— Je suis désolée, mais le site est intégralement complet et- Vous aviez réservé depuis quatre mois ? Certes, mais je vous dis que, finalement, le gouffre de Helm est complet pour le week-end, peut-être pourriez-vous vous trouver une maison d'hôte dans le coin, le Westfold en pullule. Comment ? Vingt personnes ? Mais non ! C'est complet je vous dit ! Réservé ou non, vous ne pouvez pas venir et- Je vous dit que non. Monsieur, voyons, c'est un mariage, c'est une cérémonie privée et- Allô ? Monsieur ? Allô ? Le con, il a raccroché…
— C'était qui ?

Assise sur le bureau du standard du gouffre de Helm qui avait été rénové en hôtel de luxe et vidé pour le week-end, Eowyn grimaça en croisant les bras sur sa poitrine pour répondre sèchement à Théodred qui était très occupé à faire une pyramide de verres à shooter plus ou moins pleins.

— Tu devineras jamais… Ce vieux fou de Saroumane, qui gère le bar rival du Shari Vari… Il est parrain bienfaiteur pour une équipe de Rugby, le XV de la Main Blanche, ils viennent d'Orthanc. Ils font leur week-end traditionnel de début de saison et, apparemment, cela fait des mois qu'ils ont réservé ici. Ils ont l'intention de venir, quoiqu'il advienne.
— Tu n'avais pas vérifié les disponibilités du site avant de caler ta date ?
— Vérifier quoi ?

oOo

— Et puis là, nous avons les quartz rose… En soit, ces minéraux ne sont pas rares, mais ce qui fait la beauté des cavernes scintillantes de Helm, c'est la proximité de ces quartz avec les amnonites communes…
— Les amnonites ?
— C'est pas un pokemon, ça ?
— Silence, au fond ! Si ça ne vous intéresse pas, ce que je dis, vous pouvez toujours partir !

Boromir et Aragorn, qui s'étaient laissés aller à échanger quelques mots, se redressèrent lorsqu'ils furent impitoyablement reprit par Gimli dont les yeux louchaient fortement cause de l'alcool ingurgité durant la nuit.
Se défendant, Boromir s'écria d'un air malheureux :

— Mais on parlait de tes amnonites !
— Quoi ça ?
— Hé bien… Les amnonites communes, les pierres dont tu parlais à l'instant…

Le roux leva les yeux au ciel en retenant un premier rot, mais pas le deuxième, qui sortit avec une élégance superbe, et, riant grassement, il assura en croisant les bras sur son torse :

— Arrêtez vos conneries, les amnonites communes, ça n'existe pas.
— Mais, tu viens pourtant d'en parler !

Prenant des notes sur son calepin, bon élève, Frodon leva vers lui un regard empli de désarroi et Gimli lui aboya à la face :

— Les amnonites communes n'existent pas !
— Mais si ! Tu viens de le dire ! Regarde, je l'ai noté là.

A la lumière du jour qui se levait à peine et qui illuminait doucement la caverne, Gimli lui arracha le carnet des mains pour le parcourir rapidement des yeux. « En soirée, ces minéraux ne sont pas rares, mais se qui fait la beauté des caves èrnes ssintiyantes de Helm, c'est la proximité de ces quatzr avec les amenonittes communes… Les ammenonites ? Rétorqua celui aux longues jambes, C'est pas un pokemon, ça ? lui répondit glandu n°5, Silence, au fond, dit-il, si ça ne vous intérece pas, ce que je dis, vous pouvé toujours partir ! » Le temps qu'il parvienne à coordonner son regard pour déchiffrer le premier mot, Pippin, toujours prêt à rendre service, s'était approché d'une pancarte d'information plantée là qu'il lut à haute voix :

— Hey, ce ne sont pas des quartz roses, mais des Rhodochrosites.
— Ce sont des quartz, petit con !
— Comment écrit-on « Rhodochrosite » et « vociférant » ? Et, aussi, quelle est la différence entre un quartz rose et une rhodochrosite ?
— Je crois qu'on ne dit pas Rhodo –ch- rosite, Frodon, mais rhodo –k- rosite.

Amenant sa science à son tour, l'éclat d'Aragorn lui attira un regard admiratif de Boromir et, semblant s'ennuyer ferme en se demandant pourquoi il avait accepté de suivre Gimli qui s'était mis en tête de leur faire explorer les cavernes scintillante en pleine nuit, Légolas lâcha d'un ton blasé :

— La rhodochrosite est une espèce minérale composée de carbonate de manganèse de formule MnCO₃ avec des traces de fer, calcium, magnésium, zinc, cobalt et cadmium… Qui lui donnent sa couleur rose…
— Et toi, on t'a pas sonné, Wikipédia !
— Ce sont des Quartz Roses !
— « Fulminant », il y a un seul ou deux « N » ? Et peux-tu en dire un peux plus à propos du carbonate de manganèse ? C'est aqua soluble, il me semble, mais, dans ce cas, comment expliquer que ce ne soit pas érodé-
— Parce que ce sont des Quartz !
— S'il vous plait, j'ai une question.

Sage, Pippin avait levé la main pour demander la parole mais, comme personne ne lui accorda, il demanda d'un ton innocent :

— L'un d'entre vous a-t-il étudié le chemin que nous avons pris en errant jusqu'ici et saurait comment sortir des cavernes ? Ca fait tout de même quelques heures que l'on déambule ici et si l'on ne veut pas louper le mariage, peut-être devrions-nous faire demi-tour…

oOo

— ALLÔ ! ALLÔ ! ON M'ENTEND ? IL EST 7H32 ! UN, DEUX, UN DEUX ! J'Y VAIS… VOTRE ATTENTION S'IL VOUS PLAIT, C'EST EOWYN QUI VOUS PARLE : FRODON, BOROMIR ET ARAGORN SONT ATTENDUS DANS LA SALLE DE CONFÉRENCE ! JE RÉPÈTE, FRODON, BOROMIR ET ARAGORN SONT ATTENDUS DANS LA SALLE DE CONFÉRENCE POUR LA REPETITION. D'AILLEURS, JE RECHERCHE TOUJOURS UNE DOUBLURE POUR PIPPIN, QUI DEVAIT DOUBLER MERRY, SI L'UN D'ENTRE VOUS POUVAIT AVOIR L'AMABILITÉ DE LE REMPLACER, IL A DISPARU LUI AUSSI… DE PLUS, IL ME FAUT DES VOLONTAIRES POUR TERMINER LA DÉCORATION DE LA SALLE DE CONF- HEY, CONNASSE, REND MOI LE MICRO !
— TA GUEULE, SALOPE, IL EST TROP TÔT POUR CES CONNERIES !
— REND MOI ÇA, BOUFFONNE, RETOURNE MANGER TES SALADES ! A MOI LA GAAARDE ! MAIS QUE FONT LÉGOLAS ET GIMLI ?
— TIENS-LA BIEN, DWALIN, JE VAIS DÉSACTIVER LES HAUTS-PARLEURS !
— NON ! JE N'AI PAS FINI ! LÂCHE MOI, SALE CARNE ! VOUS TOUS, ECOUTEZ MOI, DANS DIX MINUTES, JE VEUX TOUT LE MONDE SUR LE PIED DE GUERRE ! LA PREMIÈRE RÉPÉTITION DU MARIAGE À LIEU DANS UNE DEMI-HEURE, QUE TOUT LE MONDE SOIT PRÉSENT ET DANS UNE TENUE DÉCENTE !
— MAIS FAIS-LA TAIRE, TAURIEL !
— HAAA ! ELLE M'A MORDU ! LÂCHE MES CHEVEUX, EOWYN !
— DÉGAGE ! ET JE COMPTE SUR VOUS POUR NETTOYER VOS ECLATS DE LA NUIT ! QUE CELUI QUI A ÉCRIT « FUCK LE ROHAN » SUR LA TOUR NORD AIT LA COURTOISIE DE NETTOYER, QUE LE SERIAL-TATOUEUR DE LA NUIT DAIGNE FAIRE FACE A SES VICTIMES ET QUE L'ON PORTE SECOURS À BIFUR QUI EST-

Il y eut un fracas épouvantable, toutes les enceintes du gouffre se mirent à sonner en même temps et l'écho amplifié par les vastes salles du gouffre réveilla ceux qui dormaient encore, assommés par l'alcool consommé durant la nuit. Puis, soudain, ce fut le silence.

— Faudra donner une médaille à Dwalin et Tauriel…

Marmonnant, la bouche pâteuse, Bilbo se réveilla en passant une main sans ses boucles folles qui lui faisaient un mal de chien. Sous lui, Fili s'étira avant de prendre son portable pour y jeter un coup d'œil :

— Il est 9h43…
— Je me disais bien… il me semble qu'à 7h30, on n'était pas encore couché…
— Quelle nuit…
— Je sais pas… J'ai aucun souvenir…
— Ce n'est peut-être pas plus-
— JE RAPPELLE QUE LA RÉPÉTITION EST DANS 20 MINUTES ET QUE FRODON, BOROMIR ET ARAGORN, LES TÉMOINS, SONT ATTENDUS À LA SALLE DE CONFÉRENCE POUR RÉGLER LE PROBLÈME DE L'ALLIANCE QUE FRODON DEVAIT GARDER ET QU'IL A EGARE PAR- HEY ! LÂCHE-MOI, CONNARD !

Encore, un fracas assourdissant leurs vrilla les tympans et, à l'agonie, plongeant sa tête sous les cousins, Bilbo poussa un gémissement malheureux, plus encore lorsque son amant quitta le lit pour se rendre dans la salle de bain sans avoir l'air plus touché que ça par cette longue nuit qu'ils venaient de passer. Dire que ce n'était que la première… Plus que deux…

oOo

— J'y crois pas… Ils ne sont donc jamais fatigués ? Je ne savais pas qu'Eomer avait des amis si… Particuliers
— Moi, on m'avait prévenu…
— Et tu es venu tout de même…
— Je ne le regrette pas, finalement…

Assis sur une petite table isolée de la grande terrasse où plusieurs personnes prenaient leur petit déjeuné avec peine, face à la plaine encore dans l'ombre des montagnes qui surplombaient fort le cors, Frérin lança un sourire à Hannah qui s'était approchée de la table isolée où il s'était installé, deux verres dans les mains. Elle lui offrit l'un des cocktails de jus de fruit avant de s'asseoir à côté de lui en ajustant ses lunettes aux verres sombres qui cachaient ses yeux explosés par l'alcool et le manque de sommeil. Elle n'avait plus sa robe, mais des vêtements simples et bien coupés et il ne se gêna pas pour étudier un peu plus ce corps qu'il avait prit pendant la nuit. Elle but quelques gorgées en silence avant de se racler la gorge et, nerveuse, elle tourna la tête vers lui :

— Frérin, c'est ça ?
— Et toi c'est… Hannah… Je crois…

Elle lui répondit d'un sourire amusé et, plus décontractée face à son nonchalance, elle demanda, l'air de rien, en détournant les yeux :

— Dis moi… Juste comme ça… Il me semble que toi et moi, on a…

Sans voir où elle voulait en venir, il tourna la tête vers elle et, plus franche, elle fouilla dans son regard :

— Je n'ai plus trop de souvenirs, en fait, mais, même si c'était sympa, rassure moi… Il ne s'est rien passé de plus que… Ce qu'on a fait sur le balcon… Je veux dire… On ne s'est rien promis l'un à l'autre ? On n'a pas remit ça ?
— Je ne crois pas, non… Je ne sais pas… Je n'ai pas souvenir de tout et j'ai un vrai trou de mémoire sur tous les événements qui se sont passés après le concours de strip tease entre la serveuse rousse, la blonde hystérique et la belle brune… Il me semble que tu as participé, toi aussi…
— Ha… Aucun souvenir de ça… Tu ne te rappelles de rien d'autre nous concernant ?
— Non… Pourquoi ?
— Parce que… Je me suis réveillée avec ça, ce matin…

D'un ton ennuyé, elle remonta son pull pour lui montrer son avant-bras. L'on pouvait y apercevoir, marqué sur la peau, un cœur un peu difforme avec un difficilement déchiffrable Frèr1 + Hanahanah en son centre, même si ça débordait de manière peu esthétique. La peau était franchement rougie et boursouflée et le blond lui prit le poignet de sa main gauche pour analyser la marque en retenant un rire :

— Non… C'est un vrai… Ma pauvre… Pourquoi as-tu fais-ça ? Je t'ai fait une si grande impression?
— Pas au point de… En fait, je n'ai aucun souvenir d'avoir demandé une telle chose à qui que ce soit…

Elle avait répondu d'une lamentation désespérée, et, passant ses doigts sur l'encre qui avait fraichement été insérée sous la peau, Frérin dut faire un gros effort pour ne pas se moquer de l'immonde tatouage qu'elle porterait dorénavant toute sa vie, quelque peu flatté de savoir qu'il accompagnerait dorénavant cette presque-inconnue où qu'elle aille, même si l'orthographe de son nom laissait franchement à désirer…

— Qui t'a fait ça ?
— Je ne sais pas… J'ai essayé d'enquêter et apparemment, je ne suis pas la seule à me réveiller avec ce genre de chose ce matin. Il paraît que l'une des connaissances de ce bar louche d'Osgiliath est venue avec du matériel et a sévit toute la nuit… Mais personne ne sait qui c'est.
— Ho… C'est le serial-tatoueur dont parlait Eowyn ?
— C'est vraiment terrible…

Dépitée, elle tentait de regarder son bras sous toutes les coutures en réfléchissant déjà à investir dans un scalpel et chercher un tutoriel youtube d'auto écorchement. Amusé, Frérin leva difficilement sa main droite pour poser ses doigts paralysés, recroquevillés, tremblants et peu conciliants sur la peau marquée à l'encre noire :

— Moi j'aime bien… Ca te donne un côté un peu… Aventureuse, ça montre que, un jour, tu as vécu une nuit de folie et ça prouve, aussi, que tu as du gout…
— Oui… Voyons le côté positif des choses… Grace à ça, je passerai dorénavant pour… Hanahanah, la fille qui… n'a pas peur de… Bref. Je ne vois aucun côté positif.

Toutefois, elle semblait être le genre de fille à ne pas se tracasser pour autre chose que pour son cheval, pas même sa peau car, sans se faire plus de bile que ça, elle posa sa main sur celle de Frérin pour en stabiliser le tremblement et l'aider à délier ses doigts, sans faire de commentaire à ce propos, afin de cacher le tatouage.
Thorin arriva sur la terrasse à ce moment-là et, remarquant les deux amants d'une nuit plutôt proches l'un de l'autre, il eut un franc temps d'hésitation, mais, incapable de se détourner, il ne put s'empêcher de s'approcher d'eux pour les saluer d'une voix dénuée d'expression :

— Avez-vous passé une bonne nuit ?

Se redressant, Hannah eut le reflexe de retirer sa main, laissant celle, paralysée, de Frérin glisser sur la table, dévoilant ainsi l'odieux tatouage qui attira l'œil du grand brun. Il haussa un sourcil et, provoquant, son demi-frère posa sa main gauche sur la droite pour en atténuer les tremblements tout en défiant Thorin du regard :

— Très bonne, je ne me plaindrai pas de la compagnie. Thorin, voici Hanahanah, on peut dire qu'elle m'a dans la peau, maintenant… Hannah, je te présente Thorin, mon frère.

Il avait appuyé sur le dernier mot sans lâcher les yeux du plus vieux qui, la mâchoire crispée, ne répondit pas, son regard si intense parlait pour lui. A coté de lui, Hannah fronça les sourcils en étudiant Thorin, avant que son attention ne revienne sur Frérin.

Durant la nuit, l'alcool avait quelque peu flouté son esprit mais, maintenant qu'elle était un peu plus lucide, elle se rappelait bien d'une certaine histoire dans laquelle Eomer avait été plus ou moins impliquée, de loin. Une histoire très médiatisée à Osgiliath et au delà qui concernait deux frères héritiers d'un riche empire minier du nord. Comme tout le monde, elle avait eu l'occasion d'en entendre parler pratiquement dans les moindres détails… Détails qui lui revinrent, soudain, avec précision et qui suffirent à l'éclairer un minimum sur l'identité du gars dont le nom était maintenant gravé sur son bras…
Voilà, voilà… Elle ne s'en rendait compte que maintenant… De toute la faune d'Osgiliath qui avait débarqué ici pour le week-end, elle s'était donc, certainement, fait le pire… Ca expliquait peut-être pourquoi ça avait été si bon mais, tout de même, elle se trouvait clairement en chasse gardée, le regard du brun qui lui faisait face était très éloquent à ce sujet. Bien, bien, bien… Face à un type capable d'assumer une relation incestueuse devant à sa famille et qui avait tué un autre type à bout portant de deux balles dans la poitrine sans exprimer le moindre regret ensuite, elle se dit que le mieux à faire était, peut-être, de disparaître gentiment le reste du week-end.

Estimant que c'était une bonne idée, elle pianota nerveusement sur la table en grimaçant discrètement, mais, finalement elle posa une dernière fois sa main sur le poignet du blond pour le saluer en se levant :

— Thorin… Oui, c'est donc de lui dont tu m'avais parlé ? Enchanté, monsieur… Je vais vous laisser, il me semble qu'Eowyn recherche des volontaires pour terminer la déco de la salle de réception.

Sur un dernier sourire crispée, elle tira sur sa manche pour cacher le tatouage et Frérin la regarda partir, semblant hésiter à la retenir. Son attention revint sur Thorin lorsque celui-ci demanda franchement, d'une voix polaire :

— Vous avez couché ensemble ?
— En quoi ça te regarde ?

Toujours provoquant, Frérin lui rendit un regard franc et peu amical que Thorin soutint durement. Le brun soupira ensuite, semblant prendre sur lui pour ne pas réagir trop fort et, présentant un visage ennuyé, le plus jeune attrapa son verre de la main gauche pour le finir. Il garda les lèvres closes lorsque, adoucissant sa voix, qui resta, tout de même, très grave, Thorin demanda en se penchant sur lui :

— Pouvons-nous parler ?

Il lui répondit d'un regard sec en posant son verre, présentant toujours une attitude nonchalante mais, au fond, jamais il ne s'était senti aussi tendu. Il voulait partir et fuir, invoquant la même excuse que venait d'utiliser Hannah ou, justement, parlant d'elle, dire clairement à Thorin que la belle cavalière ne le laissait pas indifférent et qu'il était plus intéressé pour parler avec elle qu'avec lui.
Des mots qu'il aurait voulu sortir mais qui restèrent coincés dans sa gorge et, acerbe, il cracha sans clémence, d'une voix agressive, sans cesser de le sonder attentivement du regard :

— Tu te demandes si nous avons couché ensemble ? La réponse est oui.

Il fut incapable de déchiffrer l'éclat qui passa dans le regard de Thorin et, détournant les yeux, il concéda sur le même ton furieux, même si plus ébréché, presque cassé :

— Et, si tu veux tout savoir, non, je n'ai pas apprécié.

Thorin ne répondit pas, se forçant à juguler ses émotions et, après un certain temps, Frérin pianota sèchement sur la table, pour demander froidement :

— Tu comptes me faire une scène de jalousie, maintenant ? Je t'en pris… Si tu assumes tant ton amour, tu peux le faire ici… Cri un coup, ça va te faire du bien…
— Je ne suis pas jaloux, juste déçu.

Thorin avait répondu d'une voix dure qui cachait sa douleur et Frérin baissa les yeux en haussant les épaules, amer :

— Désolé de te décevoir… Ceci dit, il fallait bien que ça arrive un jour et c'est étonnant que-
— Je suis déçu de constater que tu me considères la cause de ta douleur alors que je souhaiterai être celui qui t'aide à aller au delà de ça.

Lui coupant la parole, il avait parlé vivement en tirant la chaise face à Frérin dont le visage était fermé, pour s'y asseoir et reprendre plus doucement, mais avec une certaine fermeté :

— Je sais que, de nous deux, tu es celui qui souffre le plus de la situation, Frérin. Je sais quels défis tu dois relever tous les jours pour retomber sur tes pieds et ne pas te laisser submerger par tout ça… l'amnésie, la douleur, la solitude… Sans te côtoyer, je vois comment tu te débats quotidiennement pour ne pas sombrer. Mais, s'il te plait, ne fais pas l'erreur de te croire l'unique personne à en souffrir.
— Parce que je me trompe lorsque je crois ça ? Lorsque je pense être le seul à m'être pris une balle pour-
— Tu as perdu tes souvenirs et la mobilité de ton bras. Moi, j'ai tout perdu.

Le blond serra les lèvres et un éclat passa dans son regard qui revint sèchement dans celui de Thorin, avant qu'il ne réponde plus méchamment :

— Non, Thorin. Toi, tu n'as rien perdu du tout.

Venimeux, il se leva pour poser sa main handicapée, qui tremblait violemment, sur le poignet de son frère assis face à lui et, amer, il se pencha sur lui pour le regarder dans les yeux :

— Parce que si tu regardes bien, je suis toujours là…

Le ton portait une lourde intonation de défi et Thorin ne pris pas le risque de répondre. L'autre se pencha plus encore sur lui :

— Ose me dire, Thorin, alors que je suis vivant et face à toi, que tu as « Tout perdu » simplement parce que je refuse de reprendre avec toi une relation que je ne comprends pas...
— Effectivement, tu ne comprends pas…

Le plus jeune fit la moue et il se redressa en le lâchant, plus dur :

— Peut-être est-ce plutôt toi, qui ne comprends pas…
— Alors dis-moi !

Se levant à son tour, Thorin s'était exclamé d'une voix plus forte et son éclat attira l'attention des pauvres larves qui agonisaient plus loin suites aux sévices subits par les cocktails clandestins de Dwalin durant la nuit qui en avait profité pour écouler les alcools frelatés du Shari.

Aucun des deux frères ne se soucièrent d'eux et, immobiles, ils s'affrontèrent du regard. Les lèvres closes, Frérin ne répondait pas, et face à lui, Thorin serra les poings, démuni, incapable de trouver le mot juste pour débloquer la situation, pour apaiser le plus jeune et encore moins pour retrouver ce lien fort et brillant qui lui manquait tant.

Que pouvait-il faire, face à ça ?
Retourner au début pour reprendre une relation pas à pas… ? Il n'y avait que Bilbo pour avoir des idées aussi géniales… Mais Frérin avait raison... Thorin n'avait rien perdu du tout, car la personne qu'il aimait était toujours là, vivante et près de lui. Finalement, c'était le principal.

En soit, ça coulait de source, Thorin en était conscient, mais le contraste était trop fort. Entre ce moment empli de promesses qu'ils avaient vécu tous les deux sur ce pont, ce moment où Frérin lui avait rendu ce sourire si rayonnant et si beau, et… Ce qu'ils vivaient maintenant, le contraste était trop fort. Le brun ne parvenait pas à faire abstraction. Dans ses bras, Frérin lui avait avoué vivre le plus bel instant de sa vie et il était injuste que Thorin soit le seul à se souvenir de ce moment si particulier. Ca ne pouvait pas se terminer alors que ça venait à peine de commencer. Pas comme ça…
Le triste basculement s'était fait en moins de quelques minutes et, pourtant, tellement de choses s'étaient passées durant ces quelques minutes… La détonation, la chute de Frérin, ce fracas tellement assourdissant et silencieux à la fois qui lui avait déchiré le cœur à ce moment et qui résonnait toujours en lui. Sans oublier ce funeste instant où, lui-même, avait appuyé sur la gâchette. Ce désespoir, cette rage mêlée de haine et ce geste, si facile, si bref qui, loin de l'avoir soulagé, avait irrémédiablement souillé son âme en prenant celle d'Azog.

Il le voulait, pourtant, tellement fort que c'était ancré dans sa chair, oublier lui aussi les événements qui avaient suivi le baiser sur ce pont. Retrouver Frérin, l'aimer et l'honorer tous les jours jusqu'à ce que le temps, l'amour et la résignation n'efface ces quelques minutes si terribles.

Mais face à ce regard détruit qui lui faisait face, il se rendait, seulement, compte que ce n'était pas possible. Il était temps de se rendre à l'évidence : Ce qu'ils avaient vécu était irrémédiablement perdu et courir après Frérin ne changerait rien, au contraire, ça ne ferait qu'envenimer la situation. Thorin voulait de lui quelque chose qu'il n'était pas, ou plus, capable de lui donner car évaporé en même temps que ses souvenirs.

Le blond était bien celui qui souffrait le plus de la situation, oui, et, s'il le fuyait avec autant d'acharnement, peut-être était-ce parce qu'il craignait de ne pouvoir rendre à Thorin quelque chose qu'il ignorait posséder. Lui demander de rester avec lui et faire comme si rien ne s'était passer malgré l'accident, c'était cruel. Mais plus cruel encore que de le laisser livrer à lui même, Thorin en était persuadé et c'était ce qui rendait la situation si pénible.

Il ne savait pas quoi faire, finalement et craignait que, s'il attendait simplement que Frérin revienne vers lui, rien ne se débloque jamais.

De son côté, jugeant le sujet clos, le plus jeune tourna les talons pour retourner dans le bâtiment, marquant à peine l'arrêt lorsque, derrière lui, Thorin déclama d'une voix claire, assumant chacun de ses mots :

— Je t'aime, Frérin, et je suis prêt à le répéter, tous les jours, s'il le faut, jusqu'à ce que tu le comprennes et, même alors, je ne cesserai ni de le ressentir, ni de le dire… C'est tout ce qui compte pour moi.

Quoiqu'il eut ressentit, le blond ne fit pas mine d'avoir entendu, toutefois, il ne fit que quelques pas de plus avant de s'immobiliser, restant dos à Thorin qui retint son souffle, plus encore lorsque Frérin exigea d'une voix aussi polaire que défaite :

— Je ne veux pas que tu me le dises.
— Laisse moi te le montrer, alors.

Il fit quelques pas pour s'approcher et, audacieux, il prit sa main droite dans la sienne en ajoutant simplement :

— S'il te plait, Frérin… Laisse-moi te le montrer…
— Comment ?
— Ca, c'est à toi de me le dire… Car je crois que, de nous deux… Tu es finalement celui qui doit guider l'autre…

Gentiment, il pressa sa main tremblante et, toujours dos à lui, Frérin soupira, avant de répondre d'une voix froide :

— Ca suffit, Thorin, on s'est déjà tout dit à ce sujet… Je n'ai rien à ajouter…
— Non, ça ne suffit pas… Tu ne vas pas bien, Frérin, je le vois… Et je peux t'aider-
— Je doute que-
— Je le peux, Frérin… Crois-moi. Il faut simplement que tu me dises comment faire…

Soupirant, le blond se tourna pour faire face à Thorin et le regarder dans les yeux, sévère :

— Pourquoi t'entêtes-tu ainsi ? Je t'ai dit que-
— Je m'entête pour toi… Parce que je veux que tu sois heureux… Tu en vaux la peine.
— Je ne t'ai rien demandé…

Heurté, Le Brun serra les lèvres, mais, soudain audacieux, il fit un pas en avant, maintenant provoquant et intransigeant :

— Alors dis-moi de partir.

A l'injonction ferme de Thorin, Frérin fronça les sourcils, prit de court par ce revirement de discours, et le brun appuya en s'approchant un peu plus, ferme :

— Si ce n'est pas ce que tu veux, Frérin, si tu ne veux pas de moi à tes côtés, que tu estimes que mon entêtement est néfaste pour toi et que je n'ai plus rien à t'apporter, alors dis moi de partir.

Quelque peu pris au dépourvu, Frérin se montra incapable de lui enjoindre une telle chose et, pour se donner contenance, il demanda sur un ton de défi :

— Où irais-tu ?
— Je retournerai en Ered Mithrin, je me suis fait une petite place là-bas…

Il semblait sérieux et le blond plissa les lèvres. Ils se jaugèrent en silence, mais, détournant les yeux, le plus jeune fini par admettre en haussant les épaules, perdant de son agressivité :

— Je te demande pas de partir, Thorin… J'aimerai simplement que…

Il soupira. Depuis qu'il s'était réveillé, à l'hôpital, il regrettait d'avoir ouvert les yeux, détestait cette sensation de vide, cette peur viscérale et cette incompréhension qui l'étreignait à chaque instant. Toutefois, Thorin était devenu un important facteur de sa nouvelle vie et qui prenait bien plus de place que ce que Frérin laissait paraître. Il ne le comprit que maintenant, lorsqu'il se rendit compte que l'idée de le voir partir si loin lui était douloureuse.
Dans celle de Thorin, sa main continuait de trembler, toutefois il savait que ce n'était pas à cause de la paralysie, mais de ces mots que son frère venait de lui dire et qu'il avait tenté d'ignorer. Ces mots si forts, vibrants d'une sincérité et d'une puissance poignante. Des mots qu'il ne se souvenait pas avoir entendu, jamais, de qui que ce soit et qui soulevèrent en lui une émotion inattendue et dévastatrice.

« Je t'aime, Frérin… C'est tout ce qui compte pour moi. » Si peu de mots qui lui ravirent les siens et qui, alors qu'il commençait seulement à comprendre ce que cela signifiait réellement, le firent tressaillir. Lui qui s'était persuadé qu'il s'était réveillé en plein cauchemar, découvrant de manière assez brutale tout un pan de sa vie, de ses gouts, qu'il avait, jusque là, totalement ignoré et qui lui avaient semblés tellement fragiles, tellement illusoires... Il ne se rappelait que de cette place qu'il n'avait jamais eue, loin du regard de Thorin, des autres, seul avec ses doutes et, jusqu'à là, enfermé dans une carapace qui, pourtant, avait explosée sans qu'il ne se souvienne pourquoi et qui le laissait démuni face à tout ça… Donc il ne savait comment réagir face à Thorin, comment prendre ce que le brun lui proposait avec autant d'acharnement, comment le recevoir ou le rendre… D'un côté, il désirait son attention tellement fort que ça lui faisait peur, mais pas aussi peur que l'idée de se laisser aller dans quelque chose qui le dépassait et qu'il ne comprenait pas. Quelque chose qu'il avait désiré depuis toujours mais, maintenant que ça lui tombait dessus aussi brutalement, l'effrayait considérablement, au point qu'il le fuyait avec acharnement. Il se sentait au bord d'un gouffre, vertigineux, abyssale et inconnu. Une faille béante et terrifiante qu'il avait toujours côtoyée mais dans laquelle il avait l'impression de plonger lorsque Thorin le regardait de cette manière. C'était vraiment trop dur. Trop dur, trop douloureux et trop fort.

Il ne se rendit compte qu'il s'effondrait qu'au moment où les bras de Thorin le réceptionnèrent en s'enroulant autour de lui, et, incapable de juguler ces sanglots qu'il retenait depuis trop longtemps, il s'agrippa à son frère en sentant des larmes furieuses couler sur ses joues.
Il eut toutefois une certitude, alors qu'il se noyait dans l'étreinte en sentant ces mains si douces glisser dans son dos pour le couvrir de caresses réconfortantes, en entendant cette voix qu'il aimait tant lui murmurer des choses qui lui retournaient agréablement les entrailles et respirant à plein poumons ce parfum qui lui faisait tourner la tête.
La certitude que sa place était là, blotti contre Thorin, et nulle part ailleurs.

— VOTRE ATTENTION S'IL VOUS PLAIT ! NOUS AVONS UN PETIT PROBLEME… J'AI LE REGRET DE VOUS ANNONCER QUE MONSIEUR BOMBADIL, NOTRE MAITRE D'OFFICE, A CELEBRE CETTE NUIT UNE UNION ENTRE DEUX PERSONNES TOTALEMENT IVRES QUI SE SERAIENT FAIT PASSES POUR LES MARIES DU WEEK-END… MONSIEUR BOMBADIL AYANT LUI-MEME SOUFFERT DE CERTAINS PRODUITS ILLICITES DISTRIBUES PAR UNE CERTAINE PERSONNE AVEC QUI J'AIMERAI AVOIR DEUX MOTS, IL N'A AUCUN SOUVENIR DE L'EVENEMENT, TOUTEFOIS, L'UNION A BIEN ETE ENREGISTREE ET EST DONC OFFICIELLE AUX YEUX DE LA LOI… ON IGNORE SIMPLEMENT LESQUELS D'ENTRE VOUS CA CONCERNE… SI JAMAIS VOUS AVEZ UN DOUTE, PASSEZ VOIR HALDIR, IL VOUS RENSEIGNERA SUR LES PROTOCOLES DE DIVORCE… SINON, J'ATTENDS TOUJOURS FRODON ET LES ALLIANCES ! MERRY ET MON FRERE ARRIVENT DANS 3 HEURES ALORS GROUILLEZ-VOUS DE FINIR DE PREPARER LA SALLE ! JE VOUS ATTENDS TOUS POUR LA REPETITION !

Planqué dans les bras de son frère, Frérin poussa un soupir las, avant de tenter gentiment de briser la glace en s'éloignant de lui et séchant ses larmes d'un revers de main :

— J'espère que c'est pas toi avec une opportuniste…
— Ni toi avec la cavalière.
— Aucun risque, tu t'en doutes...
— Si j'ai bien une certitude avec toi, c'est qu'il faut s'attendre à tout et rien en même temps, donc tu parviens toujours à me surprendre sans que je n'en sois jamais étonné.

Thorin avait répondu d'une voix taquine qui amusa le blond. Maladroit, celui-ci inspira sans trop savoir quoi faire maintenant et, simplement, il posa sa main paralysée sur le torse de son grand-frère :

— Soit simplement sûr d'une chose, je ne veux pas que tu partes…
— Moi non plus, je ne veux pas partir…
— Mais je ne sais pas ce que-
— DITES-DONC, J'AI DEMANDE UN COUP DE MAIN POUR PREPARER LA SALLE ! VOUS ALLEZ SORTIR DES SOURCES D'EAU CHAUDE FISSA ! J'EN PROFITE POUR VOUS RAPPELER QUE LE WATER POLO N'EST PAS- HA NON, VOILA L'AUTRE TAREE ! OUST, LA HARPIE, NE ME- JHSDFBOUM

Ils grimacèrent tous les deux lorsque les haut-parleurs du gouffre, branchés au maximum, se mirent, à nouveau, à grésiller furieusement puis, prenant la main tremblante de son cadet, Thorin proposa tout simplement :

— On les rejoint aux sources d'eau chaude ?


oOo

Merci d'avoir lu !

Pour les intéressés, j'ai essayé de reproduire la fresque du Shari, je l'ai posée sur ma page Facebook (gokash)

D'ailleurs, comme j'ai un gros amour pour Marvel qui ne fait qu'empirer avec l'âge, je voulais écrire des fanfictions sur cet univers sans jamais savoir quoi mais je me disais, si je fais une fic type Shari, mais avec les supers héros, il y aurait des intéressés ?