oOo

— Donc, si ça vous convient, nous pouvons commencer ainsi. De cette manière, Kili, tu sauras si travailler dans l'entreprise te plait, quant à vous, Thorin et Fili, cela vous permettra de vous accorder avec nos différentes équipes et actionnaires…

Les trois héritiers de Thraïn acquiescèrent à la proposition, et il continua en classant ses dossiers :

— Frérin a réitéré son refus de collaborer avec vous et de prétendre diriger cette entreprise un jour. Bien entendu, au vu de son état actuel, je ne considère pas cette décision comme irréversible et j'estime qu'il y aura toujours de la place pour lui si jamais il change d'avis. Sinon, les choses évolueront dans ce sens.

Ils venaient de passer quelques heures autour de la table, au manoir de leur père, à discuter de l'avenir de la société et de la place de chacun en son sein. Les choses se profilaient plutôt bien et sans tension entre les différents héritiers, qui étaient bien conscients que l'entreprise était suffisamment grande pour faire vivre de nombreuses familles si jamais ils continuaient de collaborer.

Ils planifièrent une autre réunion du genre pour le mois prochain, puis Thraïn les congédia, toutefois, alors qu'ils se levaient, Thraïn se racla la gorge, avant de demander d'une petite voix :

— Thorïn, reste encore un peu, j'aimerai te parler…

Le brun haussa un sourcil mais ne fit pas de commentaires et il salua ses neveux qui s'éclipsèrent. Une fois seuls, Thraïn invita son fils à le suivre dans un petit salon annexe à la salle de réunion pour lui proposer un verre, avant de se laisser tomber dans un canapé en soupirant lourdement :

— Pardon, Thorin…

Surpris, Thorin ne sut quoi répondre et, le regard perdu dans son verre, les épaules basses, son père reprit d'une voix enrouée :

— Je suis un abruti…

C'était exactement ce que pensait le jeune brun, malgré tout l'amour et le respect qu'il avait pour son père, toutefois, il n'apprécia guère de le voir aussi secoué face à lui et, gentiment, il vint s'asseoir à côté de lui, sans un mot. Thraïn sembla pensif un moment, puis il inspira à fond, vida son verre, avant de confesser, le regard fuyant :

— Je pensais agir pour votre bien lorsque j'ai… Pris toutes ces décisions vous concernant, toi et ton frère. Tout comme j'ai toujours… J'avais toujours eu l'impression que… Frérin était un étranger, pour moi.

Voyant comment le regard de Thorin s'assombrissait, il justifia rapidement, de vive voix :

— Je l'aime très fort, bien entendu. Je l'ai toujours aimé, même si je ne me suis rendu compte à quel point j'étais attaché à lui que le jour où Smaug s'en est pris a lui… Mais je n'ai jamais vraiment réussi à le connaître. Disons que… Je ne me suis jamais vu en lui… Je ne le comprenais pas.

Thorïn resta silencieux, recueillant l'aveu sans oser interférer, conscient de la rareté de la chose.

— Je suis sincère, Thorin : je pensais agir pour votre bien. Je ne voyais aucune autre option que la séparation, autant pour toi que pour lui mais… Finalement, je le cerne peut-être bien mieux que ce que je pensais. Il est si facile à lire… Sigrid, Dis… Et même Fili… Ils me le répètent depuis le début : votre liaison est la meilleure chose qui soit arrivée, autant à lui qu'à toi…

Il soupira et joignit ses mains, les pressants nerveusement :

— Comment croire une chose pareille ? C'était inconcevable…

Il eut un petit rire sec, avant de continuer, le regard perdu dans le vague :

— Puis, quand j'ai appris que vous avez été attaqué et qu'il se trouvait entre la vie et la mort, c'était comme si tout un monde s'était écroulé… L'idée de vous perdre, surtout de cette manière, c'était…

Il se tut, serrant les mains à l'évocation du souvenir, avant de reprendre en regardant son fils dans les yeux :

—Je me suis rendu compte que, à côté de ça, vous pourriez bien vivre comme vous l'entendiez, au final, tant que vous étiez en vie, rien d'autre n'avait d'importance…

Thorin écarquilla les yeux et se tourna vers son père, stupéfait par la confession, mais celui-ci se leva pour se servir un nouveau verre, concédant d'un ton neutre :

— Mais, quand j'ai appris que Frérin était amnésique, j'ai vu là l'occasion d'oublier cet écart et je pensais réellement que c'était une bonne chose mais…

La bouteille encore en main, il se tourna vers Thorin, toujours assis dans le canapé et qui le regardait attentivement :

— Je me souviens bien, Thorin, à quel point il était lumineux, à quel point il souriait facilement avant… tout ça. Avant que Smaug n'interfère… Et cela fait bientôt deux semaines, depuis son réveil, que…

Soupirant à nouveau, il retourna s'asseoir près de Thorin, la bouteille dans une main et son verre vide dans l'autre :

— Il est si terne… Et je ne peux dire ce qui est pire entre ses silences ou bien sa voix qui n'a plus la moindre intonation… Il passe ses journées enfermé, ne fait que le minimum pour la rééducation… Ne parle que s'il y est contraint, et encore… Ne soutient plus aucun regard, c'est à peine si j'ai vu ses yeux depuis son réveil…

Thorin, qui n'avait pas eu le droit de voir son frère depuis son réveil, sentit sa poitrine se comprimer à l'annonce, et, cette fois-il, il ne se sentit pas désolé lorsque son père poussa un nouveau soupir à feindre l'âme. Et celui-ci n'eut pas à le répéter deux fois, lorsqu'il supplia d'une petite voix :

— Va lui parler, s'il te plait, Thorin. Viens vivre au manoir ou bien emmène le chez toi s'il le faut, mais on ne peut pas le laisser dans cet état !

Ils se regardèrent un instant dans les yeux, puis Thorin pressa gentiment le bras de son père en remerciement, lui offrant un sourire sincère et empli de gratitude, le premier depuis des années, avant de se lever pour sortir de la pièce. Toutefois, il s'arrêta avant de passer la porte, pour déclarer simplement :

— Papa, tu devrais lui dire ce que tu viens de me dire. Je ne suis pas le seul à avoir un impacte sur ses émotions…

Sans ajouter un mot, il passa dans le couloir, profondément heureux, d'un côté, d'avoir, enfin, la bénédiction de son père mais considérablement refroidit, de l'autre, par sa situation actuelle avec son frère. Cela faisait deux semaines qu'il ne lui avait pas adressé la parole, n'ayant pas réussi à le voir ou le contacter à l'insu de la famille, tout comme il se doutait que Frérin ne devait pas avoir gardé de très bons souvenirs de lui, s'il en avait gardé…

Il était conscient qu'il ne pouvait pas débarquer du jour au lendemain et prétendre devenir, tout à coup, son meilleur ami, comme l'espérait son père. Mais il préféra mettre ses doutes de côté et passa dans l'aile privée du manoir. Passant près de l'atelier de Sigrid, il fut interpellé par sa belle-mère qui posa ses pastels au sol avant de se lever en époussetant son tablier :

— Thorin, ça me fait plaisir de te revoir par ici… Est-ce que… Ton père t'a parlé, à propos de-
— De Frérin ? Il vient de le faire à l'instant.
— Ha. Très bien… Je l'aurai fait moi-même s'il ne s'était pas décidé…

Essuyant ses mains sur son tablier, elle garda le regard fuyant, avant de s'excuser à son tour :

— J'aurai dû lui demander de faire ça plus tôt… Ça crève les yeux que Frérin ne s'en sortira pas tout seul. Sa situation est très dure à gérer, autant pour lui que pour nous… Et il y a tellement de colère en lui, maintenant… Je ne l'avais jamais vu comm-
— Où est-il ?

Même s'il tâchait de rester respectueux, il était trop impatient de le revoir pour écouter tout ce que sa belle-mère avait à lui dire mais, sans s'offusquer, elle lui montra le couloir du doigt :

— Essaie la bibliothèque ou bien la salle de musique. Sinon, avec un peu de chance, il profite du soleil et est en train de lire dehors…

oOo

— Détend-toi…
— Je suis détendue !

Dwalin retint un sourire conquis face à l'affirmation soufflée d'une voix tendue et il se pencha sur Orianne pour embrasser gentiment ses lèvres. Ses mains, posées sur les hanches pleines qu'il malaxait doucement, remontèrent le long de sa chemise, frôlant la poitrine, jusqu'à s'emparer du premier bouton qu'il défit nonchalamment.
Il la sentait raide contre lui, mais il devinait qu'elle était plus inquiète quant à sa capacité à le combler qu'à l'idée de passer à l'acte, alors il décida de ne pas trop lui laisser le temps de réfléchir et, rapidement, ouvrit sa chemise, qu'il laissa choir au sol.

Il la trouvait belle, malgré ce qu'elle en pensait. Plutôt effilée, avec un ventre plat dont la douceur appelait aux caresses. Il posa à nouveau ses mains sur elle, et les fit remonter le long de sa taille, jusqu'à caresser son dos tout en se penchant sur elle pour embrasser à nouveau sa bouche, défaisant dans le même temps son soutien-gorge noir qui rejoignit la chemise.
Il sentit son souffle se bloquer et il s'éloigna d'elle pour la voir, appréciant de sentir ses doigts, timides, mais déterminés, glisser de long de son torse pour attraper les plis du T-shirt qui le couvrait encore. Comprenant où elle voulait en venir, il fit un pas en arrière en se débarrassant du vêtement, dévoilant un torse bien bâti à la musculature saillante qui plut à la jeune fille.

Confiante, elle s'approcha de lui pour poser ses mains sur ses pectoraux qu'elle pressa avec gourmandise et, en réponse, il enroula ses bras autours de sa taille pour la soulever sans effort. Elle le ceintura de ses jambes, s'accrochant à ses épaules pour l'embrasser à pleine bouche, considérablement réchauffée de sentir sa peau nue contre la sienne et son corps solide entre ses cuisses. Peu à peu, elle sentit la chaleur de la passion l'étourdir et lui faire perdre la notion du temps et de l'espace.
Il l'amena jusqu'au lit, sur lequel il l'allongea, embrassant sa bouche sans retenu.
Embrasé lui aussi, il laissa son appétit le guider et quitta sa bouche pour embrasser sa gorge, puis une épaule, avant de prendre franchement un téton si sensible dans sa bouche. Surprise, elle s'arqua, ses lèvres se séparant dans un « O » muet et ses doigts agrippant les draps sous le soudain afflux de plaisir dont l'intensité était inattendue. Instinctivement, elle écarta les jambes et laissa le plaisir enfler en elle lorsque, de sa main, il vint pétrir le sein délaissé, emballant significativement son souffle.

Fermant les yeux, elle caressa ses bras et ses épaules, laissant la peau rouler entre ses doigts. Elle voulait faire plus et lui rendre ce plaisir qu'il lui donnait, mais elle ne savait pas comment alors elle se contenta d'apprécier ses caresses qui, déjà, faisaient significativement monter la température.
Il délaissa son sein pour embrasser son flanc, puis son ventre, l'amenant à se tordre contre lui alors qu'il mordillait le bas-ventre, faisait rouler la peau entre ses dents, tout près d'une hanche, envoyant des traits de plaisir au plus profond d'elle.
Son souffle eut un accro lorsqu'il vint caresser l'intérieur de sa cuisse du bout des doigts, par dessus son pantalon. Doigts qui remontèrent jusqu'à son entrejambe, très sensible, avant de revenir sur le ventre pour s'emparer du vêtement, qu'il fit glisser le long de ses jambes, continuant d'embrasser sa peau en descendant toujours plus bas.

Elle tressaillit lorsque les doigts de son amant commencèrent à caresser son intimité, bientôt rejoint par sa langue et elle sentit, par vague, un plaisir incommensurable se rependre en elle alors qu'il embrassait cette zone si réceptive.
Jusqu'à maintenant, elle n'avait jamais apprécié de le voir si volage mais, alors qu'il embrasait ses sens avec une application acharnée, elle fut ravie de profiter de cette expérience emmagasinée, et elle se laissa emmener par la volupté.
Poussant une exclamation de plaisir, elle se tordit et ferma les yeux quand la caresse de ses doigts se fit plus intrusive. Bien plus intrusive.
Instinctivement, elle ondula du bassin pour mieux le sentir, ouvrant la bouche lorsqu'il revint l'embrasser sans retirer ses doigts, portant sur ses lèvres le gout de sa féminité.
Affamés, tous les deux, ils échangèrent un baiser passionné, bien plus passionné qu'elle ne lui avait jamais connu. Un baiser dans lequel elle ressentit l'appétit qu'il avait pour elle et qui, loin de l'intimider, l'attisa considérablement, sans parler de ces doigts qui continuaient de se mouvoir délicieusement en elle…
Son corps entier semblait maintenant complètement à la merci de Dwalin, réagissant à la moindre de ses sollicitations qui se propageaient en elle comme du feu. Mais elle voulait plus, tellement plus.
Elle le voulait en lui, maintenant plus que jamais et, impatiente, elle poussa un soupir rauque lorsqu'il se sépara pour la regarder dans les yeux :

— Tu es certaine de vouloir-
— Ha non, Dwalin, ne recommence pas avec ça, c'est pas le moment !

Sa voix était hachée, mais elle se redressa pour l'embrasser, suppliant contre ses lèvres :

— Je te veux, Dwalin. Je te veux en moi. Maintenant.

S'il avait eu des réticences quant à leur écart d'âge et l'éternelle gamine qu'il avait toujours vu en elle, Dwalin n'en avait maintenant plus la moindre trace, et il ne perdit pas de temps pour attraper un préservatif dans sa table de nuit, avant de se déshabiller entièrement. Il la couvrit à nouveau de son corps, prenant place entre ses cuisses qu'il caressa gentiment, puis il laissa sa main glisser jusqu'à l'entrejambe de la jeune fille qu'il effleura d'une caresse légère, mais propageant un plaisir aiguisé dans ses veines.

Elle grimaça lorsqu'il la pénétra mais, attentif, il se soucia de ne pas la heurter, s'insérant doucement en elle, picorant sa bouche de baisers brefs, caressant ses seins d'une main, nouant ses doigts aux siens de l'autre. Il la sentait autour de lui, chaude et humide, il recevait, contre ses lèvres, son souffle court et haché et sentit, en plus du plaisir, une vague d'amour pour celle qui s'était réservée pour lui.
Il se rendait compte, alors qu'il ouvrait la femme de sa vie, qu'il y avait bien une grande différence entre se faire plaisir avec une personne pour qui on n'avait pas de considération et faire l'amour avec Orianne. Lui qui avait toujours ri de Fili et de ses conneries d'idéalistes à propos du bonheur que pouvait procurer une seule et même personne tout au long de la vie, il avait de quoi s'en trouver un peu bête maintenant, mais, alors que la plus jeune s'accrocha à ses épaules en se cambrant sensuellement pour mieux l'accueillir, il partit du principe que, lui aussi, avait toujours pensé de la sorte.

Bien vite, elle s'accoutuma à sa présence en elle, la douleur de cette première pénétration s'effaçant rapidement, et soupirant de plaisir, elle s'accorda à son rythme, tressaillant à chacun de ses coups de reins qui semblaient l'atteindre toujours plus profondément.
Elle avait vraiment chaud, maintenant et, de son bas ventre, se propageaient des vagues de voluptés par lesquelles elle se laissa submerger.
Elle ne pouvait dire si c'étaient ces jeux charnels ou bien le simple fait que celui qui était en elle n'était autre que Dwalin, le seul homme qui n'avait jamais compté pour elle, mais le plaisir était intense et courait sous sa peau, dans ses veines et dans ses tripes, répondant aux pénétrations qui se succédaient alors qu'il s'insérait en elle de plus en plus facilement, de plus en plus ardemment, la prenant avec passion.
Elle en fut comblée. Le recevoir ainsi, aussi franc, sentir qu'il ne s'embarrassait à entraver sa fougue et son désir par peur de blesser la petite fille qu'elle n'était plus depuis longtemps la combla intensément.
Elle cria le nom de son amant d'une voix cassée lorsque l'orgasme l'emporta, à bout de souffle et étourdie et, à sa suite, il atteignit le paroxysme de son plaisir, avant de ralentir son mouvement, jusqu'à s'immobiliser.

Au dessus d'elle, il la regarda longuement, alanguie sur les draps froissés, ses longs cheveux châtains étaient défait, ses yeux embués, son souffle encore saccadé et la peau de ses joues avait pris une jolie teinte rosée.
Charmé, il se pencha sur elle pour l'embrasser avec une douceur non feinte, récupérant le préservatif qu'il jeta dans la poubelle près du lit avant de s'allonger près d'elle, caressant allègrement sa peau et la réceptionnant lorsqu'elle vint se nicher contre lui en soupirant d'aise.

Sans vraiment cerner pourquoi, il trouva l'instant précieux, parfait, comme une note suspendue et, inconsciemment, il l'enferma dans ses bras, se jurant de ne jamais la lâcher.

oOo

Face à la fenêtre de la salle de musique, Frérin regardait distraitement à l'extérieur. Le parc était en fleur et il sentait, réchauffant sa peau, les rayons déjà audacieux du soleil de mai.

Grimaçant, il se concentra intensivement pour lever sa main droite et en ouvrir les doigts, qui tremblaient furieusement, afin d'y déposer une balle de tennis de sa main gauche. Il tenta de la tenir, mais l'effort lui fut pénible et il ne parvint pas l'empêcher de tomber au sol. La balle rebondit une fois, avant de rouler, jusqu'aux pieds de Thorin, qui s'immobilisa à l'entrée de la salle.

Croisant son regard, Frérin eut un accro dans son souffle, mais il n'exprima pas la moindre émotion, se contentant de regarder son frère dans les yeux. Un silence très inconfortable s'étira entre eux, et Thorin se baissa pour ramasser la balle, avant de s'approcher en demandant gentiment :

— Comment vas-tu ?
— Comme un amnésique qui a l'épaule transpercée.

Pinçant, presque agressif, Frérin toisa le plus vieux, sans faire mine de prendre la balle qu'il lui tendit et qui, finalement, la posa sur le meuble le plus proche. Maintenant proche de lui, Thorin pu voir à quel point sa peau était blême mais, surtout, à quel point son regard était terriblement vide, dénué du moindre éclat. Il en eut mal au cœur, mais ne fit pas de commentaire, se contentant de parler d'une voix basse, cherchant à l'amadouer :

— Je suis désolé pour ton bras… Et, aussi, je suis désolé de ne pas être passé plus tôt. Mais, tu sais, je me suis vraiment inquiété pour toi.
— J'ai bien vu.

Encore, il venait de parler de ce ton agressif en lui rendant un regard furieux, mais Thorin ne se laissa pas intimider et il continua, le regardant dans les yeux :

— Je n'ai pas d'excuses, pour mon absence, ces dernières semaines.
— Je ne t'en ai pas demandé.

Frérin semblait carrément non pas sur la défensive, mais totalement récalcitrant à lui adresser la parole, si bien que Thorin, malgré son terrible froissement de cœur, jugea bon de faire un pas en arrière en soupirant :

— Je repasserai certainement demain et, si jamais tu le désires, mon appart t'est ouvert.

Raide et immobile, Frérin le regarda faire demi-tour, mais, avant que Thorin ne sorte, il l'interpela d'une voix aussi furieuse que désespérée :

— C'est tout ? N'as-tu rien à me dire, Thorin ?

Le brun s'immobilisa, sa poitrine labourée par la détresse qu'il discerna dans la voix du blond et il se retourna pour lui faire face.

— A quel propos ?

Le blond haussa son épaule valide, faisant la moue en demandant sèchement :

— Je ne sais pas… Tu as une idée, toi ?

Face à son amertume, Thorin garda le silence en se demandant, soudainement, si Frérin n'avait pas plus de souvenir qu'il ne l'avait prétendu, mais, méchamment, son petit frère cracha en le regardant dans les yeux, répondant à sa place :

— A propos d'une certaine relation que les réseaux sociaux nous prête… Ou bien, peut-être, à propos d'une balle qui, selon les médias, t'était destinée mais qui m'a traversé l'épaule à la place. Sinon, tout simplement, à propos de ton silence méprisant qui dure depuis deux semaines, alors que j'attend désespérément le moindre signe de ta part qui me fasse comprendre que je n'ai pas rêvé, le jour où je me suis réveillé et que tu en as bien quelque chose à foutre de moi !

Il avait crié ses derniers mots, dans une voix déchirée par les sanglots, mais ses yeux étaient secs et il se reprit pour assener en sifflant d'une voix à peine maitrisée :

— Et te voilà, qui te pointes comme une fleur, sans une seule explication, sans même un pardon…

A court de mots, Thorin resta face à son petit-frère qui se détourna en parlant d'une voix polaire :

— Part si tu le veux, Thorin. Mais, si tu fais ça, alors ne reviens jamais me voir.
— Ce n'est pas ce que je veux ! Frérin, écoute moi, je peux répondre à tes questions !

Soudain catastrophé à l'idée d'être rejeté par Frérin, l'homme qu'il aimait, il marcha jusqu'à lui pour prendre son poignet et le faire tourner vers lui, pour le regarder dans les yeux. Le blond ne chercha pas à se défendre, même s'il resta très raide et qu'il le défia du regard, se perdant, lui aussi, dans les prunelles sombres de son aîné.

Ils s'observèrent ainsi un instant, Thorin sembla fouiller la moindre étincelle dans les yeux du blond qui se dérobaient, se cachant derrière une colère de façade.

— Tu ne devrais pas tenir ton frère ainsi, Thorin.

Se rendant, seulement, compte que son autre main venait instinctivement de se glisser sur sa nuque pour le maintenir près de lui comme il l'avait tant fait avant l'accident, Thorin le lâcha et fit un pas en arrière en soupirant.

D'un côté, il sentait une colère palpable qui émanait du plus jeune. Mais c'était ce genre de colère dans laquelle se drapaient les animaux acculés dans une douleur qu'ils ne comprenaient pas. En plus de cette colère et du franc rejet de Frérin, Thorin sentait, tout aussi puissant, ce désir bridé de venir vers lui, d'entendre ses explications, de se laisser apprivoiser…
Il eut la sensation que le blond était simplement en train de le tester, de sonder ses réactions. Il le repoussait pour voir comment Thorin reviendrait, s'il revenait.
Après tout, il y avait de quoi être déboussolé, au vu de l'énormité de cette révélation.
Frérin avait tout de même appris du jour au lendemain que non seulement il avait des tendances homosexuelles mais, en plus, c'était pour coucher avec son frère qui, de base, n'était pas franchement une personne avec qui il était très proche. Frère qui n'avait pas daigné lui rendre visite une seule fois depuis son réveil…

Bien entendu, ces dernières semaines, Thorin avait réfléchi à la meilleure manière d'agir envers le plus jeune après ça, mais il s'était naïvement imaginé que Frérin se serait gentiment contenté de la version qu'ils lui avaient donnée. Il faillait être con, certes.
En tout cas, il s'était longuement demandé comment aborder la chose, s'il était vraiment raisonnable d'espérer l'aborder un jour et il en avait conclu qu'il verrait bien. Et, finalement, Frérin avait directement amorcé le sujet.

A lui maintenant d'embrayer en faisant en sorte de ne pas s'embourber d'avantage et, si possible, améliorer un peu la situation.

A nouveau, ils échangèrent un long regard et Thorin se noya dans la solitude, la détresse, le mal-être et l'angoisse qui irradiait de celui du plus jeune. Un regard empli de défiance, d'amertume mais, aussi, d'attentes et d'incertitudes.
Un appel à l'aide.

Frérin attendait des explications, mais il ne semblait pas en état de les entendre, trop bouillonnant et sur la défensive. Mieux valait d'abord l'aider à se calmer.

Le regard de Thorin dévia sur l'épaule rigide et, doucement, comme s'il tentait d'apprivoiser un animal sauvage, il tendit à nouveau la main vers lui, en demandant d'une voix apaisante :

— Puis-je ?

Frérin tressaillit et sembla hésiter, mais il hocha la tête dans un accord tacite et, n'en attendant pas plus, Thorin refit un pas en avant, attrapant délicatement la chemise qu'il déboutonna un minimum pour dégager l'épaule blessée. La plaie était recouverte d'un pansement immaculé autour duquel Thorin fit glisser son doigt, amenant le plus jeune à tressaillir. Il fit ensuite descendre sa main le long du bras, jusqu'à attraper celle, inerte, de Frérin, qu'il leva pour la poser dans sa paume et en caresser les doigts de son autre main.

— Peux-tu encore ressentir les choses ?
— Pas toujours distinctement…

Déboussolé par la douceur et la tendresse du plus vieux, Frérin ne savait plus sur quel pied danser, sa gorge était maintenant sèche. D'un côté, il voulait se jeter en arrière, s'arracher de se contact qui le troublait tant. De l'autre côté, il désirait que cet instant dure toujours.
Indécis, il resta immobile, dévisageant Thorin lorsque celui-ci fit un nouveau pas en avant, tenant toujours sa main dans l'une des siennes et revenant caresser son épaule de l'autre.

— Qu'as-tu lu, exactement, dans les journaux ?

Tellement de choses… Dont certaines qu'il aurait aimé ne jamais savoir. Il resta un instant suspendu au regard du plus vieux, avant de répondre dans un souffle :

— Que c'est toi qui as tué Azog.
— Il venait de te tirer dessus… Je te pensais mort, ça m'a rendu fou.
— Pourquoi ?
— Tu as certainement une idée du lien qui nous-
— Je veux que tu me dises pourquoi je me suis fait tirer dessus.

La question était un piège, Thorin le comprit à son intonation, mais il choisit de se laisser tomber dedans :

— Tu ne t'es pas fait tirer dessus : la balle m'étais destinée. Tu t'es interposé.

Frérin se crispa, tandis que Thorin pressa sa main :

— Je te dois la vie, Frérin…

Ne répondant pas tout de suite, il baissa le regard et déglutit lorsqu'il remarqua à quel point le visage de Thorin était proche du sien, troublé de ne pas se sentir gêné ou mal à l'aise face à la proximité, au contraire et, d'une voix cassé, il demanda, les yeux rivés au sol :

— Je n'arrive pas à me rappeler pourquoi j'ai fait une chose pareille... Comment en suis-je venu à penser que la mort était préférable à une vie sans toi.

Il croisa à nouveau le regard de Thorin lorsque celui-ci lui attrapa le menton pour l'inviter à redresser la tête, et qu'il répondit d'une voix chaude :

— Donne moi un peu de ton temps, Frérin, et je m'arrangerai pour te le faire comprendre…

Frérin se sentait séduit, du moins, c'était l'impression que lui donna cette étrange chaleur qui se propagea dans son corps, et il eut un petit sourire en demandant d'une voix narquoise :

— Tu as l'intention de me draguer ?

Heureux de le voir sourire et se démunir, même un minimum, de sa colère, Thorin rigola à la boutade, puis il haussa les épaules, reportant son attention sur la main paralysée pour l'aider à s'ouvrir, posant ses doigts sur les siens pour en atténuer le tremblement :

— Je n'ose pas imaginer à quel point la situation doit être étrange pour toi…
— Et comment… S'endormir un soir en tant que lycéen, sans trop d'histoire, puis se réveiller le lendemain dans un lit d'hôpital pour apprendre qu'on a survécu à une tentative d'assassinat, que cinq ans ont passé, qu'on est étudiant en philo, que notre frère qui n'était pas supposé être conscient de notre existence, est devenu, d'un claquement de doigt, notre petit-ami, dont tout le monde est conscient de notre relation secrète et que c'est pour sauver sa gueule qu'on a choisi de donner sa vie… Et le voilà maintenant à me faire les yeux doux…

Cette fois-ci, la voix était joueuse, même si elle cachait bien le malaise profond qu'il ressentait, et Thorin lui lança un long regard, puis il demanda, franchement :

— Que penses-tu de tout cela ?

Le blond pinça les lèvres, avant de répondre d'une voix à nouveau froide :

— Que ce n'est peut-être pas plus mal… Cette amnésie me permet de tout reprendre à zéro, de faire table rase du passé… Et d'essayer de retrouver une vie moins pathétique.

Thorin lui lança un simple regard en réponse, puis il fit un pas en arrière, tenant toujours sa main paralysée pour la soutenir, confus de la sentir si faible. Puis, il la pressa gentiment, invitant le plus jeune à s'approcher de lui alors qu'il demanda d'une voix pas si assurée :

— Et… Accepterais-tu de m'accorder une place, dans ta nouvelle vie ?

Frérin sembla pris de court par la requête, et il détourna le regard avec un petit sourire nerveux :

— C'est drôle… Des souvenirs que j'ai, j'aurai juré être celui qui te supplierai d'une telle chose, le jour où j'en aurai eu le courage…
— Beaucoup de choses ont changé…
— Ouais… J'ai entendu dire qu'on avait couché ensemble.

Il n'était pas certain de ça. C'était juste des rumeurs sur le net auxquels il n'avait pas prêté crédit. Et, au vu du peut d'intérêt que lui avait dernièrement porté Thorin, il en avait déduit que, si ça s'était vraiment passé, c'étaient certainement quelques dérapages sans importance qui n'avaient pas été censés avoir de suite. Si dérapage il y avait eu, bien entendu, peut-être même qu'il ne s'était rien passé du tout.

Mais Thorin ne démentit pas.
Extrêmement mal à l'aise, le regard fuyant, Frérin voulu reculer, mais le brun posa sa main sur sa nuque, qu'il maintint fermement en assurant avec conviction :

— Non, Frérin, ça ne se réduit pas à ça.

Nerveux, le blond accrocha à nouveau le regard de son frère qui continua :

— C'était un choix que nous avions pris, celui d'assumer l'amour que nous nous portions, et la manière dont nous le vivions. Et, seulement ça, c'était une lutte quotidienne, avec son lot de doutes, de certitudes, d'espoirs et de promesses…
— Tu… Tu m'as fait des promesses ?

Complètement déboussolé et perdu, lui qui n'avait pas pensé que les choses aient été si sérieuse, Frérin sentait un vertige s'emparer de lui et il s'accrocha à la main de Thorin, qui caressa sa joue en parlant d'une voix plus basse, presqu'envoutante :

— Je t'avais dit, le jour même où tu as mis ta vie en jeu pour sauver la mienne, que, quoiqu'il arrive, tu es l'homme dont je suis amoureux… Et que je suis tien, en entier et sans concession.

A ses mots, Frérin se sépara de lui et fit un premier pas en arrière, plus blême encore, le regardant dans les yeux sans répondre. Thorin était conscient que c'était peut-être un peu brutal comme déclaration, mais il était conscient aussi que, s'il ne le disait pas maintenant, alors il n'aurait plus l'occasion de se faire entendre.
S'il se taisait maintenant, qu'il prétendait que rien ne s'était passé, du moins, rien de conséquent, alors ces derniers mois qu'il avait passé avec lui, ainsi que le futur qu'il avait espéré bâtir à ses côtés, partiraient en fumée, donc il tenta le tout pour le tout et fit un pas en avant, suivant sa retraite :

— Je ne sais pas ce que tu as lu, à notre propos, dans les médias, beaucoup de versions divergent et certaines ont allègrement jugé et médit pour nous déstabiliser ou, au contraire, d'autres ont tout démenti pour nous protéger… Mais la réalité, nous étions les seuls à la vivre et à la connaître.

Encore, Frérin restait silencieux, ses yeux qui le fixaient n'étaient plus dénués d'émotions, non. Au contraire, ils en étaient tellement chargés que Thorin le sentait prête à craquer, et il continua prudemment :

— Nous n'étions pas seulement en couple, mais nous étions unis face à tous ces gens qui voulaient nous séparer, face à notre famille qui a essayé de le faire de force… Nous assumions et nous ne vivions pas simplement au jour le jour, à nous cacher comme deux amants qui attendent la nuit pour se retrouver et qui s'ignorent le jour… Non… C'était bien plus intense que ça.

Encore, Frérin le sondait, les yeux maintenant brillants, et il avoua d'une voix écorchée, défait :

— Je ne me rappelle pas de tout ça…

Il le sentait se décomposer face à lui, mais Frérin fit un nouveau pas en arrière lorsque Thorin fit mine de s'approcher pour le réconforter, le fuyant franchement. Il y eut un nouveau silence inconfortable et, ne sachant pas comment réagir, Thorin proposa gentiment :

— Je m'en doute, mais, si tu acceptes de m'écouter, j'aurais beaucoup de choses à te raconter.

Frérin ne répondit pas, et ce silence désagréable reprit ses droits, avant qu'il ne lâche du bout des lèvres, se détournant :

— Désolé mais je crois que… Je ne veux pas me souvenir de ça. En fait, je ne veux pas retrouver mes souvenirs du tout, je veux aller de l'avant.

C'était surtout trop inattendu pour lui, il ne savait pas quoi en penser.
Lorsqu'il avait appris, plutôt facilement, que les médias prêtaient une relation aux deux fils de Thraïn, il avait essayé de se renseigner mais, comme venait de le dire Thorin, beaucoup de versions différentes circulaient sur les réseaux sociaux, autant de sites qui affirmaient que les photos étaient truquées par Smaug, qui avait voulu déstabiliser la famille Durin en diffament au sujet des deux frères, que d'autres qui spéculaient sur la liaison entre eux.
Frérin n'avait, finalement, pas voulu en savoir plus, même s'il en avait été troublé. Il était resté sur l'idée que certains dérapages avaient eu lieu, mais rien de conséquent, et, depuis son réveil, il avait attendu avec impatience le moindre signe de Thorin pour en parler avec lui. Sans vraiment savoir à quoi s'attendre.

Thorin avait le mérite d'être, franc, Frérin lui en était reconnaissant. Ce genre de chose, il préférait en être conscient une bonne fois pour toute, plutôt que l'apprendre au compte-goutte au gré des lapsus ou des petits indices qui lui auraient révélé cette relation sans la moindre explication avec. Ça, ça aurait été bien plus dur. Au moins, son frère semblait prêt à répondre à toutes ses questions, et c'était de ça dont il avait besoin.

Mais c'était tellement… Inconcevable… Il sentait son pouls significativement emballé, une attirance qu'il ne comprenait pas, l'envie de se fondre dans les bras du plus vieux, de poser sa tête sur ce torse qu'il savait ferme sans se souvenir de l'avoir touché.

Thorin lui faisait de l'effet, physiquement parlant. Un effet monstre. Il s'en rendait compte maintenant qu'il était face à lui.
Il avait pourtant tout oublié, même le gout des plaisirs charnels, mais son corps, lui, se souvenait très bien des jouissances qu'avait si bien su lui donner le mec qui se tenait devant lui. C'est comme si l'empreinte de Thorin imprégnait encore sa peau, il était en lui.

Il voulait s'éloigner, il voulait mettre un terme à ça, c'était ce qu'il se disait alors qu'il se dirigeait vers la sortie mais, d'un autre côté, il désirait viscéralement que Thorin le rappelle, qu'il le garde prêt de lui, qu'il ne le laisse pas partir.
Mais il n'était pas intéressé pour reprendre cette vie qu'il ne connaissait plus et dont il ne voulait pas mais. Il ne voulait pas s'encombrer du passé.

Thorin eut l'impression que sa poitrine se déchira face au refus, et il ne savait pas comment retenir le plus jeune qui s'éloignait, le visage fermé, alors il tenta une dernière fois :

— Et si… Je t'invite simplement boire un verre… ? Tu ne veux pas d'un retour en arrière, certes… Mais… Quitte à aller de l'avant, laisse moi avancer à tes côtés…

C'était tout ou rien, il le savait, et il se rendit compte qu'il avait retenu sa respiration lorsqu'il s'autorisa à inspirer quand Frérin s'immobilisa. Le blond retint un sourire séduit, avant de se tourner à nouveau vers son ainé, le regardant franchement dans les yeux :

— Tu es plutôt persévérant, dans le genre.

Thorin ne répondit pas, mais il le savait : il était prêt à se battre, corps et âme, pour Frérin et il sentait bien que l'instant était crucial, que, s'il baissait maintenant les bras en espérant que le temps lui rende son petit-frère, il se trompait. S'ils se détournaient l'un de l'autre maintenant, il n'y aura pas de retour en arrière, ou très difficilement.
Frérin ne savait pas ce qu'il manquait. Thorin, si.

Il garda le silence, et le plus jeune s'approcha de lui, le sondant avec un éclat curieux dans le regard :

— Tu as vraiment l'intention de me draguer ?
— Ce n'est pas en tant que frère que tu m'intéresses…

Thorin la jouait au culot, Frérin en fut déstabilisé, et, aussi, flatté. Mais il ne savait pas trop ce qu'il voulait, lui, et, pour se donner du temps, il répondit dans un rire :

— T'es plutôt direct, dans le genre.

Thorin, pas si assuré qu'il le montrait, haussa les épaules, justifiant doucement :

— Je suis conscient que ça doit te paraître plutôt… brusque et inattendu. Surtout de ma part. Mais… Je pense que c'est mieux que les choses soient claires entre nous.

Frérin acquiesça, accordé sur ce dernier point, avant de demander franchement, faisant un pas vers lui :

— Et si jamais… Je te dis que je ne suis pas intéressé ?
— Alors je n'évoquerais plus le sujet… Et… Je pense que les choses entre nous reviendraient au point de départ.
— Ne pouvons-nous pas simplement être frères ?

Thorin haussa les épaules. La solution semblait évidente : profiter de cette amnésie pour reprendre une relation saine. Ce serait tellement plus simple. Mais Thorin ne saurait pas s'y résoudre, du moins, il lui faudrait un moment avant d'accepter de côtoyer à nouveau Frérin et faire comme si rien ne s'était passé entre eux.
Ils restèrent silencieux et, accrochant le regard du blond, le plus vieux apprécia de voir, à nouveau, cette petite lueur si caractéristique, étincelle de malice, danser dans ses yeux, timide, mais bien présente, noyée dans l'espoir et l'incertitude.
Alors il prit sa respiration et fit un pas en avant :

— Je veux que tu sois heureux, Frérin. Franchement heureux. Que tu puisses rire à gorge déployée, que tu confesses être en train de vivre le plus bel instant de ta vie, tous les jours… Que tu estimes que le bonheur que tu es en train de vivre vaut plus que le soutient de ta famille… Et, aussi, que tu assumes ce bonheur et que tu l'affiches à la vue de tous. Je sais que c'est quelque chose que je peux te donner, je l'ai déjà fait, je peux recommencer… Seulement si j'ai ton exclusivité…

Okay… Lui qui s'était demandé comment, diantre, il avait fait pour se retrouver plusieurs fois dans le même lit que son frère, Frérin se dit que, finalement, ce mec était fichtrement convaincant, quand il vous parlait de cette voix si envoutante, avec ces mots qui sonnaient si juste et ce regard de braise. Ajouté à ça l'attrait magnétique qu'il avait toujours ressenti pour lui, l'envie de vivre à travers son regard, et il comprit qu'il n'avait pas eu la moindre chance.

Lorsqu'il avait découvert qu'il avait eu une liaison avec son frère, il s'était demandé de quelle manière c'était arrivé, qui avait lancé cette idée incongrue et comment l'autre avait répondu, à quel point Thorin s'était impliqué, s'il était juste un passe-temps pour le plus vieux ou non… A quel point avait-il aimé ça ? Suffisamment, certainement, pour mettre sa vie en jeu afin de sauver celle de son frère.
Mais ça n'avait pas été facile à imaginer, et voir cet intouchable aîné lui sortir ce genre de discours, c'était le comble.

Sans y penser, il laissa son regard étudier le corps qui lui faisait face, couvert par ces vêtements qu'il trouva de trop. Comment, fichtre, s'était-il retrouvé dans les bras d'un type pareil ? Comment l'avait-il séduit au point qu'il se montre si ouvertement attaché et, même, amoureux ? Un amour supposé interdit et malsain qu'il assumait sans complexe.
Non… Thorin amoureux de lui. Haha. La blague. Merde. Que s'était-il passé ? Encore, que lui soit séduit par Thorin, il pouvait se comprendre, du moins, c'était quelque chose qui ne le surprenait presque pas. Mais son frère était supposé avoir un minimum de goût, et exclusivement féminin, à la base. Par quel miracle avait-il réussi à le charmer, lui, le petit cadet négligé ?

— Le veux-tu, Frérin ?

Il s'aperçut que cela faisait un moment qu'il ne disait rien lorsque Thorin reprit la parole, prenant le plus jeune au dépourvu. Ils s'observèrent à nouveau, dans un silence moins tendu, le blond semblait perdu dans ses réflexions et Thorin restait accroché à son regard. Puis Frérin se détourna à nouveau, pour attraper une veste qui trainait sur un canapé, avant de s'approcher du plus grand en lui tendant le vêtement.

— Soit. Tu peux toujours essayer… T'as une grande gueule, Thorin, ça me plait, mais mieux vaut que tu assures derrière, je serai déçu sinon…

Thorin lui sourit en réponse, acceptant le challenge et prêt à en assumer les conséquences, il lui prit la veste pour l'aider à l'enfiler et, ravi, l'invita à le suivre pour rejoindre le centre-ville.

— Et on va boire un verre seulement. Rien d'autre. Oublies pas que je suis ton frère, pas ton match Tinder.


oOo

Merci d'avoir lu !

Ce chapitre arrive vite, mais il fait tellement moche en ce moment que j'en suis désœuvrée.
donc je me rabat sur Shari...

Ce chapitre n'a pas été particulièrement facile à écrire.
La spécificité de cette fic, par apport à mes autres trucs que je publie, c'est que je n'écris que d'un seul jet, sans rien prévoir, je me laisse juste porter par les personnages en imaginant leur réaction face à telle ou telle situation. Rien n'est prévu d'avance et je pense que ça se voit ^^'.
J'ai fait pareil pour le dernier passage qui concerne Thorin et Frérin. J'avais beaucoup d'idées très différentes en tête, et j'ai simplement suivi ma plume, et ça a donné ça.
Déjà, c'était évident que Frérin trouverait un moyen de fouiller les médias pour retrouver des éléments de sa vie, même si sa famille avait pris toutes les dispositions nécessaires, il y aurait bien eu des indices. Après, je ne savais pas si Thorin aurait nié tout ça, il l'aurait certainement fait si son père ne lui avait pas donné sa bénédiction, mais il n'est pas du genre à baisser les bras face à l'adversité et il n'aurait pas laissé Frérin lui filer entre les doigts sans essayer, au moins, de le retenir.
Après, la réaction de Frérin par apport à ça, comme il n'a plus de souvenirs et a toujours été plutôt directe dans le genre, je le voyais mal se la jouer grande timide à fuir le sujet et lorgner Thorin du coin de l'œil.
Bref, n'hésitez pas à dire ce que vous en pensez et ce que vous aimeriez bien voir pas la suite.

PS : un approfondissement Pippin/Diamonds en tente quelques uns ?