— Tu es sûr de toi, Bilbo ?
— Oui, Fili. Fais-le, qu'on en finisse…
— J'ai peur des retombées…
— Il y aura des retombées de toute manière…
— Il ne faut pas prendre ses menaces à la légère.
— C'est la raison pour laquelle nous devons le mettre hors d'état de nuire. Et tu en as ce pouvoir.
Fili soupira, sans répondre, dos à Bilbo qu'il faisait mine d'ignorer. Ils se turent lorsqu'un journaliste passa dans la salle sans les remarquer, puis le blond reprit en chuchotant :
— C'est un jeu dangereux. Et puis pour l'instant, Smaug, même s'il n'aura pas de peine capitale, ne s'en sortira pas indemne.
— Tu as des preuves qui suffiraient à l'envoyer en prison pour le restant de ses jours !
— Nous tomberons avec lui ! Il a pris ses précautions, crois moi.
— C'est un risque que nous sommes tous prêts à prendre ! Tous ce que tu as à faire est te présenter comme témoin et montrer les preuves que tu as emmagasinées en travaillant pour lui.
— Il s'en prendra à toi.
— Bard l'en empêchera.
— Il a déjà failli une fois.
— Si Smaug tombe, il ne sera plus une menace…
Fili soupira, puis, vérifiant une nouvelle fois qu'ils étaient bien seuls dans le grand hall du palais de justice, il se tourna vivement pour rejoindre Bilbo à l'ombre d'un pilier pour poser une main douce sur sa joue, le regard déterminé :
— C'est un risque que je me répugne à prendre !
Le plus petit retint un soupir d'exaspération et posa sa main sur celle de son petit-ami en répondant sur le même ton :
— Fili, cela fait des années que je prend ces risques pour récupérer des preuves et les utiliser lorsque ce jour viendra… S'il te plait… Aide moi une dernière fois et je te promets que plus jamais je ne ferai quoi que ce soit d'irresponsable !
A la tête que fit Fili, il comprit qu'il venait de dire une bêtise, surtout lorsque celui-ci s'approcha encore en haussant un sourcil :
— Vraiment ?
— Hem… dans la limite du raisonnable…
Il avait détourné les yeux en bafouillant, se demandant s'il avait été assez con pour proposer une chose pareille, mais il était conscient que, pour Fili, il était capable de dire n'importe quoi, et ceci en était le parfait exemple.
Le blond resta pensif un instant, caressant sa joue d'un pouce distrait, puis il soupira lourdement en concédant :
— De toute manière, au point où on en est, autant mettre toutes nos chances de notre côté, j'espère que nous ne le regretterons pas…
Muet, Bilbo hocha la tête, puis Fili se détourna pour rejoindre l'audience :
— Très bien… Je vais donc intervenir…
— Je t'appuierai avec mes propres preuves.
oOo
— Reculez.
Menacés par l'arme à feu, les deux frères firent quelques pas prudents en arrière, sans défense et offerts au regard fou du géant albinos qui leur faisait face et qui avança sur eux en susurrant :
— Notre ami commun se plaint que l'un de vous deux est de trop… Toutefois, il est magnanime et sait se garder de caprices… Il vous donne donc un choix plutôt simple : soit je tue le brun et je lui amène le blond, soit je laisse le brun vivre et je tue le blond, de cette manière, mon employeur sera certain que personne d'autre que lui ne touchera à ses affaires…
Les deux frères firent un nouveau pas en arrière en échangeant un regard nerveux, et, se délectant de la situation, Azog reprit gentiment :
— Dans sa bonté, il a certifié que c'était au blond d'en décider…
Le visage blême, Frérin lança un nouveau regard à Thorin, mais celui-ci, jugulant son effroi, garda son aplomb et fit un pas en avant :
— S'entacher d'un meurtre maintenant serait la pire chose que puisse faire Smaug dans sa situation…
— Certes… Encore faut-il prouver qu'il soit impliqué dans ce meurtre…
Menaçant, il marcha vers Thorin jusqu'à se trouver proche de lui et, avec amour, il posa son arme sur la tempe du brun qui resta pétrifié.
— Si je te tue, toi, j'emmènerai ton frère en lieu sûr et m'arrangerai qu'il ne soit pas capable de parler tant que durera la peine de notre ami commun. Mais si je te laisse la vie, croit moi, je saurai faire croire que c'est toi qui a tué ton amant… Après tout, vous êtes tous les deux tellement extrêmes et imprévisibles… Et puis une passion comme la votre ne pouvait pas finir autrement que dans le sang… N'est-ce pas ? Quand on est entaché de tels vices, personne ne cherchera à réclamer une enquête…
A son tour, Frérin fit un pas en avant, les sourcils froncés et le cœur battant de voir son ainé ainsi menacé, et, d'une voix enrouée, il exigea précipitamment :
— Laissez le tranquille et j'accepte de-
— Non, Frérin.
Sèchement, Thorin lui attrapa le poignet pour l'enjoindre à se taire, et Azog eut un sourire condescendant et s'écartant à nouveau, éloignant son arme du brun :
— Il n'y a pas de négociation : l'un de vous deux doit mourir et c'est toi, mon beau, qui me dit qui…
— Dans ce cas, le choix est plutôt simple.
A son tour, il attrapa le poignet de son ainé pour le forcer à reculer en se plaçant devant lui, le regard dur et, avec un sourire gourmand, Azog le mit en joue en demandant innocemment :
— Es-tu conscients de ce que cela implique ?
Frérin ne répondit pas et l'autre continua, ravi :
— Je peux te le dire : ton frère et amant devra vivre cette vie intégralement sans t'avoir à ses côtés mais, en plus, de une, non seulement il se sentira responsable de ta mort, conscient que, s'il vit, c'est uniquement par ton sacrifice et, de deux, cette vie que tu achètes avec ta mort n'en sera pas vraiment une, car je suis très doué dans la manipulation des preuves, tu sais, et il sera très vite condamné pour meurtre…
Encore, Frérin ne répondit pas, mais Azog lu l'hésitation dans son regard, et, convaincant, l'albinos marcha sur lui en parlant d'un ton velouté :
— Alors que si je le tue, lui… Il n'aura plus aucun souci à se faire…
Le blond déglutit et, épouvanté, il se tourna vers Thorin, pâle et tremblant. Ce dernier avait planté son regard dans celui d'Azog, violent et furieux, impuissant mais prêt à défendre leur vie si la moindre occasion se présentait. Si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait exigé à ce que son frère soit épargné, quelque soit le prix. Mais il se rendait compte que, pour lui, survivre à ça serait bien pire que la mort, surtout si l'albinos l'emmenait avec lui pour un sort auquel il préférait ne pas penser.
De son côté, faisant mine de paniquer, Frérin baissa les yeux en évaluant discrètement la situation. Azog n'était qu'à moins d'un mètre de lui et n'était pas franchement en garde. Il était certainement habitué à se trouver, ainsi, devant des proies sans défenses, résignées à leur sort sans oser se défendre, calmés par l'arme à feu qui les menaçait.
Mais, de une, Frérin avait vécu quelques années en colocation avec ses deux neveux, et leur arracher la télécommande de l'unique télévision des mains n'était certainement pas plus compliqué que de s'emparer du flingue d'un mec qui ne s'attendait pas à se faire attaquer. N'est-ce pas ? Même si celui-ci faisait au moins deux têtes de plus que lui et était rompu aux armes du combat… Petits détails auxquels Frérin préféra ne pas penser.
De deux, il avait été suffisamment emmerdé durant sa scolarité pour avoir, avec Fili et Kili, pris les démarches nécessaires pour participer à plusieurs cours de self-défense et, aussi, de combat, il y avait même prit gout. Il savait qu'il savait se défendre et ce, malgré les petits détails cités plus haut.
Il lança un nouveau regard à Thorin, lisant sans mal dans son attitude que son frère était, lui aussi, doucement en train de se mettre en garde.
Il ne l'avait jamais vu se défendre, ce n'était pas comme s'il en avait réellement eu besoin, car le brun n'était pas le genre de mec à se faire embêter, mais il se doutait bien qu'il n'était pas manchot s'il s'agissait d'en venir aux mains.
Il était même bien placé pour témoigner de sa belle masse musculaire prête à l'emploi.
C'est pourquoi, sans prévenir, il se projeta en avant. Sa main attrapa adroitement le poignet de leur agresseur, dont le doigt pressa la gâchette à ce moment. Le coup de feu leur explosa les tympans, mais ne fit rien d'autre que perforer le carrelage de l'entrée et, déstabilisé par Frérin, Azog ne put prévenir l'uppercut de Thorin qui le cueillit à la mâchoire.
Mais le tueur était un combattant aguerri et, sans lâcher son arme, il se défit de la prise du blond qu'il attrapa à la gorge et, sans effort, le projeta contre le mur avec violence, le claquant contre le marbre blanc qui fut éclaboussé d'écarlate lorsque son crâne s'y cogna bruyamment.
— Frérin !
Distrait par son petit-frère qui, momentanément inconscient, glissa au sol, Thorin parvint tout de même à parer in extrémis le coup qui lui était adressé. Il garda son attention focalisée sur l'arme à feu que son agresseur tenait toujours en main et, acculé, il continua de l'attaquer, tentant de s'en emparer ou, au moins, de l'empêcher de l'utiliser.
Étourdi et désorienté, Frérin rouvrit difficilement les yeux, la douleur pulsant dans toute sa tête, un liquide chaud coulant de son nez suite à la puissance du coup. Jugulant un vertige qui brouilla son regard, il se mit difficilement sur pied au moment où Azog maitrisa son frère, le jetant au sol avec une facilité déconcertante.
— Vous êtes mignons… Comme si des moucherons comme vous êtes capables de me faire le moindre mal… Soyez sympas, coopérez, je dois encore m'occuper de votre plus jeune neveu, il est sur la liste lui aussi et je n'ai pas envie d'y passer la nuit…
Il affirma sa prise sur son flingue, conscient que le coup de feu précédent n'était certainement pas passé inaperçu et qu'il n'avait plus le temps de jouer. C'est pourquoi il mit Thorin, toujours à terre, en joue, avec un sourire sadique.
— C'est pile ou face, pour le coup. Et ça tombe sur toi, mon grand. Je pense que notre ami commun préfère que ce soit ainsi, il a encore quelques projets pour ton petit-frère…
Puis, sans lui laisser le temps de répondre, il ajusta et tira.
— Non !
Le cri de Frérin fut couvert par la détonation, toutefois, Thorin, qui avait eu le réflexe de fermer les yeux, fut surpris de ne pas ressentir la moindre douleur. Lorsqu'il rouvrit les paupières, il entendit, plus bruyamment que le coup de feu, le fracas que fit son cœur en se brisant lorsqu'il avisa, entre lui et Azog, le corps tremblant de Frérin, avec une immonde tâche de sang qui s'élargissait sur son dos, gorgeant son pull pâle, des lourdes gouttes carmin tombant bruyamment au sol à ses pieds. Trop proche de la source du tir, la balle avait traversé son torse et il tituba légèrement, avant que ses forces ne le lâchent et qu'il ne s'écroule dans les bras de son frère, dont le cœur semblait s'être arrêté de battre.
Azog grimaça mais, jugeant le travail accompli, il laissa tomber son arme dans la flaque de sang et s'en alla en retirant ses gants pour attraper son téléphone, s'éloignant sans un regard en arrière.
— Ne bouge pas !
Au feulement impétueux du premier fils de Thraïn, Azog eut un sourire arrogant en se retournant avec indulgence :
— Sinon quoi ? Tu vas-
Mais il se figea lorsque, face à lui, agenouillé au sol dans le sang de son frère qui gisait, inconscient, sur ses genoux, Thorin lui renvoya un regard noir, damné et brisé, ses mains tendues devant lui tenaient l'arme avec une fermeté dangereuse, le sang dégoulinant de ses doigts crispés.
Il n'y eut aucune somation, aucune hésitation.
Thorin n'avait jamais vraiment tiré avant ça, mais l'albinos n'était pas loin de lui. Les deux balles lui transpercèrent la poitrine et, doucement, comme un arbre fauché par la foudre, Azog s'écroula, mort avant de toucher le sol.
Le jeune brun s'en désintéressa immédiatement et, se penchant sur son frère, il lui retira rapidement ses vêtements, à peine soulagé de voir que l'impact était trop haut pour inquiéter les organes vitaux, plus proche de l'épaule que du poumon. Mais le sang s'échappait de ses plaies béantes, une artère importante avait certainement été touchée et Thorin ne pouvait rien faire pour juguler l'hémorragie.
Essuyant rapidement sa main sur son pull, il attrapa le téléphone de Frérin dans la poche de son frère et appela les secours sans attendre. A peine eut-il raccroché qu'il fouilla son répertoire, bénissant, pour une fois, le fait que celui-ci contenait pus de contacts féminins que masculins, notamment un contact en particulier que lui, personnellement, ne possédait pas dans son téléphone et qu'il appela sans attendre :
— Arwen, c'est Thorin. Appelle ton père, demande lui de venir à Osgiliath sur le champ, c'est une question de vie ou de mort.
oOo
— Ça va, ça va, j'arrive…
En bougonnant, Tauriel ajusta nonchalamment son vieux jogging uniforme et trop grand en se dirigeant vers la porte, baillant à s'en décrocher la mâchoire. Lorsqu'elle ouvrit, elle haussa un seul sourcil et resta un instant interloquée, face à son visiteur qui, lui aussi, sembla surpris de se trouver face à elle.
— Tauriel ? Salut. Hem… je… Je passais voir Orianne…
—Pourquoi faire ?
Kili, qui, de premier abord, avait semblé un peu déconcerté de se trouver face à elle, reprit plus de contenance, jusqu'à lui envoyer un petit sourire charmant en assurant d'une voix maintenant plus grave, sans s'inquiéter de l'aura dangereuse de la rousse inquisitrice :
— Les cours viennent de finir et j'allais au procès, je venais lui proposer-
— Elle a des devoirs à faire.
Le ton était catégorique mais il ne se laissa pas intimidé et poussa la désinvolture jusqu'à s'adosser contre le mur en lui lançant un regard de braise :
— Peut-être pourrions-nous… Passer outre… Après tout, elle aura toute la soirée pour s'en occuper… Surtout si tu lui laisses l'appart pour venir boire un verre avec moi…
Charmeur, il lui envoya un clin d'œil, suivit d'un sourire séduisant qui s'élargit lorsqu'elle lui répondit d'un petit sourire à son tour. Avant qu'elle ne lève le bras pour attraper la porte et la lui claquer au nez.
Mais il eut le réflexe malheureux de tenter de bloquer la fermeture avec sa main et ce fut un cri étranglé qui franchit ses lèvres lorsque ses doigts furent violemment coincés par la porte.
— Quel con !
Les yeux écarquillés, Tauriel poussa un juron bref en rouvrant précipitamment, mais le mal était fait et, même si le brun tâchait de rester brave en tâtant délicatement ses trois doigts qui commençaient déjà à noircirent et à gonfler, ils ne pouvaient ignorer l'angle bizarre que formait l'annulaire.
— Quel con…
Se répétant, la rousse attrapa l'épaule du lycéen qu'elle traina à l'intérieur sans qu'il ne cherche à s'en plaindre, au contraire, et elle le jeta sur une chaise de la cuisine avant de chopper une trousse de soin.
— Peut-être devrais-je aller à l'hôpital ? Je crois qu'il est cassé…
— Ho… Tu crois ?
Mesquine, elle lui répondit d'un ton narquois en s'emparant de son poignet qu'elle plaqua sur la table pour mieux évaluer les dégâts.
— Est-ce que ça fait mal si je te-
— OUTCH !
— Ok.
Elle attrapa un petit coton qu'elle imbiba d'alcool pour désinfecter délicatement l'entaille causée par le pincement et, nerveux, il demanda d'une petite voix :
— Orianne n'est pas là, en fait ?
— Elle est partie au Shari il y a vingt minutes…
— Ha.
Il y eut un court silence et, comme elle s'emparait de quoi faire une petite attelle après lui avoir fait avaler un anti-douleur, il demanda sur le ton de la conversation :
— Tu… Tu as déjà fait ça ? Je veux dire… Tu as des compétences pour-
— Pour casser les doigts des mecs qui m'invitent maladroitement à boire un verre ? Ne t'inquiètes pas, je suis une professionnelle, tu n'es pas le premier.
— Je parlais des soins. Et ma demande n'était pas maladroite…
— Elle l'était.
— J'improvisais. Ça n'était pas prémédité.
— C'est une excuse ?
— Un aveu. Si j'avais su qu'Orianne n'était pas là, je ne serai pas venu les mains vides…
— Il n'y a rien de plus ennuyeux qu'un mec qui se ramène à ta porte avec des fleurs et des poèmes…
Déroulant sèchement la bande, elle ignora ses grimaces de douleur et, maitrisant sa voix, il continua d'un ton plus séduisant :
— Je pensais plutôt à un menu Rohirim à emporter et un DVD de Walk of the Ents…
Nouant agilement le nœud final, elle lui envoya un regard, soutenant celui, charmeur, qu'il avait posé sur elle et, reposant sa main, elle demanda négligemment :
— Quelle version ?
— La deuxième. Celle de 75. La seule où il se passe quelque chose…
— Les effets spéciaux sont mauvais… Et les marionnettes peu crédibles…
— Mais la trame de fond est bien mieux fournie que celle de la troisième version.
— Ce n'est pas compliqué… Mais la troisième à la décence de ne pas proposer une romance impossible entre un saule pleureur et un être pourpre.
— Aucune romance n'est impossible…
D'une voix grave, il avait soudain parlé sérieusement, avec la conviction propre à son jeune âge, et elle haussa un sourcil avant de se lever pour mettre de l'eau à chauffer.
— Quand on voit les couples qui se forment dans la région du Shari Vari, je vais commencer à y croire moi aussi…
Sérieuse elle aussi, elle avait parlé pensivement en faisant glisser une tasse vers le plus jeune qui l'attrapa distraitement. Il y eut un nouveau silence à peine dérangé par l'eau qui commença doucement à frémir et, abandonnant sont petit manège de séduction, Kili rumina un instant, avant de parler brusquement :
— Légolas semble t'apprécier.
— Pourquoi me parles-tu de lui ?
Il haussa les épaules, moins sur de lui qu'il ne l'avait montré en l'abordant, et il concéda simplement :
— On dirait que c'est réciproque… Si tu veux une romance qui n'est pas impossible, ça le ferait avec lui…
Elle resta silencieuse le temps de lui servir l'eau chaude, avant de s'éloigner en remarquant sur le ton de la conversation :
— Certainement. Mais lui dédaigne chacune des sept versions de Walk of the Ents qui est sortie jusqu'à ce jour… Comme beaucoup de monde aujourd'hui…
Elle resta dos à lui, mais retint un petit sourire lorsque, reposant la bouilloire métallique, elle vit dans le reflet de celle-ci la manière dont le regard noir du plus jeune flamboya un instant. Lorsqu'elle se retourna, il se contenta de feindre l'indifférence, s'amusant à faire tourner le sachet de thé dans sa tasse en parlant à son tour :
— Un tel vice n'est pas forcément répréhensible… Après tout, chacun de ces films donne l'impression que le réalisateur, les acteurs et même ceux qui s'occupent de la bande son ont tout fait pour que ce soit les pires longs métrages jamais effectués dans l'histoire du cinéma…
Elle concéda d'un sourire amusé et leva sa mug pour proposer un toast :
— C'est ainsi que naissent les chefs d'œuvres.
— Personne n'a jamais fait pire à ce jour… du grand art.
Ils trinquèrent en riant et, s'asseyant face à lui, Tauriel demanda d'une voix amusée :
— C'est donc comme ça que tu t'y prends quand tu n'improvises pas ? Tu invites les filles à subir trois heures de la pire version de l'histoire la plus ennuyeuse jamais réalisée, le tout en mangeant des soupes vegans insipides au contenu indéfinissable, avant de leur parler du mec sur qui elles craquent ?
— Pourquoi pas ? Jusqu'à maintenant, tu ne m'as cassé qu'un seul doigt... J'estime être sur la bonne voie.
— C'est vrai qu'il y a de quoi être fier…
— Et… Tu as accepté de boire un verre avec moi.
Ravi, il lui lança un petit clin malicieux en levant sa tasse et elle leva les yeux au ciel en soufflant doucement sur son thé.
— Une seule tasse de thé, Kili. En compensation pour ton doigt. Ne t'attend pas à plus.
— Pourquoi pas ? Tu n'est pas un être pourpre et je ne suis pas un saule pleureur… Notre romance n'est pas impossible.
— Ta logique est imparable…
Il eut un sourire avant de boire une petite gorgée, mais son téléphone sonna à ce moment et il soupira en le sortant de sa poche pour couper l'appel. Il remarqua rapidement qu'il venait de sa mère et se dit simplement qu'il la rappellerait plus tard. Toutefois, le portable vibra à nouveau, pour un nouvel appel, de son frère et, fronçant les sourcils, il s'excusa en se levant pour répondre sèchement :
— Fili ? Qu'est-ce que-
Face à lui, Tauriel ne dit rien, mais remarqua de quelle manière le visage du lycéen s'assombrit et, soudain hésitant, Kili se rassit pour parler rapidement, comme s'il se justifiait :
— Non. Je vais bien. J'ai simplement fait un détour, je suis chez Orianne, je n'ai pas disparu… Calme toi, Fili, que se passe-t-il ? Tu n'es plus au procès ? Et dis à maman d'arrêter de crier, je vais bien, j'ai juste un doigt cassé, c'est tout.
Fronçant les sourcils, la rousse le dévisagea sans pudeur, comprenant que quelque chose n'allait pas, à l'instar de Kili qui tentait de déchiffrer le flot d'informations sous lequel son frère le noyait.
— Comment ça, tu exiges que je reste en sécurité ? Ça veut dire quoi ? Dit moi ce qu'il se passe clairement, Fili, je ne t'ai jamais vu aussi hystérique...
Il garda ensuite le silence, son visage palissait à vue d'œil alors qu'il écoutait les dernières informations de Fili, et il ne répondit que de quelques mots éteints au bout d'un moment, avant de raccrocher et de s'avachir sur sa chaise.
La tête bourdonnant, il remarqua le regard interrogatif de la belle rousse et, se reprenant, il lui annonça d'une voix blanche :
— Frérin et Thorin ont été agressés… Ils sont en vie tous les deux mais Frérin s'est pris une balle et a un mauvais traumatisme crânien. Ils sont encore à l'hôpital.
Elle écarquilla les yeux et il soupira avant d'approfondir :
— La « Bonne nouvelle » c'est que le mec qui a fait ça est un leader de la mafia avec lequel Smaug est soupçonné de collaborer, même si ça n'avait pas encore été prouvé… Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que Fili et Bilbo témoignent contre lui à ce moment et prouvent, justement, cette collaboration. Le procès était censé se clôturer aujourd'hui, mais Smaug est maintenant accusé de complicité de tentative de meurtre et de beaucoup d'autres choses. Il ne peut plus échapper à la peine à perpétuité.
Il se tut en soupirant une nouvelle fois, et ils gardèrent un silence inconfortable, puis il lui lança un regard en coin avant de demander timidement :
— Il aimerait que je reste en sécurité, mais mes oncles sont à l'hôpital… Est-ce que… Je peux emprunter ta moto ?
— Tu as un permis ?
— Non, mais je sais-
— Je t'emmène.
oOo
Merci d'avoir lu !
Ca part un peu en eau de boudin mais je promet que ça va vite revenir à la mode Shari, il fallait simplement clôturer tout cet épisode du procès et ça commence à devenir bon.
On va bientôt pouvoir se concentrer sur les autres (Fili/Bilbo, Orianne/ Dwalin and cie)
