Juste pour info,
j'ai remarqué qu'il y a beaucoup plus de "vues" sur le dernier chapitre que sur celui d'avant. Donc pour ceux qui rattrapent en route, sachez que je suis en train de publier rapidement plusieurs chapitres consécutifs (les joies de remplacer, pour quelques temps, ma collègue au secrétariat dans un monde où plus personne ne se déplace, ça laisse du temps pour divaguer sur word...).
Shari Vari s'était arrêté pour une durée indécente au chapitre 42, donc si vous arrivez ici pour voir ce qu'il se passe et que vous voulez reprendre le cours de l'histoire, du moins, ce qui ressemble au cour de l'histoire, ça recommence au 43.
— Le problème, c'est que même si tu as arrangé beaucoup de coups et que tu as permis à certaines situations de se débloquer plus ou moins pacifiquement… tu as aussi tendance à t'attirer la… « non sympathie », des gens avec qui tu parles…
— Ce n'est pas nouveau.
— C'est allé en empirant… Mais, d'une certaine manière, je crois que tu restes apprécié pour une raison qui me dépasse…
— Dis-tu… Je suis celui pour qui tu écartes les jambes… Tu dois bien savoir pourquoi je reste apprécié…
La mâchoire de Thorïn se décrocha face à l'affirmation fourbe de Frérin qui, mécaniquement, s'était penché sur lui pour poser sa tête sur son épaule en minaudant. Il le repoussa d'un haussement d'épaule pour répondre du tac au tac en faisant mine de se sentir vexé :
— Ca aussi, ça me dépasse…
Quelque chose avait changé, il ne saurait dire quoi, mais Frérin n'était plus seulement réceptif mais, aussi, entreprenant. Ce n'était que la deuxième fois, certes. Sous forme d'éclat totalement inattendu qui arrivait sans prévenir à l'instant où il commençait à baisser sa garde. Comme auparavant, des deux, Thorïn fut le premier prit au dépourvu, mais, tout de suite après, lorsque Frérin réalisa ce qu'il faisait, et ce qu'il venait de dire, il s'en trouva désemparé. Une fois de plus, à peine se rendit-il compte qu'il flirtait ouvertement avec Thorin, et que celui-ci se retenait de répondre par courtoisie, il fit un bond et s'écarta en se raclant la gorge.
Ils arrivaient, de toute manière, aucun mot n'avait besoin d'être dit.
Thorïn se gara sur le parking des salariés du Shari Vari sans rien ajouter. Le temps que Frérin déclenche sa ceinture, attrape sa veste et sorte de la voiture, Thorïn eut le temps de faire le tour pour lui ouvrir la porte. Il réceptionna la veste que lui lança le plus jeune et ce dernier lui tourna le dos pour qu'il l'aide à l'enfiler. Il lui fit face ensuite et se laissa faire le temps que le brun ajuste son vêtement avec un sourire conquis :
— N'y prend pas forcément gout. Tu seras bientôt capable de le faire toi-même…
— Moi aussi je pourrai te dire de ne pas y prendre gout…
— J'aurai bien quelque chose à répondre à ça… Mais la décence m'en empêche…
— Parce que tu me dirais que tu préfèrerais plutôt me retirer mes vêtements ?
Encore, Frérin avait répondu avec un rire spontané qui fit fondre Thorïn. Ce dernier se força à réagir naturellement lui aussi. Il ne voulait pas prendre ceci comme un timide pas en avant ou une fragile victoire, mais comme l'ordre naturel des choses. Cela ne lui demanda pas tant d'effort, car sa réponse fusa, sans filtre :
— C'est ce que je te dirai, oui…
La franchise eut le mérite de refroidir Frérin, mais il resta sur sa lancée lui aussi et il assuma sa nouvelle tentative de flirt :
— Tu peux me le dire, alors… Je crois que je te préfère indécent à trop prudent…
— Je prends note.
Il lui envoya un clin d'œil mutin auquel Frérin répondit de ce nouveau sourire timide que Thorin lui découvrait. Il l'invita à le suivre dans le bar en lui répétant une dernière fois que, quoiqu'il arrive, il ne fallait pas s'inquiéter, même s'il y avait le feu.
Frérin hocha la tête et lui emboita le pas, curieux. Toutefois, il retint une grimace déçue lorsque, alors qu'il descendirent les marches qui menaient au bar, presque bondé, un calme religieux régnait dans la salle. Des gloussement mondains répondaient à des jeux d'esprits ou des anecdotes cocasses, les verres qui s'entrechoquaient étaient remplis de grenadine, jus de fruit ou cocktails décents et tout le monde était bien assis à sa table et observaient les bonnes manières.
Thorin, à côté de Frérin, chuchota finalement :
— Ok. Là, tu peux t'inquiéter… Ils ne nous ont pas vu encore, on va faire demi-tour discrèt-
— Ho ! Mais que voilà Thorin et Frérin qui nous honorent de leur altière présence !
L'exclamation dandy de Pippin, qui ne connaissait pas le sens de tous les mots qu'il venait d'employer, donna des envies de meurtres à Thorin et fut acclamée d'un très pieux concert d'applaudissements polis, puis les choses retournèrent à leur bizarrerie.
— Ha ça… ha ça…. A qui le dis-tu, le cours des mèches de Numénor est bien parti pour augmenter ces prochaines années… Heureusement que le commerce fluvial reste en pleine essor.
— Certes, certes, j'ai lu dans le Cri du Nord que Lacktown prévoyait de nouvelles taxes d'exportations.
— Diantre, j'aurai dû investir dans les actions...
Le temps qu'ils descendent, prenant au vol quelques fragments de conversation riches d'un vocabulaire propre et pertinent, ils aperçurent la chevelure éloquente de Fili. Il était attablé avec Kili et Bilbo, et il leur fit un signe étrange, passant vivement et discrètement son pouce en travers de sa gorge en leur faisant mine de retourner d'où ils venaient.
Thorin comprit, finalement, la source du problème lorsqu'il vit qui était attablé avec ses neveux et son meilleur ami :
PDG de l'une des entreprises les plus lucratives au nord de l'Anduin et à l'est du Brandebouc. Recruteur potentiel de tous les sans revenus fixes de ce bar. Consommateur illimité potentiel de ce bar. Sponsor potentiel de tous les sportifs en début de carrière ou organisateurs d'événements de ce bar. Mécène potentiel de tous les artistes, photographes ou présidents d'associations de ce bar. Influenceur notable d'Osgiliath et environ.
Beau-grand-père de la serveuse et d'un habitué.
Grand-oncle du propriétaire.
Thraïn, fils de Thror.
Leur père.
Frérin eut lui aussi un mouvement de surprise mais, les apercevant, Thraïn leur fit signe de les rejoindre en levant vers eux ce qui était l'alcool le plus fort présent en vitrine : une bière.
— Thorin, Frérin… Voici enfin les derniers ! Je savais bien que je verrai tout le monde ici !
Thraïn avait l'air trop ravi pour que ce soit rassurant. Les frères s'assirent avec un beau sourire et Thorin remarqua sur le même ton :
— Papa… Te voir ici est par contre une surprise pour nous…
Il laissa sa phrase en suspens, curieux de comprendre la situation, et son père força un nouveau sourire trop large pour être vrai :
— Ho… J'étais curieux de voir les conditions de travail de mon adorable belle petite-fille.
Il leva son verre en l'honneur de la serveuse du Shari et cette derrière, occupée à disposer un bouquet de fleur sur le bar, retroussa la lèvre supérieure dans un immonde sourire forcé.
Kili devint pivoine. Sans rien voir de l'étrange ambiance oppressante qu'il avait amené avec lui dans le Shari, le PDG posa son verre et donna une franche accolade sur l'épaule de Fili qui essayait de communiquer par code avec Dwalin pour assurer une évacuation aimable au compte-goutte des consommateurs coincés dans un rôle risquait de les rendre fous si cela durait trop longtemps. Le blond sursauta donc tandis que son grand-père remarqua avec une voix trop joyeuse :
— Et puis s'il est question d'apprendre à un peu mieux connaître mes fils, mes petits-fils, mon beau-petit-fils et ma belle petite-fille, et les comprendre, autant que je commence en passant de bons moment avec eux ! Heureusement, ce petit ange m'a donné l'adresse de ce qui est, apparemment, votre QG…
Fili, nouvelle cible de trois regards incendiaires, noya le regard dans sa tisane et Thraïn se pencha sur la table avec un regard conspirateur :
— De vous à moi, les garçons, je m'attendais à ce que le bar de Dwalïn soit un peu plus… festif…
— Moi aussi…
Seul Frérin avait répondu sur le même ton, en se penchant de la même manière, et il écopa d'un clin d'œil de son père, qui se redressa, ravi de voir l'un de ses fils lui adresser la parole :
— Haha ! Hahaha !
Son éclat de rire était terrifiant tellement il sonnait faux et seul Bilbo l'accompagna par empathie. Kili avait la tête d'un lycéen qui se trouvait en présence de son crush et de son grand-père ultra gênant à la fois et qui voulait mourir. Le crush en question, son épouse, Tauriel, arriva avec ce sourire étrange qu'elle ne semblait pas contrôler :
— Vous faut-il quelque chose de plus, messieurs ?
— Votre compagnie, très chère.
Très, trop, cordial, Thraïn tira la chaise qui se trouvait entre lui et Kili, puis il fit un signe à Dwalin pour crier de plus belle :
— Ramène donc de quoi désaltérer une famille d'Erebor qui a soif et prend toi une chopine pour nous rejoindre.
L'âme de Kili sortit de son corps.
oOo
— Tu sais, c'est dangereux de sortir avec l'homme de ses rêves… A un moment, le charme se rompt et tu perçois tous ces côtés qui font de lui un bête humain parmi les autres…
— Pourquoi tu me dis ça ?
— Parce que tu…Sors avec l'homme de tes rêves ?
— Je sors avec mon qui ?
Bilbo lança un regard effaré à Bofur, qui lui rendit un regard effaré et qui, avec la voix d'un adulte qui parlait à un enfant débile, reprit patiemment :
— Tu… Tu es en couple avec Fili… Sur qui tu as craqué au premier regard et pour qui tu as soupiré pendant cinq ans…
— Ho ?
— Et il y a bien un moment où il cessera d'être ton crush, mais le mec qui n'est pas exactement comme tu l'idéalisais…
Bilbo ne comprit rien du tout et Bofur se racla la gorge pour expliquer avec démagogie :
— Je dis juste ça pour que tu puisses passer cette étape sans que celle-ci fracasse votre relation… Je l'ai moi-même connu après douze ans à- Bref. L'important, c'est de se raccrocher aux choses fondamentales qui expliquent pourquoi ça marche entre vous, et de ne pas se focaliser sur tous ces petits trucs qui ont fait que tu aies craqué sur lui mais que, peu à peu, tu vas considérer comme des choses finalement ennuyeuses…
A voir la tête de Bilbo, Bofur comprit qu'il était temps de cesser cette conversation et il se roula une cigarette avec une moue perplexe. Assis à côté de lui sur le petit muret qui entourait l'arbre face au Shari, Bilbo s'emmêla les doigts et il remarqua finalement :
— Je sais que Fili a des défauts et qu'il n'est pas parfait… Enfin… A mes yeux il est parfait mais je ne suis pas si… Aveugle.
— Heureusement… Vu la lignée de laquelle il est issue, il faudra s'attendre à quelques surprises dans le futur…
— Quoi ?
— Les Durin ne sont pas sans vice, tout le monde le sait... Il y a toujours un moment où ça Vrille.
Bofur avait parlé sans vraiment se soucier des mots qu'il utilisait et Bilbo se racla la gorge en détournant les yeux :
— Ca tombe, bien parce que moi je… Je n'ai jamais aimé les garçons trop sages…
Sa répartie tira un éclat de rire à Bofur qui le frappa à l'épaule en secouant la tête :
— C'est vrai… des fois, j'oublie à qui, ou quoi, je parle lorsque je m'adresse à toi… Je te fais un sermon sur Fili, mais, de vous deux, c'est lui qui devrait être prévenu sur la vérole qu'il a entre les pattes.
— Wow… Ca, c'est violent…
Bilbo avait grimacé face à l'image et, seulement, Bofur se rendit compte de ses derniers mots. Il se mit à bafouiller :
— Je veux dire ! C'est une expression ! Je voulais juste dire que t'es pas mal dans le genre gueule d'ange et âme de démon et qu'il t'a à charge… Je ne sous-entendais pas que vous partagiez des maladies vénérables, même si les gens comme vous ne pensent pas toujours à se prot-…
— Les gens comme nous ?
— Quoi ? Non ! Je ne voulais pas dire ça ! Ce n'est pas parce que vous êtes homosexuels que vous avez plus de maladies que les autres, je le sais !
— Et voilà l'amalgame…
— NON ! JE NE FAIS PAS D'AMALGAME ! JE NE VOULAIS PAS DIRE ÇA COMME ÇA !
— Dire quoi ?
— Bilbo, stop, tu vas le casser.
Le plus petit sursauta lorsqu'arriva dans son dos la haute silhouette de Thorïn et Bofur bredouilla de plus belle. Il s'éclipsa ensuite et le grand brun prit sa place sur le petit muret à côté de Bilbo en sortant son paquet de cigarette :
— Bofur n'a pas tord.. Les pires démons sont ceux qui ont le visage d'un ange… Tout le monde s'attend à ce que ce très cher Fili finisse par faire une connerie, ou décevoir le monde entier, comme chacun des membres de sa famille… Mais personne ne se soucie de l'autre crétin à moitié Touque qui fait battre son cœur… Si connerie il y a un jour de la part de Fili, je suis prêt à parier que tu en serais l'initiateur…
Il grimaça lorsqu'il remarqua que son paquet était vide et Bilbo lui tendit son tabac à rouler en haussant une épaule :
— Qu'est-ce qu'il vous prend, à tous, de venir me parler des côtés sombres de Fili ? Vous êtes jaloux qu'il n'en ait pas ?
Bilbo avait parlé sur le ton de la plaisanterie et Thorin l'accompagna :
— Il n'est pas si propre… Le simple fait qu'il se soit mis en couple avec toi en dit long sur son gout pour les… Aventures… Pour le dire poliment.
— Au contraire, il essaie de m'empêcher de faire mon travail.
— Parce que ça lui plait, d'avoir quelqu'un sur qui veiller… Maintenant que Frérin est en chasse gardée et que Kili sort du contrôle du karma lui-même, il se cherche un nouvel électron libre à influencer…
Bilbo, qui n'avait pas vu les choses sous cet angle, si seulement il avait réfléchi à un moment de la raison pour laquelle Fili lui avait rendu son affection, eut un froncement de sourcil amer :
— C'est parce qu'il n'a plus personne sur qui veiller qu'il s'est mis avec moi ?
Le plus grand grimaça en tendant une cigarette à Bilbo, avant d'en rouler une deuxième pour lui-même et il répondit plus doucement :
— Non… C'est parce que tu es un électron libre qu'il a craqué sur toi. Parce dans un univers d'électrons libres, il est la base terre qui canalise et calme les plus dispersés, mais il n'est pas comme eux…
— Comment ça ?
Thorin alluma sa cigarette, puis il la tendit à Bilbo, qui n'avait pas fait mine de toucher à la sienne, pour les échanger et allumer la deuxième :
— Si tu la veux en métaphore, je vais faire simple : Si Kili et Frérin sont comparables à des étoiles filantes, ou aux éclairs des nuits d'orages, Fili, lui, il est l'enfant assis sur le sol qui les regarde passer. Désespéré à l'idée de trouver une voie pour les rejoindre, il se contente d'être leur point de chute, sans vraiment faire partie de leur monde.
Le plus petit opina distraitement en prenant une longue bouffée de cigarette, le regard baissé, et Thorin continua à voix basse :
— Fili est très sociable et chaleureux en apparence. Il attire la sympathie de tous, mais, pourtant, ses amis les plus proches, ses seuls confidents, sont son oncle et ses frères. Son petit-ami est aussi le meilleur ami de l'un de ses oncles… Au fond, il n'est pas si.. populaire hors de son cercle proche.
— Oui, je sais… J'ai eu le temps de me rendre compte qu'il avait peu de fréquentation, en dehors de sa famille ou de tes propres amis. Ce n'est pas une question de manque d'opportunité.. La plupart du temps, c'est Fili qui ne répond pas aux invitations…
— C'est là que toi tu interviens car toi aussi tu as cet aspect… Non conventionnel et affranchi des critères sociaux, qu'il considère comme des barrières. Tu l'aides à sortir du quotidien et à voir les choses autrement...
— J'ai changé en vous rencontrant, toi et Gandalf, tu sais. Je n'ai pas toujours été comme ça… C'est grâce à vous que j'ai appris à assumer mon... Mon côté Took, pour le dire poliment...
Il avait reprit les mots de Thorin et ce dernier eu un sourire amusé. Ce côté Took, qui avait valut à Bilbo son exil à Osgiliath, était ressortit très fort lors de son coming out et, effectivement pour l'avoir épaulé à ce moment avec Gandalf, il était bien conscient qu'il y avait un avant et un après.
— Tu as toujours été comme ça. Nous, on t'a aidé à faire éclore les germes de l'aventure et du courage, c'est tout… C'est avec quelqu'un comme toi que Fili saura s'épanouir à son tour et cesser, enfin, de chercher à être parfait en toute occasion pour apprendre que lui aussi a le droit à l'erreur...
— Ou toi…
Le plus vieux fit la moue et secoua la tête :
— Non… Je ne suis pas comme ça… Je n'ai pas la noblesse de Fili ou ton courage…
— Parce que c'est encore à l'état de germe…
Il lui envoya un clin d'œil et Thorin eut un rire amusé. Il reprit, plus légèrement :
— Tu sais, il a trainé la réputation d'être snob toute sa scolarité…
— C'est faux ! Il n'est pas snob ! Il est juste… Il est juste un Durïn… Aussi handicapé des relations sociales et des sentiments que tous les autres membres de sa ligne…
— Certes… Mais il s'en sort mieux que d'autres… C'est ça qui fait peur...
Du coin de l'œil, Thorïn vit son père sortir du Shari, accompagné de Frérin. Ce dernier capta son regard et il lui fit un discret signe de main, entre le « coucou » et l' « au-revoir », assorti d'un timide sourire craquant auquel Thorin répondit distraitement. Le blond repartit ensuite avec son père pour rentrer au manoir familial et Bilbo piqua un fard lorsque Fili et Kili sortirent à leur tour. Il devint clair, aux yeux de Thorin, que la conversation n'irait pas plus loin maintenant que le sujet approchait avec un sourire suave à l'intention de l'un des deux interlocuteurs et il soupira, sans rancune :
— Il fallait vraiment que tu lui parles du Shari ?
Sombre et mort dedans, Kili avait la tête d'une personne qui se posait exactement la même question, en moins polie. Fili passa à côté de son oncle sans le capter, pour enrouler ses bras autour des épaules de Bilbo, toujours assis, et presser son visage contre son torse, puis il répondit sans remord :
— Honnêtement, je ne pensais pas qu'il donnerait suite à la dernière conversation que j'ai eue avec lui.
— De quoi avez-vous parlé ?
Fili haussa une épaule en passant une main tendre dans les boucles de Bilbo qui, très certainement, suffoquait de bonheur, ainsi tenu, et il répondit simplement :
— De toi. Grand-père s'inquiète pour toi. Et moi aussi.
Il tourna son visage vers Thorin, sans lâcher le plus petit qui ajouta d'une voix étouffée :
— Moi aussi.
Le brun se ferma et jeta son mégot dans le cendrier en assurant fermement :
— Il n'y a pas de quoi. Je vais bien.
Il repensa au sourire de Frérin et son pâle reflet éclaira ses lèvres avant qu'il ne souffle encore :
— Je vais mieux.
oOo
Frérin avait fui, sans qu'il ne puisse en expliquer la raison exacte. Les sourires terrifiants de son père qui tentait désespérément d'appliquer, lui aussi, les conseils que Fili lui avait certainement donnés, l'étrange douceur de sa sœur qui surmontait sa propre rudesse pour tenter de l'amadouer ou tout ce temps que prenait sa mère sur ses hobbies pour le passer avec lui en le couvant du regard.
D'un côté, il était flatté et jamais il ne se plaindrait des efforts des autres. Il trouvait juste que… Rien n'était à sa place.
C'était la raison pour laquelle il avait quitté le manoir de son père à la nuit tombée et, une fois seul dans la ville, il avait laissé ses pas le guider. Il ne s'était pas arrêté en passant devant le Shari, car le Tohu Bohu qui en émanait le terrifia plus qu'il ne l'appela, et il traça directement vers le quartier voisin et ses beaux immeubles. Il rentra la tête dans les épaules et jugula une bouffée de chaleur lorsqu'il passa devant une porte qui aviva en lui de vives impressions. Il se racla la gorge lorsque spontanément, il allait se planter le digicode qui ouvrait l'immeuble où vivait Thorïn pour en faire le numéro, que ses doigts connaissaient par cœur.
Il se reprit et, les mains dans les poches, il se força à rejoindre sa maison.
Une vague d'inconfort le prit lorsqu'il mit les pieds dans le hall d'entrée. Il avait oublié, certes, mais, de une, un éclat de balle laissait sur le sol de pierre une trace permanente. De deux, un étrange tournis le prenait à chaque fois qu'il passait là, comme s'il voyait, répandu sur le sol, son propre sang et, surtout, celui de l'homme dont Thorïn avait pris la vie. De trois, par deux fois, il avait vu ce dernier passer dans ce corridor. Par deux fois, seulement, de tous les souvenirs qu'il avait de Thorïn, il l'avait vu blêmir et vaciller, comme s'il jugulait un violent vertige, au moment où il passait cette porte.
Il eut un réflexe de longer les murs du corridor pour éviter la zone où l'homme était certainement tombé, puis il grimpa les escaliers pour rejoindre sa chambre.
Elle était froide, mais il ne s'en rendit même pas compte et il se laissa tomber sur son lit aux draps défaits. Dis et Sigrid avaient opéré un grand nettoyage du ré de chaussée lorsqu'il était dans le comas mais elles ne s'étaient certainement pas attendue à ce qu'il retourne chez lui si tôt ou, simplement, peut-être n'avaient-elles pas voulu fouiller dans ses affaires, mais les draps n'avaient pas été changés. Cela faisait presque deux mois qu'il n'était pas revenu vivre ici, puisqu'il avait passé sa convalescence chez ses parents.
L'odeur de Thorïn était toujours là. Ténue et discrète, mais Frérin sut la discerner, mêlée à la sienne. Ce fut avec un sourire aux lèvres qu'il enlaça son oreiller, mais, à peine ferma-t-il les yeux, une étreinte glaciale s'empara de lui et une voix susurra à son oreille :
« Montre-moi ce que tu sais faire de ta langue, Frérin. »
Ho non… Pas ça.
Il serra les paupières et les poings. De tous ses souvenirs disparus, cette voix était la seule qui revenait le hanter, alors qu'il se désespérait de lever le voile sur un pan bien différent de sa mémoire.
Il ne parvint pas à chasser le sentiment d'épouvante qui le prit à ce moment et, soudain conscient de se trouver trop seul dans cette immense bâtisse alors que la nuit était bien tombée à l'extérieure, il se redressa et voulut ressortir. Toutefois, comme si de sombres murmures lui parvenaient du couloir d'entré où le drame avait eu lieu, l'idée de passer par là maintenant le tétanisa.
Sentant une crise de panique poindre le bout de son nez, il se força à respirer en s'assurant que ni Smaug, ni Azog, ni le fantôme de ce dernier, ne se trouvaient dans sa maison. La peur, toutefois, refusait de le laisser et cette voix glaciale, encore, vint flotter à son oreille : "C'est à genoux que je te préfère, Frérin..."
Il retint un gémissement terrifié et attrapa son téléphone pour composer le numéro de Fili.
Il se reprit néanmoins et raccrocha au dernier moment, avant de composer un autre numéro que ses doigts connaissaient déjà par cœur. L'appel fut accepté à la première tonalité et, les larmes aux yeux, il déballa à vive voix :
— Allô Thorïn ? C'est Frérin… Je ne te dérange pas ?
Il se sentit bête. Quoiqu'il soit en train de faire, même s'il dormait ou était occupé à autre chose, Thorïn aurait répondu à la négative. Il embraya sans lui laisser le temps de nier :
— C'est juste que je… Je ne veux plus être seul.
— J'arrive.
— Non !
Il avait crié, sans s'en rendre compte, alors qu'il entendait, à l'autre bout du fil, la manière dont Thorïn s'était certainement jeté sur ses pieds pour s'habiller et le rejoindre. Il entendit, aussi, le sursaut d'hésitation qui prit le plus vieux.
Il ne voulait pas le faire venir pour le confronter, de nuit, au lieu où avait eu le drame. Le simple fait d'entendre sa voix dissipa une partie de ses peurs et lui donna le courage de descendre les marches, cramponné à son téléphone. D'une voix plus décidée, il annonça en regardant droit devant lui :
— Reste où tu es. Je préfère venir chez toi.
— Je t'attends ou je viens te chercher ?
Frérin, qui passait le couloir pour sortir de chez lui, allait proposer la première option sans réfléchir mais, à peine mit-il un pied dehors, que, spontanément, il répondit d'une petite voix :
— Viens me chercher.
Même si j'ai déjà une espèce de truc qui ressemble à une trame pour chaque couple/perso, et que ces trames sont plus ou moins stables pour l'instant, si jamais l'un d'eux vous a manqué et que vous aimeriez le voir avant que je redisparaisse pour une durée indéterminée, faites moi signe (je parle d'Eomer/Merry, Dwalin/Orianne). Sinon, je me concentre sur ceux de base (Thorin/Frérin, et Bilbo/Fili, what else ? ) ou en cours de développement (Kili/Tauriel et Boromir/Faramir (au prochain chapitre)).
