— Je suis désolée, je ne savais pas vraiment où d'autre-
— Pas de problème, je comprend.

Retenant un bâillement, les cheveux en broussaille, Tauriel ajusta son peignoir en s'installant à table, une tasse de thé dans les mains et les yeux à peine ouverts, face à Orianne qui se triturait les doigts.

— Je n'ai pas l'habitude de m'imposer de la sorte…
— Tu veux une eau chaude ? Café ? Thé ?

Sans écouter la lycéenne, la rousse jeta un œil sur la table du petit-déjeuner, prenant conscience que l'autre n'osait pas se servir.

— Je…
— Tu ne me dérange pas, Orianne… Cet appart est suffisamment grand pour deux et tu peux y rester autant que tu veux.

Tauriel avait assuré d'une voix encore embourbée de sommeil et Orianne retint un discret souffle soulagé, avant de reprendre rapidement :

— De toute façon, je n'ai pas encore demandé à Dwalin, mais dès qu'il aura donné son accord, je pourrai vivre avec lui.

Elle avait parlé avec des étoiles dans les yeux, ravie de l'idée de vivre chez l'homme qu'elle aimait, mais la plus vieille fit la moue en jouant avec sa tasse.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, tu sais. Vous êtes à peine en couple, prenez le temps de vous découvrir avant de vous coller l'un à l'autre… Je n'ai aucun doute qu'il accepterait de t'héberger sans te demander de loyer, il ne pensera même pas à dire non, mais cela entacherait votre relation, si jamais tu deviens totalement dépendante de lui… Et puis… Que dira-t-il si tu lui apprends que tu as fuguées de chez toi parce que ta mère veut t'emmener vivre en Ered Luïn ?

Orianne resta silencieuse en la sondant gravement, se sentant soudain abattue et Tauriel n'eut aucun mal à voir la détresse de la jeune fille, si bien qu'elle soupira en reprenant gentiment :

— Tu sais que je me suis retrouvée dans la même situation que toi ? Sauf que toi, tu as quelque chose que je n'avais pas…
— Quoi ça ?
— Une amie compréhensive et avisée. Qui accepte de t'accueillir chez elle pour une colocation « Arrangée », et qui possède, après avoir travailler dans une dizaine de bars de cette ville, un petit répertoire de « contacts » non négligeable…

Orianne se redressa, un sourire soudain lumineux sur ses lèvres, et elle demanda avec excitation :

— Tu peux m'aider à trouver un job ?
— Et dire fuck à ta mère qui te pense incapable de vivre toute seule… Bien sûr ! Par contre, j'aimerai que tu ailles la voir aujourd'hui pour lui dire où tu as passé la nuit et la rassurer…
— Elle me suppliera de rester à la maison…
— Mais tu n'en as pas envie.

Orianne haussa les épaules en grimaçant :

— J'ai pas envie d'être un boulet.
— Et tu n'as pas envie d'aller aux Montagnes Bleues… Donc…

Tauriel laissa sa phrase en suspens, lui lançant un regard appuyé et, après une brève hésitation, Orianne lui répondit d'un sourire :

— Donc j'accepte ta proposition. Merci beaucoup, Tauriel. Si je peux faire la moindre chose en échange…
— Arrête de t'excuser, pour commencer. Le reste, on verra après. Tu sais cuisiner ?
— J'adore ça !
— Cool, moi je déteste. Et, au fait, tu as cours à quelle heure ?
— Je commence à neuf heures aujourd'hui, j'ai encore du temps.
— D'ac. Moi je ne vais pas tarder. J'ai rendez-vous au studio à huit heure.

Regardant l'heure, Tauriel s'était levée et elle s'étira mollement, avant de se trainer jusqu'à la salle de bain pour s'habiller et se préparer et, toujours à table, Orianne se tourna vers elle pour demander avec curiosité :

— Tu double qui cette fois ? Quelqu'un de connu ? C'est pour un film d'action ?

De la salle de bain, elle entendit la voix de Tauriel qui répondit d'un ton neutre :

— Rien de palpitant… Une petite série qui sortira cet été. Mais ça m'éclate parce que le personnage que je double est une flic adepte du parkour et très douée en arts martiaux, qui ramasse tout les bad guy de la cité. Surtout que l'ambiance sur le tournage est extra. Mais l'actrice, qui est très sympa soit dit en passant, est une véritable larve dès qu'il est question d'action…
— Vous vous ressemblez ?
— On a la même taille et les mêmes mensurations, mais elle est brune et a les cheveux bouclés. Le personnage qu'on incarne, elle est blonde et toujours ultra maquillée. Mais quand on est toutes les deux habillées pour le rôle, certains nous confondent, oui.
— C'est génial… Quand tu parles de ta vie, j'ai l'impression de discuter avec une héroïne de romans… J'aimerai tellement être comme toi.

Avec un sourire, habillée d'un pantalon de sport et d'un débardeur noirs qui ne cachaient en rien son corps entrainé à la musculation fine, Tauriel sortie de la salle de bain en s'attachant les cheveux.

— Tu n'es pas contente avec ce que tu es ?

La plus jeune grimaça en détournant les yeux :

— Je sais pas. J'ai l'impression que ma vie est creuse, ennuyeuse… Je ne sais même pas ce que je vais devenir plus tard…

S'installant à sa chaise pour lasser ses chaussure, Tauriel rétorqua gentiment, d'un ton pédagogue :

— On s'en fout de ce que tu seras plus tard, ce n'est pas ça qui te définie, de toute manière… C'est maintenant que tu dois vivre. Si tu n'aimes pas ce que tu es et que tu es malheureuse, alors pourquoi le rester ? Sur cette terre, la seule personne qui peut te venir en aide pour changer les choses, c'est toi même…
— C'est facile de parler comme ça quand on est toi… Tout le monde n'a pas autant de talent.

La rousse se releva avec un petit rire indulgent, mais, retrouvant son sérieux, elle attrapa sa doudoune pour se tourner vers la lycéenne et répondre
gravement :

— Tu ne sais pas, Orianne, combien je me suis battue pour en arriver là. Il n'est pas question de talent… Mais d'acharnement. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, tout ne m'est pas tomber tout cuit dans le bec.

La plus jeune, touchée par le ton vexé de Tauriel, n'osa pas répondre et l'autre s'habilla rapidement, s'emmitouflant dans une lourde écharpe. Elle sembla vouloir ajouter quelque chose, hésita, puis elle soupira, avant de revenir à la table et s'asseoir face à Orianne en la regardant dans les yeux :

— J'étais une quiche au lycée. J'ai ramé pour avoir le bac, que j'ai eu aux rattrapages. Mes parents me poussaient sans cesse à faire des études lourdes, et il n'était pas question d'échec, pour eux. C'est la raison pour laquelle j'ai ce diplôme de sciences nat., mais je te jure que j'ai galéré comme une merde pendant cinq ans… Quand je leur ai fait part de mon choix de ne pas profiter du diplôme, j'ai eu à peu près la même réponse que toi : « Tu n'as aucune chance de t'en sortir avec tes rêves stupides, nous, on sait ce qui est bien pour toi ! ».

Elle fit une pause pour reprendre son souffle, elle venait de déballer sa tirade sans respirer, et elle reprit plus calmement :

— Ils ne m'ont pas jeté dehors, au contraire, même s'ils me le reprochaient, ils ont accepté l'idée et m'ont même proposé de me payer des formations de n'importe quoi qui me plaisait. Me louer un appart dans la ville de mon choix et continuer de m'aider à vivre le temps que je trouve ma voie. Mais je voulais leur prouver que je n'avais pas besoin d'eux, et j'étais trop fière pour leur demander de l'argent sans rien foutre en échange…

Elle se tut et pinça les lèvres en détournant le regard et continua en haussant les épaules :

— Bref. Voilà où j'en suis maintenant. Je savais déjà que j'étais très douée en arts martiaux, j'avais gagné plusieurs tournois et mes profs étaient tous satisfais de mes progrès. Et, comme c'est quelque chose qui me plait, j'ai décidé de tenter de vivre avec ce talent. Mais j'ai dû beaucoup travailler pour avoir le niveau requis et être embauchée par les studios, ça ne s'est pas fait d'un claquement de doigt. L'argent que j'ai gagné avec ça, je l'ai utilisé pour acheter du matériel photo et intégrer quelques formations, histoire de continuer à ne travailler qu'avec ce que j'aime. Puis je me suis découvert une passion pour les cocktails et les bars d'Osgiliath…

Il y eut un silence et elles échangèrent un regard, avant qu'Orianne ne détourne les yeux en pianotant sur la table.

— Pour vivre de cette manière, il ne suffit pas d'avoir le courage de se jeter dans les milieux qui nous attirent malgré leur précarité, il faut aussi savoir ce que l'on aime… Et posséder un savoir-fait suffisamment conséquent pour en vivre…
— Il est plus facile de se former sur quelque chose qui nous plait qu'un truc qui nous ennuie… On est tous doué quelque part, et c'est triste de laisser nos dons pourrir parce qu'on ne prend pas la peine de les exploiter…

Orianne grimaça avant d'hausser les épaules :

— Moi, je ne suis douée en rien.
— Dans ce cas, tu passeras une vie misérable à attendre de voir ce que tu vas devenir plus tard… Avant de te rendre compte que plus tard est déjà passé…

Orianne eut un sourire face au ton soudain badin de la plus vieille qui se jeta sur ses pieds avant de lui envoyer un baiser volant :

— Passe une bonne journée, ma belle ! Je pense aller chez Frérin ce soir, Eowyn et Arwen ont proposé de faire des gâteaux et une petit fête pour célébrer le retour de Merry et Eomer et la qualification de ce dernier ! On se revoit là-bas ?

Orianne grommela une réponse positive, réfléchissant aux mots de la serveuse, et la rousse s'éclipsa, criant, avant de passer la porte, qu'un double des clés de l'appartement se trouvait dans le pot de l'entrée.

oOo

— Ces fous de journalistes sont plus intéressés par cette… Relation que par ce qu'a fait subir ce monstre à mon fils…
— Notre fils.

Thraïn ne releva pas la remarque sèche de son épouse et l'avocat qui discutait avec eux souligna prudemment :

— Parce que, c'est triste à dire, mais la réalité : les gens veulent du scandale, et celui qu'offrent vos fils est bien plus intéressant qu'un procès qui s'annonce trop compliqué…
— Alors après avoir subit les immondices de Smaug, Frérin doit aussi affronter ces vautours de journalistes ?
— Votre fils est solide. Et il sait que ce n'est qu'une vague qui mourra d'elle même.
— Nous parlons d'un viol, bordel ! Pas d'un vol à la tire !

Sèchement, il frappa du poing sur la table, amenant l'avocat à sursauter, et, à côté de lui, Sigrid approuva frénétiquement, allant même jusqu'à ajouter d'une voix polaire :

— Les choses sont claires, monsieur. Scandale incestueux ou non, PDG multimilliardaire ou non, nous voulons que l'homme qui a fait ça à notre fils paie.

Elle n'eut pas besoin d'en rajouter. Son attitude suintait d'une fureur dangereuse et l'avocat compris que, s'il ne parvenait pas à gagner contre Smaug et lui rendre au centuple ce qu'il avait fait subir à Frérin, alors ce serait la dernière affaire qu'il aurait disputée avant que sa carrière ne termine au caniveau. Il déglutit discrètement avant de reprendre d'un ton professionnel :

— Il paiera, madame, les charges contre lui sont trop lourdes, surtout que le procès ne concerne pas le viol de votre fils, mais ses placement illégaux… Mon confrère qui gère sa défense ne pourra pas facilement tourner les choses en leur faveur…
— Alors pourquoi vous appuyer sur cet hypothétique lien qui aurait uni Thorin et Frérin ?

L'avocat soupira d'un ton las, puis il concéda d'une petite voix, intimidé par l'aura furieuse de son client.

— Parce que le problème vient de là, justement : Smaug n'hésitera pas à se justifier en expliquant qu'il n'a pas violé votre fils, mais que celui-ci s'est… Hum… prostitué, en échange de son silence, pour cacher cette relation incestueuse… Il ne l'a même pas forcé. Je crains réellement qu'il n'appuie sa défense sur la facilité qu'il a eue pour convaincre Frérin de le retrouver… Il est même capable de faire croire que votre fils le voulait réellement et qu'il s'agissait d'un acte consenti… Surtout que nous n'avons aucune preuve tangible pour l'inculper de viol…
— Mais… le SMS que Frérin a reçu ?
— Un seul SMS : « Je t'attend à 21h dans la suite 501, ne me fait pas attendre »… Je crains que ce ne soit pas suffisant… Tout comme… Pour valider les aveux de Frérin, qui nous a appris que Smaug le harcèle depuis qu'il est au collège, il nous faut des témoins et des preuves… Tout ne se jouera pas uniquement sur sa parole…
— Il n'a pas des amis qui peuvent témoigner ?

Sigrid fit la moue à la question de son époux, avant de souffler d'un ton amer :

— Frérin ? Des amis ? Je n'ai pas à te rappeler comment s'est passé sa scolarité, tu étais autant concerné que moi…

Thraïn soupira lourdement en s'adossant à sa chaise, lançant un regard perçant à l'avocat qu'ils avaient engagé pour défendre leur fils :

— Et donc, ce que vous, vous proposez, c'est d'avouer que mes enfants-
Nos enfants.
— Nos enfants ont bien entretenu une relation incestueuse au moment des faits ?
— Même si vous ne le faites pas, Smaug se fera une joie de donner tous les détails lors du procès…
— Je refuse. Surtout que je ne vois pas en quoi cela changera la donne. Au contraire, ils perdront la sympathie des jurés…
— Ils la perdront de toute manière, car Smaug la fera savoir !

Agacée, Sigrid avait répondu sèchement à son mari, aussi buté que pouvait l'être un Durïn, avant de se tourner vers l'avocat qui hocha la tête en continuant :

— Effectivement… Je pense que nous ne devons pas cacher une telle chose, surtout que c'est en utilisant cette relation que Smaug s'en est pris à votre fils…
— Et donc ?
— Et donc, en affirmant que Thorin et Frérin avait bien une liaison qui dépassait le cadre de la fraternité à ce moment, une relation qu'ils désiraient garder secrète, sans surprise, nous pourrons affirmer que Frérin s'est retrouvé totalement sans défense lorsque Smaug lui a fait ce chantage.

Thraïn poussa une exclamation de rage et il croisa les bras en fulminant :

— Franchement ? C'est tout ce que vous pouvez faire ? Mais est-ce que vous vous rendez réellement compte de quoi il s'agit, monsieur ? La vie n'est pas faite de codes pénaux et autres jargons assommants !

L'avocat fronça les sourcils, sans comprendre et, sur le même ton, Sigrid reprit, blême :

— Savez-vous ce qu'il se passe lorsqu'une fille se fait violer, monsieur ? Le commissaire auquel elle ose se plaindre lui rétorque qu'elle n'avait qu'à mieux s'habiller… Nous avons la chance de pouvoir faire entendre notre voix durant ce procès car nous y avons mis les moyens et que les accusations pleuvent maintenant sur Smaug. Mais, de une, Frérin n'est pas une fille, ce qui est pire car, non seulement sa plainte risque d'être ignorée, mais, en plus, moquée. Parce qu'un homme ne se plaint pas de ce genre de chose, loi ou pas loi, vous voyez ? De deux, affirmer qu'il était en couple avec Thorin ne lui sera pas favorable, car se cacher derrière leur lien incestueux, c'est comme dire qu'il était ivre au moment des faits : offert et vulnérable. Et peu de gens se sentiront concernés par un jeune homme richissime qui couche avec son propre frère, puis avec un PDG milliardaire, sans chercher à se défendre physiquement, après l'avoir rejoint de son plein gré sur un simple SMS, soi-disant pour garder secret le lien qu'il a avec son aîné... Et pleurer au chantage ne nous permettra pas de gagner autre chose que la pitié des jurés qui ferons savoir que si notre fils ne s'était pas abandonné dans les bras de son frère, il n'en aurait pas été là…
— C'est pourtant ce qu'il s'est passé-
— Ce qu'il s'est passé, c'est que Smaug a forcé Frérin à avoir une relation sexuelle avec lui ! Relation incestueuse en amont ou non ! Il l'a menacé, manipulé, trompé… Il a joué avec lui !
— Mais-
— Mais, comme tous ces connards de journalistes, vous cherchez à attirer l'attention sur le lien qui les liait plutôt que sur ces faits qui doivent être sanctionnés ! Vous êtes comme ces flics qui condamnent la jupe trop courte d'une jeune fille en sang et en larme ! Rien ne peut justifier un viol ! Smaug voulait Frérin, Frérin a refusé, alors il l'a forcé. Merde, c'est pas si compliqué !

Enflammée et incendiaire, Sigrid s'était levée, sans laisser à aucun moment l'avocat prendre la parole, les yeux débordant de larmes ingérables et sa voix se brisa sur les derniers mots. Accablée, elle baissa la tête, trop fière pour montrer ses émotions et elle se rassit en tremblant de rage :

— Vous allez le pourrir. Je veux qu'il découvre l'impuissance, la honte, l'injustice et la détresse, comme il l'a imposé à mon fils !
Notre fils.
— Notre fils. Et il n'est pas question de médiatiser sa vie privé, car là n'est pas la question. Si vous voulez vous faire mousser avec un scandale à défendre, vous n'êtes pas au bon endroit. Nous blâmons ce que Smaug s'est permis de faire à Frérin. Un viol, rien d'autre.

L'avocat se racla la gorge mais, face au couple qui ne souffrait aucune contradiction, il abdiqua et se leva pour prendre congé, les poings crispés.

Sans frapper, Thorin pénétra dans la pièce à ce moment, effaçant l'épaule pour laisser partir l'avocat, à qui il lança un regard froid, avant de claquer la porte derrière lui.
Il rejoignit ensuite son père, qu'il étreignit, avant d'embrasser Sigrid, qui lui demanda gentiment :

— Tu as fait bon vol ?

Il répondit distraitement à l'affirmative, avant de s'asseoir sur le siège qu'avait occupé l'avocat juste avant lui, en entrant sèchement dans le vif du sujet :

— Il n'est plus question que je reste caché en Ered Luïn ? Le procès commence demain, je n'étais pas censé être présent…

Sigrid et Thraïn échangèrent un regard avant de s'asseoir face à lui :

— Nous pensons que… Finalement, le mieux est d'ignorer ces rumeurs qui vous concerne…
— Vous savez que ce ne sont pas des rumeurs.

Il ne voulait pas se montrer provoquant, mais depuis qu'ils avaient fait en sorte de les séparer, il ne parvenait pas à se montrer courtois avec son père et sa belle-mère, mais cette dernière concéda immédiatement, sans laisser à son époux le temps de répondre :

— Et c'est la raison pour laquelle nous t'avons demander de venir. Frérin a suffisamment morflé, nous ne voulons pas qu'il soit seul à ce procès.

A voir la tête de Thraïn, cette décision ne s'était pas prise de gaieté de cœur de sa part, mais Thorin eut un sourire étrange, presque furieux et, grattant négligemment la table d'un ongle court, il susurra cruellement :

— Il ne sera pas seul au procès… Ses chers parents le soutiendront… Même s'il est vrai que vous avez contribué à ce qu'il morfle, il me semble, en l'envoyant tout seul à l'autre bout de la carte après ce qu'il avait subit…
— Nous sommes désolé, mais-
— Ce n'est pas à moi que vous devez des excuses. Tout comme je ne vois pas de quelle manière vous pouvez vous justifier. Frérin n'avait rien fait qui mérite une telle décision.

Il avait répondu en épinglant son père du regard, sans pitié et sans patience pour Thraïn, qui eut une toux nerveuse :

— Il devait être éloigné de Smaug.
— Il ne devait pas être seul !

Sa main se rétracta de rage à son affirmation.

Il se sentait à bout. Cela faisait deux mois que ça durait, c'était beaucoup trop ! Deux mois qu'il avait tourné en rond en Ered Luïn, à guetter la moindre nouvelle de son frère.
Lorsque celui-ci lui avait rendu visite, quelques jours plus tôt, sous le prétexte de son boulot de journaliste et juste avant de prendre un vol pour Osgiliath, il avait eu le temps, sans même lui en parler, de faire comprendre à son ainé à quel point il souffrait de la situation. A quel point il était terrorisé à l'idée que Smaug reste en liberté, pire, qu'il gagne le procès et qu'il trouve d'autres cartes pour faire de lui, à nouveau, son jouet d'une nuit. A quel point il redoutait de le revoir, tout simplement…
Thorin ne pouvait simplement plus rester les bras croisés. Il était conscient, lui aussi, que ce n'était pas en étalant une relation incestueuse qu'ils allaient gagner un procès et il voulait bien faire profil bas et ne pas affoler la presse en collant son demi-frère comme une glue, mais il ne pouvait plus faire comme si rien ne s'était passé, comme si rien ne se passait.
Frérin n'était pas seulement un homme pour qui il commençait à éprouver des sentiments inadéquats, mais il était aussi son frère. Son petit-frère, qu'il avait trop longtemps laissé seul face à ses tourments.

Lorsque Thraïn l'avait appelé, la veille, pour lui suggérer l'idée de revenir et assister au procès, il était déjà à l'aéroport, à attendre le premier avion qui le ramènerait à Osgiliath, car, quoiqu'il arrive, il aurait été présent, avec l'accord de ses parents, ou non.

— Thorin, tu comprends que, vu l'état des choses, il n'était, et il n'est toujours pas, question que vous vous montrez ensemble. Je suppose que tu as entendu notre conversation avec l'avocat…
— Un connard qui pense défendre Frérin en utilisant notre relation… C'est affirmer que c'est parce qu'il a cédé à une passion incestueuse qu'il a subit ça… Certains se contenteront de dire que c'est bien fait pour lui et qu'il n'avait qu'à avoir des goûts plus sains…

Grinçant des dents, il envoya un regard polaire à son père qui se hérissa :

— Je n'ai jamais assuré une chose pareille !
— Je ne t'ai pas accusé de ça…

Encore une fois, il venait de parler de ce ton venimeux et chargé de reproches, tout en restant très calme, en apparence, beaucoup trop, pour son père qui déglutit, mal à l'aise face à ce regard intense qui le fixait sans ciller.
Puis Thorin reprit, avec la même intonation ferme, implacable :

— Frérin et moi assisteront au procès, ensemble. Et je témoignerai lors de son affaire en racontant exactement ce qu'il s'est passé. Nous ne pourrons pas le cacher, de toute manière, surtout que c'est trop tard pour ça, plus personne n'ignore les photos publiées par Smaug. Je dirai qu'il a forcé mon frère par la menace, menaces qu'il a mises en œuvres sitôt que Frérin eut cédé…
— C'est ce que nous attendons de toi…

Assurée, Sigrid avait répondu en posant sa main sur celle de Thraïn, comme une douce menace tacite, et Thorin, sans un salut, se leva pour prendre congé, ne faisant pas mine d'entendre son père grincer des dents :

— N'oublie pas que vous êtes frères. Vous avez intérêt à agir en tant que tel. Procès ou non, je ne veux plus entendre parler du moindre dérapage entre vous, est-ce clair ?

oOo

— Et c'est la raison pour laquelle je vous donne rendez-vous à tous, dans les tribunes de ces championnats du monde, pour soutenir Eomer lors de ces épreuves sensationnelles !

Un petit concert de vivat salua le discours d'Eowyn qui sauta de la table sur laquelle elle était perchée pour atterrir dans les bras de son frère, qui posa un petit baiser sur sa joue avant de la laisser partir. Bofur lança la musique à ce moment et, dans la maison de Frérin, une chaleureuse ambiance festive pris place.

Répondant distraitement aux félicitations, Eomer fendit le groupe de clients du Shari, réfugiés ici en attendant que le bar ouvre à nouveau ses portes, pour rejoindre son fiancé, avachi dans un canapé, occupé à raconter les exploits du cavalier à Rosie et Arwen qui l'écoutaient avec attention :

— Et, au final, il a fait l'enchainement en 28 secondes, avec simplement deux foulées dans le double, faut dire aussi que Firefoot a une sacré allonge, et qu'il a pris l'option juste avant l'oxer, coupant le vertical de biais…
— Ha ouais, carrément…

Sans comprendre les explications techniques du plus jeune, les filles firent mine de se sentir épatées et elle envoyèrent un sourire à Eomer qui s'assit à côté de son fiancé, passant un bras autour de ses épaules en leur demandant négligemment :

— Aragorn et Boromir préparent une connerie ?
— Non. Pourquoi tu penses-ça ?

Il haussa les épaules en faisant la moue :

— Je ne sais pas… Ou alors personne ne les a prévenu qu'il y avait une fête ce soir… Je ne les ai pas encore vu et ça m'étonnerait qu'ils soient en train de réviser sagement chez eux…

Merry eut un sourire, répondant d'un ton amusé :

— Ha tient… Pareil pour Frodon, Sam et Pippin… Ils sont certainement en train de te préparer une surprise pour fêter ça…

Arwen et Rosie se redressèrent, les sondant d'un regard soudain inquiet, si bien qu'ils comprirent que quelque chose n'allait pas, surtout lorsque la brune demanda, catastrophée :

— Mais… Ils n'étaient pas aux sélections avec vous ?
— Bien sûr que non ! Je ne leur ai pas dit que j'y étais cette semaine.

Il avait répondu en fronçant les sourcils et les deux filles échangèrent un regard, avant que Rosie ne se lève pour crier, couvrant la musique en arrière son :

— L'un d'entre vous aurait-il des nouvelles des supporters partis au Rohan avec Aragorn et Boromir la semaine dernière ?

Un brouhaha plutôt négatif lui répondit et Eomer se leva à son tour, la regardant dans les yeux :

— Attends… Tu veux dire qu'ils ont voulu venir aux sélections ? Qui ça ?
— Toute la compagnie… Aragorn, Boromir, Légolas, Gimli, Frodon, Sam, Pippin et même Gandalf a décidé de les suivre, pour prendre l'air a-t-il dit… Ils voulaient t'encourager…
— Mais… Est-ce que, au moins, ils savaient où aller ? Le Rohan est grand et aucun de ces glandus n'est capable de placer Edoras sur une carte, alors Alburg… Je ne pense pas qu'ils en aient déjà entendu parler…

Rosie et Arwen échangèrent un nouveau regard, et cette dernière répondit nerveusement :

— Je… Je ne sais pas… Ils sont partis très rapidement « Pour le Rohan » en empruntant le minibus de mon père… Mais ils vont certainement rentrer quand ils auront compris qu'ils ont loupé les sélections…

Eomer haussa un sourcil, avant de lancer un bref regard à Merry, dont la tête trahissait bien la déception de ne pas être du voyage avec ses amis, puis il soupira.

Avec un peu de chance, Arwen avait raison : maintenant que les sélections étaient passées, ils n'avaient plus rien à faire au Rohan et n'allaient pas tarder à rentrer. Peut-être même étaient-ils déjà sur la route du retour…

oOo

— Tu n'es pas chez Frérin ? Il paraît qu'ils font la fête…

Dans le Shari aux murs fraichement repeints, Orianne étudia attentivement la manière dont la lumière permettaient aux nouvelles couleurs de se diffuser, avant de répondre en hochant négativement la tête :

— J'ai pas vraiment envie d'être là-bas… Je préfère rester ici…

Dwalin lui lança un regard discret, fronçant les sourcils en comprenant, à son attitude et son intonation, que quelque chose n'allait pas en ce moment, mais elle ne semblait pas vouloir se confier, alors il décida de ne pas se focaliser sur ça, et il termina d'installer le billard qu'il venait tout juste de se faire livrer. Satisfait du résultat, il se redressa ensuite en reculant d'un pas, avant d'appeler sa petite-amie :

— C'est fini, tu peux venir !

Elle ne se fit pas prier et le rejoignit dans la petite pièce, autrefois la remise où se retrouvaient toutes les choses inutiles qui s'étaient amassées au fil des ans, mais, après l'incendie, le barman avait décidé de faire le ménage et il s'avérait que, débarrassée de ses étagères et de tous les meubles brisés et encombrants qui avaient envahi l'espace, la salle était, finalement, plutôt grande.
Tauriel avait eu l'idée d'en faire une salle de jeu, idée approuvée par Dwalin qui y avait installé le flipper, une table suffisamment grande pour accueillir un plateau d'échec, le jeu de fléchette sur un mur, des canapés de coin, très confortables et, en son centre, la toute nouvelle table de billard.

Le rendu appelait à la paresse indolente, l'envie de profiter de rien et d'occuper son temps en jouant tranquillement, un verre ou une choppe à la main.

Orianne fit quelques pas dans la pièce, appréciant la décoration sobre qu'elle découvrait, et elle attrapa la queue que Dwalin lui tendit avant de lui proposer l'honneur de commencer la première partie, mais elle resta nerveusement figée face à la table :

— Je n'ai jamais joué à ça… Je ne sais même pas comment ça se tient…

Elle en avait tout de même une vague idée, mais, comme Dwalin se colla à son dos en posant ses mains sur les siennes, l'invitant à se presser contre lui alors qu'il la guidait pour prendre la bonne position, elle préféra profiter du contact, écoutant attentivement les conseils que son professeur glissa à son oreille.
Avant de la lâcher, il lui posa un baiser appuyé à la jonction de la mâchoire et de la nuque, la faisant frémir, puis le match commença.
Elle se révéla, finalement, plutôt douée, à moins que ce ne soit la chance du débutant, et elle se prit rapidement au jeu, refusant de laisser Dwalin gagner sans se battre.

Ils enchainèrent trois parties dans la bonne humeur, discutant de tout et de rien entre deux coups, sirotant des cocktails légers, préparés rapidement par le plus grand.

Il la guidait gentiment lorsqu'il était question de choisir quelle bille et quelle coup elle devait jouer pour se montrer plus efficace, et il craquait littéralement lorsque, ratant ses tirs, elle tapait rageusement du pied ou, au contraire, comment elle sautillait de joie si jamais elle parvenait à faire un petit exploit.
Elle perdit la première partie, mais se montra acharnée dans la deuxième, qu'elle perdit aussi, même si elle fut fière d'avoir tenu sans se laisser distancer par Dwalin, menant même un moment du jeu alors que, pourtant, il joua sérieusement pour honorer son adversaire.
Et elle insista pour une dernière manche, déterminée à avoir sa victoire. Mettant à profit tous les conseils du plus vieux, elle se concentra sur le jeu, mais fut rapidement distancée par Dwalin qui ricanait :

— Je ne te savais pas si mauvaise joueuse, Orianne…

Focalisée sur son coup, elle fit la moue. Elle n'avait rien à prouver, elle le savait. Tout comme elle s'amusait franchement, elle n'avait pas besoin de gagner pour passer un bon moment. Mais quelque chose était en train de naitre en elle, suite à la discussion qu'elle avait eue le matin même avec Tauriel.
Contrairement à la rousse, elle ne s'était jamais battue, n'avait jamais essayé de montrer qu'elle était la meilleure, n'avait jamais eu à le faire.
Mais, en repensant aux mots de la serveuse, elle se rendit compte qu'elle voulait savoir ce que ça faisait de combattre, de sortir les crocs et de s'affirmer.
Et ça faisait un bien fou.
Les regards impressionnés de Dwalin lorsqu'elle faisait le bon geste, son air concentré lorsqu'il jouait, lui aussi décidé à ne pas se laisser doubler, conscient que s'il se montrait distrait, il perdrait la manche, cette tension qui parcourait son corps, cette rage qui la prenait si elle se faisait distancer ou bien cette euphorie qui la gagnait lorsqu'elle le rattrapait faisaient un bien fou.

Elle ne voulait pas prouver à Dwalin qu'elle valait quelque chose au billard, elle voulait se prouver qu'elle aussi, elle avait une certaine force en elle, qui la poussait à se dépasser malgré le terrain inconnu dans lequel elle évoluait, qui lui interdisait de douter et d'aller de l'avant.
Elle avait besoin de comprendre qu'elle n'était pas juste une jeune fille effacée et intimidée par ceux qui réussissaient mieux qu'elle et que tant qu'elle avait sa chance, elle se démènerait pour la saisir.

C'est pourquoi, alors qu'il ne restait que la bille noire à Dwalin et trois de couleur pour elle, elle joua son tour comme si sa vie en dépendait.

— Attend, regarde, si tu tires celle-là avec cette inclinaison, tu auras plus de chance…

Elle étudia un instant la proposition qui semblait évidente, avant de se focaliser à nouveau sur l'autre possibilité qu'elle envisageait :

— Mais si je parviens à toucher celle-ci, je pourrais mettre la verte par ricochet, et les deux autres seront bien alignées pour le coup suivant, qui sera bien plus facile…
— C'est risqué…

Elle lui envoya un sourire mutin, avant de se placer pour tenter son coup et il la regarda faire, appréciant ce petit côté joueuse audacieuse qu'il lui découvrait.
Malheureusement, elle loupa son coup et la bille blanche fila dans le vent, sans pocher une seule des trois, si bien qu'elle grimaça à Dwalin lorsqu'il lui envoya un sourire narquois en se plaçant pour gagner sa troisième victoire consécutive.

Tendue, elle suivit son geste des yeux et ne put retenir une petite exclamation de victoire lorsque la bille noire toucha la blanche avec douceur, mais que celle-ci ne ricocha qu'à quelques millimètres de la poche annoncée, offrant un sursis à la lycéenne qui se pencha sur la table en se mordant la langue.
Sans vraiment y croire, elle tenta un nouveau coup, moins osé que le précédent et elle écarquilla les yeux lorsque la bille blanche loupa celle qu'elle visait initialement, mais qu'elle percuta la verte qui se trouvait juste derrière, l'amenant à ricocher sur le rebord et foncer dans la rouge qui se trouvait près du coin. Les deux billes filèrent dans la poche sous le regard interloqué des deux joueurs.
Sentant soudain qu'elle avait sa chance, Orianne devint fébrile et elle se déplaça autour de la table pour trouver le meilleur angle, avant de tenter son coup. Cette fois-ci, elle glapit de joie lorsqu'elle parvint à sortir sa dernière bille, et, enivrée, elle étudia l'agencement des deux dernières, avant de se tourner vers Dwalin, mutine :

— Qu'est-ce que je gagne, si je remporte cette partie ?
— Tu n'as pas encore gagné…
— Mais j'ai mes chances.
— Que penses-tu mériter, avec une telle victoire ?
— Je ne sais pas, à toi de me le dire…

Elle avait chaud, maintenant. Chaud en elle. Et la manière dont le plus vieux la regardait n'y était pas pour rien.
Elle adorait ce moment qu'elle passait avec Dwalin, elle adorait ce regard qui était posé sur elle et qui la faisait sentir femme intéressante et désirable, mais elle avait envie de plus. Elle voulait Dwalin.

Mais ça, ce n'était pas vraiment une chose facile à réclamer lorsqu'on était une grande timide peu assurée et que l'autre ne semblait pas nous voir autrement que comme une gentille gamine…

Mais, semblant lire en elle, il eut un sourire séduit, avant d'assurer d'un ton implacable :

— Gagne, et on en reparle.

Le ton était différent, maintenant, et elle détourna les yeux en retenant un sourire gourmand, avant de demander insolemment :

— Et si c'est toi qui remportes, que gagneras-tu ?
— Ce que tu auras à me proposer…

Elle lui rendit son regard, aussi nerveuse qu'alléchée, puis elle se tourna vers le billard, le souffle emballé et l'esprit tourbillonnant. L'échange et, surtout, son sous-entendu, lui en avait presque oublié la partie, et même la manière de jouer, mais elle se reprit et, sans réfléchir, elle se contenta de taper dans la balle. Celle-ci fut propulsée contre la noire, déjà proche du trou grâce au coup précédent du barman et, lentement, elle roula, jusqu'à y tomber mollement. Poussant un cri de victoire, Orianne bondit de joie, lâchant la queue d'ébène pour se jeter sur Dwalin qu'elle enlaça, fière d'être, enfin, allée au bout de quelque chose sans abandonner lorsque l'espoir s'amenuisait, et, surtout, d'avoir succéder.

Sans effort, il la souleva pour la faire tournoyer, ravi, lui aussi, de la voir si épanouie. Il la reposa au sol, mais ne fit pas mine de lâcher sa taille, et elle resta contre lui, ses mains posées sur ses épaules et le regard maintenant fuyant.

— J'ai gagné…
— Que veux-tu ?

Elle haussa les épaules, avide de recevoir beaucoup de choses sans vraiment savoir comment le demander sans avoir l'air ridicule. Et, aussi, elle se dit que le moment, et le lieu, n'étaient pas adéquats pour demander trop.
Toutefois, elle n'eut qu'à lever le regard et plonger dans le sien pour répondre spontanément :

— Embrasse-moi.

Il la sonda un instant, séduit, puis lâcha sa taille pour attraper gentiment ses lunettes, qu'il posa sur la table de billard, avant de glisser ses doigts dans ses cheveux pour dégager son visage, laissant ensuite sa main descendre jusqu'à attraper sa nuque alors qu'il vint lui offrir son tribu.

oOo

Il faisait déjà noir et une neige fine tombait drument sur la ville encore éveillée. Remontant la rue Ulmo, Thorin ne lança qu'un regard à la porte du Shari, se souvenant d'avoir entendu parler d'un incendie qui avait amené le bar à fermer quelques temps et, à en voir les rubans blancs et rouges qui barraient l'entrée, Dwalin n'avait toujours pas rouvert.

Toutefois, il n'avait pas la tête à s'attarder, et il continua jusqu'à chez lui, s'interdisant de dévier sa route pour se rendre chez Frérin comme il en crevait d'envie. Il se réfrénait en se répétant comme un mantra qu'il verrait son frère le lendemain, au procès, et que mieux ne valait pas que tout le monde sache que les deux fils de Thraïn avaient passé la nuit ensemble.

C'est pourquoi il marcha d'un pas vif jusqu'à chez lui, sans même prendre le temps de s'acheter un truc à manger alors qu'il savait que ses frigos étaient vides.
Il sentait en lui la pression de l'épreuve qui les attendait : faire face à Smaug et au jugement. Eux qui avaient voulu vivre leur passion en secret, voilà qu'ils allaient devoir l'assumer face à un tribunal.
Tout avait dérapé, c'était un enfer. Et songer à ce qu'avait vécu Frérin pour ça lui faisait un mal de chien, c'était insupportable.

Ses pensées volèrent en éclat lorsque, une fois qu'il eut déverrouillé sa porte et pénétré dans son appartement, il se figea, face à son petit-frère, affalé dans un canapé, son ordinateur sur les genoux, qui lui envoya un regard profondément surpris.
Aucun des deux ne parla pendant un moment, chacun pétrifié, puis Thorin laissa glisser son sac de voyage d'une épaule en retenant un soupir ravi :

— Qu'est-ce que tu fais-là ?

Ils venaient de parler tous les deux en même temps, et Frérin se redressa lorsque Thorin s'approcha d'un pas pressé, un sourire gourmand accroché aux lèvres. Laissant glisser son portable au sol, le blond se laissa choir lourdement dans le canapé lorsque le plus vieux le couvrit de son corps, happant immédiatement ses lèvres dans un baiser avide.

Ils s'embrassèrent intensément, oubliant presque de respirer, jusqu'à ce que Thorin se sépara légèrement pour débarrasser son frère de ses vêtements avec urgence, tout en répondant en chuchotant contre ses lèvres qu'il embrassait régulièrement :

— Je devais être avec toi…
— Papa est au courant ?

Se redressant rapidement pour permettre à Thorin de lui retirer son t-shirt, Frérin se laissa à nouveau tomber dans le canapé, remontant ses cuisses pour enrouler ses jambes autour de la taille du plus vieux lorsque celui-ci, après s'être rapidement mis torse nu, revint clamer ses lèvres dans un baiser exigeant :

— Je reviens tout juste du manoir. Lui-même admet que ma présence n'est pas un mal… Tant qu'il n'est pas question de dérapage…
— Oups… On pêche sur le dernier point…
— Est-ce vraiment un dérapage ?

Frérin lui répondit de ce sourire machiavélique qu'il aimait tant, tout en se cambrant pour clouer son bassin, bien éveillé, à celui de Thorin qui eut un souple profondément ravi, ondulant pour approfondir la friction délectable. Il parla ensuite d'une voix plus grave tout en attrapant le slim du blond qu'il fit descendre le long de ses cuisses :

— Toutefois, avec ce qui vient, je pense qu'on gagnerait à faire profil bas… C'est la raison pour laquelle je suis venu directement ici, au lieu de faire un crochet par chez toi… Mais je ne pensais pas que tu squatterais mon appart…
— C'est parce qu'il y a une fête chez moi…
— Ho… Et tu laisses tes invités tout seuls ?

Frérin ferma les yeux lorsque, glissant le long de son torse, les lèvres de Thorin vinrent tourmenter son aine. Le souffle court, il ne répondit pas tout de suite, ses sens embrasés délicieusement, puis il reprit d'une voix rauque :

— Ce ne sont pas mes invités, mais ceux d'Eowyn…

Thorin haussa un sourcil, mais il ne répondit pas, trop occupé à faire autre chose, et Frérin ferma un instant les yeux pour mieux profiter de l'attention, plongeant ses doigts dans les cheveux de son frère, avant de reprendre, le souffle court :

— Je pensais y rester, histoire de penser à autre chose que... demain. Mais finalement, je n'avais pas le cœur à ça, alors je suis revenu ici…
— Revenu ?

Se redressant, Thorin revint à sa hauteur en embrassant son torse et le blond concéda en haussant une épaule :

— Je vis ici depuis mon retour… Ça ne te dérange pas ?
— Au contraire…

Ils échangèrent un sourire ravi, heureux de se retrouver malgré ce qui les attendait, puis ils s'embrassèrent encore, déterminés à fêter leurs retrouvailles dignement.


Merci d'avoir lu !

J'essayerai de me concentrer plus sur Fili et Bilbo dès que possible,
ils sont un peu oubliés pour le moment...

J'espère que ça continue de plaire à ceux qui suivent !

kiss kiss bisous !