Le printemps battait son plein à Osgiliath. Les pavés, encore humides de la dernière pluie, reflétaient timidement les rayons clairs du Soleil de la matinée, salué par le gazouillement des oiseaux dont les ombres difformes se découpaient sur les bâtiments de marbre blanc de la ville. Avec habitude, Thorin se gara dans la petite rue qui desservait la maison de Frérin et il chassa une sombre et glaciale impression d'horreur lorsqu'il aperçut la belle bâtisse derrière son grand mur d'albâtre. Il n'y était pas revenu depuis qu'une ambulance avait emmené son frère inconscient et le corps sans vie d'Azog.
Si Frérin avait perdu la mémoire, ce jour-là, lui-même avait perdu son innocence et, sil ne regrettait pas son geste, il lui était extrêmement difficile de ne pas se souvenir de la fureur, la terreur et, surtout, la facilité qu'il avait eue à appuyer sur la gâchette, deux fois de suite, alors qu'il portait sur lui le sang de son frère, sacrifié pour lui sauver la vie. Quelque chose s'était irrémédiablement brisée en lui ce jour-là. Il avait ressentit des émotions d'une intensité et d'une violence qui l'avaient durement percutés et qui se manifestaient comme une ombre qui le suivait à chacun de ses pas.
Il n'était pas si évident de l'accepter, mais peut-être que Fili avait raison sur un point : les deux souffraient de la situation et avaient été furieusement amputés par cette balle, Thorin autant que Frérin.
Toutefois, le brun n'eut pas la moindre hésitation et, avisant la voiture de son frère garée aussi dans la ruelle, il sortit de la sienne pour pénétrer dans la maison.
Il eut une bouffée de gratitude pour Dis et Sigrid, qui avaient eu le courage de revenir pour nettoyer le sang et retirer les traces de la scène du crime. Pour le reste, mis à part les affaires manquantes de Frérin qu'elles avaient ramenées au manoir, rien n'avait changé. Il restait même tous les magazines de mode que les habitués du Shari avaient abandonnés dans le salon.
Sans s'annoncer, Thorin, fit rapidement le tour des deux premiers étages, vides, avant de rejoindre le cinquième directement. Il eut une brève hésitation mais finalement, il toqua à la porte de la salle que Frérin avait souvent fréquenté avant l'accident, puis pénétra sans attendre. Son demi-frère était là, face au grand piano de Gabrielle, le regard éteint :
— Je n'arrive plus à en tirer le moindre son…
Acceptant la présence de Thorin sans rechigner, alors qu'il n'était rentré de Helm qu'une heure plus tôt, il détourna le regard lorsque, doucement, le plus vieux s'approcha pour fermer le couvercle sur les touches récalcitrantes et s'agenouiller à côté de lui pour reprendre sa main paralysée entre ses doigts :
— Je suis désolé.
— C'est tout ?
— Oui, c'est tout.
A la question incisive, il avait répondu tranquillement et l'exaspération de Frérin enfla brièvement, avant de retomber tout aussi vite. Finalement, il reprit sa main et se leva, le regard fuyant. Thorin se redressa à son tour et, sans un mot, il le suivit vers les étages inférieurs. Si passer devant certaines pièces ou certains meubles ravivèrent de vifs souvenirs parmi les moins chastes ou les plus doux pour Thorin, aucune étincelle ne s'alluma dans le regard de Frérin qui passa devant sa chambre, où s'étaient déroulés les actes les plus intenses et les plus intimes, sans lui accorder le moindre attention.
Toutefois, il arriva dans le couloir de l'entrée, où le drame avait eu lieu et, si Thorin jugula un vertige désagréable, Frérin constata simplement d'une voix détachée :
— Une personne est morte dans cette maison.
Thorin ne répondit pas et le blond se tourna vers lui, toujours aussi neutre :
— C'est toi qui l'a tuée.
— Je pense que tu sais tout ce qu'i savoir à propos de ce jour-là. Je n'ai pas besoin d'ajouter quoique ce soit.
— C'est marrant, je ne pensais pas qu'il serait si facile de vivre avec une telle chose sur la conscience…
S'approchant plus franchement, Frérin le sonda du regard et Thorin fronça les sourcils :
— C'était notre vie contre la sienne. Je n'ai pas hésité et je ne regrette pas. Ce type était dangereux et il n'en était pas à son coup d'essai…
— Oui. J'ai… J'ai appris, pour Bilbo et Fili…
Plus sombre, il s'était détourné et Thorin serra la mâchoire, avant de souffler doucement :
— Tu ne devrais pas chercher à tout prix à remuer cette histoire. C'est terminé et nous avons payé trop cher pour en sortir… Il n'y a plus rien à en tirer.
— Pourquoi ?
La question de Frérin était provocante et prit Thorin au dépourvu, d'autant plus lorsque, son regard gris vibrant étrangement, le blond s'approcha de lui pour demander plus fermement :
— Pourquoi ne devrais-je pas essayer d'en savoir plus ? Qu'apprendrais-je que je ne sais pas encore ?
Le brun serra les lèvres face à la voix dure, mais, finalement, il souffla d'une voix triste, avisant, dans le salon, les différents magasines qui évoquaient l'histoire en question avec les témoignages de Frérin en appuie :
— Tu le sais déjà, n'est-ce pas ?
— De quoi parles-tu ?
Planté face à lui, Frérin attendait un approfondissement, mais Thorin essaya de se soustraire :
— Frérin, s'il te plait, ce n'est pas quelque chose que je veux-
— Quoi ? Te rappeler que ton petit-frère a fait sa pute pour sauvegarder une relation vouée à l'échec te fait trop mal ?
Le ton était monté d'un coup et Frérin, le regard maintenant bouleversé d'émotions trop fortes et contradictoires pour être traduites, s'était avancé sur lui, mais Thorin tint bon et maintint sans hésitation :
— Ca fait un mal de chien, oui. Et j'espérais sincèrement que jamais tu ne te souviennes d'une chose pareille.
— Je ne m'en souviens pas.
Sombrement, il s'assit sur les marches et Thorin serra les lèvres, avant de s'asseoir à côté de lui pour souffler sur le même ton :
— Moi si. Et c'est bien suffisant pour deux. Parce que tu n'as pas fait ta pute, tu as été forcé.
Frérin baissa les yeux et posa sa main valide sur celle inerte qui tremblait légèrement.
— Pourquoi…
Le mot était soufflé d'une voix morte et semblait englober de nombreuses questions qu'il se posait et qui semblaient sans réponse. Thorin ne sut quoi dire et ils restèrent là, silencieux et côte à côte, l'un essayant de se souvenir, l'autre d'oublier.
oOo
Heureusement, la plupart des invités « Sensibles » étaient partis depuis bien longtemps lorsque l'équipe de Rugby de la Main Blanche, dirigée par Saroumane et accompagnée des supporters les plus fervents, arriva au gouffre de Helm.
Aragorn, Légolas, Gimli et, même, Théoden, pas forcément en pleine possession de tous leurs moyens cognitifs et sociaux, avaient eut la brillante idée de barricader le fort pour empêcher l'intrusion des clients furieux d'être mis à la porte et qui ne perdirent pas de temps pour démontrer tout le bellicisme du club d'Orthanc.
Eowyn, tâchant toujours de sauver le mariage qui, depuis longtemps, n'en était plus un, surtout que les deux personnes concernées avaient disparu, s'était mise en tête d'évacuer le plus possible d'innocents avant que ça ne vire au drame. Haldir, plein de bonne volonté, avait rameuté quelques uns de ses collègues pour donner un coup de main et une émeute confuse éclata.
Les rugbymen avaient clairement l'avantage, mais, finalement, Théodred retrouva son cousin qui roucoulait en fait dans un coin avec son nouvel époux, ainsi que Gandalf qui fuyait de l'autre côté et ils réussirent une percée folle qui permis à ceux qui n'avaient rien demandé à personne de fuir vers Osgiliath dans une débandade joyeuse.
Ainsi se conclu le mariage de Merry et Eomer. Dans les pertes, finalement, l'on compta la dignité de nombreuses victimes du sérial tatoueur, toujours en liberté, deux regrettables mariages clandestins plus ou moins assumés, quelques attentats à la pudeur, Haldir, qui, tout simplement, se découvrit une vocation et devint ailier droit de l'équipe de la Main Blanche pour une durée indéterminée et l'intégralité des baffles du domaine, détruites méthodiquement par un délinquant anonyme.
Lâchement abandonné par Kili qui avait fuit en premier pour mettre le plus de distance entre lui et sa nouvelle épouse et qui était supposé être son chauffeur pour rentrer, Faramir avait décidé de s'éloigner du champ de bataille improvisé avec son sac pour rentrer en stop avec la première bonne âme qui se dirigeait vers Osgiliath.
Toutefois, lorsqu'il avisa quelle voiture s'arrêta doucement à sa hauteur après seulement quelques dizaines de minutes de marche, il baissa le pouce et ajusta son sac sur le dos pour s'éloigner du conducteur qui l'apostropha :
— Hey ! Faramir ! Attend !
Marchant toujours d'un pas décidé, il entendit une porte claquer et il grimaça lorsqu'une course se fit entendre dans sa direction. Pinçant les lèvres, il consentit donc à s'immobiliser pour se tourner vers Boromir en soupirant lourdement :
— Tu ne joues pas à la guerre avec tes fabuleux amis ?
A peine surpris par la véhémence du ton à laquelle il commençait à s'habituer, Boromir s'arrêta à son tour et shoota dans un caillou, les mains dans les poches, pour justifier simplement :
— Je t'ai vu partir.
— Et… ?
L'autre leva les yeux au ciel dans un mouvement exaspéré et il souffla impatiemment :
— Et je n'allais pas laisser mon petit frère rentrer à pied à Osgiliath !
— Je ne serai pas resté piéton longtemps, tu sais…
Pour confirmer ses dires, une voiture passa en trombe, blindées d'habitués du Shari qui fuyaient vers Osgiliath. Elle fit une embardée, survola un dos d'âne et accéléra encore jusqu'à disparaître dans un nuage de poussière. Une deuxième, la porte du coffre toujours ouverte, passa tout aussi vite, semant derrière elle des objets non identifiés, et Faramir fit mine de revenir près de la route pour continuer de faire du stop, alors Boromir eut un sursaut d'humeur.
— Très bien. Si c'est ce que tu veux, je te laisse.
Frustré et déçu, il fit sèchement demi-tour pour retourner s'asseoir au volant. Toutefois, un fin sourire ourla ses lèvres et il se pencha pour ouvrir la portière passager lorsque, finalement, le plus jeune le rejoignit sans un mot.
Il redémarra en silence. Silence qui fut coupé lorsque, le regard rivé sur le paysage qui défilait, Faramir remarqua sur le ton de la conversation :
— On a recommencé ce week-end…
Il n'ajouta rien mais, cernant sans mal le sujet que, pourtant, ils n'avaient jamais abordé aussi ouvertement et que, au contraire, ils avaient mis un point d'honneur à ignorer, Boromir répondit sur le même ton :
— Je sais. C'est toi qui a commencé.
— Tu aurais pu me repousser.
— Je l'ai fait.
— Mais, après, c'est toi qui es venu me trouver.
— Et tu ne m'as pas repoussé, toi…
— J'aurai dû ?
La question était narquoise et, finalement, Boromir alluma ses warning et arrêta la voiture pour se tourner vers le plus jeune. Ils échangèrent un long regard, provocant pour l'un, grave pour l'autre et, finalement, l'ainé demanda directement :
— Tu as aimé ?
La question abrupte lui arracha quelques rougeurs et Faramir détourna le regard en passant une langue nerveuse sur ses lèvres.
— Je ne crois pas que… L'on soit allés jusqu'au bout…
— On n'est jamais allé jusqu'au bout.
— Qu'en sais-tu ?
Boromir haussa les épaules et s'adossa à son siège. Il regarda passer un camion de policiers gondoriens qui fusait vers le gouffre, certainement des collègues d'Haldir qui venaient délivrer leur commissaire, puis il avoua du bout des lèvres :
— Parce que je me rappelle…
Faramir leva un sourcil et il détourna le regard à son tour. Un petit silence pesant les enveloppa, puis le plus jeune demanda à son tour, d'une petite voix :
— Tu te rappelles de toutes les fois ?
— Presque.
— Il y en a eu beaucoup ?
Le plus vieux secoua négativement la tête. Toutefois, il soupira et avoua à nouveau :
— Mais ça commence à devenir systématique…
— Depuis quand ?
— Depuis que tu as rompu avec Selwynn…
Le léger sous-entendu lui arracha un nouveau rougissement et il baissa les yeux :
— Ce n'est pas pour ça que j'ai rompu…
— Si tu le dis…
Boromir ne chercha pas à approfondir et lui faire dire que, mine de rien, il y avait un avant et un après dans l'attitude de Faramir vis à vis de lui et, surtout, qu'il avait lui-même avoué avoir rompu car il ne supportait plus l'intolérance de son ex vis à vis de la relation ouverte de Thorin et Frérin. Tranquillement, il redémarra et s'engagea à nouveau sur la route. Faramir se racla la gorge avant d'annoncer plus fermement :
— Je ne veux pas m'engager là-dedans, Bo. Ne le prend pas contre toi, mais il faut que ça cesse.
— Je sais, tu me l'as déjà dit.
— Quand ça ?
Il lui retourna un regard effaré, et, concentré sur la route, Boromir haussa une épaule :
— On ne se contente pas de… Bref. On discute pas mal aussi, dans ces moments là.
— Ha…
Un petit malaise l'étreignit et, d'une voix plus basse, il demanda encore :
— De quoi parle-t-on ?
— De toi… De moi… De nous…
— Et… Que dit-on ?
Boromir eut un léger ricanement et il s'inséra dans la voix rapide en justifiant rapidement :
— Nous ne sommes jamais très lucide dans ces moments… Je ne pense pas que ce soit très pertinent.
— Je veux bien savoir…
Le plus vieux serra les lèvres, puis il répondit avec douceur :
— On établit des plans…
— Pourquoi ?
— Pour partir… Loin du Gondor et de papa… Recommencer une vie à Numénor, juste toi et moi…
— Ha.
Une drôle de chaleur mut dans ses entrailles, sans qu'il n'en comprenne la raison, et il poussa un soupir attendri.
— On est stupide…
— Non. Juste ivre. Le délire n'est plus le même quand tu es sobre…
— Je peux dire la même chose pour toi. Et ce n'est pas plus mal…
Piqué par l'insinuation, Faramir avait répondu plus sèchement, mais la réplique amena un sourire amusé sur les lèvres de Boromir. Sourire qui se propagea sur celles de Faramir qui, finalement, aussi amusé qu'ennuyé, plaqua une main sur son visage :
— Pourquoi faut-il qu'on fasse ça ?
Boromir tourna vers lui un regard extrêmement innocent qui fut totalement contredis par la manière dont ses yeux descendirent le long du corps du plus jeune qu'il apprécia d'une brève moue éloquente en se reconcentrant sur la route. Il se fit frapper l'épaule en retour par Faramir qui rougit de plus belle.
— Ce que je veux dire… Pourquoi on n'arrête pas ?
— Peut-être qu'on aime ça. Tous les deux.
— J'aime ça, oui. Mais pas forcément avec mon frère !
— C'est pourtant toi qui viens me rejoindre à chaque fois…
— Et toi, tu ne me repousses que pour mieux me chercher à nouveau…
Boromir n'ajouta rien et un nouveau silence les enveloppa, plus confortable. Toutefois, ils reprirent finalement une conversation plus légère qui dérapa sur le scandale incestueux soulevé par Thorin et Frérin que, miraculeusement, les habitués du Shari, trop occupés à disserter sur la dangerosité, ou non, des brocolis qui n'en étaient, avaient accepté sans se torturer l'esprit. La discussion dévia sur leur père et, finalement, ils arrivèrent à Osgiliath en même temps que la nuit.
Toutefois, même si elle sembla clarifier la situation, l'évocation du sujet délicat avait, aussi, amené un léger trouble entre les deux frères qui partageaient le même appartement en colocation. Comme si un voile était tombé, l'ambiance était devenue plus lourde et plus électrique alors qu'ils reproduisaient simplement les gestes du quotidien, exacerbés par la présence de l'autre : ouvrir le frigo et soupirer en constatant qu'il était vide, ranger rapidement le salon qui était resté tel quel, une boite de pizza entamée encore ouverte sur la table basse ou, simplement, se déshabiller intégralement avant de se glisser sous la douche pendant que l'autre préparait un diner simple.
L'atmosphère semblait s'alourdir à mesure que le temps s'écoulait et, de plus en plus raide, Faramir mangea rapidement et s'activa à la vaisselle, fuyant méthodiquement le plus vieux du regard. Ce dernier, non loin, nettoyait distraitement le coin cuisine et le cadet sursauta quand il demanda l'air de rien :
— Tu veux faire un truc ce soir ?
La question, qui paraissait pourtant anodine, le court-circuita un moment et Boromir, cernant son trouble, se rattrapa rapidement :
— Je veux dire… Un film ou un jeu vidéo… comme d'habitude…
— Comme d'habitude.
Mal à l'aise, Faramir récupéra l'éponge qu'il avait faite tomber en répétant ses mots et Boromir lui envoya un rapide regard en coin. Il s'approcha ensuite, sans faire mine de noter l'embarras du blond qui lui tourna le dos pour ranger nerveusement les assiettes et les couverts. Il fut néanmoins rapidement à cours de trucs à ranger et, finalement, il s'immobilisa, trop conscient de la présence du plus vieux à côté de lui et l'esprit bourdonnant étrangement. Un court silence les enveloppa puis, après une brève hésitation, Boromir se baissa pour attraper une bouteille d'un alcool quelconque sous l'évier, sous le regard troublé de Faramir qui ne le lâchait plus des yeux.
— S'il est question de faire comme d'habitude…
Sa voix était maintenant plus profonde, à l'instar de son regard qui se riva à celui de Faramir. Le plus jeune attrapa la bouteille, son esprit était vide mais son cœur battait à tout rompre, il s'affola plus encore lorsque ses doigts enfleurèrent ceux de Boromir quand il lui prit la bouteille. Ce dernier se détourna pour attraper deux verres qu'il posa sur le plan de travail et, mécaniquement, Faramir les remplis à ras avant de reposer la bouteille pour poser ses doigts sur le pied de son verre qu'il fit distraitement tourner. L'idée était si tentante… Deux verres suffirait pour évaporer toute retenue. Trois et il oublierait qu'il avait un frère tout en se rendant comte que Boromir avait un sacré don pour éveiller ses sens. Quatre et il n'aurait plus le moindre souvenir le lendemain matin…
Cela semblait presque top facile et, surtout trop… fade… Se dit-il lorsque, sans ajouter un mot, Boromir leva le sien pour trinquer avec lui, lui envoyant un putain de sourire aguichant. Sourire auquel Faramir répondit à son tour et, finalement, il lâcha son verre pour attraper celui du plus vieux et le vider dans l'évier. Puis, sans sommation, il lui attrapa le col pour l'attirer à lui et poser sur ses lèvres un baiser dense.
Ce n'était pas la première fois et, pourtant, Faramir eut l'impression de découvrir des sensations qu'il n'avait encore jamais ressenties comme Boromir répondit à son baiser avec appétit. Ils se séparèrent pour mieux se retrouver, avec plus d'ardeur, moins de complexes et de pudeur. Comme une valse, Boromir posa galamment ses mains sur sa nuque et sa taille tout en l'invitant à reculer avec lui, sans cesser de l'embrasser. Il crocheta ensuite sa taille pour le soulever sans effort et le poser sur le plan de travail, à peine surpris de constater l'aisance et la facilité qu'eut le plus jeune à trouver ses marques et cercler ses hanches de ses jambes, comme s'ils l'avaient toujours fait.
oOo
Encore une fois, tout avait dégénéré. Tauriel, pourtant, avait tenté de la jouer en finesse, lorsqu'elle s'en était prise discrètement à Eowyn alors que le Shari était pratiquement vide pour lui faire passer le gout de marier les gens sans leur sobre consentement.
Malheureusement, Dwalin, qui était plutôt bon en com, avait eu la brillante idée de filmer la dispute en live pour la retranscrire sur la page du Shari. Autant dire que la vidéo eut un succès furieux. Mais des conséquences s'en firent ressentir.
Eomer avait débarqué dans la minute pour secourir sa sœur, Kili s'était découvert une âme de héros sauveur de damoiselle en détresse et avait déboulé pour s'en prendre à Eomer afin d'épauler son épouse. Merry était intervenu en balançant une chaise sur le brun, qu'il mit KO en un coup, mais il se fit plaquer au sol par un Fili furieux, qui fut tout aussi tôt dégagé par Eomer, avant d'être secouru par Bilbo.
Aragorn voulut donner un coup de main pour aider son meilleur pote, mais il fut intercepté par Thorin qui était venu au secours de ses neveux et de son meilleur ami. Chacun de ces deux-là étant considéré comme leader, d'une certaine manière, de deux branches d'amis distinctes, cela lança le signal d'une bataille générale et désorganisée que personne ne compris mais à laquelle tous participèrent avec enthousiasme.
A terre, Kili attendait que l'ouragan passe et agonisait sagement. Toutefois, il leva les yeux lorsqu'une ombre le couvrit et, sans un mot, il échangea un long regard avec Tauriel, qui possédait un beau bleu au niveau de la pommette. Finalement, elle se pencha sur lui pour lui prendre la main afin de l'aider à se relever et l'inviter à la suivre l'extérieur de la cave.
Ils se dirigèrent vers le petit muret face à la sortie pour s'y asseoir et, finalement, elle annonça d'une voix neutre :
— Je suis allée à la préfecture ce matin. Pour le divorce.
— Et… ?
— Et j'ai appris que tu es le deuxième héritier de la plus grande fortune du Nord… Et que, dorénavant, moi aussi. Notre contrat de mariage stipule que nous mettons tous nos biens en commun, sans restriction. Il n'y pas grand chose de mon côté mais, si on divorce, je récolte la moitié de ta part dans l'héritage de ton grand-père.
Le regard de Kili s'écarquilla et son visage devint blême. Il ouvrit la bouche, sans savoir quoi dire et, finalement, la referma bêtement, avant de demander d'une voix d'outre tombe, incapable de penser plus loin :
— « Si » on divorce ? Pourquoi dire ça au conditionnel ?
Elle haussa une épaule et détourna le regard pour répondre plus sèchement :
— Les choses s'avèrent un peu compliquées dans ce contexte… De une, le mariage a été contracté au Rohan par un maitre de cérémonie originaire de la Comté. Trouver une autorité compétente pour le rétracter à l'amiable et sans casse sera un véritable chemin de croix. De deux, il y a le problème de l'héritage et, de trois, ma famille ne doit surtout pas savoir.
— La mienne non plus…
Il avait répondu d'une voix blanche, complètement dépassé. Le brouhaha dans le Shari continuait d'enfler et, régulièrement, des personnes arrivaient en courant pour se jeter dans la bataille.
— Pour toi, c'est un peu tard… tes oncles et ton frère ont certainement assisté à la cérémonie.
— Je sais. Mais je leur fais confiance pour… au moins taire le contexte à mes parents et à mes grands-parents.
— Que veux-tu dire ?
Il poussa un soupir lourd et tourna vers elle des yeux de cocker battu :
— Ils me tueront s'ils apprennent que j'ai fait ça…
— Je les comprends. Je ferai pareil à leur place… Surtout avec une inconnue…
— Je n'irai as jusqu'à dire que vous êtes une inconnue, madame Durïn…
Il avait répondu d'un ton bien moins abattu et, même, avec un sourire insolent aux lèvres qui rayonna dans son regard expressif. Elle leva les yeux au ciel en insistant :
— Il faut absolument trouver un moyen de divorcer rapidement.
— Je suis d'accord.
— Je n'ai pourtant pas l'impression que cette situation te pèse autant que moi…
A la pique mesquine qu'elle lui envoya, il haussa une épaule pour répondre à nouveau, d'un ton beaucoup plus séduisant :
— Si on divorce, je pourrai te demander en mariage de manière plus… Officielle.
Encore, elle leva les yeux au ciel, sans répondre.
