— Ho par Eru ! Je ne savais pas que Fili était si… hem…
— Putain… Kili a un don pour les shootings…
— Vous pensez qu'il l'a photoshopé ?
Les joues roses, Rosie, Arwen et Eowyn, agglutinées l'une sur l'autre dans le canapé confortable du grand salon, commentaient un magazine féminin de Minas Tirith dont Fili, peu vêtu, faisait la une.
— Thorin n'est pas mal non plus…
— Oui mais lui, il est inaccessible au commun des mortels, alors que Fili…
Feuilletant un autre magasine people, qui avait acheté les photos les plus hots que Frérin avait faites de son frère, Tauriel répondit à Orianne en lançant un regard nouveau en direction du jeune blond, actuellement dans la cuisine de la grande maison, en conversation avec Aragorn. Mais Fili ouvrit le bras à ce moment pour accueillir Bilbo qui lui fit gouter un plat qu'il préparait, et la rousse poussa un lourd soupir déçu.
Ces dernières semaines, Fili, Frérin et Thorin avaient beaucoup fait parler d'eux dans la presse, mais uniquement dans l'affaire qui les opposait à Smaug. Mais l'engouement des journalistes pour les descendants de Thror avait mué en quelque chose de moins sérieux… La guerre médiatique qui opposait Frérin à Bilbo et Kili, à celui qui rendrait son propre champion plus important que l'autre, y était certainement pour quelque chose...
— De toute manière, les meilleurs sont toujours- Ho mes dieux, putain de merde ! Qu'est-ce qu'ils foutent là, ces glandus ?
Les yeux écarquillés, alors qu'elle se contentait de feuilleter nonchalamment la revue, Arwen était tombée sur une double page qui présentait des clichés, qu'elle qualifia mentalement de hautement sexy, des étudiants de sciences politiques : Aragorn, Boromir et Eomer, qui posaient de manière osée et les filles restèrent sans voix.
— C'est Eomer…
La voix d'Eowyn était toujours la même, et, pourtant, quelque chose dans son intonation amena un petit silence dans la salle. Mais, lorsqu'ils virent les photos, Aragorn et Boromir se ruèrent dans le salon accolé à la pièce en commentant joyeusement :
— On est en troisième page ! On va rattraper les deux mirmidons ! Ils sont peut-être les descendants de la plus grosse firme d'Erebor, mais non, on envoie du pâté aussi ! Entre Numénor, Minas-Tirith et Edoras, si la presse veut des héritiers beaux-gosses, elle sera servie !
Jubilant, Boromir arracha le journal des mains d'Arwen qui resta sans voix et il lu rapidement les légendes qui accompagnaient les photos tandis qu'Aragorn rétorqua nonchalamment :
— Et encore, ceux-là sont ceux de la semaine dernière… Attendons les prochains, avec toutes les interviews qu'on a données, ils oublieront presque de parler de Thorin ou Fili…
— Hors de Question !
D'un même geste, Bilbo et Kili attrapèrent le journal à leur tour avant que le petit-frère de Fili ne parle rapidement :
— Ok, c'est mort pour les parutions de la semaine, mais si on s'y prend correctement, Fili peut faire les couvertures d'Osgitendance, Pelennor inception et le South Lady…
— On peut aussi essayer de grapiller les Unes d'Erebor…
— Impossible, Frérin à le monopôle là-bas… Mais si on joue avec tes indics, on peut couvrir tout le Gondor !
— Ho… Tout le Gondor… comme c'est mignon…
Tous occupés à commenter les journaux peoples, ils n'avaient pas entendu l'arrivée de Légolas qui venait de parler d'une voix condescendante. Il lança un regard navré sur les différents magazines avant de soupirer d'un ton dramatique en sortant plusieurs revues de son sac :
— Mais, après tout, tout le monde ne peut pas se permettre de devenir l'égérie de Thingol en personne…
D'un geste nonchalant, il jeta sur la table les différents périodiques qu'il avait dans les mains, retenant un sourire en coin face à l'effarement qui brilla dans les yeux de tous lorsqu'ils constatèrent que la quasi totalité des nouveaux magazines de la semaines ne parlaient que de l'héritier des royaumes sylvestres du Nord, qui venait de signer un contrat avec le numéro un de la mode mondiale.
— J'y crois pas, on est relayé en cinquième page ! Il faut absolument qu'on retrouve Eomer et qu'on fasse de nouveau clichés !
— Comment ça «Qu'on retrouve Eomer » ? Vous avez perdu votre meilleur pote ?
Allongé dans un hamac, feuilletant distraitement l'un des magazines, Faramir interrogea son frère d'un ton curieux. Celui-ci fit la moue en haussant les épaules.
— Cela fait quelques jours qu'on n'a plus aucune nouvelle de lui… Il ne vient même pas en cours ! On a voulu interroger Merry, mais il a disparu lui aussi…
— Et ça ne vous inquiète pas ? La dernière fois que Merry a disparu, il était en réalité au fond d'une cave à crever de froid à cause de ses parents homophobes !
— On pensait faire des recherches…
— Quand ça ?
Aragorn et Boromir échangèrent un regard embêté, avant que le grand brun ne se tourne vers Eowyn, totalement déconnectée de la conversation car occupée à commenter les photos de Legolas avec Arwen et Tauriel, et il lui tira la manche.
— Juste une question, tu sais où son ton frère et son fiancé ?
— Ils sont au Rohan pour la semaine, vous ne saviez pas ?
— Au Rohan ? Mais ils fouttent quoi là-bas ? Il ne faut pas se marier avant de faire la Lune de Miel, normalement ?
Eowyn lança à Boromir un regard navré, avant de répondre avec patience :
— Boromir… Ils sont aux sélections pour l'équipe du Rohan… Les championnats du monde… le saut d'obstacle… Tu te rappelles des ambitions de ton meilleur pote ?
La question jeta un blanc et le gondorien marmonna quelque chose comme quoi on ne lui disait jamais rien à lui. Mais lui et Aragorn eurent un sursaut en même temps et ils sautèrent sur Eowyn :
— Quoi ?! Les sélections sont cette semaine ?! Mais il nous a dit que ce serait en avril !
— On a même créé une banderole pour l'encourager !
— Et on avait acheté des pétards et une corne de brume pour l'ambiance…
Eowyn ouvrit la bouche, se rendant soudain compte qu'elle venait de faire une bourde, mais Legolas eut un ricanement narquois :
— Pas étonnant qu'il ne vous l'ai pas dit… Firefoot manque l'apoplexie à chaque fois qu'il vous voit ! Sans parler du scandale que vous aviez créé au grand prix du Gondor…
Aragorn et Boromir échangèrent un regard coupable, et le gondorien se pencha sur son pote pour demander en chuchotant :
— Le scandale du Gondor, c'est lequel ? Quand on a refusé de payer les frites servies froides et beaucoup trop chères ?
— Non... C'est quand tu as dragué la chef de piste qui t'a soupçonné de vouloir attirer ses faveurs pour permettre une « ristourne » sur le chrono d'Eomer…
— J'essayais simplement de me rendre utile, ça sert à ça les amis…
— Parce que tu l'avais vraiment accosté pour ça ?
La poker face de Boromir répondit à sa place, mais le gondorien, pour se sauver la mise, se redressa en tapant du poing sur la table :
— Notre meilleur pote vit une étape importante de sa vie et il préfère filer en douce avec son fiancé plutôt que demander le soutient de ses amis !
— C'est peut-être un test…
— Pour voir à quel point on lui est dévoué ?
— Peut-être qu'en réalité, il attend désespérément notre venue, dont il a besoin…
Le numénorien et le gondorien semblèrent avoir soudain l'illumination divine et il se tournèrent l'un vers l'autre, assurant avec ferveur :
— Si on lui montre que, malgré tous les pièges, on restera toujours au rendez-vous, ses plus fervents supporteurs, ça lui fera chaud au cœur !
— Et il saura ainsi que, où qu'il aille, ses amis le retrouveront !
Aragorn acquiesça et, lucide, il réfléchit rapidement :
— Par contre, si on veut être au Rohan avant la fin des sélections, il nous faudra partir très rapidement…
— En commençant par trouver une voiture…
— Thorin est en Ered Luïn, il n'a pas besoin de son bolide…
Boromir grimaça avant d'assuré sérieusement :
— Je préfère la voiture de sport de Frérin, elle a des néons…
— Ouais mais Frérin, pour lui emprunter sa voiture, il demande un chèque de caution…
— Peut-être, mais Thorin, lui, il nous fait signer un accord à déposer au commissariat pour assurer que, s'il y a infraction, ce n'était pas lui au volant… Et puis il demande, aussi un chèque de caution.
— Quoi !? Mais quel enfoiré ! C'est vraiment pas une légende : les descendants de Durïn sont des vrais rapias !
— On peut aussi prendre celle du petit génie top model… Son papa lui en a offert une belle pour son anniversaire. Et racée tout comme j'aime, avec des sièges à mémoire de forme. Et puis Legolas nous doit bien ça, vu qu'il nous a piqué la vedette…
— Quoi ?! C'est hors de question ! Je ne prête ma voiture à personne !
Aragorn soupira et Boromir souffla entre ses dents :
— Ceux qui viennent des mines sont des rapias, mais il n'y a pas plus égoïstes que les sylvains…
— Au pire, on peux prendre la mienne…
Boromir se contenta d'hausser un sourcil :
— Je croyais qu'elle était à la fourrière…
— On peut la récupérer…
— Depuis le temps qu'elle y est, le prix que tu auras à payer pour la reprendre sera au moins le double de sa valeur neuve…
— On peut la récupérer… Sans payer…
Boromir le sonda, n'osant pas comprendre l'insinuation, et Aragorn continua d'un ton bas :
— Cela fait des mois que j'étudie les rondes de la fourrière… Si on s'y prend correctement, il y a moyen de la faire évader cette nuit… Après ça, on file jusqu'au Rohan et notre présence permettra à Eomer de trouver la force et le courage d'affronter son destin.
— Wow… t'es pas mon meilleur pote pour rien, toi…
Personne n'entendit les murmures conspirateurs des deux zouaves de sciences po et, tandis que, de leur côté, Kili et Bilbo mettaient au point une contre attaque pour permettre à Fili de faire la une des prochains numéros, les autres s'intéressèrent à autre chose :
— Au fait, Tauriel, où en sont les réparations du Shari ?
— Elles sont finies, mais Dwalin en profite pour changer la déco… Avec l'argent de l'assurance, il a gagné cinq fois plus que la valeur initiale du bar… Je pense qu'il se fait plaisir…
— En même temps, il aurait été fou de ne pas assurer le Shari… ce qui est étonnant, c'est qu'une telle chose ne soit pas arrivée plus tôt…
Les autres hochèrent la tête face à l'affirmation de Rosie qui s'étira mollement, toujours avachie dans le canapé luxueux. En cette morne fin d'après-midi mi-pluvieuse, mi-neigeuse, la totalité des clients réguliers du Shari s'étaient retrouvés dans leur nouveau QG pour glander avec panache.
Quelques semaines plus tôt, un jeu alcoolisé avait mal tourné et, dans des circonstances aussi floues que dramatiques, une partie du Shari avait pris feu. Les choses auraient pu bien se terminer… Si les consommateurs avaient été en état de réagir correctement et s'ils avaient eu autre chose que les cocktails détonants de Dwalin dans les mains pour gérer l'incendie.
Au final, personne n'avait été blessé, ce qui, selon Haldir, était grâce à son intervention héroïque. Selon les spécialistes, ils avaient tous eu beaucoup de chance, surtout cet abruti d'officier de police, présent en tant que civil au moment des faits, dont l'alcool avait noyé son instinct de survie et son sens des priorités.
Toutefois, la cave avait peu souffert de l'accident, rapidement maitrisé, et la réouverture du bar à cocktail était prévu d'un instant à l'autre, Dwalin avait promis une somptueuse pendaison de crémaillère II pour fêter l'événement.
— On mange quoi ce soir ?
La question trainante de Faramir, toujours allongé dans son hamac qu'il avait accroché dans un coin de la pièce, fut entendu malgré la dispute qui faisait encore rage entre Légolas vs Kili et Bilbo, et ce fut Orianne qui répondit en rajoutant une bûche dans la cheminée :
— Bofur parlait de faire des pâtes au thon…
— Encore ? Vous ne préférez pas commander une pizza ?
Sans s'occuper du débat qui enfla soudainement à propos de la collation du soir, Arwenn, Tauriel et Rosie commencèrent à se battre pour récupérer les clichés des quelques beaux-gosses qui partageaient leur quotidien, sous l'œil désespéré de Pippin qui voyait son propre commerce de photographie battre de l'aile depuis que ce petit jeu avait commencé.
Orianne, quant à elle, se leva en attrapant sa lourde écharpe qu'elle enroula autour de son cou et elle haussa les épaules :
— Pour le diner, je donne mon vote à Faramir. Bonne soirée tout le monde, à demain.
Elle allait quitter le salon mais Tauriel, une dizaine de photos en main qu'elle fourra dans sa poche, se leva à son tour pour la rejoindre :
— Tu vas au Shari ? Je t'accompagne… L'idée que Dwalin s'occupe seul de la déco me fait un peu peur…
Orianne accueillit sa proposition avec un sourire. Le Shari n'était pas loin, mais, depuis que la lycéenne s'était faite agressée dans la rue, Tauriel avait pris l'habitude de l'accompagner partout où elle allait si jamais elle sortait seule, avec ou sans raison.
Un peu plus loin, dans la cuisine, Fili sortit du four les petits ramequins que Bilbo avait faits. Conscient qu'il n'y en avait pas assez pour tout le monde et qu'une catastrophe pouvait facilement arriver si jamais il faisait savoir qu'un truc potentiellement mangeable était prêt, il se contenta de les poser sur l'immense établis qui trônait au centre de la spacieuse cuisine bien aménagée. Il se rendit ensuite dans le salon pour récupérer son petit-ami, occupé à dessiner un monocle et des moustaches sur les images de Legolas, dont la totalité des sourires avaient été édentés au feutre noir, et il se colla à lui en ceinturant sa taille, susurrant d'un ton velouté :
— Un nouveau restaurant Ithilien vient d'ouvrir pas loin d'ici, ça te tente ?
Le plus jeune n'eut pas besoin de réfléchir longtemps avant d'accepter l'invitation et, sans un mot, il suivit le blond hors de la salle. Ils rejoignirent l'immense corridor de l'entrée et, avant que Bilbo n'ait le temps d'attraper son manteau accroché contre le mur, Fili attrapa ses hanches pour lui réclamer un long baiser tendre. Mais la porte extérieure s'ouvrit à ce moment et ils restèrent tous les deux figés, les yeux écarquillés par la surprise face au nouvel arrivant qui leur lança un regard étonné :
— Frérin ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Fili avait posé sa question d'un ton stupéfait et son oncle le regarda un instant avec effarement, avant de répondre d'une voix aussi calme qu'inquisitrice :
— Et vous ?
— Nous… Nous partions…
— Ha… C'est bien…
Un court silence s'étendit, mais Fili reprit, curieux :
— Tu n'étais pas censé revenir si tôt d'Erebor… Qu'est-ce que tu fais là ?
— Il me semble que c'est à moi de vous poser cette question… Après tout, vous êtes en train de copuler dans ma maison…
— De une, on ne copule pas, de deux, on pensait que tu resterais là-bas pour un bon moment encore…
Le plus vieux haussa les épaules et il parla en se regardant les ongles :
— La célébrité est devenue difficile à vivre… Et puis le procès commence la semaine prochaine, j'ai quelques rendez-vous au tribunal avec notre avocat pour finir certains dossiers… D'ailleurs, vous êtes tous les deux attendus aussi… Demain et mercredi.
Fili acquiesça et il poussa Bilbo vers la sortie après avoir récupéré leur manteau, puis il répondit rapidement, dans un sourire bienveillant :
— Oui… On viendra… On a… Bilbo a fait des ramequins… Avec un peu de chance, il en reste un pour toi… Sinon, il y a les restes d'un poulet au martini dans le micro-onde, personne n'est au courant, encore… Ho, et puis… On a condamné le premier étage, celui où tu vis, personne n'y est allé, ne t'inquiète pas, mais il me semble que Gimli a des problèmes de plomberie dans son appart, il s'est installé dans une chambre au troisième… Tauriel a apprivoisé la famille d'écureuils aussi, ont les utilise pour faire passer des messages en leur collant des post-it sur le dos… Et… Hem… On a essayé de nettoyer depuis, mais on a utilisé le quatrième étage pour une partie de paint-ball, il reste des traces…
Frérin se contenta d'hausser un sourcil, puis les deux autres disparurent à l'extérieur, sans lui laisser l'opportunité de demander plus de renseignements. Toutefois, un éclat de voix en provenance du salon l'interpella et, lui qui s'était attendu à retrouver sa maison vide et glacée, se dirigea prudemment vers ce qui semblait être une lutte sans merci pour le dernier ramequin. Son arrivée passa totalement inaperçue et, indifférent, il se glissa jusqu'au micro-onde, s'empara du plat qui y était caché, puis s'en alla comme il était venu, dans un silence pragmatique, ayant la fâcheuse impression que quelque chose lui échappait et qu'une fuite avait eu lieu au Shari, libérant la horde de fous qui avait échoué dans sa maison.
oOo
— Orianne ! Tu as vu l'heure !?
Se pensant discrète, Orianne grimaça lorsque la voix de sa mère tonna dans la maison. Elle avait, peut-être, passée un peu trop de temps au Shari à discuter de la décoration avec Tauriel et Dwalin, alors qu'ils étaient en milieu de semaine et elle avait donc allègrement dépassé le couvre-feu.
— Je suis désolée… J'étais avec Faramir et Kili pour travailler sur un-
— Pour travailler… Hm hm… Dit plutôt que c'est encore ce garçon…
Avisant le sourire en coin de sa mère, Orianne retint un rougissement et elle haussa les épaules en détournant les yeux. Elle n'avait jamais cherché à lui mentir, mais elle ne voulait pas non plus lui dire qu'elle sortait avec Dwalin, un homme, non un garçon, de plus de dix ans son aîné et qui était présent dans sa vie depuis sa naissance, ayant très souvent été embauché par ses parents en tant que baby-sitter.
Elle posa ses affaires et, peu désireuse de continuer la conversation, elle se dirigea vers les escaliers pour rejoindre sa chambre, mais sa mère l'apostropha à nouveau :
— Tu ne manges pas ?
— J'ai déjà pris un truc.
— Tu es certaine que ça suffit ?
— Mais oui, maman.
Fuyant à l'étage, Orianne avait répondu sèchement, mais sa mère ne se laissa pas impressionner et elle vint se poster en bas des marches :
— Attend, ma belle, j'ai quelque chose à te dire…
Le ton était soudainement différent et, déjà en haut, la lycéenne se figea, inquiète, avant de se tourner vers la plus vieille qui se triturait les doigts.
— Maman ?
— Viens.
Mal à l'aise, Orianne redescendit pour se rendre dans le salon et, sous l'invitation de sa mère, elle s'assit dans un canapé.
— Tu sais qu'Halldorûn a eu une promotion…
— Comment passer à côté…
Elle avait marmonné doucement, se souvenant sans peine de la soirée pénible à laquelle elle avait dû assister avec tous les collègues de son beau-père pour fêter l'occasion. Des gens imbus d'eux-mêmes, travaillant dans une branche obscure des finances dont personne ne comprenait le principe, pas même eux, et au sens de l'humour beaucoup trop misogyne pour être appréciable.
— Hé bien… Le poste qu'il convoitait lui est maintenant accessible, et il a décidé de le prendre.
— C'est génial.
Elle avait répondu d'un sarcasme, pas vraiment intéressé. Il fallait dire que son beau-père était loin d'être la personne qu'elle appréciait le plus ici-bas, et se réjouir pour lui était au delà de ses moyens. Toutefois, avant que sa mère n'approfondisse, elle se souvint de quelque chose en particulier et elle se redressa :
— Tu parles du poste à Belegost ?
La plus vieille acquiesça avec un regard déçu, mais Orianne retint un sourire ravi à l'idée de voir ce boulet partir à l'autre bout de la carte pour son job si fantastique. Sourire qui se fana lorsque sa mère enchérit dans un souffle :
— Et nous le suivrons… Mon entreprise a une filiale là-bas et elle a accepté ma mutation…
Orianne était maintenant blême, son regard stupéfait planté dans celui de sa mère qui lui lança un sourire rassurant.
— Nous ? Comme… Toi ET moi ?
La plus vieille haussa un sourcil en sondant sa fille, soudain mal à l'aise face au ton révolté de cette dernière.
— Bien entendu. Mais ne t'inquiète pas, nous ne déménagerons qu'après ton bac.
La mâchoire de la lycéenne se décrocha, et elle ne put que bredouiller doucement :
— Mais… Je ne veux pas aller à Belegost ! Tous mes amis sont ici ! Ma vie est ici !
— C'est l'occasion d'en commencer une nouvelle ! Avec des amis plus sains…
Halldorûn, qui rentrait à l'instant, venait de pénétrer dans le salon en parlant de ce ton si hautain qu'Orianne détestait tant, et elle lui envoya un regard venimeux, horripilé par son petit sourire victorieux. Sa mère jurerait le contraire, mais la jeune fille était persuadée que son beau-père se délectait de sa détresse et que la seule raison pour laquelle il acceptait qu'elle les accompagne, c'était pour la voir se morfondre tous les jours dans cette cité et cette vie qu'elle détestait déjà sans même y avoir mis les pieds.
— Chéri… Je m'en occupe…
Sa mère avait parlé doucement en posant une main affectueuse sur l'épaule de son conjoint, et il sortit de la pièce avec une moue narquoise éloquente « Je l'avais bien dit, que la mioche causerait problème ». Orianne eut un claquement de langue agacé, mais elle ne dit rien et fusilla sa mère du regard.
— Ma belle, rien ne t'empêchera de garder contact avec tes amis.
C'en était trop pour la jeune fille, pourtant gentille et plutôt effacée, mais l'idée de partir d'ici lui était insoutenable et elle grinça des dents en se jetant sur ses pieds :
— Mais pourquoi les choses se passent toujours comme ça, avec toi ? Tu ne veux pas me demander mon avis au moins une fois, avant de m'imposer tes caprices ?
— Baisse d'un ton, jeune fille ! Il me semble avoir déjà beaucoup sacrifié pour ta petite personne et rien ne nous retient dans cette ville sordide !
Orianne écarquilla les yeux, sans voix, et sa mère soupira avant de reprendre plus doucement :
— Pardonne-moi, chérie, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire…
— Quoi alors ? Que je suis un boulet que tu trimballes et qui te pourris la vie ?
— Arrête avec ça ! Tu sais, depuis le départ de ton père, je-
— Mon père a un nom et il serait temps que tu arrêtes de l'utiliser comme excuse à la moindre difficulté ! Et je préfèrerais encore partir vivre chez lui à Erebor plutôt que de vous suivre en Ered Luïn !
Orianne n'avait pas crié, mais sa voix s'était aiguisée sous l'exaspération. Elle ne savait pas si elle pensais sincèrement ses mots, mais, sur l'instant, il lui était impensable de s'éxiler ainsi avec sa mère et son beau-père dans une colle qu'elle ne connaissait pas.
Elle se souvenait avoir été parfaitement heureuse, avec ses deux parents, lorsqu'ils étaient encore ensembles et que leur amour était sincère. Tout comme, avec du recul et de la maturité, elle avait compris que, dans l'histoire, sa mère était la fautive, ainsi qu'une certaine personne qui, lorsque ses parents étaient encore mariés, était son collègue, et son amant, et, aujourd'hui, il était son conjoint. Et Orianne était de plus en plus exaspérée par la manière dont sa mère tentait de la monter contre son père, à coup de remarques sournoises et commentaires acides, retournant les faits en affirmant que tout était de sa faute et qu'elle était la victime.
Mais la plus vieille reprit d'un ton narquois, sondant sa fille d'un regard perplexe :
— A Erebor ? Que comptes-tu faire là-bas ? Il n'y a pas d'enseignement pour les langues anciennes !
— A Belegost non plus.
— L'université y est très reconnue…
— Moins que celle d'Osgiliath. Maman, s'il te plait, j'aimerai rester ici. Je peux me débrouiller, je vais avoir dix-huit ans bientôt...
— Justement, tu es trop jeune pour rester vivre seule aussi loin de ta famille ! Je n'ai pas à te rappeler ce qui a failli t'arriver au début de l'année !
— Mais ça n'a rien à voir ! Et je ne suis pas seule ! Je peux vivre chez Dwalin !
— Chérie… Je sais qu'il t'apprécie, mais de là à t'imposer dans sa vie… Il n'est plus ton baby-sitter, tu sais.
Orianne leva les yeux au ciel en retenant un commentaire bien pensé, se doutant que pour une raison autre que celle avancée par sa mère, squatter chez Dwalin n'était pas l'idée du siècle, même si c'était extrêmement tentant, et elle enchaina :
— Je peux me trouver une colocation.
— Orianne… S'il te plait, ne complique pas la situation.
— Tu ne pourras pas m'emmener de force !
Agacée par la tournure de la conversation, Oriane avait bondi du canapé. C'était toujours la même chose, de toute manière, le dialogue n'était pas possible avec sa mère, surtout lorsque celle-ci prenait des décisions. Mais la lycéenne avait grandi, maintenant, et il n'était plus question de subir en silence les lubies de sa mère, surtout si cela signifiait de s'exiler dans le Nord pour vivre avec son exécrable beau-père et faire une croix sur ses études de lettres anciennes. Tout le monde savait que les meilleurs professeurs de cette discipline enseignaient à Osgiliath.
Sèchement, elle récupéra ses affaires qu'elle avait posées dans l'entrée et elle sortit, sans s'occuper de sa mère qui la rappela. Elle n'entendit pas Halldorûn certifier à sa conjointe que la gamine revendrait bientôt la queue entre les jambes faute de savoir se débrouiller toute seule.
oOo
La tension était électrique au grand manège d'Alburg, ville phare de l'Estfold où se situaient les élevages les plus prestigieux du Rohan. Il s'agissait aussi de l'endroit où se trouvait l'académie nationale d'équitation, patrimoine culturel de ce pays dont le savoir équestre rayonnait toujours. Les locaux accueillaient pour la semaine la soixantaine de cavaliers, de toutes disciplines, prétendants à intégrer l'équipe Rohirim en vue des prochains championnats du monde et le niveau était déjà très élevé.
Le large couloir qui passait entre les boxes grouillait d'une animation trépignante, entre les grooms qui couraient d'une sellerie à l'autre, étrillant avec application les chevaux de grand prix dont la renommée n'était plus à faire, les cavaliers qui étudiaient les combinaisons ou bien les figures sur lesquelles ils seraient jugés ou bien les palefreniers qui géraient l'entretien des stabulations, l'ambiance était saturée par la concentration, l'effort et, aussi, le stress, propre à la compétition.
— Et maintenant, il reste combien de temps ?
— Vingt-minutes, toujours, vu que tu m'as posé la même question il y a trente secondes à peine…
— Firefoot va bien ?
— Il est toujours en forme depuis la dernière fois que tu es allé voir, je pense.
— Il était un peu raide hier à la détente…
— Ça va mieux aujourd'hui.
— Tu penses qu'Hectias haussera encore les cotes aujourd'hui ? C'était très haut hier, même Elfhelm a fait tombé des barres…
— C'est le principe d'une sélection… Les sept cavaliers qui tiendront la cadence tout en présentant un bon potentiel d'évolution auront leur ticket pour Numénor…
— C'est trop dur, on ne pourra jamais-
— Tait-toi un peu.
Une main affectueuse plongea dans sa tignasse et Merry leva les yeux pour accrocher le regard d'Eomer qui lui sourit gentiment :
— Je ne t'avais encore jamais vu aussi stressé…
— Je ne t'avais encore jamais vu aussi calme avant une compétition…
Assis sur une botte de foin, les deux amants avaient vue sur l'agitation qui régnait dans les écuries et, machinalement, pour s'occuper les mains, Merry nettoyait, pour la troisième fois de la journée, le filet de Firefoot tandis qu'Eomer réglait correctement ses éperons. Le cavalier fit la moue en se redressant et, d'un discret signe de tête, il désigna l'un des sélectionneurs qui semblait flâner dans les écuries :
— Ce n'est pas pour rien qu'ils nous mettent une pression aussi énorme, le niveau est tellement bon que nous ne serons pas départagés selon nos prouesses ou notre technique… A potentiel égal, ils prendront la personne qui a le plus de cran et qui gère le mieux son stress…
— Ho…
Le sélectionneur en question accrocha le regard d'Eomer et, les mains dans les poches, il s'approcha du couple, un brun de paille dans la bouche, et il s'arrêta au pied de la botte de foin, levant les yeux pour les saluer.
— Eomer, Meriadoc.
— Erkenbrand.
Ils se laissèrent glisser au sol pour lui rendre son salut, et le vieux cavalier eut un sourire amusé en voyant de quelle manière Merry, pâle, se triturait les
doigts :
— Lequel de vous deux monte pour le titre de champion du monde, au juste ?
Eomer retint un rire et, gentiment, il passa un bras autour de la taille de Merry qui rougit sensiblement :
— Il faut être indulgent avec lui, il a décidé de s'inquiéter pour tous les cavaliers de cette sélection…
— Il faut bien qu'il s'inquiète pour quelqu'un, puisque son fiancé fait parti des grands favoris de cette saison…
— Vraiment !?
Merry avait levé les yeux vers Erkenbrand, soudain rayonnant, et ce dernier se contenta de lui envoyer un clin d'œil avant de se tourner vers Eomer :
— Comment va ton oncle ?
— Bien. Il vous passe le bonjour et il sera présent demain, à la présentation de l'équipe du Rohan.
— Bonne nouvelle. Sa présence sur les terrains nous manque cruellement…
— Ça lui manque aussi. Mais il a l'intention d'entrainer une petite équipe pour représenter les écuries Edoras à la coupe nationale, l'année prochaine, il n'a pas encore décroché complètement. Ma sœur et Merry seront de la partie.
Interloqué, Merry se tourna vers Eomer, absolument pas au courant de ce fait, et Erkenbrand eut un sourire ravi en regardant le plus petit dans les yeux :
— Hé bien, Eomer, il te faudra t'accrocher pour conserver ton titre face à de tels adversaires…
Le cavalier acquiesça sincèrement, et le plus vieux se détourna d'eux pour s'éloigner avec un demi-sourire :
— On se voit dans vingt minutes sur la carrière 3...
Eomer hocha la tête et il suivit distraitement le sélectionneur du regard, mais Merry lui attrapa le col et le força à se tourner vers lui :
— La coupe du Rohan ?
— C'est une idée de Théoden, pas la mienne… Si tu as des revendications, c'est avec lui qu'il faut voir…
Merry ferma les lèvres, mais il eut un sourire mutin et, d'une pression, il l'attira à lui pour l'embrasser avec ardeur, soulevant un rire du plus grand.
— Si ça c'est simplement pour fêter un mot d'encouragement d'Erkenbrand, je suis curieux de voir ce que ce sera si je suis sélectionné…
— Ou si tu deviens champion du monde…
— On avait dit qu'on ne faisait pas d'hypothèses sur un quelconque classement aux championnats tant que je ne suis pas dans l'équipe…
Merry fit la moue et il se sépara d'Eomer en retenant un sourire victorieux, lui tournant le dos pour se diriger vers le boxe de Firefoot et commencer à préparer l'étalon. Son fiancé le suivit en soufflant dans un murmure amusé :
— Il me semble que je fais des jaloux…
— Et comment… Tu es le vainqueur de la coupe du Rohan deux fois consécutives… Tes adversaires savent que-
— Je ne parle pas de ça… Mais de ces filles qui regardent mon groom avec un peu trop d'attention…
Le plus jeune fronça les sourcils et, discrètement, il lança un regard par dessus son épaule brièvement. Il eut le temps d'apercevoir une cavalière et ses deux grooms pouffer dignement en regardant dans leur direction.
— Qu'est-ce qui te fait croire que c'est à moi qu'elles s'intéressent et pas à toi ? C'est peut-être moi qu'elles jalousent…
— Je suis prêt à parier du contraire…
— Vraiment ?
Merry eut un sourire ravi et, encore une fois, il se tourna vers les trois filles. L'une d'elles lui sourit gentiment et il voulu lui répondre d'un clin d'œil, mais son fiancé lui attrapa la taille pour le trainer derrière lui en soupirant.
— N'y pense même pas…
— Elle est mignonne celle-là.
— Tu t'en fous.
— Ok.
oOo
Woa.. Presque deux ans que le premier chapitre a été publié...
Je me demande s'il y a encore des lecteurs qui suivent cette fic depuis le début, vu les derniers délais de publication...
En tout cas, merci à ceux qui sont toujours là.
J'essaie de faire au plus vite, mais ce n'est pas évident, même si j'ai laissé tomber (pour l'instant) l'un des deux cursus que je suivais, pour me concentrer sur mon boulot/passion en ce moment.
Ps: je l'ai déjà dit, mais j'ai une page facebook maintenant, ou je ne poste principalement que des conneries, mais je compte aussi mettre des photos des personnages OC, comme je ne suis pas une fifous des descriptions, c'est plus simple... Et d'autres trucs concernant les fics aussi.
