parler de cette… Faille, dans la succession, et il espère me manipuler de manière à ce que je lui cède ma place. Vu le dossier qu'il possède sur Frérin et Thorin, jouer avec nous jusqu'à les évincer sera pour lui un jeu d'enfant… C'est la raison pour laquelle ça fait quelques mois maintenant qu'il essaie de me liguer contre Thorin et Frérin, il espérait certainement que je revendique moi même cette première place dans la succession. Mais ça n'a pas marché alors il change de tactique… D'abord il s'en prend à Frérin, et, par extension, à Thorin, et maintenant, c'est Bilbo…
Le blond serra les poings, et, levant le regard, il croisa celui, déterminé, de Thorin.
Apprendre qu'il n'était, légitimement, pas le premier héritier avait froissé le grand brun, mais ce détail avait totalement été oblitéré par la situation catastrophique dans laquelle ils se trouvaient. Fili n'allait pas rester imperméable à ce qui menaçait son petit-ami et, de ce fait, il était prêt à donner à Smaug tout ce qu'il voulait et ce n'était certainement pas Thorin qui l'en empêcherait, tant il se sentait lui aussi concerné par le sort de Bilbo. Toutefois, le plus vieux gardait en tête que lui, son père, mais, surtout, Frérin, et peut-être même Kili, étaient les prochains sur la liste de Smaug et que, si perdre la firme ne lui semblait pas être un gros sacrifice, il en allait autrement pour ses proches.
Surtout que Smaug ne cachait plus son intérêt pour Frérin et savoir son demi-frère dans les griffes de ce monstre, si jamais il parvenait à ses fins, lui retournait l'estomac.
— Les autorités sont-elles au courant ?
La voix douce de Sigrid ramena les deux plus jeunes à la réalité et ce fut Fili qui répondit :
— Bard sait que Bilbo a été enlevé. Mais Smaug m'a demandé de ne contacter personne pour dénoncer le marché qu'il m'a proposé.
— Très bien… Dans ce cas, Fili, tu vas accepter la proposition de Smaug.
Fili, qui avait déjà pris sa décision, acquiesça sans un mot, seuls Sigrid et Thorin froncèrent violemment les sourcils suite à l'ordre sans appel de Thrain, qui continua sur le même ton :
— S'il pense pouvoir jouer avec nous de cette manière, il tombera de haut… Cela prendra peut-être un peu de temps et te demandera certainement quelques… Concessions. Mais si tu parviens à lui faire comprendre que tu es suffisamment ambitieux pour chasser Thorin et prendre sa place, peut-être que nous parviendrons à le pousser à la faute… Si tu es proche de lui et qu'il te croit son allié, alors nous aurons quelques cartes avantageuses entre les mains… Sigrid fera la liaison entre toi et Bard pour tenir le SIG informé. L'important, surtout, c'est que ton petit-ami sois en sécurité le plus tôt possible.
Sigrid resta un moment interdite, inquiète à l'idée de laisser le petit-fils de son mari à proximité d'un homme aussi dangereux, mais elle ne refusa pas le rôle que lui donna Thraïn. Thorin, voyant là l'occasion de se débarrasser enfin de Smaug, à terme, se tourna vers Fili pour presser affectueusement son épaule, malgré sa gorge serrée par l'inquiétude.
— Surtout, fais attention à toi. Pour l'instant, tout ce qu'il veut, c'est que tu deviennes son associé. Ton rôle sera de t'afficher avec lui, de participer à ses conseils et il te posera certainement beaucoup de questions sur la firme de papa. N'hésite pas à lui dire la vérité s'il le faut, tu gagneras sa confiance, sinon, si tu sens que les renseignements sont dangereux, évases les un peu, mais reste cohérent. Lis attentivement tous les contrats qu'il te demandera de signer, aussi. Il gardera certainement Bilbo en caution pour s'assurer de ta bonne volonté, mais je te promets que ça ne durera pas…
— Merci, Thorin. Tout ce que je peux te conseiller, c'est de te préparer à faire front si jamais Smaug rend ses photos publics, il le fera certainement très prochainement…
Thorin haussa les épaules en se demandant à quel point cette histoire pourrait dégénérer. Pour l'instant, tout ce qu'il avait en tête était la sécurité de Bilbo et, aussi, de Frérin, que la distance n'avait pas mis à l'abri de la convoitise de Smaug. Le reste, il avisera le moment venu.
oOo
— Merci, Eowyn, d'avoir fait ça pour elle.
— C'est autant pour toi que pour elle, tu sais.
En souriant, Eowyn mis les rênes de la jument qu'elle tenait dans les mains de Merry, qui hésita brièvement avant de s'approcher doucement afin de flatter l'encolure de Windforlas.
— Promis, je te rembourserai intégralement, en attendant, je considère qu'elle est à toi…
— C'est bon, Merry. De toute manière, j'ai d'autres chevaux à monter, si toi tu ne t'en occupes pas, elle finira en bête à foin, donc c'est un service que tu me rends. Et puis… Qui accompagnera Eomer en concours si toi tu arrêtes de la sortir ? N'oublies pas qu'on attend encore le cavalier qui lui fauchera la première place, j'en ai marre de le voir caracoler en tête à chaque podium et je suis certaine que toi, tu parviendras un jour à lui rabattre le claquet.
Merry rigola gentiment, enfouissant ses doigts dans les crins de sa jument, tout en promettant à Eowyn qu'il était déterminé à battre un jour Eomer sur son propre terrain et elle rigola à son tour en espérant être là pour voir ça. Ils retrouvèrent leur sérieux lorsque l'objet de leur discutions arriva en soupirant lourdement, le visage troublé. Merry glissa sa main contre son flanc en lui lançant un regard curieux :
— Alors ? Pourquoi Hectias voulait absolument te rencontrer ?
Bien entendu, Merry et Eowyn connaissaient la réponse, car, après tout Hectias n'était personne d'autre que le sélectionneur de l'équipe du Rohan, que cela faisait quelques temps qu'il suivait de près le parcours d'Eomer et que les championnats du monde, qui se déroulaient l'année prochaine à Numénor, faisaient jaser tous les cavaliers, tant le niveau annoncé était exceptionnel et le spectacle promettait d'être éblouissant. Pensivement, le cavalier passa son bras autour de la taille de Merry qu'il caressa du bout des doigts.
— Il y a un stage de sélection dans un mois, il aimerait m'y voir avec Firefoot…
Eowyn et Merry échangèrent tous les deux un sourire fier, et le plus jeune ne put s'empêcher d'agripper la chemise de son fiancé pour lui arracher un baiser ravi.
— C'est super ! Tu vas faire parti de l'équipe nationale pour la plus grande compétition qui soit !
— Certes… J'ai mes chances d'être pris, il parait…
Le ton neutre interpella Merry qui se sépara de lui en fronçant les sourcils :
— Il… Il y a un problème ?
Eomer lança un regard indéchiffrable au plus jeune, avant de lever la main pour lui caresser galamment la joue :
— Il ne s'agit pas d'une simple compétition que je courrais à mon nom, mais des championnats du monde, et si j'y vais, ce sera sous les couleurs du Rohan… Tous les entrainements seront là-bas, je ne pourrai pas rester à Osgiliath, et, encore moins, continuer mes études… Hectias m'a bien fait comprendre qu'il attendra le meilleur, et même plus, de chacun des cavaliers de l'équipe, rien que les qualificatives seront d'un tout autre niveau que les compétitions que je fais en ce moment…
— Ho.
L'annonce jeta un froid et Merry déglutit, conscient de ce que tout cela impliquait pour Eomer, et, aussi, pour leur couple. Il baissa le nez en plissant les lèvres, penaud, mais il se reprit très rapidement et il haussa les épaules :
— Les championnats du monde à Numénor, Eomer… Seulement sept cavaliers par pays, les meilleurs, auront le droit d'y participer, tu imagines l'expérience que tu vas vivre ? Et contre qui tu auras à défendre ton pays ? Il y a des gens qui tueraient pour prendre cette place !
— C'est tentant… Il faut simplement que j'y réfléchisse et que je voie ce que ça implique pour mes études, parce que je ne pourrai pas continuer à faire les deux, il est temps que je fasse un choix…
Merry acquiesça et, remerciant Eowyn qui se proposa de rentrer la jument, il resta avec Eomer, qui plongea ses doigts dans les boucles indisciplinées de son fiancé, jouant distraitement avec en lui lançant un sourire doux.
— Si je suis sélectionné, l'équipe du Rohan embauchera un groom de mon choix pour le mettre à ma disposition : préparer mes chevaux, reconnaître les parcours, s'occuper des formalités…
— Pauvre âme réduite en esclavage simplement pour le plaisir de trainer sur les plus gros concours du monde…
— En fait, c'est à toi que je pensais proposer le post… Mais si ça ne te plait pas, tant pis, il y a quelques cavalières ici qui vendraient leur âme pour faire ça et pour me coller à longueur de temps… A moins que je ne trouve un autre jeune cavalier ambitieux qui rêve de voir l'envers du décor et de m'accompagner sur tous les concours…
Merry écarquilla les yeux, avant qu'ils ne se voilent de noir, et d'un geste rageur, il empoigna la chemise de son fiancé en grondant méchamment :
— N'y pense même pas ! J'accepte, mais c'est pour te surveiller, et il est hors de question que tu m'asservisses !
— Trop tard, c'est déjà fait.
Merry répondit d'un sourire amusé à la boutade d'Eomer, puis il se glissa dans ses bras pour se presser contre le torse puissant du cavalier.
— De toute manière, ça ne durera que quelques mois, ça ne nous tuera pas…
— Je ne sais pas… Car si je suis pris dans l'équipe, j'arrêterai mes études et je ne sais pas si j'aurai le courage de les reprendre à la rentrée suivante avec une année de retard. Je pense que je me consacrerai entièrement à l'équitation et que je ne reviendrai pas sur Osgiliath… Ce n'est pas un choix facile à prendre…
Merry acquiesça en caressa doucement le torse du plus vieux, avant de poser doucement sa joue sur son épaule.
— Je vois… Tu as déjà pris ta décision ?
— Je voulais en parler avec toi d'abord.
— C'est ta vie, je n'ai pas à te demander de rester ici juste pour le plaisir de t'avoir avec moi. Si tu restes, ce sera parce que tu préfères finir tes études et avoir un emploi stable dans un domaine que tu apprécies aussi, pas parce que je ne veux pas te voir partir…
— Merry… C'est toi qui m'as demandé en mariage et j'ai accepté… Ma vie, je compte la partager avec toi, c'est pour ça que j'aimerai savoir ce que toi, tu en penses. Vivre avec un cavalier professionnel te demandera quelques concessions…
Merry resta silencieux un instant, conscient que, effectivement, si jamais Eomer décidait de vivre de sa passion, leur vie serait quelque peu différente, entre les entrainements quotidiens, les week-ends entiers en concours, parfois très éloignés, la pression des grosses compétitions, des sponsors ou des rivaux… Toutefois, le plus petit estimait qu'il n'avait plus de famille et il sentait que, au fond, Eomer était fait pour être cavalier, rien d'autre, et que s'il crachait sur l'opportunité qui lui était offerte aujourd'hui, il le regrettera amèrement plus tard. C'est pourquoi il fit doucement glisser ses mains dans les poches arrière du jean de son fiancé, appréciant, comme à chaque fois, la fermeté de ses fesses musclées par l'équitation, et il répondit avec avec aplomb :
— Hé bien… Je pense que je vais commencer à me renseigner pour les études à distance, il paraît que pratiquement tous les cursus ont leur plateforme pour les étudiants qui ne peuvent pas suivre en présentiel… Comme ça, j'étudierai pendant que toi tu t'entraines, et je pourrai te suivre, où que ce soit… Puisqu'il n'est pas question que je reste séparé de toi trop longtemps…
Eomer eut un sourire rassuré et il attira le visage de Merry à lui pour lui prendre un baiser avant de souffler contre ses lèvres :
— De toute manière, les sélections ne sont pas encore faites, je me ferai certainement recaler dès le premier jour…
— Tu rêves, si tu y vas, c'est pour y rester, et gagner ! Et je te préviens que je ne t'épouse que si tu finis sur le podium, sinon,
bye bye !
— Et si je gagne ?
— Ha là… Si tu deviens champion du monde… Tu feras de moi ce que tu voudras… Pas seulement en tant que groom…
— Tu as si peu confiance en mes compétences pour proposer une chose pareille ?
— Au contraire, j'ai totalement foi et je m'en réjouis d'avance…
Eomer se laissa séduire par le sourire mutin de son fiancé qu'il embrassa avec appétit, plongeant fougueusement sa langue dans sa bouche pour attraper celle de Merry, avant que celui-ci se sépare de lui en lui lançant un regard gourmand :
— Il n'y a plus personne aux écuries… On va dans la grange ?
— Notre relation n'est plus un secret pour personne, on peut directement aller dans ma chambre…
— Non… Je préfère la grange… J'adore quand tu me prends en levrette dans le foin…
— Moi, ce que j'adore, c'est quand tu me sors ce genre de chose sur le ton le plus naturel qui soit… Tu n'imagines pas l'effet que ça me fait…
Le sourire que le plus jeune lui envoya lui fit comprendre que, au contraire, Merry était parfaitement conscient de l'effet obtenu et qu'il savait très bien en jouer. Toutefois, le cavalier ne s'en formalisa pas et, après un dernier baiser, il attrapa la main du plus jeune pour prendre avec lui la direction du grenier où étaient entreposées les réserves de fourrage pour l'hiver.
oOo
Merci d'avoir lu !
Ceux qui suivent Koop savent déjà que j'ai eu un petit coup de démoralisation dernièrement, parce que j'avais l'impression que plus personne n'en avait rien à faire de mes fics et que je ne voyais pas l'intérêt de continuer à écrire et poster.
Mais ça commence à aller mieux, en tout cas, un gros gros merci à tous les reviewers, c'est vraiment vous qui me boostez à écrire !
PS: Il y a peut-être pas mal de fautes d'orthographes ou d'inattention, mais j'ai quelques problèmes d'yeux en ce moment et je ne peux plus passer beaucoup de temps sur un écran, malheureusement pour moi, donc j'ai essayé de relire très rapidement, un mot sur deux, à ce point, on ne parle plus de relecture XD.
