— Boule de neige serait un joli nom !
— Boule de suif, plutôt…
— Lol. T'es pas drôle. Elle est pas si grosse.
— T'es sur que c'est une fille ?

Dans l'appartement de Fili, qui, très noblement, tâchait de ne rien dire, ni montrer, de son allergie aux chats et qui s'était réfugié dans sa cuisine, Merry et Pippin montraient à Bilbo le bel animal de race féline qu'ils avait trouvé dans la rue. Apparemment, vu son poids et le collier à médaille nominatif qu'il portait, il ne s'agissait en rien d'un chat de gouttière perdu mais d'un bon matou racé d'appartement qui répondait au nom de Purple Blue Jack de la Villemarquée.

Ce à fut ce moment que la porte de l'appartement claqua, faisant fuir le chat de la table. Le plus jeune Durïn arriva en trainant des pieds et en répondant à l'appel de la gravité à chaque nouveau pas qu'il faisait en direction du salon :

— Qu'ai-jefais… WTF jevaisfairedemavie… Jesuisuntelidiot… siembarrassé…

Tout en s'effondrant, Kili continua de marcher, puis de ramper, jusqu'à cesser tout mouvement, au sol et muet. Les trois autres, et même Fili, se penchèrent au-dessus de lui pour demander avec bienveillance :

— Recommence, mon cher ?
— On n'a rien compris.
— Essaie peut-être de respirer entre deux phrases…

Le chat lui-même s'approcha quand, s'allongeant sur le dos, Kili expira :

— Tauriel a… accepté de considérer l'idée de me voir autrement que comme un lycéen en perdition…
— Oh ?
— Oui.

Il y eut alors un concert d'exclamations :

— Ho ! Super !
— Peut-être y a-t- il une chance pour que les choses se terminent comme tu rêverais qu'elles se terminent !
— As-tu regardé dans ses yeux et, doucement, plongé sur elle pour un baiser ?

A la dernière question débile de Pippin, tous ceux qui savaient déjà qu'un baiser était la moindre des choses pour laquelle Kili plongeait sur elle en ce moment, donc tout le monde, levèrent les yeux au ciel. Kili, toujours allongé au sol les bras en croix, lui répondit très simplement :

— En fait, comme tu le vois, j'ai paniqué et j'ai fui et, maintenant, je suis allongé sur le sol pendant qu'un chat m'étouffe doucement.

Le félin avait, effectivement, trouvé sur le torse de Kili le meilleur endroit pour commencer sa sieste et il le toisait de tout le mépris, la hauteur et l'ennui propre à ses pairs.

Fili s'agenouilla à sa tête pour demander doucement :

— Qu'a-t-elle dit, exactement ?
— Que, peut-être, il était envisageable qu'elle me donne une chance avant de signer les papiers de rétraction du mariage lorsque ceux-ci seraient établis.
— Ce qui veut dire ?
— Que tant que l'union n'est pas rétractable, elle ne veut pas s'engager, mais une fois que l'on verrait une solution, elle accepterait de… me donner une chance de la courtiser dans les formes. Seulement si on divorce d'abord…

— La courtiser dans les formes ?
— Devenir ma petite-amie…
— Elle est déjà ta femme…
— Sur les papiers seulement.
— Et en pratique aussi, j'ai l'impression…

Kili ne pouvait pas cacher la belle marque de succion qui couvrait la base de sa nuque, ni le rougissement d'embarras qui couvrit ses joues et, dans un geste incongru, il attrapa le chat pour plonger son visage dans son pelage :

— Elle ne veut plus de pratique tant que l'on est marié ! Mais qui fait ça ? Normalement, les gens normaux attendent le mariage avant de pratiquer quoique ce soit et elle, elle veut que tout se fasse hors sacrement ! Qu'elle pense au moins aux enfants accidentels qui pourraient bénéficier de la situation…

Ô. Dieu. Du. Ciel.
Les enfants accidentels étaient la dernière chose à évoquer dans ce genre d'histoire, ne purent remarquer ses interlocuteurs car, à partir de là, la conversation ne put aller plus loin : Purple Blue Jack de la Villemarquée marqua sa désapprobation d'un feulement strident et il fallut retirer ses griffes du visage du plus jeune sans provoquer plus de chaos qu'il y en avait déjà.

Bien entendu, puisque Fili, meilleur que tout le monde en tout, fut plus rapide et plus efficace que le reste des glandus qui participait à l'opération, il fut celui qui eut le plus de contact avec le chat, ses poils et ses griffes.

Pour quelqu'un d'aussi allergique aux membres de cette espèce, c'était la pire chose qui pouvait arriver et, finalement, sa journée se termina à l'hôpital.

Encore.

oOo

Quand Thorïn entra dans son appartement, ce fut la mélodie du piano qui l'accueillit et, touché d'entendre, à nouveau, ce son aimé, il s'adossa au bar pour admirer celui qu'il considérait comme le compagnon de sa vie. La main droite était hésitante et appuyait difficilement les touches, mais la main gauche, elle, elle courait sur le clavier dans une danse effrénée, libre et provocante. La mélodie, inconnue de Thorïn, en devenait étrangement déséquilibrée, presque bancale, si fragile et si imprévisible qu'elle en était belle.

C'était un ode à la vie, aux peines, aux tristesses, aux colères et aux pleurs ainsi qu'aux combats qui méritaient d'être livrés, devina Thorïn. La lueur farouche qui brulait dans le regard de Frérin, concentré à l'extrême pour reprendre le contrôle sur son corps, son esprit et ses émotions, trahissait cette nouvelle rage de vivre, d'être aimé et d'aimer qui ressuscitait en lui.

Il ne fallut pas longtemps, toutefois, avant que sa main, épuisée et tétanisée par l'effort, ne fut plus capable de tirer le moindre son et Thorïn approcha alors pour s'asseoir à côté du plus jeune qui refermait le couvercle en demandant, le regard rivé au sol :

— Alors ?

— Une simple griffure de chat pour Kili, une toute aussi simple allergie au chat pour Fili. Tout va bien.

— C'était bien ce qu'ils avaient dit dans leur message.

— Je sais mais…

— Mais tu ne peux plus rester en place à partir du moment où l'un des tiens se trouve à l'hôpital, je sais. C'était juste un chat, Thorïn. Tu ne vas pas le poursuivre et le tuer lui non plus ?

— Ce n'est pas l'envie qui manque.

La boutade fit sourire Frérin, qui posa sa main tremblante sur la cuisse du plus vieux :

— Les gens qui te sont le plus proches passent leur temps à l'hôpital et ce, depuis qu'ils sont en âge de prendre leurs propres décisions, voire, de se tenir debout… Tu ne changeras pas ça…

— Les choses ont changé de ce côté là depuis qu'il est question de menaces de mort ou pire pour certains.

— Ceux qui ont proféré ces menaces ne sont plus en état de les appliquer.

— Si… Fili et Bilbo ne veulent pas nous le dire, mais je les connais… Ils se sont remis en chasse des derniers agents de Smaug, et ils sont en train de remonter une piste.

Cette fois-ci, Frérin fronça les sourcils et un pli inquiet barra ses lèvres :

— Sont-ils si cons ? Il y a cinq ans, dans mes souvenirs, Fili était le lycéen modèle et Bilbo ne respirait que pour toi… Et voilà que, maintenant, ils résolvent le crime main dans la main… Qu'est-ce qui a changé ?

— Ils sont devenus ce qu'ils étaient appelés à être…

— De sacrés crétins… Rien de bon ne peut leur arriver s'ils bourrinent de ce côté-là. Qu'ils laissent faire les autorités compétentes et n'attirent pas l'attention sur eux !

— C'est ce que je pensais leur dire, mais peut-être le feras-tu mieux que moi, finalement…

Sans s'épancher d'avantage sur ce sujet, Thorïn posa sa main sur celle de Frérin pour remarquer avec un sourire charmant :

— Je suis heureux de t'entendre jouer à nouveau…

— Moi aussi…

Le brun sourit avec simplicité, avant de porter à ses lèvres, qu'il gratifia d'un baiser léger. Le geste le moins chaste qu'il se permette envers Frérïn. Tout allait bien, se rassurait Thorïn. Ce genre de petit dérapage était parfaitement tolérable pour tous les deux et n'entacherait en rien les limites de la confiance et du respect, s'assurait-il.

Les doigts fatigués tremblaient nerveusement lorsque le blond les força ensuite à se déployer pour caresser sa joue et Thorïn allait se soustraire en proposant de préparer le diner, toutefois, Frérin parla avant lui :

— J'ai réfléchi, Thorïn.

— A quel propos ?

— Si j'arrive à jouer de ce piano, c'est parce que je suis tombé d'accord avec moi-même.

Le brun n'eut pas le temps de répliquer quoique ce soit que le plus jeune déballa d'un ton formel qui jurait atrocement avec ses mots :

— Je veux coucher avec toi. Tout de suite. Et si toi, tu ne le veux pas, je refuse que tu prennes cette décision en mon nom.

Thorïn eut d'abord l'air d'une bête prise au piège et il allait répliquer quelque chose, mais Frérin lui attrapa le col à deux main et répéta, d'un ton un peu plus bas :

— Je veux coucher avec toi. Et je refuse que tu me prennes moi comme prétexte pour refuser.

L'argument que Thorïn allait exposer fut donc ravalé, puis tenta, tout simplement, de prendre la fuite, mais Frérin le tenait et, finalement, il poussa un soupir, un seul.

Aussi bref et chargé que si une digue se rompait et, cinq secondes plus tard, Frérin était allongé sur la banquette, ses bras et ses jambes enroulés autour de Thorïn qui, le surplombant, ravageait sa bouche d'un baiser aussi passionné que libérateur, ses mains plongées dans sa crinière blonde qu'il tenait d'une poigne avide.

Diantre, Frérin savait que Thorïn était à fleur de peau de ce côté-là, surtout depuis qu'il l'attisait plus ou moins consciemment en approchant lui-même des limites de la décence, voire, quand il les dépassait, mais il ne s'était pas douté que le plus vieux faisait l'effort, depuis le début, de brider un tel raz de marée de désir et de passion qui déferla soudainement sur lui sans crier garde.

En fait, il avait bel et bien joué avec le feu, toutes ces fois où il avait dépassé les limites de la décence, Thorïn avait été même plutôt sobre dans ses propos…

Si Frérin fut à nouveau estomaqué par le tumulte que soulevèrent l'étreinte, les lèvres et les caresses de son amant en lui, il ne put, cette fois-ci, les gérer en fuyant ou se figeant. La prise de Thorïn, et son propre corps, lui demanderaient pour cela plus de volonté en ce sens qu'il n'en avait. De toute manière, la question ne se posait même pas. Peut-être rendait-il les baisers et les caresses avec raideur et peut-être était-il trop occupé à juguler la combustion de ses sens pour réellement prendre des initiatives, mais il n'avait pas l'intention de laisser Thorïn s'arrêter tant qu'ils n'avaient pas rattrapé tous ces mois, ces années, perdues.

Lorsque le plus grand se redressa, essoufflé, Frérin, qui l'était tout autant, crocheta sa nuque pour se soulever en même temps et en le regardant dans les yeux avec plus d'aplomb qu'il n'en avait :

— Ne pense même pas à te défiler. On ne va nulle part ailleurs que dans ta chambre.

— A vos ordres, monsieur Durïn…

Frérin découvrit à ce moment que cette facette de Thorïn, le regard voilé, la voix si grave et les lèvres ourlées d'une satisfaction anticipée lui plaisait un peu trop si l'on s'en référait à la bienséance morale. Cette dernière fut totalement bafouée lorsque, à peine passèrent-ils dans la chambre, Frérin fut jeté sur le matelas, jambes indécemment écartées et sa langue tout aussi indécemment visitée de celle de Thorïn.

C'était bon. Très. Un peu trop, même. Mais Frérin, avec ou sans souvenir, n'était point homme à faire l'étoile de mer en se contentant de recevoir sans chercher à participer, voire, à contrôler un minimum. Surtout si Thorïn était dans l'équation et qu'il était question d'aviver un peu plus le brasier qu'il avait déjà bien du mal à contrôler.

Frérin y vit là un odieux moyen de faire souffrir le plus vieux comme il le mettait actuellement au supplice par ses flambantes caresses et, à l'instant où Thorïn se redressa pour se débarrasser de sa chemise, Frérin en fit de même, attrapant son poignet au vol :

— Stop.

Très soucieux, Thorïn n'osa alors plus le moindre geste et Frérin, le fourbe, en profita pour lui attraper les épaules, échanger les positions et s'asseoir à califourchon sur ses hanches :

— C'est moi qui m'occupe de cette partie-là.

De la torture, lut-il dans le regard éprouvé de Thorïn, car ce fut sa main droite, peu docile et toujours tremblante, que Frérin dirigea sur les boutons de la chemise afin de les retirer difficilement avec une lente application, un par un. A chaque nouvelle parcelle de peau qui se dévoilait dans une paresse cruelle, le blond la gratifiait d'un baiser ou d'un coup de langue tout aussi harassante pour Thorïn qui se contraignait au calme et qui puisait, à nouveau, dans ses forces pour ne pas mettre un point final à ces préliminaires de manière la plus délicieuse qui soit.

La main engourdie n'était pas plus conciliante lorsque la fermeture du pantalon connue ensuite le même sort, mettant Thorïn au supplice à nouveau. L'entrejambe, déjà prête à l'emploie, fut tout aussi lentement débarrassée du moindre tissus et Frérin se racla la gorge en se penchant dessus et remarquant sur le ton de la conversation :

— Ce n'est pas juste, tu connais déjà toutes mes zones érogènes et moi, je n'ai aucune idée de ce qu'il te ferait plus plaisir.

Prends le dans la bouche et cesse de parler, se retint de peu d'hurler Thorïn qui, se découvrant de nouvelles limites de patience, proposa d'une voix plus rauque :

— Tu pourras toujours tâtonner toi-même une fois que le principal sera passé…

Manière très courtoise de dire « grimpe moi dessus, fissa », histoire de passer tout de suite au plat de résistance, devina logiquement Frérin. Il n'en fit rien et tortura le plus vieux avec un enthousiasme affligeant :

— Merci pour le conseil… Je préfère tâtonner d'abord… Comme on dit, il faut battre le fer tant qu'il est chaud.

— Méfies-toi, Frérin…Toutes les fois où tu as fait ça ne se sont pas terminées comme tu le voulais…

— Que j'ai fait quoi ?

Très candide, trop, vis à vis de sa position et des lèvres qu'il posait sans la moindre candeur sur le ventre de Thorïn, Frérin semblait se délecter de la situation, mais il se refroidit lorsque l'autre répondit chaudement :

— Toutes les fois où tu as essayé de m'amener à supplier… Au final, tu étais celui qui priait mon nom… A chaque fois…

— Peut-être que les choses vont changer aujourd'hui… Je pars avec un net avantage…

— Lequel ?

Il eut un sourire diabolique et remonta le long du corps bien fait de son amant pour susurrer contre lui :

— Ceci peut être considéré comme ma première fois… Et je doutes que tu oserais trop bouleverser un esprit vierge dans un corps abîmé, n'est-ce pas ?

Le sourire qui lui répondit était plus diabolique encore, et Thorïn assura sur le même ton :

— Si. Parce que je sais que c'est comme ça que tu aimes.

Ho shit, se dit Frérin lorsque, sans qu'il ne puisse résister, Thorin échangea les positions en agrippant ses cuisses qu'il plaqua sur ses épaules. A ce stade, il n'y avait plus rien que Frérin puisse faire pour reprendre le contrôle, surtout quand son corps frissonna d'excitation au contact de l'aine de Thorin sur la sienne et qu'il se cambra carrément sous l'intrusion d'un premier doigt. L'esprit était peut-être vierge de tout souvenir, mais le corps, ce traitre, savait très bien à quoi s'attendre et il appelait celui de Thorïn, se pressant contre lui, comme si sa vie en dépendait.

Mauvais joueur, il insista tout de même :

— Qu'est-ce qui te dit que les choses n'ont pas changer depuis ? Ou que je ne simulais pas pour te faire plaisir ? Peut-être que ce n'est plus de ça, que j'ai envie…

— Ca, on peut le vérifier ensemble… Arrête-moi si tu n'aimes pas ou si tu préfères autrement…

Ho oui, gémit Frérin en se cambrant d'avantage lorsque, en plus de l'intrusion intime, les lèvres de Thorïn se posèrent dans le creux de sa hanche, puis sur son flanc, puis les dents attrapèrent la peau de son bas-ventre tandis que son autre main griffait l'intérieur de ses cuisses. Comme s'il appuyait sur des interrupteurs, le corps de Frérin répondait en ouvrant à chaque nouveau baiser et nouvel attouchant une vanne d'un plaisir insoupçonné qui amenèrent bien vite le jeune philosophe à se tordre en suffoquant le nom de son amant. Les choses dérapèrent salement lorsque, concluant ses vérifications, Thorïn le retourna sans ménagement et, tout aussi brusquement, embrassa à pleine bouche les fossettes de ses reins. WOW, ne put hurler Frérin, car, la bouche remonta aussitôt le long de son dos exacerbé, la langue suivant la ligne de la colonne découvrant, ou redécouvrant, ici la tension la plus érogène du blond qui, finalement, planta la tête dans l'oreiller sans savoir comment gérer l'afflux de plaisir.

Et Thorïn commença à embrasser le creux entre ses omoplates de baisers à peine appuyés, l'embrasant de son souffle et parfois de ses dents. Frérin ouvrit la bouche dans un cri muet. Il avait déjà oublié, à ce moment, qui il était, où il était, quand il était et, surtout, qu'il avait déjà eu un frère. Ce dernier n'eut qu'à ajouter sa langue à sa torture buccale pour que son nom soit appelé dans une litanie pressante et, indolemment, il y répondit en embrassant chaque vertèbre de ce superbe dos sinueux, jusqu'en bas.

Frérin n'était déjà plus lui-même ou, plutôt, incendié de plaisir et l'intégralité de ses pensées obnubilées que par un seul nom, il était plus que jamais celui qu'il avait toujours été, retrouvant, dans le dépouillement de l'intimidé, ce noyau qui constituait son identité.

Appuyé sur ses avant-bras, il se laissa complètement faire et, même, il anticipa lorsque Thorïn lui souleva les hanches pour approfondir son ouvrage, s'agenouillant face à lui sans la moindre pudeur, les joues rouges et le souffle haché. Passif et offert comme il ne l'était jamais ailleurs que dans les bras de Thorïn.

Ce dernier s'en régala davantage et il avait bien du mal à allonger les préliminaires malgré l'envie et malgré l'attente. Toutefois, cela en valait la peine et c'était même indispensable pour assurer le confort de Frérin, qui avait toujours été plus long que lui à venir, se persuadait-il en remplaçant sa langue par ses doigts tout en se penchant dans le dos de son amant pour revenir embrasser ce qu'il avait débusqué, dès les premières fois, comme sa zone la plus sensible. Frérin se tordit dans une exclamation rauque qui se hacha lorsque la deuxième main de Thorïn fit rouler entre ses doigts un téton sensible.

Seulement, l'esprit engourdi, la respiration courte et les yeux barrés d'un voile opaque, Frérin se redressa pour exiger, sans le moindre embarras et la voix cassée :

— Thorïn… Arrête… C'est trop… Je ne peux pas supporter ça…

— Ho si…

Lui-même à bout, le plus vieux n'insista pas toutefois. Sans répondre à ses suppliques, il continua de le tourmenter de sa bouche et d'une main tandis que, de l'autre, il attrapa sa hanche pour le prendre enfin. La pénétration détourna, pendant un temps, les sens exaltés de Frérin du ravage que lui faisait subir Thorïn sur son dos et sa poitrine. Toutefois, lorsque ce dernier se mit à bouger sans cesser ses baisers sur les épaules, ni de caresser son torse, ou de malmener ses tétons, ou bien redescendre pour flatter l'aine, les cuisses ou le ventre, il fut incapable de supporter l'afflux de plaisir brulant qui le prit comme une succession de vagues étourdissantes.

Toutefois, pris par ce même plaisir ravageur, Thorïn mit enfin un terme à ses jeux pour se redresser en prenant sa taille à deux mains afin d'assouvir sans retenu ce désir depuis trop longtemps contenu. C'était aussi au gout de Frérin, qui se consumait en plongeant sa tête dans le matelas, offrant au plus vieux une vue jouissive.

Toutefois, au moment où l'orgasme allait les libérer, Thorïn se dégagea et, dans un mouvement, s'allongea à son tour sur le dos pour placer Frérin sur lui.

Puis, d'une voix si basse et si grave que le plus jeune aurait pu accomplir le moindre de ses désirs sans sourciller, il exigea en le regardant dans les yeux :

— Je veux que tu te fasses jouir toi-même, Frérin.

Wow… holala… Ainsi était donc Thorïn dans l'intimité la plus totale si on lui lâchait la bride…

L'ordre suffit à lui tout seul à mettre Frérin en émois et, de nature insolent, farouche et indompté, le blond, qui n'avait jamais été du genre à reconnaître qui que ce soit comme son dominant, sans le moindre esprit de contestation, obéit avec toute la docilité qu'il ne possédait pas.

Ce fut dans un long soupir d'extase qu'il s'empala sur Thorïn, dont le regard opaque ne lâchait pas un seul de ses geste, et ce fut dans une étrange félicité qu'il se mit en mouvement, cherchant instinctivement le meilleur angle et le meilleur rythme pour réveiller l'incendie dans ses veines. Il le trouva très vite et, les yeux clos, les lèvres entrouvertes, il affirma son pas avec délice, dégustant sans honte le plaisir et la jouissance qui l'emportaient plus loin à chacun de ses mouvements. Lorsque Thorïn lui prit les hanches pour s'ajuster à lui tout en ajoutant un peu plus de puissance dans l'étreinte, il se laissa enfin happer par le plaisir à son paroxysme et il s'assouvit dans un cri rauque. Thorïn échangea les positions pour le rejoindre dans la jouissance dans une dernière chevauchée, ses doigts plantés dans ses cuisses et sa bouche plaquée sur la sienne.

Il continuait de l'embrasser lorsque, étourdis et repus, ils se vautrèrent l'un sur l'autre, les jambes enlacées et les mains nouées. De même, il l'embrassait encore lorsque Frérin échangea les positions pour le surplomber et participer intensément au baiser. Puis, d'une vois mutine, il remarqua, toujours essoufflé :

— C'était plus rapide que ce à quoi je m'attendais…

Sans se laisser piquer, Thorïn répondit sur le même ton :

— On a déjà été plus expéditif… Aucun de nous deux n'est du genre à faire durer les choses…

— Je suis sûr que quand c'est moi au-dessus, je sais mieux prendre mon temps que toi.

— Effectivement.

Toujours très conciliant, Thorïn avait répondu d'un ton énigmatique, inquiétant Frérin qui ne s'attendait pas à le voir si docile sur le sujet. Inquiétude qui s'aggrava lorsque, mortellement sérieux, le plus vieux demanda :

— Mais peut-être veux-tu découvrir ça par toi-même ?

Intimidé, Frérin ouvrit la bouche, sans savoir quoi répondre, et Thorïn se redressa pour piquer un baiser sur ses lèvres :

— J'aime me savoir l'unique personne capable de te ravir ta stupide répartie, Frérin…

— Fait shut un peu.

Frérin lui plaqua les épaules sur le matelas pour reprendre son exploration buccale tout en déplaçant un genoux pour le placer entre les jambes de Thorïn, qu'il força à s'écarter pour s'y placer en demandant entre deux baisers :

— On peut maintenant ?

— Quand tu veux.

— Et tu fais tout ce que je veux ?

— Seulement si tu le demandes correctement…

Frérin eut un sourire gourmand en embrassant sa gorge, glissant une main le long du bras du plus vieux pour lui prendre la main, la plaquer sur le matelas au niveau de sa tête et lier ses doigts aux siens :

— Contrairement à d'autres, si c'est moi qui tient les rênes, je ne transforme pas mes ébats en rapport de force.

Il ponctua sa tirade en couvrant ses épaules de baisers et Thorïn leva les yeux au ciel, avant de démontrer point par point :

— C'est faux car, de une, quand c'est moi qui te prend, tu restes celui qui donne le pas et qui me soumets à tes exigences… Je ne fais que répondre à tes provocations… De deux, tu es celui qui cherche le rapport de force… De trois, ce n'est pas parce que je t'ouvre mes jambes que je te donne les rênes, puisque tu les as déjà dès le début de toute façon…

Frérin embrassa sa mâchoire d'une myriade de petit baisers jusqu'à la tempe, avant de grignoter le lobe de son oreille pour demander d'un ton mutin :

— Dans ce cas, c'est le moment de t'exprimer… as-tu une position ou bien une chose particulière dont tu as envie ?

Il l'embrassa encore, dardant la langue pour la descendre le long de la nuque et, de plus en plus échauffé par tout ses petits baisers Thorin pressa la main qui tenait la sienne en levant le menton pour lui donner plus d'espace :

— J'aime quand tu fais à ta manière.

— Ma manière ?

Comme il l'était fugacement à chaque fois que Thorïn faisait référence à quelque chose qu'il avait été, mais qu'il avait oublié, Frérin se redressa pour le regarder dans les yeux et le brun eut un sourire gentil :

— Laisse-toi aller… Je peux te guider, mais soi toi-même et reste fidèle à tes propres désirs.

Frérin eut un rire narquois et il lança d'un ton léger :

— Si on fais comme ça, il ne faudra pas longtemps avant que tu ne sois ligoté à la tête du lit avec ta propre cravate…

— Je sais.

Le sourire de Thorin s'était fait gourmand, comme si de très bons souvenirs venaient d'être ravivés et qu'il anticipait déjà ce que l'autre avait en tête, mais celui de Frérin se fana et le blond se tendit légèrement, lâchant la main de Thorin pour se redresser presque précipitamment :

— Ho… Je… Je n'étais pas sérieux et je pensais te surprendre…

Il y avait quelque chose, dans sa voix, une angoisse soudaine, qui interpella le plus vieux et ce dernier se redressa sur ses coudes pour affirmer en le regardant dans les yeux :

— Tu me surprends à chaque nouvelle fois, Frérin.

Le blond fuit son regard, de plus en plus froid :

— Mais ce n'est pas nouveau pour toi. Alors que ça l'est pour moi et que, en réalité, je n'ai pas la moindre idée de quoi faire maintenant. Je te l'ai dit, c'est un peu comme ma première fois… Comment je peux te rendre ce que tu m'offres si tu devances le moindre de mes désirs et de mes plaisirs ?

— Tu devances et combles déjà les miens… Je n'ai pas besoin de revenir à ce que l'on était avant et, quoi que tu fasses, tant que ça te fais plaisir, je serai satisfait. Je suis bien plus simple que ce que tu penses de ce côté-là…

Il lui caressa la joue et Frérin se laissa faire et, même, posa sa main sur son poignet pour le caresser du pouce, les yeux rivés vers le bas :

— Je suis désolé, je suis encore en train de tout gâcher…

Thorin, qui n'avait absolument pas anticipé ce virage, surtout pas alors qu'ils étaient toujours enlacés, baignant dans la volupté et les affres d'un intense plaisir libéré, fut pris de court par cette manière qu'eut Frérin de perdre toute contenance et il défendit avec urgence :

— Non, Frérin. Je suis désolé, c'est moi. Je n'aurai pas du te pousser ainsi. Comme tu le vois, je n'anticipe pas si bien tes réactions…

— Arrête… Tu es parfait... Et moi, je suis juste jaloux d'un mec que j'ai été… Assez cool, audacieux et intrépide pour entreprendre des trucs avec toi alors que moi, ça me tétanise.

— Tu l'es toujours.

Toujours penaud et incertain, Frérin eut un soupir embêté et Thorin vit comment les plis de son visage s'affaissèrent de déception en lui-même. Il le regarda un instant, désolé, puis il lui caressa la joue, soudain inspiré :

— Tu n'es pas le seul à composer avec tes traumatismes et tes blessures, tu sais… Nous en avons tout les deux et, que nous le voulons ou non, elles se déversent dans notre relation comme le pus d'un abcès qui se crève, depuis le début. Même, au début, c'était presque « Toxique », puisque chacun répandait l'acide de ses trauma sur les blessures de l'autre, le déclarant coupable de sa propre douleur... Mais être blessé, ce n'est pas un mal irrécurable, au contraire. Car l'amour mutuel que nous nous rendons a agi, et agit encore, sur nos blessures en les touchants, les guérissant ou, au contraire, les ouvrant davantage… La confiance implique l'accès à une vulnérabilité réciproque et cette interaction exacerbe ces maux que l'on refoule face aux autres, avec ce qui nous a originellement manqué : Amour, confiance ou sécurité… Frérin, je le répèterai tous les jours s'il le faut : Nous avons besoin l'un de l'autre pour cicatriser, et le reste viendra avec… En son temps.

Piteusement, Frérin posa sa main sur celle qui était sur sa joue pour demander d'un ton meurtri :

— Et si je n'en ai pas la force ?

Thorin ne désespéra pas et, même, il eut un beau sourire chaleureux, magnétique et sur de lui :

— Et si la force et la virilité auxquelles on aime convoquer les "hommes" résidait justement dans le courage d'aller visiter sa vulnérabilité, son effondrement ? Et si être fort n'avait rien à voir avec la rigidité de ceux qui se dressent devant l'être aimé ? Et si le courage nécessaire à s'écrouler était bien plus important que celui nécessaire à se défendre ? Je pense qu'être fort et stable n'aurait rien à voir avec la capacité de se protéger des flammes, mais avec celle de s'asseoir dedans. Savoir tomber à genoux et se laisser traverser par cette rupture qui nous transperce, ce deuil qui nous brûle, cette tristesse qui nous pèse, cette colère qui nous ronge. Et je sais que tu peux le faire, car, de ce coté-là, toi, tu as toujours été plus fort que moi… Tu dois seulement réaliser que ta souffrance résulte de l'attachement à un autre « toi », ancien, sur les cendres duquel il faut te reconstruire.

Le sourire de Thorin était contagieux et se propagea, enfin, sur les lèvres de Frérin qui minauda alors :

— Je ne savais pas que tu parlais si bien.

— C'est toi qui m'a appris tout ça.

Encore, le sourire de Frérin s'évapora tout aussi tôt et il bégaya :

— Ho… Je… Je savais que j'avais fait de la philosophie, mais j'ignorais que j'avais été si-

— Non, ce n'est pas ce que je voulais dire… C'est l'amour que je te porte, le temps que nous avons passé ensemble, mes erreurs, nos peines qui m'ont appris ça... Ce n'est que maintenant que je me rend compte ce que signifie le terme « aimer nous fait grandir », car tu n'es pas le seul à avoir changé, tu sais ? Moi-même n'a rien à voir avec celui que j'étais avant de découvrir mes sentiments pour toi, ou bien que celui que j'aurai été si je ne les avais jamais accepté… C'est pour cela que je pense qu'il est temps de se faire une raison…

— A quel propos ?

— Rien n'est parfait, encore. Que ce soit entre nous deux ou bien chacun de notre côté… et peut-être que ça ne le sera peut-être jamais… Mais nous sommes sur ce chemin depuis bien plus longtemps que tu ne le penses… Si nous sommes arrivés jusque-là, malgré nos peines, c'est que nous avons déjà surmonté tous les obstacles qui ont été mis dessus, et il y en aura d'autres… Mais j'aime la relation que nous avons maintenant, j'aime l'idée de continuer ce chemin avec toi, j'aime l'homme que je suis quand je suis avec toi, je t'aime, toi, et je ne désire rien de plus.

Simplement, Frérin lui rendit un long regard, puis il se pencha sur lui pour lui rouler le patin du siècle, avant de se redresser en annonçant extrêmement formellement :

— Attend trois secondes.

— Que fais-tu ?

— Je vais chercher deux cravates.

— Deux ?

— Une pour te ligoter, une autre pour te bâillonner, avant que tu ne verses dans le mélodrame.

oOo

— Il vient d'emménager officiellement chez moi, sa maison est vendue, la maison d'édition journalistique qu'il ouvre avec Bilbo et Gandalf a déjà son petit succès local et il prend maintenant des cours de piano…

— En somme, tout est parfait…

— Tout est parfait, oui… On avance. Pas à pas…

Savourant une étrange félicité bienvenue qu'il n'avait encore jamais éprouvé, assis en terrasse de leur discret bar des quais, Thorin sirotait son café à petite gorgée et, face à lui, Fili remarqua d'un ton ennuyé :

— Tu sais que j'essaie de garder un œil sur eux et que Bilbo m'a juré qu'il ne prendrai aucune décision dans mon dos… Mais je pense que les tenir à l'œil ne sera pas un mal… Cette maison d'édition est un repère de révolutionnaires et de grandes-gueules, un aimant à ennuis et une très bonne excuse pour qu'ils se créent plus de problèmes qu'ils n'en ont besoin…

— A leur image… Et c'est pour ça qu'on les aime…

Ils échangèrent un clin d'œil complice, puis Thorïn reprit sur le ton de la conversation :

— Parlant d'ennuis… C'est quoi cette histoire de mariage entre Kili et Tauriel ?

— Longue histoire… Ils sont inséparables depuis leur divorce et il se peut que Kili ait demandé Tauriel en fiançailles et elle a accepté… Mais mes sources ne sont pas fiables.

— Elles le sont plus ou moins, Papa a décidé de s'en mêler et il a l'intention d'en faire la plus grande fête qu'Osgiliath n'a jamais vue, il va privatiser trois bateaux péniches, Orthanc et-

Il fut coupé par l'arrivé du serveur qui posa devant eux deux étranges coktails, dont la robe noire et vénéneuse était en ébullition, connue dans la région sous le nom de «le baiser du Nazgul» et qu'aucune personne censée ne commandait jamais.

— Qu'est-ce que-

— C'est de la part du monsieur là-bas.

Chuchota rapidement le serveur avant de se volatiliser sagement. D'un même geste, Thorin et Fili se retournèrent vers le monsieur en question et un glapissement leur échappa des lèvres :

— Ho merde.

Accoudé au bar, caché par une casquette et une paire de lunette, Dwalïn leur fit un petit signe de la main, un étrange sourire malveillant aux lèvres.


oOo

Le premier chapitre de Shari Vari a été publié en Mars 2014

C'est donc avec une étrange émotion que je pose,

8 ans et 49 chapitres plus tard,

Le mot

Fin

Et merci à tous d'avoir lu,

j'ai du perdre les 3,99/4 de mes lecteurs à un moment ou à un autre, mais ceux qui sont arrivés jusque là,
sachez que ce fut une chouette expérience un peu étrange que d'écrire cette succession d'inepties.
Cette fic aura toujours une place dans mon coeur car c'est avec elle et Cuvée Prestige que j'ai exploré mon style en tant qu'auteur.

Je ne promets rien, mais peut-être que je reviendrai poser un chapitre 50, car j'aime les chiffres ronds, mais je ne sais pas encore de quoi il sera fait.

Ni quand il arrivera.

Pour ceux que ça intéresse, j'ai un compte fiction press maintenant,
je suis en train d'y poster deux romans qui pourrait plaire (dans le meilleur des mondes possibles) à ceux qui ont lu les fanfictions concernées.
Je les publie car j'ai besoin d'avis plus ou moins pertinents (je n'ai pas de lecteurs dans mon cercle de proches), afin de les améliorer.

L'Apocalypse de Babel,
reprise de la Gemme d'Erebor :

s/3344847/1/L-Apocalypse-de-Babel

Après le meurtre du Directeur de Babel, l'Amirale Gabrielle Curmieth découvre que sa seule chance pour se disculper et sauver sa vie, est de s'emparer du contrôle sur l'humanité toute entière. Cela est sans compter sur le retour de l'héritier du trône. Entre ces deux dangereux mégalos, la guerre, ou autre chose, est ouverte, mais ils ne sont pas les seuls à convoiter le pouvoir...

Notre destinée nous a menti,
reprise de Our Destiny Lies Above Us :

s/3359191/1/Notre-Destin-Nous-A-Menti

Quand tu es un semi-elfe immortel dans un monde où l'homme est l'espèce dominante. Quand tu es une paléographe et que tu te fais enlever parce que tu es une telle nerd que personne d'autre que toi ne peut traduire une langue oubliée pour trouver un royaume perdu. Quand tu es un humain qui méprise ta propre race. Quand tu es un monde moderne mais que tes ruines se réveillent toutes en même temps.