— Il en manque un.
— Pardon ?
— Il en manque un je te dis !

Hurlant, proche de l'hystérie, Tauriel attrapa Dwalin au col en tremblant nerveusement :

— Ils bougent, Dwalin. Je les ai vu me regarder.
— Et puis quoi encore…

Feignant l'indifférence et l'ennui, Dwalin fit mine de lever les yeux au ciel et de se moquer de sa serveuse qu'il repoussa gentiment. Mais, au fond, il n'en menait pas large. Il n'avait pas personnellement compté le nombre de brocolis souriants qui tâchaient son mur. Mais il fut horrifié de constater que l'annonce le surprit à peine.

Dos au mur et à la fresque effroyable, il lança un regard inquiet par dessus son épaule et se retourna rapidement. Il pouvait jurer que le sourire de ces monstres s'était encore agrandi.

oOo

— Je ne comprends pas… Notre mariage a été avancé ?
— C'est ce que j'ai peur de comprendre…
— Mais… Tout de même pas à ce point ?

Allongé sur le dos, Eomer haussa une épaule, sans répondre à son fiancé qui, assis sur le bord du lit, lisait et relisait le message qu'Eowyn venait de lui envoyer.

— Mais comment cela se fait-il que tout le monde sauf nous soit au courant ?
— Je suppose que ma sœur avait peur que je m'y oppose… Et elle a ses méthodes…
— Comment est-elle parvenue à leur faire garder le secret ? Après tout, tes meilleurs amis sont compris dans le lot des conspirateurs, j'ai l'impression.
— Aragorn et Boromir ont certaines qualités, si on cherche bien. Mais je ne peux pas dire que ce soit réellement des exemples, dans leur manière d'agir en tant qu'amis. Et puis je découvre qu'ils sont en fait très capables de garder certains secrets, à ce que je vois.
— Certes. Je comprends pour les tiens… Mais les miens ? Pippin, Sam ou Frodo auraient pu nous prévenir, tout de même… Les championnats sont dans-
— C'est bon. Je suis prêt, cesse de t'en faire… Et viens-là.

Gentiment, mais fermement, il lui attrapa l'épaule pour l'inviter à se recoucher à côté de lui et Merry se laissa docilement faire. L'aurore de ce début d'été s'étendait à peine, mais le plus jeune, incapable de retrouver le sommeil, soupira nerveusement avant de se redresser pour surplomber son fiancé :

— Avant ce soir, nous serons unis par les liens du mariage…

Un court silence suivit sa déclaration, puis un drôle de sourire étira les lèvres de Merry. Ce sourire qui rappelait à chaque fois à Eomer pourquoi il avait autant craqué sur lui, jusqu'à le mener à l'autel, aujourd'hui.

Ce simple SMS expédié à une heure si indécente par sa sœur les avait, certes, pris au dépourvu, tous les deux. Mais maintenant qu'il étaient face au fait accompli, le cavalier eut soudain très hâte que le moment arrive au plus tôt.

Il leur faudrait trois bonnes heures pour rejoindre le gouffre de Helm, où les attendaient déjà tous leurs amis, du moins, ces connaissances attachantes, plus ou moins, qu'ils s'étaient faites à Osgiliath. Ils n'étaient attendus qu'au début d'après-midi, ce qui leur laissait un petit peu de temps pour se préparer avant de partir.
La cérémonie avait lieu le soir même, mais cela ne faisait aucun doute que la fête avait déjà commencé. Vue l'heure à laquelle ils recevaient le message, aucun des deux n'imaginait Eowynn se lever aussi tôt. Par contre, pour ce qui était de se coucher tard et, surtout, malgré l'ivresse, se souvenir de prévenir les principaux concernés de la raison pour laquelle ils faisaient la fête, c'était autre chose.

— Ce soir… Tu seras mon époux…

Merry clôtura sa phrase d'un sourire ravi, auquel Eomer répondit en crochetant sa nuque :

— Et je pourrai, enfin, légalement me glisser entre tes jambes…

Un sourire lumineux répondit à la remarque du cavalier qui, agilement, inversa les positions pour se dresser au dessus du plus petit qui eut un rire bref :

— Ca ne sera jamais légal tant que nous sommes deux hommes…
— Ca l'est pour moi… Si je t'ai enlevé à ta famille, c'est pour t'épouser, même si ce n'est pas de manière officielle…
— Je ne savais pas que tu étais si consciencieux… Surtout qu'il n'était absolument pas question de mariage la première fois qu'on a-

Il fut coupé quand son amant se pencha sur lui pour embrasser fougueusement sa bouche. En réponse, il glissa ses mains sous son T-shirt, plaquant ses paumes sur la musculature ferme, développée par les entrainements et endurcie par l'équitation.

Le baiser pris en passion quand le cavalier plongea ses mains dans la tignasse de son fiancé, entrainant sa langue dans un ballet effréné et étourdissant. Grisé, Merry cercla la taille d'Eomer de ses jambes, l'incitant à abaisser son bassin sur le sien et jugulant un délicieux vertige lorsqu'une première friction fit, d'un coup, grimper la température dans son corps à la limite du supportable.
Après cinq années, quelques remises en question et peines endurées, Eomer lui faisait toujours un effet monstre.

oOo

— Frérin ! Je ne savais pas si tu viendrais… Ca me fait plaisir.
— J'ai trouvée l'invitation dans mes affaires… Il n'y a donc que des gays, des alcooliques et des fous, quand ce n'est pas les trois en même temps, dans mes contacts ?
— Tu restes le pire de tous, ne t'inquiète pas… Et ce ne sont pas des contacts, mais des amis…

Gentiment, Fili s'accouda à la rambarde près de son oncle. Face à eux, timide, les premiers rayons de soleil perçaient à travers les fins nuages qui voilaient encore la nuit. Au dessous, la Comble Profonde, qui s'étendait aux pieds de la forteresse du gouffre de Helm, se teintait doucement d'une pâle lumière dorée. Une belle journée en perspective.

— Des amis ? Ces gens qui ont essayé de me faire boire toutes ces substances inconnues ? D'ailleurs, qui sont les mariés ? Le nom d'Eomer me dit vaguement quelque chose mais je ne l'ai pas encore reconnu, et l'autre, aucune idée…
— Ca fait seulement cinq ans que Merry est à Osgiliath et peut-être deux ou trois ans que tu le croises régulièrement mais, effectivement, il n'est pas dans tes amis proches. Eomer, par contre… Vous avez vécu quelques aventures ensembles…
— Des aventures ensembles ?
— Hey, je ne parle pas de cul, ne fais pas cette tête !
— Hé bien soit plus précis alors !

Frérin avait répondu d'un ton faussement outré, soulageant Fili qui apprécia de reconnaître, même un minimum, celui qu'il était avant l'accident et, plus sérieux, il justifia :

— Vous avez plusieurs fois essayé de vous entretuer et, aussi, vous étiez régulièrement compagnons de beuverie, quand ce n'était pas les deux en même temps.
— Ho…
— Et si tu ne l'as pas encore reconnu, c'est, tout simplement, parce qu'il n'est pas là.
— Pardon ? Mais c'est son mariage ?

Fili grimaça et il haussa les épaules :

— Dans un autre temps, tu n'aurais même pas été étonné… Mais, tu l'as bien compris, nos amis ne sont pas vraiment… Conventionnels… Eowyn était chargée de les prévenir, mais elle a oublié… On ne s'en est rendu compte que tout à l'heure...
— Les prévenir de leur mariage ?
— Hem… Non, juste les prévenir de la date. On ignore s'ils viendront, du coup…
— Ha…

Fili, face à la réponse laconique, eut un sourire sincère et il lui pressa l'épaule gentiment. Toutefois, son sourire disparut lorsqu'il aperçut Thorin et, spontanément, il allait s'éloigner. Mais, sèchement, Frérin lui attrapa le poignet :

— Reste avec moi, s'il te plait. Je ne veux pas lui parler…

Le blond fronça les sourcils mais, sans insister, il accepta docilement d'accompagner son oncle qui, sans ajouter un mot, s'éloigna pour quitter l'immense balcon et pénétrer dans le bâtiment.
Plus loin, Thorin les regarda partir sans exprimer la moindre émotion, même s'il sursauta légèrement lorsqu'il sentit une présence à ses côtés et que l'on glissa gentiment un verre dans ses mains :

— Laisse-lui du temps…
— Ca fait déjà trois semaines qu'il ne veut plus m'adresser la parole, ni même croiser mon regard…

A Bilbo qui lui offrit un sourire conciliant, Thorin avait répondu d'une voix neutre. Ceci ne suffit pas à leurrer le plus petit qui, avisant une table haute décorée d'une bougie ultra kitche en forme de cœur et à l'effigie d'Eomer et Merry, dont la cire fondue donnait plus un effet film d'horreur que romantique, il invita Thorin à s'éloigner un peu de la masse pour discuter :

— C'est compréhensible, non ?

Le brun lui répondit d'un soupir et Bilbo insista avec délicatesse :

— Et si tu reprenais depuis le début ?
— Comment ça ?
— Je ne sais pas… Un recommencement ? Faire table rase de ce qu'il s'est passé et reprendre au point zéro pour revenir doucement où vous en étiez… Au lieu de regretter et tenter d'obtenir immédiatement ce que vous aviez avant... Avant. La transition actuelle est peut-être trop brutale pour lui, mais si tu reviens vers lui pas à pas en reprenant le même chemin que vous aviez eu lorsque vous vous êtes mis ensembles ? Qu'en penses-tu ?
— Pour ça, il me faudrait beaucoup d'alcool…
— Ha…

Faisant la moue, Bilbo joua un instant avec son verre et, sans rien ajouter, Thorin but quelques gorgées du sien. Toutefois, sans refreiner sa curiosité, Bilbo se tourna soudainement vers lui, intrigué :

— Donc c'était… Hem… Je veux dire… Vous… Vous étiez souls, la première fois ?
— Moi je l'étais, lui était parfaitement sobre.
— Ha.
— Tu comprendras donc que rejouer le même schéma ne sera pas aisé… Et tout autre schéma aussi, d'ailleurs, dans la mesure où il refuse de me parler.
— Ha.
— Je ne sais pas vraiment quoi faire… Je pensais le connaître, mais c'est tout un pan de sa personnalité que je découvre tous les jours, sans même le côtoyer.
— Mais… Tu m'avais dit que ça s'était bien passé, le jour où tu lui as révélé votre… lien.
Je ne lui ai pas révélé, il l'a appris tout seul, et ça s'était juste passé, tout simplement. Il avait accepté de sortir en ville avec moi, mais il était resté très froid et très distant…
— Que vas-tu faire, du coup ?
— Je vais attendre, que puis-je faire d'autre ?

Bilbo hocha la tête et but une gorgée, avant de concéder d'un ton léger :

— Attendre, oui, c'est bien, c'est une technique qui a fait ses preuves. Tu vois, moi, après je ne sais pas combien d'années à attendre, j'ai enfin eu l'occasion de faire avancer les choses avec Fili grâce à de très nombreux concours de circonstances que je n'ai absolument pas maitrisés. J'espère la même chose pour toi…

Le ton était pinçant et Thorin entendit sans mal le message derrière la remarque amicale. Amusé, il passa un bras autour des épaules du plus petit pour demander d'une voix plus joueuse :

— C'est vrai que tu es un expert, toi… De tous, tu es le mieux placé pour me dire exactement quoi faire pour être certain de tout ruiner et de ne jamais arriver à mes fins.
— Tu es adorable, Thorin, et j'espère que tu ne te poses pas trop de questions quant au pourquoi il n'y a que ton frère, sur cette terre, qui s'est montré capable de t'aimer d'un amour vrai…
— Dit celui qui, avant de passer huit ans à se caser avec l'amour de sa vie, se désespérait de partager un nouveau baiser avec moi…
— Finalement, un seul me suffit… Quand je pense que je me suis langui d'un type qui, en fait, ne s'avère même pas foutu de reconquérir le cœur qui lui appartient déjà, d'un mec qui, tout de même, a été capable de mettre sa vie en jeu pour sauver la sienne… Je me fais honte…
— Moi qui espérais que Fili adoucisse un peu ta verve et t'apprenne la compassion…
— De une, c'est toi qui as commencé et cette verve que j'ai, c'est à toi que je la dois, à force de me défendre face à tes piques mesquines… De deux, ne te trompe pas, Thorin, c'est par compassion que je te dis tout ça…
— T'es vraiment un frère pour moi…
— Merci, mais non… Ami je veux bien, mais quand je vois quelle relation tu entretiens avec ton seul frère, je te pris de ne pas me considérer en tant que tel… Et arrête de te lamenter un peu et agis, bon sang !
— Tu te rappelles de ce que toi, tu me disais quand moi, je te disais d'agir ?
— Non.
— Exactement…
— Crétin.
— Hem…

La joute verbale fut aimablement interrompue par Fili qui revenait en dardant sur son oncle un regard blasé :

— Toi… C'est pas parce que le tien s'est détourné de toi pour l'instant que tu dois absolument lorgner sur le mien…
— Au moins, celui-là il est plus commode et il se tient mieux…

Gardant son bras autour de l'épaule de Bilbo, trop effaré de les entendre parler de lui ainsi, Thorin avait répondu d'une voix neutre et Fili embraya en lui prenant le poignet pour l'inviter à s'écarter de son petit-ami :

— C'est commode selon ses heures et ses interlocuteurs, ne te laisses pas berner…
— J'ai déjà remarqué ça et je ne fais pas parti des favoris, malheureusement… Jusqu'à maintenant, je n'ai eu le droit qu'à des reproches et des conseils que lui-même se montre incapable d'appliquer…
— Il a le mérite d'essayer...
— C'est fini ?

Grincheux, Bilbo, maintenant vexé, bouscula Thorin pour faire demi-tour et s'éloigner afin de rejoindre les autres. Fili le regarda partir et, terminant son verre, le plus vieux remarqua :

— Toujours aussi susceptible… J'espère qu'il ne t'en voudra pas trop longtemps.
— Ne t'inquiète pas, j'adore quand il est fâché, il est incapable de vraiment savoir ce qu'il veut dans ces cas là et c'est ce qui l'énerve le plus…
— C'est cruel de jouer avec ça…
— T'es le premier à en abuser dès que tu le peux…
— Certes mais, de nous deux, je ne suis pas celui qui est en couple avec lui… Comment va Frérin ?
— Pourquoi tu ne vas pas lui demander toi-même ?

Attrapant le verre que Bilbo avait laissé sur la table, Fili but quelques gorgées avant de grimacer de dégout. Curieux, il porta le récipient à hauteur d'yeux pour en analyser le contenu tandis que Thorin, d'un ton de mélodrame, geignit avec panache :

— S'il ne me fuyait pas autant, peut-être pourrai-je lui adresser la parole…

Reposant le verre, Fili se tourna vers son oncle pour poser une main sur son épaule :

— Je me demande lequel de vous deux est le pire entre toi et Frérin… Dans le genre drama-queen, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre…

Thorin ne répondit pas et, s'éloignant, Fili ajouta une dernière fois :

— Tu sais, lui aussi ne jure que par toi, ne pense qu'à toi, et ne recherche que ton regard… Rien n'a changé, malgré tout ce que vous assurez tous les deux chacun de votre côté…

oOo

— Tu es avec eux ?
— Pardon ?
— Les fous d'Osgiliath… Ils se sont tous rassemblés sur le balcon et je doute qu'ils survivrons au Week-end…
— Ho, ceux-là… Non… J'en connais seulement quelques-uns, à peine… Il n'y a qu'Eomer que je connais bien, ici, mais il n'est même pas présent à son propre mariage…

Sortant son briquet de sa main droite, toujours tremblante malgré les efforts qu'il déployait en rééducation, Frérin, galant, le prit dans sa main gauche et alluma la cigarette de la jolie nana aux cheveux courts et au regard puissant qui s'approcha de lui avec un sourire soulagé :

— Enfin… J'avoue qu'ils me font un peu peur et que je me désespérais de trouver une personne censée en attendant le reste de l'équipe qui arrive demain…

Se faire qualifier d'emblé de « Personne censée » lui laissa une impression bizarre mais il ne releva pas et, fumant tranquillement sur ce petit balcon isolé et caché des regards, un peu plus loin de l'agitation général, il rebondit sur sa remarque :

— Le reste de l'équipe ?
— Celle du Rohan, nous avons été invité par Eomer. Au fait, enchantée, je m'appelle Hanna.
— Frérin. Pardonne moi mais… Ca faisait longtemps que je n'avais pas eu de nouvelles d'Eomer, de quoi s'agit-il ?
— Ho. Le CSO… Je veux dire… l'obstacle… Hem. L'équitation, le cheval… Il en fait depuis sa naissance...
— Ha…
— On fait des concours avec Eomer… On saute des obstacles... En équipe...

Elle s'était sentie obligée de justifier, maladroitement, mais il ne chercha pas à approfondir, même si, finalement, il lui envoya un charmant clin d'œil tout en demandant d'une voix plus grave :

— Et de vous deux, qui est le meilleur ?
— C'est moi…
— J'aimerai bien voir ça…

Elle lui répondit d'un sourire mutin. Elle était bien plus âgée que lui, une petite dizaine d'années presque, et, surtout, elle respirait la force, l'assurance et la sérénité des gens qui savent ce qu'ils veulent et ce qu'ils valent, rompus à l'effort et au dépassement de soi et qui ont connu autant de succès enivrants que d'échecs cuisants. Mais, ce sur quoi s'arrêtait Frérin à l'heure actuelle, c'était ce corps athlétique, galbé et souple, gainé dans une robe ajusté qui, tout en restant décemment coupée, mettait ses belles courbes féminines en valeur et qui se trouvait, mine de rien, suffisamment proche du sien pour qu'il en sente la chaleur.

Pas vraiment farouche, semblant plutôt du genre à savoir se faire plaisir quand l'occasion de présentait, la capitaine de l'équipe du Rohan, les mœurs allégés par les nombreux cocktails que Dwalin et Tauriel avaient réussi à écouler parmi les convives à l'insu d'Eowyn et des convives eux-mêmes, ne montra pas la moindre résistance lorsque, naturellement, Frérin fit un pas vers elle en posant une main sur sa taille. De ses doigts, il froissa le satin de la robe tandis que, de son autre main, tremblante, mais obéissante, il lui prit la cigarette qu'elle tenait pour la jeter au sol et, sans rien ajouter, il posa ses lèvres sur les siennes pour un baiser bref, mais intense, qu'il rompit tout aussi brusquement.

— Hé bien… T'es plutôt direct, comme garçon…
— J'avais juste un truc à vérifier…

Se faisant violence pour se sortir Thorin de l'esprit, il avait répondu d'un ton désolé, mais elle eut un sourire charmé et posa sa main sur son torse pour l'inciter à rester près d'elle.

— Ne te justifie pas… Ca fait du bien, parfois, ce genre de chose…
— Il ne faudrait pas en abuser…
— Pourquoi pas ? C'est excitant, surtout avec un inconnu… Je suis juste un peu déçue de connaître ton nom, du coup…
— J'ai déjà oublié le tien…

Il reçut un sourire amusé et, sans se faire prier, il clama ses lèvres à nouveau lorsqu'elle l'y invita d'une pression sur sa chemise qu'elle avait attrapée à pleine main. Ils laissèrent d'abord leur bouche jouer ensemble pour se découvrir sensiblement, faisant enfler la passion graduellement.

Pensant avoir oublié ce genre de plaisir et s'étant, de ce fait, attendu à quelque chose de fabuleux, Frérin fut surpris de se sentir presqu'étranger à la scène, qu'il eut l'impression de ne vivre que de loin. Pas vraiment concentré, il laissa instinctivement ses mains qui, n'ayant pas oublié le chemin, descendirent indolemment le long de la taille jusqu'aux hanches. Il ne retint pas les doigts de la main gauche lorsque, reprenant des gestes qu'ils semblaient avoir opérés de nombreuses fois, ils jouèrent avec le tissu léger pour le remonter le long des cuisses afin d'en découvrir la peau centimètres par centimètres. Sans se poser plus de questions, il se plaça par automatisme entre ses jambes lorsqu'elle écarta les cuisses en s'adossant au mur derrière elle.
Peu désireuse d'être en reste, Hanna répliqua en laissant elle aussi sa main glisser sur le torse jusqu'à atteindre l'entrejambe au moment où ses doigts à lui glissèrent en elle pour lui arracher un premier hoquet comblé. Laissant son corps agir sans s'impliquer plus que ça, répondant à la douce chaleur qui se diluait en lui sous le massage adroit de la femme et qui dictait ses gestes, il se pressa plus contre elle, remontant sa main droite pour empoigner sa nuque malgré sa paralysie partielle qu'il tenta de maitriser au mieux, ébouriffant sa coiffure soignée. Sans douceur mais avec précision, il intensifia son massage saccadé sur ces points si sensibles et maintenant humides, cachés en elle, qu'il avait débusqué instinctivement et qui amenèrent la plus vieille à se tordre contre lui en remontant une jambe sur sa taille et soupirant de plaisir.
Il se sentit frustré lorsqu'elle cessa son massage pour agripper ses épaules, mais il revint à la réalité lorsque, d'une voix bien plus rauque, elle demanda en le regardant dans les yeux :

— Tu as un préservatif sur toi ?

La réalité de la situation le frappa de plein fouet et, soudain ses pensées volèrent immédiatement vers Thorin. Le mot "Trahison" lui vint en tête mais, lorsque, prenant son mutisme pour une réponse négative, elle se pencha sur son sac pour en sortir un préservatif qu'elle plaça adroitement sur lui tout en embrassant passionnément ses lèvres, il dégagea fermement le brun de ses pensées.
Il n'avait pas besoin de lui pour vivre… Comme il le lui avait répété, c'était vers l'avant qu'il voulait aller et, à ses yeux, Thorin était un frein, rien d'autre. C'était ce qu'il se répéta encore lorsque, s'approchant de sa conquête qui, sans ajouter un mot, s'était tournée face au mur pour lui présenter son dos, il posa un baiser sur ses épaules en attrapant brusquement sa taille qu'il attira sèchement à lui. D'une main, il froissa la robe en la remontant tandis que l'autre glissait à nouveau sur le ventre jusqu'à se faufiler entre ses cuisses et en malmener le clitoris, lui arrachant un premier gémissement étouffé qui se transforma en râle de plaisir lorsque, sans cesser son massage électrisant, il la pénétra tout en embrassant ses épaules. Immédiatement, il remonta son autre main sous le tissu de la robe pour agripper un sein qu'il malaxa en rythme avec ses doigts qui fourrageaient brutalement dans sa toison et celui de son bassin qui, rapidement, pris un pas furieux et libérateur.
C'était bon, oui… Elle était chaude et humide autour de lui, sa tête bourdonnait agréablement de volupté et, certainement, ses propres soupirs de plaisir faisaient échos aux discrètes exclamations rauques que lui arrachait chacun de ses mouvements agressifs auxquels elle répondait délicieusement, se cambrant pour qu'il la pénètre à chaque fois davantage et suivant le rythme dur, geignant de plaisir.

Toutefois, chaque vague ardente qui déferlait en lui au rythme de la passion féroce, chaque soupir qui effleurait ses sens et chaque parcelle de peau qu'il faisait rageusement rouler entre ses doigts, qu'il s'agissait d'un téton durci ou du clitoris humide et gonflé, ramenait constamment ses pensées à Thorin et lui faisait cruellement regretter sa voix grave, ses murmures, son odeur, la fermeté de ses muscles et la dureté de son sexe. Peu importe l'intensité qu'il ajoutait dans cette étreinte déjà furieuse, cette chaleur poignante qui se diluait en lui et cet étourdissement qui flouait ses pensées, ce n'était pas assez. Sous ses doigts, Hannah se tordit en haletant de plus belle, accueillant l'orgasme qui se déclencha en elle lorsque, abandonnant les seins mais continuant de rudoyer l'entrejambe, il appuya sur son dos pour l'inviter à se baisser pour approfondir l'angle de pénétration qu'il intensifia férocement en agrippant sa taille. Il atteignit à son tour le paroxysme de son plaisir, sans pour autant la rejoindre dans l'orgasme puis, assouvis et comblés, ils s'immobilisèrent pour reprendre leur souffle lorsque la passion, peu à peu, retomba. Sentant encore son sang gronder sourdement, ses pensées toujours obnubilées par Thorin, il ferma les yeux pour poser son front contre l'épaule d'Hanna qui, recherchant un peu de fraicheur, s'était appuyée face contre le mur, la joue posée contre la pierre rugueuse.

— Excuse-moi, Hannah…
— De quoi ?
— Je ne voulais pas te brusquer…
— Me brusquer ? Tu rigoles ? Si seulement plus de mecs pouvaient faire ça comme toi… Je viens de prendre le pied de ma vie… D'ailleurs, je ne dis pas ça souvent dans ce genre de contexte, mais on remet ça quand tu veux…

Il eut un sourire soulagé mais, sans répondre, il lui embrassa l'épaule une dernière fois avant de se séparer d'elle pour se rhabiller en se raclant la gorge :

— Ne le prend pas mal, mais…
— Te biles pas… Je n'en parlerai à personne et Thorin n'en saura rien.

Ajustant sa robe, elle avait répondu d'un ton léger et il lui envoya un regard catastrophé. Elle le remarqua et, gentiment, elle haussa les épaules en justifiant simplement avant de disparaître du balcon :

— C'est le nom que tu n'as pas arrêté de me murmurer… Heureusement que tu assures et que je ne le connais pas, sinon, il se serait pris mon poing dans la gueule… Et toi aussi.

Sans rien ajouter, elle passa la porte et Frérin resta planté sur le balcon, incapable de savoir quoi penser de ça. Où, plutôt, refusant d'admettre l'évidence qui lui crevait le crâne depuis le moment où ses lèvres avaient touché celles d'Hannah pour la première fois et qu'il avait refusé d'écouter. Quelle connerie… Il détestait cette situation.
Il voulait Thorin. Il le voulait aussi furieusement, profondément et ardemment en lui qu'il venait de l'être en cette femme, et même plus. Il voulait l'accueillir en hurlant son nom et son plaisir à gorge déployée. Que Thorin le prenne jusqu'à lui en faire perdre la raison, enivré par le plaisir, l'amour et la passion. L'idée lui donnait chaud, une chaleur qui liquéfiait son ventre et allégeaient ses membres. L'odeur d'Hannah, suave et entêtant, flottait encore autour de lui, sur lui, mais il se désespérait de sentir le parfum de son demi-frère à plein poumon, d'enlacer ce corps vibrant et puissant, de parcourir sa peau chaude de ses mains et de sa bouche. Il le voulait tellement fort que ça faisait mal.

L'étreinte avec la cavalière avait réveillé ces sens qu'il pensait oubliés et qui, maintenant qu'ils étaient retrouvés, se languissaient de Thorin avec une fureur, un désespoir et un désir comme il ne s'était pas pensé capable de ressentir.

Troublé, il se força à ignorer la supplique de son corps qui le conjurait de mettre ensemble au plus tôt : Thorin, une chambre libre et beaucoup de temps, et il sortit son paquet de cigarette. De sa main droite, tremblante et épuisée après l'effort qu'elle venait de fournir, il tenta d'allumer sa cigarette, mais le briquet lui échappa des mains et, poussant un juron, il se laissa glisser contre le muret du balcon jusqu'à s'asseoir à même le sol. Distraitement, il reprit son briquet de la main gauche et, gardant sa main droite, incontrôlable, contre lui, il commença à fumer furieusement, tapant du pied au rythme de son agacement.
Il ne voulait pas accepter Thorin. Il voulait s'affranchir du mec qu'il avait été, celui qui s'était avéré tellement pathétique que tout ce qu'il avait trouvé pour exister, c'était de s'offrir à son propre frère… Comment et pourquoi s'était-il donc laissé saccager par la vie pour en être arrivé à ce point ? Et comment s'était-il montré capable de s'afficher face à ses connaissances, sa famille, ses quelques amis, en vivant une relation incestueuse sans même le cacher ? Quel genre d'ami assistait à ça sans rien dire ? Quel genre de famille tolérait un tel écart sans sévir ?
Et Thorin… De quelle bassesse avait-il fait preuve pour aussi bien assumer une telle perversion ? Etait-ce, encore, un nouveau moyen pour lui d'assurer sa supériorité sur ce petit frère dont il n'avait jamais voulu ? Merci bien, mais il n'avait pas besoin d'aller aussi loin pour prouver ce genre de chose, qu'il reste lui-même, ça suffisait…

Il avait si mal… Une douleur à l'âme, au cœur et au corps qui lui semblait familière.
C'était celle qu'il avait toujours portée en lui et, il l'ignorait, celle que Thorin avait totalement gommé ce jour terrible de printemps où il lui avait promis son amour, en entier et sans concession, sur ce pont de pierre, au milieu de la foule. Le souvenir le plus heureux de Frérin, celui qu'il avait pensé, sur l'instant, ne jamais oublier et le dernier qu'il s'était fait, juste avant qu'il ne s'efface définitivement, à l'instar de ces cinq dernières années.


oOo

Merci d'avoir lu !

Comme le dernier chapitre n'avait pas eu beaucoup de retour (je remercie fort fort les revieweuses au passage), je ne m'étais plus trop penché sur cette fic mais... insomnies quand tu nous tiens... Voilà ! Je ne sais pas qui lit encore Shari, mais j'espère que ça continu de vous plaire !

Promis, Thorin et Frérin vivrons à nouveau le grand amour, mais pas forcément maintenant.
Sinon, le mariage d'Eomer et Merry ne fait que commencer. Normalement, ce qu'il se passe au Rohan, reste au Rohan, mais, pour cette méga fête qui durera quelques jours en milieu hostile, on fera une exception ;)
D'ailleurs, si jamais vous avez une idée de ce qu'ils pourraient vivre à l'occasion, tant que je n'ai pas un remake de la bataille du gouffre de Helm à réécrire (même si, bien sur, on aura le droit à quelques clins d'œils) je veux bien les prendre en compte.