— C'est un arbre…
A la remarque neutre de Légolas qui parla du ton de celui qui mettait simplement des mots sur ce qu'il voyait, Pippin se gifla le visage en se jetant à genoux et hurlant de désespoir, comme s'il mimait un drame d'opéra :
— Mais je vous juuuure que je l'ai vu bouger !
— C'est le vent.
— Non ! Non non non ! Il courait ! Et racontait des poèmes !
Un court silence suivit la folle exclamation du plus jeune, et Sam se gratta pensivement la joue :
— Je lui avais pourtant dit de ne pas manger ce champignon…
— Il va falloir trouver un moyen de le remettre dans la voiture sans qu'il nous pète une durite à chaque fois qu'on croise un arbre…
— Mais il parle en pluuuus !
Hurlant de nouveau, le jeune Touque bondit dans les bras d'Aragorn qui, très dégourdi, le jeta au sol dans une exclamation surprise.
La chute ne fut pas violente, mais elle eut le mérite de l'étourdir un minimum et il se redressa, plus vert que jamais :
— Je vous jure, monsieur, que je ne suis pas un orc.
Dit-il avant de s'écrouler à nouveau, et, prudent, Aragorn le tâta du pied en essayant d'analyser son état :
— C'est encore en vie. Profitons qu'il se soit calmé pour l'embarquer et filer d'ici.
Les huit autres acquiescèrent sur le champ et, immédiatement, Pippin fut ligoté, bâillonné et balancé dans le coffre du mini-bus immatriculé à Fondcombe.
Ils repartirent aussitôt et, installé au volant, Boromir sembla réfléchir intensément sur un point en particulier :
— S'il y a un arbre, c'est qu'une foret n'est pas loin.
— Ou pas.
Répondit Légolas en se curant un ongle, et le gondorien lui envoya un regard hautain :
— T'as déjà vu une foret sans arbre ?
— Il existe des arbres sans foret.
— Oh, je vois… Monsieur se la pète parce qu'il a grandi dans une forêt…
A sa répartie navrante, le sylvain lui envoya un regard outré, et choisi de ne pas répondre.
— Boromir, dis moi… Tu n'as pas mangé ce champignon, toi aussi ?
A la question soucieuse de Frodo, le grand blond lui envoya un sourire illuminé, dévoilant toutes ses dents :
— Si, pourquoi ?
Il y eut un silence. Puis ce fut un concert d'hurlements d'épouvante dans le minibus que conduisait Boromir, enchanté, qui entonna un air folâtre en sortant de la route.
— Qu'on l'arrête ! Qu'on l'arrête avant qu'il ne nous tue !
Hurlant de panique, leur voix à peine couvertes par les mugissement de Pippin, dans le coffre, qui dans son délire, partait en guerre à bord d'un arbre à longue barbe, Frodon et Sam essayaient de mettre leur ceinture de sécurité, tandis que Gimli, Légolas et Aragorn s'étaient rués sur le siège passager prendre le contrôle du volant que Boromir, en pleine possession d'à peine un seizième de ses moyens, manoeuvrait en riant.
Sur la banquette arrière, Gandalf, égal à lui même faisait des ronds de fumée avec sa pipe à peine concerné par le danger imminent.
L'effort des trois autres fut louable mais totalement inutile car, alors qu'il allait atteindre les douze kilomètres heure, le convoi fou qui se trainait dans la boue dévia de quelques mètres et manqua de peu un petit if rabougri, pour finir sa course folle, ralentie par les hautes herbes, dans l'unique panneau signalétique à des kilomètres à la route.
Boromir riait encore lorsqu'il assura avec une joie non feinte :
— Vous avez vu ça ? Je vous ai amené tout droit dans Fangorn ! J'avais bien dit qu'il y avait une forêt.
— C'est dans le panneau Fangorn que tout nous a amené, abruti !
Sans un mot, Legolas, Gimli et Aragorn descendirent du minibus en retroussant les manches.
Il y eut des cris, des coups, aucune pitié et une rage certaine mais, au bout de quelques minutes, Boromir se retrouva lui aussi ligoté, bâillonné puis balancé dans le coffre, sur Pippin qui parlait d'une grosse boule emplie de nuages étranges.
— Qui d'autre a gouté aux champignons que le vieux tout pourri vendait sur le bord de la route ?
Le silence répondit à Aragorn qui soupira, avant de sortir son téléphone.
— Et bien entendu, il n'y a pas de réseau ici…
— Je ne comprend pas… on était censé faire route vers Osgiliath, vu qu'on a loupé les sélection… Alors pourquoi on est à la frontière opposée à celle du Rohan ?
— Poil aux dents, Hihihi !
La voix de Boromir, débâillonné par miracle, qui sonna en écho leur donna envie de se pendre. Sans s'en occuper, Frodo répondit à Sam en sortant une vieille carte qu'il posa sur le capot du Minibus, prenant une lampe torche pour pouvoir lire malgré la nuit :
— On a du louper une intersection…
— Et cela fait donc deux jours que nous suivons la mauvaise route ?
— Et, pendant ce temps, Eomer fait face seul à la plus grande épreuve de sa vie… Sans nous… ses meilleurs amis…
Sur le mauvais ton d'un mauvais personnage d'une mauvaise série dramatique, Aragorn se fustigea en soupirant lourdement, et Légolas répondit avec impatience :
— De nous tous, il est le moins à plaindre… A tous les coups, il doit être en train de fêter sa victoire avec tous les autres. Je ne comprends vraiment pas pourquoi je suis venu avec v-
Des hurlements de goret qu'on égorge le coupa et ils vinrent ouvrir le coffre précipitamment, pour voir Pippin et Boromir crier. Tout simplement crier. Le visage aussi sérieux que celui du sportif qui se prépare pour un exploit, ils criaient, puis cessaient de crier pour reprendre leur souffle, se regarder dans les yeux, gonfler les poumons, et crier encore.
Consternés, ceux qui étaient encore en état d'aligner deux pensées cohérentes échangèrent des regards désespérés, avant de refermer le coffre pour continuer à réfléchir sur ce qui était le mieux à faire maintenant qu'ils étaient complètement perdus.
oOo
— Toujours pas de nouvelles ?
— Aucune.
— Ca ne t'inquiète pas ?
— Je préfère ne pas savoir, je crois… Oui… c'est mieux de ne pas savoir. Tant que les autorités du Rohan ne retrouvent pas leurs corps dans un fossé, il n'y a pas lieu de s'inquiéter…
— Ca partait d'une bonne intention.
Désireux de se montrer réconfortant, Merry vint s'asseoir à côté de son fiancé en attrapant un fruit sur le panier de la table, demandant d'une voix neutre :
— Tu n'es pas trop fatigué ?
— Ca va aller… Et les profs sont vraiment conciliants, mon emploi du temps est très flexible.
Avec douceur, il posa sa main sur la joue d'Eomer afin de la caresser pensivement.
Pour les entrainements avec l'équipe du Rohan, le cavalier était prié de se rendre une semaine par mois aux écuries d'Alburg, et, aussi, la nouvelle équipe Rohirim n'allait pas tarder a sortir sur les compétitions préparatrices, qui allaient se jouer aux quatre coins de la carte. Sinon, il montait son cheval deux fois par jour. Une fois le matin, avant même que l'aube se lève, et une fois l'après-midi. Trois fois par semaine, il partait pour une demi-journée de travail de fond, en trotting, pour assurer la meilleure condition physique à Firefoot. A côté de ça, il continuait de monter quelques jeunes chevaux prometteurs qu'il comptait présenter en compétition pour cette saison.
Lui même avait un abonnement à la natation et aux salles de musculation pour travailler sa propre forme et être assuré d'être au meilleur de sa performance.
Il suivait encore ses cours de loin, mais ne se concentrait que sur les matières qui lui permettaient de valider l'année, à peine plus de trois. Il désirait continuer, car, étant donné que c'était la première fois qu'il montait à ce niveau, il voulait voir si ce genre de pression lui convenait au point de tout abandonner pour se consacrer au haut-niveau.
Son rythme était donc plutôt démentiel et Merry, même s'il n'en disait rien et tâchait de le soutenir au mieux, se sentait lésé, presque de trop. Toutefois, il tâchait tout de même de suivre son amant autant qu'il le pouvait et l'accompagnait souvent avec sa jument s'il partait en trotting, ou alors il restait au bord du manège pour gérer les barres, les montant chaque jour un peu plus, ramassant de moins en moins celles qui tombaient.
Ils étaient encore à quelques mois de l'événement et, pourtant, la pression, très lourde, se faisait déjà sentir. Depuis sa sélection, Eomer avait répondu à pas mal d'interviews et avait déjà commencé à étudier les différents parcours des années précédentes.
Il avait réellement le mental d'un champion, se disait Merry qui ne pouvait qu'admirer sa détermination et qui, chaque jour, tombait un peu plus amoureux de celui avec qui il s'était engagé. Et il peinait parfois à croire que cet athlète hors norme l'avait choisi, lui, pour partager sa vie. Surtout lorsqu'il l'imaginait sur le podium, sacré champion du monde. Eomer ne voulait pas parler des hypothétiques résultats, conscient que, tant que l'épreuve n'était pas montée, nul ne pouvait en prédire le gagnant, mais Merry, lui, en était fou. Mais lui, de toute manière, rien que le fait de le savoir pris dans cette équipe prestigieuse pour participer à la compétition qui déciderait du meilleur cavalier du monde, ça lui faisait voir des étoiles.
Toutefois, il lui trouva la mine soucieuse et, doucement, il demanda en détournant les yeux :
— Quelque chose ne va pas ?
Eomer voulut capter son regard, hésitant à lui mentir en lui disant qu'il s'inquiétait pour ses amis, disparus depuis quelques jours, mais il soupira et se leva, nerveux :
— Je… Erkenbrand m'a fait savoir que… En tant que membre de l'équipe du Rohan, je… Je dois conserver une certaine image…
— Et… ?
— Et j'ai maintenant des choix à faire… Si je veux représenter mon pays…
Soudain nerveux, Merry eut peur d'entendre quelque chose qu'il ne voulait surtout pas entendre. Son fiancé sentit sa crainte et il lui sourit en lui caressant la joue :
— Ce n'est pas toi ou mon homosexualité que ça concerne… Mais… Mon parti pris dans une certaine affaire très médiatisée…
Le plus jeune écarquilla les yeux en sautant sur ses pieds, effaré :
— Tu… Tu parles de Thorin et Frérin ?
— Ils ont entendu dire que je m'y étant personnellement impliqué… Allant même jusqu'à harceler des journalistes…
— Et alors ? En quoi ça les concerne ? Ca ne se passe même pas dans leur pays !
— Défendre l'inceste n'est pas interdit pas la loi mais ils m'ont bien fait comprendre que… Ce n'était pas conciliable avec une place dans cette équipe. Ils ne veulent pas être éclaboussés par ce scandale…
Merry eut un petit ricanement nerveux, et il se rassit, se triturant les doigts :
— Ils ne peuvent pas faire sauter ta sélection pour ça.
— Pas pour ça, non. Mais la moindre faute ne sera pas pardonnée si je ne vais pas dans leur sens… Ils trouveront bien un prétexte pour me remplacer si jamais ils le veulent…
— Quelle bande de cons…
Eomer haussa les épaules, semblant perdu dans ses pensées et un petit silence s'installa, avant que le plus jeune ne demande d'une petite voix :
— Que vas-tu faire, alors ?
Son fiancé lui répondit d'un simple sourire dangereux et, une heure plus tard, ils étaient prêts tous les deux, marchant vers le tribunal pour rejoindre leurs amis et soutenir les deux frères dans l'épreuve qui les attendait.
oOo
— Si tu savais comme je t'aime… C'est fou… Mais dès que je t'ai vu, je l'ai su.
— Quoi ça ?
— Que j'allais t'aimer.
— Ho… Boromir… Comme tu dis de belles choses. Parles-moi encore de ton amour.
— Si tu savais comme je t'aime… C'est fou… Mais dès que je t'ai vu, je l'ai su.
— Quoi ça ?
— Que j'allais t'aimer.
— Ho… Boromir… Comme tu dis de belles choses. Parles-moi encore de ton amour.
— Pitié… Faites les taire…
Assis l'un contre l'autre sur la banquette arrière, Pippin et Boromir roucoulaient béatement en se tenant les mains et perdus l'un dans le regard de l'autre, répétant exactement les mêmes phrases en boucle. Mêmes phrases, mêmes mots, mêmes intonations et mêmes silences… C'était à en devenir fou et les six autres avaient l'impression d'avoir les nerfs écorchés à vif. Même Gandalf restait assis droit comme un piquet, la mâchoire douloureusement serrée et les ongles de ses mains rétractées étaient plantés dans ses cuisses.
— Si tu savais comme je t'aime… C'est fou… Mais dès que je t'ai vu, je l'ai su.
— Quoi ça ?
— Que j'allais t'aimer.
— Ho… Boromir… Comme tu dis de belles choses. Parles-moi encore de ton amour.
Sam pleurait, le visage écrasé contre la fenêtre, Légolas faisait mine de se concentrer sur le paysage qui défilait, mais ses sourcils étaient agités d'étranges soubresauts et Aragorn sursautait à chaque fois que la conversation revenait à son début, amenant le mini-bus à tressauter régulièrement. Seul Gimli parvenait à dormir du sommeil du juste et Frodo, son téléphone en main, filmait les deux zouaves en plein tripe qu'il retranscrivait en direct sur les réseaux sociaux. Il se sentait un peu désolé pour Boromir, mais absolument pas pour Pippin qui l'avait pas mal racketté avec son maudit commerce de photos à scandales.
— Si tu savais comme je t'aime… C'est fou… Mais dès que je t'ai vu, je l'ai su.
— Quoi ça ?
— Que j'allais t'aimer.
— Ho… Boromir… Comme tu dis de belles choses. Parles-moi encore de ton amour.
Ils avaient réussi à retrouver la direction à prendre pour rejoindre Osgiliath, tout comme ils étaient parvenus à remettre le minibus, un peu cabossé, sur la route. Et ils filaient maintenant vers le Gondor, espérant ne rencontrer aucune mauvaise surprise sur la route.
— Si tu savais comme je t'aime… C'est fou… Mais dès que je t'ai vu, je l'ai su.
— Quoi ça ?
— Que j'allais t'aimer.
— Ho… Boromir… Comme tu dis de belles choses. Parles-moi encore de ton amour.
Ils en avaient pour dix heures.
oOo
Le tribunal était bondé, mais Frérin ne semblait même pas s'en être rendu compte.
Il était enfermé dans sa carapace, plus solide et plus imperméable que jamais, tant que même Thorin ne pouvait deviner de quoi étaient faites ses pensées.
Ils n'étaient pas l'un à côté de l'autre, leurs parents y avaient veillés, mais ils restaient tout de même suffisamment proches pour pouvoir échanger des mots si besoin.
A l'arrière, le brouhaha d'où sortaient régulièrement des insanités et des remarques naïves leur faisait comprendre que la totalité du Shari était présente, mais qu'ils étaient tous collés sur leurs écrans de smartphone ou de tablette pour commenter la vidéo en direct posée par Frodo.
C'était la première fois en une semaine qu'ils avaient des nouvelles de cette fine équipe.
Et ils n'étaient pas déçus.
Surtout que la géolocalisation leur permettait de remarquer qu'ils ne roulaient pas dans la bonne direction et que ça faisait un moment qu'ils auraient du bifurquer pour Osgiliath ou même Minas Tirith. Mais ces cons-là continuaient leur route à travers l'Ithilien, vers le Mordor.
Bien entendu, personne n'eut la présence d'esprit de contacter Frodo pour le leur dire.
Tous étaient trop occupé à surjouer eux même l'étrange dialogue qu'ils connaissaient maintenant par cœur, répétant mot pour mot ce que Pippin ou Boromir se murmuraient l'un à l'autre.
— Quand je pense que nos vies se jouent aujourd'hui…
— Qu'aurais-tu espérer ? Des larmes et des envolées lyriques ? Ils n'ont pas besoin d'être au Shari pour être constamment au top de leurs capacités cognitives… Les placer dans un tribunal ne les rend pas plus intelligents.
A la remarque acérée que Frérin avait soufflée entre ses dents, Kili lui avait répondu dans un chuchotement, soulagé, de son côté, d'avoir leurs amis avec eux.
Il ne cessait d'envoyer des regards en coin à Fili qui, lui, se tenait avec la partie adverse, droit et déterminé.
Là où ses oncles devaient affronter des regards dégoutés à cause de la supposée liaison qui les unissaient, Fili, lui, devait faire face au jugement de ceux qui considéraient qu'il était tellement dévoré par l'ambition qu'il en avait perdu la notion de la famille et qu'il était prêt à tout pour évincer Thorin. Certains disaient même que c'était par lui que Smaug avait eu vent de la liaison entre les deux frères.
Démentir tout cela lui aurait été facile. Il lui aurait simplement fallut rendre public les enregistrements des conversations qu'il avait eues avec son nouvel associé, qui menaçait clairement ses proches et son petit-ami.
Toutefois, le problème était justement là : Les consignes de Smaug avait été très claires, et Fili touchait déjà les limites par sa simple présence au tribunal. Il était maintenant constamment surveillé, n'était plus autorisé à voir sa famille et avait tous les jours des comptes à rendre à son nouvel associé depuis qu'il avait accepté son accord. Même si, dans son dos, il parvenait à échanger régulièrement avec Sigrid.
Il jouait gros, il le savait. Tout cela était très risqué. Il se rassurait à peine en se disant que Bilbo était sous protection, mais, de tous, le journaliste était le plus exposé à la rancune et au ressentiment de ceux qu'il avait mis à terre en publiant ses articles.
Mithrandir, son acolyte, était porté disparu, à la plus grande horreur des instances autoritaires qui géraient le procès, mais, dans la mesure où aucun des abrutis du Shari Vari n'avait pensé à les prévenir que le vieux fou était simplement parti en voyage avec une bande de décérébrés, la théorie du réglage de compte était de mise.
C'était donc dans le fleuve que les policiers recherchaient son corps.
Comme attendu, le procès fut long et compliqué. Les deux frères eurent bien à affronter l'audience et, même s'ils tentèrent de ne pas s'épandre sur ce sujet, lorsque les magistrats leur demandèrent si, oui ou non, ils entretenaient une relation incestueuse au moment des faits, aucun des deux ne chercha à le dénigrer. Et ce, malgré les murmures et les exclamations.
Toutefois, le jugement ne tournait absolument pas autour de ça et Smaug croulait sous les charges. De ses trafics immoraux, à ses chantages odieux, passant par les accusations de viol, d'harcèlement et d'attouchement de Frérin, qui avaient commencé alors qu'il était encore mineur, le jeune PDG commençait à sentir que, finalement, ses différents appuis bien placés ne seraient peut-être plus suffisant dans cette affaire.
oOo
— Il va tomber ! Il n'a aucune chance de ne pas ployer face à tout ça !
— Il a toujours la sympathie de quelques uns…
— Sympathie qui ne peut rien face aux lois !
Ravi, Thraïn balaya la remarque de sa femme et termina de servir les coupes de ses convives d'un millésime racé avant de lever son propre verre en direction du jeune journaliste qui était assis à l'écart :
— A Bilbo ! Et son travail audacieux qui portera bientôt ses fruits !
Le hobbit ne répondit pas tandis que, discrètement, Thorïn leva les yeux au ciel et ne participa pas au toast, à l'instar de Dis qui posa brusquement son verre sur la table, renversant le liquide pétillant, le regard brulant :
— Il tient mon fils, sali son nom et sa réputation et toi, tu parles de victoire !
— La vérité éclatera bientôt et Fili sera considéré comme un héro.
— Il le sera peut-être mais, en attendant, il est entre ses mains. Il a été pris en otage parce que Smaug a marchandé la vie de son petit-ami et ça, personne ne le sait ! Il est celui dont le témoignage peut renverser le verdict mais muselé par les menaces. Jour après jour, l'étau se referme sur ton héritier et toi, père, tu bois et tu te réjouis.
Thraïn voulu se justifier, mais, considérant que ses convives gardaient une mine terne, il soupira et posa son verre à son tour, laissant tomber le masque :
— N'imaginez pas que je ne craigne pas pour lui. Mais que voulez-vous que je fasse ? Ramper aux pieds de Smaug et lui céder mes marchés ?
— J'ose espérer, papa, que tu as déjà réfléchi à cette hypothèse, car lorsque le moment viendra… Il faudra t'y résoudre… Parce qu'il ne se laissera pas abattre si facilement, tu as lus toi même les reportages de Bilbo… Tu as compris comment il fonctionne…
Elle s'était fièrement dressé face à son père, la voix à peine écorchée par des sanglots maitrisée :
— Si on gagne, les représailles iront sur Fili. Si Fili parle et fait savoir ce qu'il se passe réellement, Bilbo en pâtira. Et Fili aussi. Si nous perdons, alors Fili sera condamné à rester son animal de compagnie. Il trouvera un moyen d'éradiquer définitivement Thorin et Kili de la succession, récupérer Frérin, te déloger pour mettre mon fils à la tête de ton empire, sans pour autant lui laisser la moindre liberté d'action… Et si, par malheur, tout se passe au mieux et qu'il se retrouve condamné à l'emprisonnement ou pire…
Elle se tut en pinçant les lèvres, préférant ne pas imaginer les conséquences sur sa famille que cela pourrait avoir.
Smaug était, certes, imprévisible, mais il était certaines choses que nul ne pouvait ignorer, dorénavant.
Sa cruauté, d'une part, et, d'autre part, son réseau de malfaiteurs tout aussi cruels, si ce n'était plus. Des ordres avaient certainement déjà été donnés selon toutes les conjonctures et aucune ne pouvait décemment ne pas compter des représailles sur la famille Durin.
oOo
— J'aimerai que tu signes ça pour moi, mon grand…
Assis face à une belle table finement ouvragée, Fili jeta un regard sur le papier que Smaug fit glisser et il s'en empara sans exprimer la moindre émotion.
— Vous me demandez de calomnier ma famille ?
— Enfant… Ce n'est pas ta famille, mais tes ennemis… Et puis ce n'est pas de la calomnie, tout y est vrai.
— Mon grand-père n'a rien à voir avec ce scandale sur les mines désaffectées de Belegost.
— Ne parle pas avec tant d'aplomb de ce que tu ignores…
Le ton ne souffrait aucune contradiction, mais Fili resta impassible, conscient que sa signature causerait beaucoup de dégâts et Smaug se pencha sur lui pour siffler entre ses dents :
— Ils commencent à prendre l'avantage… Ce n'est pas ce que tu veux, n'est-ce pas ? Car si je perds ce procès, tu ne me seras plus d'aucune utilité… Je n'aurai donc plus aucune raison de te garder en vie et de me dresser entre Azog et ton petit-ami… Je pourrai même lui dire de prendre ton petit-frère, je sais qu'il l'aime bien.
Fili ne répondit pas mais son regard nerveux parla pour lui, et l'autre se redressa en jubilant :
— S'ils pensent avoir la moindre chance de s'en sortir sans casse, ils vont vite déchanter.
Plaçant un stylo dans les mains de Fili, il fit demi-tour, sans voir le discret sourire victorieux qui ourla les lèvres de son captif. Discrètement, il vérifia que le micro que Bard avait caché dans un pli de ses vêtements était bien en état de marche puis, sans un mot, il signa les papiers qui parlaient à son nom et qui affirmaient que Thraïn avait baigné dans quelques trafics pas vraiment clairs quelques années auparavant pour mieux enrichir sa mine.
On l'avait pourtant prévenu, que sortir avec Bilbo le mettrait dans les pires situations qui soient, mais pourtant, il ne regrettait toujours pas d'avoir craquer sur cet adorable journaliste qui, de tous, était celui qui s'était sciemment mis dans le pétrin mais, au final, c'était pour mieux en sortir les autres.
Ils avaient choisi de jouer le jeu et de ne pas se fréquenter durant le procès, pour ne pas donner une bonne raison à Smaug de s'en prendre à eux. Et il comptait bien faire en sorte de doubler ce dernier à temps pour participer à l'effondrement de son empire.
Que son nom se salisse durant l'opération ne lui causait aucun problème, tant qu'il savait ses proches en paix.
Il était aussi le genre de mec qui aimait s'engager à fond lorsqu'il était en relation. Être en couple signifiait pour lui de partager beaucoup avec l'autre, à commencer par le temps et être ainsi éloigner de son mec, ne l'apercevoir que durant les audiences, ça le rendait fou.
Mais il était certain d'une chose : Lorsque tout cela serait fini, il retrouverait Bilbo et, d'une manière ou d'une autre, lui ferait passer le gout de se mettre en danger.
Le journaliste était déjà amoureux de lui, alors il n'avait pas eu à s'investir pour le séduire.
Mais le séduire était une chose.
Il fallait maintenant passer à l'étape supérieure.
oOo
— Tu n'en as toujours pas parlé à Dwalin ?
— Je ne sais pas trop comment lui dire…
Tauriel soupira en retirant son écharpe qu'elle posa sur le dossier de sa chaise, se penchant sur la lycéenne qui faisait ses devoirs :
— Plus tu attends, et plus il risque de mal prendre le fait que sa petite copine vive chez son employée après s'être prise la tête avec sa mère et qu'elle compte décrocher un contrat dans un bar rival… Le tout sans lui en avoir touché le moindre mot.
— Je ne sais même pas encore s'ils vont me prendre, et ce n'est pas un bar rival, c'est un salon de thé et ils ne vendent même pas de cocktail.
— Tout ce qui n'est pas le Shari est un rival…
— Si Dwalin apprend ça… Il se sentira responsable de moi et oubliera qu'il est mon petit-ami pour redevenir un oncle… Il me demandera d'y réfléchir sérieusement…
— C'est aussi ce que je te demande. Être en froid avec ses parents n'est jamais une bonne chose. Mettre son mec devant le fait accompli non plus
La plus jeune haussa les épaules avec un sourire :
— Tu sais que j'ai parlé plusieurs fois avec ma mère depuis que je suis ici. Elle accepte de me laisser à Osgiliath si je montre que je suis capable de me débrouiller toute seule. Elle t'a même payé un loyer pour ce mois-ci, que te faut-il de plus ?
Elle se pencha sur elle, détachant chaque syllabe pour marteler clairement :
— Parles-en avec Dwalin.
— Tu sais qu'il n'a pas la tête à ça en ce moment.
— Tu es sa petite-amie maintenant, Orianne. Cela veut dire que tu as le droit de t'imaginer aussi importante à ses yeux que son meilleur pote.
— Mais son meilleur ami à plus besoin de lui que moi maintenant.
— Si tu le dis…
Pensivement, la rousse s'éloigna pour s'avachir dans le canapé et la plus jeune se tourna vers elle, curieuse :
— D'ailleurs, comment ça s'est passé ?
— Pas trop mal, je pense… L'avocat de Smaug est très bon, mais les preuves que Bilbo et Bard avancent sont trop concrètes… Il commence à couler.
— J'aimerai bien y participer… Kili y-
— Ah non ! Toi, tu as cours. Ce n'est pas parce que tu ne vis plus chez ta mère que tu peux sécher pour une raison ou pour une autre… Et fini tes devoirs. Il est déjà tard, tu devrais être au lit maintenant.
— Oui, maman.
Sur une grimace obséquieuse, la plus jeune se retourna pour finir sa dissertation en maugréant que sa mère est bien plus compréhensive que la harpie qui lui servait de colocataire.
oOo
Merci d'avoir lu !
Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, j'ai été prise hier d'une frénésie d'écrire sur Shari XD
Et puis je me suis dite que si je postais un nouveau chapitre, ça me permettrai de voir si certains lecteurs ont toujours le courage de suivre cette fic après * Calcul rapidement * sept mois d'absence. Donc suffisamment longtemps pour sombrer dans l'oublie.
C'est la seule fic que j'écris au cœur: je ne sais ce qu'il se passe qu'au moment où je le raconte, c'est donc une fic sur laquelle j'adore écrire et, surtout, très rapide.
Alors si je constate qu'elle est encore suivit, j'essaierai de m'y investir un peu plus.
Ca fait longtemps mais je tient à remercier les reviewers des chapitres précédents!
Vraiment vraiment !
