Vous vous rappelez du petit entracte Eomer/Merry ?

Là, on refait la même, mais avec Boromir et Faramir.


Quelque part en décembre
(avant qu'un fameux polaroïd ne soit dévoilé)

oOo

— Tu fais quoi ? Je pensais que tu n'avais pas cours aujourd'hui.
— Je vais au Shari, tu veux venir ?

Selwynn tiqua, les sourcils froncés, se gardant bien de dire à Faramir ce qu'il pensait du Shari et il soupira discrètement.

— Reste avec moi plutôt.
— Tu es censé avoir un dossier à remplir pour la banque de ton client…
— Ce n'est pas grave, tu peux toujours regarder un film en attendant que j'aie fini.
— Tu plaisantes, j'espère ?

Selwynn ne sembla pas comprendre l'insinuation et le plus jeune passa la porte en grinçant des dents se sentant, une nouvelle fois, étouffé par la possessivité de son petit-ami qui s'affirmait de plus en plus.

Mais durant la route pour le Shari, il eut le temps de revoir ses propos et, au bout d'une dizaine de minute de marche, alors que l'enseigne du bar était en vue, il s'immobilisa et il jura mentalement. Pour une fois qu'il n'avait pas cours et, vu que les bacs blancs de milieu d'année étaient passés, il n'était pas accablé de travail et, au lieu d'en faire profiter son petit-ami, il le plantait sans lui témoigner la moindre gratitude pour tout ce qu'il avait fait pour lui jusqu'à maintenant.
Il fit un pas de plus en hésitant, puis il haussa les épaules et accéléra le pas pour rejoindre Kili qui l'attendait au pied du Shari.

Bientôt, Orianne et Pippin les retrouvèrent et il passèrent quelques heures à essayer de battre Gandalf et Sylvebarde à Worms, avant qu'Orianne ne regarde sa montre et ne file en s'excusant. Cela sonna le glas de cette belle après-midi et les autres lycéens s'éparpillèrent à leur tour. Faramir eut le réflexe de retourner chez lui, dans l'appartement qu'il partageait avec Boromir, mais il se souvint tout d'un coup que Selwynn l'attendait et il se dirigea vers les quartiers chics de la ville. Il fit un détour pour acheter quelques friandises à partager, puis entra dans la maison de son petit ami. Seul un soupir excédé l'accueillit et son sourire se fana :

— Ha… Faramir daigne m'honorer de sa présence… Magnifique.
— Excuse-moi, Selwynn, je n'avais pas vu le temps passer.

Selwynn leva les yeux au ciel sans accorder un regard au plus jeune qui jugula une émotion douloureuse : cet échange ressemblait un peu trop à ce qu'il vivait à chaque fois qu'il passait les portes de la demeure de son père. Il ferma doucement la porte d'entrée et s'approcha du salon, mal à l'aise face à l'attitude vexée du numénorien qui semblait absorbé par l'émission de télé devant laquelle il était planté. Il soupira en retirant son manteau, puis un petit sourire mutin éclaira son visage et il s'approcha du plus vieux d'une démarche aguichante.

— Il y a bien quelque chose que je puisse faire pour que tu me pardonnes…

Il s'agenouilla près du canapé en posant une main sensuelle sur la cuisse de Selwynn qui se redressa pour lui faire face et il prit son visage en coupe en se penchant sur lui.

— Maintenant que tu le dis, il y a bien quelque chose que tu puisses faire…

Le plus grand posa d'abord un baiser possessif sur sa bouche avant de se séparer de lui pour le regarder gravement dans les yeux :

— La prochaine fois, tu me demanderas l'autorisation avant d'aller au Shari… Et je ne veux pas que tu passes plus de deux heures là-bas, encore moins si ton frère y est, ce mec a un don pour te foutre en boule.
— Qu-
— Maintenant, je vais me coucher, belle initiative, mais j'ai gâché ma soirée en t'attendant, bonne nuit.

Faramir écarquilla les yeux et il resta agenouillé au sol en regardant son amant furieux se mettre debout pour partir vers la salle de bain.

— Tu m'as attendu ? Mais je t'ai envoyé un SMS pour te prévenir !
— Et il me semble que je t'ai répondu de revenir au plus vite, ce que tu n'as pas fait.

Le plus jeune fronça un sourcil et il resta figé. Il ne sut pas vraiment comment réagir à ça, conscient qu'une relation de couple n'était pas censé ressembler à ça. Mais, d'un autre côté, il avait tellement peur de perdre ou décevoir Selwynn et de redevenir la coquille vide qu'il avait été qu'il préféra ne pas se focaliser dessus et il partit se coucher en jugulant la boule qui menaçait d'obstruer sa gorge.

Toutefois, il ne se sentit véritablement bien que lorsque le plus vieux s'allongea à son tour en le prenant dans ses bras et en s'excusant de se montrer si possessif, prétextant que le plus jeune était la prunelle de ses yeux et qu'il avait peur que les fous du Shari ne le liguent contre lui.

Il lui fit l'amour ensuite, murmurant à quel point il l'aimait et à quel point il comptait pour lui.

Le lendemain, lorsque Faramir se réveilla dans le grand lit aux draps froissés, portant sur lui une odeur qui n'était pas la sienne, une question, franche et dérangeante, claqua dans son esprit avant même qu'il n'ouvre les yeux :
« Qu'est-ce qui me retient avec lui ? ».

Comme s'il lisait dans ses pensées, le bras de Selwynn raffermit sa prise sur la taille nue qu'il n'avait pas lâché dans son sommeil et Faramir se laissa aller dans l'étreinte et, comme tout les jours, fit taire ses doutes d'un soupir agacé.
Surtout que le plus vieux était un homme merveilleux, à la personnalité subtile et, malgré ce qu'il en pensait, il laissait tout de même son jeune amant descendre de temps en temps dans le repère de timbrés qu'était le Shari Vari.

— Tu fais quoi ce soir ?

Faramir garda les yeux clos et ses lèvres s'étirèrent dans un sourire ravi lorsque celles de Selwynn s'égarèrent paresseusement sur sa nuque.

— Je dine avec Boromir, un nouveau restaurant vient d'ouvrir en bas de notre rue, on voulait aller l'essayer. On ira au Shari pour y passer la soirée, après.

Il sentit plus qu'il vit son amant froncer les sourcils, puis Selwynnn soupira.

— Qu'est-ce qui te dérange ?
— Non, rien, ne t'inquiète pas.

Le Numénorien, raide, se redressa et Faramir en fit de même, un sourire mutin accroché aux lèvres.

— Ho si, il y a quelque chose qui te dérange, allez, dis moi.

Selwynn se laissa séduire par le sourire du lycéen et il le prit de nouveau dans ses bras.

— Tu ne veux pas annuler ?
— En quel honneur ?
— Hmmm, je voulais te faire la surprise...
— De quoi parles-tu ?

Une myriade de baisers papillonna sur son épaule nue et, chatouillé, il frémit avant de se tordre pour se défaire de l'étreinte exacerbante, amenant un ricanement léger sur les lèvres de Selwynn qui ronronna :

— Tu es toujours aussi sensible.
— Tu ne m'as toujours pas dit, pour ce soir.
— Rien... J'avais tout simplement réservé une table à Orthanc...
— Orthanc ? Tu sais que c'est l'établissement rival du Shari ?
— Tu comprendras que ton bar minable ne vaut absolument rien face à ça.

Le brun sentit la manière dont le dos de son jeune amant se raidit et il posa une main douce sur une épaule qu'il caressa sensuellement.

— Alors ? Tu n'imagine pas combien de temps ça fait que cette table nous est réservée, tu ne compte tout de même pas désister ?
— Tu aurais pu me prévenir...
— Toi aussi…
— Je suis désolé, Selwynn, sincèrement, je ne savais pas que tu avais réservé une table aussi prestigieuse.
— Il n'y a pas matière à s'excuser, mon amour, ne t'inquiète pas. Tu as juste à appeler ton frère et lui dire que tu remets ça à plus tard...

La main qui lui caressait l'omoplate glissa tendrement le long du dos, amenant le corps du plus jeune à se cambrer, mais le visage de Faramir n'exprimait aucun plaisir, au contraire, il s'était sombrement fermé.

— Non, je. . . Je ne peux pas. On fête l'anniversaire de Rosie, je lui ai promis que je serai là.
— Comme tu voudras.

Le ton était glacial et la main qui outrageait sa peau s'évapora soudainement alors que le plus vieux se dégagea pour sortir du lit sans ajouter un mot ni même un regard. Faramir resta seul dans le grand lit et, soudainement, l'idée de passer la soirée au Shari en délaissant Selwynn, celui qui avait toujours été là pour lui, lui laissa un goût amer.

Son amant passa très peu de temps sous la douche et il réapparut sur le seuil de la chambre, propre et habillé.

— Tu sors ? Tu avais dit qu'on passerait la matinée ensemble, pour une fois que je n'ai pas cours...
— Si tu as besoin de compagnie, rien ne t'empêche t'appeler ton cher grand frère. Sinon, je garde mon portable sur moi et je n'ai pas encore décommandé Orthanc, si tu veux me voir aujourd'hui, tu sais ce qu'il te reste à faire.
— Selwynn, attend, je ne-

Mais la porte claqua et Faramir se retrouva seul avec l'écho amer des paroles cinglantes du plus vieux et, au fond de lui, une question, la question : « Qu'est-ce qui me retient avec lui ? ».

Néanmoins, il se fustigea d'avoir passer la matinée à se tordre l'esprit pour ça lorsque Selwynn revint avant midi en s'excusant de son comportement, lui rappelant combien il l'aimait et combien il était heureux de l'avoir.

oOo

— Bordel, mais quel connard !
— Ho, bouffon ! Je t'interdis de passer tes nerfs sur ma vaisselle !
— Mais putain, vous allez fermer vos gueules, oui ? Ce serait possible de passer au moins une journée sans que personne n'insulte personne ?
— Mais ta gueule toi, la baltringue bouffeur de salade ! J'ai encore le droit de traiter de bouffon les connards qui balancent mes verres contre les murs du Shari, non ?

Outré, Légolas écarquilla les yeux avant de froncer méchamment des sourcils et de serrer les poings, trucidant Dwalin du regard, mais Boromir, qui, dans un éclat de rage, avait balancé son martini au sol pour une obscure raison, poussa un grognement furieux et s'éloigna du bar, les doigts serrés sur son portable. Aragorn, qui semblait raconter une histoire captivante à Arwen, vit son meilleur ami s'éloigner et il lança un regard à Eomer. Ce dernier acquiesça gravement et, laissant glisser sa main sur la taille de Merry qu'il tenait discrètement, il rejoignit le dunedain et tous deux sortirent à la suite de Boromir.
Le gondorien pianotait furieusement sur son portable, la mâchoire serrée et les sourcils froncés.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est à propos de la fille avec qui tu flirtais hier ?
— Laquelle ?

La réponse était distraite, très, et Boromir n'accorda plus aucune attention à ses amis qui se lancèrent un regard perplexe.

— Ce n'est pas à propos d'une fille ?
— Bien sur que non ! C'est Selwynn, l'enflure qui se tape mon frère.
— Ho.
— Et qu'a t-il encore fait celui-là ?

Eomer et Aragorn s'échangèrent des sourires amusés, évidemment, une réaction aussi violente ne pouvait comprendre que Faramir et ceux qui lui voulaient du mal, donc la terre entière si on laissait Boromir en juger.

— Il l'invite à Orthanc.
— Jusqu'ici, je ne vois pas où est le problème, au contraire, tout le monde sait que Saroume a la meilleure cantine de la ville.
— Il l'invite ce soir.
— Oui, et al- Ho putain le connard !

Aragorn et Eomer comprirent immédiatement d'où venait la colère de leur camarade, mais ils la trouvèrent encore disproportionnée. Il était évident que le mec de Faramir cherchait à couper ce dernier de tout contact avec le Shari et ses amis, mais après tout, le petit frère de Boromir n'avait pas l'air de s'en plaindre, au contraire, il ne jurait que par Selwynn et semblait se plaire dans cette relation que l'ainé des Gondoriens jugeait malsaine. Il avait catalogué Selwynn comme un pervers narcissique de trente piges qui se tapait un lycéen paumé de treize ans de moins que lui et qui abusait de ses failles autant que de son corps.

Il n'avait pas si tort.

Le blond poussa un nouveau juron et shoota dans la première chose qui trainait au sol, à savoir une cannette, lorsqu'un nouveau message de Faramir fit vibrer son portable. Le plus jeune lui promettait un autre dîner ou déjeuner dans la semaine et il assurait qu'il sera là pour l'anniversaire de Rosie. Eomer lut par dessus son épaule et il devina très subtilement :

— Donc, on ne le verra pas aujourd'hui, ce n'est pas la première fois qu- Outch !

D'un subtil coude, Aragorn fit taire le Rohirim et s'approcha de Boromir qui s'était adossé à un muret et qui lissait sa barbe du bout des doigts dans un geste nerveux, ses yeux maintenant sombres perdus dans le vide.

— Boromir, je ne sais pas à quoi tu penses, mais la dernière fois que tu as fait cette tête là alors que ton petit frère était concerné, il s'est passé beaucoup de chose désagréables et si Haldir n'était pas intervenu, nul doute que tu serais resté quelques jours dans la cellule du commissariat.
— Cette connerie a assez durée. Il est hors de question que je regarde ce type le mettre en laisse sans rien faire pour l'en empêcher.

Encore, Eomer fit la moue et il essaya de lui faire entendre raison :

— Tu sais, ton frère a dix-sept ans, il est assez grand pour savoir ce qui est bon pour lui et il aura beaucoup de mal à tolérer le fait que son grand frère lui dicte sa conduite.
— Qu'est-ce que tu en sais ?
— C'est l'âge qu'avait Merry quand il m'a sauté dessus, crois-moi : il savait ce qu'il voulait et il ne supportait pas la moindre réflexion... Quoi ?

Eomer lança un regard troublé à Aragorn qui le fixait avec un étrange sourire amusé aux lèvres, un sourire que possédait aussi Boromir depuis quelques temps et qui avait été renommé le « sourire spéciale Eomer/Merry confidence ». Après tout, cela faisait encore très peu de temps qu'ils avaient appris pour ce couple et la moindre évocation de Merry par Eomer faisait fondre ces deux glandus. L'une des raisons pour lesquelles Eomer avait réussi l'exploit de garder sa relation secrète aussi longtemps.

Lassé par les réactions puériles de ses amis qui, depuis des semaines, étudiaient avec passion tout ce qui concernait sa relation avec le jeune Brandebouc, comme s'ils cherchaient à rattraper le secret qui avait perduré pendant cinq ans, Eomer relança la conversation en maugréant :

— Et donc ? Qu'est-ce que tu as en tête ?
— Ho, rien de très compliqué, je vais aller expliquer à Selwynn ma façon de penser.
— Allelujah !
— Mec, ta connerie, elle vend du rêve.
— C'est du lourd là.
— Ca vous pose un problème ?

Aragorn ferma douloureusement les yeux en soupirant pendant qu'Eomer, la bouche légèrement entrouverte, cherchait un argument assez frappant pour expliquer à Boromir que, non, on ne résout pas tous les problèmes en tapant sur les méchants, encore moins si un adolescent paumé et sans repère est dans l'équation et qu'on est le grand-frère dudit adolescent. Finalement, il remarqua avec beaucoup de lucidité :

— Non, mais après tout, tes méthodes ont fait leurs preuves...

Blasé, Aragorn haussa les épaules d'un air indifférent en constatant avec logique à son tour :

— De toute façon, on n'a jamais réussi à te raisonner autrement qu'en te criant dessus… Donc si ça marche avec toi, peut-être que ça marchera avec Faramir. Moi je ne sais plus quoi dire…

oOo

— Tu es inquiet ?
— Il avait l'air en colère...
— Il n'a pas son mot à dire non plus ! Tu n'es plus un gamin, Faramir, ton frère n'a pas à s'occuper ainsi de tes affaires !
— Tout de même, si lui ne le fais pas, alors qui...

Il se tût et reprit plus vivement, avant de dire une chose que Selwynn prendrait plutôt mal:

— Je sais qu'il... Se préoccupe beaucoup pour moi.
— En quel honneur ?
— Parce que... Je suis son seul frère ?
— C'est sur que s'il n'y avait pas le lien du sang, il serait bien e dernier à t'adresser la parole...

Faramir soupira et porta son attention sur le plat qu'il avait devant lui. Il avait passé la journée à osciller entre la joie de se voir chouchouter ainsi par Selwynn et la crainte d'avoir déçu Boromir. La soirée qui aurait pu être idyllique, quel qu'aurait été son choix, lui laissait maintenant un amer goût de cendre dans la bouche et il ne parvenait toujours pas à comprendre pourquoi ses doigts n'avaient pas cesser de trembler depuis qu'il avait envoyé un SMS à Boromir pour lui demander de décaler leur diner.

Les pensées dans lesquelles il s'était perdu volèrent en éclat lorsque le poing de Selwynn s'abattit sur la table, faisant trembler les verres et la vaisselle. Le Numénorien expulsa un souffle agacé et regarda Faramir dans les yeux, heureux d'avoir enfin capté son attention.

— Excuse moi, je ne voulais pas te faire sursauter ainsi, mais, par pitié, cette soirée nous appartient et j'aimerai que, pour une fois, tu fasses l'effort d'être entièrement avec moi. Pourquoi tes pensées sont elles constamment tournées vers ton frère ? Qu'a t-il fait pour mériter ça ?

Faramir resta muet et, ne trouvant pas ses mots, il déglutit et baissa la tête lorsque les doigts de son amant vinrent caresser le dos de sa main.

— Je suis désolé, Faramir, je ne voulais pas être brusque, tes pensées t'appartiennent. j'aimerai simplement savoir combien de temps je vais devoir attendre avant d'y avoir une place.
— Tu y as déjà toute la place.

Ses mots avaient un gout de cendre, mais le sourire de Selwynn lui réchauffa le cœur et le lycéen se sentit plus léger. Leurs doigts s'emmêlèrent et ils se penchèrent par dessus la table pour échanger un baiser, du moins, le voulurent.

— Excusez-moi, la place est libre ?
— Pas du tout, non.

Sans se soucier du sifflement furieux que Selwynn ne chercha même pas à contenir, Boromir tira une chaise et s'installa sur un côté inoccupé de la table carrée, non sans relever les rougeurs, de gêne ou de colère, qui apparurent sur les joues de son frère. .

Dans un geste possessif, les doigts de Selwynn se fermèrent sur la main de Faramir et le lycéen ne montra pas qu'il était outré par l'idée. Après tout, le plus jeune avait confiance en son grand-frère et n'avait pas l'intention de lui cacher la moindre chose, et, en plus de ça, il ne voulais pas laisser qui que ce soit dicter sa conduite ou bien émettre le moindre jugement sur les personnes en qui il mettait sa confiance, pas même Boromir.

Si le grand blond fut offusqué de ce qu'il perçut comme une provocation, il ne le montra pas et congédia Lutz, l'immense serveur à la queue de cheval impeccable et au tablier seyant qui lui proposa la carte du jour. Son regard effleura celui de Faramir et, comme d'habitude, il y lut beaucoup d'émotions complexes et contradictoires : la colère de le voir s'incruster ainsi à un diner intime, la surprise de le voir débarquer sans raisons fondées, la crainte, légère, d'avoir soulevé une quelconque déception et puis, sincère et profond, cet éclat de joie qui illuminait son regard à chaque fois qu'il croisait le sien. Mais Boromir ne s'attarda pas à essayer de décrypter son état d'esprit et focalisa son attention sur Selwynn. A l'instar des gens de Numénor, c'était un bel homme, grand et svelte, aux yeux gris et aux cheveux bruns. Il faisait sensiblement la même taille que Boromir, dont il était plus vieux, mais il était de moindre carrure. Le blond pris sa respiration avant de déclarer calmement.

— Je voulais te parler.
— Je n'ai rien à te dire.

Faramir plissa les lèvres, déçu de la réaction agressive de son amant alors que Boromir ne s'était absolument pas montrer hostile dans son attitude ou ses propos. Certes, il venait de s'inviter sans invitation, mais il était si chou, on pouvait bien lui pardonner ce genre de chose, voire, s'en réjouir, non ?

Selwynn sentit sa contrariété et se rattrapa en offrant un sourire à l'étudiant en science politique qui le fixait durement.

— Très bien. Dis moi, que puis-je faire pour le grand Boromir ?
— Ce n'est pas pour moi que je suis ici.
— Boromir...

Personne ne manqua la menace dans le soupire blasé de Faramir, c'est pourquoi le sourire de Selwynn se fit narquois tandis que Boromir chercha soigneusement ses mots, soucieux de ne pas passer pour le grand-frère inquiet et protecteur qu'il était.

— Je me doute bien que la seule chose qui puisse te faire venir dans un endroit pareil, c'est parce que tu te sens responsable de Faramir, mais, quoi que tu en penses, de nous deux, ce n'est pas à toi de te soucier de ça maintenant qu'il est avec moi.

Faramir fronça les sourcils, troublé par la voix de son amant qui s'était faite provocante, comme si le brun considérait Boromir comme un rival à mettre hors circuit plutôt que comme le frère de son petit-ami. Mais le Gondorien ne prêta aucune attention aux paroles qui se voulaient venimeuses et continua d'un ton nonchalant, oblitérant sa conscience qui lui hurlait qu'il n'était absolument pas venu pour annoncer ce genre de chose avec autant de désinvolture :

— Je suis surtout venu pour te dire que je crève d'envie de démolir ta belle gueule de numénorien, mais dans la mesure ou Faramir semble tenir à toi, je veux bien faire l'effort de faire comme si tu étais le mec que tu prétends être et que je-
— Boromir ! Bordel, mais de quoi tu te mêles ?

Furieux, Faramir s'était redressé et fusillait son frère du regard. Le plus vieux allait s'excuser et dire qu'il n'avait pas voulu dire ça de cette manière, même si le fond serait resté le même, mais Selwynn prit la parole.

— Ne t'occupe pas de ça, Faramir. Ton frère se sent sans aucun doute encore coupable de tout ce que t'a fait subir votre père pendant que lui se vautrait dans sa bénédiction et il craint que l'adoration que tu lui portais ne se reporte sur quelqu'un d'autre.

Les pupilles des deux frères se rétractèrent, l'un parce qu'il fut piqué par les accusations, l'autre parce qu'il fut outré de voir de quelle manière Selwynn se servit de ses confidences pour embraser la colère de son frère. Et tout deux parce qu'ils n'acceptèrent pas la manière dont le numénorien somma au plus jeune de ne pas intervenir.

— Selwynn, j'ai encore mon mot à dire.
— Oui, Selwynn, il a-
— Boromir, ta gueule, je sais me défendre tout seul.

Le blond serra la mâchoire et retint le « Je ne crois pas, non. » qui résonna dans son esprit suite aux propos de Faramir.
Ravi de voir son amant recaler ainsi la seule personne qu'il considérait capable de lui retirer sa petite perle, Selwynn s'enhardit et chercha plus encore à provoquer Boromir.

— Que ça te plaise ou non, gondorien, ton petit frère m'a choisi comme petit-ami et si tu avais éprouvé le moindre respect pour lui, tu te serais contenté de te réjouir de le voir enfin avec quelqu'un qui l'aime, plutôt que lorgner sur quelque chose que, de toute manière, tu ne pourras jamais avoir. Mais au moins, ta frustration a enfin un visage : le mien.

Interloqué, Faramir resta bouche bée face aux mots de Selwynn et il sentit sans mal la manière dont la fureur crispa le corps de son frère, pourtant, il n'eut pas le reflexe d'intervenir lorsque celui-ci se leva, frémissant d'une rage contenue.

— Connard, tu ne sais absolument pas de quoi tu parles !
— Boromir, s'il te plait, calme toi.

Faramir s'était levé à son tour et avait posé une main sur l'épaule tendue du plus grand. Le geste eut le mérite de rappeler à ce dernier qu'ils n'étaient pas seuls et que se contenir était la chose la plus censée qu'il avait à faire. Le regard noir, il se rassit et adoucit sa voix pour s'adresser à son petit frère.

— Je n'ai jamais rien exigé de toi, Faramir, mais saches que si l'envie te prend de quitter ce type, j'en serai ravi !
— Encore une leçon...

Un air blasé au visage, Selwynn joua distraitement avec ses couverts, et il observa du coin de l'œil la manière dont Faramir se crispa à son tour avec un délicieux sentiment de victoire.

— Tu n'as rien à me dire, Boromir ! Tu n'as aucune idée de tout ce que Selwynn a fait pour moi ! Et je ne suis plus un gamin, bordel, je n'ai pas à attendre ton approbation pour quoi que ce soit !

Le sourire narquois qui étira les lèvres du brun lorsque le plus jeune prit sa défense fit rugir le sang de Boromir mais, encore une fois, il se contint très difficilement. Son effort fut récompensé lorsque le sourire en question se fana subitement : furieux, Faramir avait enfilé sa veste et s'était levé.

— Attend, Faramir, tu vas où là ?
— Je me casse, toi aussi tu me soules.

Le numénorien fronça les sourcils, furieux de constater, une nouvelle fois, que Faramir ne lui parlait ainsi que lorsque Boromir était dans les parages. Quand ils étaient seuls, le plus jeune n'osait jamais se dresser contre lui. Il se leva à son tour, mais, alors qu'il allait poursuivre son amant, la main de Boromir empoigna son bras et le contraignit à l'immobilité.

— N'y pense même pas.
— Lâche-moi !
— Il veut être tranquille, je t'interdis de le suivre.
— Sinon quoi ? Tu vas me tabasser ici et maintenant ? Je sais me défendre, tu ne me fais pas peur.
— Non seulement je te tabasserai, mais en plus, tu le perdras pour de bon, mais ça, c'est plutôt une bonne chose.

D'un geste pétrie de rage, Selwynn se défit de la poigne de Boromir et s'approcha pour lui murmurer avec véhémence :

— Ho que non. Faramir à besoin de moi, jamais il ne me rejettera, au contraire, à chaque fois qu'il a essayé, il est revenu la queue entre les jambes, il a de la chance de m'avoir trouvé et il le sait-

Fulgurante douleur au visage, bruit d'un corps qui tombe en entrainant dans sa chute la table raffinée et les couverts d'argent, silence soudain dans la salle de la si réputée Orthanc.

Lorsque Selwynn se releva, le nez en sang, Saroumane et Boromir étaient en pleine altercation tandis que, derrière eux, l'immense serveur Lutz s'occupait de remettre de l'ordre avec application : le gérant de l'établissement se plaignait du caractère belliqueux des habitués du Shari Vari qui ne manquaient jamais de détruire au moins un meuble à chaque passage qu'ils faisaient ici, ce à quoi le Gondorien répliquait qu'il n'y était pour rien si les tables étaient si fragiles et que les clients avaient de telles têtes de cons.

Le brun essuya rageusement le sang de son visage, récupéra sa veste et sortit d'une démarche furieuse à la poursuite du jeune lycéen qui était sien.

Ce dernier attendait à l'extérieur et, encore, un sursaut de colère le prit lorsqu'il remarqua la surprise sur le visage du plus jeune. Apparemment, il n'était pas celui pour qui Faramir s'était arrêté.

De plus en plus furieux, il s'arrêta à côté de lui pour siffler entre ses dents :

— Si tu ne rentres pas tout de suite avec moi et que tu préfères rejoindre ce taré, alors considère l'hypothèse d'être célibataire à partir de maintenant.
— On est tous les deux attendus à l'anniversaire de Rosie.

Faramir semblait moins sûr de lui maintenant que Boromir n'était plus dans son champs de vision, mais il restait sur la défensive et Selwynn grinça des dents :

— Dans ce cas, nous n'avons plus rien à nous dire.

Il planta ses mains dans les poches et se dirigea directement vers son habitation. Derrière lui, Faramir sentit une vague de panique s'emparer de lui : S'il perdait Selwinn, il n'aurait plus personne et redeviendrait ce bon à rien qui faisait soupirer son père. Il le regarda s'éloigner sans savoir quoi faire pour améliorer la situation qui dégénérait.


En fait, pour info, lorsque j'écrivais Shari Vari, j'avais un document word par couple/perso et j'écrivais d'une traite chaque histoire pour chacun, sous forme de petits passages d pages + un word spécial WTF pour le Shari ou les aventures plus débiles afin de combler un peu.

Donc pour créer un chapitre, je rassemblais ensuite entre 2 et 5 extraits en faisant un effort de cohérence "espace-temps".

Ce chapitre est donc la publication du bloc Faramir/Boromir que je n'ai pas pu intégrer dans le cours de l'histoire (ça aurait été un peu lourd) et, très honnêtement, j'avais fait une croix dessus, mais d'un autre côté, ces petits passages permettent de comprendre dans quelle genre de relation Faramir s'est enlisée et on y fera référence par la suite.

Voilà.