AN: Bonne lecture ! Explications en fin de page...
Une semaine était passée et Beca n'avait toujours pas trouvé le temps de consulter le journal. Les cours avaient débuté et les entraînements avaient repris. Chloe, qui était capitaine des Bellas à ses côtés, lui avait rappelé que nouvelle année rimait avec nouvelles recrues et donc qu'il leur fallait prévoir un plan de recrutement massif. Il faut dire qu'après leur victoire l'année précédente, la tendance dans l'équipe était de vouloir faire mieux. Le groupe voulait prouver leur rang de numéro un en conservant leur titre mais également en arrivant en tête de chaque niveau de la compétition. Evidemment, Beca était au centre de ce plan. Toute l'équipe comptait sur elle pour préparer des sets de mash-ups foudroyants. Elle en avait déjà quelques-uns sous le coude, bien sûr, qui l'avaient occupé tout l'été, mais elle aussi voulait faire mieux. Alors entre les entraînements, ses sessions à la radio de l'université, les cours et ses longues soirées à répartir les parties de sets déjà préparés, elle était plutôt à cran et fatiguée. Sans compter le fait que les seuls moments où elle était seule étaient lorsqu'elle se trouvait dans la douche ou aux toilettes et que, par conséquent, elle n'avait toujours pas pu en découvrir plus sur Quinn Fabray.
Son cours d'histoire de la philosophie, le dernier de la semaine, venait de se terminer et elle n'espérait qu'une chose: pouvoir s'allonger sur son lit et se plonger dans la lecture du journal ou plutôt s'endormir avec le journal sur le nez. La petite jeune femme brune se faufila hors de la salle de classe à travers ses semblables, le nez collé à son écran de téléphone pour lancer la musique qui l'accompagnerait jusqu'à la maison des Bellas. Elle ne vit pas les gestes énergiques de la rousse qui l'attendait. Chloe vit Beca au loin, son casque sur les oreilles et en conclut qu'il valait mieux se rapprocher. Elle traversa énergiquement la foule d'élèves et glissa son bras sous celui de la brune. Beca, qui ne s'attendait pas au geste, sursauta et se décolla rapidement de la personne qui osait la toucher. Elle vit le sourire étincelant de Chloe se froncer légèrement et retira son casque précipitamment avant de s'approcher.
- Eh, Chlo, je ne savais pas que c'était toi, pardon., fit-elle penaude, le regard sur ses Converse.
- Salut Becs, désolé, c'est moi, j'aurai dû te prévenir…, rassura la rousse.
Chloe savait très bien comme Beca était son opposé. La rousse était tactile, positive et rayonnante alors que la brune était plutôt un oiseau de nuit, à éviter tout contact avec l'extérieur et à rester cachée derrière sa forteresse musicale. Elle savait aussi que Beca ne se laissait pas approcher par grand monde, sauf elle. Chloe était sa faiblesse. La seule personne capable de la sortir de sa zone de confort. La seule aussi qui savait la calmer lors d'une crise de panique. Les deux jeunes femmes avaient conscience de ça et parfois, la rousse en profitait.
- Je me demandais si tu voulais sortir ce soir, comme on n'a pas pu passer beaucoup de temps ensemble cette semaine…, éluda la rousse en glissant sa main dans celle de son amie, la tirant pour continuer leur marche.
- Hum, je sais pas, Chlo., je suis plutôt d'humeur à être seule. J'ai pas trop envie d'avoir les filles sur le dos pour boire je ne sais quel cocktail qu'Amy aura trouvé ou pour chanter je ne sais quelle chanson des années 80., répondit la brune en agitant la main qui tenait toujours son téléphone.
Chloe décida de sortir le grand jeu. Après tout, elle voulait passer du temps avec Beca parce qu'elle lui manquait. Mais elle garderait cette raison là pour elle seule.
- Allez, Becs, lâche-toi un peu ! Et puis, je te promets que ce sera que nous deux. J'ai découvert un bar sympa en ville l'autre soir. Ça vient d'ouvrir, je suis sûre que ça te plaira ! Dis ouiiiiiii…
Après son explication, Chloe se plaça devant Beca, lui prit les deux mains et lui fit les yeux ronds qu'elle maîtrisait à la perfection. Le grand jeu, exactement. Beca s'arrêta et l'examina. Ses yeux bleus azurs brillaient comme le ciel. Sa moue renfrognée lui donnait envie de la serrer dans ses bras. Ses doigts entrelacés aux siens la caressaient et lui donnaient l'impression que son ventre allait s'ouvrir pour laisser sortir des papillons à paillettes. En fait, c'était perdu d'avance. Elle extirpa l'une de ses mains, à regret, et se pinça l'arête du nez en soupirant.
- Bon, ok, mais rien que toi et moi et tu conduis., conclut-elle.
- Yes !, s'exclama la rousse en l'entrainant hors du bâtiment.
Deux heures plus tard, les deux jeunes femmes entraient dans un bar aux airs industriels. Tout était chromé ou en cuivre. Des palettes de bois retravaillées servaient de tables. Les tabourets étaient en fer forgé. La décoration rassemblait plusieurs portraits de chanteurs rock et une musique de Linkin Park servait de fond. Une table de billard et un jeu de fléchettes se trouvaient tout au fond du bar. En ce début de soirée, l'endroit n'accueillait que quelques personnes. Beca aimait bien l'endroit. Elle se sentait presque à l'aise.
Les deux femmes s'assirent à une table qui comportait des banquettes en cuir, dans le fond, non loin de la table de billard et enlevèrent leurs vestes. Chloe fit mine de ne pas observer son amie mais son regard était quand même accaparé par l'ensemble qu'elle avait choisi pour sortir. La brune portait un jean noir, ses Converse habituelles et un t-shirt gris recouvert d'un boléro lui aussi de couleur noir. Elle était complètement en adéquation avec l'ambiance du bar. Elle semblait néanmoins tendue. Chloe décida d'arranger ça.
- Je vais aller commander à boire, tu veux quelque chose ? demanda Chloe en se levant, son portefeuilles en main.
- Hum, la même chose que toi, s'il te plait., lui répondit Beca en pliant sa veste en cuir.
Chloe partit sur le champ au bar. Pendant qu'elle commandait, Beca prit le temps d'observer les lieux. Seulement un groupe de garçons et un couple avaient choisi de s'éparpiller dans le bar ce soir-là. Elle se demanda ce qu'on pouvait bien servir dans un lieu pareil. Sûrement pas de cocktails trop sophistiqués. Son regard fut attiré par un rire qu'elle connaissait trop bien. Elle tourna la tête pour voir Chloe parler avec le barman pendant qu'il préparait leurs boissons. Beca remarqua que ses cheveux d'habitude bouclés étaient lisses et que son amie avait opté pour un pantalon moulant qui lui allait vraiment bien. Elle sortit de sa rêverie quand le pantalon se tourna et s'avança. Chloe arriva avec deux verres colorés et son porte-feuilles sous le bras.
Le barman est vraiment sympa. Je lui ai demandé pour jouer au billard, il m'a donné ce qu'il fallait sans rien me demander., s'étonna presque la rousse.
- Tu m'étonnes…, baragouina Beca, toujours prise par ses pensées.
- Tu disais ? Beca ?
- Oh, pardon. Non, je disais, quelle chance ! Tu sais jouer ?
- Oui, une vraie pro. Viens.
Chloe avait bien sûr entendu la remarque de Beca mais ne s'en formalisa pas. Elle entraîna la brune vers la table de billard. Chacune d'elles choisirent une queue et Chloe réunit les boules dans le triangle. Beca alla boire une gorgée rapidement et revint avec les deux verres.
- Au fait, Chlo, qu'est-ce que c'est dans les verres ?, demanda Beca en scrutant le liquide bleu.
- Du curaçao, de la vodka, du sirop de cerise et du jus d'ananas. répondit l'autre tout en tapant la boule blanche.
Elle manqua légèrement son tir, ce qui ne fit pas éclater totalement le peloton de boules. Beca prit sa place et tira sans ménagement, répartissant la totalité des boules sur la table. Deux d'entre elles entrèrent dans les trous. Elle venait de marquer deux points et pouvait recommencer à jouer. Elle se plaça pour viser une boule plutôt excentrée du trou dans lequel elle pouvait entrer. Elle prit quelques secondes puis tira. La boule entra sans problème.
- Wow, Becs, tu m'as caché ça pendant un an, j'en reviens pas !, s'exclama Chloe toute ébahie.
La rousse sirota son verre pendant que Beca en entrait une autre avant de taper une boule adverse.
- A mon tour !, fit Chloe en se plaçant pour viser sa première boule.
Elle luttait pour placer sa main, elle ne savait pas tellement comment la placer pour être la plus efficace possible. Beca la vit changer ses doigts de position plusieurs fois et se décida à intervenir.
- Attends, regarde, si tu mets ta main comme ça…
Elle se plaça derrière Chloe, se pencha pour adopter la même position et courba les doigts de son amie. Leurs visages proches, la peau douce sur la sienne, la main de Beca sur sa hanche. Chloe sentit le rouge lui monter aux joues. Elle tourna la tête légèrement pour voir Beca faire la même chose. Leurs regards se croisèrent et le temps s'arrêta quelques instants. Leurs yeux passaient de l'un à l'autre. Beca prit une inspiration en voyant Chloe baisser les yeux sur ses lèvres et fut envoûtée par le parfum de la rousse. A ce bruit, Chloe se rappela qu'elle ne pouvait pas faire ça et se racla la gorge avant d'afficher un sourire lumineux mais faux.
- Merci Becs !, s'exclama-t-elle.
La brune resta coite quelques secondes avant de secouer la tête et de faire comme si rien ne s'était passé, elle aussi.
- Pas de soucis. A toi, vas-y.
Elle alla boire une seconde gorgée. Ses mains glissaient. Sa gorge était serrée. Elle transpirait. La soirée allait être longue.
Quelques verres plus tard et Beca se sentait déjà un peu moins stressée par l'inconnu. Devant l'apparente facilité de Beca pour le billard, Chloe avait voulu corser le jeu et avait proposé à son amie de boire une gorgée de leurs verres à chaque boule rentrée. La brune s'était prise au jeu sans sourciller, contente d'avoir une excuse pour s'humidifier la gorge chaque fois que son amie se penchait sur la table. Les deux jeunes femmes s'amusaient plutôt bien, maintenant que la deuxième partie était bien entamée et Beca ne regrettait finalement pas d'être venue. Un sourire narquois restait maintenant plaqué sur son visage.
- Bim ! Encore une de rentrée ! Je te rattrape Becs ! cria joyeusement Chloe après avoir marqué.
- Tu peux toujours espérer, Beale !, fit Beca en lui tendant son verre.
Chloe approcha son visage de la brune. Beca pouvait sentir l'alcool dans son souffle.
- Tu veux parier ?, murmura-t-elle en laissant son regard se glisser sur les lèvres de Beca.
Pour une fois, et sûrement grâce à l'alcool, Beca prit l'ascendant et s'avança à son tour. Elle entoura la taille de la rousse d'un bras et l'attira sans ménagement.
- Si seulement tu avais quelque chose à parier…, lui souffla-t-elle dans le creux de l'oreille.
Elle s'écarta aussitôt et prit le verre des mains de Chloe.
- Je vais nous resservir., fit-elle en indiquant les verres, avant de rejoindre le bar, laissant une Chloe confuse sur ses pas.
Beca sourit intérieurement. Ses pensées se mélangeaient entre ce qu'elle aurait aimé dire à son amie et ce qu'on lui avait toujours dit de ne surtout pas dire. Elle secoua la tête pour éliminer les idées négatives. Ce soir-là, il n'y avait de raison de se laisser infecter par tout ça. Ce soir-là était l'occasion de passer un bon moment.
Elle demanda au barman de lui servir la même chose mais d'enlever l'alcool pour Chloe. L'homme d'une vingtaine d'années s'exécuta avec des gestes souples et habituellement puis lui tendit les deux verres. Elle paya et se tourna pour rejoindre Chloe. Elle s'arrêta net en voyant un garçon parler à Chlo. C'était typique, vraiment. Aller dans un bar avec Chloe, se retourner deux minutes et la retrouver entourée de vrais tombeurs du dimanche. Chloe était comme un aimant. Son sourire et sa personnalité étaient déjà deux choses qui donnaient confiance aux gens. Ajoutez à ça son physique athlétique et ses yeux à tomber et vous comprendrez pourquoi tous les mâles sur dix kilomètres lui gravitaient obligatoirement autour. Beca soupira en secouant la tête. C'était reparti pour un tour.
- Eh, Becs, tu en as mis du temps., l'accueilla Chloe en lui faisant les gros yeux.
- Désolé, le barman était occupé., répondit la brune en passant son bras protecteur autour de la taille de son amie.
- Oh, salut toi., fit le garçon d'un air qui se voulait charmeur mais qui ne l'était en fait pas du tout.
- Hum, salut. Dis, Chlo, on a oublié, les filles nous attendent.
Le truc avec Chloe, c'était qu'elle avait en horreur ces garçons aguicheurs qui venaient vers elle par pure superficialité. Elle était fière de son corps et de son être mais elle n'était pas une poupée ni une bête de concours et elle trouvait particulièrement déplacé que des garçons puissent penser être charmant en agissant comme cela. Elle était cependant trop gentille pour s'en dépêtrer toute seule. C'était donc la tâche qui s'incombait à Beca. Parce qu'elle n'avait pas peur de dire à un parfait crétin qu'il était un parfait crétin et que rien ne l'empêchait de protéger ses amies.
- Oh, oui, c'est vrai !, s'exclama Chloe en en faisant des caisses. On doit y aller, désolé., lança-t-elle à son interlocuteur avant de se lever.
- Oh mais non, pars pas tout de suite., fit l'homme entre ses dents en attrapant le poignet de Chloe.
Il semblait avoir déjà accumulé l'alcool et les deux filles se méfiaient de ce genre d'individus comme de la peste. Beca vit rouge automatiquement et retira la main du garçon d'un coup sec pour placer Chloe derrière elle.
- Désolé, mec. Pas pour ce soir., articula-t-elle, puis se retourna sur une Chloe déjà prête à partir avec sa veste sur le dos.
Par chance, l'homme avait compris et les laissa partir. Les deux jeunes femmes se ruèrent hors du bar. Beca tenait fermement la main de Chloe pour traverser la foule qui occupait maintenant l'endroit. Une fois dehors, elles inspirèrent toutes les deux profondément. Elles commencèrent à marcher lentement en direction de la voiture, silencieuses, toujours main dans la main. Chloe caressa du pouce la main de Beca.
- Merci, Beca., souffla-t-elle.
- Pas de soucis. Tu sais très bien ce que j'en pense., fit-elle en se raclant la gorge.
Effectivement, elles avaient eu cette discussion là de nombreuses fois. Chloe aimait avoir Beca près d'elle pour la protéger mais elle était toujours inquiète de comment ça pouvait tourner pour son amie qui confrontait à chaque fois des hommes plus ou moins grands et surtout éméchés. Beca, elle, s'en moquait, tant que Chloe était en sécurité et n'acceptait pas de grands gestes de remerciements de la rousse. L'histoire s'arrêtait là.
Après un court silence, Chloe les stoppa pour s'exclamer:
- Beca, les verres !
La brune mit quelques secondes à comprendre. Oui, elles n'avaient pas bu leurs verres.
- C'est pas grave, Chlo., fit-elle en haussant les épaules. Il les boira pour nous.
Chloe sourit devant la nonchalance de son amie. Les filles arrivèrent à la voiture et y entrèrent. Chloe prit le volant et démarra aussitôt. Le silence qui régnait dans l'habitacle était en contraste sévère avec l'ambiance qui occupait les deux jeunes femmes dans le bar. Aucune des deux ne voulaient pourtant que la soirée ne s'arrête là. Sans le vouloir, elles se mirent à parler en même temps.
- On devrait peut-être…
- Tu veux pas qu'on aille…
Elles s'arrêtèrent en même temps avant d'éclater de rire.
- Vas-y, je t'écoute. Finit par dire Beca.
- Je disais qu'on devrait peut-être aller se promener ou manger un truc.
- Oui, je suis pour. Mais je n'ai pas super faim.
A ces mots, Chloe tourna vers son amie un visage choqué, la bouche grande ouverte.
- J'hallucine ! Beca Mitchell n'a pas faim ! Woah, je pensais jamais voir ce jour-là.
- Tais-toi et conduis, Beale., rit la brune en la poussant légèrement.
Chloe rit aussi et prit la direction de la sortie de la ville. Elle savait exactement où elles devaient aller.
Une dizaine de minutes plus tard, la Volvo rouge se gara en haut d'une colline, près d'une falaise escarpée. Chloe coupa le moteur et descendit. Beca, qui ne savait pas où elles se trouvaient, sortit de la voiture avec un visage confus. Elle vit son amie appuyer contre le capot de la voiture et vint se placer à ses côtés. La rousse expira profondément en regardant le ciel. Beca fit de même avant de retourner son regard sur sa voisine.
- Tu es vraiment pleine de surprises., fit-elle d'un sourire.
Chloe rit légèrement avant de la regarder.
- Tu plaisantes ? Je ne savais même pas que ma meilleure amie était une pro du billard !
- Bon, ok. Tu marques un point., concéda la brune.
- Non, sérieusement, Bec, où as-tu appris à jouer comme ça ?, demanda finalement Chloe qui ne la lâchait maintenant plus des yeux.
- J'ai appris sur le tas.
Beca était évasive et avait le regard fuyant. Elle scrutait les étoiles comme si elles pouvaient lui donner toutes les réponses de l'univers. Chloe savait qu'elle cachait quelque chose.
- Oh, je vois. Tu ne veux pas dévoiler tes secrets. Tant pis, je ne te dirais plus rien jusqu'à ce que tu craques., rétorqua-t-elle en croisant les bras, faussement offusquée.
Beca roula des yeux devant le drame dont pouvait faire preuve son amie, sans se douter que des choses plus importantes étaient en jeu. Elle repensa à toutes les parties qu'elle avait pu faire avec lui. Celui qui lui avait tout donné pour ensuite tout lui prendre.
- Je n'ai pas vraiment envie d'en parler, Chloe., finit-elle par dire sèchement.
La petite brune se rendit compte immédiatement de son erreur quand son amie tourna vers elle un regard blessé. Ca lui était pourtant impossible de lui en dire plus. Elle vit Chloe hocher la tête pensivement avant d'avancer de quelques pas vers la falaise, les bras autour du corps, comme pour se protéger de la blessure infligée à l'instant. Beca secoua la tête, résignée. Cette fille était sa perte.
Elle s'avança à son tour et vint entourer Chloe de ses deux bras. Sa tête se posa sur une épaule recouverte de cuir. Chloe ne dit rien. Elle aimait ces moments où Beca laissait tomber ses murs et osait être sensible. Elle aurait juste aimé que ça ne soit pas à force de regrets mais plutôt par simple habitude.
- Je suis vraiment désolée. murmura la brune.
Son souffle s'était formé dans le froid qui enveloppait leur soirée désormais, preuve que l'été commençait vraiment à leur échapper. Chloe garda le silence. Elle savait bien que Beca était désolée et que c'était plus fort qu'elle. Elle repoussait tous ceux qui s'approchaient de trop près. Elle était juste triste de constater qu'elle non plus ne pouvait pas traverser certains de ces murs.
Elle s'écarta à regret des bras de Beca et se dirigea vers la voiture. Beca, prise d'une légère panique devant le silence de son amie, lui attrapa le bras, sans savoir pour autant ce qu'elle allait lui dire.
- Chlo, s'il te plait…, bafouilla-t-elle. Je…
- C'est bon, Beca. Ne t'en fais pas, j'ai compris., interrompit la rousse d'un sourire convenable mais faux.
Elle avança et plaça un baiser sur le front de la brune avant de s'éloigner pour entrer dans la voiture. Beca mit quelques instants à comprendre ce qu'il venait de se passer. Elle venait de casser un lien, elle le sentait. Elle finit par secouer ses idées puis entrer dans la voiture à son tour. Chloe démarra et elles prirent le chemin du retour dans un silence de plomb.
Une fois arrivées devant la maison, les deux filles entrèrent sans bruit. Elles enlevèrent leurs vestes et montèrent les escaliers. Elles se séparèrent au premier étage avec un fade "Bonne nuit". Beca regarda Chloe prendre la direction de sa chambre sur la pointe des pieds, ses chaussures en mains. La maison était calme pour un vendredi soir et elles ne savaient pas qui était sorti et qui ne l'était pas.
Beca soupira une énième fois en montant le reste des escaliers qui menaient à la chambre qu'elle partageait avec Amy. Elle savoura le fait que la blonde n'était visiblement pas là. Du bout des pieds, elle retira ses chaussures et s'affala sur son lit, la tête la première. Elle se retourna difficilement avec un grognement, ses vêtements se prenant dans les draps. Une fois allongée sur le dos, elle fixa le plafond. Quelle idiote elle faisait. Chloe était réellement gentille, avec tout le monde. Personne n'avait le droit de lui faire du mal. Beca était même celle qui veillait à ce que ça n'arrive pas. Elle avait blessé son amie, ce soir-là. Elle le savait et elle s'en voulait. Si seulement elle pouvait être un peu plus ouverte. Si seulement ça pouvait faire moins mal d'y penser.
Dix minutes plus tard, Beca était toujours au même endroit, l'ongle du pouce presque rongé à force de s'en vouloir pour la façon dont elle avait parlé à Chloe. La petite brune en avait marre de penser aux mêmes choses en boucle alors elle chercha quelque chose qui pouvait la distraire. Le journal apparut comme une évidence. C'était le moment idéal. Elle était seule. Elle avait le temps. Et elle en avait presque besoin. Elle alla l'extirper de sous le lit et s'installa à son bureau pour commencer sa lecture.
Vendredi 01 Octobre 2010 - 03h37
Cher Journal,
Je dois te le dire. Elle m'a appelé aujourd'hui. Je sortais de cours et mon téléphone a sonné et c'était elle. J'étais tellement contente de l'entendre. On ne s'était plus parlé depuis la rentrée. Elle m'a raconté que sa colocataire de dortoir était très gentille et qu'elles s'entendaient bien. Qu'elle s'était déjà faite des tas d'amis. Que les cours se passaient bien et qu'elle était parmi les meilleurs. Je ne doutais pas d'elle mais elle me paraissait trop joyeuse au téléphone. Elle me disait tout cela comme si elle essayait de s'en persuader. J'entendais le trémolo dans sa voix, comme si elle retenait ses larmes. J'ai décidé d'aller vérifier par moi-même si ce qu'elle m'avait raconté était vrai. Je dois donc te dire que j'avais décidé d'aller la voir. Mais je me suis dégonflée, Journal. J'ai fait demi-tour. Après deux heures de route à réfléchir, j'ai compris que je n'avais pas ma place à ses côtés. Pas dans ces moments-là. Je n'avais pas le droit de la réconforter. Parce que si elle doutait d'elle, si elle ne se faisait pas d'amis, si elle ne faisait confiance à personne, c'était de ma faute. J'ai été la première à la tourmenter, à dégrader son image, à dénigrer sa personnalité et son talent. Et depuis, je savais bien qu'elle avait perdu confiance en elle. Par ma faute. Alors je n'avais pas le droit de débarquer chez elle. Ça lui aurait sûrement fait plus de mal, en fait. Sur la route du retour, je me suis arrêtée plusieurs fois. Le téléphone en main, je voulais l'appeler, au moins pour être sûre qu'elle allait bien. Mais je n'ai pas su. Je suis restée à chaque fois bloquée sur sa page de contact qui affichait son sourire d'étoile. Depuis que je suis rentrée, le même dilemme m'envahit. Pourquoi voudrait-elle se confier à moi, Journal ? Après tout, elle pouvait appeler Kurt ou Finn. Ou même son père. Je suis sûre de ne pas être son premier choix. Et puis, si ça se trouve, je me suis faite des idées et tout ce qu'elle m'a raconté est vrai et elle va très bien. Oui, c'est d'ailleurs sûrement ça. Elle était tellement occupée avec ses nouveaux amis et ses cours fantastiques qu'elle n'a pas pensé à m'appeler avant. Je me fais des idées, tu as raison, Journal. Je l'appellerai demain matin pour m'en assurer. Je l'appellerai avec pour prétexte d'avoir reçu l'invitation au mariage de Mr Shue et je m'assurerai qu'elle va bien.
Beca posa le journal un instant. Elle était perturbée par ce qu'elle découvrait de la jeune fille qui avait écrit ces lignes. Elle commençait à apercevoir certains de ses traits de personnalité à travers les pages du journal. Quinn semblait avoir l'esprit torturé. Elle était amoureuse de l'une de ses amies mais n'osait pas lui dire. A l'aspect de son écriture et de sa façon de former des phrases, on pouvait penser qu'elle aimait la littérature. Peut-être était-elle une étudiante en lettres ou quelqu'un qui lisait beaucoup. Elle avait l'air en tout cas très seule. Le cœur de Beca se serrait quand elle pensait aux choses que Quinn pensait d'elle-même. Elle avait quand même l'air intelligente, loyale et déterminée. Beca avait du mal à imaginer ce qu'elle avait pu faire à son amie d'aussi horrible au point de s'empêcher de lui parler ou de la voir. Elle se dit qu'il était dommage de gâcher une amitié par simple peur. Etrangement, elle commençait à reconnaître certaines de ses peurs en la personne qu'elle découvrait. Elle voulait aussi savoir si son amie allait bien, ou si elle avait menti. Il lui fallait le reste de l'histoire. La brune tourna la page pour reprendre sa lecture.
Samedi 02 Octobre 2010 - 10h07
Journal,
R. ne me répond plus, Journal. Je crois que j'aurai du aller jusqu'à New York. J'ai peur. Je l'ai appelé à huit heures ce matin et j'ai eu sa messagerie. J'ai rappelé à neuf heures et eu le même résultat. Je viens de réessayer et c'est toujours sa voix enjouée qui me dit de rappeler plus tard. Je ne sais pas quoi faire, Journal. Est-ce qu'elle n'a juste plus de batterie ? Est-ce qu'elle a éteint son téléphone pour étudier ? Est-ce qu'elle est tombée dans les escaliers et s'est brisée la nuque ? Je sais pas, Journal. Elle a toujours la même routine. Elle se lève toujours à six heures du matin pour s'entraîner sur son vélo elliptique. Même pendant les vacances d'été, elle avait conservé son organisation. Elle n'a jamais loupé un entraînement. Pourquoi elle ne répond pas, Journal ? POURQUOI ?
Samedi 02 Octobre 2010 - 14h22
Je n'ai toujours aucune nouvelle de R. Elle ne m'a ni appelé ni envoyé de SMS. Je l'ai appelé vers treize heures et toujours sa messagerie. Je commence à perdre la tête, Journal. Je tourne en rond comme un lion en cage. Je vais aller la voir. Je crois que je vais prendre la route. Je gagnerai du temps à aller directement là-bas. Tant pis si elle me trouve bizarre, je dois savoir si
Samedi 02 Octobre 2010 - 14h35
R. va bien. Elle était avec un ami de son cours de danse. Je l'ai entendu rire à l'arrière. Bradley ou Bruce. Un truc du genre. Elle va bien. Elle est avec un type sorti d'une pub pour parfum et elle va bien. Ils ont déjeuné ensemble et son téléphone n'avait plus de batterie. Journal, j'ai un problème. Je deviens folle. En fait, non. Je suis folle. D'elle mais aussi complétement folle tout court. J'étais prête à partir. Et je le suis toujours. Mais plus pour vérifier si elle va bien. Pour mettre un point dans la figure de cet abruti et de lui dire de ne pas s'approcher d'elle. Pour écraser ce microbe et lui dire qu'elle vaut mieux que ça. J'ai envie de jeter mon téléphone par la fenêtre. J'étais tellement en colère que je lui ai mal parlé. Je lui ai dit qu'elle était stupide de sortir sans son téléphone chargé et qu'elle devait mieux choisir ses amis. Comme si j'étais un parfait exemple. C'est moi l'idiote. Je suis pitoyable. Et complétement folle à lier. Je devrais peut-être me faire interner. Qu'est-ce que tu en penses, Journal ? De toute façon, c'est ce que mon père me dirait s'il savait pour qui j'ai des sentiments. Il disait tout le temps que les gens comme moi sont des hérétiques et qu'ils devaient être enfermés ou soignés. Il avait raison en fait. Elle me rend dingue. Mais je préfère qu'elle me rende dingue plutôt que de rien ressentir du tout. Même si c'est souvent trop.
Beca poussa sur le bureau pour s'éloigner du journal. Sa chaise roula un bon mètre en arrière. Elle passa les mains dans ses cheveux et souffla. Ce qu'elle lisait commençait à lui peser. Comment quelqu'un pouvait être torturé et malheureux à ce point sans que personne ne s'en rende compte ? Elle ne supportait pas qu'on laisse les gens dans leur désarroi. Et puis qu'est-ce que ça pouvait faire à son père qu'elle aime les femmes ? Les principes de la Bible étaient, selon elle, une excuse pour justifier de la méchanceté des gens. Elle commençait à se prendre de sympathie pour cette Quinn qu'elle ne connaissait pas vraiment et dont elle ignorait même l'apparence. Beca se tendit d'un coup. Parce qu'elle pouvait savoir à quoi Quinn ressemblait.
Internet, cette merveille, allait l'aider. Elle se rua sur son ordinateur et, après quelques clics, vit apparaître la page de recherche. Elle tapa "Quinn Fabray". Des dizaines de résultats apparurent. Elle ajouta "Géorgie". Les pages indiquaient des lieux à visiter en Géorgie. Elle effaça et corrigea par "Université Barden". Elle tomba sur un article du site de l'université qui montrait plusieurs élèves lauréats d'un concours d'écriture. La photo en grand plan était d'un garçon et de deux filles, tous les mains autour d'un diplôme encadré, les sourires larges. Elle cliqua sur l'onglet image et plusieurs photos identiques prises sous différents angles apparurent. Beca voulait savoir si c'était bien Quinn sur la photo et qui des deux filles présentes elle était. Elle trouva un article d'un journal local qui avait publié la même photo le 05 décembre 2010. Le journal avait pris soin de faire accompagner sa photo d'une légende où le nom de Quinn était repris. Victoire, se dit Beca. Enfin. Quinn était blonde, avait les yeux noisettes et était vêtue d'une robe à fleurs. Elle avait l'air en forme physiquement. Le genre de filles qu'on retrouve pompom girl au lycée et présidente du club de débat. Beca passa quelques minutes à scruter la photo sous tous les angles. Elle en conclut que Quinn savait très bien cacher tout ce qui pouvait se passer dans sa tête. Elle se dépêcha de lire l'article qui accompagnait la photo. Quinn était arrivée en première place du concours cette année-là avec les félicitations de ses professeurs. La blonde était étudiante en lettres en première année en 2010. En faisant le calcul, Beca comprit que la blonde avait fini ses études en même temps qu'elle avait fini sa première année. Elle allait chercher la liste de diplômés de 2013. Quand la liste apparut, cent cinquante noms s'affichèrent à l'écran dans l'ordre alphabétique. Elle alla jusqu'à la lettre F mais ne trouva pas le nom de Quinn. Elle vérifia plusieurs fois mais Quinn Fabray ne se trouvait définitivement pas dans la liste.
Beca se recula, sans comprendre. Qu'était devenue Quinn ? Avait-elle redoublé ou abandonné ses études ? Était-elle encore à Barden ou même en Géorgie ? La brune se tourna vers le journal, des questions plein la tête. Elle allait reprendre sa lecture quand elle entendit l'escalier menant à sa chambre craquer. Quelqu'un montait. Beca cacha le journal en dessous de son classeur qui traînait là.
Au même moment, Chloe frappa sur le bâti en bois qui entourait l'entrée de l'escalier.
- J'ai vu la lumière allumée et j'ai compris que tu ne dormais pas encore. expliqua doucement la jeune femme en regardant ses chaussures.
- Oui, je… Je n'arrive pas à dormir., répondit Beca en s'écartant du bureau.
Sa chaise tourna et la brune jeta un œil à son radio-réveil. Il était presque minuit. Elle ne s'était pas rendue compte du temps qu'elle avait passé à lire. Les deux jeunes femmes se jaugèrent du regard. Aucune n'osait vraiment prendre la parole. Elles avaient pourtant tellement de choses à se dire. Finalement, Chloe prit les devants et avança.
- Écoute, Beca, je suis désolée d'avoir insisté. Je n'aurai pas cru que ça te mettrait en colère. Enfin, voilà, désolé., conclut la rousse.
Elle attendait visiblement une réponse de Beca mais la brune était coincée dans sa propre tête à réfléchir à quelle attitude adoptée. Elle voulait raconter à Chloe ce qui la tracassait. Mais qu'est-ce qu'elle ferait si elle la perdait en lui en disant trop ? Elle pensa subitement à Quinn. Aux peurs que la blonde avait de tout dévoiler. Au fait qu'elle ne pouvait raconter à personne ce qu'elle ressentait. Beca avait la chance d'avoir quelqu'un qui l'écoutait et pourtant elle continuait à rejeter chaque personne qui s'approchait de trop près.
Devant le manque de réponse, Chloe fit demi-tour et allait descendre quand Beca attrapa son poignet. Elles se firent face et Beca la prit dans ses bras. La brune enfouit son visage dans le cou de Chloe et inspira le parfum qui lui faisait tant tourner la tête. Beca sentit la rousse lui encercler la taille. Elles restèrent là, enlacées pendant un bon moment. Chloe ne comprenait pas tout l'étendue de ce qu'il pouvait se passer dans la tête de la petite brune dans ses bras mais elle était sûre de vouloir être présente dans ces moments de vulnérabilité. Beca semblait avoir besoin d'elle et elle était prête à l'écouter des jours durant s'il le fallait.
La musicienne en question s'écarta d'un raclement de gorge et se passa une main maladroite sur la nuque, tout à coup gênée de la position dans laquelle elle se trouvait. Chloe vit son hésitation et voulut la rassurer immédiatement.
- Eh, Becs, il n'y a rien de grave.
- Si, bien sûr que si, Chloe.
Beca se mit à faire les cent pas dans la chambre, devant Chloe qui la suivait des yeux. Elle la voyait fulminer et bredouiller des bouts de mots sans qu'elle puisse réellement entendre. La rousse fit un pas et attrapa les mains de la petite brune au passage. Son geste interrompit Beca qui fut d'un coup absorbée par la douceur des mains contre les siennes. Chloe était proche. Son shampooing à la pomme envahissait l'air. Elle portait un regard si compréhensif. Beca avait envie de tout lui dire. Elle entraîna son amie sur le lit où elles s'assirent côte à côte dans le silence.
Chloe savait qu'il lui fallait être patiente avec Beca. C'était bien le maître mot pour que la brunette se dévoile et parle enfin de ce qui n'allait pas. Après quelques instants à jouer avec les doigts de son amie, Beca ouvrit la bouche.
- Je suis désolée. Je n'aurai pas dû te répondre aussi sèchement tout à l'heure., commença-t-elle.
Quand elle vit que Chloe allait lui répondre, elle posa deux doigts sur ses lèvres.
- Laisse-moi parler, s'il te plait. Sinon je ne pense pas que je serai capable d'aller jusqu'au bout.
Chloe hocha la tête et sourit légèrement. Ses yeux bleus exprimaient sa sympathie. Beca pouvait lui faire confiance, elle le savait, alors elle prit une grande inspiration.
- Ok. Hum, je ne pense pas réussir à tout te raconter là, maintenant, tout de suite. C'est juste trop dur. Mais j'essaierai. Parce que je ne veux pas que mes peurs me rongent.
Après une courte pause, Beca ne savait finalement pas par où commencer. Elle réfléchit à la motivation qu'elle avait de tout raconter à Chloe, d'où ça lui était venu. Un sourire lui apparut.
- Tu vois, quand on a emménagé, j'ai trouvé le journal d'une fille sous mon lit. Elle était étudiante à Barden comme nous, il y a trois ans. Si tu savais comme elle était triste. Elle racontait tout ce qu'elle ressentait dans son journal et je te jure, Chlo, j'en ai l'estomac serré à l'imaginer entre ces murs, seule, à écrire toutes ces horribles choses qu'elle pense d'elle. Et je ne veux pas être comme ça. Parce que je t'ai toi, et j'ai les filles. Je sais que vous voulez m'écouter. Tu mérites de savoir. Rien que pour toutes les fois où je te rejette sans explication.
Beca laissa un temps. Elle avait besoin de rassembler ses pensées. Elle ne voulait non plus absolument tout dire à Chloe ce soir-là. A ses mots, Chloe commençait à avoir la gorge serrée et les yeux brillant mais elle n'interrompit pas son amie qui avait l'air décidé à tout déballer.
- Tu voulais savoir pour le billard.
Elle se racla la gorge puis se leva pour regarder par la petite fenêtre, les bras autour du corps.
- Quand j'étais au lycée, je travaillais dans une salle d'arcade du coin pour m'acheter mes équipements de musique. Tu sais que mes parents ont divorcé quand j'avais douze ans. Après ça, ma mère est tombée en dépression et moi, j'ai essayé d'avancer. La musique m'a beaucoup aidé. Bref, je travaillais dans ce bar et un jour, on a recruté un nouveau serveur. Un gars sympa, plutôt charmeur. Il passait son temps à essayer de me faire parler. Je voulais pas être trop proche de lui mais c'était plus fort que moi. Il était beau et sportif, la nouvelle star du lycée. Un vrai aimant à filles. Après quelques mois, on a fini par sortir ensemble. Tu penses bien qu'une fille comme moi ne s'imaginait jamais sortir avec un type comme lui. Il était trop bien pour moi. Enfin, c'est ce que je me disais à ce moment-là.
Beca marqua une pause et se posa contre l'appui de fenêtre, les bras croisés, l'air grave. Chloe buvait les paroles de son amie. Elle n'avait jamais entendu Beca parler autant.
- Tout allait bien au début. On sortait avec ses amis. C'est lui qui m'a appris à jouer au billard après les heures de service. Je lui faisais confiance. Je lui ai beaucoup parlé. De mon père, de ma mère, de mes rêves. Je lui ai aussi parlé de ma bisexualité, que j'assumais pas du tout à l'époque. Il s'est montré compréhensif à chaque fois. Lui aussi avait eu des coups durs dans la vie mais il me promettait toujours qu'on s'en sortirait ensemble.
Elle secoua la tête par dépit avant d'avaler sa salive pour continuer.
- En milieu de première, il m'a convaincu de coucher avec lui. Ma mère m'avait toujours dit de faire attention mais j'avais une totale confiance en lui alors j'ai foncé sans vraiment y réfléchir. On avait seize ans, on était ensemble depuis quatre mois et je l'aimais. Je ne voyais pas trop pourquoi je devais lui dire non. Il insistait pourtant, ce qui aurait dû me dire de faire marche arrière. Bref, on l'a fait. Le lendemain, tout le lycée murmurait dans mon dos. Il m'avait prise en photo et l'avait fait circuler. Mais ça, je l'ai appris bien plus tard. Pendant une semaine, il m'a évité, il répondait à aucun appel. Puis j'ai appris par mon patron, le samedi suivant, qu'il avait déménagé. Au lycée, tous ceux qui étaient avant mes amis se moquaient de moi ou m'insultaient.
Chloe entendit un tremblement dans la voix de la petite brune et comprit qu'elle essayait de ne pas pleurer. Elle se tenait prête à intervenir au moment où Beca montrerait qu'elle en avait besoin.
- En fait, le salop avait fait circuler un montage photo de moi nue, endormie, avec une fille qu'il avait sûrement trouvé sur Internet. Il avait lancé la rumeur selon laquelle j'étais gay et super facile à mettre au lit. Il m'a trahi, Chloe !
La brune s'effondra enfin sous le poids de ses révélations et Chloe se lança sur elle pour la prendre dans ses bras. Elles se retrouvèrent au sol. Chloe prit la brune sur ses jambes et lui caressait les cheveux pour la calmer. Elle essayait de faire abstraction de la fureur qui grondait en elle et du pic qu'elle ressentait dans le cœur face à son amie dévastée. Beca continua entre deux sanglots, prise dans le souvenir de son récit.
- Je recevais la photo toutes les semaines dans ma boîte aux lettres. J'ai réussi à le cacher à ma mère au début. Elle avait pas besoin de ça. Mais un soir, je suis rentrée des cours et mon père et elle m'attendaient dans la cuisine. Je leur ai tout raconté. Ma mère se moquait bien de ma sexualité et mon père aussi. Pour le coup, ils étaient d'accord. Le mois suivant, on a déménagé à Atlanta avec ma mère.
Le silence enveloppa la pièce. Seuls les reniflements de Beca et la voix de Chloe qui la consolait se faisaient entendre. Quand Beca semblait s'être calmée, Chloe prit la parole.
- Beca, je ne sais pas quoi dire. Tu es tellement courageuse. Tu es fantastique, si seulement tu pouvais le voir aussi., déclara-t-elle en chuchotant, laissant un baiser sur le front de la brune. Je te jure que si on croise ce type, on lui coupera ses bijoux de famille et on les donnera à manger aux loups.
Beca rit doucement en entendant la référence de son amie au serment qu'elles avaient toutes prêté en entrant chez les Bellas. Elle essuya ses larmes du bout des doigts et se tourna vers Chloe. Elle vit que la rousse avait aussi des traces de larmes séchées. Elle passa son pouce sur l'une de ses joues.
- Merci, Chloe. De m'avoir écouté. Encore désolé d'avoir mal réagi.
- Arrête de t'excuser, Becs. C'est plutôt cette pourriture qui devrait s'excuser pour tout ce qu'il t'a fait. Je te promets que si on le croise, il passera un sale quart d'heure. Pour qui il se prend ? Si j'avais été là, je lui aurais fait avaler son téléphone, à ce crétin !, s'énerva la rousse en gesticulant dans tous les sens.
- Chlo ! Chloe ! C'est bon, c'était il y a longtemps. Il ne mérite plus qu'on lui accorde cette importance maintenant., fit Beca en lui attrapant les mains.
Chloe hocha la tête et entraîna la brune dans son étreinte. Elle n'imaginait pas comment Beca pouvait se tenir là, après tout ce qu'elle lui avait raconté, et malgré tout réussir à avancer. Trois ans avaient passé depuis mais les blessures étaient encore ouvertes. Chloe se promit de protéger Beca tant qu'elle le pourrait. Elle avait vécu trop de choses trop jeune.
- Jamais je ne te trahirai, Beca. Tu es en sécurité, ici., fit-elle du bout des lèvres.
La rousse sentit le corps de son amie s'alourdir et comprit que Beca commençait à s'endormir. Elle se leva prudemment et la porta jusqu'au lit.
- Chlo, qu'est-ce que tu fais ? Où tu vas ?, marmonna Beca, les yeux à peine ouverts.
- Rendors-toi, Becs. Je reste là.
Chloe posa Beca sur le lit et la couvrit. Elle alla éteindre la lumière et la rejoignit. La petite brune vint immédiatement se coller à elle, la tête enfouie dans le creux de son cou. Chloe sourit et la serra encore plus fort contre elle. Jamais elle ne laisserait cette fille seule. Absolument plus jamais. Elle s'en fit la promesse.
AN: Alors, beaucoup de Bechloe dans ce chapitre. Il est beaucoup plus long que le premier aussi parce que je ne voyais pas trop où le couper. Si vous en êtes là, c'est que vous avez tout lu donc merci pour ça. N'hésitez pas à m'écrire si vous avez des remarques, des suggestions, des attentes...
L'histoire devrait être courte. Je prends beaucoup de plaisir à l'écrire mais je ne veux pas trop en rajouter pour dire d'en rajouter.
PROCHAIN CHAP: Beca continue d'en apprendre sur Quinn, tout en comprenant qu'elle doit se dévoiler plus si elle ne veut pas devenir comme la personne qu'elle lit.
A la prochaine !
